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N°1

L’écho des Amériques MARS


2009
Regards lycéens
lycéens sur les faits économiques et sociaux
Lycées français de Bogota, Mexico, Managua, San Salvador

Editorial

L’écho des Amériques est un


nouveau journal lycéen thématique
centré sur les problématiques
économiques et sociales. Encadrés
par des enseignants dans différents
lycées français du continent
américain, les rédacteurs tenteront
trois fois par an de réfléchir à des
thèmes qui leur permettront de croiser
leur regard et d’échanger. Pour son
premier numéro, les élèves du Lycée
Franco-Mexicain de Mexico, du Lycée
Franco-Nicaraguayen de Managua et
du Lycée Français de San Salvador
ont choisi d’évoquer les phénomènes
migratoires. Ils ont à travers des
lectures et des entretiens, élaboré des
articles très divers qui vous
permettront , nous l’espérons, de
mieux cerner le phénomène. Il ne
s’agit bien entendu pas de traiter le
sujet dans sa globalité mais d’offrir
une analyse variée en fonction des
rencontres effectuées par nos jeunes
journalistes. Ils vous proposeront
d’autre part un portrait de journaliste
par numéro.
Le comité de rédaction tient à

Regards croisés
remercier tout particulièrement le
journal électronique « EL FARO » qui
l’a autorisé à reproduire de
nombreuses photos dans ce numéro.

sur la migration Il vous invite d’ailleurs à vous diriger


vers sa page web consacrée au
thème de la migration.
Le comité de rédaction invite enfin les
autres lycées du continent à le
rejoindre afin de diversifier toujours
plus les regards !

Bonne lecture à tous !

Comité de rédaction :Lycée Français de San Salvador : Cristina Kuri, Pamela Favre,
Michelle Favre, Andrea Mejia, Javier Orellana, Gabriela Ramirez, Pamela Ramirez
Professeurs coordinateurs : Pierre Patinec, Vincent Fiorello
Lycée Franco-Mexicain : Maria José Rocha, Eric Martinez, Karen Paloma Sanchez,
Margaux Van Wetswinkel, Stéphanie Garcia, Désirée Cousin Professeurs coordinateurs :
Françoise Perrudin, Sylvie Guetienne, Philippe Herry
Lycée Franco-Nicaraguayen : Luciana Tellez Chavez, Daniel Zavala Porras Professeur
coordinateur : Thierry Maire
Directeur de publication : Pierre Patinec (Lycée Français du Salvador)
Courriel : echodesameriques@yahoo.fr
N° N°1 Mars 2009
L’écho des Amériques

La face cachée de l’immigration choisie


D’après le Rapport 2008 sur l’état de la migration 4. US bureau of Labor Statistics
1
dans le monde , il existe à l’heure actuelle plus de
200 millions de personnes en état migratoire. Et
toujours dans le même rapport, il est estimé que Tolérance ou délocalisations?
pendant les quatre prochaines décennies il y aura
suffisamment de travailleurs migrants du monde Bien que les États-Unis profitent des migrants,
en développement pour satisfaire les besoins en notamment grâce aux centaines de chercheurs
main d’œuvre des pays développés. Or, si l’on qualifiés, les contrôles de surveillance à la
observe les politiques migratoires de ces pays, frontière du Mexique sont extrêmement agressifs.
depuis au moins les vingt dernières années on Parallèlement à la vague de délocalisations, qui
assiste à une sélectivité dans l’immigration, basée dirige les entreprises au Mexique, pour profiter
sur des principes en apparence économiques: des bas salaires mexicains, les services de
c’est ce que politiciens et sociologues appellent contrôle et la population, souvent issue des
« immigration choisie ». Ce choix des classes moyennes blanches, se chargent de tirer
gouvernements, à accepter ou refuser l’entrée à sur tout immigrant illégal qui prend le risque de
tel ou tel groupe particulier, est devenu un des traverser la frontière sud. Pourtant les travailleurs
grands débats de société, tant en Europe qu’aux qui réussissent le passage, peu ou non qualifiés
États-Unis : quels sont les manifestations et les et évidemment sans ressources, deviennent alors
fondements de l’immigration choisie ? 4
le soutien de l’économie : ce sont les ouvriers
dans les grandes usines, les employés de
La fuite des cerveaux : refuser au Tiers-Monde l’hôtellerie et du tourisme, les petits agriculteurs ;
le droit au développement enfin, ceux qui occupent les places à
rémunération minimale et aux mauvaises
conditions de travail.
Selon une interview de 2006 réalisée par le
2
Journal Marianne à l’ex-Président de la
Commission de l’Union Africaine, Alpha Oumar, Mais ce n’est pas seulement le cas des USA. Au
« Chaque année, plus de 25000 diplômés, dans Royaume-Uni une situation semblable se produit,
tous les domaines, quittent l’Afrique. » L’exemple surtout avec les travailleurs des anciennes
de l’Afrique, un continent très touché par la fuite colonies anglaises (Asie majoritairement).L’entrée
des cerveaux, (de l’anglais brain drain), est assez est très limitée, et certaines protestations contre
représentatif de ce phénomène qui consiste à les étrangers, notamment d’Europe de l’Est,
attirer vers un pays développé des travailleurs circulant librement grâce à l’espace Schengen, se
hautement qualifiés (recherche, industrie de multiplient. Simultanément, nombre de firmes
pointe) ou des étudiants méritoires, de nations où américaines et anglaises se délocalisent, pour
les options professionnelles sont moindres. Cela s’implanter dans ces pays à l’économie de
permet d’augmenter le rayonnement scientifique marché récente et à la main d’œuvre sous-payée.
ou culturel du pays d’accueil. Ces « fuites de Un autre cas, l’Espagne, où de nombreux
cerveaux » peuvent avoir des effets dévastateurs travailleurs irréguliers sont attaqués et répudiés
dans bien des pays, comme c’est le cas de par des partis politiques et des ligues
l’Afrique, où, faute de possibilités économiques ou xénophobes.
académiques, ses États perdent la minorité de Avec l’instabilité politique qui resurgit dans les
jeunes éduqués, qui partent vers des territoires DOM-TOM et la crise économique qui
plus « attrayants » en termes d’options. Ces l’accompagne, la France se trouve dans une
derniers sont alors énormément favorisés quant à situation de redéfinition de la question
la recherche et l’industrie, tant dans le public que postcoloniale et migratoire. À presque deux ans
dans le privé : c’est ce qui explique que 30% des du gouvernement de Nicolas Sarkozy, dont un
doctorants aux USA soient des étudiants des slogans de campagne était l’immigration
internationaux.
3 choisie, il est important de clarifier le sens du
terme. Peut-être que l’on aura plus de réponses
lors de la visite du président au Lycée Franco-
1. International Organization for Mexicain, le 9 mars prochain…
Migration
2. Marianne, 25 avril-5 mai 2006 Eric Martinez Tomasini 1
ère
S3 Lycée Franco-
3. US Doctorates in the 20th Century, Mexicain
National Science Foundation

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N°1 Mars 2009
L’écho des Amériques

