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Antoine et le Nouveau Monde, tome 1: Le secret des gnomes

Antoine et le Nouveau Monde, tome 1: Le secret des gnomes

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Antoine et le Nouveau Monde, tome 1: Le secret des gnomes

Länge:
291 Seiten
4 Stunden
Freigegeben:
Feb 10, 2016
ISBN:
9782897580490
Format:
Buch

Beschreibung

Péripéties, mystère, créatures étranges… Quelle traversée palpitante pour Antoine et ses fascinants compagnons!

En 1534, Antoine a douze ans et vit dans la pauvreté à Saint-Malo, en France, avec sa mère et sa jeune soeur. Attiré par l’aventure, le garçon s’embarque en cachette sur la flotte de Jacques Cartier qui part alors à la découverte du Nouveau Monde.

Mais il n’est pas le seul passager clandestin à bord… En effet, cinq gnomes se sont également joints à l’équipage. Ces créatures étranges – invisibles aux adultes – viendront en aide à Antoine lorsqu’il sera confronté à d’innombrables périls.

Antoine reviendra-t-il sain et sauf de cet incroyable périple historique?
Mettons les voiles vers la plus fantastique des épopées!
Freigegeben:
Feb 10, 2016
ISBN:
9782897580490
Format:
Buch

Über den Autor

François Lachance est passionné d’histoire et de mythologie. Il réside à Gatineau et il est, dans ses «temps libres», fonctionnaire au gouvernement fédéral. Antoine et le Nouveau Monde est sa première série jeunesse.


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Antoine et le Nouveau Monde, tome 1 - François Lachance

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PROLOGUE

Jacques Cartier et le Nouveau Monde

Le 20 avril 1534, Jacques Cartier partit de Saint-Malo, en France, avec deux navires sur l’océan Atlantique en direction de l’ouest. Sa mission était de trouver un nouveau passage vers l’Orient, la région du monde avec laquelle les pays d’Europe faisaient des affaires d’or grâce au commerce des épices, des parfums, des textiles fins et d’autres produits de luxe. C’était le premier des trois voyages de Cartier. Toutes ses tentatives pour atteindre l’Orient seront des échecs. En revanche, il sera considéré plus tard comme l’explorateur européen ayant découvert le Canada. Les récits de ses voyages décriront pour la première fois le fleuve Saint-Laurent et ses nombreuses rivières, les paysages et les autochtones de l’Amérique du Nord. C’est ce que les livres d’histoire en retiendront.

Le journal de Cartier évoquait, en vérité, un monde fabuleux totalement étranger aux Européens. Un monde à peine marqué par l’empreinte de l’homme dans lequel les forces vives de l’univers, du Bien et du Mal, s’affrontaient dans un combat titanesque qui déchaîna d’étranges phénomènes, du moins aux yeux des hommes. Ce monde semblait si étrange que les historiens jugèrent qu’il était le fruit de l’imagination débordante de l’explorateur et ne retinrent que peu de choses de son témoignage, tout compte fait.

Bien qu’extraordinaire, l’histoire d’Antoine, un jeune garçon de douze ans qui participa aux deux premières expéditions de Cartier, fut également oubliée. Il changea pourtant le cours de l’histoire.

Voici donc le récit incroyable, mais véritable, des aventures d’Antoine, le dernier des hommes à avoir connu les gnomes et vécu auprès d’eux.

CHAPITRE I

Marco de Saint-Malo

Marco cherchait désespérément un moyen de semer ses poursuivants. Il était à bout de souffle, la course folle dans les rues de Saint-Malo se déroulant depuis un bon moment déjà. Il avait bien cru, pendant un bref instant, être parvenu à se dissimuler parmi la foule du marché, mais ses prédateurs à quatre pattes avaient fini par le repérer grâce à leurs yeux perçants. Marco était aussitôt reparti à vive allure, évitant tant bien que mal les passants qui avançaient dans l’indifférence complète à son égard. Sa petite taille n’aidait en rien sa cause, ceci étant dit.

