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Inlemalional Plato SlUdics

P

blish~d

,,,,d~r Ih~ a

spic~s

0/ Ih~

f"ltr'I(Jltonol PlaID Soci~ly

Series EditoR:

Luc 8nsscn (C.N.R.s.• Paris). Tomis C.lyo(Univ. Macn1).

rv., l

R_ni (Univ. Prrugia). ~

J. Rooo~ (Univ. Durtwn).

Thomas A. SzkUk (Univ. n.""JC1l)

Volume 2

"

," ,

Le Meme et I' Autre

dans la Structure Ontologique du Timee de Platon

Un commenlaire syslematique du Timee de Platon

""

Luc Brisson

Tro;5~me tdilion

revue el eOlTigk. poul"lue de COlTigenda, d'Addcnda, d'lndex Tl!vis~s el surtoul d'une Bibliognphie analyl;que oouvelle mise l jour.

Academia Verlag A Sankt Augustin

!!IIlIIIUIill.ij.ulll'iJU.41I.!~I

i.jili.:&iJWul~.Jal.I!iJltiJWIW,ji;:M~~1.11illliitiillU~ml}1lliUiU~ltilllUlliLltW1llUJ

Je tiens it remercier Catherine Joubaud, Jean-Marie Flamand, Alain Segonds et Paul Foulkes, sans qui cette re-edition efrt ete impossible.

Die Deutsche Bibliothek -

CIP-Einheitsaufnahme

Brisson, Luc:

Le merne et l' autre dans la structure ontologique du Timee de Platon :

un commentaire systematique du Timee de Platon / par Luc Brisson. - ~. ed. revue, et corrigee, pourvue de corrigenda, d' addenda, , d' index rev. et surtout d 'une bibliogr. analytique nouvelle mise it jour. - Sankt Augustin:

Academia-Verl., 1998

(International Plato studies; Vol. 2) ISBN 3-89665-053-X

3. Auflage 1998

© Academia Verlag Postfach 1663, D-53734 Sankt Augustin Printed in Germany

Aile Rechte vorbeha1ten

Ohne schriftliche Genehmigung des Verlages ist es nicht gestattet, das Werk unter Verwendung mechanischer, e1ektronischer und anderer Systeme in irgendeiner Weise zu verarbeiten und zu verbreiten. Insbesondere vorbehalten sind die Rechte der Vervielfaltigung - auch von Teilen des Werkes - auf photomechanischem oder ahnlichern Wege, der tontechnischen Wiedergabe, des Vortrags, der Funk- und Fernsehsendung, der Speicherung in Datenverarbeitungsanlagen, der Ubersetzung und der literarischen und anderweitigen Bearbeitung.

Herstellung: Richarz Publikations-Service GmbH, Sankt Augustin

PREFACE

ABREVIATIONS

a.

INTRODUCfION

TABLE DES

MATIERES

9

II

15

I.

LE DEMIURGE

27

2.

LE MONDE DES FORMES INTELLIGIBLES

107

3.

LE MILIEU SPATIAL

175

4.

L'AME DU MONDE

267

5. LE CORPS DU MONDE

.

355

6. L'HOMME

413

7. LA NECESSrrE

467

b. CONCLUSIONS

.

515

c.

BIBLIOGRAPHIE

531

INDEX DES TEXTES ANCIENS CITES

.

551

INDEX DES AUTEURS MODERNES ET CONTEMPORAINS

.

582

INDEX

DES CONCEPTS FONDAMENTAUX

.

587

INDEX

DES TERMES GRECS IMPORTANTS

.

593

CORRIGENDA

.

597

ADDENDA

600

POSlFACE

.

609

REMARQUES CONCERNANT LA TROISIEME EDITION

614

WIW·W·IIWIW~OOW'~.lWIlWjilJ!

PREFACE

Ce livre se veut une etude d'ensemble sur le T'imee de Platon.

Depuis les

Etudes

sur le Timee

de Platon

de

Th.

H.

Martin,

publiees il y a plus d'un siecle (1841), aucun travail de ce genre n'a ete tente en langue frangaise. Certes, en langue anglaise, les remarquables travaux de A. E. Taylor et de F. M. Cornford ont fait date. Toutefois, meme s'il demeure indispensable au niveau de l'analyse detaillee du texte, le Commentary on Plato's Timaeus de A. E. Taylor repose sur des hypotheses generales dont la Iaussete a ete demontree depuis longtemps. Par ailleurs, l'admirable commentaire qui accompagne l'excellente traduction de F. M. Cornford dans Plato's cosmology presente les desavantages de ses avantages : il ne peut (~treni systematique, puisqu'il suit de tres pres le texte, ni exhaustif, puisqu'il considere ce dialogue en lui-memo sans chercher a le si tuer dans le cadre des derniers dialogues, et dans le cours de la tradition platonicienne.

Pour toutes ces raisons, ce livre repond aun reel besoin. II occupe tine place laissee vide depuis trop longtemps, en langue francaise, Et il tente de completer les recherches entreprises en langue anglaise en proposant une interpretation qui depasse l'analyse du t.exl.e lui-memo, pour mettre en lurniere la structure ontologique qui sous-tend ce texte et pour decrire les transformations qui, au cours des ages, ont affecte cette structure.

Un tel travail aurait ete impossible sans la presence de ~I me Clemence Ramnoux, dont l'aide ne s'est pas limitee a une direction technique, mais qui, en alIiant liberte d'action et conseils j udicieux, a su orienter notre attention vers des problernes de premiere importance et nous donner les moyens de leur trouver des solutions.

En

outre,

les

serninaires

organises,

a I'Ecole

Pratique

des

l Iautes Etudes, par MM. J.-P. Vernant, M. Detienne et P. Vidal- i\"aquet, dont les remarques penetrantes nous ont force a clarifier

10

PHEFACE

notre position sur plusieurs points, nous ont ete d'une tres grande

utilite,

De plus, nous devons reconnaltre notre dette envers M. M. Caveing, qui nous a permis de saisir les implications fondamentales des mathematiques dans le Timee de Platon, et envers M. J. Pepin, qui nous a donne de precieux conseils concernant des problemes

d'interpretation extremement difficiles.

Enfin, les problernes techniques poses par la publication de ce livre etaient d'une envergure telle qu'il s'averait absolument

sans subvention. Voila

impossible d' entreprendre un tel travail

pourquoi le present ouvrage a ete publie grace a une subvention accordee par le Conseil Canadien de Recherches sur les Humanites, dont les fonds ont ete fournis par le Conseil des Arts

du Canada. En outre, ont aussi contribue it la publication de cet ouvrage le Conseil scientifique de I'Universite de Paris-X, qui a accorde une substantielle avance remboursable, et le C.N.R.S., qui a fourni un supplement.

partioulierernent Alain Segonds

et Georges Leroux qui nous ont aide a corriger les epreuves de

Nous tenons a

remercier tout

ce livre.

