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F.

HERAN : Le temps des immigrés


Essai sur le destin de la population française

MOTS CLÉS :

- immigration
- immigration choisie, immigration subie
- migration de peuplement, migration de travail
- regroupement familial
- politique nativiste
- natalité, fécondité
- vieillissement de la population

THESE DE L’OUVRAGE :

La loi sur l’immigration de 2006, tout comme n’importe quelle autre politique de
contrôle de l’immigration d’ailleurs, n’empêchera pas ce phénomène de devenir bientôt
le seul facteur de croissance de la population française et même de la population
européenne, celle-ci se caractérisant par son vieillissement et une fécondité insuffisante
pour pouvoir se passer de l’immigration.
Ainsi, plutôt que de s’évertuer à vouloir enrayer le phénomène migratoire ou le limiter
fortement, mieux vaudrait apprendre à vivre harmonieusement ensemble et à se
préparer au mieux à l’inévitable, puisque la perspective d’un nouveau baby-boom ou
d’une immigration zéro est plus qu’improbable.
Résumons : « L’avenir de l’immigration est notre avenir »1.

Normalien et agrégé de philosophie, FRANCOIS HERAN est démographe. Il dirige


actuellement l’Institut National des Etudes Démographiques (INED). Il s’intéresse de près à la
question de l’immigration et a récemment publié Immigration, marché du travail, intégration.

METHODE – INTRODUCTION :

F. Héran propose à travers son ouvrage Le temps des immigrés un regard inattendu sur
la loi sur l’immigration de Nicolas Sarkozy de 2006. Démographe, c’est donc une orientation
axée sur sa spécialité qu’il nous offre ici. Plus généralement c’est d’immigration qu’il parle et
n’évoque donc pas seulement la dite loi.

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Ainsi, en effectuant une analyse du phénomène migratoire, il entend bousculer les
idées reçues et remettre en cause l’opportunité d’une loi contrôlant l’immigration en
France. Il s’appuiera également sur des études d’autres pays afin d’illustrer son propos et de
mieux nous faire réaliser les enjeux de l’immigration dans les pays vieillissants que sont les
pays européens.

F.Héran analyse les enjeux de l’immigration d’un point de vue démographique, c’est-
à-dire son poids sur la démographie d’un pays et notamment sur celle de la France. Il
s’intéresse aussi à l’émergence du phénomène migratoire, à ses caractéristiques aussi bien
quantitatives que qualitatives.
De telles analyses requièrent d’avoir un recul suffisant sur la question, afin d’éviter les
influences des opinions, des politiques, ou des événements divers qui peuvent être liés de près
comme de loin à l’immigration. C’est donc une étude neutre qu’il nous propose.
Sa théorie s’alimente également nécessairement d’éléments de comparaison internationale.
Pour ce faire, F. Héran s’appuiera sur les exemples de la Suisse, du Canada et de l’Italie
notamment, ces trois pays ayant en commun la mise en place d’une politique de contrôle de
l’immigration, afin de ne supporter qu’une « immigration choisie », et non plus
une « immigration subie ».
Cette distinction est présente dans les discours politiques visant à encadrer relativement
strictement les mouvements migratoires et notamment en France dans le contexte de
l’élaboration de la loi sur l’immigration de 2006.

L’ouvrage de F. Héran est, démographie oblige, très fourni en chiffres. C’est pour cela
que nous ne retiendrons ici que ceux qui paraissent essentiels à la compréhension de son
analyse. En même temps, comme il le dit lui-même en introduction de son ouvrage, c’est par
les chiffres qu’il est possible de dégager une dynamique de réflexion. Il travaille sur à partir
de données élaborées en France et en Europe par les organismes de la statistique
publique et les instituts de recherche.

