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Albena Milanova

Loci memoriae: la mémoire topographique en Bulgarie byzantine (fin X e –fin XII e siècles).

1. La problématique. Le thème de la mémoire et de son complément indispensable – l’oubli – est actuellement omniprésent dans la recherche en sciences sociales et humaines. Au début du XX e s., le sujet a été fortement influencé par la pensée psychanalytique de Freud. Vers la fin de ce même siècle le thème a tourné vers la mémoire cultu- relle. En ce moment, la recherche sur la mémoire culturelle est devenue une indus- trie culturelle avec ses propres raisons d’être et l’on s’interroge beaucoup, dans ce monde de globalisation, sur les rapports entre mémoire et histoire . Parmi les différents types de mémoire, que l’on peut citer, et les possibles interactions entre mémoire et histoire c’est la mémoire des lieux qui va nous in- téresser dans le texte qui suit. En effet, le concept de la dépendance de la mémoire de la topographie est un concept antique. Il est exprimé par le ci-dit « art de la mémoire » qui trouve sa place dans le système rhétorique qui domine la culture classique. Il renaît au Moyen âge, fleurit pendant la Renaissance et son affaiblis- sement ne commence qu’avec l’invention de l’imprimerie et perdure jusqu’à la fin du XVIII e s., pour revivre ensuite. Cicero explique bien ce phénomène qui consis- te dans la mise en relation des images mentales de certaines choses avec certaines places de manière à ce que l’ordre des places préserve l’ordre des choses . C’est- à-dire, la mémoire repose fortement sur un stable système de places et la mémoire sociale dépend de la solidité de l’association entre vie sociale et lieux. Nous allons donc essayer de démontrer qu’un des mécanismes par lesquels fut maintenu le traditionalisme si cher aux Byzantins fut leur mémoire topogra- phique qui contribuait à préserver et à projeter dans l’éternité l’ordre consacré par Dieu et par les Anciens, ce qui était primordial pour la mentalité byzantine. L’exemple concret qui servira de base à cette étude est le réseau d’habitats en Bul- garie à l’époque de la domination byzantine aux XI e et XII e s. avec leur géographie et leur typologie, comparées à l’héritage des périodes historiques antérieures – celle de l’époque protobyzantine (IV e –VII e s.) et celle du Premier Etat bulgare (VII e – début XI e s.). Par conséquent, ce texte se propose de comprendre si, après la restauration à la fin du X e – début du XI e s. du pouvoir impérial sur des territoi- res balkaniques lui ayant appartenus auparavant, mais qui pendant les trois siècles du Haut Moyen Âge ont suivi un développement tout à fait différent dans le ca-

Connerton, P. How Modernity Forgets. Cambridge University Press, 2009, p. 1. Cf. entre autre – Le Goff, J. History and Memory. New York, 1992. Connerton, P. Op. cit., p. 4–5.

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dre d’un Etat bulgare indépendant, Byzance conserva et s’appuya pour contrôler les nouvelles « anciennes » provinces sur le réseau protobyzantin ou bien préféra celui légué par l’époque bulgare et trouvé sur place au moment de la conquête, ou bien encore – sur les deux, et alors, dans quelles proportions. Pour répondre à cette question, il nous faudra rappeler brièvement le tableau de l’habitat à la fin de l’antiquité, puis dresser un second tableau des sites entre globalement 700 et 1000, et ensuite présenter la situation aux XI e –XII e s. en faisant ressortir les similarités avec le premier ou le second tableau et éventuellement en expliquer les raisons.

2. L’héritage protobyzantin: un réseau d’habitats en pleine évolution. Tout comme ailleurs en Europe romanisée, la fin de l’époque antique en terres bulgares fut marquée par l’action de nouveaux facteurs et par des change- ments notables dans l’organisation de l’espace habité 4 . Ces changements suivirent un rythme différent selon les régions. Au nord de la Stara planina, ils furent plus brutaux qu’ailleurs et le processus de « barbarisation » atteignit même des villes comme Bononia, Durostorum, Odessos, etc. L’archéologie confirme pour la fin du VI e – début du VII e s. les témoignages des sources écrites et de la toponymie sur l’effondrement rapide (en 30–50 ans) du limes bas-danubien avec ses 80 fortifica- tions et villes longeant la rive droite du fleuve sur 650 km. La zone entre le Dan- ube et la Stara planina resta pratiquement sans défense et sans population, ce qui expliquerait la facilité avec laquelle les Bulgares d’Asparuch s’en accaparèrent en 681 et en furent la base de leur État 5 . Au sud, un plus grand nombre de populations autochtones survécut, contribuant ainsi au maintien d’anciennes formes de vie urbaine dans plusieurs centres comme Serdica, Pautalia, Philippoupolis, Berroé, Perperikon, Mesembria, Deultum, Sozopolis, etc., qui perdurèrent jusqu’au Moy-

4 Les transformations en Bulgarie ont été élucidées d’une manière satisfaisante à la lu- mière des nouveaux acquis empiriques et méthodologiques dans les récents travaux de synthè- se de V. Dinčev, où l’on trouvera également les références aux publications plus anciennes, cf. Динчев, В. Поселищно развитие през късноантичната епоха (VI–VI в.) в Тракия и Дакия по археологически данни. Автореферат на дисертация. София, 1996; Същ. Полуградски неукрепени селища през римската, късноримската и ранновизантийската епохи (I-началото на VII в.) в днешните български земи. – История, 5, 3, 1996, с. 99–107; Същ. Римските вили на днешната българска територия. София, 1997; Dinčev, V. Classification of the Late Antique Cities in the Dioceses of Thracia and Dacia. – Archaeologia Bulgarica, 3, 3, 1999, p. 39–73. 5 Велков, В. Селото и градът в Тракия и Дакия през IV–V в. н. е. – Исторически преглед, 11, 3, 1955, с. 37–40; Velkov, V. Cities in Thrace and Dacia in Late Antiquity (Studies and Materials). Amsterdam, 1977 (éd. orig.: Sofia, 1959, en bulg.); Рашев, Р. Старобългарски укрепления по Долния Дунав (VII–XI в.). Варна, 1982, с. 15; Горюнов, Е., М. Казанский. К изучению раннесредновековых древностей Нижнего Подунавья (VI–VII вв.). – В: Славяне на Днестре и Дунае. Москва, 1983, с. 204–205; Curta, F. The Making of the Slavs. Histo- ry and Archaeology of the Lower Danube Region c. 500–700. Cambridge, 2001, p. 155–189; Aтанасов, Г. Нов поглед към демографските и етнокултурни проблеми в Добруджа през средновековието. – В: Изследвания в чест на проф. Страшимир Димитров. София, 2001, с. 186–187.

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en Âge 6 . À l’intérieur de ces deux grandes régions, il y eut des différences micro- régionales: même quand elles survécurent, les villes de l’intérieur de la péninsule perdirent de leur importance, à la différence de celles du littoral qui conservèrent plus longtemps leur population et leur culture protobyzantine 7 . En milieu rural les destructions et les changements ethniques entre le IV e et le VI e s. semblent encore plus notables qu’en ville 8 . Là aussi, de fortes divergences régionales sont à signaler. On observe une disparition rapide des grands villages (vici) au nord du pays, où les seuls villages ouverts importants restèrent ceux des « fédérés ». À partir de la fin du VI e s. un vide démographique semble s’être ins- tauré entre le fleuve Jantra, la Stara planina, la mer Noire et le Danube, territoire occupé alors par les Slaves 9 , situation qui se reproduira aux XI e –XII e s. Au sud, des vici satellites survécurent plus longtemps autour des cités, mais seuls villages importants après la fin du VI e s. sont ceux dans les montagnes, et en particulier les Rhodopes 10 . L’on note aussi une atténuation des différences entre les caractéristiques des formes urbaines et rurales. Ce rapprochement fonctionnel et structural entre la ville et le village occasionna une vraie prolifération des formes intermédiaires d’habitat, qui pouvaient être ouverts (mètrokômia, kômopoleis, kômè ou chôrion) ou fortifiés (kastra, phrouria, ochyromata). Les premiers eurent une vie limitée aussi bien dans le temps (ne dépassant qu’exceptionnellement la fin du V e s.), que dans l’espace (dans les régions intérieures des Rhodopes occidentaux et centraux,

  • 6 Beševliev, V. Zur Kontinuität der antiken Städte in Bulgarien. – In: Neue Beitrëge zur Ge- schichte der Alten Welt, II, Berlin, 1965, p. 211–222; Idem. Les cités antiques en Mésie et en Thrace et leur sort à l’époque du Haut Moyen Âge. – Etudes Balkaniques, 5, 1966, p. 207–220; Angelov, D., V. Velkov, C. Danoff. Über einige Probleme der social-ökonomischen und ethnischen Entwicklung im II.–V. Jh. und der Übergang von der Antike zum Mittelalter in VI.–X. Jh. – Etudes historiques, 5, 1970, p. 13–55; Velkov, V. Op. Cit., p. 201–282.