PERIODIQUES

:

ABREVIATIONSI

AE

'ApX.CXWAOY~X~ ECP'I)!JoEpL;

AFL Nice

Annales de la Faculte des Lettres et Sciences humaines

AGPh

de Nice Archiv fur Geschichte der Philosophie

AJP

American journal of philology

Altertum

Das Altertum

Apeiron

Archiv Philos.

Archives de philosophie

Archiv. hist. doctr. et litt. du m. a.

et

Iitteraire

du

moyen

Archives d'histoire doctrinale age

BAGB

 

Bulletin de l'association G. Bude

BCH

Bulletin de correspondance hellenique

BJ

Bonner Jahrbucher

BR

 

Bucknell review

BSA

Annual bulletin of the British School at Athens

eB

The classical bulletin

C

et

M

Classica et mediaevalia

CJ

The classical journal

Chronique d'Egypte

CPh

Classical philology

CQ

Classical quarterly

CR

The classical review

. (I ~ Deva~t la dis~arite des usages sur Ie sujet, nous avons decide, par convention, d.ecnre les titres de hvres, de revues el d'articies avec des minuscules, exception faite, bien sur, des titres en allemand el des noms propres se trouvant dans les titres en a nglais et en francais.

12

ABREVIATIONS

CW

The classical weekly (puis world)

DA

Dissertation abstracts

Eranos

( ~esnerus

Giorn. metaf.

Giornale di meta fisica

Gnomon

Hermes

Historia

IISCP

Harvard studies in classical philology

IIThR

Harvard theological review

Isis

Iyyun Yisrae'l

J CS

Journal of classical studies

JIll

Journal of the history of ideas

J IIPh Journal of the history of philosophy

.J HS

.Journal of heredity

.J Ph

.JPNP Journal de psychologie normale et pathologique

Journal

of hellenic studies

Journal of philosophy

I

ustrum

MII Museum helveticum

Mind 1\1n Mnemosyme

Mod Sch The modern schoolman

Monist.

I\J usica disciplina N Pile Hundschau Die neue Rundschau N.JA Neue J ahrbucher fur das klassische Altertum

I'ur. Pass. La parola del passato

The monist

I)APA

Proceedings and addresses of the american philosophical association

PAPS

Proceedings of the american philosophical society

PCPS

Proceedings of the Cambridge philological society.

I'hilologus

Ph.J

Philosophisches J ahrbuch

Phoenix

The Phoenix

PhQ

Philological quarterly

ABHf:VIATIONS

PhR

Philosophical review

Phronesis

Physis

13

HBPhH Revue beige de philologie et d'histoire

RCC

Revue des cours et des conferences

RCCM

Rivista di cui lura classica e medioevale

REA

Revue des etudes anciennes

REG

Revue des etudes grecques

REPh Revue de l'enseignement philosophique

RhM

Rheinisches Museum

TIHPh

Revue d'histoire de la philosophie

HHSA

Revue d'histoire des sciences et de leurs applications

IUPh Revue internationale de philosophie

Hiv. crit. stor. philos. Rivista critica di storia della filosofia

HM

Review of meta physics

 

HMM

Revue de meta physique et de morale

 

I{Ph

Revue

de

philologie,

de

litt.erat.ure

et

d'histoire

I{Philos

anciennes Revue philosophique

 

HPhLouvain Revue philosophique de Louvain

I{S

Revue de synthese

HSPhTh

Revue des sciences philosophiques et theologiques

I{TP

Revue de theologie et de philosophie

~Lud. gen.

Studium generale

 

~Lud. ital.

d.

filil, class.

Studi italiani di filologia classica

 

TAPA

Transactions

and

proceedings

of

the

american

philo-

logical

association

 

TAPS

Transactions of the american philosophical society

VChr

Vigilae christianae

\VS

Wiener Studien

YCIS

Yale classical studies

DIVERS

,\CPA

I';FP

H.

academy

P. ~I. Schuhl, Etudes sur Ia fabulation platonicienne

Cherniss,

Aristotle's

criticism

of

Plato

and

the

II

ABHEVIATIONS

EPG

A.-J. Festugiere, Etudes de philosophie grecque

Inscriptiones Graecae

P\V

Paulys Heal-Encyclopadie des klassischen Altertums-

HEA

wissenschaft hrsg von G. Wissowa H. Cherniss, The riddle of the early academy

SEG

Supplementum epigraphicum Graecum

SPM

Studies in Plato's metaphysics edited by R. E. Allen

a.

Introduction

a.L.

Le

Platon.

merne et I'autre dans la

.

.

.

.

.

.

.

.

.

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.

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.

structure ontologique du .

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.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

T'imee

.

.

.

.

.

de

17

a.1.l.

La

. structure ontologique du

Timee de

 

Platon.

 

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

17

a.1.2.

<1.1.3.

Le

. Importance relative de chacun de

.

merne

et

l'autre.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

ces

.

points.

.

.

.

.

.

.

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.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

18

19

3.'2.

Histoire et structure

 

.

20

a.2.1.

Questions d'origine relatives au

Timee

.

21

a.2.2.

Le

developpement

des

interpretations

relatives

au

Timee

de

   

22

 

.

Platon 3.'2.3. Cont.inuite et discontinuite

 

23

 

.

3.3.

 

.

24

Questions de methode Analyse de texte

a.3.1.

.

24

3.3.2.

Evolution de chacun des elements de la structure ontologique

du Tim.ee

a.3.3.

Conclusions

,

.

··········

25

25

a.

INTRODUCTION

Ce travail se situe a la jonction d'une double serie de problemes qui passent pour les plus difficiles de ceux qui se posent a un exegete de la pensee platonicienne. La premiere serie de problernes se rapporte a I'interpretation generale du Timee, le dialogue platonicien qui a surement le plus suscite d'interet et de commentaires. Et c'est a l'interieur de cette premiere serie qu'est incluse la seconde s'attachant aux manifestations du me me et de l'autre a tous les niveaux de la realite.

a.I.

LE

MEME

ET

L'AUTRE

DANS

DU

TIMEE

DE

LA

STRUCTURE

PLATON

aNTOLOGIQUE

Pour eviter que cette double serie de problernes ne constitue une double source dobsourite, il fallait determiner avec exactitude la nature de chacun des elements de la structure ontologique du Timee de Platon, et la fonction du meme et de l'autre par rapport a chacun d'eux. D'ou Ie titre que nous avons donne a ce travail. Le meme et l' autre dans fa structure ontofogique du T'imee de Plalon :

Expliquons l'une et l'autre des composantes de ce titre.

a .1.1.

Lorsque nous parlons de structure, il ne s'agit pas pour nous de nous proclamer « structuraliste », Notre demarche est assez eloignee de celle de ceux qui s'arrogent cette epithete. En effet, si l'on tient absolument aux etiquettes, nous serions beaucoup

mieux defini par celle de « neo-positiviste ». Dans cette perspective,

sa signification

Ie terme « structure» doit etre compris dans

philosophique minimale comme un tout forme d'elements soli- daires, « tels que chacun depend des autres et ne peut etre ce qu'il

La structure ontologique du Timee de Platon.