Avant d’entrer dans le détail de l’étude, il est nécessaire de rappeler ici quelques lieux
communs et de rappeler ce qui s’entend régulièrement en matière d’immigration et que
F.Héran s’attache à réfuter ici.
Les Français ont l’impression que leur pays est celui qui connaît le taux d’immigration le plus
important d’Europe. Ainsi, il nous montre au travers de diverses études statistiques et
sondages qu’il en est de même pour tous les européens, à savoir que chacun a le sentiment
que son pays est celui qui accueille le plus d’immigrés par rapport à ses voisins. Or, F.Héran
nous avertit bien dès le départ que cette idée n’est justement qu’idée reçue pour le cas de la
France, et que c’est d’ailleurs le pays européen qui accueille le moins d’immigrés parmi ses
voisins. L’OCDE reconnaît à la France un pourcentage d’immigrés d’environ 10, alors
que la population française les estime à 29 %.

Une fois cette réalité rétablie, nous pourrons dès lors entrer plus au cœur de la théorie de
F.Héran.
I°] LES ENJEUX DE L’IMMIGRATION DU POINT DE VUE DU
DEMOGRAPHE

 Pour Héran, le caractère stable et riche de la France entraîne nécessairement


un attrait pour les étrangers :

• Elle accueille 5 millions d’étrangers dont 2.5 millions ont la nationalité française, alors
que le pays compte 63 millions d’habitants.
• L’immigration est un facteur logique de croissance de la population et contribue donc
à peupler la France. En termes de flux, 200 000 immigrants sont recensés chaque
année.
• D’un point de vue démographique, est considéré comme migrant un étranger qui
s’installe pour une durée minimum d’un an sur le territoire.
Car comparativement, la France compte 80 millions de visiteurs par an. Il est donc
nécessaire de prendre en compte une durée d’installation suffisante afin de faire la part
entre les étrangers venus en France pour une courte durée et ceux qui ont l’intention de
s’installer plus durablement.
• Pourtant, l’administration et la politique ne prennent pas en compte ce critère dans
leur recensement des immigrés, ce qui explique que leurs chiffres puissent être
supérieurs aux 200 000 migrants énoncés précédemment.
• Parmi ceux-ci, il convient de faire une nouvelle distinction entre migration de
peuplement, migration de travail et migration familiale.

 Le problème majeur posé en matière d’immigration est la capacité d’accueil


de la France :

• Lors des premières vagues migratoires dans les années soixante, la question du
logement n’a pas été posée. Dès lors, des « bidonvilles » se sont formés, les concepts
de cité et de banlieue aussi, et le problème de l’exclusion et de la ségrégation a
émergé. Les étrangers étaient regroupés dans des quartiers isolés, l’intégration s’est
alors avérée impossible ou du moins très difficile.
• Aujourd’hui, on tente davantage d’évaluer les flux migratoires, la capacité d’accueil
des CADA (centres d’accueil des demandeurs d’asile) a été renforcée. Les places
ont en effet été multipliées par deux entre 2001 et 2004.

Le problème de la capacité d’accueil ne se pose d’ailleurs pas que pour les immigrés
mais pour tout surplus de population, comme par exemple pour les personnes âgées.
Le législateur et les pouvoirs publics doivent donc procéder à un ajustement des
besoins aux capacités, ou inversement des capacités aux besoins. Là réside la question du
volontarisme politique, qu’il s’agisse d’un volontarisme d’ouverture ou d’un volontarisme
de fermeture.
Et pour Héran, il en va de même des mentalités des individus : il parle ainsi d’ouverture ou de
fermeture des capacités morales de l’opinion publique.
Il condamne ainsi tout fatalisme, même s’il ne nie pas que des facteurs comme la
conjoncture ou l’économie viennent se mêler parfois de la question. Mais il considère que le
problème des capacités d’accueil des immigrés notamment puisque c’est l’objet de son étude
ici résulte ou doit résulter d’un volontarisme politique, quelque soit l’orientation que celui-ci
prend.

