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LA PHYSIQUE DU GLOBE TOUS AZIMUTS: LA CARRIERE SCIENTIFIQUE D’ ERNESTO GHERZI, SJ., 1910-1973 Jean-Francois Gauvin’ La mission scientifique d’Emesto Gherzi, SJ.," s’échelonna sur plus de six décennies. De Zikawei en passant ensuite par Macao, Saint-Louis, Nouvelle- Orléans et finalement Montréal, Gherzi voua—a l'instar de la religion catholique—une foi inébranlable 4 la recherche scientifique. Partout ot il effectua escale, Gherzi s’évertua 4 poursuivre ses recherches en géophysique (plus particuligrement en météorologie) et 4 promouvoir dans le méme élan Fapport socio-culturel, scientifique ct religieux de la Compagnie de Jésus. Ces caractéristiques, certes, ne surprendront personne aujourd’hui; des centaines autres exemples ont été richement documentés au fil des ans. Alors pourquoi, si tel est le cas, consacrer un article entier 4 ce Jésuite italien désormais inconau du grand public de méme que des géophysiciens? Parce que son histoire, aussi obscure puisse-t-elle paraitre de nos jouss, toucha directement et indirectement “ Jean-Francois Gauvin a débuté ses études doctorales au département Whistoire des science de PUniversité Harvard en 2001. Auparavant, il ait le conservateur des collections scientifiques da ‘Musée Stewart de Montréal, d’ot il codirigea deux volumes, Sphzenie Mundi: la colestion de globes anciens hs Musée Stowart (2000) et L'art d'enceigner la physique: hs appareils de dreonstration de Jean-Asroine Noll, 1700-1770 (2002). Le présent article est tiré dan mémoire de maftrise complété en 1994 & PUniversité de Monteéal. ‘ai eu le grand bonheur de bénéficier des judicieux conseils et de 'appui indéfectible de Lewis Pyenson, Liliane Beaulieu, Francois Charette et Normand Trudel lors de la cédaction de cet article. Le personnel des archives jésuites de Saint-Jérdme (Québec) fut, de méme, d'une aide et d'une bonté inestimables. Finalement, deux lecteurs anonymes ont apporté au manusccit originel des corrections et des commentaises précieux. 1'4g.viii1886 San Remo; S) 22.x.1903 Suint-Hélier (Jersey); $6.xi.1973, Saint Jéréme (Québec) (DH, Ii, 1721-722; Vittorio Canti,, “Note commemorative: Padre Emnesto Gherzi, S,,” Riva i reeeoroegia aermautica 34 [1974] 357-68). 45: 46 CARRIERE SCIENTIFIQUE D’ ERNESTO GHERZI, S.} Ja vie de milliers de personnes er fut étroitement liée, 2 chaque endroit of Gherzi séjourna, a un développement scientifique significatif. Précisons d’emblée que Ghetzi ne devint jamais un Athanase Kircher? ni un Piette Teilhard de Chardin; la contribution scientifique du premier demeure somme toute modeste compatativement aux brillants écrits des seconds. Néanmoins, entre 1920 et 1949, alors que Gherzi était responsable de la prévision des typhons sur le territoire de la mer de Chine, les grandes compagnies maritimes ainsi que des milliers de pilotes de junks chinois comptérent essentiellement sur son expertise pour sauvegarder leurs vies et prévenir la destruction de leurs marchandises. L’Observatoire de Zikawei, ot ceuvrait alors Gherzi pour le progrés de la foi catholique et des sciences, était reconnu 4 cette Epoque comme l'un des meilleurs centres de recherche en géophysique de tout P’Asie de Pst, C’est lA en effet que Gherzi atteignit sa pleine maturité scientifique. Il n’est donc pas surprenant de découvrir qu’aprés son départ forcé de Chine en 1949, il usa de toute sa diligence pour remettre sur pied, A Macao, un observatoite de géophysique séculier au sein duquel devait régner un atmosphéte scientifique aussi propice a la géophysique que ne le fut quelques années plus tot seulement celui de Zikawei. C’est néanmoins 4 Montréal, aptés un bref séjour 4 Saint-Louis, aux Etats- Unis, que Von reconnaitra toute Ja détermination et la persévérance de Gherzi—dorénavant 4gé de soixante-neuf ans—dans son désir de créer au Collége Jean-de-Brébeuf un observatoire de géophysique denvergure inter- nationale. Les Jésuites du Canada frangais, contrairement 4 Gherzi, n’étaient cependant pas pleinement soucieux de faire de la science pour le seul intérét de la science. Pour eux, comme ce fut également le cas chez les Jésuites américains du début du siécle, Ja géophysique devait d’abord servir les prérogatives de la foi; dans la situation particuliéze