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1-"itl-is
1859
Pans

Humboldt, Withetm (ou Guillaume)


De l'origine des formes grammaticales et
de leur influence sur le développement des
idées
Symbole applicable
pour tout, ou partie
des documents microfttmés

Texte détérioré reliure défectueuse


NF Z 43-120-11
Symbole applicable
pour tout, ou partie
des documents microfitmés

Original illisible
NF Z 43-120-10
DEt/OMGÏNE
BBS
FORMESGRANMATÎCALE8
<Hf
· DBtABnBMt~ 1

DANS LA CONSTITUTIONM8 LANGUES.


PoMmt Imprimeriede A. t)Wt~. rot de )* Mttrte, la.
GUILLAUME
DKRIUM'BOLDT.

DE L'ORIGINE

1
FORMES GRAMMATICALES
ETDELEURINFLUENCE
/(~ /SUR LE DEVELOPPEMENT DES ÏDËB~

PAR ALFRED TOMMEHË'


'~r:
~7 .v.
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CEL'AttALME
CEf.'OPHSCC)L6
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A.FRANCK
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Guillaume deHumboldtestl'un dessavantsqui ont le plus
contribuéà eieverla philologieau rangd'unevéritablescience.
Leséruditsdessièclesprécédents s'étaientle plussouventbor-
nés a l'étudeapprofondie de telleoutelle Jangue.C'està notre
siècle, et en particulier
à la studieuseAMemagne. que revient
l'honneurd'avoirélargicettevoie, d'avoirrecherché,par la
comparaison desgrammaires,lesloisgénérales dulangage,et
d'avoirconsidéré les languescommela sourcela plus féconde
et !a plussûredeFhistoiredel'humanité.
CesbeMes étudesne sont pointétrangèresa la France, et
ellesaura sansdoutey prendreson rang avecd'autantplus
d'avantage,quel'espritfrançais,moinsaventureux quel'esprit
allemand,se garderaplusfacilement dessystèmes préconçus
ou résisteramieuxa la séduction de quelqueingénieuse hypo-
thèse.Toutefois, dansl'état actuelde la science,un desplus
grandsservicesqu'onpuisserendre, c'est de populariser,de
mettreà la portéed'unplusgrandnombrelesremarqqables tra-
vaux des Allemandsnos prédécesseurs et nosmaîtresdans
cettevoie.
2
Lesdeuxouvrages de Guillaume doHumboldt quenousdon-
nonsici, l'un complétement traduit,J'autrenettement,ndète.
ment,fermement analysé,offrentcettealliance parfaitedesvues
philosophiques tes plusprofondes et del'éruditionla plussûre,
quiestle caractèredistinctif desœuvresdecet illustresavant.
L'objetesta peupreste même.Qu'its'agissede l'originedes
formesgrammaticales ou de la diversitédansla constitution
deslangues,le but queGuillaume de Humboldt veutatteindre,
c'estdeserendrecomptedet'inuaencedu langagesurle déve-
toppementintellectuelde l'humanité;c'est d'étudiercette
doubleactiondusignesurl'intelligence, et de l'intelligencesur
lesignequ'elleemploie,d'oùrésultentnon-seotementtous les
progrèsesthétiques,maisen quelquesortela civilisation tout
entièred'un peupleou d'unerace.Ces deux opuscules pour-
rontainsien quelquespointsêtre utilementrapproches dutra.
vaitde M.JacobGrimmsurl'originedu langage,récemment
traduitpar M. de Wegmann.It ne sera pas sans intérêtde
comparer lesopinionsdusavantmythologue quia éclairéd'une
si vivelumièreles originesdes dialectesgermaniques.aux
idéessi hautesde l'hommeuniverselqui avait embrassé dans
sesrecherches jusqu'aux idiomes les plusbarbares, e t demandé
pourainsidirea l'universentierla confirmation de sesingé-
nieusesthéories.
Le traducteurdeces deuxopuscules étaitun jeunehomme
d'uneviveet brillanteintelligence qui s'étaitéprisde cesbettes
etaustèresétudes.Douéd'uneadmirablefacilitépourappren-
dreles langues,nourride l'antiquitéclassique,possédant par'
Mtement l'anglais,t'attemand, l'italien, il s'étaitsenti comme
naturellementattiréversla philologie,quioffraitunecarrière
immense à sonespritcurieux et investigateur.
Plus tardsansdoute AlfredTonnetté "eatmarquésa trace
~3
danscette science.La phihtsophiodulangageétait une de ses
préoccupationsfavontes, et dansles fragmentsrecueilliset
publiésaprès sa mort, elle tient, à côté de boueset solidesétu-
des sur l'art, une placeconsidérable.Latraductionet t'anatyse
de ces opusculesdeHumboldt figuraientparmides matériaux
amassespour des travauxu!térieurs. C'est en i8M-, i'&ge
de 83 ans; que, pour se préparera ces fortesétudes, il tentait
de lutterainsi declarté de netteté, de précisionavecl'un des
plus grands philologues.Ces traductionsne sontdonc que de
simples essais; elles n'étaient point destinéesa voir,le jour;
mais j'ose dire qu'ellesne révèlentpoint la jeunesseet l'inex-
périence,qu'elles attestentau contraireunsensdroit et ferme.
un coupd'ceiljusteet exercé, unemerveilleuse aptitudeà ~sir
itnmed!atement!eeoteprincipat,vraiment)mportantdetoutequcs'
tion phi!o!ogtquo. D'ailleursje nesauraisdonnerune plus haute
idéede rinteuigeuce avec !aqne!!eétaient faitesces analyses,
et du soinque le jeunetraducteury apportait,qu'en rapportant
ce qu'ilpeusait de ceseeuvresquelquefoissi difncHes,et qu'il
étudiaitavecunesortede passion c Lesopusculesphilologiques
de Humboldt,écrivait-ill'année même oh il s'occupait de
f ce travail, sonttrès-beaux.Cesont des modèlesdecompo-
sition. d'enchatncmentserre, mais toujoursclair, net et
satisfaisant dans les idées. L'esprit est conduitavec une
suretëet une suite parfaitesh travers cesdéductionssi fines
et si justes. La forme, le style a beaucoupde simplicitéet
d'ampleur. Je trouveque cela rappelle la fermetéet la jus-
tesse avecle contexteserréet nourride nosauteursdu xvu''
siecto, par exemplede la logiquede Port-Royal,maisavec
quelquechose de plus abstrait et de moiusaccessiblequi
< tient au génie allemand,et avecune formebienplus large,
bienplussynthétiquequi tient à la langue. J
i;
Nousavonsdoncpenséqu'ilseraitutilede publiercettetra-
ductionet cette analyse.Ceuxquis'intéressentaux étudesde
sanspouvoir
linguistique consulterdansleurtexteoriginaUes ira*
vauxdela grandeecotepbilologique allemande, pourront,sur
que!ques points, y trouver u n nt!!e secours,e t touspourront
y trouveru n salutaire exempte. C'estdansla fréquentation de
telsmattresque s'estécouléela trop courtecarrièred'Atfred
Tonnelld. Puissecet exempled'unjeunehommeindépendant, t
affranchidela nécessite du travail et consacrant savieà d'aussi
nobles soins,ranimer dansnotrejeunessele goûtdesrecherches
sérieusesPuisseunplusgrandnombrede jeunesgeuss'adoa~
Mrà cesintéressants problèmes de la philosophie du langage
etporter danscette étude cet espritgraveet religieuxqui seul
peut conduirek la connaissance desvéritablesloisderhistoire,
enmontrantsanscessel'actionde la Providence dansle deve-
toppementioteUectue! et moralde l'humanité 1

G<A. HEtNMCB,
1
ProfeMeoir
de MtMtatnre<tMBt~et h &eatM
des teMreede Lyon.
GUILLAUME
DE HUMBOLDT.

DE L'ORïGtNE

M8

FORMES GRAMMATICALES

ETM tm MMMMSUR
M ~MPPtmfMS !!)?.

(?'«<)<'?COMpWM,t. tH.

En m'efforçantd&retracer ici l'origine des formes gram-


maticaleset leur influencesur le dévetoppcmentdes idées,
je n'ai point l'intention d'en parcourir successivementles
différentesclasses.Je me bornerai au contraire à les consi-
dérer dansleur idée générale,afinde répondre à cette double
<{He8tion
t i" Commentnatt dansune langue le mode particulier de
représentationdes rapportsgrammaticauxqui méritele nom
dé forme?P
2" Quelie importancey a-t-il, pour la pensée et pour le
développementdes idées, à ce que ces rapportssoient repré-
sentéspar des formesvéritablesou bien par d'autres moyens?
<
t

Ms'agit donc icide la formation progressivede la gram-


maire et, considéréesde ce point de vue, les diversitésdes
languess'onHrontà nous commedes degrés dinerentsde ce
progrès.
Seulementil faut bien se garder d'imaginer un type uni-
verselde progrès continu dansla formation des langues, et
de vouloirjuger d'après lui touslesphénomènesparticuliers.
Partoutdansles langues l'action du temps se trouveassociée
à l'actiondu génienational et ce qui caractériseles idiomes
desbordessauvagesde l'Amérique et du nord de l'Asiene
doit pas pour cela avoir appartenu nécessairementaux sou-
ches primitivesde l'ïnde et dela ûrece. Soit que les langues
aient appartenu en,propre à une seule nation, soit qu'elles
aientsuccessivementpasse chezplusieurs, il est impossible
d'assignerà leur développementune voie parfaitementuni-
forme,unevoiequi leur ait étéuxéeet prescrite par la nature.
Maisilest vrai de dire que le langage, pris dans sa plus
grande extension,a atteint, toutbien compensé, un certain
point culminantdans l'humanité et en partant de cetteques-
tion Dansquel degré de perfection l'homme a-t-il jusqu'à
présent réalisél'idéal du langage? on s'appuie sur un point
Oxe,assuré, qui peut servir a endéterminer et a en assurer
égalemeatdenouveaux.C'e9tparJ&que l'on peutreconnaître,
et &des signescertains, un développementprogressif dela
facultédu langage c'est en ce sens qu'on a droit et qu'on a
raisondedisting~erpanmieslanguesdesdiuerencesdedegré.
r Commenous ne devonstraiter ici que de ridée générale
des rapportsgrammaticaux etde leur mode d'exproMionpar
le langage, nous n'aurons à nous occuper que de l'analyse
des premièresconditions nécessairesau développementdes
idéeset dela détermination des degrés inférieurs de la per~
fectiondeslangues.~
Il paraîtratout d'abord étrange qu'on mette un instant en
doute quetoute langue, mêmela plus imparfaite etla moins
7
cultivée, possèdedes formesgrammaticales au sens propre
ot véritaMedumot. N'est-cepas en effetla présenced'Msys-
tème plus ou moins completde cesformes, leur convenance,
leur clarté, leur brièveté, qui permettent seules do recon.
naître desdifférencesentre les langues? En outre (et c'estce
qu'on ne manquerapas d'alléguer, les langues des sauvages,
surtout cellesde l'Amérique, ne nous présentent'ellespas
des systèmesparticulièrement riches, méthodiques, ingé-
nieux, de formesgrammaticalesTout cela es!parfaitement
vrai; il resteseulement &savoirsi cesformes-ladoiventêtre
considéréesen réalité commedes /M*M~ et c'est ce qui dé-
pend de l'idéequ'on attacheà ce mot. Pour bien éclaircirce
point, il fautavant tout écarterdu chemin deuxmalentendus
qui pourraientfort aisément s'y venir placer.
Lorsqu'onparle des mérites et des défauts d'une langue,
on ne doit pas prendre pour mesure de sa valeur ce qu'un
esprit qui n'auradtpas étéform~exclusivementpar elle serait
capabled'exprimer dans cettelangue. Malgrésa puissanteet
vivanteinNoencesur l'esprit, toutelangue est aussienmême
temps un instrument inaniméet passif; toute langue porte
en soi une dispositionvirtuelle a se prêter aux usages non-
seulementles plusjustes, mais même les plus délicatset les
plus parfaits. Si donc celui qui devra &d'autres langues le
degré de culture où il est parvenu, en étudie ensuiteune
moins parfaite,ets'en rend maître, il peut arriver à produire
avec elle des effets étrangers & la nature propre de cette
langue; de façonqu'il y fait passer un sens, un esprit tout
différentde eeiùiqu'est habituée &y mettre la nation qui vit
soumiseà,son unique influence.D'une part, la langue se
trouve entraînéehors du cercleoù sa nature l'enferme,etde
l'autre, commetoute compréhensionsupposele concoursde
l'objet et du sujet, elle reçoit dans son sein un élémentnon"
veau. Etainsi l'onvoit a peinece qu'il serait impossibled'ex,
primer en elle et par clic. 1
g
Si doncl'on considéraitsimplement ce.qu'ii est possible
d'exprimerdans une languedonnée, il neserait pas surpre-
naitt qu'onarrivàt àce résultat, de déclarer toutesles langues,
dans ce qui leur est essentiel à peu près égalesen mériteset
en défauts.Les rapportsgrammaticauxen particulierdépen-
dent absolumentde l'intention qu'on y met. Ils sont bien
moinsattachés auxmots en eux-mêmes qu'ils n'y sont intro-
duits parla penséede celui qui entend etdecelui qui parle.
Comme,indépendammentdeleur représentation,on ne peut
imagineraucunepossibilitésoitdeparler.soitdecomprendre,
il fautbienque chaquelangue, si grossière qu'elle soit, pos-
sède quelquemoyendeles représenter etquelqueinsuffisants,
quelque rares, quelque bruts que soient encoreces signes,
l'intelligenced~ forméepar des langues plus parfaites arri-
vera toujoursà s'enserviravec succès, et saura exprimer suf-
fisammentaveceuxtous les rapports possiblesdes idées.Hest
bien plus facile de concevoir l'existence de la grammaire
dansune langue,qu'un grand développementou une grande
délicatessedu sensdes mots jon no doit donc pas s'étonner
de rencontrer dansl'étude dos langues les plus grossières et
les moins cultivéesles noms de toutes les formes que l'on
rencontreaussi dansles plus parfaites. Oui, cesformes y sont
véritablementtoutesindiquées,parce que lelangagesetrouve
toujours, dans l'homrne,tout entier et jamaispar fragments.!
Et c'est pour cela qu'on méconnaît aisémentla distinction
délicatedontnous nousoccupons,et qu'on nesedemande pas
si cesmodesde représentation des rapports grammaticaux
constituent desformesvéritables et exercent comme telles
une actionsur le développementdes idées dela nation.
–-Le nœudde la question est pourtant en ce point.jfCen'est
pas ce qu'onpeut exprimer dans une languedonnée, mais
bien ce quecette langue, par sa force propreet intime, peut
opérer et provoquer, qui décide de ses mérites ou de ses
défauts. Lamesure de sa valeur, c'est la clarté, la précision,
-9-
h vivacitédes idées qu'elle éveiUedans ta nation a: qui elle
appartient 'dont le génie l'a façonnée,et sur quielle réagi
pour le façonner à son tou~ Maisdu moment qu'on laisse
de cOtécette inQuencedu langage sur le développement des
idées et l'excitationdes sentiments,dès que l'on veut estimer
seulementles résultats qu'il peut donner et les services qu'il
peut rendre comme simple instroment, o& tombe sur un
terrain qui n'est plus susceptibled'aucune délimitation car
onne saurait se former d'avancela notionprécisede l'esprit
a qui il doitservir d'instrument; et toute action exercée par
la paroleest toujours un produit commun de l'esprit et de la
langue.Chaquelangue doit être prise dans le sensque lui a
donné le génie de-la nation qui l'a formée, et non dans un
sensqui lui est étranger et accidentel.
Quand même une langue ne possèdeaucune forme gram-
maticalevéritable, comme elle no manque pourtant jamais
d'autres moyens de représenter les rapports grammaticaux,
il arriveque non-seulement le discours y demeurepossible,
matériellementparlant, mais même que tous les genres du
discourspeuvent se naturaliser dansune langue semblableet
s'y cultiver.Maisce dernier fait n'estdu qu'à l'action d'une
forceétrangère qui se sert d'une langue imparfaite dans le
sensd'une plus partaite.
Ainsi, de ce qu'avec les signes de presque toutes les tan"
gues il est possible d'indiquer tous les rapports grammati-
caux, il ne s'ensuit pas que toutes possèdent des formes
grammaticalesdansle sens oùles conçoiventles languespar-
venuesà uu haut degré de culture. Ladistinction, délicateil
est vrai, mais pourtant biensaisissante,gtt dans ladiûërenco
de la matièreà la formol C'est ce que fera voir plus claire-
mentla suite de cette étude. Il suffisait, pour le moment,
de distinguerce qu'une force prise arbitrairement:est capa-
ble de produire au moyen d'une langue, et l'actionque cette
langue elle-même peut exercer, par une inuucncé conti-
-fo–
nuelle et habituelle, sur les idées et leur déveto~pcment.
Ainsiee trouveécartéle premier malentendu que nous avions
acraindre.
Le second pouffait nattre de la confusion qu'on forait
d'une forme avec une autre. En effet, comme, pour étudier
une langue inconnue, on se place d'habitude au point de
vue d'une autre langueconnue, soit de la langue maternelle,
soit du latin, on est porte a rechercher de quelle façon les
rapports grammaticauxde cette dernière sont expriméspar
l'autre puis l'on applique aux flexions ou aux combinai-
sons de mots de la langue étrangère le nom même de la
forme grammaticale qui, dans la langue dé{&connue ou
d'après les lois générâtes du langage, sert à exprimer le
même rapport. Or Il arrive très-souvent que ces ibnnes.i&
n'existent en aucune façon dans la langue nouvelle, mais
qu'eues y sontremptacéespar d'autres ou par des
circonlocutions. Pour éviter cette erreur,,exprimées
on doit étudier
chaque langue à part, dans son caractère propre, et,
par une analyse exactede toutes ses parties, s'enorcer de
reconnaître quelle formespéciale elle possède, d'après sa
constitution, pour représenter chaquerapport grammatical.
Les langues américainesfournissent de fréquents
exemples"
de méprises semblables.Ce qu'il importe de faire d'abord
quand on les étudiesur des méthodes espagnoles ou portu-
gaises, c'est d'écartertoutes les vues faussesde cette espèce,
et de considérer danstoute sa pureté la structure
originale
de ces langues.
Quelques exemplesmettront ces idéesmieux en lumière.
Dans la langue des Caraïbes, on donne le mot e~~a~o
pour la 2' personnedusingulier de l'imparfait du subjonctif,
<< < Mais qu'on l'analyse plus exactement, et l'on y
trouvera c<~ être; a, pronom de la 2" personne du sin.
gulier qui s'unit aussia des substantifs, et Joco, particule
qui désigne le temps.Il se peut même, quoiqueje ne trouve
-.i'i-
pat)ce sens indiquédans les dictionnaires, qu'elle désigne
une partie déterminéedu temps, car <M'M«<'M<) ~ipa sigoMe
au troisièmejour. La traduction littérale de cette expression
serait donc ««yo~f ton < et c'est par cet~ circonlo-
cution que s'exprime l'idée conditionnelleque contient le
subjonctif. Cequ'onappelle ici subjonctifest par conséquent
un substantifverbal joint à une préposition, ou, si l'on veut
un termequi rappelledavantagela forme verbale/c'est un
ablatifdel'infioitif, c'est le gérondiîlatin en do. Dans beau-,
coup de languesaméricaines, le subjonctifne~s'indiquepas
autrement.
Dansla langue ~c, on donne un participe passé; par.
exemple a-p~ terre. Mais,mot à mot, cet as-
semblagedosyllabes veut dire de<'<tr<! ils font. (3*personne
plurieldu présentde Me,~e/e~. )
L'idée de l'inQnitif,tel queles Grecset les Latins le con-
naissaient, n'est encore attribuée à la plupart des langues
américaines,pour ne pas dire à toutes, que par une confu-
sion semblabledoformesdiucrentes.L'infinitifde la langue
brésilienneest un vrai substantif <Mccveut dire tuer et
<Me«f< e<Mt~mangeret mots.Je M<MC manger se dit, soit
<~ec<M*M e<po~; mot à mot ?:<?<Ma~o*~~Mw, soit avec
l'accusatifincorporedansle verbe, ai ea~ ,po/ Cettecombi-
naison de mots ne garde la nature verbale qu'en ce sens
qu'elle peutrégir d'autres substantifs~l'accusatif. Dansle
mexicain, on retrouve la même incorporationde l'infinitif
pris commeaccusatif dans le verbe qui le régit. Seulement
l'iofiaitify est remplacépar le futur, mis à la personne dont
on veut parler: MM~K~jM<MM&~ aimer; m~a.
mot: je, /<t<MM-a<, voulais. ~M<?<~signifier MM~U
reçoit en lui la première personne.singulier du futur
~apo~<M,<t<NM~, et de cette façon toute la phrase se réduit
en un seul mot..Le même futur peut cependant aussi suivre
~overbequi le régit, et rester un mot&part; alors, comme
iZ
cela arrive surtout dans!o mexicain, il est atmoncédans te
corpsdu verbe par un pronomque l'on y intercale c ~.c
nequia<~o~<!s, je c~ac<M<~ à savoir: j'aimerai. Cette
double position, possible& l'égard du verbe, appartient
aussi aux substantifs. La langue mexicaineunit donc dans
l'infinitifl'idée du futur à celledu substantif, et elle indique
l'une par la flexion, l'autrepar la construction.Dansla langue
Me, tes deux verbes dontl'un régit l'autre à l'infinitif, se
suivent simplement et immédiatement l'un l'autre comme
deux verba ~Mot (qui ont leur sens completpar eux-
mêmes). Ainsi ca~MeMee, coutumede manger; mais
littéralement je mange,j'ai coutume. Mêmedansl'ancienne
languede l'Inde, commeM.le proiesseur Boppl'a fort ingé-
nieusement montre, TiMmitifn'est qu'un nom verbal &
l'accusatif, entièrement semblable par sa forme au supin
latin (t). Aussin'est'il pas d'un emploi aussi libre que l'infi-
nitif grec et latin, qui s'écartentbien moinsde la nature du
verbe. U n'a pas non plus do forme passive là où elle est
necesMirc, c'est le verbe qui régit l'inunitifqui la prend, et
non pas l'inQnitiflui-même. Ondit donc estpu manger,
au lieude <eM~ être mangé..
Do ces exemples il résulte qu'au lieu do donner dans
r
toutesces langues l'innniuf pour une formeparticulière, on
devrait bien plutôt présenter avec leur vrai caractère les
moyensauxquels on a recours pour le remplacer, et faire
observerenmême temps à quelles facesde l'infinitifchacun
d'eux répond, aucun ne suffisantà les représentertoutes.
Or, si les cas où le signe d'un rapport gnnnmatical ne
répond pas exactement à l'idée de la vraie forme gramma-
ticale sont fréquents dansune langue, s'ilsen forment pour
ainsi dire le trait distinctifet caractéristique, une pareille
langue,fut-onen état d'ytoutexprimer,.est encorebien loin

