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BIBLIOTHÈQUE

THÉOLOGIQUE

DU XIX^ SIECLK

HISTOIRE DE L'ÉGLISE

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THÉOLOGIQLE ^^

DU XLV SIÈCLE

Rédigée par les principaux Dor.teurs des Universités catholiques

ENGVGLOPÉDIK . APOLOUÉTIQI E

INTRODUCTiON A. l'aNCIEN KT AU NOUVRAf TESTAMENT

ARCHÉOLOGIE BIBLIQUE, HISTOIRE DE L'ÉGLISE. PATROLOGIB, I)r)GMK

HISTOIRE DES DOGMES, DROIT CANON, LITURGIE, PASTOKALE

MORALE, PÉDAGOGIE. CATÉCHÉTIQUE ET HOMILÉTIQUK HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE THÉOLOGIQUB

TRADUCTION DE L'AB[!E P. BÉÎ.ET

HISTOIRE DE L'ÉGLISE

P,\R S. î. LE CARDINAL IIERGEN'RŒTHER

III

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PARIS

SOCIÉTÉ GÉXÉRALE DE LIBRAIRIE CATHOLIQUE

PARIS

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VICTOR

PALMÉ

 

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Éditour de» BolUndistes . Directeur RéDéral

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BRUXELLES

SOCIÉTÉ BELGE DE LIBRAIRIE

(anciennp maison GcemBer)

1î. niR rr.» p.^[«OI»»I!l^=

GENÈVE

Ht>i>t TBEMBLEY. IMPRIMEUR -ÉDITEUR

1886

HOLY REDEEMER LIBRARY, WINDSOR

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BIBLIOTHÈQUE

THÉOLOGIQUE

DU XIX^ SIÈCLE.

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HISTOIRE DE L'EGLISE,

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TROISIÈME PÉRIODE,

Depuis les commencements de l'Église parmi les Germains

jusqu'à la mort de charlemagne (814).

(suite.)

CHAPITRE II.

LUTTES ET CONTROVERSES RELIGIEUSES.

L'Islamisme. Mahomet et sa religion. L'Arabie et sa

civilisation.

JOO. L'Arabie était habitée par un grand nombre de tribus

professant des religions diverses; on y rencontrait tous les

degrés de civilisation au milieu d'une grande variété de climats (Arabie Déserte, Arabie Pétrée, Arabie Heureuse).

Il y avait, à côté de la population civilisée des villes, des

Bédouins nomades , de grossiers ichtyopbages près du golfe

Persique, et enfin une masse d'étrangers qui s'y étaient ré-

fugiés, notamment des hérétiques chrétiens et des Juifs. Ce

2

HISTOIRE DE l'ÉGLISE.

qui prédominait, c'était le paganisme, surtout le culte des astres et l'emploi superstitieux des amulettes. Pour la plupart des Arabes, la Kaabade la Mecque était un sanctuaire national,

originairement consacré au Dieu unique et suprême, et en-

touré plus tard d'une multitude d'idoles (360). On y rendait les honneurs divins à une pierre noirâtre que Dieu aurait donnée

à Adam quand il sortit du paradis terrestre. Abraham, dont le

fils Ismaël fut le premier ancêtre des Arabes, aurait fondé ce sanctuaire, restauré par les Amalécites.

Il y avait un curieux mélange de coutumes païennes,

juives et chrétiennes. L'Arabie du Nord renfermait une secte

analogue à celle des esséniens, les hanyfes, précurseurs de

Mahomet, qui se donnait lui-même le nom dehanyfe. Il y avait

aussi, dès ce temps, des chants et des poésies arabes, mêlés d'idées monothéistes et chrétiennes. 11 est probable que ces

idées chrétiennes servirent plus d'une fois à combattre les pro-

grès de l'idolâtrie, avant que Mahomet se présentât comme

l'auteur d'une nouvelle loi politique et religieuse et le fondateur

d'un empire universel établi sur cette loi.

OUVRAGES A CONSULTER SUR LE N° 100.