18

INTRODUCTION

est 9~e dans, ct par ~a r,elation. avec eux »1. Nous avions songe aUSSI a « s?,st~me » et a « econorme ». Cependant, le premier terme

Nous avons

done

Et nous I'avons fait suivre de l'epithete « ontologique ». En efTet~ ~oute cos~ologie.se developpe selon un schema impliquant dcs elements qUI constituent les differents niveaux de la realite ct dont il. faut determiner le nombre et expliciter la nature. Or'

nous paraissait trop vaste, et le second trop etroit.

choisi celui de « structure ».

dans Ie. ~lmee, c~s elements (Ie derniurge, les formes ct ~e milieu spatial) sont similaires a ceux de la structure onto-

logIqu.c du

expliciternent detaillee : cause productrice, limite et illimite. En

outre, la merne structure ontologique explique non seulement le macrocosme, mais aussi le microcosme qui a ete construit sur

Phfle~e, qui, pour sa part, a I'avantage d'etre

intelligible~

Ie modele du ma~roc,~s~e et qui, bien pl~s,doit, sous peine d'etre m?ralement Iautif, I'imiter. Cependant, aussi bien dans Ie cas du mIcro~osmeque ~ans ce~ui.du macrocosme, un residu echappe au

qui

reclame un traitement special. , C'cst. d~ns cette. perspective globale qu'il faut comprendre I organisation des different.s ohapitres de ce travail qui portent ~'espc?t~vement: 1) sur le demiurge, 2) sur le monde des formes int.elligibles, 3) sur le milieu spatial, 4) sur I'arne du monde, 5) sur le corps du monde, 6) sur I'homme et 7) sur la necessite,

c?ntrole de

la .raIson demiurgiqua

:

il

s'agit de

la

necessite

a .1.2. Le meme et I 'autre.

Chacun des elements de cette structure implique le triple aspect fondamental de I'etre : substance, meme et autre. Cette

t~~ad.c on,tologique avait ete decouverte dans Ie Sophisle OU Platon s, C~aIt r~solu au parricide de Parmenide, en dernontrant que I henologi« de son pere spirituel se fondait essentiellement sur I'.am.bigulte fondamentale inherento au verbe « etre» : « etre » s~gmfia~t aussi bien « etre une substance» qu'« etre identique a». (:crtcs, 11 ne peut y avoir de contraire a l'existence substantielle. Lepc,ndant, I'identite ne se deflnit que par la difference. Par <;onsc(~ucn~, l~ non~etre, compris comme difference, peut tres bien

plrc, c est-a-dire exister substantiellement. A partir de la

de Par~e~ide : « L'etre est et le non-etre n'est pas » n'accule plus la p:-nsee a une ~enologied'ailleurs auto-contradictoire, puisqu'elle se me du seul fait qu'on profere le nom de l'un.

I' assertion

.( ~) cr. A. Lalande, Vocabulaire technique et critique de la philosophie (7e M.), Paris,

I !1;lb,

8. v. structure.

STHUCTURE

ONTOLOGIQUE

19

Mais il fallait aller plus loin pour expliciter, en son integralite, I'etre. Platon avait montre qu'entre l'etre absolu et le non-etre absolu il y avait place pour le non-etre relatif. Cependant, cela ne s'appliquait qu'a un seul niveau d'existence substantielle : celui des formes intelligibles. Les autres niveaux d'existence substantielle etaient alors laisses pour compte, notamment celui des choses sensibles. Voila pourquoi Platon devait sinon expliquer, du moins affirmer que le corps anime du monde participait de l'existence substantielle des

formes intelligibles selon ce principe: le monde des choses sensibles

a par participation ce que le monde des formes intelligibles est

absolument. C'est done dire que la participation des choses sensibles aux. formes intelligibles se distingue absolument de la participation des formes intelligibles entre elles. Par voie de consequence, le meme et l'autre sont soumis aux memes fluctuations que l'existence substantielle a laquelle ils s'appliquent : ce que prouve le passage du T'imee qui decrit la constitution ontologique de l'arne du monde. Ainsi toute hypothese impliquant une matiere intelligible s'identi- fiant a I'autre, et un certain type d'analogie entre cette matiere

intelligible et la matiere sensible, doit-elle etre ecartee d' entree de jeu. C'est la le resultat d'une comprehension fragmentaire de la participation des' choses sensibles aux formes intelligibles

a laquelle, malheureusement, Platon n'a pas trouve de solution. En eITet, comme nous le verrons, le derniurge n'inaugure ni la participation des choses sensibles aux formes intelligibles, ni le mouvement; il parfait la premiere, et oriente le second. Par aiUeurs, I'ame du monde, qui prend la releve du derniurge, merne si elle inaugure le mouvement, ne fonde pas la participation des choses sensibles aux formes intelligibles; elle n'en explique que la perpetuite et l'intermittence. Toutefois, bien qu'il u'ait pu en rendre compte, Platon a toujours maintenu l'effectivite de la participation des choses sensibles aux formes inteUigibles.

a.1.3. Importance relative de chacun de ces points.

Tout cela, il va sans dire, nous renvoie au Parmenide dont la premiere partie soutient, apres avoir passe en revue toutes les difficultes qu'eUe implique, la validite de la participation des choses sensibles aux formes inteUigibles; et dont la seconde partie, qui postule en negatif la solution du Sophisle, denonce l'arnbigurte du verbe «etre i qui empeche toute participation reglee des formes intelligibles entre elles. Dans le Timee, l'une et l'autre de ces composantes sont involutees au sein d'une cosmo-

:,'ll

INTRODUCTION

logi,' uni Iiee. En eITet, la triade ontologique fondamentale :

(sllhsl.ancc, memo et autre) se manifeste a tous les niveaux de J'f',:t1 i t.e qui so distinguent par leur densite substantielle. Or, 111lisqu'a tous ces niveaux de realite il y a substance, doivent aussi ,,'y ma nifest.er le memo et l'autre. Voila pourquoi chacun des ,"II"/IH'Jlls de la structure ontologique du T'imee, qui est aussi ceUe cI II I 'hilebe, implique le merne et l'autre.

