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S’applique pour n’importe quelle preuve dans le procès.

2) Liberté et valeur des preuves

La liberté s’applique également aux juges, ils sont libres d’apprécier les
preuves qui sont apportées devant lui. C’est une double liberté : de mode et
de valeur des preuves.

En théorie il y 2 systèmes :

- Théorie de la preuve légale : signifie que la valeur des preuves est


déterminée par la loi, i.e., il y a une sorte de tarification des preuves
qui s’imposent aux juges. C’est le système typique du droit civil. En
procédure pénale il était utilisé durant le AR.

- Théorie de la preuve morale : il n’y a pas de tarification des preuves,


i.e., il n’y a pas de hiérarchie de valeurs. Cette théorie se fonde sur
l’intime conviction qui est le maitre mot en matière de théorie des
preuves. Cette théorie est à l’art.427 al. 1er CPP, i.e., les infractions
peuvent être établies par tout mode de preuve (liberté du mode de
preuve) et les juges décident dans leur intime conviction (c’est la
liberté de valeur)

La consécration de l’intime conviction


L’intime conviction a un double rôle, c’est principe d’appréciation de preuve
(le juge va forger son intime conviction à partir de ceux-ci) et un principe de
décision (c’est à partir de ces éléments de preuve qu’il va prendre la
décision).

Le fait que la motivation des arrêts des Cours d’Assises ne soit pas donnée
est prévu à l’art.353 CPP - « la loi ne demande pas compte aux juges des
moyens par lesquels ils se sont convaincus (…) »

Les limites à l’intime conviction


Il y a 2 limites, une limite qui tient d’un principe directeur de la procédure
pénale et un autre de l’art.427 CPP.

Le principe directeur est prévu à l’art. préliminaire du CPP et à l’art.6


Conv.EDH. Cette limite tient au principe du contradictoire. La Chambre
Criminelle de la Cour de Cassation ne contrôle pas les circonstances dans
lesquelles s’est forgée l’intime conviction des juges, il n’y a pas de contrôle
possibles des juges du droit sur les juges du fond, néanmoins la Cour de
cassation doit vérifier si le principe de la contradiction a été bien respecté. Il
est p´revu à l’al. 2 de l’art. 427 CPP (les preuves apportées doivent être
contradictoirement discutées devant les juges du fond, il ne s’agit pas de
trancher le litige sur des preuves qui n’ont pas été apportées au cours des
débats).

Deuxièmement, l’art. 427 al. 1er prévoit que si « hors la loi ou l’État en
dispose autrement ». Dans le CPP il y a quelques dispositions qui exigent la
détermination dans certaines infractions des modes particuliers de preuve,
ce sont des infractions de droit technique (ex : en droit rural et droit pénal
du travail). Le plus souvent on exige ici un procès verbal.

Ex : conduite en état alcoolique, il faut un dépistage et une analyse de sang.

Cependant cela n’empêche pas de discuter contradictoirement la preuve


apportée, i.e., le juge n’est pas lié par ces preuves pour déclarer le prévenu
coupable.

B- Le principe de la légalité de la preuve

N’importe qu’elle preuve n’est pas n’importe comment, i.e., on ne peut pas
les obtenir n’importe comment.

Le principe de la légalité dans la recherche de la preuve


La façon d’obtenir les preuves n’est pas libre car il faut respecter la dignité
humaine, l’intimité de la vie privée et le principe de la loyauté.

Respect de la dignité humaine


Cela signifie que toute violence physique ou morale est prohibée dans la
recherche de la preuve. Cette dignité humaine est garantie par l’art. 3
Conv.EDH « nul ne doit être soumis à la torture ni à des traitements
inhumains ou dégradants ». cette disposition a souvent été invoquée devant
la CEDH et la France est en tort aujourd’hui. CEDH 28 juillet 1999 Selmouni
c/ France, la France a été condamnée. Il s’agissait d’une personne placée en
garde à vue pour trafic de stupéfactions, il a dû subir quelques
traitements «inhumains» par les OPJ. Mais comment on peut prouver ces
traitements par le OPJ ? Puisqu’il est difficile de prouver, la CEDH a choisi de
renverser la charge de la preuve, i.e., lorsqu’une personne est placée en
garde à vue en bonne santé et qu’elle en ressort en conditions physiques
douteuses, c’st à l’état de fournir des explications sur l’origine des
blessures. C’est une garantie appliquée en France, et on demande
l’accompagnement de la garde à vue par un médecin.
Respect de l’intimité de la vie privée
Il y a une infraction particulière dans le code pénal, appelée violation de la
vie privée. Cette infraction s décline dans différentes manières, notamment
l’ouverture de correspondance. De même dans le CPP et dans le Code des
Postes Télégraphes et Communication, il y a des dispositifs qui protègent la
vie privée.