— Ils sont fous ces chats! s’exclama une vieille femme bousculée par trois félins qui semblaient complètement déchaînés.

— Ils ont peut-être la rage, faites attention! cria un homme accompagné de ses enfants.

Quiconque observait ce spectacle inusité ne pouvait rien comprendre au comportement totalement anormal des animaux. C’est pourtant la même chose qui se produisait chaque fois qu’un chat apercevait un gnome.

Les trois félidés avaient l’air de courir plus vite que leur corps le leur permettait, culbutant sans cesse les uns sur les autres, ce qui avait chaque fois les allures d’un carambolage monstre. Ils repartaient ensuite de plus belle aussitôt après s’être remis sur leurs pattes avec la même obsession meurtrière, laissant échapper au passage d’étranges miaulements. N’eût été leur maladresse, Marco n’aurait eu absolument aucune chance de s’en sortir.

Marco connaissait parfaitement les risques qu’il courait si l’un des chats réussissait à l’attraper. La seule peur que cette idée lui inspirait lui donna l’énergie nécessaire pour filer plus vite, toujours plus vite. «Pas question de mourir sous les griffes de ces créatures malveillantes… je commence à peine ma vie et il me reste tant à découvrir à seulement soixante-quatorze ans!» songea-t-il dans sa fuite.

Le personnage de la taille d’une petite théière, mesurant à peine quinze centimètres de hauteur, sauta à travers les interstices de la roue d’une charrette et poursuivit sa course en contournant ballots de foin, sacs de farine, paniers de poissons et diverses marchandises qui jonchaient le sol. S’il tentait par tous les moyens de semer ses poursuivants, il ne parvenait cependant qu’à les ralentir, et son instinct lui disait qu’il ne pourrait tenir bien longtemps.

Ayant parcouru dans tous les sens l’immense place du marché sans arriver à se dissimuler, le gnome commença à arpenter les rues de la ville sans diminuer le rythme pour autant. À bout de souffle depuis l’instant même qu’avait débuté la poursuite, Marco commença à sentir l’épuisement lui envahir les jambes. Tout en courant, il tentait de repérer l’ouverture d’une porte qui lui permettrait de s’infiltrer à l’intérieur de l’une des multiples habitations humaines qui s’entassaient les unes à côté des autres, mais en vain.

Au moment où le désespoir commençait à le submerger, il en aperçut une laissée entrouverte. Il s’y dirigea aussi rapidement qu’il le pût, son espoir de s’échapper enfin de ses assaillants grandissant au fur et à mesure qu’il s’approchait de l’ouverture. Or, avant même qu’il ait pu franchir le seuil, un enfant fit violemment claquer la porte, si bien que Marco s’y heurta et tomba par terre.

Ébranlé, le petit être se releva quand même à toute vitesse et se rua immédiatement dans une ruelle située à proximité, laquelle s’avéra sa seule option pour s’enfuir. Or, l’instant d’après, il découvrit avec horreur que la ruelle ne débouchait nulle part: c’était un cul-de-sac. L’étroite allée, non pavée, se défilait au milieu de deux rangées de hangars sans aucun endroit où fuir. Les trois matous aux yeux écarquillés et aux griffes acérées empruntèrent la ruelle à leur tour. Marco n’avait plus une seconde à perdre.

«Pas question de finir dévoré comme un simple ver de terre par une hirondelle, non, il n’en est pas question», se répétait sans arrêt Marco sans parvenir pour autant à trouver une issue. Les félins étaient là, immobiles, regardant Marco de leurs yeux assassins, prêts à bondir au moindre mouvement. Ils commencèrent à avancer sans aucune hâte, sachant que leur proie était prise au piège. Marco recula tout aussi lentement, le regard empreint de frayeur. Il se retrouva acculé au pied d’un large baril de bois adossé sur le mur de pierre d’un bâtiment qui bouchait l’extrémité de la ruelle. Les chats malicieux se regardèrent puis se délectèrent de ce moment, sachant que leur hors-d’œuvre était à portée de quelques coups de griffes. Paniqué, au grand plaisir de ses prédateurs, tout ce que Marco trouva à faire fut de se réfugier à l’arrière du baril.

