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GRECS D’ASIE MINEURE DANS LA SALONE ROMAINE

DENIS FEISSEL Institut d’Études byzantines F- Paris, 52 rue du Cardinal Lemoine

UDK: 930.271 (497.5 Solin) „652“ 904 (497.5 Solin) „652“ Izvorni znanstveni članak Primljeno: 25. II. 2011.

Les inscriptions grecques de Salone témoignent dès le Haut-Empire des liens de la Dalmatie avec les provinces orientales. Parmi ces documents encore édités de façon insufsante, sont ici publiés trois textes nouveaux ou restitués de façon nouvelle. Le n o 1, du genre commémoratif, a été gravé par un groupe de marins venus de Myra, en Lycie. L’épitaphe n o 2 précise l’origine d’un autre Lycien, de la cité de Rhodiapolis. Le sarcophage n o 3 révèle une famille de Publii Calvisii originaire d’Hypaipa, qui devait la citoyenneté romaine à Calvisius Ruso, proconsul d’Asie sous Domitien.

Parmi les multiples domaines où s’est déployée l’œuvre scienti que d’Emilio Marin, l’épigraphie de la Dalmatie, et singulièrement celle de Salone, n’ont cessé d’être au cœur de son activité de chercheur et d’or- ganisateur de la recherche. Ceux qui ont eu la chance de collaborer au corpus des inscriptions de Salone chrétienne, paru en 2010 au terme de trois décennies de collaboration franco-croate 1 , ne sauraient oublier ce que l’ouvrage commun doit à sa science, à son énergie et à sa générosité. Chargé pour ma part d’éditer dans ce volume les inscriptions grecques de

Abréviations. BD = Bullettino di archeologia e storia dalmata. MZK = Mittheilungen der K. K. Central-Commission zur Erforschung und Erhaltung der Kunst- und historischen Denkmale. TIB 8 = H. Hellenkemper – F. Hild, Tabula Imperii Byzantini 8. Lykien und Pamphylien, Wien, 2004. VD = Vjesnik za arheologiu i historiju dalmatinsku.

1. Salona IV. Inscriptions de Salone chrétienne, IV e VII e siècles, dir. N. Gauthier - E. Marin - F. Prévot, Rome - Split, 2010 (Collection de l’École française de Rome, 194/4).

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Salone à partir du règne de Dioclétien, il m’a d’abord fallu réunir l’en- semble des inscriptions grecques de toute époque puis tâcher de distin- guer, autant que faire se peut, les textes pré-tétrarchiques des documents postérieurs. Mes recherches dans les inventaires, la bibliothèque et sur- tout les collections du musée de Split, commencées dès 1983 avec l’aide ef cace d’Ivana Britvić, ont donc abouti à un partage : d’une part les 83 textes jugés postérieurs à Dioclétien, à présent réunis dans Salona IV ; d’autre part quelques dizaines d’inscriptions grecques plus anciennes, souvent éditées de façon insuf sante si ce n’est inédites. Cette docu- mentation d’époque impériale s’est beaucoup accrue depuis un siècle, au temps où R. Cagnat ne comptait, au tome I de ses IGR, pas plus de

quatre inscriptions de Salone 2 . La plupart des textes grecs parus de 1902

à 1940 ont été joints par J. Šašel à son recueil paru en 1986, malgré le

titre restrictif d’Inscriptiones Latinae 3 . Quant au grand répertoire de G.

Alföldy, paru en 1969, il enregistre jusqu’à cette date la quasi-totalité de l’onomastique salonitaine, en grec comme en latin 4 . Tous ces documents devraient avoir un jour leur place dans un corpus de la Salone romaine, qui comblerait surtout un des grands desiderata de l’épigraphie latine. Sans attendre ce jour, je voudrais offrir ici trois documents, nouveaux ou méconnus, en remerciement à celui qui me les t découvrir :

Αἰμιλίῳ φίλῳ εὐχαριστίας χάριν.

