Sie sind auf Seite 1von 15

Introduction

Les « portes du ciel » désignent dans la langue des anciens


Egyptiens les portes qui fermaient le meuble sacré
abritant la statue de la divinité. Leur ouverture met en
contact le monde des hommes et celui des dieux. Elle
permet à l’Univers de se perpétuer en renouvelant le
processus de la création et donne aux hommes à voir une
image d’une réalité ineffable. Leur fermeture est le
prélude à une renaissance future et, dans son attente,
renvoie la divinité dans un Au-delà ténébreux, dissimu-
lant ainsi son apparence aux yeux des humains.

Pour les Egyptiens, certains lieux sont à leur manière une


réplique des réceptacles d’images divines. De ce fait, ils
possèdent des portes, matérielles ou non, qui marquent le
passage entre des réalités physiques et mentales. Quatre
d’entre eux sont évoqués dans cette exposition : l’Univers
organisé, l’Au-delà, la chapelle de la tombe et le parvis du
temple. Les objets créés pour représenter ces univers ou
pour y être placés relèvent d’une logique complexe où se
déploie la richesse de la pensée égyptienne si peu carté-
sienne à nos yeux.

Une rhétorique de l’image égyptienne peut être ainsi


déchiffrée : évocation de la partie pour le tout, transposi-
tions visuelles, effets croisés, réalité virtuelle, jeux entre le
son, le texte et l’image, accumulations d’éléments ou
visions synthétiques, ellipses, complémentarités entre les
figures bi et tridimensionnelles, dynamiques internes
assurant un équivalent d’un mouvement perpétuel. A
travers une redécouverte d’objets et de chefs d’œuvres
issus des collections égyptologiques françaises et euro-
péennes, c’est à une relecture des représentations visuel-
les et mentales des anciens Egyptiens qu’invite ce
parcours, par l’exploration de ces procédés et des
éléments de civilisation qui les ont générés.

http://www.louvre.fr
L’Univers sanctuaire des dieux

Structure organisée abritant les divinités et


tout ce qu’elles ont crée, l’Univers est le témoin
d’un processus créateur complexe et aux
facettes multiples

Noun, « le père des dieux »


Le Noun existe avant le monde créé. Cette
étendue liquide emprisonne en son sein des
entités à caractère divin dont le potentiel n’est
pas réalisé. Il y règne l’obscurité, l’inertie et la
non – organisation. Les récits de la création du
monde décrivent le passage de l’état informe à
l’état structuré grâce à l’apparition d’une aire
solide à la surface du Noun. Ce phénomène
instaure une dynamique qui aboutit à
l’édification de l’Univers grâce à l’action
créatrice d’une ou de plusieurs divinités, et au
refoulement des eaux primordiales aux confins
de la réalité perceptible. Enveloppant la
création, ces eaux menacent en permanence de
l’engloutir et de faire régresser le monde à un
état inerte. La structure matérielle et
immatérielle de l’Univers sert ainsi de rempart
préventif à ce cataclysme apocalyptique.
Tabernacle dédié à la déesse Isis
© 2008 Musée du Louvre/ Georges Poncet
Une division des mondes
Les rares représentations égyptiennes du
monde font apparaître une division des espaces
correspondant peu ou prou à la nature de leurs habitants : la terre pour les êtres vivants, le
ciel pour les divinités et la Douat, l’Au-delà, pour les défunts, humains et divins. Ces espaces
entretiennent un lien mutuel de dépendance structurelle et communiquent par des passages
assimilés à autant de portes franchissables ou non. Divinités, rois et hommes agissent de
concert pour assurer la pérennité de ces espaces, de ce qui s’y trouve, ainsi que de la
dynamique qui les unit. C’est de cette condition nécessaire et suffisante pour la survie de
l’Univers que l’image égyptienne se fait le vecteur.

http://www.louvre.fr
L’Univers sanctuaire des dieux
« La première fois » : La création du monde

Les Égyptiens, comme beaucoup de peuples,


placent leur territoire au centre de la création
du monde. Certains récits propres à leurs
grands sanctuaires acquièrent le statut de
références religieuses majeures pour en
expliquer la structure.