Alcorani text. univ. arab. et lat., éd. Maraccius, Patav., 1608, in-fol.;

éd. Flügel, Lips., 1834; éd. Redslob, 1837 (en allemand, par Boysen. Halle, 177:3; par Wahl, Halle, 1828; par Ullmann, Crefeld, 1810); Abul- feda (quatorzième siècle); Annales Muslemici arab. et lat., éd. Reiske,

Hafn., 1780, ."i vol. in- i-"; Hist. anteislamit. arab. et lat., éd. Fleischer,

Lips., 1831 ; Vila Muhara. ar.

et lat., ed Gagnier, Oxon., 1723, in-fol.

Chroniqueurs arabes et grecs.— Arabes : Abu-Zacarja, Vilae illustr. vir. ,

ed. Wüstenfeld, Gœlt., 1832; Gagnier, la Vie de Mahomet, Amst., 1732, t. II (en allemand, par Vetterlein, Kœthen, 1802, 2 vol.); Nœldeck, dans

Herzogs Real. Encykiop., XVIII, 767 ; Dœllinger, Muham. Religion nach ihrer inneren Eiilwickclung und ihrem Einllus, Regensb., 1838;

Lehrb

I, 68; Weil, Muh. der Prophet, sein Leben und seine Lehre,

Stutig., 1843; le mAme , Gesch. der ismaelit. Voclker übersichtlich

dargestellt, ibid., 1866; le même, Gesch. der Chalifen, Munich, 1847;

NVuslenfeld, das Leben Muh., nach Muh. Ibn-Ishak bearbeitet von

Abd-el-Melik-Ibn-Hischam, aus den Hodschr. herausgegeben, Gœltingen,

1858; Muir, the Life of Mahomet, Lond., 1858; A. Sprenger, das Leben

u. die Lehre des Muh., Berlin,

1861, 3

vol. (ibid., t. I, cap. i, sur les

Hanyfes); Krehl, die Rehgion der vorislamit. Araber, 1863; Kremer, Gesch. der herrschenden Ideen des Islam., Leipsig, 1868; Poésies

arabes avant .Mahomet. Nouveau Journal asiatique, II« série, t. XVI,

LUTTES ET CONTROVERSES RELIGIEUSES.

3

p. 38o, 497; IIP série, t. XII, p. 97; t. XHI, p. 292; Rohrbacher-Rump,

IX, 49; Arnold, der Islam nach Geschichte, Charakter und Beziehung

zum Christenthum, tibersetzt aus dem Engl,, Güterslohe, 1878.

Vie de Mahomet.

101. Mahomet (célèbre, digne de louange, désiré) naquit à la

Mecque, vers 570, d'une branche des Koreischites, initiés au culte

de la Kaaba. Il appartenait à la famille des Haschem. Sa vie a été embellie d'une infinité de légendes, et le noyau historique

n'est pas facile à démêler parmi toutes ces additions successives.

Privé de bonne heure de ses parents, élevé par son grand-père

et son oncle, le jeune homme, d'une taille avantageuse, doué

de talents, mais sujet à l'épilepsie, entreprit le négoce et entra

en relations avec des Juifs et des nestoriens. Il se maria à l'âge

de vingt-cinq ans avec une riche veuve, nommée Kadidscha,

qui lui apporta une fortune considérable. Il ne se révéla comme

prophète qu'à l'âge de quarante ans (vers 609). L'archange

Gabriel, dont il aurait reçu des visions et des révélations, l'avait chargé, disait-il, de rétablir l'islamisme, c'est-à-dire la soumis- sion à Dieu et le véritable culte d'Abraham. Il prétendait arra-

cher ses compatriotes à l'idolâtrie, les amener à la connaissance

du seul vrai Dieu, réunir en un peuple puissant les races hostiles et divisées de la Péninsule, et se placer lui-même à sa tête avec

les droits d'un chef et d'un prophète envoyé de Dieu. Après

avoir vaincu les premières difficultés, les succès qu'il remporta

parmi ses compatriotes le rendirent plus audacieux : il déclara que sa religion allait supplanter tous les cultes qui avaient existé

jusque-là, paganisme,. judaïsme et christianisme; qu'étant la

dernière et la plus parfaite des révélations divines, elle devait

régner seule par toute la terre. Il voulait être à la fois le Messie des juifs et le Paraclet des chrétiens : aussi rapportait-il à lui-

même divers passages de l'Ancien et du Nouveau Testament, Eabac.,i\i,'i\Jean,x\ ,'i.Ç>\ xiv, 16, et soutenait-il que les juifs

et les chrétiens avaient rayé des saintes Écritures plusieurs

textes qui le concernaient. Sa grande maxime était : « Il n'y a pas d'autre Dieu que Dieu, et Mahomet est son prophète. »

OUVRAGES A CONSULTER ET REMARQUES CRITIQUES SUR LE N° 101.

