LES ANNONCES DE LA SEINE

Jeudi 31 janvier 2013 - Numéro 8 - 1,15 Euro - 94e année

Photo © Jean-René Tancrède - Téléphone : 01.42.60.36.35

Anne-Hélène Ricaud, Véronique Dagonet, Chloé Clair, Nathalie Bécache et Gilles Rosati

Barreau du Val-de-Marne
Rentrée Solennelle - 24 janvier 2013
RENTRÉE SOLENNELLE

Barreau du Val-de-Marne

2
AGENDA ......................................................................................5
VŒUX
Sous-Préfet des Yvelines .............................................................5
Président de la République.........................................................6
L’avocat spécialisé par Véronique Dagonet.........................................

Conseil Supérieur du Notariat
et Chambre des Notaires ............................................................9
Président du Sénat ....................................................................11

VIE DU DROIT

Collège Européen de Résolution des Conflits
Le juge auxiliaire du tribunal arbitral par Jacques Degrandi...........
Le juge étatique face au déroulement de l’arbitrage
par Jean-Claude Magendie ..............................................................
La contestation de la sentence arbitrale par Frédéric Fournier ......
Circulaire de Laurent Vallée (DACS) du 25 janvier 2013 ...

AU FIL DES PAGES

14
15
16
19

Guide du géomètre-expert ......................................................20

ANNONCES LEGALES ...................................................21
ADJUDICATIONS................................................................30
DIRECT
Cercle Culturel Henner .............................................................32
SUPPLÉMENT
Conférence du Jeune Barreau du Val-de-Marne

éronique Dagonet, Bâtonnière du Barreau
de Créteil accueillait ses prestigieux invités
jeudi dernier 24 janvier 2013 dans la Salle
des Assises du Palais de Justice val-de-

V

marnais.
Après avoir remercié les personnalités civiles et élues,
les Bâtonniers des grands Barreaux de France ainsi
que les Chefs de la juridiction Nathalie Bécache
Procureure de la République et Gilles Rosati
Président du Tribunal de Grande Instance de Créteil,
elle a prononcé un discours engagé sur la place de
l’avocat dans la société civile et sur les principales
préoccupations intéressant sa profession :
l’hospitalisation sous contrainte, la situation de la
Cour Nationale du Droit d’Asile et l’accessibilité aux
juridictions et aux locaux de police pour les
personnes à mobilité réduite, présentant ainsi le bilan
de sa première année de mandat.
Elle a ensuite appelé l’attention de l’assistance sur
les conséquences de la mise en place des procédures
électroniques normalement destinées à améliorer
le fonctionnement de la Justice : « les Avocats de ce
Barreau sont inquiets de voir à quel point parfois,
certains magistrats s’emparent du prétexte de la
communication électronique, pour s’exonérer de toute
communication directe et constructive avec les avocats
et leur interdire l’accès aux audiences de procédure ».

Ce serait « un comble » que Magistrats et Avocats
ne puissent plus communiquer « normalement » en
raison « d’une communication électronique mal
utilisée » a ajouté Véronique Dagonet qui a
également dénoncé la position prise par la Cour de
Cassation dans son avis rendu le 25 juin 2012
préconisant que soient « écartées les pièces, invoquées
au soutien des prétentions, qui ne sont pas
communiquées simultanément à la notification des
conclusions ».
Pour la Bâtonnière « s’il s’agissait de dissuader les
appels pour mettre de l’huile dans les rouages de la
machine judiciaire, on ne s’y prendrait pas
autrement ».
Malgré cet alarmant constat de perte de confiance,
Véronique Dagonet a aussi tenu à livrer un message
d’espoir en exhortant ses confrères à « maîtriser la
procédure participative et le droit collaboratif » et
son Barreau à « renforcer son efficacité » et « conserver
son identité ».
Elle a ensuite laissé la parole à ses jeunes consoeurs,
lauréates de la Conférence du Stage, Anne-Hélène
Ricaud et Chloé Clair, qui se sont livrées à une
brillante joute oratoire sur le thème « Soumises
d’office ? » que nous félicitons vivement.
Jean-René Tancrède

J OURNAL O FFICIEL D ’A NNONCES L ÉGALES - I NFORMATIONS G ÉNÉRALES , J UDICIAIRES ET T ECHNIQUES
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Rentrée solennelle

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Directeur de la publication et de la rédaction :
Jean-René Tancrède
Comité de rédaction :

Thierry Bernard, Avocat à la Cour, Cabinet Bernards
François-Henri Briard, Avocat au Conseil d’Etat
Antoine Bullier, Professeur à l’Université Paris I Panthéon Sorbonne
Marie-Jeanne Campana, Professeur agrégé des Universités de droit
André Damien, Membre de l’Institut
Philippe Delebecque, Professeur de droit à l’Université Paris I Panthéon Sorbonne
Bertrand Favreau, Président de l’Institut des Droits de l’Homme des Avocats Européens,
ancien Bâtonnier de Bordeaux
Dominique de La Garanderie, Avocate à la Cour, ancien Bâtonnier de Paris
Brigitte Gizardin, Substitut général à la Cour d’appel
Régis de Gouttes, Premier avocat général honoraire à la Cour de cassation
Serge Guinchard, Professeur de Droit à l’Université Paris II Panthéon-Assas
Françoise Kamara, Conseiller à la première chambre de la Cour de cassation
Maurice-Antoine Lafortune, Avocat général honoraire à la Cour de cassation
Bernard Lagarde, Avocat à la Cour, Maître de conférence à H.E.C. - Entrepreneurs
Jean Lamarque, Professeur de droit à l’Université Paris II Panthéon-Assas
Christian Lefebvre, Président Honoraire de la Chambre des Notaires de Paris
Dominique Lencou, Président d’Honneur du Conseil National des Compagnies
d’Experts de Justice
Noëlle Lenoir, Avocate à la Cour, ancienne Ministre
Philippe Malaurie, Professeur émérite à l’Université Paris II Panthéon-Assas
Jean-François Pestureau, Expert-Comptable, Commissaire aux comptes
Gérard Pluyette, Conseiller doyen à la première chambre civile de la Cour de cassation
Jacqueline Socquet-Clerc Lafont, Avocate à la Cour, Présidente d’honneur de l’UNAPL
Yves Repiquet, Avocat à la Cour, ancien Bâtonnier de Paris
René Ricol, Ancien Président de l’IFAC
Francis Teitgen, Avocat à la Cour, ancien Bâtonnier de Paris
Carol Xueref, Directrice des affaires juridiques, Groupe Essilor International
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Légale et judiciaire :
Commerciale :

L’avocat spécialisé
par Véronique Dagonet

Didier Chotard
Frédéric Bonaventura

Commission paritaire : n° 0713 I 83461
I.S.S.N. : 0994-3587
Tirage : 13 338 exemplaires
Périodicité : bi-hebdomadaire
Impression : M.I.P.
3, rue de l’Atlas - 75019 PARIS

2012

Copyright 2013
Les manuscrits non insérés ne sont pas rendus. Sauf dans les cas où elle est autorisée
expressément par la loi et les conventions internationales, toute reproduction, totale ou
partielle du présent numéro est interdite et constituerait une contrefaçon sanctionnée
par les articles 425 et suivants du Code Pénal.
Le journal “Les Annonces de la Seine” a été désigné comme publicateur officiel pour
la période du 1er janvier au 31 décembre 2013, par arrêtés de Messieurs les Préfets :
de Paris, du 27 décembre 2012 ; des Yvelines, du 31 décembre 2012 ; des Hauts-deSeine, du 31 décembre 2012 ; de la Seine-Saint-Denis, du 27 décembre 2012 ; du
Val-de-Marne, du 27 décembre 2012 ; de toutes annonces judiciaires et légales prescrites
par le Code Civil, les Codes de Procédure Civile et de Procédure Pénale et de Commerce
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N.B. : L’administration décline toute responsabilité quant à la teneur des annonces légales.

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A) Légales :
Paris : 5,48 €
Seine-Saint-Denis : 5,48 €
Yvelines : 5,23 €
Hauts-de-Seine : 5,48 €
Val-de-Marne : 5,48 €
B) Avis divers : 9,75 €
C) Avis financiers : 10,85 €
D) Avis relatifs aux personnes :
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Hauts-de-Seine : 3,82 €
Seine-Saint Denis : 3,82 €
Yvelines : 5,23 €
Val-de-Marne : 3,82 €
- Vente au numéro :
1,15 €
- Abonnement annuel :
15 € simple
35 € avec suppléments culturels
95 € avec suppléments judiciaires et culturels
COMPOSITION DES ANNONCES LÉGALES
NORMES TYPOGRAPHIQUES
Surfaces consacrées aux titres, sous-titres, filets, paragraphes, alinéas

Titres : chacune des lignes constituant le titre principal de l’annonce sera composée en capitales (ou
majuscules grasses) ; elle sera l’équivalent de deux lignes de corps 6 points Didot, soit arrondi à 4,5 mm.
Les blancs d’interlignes séparant les lignes de titres n’excéderont pas l’équivalent d’une ligne de corps
6 points Didot, soit 2,256 mm.
Sous-titres : chacune des lignes constituant le sous-titre de l’annonce sera composée en bas-de-casse
(minuscules grasses) ; elle sera l’équivalent d’une ligne de corps 9 points Didot soit arrondi à 3,40 mm. Les
blancs d’interlignes séparant les différentes lignes du sous-titre seront équivalents à 4 points soit 1,50 mm.
Filets : chaque annonce est séparée de la précédente et de la suivante par un filet 1/4 gras. L’espace blanc
compris entre le filet et le début de l’annonce sera l’équivalent d’une ligne de corps 6 points Didot soit
2,256 mm. Le même principe régira le blanc situé entre la dernière ligne de l’annonce et le filet séparatif.
L’ensemble du sous-titre est séparé du titre et du corps de l’annonce par des filets maigres centrés. Le
blanc placé avant et après le filet sera égal à une ligne de corps 6 points Didot, soit 2,256 mm.
Paragraphes et Alinéas : le blanc séparatif nécessaire afin de marquer le début d’un paragraphe où d’un
alinéa sera l’équivalent d’une ligne de corps 6 points Didot, soit 2,256 mm. Ces définitions typographiques
ont été calculées pour une composition effectuée en corps 6 points Didot. Dans l’éventualité où l’éditeur
retiendrait un corps supérieur, il conviendrait de respecter le rapport entre les blancs et le corps choisi.