EL c'cst precisernent la raison pour laquelle nous avons decide cll' ne pas traiter, de Iacon distincte, des notions de merne et d'autre. I':n effct., un tel mode d'exposition nous aurait conduit a mettre "II o-uvre un expose effroyablement abstrait et obscur, tout en Inis.mt. appel, pour les utiliser ou les critiquer, a des textes d'auteurs p(}sU~rieursa Platon dont les developpernents sur le sujet auraient I':. ru encore plus obscurs. I'our eviter ces inconvenients, nous avons resolu d'inserer II(}I.('(~ elude des notions de meme et d'autre dans une etude plus

du T'imee de Platon.

l :I'la avait un desavantage evident dont on nous fera grief des le p('I'rnicr chapitre, et qui tient a ce que paraissent non pertinents dl~ I.res longs developement.s, etrangers en soi aux notions de merne 1'1. d 'autre. Cependant, cela avait un avantage dont nous avons j IlgI'~qu'il etait plus important que le desavantago qu'il impliquait. En cff'et., une telle fagon de proceder nous permettait de situer l'x;J(~l.cment les divers champs d'analyse des notions de rnerne 1'1. d'autre, et surtout de preparer a l'avance les dites analyses cll' fa~on a echapper aussi bien au depaysement que provoque 1a discontinuite qu'a la tendance a assimiler un peu trop facilement cll~Snotions dont on a mal evalue les differences qui les distinguent. (:I~I-Les, le merne reproche reviendra sans cesse. Quand se I){~cidcra-l-ona parler des notions du merne et de l'autre ? Mais nous I'sp{~ronsque ces quelques explications suffiront a rendre acceptable 1111 t.cl mode d'exposition dont on s'apercevra tres rapidement qu'il simpose de lui-memo dans le cadre de ce travail.

\';ISI<~ portant sur la structure ontologique

a.2.

Hrsrouu:

J-:T

STRUCTURE

Par a illeurs, on ne manquera pas de remarquer que, dans cette analyse du Timee, ne s'ebnuch« aucune recherche destinee a d(~couvrir des antecedents, chez I(~spresocratiques, de la cosmologie platonicienne. En outre, il s(~ra en apparence tres facile de d(~montrer que, sur ce point till moins, l'auteur de ce travail se cont.n-dit., puisque, se desinl.ert-ssant, presque totalement des

HISTOIRE

ET

STRUCTURE

21

presocratiques, il s'arretc longuement a decrire le developpernent de I'interpretation des elements de la structure ontologique du Timee. Pourquoi, apres l'avoir expulsee, reintroduire l'histoire ?

a.2.1. Questions d'origine relatives au Timee de Platon.

II n'y a pas de reponse a cette question, car le problerne qu'elle

souleve est mal pose. En effet, nous nous refusons systematiquernent

a toute recherche concernant les antecedents de la cosmologie

platonicienne, parce que d'une part les questions d'origine ne sont pas pertinentes dans le cadre de ce travail, et que d'autre part elles sont absolument neutres. Toute question d'origine est essentieUement mythologique. II s'agit, pour expliquer un moment ou un aspect du temps, de transgresser le temps et de recreer une ternporalite factice destinee a rendre raison de la temporalite reelle. Or, dans le cas precis des antecedents de la cosmologie platonicienne, plusieurs autres facteurs viennent compliquer les choses. Tout d'abord, en effet, les ceuvres des presocratiques sont lacunaires : ce qui pose, a leur sujet, des problernes d'interpretation considerables, En outre, on ne sait pas, sauf quelques exceptions, dans queUe mesure, par I'intermediaire de qui et de quai, comment et au Platon a pris connaissance de ces doctrines. Entin, Platon n'indique que tres rarement, de fagon explicite, emprunts et critiques.

Et cela nous renvoie a la seconde cause qui nous a fait rejeter les questions d'origine concernant la cosmologie platonicienne. En effet, les reponses a ces questions sont fondamentalement neutres. Un auteur s'inspire d'un autre en le critiquant. Dans quelle mesure en est-il tributaire, jusqu'ou s'en detache-t-il ? On a beaucoup de difflculte a le voir, et la plupart du temps les resultats auxquels on parvient sont decevants, Or, c'est Ie cas particulierement des relations entre Platon et les presocratiques.

Car, aux raisons enumerees plus haut, on doit adjoindre I'originalite

de l'auteur du Timee.

Voila qui nous paratt decisif, Cependant, on pourrait toujours essayer de prouver que nous sommes tombe dans une contradiction mineure certes, mais qui a son importance. Car assez souvent nous revenons aux pythagoriciens. Cela s'imposait parce qu'une tradition, qui remonte a l'ancienne academie, repete incessamment, a propos de tout et de rien, que Platon ici encore « pythagorise », A notre avis, cette assertion est radicalement erronee ; et chaque fois que l'occasion de le faire remarquer s'est presentee, nous n'y avons pas manque. II est done evident que cela Be saurait constituer une question d'origine. II s'agit tout simple-

INTHODUCTION

~1I1'llt de depouiller la pensee de Platon d'interpretations lIl:t(~eeptablesayant leur source dans des hypotheses insoutenables ('Ollccrnant l'origine de cette penses.

a. '2. 2.

Le

developpement des interpretations relatives

de Platen.

au

Timee

qui

<:royalent l'~vo~r decele~. ,~ais une autre s'y ajoute qui, sans

apres

a.vOIr lu les quatre premiers chapitres de ce travail, on sera invin- c!ble~entamene 3 poser cette question. Comment, vous qui avez SI sOl~n~usement evite de traiter des antecedents pres~cratiques

Cet.te

contra.diction

pourrait

parattre

mineure

En

3

ceux

effet

(,on~este, doit etre

consideree

comme

majeure.

Platon, vous attardez-vous si longuement 3 decrire

I evo~utIOn.de chacun des elements de la structure ontoloO'ique de co meme dIalogue ?

remarquer que cette

<~~I Tzm.ee

de

b

Ma~s, avant

d'y

repondre,

il

faut

faire

question ne prend un sens que dans la perspective de l'evolution

de chacun d.e ce~el~men~s au sein d'un developpement progressif dont. on arn,:"e ,a ,determIner. eifectivement les diiferentes phases. O~, s~ tel aVaI~ et~ notr~"projet, on aurait pu ajouter 3 l'objection

D'une

p;lrt, ce developpement presento des lacunes considerables. Et, d autr~part, se pose la question de I'origine de la pensee de chacun des phIlosophes rnentionnes.