 La loi du 24/07/2006 relative à l’immigration a pour but de restreindre


l’immigration familiale pour mieux contrôler le nombre d’immigrés arrivant
en France :

• De nouvelles mesures sont intervenues après la rédaction de l’ouvrage de F. Héran, qui


viennent durcir la loi de 2006.
L’objectif est aussi de préférer une immigration choisie à une immigration subie.
Le regroupement familial est ainsi visé. Les mariages mixtes, qui ne cessent de croître
(leur nombre est passé de 28 000 à 62 000 en 5 ans) sont aussi considérés comme
subis.
• En revanche, les migrations des étudiants sont choisies puisqu’une sélection s’opère
dans le pays d’origine et que généralement ces étudiants retournent travailler dans leur
pays d’origine. Les migrations estudiantines s’élèvent à 55 000 jeunes par an
environ.

La volonté du gouvernement est de contrôler la quantité comme la qualité des


immigrés. Les travailleurs seront davantage sélectionnés et les étudiants devront faire preuve
d’un bon niveau. Ainsi, les politiques espèrent maîtriser l’essor démographique à venir de la
France plutôt que de laisser celle-ci dominée par l’immigration.
Pour Héran, ceci est une politique anti populationniste car il y a volonté de limiter
les apports étrangers afin que la croissance soit assurée par les seuls natifs. Une politique
populationniste aurait au contraire cherché à accroître la population par tous les moyens.
La question est de savoir comment s’accordent ces politiques natalistes
souverainistes aux réalités économiques et surtout démographiques. Nous arrivons au
cœur de la théorie de l’ouvrage.

F. Héran s’appuie sur les exemples d’autres pays qui ont eu également l’ambition de contrôler
la quantité et la qualité de leurs immigrés. La France veut établir une fiche dans laquelle
figureraient les motifs du séjour de l’immigré, les besoins du marché de l’emploi, la capacité
d’accueil, le taux de croissance et la situation démographique du pays.
L’idée est donc de comparer cette politique avec ses équivalents à l’étranger. Quatre exemples
ont été retenus.
II°] QUELQUES ELEMENTS DE COMPARAISONS
INTERNATIONALES

F. Héran s’est intéressé aux politiques de l’immigration de quatre pays en particulier :


le Canada, l’Espagne, l’Italie et la Suisse.

 L’exemple canadien :

• Le Canada a instauré un système de capital-points pour les immigrés potentiels. En


effet, un certain nombre de points est nécessaire pour entrer au Canada, points acquis
en fonction du diplôme, du nombre de langues parlées, de l’expérience
professionnelle, …
• Cette immigration choisie représente 20% du flux des entrées, auxquels s’ajoutent
30% d’accompagnants. Les 50% restants sont composés des migrations familiales non
reliées à ce système et de réfugiés.
• La qualité de l’accueil est de ce fait meilleure. Mais bien que satisfaisant aux critères
et ayant obtenu le nombre de points nécessaire, les immigrés ne sont pas assurés de
trouver un emploi.
• L’immigration est parfois réclamée par certaines zones qui déplorent de ne pas
attirer assez d’immigrés, et qui mettent ainsi en place des politiques incitatives en
matière d’éducation et de logement notamment. Cela concerne en particulier les
petites villes et les périphéries. L’image de l’immigration est donc nettement positive.
• Cependant, il est utile de souligner que le Canada n’a qu’une frontière, avec les Etats-
Unis. Et ce sont eux qui absorbent la majorité des immigrés.

Bilan :

⇒ Le Canada enregistre cependant un fort taux d’immigration. Les flux nets y sont
deux fois plus élevés qu’en France, puisque les immigrés représentent 18% de la
population canadienne, contre environ 10% de la population française.
⇒ De plus, l’immigration choisie ne représente que 50% de l’immigration totale, et
seulement 20% sans les familles de ces migrants sélectionnés.
⇒ La qualité des immigrés qui était à l’origine recherchée est donc relative, et en ce
qui concerne la quantité, le système canadien ne permet pas de la freiner.

 Les quotas de régularisation espagnols :

• L’Espagne a elle aussi instauré une politique de recrutement sélectif des travailleurs
immigrés correspondant aux besoins économiques locaux. Une liste des secteurs
« tendus » est ainsi élaborée. Le nombre de ces immigrés choisis est fixé par
circulaire, et un titre de séjour d’un an leur est délivré et toute mobilité de secteur leur
était interdite.
• L’Espagne a de plus signé des accords bilatéraux avec certains pays qui incluent des
clauses de lutte contre l’immigration clandestine. Elle réserve alors aux ressortissants
de ces pays certaines offres et des quotas de migration.