El Salvador : Une politique migratoire évolutive


Historiquement, la position du financier et économique. Il s’agit notamment
gouvernement en matière de d’inciter les salvadoriens à investir dans leur
pays d’origine. Dans un même temps, le rôle
politique migratoire a eu tendance diplomatique des consulats évolue, et
à s’adapter aux variations du présente alors, progressivement, une
volume de migrants. fonction plus sociale, plus humanitaire.
Cette réorientation suit l´exemple mexicain :
les autorités offrent des formations
La position du gouvernement salvadorien spécialisées et plus adaptées aux besoins
sur la question des politiques migratoires a des migrants.
évolué en fonction de la variation des flux
migratoires. En fait, les flux migratoires se Avec l´administration du président Antonio
sont accrus, notamment à partir des années Saca (depuis 2004) l´action du
1980. La crise économique des années gouvernement précédent s´institutionnalise
er
1970 et le conflit armé des années 1980 ont d´autant plus. Le 1 Juin 2004 est créé le
eu une forte incidence sur les raisons qui Vice Ministère des Relations Extérieures
incitent les salvadoriens à migrer vers les pour les salvadoriens à l´extérieur. Il
USA. Il s’agissait alors, à n’en pas douter cherche à défendre les droits des
d’obtenir des revenus plus importants, mais salvadoriens vivant à l’étranger et à
aussi d’améliorer ses conditions de vie en développer les opportunités de renforcer
échappant enfin à la violence. leurs liens avec leur pays d’origine. Il centre
son action sur le respect des droits des
Dans les années 1980, la politique migrants et l´assistance légale. De
migratoire n’a pas été une préoccupation nombreux migrants sont en effet victimes
prioritaire des dirigeants en raison du conflit d’agression et la police leur fait parfois subir
armé. Plus tard, au début des années 1990, de très fortes pressions. Le programme vise
avant l’installation de l´administration Flores, d’autre part à favoriser la stabilité familiale et
le gouvernement avait une politique la réunification familiale tout en offrant une
migratoire très conjoncturelle. Les migrants assistance sociale et humanitaire. La
salvadoriens bénéficièrent ainsi d´un dimension économique du projet est enfin
Temporary Protected Status ou d´un statut renforcée car le pays cherche à profiter des
de protection temporaire (TPS). Le premier salvadoriens résidant à l’étranger pour
TPS avait une validité de 2 ans. Le consolider son économie et développer son
deuxième TPS sera institué après les potentiel productif.
tremblements de terre de janvier et février
2001 : c’est en effet à cette occasion que le La conscience que toute décision prise à El
gouvernement salvadorien demande au Salvador a un impact considérable sur les
gouvernement des Etats-Unis un nouveau conditions de vie des salvadoriens à
TPS, obtenant ainsi une sorte de l´extérieur est nécessaire. Le Vice minist²ère
prorogation du premier. des relations extérieures pour les
salvadoriens à l´extérieur essaye de faire
comprendre aux autres ministères que la
Le président Francisco Flores (1999-2004), question migratoire les concerne aussi. Ceci
en créant la Direction générale pour est, d´après le Vice ministère essentiel pour
l´attention aux communautés extérieures comprendre l´enjeu migratoire.
(DGACE) engage une politique migratoire
affirmée. Du coup, la façon de percevoir Gabriela Ramirez TES Lycée Français du
l´enjeu migratoire se transforme Salvador
institutionnellement. La DGACE est une
unité spécialisée du Ministère des Relations
Extérieures dont l’objectif principal est de
renforcer les liens avec les concitoyens
résidant hors du pays. Elle a pour but de les
associer au processus de développement
national dans les domaines culturel, social,

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N°1 Mars 2009
L’écho des Amériques

Le Mexique : zone d’immigration.


Actuellement, l’immigration représente trop souvent, perçus comme des responsables.
un problème d’échelle mondiale. Sur ce
sujet, le Mexique est un pays qui a subi les Karen Paloma Sánchez 1S3 Lycée Franco-
effets de l’immigration très tôt et dont les Mexicain
réformes migratoires ont été vite
dépassées.

L’origine de l’immigration au Mexique


est liée à l’histoire du pays.
Le Mexique est donc un pays multiethnique
avec les indiens, les européens mais aussi
avec les esclaves qu’ils ont amenés.

Le Mexique a aussi joué un rôle de refuge


pour ceux qui échappaient aux horreurs de
divers conflits politiques nés dans leurs
pays d’origine.

La situation actuelle du Mexique est


aujourd’hui bien différente. Même si
l’immigration européenne est encore
présente, l’immigration prédominante est
celle des pays voisins et elle est
majoritairement illégale. D’autre part, les
buts sont différents: les immigrants sont à
la recherche d’une amélioration de leur Des guatémaltèques traversant la
niveau de vie. Ils utilisent le pays comme frontière vers le Mexique
une voie pour arriver aux États Unis et ainsi
atteindre leur « rêve américain ».

Même si de nombreuses réformes


migratoires sont en cours pour aider les
immigrants, les mauvais traitements
auxquels ils sont soumis sont en train
d’augmenter. Quelle est l’explication de ce
phénomène? D’après une enquête réalisée
par IPSOS-BIMSA sur des citoyens
mexicains et américains, ce sont les
premiers qui se montrent les moins
enthousiastes à accepter les immigrants
provenant du sud.

L’attitude des mexicains est donc peut-


être une sorte d’imitation de l’attitude des
États-Unis. C’est pourquoi le gouvernement
mexicain est face au défi d’établir des
réformes répondant à la situation actuelle
des immigrants. Il doit rappeler
l’enrichissement culturel et le soutien
économique que les immigrants apportent
au pays.
Un défi qui est amplifié en période de Photo: El Faro www.elfaro.net
crise car les messages sont peu entendus
et les étrangers sont malheureusement,

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N°1 Mars 2009
L’écho des Amériques

Hispaniola : un concentré des problèmes


migratoires
1 million d’haïtiens vivant en République
République Dominicaine, Haïti, deux pays et en Dominicaine actuellement. A travers l’immigration,
même temps deux mondes opposés réunis sur les haïtiens cherchent un emploi et une sécurité
une même ile: Hispaniola. Ce morceau de terre qu’ils ne peuvent trouver dans leur pays.
présente le problème de l’immigration à une Cependant cela aboutit à des excès de la part de
échelle réduite. Quelles sont les raisons de la République Dominicaine qui profite de l‘illégalité
l’immigration haïtienne? En quoi ces pays illustrent des immigrants pour les surexploiter (15 heures de
bien le problème de l’immigration? Quels sont les travail par jour = 1 tonne de canne = 1 euro en
enjeux de cette immigration ? Voila quelques ticket de rationnement) tout en maximisant leurs
questions qu’on peut se poser vis-à-vis de l’ile profits et en donnant l’image d’un pays compétitif
d’Hispaniola. mais qui en réalité n’offre même pas de droit
d’éducation et de santé aux individus qui
permettent sa croissance. Ces abus ont été
Située dans la mer des caraïbes, Hispaniola est
dénoncés par de nombreuses institutions
occupée à deux tiers par la République
internationales telles que l’Organisation
Dominicaine, qui regroupe environ 8 442 533
Internationale du Travail. De plus, les haitiens sont
personnes. L’autre tiers c’est Haïti. Un des pays
victimes de marginalisation et de ségrégation. Ils
les plus pauvres de la planète.
ne font donc que passer de la pauvreté à
l’esclavage. Le fait que l’immigration haïtienne
La République Dominicaine a connu la dictature, continue permet de se faire une idée de l’état dans
avec Rafael Leónidas Trujillo Molina. Cela ne lequel vivent les haïtiens dans leur pays. Ils
s’est achevé qu’en 1961 avec la mort du dictateur, préfèrent être des esclaves sans droits que de
commémorée par ‘’la Fiesta del chivo’’. rester à Haïti.
Actuellement c’est Leonel Fernandez, membre du
parti de centre droit PLD, qui dirige cette nation.
Si on compare cette situation avec
L’économie de celle-ci dépend majoritairement du
l’immigration qui a lieu entre le Mexique et les
tourisme et de l’agriculture ainsi que des envois
Etats-Unis, on se rend compte que l’ile de
d’argent de l’étranger (soit 1,5 milliards de dollars
l’Hispaniola n’est qu’une représentation à petite
en 2000).
échelle du problème des inégalités et de
l’immigration. Ceci permet de dire que
Haïti, ancienne colonie française, est aujourd’hui l’immigration où qu’elle se trouve, est liée aux
dirigée par René Préval. Il s’agit du pays le plus mêmes raisons et que le rêve qu’il soit américain
pauvre de l’Amérique (70% de la population vit européen ou dominicain ne reste qu’un rêve.
dans la pauvreté). L’économie du pays se base Même en se procurant une vie meilleure, on finit
encore aujourd’hui sur l’agriculture. Cette par vivre dans l’obscurité, le mépris des autres,
économie est freinée par des phénomènes tels l’esclavage, le manque de droits fondamentaux.
que le ‘’brain drain’’ Beaucoup de ceux qui
pourraient faire avancer le pays ne pensent qu’à
migrer car ils ne trouvent aucune opportunité sur
leur terre.
Désirée Cousin Tes 1 Lycée Franco-Mexicain

Ces deux pays sont bien opposés, l’un intégré à la


mondialisation par des envois d’argent et des flux
de personnes, l’autre vivant dans l’extrême
pauvreté avec des habitants rêvant de se procurer
une meilleure vie. Cela permet de comprendre la
migration entre Haïti et la République
Dominicaine. Il s’agit en fait du ‘’rêve dominicain’’
si on ose dire.