,Tel ~'etai~,pas toutefois notre but lorsque nous tentions de dctermI.ner I evolution de chacun des elements de la structure ontol?gIque du T'imee de Platon. En effet, nous cherchions ainsi prermerement 3 faire servir la critique des interpretes du T'imee de P~~ton a une .co~prehensionplus profonde de ce dialogue; et dcuxIc~ement, a Illustrer le fonctionnement de la structure on tologIque . qui en constitue Ie fondement, en en decrivant les

t.r~>n~formatI?~s.~outcela,. par ailleurs, reposant sur une conception

relevee,

pnl1cIpale,

qUI vient

d etre

ces

deux

corollaires.

precise

.de I ?IstOlre

des

Idees,

selon laquelle l'interpretation

de

In,doctnn~ d un auteur ne comporte qu'un nombre fini

Lres restreint de possibilitss.

et memo

'

II n~ s'agissait pas 13 de faire de l'histoire hypothetiqu-. Un

tel

t~pe.d hIstOlre ne port~ que sur Ie possible. Mais cette fagon de P! o~edernous perrnettait de mettre en reuvre une histoire transfor- matIOnnelle. C'etait aussi orienter notre attention sur les fondements

de la p~ssibilitedu developpement reel des elements de la structure ontologIque du Timee. En eifet, etant donne une structure a q,~atre e~e~ents, il va de soi que si l'un de ces elements est rernterprete dans un sens tel que sa nature en est sensiblement

HISTOIRE

ET

STRUCTURE

23

modiflee tous les autres elements subiront, par voie de consequence, des modifications importantes. Voila pourquoi, en tenant compte du developpement reel des elements de la stru~ture ?ntologique du T'imee nous avons voulu montrer que ses orientations fonda- mentales (ancienne academie, moyen platonism~et ne,oplato~is~e) ne sont pas dues au hasard, mais decoulent dune reorganisation complete de cette structure, elle-meme dependante de la reinter- pretation prioritaire de tel ou tel de ses eleme~ts a l'aide d'instruments ontologiques nouveaux et sous I'influence de presupposes impliques par des systemes philosophiques differents, Mais cette histoire transformationnelle n'est pas a elle-merne sa fin propre. En effet, eUe permet de rendre positiv~ la critiqu~ d~s

differentes interpretations de

Rejeter purement et simplement telle ou telle in~erpretation ~'a qu'une valeur limitee. Mais mettre en lumiere les ~aIsons de ce rejet, d'une part rend justice 3 I'originalite du J:>~Ilosoph~ ~ont .on conteste I'interpret.ation, et d'autre part explicite la signification de chacun des elements de la structure ontologique du Timee. En effet, si l'on considere que les transf~rmations de cette structure decoulent d'une reinterpretation originale de l'un de ses elements, il va de soi que l'etude de ces reinterpretations nous renseigne sur la signification veritable de chacun de ces elements. En d'autres termes, quand on a decouvert le fondement et le mecanisme des transformations determinees de la structure ontologique du Timee, on prend conscience du noyau a partir duquel s'operent ces variations.

,

.

la

structure ontologique du

Timee.

a.2.3.

Continuite et discontinuite.

Ainsi n'y a-t-il rien de contradictoire dans notr~ de~a:c~e. Nous nous refusons d'une part a poser quelque question d origme que ce soit. Et nous tenons d'autre part a mettre en IUI?iere les possibilites du developpement de la structure ontologIque. du Timee de Platon. Cela est parfaitement coherent dans l'optique d'une certaine conception de l'histoire des idees. Dans ce domaine, croyons-nous, il est toujours perilleux de considerer le temps comme absolument lineaire. Cela mene a chercher a remplir parfaitement les intervalles existant entre deux corps de doctrine distincts, Mais c'est la un projet d'avance voue a l'echec. Car, contrairement a ce qui se produit, par exemple, lors du developpement biologique d'un vivant, il n'y a pas continuite entre ces deux corps de doctrine distincts, meme s'ils ont une base commune comme dans Ie cas de la tradition platoni- cienne. Ces deux corps de doctrine distincts se presentent comme

INTRODUCTION

d~~s regroupements brutaux impliquant, sous le jeu d'influences d/v.e~scs,des reinterpretations nouv~Uesd'un merne noyau central. \ oila pourquoi nous nous refusons a poser des questions d'orizine conccr?ant les doctrines de l'ancienne academic, du mo;'en plal.onisme et du neoplatonisme. Au ~ontraire, ~ous cherchons a determiner les points de rupture et. les jeux de reinterpretations qui expliquent les transformations :-;uccessive~d'.un memo noyau. Dans cette perspective, on ne fait

pas une histoire de la continuite, mais une histoire de la disconti-

transformations

nuite

a qui affe.ctent. une structure deterrninee, et dont les possibilites d? ~odIflc~~IOns ~ont extremernent lirnitees. Bref, lorsque nous decrivons I evolution de chacun des elements de la structure

:

on

cherche

decrire

le

mecanisme

des

onlologique du

T'imee,

nous

continuons

dans

le

domaine

du

possible,

l'analyse

effective

que

nous

venons

de

faire

de

leur

nature propre.

a.3.

QUESTIONS

DE

METHODE

 

En. effet, no us a:ons tente, dans chacun des chapitres de ce Lra~al~ ~t.plus speciflquernent dans les quatre premiers, d'assurer 1;1 repe.t~tIOn de la merne organisation formeUe. Ce qui, selon nous, e n Iacilil.e la lecture qUI, sans ce precede mecanique pourrait

(~1,r(~ deroutante.

a .~~.1. Analyse de texte.

'

Chaquc chapitre commence par une analyse de texte det.aillee. Nous croyons que c'est la quelque chose d'essentiel. En effet 1".'o!) souven,t, les p~ilosophes estiment que Ie texte n'offre aucun~ }'(~:-;':-;L?ncc a leur Interpretation etablie d'avance. Ce qui est parftuLer.ncnt errone. Par contre, assez souvent, les philologues a,ccomphs?cnt un excellent travail technique, mais ou bien s'en t.ien nent. a des commentaires insipides ou bien s'en remettent pOllr des commentaires plus elabores, a des philosophes. '

~ous croyons q~'un tr~vail de

ce genre doit tenir

compte des

~~x,g(~nc.cs ~e la ,phIloso~hlC et de la philologie. Ce qui permet une

interpretation a la Iois plus englobante et plus proche des

t.ext.es.

 

QUESTIONS

DE

METHODE

25

a.3.2. Evolution

de chacun

des elements

de

la

structure onto-

logique du Timee.

Mais l'analyse du texte debouche tres vite sur I'evolution subie, au cours de l'antiquite, par le dit element de la structure ontologique du Timee ; et, par le fait merne, sur la multiplicite

et le conflit des interpretations qui s'y rap portent. Ainsi la description de cette evolution n'est-elle que le prolonge- ment de l'analyse du texte qui vient d'etre faite. Et cela se rattache clairement a notre conception globale de l'histoire du developpe- ment de la structure ontologique du Timee. Bref, la description de ces variations prolonge et eclaire, par choc en retour, l'analyse de la nature de chacun des elements de la structure ontologique du

Timee.

a.3.3.

Conclusions.

En outre, la description de leur nature nous mene insensible- ment aux interpretations modernes et contemporaines concernant chacun de ces elements. Et comme les interpretations modernes et contemporaines prennent leur source dans les grands courants d'interpretations ayant eu cours dans l'antiquite, elles en partagent done les critiques. Par la suite, apres avoir examine ce que nous considerons comme l'essentiel de ce qui a ete dit sur chacun des elements de la structure ontologique du Timee, nous faisons la synt.hese des informations recueillies sur les diverses manifestations du rneme et de l'autre a ce niveau. Ce qui nous permet, par ailleurs, d'exami- ner les relations qu'entretient ce couple de contraires primordial avec toute une serie d'autres couples de contraires. Et enfin, nous situons l'element que nous venons d'etudier dans la structure ontologique globale du 'I'imee. Nous sommes done pret a passer a l'etude d'un autre element de cette structure. Dans cette perspective, voyons tout d'abord ce qu'il en est du demiurge dans Ie Timee.