Face à ceci on a l’efficacité de la procédure pénale qui doit être de


rechercher les preuves de la culpabilité de l’individu et de la manifestation
de la vérité, c’est l’équilibre de la procédure pénale. Pendant un temps la
Crim. faisait en quelque sorte primer la recherche de la vérité sur la
protection de la vie privée, principalement en matière d’écoutes
téléphoniques. La Crim. et ensuite la Ass. Plén. Du 24 novembre 1989 ont
reconnu la validité des écoutes téléphoniques. À l’époque il n’y a avait pas
de texte particulier règlementant les écoutes téléphoniques et la cour s’est
fondée sur l’art. 81 du CPP (le juge d’instruction peut recourir à tous les
moyens pour rechercher la vérité). La CEDH 24 avril 1990, a condamné la
France et le législateur a intervenu car maintenant les écoutes sont
réglementées par la loi du 10 juillet 1991, par laquelle en principe les
écoutes téléphoniques sont illégales sauf si les conditions prévues dans
cette loi sont remplies.

Le principe de la loyauté
On parle de loyauté procédurale, qui n’est pas dans le CPP, il a été
découvert par la jurisprudence au nom de l’éthique judiciaire. Il y a plusieurs
arrêts qui se fondent sur ce principe, mais il n’y jamais eu de définition
expresse de la par de la Crim. Ce principe interdit l’utilisation de procédés
déloyaux, comme p.ex. les stratagèmes.

La question qui se pose est : «est-ce que la fin justifie les moyens ?»

- Provocation policière : la Crim. estime que les policiers ne doivent pas


avoir recours à des procédés déloyaux dans la recherche de la
preuve. Une des explications c’est que lorsque l’OPJ agit dans le
cadre d’une commission rogatoire, par l’art. 81 le juge agit
conformément à la loi, donc e OPJ agissent en tant que représentants
du juge d’instruction et sont liées par cet article et donc doivent
utiliser des procédés déloyaux, mais ils peuvent monter des pièges
dans les cas prévus par la loi (le principe c’est l’interdiction, mais les
exceptions sont légales – art.706-81 opération d’infiltration). La
difficulté est de faire la frontière entre la provocation à l’infraction et
la provocation à la preuve. La provocation est licite lorsqu’elle a pour
simple but de fournir la preuve d’une activité délictueuse, c’est la
provocation á la preuve. En revanche elle est irrégulière lorsqu’elle
entraine la commission d’une infraction, c’est la provocation à
l’infraction. Le problème c’est de faire la distinction entre les deux. Le
critère semble t’il être l’existence d’infractions antérieures. Le régime
de la provocation à a preuve est illustré par un arrêt Crim. 4 juin 2008
(rendu après renvoi devant la CA) – un internaute s’est connecté
depuis la France sur un site Pédophile de la police américaine pour
envoyer des photos. La police américaine a informé les autorités
françaises. Le prévenu a invoqué la provocation policière et l’art. 6
Conv.EDH et il a gagné. La Crim, a considéré qu’il a eu provocation à
l’infraction, en suivant la CEDH 1998, Teixeira de Castro c/ Portugal,
la CEDH a considéré que la provocation à l’infraction prive ab initio
(dès l’origine) et définitivement le justiciable d’un procès équitable.
La Crim. en 2008 ajoute qu’il y avait absence d’éléments antérieurs
permettant de soupçonner l’existence d’infraction. La CEDH 5 février
2008, Ramanauskas c/ Lituanie – la cour donne une définition d ce qui
est la provocation à l’infraction « il y a provocation policière lorsqu’e
les agents impliqués ne se limitent pas à examiner d’une manière
purement passive l’activité délictueuse, mais exercent sur la
personne qui ont pour objet une influence de nature á inciter à mettre
une infraction qu’autrement elle n’aurait pas commise.