(') Edit.deHalas,p. 202,n<.n p. :04, nt.88.


13
Ce
desepr&tcrau développementdes idées. développement
ne commence a faire quelque progrès qu'au point où.
l'homme, allant au deMtde la fln matérielleetconcrète du
discours, cessederester indifférentilsaforme point qui ne
sauraitêtre atteintsansl'action ou la réactionde la langue.
elle-mêmesur l'espntj*
Les mots et leurs rapports grammaticaux sont deux
choses entièrement et essentiellementdistinctes.Ceux-là
sontdans le langagecommedes objets réels, ceux-cine ser-
vent que de lien; mais le discours n'est possiblequ'au
moyen do tous deux réunis. Les rapports grammaticaux,
sansavoir toujoursdans la langue des signes spéciauxqui
leur soient au'ectes,y peuvent être introduits simplement
de la
par la pensée de ceux qui parlent, et la structure
langue peut être de telle nature, qu'on arrive encore
avec ce système à 6viter, au moins dans une certaine
mesure, l'incertitude et la confusion. En ce cas, en tant
moded'ex-
que les rapports grammaticauxont un certain
la
pression qui leur est propre, on peut dire que langue
formes
possède, dans la pratique, une grammaire sans
grammaticalesproprement dites. Quand une langue, par
exemple, forme le casau moyende prépositionsjointes au
mot qui demeure toujours invariable, il n'y a pas la de
forme grammaticale,mais seulementdeux motsrapprochés
auxquels l'esprit attache l'idée du rapport grammaticaU!
e-<~<M,dans la langue~«ya, ne veut pas dire, commeou
le traduit, per me, mais egoper. Le lien n'existeque dans
l'esprit qui le conçoit,et non comme signe dans la langue.,
j~-eMa~,dansla même langue, n'est point, àvrai dire, îl
souhaite, mais bien.« et souhaitou MM~o~ réunis sans
aucun des caractèrespropresdu verbe; expressionqui se
rapproched'autantplus de celle-ci son MMM~ quele pr6-
nxe est proprementun pronom possessif.Ici encorec'est
doncla penséeseule quiintroduit ridée du verbe.Et pour-
–i4-
tact ces deux formessuMseBta exprimer commodément,
l'une le cas du nom, et l'autre la personnedu verbe.
r Maispour que le développementdes idées so fasse vérita-
blementavecprécision,pour qu'en même temps Mdevienne
rapide et fécond, il faut que l'esprit soit débarrassé de cotte
nécessitéde suppléerpar un acte dola penséeà l'expression
absentedu rapport, et que ce rapport ait dans ta langue un
signe vcpitaNequi le reptesente aussi b!en que les objets
eux-mêmes.La reproductionMêle des procédés de l'èsprit,
au moyendes sons, voila en eCetle but unique de toutes
les tendancesgrammaticalesdes langues. Maison ne saurait
prendre pour signesgrammaticaux les mots~qui désirent
déjà des objets, sansquoi on n'aurait encoredevant soi que
desmotsisoles, quialeur tour exigeraient denouveaux liensj
Or, si l'on exclut dela représentation véritable des rap-
portsgrammaticauxles deux moyenssuivants assemblage
des mots auxquelsl'espritattache ridée du rapport, et ter-
mesreprésentatifd'objets, il ne reste plus de moyen pos-
sible pour exprimer ces rapports que la modification des
mots qui représententdes objets, et c'est là en effet le seul,
te véritabletype de laformegrammaticale. Il faut y ajouter
encoreles mots grammaticaux,c'est-à-direceux qui nodesi-
gnent aucun objet en général, mais seulement un rapport,
et unrapport grammatical,détermine.
Alorsseulementle développementdes idées peut prendre
un v6dtableessor, quandl'esprit trouve un plaisir dans la.
simpleproduction de la pensée,et ce plaisir-là dépend 'tou-
jours do l'intérêt, du prixqu'on attache à !a forme pure de
cette pensée.Cetintérêt pour h Mrme elle-mcme ne saurait
~tra~veilicpar une languequi n'a pas Habitude de repré-
senter la forme comme forme; et d'autre part, quand ii
nattrait naturellement(tansl'esprit, il ne saurait M~mernc
s'attacherà une parciUelangue. H (toit donc, l~oa il s'6-
la hmguc et là où la langue, par une
vcittc, transt'ot'nMt'
-i5-
itscM subitement
autMvoie, s'est enrichie de cesformes,
excité par leur présence.
-ilarnve
Dans d~Miotnesquin'ontpasatteint ced~la,
formes gram-
souventque ta penséehésite cotre plusieurs
maticales et, saM~arréteràaucnne, nnitparseconienter
aussi bien une
d~ résultat concï~En brésiiien, <«~ est
expressionsubstanBvesignmant~ qu'uneexpression
verbale signia~tt: .< M~
P~
en général, qMique lideede
s'emploie aussi pour
M6erelative.Do m60M<M-< est à
pèresoit toujoursNne
la Ms~et/a<~ et ainsi desuitepour toutes
en ce
tes MMMmes.Cetteindécisionde rid~o grammaticale
d autres
cas vamêmeencore plus loin, et tuba peut, d'après
la aussi
analogiesqui existentdans tangue, signiaer
formé d'une façon toute
père; de mêmeque le mot méridional signi-
semblable,maisparticulier à undialecte
réduit ici a ta
fie il est homme.La forme grammaticales
et d'un substantif, et
simple juxtaposition d'un pronom le lien en rapport
c'est l'entendementqui doit y introduire
avec le sensvoulu.
ne con-
n est clair que l'indigène, dans cette expression,
et réunis, et qu'il
çoit pasautre choseque les mots faireentendre
faudNit se donnerbeaucoupde peine pour lui
nous trouvons
nettement la différencedes expressionsque
cette
ici confondues.Aussila nation qui se sert de langue
·
être intente, habile,.
peut~le bien, à beaucoupd'égards, mais le
lesaSaires dé la vie
pleine de sens pratiquepour de la pensée
libre et pur développement idées, le go&t
des
d'une ainsi mite. Au
abstraite, ne sauraient sortir langue
sa constituhon
contraire, il faudrait nécessairement que
d'autres
subit des changementsviolents, s'il arrivait que
transfor-
causes amenassentdansla nation quelquegrande
mation intellectuelle.
ainsi c«m-
Par conséquent,dansles traductionsde phrases
–16–
poséeset appartenant à des langues semblables, il ne faut
jamaisperdrede vueque nos interprétations, dn moins en ce
,qui touchelestonnes grammaticales,sont presque toujours
fausseset nous présentent un point de vuegrammatical tout
diuéfentdo<'dui qu'a eu l'hommequi tes parle. Si l'on vou-
lait échappera cet inconvénient, il faudrait, dans la traduc..
tion, ne donner de forme grammaticale que juste autant
qu'il y en a dans la langue originale alors on rencontre des
casoù on devrait, autant que possible, s'abstenir de toute
espèce de forme. Ainsi l'on dit dans la langue des Huaste-
ques M<MM~<M!s~/< mis<f<tt~par lui; ce qui, traduit
exactement,répond à ceci ~~e traite. On voit ici une
formeverbaleà l'actif jointe a l'objetpassif pris pour sujet.
Cepeupleparait avoir eu le sentimentd'une forme passive,
maisavoir étéamené à celle que nous venons de voir par la
nature de sa langue, qui ne connaîtque l'actif. Ou'on songe
encore que dansla langue huastèque,il n'y a pas de forme
pour les cas.2V<!Mo~ pronom dela i" personne du singulier,
signifieaussi Mon que de Mo~à moi, et ~o< il n'indique
absolument que l'idée du moi. Dansnin et la syllabe qui
la précède,on trouve, pour uniqueindication grammaticale,
que le pronom de la 1" personnedu singulier est régi par
le verbe(I). Par là on peut voir que l'esprit des indigènes
n'a pas tant saisidans ce cas!a différencede la forme active
et dela tonne passive, qu'il ne s*estborné à associer l'idée
du moi, dépouilléede toute formegrammaticale, à la con-
ceptiond'une action étrangère exercéesur lui.

(t) La tangoehuMtèqoa pos~deeneBM,commela plupartdecettea


d'Amërtaoe, pto~aursfofmea~e pronoms,suivant quoces pronoms <ent
indépendant:,r~tMant ) overbe,our<g)e
par <a)f<~ne Mft quepour ee
derniercas.Lasyllabeta tNdtqoe quol'objetest expHmë&VM to verbe)1
mahonnelaplaceainsienavantquequand t'obtetestà ta Ireou &)e
personne. Toutecettemantcrcdo<M~aerl'objetavec le verbecetfort
dlgacd'att«tt)ondansla longuehua:teqae.
17
f Ouelimmense abîme sépare une langue pareillede la plus
la
parfaite et de -la plus cultivée que nous connaissions,
languegrecque~Dansla structure do ces périodesque règle
un art merveilleux, la dispositiondes formesgrammaticales
les unes à l'égard des autres forme un ensemblecomplet et
harmonieux qui augmente la force des idées, et qui, en
lui-même, satisfaitl'esprit par labeauté deson ordonnance
et'de son rhythme. Delà naît un charme particulierqui ac-
compagnela penséeet la revêt, pour ainsi dire, légèrement;
à peu près comme dans certainescouvresde la statuairean-
tique, Indépendamment de l'admirable arrangement des
figures elles-mêmes,les contoursseuls des groupesqu'elles
forment onrent des lignes plaisantes à l'fBil.Maisdans la
langue cette belle ordonnancene sert pas seulementau plai-
sir passagerde l'imagination. La pensée gagneen pénétra-
tionquand les rapports grammaticauxrépondentexactement
aux rapports logiques, et l'esprit se sent toujoursplus vive-
nient attiré vers l'exercice de la pensée abstraite, de la pen-
sée pure, quandla langue l'a déj&habitué a uneséparation
sévèredes formes grammaticales.
cette énorme différencequi peutséparerdeux lan-
F Malgré il
gues placées &deux degrés si divers de développement,
faut pourtant avouer que, même parmi cellesà qui on peut
]e plusjustement reprocher leur manquede formes, beau-
coup possèdent une foule d'autres moyens qui leur per-
mettent d'exprimer une grande abondanced'idées, de dési-
gner une grande variété de rapports entre cesidées par.là
combinaison habile et régulière d'un petit nombre d'élé-
ments, enfin d'unir ainsi la brièveté à la force.Cen'est pas
encela que consisteladifférencede ces langueset deslangues
plusparfaites s'il s'agit seulementd'exprimer!enécessaire,
maniéeset travailléesavec soin, elles pourront arriverà peu
près aussi loin que les autres. Maissi elles possèdentbeau-
coup de ce coté, il leur manqua de 'Fa~ un pointcapital
-)8--
l'expressiondo la forme grammaticalecomme telle, et la
réaction puissante et salutaire que cette expression exerce
surlapenséej
Matssi l'on s'arrête un instant ici, et que l'on jette aussi
.un regard en arrière sur les languesles mieux cultivées, il
pourha sembler que leschoses s'ypassent, à quelquesdin!&-
rences près, d'une manière analogue,et que l'on est injuste
envers les autres en leur adressantles reproches.que nous
venonsde voir.
Toutecombinaisonou tout assemblagede mots, dira-t-on,
une fois qu'il est affectéà la représentation d'un rapport
grammatical détermine, peut bien passer pour une forme
grammaticale véritable; peu importe après tout que cette
représentationait lieu au moyende termes qui ont déj&une
siguincationpar eux-mêmes, et quidésignent quelqueobjet
réel; peu importe que le rapport formel ne soit introduit
que par une opération de la pensée.Il estmémo presque im-
possibleen fait que la forme grammaticalevéritablese pré-
sente jamais autrement, et ces languesqu'on 61èveen un
yang supérieur, ces langues à l'organisation plus savante
sont parties, elles aussi, d'une originegrossière: elles en
portent encore on soi lestraces i~MNes.
11fautavouer que cetteobjectionest considérable,et pour
que le présent essai reposesur une basesolide, elledemande
à être éclaircieavecsoin. Pour cela,il est nécessaired'abord
de reconnattre la part de vérité incontestablequ'elle con-
tiént, puis de déterminer ce qui néanmoins demeurejuste
et fonde dansles opinionsqu'elle attaque.
Tout terme qui dansune langue forme le signecaracté-
ristique d'un rapport grammatical,et sert à le désigner de
telle sorte qu'il se représente toujours le même dans les
mômes cas, tout terme semblableest pour elle une forme
gramniaiicale.
des langueslesmieuxcuMvees, ilest~cHe
~DansJd plupart
f9-
de reconnattre encore aujourd'hui la réunion d'éléments
qui ont été associéspar le même procédé que dans leslan-
gues les plus grossières; et cette origine des formes gram-
maticales même véritables, par l'adjonction des syllabes
significatives( parl'agglutination),a dû être a peu prèsgéné-
rale. C'estce qui résulte clairement de J'énumérationdes
moyens que les langues ont &leur dispositionpour repré-
senter ces formes, moyensqui seréduisent aux suivants~
1. Adjonctionou insertion de syllabessignificatives, les-
quelles ont forméautrefois ou formentencore des motspar-
ticuliers
2. Adjonctionou insertion de lettres ou de syllabesdé-
pourvues de significationpar elles-mêmes,dansle bot nnique
d'indiquer les rapports grammaticaux;
3. Changement de voyeHëspar le passage de l'une a
l'autre ou par une modificationdela quantité oude l'accent
4.,Changementde consonnesdansle corps du mot;
5. Placementdes mots qui dépendent les uns des autres,
d'après des lois invariables;
6. Redoublementde syllabes.
Le simpleplacementdes mots ne peut donner qu'un petit
nombre de combinaisons,et, si l'onveut éviter toute espèce
d'ambiguïté, ne peut désigner qu'uri petit nombre de rap-
ports. Il est vrai que, dans la langue du Mexiqueet dans
quelques autresde l'Amérique,ce moyendevientd'un usage
plus étendu par ce fait que le verbe reçoit en soi ou attache
à sojt des substantifs.Cependantil demeure malgré tout,
resserré dans d'étroites limites.
L'adjonctionet l'insertion d'élémentsdépourvusdo signi-
fication, les changements de voyelleset de consonnesse-
raient, si un idiome se formait par une convention réelle,
le moyenle plusnaturel et le plus convenable.C'estla le vrai
principe de la /~<Mt en opposition avec 1'a~w~o~; et
il peut aussi bien exister des mots spéciauxqui répondenta
20
desidéesde formesqu'à desidéesd'objetsJNousavonsmême
vuplus haut qu'en principecesderniersne valent rien pour
représenterles formes, puisqu'unmotninsifait exigeà son
tour une forme nouvellepour lui servir de lien avec les
autres. Maisil est malaiséde penserquejamais a l'origine
d'une tangue un pareil modede représentationdes formes
ait puprévaloir car Il présupposeraitune conceptionnette
et une distinction précisedes rapportsgrammaticaux.Que
si l'on vient dire qu'il peut bien y avoir eu des nations
douéesd'un sensaussinet et aussipénétrantdu tangage, ce
n'estplus là dénouerla dimculte,maisla trancher. Quel'on
se représentenatureMementleschoses,et l'on apercevrabien
vitela diCIcultéqui surgit. Pour les motsqui désignent des
objets, l'idée naît de i'aperceptionde l'objet, le signede
quelqueanalogie facileà en tirer, l'intelligencede l'action
delefaire voir.Maispour laformegrammaticaletoutestbien
durèrent. Elle ne peut être conçue, désignée et comprise
que par son idée logique ou par un sentiment confus et
obscurqui l'accompagne.Or l'idéemêmede cette formene
peutse tirer que d'une languedéjàexistante,et l'on manque
aussi d'analogiessumsammentprécisespour la designeret
rendrecette désignationintelligible.Le sentimentpeut bien
avoirdonné naissance&quelquesmodesde représentation
comme,par exemple,lesvoyelleslongues etlesdiphthongues,
et parconséquentcet arrêt, cette vibrationplusprolongéede
la voixqui, en grec et en allemand,caractérisele subjonctif
et l'optatif.Maiscommela naturetoutelogiquedes rapports
grammaticauxles met fort peu en relationavecl'imagina-
tion etle sentiment, lescassemblablesdoiventavoir été peu
nombreux. On en trouve pourtantencore quelques-unsde
fort remarquablesdans les languesaméricaines.En mexi-
cain, dansles mots quise terminentpardesvoyelles,ou qui
rejettentà desseinau plurielleurscoasonnes~naJes, le p~a-
riel 8'ind!quepar une manièrede prononcer!a Yoycitc<!ha!c
~J