2

Photo © Jean-René Tancrède - Téléphone : 01.42.60.36.35

l

Véronique Dagonet

a séance solennelle de Rentrée, pour un
Barreau, est l'expression de la
confraternité entre ses Membres, mais
aussi la manifestation de l’attachement
du Barreau aux différents corps qui contribuent
au bon fonctionnement de l’institution judiciaire
et de la justice, corps revêtus de la Robe pour
les Magistrats, de l'uniforme pour la Police et la
Gendarmerie et de l’écharpe pour les Elus.
Je salue chaleureusement leurs représentants
qui nous font l’honneur et l’amitié de leur
présence fidèle à cette Rentrée.
C'est aussi un témoignage d'affection et d’intérêt
pour les jeunes Avocats, avenir et forces vives
de notre Barreau.
En 36  ans, notre Barreau aujourd’hui
majoritairement composé de jeunes Avocats,
s’est forgé une identité qui rime avec qualité et
solidarité.
Son premier identifiant, il le doit à la géographie :
c'est un Barreau de banlieue composé d’Avocats
de proximité.
L'expression fait sourire, voire est perçue comme
péjorative…Nous l’assumons car cela signifie,
et peut-être plus qu'ailleurs, que nous sommes
des acteurs de l'accès au droit et à la Justice, et,
par conséquent, des vecteurs d'accès à la
citoyenneté.
Le conseil et la défense y sont représentés et
exercés avec enthousiasme et conviction.
Mais aussi, et c'est sans doute la survivance de
l'esprit des 35 pionniers qui ont créé le Barreau
en  1976, chacun a un fort sentiment
d'appartenance à une collectivité d'égaux, qui
s'écrit de ce côté du périphérique : E.G.A.U.X.
bien sûr !
Son deuxième identifiant, il le doit au
dynamisme de ses membres, le Barreau du Val
de Marne a toujours été un Barreau engagé.
La vie associative et syndicale y est florissante.

L

Nous avons donné deux Présidents nationaux
de syndicats emblématiques : la FNUJA, avec
Maître Xavier-Jean Keïta le SAF avec Maître
Pascale Taelmann.
Le Barreau a toujours été représenté dans les
instances
nationales
syndicales
et
institutionnelles. Il l'a été avec le Bâtonnier
Daniel-Julien Noël à la présidence de la CNBF,
il l’est aujourd'hui à la tête de l’Ecole de
Formation des Avocats du ressort de la Cour
d'Appel de Paris avec le Bâtonnier Elizabeth
Menesguen.
Le Barreau du Val de Marne est enfin un
Barreau convivial où l’accueil et la chaleur y sont
particuliers.
Cette cérémonie est, cette année, un événement
majeur,
parce
qu’elle
marque
le
18ème anniversaire de ce qui s’appelait alors la
Conférence du Stage.
C’est en effet en 1995, que le Barreau s’est doté
d’un concours d’éloquence qui était jusqu’ici
l’apanage de Barreaux plus prestigieux.
Le stage n’ayant pas survécu à la réforme des
études, la tradition s’est perpétuée sous la
dénomination de Conférence du Jeune Barreau.
Cette année, je souhaite présenter le bilan de
ma première année de mandat, pour envisager
ensuite les projets du Barreau pour 2013.
Enfin, je formerai quelques vœux, puisqu’ils sont
encore de saison.
En janvier 2012, j’avais évoqué trois sujets qui
me tenaient à cœur, l’hospitalisation sous
contrainte, la situation de la Cour Nationale du
Droit d’Asile et l’accessibilité aux personnes à
mobilité réduite des juridictions et des locaux
de police ou de gendarmerie.
Les hospitalisations sous contrainte :
En l’absence d’audiences foraines dans les
services hospitaliers psychiatriques, j’avais
dénoncé, au nom de mon Barreau, le fait qu’on
obligeât des patients à fréquenter la salle des pas
perdus du Tribunal de Grande Instance, comme
n’importe quel justiciable, voire prévenu.
Je trouvais cette situation choquante pour
plusieurs raisons :
- un patient conduit au Tribunal est tout d’abord
une personne fragile, dont l’angoisse est accrue
par sa venue dans un univers qu’elle perçoit
comme hostile.
- un patient conduit au Tribunal c’est ensuite la
culpabilisation d’un individu et une parenthèse
traumatisante dans le processus de soins.
- un patient conduit au Tribunal ce sont enfin
trois soignants absents du service avec les
conséquences qui en résultent pour les patients
restés à l’hôpital.
Monsieur le Président, je vous avais alors
demandé, respectueusement, d’engager une
réflexion, pour organiser des audiences foraines.
Malgré le manque d’effectif et de moyens, votre
sens du dialogue a rendu nos échanges
fructueux et nous vous en remercions.
Désormais, la grande majorité des patients va
comparaître dans le cadre d’audiences foraines.
C’est là un incontestable progrès qui, je l’espère,
portera ses fruits dans le sens d’audiences plus
humaines et dans des lieux et des conditions
mieux appropriés à l’é coute de personnes
désorientées et vulnérables.

Les Annonces de la Seine - jeudi 31 janvier 2013 - numéro 8

Rentrée solennelle
Cette réussite doit beaucoup au travail d’un
groupe d’Avocats de ce Barreau, qui s’est
particulièrement intéressé à l’assistance de ces
justiciables.
Je veux ici les féliciter à nouveau, puisque leur
expertise est désormais requise par d’autres
Barreaux où ils vont dispenser des formations,
et offrir sans compter un peu de leur temps
précieux.
Mes remerciements vont également à
Monsieur Castel, Juge des Libertés et de la
Détention, dont l’investissement a été
déterminant.
Qui n'est pas avec nous car il est de permanence
Le Juge des Libertés et de la Détention vient
d’hériter du plein contentieux et donc du
contrôle de la régularité des actes administratifs,
c'est-à-dire en pratique le contrôle de la légalité
de la première hospitalisation.
Nous travaillerons là encore, de concert, dans
ce nouveau domaine qui s’ouvre à nous.
S’agissant de la Cour Nationale du Droit d’Asile,
je vous avais fait part l’an dernier des difficultés
rencontrées par les Avocats devant cette
juridiction.
Il s’agissait de difficultés relatives à l’exercice des
droits de la défense.
Il m’est agréable de dire ici que la situation s’est
enfin améliorée.
Cette amélioration est due, pour partie, à la
poursuite jusqu’en avril dernier de la
permanence quotidienne mise en place auprès
de la Cour Nationale du Droit d’Asile et assurée
par les Bâtonniers d’Ile de France et les membres
de leurs Conseils de l’Ordre.
La nomination de Monsieur Jean-Marie
Delarue, en qualité de médiateur, a œuvré
également à la restauration du dialogue.
Tout cela a permis l’ouverture de négociations
plus sereines entre les Barreaux et la Cour.
Je tiens à cette occasion à remercier notre
Confrère Didier Liger du Barreau de Versailles,
mais également Membre d’Honneur du Barreau
du Val de Marne, qui a coordonné et coordonne
encore les actions visant à améliorer le
fonctionnement de cette juridiction et à
conduire l’expérimentation de la plate-forme
d'échanges numériques entre les Avocats et la
Cour Nationale.
La rédaction de la première ébauche d’un guide
des bonnes pratiques de la Cour Nationale du
Droit d’Asile que j’avais entreprise dans le même
temps, a depuis lors été enrichie et étoffée par
plusieurs Confrères spécialistes du droit d’asile.
Il vient d’être adopté par l’Assemblée Générale
du Conseil National des Barreaux.
Je ne doute pas que le Président du Conseil
National saura convaincre la Présidente de la
Cour d’y apposer sa signature…
Mais, nous ne devons pas relâcher notre
attention sur cette juridiction très particulière
et devons rester vigilants, notamment sur le
contenu du projet de décret de procédure qui
est actuellement soumis au Conseil d'Etat.
En revanche, j’avais appelé il y a un an, les chefs
de juridictions et les élus à se mobiliser sur la
question de l’accessibilité aux personnes à
mobilité réduite, des lieux de Police et de Justice
dans notre Département.
Force est de constater que la situation n’a guère
évolué sur ce point…

A défaut de procès médiatique ou d’échéances
électorales prochaines, je crains de ne rien voir
changer avant la fin de mon mandat, mais je
dois reconnaitre que les restrictions budgétaires
sont de nature à décourager les plus ardents
défenseurs de cette juste cause…
Pourtant, au nom des priorités budgétaires, at-on le droit de laisser en suspens ce qui relève
des attributs les plus élémentaires d’une
démocratie moderne : l’accessibilité de chaque
citoyen aux lieux de police et de justice ?
Je ne doute pas un seul instant, Monsieur le
Président, Madame le Procureur, Mesdames et
Messieurs les élus, que vous unirez vos efforts
aux miens en 2013 pour qu’au moins tous les
Tribunaux d’instance et les commissariats du
Département soient mis aux normes
européennes d’ici la fin de l’année !
L’année 2012 a également vu la réalisation dans
notre Barreau de quelques projets destinés à
améliorer et moderniser notre exercice
professionnel.
C’est dans cette perspective que les
« Indispensables du Barreau du Val de Marne »
ont vu le jour, la première semaine de juillet
dernier.
Il s’agit d’une semaine de formations intensives
dispensées par des intervenants de haut niveau
et ponctuée de moments de convivialité.
Le succès remporté par ces journées a démontré
la détermination des Confrères de ce Barreau
à hausser leur niveau de compétence.
Je tiens à souligner l’évolution des Confrères
face à l’obligation de formation qui leur est
imposée depuis quelques années.
Non seulement, ils n’y sont plus réfractaires,
mais, au contraire, ils sont demandeurs !
Encore faut-il leur proposer des formations de
qualité et compatibles avec leurs obligations
quotidiennes.
C’est à cet objectif que répondent les
« Indispensables du Barreau du Val de Marne »
avec un certain bonheur.
Les «  indispensables du Barreau du Val de
Marne  » sont appelés à le devenir...
indispensables !
Prenez date  : ce sera la 1ère  semaine de
juillet 2013 !
Pour améliorer notre communication, le
Barreau s’est également doté d’un nouveau site
internet de l’Ordre que vous pouvez explorer
depuis quelques semaines.
Les services proposés au public ont été
améliorés et le succès de ce nouveau site se
jugera après quelques mois.
Les Avocats de ce Barreau disposent désormais
d’un intranet qui à vocation à devenir non
seulement un outil professionnel d’information
et de communication privilégié mais également
un lieu d’échange et de convivialité, une sorte
de « salle des pas perdus virtuelle ».
J’ajoute que ce nouveau dispositif va nous
permettre d’accéder plus largement à une base
de données plus riche et plus étendue puisque
nous avons désormais un accès illimité et gratuit
à tous les fonds de Lexbase, notamment,
puisque le panel d’offres va s’élargir
prochainement.
Ce sont autant d’outils qui constituent un pas
de plus vers la modernité.
A l’heure où les juridictions exigent de nous la