L’immigration haïtienne date du début du


XX siècle, lorsque la production croissante de
sucre a permis aux haïtiens d’obtenir des emplois
dans l’agriculture. Peu à peu l’immigration s’est
diversifiée grâce au développement du tourisme
ainsi que d’autres secteurs. On compte a peu près

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N°1 Mars 2009
L’écho des Amériques

L’Arkansas, nouvelle terre promise?


à présent, plus de 6 000. Les élèves viennent
même du Texas et de Californie.

Springdale a par exemple connu une hausse de


35% de sa population latine, mais elle est de loin
la ville la moins touchée. La ville de Rogers a vu
sa population latine passer de 5 000 habitants à
15 000, au point de représenter environ un tiers de
la population totale. Le comté de Benton a connu
une croissance de 100.1% en 5 ans, et celui de
Washington a connu une croissance de 86%.
Ces résultats sont d’autant plus logiques que
Tyson Foods emploie 22 000 personnes en
De 2000 à 2005, l’Arkansas est l’Etat Arkansas. Sur ces 22 000 employés, 8 000
américain qui a connu le plus fort taux travaillent dans les comtés de Washington et de
de croissance de la population Benton, et à peu près un tiers d’entre eux est
hispanique des Etats Unis. Etrange d’origine hispanique.
pour un état au passé raciste où les Pilgrim’s Pride est une autre entreprise qui travaille
dans l’industrie avicole. 50% des employés sont
“Rednecks” et le “Ku Klux Klan” ont des immigrants, et une large majorité sont
bien souvent défrayé la chronique. d’origine hispanique. Dans les entreprises de la
Cependant, bien qu’elle se soit accrue région, les salaires varient en moyenne entre 10 $
de 48% en 5 ans, la population de l’heure pour les personnes qui travaillent dans
hispanique de l’Etat ne représentait en la production à 13-15 $ de l’heure pour les
personnes qui travaillent dans l’entretien de
2005 que 1,9% de la population totale. l’entreprise.
Jusqu’il y a environ 3 ou 4 ans, ces entreprises
En 5 ans, plusieurs comtés du Nord-Est de
étaient la principale source de travail dans la zone,
l’Arkansas ont vu doubler le nombre de latinos.
mais des nombreux contrôles migratoires ont
Dans ces comtés, la culture hispanique a émergé :
rendu ces emplois de moins en moins attractifs
fêtes, restaurants, coutumes, etc. modifiant
pour les immigrants illégaux. Ils se sont alors
progressivement l’identité de ces villes. Les
dirigés vers les emplois dans le secteur de la
Latinos arrivent dans le Nord-Est de l’Arkansas en
construction et des services.
quête d’une meilleure vie et du fameux rêve
Contrairement à une idée reçue, l’adaptation des
américain, souvent dans l’illégalité (51% des
immigrants latino-américains a été rapide. La
immigrants de l’Arkansas en 2005)
population locale (principalement WASP, White
Anglo-Saxon Protestant) semble apprécier ces
Capitale mondiale du poulet nouveaux habitants. Le maire de la ville de Rogers
a affirmé récemment « Les gens qui arrivent ici ont
La zone offre beaucoup d’emplois dans bon cœur, sont de bons travailleurs et formulent le
l’agriculture, dans la construction, mais surtout même rêve que celui de mes ancêtres, améliorer
dans l’industrie de la production de poulet et de leur sort et celui de leur famille ». Des blogs
viande. En effet, à Springdale, un des comtés du racistes ont cependant vu le jour et ce phénomène
Nord-est de l’Arkansas, on trouve le siège principal migratoire récent n’est pas du gout de tous.
de Tyson Foods, premier exportateur de bœuf
américain. La ville est même connue comme la Reste donc à savoir si la crise économique à
“Capitale Mondiale du Poulet”. laquelle le monde fait face à présent n’affectera
pas les bonnes relations entre les communautés.
Le flux constant d’immigrants, Le chômage progresse très rapidement et les
principalement dans les villes du Nord-est a incité américains sont de plus en plus disposés à
les autorités à mettre en place des politiques travailler dans des secteurs jusqu’alors dénigrés.
adaptées aux nouveaux habitants, qui souvent ne Les hispaniques pourraient de ce fait se retrouver
parlent pas l’anglais. On a ainsi créé des écoles en concurrence avec des travailleurs qu’ils
dédiées exclusivement à l’accueil des immigrants n’avaient jusqu’à présent côtoyés.
afin de favoriser l’apprentissage de la langue et de Andrea Mejia TS Lycée Français de San
la culture. En 1990, il y avait 86 élèves d’origine Salvador
hispanique dans les écoles de Springdal. Il y en a

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N° N°1 Mars 2009
L’écho des Amériques

El Salvador : Le “boom” migratoire des années


1980
Il y a 30 ans débutait la guerre tandis que San Salvador, Sonsonate et La
civile à El Salvador. Dès 1980, une Libertad (à l’Ouest) constituent les
principaux départements
artements d’accueil de ceux
majorité de Salvadoriens choisit qui fuient le climat de guerre.
de migrer pour échapper au conflit
armé qui oppose l’armée nationale Les Etats-Unis,
Unis, le Canada et l’Australie sont
à une guérilla de gauche. Cet alors les destinations extérieures préférées
évènement vient renforcer un des Salvadoriens qui abandonnent leur
patrie à la recherche de paix et de nouvelles
mouvement migratoire déjà opportunités. En effet, fet, les Etats-Unis
Etats
significatif. adoucissent leur politique migratoire en
ouvrant grandes leurs portes aux réfugiés
Bien avant nt le conflit, la misère et les de guerre qui réclament l’asile politique. A
politiques agraires poussaient certains à cette époque, les Etats-Unis
Unis vont accueillir
rechercher ailleurs des conditions de vie 50% des Salvadoriens qui y résident
plus dignes. actuellement. (voir article sur le TPS)
TPS
Dès la mise en place de la première
constitution de la République Salvadorienne La guerre pousse les parents
en 1824, le gouvernement salvadorien va (principalement de la zone rurale de El
s’inspirer
irer du modèle de développement des Salvador) à avoir recours à tous les moyens,
Etats-Unis.
Unis. Cependant le déséquilibre dans légaux et illégaux, pour aider leurs enfants à
la répartition des richesses s’accentue quitter le territoire en crise. Il s’agit surtout
rapidement. Le rejet de la politique des garçons que la guérilla et l’armée
Américaine, et l’injustice sociale très tentent d’enrôler, souvent de force. Les
fortement ressentie (une minorité de années 1980 constituent de fait une période
salvadoriens détient alors, à elle seule, la particulièrement instable et critique pour El
presque totalité des terres cultivables) Salvador, pendant laquelle se développe un
étaient déjà des causes de départs du nouveau type d’émigration : l’émigration
territoire Salvadorien. En effet, les forcée, contrainte par la guerre.
populations indigènes et paysannes se La fin de la guerre en 1992 ne mettra pas
trouvaient fréquemment soumises à des pour autant un terme au flux migratoire.
conditions de précarité économique du fait
f
de la privatisation des moyens de
production. Ainsi, durant les années 1950 et
1960, le flux de salvadoriens migrants vers
le Honduras n’a cessé d’augmenter suite au
développement de la culture du coton.
Chassés de leur terre les familles de
paysans rejoignent
joignent les plantations de
bananes du pays voisin.

