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Dossier

Transrural
N° 354
25 MAR
2 0 0 8

Chiffres de l’agriculture durable (1)


Les leçons de la production laitière
Une fois n’est pas coutume, Transrural
initiatives vous propose de rentrer dans la
complexité des données économiques et
techniques de l’agriculture. Car, si les principes
de l’agriculture durable sont séduisants, il faut
encore qu’à l’expérience celle-ci fasse ses
preuves. Peut-on en effet développer des
systèmes de production agricole viables
économiquement, préservant l’environnement,
fournissant des produits de qualité à des prix
abordables, et sans que le paysan ne se tue à
l’ouvrage ? Plusieurs réseaux d’agriculteurs en
font l’essai et obtiennent aujourd’hui des
résultats satisfaisants. Deux dossiers seront
donc consacrés à ce thème, dont voici le
premier volet.
La Fédération nationale des Civam expérimente
depuis longtemps des systèmes agricoles
durables. La production laitière est
probablement le domaine dans lequel ses
travaux sont allées à ce jour le plus loin. Il était
donc logique d’introduire cette série de dossiers
par cette entrée. On s’intéressera ici aux
résultats de groupes de producteurs laitiers de
l’Ouest, le Réseau agriculture durable et le
Groupe de recherche en agriculture durable et
Le Réseau agriculture durable (Rad) et le Groupe de recherche en agricul-
en économie locale, membres de la FNCIVAM. ture durable et en économie locale (Gradel) recherchent, depuis plus de
Depuis de nombreuses années maintenant, deux décennies, à créer des systèmes de production laitière « viables et
ces paysans ont remplacé le maïs par l’herbe vivables». Reposant sur la valorisation de l’herbe plutôt que du maïs, leurs
recherches techniques visent à réduire les coûts de production, en rédui-
pour nourrir leurs vaches, repensent sant par exemple la mécanisation ou en réorganisant leur travail, à amélio-
l’organisation de leur travail et de leur ferme. rer leurs conditions de travail, ainsi qu’à limiter l’impact de leur activité sur
l’environnement.
L’environnement s’en trouve moins perturbé et Le Rad a créé un cahier des charges qui traduit ces différentes dimensions
leur revenu s’est plutôt amélioré. Il est donc de la durabilité : surface minimale en herbe, limitation des intrants et des
photo : FNCIVAM

urgent de faire connaître et de mettre en débat traitements, rotations minimales, maintien des haies, etc.
Contacts: Réseau agriculture durable 02 99 77 39 25
ces résultats. Gradel 02 40 79 32 93
FNCIVAM 01 44 88 98 58
Dossier réalisé en partenariat avec la FNCIVAM
TRANSRURAL Initiatives • 25 MARS 2008 • II
Dossier