1. Le démiurge

1.1.

L'aspect pratique

du

 

démiurge.

 

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30

1.1.1. La figure du démiurge

 

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31

1.1.2. Activités

du

démiurge

 

relevant

des

fonctions

propres

 

à

la

troisième classe de

la

 

cité

platonicienne.

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35

.A. Métallurgie

 

36

 

1.

Fonte

et

alliage.

 

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36

2.

Forge

et

assemblage.

 

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38

B.

Construction

······

 

41

C.

Poterie

············

44

D.

Peinture

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47

E.

Modelage de la

cire

 

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47

F.

Tressage

·····

 

48

G.

Agriculture

·····

48

1.1.3.

Activités

du

démiurge

 

relevant

des

fonctions

propres

à

la

première classe de

la

 

cité

platonicienne.

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50

A.

Colonisation

···········

 

50

B.

Persuasion

··········

52

1.2.

L'aspect théorique du

 

démiurge

 

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55

1.2.1. La

disparition de

 

la notion de

 

démiurge.

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55

1.2.2. La réaction du

 

moyen

 

platonisme.

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58

1.2.3. L'élaboration du

 

néoplatonisme.

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64

1.3.

Prise de

position.

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71

1.3.1. Discussion des interprétations modernes et

 

71

A. Interprétations

 

fondées

 

sur

 

des

 

systèmes

 

philosophiques

 

modernes et

contemporains.

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72

B. bien.

Démiurge

et

 

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73

Démiurge

C. voûc

et

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76

 

a) Noüç

de

l'âme du

monde.

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76

b) Noëc

séparé.

 

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81

1.3.2.

Questions

d'ordre

 

philosophique,

historique

 

et

sociologique

sur la nature du 8'1)!L~oupy6ç

 

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84

A. Question

d'ordre

 

philosophique

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85

B. Question

d'ordre

historique.

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86

C. Question

d'ordre

 

sociologique.

 

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98

1.3.3.

Conclusions.

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101

1. LE

DÉMIURGE

Il peut sembler bizarre de commencer une étude des notions de même et d'autre dans le Timée de Platon par un chapitre sur le démiurge. Et pourtant rien ne s'impose avec plus de nécessité. En effet, le démiurge se présente comme la clef de voûte de la structure ontologique qui sous-tend le Timée et qui s'impose aussi bien dans le Sophiste que dans le Philèbe, en plus d'être implicite dans le Politique et dans les Lois. Le fait de considérer le démiurge comme organisant un milieu spatial informe, en fixant les yeux sur les modèles que constituent les formes intelligibles, pour produire ces images que sont les choses sensibles, dépasse le simple niveau de la métaphore. Car la métaphore commande une vision onto- logique impliquant une structure à quatre termes : voüç démiur- gique, formes intelligibles, choses sensibles et milieu spatial. Voilà pourquoi nous chercherons à analyser avec tant de soin l'aspect pratique de la figure du démiurge. Ses activités, relevant des fonctions propres soit à la troisième, soit à la première classe de la cité platonicienne, doivent être mises en lumière en tenant compte précisément de l'arrière-plan ontologique dont nous venons de parler. Il n'est pas indifférent que le démiurge « travaille », quelle que soit la nature de ce travail. Ce travail implique, en effet, un écart entre le monde des formes intelligibles et le milieu spatial, et prend pour acquis la distinction entre le producteur et son produit. C'est d'ailleurs par là que cette analyse de l'aspect pratique de la figure du démiurge rejoint l'analyse de son aspect théorique. En effet, d'après ce qui vient d'être dit, le démiurge ne peut être qu'un voüç séparé, distinct des formes intelligibles, du milieu spatial et de son produit, le monde sensible. Ce qui nous renvoie au cœur du problème que nous nous proposons d'étudier dans ce travail: la nature des notions de même et d'autre dans le Timée. En effet, si le démiurge n'est pas un voüç séparé, alors ou bien la forme du bien en particulier ou les formes intelligibles en

30

LE

DÉMIURGE

général revêtent un caractère démiurgique ; ou bien le démiurge apparaît comme le doublet mythologique de l'âme du monde en totalité ou en partie; ou bien enfin l'une et l'autre de ces deux possibilités se combinent en une synthèse supérieure. A partir de là, le même et l'autre voient leur nature se modifier considé- rablement. Ou bien ils forment deux principes constitutifs de toute réalité; ou bien ils permettent une distinction, en l'âme du mon?e, d'un principe rationnel et d'un principe irrationnel; ou bien enfin tout cela se coordonne dans un système plus englo- bant. Bref, une modification de la conception de la nature du d.émiurge entraîne une révision complète de l'ontologie platoni- cienne'. Com~ent alors ne pas prendre le soin de mettre en place de~ articulations solides qui, même si elles ne sont pas apparentes, uniront tout le reste? ~epend~nt,il faut aller encore plus loin. En effet, ce qui paraît philosophiquement très cohérent ne l'est pas concrètement. Voilà pourquoi trois questions relatives à la figure du démiurge se posent à l'exégète du Timée. Pourquoi Platon est-il le premier ~hilosopheà avoir mis en œuvre une cosmologie de type artificia- hs.te, et pourquoi semble-t-il être le seul à avoir poussé aussi loin en ce sens? Pourquoi le démiurge accomplit-il des tâches propres à la fois aux fonctions de la troisième et de la première classes de la cité platoniciennes, alors qu'effectivement il semble ne pas y avoir de relations entre les fonctions de l'une et de l'autre classes? Et comment Platon peut-il présenter celui qui constitue le monde sensible comme un démiurge, alors que sa doctrine politique se caractérise justement par une dépréciation totale du statut de producteur, et plus spécialement de celui d'artisan? Voilà donc le but de ce premier chapitre. Mettre en place la clef de voûte de la structure ontologique du Timée où s'insèrent les notions du même et de l'autre; et, par la même occasion rendre intelligible concrètement l'usage fait par Platon de la figure du démiurge. Ainsi seraient assurés les fondements de l'ontologie des derniers dialogues de Platon.

1.1.

L'ASPECT

PRATIQUE

DU

DÉMIURGE

La première section de ce chapitre portera sur l'aspect pratique du démiurge, c'est-à-dire sur les activités du démiurge qui s'apparentent aux fonctions propres à la troisième et à la première classes de la cité platonicienne. Mais, avant de mettre en œuvre

LA

FIGURE DE DÉMIURGE

31

une telle 'recherche, il faut commencer par ébaucher, dans la mesure du possible, une esquisse de la figure du démiurge, dont la description rendra à la fois plus concrète et plus évidente l'analyse que nous ferons des tâches qui sont les siennes.