Comme toutes les inscriptions grecques de la Dalmatie postérieures

à l’époque hellénistique, celles-ci témoignent a priori de la présence à

Salone de résidents d’origine orientale plus ou moins récente, voire de simples voyageurs de passage. La présomption générale d’une origine

2. R. CAGNAT, Inscriptiones graecae ad res Romanas pertinentes I, Paris, 1906,

n os 549-552. On relevait dans cette série un Libyen (549) ; un prétendu Palestinien

d’Ascalon, dont l’origine s’est avérée illusoire (550, réédité Salona IV, n o 791) ; un Philoxénos sans origine explicite (551) ; un Flavios Zènôn, ancien marin de la otte de Misène (552).

3. J. ŠAŠEL, Inscriptiones Latinae quae in Iugoslavia inter annos MCMII et

MCMXL repertae et editae sunt, Ljubljana, 1986 (plus bas abrégé : Šašel 1986).

4. G. ALFÖLDY, Die Personennamen in der römischen Provinz Dalmatia, Hei-

delberg, 1969 (plus bas abrégé : Alföldy 1969). Notons en passant deux corrigenda. P. 293, le nom Xenokles (mal lu Senokles d’après CIL III 2152) n’appartient pas à Salone comme le suggérait une copie ancienne : il s’agit en fait d’une inscription d’Épidaure apportée à Venise (à présent IG IV 2 1, 678). P. 304, l’hapax Sygonius (d’après l’épitaphe grecque BD 31, 1908, p. 68) est un nom fantôme : ma révision de la pierre au musée de Split donne le nom Eutonios. Pour le nom Calotychos, omis par Alföldy, voir n. 29.

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étrangère est assez souvent con rmée et précisée par une indication géographique (nom de province, de cité ou de village), ou par un nom de personne caractéristique d’une région (de langue sémitique notam- ment). À la différence de la Salone tardive où la communauté helléno- phone, à partir du IV e siècle, est en majorité originaire du Proche-Orient 5 , l’immigration des premiers siècles de l’Empire témoigne surtout des liens du grand port dalmate avec l’Asie Mineure, en particulier avec ses régions maritimes. On connaissait déjà l’épitaphe d’un Smyrniote qui, fait remarquable pour un oriental, est rédigée en latin 6 ; en grec l’épitaphe d’un esclave lycien 7 et celle d’un nauclère de Nicomédie 8 , sans compter (car la restitution est très douteuse) celle d’un homme de Proconnèse 9 . Les documents ci-dessous illustreront une fois de plus les relations de la Dalmatie romaine avec la Lycie et, de façon plus inédite, avec la cité lydienne d’Hypaipa 10 .

I. INSCRIPTION COMMÉMORATIVE POUR UN GROUPE DE MARINS, II e S. ( g. 1)

Deux fragments jointifs d’un bloc de calcaire (à gauche inv. 384 B, à droite 3409 A), le premier de provenance indéterminée, le second trouvé en juin 1904 sur un terrain appartenant à Spiridion Gašpić. J’ai réuni les deux frag- ments, au Musée de Split, et pris un estampage du tout en septembre 2000. Dimensions de l’ensemble : ht. 24 ; larg. max. en bas 23 ; ép. (d’après Bulić) 9 et 16 cm ; hauteur des lettres 2 cm. Écriture soignée, dépourvue de toute lettre lunaire, probablement du II e siècle (noter particulièrement aux l. 2 et 5 l’oméga dont le cercle est détaché de sa base).

Fragments publiés successivement par F. Bulić, BD 25, 1902, p. 89, n o 384 B, et BD 32, 1909, p. 12, n o 3409 A.

5. Voir Salona IV, p. 79, où je recense à partir de la Tétrarchie vingt-huit ressortissants

du Proche-Orient pour seulement huit d’Asie Mineure.

6. VD 52, 1950, p. 4 : T(iberius) Flavius Trophimus T. f. Smyrnaeus. Cité par Alföldy

1969, p. 314 (Spätzeit).

7. Voir ci-dessous, n. 29.

8. Voir ci-dessous, n. 16.

9. R. EGGER, Forschungen in Salona II, n o 30 : Α]ὐρ(ηλίου) Ἀδ[ειμάντου Προκον]

νησίου. Šašel 1986, n o 2308, ne restitue pas la l. 2 mais enregistre néanmoins l’ethnique dans son index. Parmi de multiples alternatives, il pourrait s’agir d’un Φαι]νησίου, origi- naire de Phaina en Arabie ; deux ressortissants de Phaina sont en effet connus à Salone, probablement pas avant l’époque des Tétrarques (Salona IV, n os 767 et 793).

