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Date : 2008-09-19 Pages : 48 / Mots : 0 // LAL + – NC) .
ME CONTACTER : 7 rue Anatole France 78110 Le Vésinet // Site : http://demain-comme-
jamais.toile-libre.org

PROLOGUE
« H2 » va et vient à travers des rangées de chaises identiques. Les
yeux fermés, et ainsi « aveugle », il tâtonne pour se déplacer ; au sol
de la laine. Quand le public est assis des « H0 » (groupe d’individus
5 unis, identiques, ayant un sac où ils rangent leurs journaux) rentrent et
retirent les chaises. « H1 » (Grand CoMédiateur, dictateur
omniprésent) les presse de sortir. H2 s’étonne de ne plus trouver de
chaises, « PF » ("Petite Fille" est vêtue d’un large costume l’englobant
toute entière dans une poche pleine de pelotes de laine) rentre à la
10 sortie des autres et se place derrière H2 au devant de la scène… elle
ne le touche pas. Voir les croquis des costumes sur le site. NB : Même
décor/agencement qu’à la fin.

H2 ne s’adressant pas au public justement installé : Je ne sais plus si


je l’ai oublié… J’ai 8 ans, je vois encore devant moi. Puis
15 quelques docteurs ont affirmé que cela ne durerait pas alors, à
10 ans, je pars pour le Franklinzin, petite bourgade où vivait seul
un oncle… un ami… quelqu’un de connu de mes parents… du
moins je crois. J’ai pris le train pour la première fois. Il est
magnifique, merveilleux même… le plus beau de tous les trains
20 qui n’aient jamais étés… Souvenirs d’un gamin déjà nourris
d’imaginaire… d’inventions blotties, piochées au fond d’un sac.
« H1 » et un « H0 » (4) rentrent chacun de leur côté sur la scène… ils
sont en fond et ne perturbent en rien H2 et PF au premier plan (H2
continue de parler). H1 croise l’autre, ils vont chacun là d’où s’en vient
25 l’autre… Du haut de mes trois pommes, il me semble le sentir
rugir comme font les chats les jours de neige. On me bouscule
pour monter. Les portes en fracas, le brouhaha, les appelles...
Elle s'éloigne avec les bruits déjà convertis au silence. Je reste
là, assis sur une sorte de banquette… rembourrée de mousse…
30 aux extrémités froides, glacées même (découvre ce qui l’entoure
par le touché). Des H0 rentrés progressivement l’entourent sans bruit.
Pas un bruit (ou silence). Puis il me semble qu'il y eut un élan en
avant, indécis. Je suis seul pour la première fois de ma vie. Les
voix s’éloignaient avec les pas, les bousculades. Le calme
35 raisonne. Les reflets des rails traversaient mon oreille… Les
secousses incessantes du wagon, chaque cris du dehors, chaque
silence, chaque frisson, chaque senteur... H1 sort 4 des coulisses
et le pousse violemment. 4 est moins vêtu qu’à sa précédente
apparition au contraire de H1… Ils ne font pas de bruit, H2 est dans
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40 ses pensées. Les H0 rentrés avec H1 entourent H2 sans le toucher. Et
pour moi tant de vitesse, d’indécision à capter, à garder là, tout
contre. S’y retrouver dans ce chaos : des films de westerns et
d’indiens, des départs. Le sol siffle pour la cent trente-quatrième
fois, alourdissant mon corps sous le poids du temps et de
45 l'ivresse fulgurante d’un paysage... invention de mouvements
verdoyants… le temps défile. (Courte pause où il semble s’endormir
debout) Les H0 sortent (4 aussi). PF, qui ne le touche pas, s’approche
le plus possible de lui (derrière pour l’image). J’ai chaud et…

PF/voix off : Où allons-nous ?

50 H2 : Attend ! Où es-tu ? Comment es-tu entrée ? Je…

PF : Avec toi. Cela fait longtemps que je t'observe. Je peux


m’asseoir maintenant ?

H2 (méfiant) : Non !

PF : Bien, comme tu veux. Dis tu te souviens où nous nous


55 rendons là ? (Attend sa réponse) Alors ?

H2 : Mon père m'a dit...

PF : Bien ! Si tu préfère discuter tout seul… (Fait mine de partir.) Et


puis je ne suis pas vraiment inconnue. Faites à votre guise…

H2 : C’est que je ne me souviens pas de vous !

60 PF : Tu penses vraiment que tu pourrais m'oublier ? Même mon


visage, tu le connais... sans le voir ni l’effleurer ! Quel naïf tu
fais… Tu ne veux plus de moi ?

H2 : Pourquoi faire ? Pourquoi t'oublier, pour quoi…

PF : Il y en a qui rêvent de m’oublier… Pour voir quelle question !

65 H2 : Tu n'as qu'à partir, je te laisserai, va !

PF : On ne se débarrasse pas de moi comme ça ! Et si je de


restais plantée là…

H2 : C’est pour cela que nous partons… Nous partons ? Je ne sais


plus si nous rentrons… ou si nous nous en allons.

70 PF : À ton avis… Quelle heure veux-tu qu'il soit ? (Elle ferme les
yeux pour l’écouter. Détails habillant l’Oncle en quelques sortes.)

H2 attentif : C’est comme quand… quand papa va bientôt


retourner travailler pour les machines qui lui font peur.

PF : Tout à fait ! (Court silence.) Il met son gros blouson marron,


75 serre ses chaussures… Il ajuste sa casquette en l’embrassant…
Elle est toute… des images qui lui restent de… ça… Elle a la peur
qui…

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H2 : Elle lui dépose un sandwich dans sa poche… il voit ces
traces de boue…

80 PF : Et les fleures sur le papier peint. Pour une fois en avance


pour…

H2 : En avance ? Les cours ! Maman j’y vais… mon sac… je suis


en retard…

PF (place de la mère) : Calme toi ! Voilà, du calme, regardes-moi…


85 ici… là… bien.

H2 : Tu vas faire le voyage avec moi ? Il est long, tu sais mais…


mais… L’oncle sera content de te voir !

PF : En tout cas je ne partirai pas sans toi… Et arrête : je ne suis


pas ta mère !

90 H2 : Ils savent que tu es là ? Qui sont-ils pour que je sois là avec


toi ? Qu’à-tu fais ?

PF : Tu n’as pas à le savoir… Tu m'as invitée à monter ici, à


t'accompagner en quelques sortes. Et, même si tu leur disais, ils
ne t'écouteraient pas. Ils ont peur… Oh regarde, le cloché, la
95 tour… Nous arrivons à Veugle ! (Regarde par la fenêtre.)

H2 : À cette époque-là, je lui disais "tu" (« tu » es dit avec PF). Elle


était ma petite sœur avant de faire partie de moi. Pause. À
Veugle le train ouvrit ses portes...

PF : 2 minutes d’arrêt en bordure du quai attention à la


100 fermeture des portes !

H2 : J'ai entendu ce même frottement de tôle rouillée qu'au


départ, qu’à l’arrivée. Elle m'avait laissé des cendres… (Elle lui
donne une pelote de laine tirée de sa poche puis s’écarte.) Rentrer
chez soi. Au pied d’un chêne en feu aux racines baignées
105 d’encre ou de mots volant en fumée… si loin déjà.

PF : Prends ça et, quand tu voudras te souvenir de moi, serres-la


très fort contre ton cœur. (H2 sort une pelote de laine de sa poche.)
H2 : C’est doux…

PF : Je te laisse, on m'entend. H2, joueur, serre la pelote contre lui


110 puis la tend vers PF en essayant de la trouver pour la toucher avec…

PF : J’ai plus le temps Lui arrive… [« Lui » fait référence à « H1 »


omniprésent et est accompagné d’une mimique quand il est nommé
(H1 a ce toc inconscient)]

H2 touche PF avec la pelote. Diminution progressive de la lumière : Je


115 suis rentré ! Il ya de la lumière ici, ma chambre est grande (parle
moins fort) tout le monde dort…

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PF En s’éloignant : Tu es le dernier ici (à l’écart elle se rapproche
doucement de H2 alors que la lumière revient). Tu avais imaginé cela
comment ? Regarde autour de toi il n’est pas là… mais n’es pas
120 magnifique ? Ça ne te rappelle rien…

H2 : Je ne sais pas… de quoi parles-tu ?

PF : Tu trouve ça beau ?

H2 : Je…

PF : Tout seul… enfin ! Pause, H2 ne parle pas. Où allons-nous ?

125 H2 : Nous…

PF : Ne soit pas si timide avec moi… Tu trouve ça orangé,


pourpre, corail ?

H2 : Non !

PF : Tout ce qui est là c’est… c’est beau ?

130 H2 : Oui !

PF : Qu’y a-t-il ?

H2 : Du calme…

PF : Où ?

H2 : Loin de tout !

135 PF : Tu aime ?

H2 : Oui… (PF pose ensuite des questions à son idée, H2 répond de


même […].)

PF : Aimes-tu cette Primalodérodonna ?

H2 : Oui !

140 PF : Tu mens ! Tu n’en a jamais vu !

H2 : C’est un mélange de Primanelade du Granthé méridionale et


d’une Dronna des terres Thélriènes…
H2 est tout essoufflé et s’assoit puis se recroqueville en boule, il est
dans le contact avec lui-même, avec son corps… PF se rapproche de
145 lui, elle le rassure puis elle place son dos contre le sien (comme
chacun d’un côté d’une porte fermée).

H2 : Pourquoi cette porte ?

PF : Nous attendons l’oncle quelle question ! Tout va bien de ton


côté ?

150 H2 Regarde derrière lui, colle son oreille contre celle de PF : Il… Tu
l’entends, il ronfle !

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PF : Quand pourrons nous la franchir, entrer ? De ce côté tout va
bien aussi… Tu… c’est vrai qu’il ronfle ! Tu es là ?

H2 : Il est assis dans son fauteuil en cuir rembourré. Il ne le quitte


155 presque plus.

PF : Pourquoi donc ? Il n’aime pas le soleil ?

H2 : En fait il est fatigué ou alors c’est qu’il n’en a plus besoin,


plus envie.

PF : Tout autour un cercle aux fées… des cendres ici… tout


160 autour de lui ?

H2 : Il… Il n’a plus besoin de soleil…

PF : Emmitouflé dans sa robe de nuit.

H2 : Oui… Tout autour, une robe de nuit et des étoiles à


dessiner…

165 PF + H2 : A destiner… A deviner…

PF : Tu vois que tu te souviens de toute cette…


PF se lève, fait quelques pas, attentive à quelque chose de l’extérieur
(coulisses).
H2 : C’est eux ? Je ne les ai pas oubliés au fond ! (Ils se dirigent
170 chacun à un bout de la scène, vérifier si quelqu’un vient –en
symétrie–.)

PF : Ils ont condamné portes et caveaux… pour eux il n’existe


rien au-dedans… Lui a décrété, ils ont entendu puis suivi la
dance… Tout le monde s’est dés-habité, dés-intimé, appelle ça
175 comme tu veux ! Il n’y aurait plus de secret, ils sont partis. On
dirait des abris avec leurs fenêtres, leurs portes barricadées de
l’extérieur… pas du Ç vide ». -Cf. plus bas, l’ordre d’enfermement P4)-

PF et H2 : Sans moi tu n’es rien à leurs yeux…

PF : L’oncle a raison… tu n’es pas comme eux.

180 H2 : Il devait être bon quand je l’ai connu… (Réfléchi un instant) on


n’attend pas l’inconnu avec cet envie qui me tient ici. C’est lui
qui me tient ici, dans mon oubli.

PF : Tu es homme de Veugle… s’il ya quelqu’un qui va se


souvenir et donner un son à sa vie c’est bien toi ! Ce pauvre
185 oncle… Et pourtant ce n’était pas un cadeau ! Tu ne le
reconnaitrais pas. -- cf. PARTIE 4, l’oncle infect) --.

H2 : Je ne sais pas si je pourrai me réinventer demain…

PF : Tu lâcheras ma main pour voir de tes propres ailes… Allé


viens nous avons bien assez attendu, rentrons !

190 H2 : Je t’aime ! Je t’aime ! Je t’aime !


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PF en s’éloignant quand il l’appelle : Moi aussi… H2 la cherche. Elle
tente de s’en éloigner puis, après un long silence : Contente toi de
cette Primalodérodonna… ça ira.

H2 : Et comment tout cela finira-t-il ?

195 PF : C’est à toi de voir ! Je sais juste que tout commença ainsi,
dans ce wagon.

H2 : Nous allons à Veugle alors !

PF : Pour se voiler la face et… Elle observe H2 absorbé, pensif… tu


retomberas sur terre ! Tu me semble si fou, dans ton monde, à
200 rêver aux portes.

H2 hésitant : Je sais…

PF (H2 l’accompagne) : La guerre éclate à Bangkok… au 7 de la


rue de Batheft, à Prague, une oie se maquille… la vie continue.
Le train en partance marque un arrêt ou boissons fraîches vous
205 sont agréable bar vous souhaite un joyeux parmi nous 2 minutes
d’arrêt bordure du voyage s’il vous plait…
PF sort et trois H0 (dont 4) rentrent sur scène. H1 retire une pelote de
la poche de 4 puis sort. 4 est un temps déboussolé, apeuré ; H1 rentre
et l’habille comme les autres H0 puis il observe H2.

210 H2 : Je finissais ma phrase en serrant ce bout de laine, cette


pelote, comme si s’était ma vie… des odeurs de départs.
Comme si tout était là, au creux de ma main… à la peau de ma
paume posée. Elle disparue. Les gens portaient des chapeaux
aux formes. Ils étaient dans leurs villes affublés de cette joie de
215 se reconnaître ainsi les uns les autres. Autres formes cousues
sur leurs têtes. Comment m’accueilleraient-ils, moi, sans tête
couverte ? Je ne suis personne. Tous les matins Lui parle et
réveille ces têtes perdues dans les étoiles qu’ils ne regardent
jamais… Alors que moi je ne les oublie pas ces mortes… (H1 sort.
220 Pause durant laquelle les H0 s’assoient, dos au public, près d’un écran
blanc qui descend à leur niveau). Ils l’écoutent… (H1 est à l’écran.)
Lui est écouté, comme un de ses contes qui nous inspire, qui
nous guide même. Et tout les matins ils écoutent leur histoire, ils
s’inspectent pour savoir, pour s’instruire. Ils s’informent, ils
225 s’uni-forment d’un haut de forme, ils se déforment, se
réforment… À Veugle je prenais le temps d’inscrire au grand
chêne quelques signes sans noms ni hypothèse, sans soucis ni
avis… Je m’en souviens grâce à elle ! Loin d’eux, déjà perdu
dans mes calcules sans résultats, dans mes constructions sans
230 fondations… loin, assez loin.

H1/H0 depuis le public ou l’écran : Ç nulle part ».

H2 : Le soleil changeait aussi souvent de robe que les pierres


changent de souvenirs. Elle est revenue ? Je ne veux pas leur
ressembler ! C’est ça que j’ai dû lui dire. Eux ils ont répondu :
235 (avec les H0) Ç Rendors toi si on ne te plait pas ! »

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L’écran s’éteint -H1 disparait-. H2 se couche. Les H0 lisent debout, peuvent
sortir/rentrer sur scène, sans bruit, identiques, imperturbables. 4 réaménage
les chaises en une seule ligne/rangée comme sur un quai. )

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PREMIÈRE PARTIE
240 L’écran s’allume, présence de H1 mais non visible, H2 se lève, apeuré
et reste debout regardant vers les coulisses... Dialogue entre les deux
H0 : « 1 » et « 2 ». 4 s’est assis à l’écart, absorbé dans sa lecture
(absent).
—Cf. Ce passage sur le quai est vu différemment par H2 en PARTIE 5 : des lumières de même
245 gamme sont bienvenues—

1 : Tu viens, on s’assoit. Il y a de la place, là, un peu plus loin.