Atoum, le maître universel


Atoum est le dieu vénéré à Héliopolis ville
située dans la banlieue du Caire actuel. Le
récit de la création qui lui est propre est connu
par des textes religieux insérés dans les
recueils funéraires tels les Textes des
sarcophages et le Livre des morts. Le dieu y
expose la prise de conscience de son
existence au sein du Noun, sa miseen
mouvement et son désir de se reposer. Il en
résulte l émergence d une butte où le dieu se
hisse et d où il organise l univers.

Ptah, la terre qui se soulève


Le récit de la création propre à la ville de
Memphis, au sud du Caire actuel, est connu
par une dalle de pierre conservée au British
Naos de la statue de la déesse Isis
Museum où a été gravée, pour la sauvegarder, dans son temple de Philae
une copie du texte mythologique consigné sur © 2008 Musée du Louvre/ Georges Poncet
un papyrus très endommagé. Son dieu
tutélaire, Ptah, est l élément structurant de
l univers qu il organise à l aide de sa pensée et de sa voix en nommant les êtres et les
choses.

Le nénufar étincelant
Parmi les autres récits de la création, la version propre à la ville d Hermopolis en Moyenne
Égypte revêt une importance particulière. Le dieu Thot, vénéré dans cette ville, coordonne
l action de quatre couples divins, les Huit. Il en résulte la création du soleil qui apparaît sous
la forme d un enfant

http://www.louvre.fr
L’Univers sanctuaire des dieux
Les diex sur terre et la lignée divine des rois

Osiris l’être parfait, Horus l’héritier,


Pharaon le continuateur
Le dieu Osiris naît muni de tous les insignes de
la royauté comme héritier parfait d’Atoum.
Seth, son frère, le décapite dans son sommeil et
profane son corps à plusieurs reprises. Osiris
étant mort sans héritier, Seth revendique le
trône. Ressuscitant alors le cadavre un bref
moment, Isis conçoit un héritier, Horus, qu’elle
cache. Une fois adulte, il combat son oncle et
devient le souverain du pays grâce au jugement
des dieux.
Horus est l’archétype du souverain égyptien, le
faucon divin, héritier et défenseur de la royauté
et du territoire. S’insérant ainsi dans une
longue lignée, divine et légitime, tout pharaon
doit préserver l’ordre établi depuis la création
et assurer le culte des dieux en bâtissant des
temples montrant qu’il est digne de sa
fonction.

Akhénaton ou l’absolu du soleil


Le règne d’Aménophis IV est un cas unique
dans l’histoire égyptienne. Changeant son nom
en Akhénaton, il revient d’une façon absolue
Stèle de la dame Tapéret
aux concepts fondamentaux d’une royauté
© 2008 Musée du Louvre/ Georges Poncet
solaire. Il impose le culte exclusif d’Aton, le
disque solaire, aspect visible du créateur du
monde et de la vie mais aussi seul détenteur de la royauté. Le roi en est le reflet charnel sur
terre et devient ainsi l’ordonnateur humain de l’ordre cosmique immanent. En réaction à cet
absolutisme confinant à l’hérésie, une destruction systématique de ses monuments, fait très
rare dans l’histoire égyptienne, fut ordonnée par ses successeurs

http://www.louvre.fr
L’Univers sanctuaire des dieux
Eternité et pérennité: le temps et l’espace

Le cycle des jours et des nuits


La création de l’univers sensible et organisé va
générer deux types d’éternité :
- l’éternité cyclique heh : l’apparition du soleil et
de la lumière marque le passage d’un état inerte
à un état dynamique par la mise en place de la
course perpétuelle des astres ;
- l’éternité djet constituée par l’organisation de
l’espace à partir d’un socle solide et pérenne, la
terre où repose la dépouille impérissable
d’Osiris.
Cependant le monde est toujours sous la menace
continuelle d’un retour à l’état inerte et
désorganisé d’avant la création. C’est le serpent
Apophis issu lui aussi du Noun qui tente de
provoquer cette régression lors de combats
répétés avec Ré d’où il sort toujours vaincu. La
création peut alors continuer à exister. L’horizon
de l’Ouest et celui de l’est constituent les portes
du ciel qui marquent par leurs ouvertures
éternelles la succession des jours et des nuits et
le triomphe du soleil.