  • 7 Ce fort régionalisme a récemment été mis en évidence par A. Poulter qui distingue, pour le IV e s., quatre catégories de villes au développement inégal, opinion contestée par V. Dinčev, cf. Poulter, A. The Use and Abus of Urbanisme in the Danubian Provinces During the Later Roman Em- pire. – In: The City in Late Antiquity. Londres-New York, 1992, p. 118; Динчев, В. Класификация на късноантичните градове – аспекти, възможности, решения. – Археология, 39, 3–4, 1998, с. 26.

  • 8 La raréfaction des établissements et des monastères ruraux constatée pour le VI e s. pose le problème de l’approvisionnement des populations urbaines, cf. Curta, F. Op. cit., p. 145–150. L’ap- pauvrissement des campagnes en Bulgarie ne devint un fait irréversible qu’à partir de la deuxième moitié du V e -début du VI e s., cf. Велков, В. Цит. съч.

  • 9 Рашев, Р. О генезисe раннесредновекового города. – В: Труды V-ого Международного конгресса славянской археологии (Киев, 1985). Москва, 1987, 1, 2б, с. 30; Станилов, Ст. Към въпроса за заселването на прабългарите на юг от Дунав. – В: Плиска–Преслав. 2. София, 1981, с. 53. Un aperçu critique de la discussion sur la présence ou l’absence d’ancienne population romanisée en Bulgarie du Nord est donné dans: Станилов, Ст. Проучванията върху етническия състав на населението на Първата българска държава. – Археология, 18, 2, 1976, с. 10 и сл. 10 Динчев, В. Поселищно развитие…, с. 20–22. Question abordée également dans: Rašev, R., V. Dintchev, B. Borisov. Le village byzantin sur le territoire de la Bulgarie contemporaine.– In:

Les villages dans l’Empire byzantin IV e –XV e siècle. Paris, 2005, p. 351–362.

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et peut-être par endroits en Dacie Intérieure). Les seconds devinrent la catégorie principale du réseau protobyzantin à partir du V e s. et attirèrent une quantité tou- jours croissante d’habitants . Les troubles accompagnant les grandes migrations déterminent une affinité pour les sites perchés qui est liée à l’insécurité de la frontière danubienne devenue un fait irréversible au VI e s. amenant l’Empire à modifier sa stratégie de défense et imposa l’édification d’une nouvelle ligne fortifiée en profondeur le long de la Stara planina, qui fut appelée à jouer un rôle tout particulier au Moyen Âge . A la principale ligne de démarcation qui passait au niveau de la chaîne mon- tagneuse du Balkan s’ajoutent des oppositions existant entre la plaine et la mon-

tagne, l’intérieur et le littoral. La toponymie, les sources écrites et archéologiques révèlent qu’avec l’arrivée et l’installation permanente des nouveaux peuples, les différences régionales se creusèrent .

3. Le réseau des sites anciens bulgares.

La formation d’un nouvel État dans le Nord-est balkanique en 681 fut le point

culminant de la transformation du peuplement, dont les premières manifestations

au VIII e s. restent malheureusement mal connues sur le terrain archéologique 14 , mais les nouveaux établissements des Slaves, des Bulgares et des autres groupes ethniques semblent se former en quelque sorte en dehors du réseau préexistant. Ils fondèrent leurs propres habitats à côté des sites antiques (exclusivement dans le nord-est du pays). À partir du IX e s. cette situation changea et s’amorça un proces- sus de réoccupation de sites d’époques antérieures 15 . La forme la plus courante d’habitat durant cette période est le village non- fortifié dans les plaines, à la différence du réseau protobyzantin local, où l’habitat fortifié sur hauteur occupait une place prépondérante. Les villages étaient situés à peu de distance les uns des autres (de 1 à 3 km) et formaient un dense réseau:

environ 100 habitats et nécropoles des VIII e –IX e s. sont enregistrés à ce jour pour la seule Bulgarie du Nord-est et ce chiffre passa à 250 pour la première moitié du

Динчев, В. Полуградски неукрепени селища figs. 2–3.

...

,

passim.; Curta, F. Op.cit., p. 155–169,

Рашев, Р. Старобългарски укрепления

,

с. 7–16. Les défilés orientaux, les plus faciles

... à franchir, présentent aussi le plus dense système de fortifications, cf. Момчилов, Д. Пътна и

селищна система между Източна Стара Планина и „Еркесията“ IV–XIV в. (Върбишки, Ришки и Айтоски проход). Варна, 1999, с. 23–70.

Beševliev, V. Les cités antiques en Mésie et en Thrace et leur sort à l’époque du Haut Moyen Âge. – Etudes Balkaniques, 5, 1966, p. 212 sq. 14 Une mise au point de cette discussion dans: Рашев, Р. За началото на българската средновековна култура.– В: Плиска–Преслав. 9. Шумен, 2003; cf. également Aтанасов, Г. Нов

поглед

...

,

с. 188.

15 Станилов, Ст. Към въпроса за заселването на прабългарите

с. 53; Въжарова,

, Ж. Древнеславянские поселения (селища, городища и городища-крепости на територии

...

Болгарии). – В: Труды V-ого Международного конгресса славянской археологии (Киев,

1985). Москва, 1987, 1, 2б, с. 108; Рашев, Р. О генезисe раннесредновекового города

...

,

с. 31.

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X e s. 16 Les nouveaux venus ne réutilisèrent pas les anciennes murailles urbaines et les forteresses, mais élaborèrent un nouveau système de défense qui reposait sur des valla le long des frontières et dont le tracé fut flanqué de camps militaires exécutés tous les deux en remblai de terre. A l’intérieur du pays il y avait des sites fortifiés aussi en terre et fossés, mais habités en permanence par des popu- lations civiles – les gradishte. Vers la fin du IX e – début du X e s. les valla et les fossés perdirent progressivement de l’importance sans toutefois totalement dis- paraître. Ils furent remplacés peu à peu par une architecture en pierres jointoyées au mortier de chaux. Une autre forme étrangère à la tradition tardoantique qui eut une vie relativement courte elle aussi (disparaît avant le milieu du IX e s. 17 ) était l’énigmatique catégorie des auleis – ces importants camps militaires abritant une résidence des khans érigés par leurs soins 18 . L’étrangeté de cet habitat poussait les auteurs byzantins à utiliser le terme distinct d’aulè et non pas ceux de polis, kastron, acropolis ou autre propre à leur culture et cette forme échappe encore à une définition unanime 19 .

  • 16 Апостолов, К., Г. Атанасов, Ст. Бонев и др. Материали за картата на средновековната българска държава (територията на днешната Североизточна България). – В: Плиска–Преслав.

7. Шумен, 1995, с. 159 сл.; Aтанасов, Г. Нов поглед

...

,

с. 188.

  • 17 La dernière mention des auleis bulgares est dans une épître à l’attention de l’empereur Théophile (829–842), cf. ГИБИ, IV, с. 40. Selon Vera Antonova les auleis se transformèrent ensuite en « habitats médiévaux féodaux fortifiés », cf. Antonova, V. Beitrag zur Frage der Eigenart der bul- garischen Aule im Licht der archäologischen Untersuchungen im Aul von Chan Omurtag bei Station zar Krum. – In: Actes du I er congrès international des études balkaniques et sud-est européennes, II,1970, p. 647–652.

  • 18 Les inscriptions commémoratives de construction des auleis prouvent incontestablement l’initiative du khan (Бешевлиев, В. Прабългарски епиграфски паметници. София, 1981, с. 120– 140). D’ailleurs ce n’est peut-être pas un hasard si Théophane le Confesseur, à qui nous devons la

majorité des mentions des auleis bulgares, parle toujours de l’aulè de Krum (le khan) et non pas des auleis des Bulgares (en général), cf. ГИБИ. III. Sofia, 1960, с. 279, 282.