communication dématérialisée, nous devions
être en mesure de communiquer entre nous de
la sorte.
C’est chose faite !
Mais, il ne faudrait cependant pas que cette
avancée technologique vienne affecter ce qui
caractérise notre Barreau : la convivialité de ses
membres.
Rassurez-vous, le Beaujolais du 3ème jeudi de
novembre 2013 ne sera pas virtuel, lui !
Si notre Barreau s'implique fortement dans cette
nouvelle ère technologique qui s'ouvre, soyez
assurés qu’il restera vigilant pour contrer les
dégâts collatéraux qui accompagnent parfois
cette nouvelle façon de travailler.
En effet, le développement de la
dématérialisation ne doit pas conduire à une
Justice déshumanisée et les Avocats ne peuvent
être cantonnés à un simple rôle d’opérateur du
Réseau Privé Virtuel Avocats.
Je saisis cette occasion qui m'est donnée pour
souligner que la mise en place des procédures
électroniques a dégénéré depuis quelques mois
en de nombreux abus qui maltraitent la
procédure, les Avocats et le principe du
contradictoire, et donc, indirectement, le
justiciable.
Le rôle fondamental de l’Avocat au cœur de la
procédure doit demeurer et ne saurait
s’accommoder d’un contradictoire virtuel.
N’en déplaise à certains, la mise en place des
procédures électroniques est destinée à
améliorer le fonctionnement de la Justice et
certainement pas à anéantir ou marginaliser le
rôle de l’Avocat dans l’instruction du procès civil.
Les Avocats de ce Barreau sont inquiets de voir
à quel point parfois, certains Magistrats
s’emparent du prétexte de la communication
électronique, pour s’exonérer de toute
communication directe et constructive avec les
Avocats et leur interdire l’accès aux audiences
de procédure.
La mention en gros caractères sur certains
bulletins de procédure de « Hors la présence
des avocats » est comprise par certains comme
« Avocats indésirables ».
Certes, il est mentionné en caractères
microscopiques, comme dans les contrats
d’assurance, que « l’avocat peut solliciter un
rendez-vous judicaire ».
C’est à l’Avocat de décider s’il est opportun, dans
le cours d’une procédure, d’entrer en relation
avec le Juge pour s’entretenir avec lui, s’il l’estime
nécessaire dans l’intérêt de son client.
Le Juge ne saurait utiliser ce système pour se
murer dans une tour d’ivoire.
Il n'est pas acceptable que le parti pris inverse
s’impose peu à peu comme la règle et que
l’Avocat devienne un importun à l’audience.
N’est-ce pas un comble qu’à cause d’une
communication électronique mal utilisée, les
Magistrats et les Avocats de cette juridiction
ne puissent plus communiquer normalement
alors qu’au contraire, à travers leurs trois
représentants, le Barreau et la juridiction se
parlent, s'écoutent et s'entendent ?
Certes, mais peut-on espérer de la part des
Magistrats de la considération, lorsque les
pouvoirs publics donnent l’exemple inverse ?
Beaucoup de Bâtonniers se sont exprimés, avant

Les Annonces de la Seine - jeudi 31 janvier 2013 - numéro 8

3

Rentrée solennelle

Phénomène régressif unique, les huissiers
devant la Cour assuraient la signification entre
Avocats parisiens exclusivement, mais pas entre
Avocats du ressort ni auprès de la Cour !

Ainsi, nous avons du recourir, pour certains
actes impliquant des Confrères de la Seine et
Marne ou de l'Essonne par exemple, à trois
modes de signification différents et simultanés
pour un seul et même jeu de conclusions !
La position prise par la Cour de Cassation est
également …surprenante.
Cet avis rendu le 25 juin 2012 qui préconise que
soient « écartées les pièces, invoquées au soutien
des prétentions, qui ne sont pas communiquées
simultanément à la notification des
conclusions » vient ajouter aux délais déjà très
contraignants qui nous sont imposés.
L’attitude de certains Présidents et Conseillers
de la Cour d'Appel de Paris est aussi, à la fois
surprenante et décourageante.
En effet, s’il s’agissait de dissuader les appels pour
mettre de l’huile dans les rouages de la machine
judiciaire, on ne s’y prendrait pas autrement.
Les Avocats ont fait un effort considérable
compte tenu de leur charge de travail pour
s’adapter aux nouveaux délais, guidés par
l’intérêt de leurs clients, et conclure, pour
l’appelant dans les trois mois de l’appel et pour
l’intimé dans les deux mois suivant.
Ce principe, déjà, est curieux :… pourquoi trois
mois pour l’appelant et seulement deux pour
l’intimé ?
La défiance à l’égard des parties présumées
désireuses de gagner du temps avait inspiré le
Président Magendie.
Or, quand nous avons conclu dans ces délais
très brefs, en caractère « time new roman 12 »
exclusivement bien entendu, nous devons
ensuite attendre souvent, plus d’un an pour
plaider….
«  Par observations Maître Schmitt; de
grâce n’alourdissez pas l’audience ! »
On attend du plaideur qu’il soit discret, patient
et informaticien : à ce rythme-là, bientôt la
plaidoirie se fera sur twitter ou facebook.

Les exigences ne peuvent unilatéralement
porter sur les seuls Avocats : faciliter le travail
des Juges est une ambition compréhensible que
nous respectons.
Il faut également, en contrepartie, que les Juges
se soucient de ne pas compliquer le travail des
Avocats.
Mais, regardons aussi vers l’avenir, car le Barreau
a quelques projets pour l’année 2013.
Le métier d’Avocat est en pleine mutation.
Si le Barreau du Val de Marne est un Barreau
citoyen, prenant plus que sa part dans les
dispositifs d’accès au droit du Département et
dans l’aide juridictionnelle, c’est aussi un Barreau
ambitieux et compétent dans de nombreux
domaines du droit.
C’est un Barreau qui a compris qu’il n’était plus
possible d’être un Avocat généraliste au XXIème
siècle.
Et c’est pourquoi, il faut nous adapter : devenir
plus compétent et donc spécialisés !
La réforme des spécialisations issue de la loi
numéro 2011-331 du 28  mars  2011 de
modernisation des professions judiciaires ou
juridiques et certaines professions réglementées,
permet désormais aux Avocats d’accéder aux
mentions de spécialisation, sans pour autant
devoir justifier d’un exercice préalable de quatre
ans révolus, chez un Confrère détenteur de la
spécialisation briguée.
Le Conseil National a mis en place un dispositif
remarquable pour faciliter aux Confrères l’accès
aux mentions de spécialisation, notamment par
la mise en ligne d’un Guide de la spécialisation.
Je vais prendre des dispositions pour faciliter la
préparation des Avocats de ce Barreau à
l’obtention des certificats de spécialisations, tant
sur le plan pratique que sur le plan de la
préparation à l’examen.

Anne-Hélène Ricaud, Véronique Dagonet, Chloé Clair

4

Les Annonces de la Seine - jeudi 31 janvier 2013 - numéro 8

Photo © Jean-René Tancrède - Téléphone : 01.42.60.36.35

et mieux que moi, sur les d'agressions subies par
notre secret professionnel.
La haute considération que l'on nous porte s’est
également manifestée par l’adoption du décret
passerelle qui assimile notre Profession à un
foyer d’accueil pour les recalés du suffrage
universel.
Les parlementaires qui se sont autoproclamés
Avocats ne sont pas sortis grandis de ce texte
et n’ont pas enrichi la Profession.
A ce titre, plus prosaïquement, et c'est sur ce
point précis que je veux m'attarder, les
conditions dans lesquelles nous sommes
contraints de travailler depuis plusieurs mois,
témoignent du peu de considération dont nous
sommes gratifiés.
S’il est une Cour d'Appel, devant laquelle le
développement de la communication
électronique se devait d'être exemplaire, c’est
bien la Cour d'Appel de Paris, la première de
France !
Il aura pourtant fallu attendre le 1er janvier 2013,
date buttoir fixée par la Loi, pour que les Avocats
ne soient plus contraints de se soumettre à un
fonctionnement procédural archaïque, celui de
la signification papier concomitamment à un
fonctionnement électronique.
Non seulement, la signification des
constitutions et des conclusions par la voie du
papier a été maintenue jusqu'à cette date, alors
que d'autres Cour d’Appel ont largement pu
anticiper, mais dans de nombreux cas, nous
avons été contraints de recourir aux huissiers
de Justice pour signifier nos conclusions avant
de courir, toute affaire cessante, les déposer à la
Cour d'Appel !

Rentrée solennelle
J’envisage d’ailleurs que cette année, la 2ème
édition des « Indispensables du Barreau du Val
de Marne » soit axée sur des matières relevant
d’une ou deux spécialisations.
Le Barreau du Val de Marne développera ses
compétences et répondra ainsi davantage
encore à la demande des justiciables.
Je souhaite également souligner, qu’en
partenariat avec la Chambre de Commerce et
d’Industrie, nous travaillons à l’organisation, que
nous souhaitons désormais annuelle, des
« Rencontres avocats et entreprises », autour du
thème de la prévention des difficultés des
entreprises.
Enfin, le Barreau du Val de Marne doit se
donner les moyens en  2013 de maîtriser la
procédure participative et le droit collaboratif
qui à l’inverse de la médiation, de la conciliation
ou de l’arbitrage, ne nécessitent pas
l’intervention coûteuse d’un tiers et n’impliquent

donc pas que le choix procédural soit lié à l’état
de fortune du client.
Je sais pouvoir compter sur vous, Monsieur le
Président, pour faciliter la réalisation de ce
projet, même s'il dépend au premier chef de la
motivation des Avocats qui auront à y recourir.

Agenda

Puisqu'il est encore temps de faire des vœux :
A notre Juridiction, je souhaite voir grandir son
« budget » et conserver sa convivialité.
A notre Barreau, je souhaite voir renforcer son
efficacité et conserver son identité.
A vous tous, je souhaite une belle et heureuse
année.
Tous mes vœux accompagnent évidemment deux
jeunes femmes tremblantes, qui attendent,
soumises, que je me taise pour s’offrir au redoutable
jugement de votre respectable assemblée.
2013-081

LES MERCREDIS
DE LA DOCUMENTATION FRANÇAISE

« La loi et les citoyens :
quelle histoire ! »
Conférence - Débat
le 13 février 2013

Voeux

29, quai Voltaire
75007 PARIS
Renseignements : 01 40 15 71 74
bernadette.guilloux@dila.gouv.fr

2013-083

Sous-Préfecture des Yvelines

4ÈME FORUM DE TRANS EUROPE EXPERTS

Rambouillet - 25 janvier 2013

le 22 mars 2013

« L’Union européenne :
Quelle valeur ajoutée ?»
Chambre de Commerce et d’Industrie
27, avenue de Friedland - 75008 PARIS

Photo © Jean-René Tancrède - Téléphone : 01.42.60.36.35

Renseignements : www.transeuropexperts.eu

Marc Chappuis
e vendredi 25 janvier 2013, Marc
Chappuis, Sous-Préfet de Rambouillet
nommé par décret du 22 décembre
2010, dressait en présence de la presse
un tour d'horizon de la chasse dans le
département des Yvelines. Ce fut l’occasion
pour l’ancien Directeur de Cabinet du Préfet de
la Région Nord Pas de Calais de dresser un
premier bilan de la saison 2012-2013. Dans ce
département francilien, à la fois urbain et rural,