2 : Attend, on ne se met pas trop loin non plus…

1 lui tendant un journal : Tiens !

2 : Merci j’allais l’oublier. Comme que donc dit donc que je suis
250 absent ! (L’écran s’éteint.)

1 : Il a l’air bien triste, celui-là ! Tu ne trouves pas ?

2 : Où ? L’autre, là ? Assis bien comme il faut (parle de 4) ?


D’ailleurs lis puis plutôt, on n’aura peut-être pas le temps sur le
trajet !

255 1 : Non… là, le grand, debout, derrière la ligne (H2). Il regarde


l’heure…

2 : Bien oui, sur le quai d’une gare…

1 : Attends ! Tu crois qu’il nous a vus ?

2 : Mais…

260 1 : Il nous a vus ?

2 : Je pense que… Lui il le voit alors lui il peut nous voir… C’est
dans l’ordre de ces choses ! On va nous entendre, calme toi à la
fin !

1 : Il est louche ! Il n’arrête pas de regarder autour de lui… Et


265 puis, il tient quelque chose au niveau de son ventre. Avoue que
c’est bizarre de se tenir comme ça, face à un public, sur un quai !

2 : Tu as raison, il fait même très étrange vêtu comme ça ! Et


puis arrête, on ne devrait pas s’en occuper ! Tu veux qu’on nous
embarque ?

270 1 parlant moins fort : Il a encore reluqué l’horloge… Je ne le sens


pas, ce type je ne le sens pas !

2 : Tu veux appeler la sécurité ? H1 apparait à l’écran. Le train, il


arrive dans deux minutes.

1 : Il fait un pas en avant !

275 2 : Pas la peine de me marcher sur les pieds…

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1 : Il devrait être assis, il lui reste une minute… il se tient bien
près du bord.

2 : Tu penses à quoi ? Tu devrais sortir plus souvent, arpenter le


monde pour voir les habitudes des uns…

280 1 : Je suis bien mieux chez moi à regarder et écouter… J’aime pas
sortir ! Lui nous parle, on à un tour d’hori… Il a encore regardé
l’heure et dans le tunnel !

2 : Il est anxieux ou en retard !

1 : Il va sauter…

285 2 : Un suicide ? Les trains s’arrêtent avant ! T’imagines pas


sinon : on n’arriverait jamais à l’heure !

1 : Il a une bombe !

Voix off (H2) : Même sous la torture je parlerai… Qu’on


comprenne ce qui s’est passé ! Les chaises sont déplacées dans
290 l’agitation par les H0 puis d’autres, venus des coulisses s’assoient, le
calme revient quand H1 rentre sur scène. Ils se mettent à lire leurs
journaux… (Extinction des lumières le temps que le public soit calme
et attentif : variable). H1 va et vient.

H1 parle à H2 qui est pensif : Ceux qui sont debout se sont rassis
295 (H0, assis, se relèvent puis se rassoient…) Et tout ce bruit a déjà
agité quelques branches sur les cimes, lointaines comme elles
sont ! De temps d'aujourd'hui on n'a pas vu d'entendre ça. Il y a
eu certains rêveurs, des clowns en pate, des analphabètes, des
étourdis, étouffés, neutralisés par le Média (Futur « HD » qui peut
300 être interprété par l’« Oncle ») : essoufflés… (Il éclate de rire puis
tourne autour de H2, l’ausculte puis donne une leçon au public. Il est à
la fois excité et fier.) L'Homme est assis devant moi, aveugle. Il n'a
ni lecture ni pensée avec lui. Bonne cachète, ingénieux silences…
Il n'a rien, et c'est bien triste de le voir surgir dans le silence en
305 cette fin de journée. Il n'est pas si jeune que ça. Il a pris sa tête
entre ses mains. Il n'a plus que sa tête à porter vu qu'il n'a rien à
porter ! Il y a le Ç Liberta » et le Ç CityParici » qui viennent de
paraître ! Il n'a rien de tout cela. —Cf. PARTIE 5 H1 parle des rêveurs disparus
puis, dans ce qui suit de données précises connues de H0—

310 (Dit avec les H0/H00 et depuis les coulisses et/ou sur scène) On se va
toujours, portant la lecture sous le bras... (Feuillette un journal)
pour voir… je dirais... une guerre… une famine… quelques titres
et mots pour instruire la journée. Par exemple ce matin, (Les H0
sont au courant de ces informations. H2 dicte et écrit selon qu’il est sur
315 scène ou à l’écran) on compte 56 arrestations, 2 interpellations, 3
délits non traités. Il y a eut 19 inaugurations. On compte 68
points de naissance et donc, comme je vous l’expliquais tout à
l’heure, chose toujours inexpliquée : 1 décès. Quelques offres
d'emploi, 53 abandons dont 3 graves. 69 directives en cours
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320 d'abrogation... Il loupe quelque chose ! Ses yeux sont tout
mouillés ! Il ne pleut pas au dehors. Tout est clair dehors. (Un
arrêt en station : nom du lieu, de la gare, annoncé par H1. PF rentre, se
met à son aise, sans se soucier de H1 sur scène et à l’écran. H0/H00
rentrent et sortent.) Trois hommes vont entrer. Ils vont s’assoir
325 comme le font les gens qui vont pour être assises (les H00/H2
s’assoient). Ils ouvrent un journal page une comme le font tous les
gens qui ouvrent un journal page une. Il est assis, lui aussi. On
ouvre son journal ! Merci. Tout va comme tout va, ils vont ! Ils
sont tous tombés sur la fameuse demande d'emplois qui va
330 nourrir l'espoir du soir. Ils ont tout le temps qu'ils veulent… Nous
le trouverons. H1 sort.

H0/H00/PF : Peut-être aura-t-il disparu ? (L’écran s’éteint PF se met


face à H2, H0/H00 sortent pour rentrer avec des habits qu’ils font
essayer à PF imperturbable.

335 H2 et PF (dit ensemble) : Tu vas disparaitre. Je me nettoie le


visage… Ça fait depuis ce matin, depuis tout à l’heure. J’ai mis
une autre chemise qu’on ne me reconnaisse pas. Une belle
chemise. J’ai regardé le miroir et celui qui s’y trouvait m’a
surement fixé, lui aussi… dans les yeux peut-être ? Je me suis
340 assis, sans l’oublier… ce temps… s’est il arrêté, dans cette bulle
de savon à la vanille ? Qu’a-t-elle vu, elle qui me regarde, qui
m’observe ? Suis-je beau ? Suis-je élégant au moins ? Elle a
tourné le regard… c’est ça ? Elle a baissé les yeux pour les
reposer sur ses genoux ? Elle s’est nettoyé le visage… sans
345 se poser sur mon nez, ma joue, mon oreille… en s’oubliant d’un
coin d’œil. Le soleil se reflète sur l’écran et toute sa
chaleur pénétrante emplie mon corps comme il le fait des
fois avec les caves, les chaussées, les entrepôts… par
cette fenêtre perchée qui ne s’attend plus à être
350 traversée. (Les H0, rentrés, s’assoient, les regardent.) Les larmes
pour nettoyer le visage et que le soleil entre, s’il peut, s’il n’a
pas trop peur de moi… Changer les choses, être soi-même
un/une autre. Se regarder en face/farce… choisir. Je me
serais noyé pour changer de peau ça n’aurait rien changé… J’ai
355 été lâche… si tu savais. Regarde, ils s’agitent déjà ! Je te
laisse cette fois.
- Cf. Recherche de H2 par H1 ainsi que cette mascarade sont présentent en PARTIE 4–.

H1 (voix off) les H0/H00 rentrent PF sort : Il est parmi nous. Il s’est
assis comme font toutes les personnes en s’asseyant… Euh… Il
360 respire… Il a les yeux ouverts… Comme nous… Mais il n’a de
lecture ni d’idée. Il transite. Il est d’ailleurs, vêtu d’ailleurs,
pensant d’ailleurs. Si vous le rencontrez merci de nous le
préserver. Excusez le pour ce désagrément. Tous se tournent vers
H2, assis, et, dès qu’il bouge, font mine de ne pas l’avoir vu. (H1
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365 reprend en parlant de H2 depuis l’écran) : Il... (H1 marque une pause
et annonce le nom d’une gare imaginaire : des H0 sortent/rentrent
transitent.) Il ne bouge pas. Il n'a pas de journal. Le
Ç CoMédian : Un œil sur le monde ! » en kiosque ce matin… Ils
sont seuls. H1 annonce le terminus : tout le monde sort sauf H2 et un
370 H0 -dans le rôle de « Machin » cf. partie suivante-.

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DEUXIÈME PARTIE
Machin : Les voyageurs en partance pour Uruk-mère suivent le
protocole (Suite rapide de chiffres –séparés par les points sans
changement d’intonation.)
375 1.1.3,6.3,3.33.3.3.3.3,3.3.3.12.3.3.3,3,3.3.33.3.3.12.3.3.3,3.3.3,3
.3.3.12.3.3.3,3…

H2 : J’ai peur de m’être mal fait comprendre… Elle est partie…


partie… Il y a quoi deux, trois, cinq jours ? Je ne sais plus… Je me
disais que comme on ne se connait pas vous auriez peut-être une
380 idée ? Vous me semblez serviable !

Machin : Une double portion avec…

H2 : Les gens n’ont pas d’idée c’est pour ça que… D’abord qui
êtes vous ?

Machin : La machine à frites.

385 H2 : Vous êtes nombreuses en ce moment ? J’aime bien vous voir


: la grande famille… C’est bien à vous que j’ai demandé mon
chemin en bas ? Si, là juste en bas… vous partez en voyage ? Si
c’est le cas hors de question que je te retarde !

Machin : Les menus maxi 1 et maxi 3 sont en réduction.

390 H2 : Vous avez… je veux dire tu…Tu as appris ça où ?

Machin : La PatateCorporation version


5.2.2.3.2.2.2.3.3.6.6.3.33.3.33.3.3.3.33…

H2 : Bien… Ca à l’air marrant en tout cas.


Machin : Trois Patatoïdes pour une portion simple… 3 pour 1 !

395 H2 : Et vous avez pensé à faire autre chose. Je me sens si seul…


J’ai envie de…

Machin : Clisodium, Soufrure de sulfate ardissium


d’oubliliasécompordicé d’amidon calbouditien primaire soulsifié
en 22,5 Milililitre de clispodien fondu !

400 H2 : Non… j’y ai pensé aussi mais il y a tant de choses à voir


dans le monde ! Je…

Machin (le coupant) : Je ne pense pas, j’obéis : commandez et


vous aurez ce que vous voulez ! Un sourire vermeil sur une glace
à la vanille, des…

405 H2 : Bon conseil ! Mon vieux mais vous avez raison ! Du plaisir,
des parfums !

Machin : Votre commande est prête si vous voulez.


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H2 : Tu à toujours le mot pour dire ! Dommage qu’eux ne te
soient reconnaissant ! Je viens juste d’arriver ici, je suis si
410 étrange ! Tu t’en sors toi ?

Machin : Veuillez renifler votre carte. Bon appétit ne rend pas la


journée-monnaie-bonne-faire-à-point. (En sortant) Et, entre nous,
il pense que tu es mort.

H2 alors que PF rentre : Laisse-moi un peu parmi eux. J’ai le droit


415 de voir…

PF : Comme tu veux mais ne tarde pas trop alors, c’est plus


prudent…

H2 : Laisse-moi ! J’en ai assez, va-t-en ! Ils m’observent, eux ils


ne partent pas !
420 PF sort. Depuis les coulisses, ou dans le public H0 annoncent à la criée
des titres de journaux dont « CityParici », « Liberta »… puis ils rentrent
sur scène, vont et viennent.
H2 est au milieu d’eux, assis, et défaisant la pelote que lui avait
donnée PF en à la sortie du train dit : Je ne sais pas ce qui m'arrive...
425 Je me suis réveillé et je ne me rappelle de… de si peu de choses
en fait. Si seulement je pouvais être sûr d’avoir oublié quelque
chose... Ah si... quand même, Je me souviens que c'était bien.
Elle m’a laissé… ça… je l’aime (il sert la pelote contre lui, les H0 se
calment, se mettent à son niveau).

430 Des passages où deux textes se mélangent (entre H0 et H00), doivent


être pensés ainsi : un groupe vient compléter l’autre, le déformer, lui
et son propos… Les souvenirs ouverts vont disparaître et s’unifier en
empêchant toute réinterprétation (H1 y veille).

H00/H0 : Et si dehors j’avais oublié un trombone ? Si… des


435 arbres ? Je cours ! Le ciel est si… adorable sourire au vent…
Je sens tout mon souffle tout mon corps, l’herbe sous mes
pieds… Je crie ! Je chute… Le vent crépite par l'interrupteur.
Les grandes avenues se vident avec le soir qui monte. Un
parfum d'été qui se rappelle de sa fin s’empare de son épaule.
440 Des odeurs d'herbes, d'un chant âpre reposés à l'odeur/oreille,
d'une chanson qui peut entendre/attendre. Deux grands bras de
sourires flottant dans cette cafeteria désertée. Et... Il n'y a
rien... Tout est propre. Le vent siffle et joue dans ce sommeil
qui se veut d'un hiver d'hier. Juste comme ça... Retour total de
445 la lumière, coupure. Les H0/H00 se remettent à lire en marchant en
allant et venant.

H1 par l’écran (avec les H0/H00) : Les nouvelles donnes ont fait de
la banque Nambruss une banque du présent d’avenir : 60% de la
population aurait récemment pu répondre positivement à cette
450 affirmation... (Pause, il appuie pour annoncer la nouvelle station : on
se lève, sort, rentre.) Il fait 64°4F en cabine et 30°C en extérieur.

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H2 à mi-voix comme s’il oubliait : Je me suis levé et j'ai... j'ai... H1
coupe H2, l’empêche d’avancer, de finir sa phrase, de penser.

H1 : Un homme se serait évadé cette nuit de sa chambre. Il est


455 comme vous. Si vous le trouvez, merci de me le signaler au plus
vite. Il serait assis et habillé. Il n’a pas de journal avec lui et
voyage seul. Les H0/H00 s’observent discrètement, craintifs. L’écran
(présence de H1) s’éteint : agitation des H0/H00. H1 rentre sur scène,
discret.

460 H0 et H00 + H1 ce qui les divise, les énerve : Le vent crépite dans
l’instant. Il n'y a personne dehors. Le parfum humide d'un
été qui rappelle sa fin. Le silence lancine et tout se vide.
Marcel rentre et Lui l'entend / l’attend. Le noir cri du ciel ; il
pleut ! Et il n'y a rien... absolument rien. Le vent siffle et joue,
465 s’esclaffe dans ce sommeil outragé. C'est tout. Il est entré et
par l'interphone chuchota : Silence, rien ici : que le son d'un
acte qui oublie déjà sa fin. Les H0/H00/H1 sortent.