1.1.1. La figure du démiurge.

Voilà pourquoi nous tenterons tout d'abord de déterminer quelle est la nature du démiurge, et quels traits « psychologiques» lui sont attribués. « Fabricant et père de ce tout »1 qu'est l'univers, voilà la défini- tion la plus approchée de la nature du démiurge. D'une part, en effet, le terme 7tOL"tJ"t"~Ç fait référence à l'aspect pratique du démiurge, puisqu'il implique une opération de l'ordre du 7tOLe:~V, c'est-à-dire de l'ordre du travail artisanal. En outre, ce même terme fait aussi référence, d'une certaine façon, à l'aspect théorique du démiurge, puisque le travail artisanal ne se comprend que comme dirigé par un modèle. D'autre part, le terme 7tlX"t"~p apparaît comme une rémini- scence, en ce sens que Platon, dans le Timée, tout en décrivant la constitution du monde à peu près totalement sous un mode artificialiste, ne peut s'empêcher d'être tributaire des cosmogonies antérieures fondées sur des récits d'unions et de désunions sexuelles, et de luttes pour la royauté". Mais, au-delà du sens spécifique de chacun de ces termes, on peut distinguer un caractère commun qui constitue le trait fondamental de la figure du démiurge. En effet, le fabricant et le père apparaissent, à des titres divers et à des niveaux différents, comme les instigateurs de l'apparition d'un ordre des choses dont les éléments échappent à leur contrôle total. Bref, le démiurge l'st une entité distincte, dont le pouvoir n'est pas absolu. Dans cette perspective, il n'est pas surprenant que le fabricant r-L le père de ce tout qu'est l'univers soit appelé dieu (6e:6ç)3. Appellation qui, à cause de son extension, ne nous apporte a ucune information décisive sur ce qu'est le démiurge, mais qui, incidemment, nous permet de comprendre à la fois l'anthropo- morphisme, le polymorphisme et l'impuissance relative qui caractérisent cette figure 4.

(1)

(2) cr. J.-P. Vernant, Les origines de la pensée grecque, Paris ('le éd.), 1969, pp. 110-

Tim., 28 c 3-4.

IIH.

(3) cr. J. van Camp et P. Canart , Le sens du mot 6e:roc; chez Platon, Louvain, 1956. (1) Sur tous ces points, pour sc raire une idée des relations qu'entretient le démiurge

32

LE

DÉMIURGE

La figure du démiurge est tellement marquée par l'anthropo- morphisme qu'on s'étonne du fait que n'ait pas été mise en œuvre plus tôt une étude détaillée des termes qui désignent son action. Étude que,. da.ns la première partie de ce chapitre, nous ferons porter aUSSI bien sur les activités propres à la troisième classe de la cité platonicienne que sur celles propres à la première classe. Or, l'.anthropomorphisme n'exclut pas le polymorphisme. Car, ~ê~e SI, d.ans le Timée, le démiurge se présente comme une figure distincte, Il ne peut, d'aucune façon, être considéré comme un individu. Et cela, parce que, dans ce dialogue, « le fabricant et le père de ce tout » qu'est l'univers est assisté par des dieux inférieurs 1. Par là, s'impose l'idée d'une hiérarchie impliquant une certaine ~roporti?nnalitéentre la nature des démiurgies et celle des êtres

a produire, En effet, le démiurge constitue les êtres immortels

alors que ses aides façonnent les êtres mortels. Et cela affirme

le démiurge, parce que « si moi-même je leur donnais naissance

et vie, ils seraient égaux aux dieux )} 2. Voilà pourquoi, en prenant

pour b~se le commentaire de Proclus sur ce point.", nous pouvons construire ce tableau:

 

1divin

~en soi

~vivants célestes

première

l

(en parties

)

démiurgie

génération

,

\

vivants sublunaires

 

J-

_

1 partie immorte~de l'âme

_

r

\.

(parties mortelles

seconde

', mortel

/

,de l'âme

 

dcmiurg ie

JChoses

.'

rmortelles

)

 

\

corps

Bref, même distincte, la figure du démiurge ne présente rien d'individuel. Elle apparaît, avant tout, comme investie d'un caractère impersonnel et collectif. En un mot, le démiurge n'est pas un individu, mais une fonction.

de Platon avec les dieux du panthéon grec, cf. J. Rudhart, Notions fondamentales de

la pensée religieuse et aeles constitutifs du

culte dans la

Grèce classique

Genève

1958

ch.lI,pp.53-111.

'

,

,

(1) Cf. Timo,41a7, 42d6,e6,etc.

(2)

Id.,

41 c 2-3.

(3) Proclus, In Tim., III, 242.19 sq. Nous tenons à préciser que toules les cilations en français de ccl ouvrage n-produiscnt Ia remarquable traduction de A. J. Festugière,

Paris, 5 vol., 1966-68.

LA

FIGURE

DE

DÉMIURGE

33

Une fonction qui, par ailleurs, est loin d'être toute-puissante. ~~n e.ff~t, l'action démiurgique doit être dirigée par les formes intelligibles, et se trouve limitée par la nature du milieu spatial. En outre, elle n'inaugure ni la participation des choses sensibles :1 ux formes intelligibles ni le mouvement. Voilà pourquoi enfin elle se heurte à un résidu inamovible: la nécessité. ' ,

brève analyse, on peut père de ce tout » qu'est

;l,fhr~er que le démiurge, « fabricant et

1 uDlv~rs,. apparaît comme un dieu anthropomorphe, polymorphe d, ne JOUIssant pas de toute-puissance. C'est là sa nature. Car loin d'être un individu, il se présente toutefois comme une fonction distincte. Or, le caractère distinctif et anthropomorphe de cette fonction l'st affirmé avec plus de force encore par le fait que, comme telle, la figure du démiurge présente certains traits que nous osons qualifier de «psychologiques )}, tout en étant parfaitement conscient lo):~railleurs, de l'inexactitude de cet adjectif. Le démiurge, en effet:

Iait acte de pensée, de volonté, et éprouve même des sentiments.