Avec la guerre, l’émigration explose

La guerre civile va durer 12 ans (1980-1992)


(1980
et va avoir des conséquences majeures sur
les flux migratoires. Des centaines de
milliers de salvadoriens vont rapidement
tenter de fuir le pays. Les départements
présentant les taux d’émigration les plus
élevés sont ceux les plus touchés par le
conflit (Chalatenango au Nord du pays, et Cristina Kuri TES Lycée Français du
les départements de l’Est tels San Vicente, Salvador
Usulután, Morazán, Cabañas et Cuscatlán) ;

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L’écho des Amériques

Luis MIRANDA : Les Etats–Unis


Unis ou un rêve au
goût amer
Migrer illégalement aux Etats-Unis
Etats Unis est le sort quotidien de nombreux salvadoriens. Le
voyage est long, risqué et souvent coûteux. Luis Miranda, est parti cinq fois à la
conquête de son rêve américain entre 1997 et 2006. Son dernier voyage lui a laissé un
goût amer.
Les lunettes de soleil masquent un visage compagnons d’infortune : « Là bas, nous étions
rayonnant et aujourd’hui apaisé. Luis Miranda (46 moins considérés que des cafards ». Les
ans) n’a pas toujours affiché ce bien être durant conditions de travail sont évidemment très difficiles
ses voyages et séjours illégaux aux Etats-Unis.
Etats en particulier dans l’usine de découpe de poulets
Fuyant une situation économique
économiqu précaire, Il (pièces fermées, absence de protection sociale,
effectue son premier voyage accompagné de son durée du travail, rémunération inférieure à la
cousin en 1993. Ils cherchent alors à rejoindre son moyenne…)
frère, chef dans un restaurant latino et installé Malgré ces difficultés, Luis précise qu’il gagnait 15
légalement aux Etats-Unis Unis dans la région de New fois plus qu’au Salvador. Il parvenait à transférer
York. Le premier voyage par voie terrestre dure
d 16 près de 60% de ses revenus à sa famille (ce qui lui
jours depuis San Salvador et se déroule sans a permis de construire une maison à San
véritable problème. Le passage de la frontière Salvador). Il partageait un appartement de 2
américaine est évidemment le moment le plus long pièces avecc trois autres centroaméricains. La vie
et le plus risqué. Il faut parfois attendre des jours d’illégal était cependant angoissante car il craignait
avant de bénéficier d’une opportunité. Son à tout moment d’être pris par la police. C’est
premier séjour
jour en Amérique du nord va durer 1 an justement ce qui lui arrive en 2006.
et 4 mois. Il travaille alors dans un restaurant latino Il travaille alors 9 h par jour depuis 7 mois dans un
et gagne environ 2000 dollars par mois en restaurant lorsqu’il estt contrôlé en pleine rue par la
travaillant près de 10 heures par jour. Il retournera police migratoire, arrêté et emprisonné (48 jours à
au Salvador par avion à trois reprises fuyant le New-York
York et 45 jours à San Antonio).
climat froid et désireux de retrouver sa famille. Il est finalement renvoyé au Salvador et il lui est
ème
Lors de son 5 et dernier voyage, il décide de interdit de retourner aux Etats-Unis
Etats durant 10 ans.
partir avec un « coyote » et le paye 5000 $. Il part Luis Miranda n’a aucune intention
intenti de renouveler
avec 26 personnes et Luis considère cette l’expérience et conseille d’ailleurs vivement à ceux
traversée comme la pire de toutes : qui pensent entamer le voyage, pour faire face à la
« Je me rappelle des longues journées sous sou le crise, de ne pas partir.
soleil ardent, la soif, la faim, les animaux surtout
les serpents et les centaines de cadavres qu’on a
vus tout au long du voyage ». Son parcours dans
le désert est douloureux, il y reste 3 jours et subit
des traitements inhumains de la part du « coyote »
et de la « migración » qui les guette jour et nuit.
Finalement, il réussit à rejoindre les USA et
travaille de nouveau dans un restaurant latino.
La discrimination des américains envers les latinos
et le racisme géneral envers les « autres
américains » l’oblige à s’isoler dans son « barrio ».
Il n’adoptera jamais les coutumes de son
« nouveau pays » de résidence et se contentera
de son « ingles callejero ». Luis Miranda évoque
avec amertume le sort partagé avec ses

« Là bas, nous étions


moins considérés que
des cafards »

vre et Pamela Ramirez Seconde


Michelle Favre S Lycée Français du Salvador

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L’écho des Amériques

Cholos : un destin entre pepsi et nopal

« Mon spanglish, mon pantalon trop


grand, cette grande veste que je ne
quitte jamais et mon chapeau italien me
définissent. Je ne suis ni américain ni
mexicain. Je suis un pachuco. Ma vie
est une contradiction permanente. Je
refuse d’appartenir a un endroit.
endro Je
veux « l’american way of life» , avec le
« nopal power ». Je suis en crise ! Crise
d’identité. »

C’est le cri des immigrés. Celui des


années 40 mais aussi celui des
générations actuelles coincées entre deux
cultures fortes qui pourtant ne les
absorbent pas totalement.

Nos ancêtres les pachucos

Avec nostalgie, on se remémore


aujourd‘hui les pachucos, mais il ne s’agit
plus que d’un style vestimentaire original. .
Ils restent cependant les ancêtres des
cholos, ces mexicain des Etats-Unis,
Etats
provenant d’un milieu pauvre qui ont
tendance à s’unir avec d’autres jeunes
ayant les même origines qu’eux. Avec une
identité très forte, ils manifestent leur
situation tel Tin Tan il y a un demi-siècle.
demi

Germán Valdés Tin Tan, acteur


mexicain de cinéma, eu beaucoup
beauco de
succès surtout au sein des jeunes pendant
les années quarante. En effet, c’est lors
d’une visite a Ciudad Juarez qu’il
rencontra de jeunes pachucos et qu’il se
lia tellement d’amitié avec eux qu’il
adopta leur style vestimentaire et leur
idéologie jusqu’ à devenir lui-même
lui un
symbole de cette contre culture.(photo ci-
ci Voici venu le temps des cholos.
contre)

Le Cholo est l’évolution du


Les pachucos imposèrent une Pachuco .Il s’agit d’une « tribu urbaine »
mode mais aussi un langage, le constituée par des immigrants mexicains
« spanglish » qui est aussi appelé de classe sociale basse aux Etats Unis.
« pachuquismo », une forme d’argot qui Ce mouvement surgit comme une marque
fusionne des mots et des phrases de d’identité nationale. Leur but étant de se
façon créative
éative et très originale entre défendre face à une culture américaine
l’espagnol et l’anglais. Des mots tels que qui, selon eux,, essaye d’imposer des traits
« trocka », « wey », « chale » et « chido » fortement racistes contre la population
. Ces mots sont utilisés aujourd’hui dans latine.
le langage de tous les jours

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N°1 Mars 2009
L’écho des Amériques
a été traité par Octavio Paz, intellectuel
mexicain, prix Nobel de littérature, dans
son livre Le labyrinthe de la solitude. Ces
jeunes, selon lui, ne souhaitent pas revenir
à leurs origines mexicaines mais ils ne
souhaitent pas non plus, du moins en
apparence, se fondre dans la culture des
Etats Unis.

Les pachucos ne revendiquent pas leur


origines ethniques ni la nationalité de leurs
ancêtres. Leur attitude montre une
véritable volonté de « ne pas être comme
les autres», selon le philosophe moderne
Paz. Il s’agit d’affirmer leur personnalité au
sein d’une civilisation qui les marginalise..
Mais leur comportement demeure ambigu.
Leur « déguisement » les protège et en
même temps celui ci les met en évidence
et les isole, « il les occulte et les exhibe »,
affirme Octavio Paz.

Pour Paz, « le pachuco n’affirme rien, ne


défend rien, sauf sa volonté exaspérée de
Ces jeunes excentriques ont ne pas être […] … le pachuco est la proie
souvent une conduite violente. Ils sont mal qui s’embellit pour attirer l’attention des
vus par la société qui les représente chasseurs ».
comme des « pandilleros » qui volent, et
qui sont les auteurs des fameux graffitis Margaux Van Wetswinkel et Stéphanie
qui envahissent les rues mexicaines. Une Garcia TES 3 , Lycée Franco Mexicain
partie d’entre eux constituent la Mara
Salvatrucha. Cela explique en grande
partie le rejet de la population. En effet, la
Mara Salvatrucha ou MS-13 est un gang
de plusieurs milliers de membres
impliqués dans des activités criminelles
aux États-Unis, en Amérique Centrale et
au Canada. Ils répandent la peur chez les
civils.

Les cholos, de même que les


pachucos affirment: « somos muy
mexicanos para ser gringos y somos muy
gringos para ser mexicano », c’est-à-dire,
« nous sommes très mexicain pour être
américains et très américains pour être
mexicains ». De là, leur mode
vestimentaire qui combine le baggy
trouser et le t-shirt représentant la Vierge
de Guadalupe. Ils ont aussi tendance a ce
tatouer des signes religieux.

Qu’en pense le sage ?