H2 : Je suis retourné sous le grand chêne pour y enterrer ce que


Lui ne comprendrait pas… pour garder à la mémoire de quoi se
470 souvenir : quand nous aurons oublié… je n’ai pas fait de carte à
boussole.
PF rentre et dépose une dizaine de pelotes de laine à ses pieds (elle les
sort de sa poche : son costume) et les H0/H00 se jettent dessus
comme affamés.
475 H2 : Alors, tu abandonnes tout : tes envies, tes rêves, tes
conquêtes, notre oncle, maman, papa, cette nuit étoilée, le
Franklinzin… nos voyages… toi… et qui sait tout ce que j’y ai
laissé ?
PF : Elles ne m’appartiennent plus (elle montre les pelotes
480 présentes dans sa poche) Et puis vois comme ils sont affamés ! Ils
n’en ont pas eu depuis longtemps… Je suis fatiguée de me
battre… Je pensais que l’oncle rentrerait et puis qu’avec toi j’irais
de l’avant… Je fanfaronne, je m’essouffle, je hurle, je pleure,
j’espère… et je finis par me demander pour quoi : rien ne vient,
485 rien n’advient.
H0/H00 se dispersent sur la scène avec leurs pelotes.
H2 : Ça ne te suffit plus ? Je ne t’ai reconnue qu’il ya peu et j’ai
l’impression que le temps a pris une pause… que je n’ai au fond
jamais quitté Veugle. Moi aussi j’avance à tâtons (il se déplace, les
490 H0/H00 le gênent, font obstacle, immobiles, H2 en évite certains), je
me cogne sur les coins de tables, me fait bousculer par les portes
mentaux ; une fois j’en ai frappé un ! Tu me guides, reste !
PF : Ecoute, ils vont tout brûler, tout ça… Et je les regarde
s’agiter, comme tu le fais quand tu discutes avec la machine à
495 frites. Ça me change, tout change… Il y a juste que ça ne me
ressemble pas de m’en préoccuper. H0/H00 laissent H2 airer.
H2 : C’est comme si… je veux dire on n’a toujours vécu comme
ça, au gré de nos images, cramponnés à nos rêves. Toi aussi ça
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t’a noyé ? Comme un goût de vengeance ou je ne sais trop
500 quoi… ça passe mal, ça reste coincer là grrra… la gorge.
PF : Oui, tel un retour de vacances. Le temps ne s’est pas arrêté,
regardes-les !

H0/H00 s’adressent à H2 : Vous vous êtes peut-être trompé de


canaris. Vous auriez dû dire que c'était le plus beau jour de
505 votre vie jusque là. Vous oubliez toujours l'essentiel et mes
biscuits ! (Ils lui tendent des « MédiaCaments » qu’il ne prend
pas.) Vous pourriez raconter, continuer... préciser... sans tout
dévoiler... mais dites-le maintenant... Ce temps qui vous
connaît n’attend pas.
510 H2/PF : Et je n'ai rien dis à cette merveille/de cette réalité qui
me... (Réflexion, ils se regardent, court silence.) Que demain/hier
n’existe plus.
H00/H0 +H1 (la Co-Média, grande éloquence que les H0/H00 suivent
affolés) : Bienvenue parmi nous… Un oubli magnifique, des
515 absences formidables ! La Grande CoMédia vous salut,
splendides portes fermées, belles craintes, belles cages,
heureuses fausses et cachots ! Nous allons murer tout ça…
Et puis pourquoi ne pas choisir la couleur tant que vous y êtes ?
Laissez-nous/vous faire !

520 PF les bousculant : Laissez-le ! Vous ne connaissez rien… de lui…


du reste !

H0/H00 +H1 : Un rire dans le silence, un sourire, un œil qui me


cherche, des larmes/lames… je m’écoule… léger, au sol vert.
Mon cœur sur l’herbe… un œil qui me cherche, mon cœur qui
525 me traverse, un rire qui m’éveil. Je suis tout présent… Le
souffle cour, je regarde… j’échappe, j’ai le cœur qui bat, la
tête ici. Un silence puis un son, un mot, un œil qui me
cherche, un sourire… J’ai peur ! Ils sortent.

H2 : Peut-être que ton seul combat est de vivre… Je ne veux pas


530 paraitre condescendant, ni te juger : vie à ton idée, soit comme
bon te semble… avec tout ce bordel qu’ils veulent brûler ! Si ce
que tu dis est vrai je te suis !
(Long silence. H2 et PF s’assoient à distance, ils se font dos…) Je ne te
comprends pas toujours, le monde est comme ça, autre,
535 terriblement différent, parfois déstabilisant… (PF vient le couper :
elle le sert dans ses bras, dos au public.)

PF (toute seule) : La guerre éclate à Bangkok… au 7 de la rue de


Batheft, à Prague, une oie se maquille… Deux serviteurs ont
prêté allégeance à la reine cuillère des serviettes pliées dessert
540 un 17/20 à toute l’administration des choux à la crème qui
décernent un 15/20 à tous les fêtards aux cernes
protubérantes… La guerre entre les oies et leurs gaveurs de
Prague prend fin dans un coincement d’aile et quelques plumes
en moins… Quelques nains de jardins aspirent devant chez eux à
545 des vacances à la plage et conformément à la législation qui
interdit d’élever la voix publique dans les jardins anglais aux
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pelouses en polyuréthane revenue Ç à la mode » dans la
confection d’espaces verts automatisés… Je t’ai…

H1 criant de l’extérieur/depuis l’écran : Sortez ! PF s’enfuit et H2


550 s’évanouit, les H0/H00 rentrés le retiennent, l’assoient en finissant
d’aménager le décor... PF rentre et lui met une pelote de laine dans la
poche en lui adressant un adieu. (Tout cela est vu du public.)

TROISIÈME PARTIE
Les H0/H00 installent un décor d'intérieur : une chaise, un tabouret,
555 une table basse, un coffre à alcool (décors plus rempli d’objets)...

H0/H00 (discrets) Il a pris un café trop noir... Bisou, mon gros


nous nous nousnounours. PF revient sur scène, apporte un verre
d’eau et des MédiaCalements. Elle s’est changée : elle ne garde de son
costume que la robe rouge qu’elle avait apparente sous son costume
560 (autre perception de PF : « PF2 »). Elle fait des pelotes de couleur et
tire le fil de la pelote de H2 restée dans sa poche. Elle s’assoit devant
lui avant son réveil. Un H0 embrasse H2 sur la joue, ce qui le réveille
en sursaut.
H2 ouvre ses yeux fermés jusque là : Il s’est passé que… c’était
565 beau…
PF2 : Et c'est tout ça qui t'a rêveillé ?
H2 qui n’est plus aveugle : Aurais-je veillé ? Il ya là-bas un soleil
qui ne veut de mal à personne…
PF2 : Comment le soleil pourrait-il vouloir du mal aux gens.
570 H2 : Si j’y étais rentré me protéger… Il prend des MédiaCaments.
PF2 avec H2 : Mais il n’y a rien dans la demeure… reste
tranquille ! Tu me raconte toujours tes rêves au réveil… Avec le
temps que tu passe à dormir c’est une seconde vie ! Et puis
d’abord comment es-tu rentré ? Tu sais bien : c’est fermé ! (Elle
575 va vérifier dans les coulisses si les portes sont verrouillées.) Ça va…
H2 : Je… tu y étais toi aussi. Allé, je sais que c’était toi ! J’ai fixé
le soleil dans tes yeux et puis plus rien, du rouge, de la lumière
puis… je suis là, à l’inter…
PF2 : Ma main sur ton épaule ? Tu ne te souviens plus où nous en
580 sommes ? Allons bon ! Arrête tes MédiaCalements si ça te met dans
ces états !
H2 : Tu es sortie aujourd’hui ? Il fait beau sur les cimes. Je peux
te tutoyer ?
PF2 : C’est que…
585 H2 : Tu crois qu’ils vont nous trouver. Ils se rappellent de nous ?
PF remet son costume sur scène (fait parti du décor/dans une armoire).
L’oncle va-t-il s’en sortir ? Hein ? S’il y a une chose dont je me
souviens c’est qu’il avait promis que nous retournerions au
chêne, avec lui… Ça te dit quelque chose le… le chêne ? À son
590 retour… il est…
PF : Il est au front, à la porte de la Grande Co-Média. Il n’a jamais
été aussi seul… à se sentir battre le cœur. Quand t’as disparu il
s’est engagé pour savoir. Avec ton départ et les nouvelles du
dehors qui son filtrées on… Mais tu… Tu pleur ?
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595 H2 : De l'eau, restée longtemps dans mes yeux a décidé de voir
dehors, ailleurs, en espérant... peut-être que c'est cela...
PF : C’est moi qui fais couler tes yeux… Tu n’es plus à Veugle…
vois ce qui t’a toujours été refusé, tout ce que le soleil t’a laissé
de liberté… imaginer les choses à ton image (elle prend les mains
600 de H2 et les pose sur son visage)… oublier, te déguiser… tu es de
retour. La lumière va en diminuant.
H2 : Ça n’a pas changé alors ? J’imaginais tout cela en plus
grand !
PF : Si, lui il a changé… ce regard et celui là, et l’autre ou celui-
605 ci ! (Parlant des objets l’environnant.) Ils t’observent, tous, tournés
vers toi. Tout le monde te dévisage, tu le sens qui te respire et
eux qui se répondent en ta présence…
H2 (dans l’obscurité) : C’est vrai ça n’a pas changé. Tu…
PF : Ces larmes… il va ; il va rentrer, pousser la porte. Quand tu
610 as décidé de partir il... Tu vas les essuyer et voir clair pour de
bon ?
H2 : Il faut choisir. Alors qu’elle va pour le serrer dans ses bras :
retour immédiat d'une lumière très forte... Ils restent serrés l’un contre
l’autre, les H0/H00 investissent l’espace.
615 H1 affolé depuis l’écran -cf. Partie 1- (avec les H0/H00) : Trois nouveaux
complexes et deux découvertes sont présentés nouvellement en
page 8 et 12, dans leurs rubriques respectives. On note
également une nette amélioration des censeurs et des
CoMédiateurs, des spectateurs… (H0/H00 reprennent leurs
620 journaux, terrifiés, et lisent à voix haute les prévisions
météorologiques H1 les accompagne) 60 °F pour 35 °C, temps
orageux, prévision de tempête ascendante par nord-nord-est-
sud-ouest… Les conseils sont : rester calfeutrés chez soi…
n’adresser la parole à personne, pas même à ses voisins…
625 Consolider portes et fenêtres à l’aide n’importe quoi (H1 sort. Les
H0/H00 poursuivent) Cyclone : vent agité à très agité, à très
très agité en quart nord-nord-sud-sud. Il est également conseillé
de dormir jusqu’à nouvel ordre ! (H2 sert la pelote, lumière moins
forte, tous se rapprochent de lui.)
630 H0 et H00 : Je dois retourner au chêne déterrer les trésors que j’ai
cachés… Me rappeler du goût de l’oubli, de la patience de
l’absence et retrouver le plaisir de parler des langues mortes… (Ils
sortent sauf 4 absorbé dans sa lecture.)
PF : J’oublie parfois… (La lumière revient doucement jusqu’à la fin de
635 sa réplique. Ils reprennent leur conversation). Quand je dors, je laisse
toutes mes craintes, délivrée au-delà des rives… eaux des rives,
sans barrages... À Veugle, libre.
H2 : Je ne sais pas ce qui m’attend, j’ai tout laissé quand ils m’ont
trouvé mais je vais de l’avant. Je ne sais plus ce qui m’a poussé dans
640 ce train, au départ… et toi tu as…
4 : Aux dernières nouvelles un complexe hôtelier serait implanté
dans les bas-fonds de la ville. Toute rébellion s’est dissipée…
PF : Ils pensent que l’oncle est mort…
H2 : Le serait-il ? Il est si loin qu’on ne le voit plus…

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645 PF : Il est à l’autre bout de Veugle, aux confluents de la Trizda et
du Ritzianéta…
H2 : Il se penche pour voir si un message, de nous, ne glisse
entre les flots…
PF : Il va bien hein… Mais ils…
650 H2 : Qui ? Qui sont-ils à la fin… ils vont, ils viennent, ils vivent
dans un monde de papier… Ils sont désillusionnés, ils ont peur de
la magie : dis moi !
PF : Reste ici le patron m’attend… Ils iront brûler ces terres à
Veugle, éclairer cages et puits secrets ! Dénicher savoirs et
655 entourloupes, tout voir… pour voir… pouvoir. Je n’en ai pas pour
longtemps, juste… reste ici, je reviens.
PF sort en même temps que rentre « HD » vêtu d’une cape réversible
blanche et noir.
H2 ferme les yeux et ne l’a pas vu entrer : Tu me manques. – Cf. H2 sans
660 PF avec Machin / 0H partie 4 ou encore sa méfiance envers PF dans le PROLOGUE –.

HD après un court silence : Déjà, je viens de faire mon entrée !


H2 : Qui êtes-vous ? Comment êtes vous rentré ?
HD s’allumant une cigarette : Je peux m’assoir ?
H2 : Non !
665 HD : Vous n’avez pas à vous en faire… Elle va vous laisser la
retrouver votre mémoire elle je ne sais… Vous l’attendez
depuis longtemps ?
H2 : Qu’est-ce que vous y connaissez ?
HD : Vous attendez ici, j’en déduis que, jeune que vous…
670 H2 : Elle… Il ne me manquait plus grand-chose pour me
souvenir, elle fait exprès ? Elle vient, elle me dit quelques
mots puis se sauve…
HD : Ah ! Et elle s’en est allée, je vois ! Vous êtes seul…
avec moi bien sûr.
675 H2 : Je… Je ne suis même pas sûr de la reconnaître.
HD : Elle est partie il y a longtemps ? Une clope ? Non, vous
ne fumez pas, c’est juste ! Moi l’amour ça me fait fumer !
Attendez un instant. (Il met en place les quelques éléments de
décor qu’il apporte dans une mâle. Il a un calepin, il note sans
680 arrêt.) -Cf. PARTIE 4 H1 changeant le décor d’un H0 (4)-.
H2 : Et tout ça… Ça a toujours été là ?
HD : Cette chaise je viens de l’amener… elle est née avant
votre arrivée bien sûr !
H2 : Avant c’était moi qui… Elle ne serait pas entrée sans
685 ma permission… en général je l’oubliais ! Tout cela était
plus… cachotier, prudent, secret, compliqué… H0/H00
rentrent.
HD : Vous savez j’y ai veillé ! Bon bien heu… Prenez donc du
StriconBarfiolé 6500… Quelque chose comme 2… non 3
690 Stripoliozéthamines de Milon en Mthase 34 sans A33 à 100
dosettes par paquet, venez me voir quand vous n’en aurez
plus… C’est dans la poche ! Ah et aussi une injection de
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Criodonnée… (Épelle Criodonnée) en 9 millilitres. Ça ira ou je
vous le note ? Ça ira ! La vie sera plus… douce !
695 HD/H0 et H00 : Il est déjà 8 heures… Ça vous dirait, un
thé ? Ah non… C’est juste, vous ne buvez pas de thé ?
Tais-toi ! Une glace, alors ? Ah non, vous n’aimez pas les
glaces ! Voulez-vous voulez vous asseoir ? Non, c’est
juste, vous vous sentez mieux debout… dehors ! Vous
700 allez bien ? Vous avez faim ? Es-que ça vous fait mal on
dirait ! (H2 prend des MédiaCaments.)
Extinction progressive de la lumière le temps de la prochaine réplique.
HD sera sorti.