L'aspect théorique du démiurge, qui constitue l'une des compo- s:l.ntes fondamentales de sa figure, ne laisse aucun doute sur le f;11 t que le « fabricant et père de ce tout )} qu'est l'univers fait acte dl' pensée. Le démiurge est, avant tout, un VOÜ~1. De plus, il « r;lIson~e,)} ~u tout s.implement « réfléchit )}2. Enfin, il « prend r-n considération )}3. Mais ces actes de pensée ne sont pas seulement ponctuels. Leur action s'étend dans le temps, et se présente alors sous la forme, de la « prévision )} (7tp6VOLCX)4. Et enfin, puisque faire ;lde de pensee corist.itue, pour Platon, la condition sine qua non .lu langage", il n'est pas surprenant que le démiurge parle". Par ailleurs, le démiurge fait acte de volonté, non pas au sens (l~'I. nous .l'entend.ons aujourd'hui après plus de vingt siècles

sens

t.crrnes ~oUÀe:0'8CXL, i8éÀe:.LV et ÉY.~v. Le terme è:x~v n'est pas employé ('omme tel dans le T'imée pour qualifier le démiurge, mais on y

lro~ve .(&.v~).CXh·LO~7, qui a un sens équivalent; il s'agit là d'une notion juridique appliquée à la sphère de la morale et désignant

~ar conséquen~, ~ la suite de cette

Il èlaboration,

mais

dans

un

plus limité reposant sur les

(1) Nous laisserons de côté, pour le moment, l'analyse du t out.o une section de ce chapitre.

(2)

Aoy(~€crecx~ Tim.,

30 b

l,

34 a 8,

52 d 2,

55 c 7.

terme vouç qui couvrira

(:~) Nous traduisons ainsi votJ.L~e;~v, cf. Id., 33 b 7.

(4)

Cf. id., 30 c l, ct 73 a 1 où on lit rrpoopw(J.e;vo~(les aides du démiurge).

(5)

Soph., 263 e 3-5.

(6)

Cf. par exemple,

Timo, 41 a 5-6,

d 4,

e 3,

etc.

(7)

Id., 42 d 3-4.

34

le déclenchement d'une causalité à ce niveau. 'EetÀz~v1 se situe dans le prolongement de cette notion, car ce nouveau terme signifie « vouloir» dans le sens de « consentir à » ; c'est là le sens exact de son emploi dans le Timée. B01)Àe:cre(X~ se trouve cependant

à un autre niveau. En effet, s'appliquant à la volonté dans le

domaine du souhait, il renvoie à la fin (TéÀoç). Voilà pourquoi, des trois termes mentionnés plus haut, c'est le plus souvent employé". D'ailleurs, la phrase suivante est tout à fait significative en ce sens qu'elle rapproche ~ouÀe:cre(X~et TéÀoç3. Or, cette possibilité de faire acte de volonté s'insinue dans la totalité du réel, où le démiurge apparaît comme le représentant juridique de l'ordre du monde. On lit en effet: « il leur (aux âmes) édicta toutes ces lois afin de demeurer innocent de la malice future de chacun de ces êtres »4. Phrase d'autant plus significative qu'en plus du terme eéf.L~ç5,on y trouve le terme &'v(Xhwç dont nous venons d'expliquer le sens juridique. On trouve aussi, mais cette fois-ci dans un sens beaucoup moins marquant, le terme Vdf.L(Xç6.

Enfin, troisièmement, on peut aller beaucoup plus loin, et affirmer que le démiurge éprouve certains sentiments. En effet, on lit, dans le Timée : « il (le démiurge) fut charmé et s'étant

réjoui »7. Toutefois, il faut remarquer que ~'Y&creYJ est l'aoriste de &Y(Xf.L(X~ qui, se rattachant au radical &.Y(X « préfixe de renforcement )}8, indique « que l'on constate quelque chose de considérable ou d'excessif »9. Mais le sens de ~y&creYJ ne se comprend que par rapport

à l'objet sur lequel porte le sentiment qu'il décrit. Or, cet objet

est le monde sensible, considéré comme un &Y(XÀf.L(X, c'est-à-dire comme une représentation de son modèle, le vivant éternel. C'est donc dire que, puisqu'un &Y(XÀf.L(X est une entité visible à travers

laquelle se donne à voir une entité invisible, le démiurge est, en quelque sorte, charmé par la contemplation du vivant éternel à travers le monde sensible qui en participe.

LE

DÉMIURGE

(1)

lïm.,

41

a 4.

 

(2)

Id., 30 a 2,41

b 4.

,

(3)

/ d. " 30, ct 1 ~3 : 't'c{) yàp ~WV ~oou~Év~v X,Ct).),tcr't'<P XCtL XCt't'à rceXv,,:Ct 'n::ÀÉ(:) fl.eXÀ~cr,Ct

CtUTOV 0 6e:oç 0fl.0~wcrCt~ ~1j'Jb;eE:~ç ~(:)OV Ë\I 0PCt"t'O\l.

(4)

Id.,

42

d 2-3.

8~Ct6E:cr[.L1jeE:"t'~crlXç 8È:

XCtXtlXÇ ÉXeXcrTW\I &\I:d,wç,

cf.

41 e 2-3.

7teX'JTCt

1X1horç

"t'CtU,Ct,

'{'rJ. "t''ljc;

Ë7tE~,1X d"fJ

(5) Pour 6Éfl.~C;, cf. L. Gernet, {( Droit et prédroit en Grèce ancienne ., in Anthropo-

logie de la

Grèce antique, Paris, 1968, p. 243 et n. 289.

(6) Tim., 40 a 5-6. Pour 'Jo[.LOç, cf. L. Gernet, « Sur le symbolisme politique: le

foyer commun ", in op. cil., p. 390.

(7)

(8)

Tim.,

37 c 7 'f;YeXcr8"fJ 't'E: XIXL EÙCPPIX\l8dç.

P. Chantraine, Dictionnaire étymologique de la langue grecque, Paris, 1968, s. V.

&YIX.

(~l)

Ibid.

LA FIGURE

DE

DÉMIURGE

35

Et c'est dans cette perspective qu'il faut comprendre e:ùcpp(Xvedç, verbe formé du préfixe e:ù et du radical CPP(X(vw qui se rattache à q>p~v, vieux terme désignant, en poésie et notamment chez Homère, le siège des mouvements psychologiques, et, en particulier, des sentiments '. Ainsi e:ù?p(XvOdç prend-il le relais de ~'Y&creYJ' Le démiurge, charmé par le monde sensible, représentation visible du vivant éternel, se trouve, par le fait même, bien disposé à son égard au plan des sentiments, et tente, par conséquent, de rendre l'image encore plus semblable à son modèle", Bref, les sentiments décrits par ces deux verbes ne peuvent être distingués de la fonction noétique du démiurge.

le « fabricant et

père de ce tout» qu'est l'univers, c'est-à-dire comme un dieu ù la fois anthropomorphe, polymorphe, relativement impuissant «L qui, en outre, se présente non comme un individu, mais comme une fonction, toutefois distincte, faisant acte de pensée et de volonté, et éprouvant même certains sentiments. Or, une fois l.rièvement. esquissée la figure du démiurge, nous pouvons passer

ù l'étude de son aspect pratique relevant des fonctions propres a ussi bien à la troisième qu'à la première classe de la cité

En conclusion, le démiurge apparaît comme

1da Lonicienne.

1.1.2. Activités du démiurge relevant des fonctions propres à la

troisième

classe de la cité platonicienne. 3

V