C

l’objectif de l’Etat est de maintenir un équilibre
entre la densité d'animaux, l'agriculture et la
régénération forestière. Lorsque cet équilibre
est rompu, comme c'est ponctuellement le cas
dans certains secteurs à cause de la prolifération
des sangliers, les sociétés de chasse sont incitées
à intensifier leur pression cynégétique. A défaut,
des battues administratives sont ordonnées par
le Préfet, Michel Jau. A la disposition du Préfet,
les lieutenants de Louveterie ont alors pour
mission d'intervenir, en lien avec la fédération
et l'office national de la chasse et de la faune
sauvage, afin de réduire les dégâts de gibier
(récoltes éventrées, collisions routières). Si le
cerf reste l'animal emblématique du massif de
Rambouillet, l'évaluation du nombre de cervidés
reste approximative et elle varie fortement d'une
partie à l'autre du massif. C'est ainsi que le Préfet
a décidé en 2012 de diminuer de 20% les
prélèvements dans la partie Ouest du massif,
dans laquelle le nombre de grands animaux
sauvages observés était en baisse, tout en
l'augmentant dans la partie Est. Les campagnes
de comptages, effectuées en fin de saison en
lien avec l'ensemble des usagers de la forêt,
constituent à ce titre un bon indicateur des
évolutions, chacun s'accordant sur la nécessité
d'inscrire la chasse dans une gestion durable et
responsable de la forêt. Un équilibre difficile à
préserver, mais qui garantit à Rambouillet, villeporte du Parc Naturel de la Haute Vallée de
Chevreuse, et aux communes qui l'entourent,
le maintien d'un certain « art de vivre ».

contact@transeuropexperts.eu

2013-084

ASSOCIATION FRANÇAISE D’ARBITRAGE

Le cas pratique de la cession
d’actions et de ses garanties
Formation les 11 et 12 avril 2013
Maison du Barreau
2, rue de Harlay - 75001 PARIS
Renseignements : contact@afa-arbitrage.com
www.afa-arbitrage.com

2013-085

BARREAUX D’ILE DE FRANCE

Etats Généraux : « Victimes »
le 12 avril 2013
Tribunal de Grande Instance
1, promenade Jean Rostand
93000 BOBIGNY
Renseignements : Nathalie Barbier
01 48 96 12 99

2013-086

CONSEIL NATIONAL DES BARREAUX
ET L’IXAD

La rupture du lien conjugal
Franco-Marocain
Colloque le 25 avril 2013
Hôtel Kenzi Farah
avenue du Président Kennedy
40 000 MARRAKECH - MAROC

Jean-René Tancrède

Renseignements : www.ixad.fr

2013-087

2013-082

Les Annonces de la Seine - jeudi 31 janvier 2013 - numéro 8

5

Vœux

François Hollande

Au Conseil
constitutionnel
Paris - 7 janvier 2013
e vous remercie pour vos propos et vous
adresse en retour mes vœux les plus
chaleureux, pour vous-mêmes, et pour
votre Institution.
En 2012, l’activité du Conseil Constitutionnel a
été particulièrement intense.
Vous vous êtes prononcés sur la régularité de
l’élection présidentielle et sur celle des élections
législatives, dont vous avez d’ores et déjà jugé
presque toutes celles ayant fait l’objet de
protestations.
Au titre de la QPC, plus de 170 questions vous
ont été soumises.
Quant au contrôle avant promulgation, il a
concerné presque tous les projets de lois adoptés
lors de la session extraordinaire et de la session
d’automne. Comme si désormais le recours
devant le Conseil était devenu automatique.
Vous avez d’ailleurs eu l’occasion de rendre
plusieurs décisions remarquées. Il ne
m’appartient pas de les commenter. Elles ont
l’autorité absolue de la chose jugée. Ce que je
peux vous confirmer c’est que le Gouvernement
en tiendra le plus grand compte pour présenter
le moment venu au Parlement, sous d’autres

J

6

modalités avec le même objectif, les dispositions
censurées.
Une autre de vos attributions a revêtu cette
année une importance particulière. Je veux
parler du contrôle à titre préventif de la
constitutionnalité des traités dans le cadre de
l’article 54 de la Constitution. La décision que
vous avez rendue le 9 août, suite à ma saisine,
sur le Traité sur la stabilité, la coordination et la
gouvernance au sein de l’Union Européenne a
éclairé la France sur le choix qui s’offrait à elle.
Elle a été suivie de l’adoption d’une loi organique
relative à la programmation des finances
publiques et de la ratification du traité lui-même.
Elle a ouvert la voie à une nouvelle étape dans
la construction de l’Europe, sans qu’il fût besoin
de changer la Constitution.
Ces rappels illustrent la place éminente que
votre institution occupe au sein de la
République.
C’est pourquoi j’ai souhaité, pour mes premiers
vœux du quinquennat, renouer avec une
tradition - celle de la cérémonie des vœux au
Conseil Constitutionnel. Je ne sais d’ailleurs pas
pourquoi elle avait été suspendue.
Vous savez l’importance que j’accorde à une
République exemplaire, dans laquelle la
séparation des pouvoirs est respectée, les
compétences de chacun préservées, la défense
de nos valeurs fermement assurée.
Or vous y contribuez grandement.

Vous veillez d’abord  au respect des droits du
Parlement. Vous avez d’ailleurs toujours
reconnu ne pas détenir un pouvoir général
d'appréciation et de décision de même nature
que celui du législateur. Faire la loi au nom de
l’intérêt général, telle est la mission du Parlement
dont la  légitimité vient du suffrage universel.
Juger la loi en droit, telle est la vôtre, fondée sur
les seuls principes dont vous êtes les interprètes.
La place du Conseil Constitutionnel est le fruit
d’une construction patiente et progressivement
enrichie au fil du temps.
En effet, vos compétences n’ont cessé de
s’étendre, depuis l’élargissement de votre mode
de saisine aux parlementaires en 1974 jusqu’à
la création, en 2008, de la question prioritaire
de constitutionnalité. D’organe régulateur de la
Constitution, vous êtes devenus une cour
constitutionnelle, considérée comme telle par
les autres juridictions constitutionnelles en
Europe.
Les valeurs dont vous êtes les garants sont les
plus essentielles de la République : l’égalité de
tous les citoyens devant la loi, le respect des
droits et libertés fondamentales, la laïcité, le
respect de la dignité de la personne humaine,
les droits sociaux comme celui de la protection
de santé ou les droits constitutionnels des
travailleurs. Ces droits et ces libertés, vous les
avez sanctuarisés dans un «  bloc de
constitutionnalité » - aux côtés de la Déclaration

Les Annonces de la Seine - jeudi 31 janvier 2013 - numéro 8

Photo © Jean-René Tancrède - Téléphone : 01.42.60.36.35

Vœux du Président de la République

Vœux
des Droits de l’Homme et du Citoyen, des
principes fondamentaux reconnus par les lois
de la République, de ceux énoncés dans le
Préambule de la constitution de 1946 et même
ceux plus récemment inscrits dans la Charte
de l’environnement. Tout au long de vos
décisions, vous n’avez cessé de les fortifier.
Vous êtes également soucieux du pouvoir
territorial. Et l’inscription de la décentralisation
dans la Constitution a fait de vous les garants
de la liberté des collectivités locales. C’est dans
ce cadre, que j’ai souhaité que soit engagé un
nouvel acte de la décentralisation qui
contribuera à simplifier, clarifier, et rationaliser
les compétences de chaque niveau territorial.
J’entends aussi promouvoir la démocratisation
de nos institutions. A la suite du rapport que
m’a remis Lionel Jospin, j’engagerai une réforme
constitutionnelle destinée à consolider
l’indépendance du Conseil Supérieur de la
Magistrature et consacrer son rôle dans la
nomination de la hiérarchie du Siège et du
Parquet, à supprimer la Cour de justice de la
République, à aménager le statut du chef de
l’Etat et à reconnaître le rôle des partenaires
sociaux.
Je souhaite que ces dispositions soient adoptées
par le Parlement réuni en Congrès, dans les mois
qui viennent.
J’entends aussi mettre fin au statut de membre
de droit du Conseil Constitutionnel des anciens
Présidents de la République. Je proposerai donc

d’y mettre un terme mais uniquement pour
l’avenir.
Enfin, j’ai demandé au Gouvernement la
préparation d’un projet de loi pour améliorer
les conditions de financement des campagnes
présidentielles, et pour assouplir les règles
d’accès des candidats aux médias, en particulier
lors de la période dite « intermédiaire ».
S’agissant de la proposition relative au
parrainage citoyen pour l’élection présidentielle,
la concertation à laquelle j’ai procédé m’a
finalement convaincu de la difficulté de sa mise
en œuvre.
Monsieur le Président,
L’année  2013 marquera l’achèvement du
mandat de Jacqueline de Guillenschmidt, Pierre
Steinmetz et Claire Bazy-Malaurie. Je les
remercie pour leurs contributions aux travaux
du Conseil. Soyez assuré qu’il sera veillé à ce que
les nominations à venir distinguent le mérite,
la compétence et l’indépendance.
L’année 2013 sera une année d’activité législative
soutenue. J’ai averti le Gouvernement. La loi
doit être utile, claire et normative, votre
jurisprudence l’impose. Elle doit être source de
sécurité et de lisibilité et non d’instabilité et
d’incertitude, vos décisions le rappellent. Je
veillerai à ce que ces principes, inspirent
toujours la fabrication de la loi.
L’année 2013 constituera une nouvelle étape
dans l’utilisation de la question prioritaire de
constitutionnalité.

Cette réforme, est un succès. Les justiciables
posent des questions, les juridictions les
renvoient, le Conseil constitutionnel les tranche
et, dans certains cas abroge des dispositions
législatives dont l‘inconstitutionnalité entachait
l‘Etat de droit.
En deux ans, près de 300  décisions ont été
rendues. La plus symbolique d’entre elles est
évidemment celle censurant le régime de
cristallisation des pensions des étrangers,
dispositif inégalitaire s’il en était. Mais il y a eu,
d’autres progrès des droits et libertés  :
l’abrogation des articles du code de procédure
pénale sur la garde à vue de droit commun ;
l’abrogation du livret de circulation pour les gens
du voyage ; l’inconstitutionnalité du régime
antérieur de levée de l'hospitalisation d'office
des personnes pénalement irresponsables.
Le Gouvernement de Jean-Marc Ayrault en a
tiré immédiatement les conséquences. Il en a
été ainsi pour définir, conformément à vos
prescriptions, le délit de harcèlement sexuel.
Aujourd’hui, le Gouvernement et le Parlement
ont à faire des choix qui correspondent à leurs
engagements devant les français. Ils en ont reçu
mandat par le suffrage. Je sais qu’ils ne vivent pas
l’intervention du Conseil constitutionnel comme
un empêchement, mais comme un rappel des
principes fondamentaux de notre Droit.
Et c’est ce message de confiance dans nos
institutions, que je voulais vous adresser à
l’occasion de cette cérémonie des vœux.