Les exploitations laitières en système durable


et des politiques agricoles
Une comparaison chiffrée très instructive entre les modèles laitiers intensifs du Nord de l’UE et le système CIVAM.
L’analyse présentée ici fait suite à une représentatifs. Cela aurait été pourtant
étude publiée en janvier 2007 conjointe- très instructif… EN ALLEMAGNE :
ment par l’INRA et l’Institut de l’élevage Il était donc nécessaire de compléter ce Diversité des systèmes et plus
sur le thème « Productivité et rémunéra- travail. Cette analyse repose sur les élé- grande stabilité des structures
tion du travail dans les exploitations lai- ments présentés dans le tableau ci-
tières du Nord de l’Europe ». Cette étude contre, qui permet d’apprécier les diffé- On observe en Allemagne une forte diversité
des modèles et tailles d’élevage selon les lan-
n’a pas cherché à comparer les systèmes rences entre les systèmes intensifs
ders : au Nord, une évolution influencée par
laitiers spécialisés intensifs du Nord de danois, hollandais, allemands et français, les modèles danois et hollandais ; à l’Est, de
l’Europe avec les systèmes « herbe » de la d’une part entre eux et d’autre part avec grands élevages (170 VL) prolongement des
FNCIVAM (Rad et GRADEL - cf pI), au les systèmes durables de l’Ouest de la fermes d’état ; au Sud, des élevages de petite
motif que ces derniers ne seraient pas France1. taille dans des exploitations majoritairement
diversifiées.
Caractéristiques Danemark Pays-Bas Allem Fra-Nord Fr-Ouest Réseau Gradel Le prix du lait était en 2003 nettement infé-
de ses systèmes de production (2003) (2003) (2003) (2003) (2003) agri durable (2005) rieur à la moyenne de l’UE (-29€/1000l, soit
Surface agricole utile 90 46 70 72 64 65,9 72 une incidence sur le revenu de près de
Production lait/exploitation 649 000 544 500 428 000 304 700 264 800 288 400 319 829 8000 €/UTAF). Ce serait un frein à la moderni-
Unités de travail2 (UTA) 1,86 1,69 1,85 1,73 1,75 1,90 2,4 sation des élevages et facteur d’abandons de la
RÉSULTATS ÉCONOMIQUES production laitière, alors que beaucoup
Prix du lait (€/1000l) 332 325 284 312 313 313 302 d’experts rêvent d’une évolution à la danoise.
- Produit agri./UTA 139 946 124 320 102 435 87 215 64 342 63 073 58 633 Les investissements sont modérés, pour les-
- Aides directes/UTA 21 300 5 259 10 192 13 227 8 682 nd 4 478 quels l’autofinancement serait majoritaire par
- Rev. Courant/UTAF 13 658 26 298 17 115 17 531 14 730 21 206 24 956 rapport à l’emprunt (part importante de
INTENSITÉ CAPITAL/UTAF reprises familiales avec cession quasi gratuite).
- Actif total/UTAF 1 122 845 1 492 857 550 255 239 083 152 155 139 493 102 289
- Dettes tot/UTAF 723 332 383 766 114 027 110 048 65 508 59 981 30 617
- Taux d'endett/Utaf 64 % 25,7 % 20 % 46 % 43 % 42,9 % 29 %
CHARGES (€/1000L) AU PAYS-BAS :
- Totales 407 319 344 433 379 322 247
dont : - Aliments achetés 86 61 67 79 47 26,8 23 Des élevages spécialisés très
- Frais mécanisation
Produit agri (€/1000 l)
89
401
72
385
85
373
122
452
118
425
87
415
81
440
intensifs et valorisant l’herbe
La restructuration aux Pays-Bas est également
forte, quoique moins violente qu’au Dane-
mark. Elle s’inscrit dans la poursuite d’un
PERFORMANCES : DE QUOI PARLE-T-ON ? modèle homogène d’élevages très spécialisés,
L’amélioration de la productivité du tra- unité de travail (UTAF) et de 2,5 à près de caractérisé par une part importante de
vail (par substitution maximale du capital 4 fois moins élevés par quantité de lait l’herbe, conduite intensivement, avec un équi-
au travail) observée dans les systèmes du produite que dans les modèles danois et pement moderne et peu de main d’œuvre
Nord de l’Europe n’entraîne pour les éle- hollandais ! Ils dégagent un revenu supé- salariée.
Le foncier est rare et très cher, limitant la taille
veurs ni l’amélioration des conditions de rieur à celui des intensifs français et
des exploitations. L’actif par UTAF est encore
travail, ni même assurément de meilleurs danois et quasi égal à celui des Pays-Bas, plus élevé qu’au Danemark, dû au prix du
revenus, si ce n’est au avec plus de 2 fois moins foncier et aux quotas très chers (2€/l, entre 25
moment de la cessation La mesure classique de quotas et en percevant et 50 % du coût de l’installation). Les ban-
d’activité avec la perspec-
tive de valoriser un patri- des performances de 3 à 5 fois moins d’aides
publiques par UTAF que
quiers sont prudents et exigeants, contrai-
gnant les éleveurs à disposer d’un fort taux
moine plus important. De économiques prend les systèmes intensifs d’autofinancement (avantage déterminant aux
même, l’étude INRA-Insti- trop peu en compte la danois et français. Ils assu- reprises familiales). Un prix du lait supérieur à
tut de l’Elevage souligne rent 50 % d’emplois en la moyenne de l’UE et de bonnes perfor-
que les coûts de produc- lourdeur du capital plus à l’hectare cultivé. mances techniques liées à une bonne valorisa-
tion de l’herbe permettent aux éleveurs hol-
tion au litre de lait ne dimi- investi. Enfin, ils offrent incontes-
landais d’atteindre un revenu courant de
nuent pas significativement tablement des conditions 26300€/UTAF mais dont une part importante
avec la taille croissante des élevages. de travail nettement plus acceptables que doit servir à autofinancer les investissements.
En comparaison, les systèmes de produc- les modèles hyper intensifs et sont plus Les deux modèles danois et hollandais «culti-
tion autonomes et à base d’herbe (donc respectueux de l’environnement vent» une surface agricole importante dans les
les moins hors-sol) sont nettement moins (moindre consommation énergétique, pays tiers (part importante des aliments ache-
exigeants en capitaux, donc plus aisé- maintien de la qualité de l’eau, moindre tés) et enregistrent des frais d’élevage de plus
ment transmissibles : les capitaux mobili- « consommation » de terres dans des pays du double au litre de lait par rapport aux sys-
sés sont de 8 à 10 fois moins élevés par tiers pour produire le soja importé, etc.). > tèmes durables.