L’un des chats passa par la gauche, l’autre par la droite tandis que le dernier atteignit d’un seul bond le sommet du baril. Coup de théâtre! Les trois matous laissèrent échapper des miaulements de fureur en réalisant que le gnome avait disparu.

Marco perdit pied, chuta à travers un interstice à peine assez gros pour permettre à une souris de passer et glissa involontairement dans un étroit tunnel. Il atterrit brusquement dans un mince cours d’eau, cul par-dessus tête. Il faisait noir comme dans un four.

Lorsque ses yeux se furent habitués à l’obscurité presque complète, le gnome réalisa qu’il était dans une cavité sous la fondation du bâtiment. C’était d’ailleurs assez grand pour permettre à une famille complète d’y aménager son logis.

Marco suivit du regard un mince filet d’eau qui ruisselait à ses pieds; il réalisa que derrière lui s’enfonçait une galerie dans le sol. Or, au moment où il s’interrogeait sur l’issue de ce tunnel, ses trois assaillants se manifestèrent par quelques miaulements. Puis la terre commença à s’écrouler dans le tunnel: les félins avaient entrepris de creuser à l’aide de leurs pattes.

«Et si je tentais de m’échapper en empruntant ce couloir? Qu’est-ce que j’ai à perdre!? N’est-ce pas, après tout, ma seule chance de me tirer de ce mauvais pas?» se questionna le minuscule personnage.

Sans plus tarder, Marco emprunta la galerie souterraine. Il se réjouit d’ailleurs que le passage fût bien trop étroit pour permettre aux chats de le suivre, si jamais ils parvenaient à creuser jusque-là.

Mais Marco était pleinement conscient qu’il n’était pas au bout de ses peines. Ce n’était certainement pas coutume pour un gnome des villes de se promener ainsi sous terre.

Le passage s’enfonçait de plus en plus dans les profondeurs de la terre, si bien que le gnome commença à se demander jusqu’où cela le mènerait, et surtout s’il pourrait jamais revoir le jour. La dernière lueur vint à disparaître. Ce fut le noir total. Il tenta de se rassurer en se disant qu’il possédait peut-être bien certaines des aptitudes héritées de son père, un gnome des profondeurs, mais il n’en avait en réalité pas la moindre conviction. L’inquiétude commença à l’envahir lentement.

Faisant appel à tout son courage, Marco continua à avancer en faisant longer sa main sur la paroi, dont la composition passa de la terre au roc froid et humide. Sa progression semblait interminable.

Il perdit pied tout à coup, tomba à la renverse et glissa à toute vitesse jusqu’au pied d’une abrupte pente. Après s’être relevé, il réalisa à force d’arpenter les lieux du bout des doigts tel un aveugle qu’il se trouvait dans une petite salle souterraine.

Épuisé, envahi par le doute quant à ce qu’il devait faire et même, jusqu’à un certain point désespéré, il décida de se retirer dans un coin de la salle qui était au sec pour reprendre des forces. Il s’endormit rapidement, à bout de toute énergie.

Marco se réveilla en sursaut et dut lutter pour ne pas céder à la panique. Il ne pouvait rien voir et n’avait pas la moindre idée du temps qu’il avait passé à dormir. Il contrôla le rythme de sa respiration afin de retrouver ses esprits et se dit, après tout, qu’il était parvenu à fausser compagnie aux chats. «Et si je n’arrivais jamais à revoir la lumière du jour? lui suggéra sa voix intérieure… personne ne retrouverait même mon cadavre.»