Aux acteurs
de l'entreprise
et de l'emploi

de président de la République, c’est de fixer la
feuille de route pour notre pays pour les cinq
ans qui viennent. Cette feuille de route, je l’avais
précisée le 9 juillet lors de l’ouverture de la
conférence sociale et j’avais déjà insisté sur
l’enjeu que représente l’emploi. C’est la seule
priorité. Le chômage est en progression
continue depuis deux ans, il atteint un niveau
record, pour les jeunes notamment et aussi pour
les seniors. Il s’accompagne d’une précarité qui
prive grand nombre de salariés de toute visibilité
pour leurs propres décisions. Inverser la courbe
du chômage, c’est l’objectif que j’ai fixé pour la
fin de cette année. Je sais qu’il rencontre parfois
le scepticisme, des interrogations. Je considère
que la volonté doit être celle-là et qu’il doit y
avoir une mobilisation générale. Le
gouvernement en a la responsabilité. Mais vous
aussi car nous avons pris des décisions
importantes mais nous les avons prises en
concertation avec vous.

après négociation, à une adhésion unanime - je
dis bien unanime - de tous les partenaires
sociaux. C’est suffisamment rare pour saluer la
pertinence du dispositif. Je rappelle qu’il incite
les entreprises à embaucher des jeunes en
maintenant dans l’emploi les seniors qui leur
assurent un tutorat et un accompagnement.
C’est une réponse – elle n’est pas la seule – à
cette double anomalie française d’avoir un taux
de chômage particulièrement élevé pour les
jeunes et également une précarité importante
pour les seniors.
Un accord a été conclu en ce début d’année sur
la sécurisation de l’emploi. Il a suscité de longues
discussions. Il n’a pas été approuvé par toutes les
organisations de salariés. J’en prends acte mais
je salue le compromis auquel les signataires ont
abouti après que tous les syndicats, de bout en
bout, aient participé aux échanges. Cet accord
fera date car c’est le premier depuis quarante ans
sur le sujet de l’emploi. Il vise à mieux anticiper,
mieux informer, mieux sécuriser.
Je veux en souligner plusieurs avancées.
D’abord, l’extension à tous les salariés d’une
couverture complémentaire santé, la création
d’un compte personnel de formation,
l’introduction de droits rechargeables à
l’Assurance Chômage, l’introduction aussi de
nouveaux droits de représentation dans les
conseils d’administration ou de surveillance des
plus grandes entreprises et également le
renforcement du dialogue social en cas de
difficultés économiques, dans le cadre d’accords
majoritaires. Tout cela me paraît un progrès. Ce
texte marque aussi une étape - encore
insuffisante mais c’est une étape - dans la lutte
contre la précarité par un renchérissement des
contrats courts.

Paris - 17 janvier 2013
ous représentez la diversité de notre
pays puisque sont présents ici des
Chefs d’entreprise de toutes tailles,
des salariés à travers leurs grandes
organisations syndicales, des agriculteurs, des
acteurs de l’économie sociale et solidaire et je
n’oublie pas les fonctionnaires. Vous défendez
– et c’est votre légitimité – les intérêts de ceux
qui vous ont mandatés pour y parvenir. C’est
aussi votre devoir. Il peut y avoir des
contradictions entre vous, des confrontations,
mais vous êtes la France, vous la servez par
l’action que vous menez et vous portez une part
de l’intérêt général.
Je rappelle ici l’attachement que je porte à la
démocratie sociale qui n’a pas vocation à faire
concurrence avec la démocratie politique et
encore moins à s’y substituer, mais qui a son rôle
propre pour faire avancer, dans notre pays, par
des compromis fructueux, le progrès. C’est
pourquoi la place du dialogue social figurera
dans le projet de loi constitutionnelle qui sera
soumis cette année au Parlement.

V

Je connais le principe qui vous unit tous au-delà
de vos sensibilités et de votre diversité. Ce
principe a un nom, c’est l’indépendance. Vous
faites vos choix en toute responsabilité et c’est
ainsi que je veux que s’organise la relation entre
l’État et les acteurs sociaux. Mais mon devoir

D’abord la loi sur les emplois d’avenir. Elle a été
votée le 26 octobre. Les premiers contrats ont
été signés depuis le mois de novembre. Nous
avons comme objectif cent mille contrats pour
2013. C’est une façon – je l’ai dit –, pour les
jeunes les plus éloignés du marché du travail,
de retrouver confiance mais ça suppose qu’on
leur apporte une formation. C’est le rôle de Pôle
Emploi mais c’est aussi pourquoi j’ai voulu que
l’AFPA soit sauvegardée en tant qu’opérateur
de premier plan de la formation, y compris pour
les jeunes.
Le second texte qui vous a été proposé a été le
contrat de génération. Il est accessible depuis
le début de l’année, même s’il n’a pas encore été
voté par le Parlement. Ce projet a donné lieu,

Les Annonces de la Seine - jeudi 31 janvier 2013 - numéro 8

7

Vœux
Lors de la conférence sociale, j’avais pris un
engagement au nom de l’État : si un accord
majoritaire était conclu, l’État le respecterait
fidèlement. Cet engagement m’oblige. Le
gouvernement va donc, au mois de mars, saisir
le Parlement d’un projet de loi transcrivant les
principales dispositions de l’accord. Ce résultat
est le produit d’une méthode, celle que le
gouvernement de Jean-Marc Ayrault a
privilégiée depuis huit mois. Cette méthode,
c’est le dialogue, non pour différer les choix,
comme je l’ai lu parfois, entendu également,
non pas pour reporter les échéances, mais pour
mieux décider. Le temps de la concertation et
de la négociation n’est pas un temps perdu, c’est
un temps gagné - gagné sur les malentendus,
sur l’immobilisme et même sur les conflits -.
Non qu’il aboutisse nécessairement au
consensus – ça ne sera d’ailleurs pas le cas –,
mais au moins à un constat partagé et à des
choix assumés.
Cette méthode, elle est fondée aussi sur la
responsabilité - responsabilité de ceux qui
s’engagent, responsabilité aussi de ceux qui s’y
refusent, responsabilité du gouvernement de
respecter l’accord, responsabilité du Parlement
de le traduire dans la loi -. Ce principe de
responsabilité, nul ne peut le contester puisque
chacun aura à faire, devant ses mandants, la
clarification nécessaire.
En 2013, je poursuivrai cette méthode du
dialogue, de la concertation et de la négociation
dans d’autres domaines : la qualité de la vie au
travail, l’égalité professionnelle entre les femmes
et les hommes, l’amélioration de notre système
de formation professionnelle. Sur ce dernier
sujet, nous avons deux objectifs : la formation
des demandeurs d’emploi car il y a un paradoxe
dans notre pays, c’est que nous ne faisons pas
suffisamment pour ceux qui sont privés
d’emploi et parfois, nous en faisons beaucoup
pour ceux qui ont un emploi depuis longtemps
et à un niveau élevé de la hiérarchie sociale.
Le deuxième objectif, c’est de permettre que
cette formation professionnelle soit renforcée
pour les jeunes sans qualification. Là encore, un
accord a été trouvé entre l’État et les partenaires
sociaux sur ce qu’on avait appelé le Fonds de
sécurisation des parcours professionnels. Nous
allons tâcher d’aller même au-delà en faisant
que le système soit plus efficace - plus efficace
en termes d’orientation, de qualité des
formations et de développement de
l’apprentissage avec une rationalisation des
financements et une réduction du nombre
d’organismes collecteurs. Les fonds de
l’apprentissage doivent aller dans des lieux où
ce sont les apprentis qui sont formés et
notamment ceux qui ont les plus basses
qualifications.
Ces évolutions s’appuieront sur une
concertation qui associera aussi les collectivités
locales et notamment les régions. D’autant
qu’elles se verront confier de nouvelles
responsabilités dans les lois de décentralisation
sur ces sujets. Sur les lois de décentralisation –
j’y insiste –, elles devront clarifier les
compétences et en aucune façon diluer des
interventions qui sont aujourd’hui prévues.
Cette méthode sera aussi celle qui nous
permettra de préserver l’avenir de nos retraites
et de notre protection sociale. D’ores et déjà, le
Haut Conseil de financement de la protection

8

sociale a été installé par le Premier ministre,
c’était au mois de septembre. La conférence
sociale a arrêté le principe d’un rendez-vous sur
ce dossier en 2013. Nous y sommes. Le Conseil
d’orientation des retraites a publié ses
projections financière à moyen et long terme :
elles sont plutôt rassurantes sur le moyen et le
long terme mais plus inquiétantes sur le court
terme. C’est d’ailleurs assez paradoxal puisqu’il
nous avait été annoncé une réforme il y a trois
ans qui devait garantir l’é quilibre. Nous
constatons un déficit de vingt milliards d’euros
à l’échéance 2020 tout simplement parce que
pour avoir un financement des retraites, il faut
aller chercher de la croissance et de l’emploi.
C’est la condition première et c’est pourquoi
nous avons aussi lancé le pacte de compétitivité.
Mais je reviens aux retraites. C’est sur la base
de ces constats qu’avec les partenaires sociaux,
au printemps, nous engagerons une
concertation sur le financement de la protection
sociale comme sur l’avenir des retraites.
Sur l’ensemble de ces sujets, tous ce que j’ai
évoqué comme engagements pour l’avenir, je
vous propose que nous nous retrouvions pour
un nouveau rendez-vous de la conférence
sociale au mois de juillet prochain avec le même
objectif, préciser notre agenda et ouvrir les
discussions, les négociations nécessaires entre
partenaires sociaux et indiquer le programme
législatif du Gouvernement.
Les forces vives que vous êtes doivent
également être les forces de la production. Nous
avons le devoir de la rehausser et de retrouver
de la croissance. C’est la seule manière de lutter
durablement contre le chômage. Le
Gouvernement a donc présenté un pacte de
compétitivité sur la base du rapport de Louis
Gallois. Parmi les propositions, il y a le crédit
d’impôt. On aurait tort d’identifier ce rapport
uniquement par rapport à cette mesure mais
elle existe et je la revendique, je l’assume. Ce
sera un outil précieux pour investir, pour
exporter, pour créer de l’emploi. Ce crédit
d’impôt produira ses premiers effets dès 2013
dans la mesure où son bénéfice – représentant
4 % de la masse salariale, + 6 % en 2014 –
s’imputera directement dans les résultats des
entreprises. À nous et aux entreprises de faire
en sorte que cette marge puisse être utilisée
pleinement pour l’emploi, pour l’investissement,
pour l’exportation.
Toutes les entreprises sont concernées (un
million et demi) dès lors qu’il y a un salarié,
toutes les entreprises de tous les secteurs. Nous
aurions pu chercher des distinctions et elles
pouvaient se justifier par rapport à celles qui
étaient confrontées à la concurrence
internationale et d’autres qui l’étaient moins ou
pas du tout. Nous avons voulu faire simple,
efficace, à condition qu’il y ait une mobilisation
générale.
Le coût du travail n’est pas le seul élément de la
compétitivité. La qualité, l’innovation – celle
que vous mettez en œuvre dans les entreprises
–, les compétences – celles des salariés – la
formation, constituent une dimension décisive
du redressement productif.
La conférence nationale de l’Industrie sera donc
prochainement réunie. Elle contribuera à
coordonner la mise en œuvre de notre stratégie
de filières. J’ai indiqué les principales : transition