10. Les photographies des pierres et des estampages sont de l’auteur. Le traitement numérique des g. 1 à 4 est dû à M. Artyom Ter-Markosyan, que je remercie de son aide.

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Ἐ̣μνή|σθη[σαν οἱ ἀπὸ] Μύρων | καὶ ὁ να̣[ύκληρος]

[κ]αὶ ὁ κυβε|ρνήτη[ς καὶ οἱ]

[ κ ] αὶ ὁ κυβε | ρνήτη [ ς καὶ οἱ ] Fig. 1. Inscription

Fig. 1. Inscription commémorative pour des marins de Lycie (estampage 2000)

4 [σὺ]ν̣ αὐ|τ̣οῖς να[ῦται

[

vac. []μνήσθι [vac.]

κ̣αὶ []γήτωρ ὁ [

]

]

]

Nous marquons d’un trait vertical la limite entre les deux fragments. Le seul mot de la l. 6 est apparemment placé au mi- lieu de la ligne, entre deux va- cat. Une ligne a été martelée au-dessous de la l. 6 ; on peut y lire seulement un grand espilon lunaire, d’une main différente de l’inscription précédente. Rappelons les lectures de

Bulić. Fr. 384 B : l. 1 ΜΝΙ || 2 ΜΥΡoΝ, mais il faut lire oméga le petit cercle souligné d’un trait horizon- tal || 3 ΑΙΟΚΥΒΙ || Fr. 3409 A : l. 1 μνη]ΣΘΗ || 2 ΑΙΟΝΛ || 3 κυβ]ΡΝΗΤΗ[ν || 4 ΟΙΣΝΑ || 5 η]ΓΗΤΟΡΟ[ς || 6 ΜΝΗΣΘΙ.

Ont été commémorés (ceux qui viennent) de Myra, l’armateur et le pilote ainsi que les marins qui sont avec eux (…) et Hègètôr le (…) a été commémoré.

Découverts par Bulić à quelques années de distance, les deux fragments n’ont pas été rapprochés par lui. Du premier, l’auteur écrivait : « È fram- mento di epoca cristiana, del V-VI secolo ». Nous nous sommes toutefois gardé de joindre au corpus de la Salone chrétienne une pierre qui, raccordée au fragment de droite, s’avère remonter au Haut-Empire et faire partie des inscriptions votives de marins. Un texte de ce genre est unique à Salone, mais non sans parallèles dans l’aire adriatique. On en trouve en effet une série à Grammata, en Albanie, site connu depuis Cyriaque d’Ancône, où Pierre Cabanes et ses collabora- teurs ont pu relever en 2005 plus d’une centaine d’inscriptions, romaines ou plus tardives 11 . Il s’agit là habituellement, du moins à l’époque impé- riale, d’invocations aux Dioscures, la formule dominante étant du type :

11. Un aperçu provisoire, avec des textes inédits d’époque romaine et byzantine, est donné par A. HAJDARI et alii, REG 120, 2007, p. 353-394.

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« Untel s’est souvenu (a fait mention) d’Untel auprès des Dioscures » 12 . Dans le texte de Salone, le verbe initial et le verbe nal ne sont cependant pas à l’actif, mais au passif puisque les noms suivants sont tous au nomina- tif (comme c’est normalement le cas au Proche-Orient dans les inscriptions de ce genre) 13 et non pas au génitif 14 . La l. 2 mentionne probablement comme port d’attache du navire Myra, capitale de la Lycie 15 . On ne saurait cependant exclure Limyra, autre cité lycienne, un peu à l’écart de la côte.

