Genießen Sie diesen Titel jetzt und Millionen mehr, in einer kostenlosen Testversion

Nur $9.99/Monat nach der Testversion. Jederzeit kündbar.

Antoinette et Pierrette s'en vont en guerre: sous les rayons du Roi Soleil

Antoinette et Pierrette s'en vont en guerre: sous les rayons du Roi Soleil

Vorschau lesen

Antoinette et Pierrette s'en vont en guerre: sous les rayons du Roi Soleil

Länge:
238 Seiten
3 Stunden
Herausgeber:
Freigegeben:
Sep 5, 2016
ISBN:
9788899804107
Format:
Buch

Beschreibung

Un extraordinaire roman baroque-naïf mêlant amour et camaraderie, émaillé d’érotisme et d’exotismes.


Hiver 1672: pendant que l’armée du Roi Soleil est engagée en Hollande, dans un petit village de Lorraine deux jeunes paysannes, Antoinette et Pierrette, sauvent leur précieux trésor– une vieille vache – en tuant deux dragons français. Pour échapper à une vie vouée à la pauvreté, aux mariages arrangés et aux pillages, les deux filles tentent leur chance en s’habillant avec les uniformes des soldats tués. Une fois leurs jupes brulées, les longs cheveux blonds coupés et leurs seins cachés, les jeunes paysannes Antoinette et Pierrette changent d’identité, ainsi débutent leurs aventures rocambolesques sous des pseudos de guerre : Antoine de l’Espérance et Pierre La Jeunesse.
D’un style superbe et amusé, nourri d’ironie et de légèreté, ce roman nous plonge dans le passé historique en nous faisant réfléchir sur notre temps. Sur les traces de ces deux filles déguisées en dragons, nous soupirons avec elles et avec elles nous épions, comme derrière un rideau, l’histoire des grands noms et d’intenses instants d’amour.
Herausgeber:
Freigegeben:
Sep 5, 2016
ISBN:
9788899804107
Format:
Buch

Über den Autor


Buchvorschau

Antoinette et Pierrette s'en vont en guerre - Renée Reggiani

Credits

Antoinette et Pierrette s’en vont en guerre

de Renée Reggiani

Hashtagzero srls, Roma

ISBN: 9788899804107

© 2016 Hashtagzero srls

première édition numérique 2016

Conception graphique édité par Massimiliano D’Affronto

Ce travail est protégé par la loi sur le droit d'auteur .

Interdit toute reproduction

www.hashtagzero.it

info@hashtagzero.it

Chapitre 1

Douce, tendre comme les tétons de l’une de nous – les miens sont à peine plus chauds – et crâneuse peut-être, la neige fagote la campagne, les arbres, les chaumières. Moi, quelque fois, j’ai la démangeaison de piger pour quoi on caille de froid même dedans notre cabane, pour quoi ça fout cette tapée de neige et pour quoi diable nous sommes si miteux.

Merde, Monsieur le Curé est buté à prêcher : tout ce qui arrive, même le pire, c’est de la providence, mais moi je gamberge que, loin de là, Dieu s’en entrefiche tel qu’il est en première personne, ou bien qu’il reluque pas dans ce dessous de la Lorraine et, sauf votre respect, il a une mirette à la manque pour notre petit trou de Vauquois. Et quand qu’il y a peu de fracas et de gaîté c’est parce qu’on entend des coups de mousquet de-ci et de-là pour cause de quelque guerre.

Moi, Antoinette Gengoult je ne sais pas de quelles sacrées boucheries c’est question, je sais qu’on en fout toujours et que ça continue depuis quand je suis née il y a seize malencontreuses années, en 1656, ou peut-être de temps en temps ça s’arrête mais, qu’ils disent les vieux, ça ne change rien : faim, désastres, famine, voilà ce que ça a fricoté de toute leur vie, les guerres.

A propos de faim, je claque toujours du bec et j’ai de la veine que grand-papa, pauvre moutard, pignoche si peu, sans quoi je serais déjà crevée toute longue icicaille, un glaçon femelle ; Pierrette m’aurait dégotée et envoyée au champs d’oignons, soit des morts. Après avoir chialé, ses larmes, sûr et certain, se seraient glacées sur sa bobine. Et qui aurait pu s’occuper de bon papa, de la vache, du matou ?