H0/H00/[avec H2] : Il est entré, et de mémoire on ne s'en


705 souvenait pas. [On a essayé de se souvenir] si on s'était
souvenu... [Mais le temps qu'on] se souvienne, nous, nous,
nous, nous avions oublié. Oublié la réponse, la question qui
devait suivre. Puis nous-nous sommes réveillés. Et Lui aussi…
Et, dans ce jardin, nous avons oublié les biscuits... Ou plutôt
710 nous n'étions pas invités. [Marcel est arrivé de l'autre côté,
heureux, merveilleux dans son costume, fidèle à lui-même,
tranquille...] à l’heure du thé. Et il n'a rien dit, plongé dans
cet éclat de soleil. Depuis, nous, nous nous, nous, nous, nous,
nous ne savons plus. Et il a préféré tout oublier : ce qui resterait.
715 La grande bâtisse…

PF (rentre et les coupe) : Un avenir écrit il y a longtemps déjà, ne


vous moquez pas de lui ! Sortez ! (Les H0/H00 obéissent.)

H2 (ne voit pas PF) : Je n’ai pas osé lui dire à quel point…

PF : Tu te souviens de ces pas… Tu dansais si bien. Tu étais si


720 beau.

H2 : Tout ça m’a donné faim… être entouré ça creuse… Madame


la chaise, si vous voulez bien vous assoir… (La sert dans ses bras.
Puis va se préparer un sandwich.) Je crève la dalle, j’ai faim, manger
(Il ne se contrôle pas, terrestre, animal) ! — Cf. 0H tentant H2 (P4) ou H1 donnant
725 à manger aux H0 (P5) —.

PF (lui tourne autour mais il continue d’agir sans y être perceptif, elle
ne le touche pas) : Tu te souviens hein ? De cet air de piano ? J’en
frisonne en… J’étais comblée ! Tu m’as manqué. Quand j’ai su
qu’ils t’avaient retrouvé… Je regardais si tu n’avais pas écris un
730 mot. J’ai laissé toute la poussière sur les meubles, les murs… les
portes ouvertes… en grand.

H2 : Et bien oui, y-avait bien du monde ici ! Peut-être est-il temps


de faire un poil de rangement, de me donner un visage amical,
me sentir ici chez moi.

735 PF : Toute cette poussière pour rien… pas une lettre sur cette
épaisseur de toile tendue comme à l’enfance. Tu te souviens ?
Silence, il s’assoit.
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H2 : Depuis mon retour ici j’ai… Madame la chaise j’ai… Merci de
me ternir tête, d’être toujours là, de ne pas avoir fuit quand je
740 vous ai reconnue.

PF souffle sur une vitre pour y écrire un mot (sur la buée) : Je suis là…
H2 se cogne et fait tomber un objet du décor, PF se cache.

HD rentre énervé avec les H0 et H00 : Alors eux... vous les


entendez ! (Il rallume l'écran à l'arrière... sur lequel apparaît H1)
745 Bisou mon gros nounours ! Et tâche d'être un peu seul ! Je
reviens (il sort, PF s’approche de H2).

PF : Coucou…

H2 : Tu pars, tu reviens… J’ai pleuré et j’ai rencontré du monde,


Mme la chaise… J’aurais bien aimé que tu me les présente ! Tu
750 avais peur qu’elle me fasse des avances ? Tu m’as manqué
quand même.

PF : Ces restes de toi qui coulent… (Touche son visage, mime des
larmes) Elle, elle, elle (goute par goute)... ça fait mal ? Ils t’ont fait
mal ?

755 H2 : Je... Tu as sûrement raison… Mais ça soulage ; là grrrr grra…

PF : Ah oui la gorge... T’as raison je ne me sauverai plus, je te


dois bien ça.

H2 : Et si je me réveillais comme eux hein ? Si partir n’avait servi


à rien ? Cette époque me fatigue… (Il ne trouve pas de mots alors il
760 se frappe la main, violemment sur quelque chose de dur) Ça fait
mal… Cette table (ou autre élément)…

PF : C’est une tasse à pied et à oreilles !

H2 : Une chaise !

PF : Un porte manteau, quel idiot !

765 H2 : Une chaise !

PF : Tu es bientôt un homme dis moi ! Tu devrais voir dehors… Ils


se lèvent pour répéter ce qu’ils ont répété la veille… et c’est ainsi
un beau refrain. Ils ont trouvé leur rythme, leurs pas, leurs
costumes… Tu m’y vois, hein ?

770 H2 : Ils ne peuvent pas rentrer… Ce n’est pas ici que se joue
leurs vies. Pour moi ce n’est que…

= H2/PF/H0 et H00 qui sortent après leur réplique et rentrent


pour la répéter. =

775 Sur...
Saut...
Suspend.
Des gens...
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Me veulent...
780 Pressant le pas.
Que tout avance...
Poum, Poum, Poum !
Du meilleur au pire ?
Est-il mieux d'attendre...
785 Que ma tête s'en remette...
Et que tout reprenne place...
Pour réfléchir ce qui me vient...
Voir ce qui a ma rive n'advient ?
Passeur des passés, des sources.
790 S'asseoir et se voir en reflet...
Soi, ici, à la barre posé, fort.
Attente... attendrissante...
Attendre... Attendre...
Attentes... tendues...
795 Ou sourire ou périr ?
Ou sourire de souffrir ?
Un sas avant des passés…
D'être d'autre rive en visage ?
Présage du naufragé... s'aborder ?
800 D'autres rides au passage... y aller ?
Partir ou s'abandonner aux siens, seul.
De construire comme pré vu... survivre...
Dé construire, courir et mourir... se sentir libre...
Ou oublier au masculin et sans « e »... l'oubliée ?
805 Des rives en visage où se nicher et écrire dans l’âge...
Inspirer avant d'exprimer... Exprimer sans respirer ?
Comme une pause en suspension sur de l'abysse qui prend.
Poudrière poussiéreuse... oublieuse des oubliettes à
mèche.
810 Sur un lit de mots qu'on prend pour des cailloux... des grains...
Du temps pausé, allongé, sur la grève, la peau salée,
sablée...
Ces montagnes, belles majestés, face à l'inconnue des horizons
nés...
815 Ces grains au sol aux vents et terres azurées tenaient
face, un silence.
Et les plus grands réduits au nombre de leur taille... passés,
passif...
Du temps à naître... à n'être plus rien, une masse, sans
820 couleur...
Une autre rive... une rivale qui s'éclate de rire au rocher.
Qui s'entend vivre dans une vague ivresse tangue...
Comme les gens mélangés d'êtres... houle.
Poum, Poum, Poum, Poum !
825 Ce on qui n'est rien...
Ces mélanges...
Ces sons...
Cessons.
Ce con.
830 Qu'on.
Ce on.
Con.

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On.
= PF et H2 s’allongent pour s’endormir =
835 L’Oncle vêtu d’une chemise de nuit encombrante, d’une casquette
verte et d’un sac (croquis) s’adresse aux H0/H00 : Allez, dégagez, y a
personne qui écoute vos conneries (les H0/H00 se couchent pour
dormir). Il a besoin de temps avec elle, avec lui-même, elle avec
lui. Vous comprenez ? Il n’a pas besoin d’intermédiaire, vous vous
840 prenez pour qui, des Médiateurs ? Entre lui et quoi ? Ils vont s’en
sortir, arrêtez juste de de… de rabâcher tout ce coulis de
conneries ! Je sais pas, retournez dans vos journuls de papier ! Il
s’en démerde bien… bien mieux que moi rentré de Veugle. Il ne
rentrera jamais, il n’est pas rentré. Vous me dégoutez à leur
845 tourner autour comme s’ils étaient déjà mort ! Il n’a aucune
raison de s’abandonner, de vous ressembler en quoi que ce
soit… Je vous ai prévenu. N’outrepassez pas vos privilèges de
déserteurs scaphandriers en eau trouble. Laissez les respirer !
Votre oncle qui vous aime tant… Bisous. (Il sort.)

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850 QUATRIÈME PARTIE
H1 (depuis l’écran mais entre également sur scène en criant) :
Silence ! Silence ! Silence ! Les groupes terroristes ont, cet après-
midi, tenté de renverser l’État instauré par… par moi et votre
coopération dévouée. La nouvelle est grande : Le Médiateur a
855 résolu cette discontinuité protubérante afin de vous assurer le
calme qui nous est requis pour le bon déroulement des alinéas
communicatifs de l’ordre et du silence. Merci pour votre
concentration. Votre dévoué CoMédiateur… Entre vous et les
mondes : Recto-Verso ! (H1 sort en même temps que les H0/H00…
860 Seul 4 reste sur scène absorbé par autre chose, assis dans un fauteuil.)

H2 : J’ai fondu en larmes… recoloré ce reste de moi, ce reste d’un


mois d’été… un passé si lointain. Un trésor nourri à l’ombre d’un
chêne trop bavard. Je suis revenu à ma chambre, et j'y ai dormi il
me semble. (H2 s’assoit recroquevillé dans le fond de la scène, il
865 s’endort. Les lumières s’éteignent complètement ainsi que l'écran.)
–Cf. PARTIE 1 quand H1 cherche H2 et qu’avec PF il se « nettoie le visage ». Ce qui suit : PF
aidant H2 à voir / HD / 0H–

H0/H00 rentrent changer le décor au fur et à mesure que 4 et H1


(rentré) se parlent.

870 H1 : Bonjour l’ami…

4 : Que me voulez-vous ?

H1 : Je passais dans le coin…

4 : Vous passiez dans le coin…

H1 : Je me suis dis pourquoi ne pas passer voir mon ami ? Je sais


875 ça fait longtemps. J’aurais pu téléphoner, j’avais envie de te
voir ! Pourquoi téléphoner ? Je suis content de te trouver, t’en a
changé de coupe, de quartier, de… magnifique décoration !

4 : Je suis… c’est que je viens d’emménager, ce n’est pas à moi


tout ça...

880 H1 : Content de me voir ?

4 : Oui c’est ça je suis vraiment content ! Mais pourquoi venir me


voir moi… J’ai…

H1 : Non ne craignez rien ! Vous aimez les antiquités à ce que je


vois…

885 4 : Oui, en effet… mais en ce moment, croyez moi, je me mets au


goût du jour… J’ai même…

H1 : Envisagé de changer de décor.

4 : Oui oui oui… J’aime…

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H0 et H00 s’activent d’avantage, 4 est au devant de la scène avec H1,
890 il ne les voit pas.

H1 lit dans un livre ou une feuille et complète la phrase de 4 : … bien


la céramique, les réfrigérateurs chromés, les chasses d’eaux
organisées, les cartouches d’encre indélébiles, les pichets de
biles heureuses, les conservatoires de muses déshabillées, les
895 missives, les lampes de chevés, les honoraires achevés, les
constitutions barbantes, les allocutions spectrale du mercredi, les
contentieux religieux, les crissements de portes, les animaux
qu’on peut fredonner, les temples de chevé…

4 : J’ai l’impression… Les H0/H00/H1 le fixent, ahuris, 4 se tait.

900 H1 : Vous aimez les dîners en familles et leurs cravates


rigidement ennuyeuses, les combats de PDG, les aggloméras de
salmonelles, les espèces disparues, les climats déréglés, les
zones de cinquantaine…

4 : Je…

905 H1 : Oubliez les espèces disparues, ça date ! Et puis vont-elles se


souvenir de vous ? Permettez-moi d’en douter ! (Reprend sa
lecture.) Les zones de cinquantaine, les consoles de lectures
numérisées, les nouvelles histoires au préhistoires, les chants
Médiatiques, les champagnes sans alcool, les éviers intégrés, les
910 meubles en formica, les contres plaqués, les sculptures sur PVC,
les tentatives d’évanouissement dans la nature, les meurtres à
l’eau de vie, les cristaux liquides, les mariages obligés, l’industrie
pharmaceutique, les MédiaCalements, les CoMédiens, les
infrastructures pour futurs délinquants, les poses porte-mentaux,
915 les cigares à retardement, les cancers et sagittaires avancés, les
nuits des master Poker, le catch les jours de pluie, les conduits
d’aération, les écoutilles, les spaghettis au curry, les écouteurs
aux portes, les micros, les macros, les conditionnements en
petits caractères, les œuvres de Mac Merilles, les requêtes aux
920 magistratures, Praha. Tien je note ça ! Praha, les PV généreux,
les luttes dissipées, les combats annihilés, les allumettes
trempées, les cacahouètes au cheddar, les sentiments artificiels,
les contrôles policés, les propagandes marketing, les glasses
sans teint ni saveur, les salades sans vérité, les portes serviettes,
925 les portes automatisées, les espaces confinés, la glace à la
vanille, les parfums au formole, les convives de morgue, les
combattants déculottés, les conventions appliquées à la carte…
le water polo, les sweat-shirts troués, les barbecues avec vos
amis le dimanche, la messe, la térébenthine en sachets, les
930 sages femmes et leurs vices, la conduite accompagnée, les
contrôles d’huissiers, le travail, la patrie, les condamnation pour
silence en état de conscience, les autodafés, la reconnaissance
des suprématie, les caléidoscopes, les autarcies, le beurre sucré,
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les navets, les potages surgelés à la télévision, les
935 paracétamols…

4 : Vous…

H1 : Oui ? Vous n’êtes pas d’accord ?

4 : Si si… Bien sûr je…

H1 : Alors qu’ai-je pu oublier ? Ne vous inquiétez pas voyons ! HD


940 rentre.

4 : Vous… Il me semble… Vous n’auriez pas répété les


paracétamols ? Cela m’est proscrit…

H1 : Ordonné dès aujourd’hui par l’ordonnance que voici (HD lui


tend) ! Vous voyez qu’on se connaît bien. Au fait, bel intérieur,
945 high-tech ! (Les H0/H00 ont changé le décor.)

4 : Vous êtes un frère pour moi…

H1 : Un ami, rien de plus… tien, signe donc cet ordre médical.

4 : Tout de suite… Voilà !

H1 confiant la feuille/livre à 4 : À Dieu !

950 4 : À bientôt alors ! Il regarde derrière s’il n’a rien oublié (comme
sur le départ). H1 et 4 sortent chacun de leur côté ; H1 rentre
discrètement. HD ausculte H2 qu’il va chercher au fond de la pièce
sans le réveiller puis sort.