L. 2-4. Sont commémorés tour à tour, de façon anonyme, le nauclère-ar-

mateur (qu’il soit ou non présent en personne à Salone), le pilote et l’équi- page. Deux autres ναύκληροι sont connus à Salone, au II e ou III e siècle, à commencer par un Markos Aurèlios Primos, nauclère de Bèrytos, le grand port phénicien 16 . Plus récemment, L. Moretti a su reconnaître dans un modeste fragment d’épitaphe la mention d’un nauclère de Nicomédie 17 . Salone venait

ainsi s’ajouter à la longue liste, tenue à jour par L. Robert jusqu’en 1978 18 , des inscriptions attestant la présence ou le passage de nauclères ou de κυβερνῆται de cette cité, y compris dans l’aire adriatique 19 . La présence de nauclères ly- ciens en Occident est également illustrée par des inscriptions de Sicile 20 .

L. 5. Le nom Hègètôr, courant à l’époque hellénistique, notamment en

Asie Mineure, est plus rare à l’époque romaine 21 . Il n’est pas particulière-

ment répandu en Lycie.

12. Par exemple CIG I 1827, révisé par A. HAJDARI et alii, op. cit., p. 379-380, A 2

(avec photographie) : Ἐπάγαθος ἐμνήσθη(ν) παρὰ τοῖς Διοσκόροις τεῖς ἐμε()ς ἀδηλφῆς (sic) Ἀνατολῆς.

13.

La distinction et la répartition entre ces deux types de formules ressortent bien de

l’étude

d’A. REHM, Philologus 94, 1940, p. 1-30 (analysée par J. et L. ROBERT, Bull.

ép. 1941, 24).

14. Le nom Hègètôr n’est pas non plus au génitif, qui serait Ἡγήτορος.

15. Cf. TIB 8, p. 342-359, Myra.

16. R. EGGER, Forschungen in Salona III, Wien, 1937, p. 151, n o 12.

17. CIG IV 9431. Cf. L. MORETTI, Rivista di lologia e di istruzione classica 112,

1984, p. 65 (SEG XXXIII 490).

18. L. ROBERT, BCH 102, 1978, p. 422-424 (nauklèroi et kybernètai de Nicomédie).

19. À Ravenne, l’épitaphe de Τειμοκράτης Θεομνήστου Νεικομηδεὺς ναύκληρος

(M. BOLLINI, Le iscrizioni greche di Ravenna, Faenza, 1975, p. 70-71, n o 34 ; SEG

XXXII 1036) est manifestement authentique. À Aquilée, l’épitaphe dédiée par ses deux

ls au Nicomédien M. Aur. Timokratès (IG XIV 2339) ne précise pas sa profession. Le corpus de Nicomédie (TAM IV 1) compte cinq autres Timokratès.

20. SEG XIV 404 (Messine) et XVIII 395 (Syracuse).

21. Cf. Th. CORSTEN, A Lexicon of Greek Personal Names, V A, Coastal Asia Mi-

nor: Pontos to Ionia, Oxford, 2010, p. 198 (où SEG XL 1101, en 192 ap. J.-C., est un exemple tardif mais isolé).

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II. UN LYCIEN DE RHODIAPOLIS, II e -III e S. ( g. 2)

Publiant en 1906 deux petits fragments découverts à Salone, à l’Est de la basilica urbana (inv. 513 B + 509 B), F. Bulić n’a pas manqué d’y re- connaître l’épitaphe d’un Lycien 22 . Le texte était alors ainsi lu et restitué :

[- -] Ἐπίκτη[τος | - -]ιος Ῥόδιο[ς - - | - -] τῆ[ς] Λυκί[ας.

La révision du fragment 509 B au Musée de Split (à défaut de 513 B,

non retrouvé) conrme, malgré quelques détériorations récentes (phot. g. 2) 23 , la justesse de ce déchiffrement. La restitution, toutefois, reste sujette à caution. L’éditeur, en guise de commentaire géographique, ren- voyait à juste titre aux Ethnika d’Étienne de Byzance : Ῥοδία, πόλις Λυκίας 24 . C’est sous la même forme, Rhodia, que la cité gure dans la Géographie de Pto- lémée 25 . Cependant son ethnique, anciennement Ῥοδιεύς selon Étienne de Byzance, n’a jamais été Ῥόδιος comme celui de la cité de Rhodes. On trouve générale- ment l’ethnique Ῥοδιαπολίτης formé sur le nom de la cité en usage à l’époque impériale, le composé (ou plutôt juxtaposé)