Les Grecs font dériver le mot Mahomet (de Khammada, loué)

de

iiEfîx),-jTo; et

7iapàx).rj'co;.

11 56 nommait proprement Abul-Kasem-

.i

IIISTOIHE dp: l/ÉGLlSE.

Ibn-Abdallab. On fait venir le nom d'islam de salama = salvum esse, 4= conjugaison, se dévouer (à Dieu). La sure m, v. 183, parle des

prétendues prédictions de la Bible sur Mahomet. Sur les rapports de

î'isl.jm au christianisme, voyez Mœhler, Ges. Sehr., t. I, p. 349; Maier,

riiristl. FJostandtheile des Coran (Freib. Ztschr. f., t. II, 34); Gerock,

Versuch einer Darstellung der Christologie des Koran, Hamb., 1839;

Grosse, Versuch, etc. (même titre), Gotha, 1840.

Doctrine de Mahomet.

d02. Mahomet, dans sa doctrine religieuse, représente l'unité

do Dieu dans toute sa

rigueur : il ne veut ni de la Trinité des

chrétiens ni du polythéisme païen. Dieu, selon lui, est infini-

ment élevé au-dessus du monde; il exalte surtout sa puissance,

qu'il place au-dessus de sou amour, tout en vantant sa miséri-

corde. Fataliste austère, il admet une prédestination ahsolu- ment immuable pour toutes les actions et les destinées des

hommes. Cette doctrine ne connaît point de rédemption, mais bien une révélation de Dieu par les prophètes Abraham, Moïse

et Jésus- Christ, et surtout par Mahomet, le dernier des pro-

pliètes et le plus excellent. Le trône de Dieu est entouré de bons anges, formés de la pure lumière, notamment de l'ange

de la révélation, Gabriel ; de l'ange gardien de la jeunesse, Mi(;bel ; du héraut de la justice, Israfil ; de l'ange protecteur et

de l'ange de la mort. En face des bons anges sont les anges

mauvais, dont l'un, Satan Eblis, séduit les hommes créés de la

poussière, mais ne peut nuire aux fidèles.

Mahomet conserve les dogmes du jugement universel et de

la résurrection ; il fait une peinture grossière du paradis et de l'enfer : les méchants sont condamnés à passer sur un pont

aussi étroit qu'une lame de couteau, et tombent en enfer, où ils

.subissent des peines éternelles, tandis que les bons goûtent en

paradis toutes les voluptés imaginables et sont pourvus do

femmes d'ime ravissante beauté. Mahomet conçoit les âmes

humaiues comme des portions de l'essence divine. 11 méprise et maudit les autres religions, et attaque vivement la divinité

do Jésus-Christ; il le dépeint d'après les récits apocryphes. Le

mahomélisme est un mélange d'éléments persans, judaïques

et chrétiens, une sorte de judaïsme aspirant à frauchir les

limites d'un culte national et à devenir une religion univer-

gello, judaïsme dépouillé de tout caractère typique et fi^ii-

l.LTTKS ET CONTROVERSLS RELIGICISi:?.

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ratif, superficiel et matérialisé par la prédominance d'une

sensualité grossière. Il a emprunté des juifs la circoncision, qu'on devait recevoir à l'âge de treize ans.

103.

Sa morale

Morale de Mahomet.

est bien

inférieure à celle du christia-

nisme ; elle rejette l'amour des ennemis, et veut qu'on haïsse

et extirpe de la terre quiconque n'admet pas le Prophète. Celui

qiii tombe en combattant contre les infidèles, est assuré du

paradis. Mahomet permet la pluralité des femmes : chacun peut

en avoir quatre ; mais le Prophète et ses descendants n'étaient

pas restreints à un nombre déterminé. La femme, dans le

mahométisme, est profondément ravalée. Les devoirs qui in-

combent à chacun ne regardent que les œuvres extérieures, et

sont complètement indépendants des sentiments du cœur.