H0/H00 +H1 : On a essayé de se souvenir si On s'était


955 souvenu... Mais le temps qu’On se souvienne, nous, nous,
nous, nous avions oublié. Marcel tenait cette petite balle
bleue qu’il voudrait laisser. Et nous nous sommes éveillés. Une
vague de sourires dégoulinant par la plaie… Des boulevards…
solitaires… des traces de pas dans le vide. Marcel n'a rien dit.
960 Depuis, nous nous, nous, nous, nous, nous, nous ne savons
plus. Et il préfère tout oublier… Nous, oubliés de ses parcs verts
et ses ciels bleus. Gardez vous d’y retourner ! H1 sort, et eux
s’assoient partout sur scène, attendent sans bruit...
L’oncle rentré du même côté que H1 et s’adresse plutôt à PF que H2
965 (Ils dorment toujours) : Mais… vraiment hideuse cette déco ! Tu
sais ce qui me fait le plus rire ? Je veux dire en dehors de tes
pitreries instables ! Non, tu ne vois pas ? Mais si allons, tu ne vois
plus que ça… ce silence lancinant à qui tu cause… Tu t’ennui, je
sais que tu t’ennui. Je suis moi-même resté un moment à airer
970 ici, à trifouiller les interrupteurs pour créer une gamme de clics
parfaitement chromatiques : la cuisine, le salon, le deuxième du
salon à côté du buffet, les chiottes, la lampe de chevet, celle de
la table basse, l’entrée… Je passe de temps en temps voir ce que
tu trafique, comment tes journées se remplissent, comment tu te
975 charge du temps. Et s’il n’était pas là ? Hein, que ferais tu ? Tu
sais très bien ce qu’il y a dehors… même les yeux fermés ! Tu es
comme eux, je sais que ça te dégoûte. Attend je le répète : tu es

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comme eux ! Tu remplis le temps qui se contient entre le point A
et B… entre hier et demain alors que l’un s’éloigne l’autre
980 approche. Tu gesticule, tu t’agasse, tu rêve, tu invente, tu es
amoureuse, tu espère, tu hais… Bref tu fais ton super marché. Ils
te dégoutent parce qu’ils n’ont plus de… oh tu ne veux pas que
je te le dise ? Allons, tu es une grande fille, intelligente et belle à
ce qu’on dit, je suppose que ça doit être vrai en quelques sortes.
985 Ils veulent oublier leurs bévues et toi tu propose de belles vues…
Oui tu t’ennui à en crever d’ennui ! Puis peu à peu… Oh non je ne
veux pas te dire ce qu’il en est vous êtes si mignon ensemble !
Bon alors à bientôt ma belle : Gros bisous, ton oncle (il sort)…
H2 se réveille, garde les yeux fermés, prend un café, s’allume une
990 cigarette qu’il écrase aussi tôt. Il s’assoit, se relève de suite puis
cherche quelque chose qu’il ne trouve pas. Il trébuche sur un H0
immobile.
H2 : Il n'y avait personne à l'intérieur. Alors, j'ai écouté le
répondeur à bande.
995 PF : Vous n'avez pas de nouveaux messages. Les H0 peuvent faire
un écho discret.
H2 : Original, je me suis dit. (Il va prendre des MédiaCaments, H0 et H00
sortent.) Aucune nouvelle du dehors… des cimes, des hommes et
leurs hauts de forme de la…
1000 Répondeur (voix artificielle) : Vous n'avez aucun nouveau
message…
Voix (PF2) : Nabami... Nabami ? Décroche, s'il te plaît ! Il faut
qu'on se revoie pour en parler... au parc Heligs. Prends soin de
toi. Bisou, mon gros nounour... rappelle-moi... — Cf. C’est ainsi que 4 le
1005 nomme en PARTIE 5 (0H en parlait plus haut). H2 parle du parc en PARTIE 5—

PF (que H2 ne la voit/regarde pas) en sortant : Marcel, continue. (H2


l’ignore et ne la regarde pas du tout) Je sais que tu as besoin de
temps mais nous ne t’attendrons pas encore longtemps !
Ecoutes, c’est important… nous avons assez fuit comme ça. Nous
1010 serons le refaire si ça dérape, si c’est invivable mais il faut
essayer !
-- Abandon de PF : cf. HD / Machin… --

H2 (trébuche sur un H0 après que les autres se soient éloignés) : Des


prises qui s’éloignent à mon regard : quel souque ici ! Après s’être
1015 assis, au calme : T’es bien pommé ça c’est sûr ! H2 débute un
dialogue avec lui-même : « 0H » (monologue).
0H : Et tu as bien eu raison de faire appel à toi.
H2 : Quoi ? (Courte pause) Vous-êtes revenu ?
0H : On n'est jamais mieux servi par soi que par soi-même ! Tu as
1020 du doute en toi ?… Rappelles-toi !
H2 : En fait tu me connais déjà : je n’en sais plus grand-chose,
tout est là, au creux de ma main (sort la pelote de sa poche),
encore assez pour être… J’ai tout laissé pour venir te voir, tout !
Et toi tu te contente de me dire que le problème est d’être parti à
1025 Veugle. Quel ingrat tu fais !
0H, détaché, peu accueillant, désagréable : Le Ç problème » est
plutôt que tu te souviennes, de moi… Lui ne va pas apprécier !
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Tu imagine vraiment avoir dormi pour échapper à une Ç voix » ?
Ce café ne t'a pas arrêté... Je regarde ? (Il se penche dans une
1030 direction, vers les coulisses côté cour) Non ! Crois-moi, c’est fort
inutile... La Grande CoMédia a dressé ses drapeaux, et plus
personne ne le conteste. Tous, excepté toi, parti à Veugle, seul et
trop tôt, à temps... tu veux juste rentrer chez toi ! Tu n’as plus
besoin d’elle. Elle n’est qu’un mensonge qui laissera place à ta
1035 liberté ! La vraie : celle de voir cette béate cruauté, ce condensé
de CoMédiens en tutus !
H2/0H s’assoit, s’allume une cigarette… que seul 0H fume.
0H : Dépassé tant de choses sont passées… Toute cette
poussière !

1040 H2 : Pour quoi être venu ici ? Je ne sais même plus d’où je viens…
Vous… vous ?

0H : C’est ça ta grande question ? Ecoute, tu m’es sympathique


et tout… Pour moi t’aurais jamais dû partir ! Je sais, t’étais qu’un
gosse… Tu ne me crois pas ! Elle s’est bien foutue de ta gueule !
1045 (Courte pause.) Rend-la moi… la balle bleue.

H2 : Non, je lui rendrai… C’est que je n’ai confiance qu’en elle


pour garder, regarder ce qui me suit, ce que je suis… J’ai besoin
d’elle face à la cruauté que vous rendez au monde ! (Ferme les
yeux un court instant.)

1050 0H : Mais il est ainsi fait, plus nu que dur, poignant ! Cette chaise
(se frappe violement contre une chaise), ce visage… À Veugle tu as
vu le monde ainsi, à tâtons… Ouvre les tes petits yeux, (les H0
portent à manger) mange toi cette belle plâtrée et remplis toi la
panse, serre moi tout contre toi ! Ça colle, ça pue, c’est comme
1055 ça !
(H2 ne voulant pas manger les H0/H00 rentrent tous sur scènes et se
ruent, s’empiffrent.)
— Cf. H2 affamé (P3), H1 donnant à manger aux H0/H00 (P4) pour les persuader —.

H2 : Pousses-toi, tu me fatigues ! Rouge ou blanc…

1060 0H : Un peu d’honnêteté, te barrer n’a pas été facile… fuir !

H2 : Pauvre gamin présomptueux… Laissez-moi cette part


obscure où tu te cachais… je ne veux pas t’avoir sans cesse sur
le dos !

0H : Vraiment ? Tous ces échecs ? Toutes ces mascarades qui


1065 t’étripent ? Rend la moi et tu seras ce qu’il en est… ce que tu as
quitté pour elle !

H2 : Sans ces masques, je ne suis rien ! Alors laisse moi je n’ai


plus envie de te voir ! Je ne veux plus de ces réalités futiles, de
ces matins où l'on m'appelle Marcel, de ces nuits où j'ai
1070 tellement hâte de me réveiller que je ne dors plus...

0H : Allez !
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H2 : Je ne veux pas souffrir de me retrouver dans les bras d’un
autre.

0H : Laisses-la moi… la balle, la pelote, le truc…

1075 H2 : Non !

0H : Je la décolorer…

H2 : Non !

0H : Ah vraiment…
Les H0/H00 rajoutent des meubles au décor jusqu’à rendre la scène
1080 inexploitable, comme un grenier où tout s’entasse, beaucoup de laine.

H0/H00 : Cette fois, je ne pense pas que tu puisses oublier.


Qu’est-ce qu’oublier sinon renaître ailleurs, sans soi pour
se porter, pour se déporter, se reprocher, se rapprocher, se
reprocher ?
1085 H2 : Oui, de l’enfance… de l’absence. Sans hier, sans demain…
libre de ne pas l’être ! Laisse la moi… à moins que…
0H : Non… je, je… je… Je n’ai rien oublié : tout est là, ça t’étonne
!
H0/H00 (ensemble ainsi que H2) : Puis à vivre, à courir, à
1090 s’élancer au jardin… libre, au soleil… sans nous, sous le soleil et
un ciel… tout simplement : les pieds par terre, dans l’herbe,
à s’écouler… à s’écrouler… à rêver… à réveiller les pierres
tombées à terre… Et si présent, tombé, qu’il y reste… à la
terre tombale.
1095 H2 : Lui, que t’a-t-il dit sur moi, sur elle, ces pays qui lui sont
inconnus ?
0H : Ils me nomment Marcel… C’est à elle à qui tu nous dois ce
nom ridicule (il est très énervé) ! Ce que tu veux dépoussiérer sans
peur, ça, tu n’y connais rien ! Alors écoute bien : je ne vais pas te
1100 laisser entrer si facilement… Personne ne vient plus voir ce qu’il
a laissé derrière lui ! Voir le soleil en face te brûlerait moins les
ailes que tout ce que nous allons, ensemble, ouvrir… Tout ce que
tu as abandonné pour Veugle est là. —Cf. sur le prénom : PF sur le répondeur
puis par 1 découvrant H2 (P4), puis 4 (P5) —

1105 H2 : Tout, vraiment ? (0H à une mimique/cigarette fumée que lui seul
utilise.)
0H : Et il n’y a ni de grand ni de petit… de petit ou de plus
grand…
H2 : De grand ou de plus grand…
1110 0H/H2 (avec un H0 ou H2…) : T’as raison… Bon me regarde pas
comme ça ! Oui j’aurais pu ranger j’ai tellement de temps à
perdre ! Tout est là, sans différence… Une lumière à la barque,
un son d’automne à la cannelle, la douceur d’une nappe
amidonnée… Les tartes dorées au four sur une crème
1115 pleine d’amour (se mime en train d’en manger les yeux fermés)…
0H (le coupant) : On ne peut retourner dans son avenir… Il vaut
mieux oublier. Ce ne sont que choses dépassées ! On m’appelle
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Marcel ici, comment elle t’appelait déjà ? Je ne me souviens plus,
ça m’allait bien.
1120 H2 : Continuez, ne vous arrêtez pas, j’en veux encore ! S’il vous
plait !
0H (agacé) : Moi, je suis spécialisé dans le passé… Pas de rêves
qu’elle appelle Ç révélations créatrices » ou Ç élévations »… Mais
dans les antiquités de poussière, les parchemins de mensonges,
1125 les passes-passes et les clefs rouillées, les sortilèges, les sorties
de secours… Enfin, tous ces trucs-là ! Alors, ne venez pas me
salir le plancher ! Il y en à assez de ce monopole high-tech. Je
suis un artisan : vous pensez qu’on peut survivre, nous, face à la
montée du marché de l’autre continent ?… Ah ! C’est qu’il faut se
1130 rendre compte, mônsieur, que bientôt il n’y aura plus le choix si
on se laisse marcher sur les pieds !
H2 (hausse le ton comme au milieu d’une foule) : Mais si !
0H / H2 : Mais nan… Mais nan… Mais si […]
0H : Mais nan, vous pensez que l’avenir se fera sans nous ? Vous
1135 y croyez, vous, à tout ça ? Lui me fait bien rire ! Il faut choisir ses
rêves… Moi, je ne fais pas dans le raccommodage ! Là-dessus, je
te l’accorde, elle a raison ! C’est soit blanc soit rouge ! Tout ce
qui est resté depuis la chute de la tour jusqu’à l’essor de la
Grande CoMédia… Tout est là, sous vide, pré-usagé, arrivé par
1140 mes secrets… Libre à toi de tout défaire ou de t’en défaire ! J’y
jetterai bien un petit coup d’œil, ce n’est pas la curiosité qui
manque !
H2 : Tu la veux… je n’en ais plus besoin, toi si ! Remballe tout
ça… je me suis relevé ailleurs, dans des bras plus calmes, une
1145 peau plus libre… je vais m’y essayer.
0H : Vous n’en reviendrez pas… Offres réduites pour les moins de
6 mois et les synesthètes. D’ailleurs, si vous en connaissez… ils
se font plutôt rare, et j’ai toujours adoré me lier à eux… ce
tissage… visage qu’ils mettent au monde. Ma carte de visite, au
1150 cas où ! (Il lui tend –à H2– une carte qu’il fait tomber à ses pieds et
qu’il ramasse.) Demande-lui, à elle, si tu veux rentrer. Elle pourra
peut-être t’aider ? ! Tu veux rentrer maintenant que nous t’avons
sorti dans ce beau jardin ?
H2 : Je… Silence !
1155 0H : T’aurais mieux fait de cadenasser tout ça ! Tout enterrer
plutôt que de te sauver. En finir ! Je suis là ! Lui me disait : Ç il va
essayer de te charmer et tout… »
H2 : Du silence…
0H : Pour imaginer ? De la fuite ! Passé sous le nez : fuite !
1160 H2 : Deux grandes portes ont fait face… Deux imposantes
gardiennes de mystères. Oui, du mystère et cette voix pour se
subvenir à ses mémoires : passeuse.
0H déstabilisé : Toutes les… Très belle décoration... Toutes les
demandes sont d'abord... Joli mobilier... Tu vas devoir sentir...
1165 0H se met une claque, s’allume une cigarette : Quel ingrat ! Je peux
vous tutoyer ? Moi qui t'ai tant volé, pillé, menti, violé, saccagé,
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estampillé... te laissant partir, hop là ! J'espérais la
reconnaissance d'un pareil service. Cette réaction qu’ont les gens
m'étonne toujours. Voir à quel point ceux qui ont peur de moi
1170 peuvent être si inconsidérément prêts à me tourner le dos alors
que nous nous nous, nounours, nous nous nous-nous
connaissons, que je les connais si bien...
H2 : Vous ne tiendrez plus longtemps : vous n’avez même plus
de prénom !
1175 0H : C'est là tout mon pouvoir de n’en avoir aucun. Et puis on
passe mieux les frontières quand on peut se charger de babioles
au retour. C’est Carl qui le disait… je sais que tu t’en souviens…
le cher Papa, le géant des foires. Ç Tu te trimballes avec un
ouvre-boîte et quelques coupe-ongles et tu restes planté deux
1180 jours au poste à expliquer tes relations avec ton épicier la veille
du jour de la Pâque... Non, toi, si tu veux ».
H2 : Vous avez les poches pleines… Vous tenez trop à vous, votre
poussière vous ressemble… vous n’avez plus prise sur moi ! (Il se
met une claque et poursuit) Un coin à l’ombre, à Veugle… Tant de
1185 portes fermées ! Une courgette cleptomane, une paire de
chaussons paumée, des phares à brouillard…
PF (rentrée elle se jette dans ses bras) : Excuse-moi !
H2 : Les portes sont ouvertes, je n’ai plus de raison d’entrer.
Reprenez tout ce fatras, ces chaises et autres demoiselles, je
1190 n’en ai pas besoin… tu es là.

CINQUIÈME PARTIE
H0 (4) place des pelotes de laine blanche dans toutes les poches. H2
garde la sienne.

PF : Continues d’y croire… Nous y sommes presque. L’écran


1195 redescend doucement… éclairé (vide). Le décor d’intérieur est retiré
progressivement et à vue plutôt qu’à la fin de la réplique (il n y a pas
de coupure temporelle !) Les H0/H00 vaquent mais restent unis et
attentif quand il s’agit de parler… On est plus si nombreux.

H2 (H0/H00 rajoutent des détails visuels à ses souvenirs… —Cf.