Rhodiapolis 26 . Mais la variante Ῥοδιοπολίτης est également cor-

recte (comme Ἱεροπολίτης de Ἱεράπολις) et déjà attestée 27 . C’est pourquoi je préfère restituer à Salone (en soulignant les lettres du fragment conservé) :

Salone (en soulignant les lettres du fragment conservé) : Fig. 2. Épitaphe d’un Lycien de Rhodiapolis

Fig. 2. Épitaphe d’un Lycien de Rhodiapolis (phot. 1986)

22. F. BULIĆ, BD 29, 1906, p. 182 (d’où Šašel 1986, p. 227, n o 2248). Dimensions de

l’ensemble 16 x 24 x 8 cm. Lettres 4,6 cm.

23. Bulić décrit déjà les lettres de la dernière ligne comme « mancanti e incerte ». On

reconnaît cependant l’alpha de Λυκία[ς], ce qui exclut l’ethnique Λύκι[ος].

24. Étienne de Byzance, éd. Meineke, p. 546, 6 : Ῥοδία, πόλις Λυκίας. τὸ ἐθνικὸν

Ῥοδιάς, Ῥοδιεύς. Ces ethniques féminin et masculin, plausibles à date ancienne, n’ont pas d’attestation documentaire.

25. Ptolémée, Geographia, V, 3, éd. C. Müller, II, p. 843, 11.

26. Sur son plus fameux citoyen, le grand évergète Opramoas, voir Chr. KOKKINIA,

Die Opramoas-Inschrift von Rhodiapolis, Bonn, 2000.

27. CIG III 4324. À Rhodes, IG XII 1, 383 (Ἐπιγόνου Ῥοδιοπολίτα).

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[- - -] | Ἐπικτή[του υ]|ἱὸς Ῥοδιο[πολί]|τη[ς] Λυκία[ς - -] (Tombe de …), ls d’Épiktètos, de Rhodiapolis de Lycie (…).

Un dernier témoignage complète la série des Lyciens à Salone : l’épi- taphe de l’esclave Kalotychos, originaire d’Antiphellos, aujourd’hui Kaş sur la côte sud de la Lycie un peu à l’Ouest de Myra 28 . Κα<λ>ότυχος | δοῦλος Ἀντιφελ|λείτης ζήσας | ἔτη κγ´ ἐνθάδε | κεῖμε. Kalotychos, esclave, originaire d’Antiphellos, ayant vécu 23 ans je re- pose ici. Publiée en 1873, disparue ensuite, l’inscription n’a guère retenu l’at- tention 29 . Ce Kalotychos porte un nom de bon augure, correspondant au féminin Kalètychè 30 mais moins répandu que ce dernier 31 . Bien qu’il s’agisse ici d’un esclave, le nom est attesté en Lycie même pour des ci- toyens 32 . Il est donc probable que notre Kalotychos s’appelait ainsi avant d’arriver à Salone.

III. ÉPITAPHE D’UN MÉDECIN D’HYPAIPA, II e -III e S. ( g. 3-4)

Partie gauche d’une face de sarcophage, mutilée à droite et en bas. L’épitaphe est inscrite dans une tabula ansata, dont l’anse gauche est or- née d’un euron. Le sarcophage appartient au type dit « standard », dont l’usage est devenu général à Salone au III e siècle 33 . Cependant, compte tenu de son inscription, celui-ci pourrait être un peu plus ancien, probable- ment entre 150 et 250. De provenance indéterminée, la pierre est conservée à Split, dans la galerie lapidaire entourant la cour du musée. Copie 1980, phot. 1986, es-

28. La ville a longtemps gardé son nom antique, devenu en turc Antii, avant d’être

rebaptisée Kaş : cf. TIB 8, p. 440-442, Antiphellos.

29. GLAVINIĆ, MZK, Neue Folge, 1, 1875, p. II, n o 3. Le nom de Kalotychos n’est

pas répertorié par Alföldy 1969.