qui nous intéresse, la géophysique devait devenir un des fers de lance au projet de créer une université jésuite 4 Montréal, PUniversité Sainte-Marie. Gherzi, de maniéce indicecte—puisqu’il ne participa guére 4 V’élaboration dudit projet universitaire—, devint pourtant la bougie d’allumage indispensable & Pépanouissement de cette structure scientifique émergente, les Jésuites alors responsables de ?Observatoite ne possédant ni Penvergure ni expertise nécessaires & la mise sur pied d’un centre de recherche qui puisse un jour servir les exigences académiques d'une université. En puisant dans son bagage scientifique et en faisant participer 'Observatoice de géophysique du Collége Jean-de-Brébeuf 4 des événements internationaux tels que l'Intemnational Quiet Sun Years de 1964-65, Gherzi permit 4 institution qui Paccueillit jusqu’s son décés en 1973 de se tailler une place 4 l’échelle planétaire, 2 2.v.1601 Geisa; §) 2.x.1618 Paderborn; 427.3i.1680 (DHC], Ill, 2196). 2 *1.y.1881 Orcines; S] 20.v.1899 Aix-en-Provence; t10.iv.1955 New York (DHCJ, IV, 3714). JEAN-FRANCOIS GAUVIN 47 et ce méme si le projet de Université Sainte-Marie dut étre finalement relégué aux oubliettes de lhistoire du Québec. D’aucuns diront que malgté ces réussites steucturantes pour la science jésuite—qu’il s’agisse de Macao, de la Nouvelle Orléans, ou encore de Montréal—les travaux scientifiques de Gherzi reposérent sur une épistémologic déja dépassée. Certes, la méthode qualitative—ou baconienne—de Gherzi, fondée sur Yaccumulation empirique de milliers de données se rapportant autant aux facteurs thermodynamiques qu’électcomagnétiques de 'atmosphére, puet sembler davantage tirée du XVII" siécle que du sidcle des super-ordinateurs. Ses intuitions théotiques, dont la plus célébre demeute la cortélation quill tira entre Ia hauteur des diverses couches de Pionosphére et la prévision des masses d’air subséquentes au-dessus de la région investiguée, parurent naives aux yeux de nombreux géophysiciens. Cela ne lempécha point de publier plus d'une centaine d’articles scientifiques dans des revues aussi diverses et réputées que Nature, Zeitschrift xr Geoplysik, Gerlands Beitrge gar Geophysiks, Quarterly Journal of the Royal Meteorolgical Society ct Bulletin of the American Meteorological Society, pour ne nommer que quelques-unes de celles-ci, Le progeés scientifique passe par toutes sottes de chemin; Gherzi n’est certes pas le premier ni le dernier avoir vu ses publications scientifiques démenties pat ses contemporains et par les géophysiciens des générations suivantes. Les résultats scientifiques de Gherzi, en demiére analyse, n’ont peut-étre pas traversé aussi bien que d’autres le cours du temps. Mais doit-on pour autant lui cn porter égard, et donc lemprisonné dans les titoits négligés de la mémoire collective? La science de Gherzi, de toute évidence, ne fut pas “révolutionnaire” au sens kuhnien du terme: Gherzi, pour seprendre Vexpression populaice de Vhistorien et philosophe des sciences Thomas Kuhn, fut plutdt larchétype du chercheur ayant consacré sa carriére & Ja “science normale,” cest-d-dite au travail méticuleux et exigeant de Ja recherche au quotidien. La science dite normale, sclon Kuhn, est la phase la plus importante (et la plus longue) précédant les grandes révolutions d'idées; or de tout temps, les chercheurs qui ont réalisé une cartiére compléte en science normale ont été et seront toujours plus nombreux que les scientifiques sévolutionnaites tels que Albert Einstein, Richard Feynman et Steven Weinberg. Gherzi, en somme, n’est pas une exception 4 la régle. Lobjectif premier de cet article n'est point de défendre le bilan scientifique un Jésuite qui, bien qu'il marquat la vie de milliers d’individus, demeure aujourd'hui presque inconnu. Nous avons plutét voulu dresser, sans toutefois verser dans Phagiographie, un portrait fidéle de la vie d’un homme ayant consaceé son entiére existante 4 la religion et aux sciences. Cette biographie nous permet aussi, et surtout, de retracer les grands moments des observatoires de géophysique jésuites de Zikawei et du Collage Jean-de-Brébeuf, une tiche qui mérite certainement notre attention puisque les observatoires de la Compagnie de Jésus ont joué un rdle scientifique important au courant du XIX*