avecune aspiration tres-forte, particulière à cette langue,


etdonnantlieu à unrepos dans!a prononciation.On y joint
parfoisaussi un redoublementde syllabes.~«a~ /~tc;
Teotl;D~ pluriel, < ~eO. Certes il est impossiblede'
ngurer d'une façonplus sensibleau moyen du sonl'idéede
lapluralité, que danscesmotsoùla premièresyllabeestre-
doublée où la dernièreperdla consonne finalequi la termi-
nait d'une façonnette et tranchée, où enfin la voyellefinale
quireste reçoit une intonationsi prolongéeet si marquée,
quele son parait aller se perdre au loin dansles airs. Dans
tedialecteméridional de la langue des Guaranix,le sulfixe
.duparfait, ~Ma,se prononceplus ou moins lentement,sui-
vant que l'on parle d'un passé plus ou moins éloigné.Un
pareilmodede représentationsort presque dudomainede la
parole, et touche à celui de la pantomime (du langage
d'action).
Maissi l'on exceptequelquescas peu nombreuxanalogues
a ceuxquenous venonsde citer, l'expérience même dépose
contrôlecaractèreprimitif dela flexion dans les langues.En
euetjdu moment que l'onsemet à analyser unelangueavec
quelqueexactitude, l'agglutination,l'adjonction de syitabes
significativesse fait voirde toutes parts là même où onne
peutplus en démontrer positivementl'existence, l'analogie
conduit à l'admettre, et, pour le moins, il reste toujours
incertainsi autrefois elle n'a pas existé. Une agglutination
manifestepeut bienaisémentprendre toutesles apparences
de la flexion c'est ce que montreront clairementquelques
exemplesempruntés aux languesaméricaines Danslalan-
goe ~aya, <j~<KM veut dire: ~~Merow;'et ~&M<~
il etle d et le n initiauxsont le caractèredu futur et
duparfait. Cettemodificationdu verbe, faite au moyend'un
son unique, sembleavoir tous lesdroits au nom de flexion
véritable.Et pourtant it n'y a la que pure agglutination.Car.
les caractéristiquesde ces deuxtemps sous leur formecom-
2
plète.quiest encore souvent nsitcc, sont ~Wcct~Kt'Kc,
seulement on supprimele qui, et les syUabesde et ne per~
'dent leur voyellefinaledevantd'autres voyelles.Quideveut
dire tard, à ~«oe~f; d'oa co-yt~~ (eo, de moeo,jour),~
soir. Quine est une particulequisignifie <)??<.Acombien
d'abréviationssemblablesde mots jadis significatifsles syl-
labes qui servent &la flexion dansnos languesne doivent-
elles pas sans douteleur origineet qu'ilseraitfaux desou-
tenir que là où les traces de l'agglutinationne se peuvent
plus découvrir, la supposerc'est faire un hypothèsevainc
et mal fondée1 Laflexionvéritablecommeforme primitive
est assurément dans toutesles langues un phénomènerare.
Néanmoinsil faut toujours traiter les cas douteux avecla
plus grande circonspection.Carc'est, je crois, une chose
prouvée par ce que nous avonsdit ci-dessus,qu'il y a quel-
quefoisflexion à l'origine, et par conséquentelle peut se
trouver, .aussi bien que l'agglutination,dansdes formes où
seulementil est impossiblede la reconnaîtreaujourd'hui.
Il fautmême, à ce que je pense, aller encoreplus loin il
faut se garder de méconnaîtreque l'espritpersonnel d'un
peuple, d'une race, peut être plus heureusementdoué que
celui des autres des qualités nécessairespour la formation
du langage et pour l'intelligence des formesabstraites de
la pensée(deux choses insepat'ablementunies) Un peuple
semblable, si d'abord, commetous les autres, il rencontre
à la fois devantlui l'agglutinationet la ûexion,fera un usage
plus fréquent et plus intelligentde la dernière, saura plus
promptement et plus sûrement changer la première en-la
seconde, et mettra plus vite la première entièrement de
cote. En d'autres cas, les circonstancesextérieures,les em-
prunts d'une langueà une autre, peuventdonner à la for-
mation du langageun essor plusrapideet pluspuissant, de
meuMquedesinfluencesopposeessorontcansequeles.langnes
se tratneront longtemps dans un tristeétatd'imperfection.
-23-
Tous les moyens que nous venonsde signaler sont des
moyens naturels, et qui trouvent également leur explica-
tion dans l'essence même de l'homme et dans les circon-
stances de la vie des nations.~Je n'ai voulu que repousser
l'opinion qui attribue à certains peuples, des leur origine,
une formation du langage s'opérant exclusivementpar h
flexion et par un développement intérieur, et qui refuse
absolument à certains autres toute formation de cette na-
ture. Cette division, beaucoup trop systématique,me panttt
s'écarter des voies naturelles du développementdes choses
humaines, et même, si j'ai le droit de m'en rapporter à
mes propres recherches,elle est contreditepar t'expérience,'
comme le prouve l'étude attentive d'un grand nombre de
langues diverses.
F A l'agglutinationet a la flexionvientse joindre encore un
troisième mode de formation très-fréquent que l'on doit
ranger dans la mêmeclasse que la Oexion,parce qu'il sup.
pose 4pujours un dessein arrêté c'est quand l'usage donne
à un mot l'empreinte spéciale d'une forme grammaticale
déterminée, sans que ce mot, soit par agglutination, soit
par flexion, porte rien en soi qui caractérise précisément
cette forme.
Le. redoublement des syllabes repose sur le
sentiment
confus qu'éveillent certains rapports grammaticaux. Là oo
ce rapport emporte avecsoi redoublement,
renforcement,
extension de l'idée, le redoublement de la syllabeest à sa'
place. S'il n'en est rien, comme on le voitsi souvent dans
qUelquesidiomes de l'Amérique, et dans tous les verbesde'
la 3' conjugaison de l'ancienne langue de l'Inde, il doit sa
naissance à une simple particularité phonedquef On
peut
dire la mémo chose du changementdes voyelles.n n'y a pas
de langue où il soit si fréquent, si important et si
régulier
que dansle sanscrit.Maisil est très-rare qu'il constituele signe
caractéristique des formes grammaticales, ïl se trouve seu-
_o<_
lement uni à quelques-unes de ces formes, et le plus sou-
vent à plusieurs&la fois; de telle sorte qu'il faut biencher-.
cher ailleursle signecaractéristiquede chacuned'elles.
Ainsi l'adjonctionde syllabessignificativesreste toujours
te moyen!e plus important et le plus fréquent qui serveà
constituer les tonnes grammaticales. En ce point, les lan-
gues grossièreset leslangues cultivéesse valentiOn se trom-
perait fort, en effet, si l'on pensaitque, chezles premières,
chaque formese décomposed'abord en élémentsdistinctset
individuellementreconnaissables.Non. ellesaussi possèdent
des formesdont le seul caractère distinctif consiste en des
sons simples, isolés,qu'on pourrait fort bien, sans songerà
l'agglutination, prendre pour des sons indiquant la flexion.
En mexicain, le futur se désigne, suivant la différencedes
mots racines,par plusieurs deceslettres isolées l'imparfait,
par un ya ouun a final. 0 est l'aùgment du prétérit, comme
a en sanscrit et< en grec. Riendans la languen'indique que
ces sonssoientdès débris de mots anciens; et si en grec et
en latin on refuse de considérerles cas analogues comme
des cas d'agglutination dont l'origine est à présent incon-
nue, il faudra bien reconnattre ici dans le mexicain, au
même titre que dansles languesclassiques, l'existencedela
flexion. Dansla langue y<MK<M«:co, ~ece~a( caverbe signifie
jpoftefjest un présent; tarecclre, un prétérit; <<M-eceA<, un
futur.fje ne cite cesexemples que pour prouver que l'opi-
nion qui prétend assigner exclusivementla flexion à cer-
taines langues, et à d'autres l'agglutination,ne parait soute-
nable d' aucuncôté, lorsqu'on pénètreplus avantdansl'étude
des languesparticulières et qu'on arrive à une connaissance
plus approfondie de leur structurOjj
Si donc l'on est forcé d'admettre l'existencede l'aggluti-
nation même dans les langues supérieures, si même, en
beaucoup de cas, on l'y reconnaït-manifestement,il faut
reconnattre aussi la justesse de cette. objection, que che~r
-?–
elles, commechez les autres, l'idée du vrai rapport gram-
matical n'est introduitdans lesmots que par une opération
de la penséeJDacs <tM<K~<, Me~f se rencontrent incon-
testablement la foisdes signes du mot racine, du pronom
et du temps, tandisque l'idéevéritable du verbe, qui con"
siste dans la synthèse du sujetet de l'attribut, ne s'ytrouve
représentée par aucun signe particulier, et y doit être en
effetintroduitepar la pensée. Sil'on répond que, sans vou-
loir porter un jugement absolusur ces formes, il se peut
bien que le vetbe auxiliaire soit incorporé dans plusieurs
d'entre elleset indique cette synthèse,la réponse serainsuffi-
sante car leverbe auxiliaire a besoin d'être expliquélui-
même, et on ne peut imaginer une série indéfinie deverbes
auxiliaires emboîtésles uns dansles autres.
Maistoutes ces concessionsne détruisent point la diffé-
F*rence
qui existeentre des formes grammaticales véritables,t
comme amavit, et les combinaisonsde mots ou de syllabes
que la plupart des langues grossièresfont servir &désigner
les rapports grammaticaux. Cette différence consisteen ce
que les expressionsde la première espèce semblent véciia-
Mement jetées et fondues dansune forme unique; celles de
la seconde formées au contraire d'éléments qui sont sim-
plement rangésà la suite l'un de l'autre~Dans le premier
cas, la coalescenccparfaite de l'ensemble fait oublier,la
signification,de chacune des parties; la forte liaisonde ces
parties sous u<faccent unique modifieen même tempsleur
accent particulier et souvent même I~ur son et eest ainsi
que l'unité de la'forme achevée, dont souvent le grammai-
rien, dansses recherches,ne peutplus démêler les éléments,
devient le signe d'uu rapport grammatical déterminé. On'
conçoit commeunité ce qu'on ne trouvejamais séparé; on
considèrecommeformant un corps véritable, un organisme
fixeet vivant, ce qu'il serait impossibledo décomposerpour
en faire d'autres combinaisonsarbitraires on ne peut pren-
-26-
dreenCMpour une partieindépendante ce quine se présente
Jamaiscomme tel dans la tangue. Comments'est accompli
ce travailî peu importepour le résultat produit.Le signe
actueldu rapport, quelqueindépendance,quelquesigniuca-
tion propre qu'il ait pu avoir, s'est transforméen ce qu'il
devait être, en une simplemodification attMhéoà une idée
toujoursla même. Le rapport grammatical, qui primiti-
vement n'était introduit dans ces élémentss!g'n!6catifs que
par un acte de la pensée, existe maintenant en réalité dans
la langue,par suite delaréunion des parties enun tout fixe
et homogène l'oreille l'y entend, l'ceil l'y yoit.
6e n'est pas que tes languesqu'atteint le reprochede ne
pas posséder de formes grammaticales d'une nature aussi
abstraite n'aient au~i beaucoup de points deressemblance
aveccellesque nous venonsde décrire.
Leurs éléments, bienque ranges~seuiementsansliaison à
la suite lesuns des autres, se confondentaussile plus sou-
vent en un seul mot etse groupent sous un seulaccent.Mais
d'une part ce fait ne se produit pas toujours, et de l'autre il
se rencontre en mêmetemps diverses circonstancesacces-
soires qui viennent plusoumoins dénaturer levraicaractère
de la forme. Les élémentsqui la constituent sont suscep-
tibles de séparation et de déplacement chacun d'euxcon-
servele sonqui lui étaitpropre, sansretranchementni alté*·
ration; ils se trouvent ailleurs dans la langue Avecune
existenceindépendante, ou peuvent servir encoreà d'autres
Mtusonsgrammaticales, par exemple des aMxespronomi-
aanx faisant fonction de pronoms possessif avecles noms,
et des pronoms personnelsavecles verbes lesmots, encore
dépourvus de flexion, ne portent point en eux, commeil
doit arriver dans une langue où l'esprit grammaticala pé-
nétré profondément, les marques dtsunctivesdes diverses
parties d'oraison c'est l'adjonction d'éléments grammati-
caux qui seule leur en donne le caractère la structuregé-
néralode la langue est telle, que les recherchesse trouvent
immédiatementet naturellement amenées à une ouvre de
séparationdeceséléments,séparationqui réussitsans grande
peine enfin, à côtédola représentationdes rapportsgram.
maticauxau moyende formesou de combinaisonsde mots
qui s'en rapprochent,on trouvelesmêmes rapportsindiqués
aussi par une simplejuxtapositionde mots o&iî estmani*'
feste que la penséeseule doitintroduire ridée dela liaison.
Or, suivantque les circonstancesque nous venonsd'énu"
mérep se trouvent réuniesdans une langue, ou s'y pré-
sentent seulement &l'état defaits isolés, cette tangue est
d'autantmoins ou d'autant plus favorable au développement
de la penséeabstraite et son mode de représentation des
rapports grammaticauxs'écarte d'autant plus ou moins du
type véritabledes formes grammaticales. Cene sont pas en
effetlescas qui s'oSrent isolésetdisséminés dansla langue,
c'est ce qui fait la nature de sonaction sur l'esprit, quipeutt
et doit décidersur ce point. Et cela même dépendde l'im.
pressiongénérale et du caractèrede l'ensemble. ï~es phéno-
mènes particuliersne peuventêtre allégués que commenous
l'avonsfait plus haut, pour réfuterdes assertions trop har-
diment généralisées.Maisilsnosauraient jamais fairemécon-
nattre l'inégalitédu rang que peuventoccuper deux langues
d'après l'ensembledeleur constitution.
Plus une langue s'éloignedeson origine, plus ellegagne,
toutes circonstanceségales d'ailleurs, sous lé rapport de la
forme. Le seul fait d'un usageprolongé rendla fusionplus
complèteet l'union plus forteentre les éléments descombi.·
naisonsde mots; il effaceleurssons particuliers et rend lour
ancienne forme, leur forme indépendante, moins reconnais-
sable. Car il m'est impossibled'abandonner la conviction
que toutes les langues ont d&partir principalement de l'ag-
glutination.
Tant qucTcssignes des rapportsgrammaticauxsont consi-
–?-
déres comme Mcomposantd'élémentsisolés,plus ou moins
séparables, on peut dire que celui quiparle fait lui-môme
informes &chaquemoment du discours, bien plutôt qu'il
ne se sert de formesdéjà existantes.Alorson voit nattre
d'ordinaire unevariétébien plus grandedécèsformes. Car
l'esprit humain a une disposition nattirelleà aspirer au
complet en tout; et tout rapport, quelque.rarement qu'il
vienne à se présenter,tend au mémo titre et dans le même
sensque tous les autres à devenirforme grammaticale.Là,
au contraire, où la forme s'entenden un sensplus rigou-
reux, où elle estfixéepar l'usage, et où dès lors le discours
habituel ne constitueplus une créationdetonnes perpétuel-
lement Muouve!6o,ii n'en existequepour lesrapportsqu'on
a besoin de désignerfréquemment pour cequi revient plus
rarement, on a recours à des périphrases,ou bien on le
désigne par des motsspéciaux, ayant leurexistencepropre.
Cettemarche des choses s'explique encore par deux autres
circonstances.C'estd'abord que l'hommenon cultivéaime à
concevoiret à représenterles chosessoustousleurs rapports,
leurs aspects particuliers, non pas seulementceux qui sont
nécessaires au but actuel qu'il se propose.C'est qu'ensuite
certaines nations ontl'habitude de resserrerdes phrasestout
entières en des espècesde formes ou soi-disanttelles, par
exemple d'enfermer au sein même du verbe l'objet qu'il
régit, surtout quandc'est un pronom.Delàvientque ce sont
tout justement les langues auxquellesmanqueessentielle-
ment l'idée véritablede la forme, qui possèdentla plus éton-
nante multitude decesformes prétendues,dont la réunion
compose un systèmecomplet, soumisaux loisd'une rigou.
reuse analogie.
F Si la supériorité deslangues dépendaitde la quantité et de
la régularité rigoureusedes formes, de'la multiplicité des
expressionsqui serventà désigner lesmoindresparticularités,
comme dans la langue des Abipones,où le pronom de la
?-
troisièmepersonneestdînèrentMon qu'on conçoitl'homme
comme présent on absent, comme debout, assis, couché
ou marchant, onvoitqu'ilfaudrait placer beaucoupd'idiomes
des sauvagesau-dessus des languesdes peuplesles plus ci-
vilisés et c'est ce qui arrive assez fréquemmentmême de
nos jours. Maiscommeon ne peut raisonnablementestimer
la valeurrelative deslanguesque d'après la façondont elles,
se prétent au développementdes idées, onreconnaît que
c'est tout l'opposéqui est vrai. Cette multiplicitéde formes
entrave en effetet arrête le développementdes idées, Mem
plus qu'ellene le favorise c'est un embarras pour l'esprit
que d'être forcé de recevoirdans un aussi grand nombre do
mots uno foule de désignationsaccessoires et~ particulières
qui ne peuventlui êtreutiles danstous les cM~
Jusqu'icije n'ai parléque des formc<;grammaticales mais
il existe encore danstoutes les langues des mots gramma-
ticaux auxquelspeut s'appliquerégalementpresque tout ce
qui est vraides formes. Gesont principalementles préposi- 1
tions et les conjonctions.Cesmots représententdes rapports, F
grammaticaux il s'élève sur leur origine comme vrais
signes de rapports les mêmes diincultésque sur rorigine
des formes. La seule dinérence, c'est que tous ne peuvent
pas, comme les formespures, se tirer d'idées pures, mais
supposent et exigent des notions expérimentales, comme
l'espace et le temps. En conséquence,on estfondé a douter
(quoique récemmentencoreLumsdenait vivementsoutenu
cette opinion dans sa grammaire persane) qu'il ait existé
dès le principedes prépositionset des conjonctions, au vrai
sens du mot. Toutesont vraisemblablement,selonla théorie
plusjustede HomeTook,tiré leuroriginede termesconcrets,
servantà désigner des objets. Dansce cas, l'actionqu'exerce
la langue sur sa propre grammaire dépenddu degré dans
lequel, après leur origine ces particules s'éloignent ou
demeurent rapprochées de leur caractère originel. Je ne
-3&-
pense pas qu'aucune .iaugue puisse founur & l'appui de ce
qu'on vientde voir d'exempteplusfrappantque là mexicaine
dans sospFépositions~EHe en possèdetrois sortes diSerentes
i* celles où, quelque vraisemblableque soit aussichezelles
une pareilleorigine, l'on ne peut plus découvriren aucune
façon !&forme d'un substantif, par exemple c, dans;
8" cellesoùl'on trouve une prépositionassociée&un élément
inconnu 3* celtes cMia qui renferment manifestementun
substantif joint & une préposition;comme,par exemple,
<M<~~a~M,qa! est &proprement parler un composéde «c,
o~fa, et de c, dans; dam <eceM~. 7~<c«~ We ne si-
gnMe donc pas, commeon le traduit, dans,16 mais
<fa<Mle t~t~fe <!<c~ étant au génitif. Les pronoms ne
peuvent s'unir qu'aux prépositions des deuxdernières es-
pèces, et cone sont jamais les pronomspersonnels, mais les
pronoms possessifsque l'on prend, ce qui dénote bien la
présence du substantif cachédans la préposition.JVo~o~ce
se traduit, il est vrai, par d'en~~Mot, mais veutdire propre-
ment derrière mon~<M;de ~pM~ ~</M.Onpeutvoirici par
quelle progression le sons primitif s'est perdu, et saisir en
même temps le travail exercésur la formationdela langue
par l'esprit du peuple, qui, lorsqu'un substantif comme
<WM~ou dosdevait être employédansle sensd'une prépo-
sition, y joignaitune prépositiondéj&existante, pour ne pas
laisser les motssans liaisongrammaticale. C'estde la même
manière qu'est formé a< en latin, et (MM~<'aen alle-
mand. La langue~ac~~Me,arrivée en ce point à une forme
grammaticale moins parfaite, exprime devant, i~f~'e
~MniKMt, justement par cA~ sata ~M~, c'est-à-dire:
OeM~<M,M<~OM.
Le rapport qui s'établit dans les langues entrelesflexions
et les mots grammaticauxdevient la~ource denouvellesdit~
férences parmi elles. On voit, par exempleque telle langue
exprime des relations détct'mtn&espiuMtpar les cas, et telle
-3<
autre par les prépositions; que l'unemarque les hMnpsde
préférenceau moyende la flexion,et l'autre au moyen des;
verbesauxiUairesjCarcesverbesauxiliaires, lorsqu'ils dési<'
gnent simplementles rapportsdes partiesde la phrase entre
elles, ne sontaussi que des mots grammaticaux. Le grec
Tu~wc n'a plus véritablementde significationconcrètecon-
nue. En sanscrit, on emploiede la mêmemanière, mais bien
plus rarement, <cA~ ~<<M~.Sur ce point encore, il est
aisé d'établir, d'après des principesgénéraux, la règle qui
doitservir à estimer la valeur des languesJlAoù les rapports'
à désigner découlentet participentsimplementde la nature
d'un rapport plus élevéet plusgénéral, sans qu'il viennes'y
ajouter aucunenotion particulière, ce rapport sera mieux
représenté par la flexion s'il en est autrement, les mots
grammaticauxseront préférables.Carla flexion,entièrement
privée de sens par elle-même,ne contientrien que la pure
idéedu rapport. Dansle mot grammaticalse trouve en outre
la notion accessoirequ'on appliqueau rapport pour le déter-
miner,etqui,l&où la penséepure ne sutBtpas, doit toujours
venir s'y ajouteraC'est par cette raison que le troisième et
même le septième cas de la déclinaisonsanscrite ne sont
point des avantagesque l'on doiveenvierà cette langue les
rapports qu'ils expriment ne sont pasassezbien déterminés
pourpouvoirse passer d'être préciseset définis plus nette-·
menta Faided'une préposition.ïl y a encore un troisième
degré, mais qu'excluenttoujoursles languesqui ontune vé-
ritable culture grammaticale, c'est quandun mot, pris dans
toute la plénitude de son sensconcret, est marqué du signe
du mot grammatical,commenousonavonsvu plus haut des
exemplespour les prépositions.
Ainsi, que l'on considèrelesflexionsoules mots gramma
ticaux, on, est toujours ramenéau mêmerésultat. II se peut
que des langues soient capablesd'exprimerla plupart, peut-
être même la totalitédes rapportsgrammaticauxavec uuc
–32-
clarté et une précisionsuffisantes il se peut même qu'elles
possèdent une grande variété de prétenduesformes gram-
maticales, et que cependant, dansl'ensemblecomme dansle
détail, le manque de formes véritablessoit inhérent à leur
nature.
Jusqu'ici je me suis principalement efforcédo distinguer
des formesgrammaticales, les analoguesde ces formes par
où les tangues cherchentd'abord à s'en approcher. Bien
per-
suadé que rien ne porte un aussinotable préjudice &l'étude
deslangues que les raisonnementsgénérauxquine s'appuient
sur aucune connaissanceréelle, j'ai, autant
qu'il se pouvait
fairesans donner dans des développementsexcessifs; apporté
des exemples à l'appui de tous les cas particuliers; tout en
sentant parfaitement que l'étude complèteau moins d'une
des langues que nousavons considéréesici peut seule
porter
dans l'esprit une convictionvéritable. Pourarriver à un ré'
sultat définitif, il est nécessairearrosent d'embrasser dans
une vue d'ensemble et sansaucun mélangede faits les deux
termes delà questionqui nous occupe.
Quand on étudie l'origine et l'influencede la forme gram-
maticale.tout se réduitaà un point capital,qui est de biendis-
tinguerla représentationdesobjetset des rapports,des choses
et des formes.
La parole, en tant que matérielle et concrète, et consé-
quence d'un besoin réel, ne tend immédiatementqu'à la re-
présentation des choses; la pensée, en tant qu'abstraite et
idéale, tend toujours vers la forme. Par conséquent une
force de pensée supérieure imprime la
langue un ca-
ractère de formalité, et réciproquement un caractère domi-
nant de formaïité dans la langue augmente ia
puissance de
la facultéde penser.
I. OMCtM DES MHt~ES TiRAHMAMCALES.