  • 19 La preuve en est la reprise de la discussion entre différents chercheurs, cf. Станилов, С. Селища и аули (Някои въпроси за преселението и усядането на прабългарите на Долния Дунав – VII–VIII в.).– В: Сборник в памет на проф. Станчо Ваклинов. София, 1984, с. 103– 105; Димитров, Хр. Аулите на ранносредновековна България (VII–IX в.). – Исторически

преглед, 41, 2, 1985, с. 48–65; Рашев, Р. Старобългарски укрепления

с. 126; Рашев,

Р.

, Аули и град в България през VIII–IX в. – Сборник в чест на акад. Димитър Ангелов. София,

...

1994, с. 170–177. Leur interprétation varie considérablement: camps militaries (Успенский, Т. Историко-археологическое значение Абобы и ея околностей. Раскопки. Наименование древняго поселения. – ИРАИК, 10, 1995, с. 3 и сл.); résidences du khan (Златарски, В. История на българската държава през средните векове. 1. 1. София, 1970, с. 409); habitat nomade protobulgare (Тъпкова-Заимова, В. Първоначалното българско селище и въпросът за аулите. – Известия на Института за българска история, 6, 1956, с. 439–450); palais ou toute autre construction monumentale en pierres (Михайлов, С. За аулите и пренасянето на българската столица от Плиска в Преслав. – Археология, 14, 1, 1972, с. 1–8); habitat fortifié

par les soins de l’État et abritant une résidence royale (Бешевлиев, В. Паралели: към въпроса за двореца (аула) на прабългарския кан. – Известия на Историческото дружество, 14–15, 1937,

с. 76–80; Същ. Прабългарски епиграфски паметници

,

с. 137; Ваклинов, Ст. За характера

... на раннобългарската селищна мрежа в Североизточна България. – Археология, 14, 1, 1972, с. 9–14 ); forteresse stratégique (Овчаров, Д. Византийски и български крепости V–X в. София,

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En ce qui concerne la ville médiévale bulgare – question très discutée –, il faut éviter la tendance à voir un centre urbain dans chaque établissement fortifié ce qui laisse l’impression, fausse, d’une forte urbanisation du Premier État bulgare 20 . Le nombre des établissements que l’on pourrait qualifier de villes est faible et, dans le Nord, correspond aux capitales Pliska et Veliki Preslav . Le reste de la liste nous mène le long de la frontière danubienne: à Durostorum (Silistra), qui eut un développement privilégié dû probablement en grande partie à sa position géographique, et peut-être à l’ancienne ville de Bononia (Vidin) à l’Ouest. La situation au sud de la Stara planina était tout autre. Avec l’expansion territoriale à partir du règne du khan Krum (802 ?–814), les Bulgares se ret - rouvèrent en possession de centres urbains antiques et protobyzantins qui, bien qu’affaiblis, n’avaient jamais cessé d’exister (Serdica, Philippoupo - lis, Augusta Trajana, Anhialo, Sozopolis, Mesembria). Mais leur rôle dans l’urbanisation de la Bulgarie ne doit pas être surestimé, car à cette époque la vie urbaine y était peu florissante et alimentée en grande partie par les liens administratifs et politiques avec la capitale byzantine. Leur incorporation au Royaume bulgare accéléra en effet leur déclin et les transforma en forteresses frontalières d’importance essentiellement militaire dans les conflits bulgaro- byzantins . La conquête byzantine survint au moment de la plus forte expansion du peu- plement accompagnée d’une prospérité générale de la société bulgare et provoqua

des changements notables.

1982, с. 91). Certains auteurs ont essayé d’expliquer cette diversité comme reflétant les phases de la transformation des valla et des camps militaires en villes (Димитров, Хр. Op. cit.). D’autres mettent l’accent sur le rapport entre l’aulè et la tradition nomade des Bulgares: les auleis sont interprétés comme des résidences fortifiées visitées par les khans et leur cour pour faire revivre symbolique- ment la transhumance saisonnière qu’ils ne pouvaient plus pratiquer dans leur nouveau cadre de vie

au sud du Danube (Станилов, Ст. Селища и аули

....

,

с. 103–105). On a récemment proposé de voir

dans les auleis la forme prise par la ville ancienne bulgare (Рашев, Р. Аули и град в България , ... passim. и по-спец. с. 175). 20 On parle du « nombre important de villes pendant le Haut Moyen Âge en Bulga- rie » (Джингов, Г. Археологически проучвания на поселищния живот в средновековна България. – Векове, 8, 3, 1979, с. 53) ou de « plusieurs villes bulgares du Haut Moyen Âge »

(Рашев, Р. О генезисе

с. 35).

, Le cas de Pliska est particulier, étant donné l’importante transformation qu’elle subit en-

...

tre la fin du VII e et le XI e s. et dont nous commençons à connaître les détails, cf. Димитров, Я. Историческа топография на Плиска. Автореферат на дисертация. София, 1999. Certains cher- cheurs considèrent qu’elle avait un caractère urbain dès sa fondation, cf. Рашев, Р. О генезисе , ...

с. 34; Същ. Аул и град

...

,

с. 171, 175. D’autres estiment qu’elle a acquis les caractéristiques d’une

ville après avoir cessé d’être capitale à la fin du IX e s., et qu’auparavant elle n’était qu’un camp pour l’armée et les pasteurs bulgares, ainsi que la résidence principale du khan, cf. Димитров, Хр.

Аулите на средновековна България

, с. 48 сл.

... Кузев, А. В. Гюзелев. Български средновековни градове и крепости. 1. Градове и крепости по Дунав и Черно море. Варна, 1981, с. 11–12.

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4. Les transformations des XI e –XII e siècles. La reconquête byzantine des Balkans à la fin du X e – début du XI e s., com- prise dans le sens large de l’introduction d’un nouveau système, et non seulement comme campagne militaire, transforma considérablement la physionomie du peu- plement en Bulgarie. Ces changements, certains brusques, d’autres graduels, par- fois commencés encore dans le dernier siècle d’existence autonome de l’Etat bul-

gare, ne peuvent en aucun cas être définis comme déclin ou ralentissement – thèse longtemps soutenue dans l’historiographie bulgare . Leur complexité se définit par le rapport entre les éléments de continuité et de mutation qui varie selon les régions et dont le moteur principal était la géopolitique régionale et l’attitude by- zantine correspondante. Malgré le nombre de problèmes concrets non-résolus encore et les nouvelles données des fouilles archéologiques qui enrichissent annuellement la documen- tation et qui sont susceptibles d’ébranler nos idées sur certains problèmes, nous pouvons proposer une première ébauche de mise au point de la question. Sans pré- tendre d’exhaustivité (d’ailleurs, impossible dans la pratique), nos observations se basent sur un lot de 414 sites, statistiquement suffisamment important pour offrir des données sérielles. Nos conclusions sur le peuplement peuvent être résumées de la manière suivante. Les régions occidentales et méridionales font preuve d’un peuplement plus stable: le nombre des sites anciens bulgares qui perdurent tout au long de la pério- de byzantine augmente sensiblement du nord au sud, et de l’est à l’ouest. Outre, le plus grand nombre de nouveaux établissements se trouve dans les régions situées au sud de la Stara planina, dans le Prébalkan, le long de la rive danubienne et du

Thèse devenue axiomatique que l’on ne se lâche pas de répéter même dans des travaux récents – Борисов, Б. Демографските промени през XI–XII век в днешните български земи (археологически свидетелства). – Сборник в чест на 70-годишнината на акад. Васил Гюзелев. София, 2006, с. 392), sans compter les publications plus anciennes comme: Цанкова–Петкова, Г. Феодалното земевладение в южните и югозападни български земи под византийско владичество. – Известия на Института за история, 8, 1960, с. 273–308; Същ. За аграрните отношения в средновековна България (XI–XIII в.). София, 1964; Същ. Съдбата на българ- ския средновековен град под византийско владичество. – Българският средновековен град. София, 1980, с. 57–66; Cankova–Petkova, G. Au sujet des relations féodales dans les territoires bulgares sous la domination byzantine à la fin du XI e et pendant la première moitié du XII e siè- cle. – Byzantinobulgarica, 2, 1966, p. 107–125; Литаврин, Г. България и Византия в XI–XII в. София, 1987, с. 17–194. Il y bien évidemment des chercheurs qui tendent à atténuer cette opinion négative – voir les arguments des divers partis et les références bibliographiques dans: Litavrin, G. Bulgarian Culture in the Eleventh and Twelfth Centuries: Conditions of Development.– In: To ellikon. Studies in Honor of Speros Vryonis. vol. II. Byzantinoslavica, Armeniaca, Islamica, the Balkans and Modern Greece. New Rochelle-New York, 1993, p. 65–76. Dernièrement, des étuudes consacrées essentiellement à la ville, changent l’opinion négative de l’influence de la domination byzantine sur le développement de la Bulagrie – cf. Лишев, С. Българският средновековен град. София, 1970, с. 64; Илиева, Л. Градското стопанство в земите между Дунав и Стара планина през периода на византийското владичество в българските земи (XI–XIIв.). – В: Сборник в чест на 70-годишнинана на акад. Васил Гюзелев. София, 2006, с. 559–577.