Te voilà, toi mistigri, si tu bouges d’un millimètre tu déboules dans le feu ; j’ai la berlue, parfois, de quelle bonne gibelotte tu ferais. Tu te sauves la fourrure à cause que tu fous bien ton boulot : dans mon palais luxueux pas un seul de ces chafouins dégoûtants de rats.

Palais luxueux ! Toi, minet, t’es pas si roublard futé de m’en attraper un comme que l’a fait son Chat Botté au Marquis de Carabas ? Bon à rien, pourquoi tu ne vas pas convertir l’Ogre de se transformer en rat et puis tu le bouffes d’une seule bouchée ? Et moi je pourrais décrocher son château. Si j’avais un chiffon de cuir je te façonnerais une paire de bottes, vu que toi nu et cru t’es fichu seulement de te brûler les babines à ce feu misérable.

Oh notre Père Eternel, donnez-moi le cran de mettre le nez dehors et ramasser du bois pour cuire notre becquée.

La boustifaille de la Marquise Antoinette de Carabas, de son noble grand-papa, de son péteux de chat sans bottes ? Eh bien : perdrix rôties, jambon de sanglier, pain blanc et croquant, galettes sucrées, un flan. Un flan quoi ? Comment donc qu’on maçonne un flan ?

En revanche, moi, Antoinette Gengoult, j’ai des pommes de terre et encore des pommes de terre et, pour changer, des topinambours. Un peu de lait ; j’en ai de la baraka : je suis l’heureuse propriote d’une vache. Je vais bien me marier, avec une dot pareille. Ou plutôt quelqu’un épousera ma vache, que je te dis, et moi avec, en rabiot.

Les chaussettes sont ravaudées, j’ai ajouté ce bout de laine d’une autre couleur ou elles se liquéfiaient, ma chère Marquise aux pieds de sabots.

Antoinette s’approche de la minuscule fenêtre – un carreau plus une plaque de glace ; le silence la frappe. Il ne neige plus et l’air, immobile, ne respire pas, souffle épais d’un géant enrhumé.

Elle n’ose pas regarder du côté de la rivière : personne. Adalbert ne s’amène pas, il ne peut pas se ramener – j’ai cru que je fondais comme du saindoux quand il a attrapé ma main en catimini et l’a serrée dans sa patte au baptême de la petite Madeleine Poivron – Adalbert n’est pas de notre village, il ne perche pas chez nous. C’est idiot de se biler pour des prunes ; je ne veux pas m’illusionner de le revoir jamais, amen.

Allons Antoinette, du poil au cul Marquise de Carabas, emmitoufle-toi la caboche avec ton châle et dégrouille-toi.

Le gel, un coup de fouet ; tout son corps se raidit ; la seille lui arrache presque la main du bras. Vite vite : la pelle brise la glace dans la fontaine. Les restes du bois sont un petit monceau blanc.

Là-bas au coin un autre tas, un vieux chapeau de travers, un bâtonnet à la place du nez et deux cailloux pour yeux, s’efforce de jouer le bonhomme de neige.

Il y a quelque chose d’étrange : ce bonhomme n’est pas tout à fait blanc. Antoinette se rapproche avec précaution ; elle les a vus, ces goujats du pays, pendant qu’ils le malaxaient en son honneur. Elle s’en entrefiche pas mal de cet honneur-là.

Par cette gelée, à cette heure-ci, personne dehors, ils sont tous auprès du feu.

Tout à coup, le rideau de soie blanche au-delà des arbres au-delà de la rivière se déchire : un disque rouge paraît, coupé à moitié, immobile, transi. Comment le soleil peut-il être mort de froid ? Il n’a plus de rayons et pourtant un serpent de lumière, visqueux et malin, glisse jusqu’ici, jusque sur le magot de neige.

Sur sa grosse croupe bombée affleurent des taches rougeâtres. Antoinette, surprise, lève la tête : le soleil, si l’on veut l’appeler ainsi, a disparu, tout est gris et livide à présent. Sauf ces plaques où la neige coule, fond, un œil se détache sans bruit : le pupazzo borgne la fixe avec une affreuse tristesse.

Pour toutes les Vierges saintes du Père Eternel ! Le seau lui tombe des doigts ; Antoinette se précipite, balaye la neige de ses mains engourdies tremblantes et, oui, en dessous un dos sillonné de rouge, mouillé de sang, le dos d’un homme cruellement blessé.