1. Sources : « Productivité et rémunération du travail dans les exploitations laitières du Nord de l’Europe » étude Institut Élevage-RICA, janvier 2007. Etude comparative systèmes laitiers
intensifs et à base d’herbe dans l’Ouest, Réseau agriculture durable, 2004. GRADEL résultats économiques 2005.
2. Unité de mesure de la quantité de travail humain fourni sur l’exploitation agricole. UTAF : UTA familiale.
TRANSRURAL Initiatives • 25 MARS 2008 • III

Dossier
plus solides face aux évolutions du marché
AU DANEMARK : « Travailler énormément, vivre pauvre
et très endetté pour espérer mourir riche »
Le modèle d’exploitation laitière danois fascine stratégie est ici celle d’un endettement de fuite
> Mais les éleveurs qui adoptent ces la filière productiviste française qui cherche à le en avant, dans la perspective d’une «rémunéra-
systèmes autonomes ont « l’inconvé- montrer à la fois comme une menace et comme tion différée» par la vente de l’exploitation en fin
un exemple à suivre. Ce modèle est aujourd’hui d’activité.
nient » pour le système capitaliste de
marqué par la fin de la coexistence de deux Dans le nouveau modèle, le taux d’endettement
moins solliciter les industries des types d’élevage, également « familiaux » : moyen est de quasi 100 % en phase d’installa-
intrants, de l’équipement, et le sys- – l’élevage traditionnel, en voie de disparition tion, de 85 % en régime de croisière et espéré
tème bancaire. avec 40 à 50 vaches laitières (VL) sur 30 à 40ha, vers les 60-70 % en fin de carrière. Une dyna-
– le nouveau modèle, de 100 à 200 VL, sur 80 à mique visiblement davantage subie qu’assumée
INCIDENCES DE L’ÉVOLUTION 200 ha, les animaux ne sortant jamais, nourris de manière positive et sereine.
DES PRIX AGRICOLES ET DE LA avec une ration comportant une part impor- Malgré un prix du lait nettement supérieur à la
RÉORIENTATION DES AIDES tante d’aliments achetés et recherche de la pro- moyenne européenne, le revenu courant était en
ductivité maximale du travail. 2003 très faible (< de 14 000 €/UTAF) et infé-
L’évolution des marchés des produits Les éleveurs sont très lourdement endettés pour rieur au montant des aides directes perçues: les
laitiers en 2008 ne permettrait pas de financer un actif très élevé : en moyenne, charges totales sont supérieures au produit agri-
prolonger l’augmentation du prix du 1122800€/UTAF comprenant le foncier, les bâti- cole! Cependant, ce résultat comptable est biaisé
lait payé au producteur observée ments et équipements, souvent surdimensionnés par le choix d’amortir les investissements sur des
depuis le 2 e semestre 2007. En (en vue de croissance ultérieure), les quotas et durées beaucoup plus courtes que celles des
revanche celles des céréales, des tour- frais d’établissements. Le recours à l’emprunt est emprunts. Les marges d’erreur sont ici très
teaux et du pétrole risquent de se permanent, pour non seulement financer tout faibles, avec une intensité et une quantité de tra-
poursuivre. Dans ce contexte, on se nouvel investissement, mais aussi pour vivre. La vail très élevées.
rend compte que l’augmentation du
prix du lait ne compensera pas les tème de production? Si on évalue ces ont un endettement en moyenne
secondes au Danemark, en Alle- facultés selon l’impact sur l’endette- beaucoup plus faible. D’où
magne ni au Nord de la France. Elle ment d’une dévaluation de l’actif pro- les propositions de l’industrie laitière
reste en revanche nettement profi- voquée par l’arrêt de la production lai- française pour une politique de
table aux systèmes herbe et en agri- tière pour faire autre chose sur contrats de longue durée afin de
culture durable, moins gourmands en l’exploitation, on se rend compte sécuriser ses approvisionnements.
aliments achetés et en coûts de cul- qu’une telle option ferait L’attrait pour les céréales
ture. L’augmentation du prix du lait passer le taux moyen Des systèmes et oléoprotéagineux
depuis fin 2007 n’aurait-elle pas aussi
pour objet de freiner les abandons de
d’endettement des éle-
vages laitiers au Dane-
durables (dont les fortes hausses
des prix abaissent le seuil
production chez des éleveurs attirés mark de 64 à 172% et aux transmissibles, de surface à partir
par la conjoncture céréalière ? Pays-Bas de 25,7 à plus de rémunérateurs, duquel un revenu satis-
Et si, dans le cadre du bilan de Santé 56%. (pour une dévalua- faisant peut être obtenu)
de la PAC, l’union européenne tion d’actif uniquement
respectueux va très certainement ren-
s’oriente vers des Droits à paiement appliquée aux bâtiments de l’environnement forcer la spécialisation
unique (DPU), aide forfaitaire et aux frais d’établisse- « grandes cultures » de
par exploitation, uniformes sur ments). Ainsi peut-on considérer que territoires entiers encore diversifiés
l’ensemble des surfaces fourragères la quasi-totalité des éleveurs laitiers (Poitou-Charentes, Sud-Ouest, Nord