Dans le noir total, seul le souvenir des paroles de sa mère lui permit de retrouver son calme:

— Un jour ou l’autre, Marco, la vie te donnera l’occasion de puiser dans tes forces intérieures. Tu devras alors les laisser émerger en toi. C’est ta destinée, comme celle de tous les gnomes, de devoir un jour ou l’autre faire face à tes peurs. C’est le seul véritable chemin pour découvrir qui tu es. Tu ne peux vivre en harmonie avec les autres ainsi qu’avec toute la vie qui t’entoure qu’en étant d’abord en équilibre avec toi-même. Tu vois, Marco, c’est ce qui distingue les gnomes des hommes, qui croient trouver dans les guerres et la haine d’autrui une réponse à leur propre déséquilibre intérieur.

— Quand saurai-je que ça se produira?

— Tu le sauras au moment venu. Ce jour marquera alors ton passage véritable à l’âge de la majorité, et ça n’a rien à voir avec le fait d’avoir soixante-quinze ans!

En se remémorant les paroles de sa mère, Marco ressentit un profond calme, presque un sentiment de bonheur. Une intense chaleur parcourut soudainement son corps. Une confiance nouvelle émergea en lui. Il pouvait sentir l’énergie de son propre corps s’équilibrer avec celle de la matière qui l’entourait, même avec la dureté des parois rocheuses et la froideur de l’eau qui s’écoulait lentement. Tout devint plus clair, plus limpide. Des capacités insoupçonnées s’éveillèrent en lui, similaires à celles que les gnomes des profondeurs détenaient, selon ce qu’on avait pu lui raconter. Il parvenait maintenant à sentir le souffle presque imperceptible de l’air du tunnel dans lequel il se trouvait. Sans même pouvoir se l’expliquer, il savait d’instinct à quelle profondeur il se situait et comment s’orienter sous terre. «Me voilà devenu une vraie taupe», pensa-t-il, alors que ses nouveaux sens compensaient son absence de vision.

Cette confiance renouvelée l’amena à emprunter de nombreux parcours dans des directions opposées, simplement pour le plaisir de découvrir ces capacités inhabituelles et d’en profiter le plus longtemps possible. Il apprit même à mieux gérer ses énergies en s’alimentant de racines, tandis que l’eau ruisselait en abondance. Il était cependant loin de se douter de la découverte fascinante qu’il s’apprêtait à faire. En parcourant le plus profond et le plus long des tunnels, il aboutit à une grotte immense. Elle avait la hauteur d’au moins quatre ou cinq hommes et était encore bien plus vaste de superficie de plancher. Dans les profondeurs de la terre, ses facultés nouvelles lui permettaient, en effet, d’en estimer avec précision la grandeur, même en pleine noirceur. Il l’explora de fond en comble, pour le simple plaisir d’exploiter ses nouveaux talents, puis se résigna finalement à retourner à la surface.

Les premières lueurs de l’aube venaient à peine d’apparaître lorsque Marco repassa à travers le petit orifice dans la fondation du bâtiment. Il devait faire vite, car les hommes s’apprêtaient à envahir les rues à cette heure. Les gnomes étaient tous rentrés dans leurs abris respectifs depuis un bon moment déjà.

Les gnomes étaient devenus, au fil du temps, des êtres essentiellement nocturnes, particulièrement ceux des villes. Ça n’avait pas toujours été ainsi. C’était pourtant la meilleure façon qu’ils avaient trouvée pour vivre à proximité des humains en évitant toute rencontre fortuite. Cela permettait d’éviter tout risque inutile, puisque si chacun savait que les hommes ne pouvaient les voir, ils pouvaient les entendre. Sans compter que lorsque l’on mesure quinze centimètres, le risque de mourir involontairement frappé, piétiné ou écrasé est bien réel! Par principe, les gnomes du Nord avaient préféré s’isoler dans leur profonde et glaciale Sibérie, en Russie, plutôt que de changer leur mode de vie pour vivre au diapason des hommes. Quant aux autres, ceux vivant en forêt, à la campagne ou sous terre, les risques d’une rencontre malencontreuse avec les humains n’étaient pas vraiment très élevés. Et quand bien même cela devait se produire, il ne suffisait aux petits êtres que de dénicher le terrier d’un animal ou le creux d’un arbre pour trouver refuge.