Chapitre 2

Les quenouilles tournent dansent s’arrêtent recommencent à tourbillonner à la lumière incertaine de la lanterne vivante de l’huile, une goutte pour chacune des femmes et des jeunes filles qui sont là.

Les ombres des coiffes, noires gigantesques sur les parois, sont des ailes démoniaques et celles des fuseaux les hallebardes du diable. Ça sent le soufre. La femme pue le soufre ; sorcière par élection, sa nature c’est le péché.

Et bien qu’ici dans l’étable de la commère Louison il n’y ait point de sorcières c’est de même, puisque ce sont toutes des femmes. Plusieurs sentent sur leurs épaules la peau d’âne sous laquelle se cache, au lieu des robes tissues de ciel de lune et de soleil, une beauté mystérieuse dont, tôt ou tard, s’apercevra un prince en général ou un duc qui convolera en justes noces avec elles. Surtout celles déjà mariées le croient.

L’air, tiède des corps du cheval de l’âne et des femmes, est rempli de rêves, d’images absurdes démesurées, de chiffons brodés, de perles de voiles de couronnes royales, de petits souliers en verre, de Barbe Bleue séduisants, de tables dressées, de traînes et de cortèges.

Le plus somptueux passe ici maintenant au beau milieu de l’étable en mesure avec la voix de la commère : « Il était une fois un roi », non, je me trompe, « il est à présent, en cet hiver 1672, un roi : il s’appelle Louis, quatorze fois Louis, son royaume c’est la France. Et nous, il vaut mieux qu’on se tient coi, tu parles !, ou bien qu’il va bouffer la Lorraine d’une seule bouchée, avec nous dedans tels que nous sommes. Il est bourré au as, qu’il est, et s’il veut il peut se payer la Lorraine, la Franche-Comté, les Flandres, il l’a même déjà fait, et l’Angleterre aussi ». 

« Se payer comment ? », la voix de Pierrette se lève au-dessus de ses quatre aiguilles à tricoter.

« De par mon or, Louis Dab roule sur l’or ».

Une pluie de monnaies, d’or, tombe sur la paille et sur le foin, rebondit dans la crèche et dans les seaux, sur le tas de bois et sur celui des pommes de terre : elles reluisent parmi les navets et les topinambours. Les doigts hésitent autour du fil de la laine qui coule des fuseaux, avides de toucher, toucher seulement – les prendre ce serait malhonnête – une pièce d’or.

Le cheval laisse échapper un coup de trompette puant et la vision, mortifiée, s’efface.

« Quoi c’est, l’Angleterre ? » demande la petite Jeanne, qui dévide un écheveau de chanvre pour sa sœur aînée Michèle.

« Une île, une île bœuf en face de Dunkerque, là-haut au nord »,  intervient sa mère Charlotte.

« Un règne maousse » recommence Louison : « Le plus important après la France et l’Espagne. Mais son roi l’a bazardé ».

« Un royaume c’est pas une vache »,  hoche la tête Charlotte.

« Bien entendu que non » approuve la commère : « Pourtant un roi il peut le bazarder, son royaume, et continuer à être roi. Ce soûlard de Charles ii il en a fait du beurre, casqué par Louis XIV ».

« Il est beau, le Roi Louis ? » rêve à voix haute Catherine qui va se marier bientôt.

Un instant interloquée, Louison se reprend vite : « Oh, vous savez, ces dabs de rois, ça se voit peu, harnachés qu’ils sont de leurs falbalas et de leurs galurins sur de fausses crinières frisées jusque-là » elle touche son épaule.

« De faux-cheveux ? » la petite Jeanne éclate de rire.

L’hilarité se répand, sautille de bouche en bouche, de lèvres corallines à lèvres ridées.

Louison continue : « Lorsque qu’on lui dresse son couvert, lui il s’assied – toujours avec son chapeau bien calé sur sa caboche – à côté de la Reine, parce que les dabesses peuvent s’installer à la même table que leurs jules et bâfrer avec eux. Tandis qu’une jeune Catherine, ou une Charlotte, ou encore une autorité telle que la commère Louison servent leur mari debout, entre soupe et cheminée. Du reste tous les courtisans, les gardes les cadets les princesses les marquis les duchesses, sont debout eux aussi, le regardent se goinfrer. Avec ses mains, parce que le Roi c’est quand même un mec humain ».