- Hypnose : en état d’hypnose la personne n’a pas la maitrise de ce


qu’elle pense ou dit. La Crim. 12 décembre 2000 – la chambre
d’accusation avait admis la régularité de l’audition d´’un témoins qui
avait été placé sous hypnose avec son consentement par un expert
désigné par le juge d’instruction, ici la cour de cassation a sanctionné
la chambre d’accusation (depuis 2000 chambre d’instruction) en
constatant que la technique constituait une violation des dispositions
légales relatives au mode d’administration des preuves.
Premièrement, la chambre criminelle a considéré que l’hypnose
constitue une violation à la loi, mais il n’y a pas de règlementation
particulière en matière d’administration des modes de preuve.
Deuxièmement, si on reprend la théorie générale des preuves telle
qu’elle a été élaborée par la doctrine, l’appréciation de la preuve est
soumise à l’intime conviction du juge, et donc le juge peut écarter s’il
veut le témoignage donné sous hypnose. En plus puisque le témoin
donne son consentement on ne peut pas dire que c’est déloyal.

Principe de la loyauté dans la discussion de la preuve


Ici on doit rechercher les preuves en principe de manière loyale et les
discuter aussi de manière loyale.

Le problème est qu’à partir de ce principe de la loyauté dans la discussion


de la preuve, on est revenus sur le principe de la loyauté dans la recherche
de la preuve. Par exception, la Cour de cassation à partir du principe de la
loyauté dans la discussion a estimé que l’on pouvait revenir sur le principe
de la loyauté dans la recherche de la preuve. Ce raisonnement ne s’applique
pas aux OPJ ou aux Juges d’instruction car ils doivent respecter le principe
de loyauté dans la recherche et dans la discussion de la preuve, mais quand
la preuve est rapportée par une personne privée, on peut revenir sur le
principe de loyauté dans la recherche de la preuve, i.e., la question qui s’est
posé au juge pénal c’est que parfois il arrive que ce soit la partie civile qui
apporte la preuve d’une infraction et que cette preuve ait été obtenue de
manière déloyale ou illégale. Les Cim. 15 juin 1993 et avril 1994 (sous
l’art.427 CPP) – aucune disposition légale ne permet au juge d’écarter des
moyens de preuve au seul motif qu’ils aient été obtenus de manière illégale
(question de la recevabilité des moyens de preuve). L’art. 6 Conv.EDH dit
que « toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement
par un tribunal indépendant et impartial », on peut se dire qu’apporter une
preuve de manière illégale pourrait porter atteinte a procès équitable, et on
peut s’interroger sur le Tribunal indépendant car il reçoit un moyen de
preuve illégal, néanmoins la CEDH 12 juillet 1988, Schenk c/ Suisse, a
estimé que cette question relevait par principe du droit interne de chaque
État et a précisé que la convention « ne saurait exclure par principe et in
abstrato l’admissibilité d’une preuve recueillie de manière illégale ».

Aujourd’hui en droit positif il y a 3 conditions pour admettre la recevabilité


de la preuve obtenue de manière illégale ou déloyale :

- Il faut que la preuve ait été obtenue par une personne privée ; cette
condition a pu sembler remise en cause par un arrêt de la Crim. 13
octobre 2004 « des paillotes »- dans cet arrêt un des gendarmes avait
discuté avec le préfet et avait enregistré cette conversation et l’a
utilisée en justice. La Crim. a admis la recevabilité de
l’enregistrement, mais ici c’était sa fonction de particulier qui a primé
et non sa condition de gendarme. Cette condition a deux précisions :

o Elle doit toujours avoir été débattue contradictoirement ;

o Elle ne doit pas être la seule preuve présentée lors des débats,
i.e., elle doit être confortée par d’autres éléments de preuve.

- Il faut que la violation commise par la personne privée ne soit pas


trop grave. C’est sans doute une référence à la proportionnalité des
actes ; Crim. 11 juin 2002 « affaire du testing » - une discothèque
faisait entrer des blancs et refusait l’entrée des personnes d’origine
magrébine, le problème était de le prouver. Un groupe a sollicité un
huissier pour attester leur refus d’entrer dans la discothèque, malgré
la contestation du patron de la discothèque (preuve déloyale) la
preuve a été recevable car elle avait été amenée par une personne
privée. Crim. 31 janvier 2007 a admis la validité de ce mode de
preuve mais elle a précisé que cet enregistrement était justifié par les
besoins de sa défense.

- Il faut qu’elle respecte le principe du contradictoire