Marco rentra à toute allure au bercail, un vaste ensemble de tunnels permettant d’accéder à une série d’appartements plus ou moins grands abritant des célibataires, tout comme lui, des familles entières ou des gnomes âgés de plus de trois cents ans. C’était un très vieux terrier, prisé même, qui avait été creusé il y a des siècles par des taupes et où avaient vécu plusieurs générations de gnomes. Il mourait d’impatience à l’idée de dormir sur sa couchette bien chaude, essentiellement assemblée à partir de brindilles de paille et de duvet qu’un eider lui avait offert lors d’un voyage en Islande. Sa place n’avait rien de bien particulier. Elle n’était constituée, tout compte fait, que d’un tunnel étroit menant à un trou à peine assez grand pour contenir sa paillasse et quelques effets personnels. Sauf que c’était la sienne et la seule qu’il ait jamais eue, en excluant le logis maternel. Sa mère la lui avait dénichée à l’occasion de ses soixante-quatorze ans en début d’année, et ce, même s’il n’avait pas encore quitté totalement l’adolescence. Le fait est qu’elle connaissait bien son fils, son caractère intrépide et son goût prononcé pour l’aventure.

— Ne t’imagine pas, toutefois, que je te laisserai t’isoler comme un ver de terre. Nous sommes des êtres gnomiques et vivons en communauté. Tu peux donc tout de suite oublier l’idée, aussi séduisante soit-elle, d’aller vivre au creux d’un arbre, avait-elle posé comme condition.

Marco traversa Saint-Malo de bout en bout à travers ses étroites rues pavées. Parvenu aux limites de la ville, il ressentit un certain réconfort en apercevant non loin le moulin à vent en bordure de mer en dessous duquel se trouvait son terrier. Au détour d’un buisson, il s’immobilisa tout à coup en apercevant un fermier assis sur une charrette tirée par deux énormes bœufs. Il savait bien que celui-ci ne pouvait le voir; en revanche, l’homme pouvait se demander quel animal se dissimulait derrière le mouvement des herbes.

Les énormes bêtes de somme s’immobilisèrent à leur tour, au grand désarroi du fermier qui se dirigeait au marché pour aller écouler son chargement de lait. Les yeux des deux bœufs s’embuèrent d’émotion en apercevant le gnome. C’était la première fois de leur existence qu’ils en apercevaient un, eux qui étaient confinés à leur étable dès le soir venu. Ils ne pouvaient croire ce qu’ils voyaient tant ils étaient éblouis, et ne surent quoi dire. Les deux bœufs s’inclinèrent respectueusement pour saluer Marco, au désespoir du fermier, puis poursuivirent leur chemin sans que leur propriétaire ait pu comprendre ce qui s’était passé.

Marco repartit le cœur léger et fonça droit sur le moulin de pierres. Parvenu à l’arrière du bâtiment, il souleva une motte de terre qui camouflait l’entrée du terrier et se jeta dans le tunnel qui y donnait accès. Il glissa de tout son long et aboutit, tout en bas, au centre d’une vaste salle commune. C’était un lieu de va-et-vient continu, mais aussi de partage entre les habitants autour d’un repas commun ou pour les travaux de raccommodage de leurs habits. Les lieux, essentiellement aménagés à même le sol compacté, étaient étonnamment fonctionnels et confortables, du moins pour un gnome.

— Salut à tous! Il s’en est fallu de peu pour que je ne rentre pas avant le lever du jour, déclara sans ambages Marco pour éviter qu’on lui rappelle les règles.

— Salut à toi Marco! lança avec enthousiasme un aîné d’au moins trois cent vingt-cinq ans, l’un des nombreux gnomes qui s’étaient réunis autour du petit déjeuner constitué principalement de miettes de pain.

— Tu te joins à nous? demanda sans détour une dame accompagnée de ses deux bambins de moins de vingt ans.

Il s’exécuta aussitôt, affamé.