Parmi ces devoirs on remarque : la prière journalière, qui

s'appelle le chemin de Dieu (chaque croyant doit prier cinq fois

le jour, les yeux tournés vers la Mecque); 2" le jeûne, qui conduit à la maison de Dieu ; 3" l'aumône, qui ouvre la porte

pour aller à Dieu; i" le pèlerinage de la Mecque, qui doit se faire au moins une fois dans la vie; les fréquentes ablu-

tions; la participation à la guerre sainte contre les infidèles; 7" l'abstinence du vin; la sanctification du vendredi, qui fut

substitué au sabbat des juifs et au dimanche des chrétiens,

mais demeura un jour ouvrable.

La religion était mise tout entière au service de la puissance

temporelle ; il n'y avait point de sacerdoce. Mahomet et ses suc-

cesseurs immédiats faisaient eux-mêmes les prières du haut do

la chaire et exhortaient les fidèles. Quand on éprouva le besoin d'établir des remplaçants, les scheicks devinrent prédicateurs;

les khatibs, lecteurs du Coran ; les imams (plus tard) présidèrent aux prières journalières; les muezzins convoquèrent à la

prière; les kany ins (sorte de portiers) surveillèrent la maison de

prière (mosquée) ; les ulémas furent docteurs de la loi, juristes;

les derviches, la plupart malpropres et fanatiques, étaient

des espèces de moines. Le culte demeurait vide et sec; les images et les représentations figuratives étaient en horreur.

Un mois tout entier, le ramadan, était destiné au jeûne, qui

durait depuis le lever du soleil jusqu'à son coucher.

6

HISTOIRE DE l'ÉGLISE.

Succès de Mahomet. Sa mort.

104. Mahomet avait parfaitement saisi les particularités natio-

nales de ses compatriotes, et l'ensemble de sa religion leur seyait à merveille : de là le nombre croissant de ses sectateurs. La

première personne qui crut à sa mission, fut sa femme; vinrent

ensuite son cousin Ali et son beau-père Abu-Bekr, puis d'autres

proches et plusieurs habitants de la Mecque. En revanche,

plusieurs membres de la tribu des Koreischites détestaient le

Prophète et l'obligèrent de quitter la Mecque. La quatorzième année do sa carrière prophétique, le 15 juillet 622 (jour où

commence l'ère mahométane, l'hégire, hedschra), il s'enfuit à

Ilatschreb ou Jatreb, qui se nomma désormais la ville du Pro-

phète (Medinet-al-Nabi, Médina). Favorablement accueilli, il y

commença la guerre contre les Koreischites, pilla leurs cara-

vanes et continua do répandre sa doctrine. Il s'empara même

de la Mecque (029-630), et fit de la Kaaba, après l'avoir purgée

de toutes les images qui s'y trouvaient, le centre de sa nouvelle

rehgion. L'Arabie entière se soumit à sa domination. Il était à

la fois le chef politique et le chef religieux de

double dignité qu'il transmit à ses successeurs (les califes),

dont le gouvernement fut aussi absolu et despotique que le sien. Ils organisèrent une puissance militaire qui n'avait d'autre

but que la conquête. Mahomet ne fut pas témoin du triomphe

définitif de ses projets : il mourut du 7 au 8 juin 632.

son peuple,

Le Coran.

10.*). Déjà pendant sa vie, ses partisans avaient appris de mémoire ou copié ses instructions. Après sa mort, elles furent

recueillies par son beau-père et successeur, le calife Abu-Bekr

(632-031), et reçurent le nom de Coran, recueil {lerjenda}. Elles

furent divisées en lli chapitres (sures), et les chapitres en

versets (ajat). Pour le fond, on les divisait en doctrines de la foi et en doctrines des mœurs (Iman et Din). Elles constituent, à

proprement parler, le début de la littérature arabe; elles ne

manquent point de valeur poétique, mais révèlent une médiocre

connaissance des choses positives, notamment du christianisme, dont la Trinité est conçue comme composée de trois êtres dis-

tincts : le Père, la Mère (le Saint-Esprit) et le Fils. Elles reflètent

LITTES ET CONTROVERSES RELIGIEUSES.