Les pachucos comme les cholos


éprouvent un problème identitaire. Celui-ci

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L’écho des Amériques

Centre d’attention aux rapatriés : une aide à la réinsertion

Suite au renforcement des législations du travail du pays d’origine pour ces personnes qui
des Etats-Unis
Unis d’Amérique relatives connaissent des conditions de vie précaires.
4 vols de rapatriés par semaine
aux immigrants, et de la croissance en
volume des expulsés, le Ramon Hernandez, chargé de communication au
gouvernement salvadorien réagit en Ministère des es relations extérieures, explique
créant un centre d’accueil. cependant que, sur les quatre vols par semaine qui
(les photos ci-dessous
dessous nous ont été rapatrient chacun en moyenne quatre-vingt
quatre
expulsés, seules quinze personnes environ font
offertes par le Ministère
nistère des Relations appel au « Centre d’attention aux rapatriés » et aux
extérieures) services qu’il propose. M. Hernandez
H rapporte avec
satisfaction que, d’après les données de 2008,
Le Ministère des relations extérieures a décidé de quatre cent individus ayant connu l’expulsion
renouveler son projet d’aide aux expulsés disposent actuellement d’un emploi.
« Bienvenido a casa » créé il y a environ dix ans.
Afin de prolonger cette initiative favorable à
l’accompagnement du rapatriement, ent, naît en juin
2008 le « Centre d’attention aux rapatriés »
(« Centro de atencion a repatriados »).

Désormais, le programme vise principalement à


réintégrer les populations expulsées dans la vie
économique du pays et à leur permettre de
reprendre leurs
eurs études au niveau où elles s’étaient
interrompues au moment de quitter le pays. De fait,
la plupart des salvadoriens qui émigrent quittent le
pays sans même avoir terminé leurs études
primaires. Ce centre offre la possibilité d’acquérir
des diplômes professionnels
ofessionnels diversifiés :
maintenance, électronique, boulangerie…etc. Il
permet de suivre des formations de tailleur, de
mécanicien automobile ou d’électricien, entre
autres. Bien qu’il s’agisse avant tout de métiers à Cristina Kuri et Gabriela Ramirez TES Lycée
faible niveau de qualification, ils représentent un Français du Salvador
moyen envisageable de réinsertion sur le marché

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L’écho des Amériques

Le Pèlerin : accueillir les plus démunis

« Passer de la méfiance au respect, du psychologique à travers des entretiens au cours


rejet à l’accueil » : c’est avec ces mots desquels ils s’informent sur l’actualité du pays ; du
support moral ; des formations pour qu’ils puissent
que l’asile privé « Le Pèlerin » accueille s’intégrer au marché du travail, et de la nourriture.
les déportés qui regagnent leur patrie Egalement, l’asile dispose d’un réseau de taxis et
plus démunis qu’ils ne l’étaient avant de d’autobus qui transportent les déportés de l’aéroport à
la quitter. l’asile (chaque lundi, mercredi et vendredi, des vols
fédéraux arrivent à l’aéroport de Comalapa avec
Un étroit escalier mène au premier étage
tage du bâtiment environ cent-vingt
vingt personnes menottées).
dont les murs sont les témoins silencieux des
premiers pas vers la réintégration sociale de Un programme gelé
centaines de déportés.
Sous l’initiative d’une ONG altruiste, CARITAS de El L’ONG « Catholic Ressource Service
S » (CRS), noyau
Salvador, naît en 1996 le programme d’aide aux financier du programme à capital étasunien, l’église
déportés « Bienvenu chez toi » (« Bienvenido a catholique représentée par CARITAS El Salvador et
casa »). Ceux-ci ci sont accueillis par l’asile « Le le gouvernement salvadorien contribuaient au
Pèlerin » (Albergue « El Peregrino »), seul centre financement du programme. Cependant, en 2004,
d’accueil « privé » au Salvador situé à Jardines de avec l’arrivée au pouvoir du président Saca, S le
Cuzcatlan, Ciudad Merliot à San Salvador. gouvernement cesse de contribuer au financement du
Actuellement, le centre est dirigé par Miguel Arévalo projet. Désormais, l’asile est contraint de supprimer
et Ricardo Ramírez. Ce dernier, 62 ans, raconte un grand nombre des services et tourne au ralenti.
qu´il a lui-même
même vécu l´histoire des migrants illégaux.
Il quitta El Salvador à l´âge de 15 ans et ne regagna Des déportés désorientés
son pays qu’en
2003, 40 ans après Le responsable se souvient de l’état de désorientation
l’avoir quitté (10 ans dans lequel la grande majorité des accueillis arrivaient
comme marin et 30 et affirme qu’il s’agissait de victimes évidentes de
ans résidant à New l’acculturation puisque certains d’entre eux, ayant
York). Sa sœur, sa quittés leur pays dès un très jeune âge, se sentaient
femme et ses 5 aussi étrangers chez eux qu’ils ne l’étaient au pays où
enfants demeurent ils avaient jusqu’alors résidé. Le but du programme
encore aux USA. était d’essayer de réintégrer ces personnes et de les
C’est en 2004 qu’il habituer à voir ce pays à peu près inconnu comme
est nommé leur nouveau foyer
responsable de
l’établissement qui
fut son seul secours
cinq ans auparavant
suite à son
expulsion des Etats
Unis.
Ce centre tente d’offrir less conditions nécessaires
pour l’adaptation des déportés à leur nouveau milieu.
Ils sont accueillis chaleureusement En effet, le
programme « Bienvenu chez toi » prend en compte
les conditions dans lesquelles les déportés se
trouvent au moment de leur retour,, et leur propose
une série de services afin d’encourager leur Javier Orellana, Gabriella Ramirez, Pamela Favre,
réintégration dans la société salvadorienne. L’asile Cristina Kuri Terminale L et ES Lycée Français du
compte sept chambres avec deux lits chacun, trois Salvador
salles de bain, une cuisine, une salle à manger, un
salon et une terrasse de « récréation ».
Les déportés sont accueillis un maximum de trois
jours, le temps de contacter leur famille grâce à l’aide
fournie par le programme. Ils reçoivent jusqu'à huit
dollars pour financer le transport jusqu’à leur
domicile .Ils bénéficient d’autre part d’un soutien
so

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L’écho des Amériques

. Migration: Des familles déstabilisées


La migration est souvent un facteur membre. Cela devient possible grâce aux
de séparation physique entre les moyens classiques de communication.
Mais les « remesas », sont sans nul doute
membres de la famille. Cet un moyen privilégié, car elles permettent
éloignement remet parfois en cause aux migrants de transférer des capitaux à
son fonctionnement traditionnel et destination de ceux qui sont restés au pays.
peut même la mettre en péril. Les migrants cherchent paradoxalement à
Pourtant, séparation et éloignement subvenir aux besoins des leurs en les
« abandonnant ». Les retrouvailles sont
n’ont qu’un seul objectif : améliorer bien souvent reportées : les exilés
le sort de tous les membres de la volontaires préfèrent aider leurs familles
famille. plutôt
utôt que de consacrer leurs gains à
l’achat d’un billet de retour, et il faudrait une
Reina Martínez, une salvadorienne de nouvelle fois risquer beaucoup pour revenir
vingt-neuf ans,
ns, voit son foyer se désintégrer aux Etats-Unis.
lorsque son mari part vers les Etats-Unis
Etats en Un rapport du PNUD ( « Informe sobre
juin 2004. Il y refait rapidement sa vie, desarrollo humano, El Salvador 2005 »)
oubliant alors les deux enfants qu’il a suggère que des dysfonctionnements
dysfonction dans
quittés : « Mes enfants me demandaient les structures des Etats en développement
tous les jours où se trouvait leur père et font qu’ils peinent à garantir la protection de
étaient tristes
es parce qu’ils pensaient qu’il leurs concitoyens. A cela s’ajoute une
les avait abandonnés, puisqu’il n’a plus croissance économique insuffisante qui
téléphoné. Qu’est-ce ce je pouvais leur réduit les opportunités.
dire ? ».Les
.Les enfants souffrent d’une telle Serait-ilil alors pertinent d’affirmer que
séparation, ce qui a pour effet d’amener less flux migratoires contribuent fortement à
certains d’entre eux à refuser de participer l’activité économique des Etats en
activement à la vie sociale. développement, au prix de difficultés
Or, l’objectif principal de la majorité des humaines qui touchent des millions
migrants est de trouver une vie meilleure d’individus ?
pour eux et leur famille. Cette dernière doit
s’adapter à une situation de séparation, et
on constate qu’un grand nombre de familles Pamela Favre TL Lycée Français du
maintiennent des relations « normales » et Salvador
respectent les rôles dévolus à chaque