« Le bel Occident », porte immatérielle du Cuve du cercueil de Pacherienaset


ciel © 2008 Musée du Louvre/ Georges Poncet
Le mot Imentet, « Occident » en égyptien
ancien, est un mot du genre féminin. L’Ouest est
donc personnifié par une déesse du même nom, qui accueille tant le soleil que les défunts sur
le seuil du monde souterrain. D’autres déesses au caractère maternel prononcé telles qu’Isis et
plus particulièrement Hathor peuvent lui être assimilées. Cette dernière possède sous son
aspect animal, la vache, un rôle nourricier et régénérateur grâce au lait qu’elle dispense. Elle
accorde sa protection pour parcourir les chemins du « bel Occident ». L’une des portes du Ciel
peut ainsi être franchie mais le monde auquel elle donne accès n’est pas exempt d’inconnu et
de dangers, tant pour les hommes que pour le dieu soleil.

http://www.louvre.fr
Le Ciel sous la terre
l’Au delà mystérieux0

Partie intégrante du monde organisé, l’Au-


delà couvre une zone intermédiaire entre les
limites du monde visible, ou concevable, et les
eaux du Noun. Sa localisation, tout comme
son organisation, est de ce fait, tout à la fois
précise et vague.

Une nature complexe


L’horizon de l’Ouest marque une limite à
partir de laquelle commence l’Au-delà. Là où
plonge le soleil se situe la Douat, domaine
souterrain et céleste puisque l’astre le parcourt
durant la nuit. Ce lieu est tout à la fois une
contre-terre, un contre-ciel et un contre-Nil,
image inversée de toutes les composantes de
la réalité visible des hommes. Cet espace
possède une structure compliquée où ciel,
eaux, flammes, terre et obscurité se côtoient
ou se mêlent. Il sert de passage au soleil
durant la nuit mais aussi de sanctuaire à
Osiris, redoutable seigneur des morts. La
Douat accueille également les défunts en son
sein et retient leurs dépouilles tout en laissant
certaines entités ressortir vers le monde des
vivants. Coffret d'Hetepimen
© 2001 Musée du Louvre / Georges Poncet
Des aspects multiples
La multiplicité de natures et de fonctions de
cet espace éclaire ses différentes
représentations. Il peut ainsi être la somme
d’espaces contigus et cloisonnés que traverse l’astre du jour pour se régénérer ou un
assemblage d’espaces gigognes constituant autant d’enceintes protégeant la demeure d’Osiris.
Cavernes, domaines célestes, paysages naturels ou construits sont autant de reflets des
conceptions funéraires liées à la survie et à la régénération. Il en va de même pour ses
habitants dont l’apparence est le reflet du mystère attaché au monde souterrain.

http://www.louvre.fr
Le Ciel sous la terre l’au-delà mysterieux :
Vivre après la morte

Les Égyptiens, loin d’être fascinés par la mort,


désiraient « pouvoir faire tout ce que l’on avait
coutume de faire lorsque l’on était sur terre » en
déjouant la disparition du corps et de ses fonctions
vitales.

Quel scénario pour « l’après-vie » ?


Les plus anciens textes funéraires connus — les
Textes des Pyramides, vers 2150 av. J.-C. — sont
rédigés au bénéfice exclusif du roi qui seul est
gratifié d’une éternité glorieuse.
Après la Première Période Intermédiaire, vers 2033
av. J.-C., chacun se voit octroyer une survie glorieuse
en s’identifiant au dieu Osiris. Cette destinée est
décrite dans les Textes des Sarcophages dont des
chapitres seront repris dans le Livre pour sortir le
jour plus connu sous le nom de Livre des Morts.