Bilan :

⇒ Ce système impose une bureaucratie très lourde et les résultats de cette


politique sont faibles.
⇒ Qui plus est, l’Espagne entreprend régulièrement des vagues de régularisation
des immigrés (normalización) en distribuant des permis de séjour, ce qui rend
ce système caduc. En 2005 par exemple, 573 300 demandes ont été satisfaites
sur 691 700. Ces régularisations offrent la possibilité à ces travailleurs de
changer librement de secteur. Davantage de souplesse leur est donc accordée.

 Les quotas de régularisation italiens

• Ce système a été instauré en 1998 par la loi Turco-Napoletano. Cette loi met en place
un recrutement par branche et par région des immigrés, dont le nombre est fixé par
décret.
• En 2004, Berlusconi a fixé les quotas à 79 000 emplois, et en 2005 à 159 000, ceux-ci
étant répartis entre les pays tiers et les nouveaux Etats membres de l’Union
européenne.
• Quelques emplois sont réservés à des ressortissants de pays signataires d’accords
de lutte contre les migrations clandestines, tout comme en Espagne

Bilan :

⇒ Des vagues de régularisation ont aussi réduit la portée de ce système. En 2002


par exemple, la loi Fini-Bossi a permis la régularisation (sanatoria) de 647 000
demandes sur 702 000. 50% sont affectés aux services aux familles, dont les
besoins croissent avec le vieillissement de la population.
⇒ Ce système de quotas a été aboli début 2007.

 L’exemple de la Suisse

• Concept : dans les années 1970, l’objectif de la Suisse était d’équilibrer le rapport
entre la population suisse et la population étrangère résidente. Une politique
quantitative était donc mise en place. De même, une ordonnance limitant le nombre
des étrangers avait été votée, visant à freiner leur mobilité : ils ne pouvaient changer
d’emploi qu’après un an, et de profession et de canton qu’après trois ans.
• Résultat : cette politique fut un échec, car la durée de séjour des immigrés s’est
allongée, et les permis de séjour pour une durée supérieure à un an ont fortement
augmentés (30% en 1970, 75% en 2007).
Qui plus est, les immigrés relevant de ces contingents ne représentent qu’un quart
de l’immigration, 40% relevant du regroupement familial, et 15ù étant des étudiants.
Les immigrés représentaient en 2005 20% de la population suisse, 50% venant d’en
dehors de l’Europe.
Ils sont aussi deux à trois fois plus touchés par le chômage que le reste de la
population.
• Conséquences : les mouvements xénophobes sont en pleine expansion en Suisse.
Le gouvernement a donc eu pour mission de limiter leur pression. De 1971 à 2005, ce
fut mission accomplie puisque sue les dix initiatives populaires pour réduire le nombre
des immigrés et leurs droits dans le pays, aucune n’est passée. La xénophobie a donc
été contenue alors que parallèlement l’immigration ne l’était pas et continuait à croître.
Mais en 2003, avec la victoire des ultraconservateurs, les quotas annuels d’immigrés
ont été maintenus et représentent désormais 68% des entrants, et un document
d’identité spécifique leur a été imposé.

Bilan :
⇒ La politique suisse fut un échec, puisque e nombre des immigrés n’a pu être
contenu. Qui plus est, le droit international auquel la Suisse est soumis impose
le regroupement familial, et elle subit également des pressions diplomatiques de
la part des pays émetteurs afin que les permis de séjour temporaires de leurs
émigrés se transforment en permis durables.
⇒ La xénophobie est relativement importante, et le Conseil fédéral en joue pour
préserver la cohésion du pays plutôt que de lutter contre elle.
⇒ Le contrôle de la qualité des immigrés n’a pas conduit à un abaissement de leur
nombre.