30. Le latin Caletyche est particulièrement fréquent à Rome, le plus souvent pour des

esclaves ou des affranchies (H. SOLIN, Die griechischen Personennamen in Rom, 2. Au- age, Berlin - New York, 2003, I, p. 103-104), mais Kalètychè est rare dans l’épigraphie grecque (3 exemples sur le site epigraphy.packhum.org). Les noms plus anciens Kallity-

chè et Kallitychos subsistent parallèlement à ces formations tardives. Le féminin Calotyce (à Rome, ICUR, n. s., I, 994 et 2907) ne semble pas attesté en grec.

31. Le Lexicon of Greek Personal Names enregistre en Attique un seul Kalotychos (IG

II 2 13165), un seul autre en Asie Mineure occidentale (Cyzique).

32. Cf. TAM II 176, 208 et 230. D’autres Kalotychos, de condition libre également, à

Amorgos : IG XII 7, 239, 308 et 373.

33. Voir en particulier, pour les sarcophages de Manastirine, la typologie dénie par

N. Cambi, Salona III, Rome – Split, 2000, p. 227-257.

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tampage 2000. Dimensions non relevées. Hauteur des lettres : 3,5 cm à la l. 1, puis 3 cm. Apparemment inédite.

4

Πό(πλιος) Καλ[ουίσιος cognomen]

βου(λευτὴς) Α[

Ὑπαιπ[ηνὸς

ἀρχιια[τρὸς Πο(πλίῳ) Κα[λουισίῳ νιμ[ μενα[

]

]

]

]

8 νε[

La restitution de l’épi- taphe se heurte à plusieurs incertitudes. La longueur des lignes est indétermi- née. La nomenclature de la l. 1 exige au moins un cognomen, mais elle pour- rait être plus développée si l’inscription occupait toute la longueur de la tabula ansata. D’autre part, des deux personnages nom- més aux l. 1 et 5, l’un doit être l’auteur de l’épitaphe, l’autre le défunt ; faute de

désinence casuelle, on ne peut décider sûrement qui est nommé le pre- mier car les deux formules sont également courantes 34 . Nous avons ci- dessus opté pour l’ordre nominatif + datif, sans que l’ordre inverse soit pour autant exclu. Il n’est pas impossible non plus, dans l’hypothèse de lignes suf samment longues, qu’après le bouleute des lignes 1-2 ait été mentionné aux lignes 3-4 un second personnage. C’est donc non sans réserves que nous attribuons les l. 1-4 à un dédicant unique, et les l. 5-8 à un défunt unique.

à un dédicant unique, et les l. 5-8 à un défunt unique. Fig. 3. Sarcophage de

Fig. 3. Sarcophage de Publius Calvisius (phot. 1986)

34. Pour nous limiter à l’épigraphie salonitaine de la même époque, citons IGR I 551 (R. EGGER, Forschungen in Salona III, p. 150-151, n o 11), où le défunt est d’abord nommé au datif, suivi de ses héritiers au nominatif ; inversement, CIL III 2227 : Αὐρήλιος Ζωΐλος Ἐπιποδίῳ ἀδελφῷ μνήμης χάριν.

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Quoi qu’il en soit, le dédicant et le défunt étaient apparentés, peut-être père et ls, d’après le prénom et le gen- tilice qui leur sont communs. Bien que leur cognomen manque ou soit incom- plet, on peut af rmer que leur famille devait la citoyenneté romaine à P. Cal- visius Ruso, proconsul d’Asie sous Do- mitien (92-93) 35 , comme c’est le cas d’autres Publii Calvisii déjà connus dans cette province 36 . D’après la l. 3, cette famille était apparemment ori- ginaire de la cité lydienne d’Hypaipa, dans la province d’Asie 37 . Elle possé- dait donc la citoyenneté romaine depuis le proconsulat de Calvisius Ruso, à la n du I er siècle, même si l’inscription qui nous intéresse n’est probablement pas antérieure aux années 150-250. Le

premier personnage mentionné était, en même temps que citoyen romain, membre de la boulè de sa cité d’origine. S’agit-il d’Hypaipa ? ce n’est pas certain car, entre le titre de bouleute et

? ce n’est pas certain car, entre le titre de bouleute et Fig. 4. Sarcophage de

Fig. 4. Sarcophage de Publius

Calvisius (estampage 2000)