Les entités survivantes


Le cadavre ne ressuscite pas après le trépas mais
certaines facultés vitales du défunt bénéficient d’une
régénération perpétuelle. A la mort de l’individu, des
entités – le ka, le ba - se retrouvent libérées du corps
qui les retenait. Leur survie simultanée dans les
différents secteurs de l’au-delà est la condition
Cartonnage de Djedkhonsouioufankh
indispensable de la vie éternelle. Elle dépend aussi © 2003 Musée du Louvre/ Georges Poncet
de la préservation du cadavre et du nom du défunt.

Le corps comme sanctuaire


La survie après la mort implique d’éviter à tout prix la destruction du corps. Il doit
impérativement rester intact afin d’abriter les entités qui survivent à l’individu quand elles
passent dans le monde des vivants. Attesté depuis vers 3100 av. J.-C., le procédé de la
momification sera utilisé dans ce but jusqu’à l’époque romaine.

http://www.louvre.fr
Le Ciel sous la terre l’au-delà mysterieux:
Géographie de l’au-delà

Le monde de l’Au-delà est d’une structure difficile à


cerner pour nos esprits cartésiens. Fermé sur lui-
même, il conjugue plusieurs caractéristiques
topographiques a priori inconciliables tout en étant
parfois un reflet des mondes céleste et terrestre.

Gardiens, portes et édifices


Plusieurs édifices jalonnent les espaces et domaines de
l’Au-delà. Leur architecture est proche de celle de la
réalité égyptienne à ceci près que les structures qui la
composent sont dotées de la parole et de pouvoirs
destructeurs. Tout comme ici-bas, ces bâtiments sont
inséparables de leurs gardiens, préposés à la garde des
accès ou à celle de leurs habitants. Mots de passe,
menaces, formules magiques et passe-droits permettent
au défunt d’en franchir les portes pour atteindre le
domaine le plus important : celui d’Osiris.

Les espaces naturels de l’autre monde


Les espaces naturels de l’autre monde s’inspirent pour
beaucoup des réalités du paysage égyptien. Espace
désertiques ou arides, buttes sablonneuses, canaux,
champs et chemins composent un paysage que doivent
traverser tant le soleil pendant la nuit que le défunt. Ils
sont peuplés d’êtres ou de créatures, empruntés à la
réalité, hybrides ou imaginaires Parmi ces lieux, la
Campagne des Roseaux et la Campagne des offrandes
ont été comparées à un Paradis, notion commune à de Cercueil extérieur de Sopi
nombreuses religions, où le défunt jouit sans cesse de © 2008 Musée du Louvre/ Georges Poncet
loisirs et de nourriture dans un cadre idyllique.

Cartographier l’inconnu
Parmi les plus anciennes cartes connues à ce jour figurent celles peintes sur le fond de cercueils provenant
pour la plupart de la nécropole du Gebel el-Bercheh en Moyenne Égypte. Remontant au début du Moyen
Empire, vers 1963-1898 av. J.-C., ils fournissent au défunt qui s’y trouvait placé un guide détaillé des
espaces de l’au-delà.

Après avoir franchi les portes d’accès à l’autre monde et une ceinture de feu, le défunt doit parvenir à l’issue
d’un périple compliqué, à la demeure où résident Ré et Osiris. Les textes qui en accompagnent la
représentation sont connus sous le nom du Livre des deux chemins. Ils fournissent une description précise
de zones à la topographie complexe, tant souterraines que célestes, protégées par des gardiens redoutables.

Situé aux confins des mondes, terrestre, céleste et souterrain, l’Au-delà cartographié comprend une
succession de zones ténébreuses et de territoires emplis de flammes.
Un secteur particulier comportant les deux chemins, une voie terrestre et l’autre fluviale y est
particulièrement détaillé. Des codes de couleurs et des conventions élaborées de représentation ou de
schématisation, témoignent de la richesse de la pensée égyptienne dans la mise en œuvre d’un processus
cartographique d’espaces dont la réalité est immatérielle.

http://www.louvre.fr
Le Ciel sous la terre l’Au-delà mysterieux:
Sortir au jour, sortir le jour

Le défunt est lié au cycle éternel du soleil, les


entités qui lui survivent doivent revenir sans
entrave à la lumière pour se régénérer avant de
revenir vers leur hôte, dont le corps reste dans le
caveau au cœur du monde souterrain.