CONCLUSION :

F. Héran a fait une analyse objective et neutre des politiques


migratoires de quatre pays, dont les objectifs sont relativement proches de
ceux des politiques français. Cette étude permet de réaliser les défis qui
entourent la loi sur l’immigration de 2006 et le projet de loi de 2007 et qui
ne semblent guère avoir été pris en compte par leurs défenseurs.
Car pour lui, « l’homme politique est convaincu que l’histoire commence
avec lui : sa réforme est la première du genre, ses prédécesseurs n’ont
jamais rien fait qui vaille, aucune leçon n’est à tirer du passé ».2
La France parviendra-t-elle mieux que ses voisins à réduire le solde
migratoire en procédant à une immigration choisie en fonction de ses
besoins économiques ?

2
P.48
III°] L’IMMIGRATION : BIENTOT L’UNIQUE FACTEUR DE
CROISSANCE DE LA POPULATION FRANCAISE

F. Héran met en doute le bien fondé de la loi sur l’immigration de 2006 d’une part
parce que les précédents exemples montrent bien les limites de la portée d’une politique
d’immigration choisie, et d’autre part car démographiquement, il est désormais presque
certain que l’immigration sera le seul facteur de croissance de la population française et
même européenne, et ce d’ici une génération.
Il nous avertit cependant de l’imperfection des outils de mesure démographiques utilisés et
donc d’un inévitable manque de précision, mais pour autant, ses travaux ainsi que ceux des
organismes de la statistique publique et des instituts de recherche permettent de se faire une
idée quant à l’échéance à laquelle cette réalité sera effective.

 L’état de l’immigration en France

• Depuis 2003, la croissance de la population s’est ainsi traduite :


- solde naturel3 : 260 000 individus par an
- solde migratoire4 : 105 000 individus par an
C’est-à-dire qu’environ 30% de la croissance annuelle est assurée par l’immigration.
• L’INSEE enregistre pour la France un solde migratoire de 1,7 pour mille (le solde
naturel étant de 4,2 pour mille).
Ce solde migratoire est à inférieur à ceux qu’a connu le pays quelques décennies plus
tôt : il d’élevait à environ 3,3 pour mille entre 1955 et 1964.
• Et comparativement aux autres pays européens, la France connaît un faible solde
migratoire, la moyenne européenne sur les dix dernières années allant de 3 à 10 pour
mille pour les plus modérés.
L’Espagne enregistrait en revanche un solde de 14 pour mille en 2003-2004.
• L’Europe méridionale est la plus touchée par le phénomène migratoire, et ce même en
gonflant les chiffres de l’immigration en France, jusqu’au double.
Cela s’explique en partie par le fait qu’en France, l’immigration est moins massive
qu’ailleurs. La France est une vieille terre d’immigration (depuis le milieu du XIXème
notamment), contrairement à ses voisins pour qui ce phénomène est relativement
récent. Qui plus est, 25% des Français environ ont un grand-parent immigré : la
composition de la population se modifie de la sorte si bien qu’au lieu d’avoir une
intrusion massive des immigrés nous sommes face à une « infusion durable » de ceux-
ci.

3
Le solde naturel s’obtient par la soustraction des décès aux naissances

4
Le solde migratoire est en revanche obtenu par une estimation indirecte, car si le nombre d’entrées sur le
territoire peut être relativement fiable, aucun bilan des sorties n’est réellement tenu. Grâce aux résultats des
recensements et à la connaissance du solde naturel, l’INSEE peut en déduire que le reste de la croissance est
alimenté par le solde migratoire.
 Le problème réside dans le fait que l’intégration des immigrés n’a pas été
correctement réalisée

• Même si les mariages mixtes sont croissants (environ 60 000 par an), il existe de
nombreux facteurs du manque d’intégration dont notamment :
- un échec des politiques de la ville, avec une concentration géographique des
immigrés
- une insertion sur le marché du travail en même temps que l’installation de la crise
- une discrimination présente sur les signes visibles
- l’exploitation de ces difficultés rencontrées par les immigrés de la part de certains
groupes
• Les émeutes de 2005 illustrent cette mauvaise intégration et cette ségrégation spatiale
• La politique de l’intégration des immigrés est donc moins entreprenante que la
politique de contrôle des flux d’immigrés.