Pierrette n’en est pas sûre : d’autres rois, peut-être, seront des mecs humains, tout à fait différents des paysans et pourtant en chair et os, mais Louis XIV, lui non. Son soupçon est : s’il était le Grand Dab, Dieu complet ? Inquiète, elle fait son signe de croix. Il est trop bourré d’argent, trop puissant, trop lointain. Magnifique.

Et Antoinette qui n’arrive pas, elle va perdre le meilleur du dîner du Roi. C’est pas une fable comme les autres que celle-ci, toute vraie du commencement à la fin.

« Eh bien », reprend Louison, « faut savoir que la belle-sœur du Roi Louis était anglaise, son nom c’était Henriette et c’était la sœur de ce galapiat de Charles ii. Tout à coup, il y a deux ans en 1670, le Roi Louis qu’il manigance en grand secret de la nommer ambassadeur ; Madame, c’est son blason en princesse, s’en va en Angleterre : elle devait bousculer son frère à lâcher la Hollande pour s’allier avec Louis XIV à coups de louis d’or. La dame Henriette fait si beau qu’elle le culbute à se convertir catholique, et quand qu’elle revient en France on l’empoisonne au galop ».

Sensation. Les dévidoirs, sauf celui de la commère, s’immobilisent, toutes se signent.

« Qui c’est qui ? »,  essaye Pierrette à peine elle recouvre son souffle.

« Une conjuration huguenote » décide Charlotte.

Louison sourit rusée : « Pas vrai. Vous ne le reniflerez jamais. L’assassin c’est son mari ». Le fait est que Louison a ses bonnes sources, camelots ambulants, marchands de foire ?, barbiers arracheurs de dents qui voltigent d’un village à l’autre ?, son mari jardinier au château du Marquis de Fleury, près de Vauquois ?, ou Monsieur le curé ?, ou elle-même sage-femme en charge pour plusieurs lieues aux alentours ?

Aucune importance, elle, elle le sait.

Un ‘oh’ stupéfait s’exhale de toutes les gorges ; les aiguilles les quenouilles les rouets reprennent à tourner furieusement.

« Lorsque Madame s’est ébranlée de Dunkerque pour Londres, elle savait pas qu’elle avait un mois unique et seul à vivre » elle baisse la voix : « Du reste, quoi qu’on peut s’attendre d’un guignol qui couche avec d’autres sales types comme lui ? »

Le rouge monte aux joues potelées et à celles fanées : qu’il fait de telles horreurs, le frère du Roi ?

Pierrette est soulagée : décidément le Roi Louis n’est pas le Grand Dab, soit Dieu en première personne.

Louison : « L’emmerdement de vrai c’est le Général Turenne qui s’est poussé lui aussi à devenir catholique ».

« C’est pas plutôt une bénédiction ? » s’étonne Michèle.

« Tais ta gueule, petit angelet, tu peux pas comprendre. Si le diable baise le bénitier et s’asperge d’eau bénite une guerre éclate presto subito. La France veut gober la Hollande » décide la commère implacable : « Et ça va se refaire !, sang destructions viols famine maladies, la crève quoi. Voilà ce qu’ils savent manigancer le mieux ces soi-disant hommes mâles ; qu’ils sont pas mêmes experts de cracher le marmot et au premier bobo ils braillent comme des agneaux égorgés ; mais les guerres, ah ils sont furibards de foutre ces carnages, parce qu’ils se croient des héros fieffés. De toutes façons c’est nous qui demeurons à la maison à nous taper le reste ».

La porte s’ouvre toute grande et, dans une rafale glaciale, Antoinette paraît, échevelée, en sueur, les mains ensanglantées.

Chapitre 3

Elles sont toutes debout, l’entourent, la font asseoir, la réconfortent avec un peu de liqueur de ces topinambours aux plusieurs qualités. Chacune veut dire son mot dans une confusion fanatique.

Enfin Louison s’impose : « Vos gueules : Quoi qui se passe ? »

Alors Antoinette de raconter : à côté de chez elle, elle vient de trouver ce garçon qui n’est pas du pays, Adalbert, massacré par ces ordures de la coterie des ouvriers agricoles du village.

« La faute est à ta vache » l’idée de Louison.

« Je ne peux quand même pas la descendre pour ça ».

« Certes que non » Louison est péremptoire : « mais c’est gros comme une maison, quelqu’un t’a louché. Ces mirontons, si c’est pas une guerre c’en est une autre ; personne de dehors ne peut risquer de guigner une de nos mominettes : ils ont peur de perdre quelque chose. Et toi, tu es un bon parti ».