énergétique, santé, nouvelles technologies. Voilà
ce que l’on pourrait appeler les filières d’avenir.
Mais je n’oublie pas les filières de toujours, pas
d’hier, pas simplement d’aujourd’hui, de
toujours : l’aéronautique pour laquelle nous
avons encore de grands espoirs et de grands
contrats ; l’automobile qui est un secteur majeur
pour notre industrie, pas simplement les
groupes que nous connaissons - PSA et Renault
-, mais tous les sous-traitants. Nous devons en
faire une priorité aussi nationale.
J’intègre également dans ces filières l’agriculture
qui, dans la diversité de ses modes de
production, est une force pour la France avec
une industrie agroalimentaire particulièrement
dynamique et c’est pourquoi elle fait partie
également du pacte de compétitivité et d’emploi.
Je m’attacherai, lors de la discussion sur le budget
européen, à ce que soit préservé la politique
agricole commune, non pas parce que ce serait
le patrimoine national que la France devrait, de
président en président, absolument sauvegarder
comme un drapeau que nous aurions à agiter.
Non ! Parce que la politique agricole commune,
dans ses deux piliers, c’est aussi un moyen de
conforter, à condition de bien utiliser les crédits,
l’élevage, une occupation raisonnable du
territoire et la valorisation de nos productions.
Plus largement, ma conviction pour redresser
la France, c’est d’investir davantage, investir dans
tous les domaines. D’abord, l’innovation,
l’innovation de rupture. Il s’agit de faire évoluer
la spécialisation de la France en renforçant nos
leaders sur des marchés stratégiques pour les
vingt prochaines années. Un budget dédié y sera
consacré. Les investissements qui préparent
l’avenir sont ceux qui rendent notre société plus
mobile, qui lèvent les obstacles à la croissance,
qui suppriment les freins à l’emploi et je voudrais
citer plusieurs exemples.
Un marché du travail dynamique a besoin de
mobilité – ici, tout le monde peut s’accorder sur
ce principe –, ce qui suppose une politique du
logement. Et donc nous avons comme objectif
de construire deux millions et demi de
logements sur la durée du quinquennat. Ce sera
difficile compte tenu de la conjoncture. Nous
devons y parvenir. J’ai demandé à la ministre du
Logement de réfléchir à la réduction des délais
de construction, à une meilleure efficacité des
dispositifs fiscaux, mais aussi à une mobilisation
des investisseurs institutionnels parce que nous
avons besoin que le prix du logement soit
maîtrisé, qu’il puisse y avoir une accession à la
propriété dans de bonnes conditions. Et si on
veut que les salariés puissent être mobiles – on
les incite à le faire –, qu’ils puissent trouver dans
de bonnes conditions un logement. Quand on
sait que beaucoup de jeunes fonctionnaires ne
peuvent pas parfois répondre à l’emploi qui leur
est proposé faute de pouvoir trouver un
logement - je pense aux enseignants -.
Deuxième exemple, le numérique. La France
devra être couverte en très haut débit dans les
dix ans. C’est un champ d’action considérable.
D’abord, pour les entreprises technologiques
concernées. C’est un enjeu pour notre pays en
termes d’égalité de tous sur le territoire et c’est
aussi une obligation pour l’attractivité de notre
pays.
Enfin la mobilité, c’est une société où les
transports sont facilités. Nous avons des

Les Annonces de la Seine - jeudi 31 janvier 2013 - numéro 8

Vœux
infrastructures publiques, privées qui nous
permettent d’améliorer les transports au
quotidien – on peut parler de l’Île-de-France –,
mais également de fixer de grandes priorités
pour des travaux publics avec des financements
adaptés. C’est toujours ainsi que notre pays a
avancé, par l’investissement, a progressé, par la
mobilisation de ses acteurs et également en
faisant de grands choix industriels qui ont pu
paraître au départ risqués et qui se sont trouvés
confortés par la réalité. Sauf que ce n’est plus
l’État seul qui peut en décider, c’est l’ensemble
des acteurs économiques.
Voilà pourquoi, Mesdames et Messieurs, la
France doit et peut réussir. Elle a besoin
néanmoins d’une volonté – c’est la nôtre –, d’un
engagement, de la solidarité de tous. Je veux
dire par là de toutes ses institutions, sûrement,
de toutes ses entreprises, nécessairement, des
organisations professionnelles, syndicales qui
jouent leur rôle, de l’é conomie sociale et
solidaire sur laquelle nous pouvons nous

appuyer davantage. J’ai confiance dans les
ressources de notre pays. Nous les citons
souvent comme pour penser que nous avons
des atouts. Nous en avons – les savoir-faire
uniques au monde – et je les vérifie dans mes
déplacements. Partout où je défends autant que
je peux les entreprises françaises dans le cadre
des grands contrats, même si je ne peux pas être
un agent commercial, ce n’est pas mon rôle et
ce n’est généralement pas le résultat qui est à la
hauteur de l’agitation. Mais chaque fois que
j’interviens sur ces sujets, on me parle toujours
de l’excellence technologique française mais on
me parle aussi du défaut de commercialisation,
de présence, de soutien, de formation, de
partage de la technologie. Donc nous devons
faire un effort dans cette direction car nous
avons des produits d’excellence, un patrimoine
incomparable, des industries dans des domaines
variés, une grande capacité d’innovation, des
chercheurs qui restent encore en France malgré
des niveaux de revenus qui n’ont rien à voir avec
ceux des traders et qui ne demandent pas de

bonus mais simplement la confiance qu’on doit
porter en eux. Et puis je pense que nous avons
les ressources que vous représentez aujourd’hui :
des acteurs économiques et sociaux, des
entrepreneurs qui font des choix risqués pour
eux-mêmes, pour leur patrimoine, des salariés
qui font tout ce qu’ils peuvent pour améliorer
autant qu’il est possible l’efficacité de leur
entreprise, qui sont toujours prêts à se mobiliser.
Alors, au-delà de nos différences – il y en a –,
au-delà de ce qui peut, un moment, vous
séparer- ce qui compte - c’est le rassemblement,
le rassemblement sur l’essentiel qui est notre
meilleur atout. Car la force d’un pays, c’est sa
vitalité. Nous avons une vitalité - vitalité
démographique unique en Europe, vitalité
intellectuelle, culturelle, vitalité économique,
j’en suis sûr -.
Alors je fais confiance aux forces vives que vous
êtes pour que vive la France.
2013-088

Vœux des Présidents du Conseil Supérieur
du Notariat et de la Chambre des Notaires
aux hautes personnalités
Paris, Musée du Louvre - 15 janvier 2013

Entente et dialogue
par Christian Bénasse

J

ean Tarrade et moi-même allons solliciter
votre attention quelques courts instants
pour vous présenter nos vœux.
Je voudrais, au nom de la Compagnie des
Notaires de Paris, remercier tous ceux qui ont
accepté notre invitation, et leur dire combien
nous apprécions de pouvoir les rencontrer en
ce moment privilégié de dialogue.
Notre présence au sein de ce magnifique
département des Arts de l’Islam, inauguré le
22  septembre dernier, est l’opportunité de
découvrir un patrimoine architectural, culturel,
artistique, et un témoignage de civilisation qui
est infiniment varié et riche. Ce patrimoine est
en lui-même un condensé de l’humanité. Ce
sera l’occasion pour beaucoup de mettre fin à
plusieurs clichés injustes ou inadaptés qui
circulent sur l’Islam. Ce sera l’occasion pour tout
dire de « dévoiler » l’apport de cette religion.
Les Notaires seront pourtant probablement
moins surpris que les autres, et notamment

ceux d’entre nous qui se sont engagés depuis
plusieurs années dans une action de partenariat
avec les notariats des différents pays
appartenant au monde musulman.
Notre collaboration, qui s’intensifie depuis
plusieurs années, prend en compte les systèmes
juridiques de chaque pays et de chaque culture.
Il ne peut en être autrement s’agissant des pays
musulmans du fait des particularités de leur
droit, et notamment de leur droit de la famille,
largement intégré dans ce qu’il est convenu
d’appeler le droit coranique alors que notre droit
civil est par essence un droit laïc.
Nous étions à Alger en novembre et à Rabat en
décembre, invités de nos confrères marocains,
alors que notre Premier Ministre venait d’y
achever une importante visite d’Etat.
La prise en considération de nos importantes
et parfois fondamentales différences n’a pas nui
au dialogue qui s’est instauré entre les deux
bords de la Méditerranée. Nous avons pu
apprécier combien l’influence du droit français,
plus largement du droit écrit, est grande dans
les pays musulmans, parce qu’elle est le fruit de
l’attachement à la culture française. Nous savons
également que parmi les sources du droit
musulman, qui peuvent faciliter son évolution,

il y a la raison humaine en partie fondée sur ce
qui est appelé le consensus des juristes. Raison
de plus pour établir des ponts entre nos
systèmes juridiques, qui se rapprocheront au
fur et à mesure que coopéreront les hommes
et les femmes qui en sont les sujets. Ce processus
ne peut être solide que sur la base du respect et
de la connaissance de nos cultures respectives,
de nos croyances et de nos traditions.
Nous qui sommes, par la nature de notre
fonction, proches des particuliers, nous
continuerons à apporter notre pierre à l’édifice
en partant de leurs besoins et de leurs
aspirations, et en établissant dans nos contrats
des partenariats stables et équilibrés entre
hommes relevant de systèmes juridiques
différents.
Nul doute que la meilleure connaissance que
nous pourrons avoir de l’Islam au travers des
collections que nous vous invitons à découvrir,
nous permettra de progresser dans ce sens.
Et tel sera le sens des vœux que je formulerai,
vœux de santé et de prospérité bien
évidemment, mais aussi vœux d’entente et de
dialogue. Comme l’a dit il y a près de 1 000 ans
le grand écrivain Omar Khayyâm, «  Sois
heureux en cet instant. Cet instant c’est ta vie ».