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littoral pontique. Dans le même temps, peu d’entre ceux créés aux XI e et XII e s. dans la plaine thrace subsistèrent aux XIII e –XIV e s.

4.1. Bulgarie du Nord – Bulgarie du Sud: évolutions contrastées. Le premier fait qui introduit des éléments de divergence régionale est la proximité de la région correspondante à la capitale. Comme dans tout État centra- lisé, le développement des régions était fortement tributaire de l’initiative étatique et celle-ci était déterminée par le concept fondamental à Byzance de centre et de périphérie. Le danger potentiel d’invasion, l’état quasi-permanent de guerre, la perte et la reconquête de provinces entières étaient des faits courants dans la vie millénaire de l’Empire. Les Byzantins y étaient habitués et aucun événement n’était perçu comme dramatique tant que son effet se limitait à la périphérie. Ce n’était que lorsque les intérêts vitaux de l’Empire étaient touchés dans son centre, c’est-à-dire la capitale et son hinterland, que la réaction devenait plus énergique 24 . C’est ainsi que la proximité de Constantinople déterminait l’attention spéciale portée aux régions proches, souvent au détriment des plus éloignées. De cette attention dépendaient la construction et l’entretien des forteresses et des routes, la promotion économique, le renforcement ou l’affaiblissement démographique. Ceci détermine une évolution différente de l’habitat dans les deux grandes régions (la Bulgarie du Nord et la Bulgarie du Sud), même aux XI e et XII e s. où elles étaient toutes les deux comprises dans les frontières du même État. Ainsi, la Bulgarie du Nord, dans la partie orientale de laquelle s’était formé l’Etat bulgare à l’époque immédiatement antérieure et qui était le plus densément peuplé aux IX e –X e s. reçu au XI e s. le statut de province de frontière battue par des vagues quasi-permanentes des nouveaux peuples migrants de l’Est à cette épo- que – Petchénègues, Ouzes, Coumans. Cette situation y fragilisa le dense peuple- ment au point qu’au milieu du XII e s., Jean Kinnamos décrit la Bulgarie du Nord, qui devint le Paristrion byzantin, comme un pays déserté, où de denses forêts plei- nes d’animaux sauvages offraient d’excellentes conditions à la chasse 25 . Tableau alarmant d’une région aux larges étendues vides et sans ressources, où la défense frontalière de quelques villes fortes une fois percée, rien ne pourra plus retenir un ennemi: les Petchénègues déferlèrent entre 1047 et 1091 sans sérieux obstacles du Danube à la Thrace et la Macédoine 26 . Cette situation était peu favorable à un peuplement stable. Les fouilles archéologiques le confirment: à la fin des deux siècles de domination byzantine cette région, si densément habitée durant le Haut Moyen Âge, se vit presque dépeuplée dans sa partie orientale. Des changements

  • 24 Poisson, J.–M. (éd.), Frontière et peuplement dans le monde méditerranéen au Moyen Âge:

actes du colloque d’Erice-Trapani tenu du 18 au 25 septembre 1988. Madrid, 1992, p. 337 (Discus- sion, propos de J. Lefort).

  • 25 ГИБИ. VII, с. 226.

  • 26 Diaconu, P. Les Petchénègues au Bas Danube. Bucarest, 1970; Malamut, E. L’image by- zantine des Petchénègues. – Byzantinische Zeitschrift, 88, 1995, p. 105–147.

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radicaux s’opérèrent au niveau du peuplement. Ils peuvent être poursuivis en dé- tail seulement pour la moitié orientale, comprise entre le Danube au nord, la mer

Noire à l’est, la crête de la Stara planina au sud et le fleuve Jantra à l’ouest 27 . Tou- tefois, il paraît que la région Nord-Ouest fut également touchée d’une manière

significative par les invasions petchénègues – la vie cessa dans plusieurs habitats du Haut Moyen Âge 28 . Une diminution drastique du nombre de sites se produisit dans la seconde moitié du X e s. en Bulgarie du Nord-Est: on compte 329 sites avec un terminus ante quem de la fin du X e s. 29 Cette tendance toucha principalement les habitats ouverts de la région (tabl. 1) et correspond à la guerre byzantino-russo-bulgare qui se termina par la campagne victorieuse de l’empereur Jean Tzimiskès en 971.

radicaux s’opérèrent au niveau du peuplement. Ils peuvent être poursuivis en dé - tail seulement pour

Une deuxième phase dans la modification du réseau s’ouvrit dans la pre- mière moitié du XI e s., lorsqu’on voit ces tendances s’accentuer: 38 nouveaux cas d’abandons sont à noter. Cette deuxième crise, provoquée par les raids petchénè- gues répétitifs au sud du Danube et la réponse byzantine, toucha davantage les ha- bitats fortifiés, dont le nombre vers le milieu du siècle diminua plus sensiblement en comparaison avec la phase précédente (tabl. 1). L’accroît timide du nombre des sites, tant ouverts que fortifiés, au XII e s. ne changea pas radicalement cette situa- tion et des reprises de vie sur des établissements désertés à la fin du X e et au XI e s. étaient rarissimes. La majorité des sites existant au XII e s. étaient des créations nouvelles ou des habitats ayant survécu à la crise du milieu du XI e s. (tabl. 2).

  • 27 Il est regrettable que l’absence d’informations (comme celles contenues dans: Апостолов, К., Г. Атанасов, Ст. Бонев и др. Цит. съч.) ne permette pas de préciser les étapes de l’évolution

chronologique des sites à l’intérieur de la période des XI e –XII e s. pour les autres régions.

  • 28 Борисов, Б. Демографските промени през XI–XII век

...

, с. 396–397.

  • 29 Sont comptés uniquement les sites pour lesquels un terminus ante quem de la fin du X e s. est précisé, sans retenir ceux qui sont généralement datés du Premier Royaume bulgare, datation, qui dans la littérature scientifique bulgare, peut signifier un arrêt de la vie tant à la fin du X e , qu’au début du XI e s.

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Ainsi, à la fin de la période étudiée, une image totalement différente émerge aussi bien au

Ainsi, à la fin de la période étudiée, une image totalement différente émerge aussi bien au niveau des proportions entre les sites ouverts et les sites fortifiés, ces derniers étant devenus la forme d’habitat dominante, qu’au niveau de leur réparti- tion territoriale, les régions de prédilection étant celles le long du Danube et de la mer Noire, à l’ouest du cours du fleuve Beli Lom et surtout le Prébalkan. Cette si- tuation n’est pas sans rappeler la période paléobyzantine lorsque des changements notables dans le même sens survinrent dans l’organisation de l’espace habité. Pa- reil, au Nord de la Stara planina, ces mutations furent plus brutales qu’ailleurs et les sites de l’intérieur de la région moins favorisés par rapport à ceux du littoral qui étaient privilégiés en raison de la facilité de la communication avec la capitale par voie maritime. Identiquement aussi, le milieu rural était plus touché par les destructions que les villes. Les régions au Sud de la Stara planina connurent également une évolu- tion, mais elle suivit un rythme et un sens tout à fait différents. Le peuplement dans cette région auparavant disputée entre la Bulgarie et Byzance était beau- coup plus faible au X e s. qu’au Nord. Mais avec l’extension du territoire romain au Bas Danube et la fin des guerres bulgares, elle se retrouva dans une situation différente: loin de toute frontière, ce qui diminua considérablement les facteurs perturbateurs. Une fois la paix retrouvée, les habitats démontrent une nette crois- sance durant la période de la domination byzantine 30 . Cette augmentation était presque deux fois plus importante en ce qui concerne les sites ouverts que les sites fortifiés (tabl. 3). Ceci suggère la présence d’un climat de sécurité qui aurait permit la promotion de sites non fortifiés.