7

le caractère de Mahomet, doué d'une grande audace, d'une ima-

gination ardente et d'une haute opinion de lui-même. Sans être cruel de sa nature, Mahomet foulait aux pieds toute espèce

de droit dès qu'il s'agissait d'exécuter ses plans, ne reculait pas devant l'hypocrisie, et était esclave de l'orgueil et de la

volupté. Les nombreuses contradictions du Coran ont occupé pendant

des siècles les savants de son parti, et sont devenues une pépi-

nière de sectes, malgré ce principe qu'il ne fallait pas tolérer

deux religions dans un État, et nonobstant la puissance de jour

en jour plus formidable des califes. Après la mort de Mahomet,

plusieurs tribus arabes désertèrent l'islamisme; mais cette apostasie fut proraptement vengée, et plusieurs combats victo-

rieux les ramenèrent de force à l'obéissance envers le Prophète. C'est à partir de là, sous Omar, que commencent les conquêtes

à l'étranger (63 i). En présence d'une puissance militaire si étendue, les mahométans de l'intérieur, privés de cohésion, ne purent exercer qu'une faible influence sur la marche des évé-

nements.

Sectes de l'islaraisme.

106. Malgré toute la conformité de la doctrine de Mahomet avec le génie national et la civilisation du peuple arabe, il y

avait plusieurs questions qui divisaient les esprits dans les

limites de ce système défectueux de religion, d'autant plus que

le Coran fourmillait de contradictions. Ainsi, il y avait désac-

cord sur les successeurs de Mahomet dans le califat, sur la

valeur de la tradition, .sur la prédestination divine de tous les événements, sur les fins dernières, -etc. Plusieurs considé-

raient Ali, le cousin de Mahomet, comme le premier saint après le Prophète, bien qu'il ne fût que son quatrième successeur

(65,^-661), et ils ne pardonnaient point le meurtre commis sur

sa personne (661). Ses partisans (les alites), qui le prenaient

pour le vrai calife (imam, dans l'ancienne acception), étaient

schiites, c'est-à-dire adversaires de la tradition (sonna, règle;

sunnah, doctrine traditionnelle), comme sont aujourd'hui les

Perses. Les sunnites, au contraire (comme les Turcs de nos

jours), maintinrent la forme de la tradition telle qu'elle avait

été établie deux cents ans après la mort du Prophète et telle

qu'elle subsiste aujourd'hui. Un autre parti rejetait toutes les

8

HISTOIhJ: DE LECLISE.

preuves rationnelles dans les questions religieuses. Ces deux sectes étaient en même temps des factions politiques. Les schiites se divisèrent en ultraschiites et en schiites modérés. Les sunnites

se partagèrent en Imnyfites (rationalistes), en malécites (tradi-

tionnalistes exagérés), en schafeites (partisans de la doctrine

héréditaire et de la pieuse tradition islamite), et en hanbalites,

qui croyaient que le Coran était incréé.

Plusieurs d'entre eux enseignaient que le Coran existait dès l'origine, déposé dans le septième ciel et gardé par un auge,

sur une table d'une blancheur éblouissante, aussi longue que la

distance qui sépare le ciel de la terre, et aussi large que l'espace

qui s'étend de l'orient à l'occident.

De temps en temps, sur

l'ordre de Dieu, l'ange Gabriel en aurait chanté quelques frag-

ments au prophète. Ces quatre sectes sunnites passaient en-

core pour orthodoxes. A côté d'elles, il y en avait une multi-

tude d'autres qui s'éloignaient totalement de la doctrine du

maître.

OUVRAGES A CONSULTER SUU LES N"" 10Ö ET 106.

Weil, Hist. krit. Eiiileit. in deu Koran, Bielefeld, 1844; Geiger, Was

hat Muh. aus dem Judenlh. aufgenommen? Bonn, 1833. Autres ou- vrages sur le § 100.

107. Dans ce nombre plusieurs étaient rationalistes, tels que

l°les kadris ou kadarites, qui niaient l'immutabilité du conseil

de Dieu (kadr) en ce qui concerne l'incrédulité et le péché, et re- levaient le libre arbitre; les motasilites (apostats, séparatistes),

([ui se nommaient eux-mêmes les confesseurs de la justice et

de l'unité : cette secte n'était qu'une extension de la précédente

et se morcela bientôt en vingt partis; les « frères de la pureté »

(ichwan assafa), corruption de la dernière secte et composés de savants en quête de popularité. D'autres étaient d'une orthodoxie outrée, tels que les

dschabarites, suivant lesquels l'homme fait tout par contrainte

(dschabar), en vertu d'une prédestination divine (par oppo-

sition aux kadris). Cette secte offre aussi de nombreuses

nuances.