Les Annonces de la Seine - jeudi 31 janvier 2013 - numéro 8

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Vœux

Photo © Jean-René Tancrède - Téléphone : 01.42.60.36.35

Jean Tarrade et Christian Bénasse

Le rayonnement du
droit dans le monde
par Jean Tarrade

J

e vous remercie d’avoir répondu à notre
invitation conjointe en ce lieu magique où
la culture se mêle à l’Histoire, puisque le
Musée du Louvre –l’un des plus grands et
des plus prestigieux au monde- est lui-même
un monument de l’histoire de notre pays.
Depuis Philippe Auguste qui édifia ici son palais
royal en 1190, chaque souverain a voulu laisser
sa trace : François 1er, Henri IV, Louis XIII, Louis
XIV (qui en fit le premier dépôt d’œuvres
appartenant à la Couronne), enrichi par Louis
XV et Louis XVI, devenu Muséum Central des
Arts de la République sous la Révolution,
portant la marque de Napoléon Ier , de Louis
XVIII, de Charles X, de Louis-Philippe, de
Napoléon III, enrichi encore sous la Troisième
République puis, plus récemment par un
président de la Vème République qui y fit édifier
une célèbre pyramide de verre…
Un de mes prédécesseurs – parisien - au Conseil
Supérieur avait lors de son mandat fait faire
l’acquisition pour le compte de notre instance
nationale d’un bureau plat d’époque Louis XV.
Ce meuble de belle facture est signé Pierre
Migeon, ébéniste du roi, et lointain ancêtre de
Gaston Migeon; celui-là même qui a été, avec
d’autres conservateurs, à l’origine des collections
nationales de l’art de l’islam que le notariat est
heureux de vous faire découvrir dans ces
nouvelles salles ouvertes depuis le mois de
septembre dernier.
L’aile de libellule due au crayon talentueux de
Rudy Ricciotti et Mario Bellini, au creux de la
cour Visconti, abrite ainsi désormais les trésors

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de la Baronne Delort de Gléon comme ceux du
comte Chandon de Briailles.
Dans ce nouvel espace, véritable «  écrin
surmonté par une couverture de verre dorée et
tissée d’un fin réseau métallique ondulant » est
exposée selon l’expression de Monsieur
Henri Loyrette « la part lumineuse d’une grande
civilisation ».
Car on peut en effet parler de civilisation de
l’Islam si l’on peut appeler civilisation le
rayonnement d’une pensée collective qui fait fi
des frontières et du temps.
La civilisation de l’Islam s’est étendue sur trois
continents, de l’Espagne à l’Inde en passant par
l’Iran et nous sommes invités ce soir à
redécouvrir mille deux cents ans de son histoire.
Aux yeux du profane que je suis, l’art de l’islam
a de particulier qu’il s’identifie aisément, sans
que son caractère homogène affecte son
incroyable diversité.
Les arts musulmans ont essaimé partout
comme ils ont marqué l’art occidental, au point
que les deux sont intimement liés à notre
imaginaire et réussissent la gageure de nous
apparaître exotiques tout en nous étant très
proches.
Ce sont les conquêtes de l’extrême fin du
XVIIIème siècle qui ont permis cette proximité,
depuis l’expédition d’Egypte jusqu’au triomphe
de l’ambition britannique aux Indes.
L’Egypte, l’Inde, deux pays de haute civilisation
qui ont adopté le droit anglo-saxon et qui
pourtant aujourd’hui regardent d’un autre côté.
Car comme l’art, le droit est un élément de la
civilisation.
Qu’a donc de si attrayant ce droit écrit, déjà
pratiqué par 82  pays dans le monde,
représentant les deux tiers de la population
mondiale et quinze pays du G 20 ?
Ce droit revisité en France par le législateur
révolutionnaire.

Qu’a-t-il de si moderne, ce droit adapté par
excellence au caractère universel de la pensée
comme on pourrait le dire en paraphrasant le
général de Gaulle ?
Y aurait-t-il donc dans ce droit de la preuve,
pierre angulaire du droit écrit, dans cette
conception de la délégation de l’autorité de
l’Etat, la réponse la plus actuelle aux difficultés
du monde d’aujourd’hui ?
Celles des pays riches accablés par leurs dettes
et qui trouvent dans le recours à des officiers
publics un moyen d’assurer un service public
sans coût pour les dépenses de la collectivité
nationale ?
Celles des pays pauvres qui trouvent dans la
maîtrise du foncier, dans le droit de propriété,
dans la généralisation de l’état civil les voies de
leur développement ?
Il reste que la Russie rénove son code civil et
s’appuie sur le corps de ses officiers publics pour
lutter contre le blanchiment.
Il reste que la Chine a adopté le système notarial,
que le Vietnam va bientôt rejoindre notre Union
internationale, que la Corée frappe à la porte.
Il reste que le Maghreb habitué au système des
adouls a développé un notariat actif que
l’Afrique francophone connait de longue date.
Et il se trouve que le notariat français a signé
depuis de nombreuses années des accords de
coopération avec la Russie, la Chine, le Vietnam,
l’Algérie et le Maroc et qu’il soutient les efforts
des africains au sein du droit OHADA que les
anglo-saxons voudraient investir.
Il y aurait beaucoup à dire et d’abord saluer la
contribution de l’Etat et de la chancellerie pour
appuyer cet effort de reconnaissance du droit
écrit partout dans le monde.

Les Annonces de la Seine - jeudi 31 janvier 2013 - numéro 8

2013-089

Vœux

Vœux du Président du Sénat
aux Hautes Personnalités
Paris - 15 janvier 2013

Photo © Jean-René Tancrède - Téléphone : 01.42.60.36.35

Jean-Pierre Bel

Conjuguer le respect
mutuel avec recherche
de l’intérêt général
par Jean-Pierre Bel

elon une tradition bien ancrée dans
notre République, nous pouvons tous le
constater, je suis particulièrement
heureux de vous retrouver pour vous
souhaiter une belle année 2013.
(…)
Lorsque pour la première fois, je vous ai
présenté mes vœux, notre assemblée venait de
vivre la première véritable alternance de son
existence. Celle-ci avait suscité un intérêt très
fort. Disons-le peut-être, une forme de curiosité.
On pouvait percevoir et c’est bien normal, pour
les uns quelques appréhensions, pour les autres
beaucoup d’espoirs.
L'espoir, il nous appartenait de le faire vivre, et
les inquiétudes, bien sûr de les lever, d'assurer,
dans les meilleures conditions, ce que nous
avions appelé la transition républicaine.
Chacun je crois s’accorde à le dire, nous avons

S

réussi, le Sénat est resté ce qu’il était pour la
courtoisie et l’état d’esprit qui règne dans ses
instances.
Nous avons mis en place une gouvernance
respectueuse de toutes les sensibilités. Les
décisions du Bureau relatives à la vie et à
l’organisation du Sénat sont prises dans le plus
grand consensus, y compris lors du
renouvellement récent des femmes et des
hommes appelés à diriger l’administration de
notre assemblée et qui sont toujours de grande
qualité.
J’éprouve à cette occasion toujours le même
sentiment, dans ce magnifique salon Boffrand :
c’est un moment, certes solennel, mais aussi un
moment rare où, même si cela peut ne durer
que quelques minutes, le temps semble presque
suspendu, nous offrant une certaine distance,
une parenthèse pour nous permettre de donner
du sens à notre action.
Il y a un an, mes propos anticipaient sur les
grands rendez-vous qui allaient suivre tout au
long de l’année 2012.
Nous avions, ici, donné le signal du changement.
D’autres changements, de la plus haute
importance, allaient suivre, avec l’élection de
François Hollande à la Présidence de la

République, la formation d’un nouveau
Gouvernement, le vôtre Monsieur le Premier
Ministre, l’élection d’une nouvelle majorité à
l’Assemblée Nationale, en  2012. Qu’on s’en
félicite ou qu’on le regrette, notre pays a, alors,
clairement opté pour un cap différent, dans un
contexte économique, social et financier parmi
les plus difficiles depuis la fin de la Seconde
Guerre mondiale.
Dans cette période, pour ce qui me concerne,
j’ai beaucoup apprécié le renouveau dans la
méthode, une approche des grands sujets qui
passe par la concertation, la volonté de
reconstruire des relations de confiance et de
dialogue.
Nos concitoyens réclament ce climat
d’apaisement, dans un monde, on le voit bien,
porteur de lourdes tensions, souvent même de
menaces.
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
vous êtes venus très nombreux ce soir et je veux
vous en remercier avec beaucoup de sincérité
et de chaleur.
Votre présence parmi nous fait honneur, tout
d’abord, à la Haute Assemblée mais elle
témoigne aussi du rôle particulier que celle-ci

Les Annonces de la Seine - jeudi 31 janvier 2013 - numéro 8

11

Vœux
joue dans l’action internationale qui est
aujourd’hui un élément clef de notre avenir.
Le Sénat a développé une expertise reconnue
en matière internationale. Au fil des ans, il a mis
ce savoir-faire au service de la paix et de la
démocratie, en soutien aux initiatives de la
diplomatie française. Dès mon élection, j’ai
souhaité poursuivre et amplifier la politique
d’ouverture sur le monde engagée par mes
prédécesseurs que je salue.
C’est ainsi que j’ai reçu ici de nombreuses
personnalités internationales : chefs d’Etats et
de Gouvernements, Présidents d’Assemblées,
Prix Nobel. En accueillant notamment les
Présidentes du Costa Rica, du Brésil, et le
Président du Pérou, j’ai pu mesurer l’importance
que ces dirigeants attachent à un dialogue direct
avec les parlementaires. Je compte approfondir
ces échanges, car je souhaite donner corps à la
résolution unanime du Sénat pour relancer
notre coopération avec le continent sudaméricain. J’espère que le Gouvernement
relaiera notre volonté d’instituer une journée
de l’Amérique latine.
Plus encore qu’ailleurs, le dialogue entre les deux
rives de la Méditerranée me tient à cœur, pour
que vive l’espoir soulevé par les printemps
arabes. Je me suis donc rendu en Tunisie pour
marquer le soutien du Sénat à la transition
démocratique dans ce pays.
J'ai proposé lors de ma visite à Rabat la
constitution d'un forum parlementaire francomarocain. En 2013, j’espère pouvoir me rendre
en Algérie, où la visite du Président de la
République a marqué une nouvelle étape dans
nos relations.
A chacun de mes déplacements à l’étranger, je
rappelle l’attachement du Sénat aux valeurs de
liberté et de dialogue qui fondent notre
démocratie parlementaire.
Vous l’aurez compris, ma conviction est que
partout, le Sénat peut contribuer à diffuser cette
culture du respect et de la responsabilité qui
nous est chère. C’est le sens de l’engagement des
Sénateurs et des Sénatrices en faveur des droits
de l’homme, dans la tradition d’un Sénat
protecteur des libertés. Je pense à la campagne
pour l’abolition universelle de la peine de mort,
au soutien adressé à Malala, jeune pakistanaise
victime des Talibans pour avoir demandé le
droit à l’éducation pour les filles.
Par son activité législative, le Sénat peut appuyer
ces combats.
Je souhaite ainsi que la proposition de loi
déposée au Sénat pour assurer une meilleure
transposition dans notre droit du Traité de
Rome instituant la Cour pénale internationale
soit rapidement discutée. Alors que le drame
du peuple syrien et ses 60 000 morts heurtent
nos consciences, ce serait un signal fort : c’est
par la coopération internationale, y compris en
matière de Justice pénale, que nous pourrons
empêcher qu’une telle tragédie reste impunie.
Ces événements tragiques survenus en Syrie,
au Mali, ou encore récemment au Kivu, doivent
nous rappeler le privilège qui est le nôtre : vivre
dans une Europe en paix depuis près de 70 ans.
Nous devons cet héritage, salué par l’attribution
à l’Union européenne du prix Nobel de la
Paix 2012, à ceux qui nous ont précédés ; à tous
ceux qui, au sortir du chaos de la Seconde