Mansle principe, la langue n'a de signesque pour lesoh<


_gg_
jets, et ellelaisse&celui qui entendlesoin d'ajouter par'la
penséelesformes qui serventde lien au discours.
Moisellecherche à facilitercetteopérationde la penséeen
formant descombinaisonsdemotseten appliquantàl'expres-
sion des rapportset de la formedes motsqui servent à dési-
gner des objets et des choses.
Ainsi se produit &-son plus bas degré la représentation
grammaticale, au moyende locutions,de constructions de
phrases.
Cespremiersmoyens sontensuiteassujettisà une certaine
régularité; la combinaisondes mots devient constante; les
mots eux-mémesperdent peu à peu leur valeur indépen-
dante, laqualité qu'ils avaientd'être signed'objets, leur son
primitif.
Ainsise produit à sonseconddegréla représentationgram-
maticale, au moyen de combinaisonsdo mots fixes, et de
termes encoreindécisentrela désignation des objets et celle
1
des formes.
Les combinaisonsde motsgagnenten unité les mots re-
présentatifsdela.forme s'y ajoutentetdeviennentdesaNxes.
Seulementle lien n'est pas encore très-solide,les pointsd'at-
tache restentvisibles, l'ensembleestun agrégat, et non pas
une unité.
Ainsise produit à son troisièmedegré la représentation
grammaticalepar des analoguesdeformes.
La formalitése lait enfinjour. Lemot est une unité modi-
fiée seulement,suivantsesrelations grammaticales, par un
changement de son qui constitue la flexion; chaque mot
appartientà une partie d'oraisondéterminée, et n'a plusseu-
lement une individualitélexicologique,mais grammaticale
les motsaffectésà la représentationdela formen'ont plus de
significationaccessoire,qui trouble l'intelligence; ils sont
devenusde purs signes de rapports.
Ainsise produit a sondegré le plusétevéla représentation
34-
grammaticale, au moyende formesvéritables, do flexion,
et de mots purementgrammaticaux.
Le caractèreessentielde la formeconsistedans son unité,
et dans in prédominancemarquéedu mot auqpel elle appar-
tient sur les sons accessoiresqui lui sont joints. Ce résultat
est sans doute favorisé par la disparitiongraduelle du sens
propre des élémentset par la suppression de certains sons
qu'un long usageélimine.Maisl'origine dela langue nesau ·
rait s'expliquertout entièrepar l'actionpurement mécanique
de forces inanimées, et jamaisil ne faut en ce sujet perdre
de vuel'influencequ'exercentla puissanceet le caractèrein-
dividuelde la pensée.
ri/unité du motest due l'accent. Or l'accent est en soi
d'une nature plus immatérielle que les syllabes accentuées
elles-mêmes, et on l'appelleavecraison l'âme du discours,
non pas seulement parce que sa présenceseule le rend pro.
prementintelligible, mais encoreparcequ'il est plus réetle-
ment et plus immédiatement que tout autre élément du
langage comme la vivante émanation du sentiment qui
accompagnele discours.n mériteencorece nom quand, par
l'unité qu'il leur donne, il marque les mots de rempremte
de la forme grammaticale~:car, commelés métaux, pour se
fondreet s'unir rapidement et intimement,ont besoin de la
chaleur d'une flammevive et forte, de même~Ia fusion des
formesnouvellesne réussit jamaisque par l'acte énergique
d'une pensée fortequi tend à une déterminationprécisede la
formojLa mêmeactionde la penséese reconnatt encoredans
les autrescaractèresde la forme de sorte qu'il demeure in-
contestablementvrai que, quellesque aoient d'ailleurs les
destinéesd'une langue, elle n'atteintjamais une constitution
grammaticaleexcellente,quand ellen'a pas l'heureux pri-
vilèged'être parléeau moins une fois par une nation l'in-
telligenceviveou à la penséeprofonde.Hors de là, rien ne
peut la tirer de cet état dé demi-culture, de cette médiocrité
-35-
ottelletangu!tavecdes formespentMementassemMeeset qu)
jamaMne donnent à la penséeFiMpaMonvigoureuse _j
Jï. Mtn.OENCBCES MMBS CMMMM!CAH!5.

Lapensée, qui se produitau moyendu langage, est diri-


gée soit vers un terme extérieuret matériel, soit vers elle-
même, c'est-à-direversuntermespirituel.Danscettedouble
direction, elle a besoin de la clarté et de ta précisiondes
idées, et ces qualités dans la langue dépendenten grande
partie dumode de représentationdesformesgrammaticales.
Quaudelles ne sont représentéesque par des circonlocu~
tions et des phrases entières, par des combinaisonsde mots
non encore soumisesà des règles fixes, ou même par des
analogues de formes, tous ces moyensengendrent souvent
l'ambiguïté et la confusion.
Or, si l'intelligenceest gênée, et si par conséquentle but
extérieurdu langage n'est pas atteint i! arrive le plus sou-
vent que l'idée elle-mêmedemeure indéterminée, et que,
dansles casoù, comme idée,elle prête manifestementà être
entenduede deux manièresdiftereutes, ces deux aspectsde
l'idée restent confondus.
Que sila penséese tournenon pas seulementà une occu-
t p&tion extérieure,maisaune véritablespéculationintérieure,
decette première conditionde laclartéet de la précisiondes
idées naissent encore de nouvellesexigencesqu'il est très-
diÏBcnede satisfaire par la voie imparfaite dont nous
parlions.
J Car toute pensée aspire à l'unitéet à l'absolu.L'ensemble
des tendancesde l'humanitése dirige vers la mêmenn en
deraière analyse, l'activitéhumainene poursuit pas d'autre
but que la loi qu'elle veutoudécouvrirpar ses recherches,
ou établirsur un solidefondement.
Or la langue, pour bien.s'approprieraux besoins de la
pensee.doit, autant que possible,en reproduire l'organisme
-3C-
dans sa proprestructure. Autrement,elle, quidoitêtre sym-
bole en tout, sera justementun symboleinfidèleet imparfait
de ce à quoi elle se trouve le plus immédiatementunie.
Tandis que d'une part la masse des mots qu'elle possède
donne la mesure de l'étenduedu mondequ'elle embrasse,
de l'autre sa structure grammaticalereprésentepour ainsi
dire ridée qu'ellesefait de l'organismedela pensée.
Le langage doit accompagnerta pensée.Il fautdonc que
celle-cipuisseà son aide passerpar une suite continue d'un
élément à l'autre il faut qu'elletrouveen lui dessignes tout
prêts pour tout ce quiest nécessaireà sontravaild'enchatne-
ment desidées.Sans quoi on verra seformerdeslacunesoù
il l'abandonneraau lieu do l'accompagner.
Enfin, bien que l'esprit tende toujours et partout vers
l'unité et l'absolu, il ne peut cependantdévelopperces deux
tdées que peu à peu, en les tirant de son propre fonds, et
qu'avecl'aide de moyensmatériels.Parmiles pluspuissants
de ces moyens,il rencontrela languequidéj&pour son pro-
pre compte, pour sonbut le moins élevéet le plus concret,t
a besoin de règle, de forme, de loi. Aussi, plus il y trouve
déj&réalisésces caractères qu'il cherchelui-même do son
côté, plus il peut s'unirIntimementavecelle.
Si l'on considèreles languesau point devue detoutes ces
conditionsexigéesd'elles, on arrive à reconnaitrequ'elles ne
peuventlesremplir, oudumoinsles remplirsupérieurement,
qu'autant qu'ellespossèdentde vraiesformesgrammaticales,
etnon pas seulementdos analoguesde cesformes et par là
se manifesteladifférencedans toute sonimportance.
La conditionpremièreet essentielleqnel'esprinmposeau
langage, c'est de séparer nettement la chose et la forme,t
l'objet et le rapport, et de ne jamais lesconfondrel'un avec
l'autre. La langue, en l'habituant à cesconfusions,ou en lui
rendant la distinctionplus ditncile, paralyseet faussed'au-
tantson activitéintérieure.Or, cettedistinctionnecommence
.-37-
véritablement qu'à la naissancedesvraiesformes gratnma*
ticales, expriméespar la flexion,ou par les mots grammati.
eaux, comme nous l'avons vu plus haut en présentant le
tableau des divers degrés de représentationdo ces formes.
Dans toute languequi neconnattque desanaloguesdoformes,
il reste toujoursquelquepartie de matière, dans la désigna-
tion des rapportsgrammaticauxoùtoutdoitêtre former
Là où l'oeuvrede fusion dela forme, telleque nous l'avons
décrite plus haut, n'a pas complètementréussi, l'esprit
s'imagine toujours en voir encore les éléments séparés, et
alors la languene'lui présente plus cette conformité qu'il y
cherche avecleslois de sa propre activité.
Il sent des lacunes, il s'efforcede les combler il n'a pas
affaire à un nombre limité de termescohérentset bien. for-
més, mais à une multitude embarrassantede termes mal
faits et mal joints il ne peut donc procéder avec la même
promptitude etla même aisance, ni trouverle même plaisir
que lui donne un travailsimpleetcommoded'enchaînement
des idées particulières avec les plus générales, au moyen
d'une langue dontles formessontbien appropriées à ce tra-
vail, et bien conformesauxloisqui le gouvernentlui-même.
On voit par là, si l'on réduit la questionà sa dernière ex-
pression, qufuhoforme grammaticale,quand même elle ne
renferme en soi aucun autre élémentque ceux qui existent
dans l'analogue,qui ne la remplacejamaiscomplètement,est
pourtant quelquechosede tout dînèrent, au point de vue de
l'action qu'elle exerce sur l'esprit, et que cette différence
d'action provient de son unité, où se reflètela puissanceet la
nature de la penséequi l'a créée.
Dans toute langue qui n'a pasatteintunéculture gramma-
ticale semblable, l'esprit trouve reproduit d'une façondéfec-
tueuse et imparfaite le système général des rapports qui
servent a la liaisondu discours; et c'estjustement cette re'-
production exacteet complètequi est la condition indispen"
a
_tg_
sabledu travail aisé et heureux de la pensée. Un'est pas
nécessairequ'il arrive lui-mêmeà une tonscien~neMede ce
système c'est un point qui a manquéà plusieursnations,
mêmeparmi les plus civilisées.Il sumtquel'esprit, qui in-
stinctivementet MM s'en rendre compteprocèdetoujours
d'après ce système, trouvedansle lattga~e,pour chacunede
ses parties, une expression correspondante,et ainsi faite
qu'cUele conduisenaturellement à saisirune autre partie
avecjustesseet précision.
Si nous considéronsà présent laréactionde la languesur
l'esprit, la forme grammaticalevéritable, lors même que
l'attentionne se portepas à desseinsur elle produit et laisse
l'impressiond'une forme, et favoriseainsile développement
de la penséeabstraite. En effet,commecetteformecontient
purement et simplementl'expressiondu rapport, dégagée
de toutélément concret qui pourrait égarer Fentendeïnent,
etcomme ceiui-ciy aperçoit une modificationde ridée pri-
mitivecontenuedansle mot, il estamenénécessairementa
saisirl'idée même de forme. Si, au contraire,la forme n"est
paspure, ne peutplus, car il n'y découvrepas assez net-
il le
tementl'idée de rapport, et de plus il estdistrait par la pré-
sence d'idées accessoires.Cesdeux résultatsse présentent
même dans le langage le plus ordinaire,et pour toutes les
classesd'une nation. IAoù l'actiondela langueestfavorable,
il se produit dans les idées en général unegrandeclarté et
une grandeprécision, et dans les esprit en général unedis-
positionnotable &concevoirplus facilementce qui est pure-
mentabstrait,Enfin,il est danslanaturede l'espritque cette
disposition,une foisexistante,aillesedéveloppant sans cesse;
tandisque, si la langueprésente à l'entendementles formes
grammaticalesimpures et défectueuses,plus la durée de
cette influence se prolonge, plus il devientdifBcMede se
soustraire à cet obscurcissementdu côtéabstraitet-formel
de-la pensée.
<
–39-
Aussi quoiqu'on dise de la faculté que peuventaveir~les
langues dont la grammaire est défectueuse de favoriserle
développementdes idées, il demeure toujours trë~duacuo
à concevoirqu'une nation, prenant pour base, sansla modi-
fier; une langue pareille, puisse s'éleverd'elle-même&un
haut degré de culture scientifique.L'esprit, en effet, ne
reçoit pas de la langue, ni la langue de l'esprit ce qui leur
est nécessaireà tous deux; etle premier fruit de leur action
réciproque, pour qu'elle devint salutaire, devrait être une
transformationde la langue elle-même.
Ainsi se trouvent établis, autant qu'il se peut faire pour
des objets de cettenature, les marques qui serventà distin-
guer les languesbien faitessous le rapport grammatical, de
celles qui ne le sont pas. Il n'en est pas une peut-étr6 qui
puisse se vanterd'une conformitéparfaite aveclesloisgéné-
rales du langage, pas une qui soit également forméedans
tout son ensembleet dans toutes ses parties~ de même que
parmi cellesqui occupent les rangs inférieurs, onen trou-'
verait beaucoupqui se rapprochent en des degrés divers
d'une organisationplus élevée.Et pourtant la distinctionsur
laquelle on s'appuiepour séparer les langues en deuxclasses
bien tranchées n'est pas purement relative et bornéea une
différencede ~«~ ou de <M~M.'c'est une distinctionvérita-
blement absolue, puisque la présence ou l'absence de la
forme comme caractère dominant se manifeste toujours
d'une manière sensible.
Que les languesqui possèdent des formes grammaticales
soient seulesparfaitementappropriéesau développementdes
idées, c'est unfait qu'on ne saurait nier. Quel partipeut-on
encore tirer des autres, telles qu'elles sont c'est ce qu'il
fautdemander à l'épreuve et à l'expérience de déterminer.
n est du moins un point qui reste assuré c'est quejamais
elles ne'seronten état d'agir sur l'esprit au même degré etde
lamême manièreque les premières.
–40-
L'exemple le pins frappant d'une littérature qui fleurit
depuis desmilliersd'années dansune langue presque entiè-
rement dépourvuedetoute grammaire, au sensordinaire du
mot, nous est fourni par la langue chinoise. Onsait que,
précisémentdans ce qu'on appellele vieux style, celui dans
lequel furent composésles écritsdeConfuciuset deson école,
et qui aujourd'huiencore s'emploiegénéralement pour tous
les grandeouvragesde philosophieet d'histoire, les rapports
grammaticaux sont représentés uniquement par la place
qu'occupent les mots, ou bien par des mots isolés et sans
lien de façonquelelecteur reste souventchargé du soin'de
deviner par l'enchaînementdes idéess'il faut prendre tel ou
telmot pour un substantif,un adjectif,un verbe ou une par-
ticule (I): Le style des mandarins et le style littéraire ont
tendu, ilest vrai, à introduire dans la langue un peu plus de
précisiongrammaticale, mais ils ne lui ont pourtant donné
aucune forme véritable;et quant à l'anciennelittérature que
nous venonsde citer, la plus célèbre de cette nation, elle
est entièrement étrangère à ce remaniement plus moderne
de la langue.
Si commeEt. Quatremère(2)a cherchéavec tant de saga-
cité à le démontrer, la langue coptea été celle de l'aucienne
Egypte, nous ne devonspas négligericide mentionner aussi
la haute culture oùil parait que cettenationavaitatteint. Car
le systèmegrammatical de la longuecopteest, selon l'ex-
pression de Sylvestrede Sacy(3), entièrementsynthétique,
c'est-à-dire tel, que les signes grammaticauxy sont placés