30 Borisov, B. Основные етапы в развитии системы поселений Северо-Восточной Фракии XI–XII в.– В: Труды V-ого Международного конгресса славянской археологии (Киев, 1985). Москва, 1987, 1, 2б, с. 130–139; Borisov, B. Settlements of Northeast Thrace: 11–12 Centuries. – Archaeologia Bulgarica, 5, 2, 2001, p. 77–92; Гатев, П. Средновековно селище и некропол от XII в. край с. Ковачево, Пазарджишко. София, 1985 (=Разкопки и проучвания, XII); Чангова, Й. Средновековното селище върху тракийския град Севтополис (XI–XIV в.). София, 1972.

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Tabl. 3

Tabl. 3 Si nous comparons ces données avec celles obtenues pour la Bulgarie du Nord, nous

Si nous comparons ces données avec celles obtenues pour la Bulgarie du Nord, nous obtiendrons une première différence notable dans le développement du réseau d’habitat des deux côtés de la montagne (tabl. 4).

Tabl. 4

Tabl. 3 Si nous comparons ces données avec celles obtenues pour la Bulgarie du Nord, nous

Les proportions entre les sites nouvellement fondés au Nord et au Sud attes- tent du développement beaucoup plus intensif et positif de la partie méridionale. Il est accompagné d’une répartition géographique beaucoup plus régulière, tant dans les montagnes que dans les plaines. Les effets des raids Petchénègues et Coumans au Sud de la Stara planina, bien que destructifs , n’étaient pas catastrophiques au

Par ex. les sites de Hissara à Haskovo (Аладжов, Д. Селища, паметници, находки от Хасковския край. Хасково, 1997, с. 134, 171, 275), ceux près de Sadievo (Шейлева, Г.

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point de bouleverser durablement le peuplement de la région comme c’était le cas de l’autre côté de la chaîne balkanique. Dans les cas des sites plus importants et situés à des emplacements stratégiques, les dégâts des guerres byzantino-petché- nègues étaient systématiquement réparés (Sliven, Markelli). Ailleurs, une fois la menace passée, les habitants revenaient, mais sans réparer les murailles et s’ins- tallèrent à proximité sur un site sans protection (Hisarlăka de Haskovo, Mineralni bani). Le fait révèle la profonde différence avec la situation au Nord de la Stara planina. Dans ces régions méridionales, la sécurité que garantissait la proximité de la capitale, les possibilités et l’intérêt qu’avait le pouvoir central à réagir ra- pidement à toute menace extérieure, donnaient aux populations un sentiment de protection, que ceux habitant le Paristrion n’avaient pas . C’est cette plus grande sécurité qui impliquait aussi une plus grande stabilité du réseau des sites. Jusqu’à la fin du XII e s., en Thrace, on ne voit pratiquement pas d’habitats désertés défini- tivement: on reconstruisait ou continuait la vie à proximité immédiate. Cette plus grande stabilité du réseau au sud a son antécédent également à l’époque protoby- zantine, lorsqu’on note dans cette même région des changements moins dramati- ques et on y constate une plus forte longévité des centres urbains et des villages satellites autour des cités . Enfin, un trait commun au développement du réseau dans les deux régions est la préférence topographique pour les hauteurs naturelle- ment protégées – situation qui reproduit également l’état des choses du VI e –VII e s. contrairement à l’époque du Premier Royaume bulgare lorsque la forme la plus courante d’habitat local était le village non-fortifié dans les plaines. Le XI e s. marque la réoccupation médiévale pour nombreux sites fortifiés protobyzantins abandonnés au moment des grandes invasions des VI e –VII e s. La reprise est par- ticulièrement remarquable dans la zone de la Stara planina, qui, une fois de plus, devint la « vraie » frontière entre le monde romain et le barbaricum, pusique plus facile à défendre que le grand fleuve du Danube, ce dernier servant plutôt du pont que d’obstacle devant les envahisseurs nomades. C’est par exemple, le cas des sites comme Krăn, Tvardica, Vetren, Nikolaevo, des deux fortins près de Măglij, Enina, Taja, etc 34 .

Средновековна керамика от с. Съдиево, Новозагорско. – Известия на музеите от Южна България, XIX, 1998, p. 102–14), à Sliven (Щерева, И., Кр. Вачева, Д. Владимирова-Аладжова, Туида-Сливен. 1. София, 2002, с. 121 (=Разкопки и проучвания, XVIII), à Karasura (Herman, J., M. Wendel, V. Neševa. Археологически проучвания в Карасура. – Археология, 30, 4, 1988, с. 1–11), à Sredec (Балболова-Иванова, М. Фортификационното строителство на крепостта в местността „Калето“ в град Средец, Бургаска област (предварително съобщение). – Археология, XXXVII, 1995, кн. 3, с.28–34), etc. Rappelons à cet égard le passage de Jean Kinnamos qui, à propos de l’invasion coumane de la région danubienne en 1148, fait référence aux paroles d’un batelier, qui serait allé jusqu’à repro- cher à l’empereur le manque d’intérêt pour cette région – cf. ГИБИ. VII, с. 227. Cf. supra. 34 Попов, А. Крепостни и укрепителни съоръжения в Крънската средновековна област. София, 1982, с. 11; Момчилов, Д. За приемствеността на поселищния живот в южните под-

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Ainsi, les différences régionales où la principale ligne de démarcation passait au niveau de la chaîne montagneuse de la Stara planina existaient pen - dant les trois périodes envisagées. Mais l’évolution n’avait pas toujours le

même sens. Les tendances notées pour les XI e et XII e s. convergeaient plus avec celles de l’époque protobyzantine en faisant preuve d’un développement bien plus positif au sud qu’au nord contrairement à l’époque du Premier Etat

bulgare.

6. Lieux de la mémoire urbaine.

La mémoire urbaine occupe une place de prédilection dans la mémoire

topographique des Byzantins car la ville était pour eux le symbole même d’une existence civilisée. Les villes étaient conçues comme des éléments du patri- moine. La réappropriation du territoire suite à la restauration du pouvoir by- zantin dans les Balkans à la fin du X e –XI e s. allait, un peu partout, de pair avec la restauration du tissu urbain, celui-ci calqué en grande partie sur le réseau des évêchés. La réurbanisation des provinces bulgares aux XI e –XII e s. suit un rythme accéléré. Cette urbanisation en Bulgarie se décèle dans trois tendances principales: le renouveau des cités antiques et des centres protobyzantins d’im- portance variée (Varna, Messembria, Anchialo, Sozopol, Agathopol, Nicopolis ad Nestum, Serdica, Berroe, Sliven, Kjustendil, Perperikon, Tărnovo, Loveč, Constantia, etc.), l’accentuation des caractéristiques urbaines des bourgades fortifiées créées sous le Premier Royaume bulgare (Tzar Assen, Skala, Odărtzi, Okorš, Rujno, etc.) et l’émergence de nouvelles villes castrales (Melnik, Krăn, Červen, Tzepina, etc.). Dans ces processus, il faut noter que la période de la domination byzan - tine renforça la persistance d’un réseau de villes majeures, situées essentielle - ment dans les plaines et jalonnant les principaux axes de communication dans la péninsule. Ce réseau légué par l’urbanisme antique (genre Serdica, Philip - poupolis, Beroe, Messembria, etc.), et dont les fonctions urbaines s’étaient atténuées dans le cadre du Premier état bulgare où il servait essentiellement de têtes de pont dans les guerres byzantino-bulgares, devint rapidement la base de la réintégration administrative, économique et culturelle des territoires recon - quis. Les Byzantins restaurèrent le système d’évêchés basé essentiellement sur le réseau urbain, ce qui donna un élan supplémentaire à l’urbanisation de la région. Par conséquent, l’attitude adoptive byzantine aux XI e –XII e s. envers l’héritage de l’Antiquité tardive est contraire à celle des Bulgares auparavant, qui pendant plus d’un siècle et demi fuyaient les cités antiques et fondaient leurs propres habitats à proximité. En s’installant sur le territoire romain, les

Bulgares ne réutilisèrent pas les anciennes murailles urbaines et forteresses,

ножия на Ришкия и Върбишкия проходи (VI–XIV век). – Известия на музеите от Югоизточна

България, 19, 1998, с. 113–120; Същ. Пътна и селищна система

...