35. Outre PIR 2 C 350, voir notamment W. ECK, Senatoren von Vespasian bis Ha-

drian, München, 1970, p. 84 et 143 ; R. SYME, ZPE 56, 1984, p. 173-192. Le proconsul Calvisius Ruso, jusque là confondu avec Calvisius Ruso Iulius Frontinus (gouverneur de Cappadoce-Galatie en 104-107, cf. P. R. FRANKE, Chiron 9, 1979, p. 379-380), doit en être distingué comme l’a montré G. DI VITA-ÉVRARD, dans Epigraa juridica romana,

Pampelune, 1989, p. 169-174. Je remercie F. Bérard et F. Chausson d’avoir, chacun, attiré mon attention sur ce point.

36. Voir en ce sens E. GROAG, PIR 2 , C 350 : « Per eum videntur civitatem nacti esse

Publii Calvisii, qui nominantur in t(itulis) Asiae et Galatiae. » On relève en Asie, aux environs de Magnésie du Sipyle, un Πό. Καλβήσιος Ἀγαθόδωρος, prophète d’Apollon Pandènos (TAM V 2, 1411) ; un Καλβείσιος Ὀρφεύς, auteur d’une dédicace à la Mère des

Dieux Plastènè (ibid., 1353). À Pergame, dans la liste I. Pergamon II, 571, un Καλβείσιος Ἀλέξανδρος et un Καλβείσιος Πίστος. Un Καλουίσιος Γλύκων fut ambassadeur de Per- game auprès d’Hadrien : W. DITTENBERGER, OGI 484, 5 ; J. OLIVER, Greek Consti- tutions of Early Roman Emperors, Philadelphia, 1989, n o 84, 5.

37. Un recueil provisoire des inscriptions d’Hypaipa est donné par R. MERIÇ et alii,

Die Inschriften von Ephesos VII 2 (1981), p. 340-400. L’étude de L. ROBERT, Revue nu- mismatique 18, 1976, p. 25-48 (« Types monétaires à Hypaipa de Lydie ») porte principa- lement sur le culte d’Anaïtis, l’Artémis Persique, son iconographie de tradition iranienne et le concours local des Artemisia.

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l’ethnique de cette cité, la lacune de la ligne 3 reste problématique. Il se pourrait que le personnage ait été citoyen de deux cités, dont Hypaipa serait la seconde, et bouleute seulement dans la première. Le même Cal- visius, semble-t-il, exerçait la fonction de médecin-chef, ἀρχιιατρός 38 . On sait que ce titre, surtout fréquent dans les inscriptions d’Asie Mineure au II e et au III e siècle, désigne d’ordinaire un médecin municipal nommé par la boulè 39 . D’autres inscriptions con rment que cette fonction n’était pas incompatible avec le statut de bouleute 40 .

SAŽETAK - SUMMARIUM

GRCI IZ MALE AZIJE U RIMSKOJ SALONI

Grčki natpisi Salone svjedoče o vezama istočnih provincija s Dalmacijom u doba ranoga Rimskog carstva. Od tih natpisa, koji su dosad nepotpuno objavljeni, ovdje se objavljuju tri nova ili pročitana na novi način. Br. 1, iz vrste komemo- rativnih, dala je uklesati skupina pomoraca iz grada Mire, u Liciji. Epitaf br. 2 precizira podrijetlo osobe iz Licije, iz grada Rodiapolisa. Sarkofag br. 3 je od obitelji, podrijetlom iz Hipaipe, Publii Calvisii, koja je dobila rimsko građanstvo od prokonzula Azije u vrijeme Domicijana, koji se zvao Calvisius Ruso.

38. Variante correcte, à côté de la forme courante ἀρχιατρός.

39. Voir V. NUTTON, Papers of the British School at Rome 45, 1977, p. 191-221 ; É.

SAMAMA, Les médecins dans le monde grec, Genève, 2003, p. 42-45, dénombre parmi les 525 médecins de son recueil épigraphique 85 archiatroi, dont 66 pour le II e et le III e s.

40. Voir SAMAMA, op. cit., n os 250 (Héraclée de Carie) ; 298 (Sébastè de Phrygie) ;

334 (Antioche de Pisidie).

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