— Tu reviens de loin? le questionna un jeune gnome de quelques décennies seulement son aîné.

Ce n’était pas par curiosité mal placée, mais simplement pour l’intérêt et le plaisir de partager les découvertes de Marco.

Peu bavard, Marco répondit à peine, mais personne ne s’en formalisa.

Personne ne semblait véritablement étonné ni soulagé de le voir ainsi réapparaître, même si trois jours entiers s’étaient écoulés depuis qu’il s’était engouffré dans les profondeurs de Saint-Malo. Il était plutôt fréquent de voir disparaître des gnomes de cet âge qui allaient simplement explorer les contrées environnantes ou rencontrer des cousins éloignés, soit des gnomes des bois ou des campagnes voisines.

Le repas terminé, le jeune gnome se leva, remercia ses convives et se dirigea sans plus de mots à la salle de sable. Un peu de toilette lui ferait le plus grand bien! Il fut soulagé de n’y trouver personne, si bien qu’il n’aurait pas à faire la conversation cette fois. Et hop! Il sauta aussitôt dans le carré de sable fin, s’y roula jusqu’à ce qu’il soit à nouveau propre et rafraîchi, puis en sortit. Lorsque ce fut fait, il n’eut qu’à se secouer vigoureusement pour que toute trace de son passage dans les profondeurs humides de la caverne ait disparu.

Enfin parvenu dans son minuscule appartement, il pénétra aussitôt dans son lit et s’y endormit profondément.

Les jours passèrent. Le gnome aventureux préféra garder secrète son escapade, surtout qu’il aurait dû expliquer les multiples imprudences qu’il avait commises – et notamment la raison pour laquelle il était sorti en plein jour – pour se retrouver avec trois chats à ses trousses. Il aurait alors dû admettre qu’il avait la fâcheuse habitude de sortir en plein jour pour satisfaire sa curiosité envers le monde des hommes, une fascination qu’il avait peine à expliquer lui-même. Marco voyait encore moins l’intérêt de parler de ses facultés nouvelles. Il faut dire que la vantardise était très mal perçue au sein de son monde. Il finit, après maintes hésitations, à garder l’information pour lui, puis retourna régulièrement faire des excursions dans les vastes galeries souterraines menant à la caverne de Saint-Malo dans les semaines qui suivirent. Il n’y avait aucune raison précise qui le poussait à agir ainsi, sinon le simple goût de l’aventure.

Il était loin de soupçonner que sa découverte allait créer une véritable onde de choc parmi sa communauté, et même au-delà.

La lune était encore gibbeuse lorsque le Conseil des gnomes de Saint-Malo tint une réunion d’urgence. Il fallait que ce soit de la plus haute importance pour aller à l’encontre de la tradition gnomique en vertu de laquelle chaque conseil des gnomes tenait son assemblée le premier soir de pleine lune.

Une cinquantaine d’êtres lilliputiens profitèrent de l’absence des hommes à cette heure pour se regrouper à l’étage du moulin à vent en dessous duquel Marco vivait. Ce n’était qu’un pur hasard, en fait, si cette rencontre était tout juste quelques étages au-dessus du terrier de Marco, car les gnomes s’assuraient de toujours changer l’endroit de leur assemblée pour éviter que des chats, des furets ou pire, des loutres, ne leur tombent dessus. Par mesure de sécurité, on requérait tout de même chaque fois la présence, non loin, d’une chouette ou d’un hibou pour surveiller les environs et les avertir si une menace apparaissait à l’horizon. Les gnomes n’avaient nul besoin de demander, hiboux et chouettes se disputaient le privilège de les servir à l’approche de la pleine lune. Cette fois était différente par contre, et nul ne se souvenait de la dernière fois qu’une telle réunion d’urgence avait été organisée.

Les cinquante gnomes attendaient impatiemment, mais de manière étonnamment silencieuse, l’arrivée imminente de l’émissaire tant attendu. Comme s’ils se sentaient honteux. À part Marco, qui était particulièrement de bonne humeur. Il semblait le seul à ne

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