(1)GrammairechtootM, parM.Abe)Mmtxat,p. ?,3T.~<M


(!)ReetMtchM etMttortqaes
crtttqaes toflatangueetla MtMmtOM de
M~ypte.
(0)DaMteMaga9)aeocyc)epedfquedeMuUa,t.<v,t80S,p.M6,oùaont
daveteppëM desidéesauMtneavatq<t'in~n!enMe,
Maternent au sujetde
t'ecfttureMemgtyphtqee
etdel'écritureatptmbeUqae,
sur ta fonBaMoa
SMOUMttcttedettansM:.
-<n-
isolément et sans lien en ava~t ou & la suite des mots qui
désignentles objets. Sylvestrede Sacy le compare même en
ce point au système chinois.
Or/s'il est vrai que deuxpeuples des plus remarquables
aientpu atteindre le degrédeculture intellectuelleou Ussont
parvenusavec des langues entièrement ou presque chère-
mentdénuées de formesgrammaticales, ne sembie-t-il pas
qu'onpuisse tirer de cesfaitsune puissante objection contre
la nécessité prétendue de ces formes? Mais d'abord il n'est
nullement démontré que la littérature de ces deux peuples
ait possédéjustement lesqualitésqui développentsurtout ces
propriétésgrammaticales deslangues que nous considérons.
Sanscontredit si une granderichesse et une grande variété
déformes grammaticalescommodémentet nettement expri-
méesaugmente la rapidité et laforce de la pensée, c'est sur-
tout dans les ouvres de dialectiqueet de l'art oratoire que
cesmérites se font voiravecle plus d'éclat aussi est-cedans
laproseattique que se sontto mieuxdéployéestouteieur force
et leur délicatesse. Pour le vieuxstyle chinois, au contraire,
ceuxmême qui portent d'ailleurs un jugement favorable
sur la littérature de ce peuple avouent qu'il est vague et
haché/de façon que celui qui lui succéda, pour mieux s'ap-
proprier aux besoinsde la vio,dut se proposer d'acquérir
plus de clarté, de précisionet de variété. Voilàqui serait en
réalitéun témoignage en faveur de notre opinion. On ne
conMît rien de la littératurede l'ancienne Egypte; maistout
ce quenous savons d'ailleursdes usages, de la constitution,
des monuments, de l'art de ce remarquable pays,indique
plutôt une civilisation sévère et purement scientifique,
qu'une activité de l'esprit spontanément et naturellement
tournée vers les idées pures. Enfin, quand même ces deux
peuplesauraient possédéprécisémentles qualitésqu'on doit,
au contraire, tres~ustement hésiter a. leur attribuer, les
opinionsque nous avons développéesplus haut n'en seraient
point encore ébranlées.Quand l'esprit humain, favorisépar
un concoursde circonstancesheureuses réussit &
appliquer
tout l'effortde ses facultésà un travail,tout instrumentlui
estbon pour arriver au but, bienqu'il y arrive par une voie
plus pénibleet pluslongue. Mais,pour avoir été vaincue,la
difncultén'en existaitpas moins.Oui,les langues qui ne
pos-
sèdent pas de formes grammaticales,ou
qui n'en ont que
de très-imparfaites,exercentsur l'activitéintellectuelleune
influencequi la troubleet la gêne, au lieu de la
seconder;
c'est ce qui ressort, je crois l'avoir montré, de la nature
même de la penséeet de la parole. Dansla réalité, il peut
existerdes influencescontrairesqui atténuent ou
qui détrui-
sent les mauvaiseffetsde celles-là.Maisdans les
spéculations
scientifiques si l'on veutarriverà des conclusionsnettes, il
faut apprécier chaque influenceen elle-même, commeun
moment isolée,et commesi ellene pouvaitou ne devaitêtre
contrariéepar aucuneautre inOuenccétrangère c'est lamé-
thode que nous avons appliquéeici à l'étude des formes
grammaticales.
Pour ce qui estde savoir dansquellemesure les
langues
américainespeuventatteindreaussiune culture avancée, la
simple expérience ne sauraitnous l'apprendre. Les écrits
composéspar des indigènesen languemexicaine,et que l'on
possèdeencore (1),ne datentque du temps de la conquête,
et par conséquentportentdéjàla traced'une influenceétran-
est
gereJN pourtant fort regrettableque l'on n'en connaisse
au en Europe. Avantla conquête,il n'existaitdans cette
partie du monde aucun modede représentationdes idéesau
moyendel'écriture. On pourraitdéjaregarder ce fait comme
une preuvequ'il ne s'y était élevéaucun peuple douéd'une
(1)A.de BambeMt <Eemt surleroyaume
politique de!aNoave))a.Espa-
SM.p.M.
Le!N<tM <VuesdesCordtttt~M, etMMMents despeuplesderAmëd.
que,p.tM.
-.43-
puissanced'esprit supérieure et suCisantepour arriver, en
forçant les obstacles,jusqu'à l'inventionde l'alphabet.Hest
vrai que cetteinvention n'a dû avoir lieu qu'un très-petit
nombre de fois, la plupart des alphabets étant sortis l'an de
l'autre par voiede transmission. 1
)' Le sanscritest parmi les languesque nous connaissons la
plus ancienneetla prenuère quipossèdeun système defor-
mesgrammaticalesvéritables, et cela avecune organisation
si excellenteetsi complète, que, sous ce rapport, il nes'est
presque rien produit de nouveaupar la suite. A cOtéd'elle
se placent les tangues sémitiques; maisc'est incontestable-
mentla languegrecquequi a atteint danssa structureleplus
haut point de perfection. Maintenantcomment ceslangues
diversesse classent-ellesrelativementl'une à l'autre, sous
les différentsrapportsque nous avonsconsidérésici a quels
nouveaux phénomènesa donné lieu la naissancede nos
idiomes modernes, sortis des langues classiques?Cesontla
des questionsqui oOMraientune abondante matière à des
recherchesplus étendues, maisaussi plus délicateset plus
difficiles. 1
GUÏt~AUMEDE HUMBOLDT.

ANALYSE
oeceuwMMmTm~:

UBERDtE VERSCHIEDËNHEIT
t)BSMEN8CHUCHEK8PMCHBAUES,U~tHREt<EtNn.CSSAUFm8CE!m<;E
MBMCHENGESCHLECHTBS
OIES
ENTWtCKEMMC

~W~ 4o.W~ M~W~ \W!~W% W~\~W<'


~t
Wt ta AM<~M~ ~(\~Ut\ V~W~M~~

MtWMfT C'UtTMMtWKMt t'Mt~t eux M t~t~O)! KAWt.