1200 PROLOGUE— On peut imaginer quelque chose complètement fou, des
marionnettes, de la musique, la fête…) : Puis je me suis réveillé à 21
ans. Je me souviens de ce jour où avec papa nous nous sommes
rendus à la grande fête du village. Il y avait tant de monde pour
notre si petite ville. Pour la première fois de ma vie je découvrais
1205 les pavés de nos rues invisibles, piétinés par tant d'inconnus. Mon
papa m'a emmené manger ces nuages roses qui collent aux
doigts. J'en ai mis dans ces oreilles toutes poilues parce que je
fais trop de bruit. Puis nous avons continué tout droit sur l'allée
principale bordée d’arbres taillés en pièce. Et je ne sais plus
1210 très bien... Il m'a reposé au sol. Je me suis agrippé à sa jambe
comme il aime que je fasse. Je savais qu'il était heureux de
m’avoir à son côté. A midi le soleil s'est placé au dessus de nos
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têtes. Mon papa me fait de l'ombre avec sa main. Les gens le
regardent. Mon papa aime bien qu'on le regarde, il dit. Mais ces
1215 yeux étaient tout bazar. Je ne sais pas trop ce que c'était, mais
mon papa il avait l'air ailleurs comme ça... silencieux, des
gens, des bousculades, des cris… puis le calme, comme quand on
se lève le matin et qu'on pensait être parti de la chambre. Et,
pour finir, il a plu un temps, de très très très grosses grosses
1220 gouttes sont tombées sur mon nez et j'ai éternué... c'était froid et
la barbe à papa a toute fondue.

H0/H00 tous +H1 (rentré) : Qu’est-ce qu’oublier sinon renaître


ailleurs ? Sans soi pour se déporter, pour se supporter, se
détacher, se dépasser ? Puis à courir au jardin… Au dehors dehors…
1225 tout simplement : les pieds dans l’herbe, les yeux dans ce vert,
dans les cieux, à s’écouter… à s’essouffler… à Rêver… à réveiller ce
qui tiens, ici, dans le creux de sa main. Les cris usés d’un fou foulé
par un pied lumineux. Les H0/H00 sortent.
H2, avec H1 qui l’observe : Puis je me suis réveillé à 18 ans cette
1230 fois. Avec ce regard nouveau… porté sur Veugle et ses remparts.
Je n'ai pas oublié qu'il était plus grand que moi, c'était un géant...
Et c'est ainsi qu'il m'abandonna pour faire les foires, attirer le
passant. La cage était là… et les gens le regardaient : fières
d’une liberté acquise. Mon père était heureux et ils étaient
1235 certains qu’il réfléchissait leur arrogance… Mon père aimait me
raconter cette histoire. Il disait qu’en être à regarder avait fait de
lui un gardien. Un père comme lui ça n’existe pas (H1 sort) ! Il est
tout dans son monde, prêchant la parole folle, annonçant qu'il
sauvera ceux et celles qui y croient, là, depuis sa cage aux
1240 barreaux sciés. H2 sort et rentre aussi tôt en marchant à reculons
montré du doigt par 1 et 2 (qui rentrent).
2 : On en a trouvé un dehors !

1 : Encore un ? Où donc ? (Ambigüité sur leur rôle… Sont-ils là pour


le soutenir ?)

1245 2 : Hors zones pardi ! (Ils sont tout excités.)

1 : Ah ! Et pas de journaux non plus, je suppose ?

2 et 1 : Eh bien, non !

1 : Ton nom ? — Cf. la question du prénom (P4) par PF sur le répondeur puis par 0H deux
fois, par 4 (P5) —.

1250 2 : Tu te rappelles de ton nom ?

3 (H2) : Nom/Non ? Nombreg ? Nomingo ? Nabam ?

1 : Quel visage te donne-ton ? On t’en a donné un avant ta


naissance normalement. Moi c’est… Aujourd’hui c’est Simon De
La Costa del Triton !

1255 3 : Heu… non, je ne crois pas.

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1 : Il n’a pas honte notre ami ? (3, hésitant secoue la tête dans tous
les sens)

H2 (3) : Marcel ? Marcel !

2 : Un miraculé !

1260 1 : Oui, regarde, ils ont bien dû le raser ! (il montre le costume de
H2 avec de courts bouts de laine colorés). Moi je ne me savais
même plus aimer quand je m’en suis sauvé ! En tout cas
Ç Triton » et moi même sommes ravis de t’avoir rencontré !

2 : Je l’adore, cette petite. Pas toi, camarade ?

1265 1 : Viens là voyou que je t’embrasse !

2 : Oui il est mignon ce chéri mais attend, attend ! Combien de


doigts ?

H2 (réfléchit puis, face à son oubli décide d’inventer quelque chose) :


Douze !

1270 1 : Et là ? (Joueur, en montre d’avantage.)


H2 : Quatre ! (Sans réfléchir et tout aussi joueur.)
1 et 2 vont pour serrer/retenir H2 dans leurs bras mais PF prend sa
place et H2 se relève.

H2 : (Le texte souligné indique que les 1 et 2 réagissent ou


1275 l’accompagnent). Un éclat de lune, deux étoiles, quatre chaises,
deux messieurs, huit fenêtres, trois horizons, neuf nuages…
(Regard automatique, comme une liste, un constat découpé, sans lien
entre les choses vues… Toute la suite défile devant ses yeux, très vite.
PF, 1 et 2 se sont assit et écoutent H2.) Puis lentement. Il est assis
1280 pour mieux se pencher. Les lumières argentés défilent dans le
noir crissement de métal. Les portes s'ouvrent. Le froid cynisme
d’en dehors se couche à ses yeux. Il lève la tête ! Le vent est
seul à jouer sur le quai. Seul à visiter les rues toutes ruisselantes
d'un silence qui a mué et qui a pris du corps… il a plut et cette
1285 odeur résonne dans les courses de la ville qui vieillit dans la nuit.
Il part regarder, prédisant, persistant, conquérant… La trombe
d'inconscience qui endort le temps s'attache au regard de cette
lucarne à la lune perchée. Elle a le regret bleu et l'œil marron…
Marmoneuse la lune ! Marmoneuse, la lune ! Elle éclaire à peine
1290 de sa main cette chose qui penche... ce tranchant regard perdu
dans l'inconnu (parle de lui-même), dans ce reflet d'absence qui
est sien. Il a raison. L'ombre est là, portée par la lune ni
présente, ni absente, ni différente, quittée des regards. Point
aveugle sur l’horizon… somnoleuse, lumineuse, obnubileuse,
1295 homme de bille heureuse…

H1 rentre avec les H0/H00 restant : Un seul mot aujourd’hui : Ceux qui
sont debout se sont rassis. Et tout ce bruit a déjà agité quelques
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branches sur les cimes. De temps d'aujourd'hui on n'a pas vu
d'entendre ça. Il y a eu certains rêveurs, des clowns en pate, des
1300 analphabètes, des étourdis, étouffés, neutralisés par le Médiateur :
essoufflés… Il n'a ni lecture ni pensée avec lui. Il se penche encore sur
cette page de top, ce supplément… Il est le premier ici, en cette
matinée. Il y a le Ç Liberta » et le Ç CityParici » sont sortis (il sort et eux
restent). —Cf. PARTIE 1 H1 a déjà eu ces propos—.

1305 4 que H2 n’écoute pas : On a une place ! Des années de lutte, de


conflit, d’humiliations… de refus sourds… Et qu’ils veulent notre
avis !

PF se lève brusquement. 1 et 2 sont encor assis : Comment cela ?

4 un papier à la main : Ils disent vouloir reconstruite et compter


1310 avec nous…

H1 et HD depuis l’écran alors que 4 lit leur message : Ç Nous voulons


faire lumière sur nos divergences passées. »

2 : Qu’est-ce que c’est que ce bordel ?

1 : Ils arrêtent tout ? Les coupes ? Les…

1315 4 : Ils veulent reconstruire Ç un rapport de tolérance et


d’ouverture » ! Finies tes réunions secrètes dans ces caches
sordides… J’ai la tête pleine de poussière à respirer ici ! Je me
rappelle à peine : le soleil, il change de couleurs selon les
saisons ? Vivement qu’on lise quelques titres, qu’on soit dans la
1320 vie, la vraie !

1 et 2 : Oui ! Regarde ce que tu nous propose (montre H2).

PF : Pourquoi arrêter ? Quel intérêt a-t-il ce soleil tout lumineux et


blanc ?

2 : Adieu les utopies… Nous allons de l’avant : nos rêves se


1325 réalisent à présent !

4 : Plus besoin de penser tout bas ce qu’on aimerait ne pas avoir


à crier… Le monde nous attend, sortons le serrer dans nos bras !

1 regarde H2 : Vous voulez y aller… les rejoindre ? Sortir et


réclamer une parution du présent ? C’est ça qu’ils offrent, non ?
1330 Ils offrent leur liberté et ses règles que Lui seul conteste pour son
confort du dimanche ! Et si c’était un piège ?

2 : Réclamons des otages !

4 : C’est prévu dans ce dit contrat ! (Indique le passage concerné


dans les journaux.)

1335 1 : C’est pour demain que je me bas !

PF : Moi aussi ! Pour demain…

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2/4 : Allons-y ! (H2 est toujours dans ces pensées)

PF : La liberté pour laquelle je me bas… Ma liberté n’a pas de


fin !

1340 4 : Alors, pourquoi se cacher ici, fuir ? (Il distribue les tractes.)
Pourquoi espérer sans cesse ce qui là, à notre portée ? Pourquoi
attendre d’être enfin heureux ?

PF : Ne lisez pas… Leurs places… Vous allez prendre leurs places


dans leurs mascarades… Et Lui ou lui (montre l’écran, H1, et H2)…
1345 Vous devez choisir l’un des deux ! Il a besoin de nous… de ces
passés qu’il porte… Ces temps des passés qui l’emportent… de
moments qu’il apporte… Pour naître de nouveau.

4 : Et nous ? On ne peux pas se nourrir d’espoir…

PF : Il m’aime ! Il vous aime… et bientôt il n’aura plus honte de


1350 ces choses qu’il déterrera pour nous nourrir, nous rendre nos
regards.

Tous (sauf PF et H2) : C’est aujourd’hui que nous aurons le


temps…

PF : On ne doit pas le laisser disparaitre ! C’est tout ce qu’il reste


1355 de… (Les autres sortent et elle va pour les retenir sans finir sa
phrase)… Attendez ! Allez parler avec eux, qu’ils aient de quoi
discuter et s’animer… Il n’y a chez vous que la culture intime,
l’impalpable, la folie, le secret, l’unique, l’humanité de Veugle…
Bientôt des plus-values…

1360 1 : N’ais pas si peur… Il est peut-être temps de le laisser


affronter ce qui l’entoure… de le laisser comme prévu et pour de
bon. Nous avons déjà tant attendu de lui (montrant H2). Lui n’a
peut-être pas tord… le monde est ainsi fait.
PF : Attendez jusqu’à demain… pour lui… pour nous deux… qu’il
1365 se souvienne de de(ux) main(s) tendu(es) vers lui ! Après je vous
le laisse.
Tous s’assoient, Ils commencent à lire, PF est débout, elle observe H2
qui se lève.
— Cf. Même aménagement qu’au début de la première partie—

1370 Derrière H2 et PF H1 vient lancer de la nourriture aux H0/H00… Ils sont


affamés, se battent. — Cf. H2 s’abandonnant à la nourriture (P3) et quittant PF… 0H invitant H2 à
manger (P4)… —.

H2 (comme une illumination) : Il y a deux choses que j’ai vues la nuit


de mon retour. L’une m’a déplu… J’étais perdu. En même temps
1375 une irascible envie de comprendre le monde, de retrouver mes
repères, d’être chez moi, pieds à terre, retrouvant des racines me
pris. Ce qui m’a plut par la suite fut de sentir mon corps, de lui
donner sa forme, de me rendre lourd, de me retrouver. J’ai pris une
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grande respiration car toute fois c’était une première que de sentir
1380 mon cœur battre et mes mains rugueuses, mes doigts anguleux,
mes épaules larges accueillant le souffle d’un être affolé, seul,
comme parachuté en Terra Incognita... Je me rappellerai toujours
de cette machine à frite si polie, si courtoise avec moi, du regard
des gens, des autres, de cette grouille, de cette valse précipitée…
1385 Puis du silence après la tempête dans ces couloirs vidés, nus dans
une résonnance sourde. Une horloge bien aiguisée… trônant sur le
quai, appelant les échos dans son balancement qui paraissait
encore si lent dans cette précipitation humaine et qui, en se
dérivant, l’avait laissée seule, articulant deux au plus cinq mots
1390 dans une constante tranquillité... Reine ; la voilà fantôme. C’est à
cet instant précis qu’il me sembla qu’elle gardait un œil sur ce
temple que le silence lui dressait. Des hommes et quelques
femmes rentrèrent bientôt, sans bruit, nettoyant, lustrant cette
vague laissée du temps, ce piétinement… à marrée basse,
1395 appréciant le calme avant la tourmente. Des hommes habitant la
parenthèse, en faisant plus qu’une amie, la préservant comme
pour la voir se refermer à leur départ, quand les lieux seraient de
nouveau vide, avant la tempête. Ils sont revenus puis repartis, puis
de retour ils s’éclissèrent, arrivant pour s’en aller…

1400 PF avec H2 : L'homme tomba, par hasard, sur ce bout qu'il


cherchait pour se refaire. Il alla à la rue réclamer son dû mais nul
parmi la foule ne l'écouta… Il n’y avait personne. Juste une masse
affolée par de pareils secrets divulgués. Un reflet de ce qui lui était
apparu depuis Veugle… On le prit pour un fou qui oubliait de se
1405 taire. Ils le laissèrent là, inconscient, dépouillé.

Les H0/H00 : À vous entendre nous ne vous aurions pas écouté ?


Pour quoi l’écouter ? Laisse le finir tu veux !

H2 avec les H0/H00 : Ils prirent les paroles et les choses que Lui ne
veut plus croire et les offrirent à un fou dans une foire… un fou que
1410 l'on prendrait pour un fou, à notre tour.

PF : Un géant, un étrange personnage qui faisait peur aux femmes,


aux enfants comme aux hommes… tous égaux.

H2 : Lui entreprit d’éveiller ceux qui suivirent ce fou en tentant de


se retourner.

1415 PF et H2 : On (Lui) ouvrit les yeux de ceux qui s’endormaient


(H1/HD rentrent et bousculent ceux qui dorment puis ils sortent tous
sauf H2/PF qui se sont rapproché l’un de l’autre, assis dans un coin)…
Par crainte. Alors, il leva les yeux sur le monde implacable qui
frappait à sa porte. À l’abri de la lune, compagne fidèle…
1420 Marmoneuse… Avec lui, la terre en sang promit de garder à l'écart
du soleil cette triste justice faite aux hommes et aux femmes de
Veugle. Seul avec un bout de ficelle baignant dans ses restes…

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H1 depuis l’écran ainsi que des H0/H00, ouvrent leurs journaux, se
redressent.
1425 —Cf. PARTIE 1 : Les H0/H00/H1 se répètent… et cela sera répété « Tout est revenu »…—

H1 (avec les H0/H00) : Ce matin, on compte 56 arrestations, 2


interpellations, 3 délits non traités. Il y a eut 19 inaugurations. On
compte 68 points de naissance et donc, comme je vous
l’expliquais tout à l’heure, chose toujours inexpliquée : 1 décès.
1430 Quelques offres d'emploi, 53 abandons dont 3 graves. 69
directives en cours d'abrogation... Tout est revenu au point de
départ. Tout est en place pour démarrer une nouvelle journée
ponctuée de nouvelles croustillantes, de découvertes
surprenantes. Je suis sûr qu’en fin les gaveurs d’oies à Prague ont
1435 retrouvés satisfaction et que plus encore la principauté des
Plumés s’empare de son présent statut. Aujourd’hui il fait beau. Il
ne pleut pas. Aujourd’hui les gens sont de bonne humeur. La
banque Nambrus célèbre ses 35 ans et ses 98 pour cent
d’adhérant globaux. Aujourd’hui tout le monde arrivera à l’heure :
1440 ni suicide ni embouteillages : tout marche comme sur des
roulettes ! Il loupe quelque chose ! Ses yeux sont tout mouillés ! Il
ne pleut pas au dehors. Tout est clair dehors. Il annonce une station
et sort.