, passim.

4

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mais élaborèrent un nouveau système de défense qui reposait sur des principes stratégiques, topographiques et structuraux différents. Ce n’est qu’au cours des IX e et X e s., que le contact avec Byzance, l’évolution interne de la société bulgare et l’expansion territoriale vers le sud et le sud-est que les Bulgares se mirent à réparer et à réutiliser les fortifications de villes et de bourgades pro- tobyzantines, exploitant ainsi l’héritage transmis par Byzance. Contrairement à cette difficulté initiale des Bulgares d’intégrer l’héritage urbain protobyzantin, les Byzantins eux, aux XI e –XII e s., firent preuve d’une remarquable capacité d’adoption non seulement du réseau urbain et semi- urbain byzantin de la haute époque, mais également de celui généré par la société bulgare au X e s. En effet, parmi les sites qui, tout de suite après l’établissement du pouvoir byzantin connurent une rapide croissance démo - graphique, économique et administrativo-militaire qui leur attribua un aspect urbain, il faut citer en premier les bourgades fortifiées, situées essentiellement dans le Nord-est du pays (Vetren et Popina II sur le Danube, et à l’intérieur, Tzar Assen, Skala, Odărci, Okorš, Rjuno, Središte, Vălnari, Vojnikovo, etc.). Mais toutes ces bourgades fortifiées du Paristrion virent leur transformation typologique s’effondrer en raison de leur destruction ou abandon dans les an - nées 1030–1050 suite aux raids petchénègues. La renaissance urbaine aux XI e –XII e s. repose donc à la fois sur la mémoire topographique protobyzantine et ancienne bulgare. La dernière voie du développement urbain aux XI e –XII e s., qui reproduit des phénomènes déjà vécus à l’époque protobyzantine, est à mettre en rapport avec l’affirmation définitive du kastron comme centre défensif, administratif et politi- que. Ceci entraîna une préférence pour les hauteurs naturellement protégées, ce qui influencera fortement la topographie urbaine même de la période postérieure des XIII e –XIV e s. Ainsi, nous voyons la multiplication des reprises de cette haute époque byzantine, et, plus rarement, des créations ex nihilo de forteresses le long du Danube 35 , de la mer Noire 36 , mais surtout dans les Pré-et Sub-balkan 37 , ainsi

35 Кузев, А., В. Гюзелев. Цит. съч.; Кузев, А. Приноси към историята на средновековните крепости по Долния Дунав. Пиргос, Новград, Свищов и Никопол. – Известия на Народния музей – Варна, 3 (18), 1967, с. 52–68; Същ. Приноси към историята на средновековните крепости по Долния Дунав. IV. Силистра и Хърсово. – Известия на Народния музей – Варна, 5 (20), 1969, с. 137–155; Същ. Стратегическата роля на крепостите по Долния Дунав IX–XII в. – Известия на Народния музей – Варна, 15 (30), 1979, с. 25–41; Атанасов, Г. Поглед към Добруджанския дунавски бряг от XI до XV в. – Исторически преглед, 48, 8–9, 1992, с. 13–31; Атнанасов, Г. И. Йорданов. Средновековният Ветрен на Дунав. Шумен, 1994. 36 Кузев, А., В. Гюзелев. Цит. съч.; Атанасов, Г. Етнодемографски и етнокултурни процеси по Добруджанското Черноморие през Средновековието. – Исторически преглед, 52, 2, 1996, с. 3–30; Asdracha, C. La Thrace orientale et la mer Noire: géographie ecclésiastique et pro- sopographie (VIII e –XII e siècles).– In: Géographie historique du monde méditerranéen. Paris, 1988, p. 221–309. 37 Попов, А. Цит. съч.; Момчилов, Д. Пътна и селищна система ...

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que dans les Rhodopes 38 et la Strandža 39 . Le caractère urbain de ces peuplements castraux ne s’affirma d’une manière claire qu’à la période postérieure.

7. La pérennité de « l’empreinte byzantine » sur l’espace habité. Une étude statistique sur les désertions des sites aux XI e –XII e s. que j’ai me- née pour l’instant uniquement pour la région nord-est permet d’affirmer une fois de plus que c’est surtout les lieux habités déjà à l’époque protobyzantine qui dé- montraient la plus grande stabilité dans le réseau après la restauration du pouvoir byzantin au Bas Danube à la fin du X e s. Et ceci même dans cette zone frontalière la plus vulnérable aux processus d’instabilité et la plus touchée par les bouleverse- ments dramatiques causés par l’expansion russe et les mouvements nomades. Ainsi, parmi les sites ouverts abandonnés dans la première moitié du XI e s., le nombre des créations médiévales bulgares est deux fois plus élevé que celui des sites qui existaient déjà à l’époque protobyzantine et furent ensuite repris par les Bulgares (tabl. 5). Ceci indique la plus forte stabilité de l’ancien réseau protoby- zantin par rapport à celle des nouveaux établissements d’origine médiévale.

que dans les Rhodopes et la Strandža . Le caractère urbain de ces peuplements castraux ne

Cette proportion augmente encore (1:3) pour les sites fortifiés (tabl. 6), ce qui atteste de la plus forte résistance aux bouleversements politico-militaires dessites- héritiers de l’époque protobyzantine en comparaison avec les structures récentes.

38 Балкански, И. Източно-родопски крепости. София, б.д.; Овчаров, Н., Д. Коджаманова, Перперикон и околните твърдини през Средновековието. Крепостното строителство в Източните Родопи. София, 2001; Дамянов, Н., К. Кисьов. Разузнавателно обхождане и сондажи в района на град Девин. – Археологически открития и разкопки през 1983. Смолян, 1984, с. 123–124. 39 Попов, А. Странджанско-Сакарският граничен район през Средновековието. – В:

Странджанско-сакарски сборник. II, кн. 2. Малко Търново, 1984, с. 79, 81; Димитров, Б. Странджа през средновековието. – Известия на Националния исторически музей, 8, 1989, с. 21–52.

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Cette tendance est encore plus prononcé en ce qui concerne la phase chronologi - que suivante

Cette tendance est encore plus prononcé en ce qui concerne la phase chronologi- que suivante qui correspond à la période de « l’anarchie en Paristrion » des an- nées 1070–1090. Là, la forme la plus vulnérable sont les villages non-fortifiés créés durant le Premier Royaume bulgare, alors que les fortifications de l’époque protobyzantine ne furent pratiquement pas touchées (tabl. 7 et 8).

Cette tendance est encore plus prononcé en ce qui concerne la phase chronologi - que suivante
Cette tendance est encore plus prononcé en ce qui concerne la phase chronologi - que suivante

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8. Les cas des ex-capitales Pliska et Veliki Preslav – damnatio memoriae ou pragmatisme logique.

