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* Les droits d’auteur des journalistes sur Internet

Le double statut du journaliste


Le journaliste, permanent ou pigiste, est un salarié. Dans le cadre de son contrat de travail, il crée des
œuvres (articles, images, sons) qui, lorsqu’elles sont originales, lui permettent d’être titulaire de droits
moraux et patrimoniaux.
Le journaliste est un auteur à part entière, avec tous les droits afférents. Au regard du premier article
du code de la propriété intellectuelle, il est clairement affirmé que l’existence d’un contrat de travail (à
durée déterminée ou indéterminée) entre l’éditeur de presse et le journaliste ne remet pas en cause les
droits d’auteur de ce dernier.
Les droits moraux donnent au journaliste le droit de signer son œuvre de son nom (ou de rester
anonyme) ainsi que le droit au respect de cette œuvre (qui interdit la modification ou l’exploitation
d’une œuvre risquant de dénaturer la pensée de l’auteur, sans son autorisation). Les droits
patrimoniaux qui permettent au journaliste d’obtenir une rémunération lorsque son œuvre est ré-
exploitée, sont reconnus par le code de la propriété intellectuelle, le code du travail et la convention
collective nationale de travail des journalistes.

Les droits d’auteur dans le contexte du numérique


Les nouvelles technologies ont déclenché une remise en cause des droits d’auteur et particulièrement
de ceux des journalistes. De nombreux éditeurs de presse contestent aux journalistes le droit d’être
associés aux ré-exploitations de leurs œuvres, c’est-à-dire celles qui ont lieu au-delà de la première
publication. Actuellement, de nombreux éditeurs tentent d’imposer aux journalistes des contrats
abusifs. Parallèlement, les éditeurs réclament une modification de la loi et une présomption de cession
des droits à leur profit exclusif. Le numérique est l’occasion pour certains éditeurs de remettre en
cause les droits des journalistes relatifs aux supports traditionnels tels que le papier.

Les journalistes ont réagi par des actions en justice lorsque leurs œuvres étaient diffusées sans leur
autorisation. La jurisprudence donne raison aux journalistes1 : les diffusions sur Internet constituent
une nouvelle publication et doivent donc être rémunérées.
La négociation s’impose aux éditeurs. A plusieurs reprises, le gouvernement a demandé aux
différentes parties de trouver un accord.
Dans ce contexte, seule une action collective permettra aux journalistes d’obtenir le respect de leurs
droits.

Comme tout auteur, le journaliste a pour objectif de faire connaître ses œuvres au public. Or, leurs
formes de diffusion se diversifient de plus en plus grâce aux nombreux moyens de communication mis
en place avec l’avènement du numérique. Bien souvent, le journaliste ne peut donc contrôler
l’ensemble des exploitations dont son œuvre est l’objet, ni s’assurer que les droits qui en découlent
sont respectés. C’est pourquoi les auteurs dramatiques, les auteurs et compositeurs de musique, les
auteurs d’œuvres audiovisuelles et littéraires se sont regroupés pour créer des sociétés civiles
d’auteurs.
Aujourd’hui, en matière de multimédia (réseaux et supports numériques), les journalistes doivent faire
le choix entre une gestion de leurs droits interne à leur entreprise ou une gestion au sein d’une société
d’auteurs. La gestion collective des droits est déjà mise en œuvre en Belgique. En France, c’est la
solution préconisée par les syndicats de journalistes2.
En effet, une société d’auteurs permet aux journalistes de contrôler les diffusions et de percevoir leurs
droits lorsque les exploitations sont multiples, lorsque le lien avec l’éditeur a disparu (les droits
d’auteurs patrimoniaux s’exercent 70 ans après la mort de l’auteur) ou lorsqu’il est trop ténu pour
permettre le versement des droits.
La gestion collective démontre qu’il est inutile de modifier la loi et de remettre en cause les droits
d’auteurs. Les journalistes proposent aux éditeurs une solution simple pour la gestion des autorisations
et des rémunérations.
Les journalistes et la Scam
20 000 auteurs sont aujourd’hui membres de la Scam, parmi eux plusieurs centaines de journalistes.
Lorsque les dispositions de la convention collective nationale de travail ne s’y opposent pas, la Scam
perçoit et leur reverse des droits d’auteur pour leurs documentaires et reportages, audiovisuels et
radiophoniques.
Depuis 1991, la Scam et les syndicats de journalistes travaillent ensemble. Un journaliste siège au
conseil d’administration de la Scam, où 22 auteurs des divers domaines de création, élus en assemblée
générale, décident et orientent, conjointement avec le délégué général, l’action de leur société et des
60 salariés qui y travaillent.
Depuis quatorze ans, la commission des journalistes se réunit régulièrement et engage les actions
nécessaires au respect des droits d’auteur des journalistes (reprographie, édition électronique, copie
privée numérique,…).
L’intervention de la Scam ne pourra avoir lieu que lorsque les rémunérations auront une qualification,
sociale et fiscale, de droits d’auteur. L’action de la Scam concerne donc les droits secondaires par
opposition aux droits primaires de première publication qui s’exercent dans le cadre du contrat de
travail et pour lesquels la Scam ne peut pas intervenir.

A chaque moment de leur histoire, les auteurs ont su se regrouper et organiser collectivement la
gestion de leurs droits afin de pouvoir être associés et légitimement bénéficier de la diffusion de leurs
œuvres. Comme pour les autres domaines de création, les journalistes doivent choisir entre une gestion
individuelle et une gestion collective de leurs droits. Aujourd’hui, pour assurer la diffusion des œuvres
dans le respect des droits, les organisations syndicales (SNJ, USJ-CFDT, SNJ-CGT, SJ-CFTC, SJ-
CFE-CGC, SJ-FO) ont choisi de confier à la Scam la gestion des droits des journalistes relatifs aux
réseaux.
Un nouveau marché de la presse est né. Internet et les réseaux constituent le principal vecteur de
développement de la presse dans les années à venir. Ce marché cherche ses équilibres. Les éditeurs ne
possèdent pas les droits d’exploitation des œuvres des journalistes. Pour preuve, les moyens qu’ils
mettent en place : autorisations spécifiques dans le meilleur des cas, mais également, clause de contrat
de travail ou avenant organisant la cession totale des droits sans contrepartie. Or le développement de
la presse sur les réseaux ne doit pas se faire au détriment des droits des journalistes.
La mondialisation de nos économies touche aussi le secteur de la presse. De plus en plus, les
entreprises de presse appartiennent à des groupes de communication, eux-mêmes dépendants parfois
de multinationales. L’action collective est le seul outil permettant de préserver un équilibre. En
défendant ses droits patrimoniaux, le journaliste défend aussi son droit moral et donc le pluralisme de
la presse.