Audébut de ses considérationsgénérales sur !o langage


ex-
et sur les langues, M. doHumboldtcommence par un
et un coup
posé rapide de ses idées sur la c~KMM<w, parde
d'ceii jeté sur la marche et le développement l'esprit
humain. En effet, la diversitédes races, aussi bien que celle
des langues sur le globe, sont subordonnéesà un troisième
fournit l'explication
phénomène, d'un ordre plus élevé,qui
des deux autres, et qui est le développement de l'intelh-
des formes toujours
gence humaine, sa manifestationsous
nouvelles.Suivre la trace de cettemarche et de ce progrès
et
à travers les siècles, tel est le but final de l'histoire;
-46-
l'étude comparée des langues elle-même perd tout mtérét
élevé, si elle ne s'attache surtout au point par où ta langue
tientau caractère particulierde chaquepeuple et se modèle
sur lui.
Si, partant de l'état actuel do civilisationdu monde, on
remonte, à travers les siècles, la longue série de causes et
d'eJtëts qui, par leur liaison, nous ont amenés au point où
nous sommes, on découvrira bientôt un côté clair et un
cotéobscur l'un se laissantaisément pénétrer et expliquer,
l'autrese dérobant a toute recherche, et ne présentant pas,
dèsl'origine, un enchaînementde faitsfaciles à déduire les
uns des autres. C'est qu'il y a dans le développementde la-
civilisationdeux éléments, deux forces qui agissent simul-
tanément. n y a l'action fataledes conséquencesqui sortent
nécessairementde leurs principesune fois posés, des évé-
nements qui dériventnaturellementles uns des autres; puis
l'action libre de l'homme qui intervient constammentdans
cettemarche régulière des choses, qui se jette en travers, et
en contrarie ou en change le cours. C'estla seconde de ces
actionsqu'il n'est pas toujourspossiblede suivre et de péné-
trer, parce qu'elle est libre. C'est elle qui faitle côté obscur
de l'histoire. Plus l'on remonte haut, plus cette force inté-
rieureet spontanée de l'esprit humain agit seule plus on
descend, au contraire, plus on voit se grossir la masse des
chosesacquises, nxées, et transmises désormais de géné-
ration en génération.
De même pour les langues; elles n'apparaissent pas à
l'origine telles qu'eUessont plus tard. La destinéedeslan-
gues est intimement liée au développementintellectuel de
~humanité, et elle le suit danstoutesses périodesde progrès
ou de décadence elle traduit chaque époquel'état de civi-
Usatien correspondant. Maisil est une époque où nous la
voyonsnon-seulement accompagnerce dévdoppemeïtt,mais
en prendre tout à fait la place. Le langagesort, dans i'his-
-47–
toire de l'humanité, d'une profondeur telle, qu'il est impos-
sible de le regarder comme une œuvre et une création dés
peuples. Ma, pour ainsi dire, en lui-même une action pro-
pre, spontanée,qui ne permet de le considérer que comme
une émanationinvolontairede l'esprit, comme un don venu
du dehors, et non comme un instrument créé par hn'é"
flexion. Leslangues cependantont subi dans leur formation
l'inQuencedes peuplesà qui elles appartiennent, et portent
l'empreinte de leur caractère particulier. Cotaprouve que
ce n'est pas un pur jeu de mots de dire que le langage en
lui-même est quelque chose de divin et d'indépendant de
l'homme; et les langues, au contraire, quelque chose de
soumis à l'action des peuples & qui elles appartiennent.
C'est ainsi que des peuplesinnombrables peuvent modifier
diversement et développeren mille langues différentes le
germe, le don de la parole, déposé également chez tous.
C'est ainsique les langues tout à la fois dominentla marche
de la civilisationet lui sont soumises. Elles la dominent
car la parole existe et manifestel'intelligence humaine, les
facultésde l'esprit; et ces acuités, une fois développées,
réagissent à leur tour sur les langues et les soumettent à
leurs propres vicissitudes.
AinsiHumboldtregarde comme insoutenable l'opinion de
ceux quiveulentfairedu langageune invention del'homme.
ïl y revient &plusieursreprises. Lo langage selonlui, n'est
pas quelque chosed'extérieur, d'accidentel, qui ne soit pas,
nécessaireà la penséede rhommé,et qui ait été seulement
imaginé pour faciliter les relations et entretenir le com-
merce des individusentre eux;c'est, au contraire, quelque
chose d'intimé, d'essentielson intelligence, d'inseparaMe
de sa pensée, et d'indispensablepour le développement de
ses forces, de ses facultés intellectuelles, pour la précision
et la netteté de ses idées, pour la connaissancedistincte du
monde extérieur. Tel est le langage un besoin de l'intelli-
-.48-
genco humaine, qui lui a été imposéet qu'elle ne s'est pas
fait. Quantà la diversité des langues, elle doit être consi-
dérée commerésultant do !a diversitéd'cftbrts ou de succès
avec laqucHecebesoin s'est développéchez les diNërentes
races, suivantque ce développementa été favoriséou con-
trarié par l'esprit ou le caractère de ces races.
Humboldt regarde cette influence,cette action mutuelle
de la langue sur l'esprit des peuples, et de leur esprit sur
leur langue, comme le fait capitalà étudier. Pour lui, on ne
saurait assezinsister sur l'identitédu langage et de i'inteui-
<
gencc, et voicicomment il s'en expliqua: L'esprit d'une
nation et le caractère do sa langue sont si intimement liés
ensemble, que si l'un était donné, l'autre devrait pouvoir
s'en déduire exactement, c
La langue n'est autre chose que la manifestation exté-
rieure de l'esprit des peuples; leur langue est leur esprit
et leur esprit leur langue, de telle sorte qu'en développant
et perfectionnantl'un, ils développentet perfectionnent né-
cessairementl'autre. Jamaisonne pourra trop seles figurer
identiques.La source commune où ils se réunissent et se
confondentreste inaccessibleà nosrecherches mais Hum-
boldt conclut que, sans vouloir décidersur la priorité de l'un
ou de l'autre, on doit, comme fondement de toute étude
philosophiquedes langues, posercesdeux lois d'une part,
bien qu'en fait et dans, l'histoire nous,ne voyionsjamais
l'intelligence humaine et le langageséparés l'un de l'autre,
bien que nous ne les distinguions que par une abstraction
de l'esprit, et quela réalité ne nous oCreaucune distinction
semblable; nous sommes obligés de considérer la parole
comme quelquechose de supérieur, de trop élevépour cire
une oeuvrehumaine et une créationde l'esprit d'autre part,
la forme des langues dans le genre humain n'est diverse
et la caractère des na-
qu'en tant qu'est divers aussi l'esprit
tions. Ce sont !a, comme aurait dit Bossuet, les deux
/Q_
bouts de la chaîne, qu'il laut tenir forme, satts en Idcher
aucun.
Maintenant,si, entitéorie eten principe, nous regardons
la forme d'une languecomme le produit de l'esprit du peu-
ple qui la parle, et side l'esprit nousconcluonsa la langue,
nous sommes obligés,dansla pratiqueet dansles recherches
nitriques sur les langues, de retourner la proposition et
de suivre une marche inverse, c'est-a-dirc deconclure dela
langue à l'esprit. En effet, dans les époquesprimitives où
remonte notre étude, c'est à pouprès par leur langue seule
que nous connaissonsles nations. Ainsi le .scM~est pour
nous la langue d'une nation sur la vie et le caractère de
laquelle nous n'avons que des conjectures tirées de cette
langue même. C'est donc dans'le caractère et la structure
des idiomesque nous allons chercherdes tracesdu caractère
propre et original des peuples qui les ont employés.Voilà
pourquoi il importe de pénétrer plus avant dans la nature
intime des langues et dans l'étude de leurs éléments.11faut
éviteren cette étude de se perdre dans les détails, et s'atta-
cher à saisir les traits généraux, la forme caractéristiquede
chaque langue. Maisd'abord qu'appelle-t-onune langue,
par opposition, d'une part, à une famille de langues
~MwMawM~, de l'autre un dialecte?r
La langue est quelquechose d'essentiellementet de con-
stamment passager; car elle n'est que le travail de l'esprit,
travailsans cesserenouvelépour approprier le signe ou son
articuléà l'expressionde la pensée. Ona déjà fait observer
que, dans toute recherchesur les langues, nous nous trou-
vons toujours placés, pour ainsi parler, dansun milieu his-
torique c'est-à-dire que nous ne comMissocsni une lan-
gue ni une nation quenous puissionsdéclarer primitive. 11
s'ensuit que ce travailintellectuel dontnous parlons s'exerce
toujours sur une matière antérieurement donnée; il n'est
jamais créateur; il ne peut que tmnsformer.Son but, c'est
-50–
l'intelligence,c'est d'êtrecompris. Aussi personne ne doit-it
parler à un autre d'une autre façon que celui-cine lui eût
parlé dans des circonstancessemblables. Enfin, ce qu'ily a
de constant, d'uniforme, de partout semblabledans ce tra-
vail de l'esprit, voilace qui constitue ce que nous appelons
laforme de la langue.Ainsi,par ce terme, formede la ~t-
~e, il no faut pas entendre seulement la forme gramma-
ticale, qui comprendles règles de la syntaxe et de la com-
position des mots; il s'applique surtout spécialement à la
nature et à la formationdes mots simples, des mots racines,
par lesquelsseuls on peutpénétrér dans l'essencemême de
la langue.
Pour bien saisir le caractèred'une langue, il faut donc
étudier le son mêmequ'elleemploie et commencer par son
alphabet, ïl ne faut négligerdans cette étude aucun détail,
aucun élément, quelqueminutieux qu'il paraisse. Car c'est
l'ensemble de tous ces détails qui constitue l'impression
générale que fait une langue.
C'estla formeseule qui décidede l'identité oude la parenté
dos langues. Ainsile kawi, bien qu'ayant admisune grande
quantité de mots sanscrits ne laisse pas d'appartenir aux
langues malaisespar saforme. Les termes de plusieurs lan-
gues différentespeuventse réunir en une forme plus géné-
rale et d'un ordre plus élevé. Et pour prendre le point do
vue le plus général detous, les formes de toutesles langues
se réunissent effectivementen une forme unique. Dans les
langues, l'unité dans la variété, l'a~oMo~ dans
l'harmonie et l'accorduniverselssont si merveilleux, qu'on
pourrait dire égalementbien que tout le genre humain n'a
qu'une langue, ou bien que chaque individu a la sienne
propre.
Le son et l'emploiqu'on en fMt pour désigner les objets
ou exprimer la pensée voilales deux principes, les demt
élémentsde la formedes langues. Le premier est plus parO-
-5i-
culiéMmentl'élément doleur diverse; le second, tenant à
la nature toujoursidentique de l'esprit humain, l'éiément
de leur unité. Etudions de plus près ces éléments et leur
union, c'es~a-dire l'union de la penséeet de la parole.
La langueest l'instrument qui façonneet forme la pensée.
La pensée, fait intellectueltout intérieur, spirituel, se ma-
nifeste par le son et devient sensible; elle et la langue
sont donc inséparables,sont donc tout un. La pensée est
forcée de contracter alliance avec la parole, puisque, sans
elle, elle ne peut arriver à se préciser, et que l'imagination
vague ne saurait devenir conception.Cetteunion intime,
dans la
indispensable, de l'une et de l'autre, a sa source
constitutionmême de l'homme. Onne peutse refuser à voir
quel accord frappant il y a entre le sonet la pensée. Hûm~
boldt montre, par une séried'analogiesfortingénieuses,que
la parole sembleen tout l'image matériellede l'immatérielle
pensée. Ainsil'instantanéitéet la précisiondu son est com-
forme
parable à cellede la pensée.Commela pensée,danssa
!a plus élevée, n'est qu'une aspiration del'obscurité vers h
lumière, des choses bornées vers les choses infinies, de
même le son sort des profondeurs de la poitrine pour se
est mer-
répandre au dehors, où il trouve un milieuqui lui
le
veilleusementapproprié, l'air, plus mobiledes éléments,
le mieux à
qui~par son apparente immatérialité, répond
l'esprit. Enfin la position verticale du corps de l'homme,
posidonrefusée aux animaux,s'accordebien avecl'émission
du son articulé.La parole ne peut pas être émise versle sol,
qui l'étouffé; elle demande à aller librement des lèvres qui
l'envoientà celui à qui elleest adressée,être accompagnée
du regard, de l'action du corps, du geste, à être entourée,
en un mot, de tout ce qui est le signedistinctifde la dignité
humaine.
Après ces réHexions,Humboldt, poursuivant plus loin
encorel'intimeunion de la parole etdela pensée,démontre
-52-
que, sansmêmeparler d'aucun commerceni d'aucune rela-
tion des hommesentre eux, pour l'individu isolé et consi-
déré uniquementen lui-même, le tangageest une condition
nécessaireetinévitablede toute pensée.
Quantàl'intelligencede la parole, cen'estpas quelque chose
de différentdela parole elle-même; enun mot, comprendre
et parler ne sont que des effets diversd'une même faculté,
la facultédu langage.Celuiqui comprendparle et répète en
lui-même ce qui lui est dit. Il fait exactementla même opé-
ration de l'esprit que s'il parlait lui-même seulement sa
penséeestexcitéedu dehors, au lieu de l'être intérieurement.
Maison ne peutfaire reposer l'intelligencedans l'activitéde
l'être propre quicomprend on ne peut considérer ce com-
merce comme,une excitationmutuellede la faculté du lan-
gage chezceux qui écoutent que parce que les individus,
dansitcurdiversité,conserventl'unité deta nature humaine.
Or le propre decettenature, douée, commeelle l'est, delà
faculté admirabledu langage, c'est non-seulement de saisir
le son en lui-mêmeet son impression matérielle, mais de
comprendre le son articulé, le mot; ce qui est tout autre
chose. L'articulationest cause que le mot apparatt immédia-
tement, et par sa forme même, comme partie d'un tout
indéfini, qui est la langue. Car c'est elle qui donneles
moyens, avecleséléments de certains mois,de tonner une
quantité innombrabled'autres mots d'après certaines rè-
gles, et d'établirainsi entre les mots une auluite répondant
aux rapports desidées.
La preuve de tout cela, c'est la manière dont l'enfant
apprend à parler. Apprendreà parler, pourlui, ne consiste
pas seulementà se rappeler et à répéter ce qu'il a une fois
entendu c'est un développementde la faculté du langage,
de la parole, parl'âge et par l'exercice; c'estune puissance
qui passeà l'acteen lui sous l'influence et l'excitation d'une
activitéextérieure.Cequ'il entend fait plus que de se com-
-M-
muniquer à lui, ce qu'il entend le prépare à comprendre
plus facilement ce qu'il n'a pas entendu encore, lui rend
clair ce qu'il avait depuislongtempsentendu, mais n'avait
encorecompris qu'&demiou mêmepas du tout. C'est ainsi
que le perfectionnementde la facultéet l'acquisitionde ma-
tières nouvelles agissentpour s'accroîtremutuellement.Ce
n'est pas là un simpleenseignementmécanique de la pa-
role, mais le développementd'une puissance qui est déjà
dans l'enfant. Or, commentles choses pourraient'elles se
passerainsi, si ta même puissance les mêmes facultés, la
mêmenature chez celuiqui parle et chez celui qui entend,
chezcelui qui enseigne et chez celui qui apprend, si cette
identité de nature n'établissaitentre eux un accord, un
moyende s'entendre l'aide des mêmessignes?P
L'auteurréfute ensuite quelquesobjectionsqu'onpourrait
faire contre ces considérationsempreintes d'une si grande
justesse et d'un si profond esprit d'observation. Suivent
quelquesautres réflexionsexcellentessur la nature des lan-
gues en général.–La subjectivitéde notre perception des
objetspasse tout entière;dans la langue. Car le mot n'est
pas une traduction un signe de l'objet tel qu'il est en lui-
même, mais de l'image qu'il a faiteet laissée en notre amc.
Toute perception étant inévitablementmêléede subjectivité,
on peut, même indépendammentde la langue, regarder
toute individualité comme un point de vue particulier du
mondeet de l'ensembledes choses. Le langage ne fait que
grossiret étendre ce fait. Comme sur la langue de chaque
nation agit une subjectivitéde nature particulière,' chaque
langue renferme une vue des choses originale qui lui est
propre. Chaque peuple s'entoure desons qui lui représen-
tent, suivant son esprit, le monde des objets. Chaque
langue enferme donc le peuple &qui elle appartient dans
un cortaincercle de vueset d'idées qu'on né peut fran-
chir que pour entrer dans un autre din'ércnt, mais ayant
_Rjt_
également ses bornes. C'est pourquoi étudier une langue
étrangère, c'est dans une certaine mesure, acquérir une
vue nouvelledes choses, se placer &un point de vue nou-
veau pour les juger. Car toute langue contient l'ensemble des
idées et la manière de voir de toute une partie de l'huma-
nité. Seulementon ne pent s'empêcher de transporter plus
ou moins son propre monde et sa propre langue dans les
langues étrangères; on ne peutjamais s'on dépouiller entiè-
rement. C'est la raison qui fait qu'un étranger ne parlera
jamais si parfaitement une langue, quoi qu'il fasse, que
rhomme originaire du pays à qui elle appartient.
Unpoint important& remarquer encore, c'est le caractère
d'infinitédes langues,La langue nous apparatt comme infinie
dans le passéet dans l'avenir. Bien qu'elle se compose d'élé-
ments formés et fixés. et que ces éléments soient comme
une masse morte,cette masseporte en elle le germe si l'on
peut parler ainsi, d'une <~<<r~Ma«t~ ~.BesMMMK&o~J
.sans nn. Elle offrecomme un fonds inépuisable où l'on dé-
.couvre,toujoursquelque coté nouveau, quelque pointa per-
cevoir ou à sentir d'une manière neuve au delà de ce qui
est exploré et acquis, elle montre toujours comme un do-
maine encore inconnu.Ainsila langue renferme non-seule-
ment cequi a été dit, mais toutce qui peut se dire.
Aprèsd'autres réflexionségalement justes et ingénieuses
au sujet de l'inuuence, de l'action réciproque de l'individu
sur la langue, et de la langue sur l'individu, laquelle doit
produire dansle langageun mélangeet comme un équilibre
de liberté et d'autorité,Humboldtpasse à la considérationdu
sonarticuléetdesanature. C'estsous une impulsion, une ex-
citationde l'Orneque l'homme force ses organes corporelsà
produire le son articulé, fondementde toute parole. Lesani-
mauxferaientdcmomes'ilyavait chezeuxlamemeimpuMon
de Famé.Ainsi!a langue,danssonpremier élément, est siMeh
fondéesur la nature spirituelle de l'homme, qu'il suffitd~un
–&&-
mouvementdecettenature pour changerteson animal enson
articulé. C'estl'M et la /!M<Md'arriver Al'exppessioa
précised'une penséequi constituele son articulé, et cela seul
le sépare d'un côté du cri des animaux, et de l'autre du son
musical.Iln'cntre en lui qu'autantde corps qu'il est indispen-
sable pour sa manifestation extérieure. Ce corps même, le
sonperceptiblepour l'oreille, peuts'abstrairede l'articulation
sansla détruire. C'est ce qui arrivechez les sourds-muets.
Bs comprennent la parole par lemouvementdes organes et
par l'écriture, lesquelsrenfermentl'articulation tout entière
séparée de son corps. Ainsi ils opèrent une décomposition
remarquable du son articulé. L'articulationne se produit
qu'au moyendu passaged'un courantd'air qui résonne. Ce
courant d'air donne a la fois deux sons parfaitement dis-
tincts l'un au lieu d'où il part, l'autreà l'ouverture par la-
quelle il sort. C'estce double sonqui forme h syllabe. La
syllabene se composepas, commenous semblons l'indiquer
par notre manière de l'écrire, delà réunion de plusieurs
sons divers; c'est un son unique, instantané. La séparation
en consonneset voyellesest purement artificielle. En fait, la
consonneet la voyelleforment une unité inséparable pour
l'oreille, unité que notre écriturebrise. Aussiest-il bienplus
juste de ne désigner les voyellesquecommeune des modin-
cationsde la consonne, et non commeune lettre particu-
lière ce que font quelques alphabetsorientaux. La voyelle
ne peut pas plus être prononcée seule, comme on a cou-
tumede renseigner, que la consonne.Son émission est tou-
jours nécessairement précédée, sinon d'une consonnebien
déterminée,aumoins d'une aspiration,quelquelégère qu'elle
soit, et qui n'est qu'une consonneaffaiblie.Ainsila consonne
etla voyelle ne sont que des'conceptionsidéales qui n'ont
aucune existencedans la réalité.
La syllabeconstitueune unité deson elle devientmot en
recevantun sens, une signification,c'est-a'dire en devenant
-56-
signe d'uneIdée. Pour celala réunion do plusieurs syllabes
est souventnécessaire.Par Mo<on entendle signe d'une ac"
tion particuiioro.Les mots renferment ainsi une double
unité cettedu son et celle de l'idée, et ainsi constitues de-
viennent lesvéritables (Momentsde la parole, du discours,
titre qu'on no peut donner aux sons articules qui n'ont pas
encorereçude signification.Sil'on regardeta tangue comme
un secondmondeque l'hommetire do lui-mêmesous l'im-
pressionqu'ilreçoit du monderéel et qu'ii objectiveensuite,
les mots y doivent6tre considères comme représentant les
objets.Seulement11no:fautpas se figurer que, dans la réalité,
les chosesse passent comme te veulentcertaines gens; que
d'abord on ait inventé des mots, puis qu'on ait fait des