atténuant la discrimination existant danois et une majorité des éleveurs et Est de la France), avec le risque
depuis 1992 envers les systèmes four- hollandais sont contraints de conti- d’une déprise industrielle dans le sec-
ragers à base d’herbe, à nouveau, le nuer à produire, avec l’espoir d’un teur laitier. La production laitière
système danois serait fortement péna- prix du lait élevé pour faire face à risque donc de se concentrer dans les
lisé et, bien évidemment, les systèmes l’augmentation prévisibles des charges régions maritimes déjà spécialisées
à base d’herbe plus ou moins favori- (aliments achetés, engrais, énergie, du grand Ouest de la France. Mais
sés. À titre indicatif, un montant uni- etc.). Dans un système très spécialisé, l’agrandissement des exploitations
taire de DPU de 230 €/ha de SAU l’endettement s’avère donc un moyen qui s’y observe déjà préserve la
modifierait le revenu par UTAF de - privilégié pour la filière laitière de faculté de choix de nombreux éle-
4492 € au Danemark, de + 1603 € sécuriser sur le long terme ses appro- veurs pour d’autres productions, au
aux Pays-Bas et de + 4600 € pour le visionnements. motif de se dégager de la contrainte Pour
aller plus loin :
système type GRADEL, … Ces facultés de choix (et de négocia- laitière, ou à l’occasion d’un évène- cette analyse est
Les paysans, nous dit-on, doivent tion ?) sont plus grandes et d’un ment particulier (séparation de disponible dans sa
« réagir aux signaux du marché »… impact possible plus important sur GAEC, départ à la retraite d’un asso- version intégrale
Or, on peut d’autant mieux négocier le potentiel de production dans les cié), ou par refus de réinvestir à sur le site ruralin-
fos, à l’adresse
avec un partenaire économique que autres pays européens, notamment quelques années de la retraite. www.ruralinfos.org
l’on n’y est pas contraint. Qu’en est-il en France : où les exploitations /spip.php?article2
des producteurs de lait selon leur sys- laitières sont plus diversifiées et Paul Bonhommeau 541.
TRANSRURAL Initiatives • 25 MARS 2008 • IV
Dossier
Les systèmes laitiers durables favorisent l’installation
Efficacité économique, qualités environnementales et meilleures conditions de travail placent les systèmes laitiers
durables parmi les plus attractifs.
Si l’on fait référence aux finalités exprimées Les données technico-économiques issues jeune agriculteur.
par la majorité des jeunes éleveurs laitiers des systèmes durables sont donc plus sécu- Des données plus qualitatives nous incitent
dans les stages préparatoires à l’installation risantes. En effet on observe, à niveau de aussi à promouvoir ces systèmes pour ins-
(temps libre, revenu comparable aux autres production constante et prix du lait taller des jeunes dans de bonnes condi-
professions, une bonne image du métier, constants, un lissage des charges opération- tions. Le travail en groupe, tout d’abord,
autonomie), les systèmes laitiers intensifs nelles et de structure sur les premières fréquent en système durable, est synonyme
ne sont pas les mieux placés pour atteindre années et un revenu qui progresse. d’échanges entre agriculteurs, mais aussi
ces objectifs de vie. Par ailleurs l’image environnementale des de dynamiques locales en matière d’emploi
En effet, la part d’actif (capital sous forme systèmes durables est plus valorisante pour local. Soulignons que ces systèmes assu-
d’équipements, bâtiments, un jeune qui s’installe. La rent 50% d’emplois en plus à l’hectare cul-
terres1, troupeau) ramené Le coût de reprise d’une prairie conduite de façon tivé. Par ailleurs, la baisse des pointes de
à l’unité de travail varie en ferme en système laitier extensive est à la base travail et du stress face aux échéances tech-
France de 100000€ en sys- de leur système de produc- niques financières et liées à l’organisation
tème durable à 240 000 € durable est de 70 000€ tion: elle génère moins de du travail permettent d’offrir des condi-
en moyenne en système en moyenne pollutions par les intrants tions de travail nettement plus acceptables
intensif. Le coût de reprise (nitrates, phosphates, pesti- que les modèles intensifs.
d’une ferme en système laitier durable est cides, etc.) parce que les apports et le lessi- Tous ces éléments ont permis au GRADEL
ainsi de 70000€ en moyenne. Alors qu’en vage sont moindres, elle préserve la qualité d’installer, sur 12 reprises, quatre per-
système durable 160 000 L de lait sont des sols et généralement la biodiversité sonnes en dehors du cadre familial.
nécessaires pour obtenir 23 000 € de locale. Au regard d’une société rurale qui
revenu, ailleurs il faut 300 000 L pour le s’urbanise et où les conflits d’usage entre Alain Daneau (FNCIVAM)
même résultat, donc plus de vaches lai- éleveurs et « rurbains » sont monnaie cou- 1. 25 ha en moyenne par actif en système durable contre
tières, de bâtiments, de matériel, de terre. rante, voilà des atouts certains pour un 50 en système classique.