Enfin, dans le cadre d’une réflexion sur les lieux et la mémoire historique, il

est instructif d’examiner la situation des deux capitales bulgares Pliska et Veliki

Preslav – symboles topographiques par excellence de l’étatisme bulgare. Leur si- tuation contraste à première vue avec l’essor urbain général. Sans entrer dans les détails, il suffit de rappeler l’abandon des aménagements urbains, tels conduites

d’eau, canalisation, bains, fontaines, « l’invasion » de cabanes et d’ateliers artisa- naux sur les rues, les places et les palais, le rétrécissement du territoire urbain dans

les limites des villes internes, l’occupation par une population pauvre de l’espace jadis sacré et limité à l’entourage palatin et la haute administration, la progression des cimetières qui transformèrent les anciens centres florissants en vraies « cités des morts ». Peut-on considérer l’évidente dégradation de leur urbanisme comme

tentative du nouveau pouvoir byzantin d’effacer tout souvenir « topographique » de l’autonomie bulgare ? En effet, on constate une perte progressive du respect initial envers les lieux d’où s’exerçait le pouvoir royal. Ainsi, au début les huttes creusées dans le sol, les ateliers et les boutiques ne surgirent que sur le terrain non construit le long des murs d’enceinte de Pliska alors que la citadelle gardait son aspect originel, au début du XI e s. les nouvelles constructions y pénétrèrent également en envahissant l’espace le plus sacré – la place palatine. Toutefois, quelques éléments viennent à l’encontre de cette logique. La perte de l’aspect monumental de ces zones aupa- ravant les plus prestigieux ne signifie pas nécessairement un déclin urbain. Dans

le cas de Pliska par exemple, l’épaisseur et le caractère de la couche archéologi-

que correspondant au début de la reprise byzantine (fin du X e – début du XI e s.), l’intensité de l’activité artisanale et commerciale, la densification de l’occupation donnent à la ville une physionomie et une importance toutes nouvelles, témoins d’un processus d’urbanisation accélérée plus explicite que jamais, mais privée des

moyens d’une véritable politique de prestige dont elle bénéficiait auparavant. Au moins jusqu’aux 1030, lorsque commencent les raids successifs petchénègues, le pouvoir byzantin à Pliska était stable et assurait un climat favorable à l’évolution économique de la ville. Ce n’est qu’après les 1060 avec la pression nomade que la vie s’éteignit dans plusieurs secteurs et le site ne se remit plus 40 .

40 Михайлова, Т. Сгради и съоръжения на запад от Тронната палата в Плиска X–XI в. – Плиска-Преслав. Т. 5. Шумен, 1992, с. 170–184; Балабанов, Т. Железарска и медникарска работилница в Плиска. – МПК, 21, 4, 1981, с. 35–39; Същ. Разкопки на северната и източната стена в Плиска (1977–1978). – Плиска–Преслав 4. София, 1985, с. 117–131; Същ. Жилища покрай северната и източната стена на Плиска. – Плиска–Преслав 5. Шумен, 1992, с. 146–169; Димитров, Я. Историческа топография на Плиска. Автореферат на дисертация. София, 1999; Същ. Градоустройство. – В: Първопрестолна Плиска. 100 години археологически проучвания. Frank- furt am Main, 1999, с. 23–26; Същ. Нови данни за археологическата карта на Плиска. – В: Приноси към българската археология. 1. София, 1992, с. 58–67; Същ. Два некропола във Външния град на Плиска. – В: Трудове на катедрите по история и богословие. 2, 1998, p. 69–80.

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A Veliki Preslav, l’instauration du pouvoir byzantin transforma profondé- ment la physionomie du site, mais dans un premier temps, les changements furent graduels: de la fin du X e au milieu du XI e s. les destructions partielles allaient de pair avec des réparations, tout aussi partielles, mais exécutées solidement en pierre et mortier, bien que peu respectueuses du concept architectural antérieur 41 . Dans certains secteurs, comme la chancellerie qui assurait le fonctionnement de la stratégie byzantine basée à Preslav, l’occupation fut même plus intense que jamais 42 . Par conséquent, à Veliki Preslav, le pouvoir byzantin procéda à des modifi- cations qui toutefois suivaient une certaine logique. Le dédale de larges allées, de cours entourées de portiques et de bâtiments luxueusement décorés qui étaient les éléments de base du centre palatin, fut progressivement liquidé. L’ancien schéma, engendré par les besoins du cérémonial royal et copiant le palais de Constantino- ple, ne fut plus fonctionnel dès lors que la ville perdit son statut de capitale. Le nouveau concept privilégia l’unification de l’espace urbain, la simplification des communications et l’ajustement de quelques édifices mis au service de la nouvelle administration. Suite à ces mesures, la ville perdit indubitablement de son éclat, mais non pas de son poids symbolique comme le prouvent les actes des Asseni- des: au moment de la restauration de l’Etat bulgare deux siècles plus tard, ils es-

sayèrent aussitôt de s’emparer de la ville et en firent le domaine du roi « abdiqué »

Pierre. Là aussi, le tableau dressé rappelle la situation de l’époque protobyzanti- ne lorsque dans la plupart des villes on constate des processus identiques, notam-

  • 41 Naturellement, la majorité des publications traitant de l’histoire et de l’archéologie de Pres-

lav concerne la période où le site était capitale. Les matériaux archéologiques postérieurs au X e s. sont plus rarement étudiés et font l’objet de la thèse doctorale attendue de Tonka Mihajlova. Je voudrais tout spécialement la remercier ici pour les informations précieuses qu’elle m’a fournies, l’orientation bibliographique, l’accès au matériel non publié et le temps consacré. La publication de quelques ensembles bien fouillés sont la base de nos conclusions, qui peuvent à tout moment être invalidées, les fouilles continuant toujours, cf. Овчаров, Д., Д. Аладжов, Н. Овчаров, Големият царски дворец във Велики Преслав. 1. Преславската патриаршия през X в. София, 1991; Тотев, Т. Дворцовият манастир в Преслав. Шумен, 1998; Бонев, С. Царският дворец във Велики Преслав. Площадът с фиалата (IX–XIV век). В. Търново, 1998; Апостолов, К., Г. Атанасов, Ст. Бонев и др. Цит. съч., с. 176–178; Йорданов, И. Печатите от стратегията в Преслав (971–1088). София, 1993; Ваклинова, M., И. Щерева, С. Горянова, Разкопки на преславския дворец през 1995 г. – АОР през 1995. София, 1996, с. 87–88; Евтимова, Е. Некрополи южно от дворцовите сгради в Преслав. – В: Плиска–Преслав. 6. София, 1993, с. 180–201; Михайлова, Т. Следстоличен Преслав в светлината на археологическите проучвания. – В: Държавно-

политически традиции по българските земи. Сборник с материали от Втората национална конференция на младите историци. В. Търново, 1980, с. 135–145; Същ. Верижни сгради край южната крепостна стена във Вътрешния град на Преслав. – В: Проблеми на прабългарската история и култура. София, 1991, с. 273–283.

  • 42 Михайлова, Т. За благоустройството на района около „Административната сграда“ в Преслав. – Плиска–Преслав. Т. 10. Шумен, 2004, с. 252–280;

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ment la perte de l’aspect monumental sans que cela équivaille un déclin urbain 43 . De même, tout comme à l’époque protobyzantine où ces mutations étaient en partie une conséquence du transfert des pouvoirs, les transformations évoquées à Pliska et Preslav semblent correspondre plutôt aux changements de statut de ces habitats qu’à un effort destructif délibéré de la part du pouvoir byzantin, en de- hors bien sûr des dégâts inévitables provoqués au moment de la conquête. Ainsi, la détérioration de la monumentalité du centre de Pliska commença dès la perte de ses fonctions de capitale en 893, bien avant sa prise par Tzimiskès en 971. La dégradation de l’aspect de Veliki Preslav s’accentua seulement avec la baisse de l’activité administrative de la stratégie de Veliki Preslav et l’instabilité du pou- voir byzantin dans la région après 1060 causée par l’instabilité régionale durant les guerres petchénègues. Il s’agissait donc moins d’une ardeur destructrice de la part du pouvoir byzantin que d’une attitude pragmatique suite au changement de statut de ces villes qui, dans les nouvelles circonstances, étaient réduites à n’être que des habitats provinciaux dans un pays conquis, de plus relativement éloignés de Constantinople, et situés dans une zone frontalière frappée par les ravages no- mades tout au long du XI e s. Guidés par le pragmatisme moins que par des actes de destructions symboli- ques, les Byzantins réutilisèrent ce qu’ils trouvèrent sur place, abandonnèrent ce qui ne leur était pas nécessaire ou ce qu’ils ne pouvaient pas entretenir, rajoutèrent des éléments à des constructions déjà existantes. L’exemple de la place monu- mentale sud-est dans la ville intérieure de Preslav illustre bien ces conclusions. Elle conserva également jusqu’au milieu du XI e s. son aspect général du siècle précédent: l’église et la phialè décorative furent intactes, le grand bâtiment lon- geant le mur d’enceinte oriental fut habité au début de la période byzantine. Dans ce secteur, seul le long bâtiment en enfilade qui limitait au nord la cour fut démoli d’une manière préméditée: on enleva même les pierres de l’assise supérieure de ses fondations qui affleuraient à la surface. Les pierres furent entassées dans de grandes fosses creusées pour l’occasion sur place. L’on procéda au nivellement du terrain, effaçant ainsi toute trace du bâtiment antérieur 44 . Les raisons de cette ac- tion ne sont pas claires. On peut supposer que ce bâtiment, qui avait des fonctions représentatives particulières dans ce secteur de la capitale d’autrefois (héberger les ambassades et d’autres visiteurs importants), n’avait plus d’utilité pour le nouveau pouvoir. Peut-être était-il d’ailleurs déjà partiellement en ruines après la bataille contre les Russes et sa reconstruction s’avéra inutile. En éliminant ce bâtiment, les Byzantins dégagèrent l’espace face à la porte d’entrée sud qui était toujours en usage, et aménagèrent dans cette zone de nouveaux axes de communication: deux