phrases, etc. C'est tout le contraire. On parlo d'abord ce
n'est que plus tard que la réflexionsurvenant distingue les
mots danscette continuité du discours, et les sépare entre
eux.
Les mots:représcT!tant toujours des idées, il estnaturel de
désigner desidées semblablespar des sons semblables; do
telle sorte,pour ainsi dire, que les-tamiiieadû sons corres-
pondent auxfamilles d'idées. Cette parenté des mots entre
eux se voiten ce qu'une partie des mots reste invariable, et
que l'autre subit des modifications soumises h certaines
t'egles.La partie invariable est cequ'on appellele radical, et
quand elleestisolée, la racine. Il y a des langues on ces ra-
cines, en cllcs-mcmcs isolées, constituent des mots, des
parties du discours, d'autres où ellesn'ont pas d'existence
propre, et ne sont que t'ofuvrcdes grammairiens, On peut
dire que te chinois n'a que des racines, que tous les mots
sont racines;car cette langue ne connait pas la composition,
1
la décomposition ou la transformationdes mots.
Si maintenanton considèrele rapport du mot, du son, à
l'idée qu'ilexprime, le rapport du signe à la chose signince,
on verra quece rapport existe, mais qu'il se laissebien ra"
-57-
rcment pénétrer. Représenterles objets extérieursqui agis..
sent sur les sens, et les mouvementsintérieurs de l'âme par
de simplesimpressions sur l'organe de l'ouïe, c'est la une
opération merveilleuseet Inexplicable. On peut distinguer
cependanttrois motifsconcevables d'exprimer certainsobjets
au moyendocertains sons, trois rapports différentsentre !o
signe et la chose signifiée,tout en observant quecottesorte
de classificationest bien loind'épuiser la totalitédes cas
i" L'imitation immédiate,qui est ce qu'on appellel'har-
monioimitativn.On peut dire que c'est une sortedopointure
s'adressanta l'oreille,
2' Le rapport qu'on pourrait nommer symbolique c'est
un des plus importants et des plus influents. H consiste&
choisir, pourexprimer un objet, des sons qui naturellement
font sur l'oreilleune impressionanalogue à collede cet objet
sur l'esprit.Par exemple le latin <<arc, l'allemand ~<MT,
porte à l'oroiiie une certaineimpression do soliditéou de
fermeté le sanscrit (fondre),le français ~««ycf..
3"Enfinle rapport d'analogie,qui consiste à désignerdes
objets ou desidées analoguespar des sons analoguesaussi.
Ce sontcesdeuxderniers rapportsqui ont ic plusd'influence
sur la désignation desnotionsgénérales de l'esprit.
Après avoir ainsi examinéla forme extérieure et sensible
des langues, l'auteur passe&leur forme intérieure etintel-
Icctuctic, c'est-à-dire à l'ensembledes lois qui ios régissent
et qui sont intimement liéesaux lois do notre natureintel-
lectuelleet morale, aux loisdu sentiment et dola pensée.
ti sembleraitque cesloisdoia nature et de l'esprithumain
étant constantescheztousles hommes, cette partiedoslan-
gues dût offrirune plus grandeconfonnitô que leur forme
extérieure, quiprésente uneinfinie variété do combinaisons.
En cnet, on trouve ici plusd'unité et de fixité, ce qui n'ex-
clut pas une diversité assezgrande encore. Elletientà deux
–58-
causes.D'abord,danslesdtosesd'unaginationetdesentimcnt,
elletient à la variétéet Ma mobilitéde cesfacultésde rame
chezles diSérents individuset les différentesraces ensuite,t
dans leschosesde pure intelligence et de pure raison, elle
tienta~des imperfections, &des débuts de l'esprit du peuple.
Aiasi,pours'ontenirauxseulesloisgrammaticales,sil'oncom'
pare le sanscrit au grec, on verra gué, dansla formation du
verbe, le premier a complètementnégligé la notiondu mode
etne l'a pas séparée de celle du temps, Le sanscrita aussi
méconnulanature de l'inunitif, qu'il aenlevéau verbe pour
le {placerdans les substantifs. Ce sont là des débuts, des
vides dans la partie purement intellectuelled'une langue,
ou des
quand bien même eUey suppléepar des équivalents
périphrases.
Aprèsavoir étudiéainsice qu'il appellela formeintérieure
et la forme extérieure de la langue, Humboldtconclut que
la perfection d'une langue consiste dansla pénétrationmu-
tuelleet dans le juste équilibre de cesdeux élémentsqui la
immaté-
composent, de la partie matérielle et do la partie
rielle, du son et de l'idée, du signe et de la chose signifiée.
il faut qu*ily ait harmonie entre eux et qu'aucun des deux
n'étouffel'autre.
L'auteur remarque enfin excellemmentqu'ici, commeen
beaucoupd'autres cas, l'étude des langues ramèneconstam-
mentà celledes arts, et qu'elles sefournissentmutuellement
une foulede fécondesapplications. En effet, c'estainsi que
le peintre, par exemple,unit, marie dansson (cuvre.l'esprit
etla matière, l'idée et le signe; et on reconnattà son oeuvre
cette union intime et harmonieuse est sortie toute vivante
de son génie, ou bien si l'idée, conçue à part et d'une ma-
nièreabstraite, a été ensuitefroidement et péniblementtra-
duitepar le pinceau.
Plusloin, Humboldt,entrant dansle détail,étudie séparé.
-5&-
ment les diaerentséléments et les différentes modiOeatioM
que présen~nttes laogucs. Nous résumerons seulement les
sujets principauxqu'il traite. 1
Le premier est la flexion ou déclinaison. Desqu'on sentit
le besoin de donner au mot une expressiondouble, sans
changer sa natureni sa simplicité, naquit la flexiondansles
langues. Dansle mot soumis à laflexionnous trouvons en
effetune doublechose oxpritnée la notion, le concept au-
quel Il répond; puis la catégorie dans laquelle on range cette
notion. Or cette double tendance doit se traduire par mie
modificationdansla forme extérieuredu mot; mais un mot
ne peut se modifier, se transformer que de deux manières
diaërentes, soitpar un changement intérieur dans sa forme
même, soit par une addition, et comme une accrétion ex-
térieure.
n y a des langues où le caractère des mots parfai-
tement fixe, définiet invariable, rend le premier de ces
moyens impossible; d'autres, au contraire, qui non-seule~
ment le permettent,mais semblent l'appeler. C'estdu reste
ce premier moyenqui correspondle plus simplement au but
de conserver au motson identité, tout en la revêtant cepen-
dant d'une forme nouvelle. Les suffixes,aussi bien que la
transformationintérieuredu mot, désignent égalementdans
quel rapport les mots doivent être pris mais la difïerence
de l'un et de l'autrevient de ce qu'uneterminaisonn'a jamais
eu par eUe-~me de significationpropre, tandis qu'une syt-
iabe additive au contraire a généralement un sens antérieur
et défini.
La flexion est inséparable de deux autces
phénomènes
qu'il faut examineret qui sont opposésl'un &l'autre d'une
part l'nnite et l'indépendance du mot en lui-même, de
l'autre sa relation et son lien avec d'autres mots qui M
sont associés pour former la phrase. Les signes, les man-
ques de l*unit6du motdans le discours sont au nombre de
-60-
trois tàpaaseou repos, le changementde lettres,ett'accent.
t" La pause n'est qu'une marquetout extérieurede Fonité
du mot, puisque, transportée au milieudu mot lui-même,
elte ne fait que rompre son unité au lieu de l'indiquer.
Maisdans tout discours H y a naturellement,a la fin de tout
mot, un léger arrêt de la voix qui sépare ainsi les élé-
ments de la pensée, et qui n'est perceptible qu'à l'oreille
exercée. Cetteindication de l'unitédu mot se trouveen con.
traste et en oppositionavec cellede l'unitéde l'idée dans la
phrase, l'une tendant à isoler les mots qui en sontles élé-
ments, l'autre tendant à les unir et à les précipiter pour
faire de la phrase un seul tout. C'estla langue sanscrite qui,
par différents moyens, sait le mieux concilierces exigences
opposées.
2" L'unité véritablementintimedu mot n'existe que dans
les langues qui, unissant au concept, dans un même mot,
toutes les circonstancesaccessoiresqui le déterminent, lui
donnent ainsi la pluralité des syllabes, et permettent alors
dans ce composé une grande variété de changements de
lettres. Pour qu'il y ait unité réelle, il ne faut pas que les
mots composés consistenten une simplejuxtapositiondes
éléments qui les forment, il faut qu'il y ait aussiune alté-
ration de leur forme et de leur terminaison, pour qu'ils se
lient et se fondent les uns dansles autres. Le sanscrit est, à
ce point de vue, souvent inférieur au grec, dont les com-
posés sont bien moins longs, plus resserrés, mieux unis.
Quelquefoiscependant il a des moyenstrès-ingénieux de
faire sentir l'unité du mot, commelorsque deux substantifs,
de quelque genre qu'ils soient, se changent par leur union
en un seul substantif qui n'a plus de genre.
3" EnSn, une dernière marquede l'unité du mot, com-
mune à toutesles langues, maisqui, dansles languesmortes,
ne nous est connue qu'autant que la rapidité de la pronon-
ciation a été fixée au moyen de signes particuliers, c'est
-61
l'accent. On peut distinguer, en eSet, dans la syllabe trois
propriétés phonétiques la nature particulière du son qu'elle
a, sa quantité etson accent. Les deux premières sont déter-
minées par eUes-mêmes h troisième dépend de !a liberté
de celui qui parle. C'est comme l'inspiration d'un esprit
étranger à la langue. L'accent plane comme un principe où
l'âme se manifeste encore davantage sur la partie la plus
matérielle dela langue et il est l'expression immédiate de
la valeur que celui qui parleveut assigner à chacunede ses
parties. Toute syllabe est capable do recevoir l'accent; mais
dès qu'une l'a reçu, celui de toutes les autres disparaît im-
médiatement, etelle reste seule accentuée, dominant celles
qui ne lesont pas.
Ainsi naît l'accent du mot et .l'unité que cet accent con-
stitue. On ne peut concevoirde mot sans accent, et chaque
motne peut avoir plus d'unaccent principal, sans quoi il se
diviserait immédiatement en deux, formerait deux mots
différents.Originairement et dans sa nature, l'accentnatt
de l'intention d'insister sur le sensdu discours. Plustard, il
subit aussi l'influence de la quantité, du son. Enfinil sert
fréquemment à rendre, à manifester uniquement l'énergie
de la faculté intellectuelle etla forcedu caractère. Celan'est
nulle part plus visible qu'en anglais, où l'accent va jusqu'à
absorber et altérer souvent non-seulement la quantité, mais
même la nature du son des syllabes. Sid'autres parties de
la langue sont plus en rapport avecles propriétés intellec-
tuelles d'unenation, on peut dire que l'accent est cequi tra-
duitle mieux son caractère et sa force morale.
Le mot, ainsi constitué dans ses éléments et dans son
unité, est destinéà entrer a son tour, comme élément, dans
une unité d'un ordre plus élevé la phrase. Les.languesqui,
commele sanscrit, indiquent déjà, enferment dansl'unité du
motses rapports avec le restede la phrase n'ont qu'à juxta*
poser les parties de cette phrase simplement,comme ellesse
-6~-
présentent àl'esprit, et cm parties foMneroniimmédiatement
un tout, auront une unité. Cellesqui commele chicots, font
de chaque motun tout isolé et ren~rmé en lui-même, sont
obligées, dansla construction de,la phrase, de venir en aide
&rentendement, soit par des particulesréservées à ce rôle
soit par des moyensindépendants du son, comme est la-
position relative. Enfin il y a une troisième méthode qui
consiste à maintenir fortement l'unité de la phrase, c'cst-4-
direà la considéreravectoutes ses parties, non pas comme
un ensemble de mots séparés, mais commeun mot unique.
Cetriple procédé, la structure grammaticaledu mot soi"
gneusement appropriée d'avance au rôle qu'il jouera dans
l'ordonnance de la phrase, l'indication de cette ordonnance
par des moyens indirects, enfin l'unité de la phrase main-
tenue dans une forme où les mots sont incorporés les uns
aux autres dansla prononciation, ce triple procédé épuise
la série des méthodespar lesquellesles peuples construisent
leurs phrases au moyen des mots.
La plupart des langues portent des traces plus ou moins
fortes de chacunede ces trois méthodes,mais celle qui
prédomine inuae sur la structure de la langue tout entière.
Commetype da cestrois procédés, on peut citer le sanscrit,
le chinois, le mexicain.
C'est ainsi, par exemple, que le mexicain fait du verbe `
un centre auquel on rattache le'sujet et le complément,
toutela partie régieet toutela partierégissantede la phrase,
de manière à donner a cette phrase l'apparence d'un tout
composé. Le verbe, dans la langue mexicaine, renferme eh
M comme une esquisse de toute la phrase, qui peut, outre
cela, être plus détaillée en dehors de lui, mais en forme
d'opposition. Les languesqui, sans renfermer ainsi dans la
contexture du verbe des noms tout entiers, y enferment
cependant le pronomsujet et même le pronomrégime, sui-
vent aussi ce système, mais dans un moindre degré. La
-63-
languebasque et quelques langues du nord de l'Amérique
en sont un exemple elles incorporent dans la conjugaison
même les pronoms avec toutes leurs relations possibles
au verbe.. 11est à remarquer que les langues qut poussent
ainsi &l'excès ce système d'incorporation,et qui confondent
les limites de l'unité du mot et do celle de la phrase, n'ont
quepeuoupointdedéclimiMn.
Nousavonsétudié jusqu'ici la structure grammaticale de
étude n'a
la langueet sa constitution extérieure; mais cette
essence.Son caractère et son origina-
pas épuiffé toute son
lité propre reposent encore sur quoique chose de plus nn,t
à La
de plus caché, de moins accessible l'analyse. langue,
de édi.
quand elle est tout entière achevée bâtir, n'est qu'unani-
ûcoencore vide où l'esprit doit s'établir, et qu'il doit
mer. Or c'est par la manière dont il l'occupe et la pénètre
couleur. Cecine veut pas
qu'elle reçoit son caractère et sa
dire que le travail de l'esprit n'ait aucune part et aucune
influence dans la structure extérieure de la langue. Nous
l'avonsdéjà constaté. La manière de sentir et de penser d'un
sur sa langue. Seu-
peuple ne peut ne pas agir dès l'abord
lement il faut que le philologue sache que l'influencede cet
esprit national ne s'exerce pas seulement sur la forme exté-
rieure, qu'il y a encore dans la langue un domaine plus
élevé, moins précis, moinssaisissable, où éclate le plus sa
véritable originalité.
Un exemple rendra cela plus clair. Trois langues ap-
le grec et le
partenant à la même famille, le sanscrit,
latin, ont do grandes analogiesde structure, et, en beau'
coup de points, une organisation, une syntaxe communes.
On ne peut méconnattre cependant les diversités de leurs
caractères individuels et des empreintes que leur ont don-
nées les peuples différents auxquels elles appartiennent.
En d'autres termes, il y a dans les langues deux choses
leur grammaire et leur littérature, et personne ne contes-
.M-
tem que ce soit dans la littératureque se manifestele mieux
leur esprit. Une fois la langue formée et l'instrument tout
prêt, h nation commence à 8'on servir. Quelques chants,
quelques prières, quelques récits, sont le fondement de sa
littérature. Ainsi la langue arrive entre les mains des poètes
et des philosophes, qui l'animent et la vivifient, tandis que
les grammairiens proprement dits mettent la dernièremain
au perfectionnement de son organisme la langue prend
une âme tandis que son corps achèvede se former. La lan-
gue doit être dans un mouvement et comme dans un cou-
Mmt perpétuel, remontant du peuple aux écrivainset aux
grammairiens, et redescendantd'eux au peuple. C'est la
condition de sa vie, et tant que cette viecontinue, la langue
ne cessede s'enrichir et de gagner en finesseset en délica-
tesses de toute sorte. Quandl'activitéde l'esprit qui la tra-
vaillait constamment a cessé, alors arrive l'heure de son
déclin, d'ouïes efforts de quelques hommes de géniepeu-
vent quelquefois encore la révoiuer.
Orc'est surtout dans ses périodeslittéraires que ta langue
reçoit et manifeste son caractère, son génie. C'est alors
de la
qu'elle s'élèvele plus au-dessusdes besoins quotidiens
vie matérielle pour entrer dansles régions de h penséepure
et de la libre imagination. Dsembleraitimpossible au pre-
mier abord que la langue eut un autre caractère propre,
indépendant de celui que lui donne sa forme extérieure,
puisqu'elle sertde moyend'expressionà des natures si dîne-
rentes et toutes distinguéespar quelques nuances au sein
du même peuple.11n'en est pas moinsvrai cependantqu'elle
a la double propriété, étant une, de se diviser en mille lan-
dans la
gues particulières, autant qu'il y a d'individualités
même nation, :et, étant multiple, de se faire une cependant
avec un caractère particulier, spécial, vis-à-vis des langues
de toutes les autres nations. On sait combien chacunem-
preint la langue de sa personnalité on sait que tout grand
-6&-
écrivain se <aitsa propre langue; et celan'empêche cepen-
dant point cettelangue,comparéeaux autres, d'être toujours
la même, et de conserver,pour ainsi dire, sa personnalité
au milieu des variations innombrablesauxquelles elle se
prête pour chaque individu.Commentcela se fait-il? c'est
que le motne renferme pas en lui un concepttout fait Uest
seulementle signe qui excitel'esprit a le former, et alors
dans chaqueesprit le mêmeconcept est éveillé, mais d'une
façondifférente, dépendante de la nature de cet esprit. Le
nom de l'objet le plus commun, d'un cheval par exemple,
réveillechez tous la même idée, mais conçue chez chacun
de noussousune formedifférente.D'autrepart, commentla
langue a-t-elle un caractèregénéral? c'estque toutes lesin-
dividualitéssi diversesd'une même nation sont pourtant
toutes enfermées et enveloppéesdans une unité nationale.
Chaquelangue reçoit sonunité et son originalité de cellede
la nation, laquelle résulte elle-même de. la communauté
d'habitation et d'action, mais surtout dela communauté do
dispositionsnaturelles et de race. La langue se pénètre si
bien decet esprit originalqui lui est communiqué, que c'est
par elle mieux que par toutautre signequ'on le reconnaît,
et lesnations dont nous ne savonspas les langues ou qui
n'ont pas de littérature nous paraissentbeaucoup plus uni-
formeset semblablesqu'ellesne lesontréellement.
Cen'estpas seulementl'esprit etle génieoriginel du peuple
qui influent sur le caractère de la langue, c'est aussi toute
modificationamenée parle temps dans savie, dans ses idées,
tout événementextérieurqui diminueoufavorise son essor,
enfin et surtout l'impulsiondes hommeséminents.
Il fautenun remarquerque lecaractèrede la langue gît en
grande partie dans les valeurs différentesque les peuples
attachent aux mots. Ona vu que chaqueindividu ne donne
pas absolumentla mêmevaleur au mémemot, qu'il y.a tou-
jours une nuance, qu'iln'y a pas, pourainsi dire, de syno-
–66-
nyme parfait dans deuxbouchesdiiférentes, tant le,langage
est soumis à la subjectivité.A bien plus forte raison, les
mots qui expriment les mêmes conceptsne sont-ilsjamais
synonymesdans les tangues dinerentes.Onne peut tous tes
embrasserdans une seule et rigoureuse déanitioo. Ceci a
lieu même pour les termes qui désignentdes objets maté-
riels, mais surtout et au plus haut degré pour ceux qui
exprimentlesconceptsdeschoses intellectuelles.Dansles na-
tionsd'une grande mobilitéd'esprit, lavaleur d'un mot n'est
mêmejamais bien fixéeet demeure'dans un flux perpétuel.
Chaqueépoque, chaqueécrivain y ajoute ou en retranche,
entin, l'empreint de son individualité. Il est bien entendu
qu'il n'est question ici que de la langue qu'on peut ap-
peler littéraire, et non des dennitions précises de l'école ou
de.la terminologie scientinque.
Unautre point où se montre bien encorele caractère des
nations, c'est l'arrangement du discours,l'étendue que com-
porte la phrase. Enfin, un des points principauxà étudier,
c'ostla distinction de la poésieet de la prose. JLe
génie ori~
ginel de la langue décide d'avance si la direction qu'elle
suivra seraplus poétiqueou plus prosaïque, ou si elle a une
forme assezélevée et assezparfaite pour arriver à un
égal et
harmonieux développementde la prose etde la
poésietout à
la fois.
Toutes deux cherchent le même but par des voies diffé-
rentes car toutes deux partent de la réalité pour àtteindre
quelquechose qui est endehorset au-dessusd'elle. Lapoésie
cherche dans la réalité le phénomène sensiblequi, soumis
au travail de l'imagination, l'élevéà la contemplationd'un
idéal artistique. La prosecherche dans la réalitéles lois qui
lient entreeux les phénomènes.Aussila poésie, danssa véri-
table essence, est-elle inséparable de la musique; la
prose,
au contraire, s'attache au langage exclusivementarticulé.
Onsait combien la poésielyrique des Grecs et des Hébreux
-67-
était intimement liée à la musique instrumentale. De Mt
rallianoe naturelle entreles grandspoétesetles grandscom-
positeurs, Meo que la musique,par sa tendancea sedéve-
lopper et à subsister par elle-même,arrive à mettre la poésie
dans l'ombre.
G'estune erreur de croireque la prose natt de la poésie.Si
cela a paru se passer ainsi une fois en Grèce, c'est que l'es-
prit grec portait originairementen lui-mêmele germe de M