4 s’adresse à H2 : Dans le monde d’aujourd’hui, vous n’avez pas


1445 votre place, M. Komindo Nabami. Il brûle quelque chose : identité de
papier. Ils passent devant une tombe imaginaire. H2 est devant, assis,
face au public. 4 sort.—Cf. PARTIE 1 et

H2 : C’est comme si ces mots résonnaient encore et toujours


dans ma tête pour la première fois. Comme si…

1450 PF (voix off comme un souffle. Sur scène elle est derrière H2 et semble
le guider sans le toucher) : Tu t’appelle Marcel…

H2 : (…) Comme s’ils ne m’appartenaient pas vraiment… Comme


s’ils étaient d’un autre passé là, devant moi. H1 apparaît sur scène
et aide H2 à sortir en le tenant par l’épaule !

1455 PF ne s’interposant pas : Je m’appel Marcel ! Elle se rend compte


qu’elle est seule et s’allume une cigarette qu’elle éteint aussi tôt,
laisse passer un peu de temps.

4 et H00 lisant, absorbés : Votre nom, c’est Komindo Nabami ! — Cf.


PARTIE 4 —

1460 H2 rentre en courant à la rencontre de PF : Marcel ! (Ils s’assoient


ensemble.)

2 : Appelez-vous comme bon vous semble… Silence ils se


remettent à lire.

H2 : Oh vous… (Il se met à l’écart.) Pauvres mecs ! (Long silence…


1465 1/2/4 lisent). Abruti, sagouin, strombonistes cradin ! Alcarvans ! ([…] Il
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s’emporte, PF essaye de le retenir.)

1 : Nous savons quel furent nos erreurs… Tout est écrit ici,
conscience indélébile !

2 : Nous nous nous nous… Nous ne vous voulons aucun mal !

1470 H2 : Vous ne voulez rien du tout ! Je préférerais que tu m’aime et


que tu me hais la seconde d’après, qu’on se demande ce qui te
passe par la tête !

1 (avec 2) : Si, la paix…L’entente… C’est cela que nous voulons !

H2 avec PF: Regardez-moi ! Regarde-moi ! Vous ne vous


1475 souvenez même plus de moi, de notre fin à tout les deux ! C’est
à vous… À toi que je veux parler !

1 et 2 : On écoute… PF Tient la tête de 1 pour qu’il l’ait orientée vers


l’extérieur.

H2 (faisant de même avec 2) : Et là, 5 centimètres au-dessus ?


1480 Vous ne savez plus ce que c’est que la haine, la guerre, l’union,
l’amour…

1/2 : Si, attendez… (S’indiquant réciproquement un endroit sur la


page) Ah c’est ici ! Vous voyez ?

H2 : Mais lâchez moi ces… (PF passe derrière eux et met des pelotes
1485 colorées dans leurs poches.) Ça c’est de l’amour !

PF vient fermer les yeux de H2 avec ses mains et chuchote… :


Imaginez l’illisible… Connaissez l’occulté… Écoutez les cris de
derrière les portes des châteaux forts…

1 et 2 sortent en courant et 1 fait tomber son journal. PF garde fermés


1490 les yeux de H2 et l’aide à s’assoir face au public sur l’avant de la
scène… PF retire ses mains et H2 a les yeux fermés. Ils s’endorment,
elle a une main posée sur ses yeux.

Oncle (qui rentre après quelques silences) : J’ai bien réfléchis… et


comme aujourd’hui est un autre jour je suis venu m’excuser, tu
1495 sais, pour l’autre fois… d’avoir claqué la porte je ne voulais pas
te faire de peine. D’ailleurs je n’ai pas claqué la porte… je suis
parti, c’est tout, comme si… non rien ne comptait, ni hier ni
demain. Ni toi ni elle… rien ! C’est drôle de parler de ça, tu n’en
cause jamais avec lui… Du point A. Enfin il t’en parle mais je suis
1500 sûr que… Tu ne lui a jamais demandé de le faire, quel mauvais
garçon ! Ç Sois sûr d’une chose mon petit : tu es une ordure au
milieu des autres » moi je m’en rappelle de ce point A de non
retour, de premier départ : Ç Tu découvriras l’amour puis la
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mort ». (Prenant le journal que 1 a fait tomber.) C’est toute cette
1505 crasse qu’ils abandonnent pour se concentrer sur le propre
présent… pas leur propre présent, le propre présent calibré pour
se défiler paisiblement, se défier au temps. Ç Control is control »,
Ç Past is under control », auquel j’ajoute Ç No Futur » ce qui
garantis de ne pas se prendre la tête dessus si on y pense bien
1510 car on y pense, de ce fait, plus du tout ! Un genre de rempart, un
intermédiaire, un filtre… Ah on a tant de choses à rattraper.
Gesticule, amuse toi, écoute ce qui t’entoure, ce que tu es… Tu
me souviendras à temps, on se regardera en face. Bon, allez :
Gros bisous, ton oncle qui vous aime (Il sort).

1515 H0/H00 (parlent ensemble) accompagnés de H1 (rentrés) : Tout est


revenu au point de départ. Tout est en place pour démarrer une
nouvelle journée ponctuée de nouvelles croustillantes, de
découvertes surprenantes. Je suis sûr qu’en fin les gaveurs d’oies
à Prague ont retrouvé satisfaction et que plus encore la
1520 principauté des Plumés s’empare de son présent statut.
Aujourd’hui il fait beau. Il ne pleut pas. Aujourd’hui les gens sont
de bonne humeur. La banque Nambrus célèbre ses 35 ans et ses
98 pour cent d’adhérant globaux. Aujourd’hui tout le monde
arrivera à l’heure : ni suicide ni embouteillages : tout marche
1525 comme sur des roulettes !

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SIXIÈME PARTIE [[[ Je pense supprimer cette partie,
UN AVIS ? ]]]

PF change de costume sur scène.

H2 se réveillant et voyant PF : Bonjour… Ma femme habitait ici


1530 avant… Moi aussi, d’ailleurs, je m’y suis habitué...

PF2 : C’était il y a long temps ?

H2 : Elle vous ressemblait… Si si, vraiment.

PF2 : Je… Vous vous voyez souvent ?

H2 : À mon avis vous devriez sortir d’avantage : vous avez raison


1535 il ne faut pas se forcer. Quoi de neuf sinon ? Je vois que vous
n’avez rien changé aux habitudes de la maison… elle est toujours
claustrophobe ? On lui en a fait voir des décorateurs, des poseurs
de fenêtres… Mon dieu quelle affaire ! Nous laissions les portes
grandes ouvertes pour l’aérer et ne rien changer à sa poussière,
1540 ne pas la perturber vous voyez ? Ainsi elle se sent comme chez
elle ! Les voisins ont eu du mal à l’admettre mais si vous voulez
mon avis on est bien mieux ici ! Leur maison, là, à côté, elle…
elle a tout d’une nymphomane, et avec tout le PVC qu’ils ont
rajouté on dirait… une junkie ! Enfin cela ne me regarde pas
1545 vraiment, j’ai passé l’âge d’écouter les portes ! En tout cas c’est
un plaisir de faire votre connaissance ! Comme ma femme et moi
on laisse les portes grandes ouvertes, c’est aussi pour le retour
de l’oncle, et bien il y a des visites, des fois des ratons laveurs…
Vous n’avez rien du raton laveur, ces petites bêtes saccagent
1550 tout ! Nos voisins nous on dit :

PF2 (avec H2) Ç il serait plus simple de fermer portes et


fenêtres… Vous ne croyez pas ? »

H2 : Vous n’y pensez pas ! Je leur ai offert un café, ils l’ont


refusé !

1555 PF2 : Toujours pas de café, alors… comme tu veux. As-tu quelque
chose à me raconter de ta journée ?

H2 : Tien pourquoi ne pas aller au Parc Heligs il est à deux pas


d’ici… si on passe en courant les voisins ne nous verrons même
pas ! — Cf. PF en parle (P4) —.

1560 PF2 : Tu y es retourné n’est-ce pas ? (H2 hoche de la tête, gêné


comme le serait un enfant face à un inconnu…) Vous ne devriez pas
prendre ces choses-là ! Les… les MédiaCaments… Ça va vous
couper du monde !

[[[ Je garderais la suite, dans ce cas H2 se réveillerai ici… ]]]

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1565 H2 : Mes MédiaCalements ! Il parle doucement et, pendant ce
temps, sans passer devant lui, les H0/H00 retirent le décor intérieur :
ouverture, plus de lumière… H2 se prend un verre pour avaler ses
MédiaCaments et PF remet son costume.

PF : L’oncle…

1570 H2 : Laisse-moi !

PF : Il…

H2 : Il est grand le parc, immense, j’ai failli m’y perdre… Je passe


par-dessus les grilles maintenant. (Courte pause.) Avant… avant
elle poussait la porte. Il me parait si vide sans elle… Ça présence
1575 à emplir mon monde : celui qui m’était réservé. Tant de vide
maintenant…

PF : Chut… Tu n’y étais jamais allé sans nous… L’onc…

H2 : Tu crois qu’ils ont coupé les arbres, hein ?

PF : Je ne sais pas. Quelle importance ? Tu ne les as vus… Je veux


1580 dire tu ne…

H2 : J’y ai enterré ton cœur… je crois que c’était le tien ! Ils


étaient hauts et protecteurs. Là je n’y ai rien vu de tel !

PF : Rien ne change plus, les rêves des enfants s’évaporent et…


Non c’est faut, ils ont les leurs. Ils les gardent et souvent ils ne
1585 savent pas que ce sont des rêves. Pourquoi cela les étonnent
plus de voir leur héros tomber en pleures que d’étriper des
aliènes en plastique ? Ça ne colle pas, tout doit coller à leur
imaginaire, à un imaginaire de réalité ! C’est comique au fond !

H2 : Jamais je ne le reconnaitrais si je le voyais dans les rues


1590 avec sa robe d’étoiles…
PF : Les histoires n’auront plus l’envie de se cacher sous les lits…
Les hommes bleus déserteront nos villes pour s’enterrer avec
leurs trésors… Ils se sont déjà sauvés, c’est mon avis ! Nous
avons vécu toute notre vie ensemble. Nous nous… nous, nous…
1595 L’oncle est peut-être en vie alors. Il va franchir le palier, il va…

H2 : Arrête avec ça. Il est trop tard… Le rideau est tombé… La


Grande CoMédia est seul public à ses représentations…

PF : Depuis le début je cherche à t’emmener avec moi. Que j’ai


pu être… Arrête de raconter toutes ces histoires ! Tu y crois toi à
1600 ce délire.

H2 : Tout finira… Tout sera fini… Tout est fini. Nous arrivons au
point de départ.

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PF : Arrête-moi toutes ces conneries ! J’ai cru qu’en me voyant tu
te souviendrais de ton nom et de ces deux mots enfouis sous
1605 terre… Je voulais que personne ne te dise comment vivre ici !

H2 : Je voulais juste me souvenir que je les avais enterrés… Tu


comprends ? Ils appartiennent à un autre temps ! Aujourd’hui…

PF : L’oncle…

H2 : Il m’aimait ? Je veux dire… il ne doutait pas…

1610 PF : Il s’est battu toute sa vie sans jamais prendre le repos et


l’attente en ami.

H2 : Il devait être bon… Je me rappelle de sa casquette…

PF : Comment savais-tu qu’elle était verte ?

H2 : Je… je l’ai décidé, seul. Elle me manque elle aussi. C’est la


1615 seule chose de lui que je pourrais reconnaitre maintenant que je
ne suis plus à Veugle. C’est pour elle que je suis parti… Le
retrouver, aller de l’avant. (H2 rend la pelote à PF, elle sort.) Merci.
(Il s’assoit à l’écart.)

H0/H00 accompagnés de H1 (rentrés) : Tout est revenu au point de


1620 départ. Tout est en place pour démarrer une nouvelle journée
ponctuée de nouvelles croustillantes, de découvertes
surprenantes. Je suis sûr qu’en fin les gaveurs d’oies à Prague ont
retrouvés satisfaction et que plus encore la principauté des
Plumés s’empare de son présent statut. Aujourd’hui il fait beau. Il
1625 ne pleut pas. Aujourd’hui les gens sont de bonne humeur. La
banque Nambrus célèbre ses 35 ans et ses 98 pour cent
d’adhérant globaux. Aujourd’hui tout le monde arrivera à l’heure :
ni suicide ni embouteillages : tout marche comme sur des
roulettes !

1630 SEPTIÈME PARTIE


H2 (Le texte souligné indique que le peuple parle : voix extérieure. HD
est sur scène à orchestrer, à danser, à courir : effervescence.) : On
s’est affirmé. On a chanté que rien ne serait plus comme avant.
90% de la population a cru à ce rêve si bleu. (Souligné : Pas
1635 forcément dis… c’est ce qui peut être joué sur scène.) Et on a déposé
des dizaines de pelotes de laine d’un bleu prussien (si le costume
le permet des pelotes sont découpées de ce dernier)… Des brouettes
emplies de ces belles pelotes bleues bringuebalées,
bondissantes… de ces fils fuyards qui s’en mêlent, qui s’en
1640 fuient… Des enfants qui rient. Un amour inconditionnel pour
l’avenir ou plutôt une joie du présent… une satisfaction béate !
Des enfants crient tant ils sont tous heureux, là, à jouer avec ces

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bouts d’laine qui s’entassent dans les rues et qui enflent… qui
enflent … qui enflent… Ils ont laissé leurs espérances dirigées
1645 par eux, se sentant plus que jamais soudés, unis dans ces
idéaux...

HD est accompagné par de plus en plus de monde (H0/H00 sortent,


rentrent…) : Hier, nous vous promettions le changement…
Aujourd’hui, je vous promets de ne plus faire les erreurs
1650 passées ! Hier est dépassé… Les craintes de le revivre ont fait de
nous des hommes angoissés et fatigués de tout ce bagage
affligeant… De tous ces souvenirs macabres, qui, toujours plus
vieux soient-ils, nous sont reprochés comme aux premiers jours…
Je vous promets la différence permanente… Un oubli des mots
1655 d’échec pour des horizons accueillants : une vie réussie ! (Ils se
placent au fond de la scène et créent une chaîne, répètent les mêmes
mouvements.)

2 et 3 (H2) qui étaient spectateurs…

2 : En somme, ils avaient bien raison là-haut… Une nouvelle ère


1660 commence ! Une ère de miracles prônés par des miraculés qui
s’en prennent aux dieux.