Le cœur et la balance
Le destin du mort est subordonné à un double
jugement. Il comparaît devant 42 juges devant
lesquels il se proclame innocent de toute action
contraire à l’ordre social, moral et cosmique
qu’incarne la déesse Maât. Le verdict définitif
résulte d’un examen plus impartial. Le cœur de
l’individu est confronté à l’image de cette déesse
par le biais d’une pesée. Les Livres des Morts
montrent systématiquement les plateaux de la
balance en équilibre assurant par la valeur
magique de l’image un verdict toujours favorable
au défunt. Il est alors déclaré « juste de voix » et
peut prendre place parmi les suivants d’Osiris.

Partir et revenir
Après la comparution dans la salle du jugement,
une partie du défunt reste auprès d’Osiris, alors Sarcophage de la dame Tanethep
que d’autres composantes de son être doivent © 2008 Musée du Louvre/ Georges Poncet
regagner le monde visible pour survivre et
« sortir au jour ». Cependant sous peine de
devenir errantes et dangereuses pour les vivants, ces entités doivent impérativement revenir
dans le monde souterrain et retrouver leur hôte. Le cadavre de ce dernier leur sert de
tabernacle et constitue pour elles un refuge sacré en principe éternel. Ce cycle d’entrée et de
sortie du monde souterrain parallèle à celui du soleil constitue pour le défunt sa nouvelle vie
éternelle.

http://www.louvre.fr
Entrer et sortir : La chapelle de la tombe

Implantée à la limite du désert, la chapelle de


la tombe constitue pour le défunt un contre-
point de son ancienne demeure terrestre. Le
caveau, souterrain, abrite sa dépouille et la
protège de toute atteinte en la soustrayant au
monde des vivants.
La chapelle qui le surmonte lie, en revanche,
son propriétaire à ceux qui sont « sur terre ».

Un édifice indispensable
La chapelle de la tombe est comparable à un
sanctuaire un peu particulier. Les entités
surnaturelles qui survivent au défunt peuvent
sortir du monde des morts et y évoluer pour
disposer des offrandes funéraires réelles ou
figurées par l’image. La chapelle les retient
aussi en les empêchant de vagabonder plus
avant dans le monde des vivants où elles
risquent d’être dangereuses. Elle constitue un
point d’ancrage et un repère qui permet le va-
et-vient de ces entités entre les mondes et de
retrouver leur propriétaire sans encombre.

Un dispositif de survie
A première vue, les scènes décorant les parois Fausse porte d’Izi
© 2008 Musée du Louvre/ Georges Poncet
des chapelles – et plus rarement le caveau lui-
même – sont le témoignage le plus éclatant du
triomphe de la vie. Elles livrent des informations précieuses sur une multitude d’aspects du
quotidien. Cependant leur unique but est la survie du propriétaire du monument dans une
logique de préservation de l’individu. Scènes agricoles ou d’artisanat, épisodes importants de
la vie du défunt ne font que pérenniser sur un support solide des cycles de production des
offrandes ou des actes dont le défunt est le bénéficiaire du fait de son exemplarité. Les textes
accompagnant ces scènes ou ceux à vocation plus spécifiquement funéraire complètent le
dispositif de survie. Selon le statut social, ce dispositif peut être élaboré ou minimaliste voire

http://www.louvre.fr
Entrer et sortir: La Chapelle de la tombe
Au seuil des mondes: La Chapelle

La chapelle de la tombe comprend différents


éléments servant tous le même but : assurer au
défunt une survie perpétuelle. L’image et les
textes jouent à cet effet un rôle fondamental de
relais virtuel d’une réalité susceptible de
vicissitudes.