Photo: El Faro www.elfaro.net

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L’écho des Amériques

Les « remesas » victimes de la crise


Près du quart de la population beaucoup des migrants aux USA s’est
salvadorienne habite aux Etats-
Etats dégradée. Beaucoup d’entre eux se
retrouvent au chômage e ou avec des
Unis. Les capitaux transférés par salaires en baisse, surtout les illégaux.
les migrants vers leur pays
d’origine appelés plus Une baisse des transferts de
couramment remesas fonds de 8% en un mois
soutiennent l'activité économique
nationale. La crise qui frappe L’envoi des « remesas » ne s’est pas
l’économie américaine pourrait arrêté, pour autant mais on note déjà une
baisse des transferts de fonds de 8% en
cependant affecter de janvier 2009 par rapport à janvier 2008
nombreuses familles selon la banque centrale salvadorienne. Il
salvadoriennes. est probable que cette tendance s'accentue
dans les prochains mois. Cette évolution
Le Salvador est un pays en développement risque de peser sur l'économie nationale,
dont l’activité économique est en partie car aujourd'hui prés d'une famille sur 4
soutenue par l’argent envoyé par les améliore son quotidien grâce à cet apport.
émigrants, les « remesas ». Les USA, Selon l’économiste du PNUD William
principal destination des migrants Pleytez*, ce sont les pauvres qui seront les
salvadoriens en accueillent environ 2 plus touchés, la crise pourrait donc
millions, essentiellement en n Californie. En entrainer une paupérisation des classes les
2008 les « remesas » ont atteint 3 milliards plus populaires notamment en milieu rural.
500 millions de dollars soit prés de 17% du C'est par exemple le cas du village
PIB salvadorien de l’année 2008. Ces flux d’Intipuca
tipuca a l'est du pays ou l’activité est
n'ont cessé d'augmenter depuis 1990. Ils soutenue essentiellement par les remesas.
représentaient à l'époque 322 millions de Le Salvador ne sera pas le seul pays
dollars (10 fois moins qu'aujourd'hui)
u'aujourd'hui) soit touché. Selon la banque mondiale les
6,9% du PIB. Ces transferts jouent un rôle « remesas » perçues par l’Amérique Latine
essentiel dans l’économie salvadorienne, pourraient diminuer de 58 à 61 milliards de
puisqu'ils contribuent à compenser le déficit dollars en 2009.
de la balance commerciale (les remesas (*) “Crisis en EEUU afecta remesas a El
représentent l’équivalent de 92,8% des Salvador” Liza Gross
exportations du pays). Le pays pa centro (http://www.hispano.com)
américain a de plus adopté le dollar comme Javier Orellana TES Lycée Français de
monnaie d’échange depuis l’année 2001. San Salvador
Actuellement, avec les conséquences
néfastes de la crise, la situation de

Photo: El Faro www.elfaro.net

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L’écho des Amériques

Les mythes de l’immigration nicaraguayenne:


entre patrie et progrès
Le processus de mondialisation que l’on sanglante du pays « des lacs et des
constate depuis les années 1980, est volcans » explique en partie sa situation
marqué par la mondialisation financière, face au Costa Rica par rapport à la
des pays de plus en plus interdépendants migration.
économiquement, une uniformisation Dès 1912, le Nicaragua est occupé par les
culturelle, certes. Mais ce processus de marines américains, qui accepteront en
mondialisation est aussi caractérisé par 1937 l’ascension au pouvoir d’Anastasio
l’accroissement des migrations ainsi par Somoza Garcia, dictateur qui instaurera
une division de plus en plus marquée entre une dynastie féroce s’étalant pendant plus
pays « émetteurs » de migrants, qui sont de 40 ans.
les PED (Pays En Développement) ou PMA En 1972 un tremblement de terre réduira la
(Pays Moins Avancés), puis les pays capitale, Managua, et ses alentours, à des
« récepteurs » de ces migrants, qui sont ruines, accompagnées des cris de sa
pour l’essentiel des pays industrialisés et population.
développés. Le 19 juillet de 1979, après une sanglante
Or, dans ce contexte, le cas du Costa Rica guerre-civile qui opposa la dictature
est très particulier parce que, bien que ce d’Anastasio Somoza Debayle, fils du
pays constitue l’une des démocraties les premier Anastasio, et le FSLN (Front
plus anciennes et les plus fortes du Sandiniste de Libération Nationale), guérilla
continent latino-américain, avec un système révolutionnaire de tendance marxiste,
de protection sociale très fort et enraciné celle-ci renverse le régime des Somoza
dans la société, un IDH de 0.846 et un taux pour instaurer un gouvernement
d’alphabétisation de 96%, il ne demeure révolutionnaire, qui s’alignera bientôt sur le
pas pour autant un pays développé, et bloc communiste. Inévitablement,
encore moins un pays industrialisé. Et l’administration Reagan, outragée par cette
cependant, ce petit pays d’Amérique atteinte contre la doctrine Monroe, et en
centrale est le troisième pays récepteur de craignant la « contagion communiste »,
migrants sur le continent américain, déclare ouvertement sa volonté de faire
devancé seulement par les Etats-Unis et le tomber le gouvernement des sandinistes,
Canada. Ces immigrants viennent de en soutenant les « contras » (mouvement
plusieurs pays d’Amérique : Chili, Porto contre-révolutionnaire), ce qui ne sera plus
Rico, Guatemala, Cuba, République dit ouvertement. En 1982, le Grand du
Dominicaine, Colombie, El Salvador, Nord déclenchera l’embargo commercial.
Honduras… et notamment, le Nicaragua. En 1990, le gouvernement sandiniste,
En effet, la relation qu’entretiennent ces contraint par la guerre et l’embargo
deux pays voisins d’Amérique centrale financés par les Etats-Unis, organise des
pourrait être qualifiée d’ « amour et de élections, soit le premier suffrage universel
haine », puisque, tout en ayant connu des marquant le début de la démocratie au
époques de solidarité, notamment pendant Nicaragua. Or, ce sera l’UNO (Union
la guerre civile au Nicaragua où le Costa Nationale d’Opposition) avec Violeta
Rica a servit de « base » pour les Chamorro, qui remportera les élections et
sandinistes, ces deux pays ont connu et organisera la mise en place des politiques
connaissent le plus souvent des de « structuration » imposées par le FMI
antagonismes, à cause surtout du décalage après le consensus de Washington
entre leurs économies et niveaux de vie. (privatisation de nombreux organes de
Ainsi, pour comprendre les enjeux que l’État), débouchant sur une période
relève la situation migratoire entre le économique assez trouble, le pays n’étant
Nicaragua et le Costa Rica, il faut d’abord pas prêt pour de telles réformes…
puiser dans les origines historiques de Ainsi, on constate que l’histoire
celle-ci. nicaraguayenne depuis 1912 a été
caractérisée par une occupation étrangère,
UN PEU D’HISTOIRE… une dictature qui durera 40 ans, deux
Le XXème est une période turbulente pour guerres civiles consécutives, embargo
le Nicaragua. L’histoire tragique et commercial, réformes économiques