43 Spieser, J.–M. L’évolution de la ville byzantine de l’époque paléochrétienne à l’iconoclas- me. – Hommes et richesses dans l’Empire byzantin, vol. I (IV e –VII e siècles). Paris, 1991, passim. en part. p. 106. 44 Бонев, С. Цит. съч.,с. 58–64, 131–132.

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rues furent tracées et dallées, dont une continuait au nord vers le centre religieux (l’ex-archevêché) dont le mur d’enclos fut alors aussi détruit 45 . En conclusion, la formation du réseau d’habitat sous la domination byzan- tine semble tributaire sur plusieurs points à celui que les Byzantins avaient légué à la région à la haute époque. A la reprise de ces territoires à la fin du X e –début du XI e s. l’intégration de cet héritage topographique se fit tout naturellement, d’autant plus que les conditions politico-militaires pendant les deux dominations byzan- tines sur les terres devenues ensuite, et encore aujourd’hui, la Bulgarie, étaient similaires. Il est difficile de détecter un damnatio memoriae préméditée de la par de l’Empire par rapport aux sites du Premier royaume bulgare, même vis à vis des lieux emblèmes de l’autonomie bulgare comme les ex-capitales. Ce qui assura la plus forte longévité du réseau d’habitats protobyzantin par rapport au tissu du Haut Moyen Âge bulgare c’est sa meilleure adaptation aux nouvelles conditions qui se créèrent dans les Balkans après l’annexion de l’Etat bulgare.

Резюме

Албена Миланова

Loci memoriae: топографската памет във византийска България (краят на X – краят на XII век)

В основата на концепцията за топографската памет стои антична- та идея за обвързаността на менталните образи на определени неща с определени места по такъв начин, че порядъкът на местата да запазва порядъка на нещата. В този смисъл социалната памет е силно зависи- ма от стабилността на системата от места (loci), включително места - та на обитаване на дадено общество, т.е селищната мрежа. Настоящият текст има за цел да разкрие аспекти от функционирането на топографс- ката памет във византийското общество като един от механизмите за съхраняването и увековечаването на осветения от Бога порядък в све - та. Конкретният материал, върху който се базира анализът на тази тема, е селищната структура (като типология и география) на територията на съвременна България в периода на византийското владичество (краят на X – краят на XII в.), като е анализирана информацията от 414 обекта. Основната цел е да се изясни дали при възстановяването на имперската власт в края на X – началото на XI в. върху старите ромейски територии, които в продължение на три века се развиват в рамките на независимото българско царство, Византия запазва и се опира на заварената раннобъл- гарска селищна система или предпочита собственото си ранновизантийско

45 Пак там, с. 135–137; Овчаров, Д., Д. Аладжов, Н. Овчаров, Цит. съч., с. 43–44, фиг. 53.

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наследство, независимо от състоянието, в което го намира, или пък и вър - ху двете и в какви пропорции. За да се отговори на така поставения въпрос, е направен последо- вателен преглед на селищната мрежа в трите интересуващи ни епохи, от който се налагат следните най-общи изводи. Византийското владиче- ство предизвиква серия от сложни (понякога противоречиви), значител- ни (понякога резки, друг път постепенни) промени в селищния облик на българските земи. В много отношения констатираните тенденции са сходни с тези, които познаваме от ранновизантийската епоха, и са про- тивоположни на установените за времето на Първата българска държа- ва. Така например в резултат на продължителния номадски натиск от 30-те до 90-те години на XI в. районите на север от Стара планина посте- пенно се обезлюдяват, като оредялото население се съсредоточава в голе- мите укрепени градове по Дунавското и Черноморското крайбрежие и в планинските крепости, които в повечето случаи са възстановени раннови- зантийски укрепления – процеси, които значително напомнят картината в Късната античност. Също подобно на късноантичната епоха, в тези условия най-пагубни са промените за селските поселения. Разрушителните процеси засягат особено Североизточна България, където в Ранното средновековие е кипял най-интензивен живот и е най-плътно заселената територия на дъ- ржавата. На юг от Стара планина протичат противоположни процеси. Тази доскоро слабо населена зона, постоянно бойно поле в продължителния бъ- лгарско-византийски конфликт, сега се превръща във вътрешноимперска територия, която, въпреки някои частични разрушения или напуснати се- лища преживява истински демографски „бум“ с впечатляващо нарастване броя на неукрепените села в равнинните местности – безспорно доказател- ство за относителната сигурност, която позволява интензивно насищане на селищната мрежа с нови структури. Подобна, по-висока стабилност на селищната мрежа в Южна България също има своя прецедент в раннови- зантийската епоха, когато там се запазва по-голям процент старо романи- зирано население, поддържащо живи античните селищни традиции. Също така смутните години по време на номадските нашествия водят както през IV–VI, така и през XI–XII в. до топографско предпочитане на високите, естествено защитени местности за разлика от ранното българско Средно- вековие, когато най-разпространената селищна форма е неукрепеното село в равнинните местности. Така към средата-края на XI в. се възстановяват много ранновизантийски укрепления по склоновете на Стара планина, Средна гора, Родопите, Странджа и Пирин, някои от които се развиват в нов тип градски центрове (kastra) с по-отчетливи урбанистични характерис- тики през следващия период (XIII–XIV в.). През ранното Средновековие те са били изоставени от българите, които изграждат своята укрепителна система на съвсем различни принципи и не преизползват съществуващите византийски градове и крепости.

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Особено място във византийската топографска памет заема паметта за градските центрове, доколкото в представите на византийците самият град е белег за цивилизовано обитаване. През XI–XII в. византийците възстановя- ват в основни линии мрежата на големите антични градски центрове (като Сердика, Филипопол, Месембрия, Берое и т.н.), които в значителна степен са загубили своите градски функции в рамките на Първата българска държа- ва. Допълнителен тласък на ускорената урбанизация дава възстановяването на епископската мрежа, която се гради върху градската такава. За разлика от българите, които първоначално избягват старите градски центрове на по- луострова и обикновено организират своите селища на нови места, визан- тийците демонстрират изключителна интегративна способност не само за градското и полуградското ранновизантийско наследство, но и към ранно- българското такова. В действителност сред населените места, които първи получават силен тласък за икономически, демографски и административен възход непосредствено след византийската реконкиста, са ранносреднове- ковните български градища от типа Скала, Цар Асен, Попина, Одърци и т.н., които преди бруталното си загиване между тридесетте и петдесетте години на XI в. под ударите на печенезите изживяват бурна типологическа транс- формация, засилваща градския им облик. Трудно е да се открие преднаме- рена имперска политика на damnatio memoriae по отношение на раннобъ- лгарската селищна структура, дори и към старите столици – топографски символи на автономната българска държавност. Същевременно направената статистика на оцелелите и загинали през XI–XII в. населени места в Севе- роизточна България недвусмислено доказва по-голямата устойчивост на ранновизантийската мрежа в сравнение с раннобългарската такава вероятно поради по-добрата є пригоденост към конкретната историческа ситуация, която в редица отношения е сходна с тази през Късната античност. В обобщение, селищната мрежа през XI–XII в. се формира, адаптирай- ки съществуващите предимно ранновизантийски и частично раннобългар- ски структури. Византия проявява изключителна топографска памет по от- ношение на селищната система, която е създала през късноантичната епоха и върху която се опира при възстановяването на своята власт на Балканите около хилядната година.

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