 Le rôle de l’immigration dans la croissance de la population française

• Dans de nombreux pays européens, le renouvellement de la population ne


s’opère plus, le nombre de naissances rejoignant le nombre de décès. En revanche, la
France, l’Irlande, la Norvège et les Pays-Bas ne sont pas dans ce cas de figure.
La France connaît encore une croissance nationale soutenue, et l’immigration y est
persistante, bien que modérée.
• La fécondité française est-elle due aux immigrés qui feraient plus d’enfants ?

o Les enfants des immigrés installés sur le territoire sont comptabilisés dans le
solde naturel. Et la fécondité des étrangères vivant en France est supérieure à la
fécondité des Françaises (2,8 contre 1 ,8 enfant).

o 17,6% des enfants nés en 2003 ont au moins un parent étranger (50% d’entre
eux sont issus d’une union mixte) : 7,1% sont nés de parents étrangers et
10,5% d’un couple mixte.
Donc 92,9% des enfants ont au moins un parent français.

o Parmi les enfants nés d’un couple mixte, 4,6% ont une mère étrangère et un
père français. Donc pour calculer la participation des femmes étrangères et
immigrées au renouvellement de la population française, il convient
d’additionner le pourcentage d’enfants nés de deux parents étrangers et le
pourcentage d’enfants nés d’une union mixte où la mère est étrangère, soit
4,6% + 7,1%, ce qui nous donne 11,7%.
Les femmes étrangères contribuent donc à 11 ,7% des naissances en
France soit environ un huitième.

o Si l’on rapporte ces naissances de parent étranger au solde naturel, donc à


l’excédent des naissances sur les décès, et non plus à l’ensemble des
naissances, la contribution des étrangers s’élève alors à 42%. Elle s’élèvera
de plus à 60% si nous comptabilisons également les naissances issues d’une
union mixte où les pères sont étrangers.
o Mais la forte contribution des étrangers à la natalité ne s’accompagne pas
d’une contribution aussi forte à la fécondité. Les étrangères représentent
seulement 11% des femmes en âge d’avoir un enfant et c’est ce qui explique
que leur participation au taux de fécondité de la France soit si faible.
Certes elles ont en moyenne une fécondité qui s’élève à 2,8 enfants par femme,
mais elles sont moins nombreuses que les femmes françaises en âge d’avoir un
enfant donc elles ne relèvent le taux de fécondité que de 0,1 point. La France
affiche donc un taux de fécondité de 1,9 enfant par femme.

o Si au lieu de ne prendre en considération que les femmes étrangères nous nous


intéressons aussi aux femmes immigrées d’âge fécond, donc en incluant celles
qui ont acquis la nationalité française, la contribution aux naissances
augmente. Mais le taux de fécondité lui en revanche n’augmente guère car ces
femmes ont adopté le mode de vie des Françaises et font peu d’enfants.
L’idée reçue selon laquelle la population immigrée relève largement le
taux de fécondité en France est donc erronée.

Bilan :
⇒ Sans immigration, le solde naturel diminuerait de 42%. Pour autant le taux de
fécondité ne s’en trouve guère relevé puisqu’il n’enregistre qu’un modeste gain
de 0,1 point. Les femmes les plus fécondes sont en minorités, alors que les
immigres plus nombreuses ont adopté le comportement des Françaises.
⇒ L’immigration joue donc un rôle fortement important dans le renouvellement
de la population, grâce au nombre de naissances et non grâce à la fécondité.