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L’écho des Amériques
imprudentes... malheureuse suite Les employées domestiques sont plus
d’inconvénients? nombreuses dans la région centrale du
pays, le « Valle Central », et dans les
Cette situation instable n’est pas exclusive secteurs touristiques de la côte ouest.
du Nicaragua ; elle touche d’autres pays de Le travail « au noir » occupe un nombre
l’isthme (El Salvador, Honduras, non négligeable d’immigrants : vendeurs
Panama,..). ambulants, mécaniciens, artisans…
À l’opposé, le Costa Rica, surnommé « la
Suisse centre-américaine », se présente La réalité des conditions de travail de ces
comme un îlot de paix au milieu d’une milliers d’immigrants ne varie pas de ce que
Amérique Centrale convulsionnée. Par l’histoire confirme comme la norme : ils sont
conséquent, elle recevra environ 230 000 payés le moins possible, leur condition
Nicaraguayens entre 1984 et 1997. Cela illégale laisse largement place aux abus,
équivaut à 10% de la population nationale comme le licenciement sans
de l’époque. indemnisations ou les journées de travail de
Alors, la crise politique du reste de jusqu’à 15 heures pour les employées
l'Amérique centrale, fut donc à l’origine du domestiques. De plus, le travail infantile
flux croissant de déplacés et de réfugiés touche plus de 113 000 enfants de 9 à 14
vers le Costa Rica. ans, desquels la population immigrante est
la plus concernée.
Bien que les accords de paix de 1992 et la
victoire de l’UNO auraient supposé la Les syndicats font des efforts considérables
stabilité politique du Nicaragua, et donc le pour améliorer les conditions de travail des
retour des déplacés, ce ne fut pas le cas. immigrants. Cependant, ceux-ci, qui sont
En effet, le territoire nicaraguayen connaît déjà très souvent des illégaux, connaissent
toujours, conséquence de la guerre, des des statuts très fragiles : CDD, emploi
taux de chômage et de pauvreté élevés. partiel, et parfois même sans contrat de
Ainsi pendant les années 1990 un travail !
changement se produit : la cause de la Ces conditions rendent difficiles les efforts
migration devient économique. syndicaux, puisque les immigrants sont
souvent menacés de licenciement quand ils
Les nicaraguayens, à la recherche d’une y adhèrent, ce qui déclenche un cercle
vie digne (emploi stable, éducation, vicieux de mauvaises conditions d’emploi.
santé…), voient dans le voisin du sud, la
possibilité d’y réussir. En effet, à cette La question est évidente : si ces immigrants
époque, le Costa Rica connaît une situation sont condamnés aux mésaventures
de croissance favorable, marqué par une usuelles des travailleurs illégaux, pourquoi
demande croissante de main d’œuvre dans quittent-ils leurs pays, leur culture, leurs
les activités que les costariciens tendaient à familles et leurs habitudes ? Car toute la
abandonner: travail agricole, service misère qui les attend au-delà de Peñas
domestique et construction. De même, la Blancas, zone frontalière, est quand même
législation sociale très avancée (Caisse moindre que celle qui les assèchera s’ils
Costaricienne de Sécurité Sociale en 1941, restent au Nicaragua. Car au-delà de cette
loi des Garanties Sociales en 1942, Code frontière, ils peuvent espérer une vie digne,
du Travail en 1943 et Droit de Vote aux prospérité pour leurs familles, une bonne
Femmes en 1949) constituait une incitation éducation gratuite et une sécurité sociale
pour les nicaraguayens qui aspiraient à un réelle. C’est un rêve atteignable, comme le
meilleur niveau de vie. sont l’Angleterre pour les Maghrébins ou
l’Allemagne pour les Turcs, rien
AUJOURD’HUI. d’extraordinaire dans ce phénomène qui
Le Costa Rica compte actuellement 700 date dès la nuit des temps : la recherche du
000 immigrants, desquels 76% sont bonheur. C’est évidemment cette même
Nicaraguayens. raison qui les rend si vulnérables, n’importe
Ces « déplacés économiques », se quoi est mieux que ce qu’ils ont chez eux.
concentrent dans l’agriculture,
particulièrement le café, la canne à sucre, Aujourd’hui, avec l’imminente réalité d’une
les bananes et les ananas. Le secteur de crise économique qui pèse sur les intérêts
sécurité est quasi totalement occupé par des producteurs, les travailleurs
des nicaraguayens et s’étend à travers le immigrants, concentrés dans les secteurs
pays, ainsi que le secteur de construction.

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N°1 Mars 2009
L’écho des Amériques
précaires et peu syndicalisés, sont en costaricien d’admettre 10 000
première ligne pour le massacre d’emplois. nicaraguayens, est bien évidemment en
relation avec les besoins en matière de
Le FMI avait pourtant prévu que le Costa main d’œuvre du secteur agricole.
Rica serait un des pays les moins affectés D’après un professeur de l’université de
par la crise. Au contraire, il est facile de San José « Si les nicaraguayens partent,
s’apercevoir qu’aujourd’hui une vague de l’économie costaricienne s’effondre ». Et
licenciements secoue les champs agricoles, c’est bien le cas : loin de créer du chômage
surtout la culture d’ananas. (taux de 4.8%, début 2008, pour le Costa
Même phénomène pour la construction et Rica), les nicaraguayens ont comblé le vide
le tourisme, secteurs qui sont liés et plus ou des emplois que les costariciens tendaient
moins dépendants des investisseurs à abandonner : agriculture, construction,
étrangers (le secteur de tourisme englobe ménage. Source de main d’œuvre à bon
17% des IDE et représente 10% du PIB du prix, les nicaraguayens ont contribué à la
Costa Rica). Les touristes européens et croissance économique du voisin,
américains, aux poches réticentes cette désormais mieux qualifié, et au maintien du
année, seront peu nombreux à se trouver secteur primaire face à un secteur tertiaire
sur les côtes tropicales. de plus en plus important.

Il faut également considérer que les L’idée que tous les costariciens sont
transferts de fond venant du Costa Rica xénophobes et que tous les nicaraguayens
représentaient 13% du PIB nicaraguayen sont ses victimes est nettement en
en 2007 et risquent de s’affaiblir cette décalage avec la réalité. De fait, deux
année, ce qui affecte directement les tendances tiraillent ses sociétés voisines.
milliers de familles nicaraguayennes qui en Clairement, il y a de la xénophobie des
dépendent. deux côtés de la rivière frontalière, le San
Juan. Pourtant il y a également des
SOCIÉTÉ. mouvements importants pour la solidarité,
Évidemment cet afflux massif de preuve que le sentiment existe mais
« pinoleros » (surnom accordé aux également une volonté importante de le
nicaraguayens) eut un impact déterminant contester, voire de le supprimer. De
sur l’économie, mais aussi sur la société et nombreuses associations et ONG se
la politique costariciennes. dédient spécifiquement à promouvoir la
fraternité entre ces deux peuples, à travers
En août de 2006, durant le gouvernement des concerts, la célébration des festivités
d’Abel Pacheco, prédécesseur d’Oscar typiques du Nicaragua au Costa Rica ou
Arias (prix Nobel de la Paix), une réforme encore en organisant des projets
migratoire a été votée au Costa Rica, dans humanitaires, par exemple à l’occasion de
laquelle on prévoyait des fortes sanctions l’ouragan Félix, en septembre de 2007, qui
économiques et même la possibilité de ravagea la façade atlantique du Nicaragua.
prison pour ceux qui hébergeraient ou Ainsi, on confirme l’expression que nous
engageraient des immigrants illégaux. avons utilisée au début, c’est-à-dire de la
Parallèlement nous avons assisté à des relation d’ « amour et de haine » qui
« coups de filet » dans les rues du Costa caractérise ces deux pays. D’abord,
Rica, pour attraper et déporter les l’interdépendance entre ceux-ci : les
immigrants. nicaraguayens font recours du Costa Rica
pour atteindre un meilleur niveau de vie, et
Cette réforme a suscité des vives réponses, le Costa Rica a besoin des nicaraguayens
surtout chez les syndicats, l’église et les pour contribuer à sa croissance. D’autre
organisations humanitaires qui animent un part, malgré leur interdépendance, leurs
mouvement important de contre-réforme. situations antagonistes, provoquent des
Mais ces personnes ne furent pas les fissures au sein de leurs sociétés.
seules à protester : en août 2006, la
chambre des exportations (CANATUR, par
ses sigles en espagnol) avertissait que, à ALORS…
cause du manque de main d’œuvre, les Comme nous l’avons indiqué
exportations nationales pourraient diminuer précédemment, le cas du Nicaragua et du
d’un 15%. Or, celles-ci dépendent près d’un Costa Rica est très particulier par rapport à
25% du secteur agricole. En novembre la migration. En effet, ces deux pays côte à
2007, la décision du gouvernement côte se situent dans le même isthme