La chapelle et ses substituts


Selon un procédé récurrent de la pensée
égyptienne, l’image peut souvent évoquer la
partie pour le tout ou la fin par le moyen. La
réalité tridimensionnelle de la chapelle et de son
mobilier peut ainsi être transposée en un
élément votif en deux ou trois dimensions dont
la forme et la décoration, même simplifiée à
l’extrême, rappellent la fonction.

Fausses portes, vrais passages


La stèle dite fausse porte permet la circulation
des composantes pérennes du défunt entre le
monde des vivants et celui des morts et les
échanges nécessaires à leur régénération. Elle se
lit ainsi comme élément architectural factice
dont l’aspect est caractéristique des portes mais Stèle en forme de porte du chef du trésor Izi
aussi comme la représentation en fausse © 2004 Musée du Louvre/ Georges Poncet
perspective d’une habitation où demeure le
défunt.

Image de soi, images pour soi


Le propriétaire de la chapelle, dans une logique de préservation, est représenté tant en bas-
relief que par des statues évoquant son statut social ou marital. Leur unicité ou leur
multiplicité varie selon les époques. Ces effigies sont le plus souvent placées dans un espace
isolé des vivants ou incluses dans l’encadrement de la fausse porte rappelant ainsi que leur
possesseur n’appartient plus à ce monde.

http://www.louvre.fr
Entrer et sortir: La Chapelle de la tombe
Un lien actif avec les vivants

En dépit de sa localisation au sein de la


nécropole située dans le désert, la chapelle de la
tombe constitue un espace qui ne sert pas que
lors de l’inhumation du défunt. Rites funéraires
familiaux et fêtes religieuses contribuent à
maintenir les morts étroitement associés aux
vivants.

Un espace de culte
Le culte funéraire comprend le dépôt d’offrandes
alimentaires ainsi des fumigations d’encens et
une libation d’eau, indispensables au ka et au ba
du défunt. Contrats et tarifs régissent ces
services quand ils ne relèvent plus de la seule
famille. Si le culte venait à cesser, les formules
funéraires garantissent une sustentation
éternelle si l’on peut capter l’attention d’un
vivant qui pourra les lire à voix haute. Il confère
ainsi aux offrandes une existence virtuelle qui
suffit au défunt pour survivre.

Un lieu de la mémoire sociale


L’existence de la chapelle de la tombe permet un
maintien de la personne du défunt au cœur de la
Table d’offrandes du chancelier Horiraâ
collectivité grâce à la perpétuation de sa mémoire © 2003 Musée du Louvre/ Georges Poncet
entretenue par sa famille, par l’administration
locale voire même par ses collègues
professionnels. Elle est ainsi un espace largement ouvert aux vivants, acteurs indispensables à
l’accomplissement des rites funéraires et à l’entretien du monument, vecteur de la visibilité
sociale du défunt.

http://www.louvre.fr
Aux Portes du ciel: le Parvis du temple

Le temple est le point de contact entre le


monde des dieux et celui des hommes, où la
terre et le ciel se rejoignent au niveau du lieu
qui abrite l’effigie de la divinité.

Une demeure pour le dieu


Le territoire de l’Égypte comporte une
multitude de temples dédiés à des divinités
d’inégale importance dans le panthéon
égyptien. Cependant, même mineure, toute
divinité dans son temple est considérée, au
moins à l’échelon local, comme le créateur du
monde et l’ordonnateur de sa perpétuation.
Le temple est de ce fait la demeure du dieu,
demeure permanente ou lieu de halte pour y
dormir ou s’y réveiller. Son image y reçoit un
culte quotidien : après l’ouverture des
« portes du ciel » du tabernacle, on sort la
statue divine qui est nourrie, vêtue et ornée.
La divinité est présente dans la réalité du
mondé créé qu’elle contribue ainsi à faire
exister.