On a comparé les kadris aux pélagiens, les dschabarites mi- tigés auxserai-pélagiens, et les dschabarites rigoureux aux pré-

destinatiens. A l'encontre des motasiUtes, enseignant que Dieu

lATTES ET CONTROVERSES RELIGIEUSES.

9

n'a aucune propriété, les moschabithes ou séfatites lui attri-

buaient des propriétés analogues à celles de l'homme. Ils se

partageaient aussi en rigoristes et en modérés : les premiers

étaient proprement anthropomorphites ; les seconds défendaient

simplement les attributs divins. On rangeait parmi les anti-

schiites : a. les kharedschites (apostats), qui se séparèrent d'Ali

à cause d'un jugement qu'il avait rendu en opposition avec le

Coran : ils croyaient que tout homme peut être admis dans

le califat , et les disciples de Schebib n'en excluaient pas même les femmes; h. les rawendites, suivant lesquels l'esprit divin qui avait habité dans Mahomet pouvait se transmettre à

d'autres; c. les mordschites, qui préféraient les sentiments aux

actions, croyaient que la violation de la loi ne pouvait nuire à

ceux qui avaient la foi, et que Dieu différait la punition des péchés jusqu'au jour de la résurrection; d. les waidites, aux

yeux desquels tout péché mortel est une apostasie et encourt les

peines de l'enfer. On comptait dix-neufsectes parmi les schiites.

Chez les modérés, qui tenaient Ali pour le calife légitime,

mais n'entendaient point le diviniser, on trouvait les imamites,

les séïdites,

les caïsanites, divisés entre eux sur le droit de

succession au califat. Les ultraschiites (ghulat) divinisaient les

califes, ravalaient Dieu au niveau de l'homme, enseignaient la

transmigration des âmes et la présence corporelle de Dieu en

tout lieu. Les ssabaïtes attendaient le retour d'Ali, dont ils

faisaient une divinité; les khatabittes comprenaient environ

cinquante sous-divisions et étaient anthropomorphites; les

dschemachites expliquaient le Coran dans le sens allégorique, niaient la résurrection et soutenaient que l'esprit de Dieu avait passé d'Ali dans Dhuldschman. Les ghorabites enseignaient

qu'Ali avait été l'égal de Mahomet, de la même manière qu'un

corbeau ressemble à un corbeau, d'où vient que l'archange

Gabriel les avait confondus entre eux. Les ismaélites ou kar-

mates, partisans du plus grossier matérialisme, méprisaient

toute autorité divine et toute révélation ; c'est d'eux que sor- tirent les Druses et les Assassines. Les sufis étaient panthéistes

et quiétistes. On le voit, l'islamisme reproduit dans ses sectes

diverses presque toutes les tendances d'opinions qu'on remarque dans les hérésies chrétiennes.

\()

HISTOIRE DE l'ÉGLISE.

OUVRAGES A CONSULTER SUR LE 107.

Dœlliiiger, Muh. Rel., p. 79; Hist. pol. BL, 1847, t. XIX, p. 497-312;

Hiickgaber, loc. cit., II, p. 436.

Moyens de propagande de l'islamisme.

108. Les moyens qui servirent à la propagation do Tisla-

misme furent le fer et le feu, non l'instruction et la persuasion. Dans le début, le Coran était le seul livre dont se servaient les

Arabes. Cène fut que plus tard, principalement sous la dynastie

des Abbassides, qu'ils cultivèrent les lettres, construisirent des écoles, traduisirent en arabe les écrits des philosophes, des

mathématiciens et des médecins persans, syriens et grecs. Ce fut aussi à partir de ce temps que le doute, l'amour des nou-

veautés, l'esprit de secte, commencèrent à se répandre. Plus tard, à dater du neuvième siècle, les savants s'éprirent encore

davantage de la culture grecque, et sortirent de l'isolement

leur peuple se tenait renfermé. Dés le huitième siècle, les théologiens grecs s'occupèrent

de la réfutation du Coran, mais sans succès important. On vit

bientôt des chrétiens grecs passer dans le camp des Sarrasins

(renégats). Quand l'empire romain d'Orient vivait en paix avec

les califes, les Arabes étaient en grandes relations commerciales

avec Constantinop