Le scandale des retraites agricoles


Les systèmes laitiers à faible capital contribuent davantage à la solidarité nationale. Un élément majeur pour régler
le problème des retraites agricoles.
Même si les capitaux par actif familial sont du SMIC et près de la moitié ne perçoivent le revenu réellement dégagé. Ainsi, alors
beaucoup plus faibles en France que dans pas 500 €/mois, soit moins que le mini- que le revenu de la ferme France était de
la plupart des pays du nord de l’UE, il n’en mum vieillesse (625 pour le chef d’exploi- 12,8 milliards d’euros en 2006, l’assiette
reste pas moins que la transmission des tation et 495€ pour le conjoint). La vision des cotisations sociales n’atteignait pas 6,6
exploitations est trop souvent difficile. d’une agriculture d’entreprise et le milliards!
Pour le jeune candidat, la somme à verser manque de solidarité professionnelle qui Par le jeu des forfaits minimum et des pla-
au cédant pour la reprise est - ou devrait animent nombre d’organisations profes- fonds, le barème des cotisations à la
être- fonction du revenu qu’il en escompte sionnelles agricoles expliquent cette situa- Mutualité sociale agricole est profondé-
et de la confiance du banquier. Pour tion déplorable. L’assiette des cotisations ment injuste, puisque le taux de cotisations
les cédants, surtout en sociales sur le revenu fiscal diminue avec l’augmentation du revenu
l’absence d’une reprise L’insuffisance induit de la part des pay- (de 54 % pour 4500 € de revenu à 30 %
familiale, le souci le plus des retraites agricoles sans assujettis au bénéfice pour 50000€ et plus). Sans parler des coti-
commun est de vendre le réel des stratégies de mini- sants solidaires, réellement paysans, qui
mieux possible l’exploita-
poussent misation de ce revenu ou cotisent sans aucun droit en contrepartie.
tion, ce qui conduit trop les agriculteurs de l’assiette. Deux moyens Les réflexions et propositions ne man-
souvent à préférer son à maximiser le capital sont alors utilisés : l’un, quent pourtant pas pour améliorer la pro-
démantèlement plutôt que investi juridique, consiste à adop- tection sociale des paysans vers davantage
sa reprise par un jeune. ter une forme sociétaire de justice sociale et de solidarité: adopter
Cette préoccupation s’explique davantage avec un associé non exploitant qui ne une autre assiette de cotisations (par
par l’insuffisance des retraites agricoles que cotise pas, l’autre, économique et fiscal, exemple la valeur ajoutée) ; réviser les
par mimétisme avec les comportements tire parti des exonérations fiscales par des barèmes ; remplacer le régime du forfait
spéculatifs des milieux d’affaires. réinvestissements constants, c’est-à-dire le agricole par un régime dit de microentre-
90 % des 480 000 retraités paysans mono- plus souvent un agrandissement. Sans prise… Question de volonté politique.
pensionnés (n’ayant que la retraite de non- oublier le régime du forfait agricole qui
salarié agricole) perçoivent moins de 85% couvre souvent de grandes disparités avec Denis Gaboriau (FNCIVAM)

Ce dossier est issu de Transrural initiatives, revue d’actualité rurale et agricole publiée par l’ADIR
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