Un horizon pour les hommes


Le temple est un espace sacralisé requérant Tabernacle miniature
des exigences rituelles de pureté. Son accès est © 2008 Musée du Louvre/ Georges Poncet
la plupart du temps interdit à ceux qui
n’appartiennent pas au personnel qui assure le culte et son intendance. Le sanctuaire est isolé
du reste du monde par une enceinte percée de portes monumentales ; leur ouverture est
comparable pour les hommes à la manifestation divine que constitue le lever du soleil à
l’horizon chaque matin. Les portes du temple sont ainsi pour eux les « portes du ciel » et se
trouver à leur voisinage immédiat est le moyen de s’associer à la divinité.

http://www.louvre.fr
Aux Portes du ciel: le Parvis du teple
Les Portes abolies: s’approprier l’invisible

S’approprier l’invisible
Situé au cœur du sanctuaire, le meuble sacré
contenant la statue du dieu est inaccessible aux
hommes hormis aux prêtres qui lui rendent un
culte quotidien, et au roi. Les portes du ciel
dissimulent l’effigie divine au regard, protégeant
ainsi le mystère de son apparence et garantissant
la préservation de son caractère supranaturel.

Toucher le dieu
Les représentations de tabernacles ou de statues
divines existent sous diverses formes dans le
monde profane extérieur au temple, abolissant
ainsi leur séparation d’avec le monde des
humains. Les insignes de prêtres ou les
emblèmes divins permettent aussi ce contact.
Toucher le dieu par ces subterfuges visuels
assure un lien direct entre l’individu et la
divinité. Les statues qui transcrivent ce fait se
multiplient aux époques où prévaut la piété
personnelle, lien individuel entre le dieu et son
dévot se passant de tout intermédiaire.

Reflets du divin
Certaines statues de particuliers semblent à nos Tabernacle miniature
© 2006 Musée du Louvre/ Georges Poncet
yeux témoigner d’une posture de simple
offrande, mais elles figent plus précisément des
actes de présentation à la divinité du lieu, d’une image profane de son tabernacle ou de son
effigie. Le donateur en attend en retour une action bienveillante, autant du dieu que des
humains amenés à contempler le monument. L’apparence de la divinité, révélée par ces
monuments placés à la périphérie ou hors de la zone sacrée, peut différer de la statue de culte
contenue dans le tabernacle dont très peu d’exemplaires ont été préservés.

http://www.louvre.fr
Aux Portes du ciel: le Parvis du temple
Les Portes abolies: s’approprier l’invisible

Au seuil du sacré : le parvis


L’aménagement des parvis du temple mêle les
images du roi et celles de certains de ses sujets.
Leur configuration est mieux connue à partir du
Nouvel Empire vers 1550 av. J.-C. et par les
vestiges des temples des époques postérieures.
Textes et représentations complètent les
informations fournies par l’archéologie.

Une sentinelle d’exception


Les statues colossales du souverain complètent
les représentations en bas-relief présentes sur
les parois des massifs monumentaux marquant
l’entrée du temple. Le pharaon y abat ses
ennemis montrant ainsi que le désordre qui peut
menacer l’espace sacré du temple, est neutralisé
par celui que les dieux ont placé sur le trône
pour préserver l’ordre du monde. Cependant, les
images du souverain font aussi face à quiconque
se présente à la porte du temple. Elles
constituent alors une représentation, dans
l’espace des hommes, de celui qui est au plus
près des dieux.

Des intermédiaires intéressés Statue cube naophore du scribe Khâ


© 2001 Musée du Louvre/ Georges Poncet
Les particuliers cherchent à être présents au plus
près des portes qui donnent accès à la zone
sacrée grâce à un monument les liant durablement à la divinité du lieu. Par privilège ou du
fait de leur fonction, certains se font représenter tenant ses emblèmes ou son image. D’autres
se font représenter assis au sol. Par cette présence forte et visible, ces personnages se vantent
par leur biographie ou par la sollicitation du passant d’être des intermédiaires efficaces auprès
du roi ou du dieu. Ils attendent ainsi pour l’éternité de recevoir en retour les offrandes
d’exception présentées à la divinité dans son sanctuaire ou le simple hommage pieux d’un
visiteur.

http://www.louvre.fr