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N°1 Mars 2009
L’écho des Amériques
centraméricain, et pourtant, leurs réalités le développement costaricien, ne constitue
sont radicalement différentes. qu’un mythe. L’apport des migrants à la
Pendant les années 1980, les croissance est en effet indéniable.
nicaraguayens fuyaient leur pays à cause Finalement, l’idée d’un Costa Rica
de la guerre et de l’instabilité politique. xénophobe et d’une Nicaragua victime, et
Dans ce sens, le Costa Rica était le lieu vice-versa, est complètement fausse. Les
privilégié pour y réussir, en raison de son multiples organisations et associations
évidente proximité, son développement veillant à la prise de conscience de la
politique, économique, et social. population en sont la preuve.
Or, à partir des années 1990, qui La secousse majeure qui constitue
marquèrent le début du suffrage universel l’actuelle crise économique nous incite à
(démocratie étant trop flatteuse) et du repenser, tant qu’on pourra, notre rôle
capitalisme économique au Nicaragua, la comme pays voisins. Il est temps de laisser
cause principale de ces migrations devint de côté les divergences entre les
économique : la pauvreté provoquée par la gouvernements et leurs populations, ceux-
guerre et une révolution implosée, ci finissant par ralentir, voire d’empêcher,
s’approfondit parce que les réformes notre développement. Nous devons agir
d’ouverture économique ne furent pas ensemble, sachant que les défis que nous
entreprises dans le bon moment. rencontrons nécessitent des pays forts, et
Aujourd’hui, la situation des immigrants au dessus de tout, unis, libres de préjugés
n’est pas facile : essentiellement dans le vils et de considérations xénophobes.
secteur primaire, ils sont victimes des On peut ainsi dire, fiers et reconnaissants,
mauvaises conditions sanitaires, payés le « ¡Ticos y Nicas somos hermanos ! (7)».
moins possible, et incapables de défendre
leurs droits, car interdits d’intégrer les Luciana Tellez Chavez, élève de Pemière
syndicats, sous peine de perdre leur ES du Lycée franco nicaraguayen Victor
emploi. Hugo
Quoiqu’il en résulte, leur situation au Costa
Rica est pourtant meilleure que celle qu’ils Daniel Zavala Porras, élève de Terminale
envisageraient au nord. ES du Lycée franco nicaraguayen Victor
C’est pourquoi, on considère que la Hugo
question ici n’est pas de se demander quel
est le coupable de la situation des Sources :
immigrants. 1. Centro Centroamericano de Población.
Du côté nicaraguayen, il est impératif que http://ccp.ucr.ac.cr/investi/nicasjc.htm
l’État développe des politiques (Universidad de Costa Rica)
économiques et sociales cohérentes avec 2.http://www.unicef.fr/index.php4?rub=218&
sa situation, afin que les migrants cessent articles=138
de se sentir contraints à partir et conçoivent 3.http://www.ambassadecostarica.org/le_c
le progrès possible, sur sol national. Les osta_rica/LE%20COSTA%20RICA.html
personnes ne fuient leur pays que lorsqu’ils 4.http://www.oim.or.cr/espanol/boletines.s
ne retrouvent pas de réponses à leurs html
demandes. L’État doit donc réaffirmer sa 5.http://risal.collectifs.net/spip.php?article2
raison d’être : veiller au bien-être de ses 132
citoyens, qu’ils soient dans ou en dehors du 6. Atlas des migrations (Hors-série), Le
pays. De même, il est nécessaire de veiller monde et La Vie, 2008
à la protection des nombreuses familles
7. « Costariciens et nicaraguayens nous
nicaraguayennes divisés à cause des allers
sommes frères ! »
et retours des travailleurs saisonniers qui
8. Costa Rica, helping migrants organize,
partent de l’autre côté du Rio San Juan.
ITUC (International Trade Union
C’est à mettre en valeur que le grand
Confederation), décembre 2008
perdant de cette situation est tout
simplement l’État nicaraguayen, puisqu’il
perd régulièrement de la capacité créative
et une nombreuse main d’œuvre.
Concernant le Costa Rica, nous sommes
sans aucun doute pour des mesures
contribuant au progrès économique et
social des immigrants. L’image populaire de
l’immigrant criminel et détestable, inhibant

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N°1 Mars 2009
L’écho des Amériques

Portrait de journaliste
Vladimir Galeana Solorzano.
Enfant, il rêvait d’être avocat, inspiré par d’importants personnages de l’histoire
de sa patrie, le Mexique. Pourtant, la vie et ses propres convictions l’ont amené
vers sa vraie vocation : le journalisme.

Photo: María José Rocha

« Journal à l’instant » Sa profession


En effet, M. Galeana est une
Une tasse de café à la main, des personne
rsonne possédant une énorme capacité
journaux du jour par terre et son ordinateur de synthèse, d’attention et d’expression et
portable allumé, Vladimir Galena démarre qui, avant de rencontrer Mme. Campero, ne
l’émission du journal « Noticiero al pensait pas avoir besoin de se mettre à
instante » (Journal à l’instant). Une forte étudier pour faire ce qu’il aimait.
excitation de l’autre côté de la cabine se fait Depuis tout petit, la radio l’attirait,
sentir. Le téléphone n’arrête pas de sonner. et lorsqu’il s’est
est assis face à un
Gilbert Gil (le chef d’information) ne s’arrête microphone pour la première fois, il s’est
plus ; il répond à milles sollicitude, tandis senti très sûr de lui, et s'est mis à parler
que Sindy Campero (La productrice en naturellement, « comment si l’avait fait
chef) veille au bon déroulement de depuis toujours », comme il le dit lui-même.
lui
l’émission. C’est à ce moment-là là qu’il s’est rendu
Cela fait une année qu’il animean compte de ses qualités de communicant.
cette émission de radio, et déjà six ans qu’il Pourtant, il n’a pas décidé de prendre la
travaille pour Radio Capital. En parallèle, il voix du journalisme, dans un premier
avait un autre programme sur ABC Radio temps, il a suivi des études de Droit à
appelé « La Coyuntura » (La conjoncture). l’UNAM (Université Nationale Autonome du
Toutefois, ceux ne sont pas ses premiers Mexique). Il était inspiré par des
travaux. Il exerce ce métier depuis plus de personnages très importants de l’histoire ded
37 ans mais il se considère véritablement son pays comme Benito Juarez et Lázaro
journaliste depuis 10 ans, depuis qu’il a Cárdenas.
étudié d’une façon approfondie avec Mme. En tant qu’avocat, il a disposé de tous les
Campero. Avant, il faisait « de la radio outils pour devenir analyste politique et,
empiriquement, » comme il l’avoue. effectivement il a écrit des colonnes
d’analyse politique dans divers magazines

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N°1 Mars 2009
L’écho des Amériques
et journaux « Cambio »(Changement)
(Changement) et Porfolio de la traversée de la frontière
« Rumbo de México » (La course du Mexique). mexicaine (photographies d’Edu Ponces du
journal El Faro)
Sa vocation
En tant qu’avocat de formation, il ne
supporte pas les injustices, c’est pourquoi, il
n’hésite pas à dénoncer les injustices sociales
dont les habitants de la plus grande
gr ville du
monde souffrent. En fonction de cette grande
sensibilité sociale, il a décidé dans les années
80 d’adhérer au Parti Révolutionnaire
Institutionnel (PRI).
En tant que militant de ce parti politique, il est
devenu conseiller de campagnes électorales,
élect
cela lui a permis de se rapprocher petit à petit
des médias jusqu’à se retrouver complètement
immergé dans l’ambiance journalistique.

Jusqu’à présent presque tous les


programmes qu’il a conduits ont eu une portée
sociale. Par exemple, les citoyens
citoyen peuvent
téléphoner et dénoncer ce qui ne va pas dans
leurs quartiers, ou dans la ville. Ils alertent,
réclament, dénoncent. Même si jusqu’en 1994
toutes les délégations de la ville de Mexico
était issues du PRI, il ne trouvait pas
d’inconvénient à faire
ire passer des informations
qui pouvaient améliorer la qualité de la vie des
mexicains. Le programme qui a connu le plus
de succès et d’acceptation par les citoyens a
été « Buenos días, señor delegado » (Bonjour,
Monsieur le Délégué) qui était transmis par
Radio Chapultepec.

Aujourd’hui, « Journal à l’instant » n’a


pas la même vocation, mais, pour autant,
l’intérêt que Vladimir Galena a pour les
problèmes sociaux n’est pas à la marge. Il
essaye donc de ne pas perdre de vue
l’audience et offre une analyse des
d nouvelles
qui débouche généralement sur la critique
politique.

María José Rocha Lycée Franco-Mexicain


Franco

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