Antoinette hausse les épaules.

« T’as ni frères ni sœurs, quand que ton grand-père, pauvre moutard, va la casser, la cabane, ce lopin de terre, ce coin de bois seront à toi. Alors rien doit être donné en partage à des exotiques étrangers ».

Exotique Adalbert ?, qui a des yeux si doux et des cheveux si blonds ? Un bipède ça naît occasionnel à quelques lieues de Vauquois et ça devient un étranger ?

Antoinette implore : « Donnez-moi un coup de main, Louison, Adalbert est malade raide : ils lui ont tricoté dur les côtes, ces salauds. J’ai réussi à le traîner jusque dedans mon étable, mais à présent je sais pas quoi manigancer ».

Jamais on ne vit une semblable conjuration ; en un clin d’œil quenouilles rouets aiguilles, laine et chanvre, écheveaux et fuseaux disparaissent. Une des femmes se met aux aguets entre la porte et la fenêtre, les autres sont aux ordres de la commère. Pierrette court à la maison soustraire un œuf à sa mère et Charlotte arrive à démailloter en petite part son mioche Martin pour utiliser les langes pour le blessé, mais on va les lui rendre au plus vite c’est promis.

Louison déplace des bottes de foin, ouvre un petit coffre, fouille. Que personne ne sache jamais – les hommes mâles surtout – où elle garde les trésors de sa médecine. « Quand qu’ils en ont besoin alors Louison par-ci Louison par-là, ils pleurnichent et glapissent kif-kif des bambins, mais si, Dieu nous en garde » et vlan les signes de croix de pleuvoir : « ça leur prend le fantasme de se faire bourrer le crâne par Monsieur le Curé ou par quelque bougre trop zélé, alors tu vas voir, tu deviens presto subito » elle baisse sa voix jusqu’à un murmure imprenable : « une sorcière ».

Un souffle infernal de terreur fixe les gestes les yeux les doigts.

« Qu’il souffre beaucoup cet Adalbert ? » tout redevient normal pendant que Louison mélange avec énergie de l’huile et ce fameux œuf procuré par Pierrette.

« Oui », hoche la tête Antoinette, « oui oui ».

« Eh bien alors vas-y et réchauffe à peine cet onguent ; en attendant je fabrique une potion calmante. Tiens, prends cette louche de liqueur de topinambours, mais ne la lui donne pas s’il a la fièvre haute, ça peut lui faire comme un coup de sabot là-bas. J’arrive, allons, du courage ».

« Merde, si j’avais un frère faudrait magouiller de me marier avec lui pour bâcler avec toutes ces chienneries » se révolte Antoinette : « Du moins le bloc resterait dans le pays, ou mieux encore en famille » elle sort en courant.

Vite, au travail : Charlotte écrase des gousses d’ail dans le mortier, Pierrette pile des graines de pavot et de jusquiame ; la commère coupe menu de l’opium, le dose, le mêle avec de l’eau de laitue, enfin elle remue cette pâte liquide à feu doux sur les cendres chaudes. A peine l’eau calmante à faire aspirer au blessé sera prête, Pierrette ira la porter à Antoinette.

Louison s’emmitoufle et sort rejoindre l’étranger’, armée de toute son hardie expérience.

Les autres, silencieuses, discrètes, avalent la terrible curiosité d’entrevoir au moins ce mystérieux Adalbert et s’éparpillent, humble vol de canards sauvages dispersé par la peur des présences masculines.

Chapitre 4

Si blonds si fins si souples les cheveux d’Adalbert ; Antoinette y plonge ses mains, c’est tout comme les tremper dans le ruisseau. Elle les voit dans cette eau douce transparente devenir diaphanes, de voile, longues jusqu’à l’horizon. Et à l’horizon embrasé des chevaux sauvages courent, le vent dans les crinières, des crinières toutes blondes ; rouges sont aussi les vestes des soldats assis autour du feu pourpré, près du soleil

Sie haben das Ende dieser Vorschau erreicht. Registrieren Sie sich, um mehr zu lesen!
Seite 1 von 1

Rezensionen

Was die anderen über Antoinette et Pierrette s'en vont en guerre denken

0
0 Bewertungen / 0 Rezensionen
Wie hat es Ihnen gefallen?
Bewertung: 0 von 5 Sternen

Leser-Rezensionen