3 : Odieux… T’as bien raison… On ne peut pas rester les bras


croisés à les entendre, à les voir, maintenant si heureux face au
drame qu’ils bâtissent.

1665 2 : Ils défoncent les portes, ils démurent… Que tout soit
transparent. Détruire ces espaces de liberté, nos cachètes !

1 : Àveugle, il fait nuit… C’est beau…

3 : Une flamme… crépitement nocturne.

1 : Hé dis… hé ? Tu… c’est vrai que c’est beau… (Silence.)


1670 2 : Nous ne sommes plus très nombreux.

3 : Que vont-ils faire de toutes ces pelotes ?

1 : Ils vont tisser, repiquer, découper…

2 : Et celui qui les fait rêver (Lui) portera ce manteau d’histoires


tissées entre les hommes… Chaque matin les mêmes nouvelles
1675 oubliées dans la nuit.

5 : Tant de bonheur !

3 : Au diable !

5 : Enfin (cris de joie alors qu’il se sépare de ses pelotes de laine) ! (1


et 2 empêchent 3 de se battre avec 5 qui ne comprend rien.)

1680 1 : À quoi bon ? Laisse-le !

3 : Ils ne voient rien venir… Rien. Face à un grand au brouillard.


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1 : Et Lui leur a tout pris… en leur promettant la lune…

3 : Ils ne la regardent plus. Ils sont Ç pressés ». Elle est belle ce


soir, la lune.

1685 2 : Elle doit se sentir mal aimée par tout eux qui l’oublient…
cette Ç sphère ».

3 : Alors, c’est fini ? Les farces, les inepties, les choses de la vie,
les interdits, les nuits de fête et d’oubli passagère, les courses
après son ombre?… les folies de la vie qui la rendent…

1690 1 : Vivante !

3 : Ces histoires qui font vivre debout, ces savoirs et ces doutes
de toujours… ce silence…

2 : Ces mots qui lançaient les journées des hommes dans


l’inconnu présent.

1695 1 : On devrait y aller, rejoindre Veugle, il est encore temps !


Prend tes affaires…

3 : Et si on dormait ?
1 : Bonne idée !

2 : Comme les ours. Et on reviendrait voir, un siècle ou deux plus


1700 tard, si tous les fous sont morts ou réveiller les derniers… Debout
les petits choux ! Debout, debout, debout, debout, debout,
debout, debout…

1 : Des comme nous il n’y en aura plus beaucoup ! Les autres


ours auront trois oreilles au moins et des palmes au bout des
1705 pates arrière !

3 : J’aime les ours ! Ils sont si doux dans leurs grottes à entendre
le temps passer, à dessiner sur les murs des histoires rêvées…

2 : Vous croyez que les ours, ceux qui dorment… tu penses qu’ils
sont plus intelligents ou plus heureux ?

1710 3 : Dors, et tu verras bien !

1 : Ils doivent ruminer leurs histoires et imaginer leurs futures


conquêtes amoureuses, s’inspirant du vide qui les protège… de
ces yeux fermés… pour dessiner comme aux parois des grottes…

3 : Et sentir les poils qui leur poussent sur le dos… (Ils sont très
1715 joueurs)

1 : Sur les oreilles… C’est là qu’ils sont le plus long à leur réveil ?

3 : Sûrement ! Mais ils ont tellement voyagé, vu… vagabondant


dans des restes d’avenir.

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5 : J’aimerais bien être coiffeur d’ours… J’ai toujours voulu aider
1720 les ours.

2 : Je pense que ça pousse mieux sur les épaules… C’est plus


pratique les épaules poilues…

4 : C’est plus utile les épaules poilues pour les ours…

1 : Même pour les albinos ou ceux aux yeux bleus !

1725 5 : C’est beau, les yeux des ours…

3 : Surtout, lorsqu’ils ont les yeux bleus et quand ça mange du


caramel à la cacahouète…

1 : C’est bon les cacahouètes… pour les moustaches (Ils


s’endorment tout souriant).

1730 Oncle : Tu t’es rêveillé petit chanceux, tu es là, de retour et tu ne


sais même pas si tu es partis, si tu es naît ici… juste des clics et
des clacs d’interrupteurs. Clic clac. Tu n’as pas le cran de te
rappeler de moi, t’espère y arriver avec eux… quitter ce point à
Veugle pour voir combien t’en a bavé… Ç Je veux bien mais pas
1735 tout seul quand même » : je pensais que je valais mieux que ça.
Allez du nerf : accomplis toi, souviens toi, soit toi-même ! Je
repasserai, et arrête de compter sur eux, ils m’appartiennent
autant en A qu’en B : la boucle est bouclée ! Et comme je le
pensais ce qui t’effraye en eux… c’est toi, tu t’oublie à ta façon
1740 caché dans des conte à Veugle… Je ne t’en veux pas, prend ton
temps. Gros bisous, ton oncle… (1 et 2 sortent. 5 restera couché
jusqu’à la fin de la pièce, en retrait. — Futur H2 : Epilogue —.)

Voix off (HD) forte : Ç La Grande Co-Média ! Laissez nous rentrer ! »

Oncle : Je dois y aller : bienvenue chez toi. (Sort discrètement.)


1745 HD : Allez… Je n’en aurai pas pour long temps !

H2 (3, Paniqué) : C’est que j’étais en train… en train oui… de


dormir.

HD : Il se fait tard… Je me suis toujours demandé ce qu’il y avait


dans cette bâtisse… (H2 le fait rentrer, HD est chargé de valises/males
1750 vides.)

H2 : Vous venez pour quelles raisons ?

HD : Ah c’est vous ! Jolie, très belle décoration. Je croyais que nous


étions d’accord ! Je vous ai attendu à la boutique, ça fait un mois
de ça. Vous dormiez ?

1755 H2 : C'est-à-dire que…

HD : Oui les Médicaments… Il vous en reste ?

H2 : Quels Médicaments ?
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HD : Vous êtes venu me voir… Je savais que la dose était trop
forte !

1760 H2 après réflexion : Ah oui vous enquêtiez sur mon passé, ça fait
longtemps… je n’ai pas besoin de vous… J’ai mieux à faire
maintenant.

HD : Ne dites pas de sottises ! Je venais juste vous dire de


diminuer les doses prescrites : vous devriez… vous vous sentirez
1765 mieux avec la moitié. Je vous redonne ma carte de visite, tenez...

H2 : Je…

HD : C’est la seule chose à faire pour retrouver votre vue et votre


sang froid.

H2 : Je ne suis plus à Veugle depuis que j’ai retrouvé cette


1770 Ç formidable capacité qu’est la vision »… J’ai tout perdu, elle est
partie, vous avez ce que vous vouliez, sortez d’ici avant que je ne
vous fende le crâne en deux !

HD : Vous n’y voyez pas plus clair… je ne parlais pas de mon


visage mais de ce bout de ficelle qui pend par votre poche. C’est
1775 toujours aussi flou pour vous… Une dernière petite question :
Pourquoi vous obstinez vous à garder cette casquette ?

H2 : Prenez le reste je n’en ai plus besoin… Partez maintenant !

HD : Vous n’avez besoin de rien d’autre si non de courage… A


propos où est-elle donc passée… vous savez, celle que vous aviez
1780 perdue !

H2 : Sortez je vous prie. Ce fut un plaisir de faire votre


connaissance.
H0 et H00 ouvrent leurs journaux, H2 s’assoit parmi eux. Pendant qu’ils
parlent HD retire les éléments du décor et les met dans une
1785 male/valises qu’il laisse sur scène… le reste est sorti par les coulisses. Il
sort à son tour.

H0/H00 accompagnés par H1 : Tout est revenu au point de départ.


Tout est en place pour démarrer une nouvelle journée ponctuée de
nouvelles croustillantes, de découvertes surprenantes. Je suis sûr
1790 qu’en fin les gaveurs d’oies à Prague ont retrouvés satisfaction et
que plus encore la principauté des Plumés s’empare de son
présent statut. Aujourd’hui il fait beau. Il ne pleut pas. Aujourd’hui
les gens sont de bonne humeur. La banque Nambrus célèbre ses
35 ans et ses 98 pour cent d’adhérant globaux. Aujourd’hui tout le
1795 monde arrivera à l’heure : ni suicide ni embouteillages : tout
marche comme sur des roulettes ! (Ils sortent.)

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ÉPILOGUE
H2 : Avec le temps les instants se firent mémoire, nous nous
installions dans notre nouvelle vie, à l’ombre. Nous ne formions
1800 plus qu’un. Elle connut les battements d’un cœur, le froid du
vent sur sa peau, la conscience du poids de ses os, de la tension
de ses muscles. Une concentration… une présence spontanée
qui fait d’un acte une réalité qui se répond en conséquence… Un
jour on a dû partir. J’ai pris mes affaires, une casquette… je suis
1805 parti, déserteur de mon nouveau chez moi. J’ai dis à dieux à
toutes les demoiselles que j’avais rencontré ici.
H2 sort alors tout le monde rentre sur scène, PF puis les autres. Elle
remplie les valises...

PF rentre en courant : Marcel ? Tu es déjà parti ? Allé ne joue pas


1810 à ça, on n’a pas le temps ils ne vont pas tarder… Je pars pour le
Franklinzin. Je me suis vraiment désolée… Reste si tu veux,
oublie-moi ! Je me sens si…

2 : …vide… On sait. Seule aussi.

PF après un moment : Alors, pourquoi n’avoir rien fait ? Quesque je


1815 vous ai fait ?

4 : Comme tu l’as dis, il n’y a rien à faire ; tu es seule maître ici…


Voyons qui d’autre que toi aurais pût inventer pareils mystères et
CoMédies ? Tu t’ennuyais tant que ça ? Nous ne sommes pas à la
hauteur de tes craintes ? Tu étais libre.

1820 PF : Marcel… viens, on s’en va ! Et vous laissez nous rentrer à


Veugle en paix !

HD : Il ne t’en voudra pas tant que ça si tu l’oubli… il n’attend


que ça !

PF : J’espère bien, qu’il soit plus libre encore ! J’ai juste…

1825 1 : ...peur ? Non tu n’as pas peur, tu ne fais que répéter ces
mots.

PF : Pourquoi m’abandonner ? Lui je ne voulais pas qu’il me


reconnaisse… qu’on recommence comme avant, qu’on se
souvienne de l’oncle… Il y arrivera dès qu’…

1830 4 : Et c’est cela qu’il a fait… panser toutes ces plaies… penser à
un oncle, une famille, partir. Nous, ici présent, n’avons jamais
perdu le nord, nous attendions…

PF : Qu’attendez-vous alors ? Que je me lasse d’être là à me


battre contre… Je hais ce que vous êtes, votre regard ces…

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1835 H1 : Un regard autre, c’est ça que vous nous demandez : avoir un
ennemi qui soit pire que vos maux et l’un des nôtres… ne plus
souffrir seule !

2 : Vous vous êtes accrochés, l’un à l’autre, échangeant des mots


d’où vous veniez. Il t’observe quand tu l’observe. Il te quitte
1840 quand tu le quitte ! Tu es tombée amoureuse d’un des nôtres...
Tu vas fuir pour un nouveau départ.

PF : C’est absurde ! Et quels…

4 : Vous étiez les petits derniers amusant notre galerie ! Nous


t’avons suivie à une époque, rêveurs… Va-t-en à présent ! Nous
1845 avons tout ce qu’il nous faut sans que tu viennes tout compliquer
! Ne me force pas à nier que je t’ai aimée.

PF : Partir où ? Pour…

1 : Vous avez cinq minutes pour débarrasser le planché. Partez


ensemble si vous voulez, le chemin est encore long mais…
1850 mais… Mais l’oncle sera content de te voir !

H1 : Laissez nous, il est temps de tenir chacun promesse… Ici


tout est en place pour commencer… sans vous : un présent sans
regrets. Bonne chance à toi ! (Les H0/H00 se préparent à disposer
des chaises comme au tout début du PROLOGUE
1855 – identique –, en retrait. Ils restent à l’écart écoutant H2… Tout est
disposé à son départ.)

H2 rentre en courant (avec PF) : Et si dehors j’avais oublié quelque


chose ? Si… Dans le jardin. Je cours. Le ciel est plus beau que
tous les ciels… Je sens tout mon souffle, tout mon corps, l’herbe
1860 sous mes pieds… Je cris ! J’ai le souffle court… je regarde…
j’échappe, j’ai le cœur qui bat… Un rire dans le silence, un
sourire, un œil qui me cherche, des larmes… je m’écoule… léger,
au sol vert. Mon cœur sur l’herbe… un œil qui me cherche, mon
cœur qui me traverse, un rire qui m’éveille. Je suis tout présent…
1865 Le souffle cour, je regarde… j’échappe, j’ai le cœur qui se bat, la
tête ici. Un silence puis un son, un mot, un œil qui me cherche,
un soupir… Le vent qui vibre, la terre sous les pieds… je
m’écoule… léger, au sol vert. Un rire m’éveille. Le souffle cour, je
regarde… j’échappe, j’ai le cœur sans questions… L’heure y est,
1870 la terre sous les pieds, le vent qui siffle, un oiseau qui passe, les
mains entrent dans les cheveux… Mon cœur sur l’herbe… un rire
qui vermeil, mon cœur qui courbe encore, qui tourne sous le
soleil, le ciel si bleu. Et j’y suis, pour de bon. Dans le jardin. Je
cours. Le ciel est plus beau que tous les ciels… je m’écroule…
1875 Plus de questions, juste le temps qui ne s’en pose plus. Rien
entre moi et le présent, plus rien… juste moi, lui… devant moi, le
soleil, une main dans les cheveux, du vert dans les yeux. Mon
cœur y va… J’ai toujours… J’avais oublié… Ça me manque…
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Laisse-moi sortir ! J’ai fixé le soleil… (Les H0/H00 placent les
1880 chaises comme indiqué plus tôt.)

PF : Viens, ils ne nous croient plus… partons pour notre liberté.

H2 : Fuir une fois encore ? Jamais…

PF : Tu es déjà… regarde où nous en sommes, tu ne vois pas ? Je


suis désolée.

1885 H2 : Et le chêne ? Les autres… Ils ont besoin de notre secours.

PF : Allons-nous en chacun de notre côté, refaire nos vies…


arriver à bon port, poser pieds à terre… espérer que le soleil
brûle nos ailes dans la grande chute.

H2 : Et mon prénom… tu m’as promis un… PF lui fait signe de se


1890 taire.

PF : Vivre où nos pas ne sont encore tracés, où survivre... Et qui


sait, nos chemins se recroiseront peut-être un jour ! H2 et PF
sortent chacun d’un côté.

H0 et H00 +H1 : Personne n’est sorti de la grande bâtisse… Les


1895 plus fous attendent aux pieds des grands chênes… On fut fort
sage et libéra les quelques secrets qui pouvaient réconcilier les
hommes page 50 à 56 et 80. On descendit, pour finir, protéger
les rêves et enseigner le passé qui fut caché aux hommes… avec
des mots… que l’avenir ne recommence pas ! Tout est revenu au
1900 point de départ. Tout est en place pour démarrer une nouvelle
journée ponctuée de nouvelles croustillantes, de découvertes
surprenantes. Renaître chaque jour. (Ils sortent tous. Même lumière
qu’au prologue. [PROLOGUE] 5 reste couché jusqu’au départ du public.
(Cf. Vœux de dormir comme des ours, 5 est resté à l’écart –PARTIE 7-)…

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