prose comme celuide la poésie,et la prose naquit tout coup
dans une langue déj&.formée parplusieurs sièclesde poésie.
Il faut encoremoins regarder la prosenoble comme formée
d'un mélange d'éléments poétiques.La poésie et la prose,f
profondément distinctes dans leur essence, lo sontaussi
dans leurs rapports avecle langage, dans le choix deleurs
expressions et de leurs formes grammaticales, dans leur
syntaxe; chacune a sondomaineparticulier.
Il y a un momentdans le développementde l'esprit où,
cessant de se satisfaired'aspirationsvagues et d'hypothèses,
H cherchela connaissancenette et précise';c'est le moment
oAnatt la science. Cemomentestd~unë grande importance
pour la langue, car c'estaussicelui dudéveloppementde la
prose, seul langage vraimentapproprié&lascience. Dansce
domaine, l'esprit ne veutavoiraffairequ'&l'objet dansson
essence même il rejette toute apparenceet ne chercheque
la vérité. Cetravail donneà la langue sadernière nettetépar
la déterminationet lafixationexactedes notions.La person-
macation de cette époqueen Grèce, c'estAristote.
La poésie ne convientqu'a certainsmoments de la vieet a
certains états de l'esprit; la prose,au contraire, accompagne
l'homme constammentet danstoutes les manifestationsde
son activité intellectuelle elle se lie & toute penséeet&tout
sentiment. La poésiepeut parvenir à un haut degré d'excel-
lence dans une langue, sans que la prose acquière un éga!
développement.Maisla langue n'acquiert sa véntaMe per-
68
fection que par le développement simultané de toutes !ea
deux et à ce point de vue la nation grecque oS'rel'un des
exemples les plus complets. Notre connaissancede la litté.
rature sanscritene nous permet point de juger jusqu'à
quel
point la prose fat développée chez elle; maisl'état social, la
VMpubUque et politique de l'Inde offraient bien moins
d'avantagesà sondéveloppementque la Grèce.
La grande proseromaine estnée immédiatementducarac-
tère et de l'esprit dela nation, de sa gravitévirile, de lasévé-
rité de ses mœurs, de son amour pour la
patrie elle porte
bien moins un caractère intellectuel, comme celle de la
Grèce, qu'un caractèremoral elle offredanssa solennité un
contraste frappant avec l'agrément, avec lanaïveté
simple,
naturelle de la prosegrecque.
La poésie dansune nation peut, même
après l'invention
de l'écriture, rester longtemps sans être écrite ni Qxée,
confiée simplementà la tradition orale. Il n'en est pas de
même de la prose. Ce n'est pas qu'elle ne
puisse aussi se
transmettre oralement,bien que non soumiseau
rhythme et
à la mesure. II existemôme chez plusieurspeuples certaines
légendes en prose, transmises évidemmentsanschangement
notable. Maisc'estque le but de la prose exigele secoursde
l'écriture. Ce but, c'est la précision scientinque, et,
pour
l'atteindre, il faut que les résultats des recherchesaussi bien
que la méthode soient rigoureusement Qxés.La tendance à
la prose, quand elle s'éveilledans une nation, doit donc
per-
fectionnerles moyensd'écrire, et elle peut, de son côté, être
excitée par ceux de ces moyens qui existentdéjà. Cesconsi-
dérations établissentaussi dans la poésie deux
genres dis-
tincts 1" la poésiespontanée, échappantnaturellement de
l'inspiration, et nontransmise par l'écriture 2" plus tard la
poésie écrite, où l'art et la réflexionont plus de part. Dans
la prose en général, rien de semblable; mais on
pourrait
trouver quelque chosed'analogue dans l'éloquence, et dis-
-69-
tinguer aussi l'éloquence spontanée,l'improvisation,qu'on
n'avait pas, et qui se pratiquait à Athènesdu temps des
guerres médiques, de l'art oratoire, tel qu'il devint, par
exemple,au temps d'Isocra~
Humboldt signale ensuite et explique ce qu'il appellele
principede vie oulaforce créatricequi résidedanscertaines
langues favorisées.On ne sauraittrop admirerquellelongue
suite de langues d'une forme égalementheureuse et d'une
influenceégalement féconde sur le développementde l'es-
prit a produite cette famillequi commencepar le sanscritet.
le zcnd. C'est d'elle que naquirent nosdeux langues clas-
siques, d'elle tout le rameau germanique; c'est elle enfln
qui, après la corruption dela langue romaine,fit fleurir sur
ces débris, avecune nouvelleforce et une nouvellegrâce
les langues modernesdérivéesdulatin auxquellesnotre civi"
lisation doit tant. Il fallaitdonc qa'it y eûten elleun prin-
cipe de vie sutusant pour défrayer, pendantplus de trois
milleans, le développementde l'esprit humain. Ons'est de-
mandé ce que serait devenu le monde si Carthage eut
triomphéde Rome; on peutse demanderavecplus de raison
ce qu'il serait devenusi tacivilisationarabe eût prévalu sur
la romaine, et eût étouffécette langue si féconde.Il est à
croire que le monde y eût bien perdu.
Maisd'où vient ce privilège des peuplesde langueindo-
germanique? Sasource git-elledans ta nature de leurs fa-
cultés intellectuellesou dans leur langue même, ou dans
desconditions extérieures ou historiquesplus &vorablesî t
Cestrois considérations ne sont pas indépendantee l'une de
l'autre; mais c'estsurtout dans la langueet danssaconstitu-
tion intérieure que se manifestela raison du phénomène
signalé, et qu'il faut la chercher. Laraison du principe de
vie qui semble animer certaineslangues, c'est la force et
l'énergie de l'acte créateur du langagechezle peuplea qui
appartiennentces langues.OrHumboldtappellëactecréateur
&
-70-
du langage l'acte par lequel l'esprit conçoitle rapport dola
pensée avecle son qui l'exprime et opère leur pénétration
mutuelle. Husceite synthèse est Mteparl'esprit d'un peuple
avecvivacitéet puissance, plus la langue est parfaite et vi-
vante. L'auteur explique ensuite comment cette puissance
de synthèse, tres~dimcileà saisir parcequ'elle ne se mani-
feste par aucun signe sensible et extérieur, se Msse sur-
tout reconnaître à trois points particuliers de la structure
des langues: le verbe/la conjonction et le pronomrelatif,
et à la façon dont elles conçoiventla.fonction de chacunede
ces parties du discours. Enfin îl étudie ces trois points suc'
cessivement,d'abord en général, puis dansles langues d'ori-
ginesanscrite. Il arrive à conclureque ce principe de viesi
féconddans les langues appartient à celles qui sont les plus
riches en j)!ea~<MM~et a son fondementdans ce fait même de
leur nature.
Commentse fait-il alors, si la flexion est le fait et la
cause principalequi décide des destinéesde toute la langue,
queles flexionsn'appartiennent qu'a la jeunesse des tangues,
et aillent en diminuant à mesure qu'elles arrivient a leur
maturité?–Cette disparition successivedes'flexions a lieu
par divers motifs, mais surtout parceque les langues, en se
formant, tendent de plus en plus à la clarté à la netteté s
et sacrifient tout autre but &celui de rendre l'intelligence
ob-
plus aisée et le discours plus commode.C'est ce qu'elles
tiennent en se débarrassant peu peu delà multitude de
formes qui les surcharge, et en remplaçantles flexions par
des particulesauxiliaires. Ainsi, tout en' s'étant formées par
le systèmede la' flexion, elles tendentà se rapprocher des
langues qui se sont formées par un systèmetout opposé et
bien plus imparfait. Mais ce qu'il faut constater, et ce qui
résout la dimcultéproposée tout à l'heure, c'est que, pour se
dépouiller des flexions avec le temps, elles n'en restent pas
moins&M~M<M ~.ci~, c'est-à-direqu'elles se sont déve.-
-7i-
loppées d'après ce principe, et qu'inexercé sut' elles toutes
ses bienfaisantes inSuences, qu'il adonné ta tangue pne
forme qu'ellene peut plus perdre. Ainsi, s'il étaitpossible
qu'une languesanscrite, par la voieque nous venonsde si-
gnaler, fût parvenueà s'assimiler complètementau chinois,
langue dépourvuedetoute espèce de ftaxions,elle n'en res-
terait pas moinslangue sanscrite très-différentedu chinois,>
chez qui ce manque-deVexionsdérived'an tout autre prin-
cipe, aune tout autre cause. C'est encore que, grâce à la
persistancedicaractère communiquedèsl'origine,plusieurs
langues modernesdérivées du latin, malgré la pauvreté de
leurs uexions~ ont conservé l'orgaaiMuon, la constitution
supérieure et:excellentequiappartientà leur famille.
Nousvenonsd'étudier la forme, le systèmele plusparfait
du langage, et nous avons reconnu que c'était lesanscrit et
toute laiamiue de langues qui en dépendqui s'approchaient
le plus du type delà perfection dansleslangues. Maintenant
nous pouvonsnous eh servir commed'un point fixede com-
paraison poury rapporter tous les antres idiomes,et, exa-
minant tous les autressystèmesplus imparfaitsde formation
des tangues.,découvrirce qui leur manque.Humboldt con-
sacre ici quelquespages à justifier cettedistinctionqu'il fait
entre les :laagues, et montre (tout en avouantque ceci est
plus rigoureuxen théorie et dans l'abstractionque dans la
réalité) qu'il est légitime de reconnaître une-forme pure et
régulière, une forme modèle, et des formess'écartant de
cette pureté et de ce modèle, Il étaNItque ce n'est pas là
porter une sentencede condamnationetde: mépris sur les
langues rangéesdans cette dernière catégorie.Enfin il ex-
plique que s~ila distingué plus haut les trois systèmes de
langue par des termes empruntés à la manière dont ces
langues construisentla phrase (systèmede flexion, d'incor-
poration et d'agglutination), ce n'est pasque iadiSerence
de ces systèmes réside uniquementdansla différencede for-
_72–
mation et de constructiondela phrase, maisque ce point
important entraîne aveclui tous les autres, etse lie étroite*
ment a tousles élémentsdu bagage.
Après celail passeà la considérationplus particulière des
systèmes qu'il &nommés imparfaits, et il en choisit seule-
ment quelqnes exemplesdont le premier est pris dans les
langues sémitiques,.etplusparticulièrementdans l'hébreu.
L'hébreu et l'arabe manifestenttous deux leurs qualités,t
l'un par des ouvrages pleinsde l'élan lyriquele plus élevé,
l'autre, outre sa poésie,par unelittérature scientifiquetrea-
riche et ires-étendue. Cependantils ont deux particularités
décisivesquiportent à les excluredu nombre des languesde
la forme la plusparfaite. La première, c'est que ces langues
exigent au moins trois consonnespar chaquemot; la se-
conde, c'est qu'elles font une séparation arbitraire des con-
sonneset des voyelles,réservantexclusivementlespremières
à exprimer le sensdu mot, lessecondesla relationgramma-
ticale. Cet emploigrammaticalexclusif des voyeHe<! dans les
idiomes sémitiques est un fait unique dans l'histoire des
langues, et demande par conséquent une explicationparti-
culière mais qu'il est tres-difScilede donner. Chose sin-
gulière, et en apparence contradictoire! ces peuples qui
semblent séparersi nettementla significationd'un mot de sa
relation, les confondent cependant en fait. Celatient à la
nature de leurs racines. Les voyellesétant excluesde la si-
gniQcaiionproprement dite du mot et n'exprimantque des
rapports, il s'ensuitque lesracinesdevraient être composées
detrois consonnessans voyelles.Or, comme de pareils mots
sont impossibles, la racinoelle-méme,dans son sens précis
et indépendantde toute espècede relation, n'existe paspour
eux, puisque, dès qu'elle apparattdans la langue,elle prend
des voyelles, et, par cela mêmequ'elle prend desvoyelles,
elle exprime une relation quelconque.C'est pour cela que,
tout en paraissant maintenir fortement la distinction du
-73-
au ten-
simple sens et de la relation, cespeuples contraire
dent à la supprimer. Il suit de ce qui précède qu'aucune
la de
g langue n'est moins propre et moinsportée à formation
motscomposésqueleslanguessémitiques(puisque la forma-
tion de cesmots composésnese faitguère que par laréunion
du radical de chacun des élémentspris sans leur termi-
naison).
Passantà la langue Delaware, de l'Amérique du Nord,
l'auteur y montre l'excèscontraire. Cette langue, plus que
toute autre, a la coutume déformer par composition des
mots nouveaux.Les élémentsdo cesmots composesne ren-
fermentpresquejamais la racine tout entière; il n'en sub-
siste quedes parties, souvent mêmeque des sons, que des
lettres isoléesdans le nouveau motconstruit. Ainsi ils peu-
en
vent, par ce procédé, réunir touteune partie de phrase
un seul mot, composédes débris, des miettes de plusieurs
S autres.Par exemple, de A~ toi <p~ beau, joli w~e<,
un seul mot
patte, et <eA«,syllabedéterminante, ils font
M~-M~ ta jolie petite patte parlant un chat) de
(en à
Mo<~ venir chercher ;<tMMoA<~ bateau; ~<~ nous: <MM~
? ~o~MCM,fais-nouspasser dans tonbateau. La mutilation,
si considé-
le raccourcissementdu mot sont mêmesouvent
reconnatt dans sa forme
râblés, que c'est à peine si on le
abrégée.Laseule lettre initiale du mot at<M~ mauvais,
placée devantun autre mot, suffitpour lui donner un sens
dél~vorable.Il faut remarquer quecette union de plusieurs
mots en un seul pour remplacer la périphrase est une
méthode synthétique qui s'adreMeplus à l'imagination,
tandis quela divisiondes mots estune méthode analytique
qui s'adresseplus à la raison. Les Grecs avaient su garder
un juste milieu entre les deux excès,et établir l'équilibre
dans leur langueentre la raison et l'imagination.
Humboldtarrive ensuite à la languechinoise. Detoutes
les languesconnues, le chinois et le sanscrit sont cellesqui
-.74–
contrastent le plus. Cesont les deux potesopposes. LapMr <
miere laisseentièrementlaforme grammaticaledo la langue t
au travailde l'esprit, l'autre chercheà en incorporer, a en
ûxer jusqu'aux plus petits détails dans le son, dans lemot. g
Cette forme tout entière, le chinois l'exprime uniquement
au moyen de la position des mots; H n'a qu'an tres~pcttt g
nombre de particnles,et encores'en passe*t-ilfacilement.On
pourrait de 1&conclureque c'est la plus imparfaitede toutes
les langues; il n'enestrien cependant.Bien qu'ellene vienne, g
comme langue et commeinstrument de l'esprit, qu'aprèsles
sémitiques et les Indo-germaniques, elle a cependant cor- g
tains avantagescaractéristiques, et le plusgrand c'estpré- §
cisément que son systèmes'écarte te plus possible de celui g
de toutes les langues connues. Eilo se distingue de toutes g
par le manque absolude formes sensibles, de sons particu" B
liers pour exprimer les relations mais, en conséquence,
elle n'est jamais exposéeà confondre, comme nous l'avons
d~a vu faire, le sens propre du mot et sa relation. Elleles N
distingue très-nettement l'un de l'autre, puisque le son g
perçu par l'oreittc ne renferme jamais que le sens dumot
en lui-même, et point sa relation, qui ne s'exprime qu'au
moyen de sa place etde sasubordination dansla phrase. Elle g
n'a pas de grammaire; mais ce n'est pas un paradoxe de
dire que cette absence de grammaire apparente a aug"
mente dans la nation la perspicacité pour découvrir, sans g
secours extérieur, le lien formeldu discours, a
Ainsi le chinois et le sanscrit occupent les deux points t.
~extrêmesdans laclassincatioh des langues. Les langues
'sémitiquesne peuventêtre regardées commeintermédiaires g
entre les deux. Malgréleurs différences profondes~comme 8
ellM ont une tendance marquée à la uexion, il faut bien
les ranger dans la même classe que le sanscrit:!Quant à g
toutes les autres iMgues, elles occupentle milieuentrées g
deux extrêmes, ence sens que toutes s'approchent ou s'elol-' a
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chinois et de son absenceabsolue
gnent plusou moins du
do relationsindiquéesdans les mots, soit du sanscrit et du
au
Monétroitqui attachechezlui L'expressionde la relation
mot lui-même.Maisd'aiileum,saut ces propriétésnégatives
de toute
de n'avoirpas dBflexions,ou de n'être pas privées
ces si diverses n'ont plus
expressiongrammaticale, langues bien
rien de commun entre elles; et ce n'est que d'unefaçon
les )ctër pêle-mêle dans la même classe.
vague qu'onpeut
Dureste. Userait bien dimcile,pour ne pas dire impossible,
et
d'établirentre ces langues une classificationsatisfaisante
et en progrès sur
progressive.Telle qui parattra supérieure
un point sera inférieure sur un autre. Par exemple, la
langue Barmane,qui se rapproche
des languesà flexions en
ce qu'elle possède des particules et des mots auxiliaires
d'autre part,
pour exprimer les relationsgrammaticales, a,
une ignorancecomplète du rôle etde l'emploi duverbe. Elle
UïM telle a morne
a, à ce point de vue, imperfection,qu'on
dit qu'ellen'avait pas de verbe.
Humboldt entre à cesujet dans de longs détail sur la lan-
essaien examinant
gue barmane, et termine enfin ce long
là questionde savoirsi le système des langues polysylla~
une difïerfnce
biques est né du monosyllabisme s'il y a
absolue entre les langues monosyllabiqueset polysyllabi-
un caractère de
ques 'si lemonosyllabismeest réellement
la langue, on n'est qu'un état passager d'où sort peu à peu
et se développe le langagepolysyllabique.Or il faut bien
faire attention qu'une langue ne cesse pas d'être monosyl-
labiqueparce qu'elle possèdedes mots composés,par con-
de savoir
séquent ayant plusieurssyllabes. La question est
si a la racinemême le mot simple a plusieurssyllabes; si
tous lessons du mot n'ont de sens que dansleur ensemble
et par leurréunion, et non chacun séparément.Alorsseu-
lement la langue seraitpolysyllabique.
HuaiboMtconclut que toute langue part d'un système
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de racines monosyllabiques,et que ce n'est que par afHxc
et par compositionqu'elle arrive au polysyUabisme. Abel
Rémusat auraitdonc dû établir, non pas que le chinois est
polysyllabiquecomme les autres langues, mais que les
autres languessont monosyllabiquesoriginairement,comme
M. Seulementles autres sortent du monosyllabisme, tandis
qu'il M'ensort pas. Quelque diNcile qu'il soit de ramener
les mots jusqu'&leurs véritableséléments simpleset odgi-
nels, toutefoisune analyse pousséeavecsoinnous conduit,
dans la plupartdes langues, à des racinesmonosyllabiques.
Les quelquescas contraires ne peuvent prévaloiret consti-
tuer une prouvede l'existence de racines polysyllabiques,
puisqu'ils peuventêtre, avec beaucoup de vraisemblance,
attribués a l'imperfectionde notre analyse.Cen'estdonc pas
aller trop loin que d'admettre, en général, qu'à l'origine
chaque conceptn'était désigné que par une seulesyllabe.
On peut mêmeen trouver la cause et laraisonà jp~<
Dans la formation des langues, le conceptn'est que l'im-
Mit ex~ieur, sur
pression faite par l'objet, soit intérieur,
l'esprit de l'homme, et le son arraché à sa poitrinepar la
vivacité de l'impression constitue le mot. S'il en est ainsi,
il n'est pas aiséde concevoirque deuxsons répondenta une
seule impression.S'il y avait bien réellementdeux sons, ils
ne feraient qu'indiquer que deux impressionsdiSérentes
ont été produitespar le même objet; qu'il y aurait eu, par
conséquent, compositiondans la naissancemêmedu mot,
et cela ne dérogerait en rien au principe du monosylla-'
bisme. C'est ce qui a lieu en euet dans le redoublement
mais surtout dans
qu'on observedans toutes les langues,
celles qui sont le moins formées. Chacundes sons répétés
cette
exprime l'objettout entier; mais la répétitionajoute&
expression une nuance, soit un simple renforcement,
comme signe de la plus grande vivacité de l'impression,
soit l'indication d'un objet qui se répète, se reproduit. Si
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jdonc les élément)!isolés du mot nous paraissent souvent
privésde signification,c'est amplement parce que nous ne
connaissons pas celle qu'ils ont. Aprèscela, il y a des lan..
gues qui sont douéesd'une tendance toute particulière à la
composition, et par conséquent au polysyllabisme d'au"
n'es, comme le chinois, qui la repoussentcomplètement.
Al'appui deces réflexionset de ces raisonnements, Hum.
boldtcite quelques exemples. Il montre l'ancienne langue
chinoise tout entière monosyllabique, et l'introduction de
quelquesmots composésn'ayant lieu que dans la langue et
lestyle modernes. Leslangues malaises avaient paru repo-
serjusqu'à cejour sur un système de racinestoutes dissyl-
hMqucs une analyseplus sévère, entreprise par Humboldt
lui-mètnc, u montré que, m6me avec l'imperfection de nos
connaissances,on pouvait,dans beaucoupde cas, les ramo-
ner au monosyllabisme.Un des caractères essentiels des
languesde race sémitiqueest aussi leur dissyllabisme ce-
pendant il peut être aussi ramené à un système antérieur
monosyllabique,commel'ont reconnu beaucoup de philo-
logues. 11en est absolument de même du polysyllabisme
sanscrit. On y trouve bien quelques racines de plusieurs
syllabesdont on ne peut pousser plus loin la décomposition;
mais évidemment elles ne sont simples qu'en apparence
ellesne sont que des composés où le son de l'un des élé-
mentss'est perdu. L'auteur termine toison ouvrage par la
solution donnée à cette qucstion~.dan~Ïc sëns~où nous
venons de l'exposer. '(

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