 La France na pourra croître que par l’immigration

• L’exception française en terme de natalité et de fécondité par rapport à ses voisins ne


durera pas. Les estimations pour 2050 sont :
- un taux de fécondité toujours à 1,9
- un solde migratoire de 100 000
- hausse de l’espérance de vie
• Les prévisions démographiques en ce qui concerne les excédents de naissance sur les
décès sont d’environ 100 000 naissances vers 2032. Or, ce chiffre est identique à
l’estimation du solde migratoire. Donc d’ici 2030, la croissance de la population
française sera assurée pour moitié par l’immigration.
• Pour 2040-2045, les prévisions sont telles que le nombre de décès excèdera celui des
naissances, ce qui fait que l’immigration sera le seul et unique facteur de
croissance de la population.
La nature de ce phénomène ne tient pas à une immigration qui serait excessive mais à
des raisons internes : le décès de la génération du baby-boom en est le principal
moteur.
• Pour éviter cela, il faudrait abaisser le solde migratoire à la même vitesse que le solde
naturel diminue, et même le contenir à un niveau inférieur.
Les politiques natalistes ne devraient être d’aucun secours pour contrecarrer cette
évolution. En théorie, une hausse de la fécondité serait envisageable (pour le mener à
2,1 enfants par femme) mais en pratique cela relève de l’improbable. Qui plus est, il
faudrait que ce nouveau taux soit atteint dès 2010, ce qui rend la chose encore plus
utopique.
Les mœurs de vie ne sont plus compatibles avec un nouveau baby-boom : durée des
études, contraception…

CONCLUSION :

En fait, cela revient à conclure que les objectifs des nouvelles


politiques migratoires sont insoutenables. De telles politiques visant à
abaisser le solde migratoire ne font que retarder de quelques années le
moment où la France ne s’agrandira que par l’immigration. Ce qui est
déterminant est le niveau du solde naturel, car les variations du solde
migratoire ne fait que repousser l’échéance de notre destinée. Si la politique
de contrôle de l’immigration choisie parvient à diviser par deux le solde
migratoire, cette échéance ne reculera que de 5 ans…
CONCLUSION

F. Héran compare le problème de l’immigration avec celui du vieillissement


de la population. Ce dernier est inévitable, ou plutôt, on distingue deux catégories de
vieillissement :
- le vieillissement évitable : instaurer des politiques familiales afin de rehausser
le taux de fécondité pour contrecarrer le vieillissement
- le vieillissement inévitable : conséquence de l’allongement de la durée de vie
et du baby-boom

La solution naturelle afin d’atténuer le vieillissement de la population serait


d’augmenter le taux de fécondité, comme il en était question dans le raisonnement sur
l’immigration.
Mais pour les mêmes raisons, cette solution n’est plus envisageable dans notre société.

Dans les deux cas, nous sommes face à un surplus de population : les immigrés
d’un côté, les personnes âgées de l’autre. Et dans les deux cas, la solution naturelle d’évidence
ne peut être mise en œuvre. Il faut donc composer avec ces surplus de population.

En ce qui concerne l’immigration, le brassage de la population est en marche,


parce que nous ne sommes pas confrontés à une immigration massive mais à une infusion
durable, selon les termes de Héran. Ce qui demeure dès lors essentiel est de savoir comment il
faudrait agir afin que ce phénomène se réalise au mieux.
Que l’immigration devienne bientôt le seul facteur de croissance de la population
s’inscrit dans la destinée de la France. Il faut donc s’y préparer.

F. Héran retient deux interprétations de la loi de 2006 relative à l’immigration :


d’une part, elle s’apparente à une loi de souveraineté nationale qui permettrait à la France de
redevenir maître de son destin notamment en limitant la pénétration de la société par les
immigrés et leurs descendants.
D’autre part, la loi permettrait au contraire, en instaurant une immigration choisie, une
réouverture des frontières aux migrations du travail, directement et par le biais des études
universitaires. Ce qui signifierait alors que le gouvernement commencerait à se préparer à
l’inévitable : l’immigration sera d’ici 2045 le seul facteur de croissance de la population
française, qu’on le veuille ou non.
La loi jouerait donc la fermeture pour mieux préparer l’ouverture, selon les termes de
Héran.
La solution n’est pas dans un contrôle des frontières mais dans la mise en place de
nouveaux dispositifs d’accueil.
« C’est ensemble qu’il nous faudra croître et vieillir ».5

5
P.110