12

Guerre mondiale, ont compris que l’intérêt des
peuples était de s’unir pour construire un avenir
commun. Dès le 22 janvier, comme le fera mon
collègue de l'Assemblée Nationale, je conduirai
d’ailleurs une délégation de notre Assemblée à
Berlin pour commémorer le cinquantenaire du
traité de l’Élysée.
Le continent européen est un espace de paix,
de liberté et de démocratie. Mais il est traversé
ces dernières années par une crise, une crise
profonde, économique, financière mais aussi
morale. Il s’interroge sur son destin.
Au début de l’année dernière, nous avons craint
le pire : l’effondrement du système bancaire,
l’éclatement de la zone euro, le blocage du projet
européen.
Pour l’Europe, une réorientation s’imposait afin
de remettre la croissance et la solidarité au
centre du débat. Le Président de la République
l’a obtenue en juin dernier.
Pour la France, les Français ont fait le choix d’un
programme et d’une méthode : le redressement
du pays dans la Justice, la confiance et le
dialogue qui vous tient tant à cœur, Monsieur
le Premier Ministre.
Certes, il y a des impatiences. Bien sûr, il y a de
l’inquiétude. La crise est là. Le chômage
augmente depuis dix-neuf mois. La tâche est
immense, elle est complexe.
Face à l’intensité de cette crise, nos concitoyens
peuvent être gagnés par le doute.
Mais, disait Jaurès « C’est à nous de fatiguer le
doute du peuple par la persévérance de notre
dévouement ». La représentation nationale a
un rôle éminent à jouer pour répondre aux
attentes et à l’espoir des Français.
Dès mon élection à la présidence du Sénat, j’ai
souhaité que notre assemblée engage des
changements profonds. Avec le Bureau et
l’ensemble des Sénateurs, nous avons entrepris
des réformes pour donner au Sénat un train de
vie plus sobre, favoriser le pluralisme, mieux
prendre en compte la diversité et bien sûr être
à l’écoute des collectivités territoriales.
Notre assemblée s’est mobilisée pour l’effort de
redressement des comptes publics : la dotation
qu’elle demande chaque année à l’État a été
réduite à mon arrivée, de sorte qu’elle est
aujourd’hui inférieure à celle de  2008. Les
économies ont été réalisées dans la
concertation.
Je sais que chacun partage, au Sénat, cette
volonté de travailler avec sérénité mais aussi
détermination à rendre notre institution plus
économe et donc plus efficace.
A partir de l’exercice 2013, la Cour des comptes
procédera directement à la certification des
comptes du Sénat. C’est une initiative que j’ai
prise il y a un an afin de mieux assurer la
transparence et la modernisation de notre
gestion. Je suis heureux que le Président de
l’Assemblée Nationale, dès son élection, y ait
adhéré.
La force du pluralisme sénatorial s’est exprimée
dans les nombreuses propositions de loi issues
de tous les groupes politiques et les très
nombreux travaux de contrôle conduits
en 2012, sur les agences de notation, sur l’évasion
fiscale, sur la réforme de la carte judiciaire ou
sur les droits des personnes handicapées. La
création de la commission du développement

durable mais aussi de la commission pour le
contrôle de l’application des lois a ainsi
fortement contribué à cette nouvelle montée
en puissance des activités de contrôle et
d’évaluation.
J’ai souhaité que le Sénat s’ouvre à la diversité et
prenne mieux en compte les spécificités des
collectivités ultramarines. A cette fin, nous
avons installé une Délégation à l’outre-mer,
présidée par Serge Larcher. Les travaux de cette
Délégation ont porté leurs fruits, tant en ce qui
concerne la lutte contre la vie chère que la
définition de la politique européenne de la
pêche. La délégation est désormais porteuse
d’une attention permanente pour les outre-mer,
qui doit se diffuser à tous nos travaux.
Représentant des collectivités territoriales, le
Sénat a été pleinement à l’écoute des élus de
tous les territoires en 2012. En organisant les
Etats Généraux de la Démocratie Territoriale
j’ai souhaité leur rendre la parole et redonner
du souffle à la démocratie territoriale. Cette
initiative a été un succès, grâce à la mobilisation
de tous : des Maires, des Elus, des Sénateurs
mais aussi, et je veux vraiment les en remercier,
de l’ensemble des personnels du Sénat qui ont
assuré la bonne organisation de nos travaux.
A la fin du mois de janvier, le Sénat discutera
de deux nouvelles propositions de loi issues de
ces échanges, sur les normes et sur les
conditions d’exercice des mandats électifs.
Mesdames, Messieurs, il ne m’a pas échappé, et
à vous non plus me semble-t-il, que les votes du
Sénat, en particulier au cours des derniers mois,
avaient suscité de nombreux commentaires et
même des interrogations.
C’est que la réalité ne se résume pas à certains
schémas préétablis. La vie du Sénat depuis le
mois de juin 2012 ne peut être comprise sans
un certain effort de « pensée complexe », pour
reprendre les mots d’Edgar Morin.
L’observateur peu averti pourrait ne retenir de
la chronique des dernières semaines de 2012
que le rejet de certains textes. Alors, bien sûr, le
Sénat n’a pas apporté, pour les textes budgétaires
en particulier, des réponses conformes à ce que
pouvait attendre le gouvernement.
Il n’en a pas moins adopté, depuis
septembre 2012, trois-quarts des textes qui lui
ont été soumis. Si l’on ne retient que les projets
de loi, il en a adopté 10 sur 14.
Vous le savez, Monsieur le Premier Ministre,
cher Jean-Marc Ayrault, des circonstances
particulières liées à la vie politique nationale,
aux choix politiques de certaines formations,
et c'est bien leur droit, ont pu conduire au rejet
de certains textes. Notre assemblée se trouve
en effet dans une situation jusque-là inédite.
Les grands électeurs ont porté au Sénat une
majorité de gauche, cela ne fait aucun doute,
j'en suis presque l'incarnation. Cette majorité
est diverse. Elle fait plus que jamais du Sénat un
lieu d’expression du débat démocratique. Elle
n’a pas, aujourd’hui, les contours exacts de la
majorité gouvernementale. Pour autant, les
majorités de rejet qui sont apparues ne sont ni
cohérentes entre elles, ni durables, j'en reste
persuadé.
Le Sénat a souvent cultivé son goût pour la
différence, y compris dans le fait majoritaire.
On ne l'a pour autant jamais considéré comme
particulièrement affaibli.
Cela ne doit pas dispenser chacun d’assumer
ses responsabilités face aux choix qui s’imposent

Les Annonces de la Seine - jeudi 31 janvier 2013 - numéro 8

Vœux
à nous, dans la situation que nous connaissons,
confrontés à l’impérieuse nécessité de redresser
le pays et de réduire les inégalités.
Ne nous y trompons pas. Nos concitoyens
observent avec attention le fonctionnement de
leurs institutions. Le bicamérisme est une
garantie de débat démocratique. Il doit le rester
et il nous faut pour cela, agir en responsabilité.
C’est donc sur chaque texte que les partenaires
de la majorité sénatoriale, sans oublier le
Gouvernement, doivent chercher à construire
des consensus.
Alors que pouvons-nous espérer de 2013 ?
Pour ma part, je souhaite que 2013 soit une
année d’unité, de courage et de réussite pour la
France.
D’unité et de courage car l’année 2013 s’annonce
très difficile, nous le savons. Le Président de la
République a toujours tenu un langage de vérité
à ce sujet. La priorité c’est l’emploi, l’urgence
c’est l’équilibre des finances publiques, parce
que comme l’é crivait Pierre MendèsFrance,
dont nous avons célébré le trentième
anniversaire de la disparition récemment, « le
désordre financier frappe d'abord les pauvres ».
Nous devons donc rétablir nos comptes publics,
non pour servir les intérêts des marchés
financiers, mais pour préserver notre modèle
social fondé sur la solidarité et l’égalité des droits.
Ces objectifs portent une ambition pour la
France : celle de dire non au déclin, de reprendre
notre destin en main, de renouer avec la
croissance et de redresser le pays.
Notre situation géographique, notre
démographie, notre jeunesse, nos équipements
sont autant d’atouts dans le nouvel ordre
économique mondial.
L’attractivité de nos territoires est aussi un atout
qu'il faut valoriser au mieux.
Dans ce domaine, le rôle des collectivités
territoriales est déterminant. Les collectivités,
je vais encore le rappeler, réalisent 70  % de
l’investissement public civil. Sachons leur faire
confiance.
Mais soyons également attentifs. Le
redressement devra s’appuyer sur une cohésion
sans faille de nos territoires. Jusqu’à présent, la
France a pu bénéficier de son système social
protecteur qui a freiné les effets immédiats les
plus brutaux de la crise.
Mais il faut être conscient que nous abordons
une période difficile qui porte une menace de
fracture territoriale. Il ne faut pas laisser se
creuser l’écart entre des espaces dynamiques et
des territoires industriels fragilisés par une crise
profonde. Face aux transformations en cours,
nous devons être à la fois solidaires et unis
autour des valeurs de notre modèle social, aussi
bien qu’offensifs et déterminés dans la
modernisation de notre économie.
Les pratiques de la génération née avec le
numérique vont faire émerger de nouveaux
modèles économiques. Cette mutation touche
particulièrement les secteurs de la presse et de
l'audiovisuel, représentés ici ce soir par les
journalistes que je veux saluer. Fortement
attaché à la liberté de la presse partout dans le
monde, le Sénat restera très attentif à ces
évolutions.

Enfin, je souhaite que 2013 réponde à l’attente
du pays pour l’instauration de nouveaux droits
et de la modernisation des institutions.
Au Parlement, vont venir en discussions des
projets importants ayant trait à la vie
personnelle et familiale de nos concitoyens.
Nous aurons à débattre de sujets sensibles tels
que le mariage pour tous et la prise en charge
de la dépendance et la fin de vie.
En matière pénale, il nous appartiendra de
mettre en place les moyens de prévenir la
récidive et de briser la spirale de la délinquance
dans laquelle certains se perdent de plus en plus
jeunes. Cela devra nous conduire à une
réflexion sur le rôle et sur l'état de nos prisons,
car la sanction pénale doit avoir un sens, non
seulement pour la société, mais aussi pour celui
qui la subit.
Nous aurons par ailleurs à examiner les textes
déterminants pour notre organisation
institutionnelle. Je veux parler de la réforme du
Conseil Supérieur de la Magistrature, qui
permettra de renforcer l’indépendance du
Parquet.
Je pense également, et vous me pardonnerez, à
la modernisation des modes de scrutin locaux
qui vient en débat au Sénat dès aujourd’hui.
Enfin, à la suite du rapport de la commission
présidée par Lionel Jospin, que je salue, il sera
question de la modernisation et de la
déontologie de la vie publique, dont je voudrais
évoquer deux aspects.
En matière de déontologie, le Sénat a publié sur
son site internet, dès le 30  juin  2012, les
déclarations d’activités et d’intérêts des
sénateurs. Notre assemblée poursuivra sa
démarche volontaire pour la prévention des
conflits d’intérêts.
Je pense en outre à la question du cumul entre
un mandat parlementaire et l’exercice de
fonctions exécutives locales. Celle-ci est en
débat depuis longtemps. Elle suscite les passions.
Vous connaissez mon attachement au
bicamérisme garant, selon moi, d’un meilleur
travail législatif. Mais un bicamérisme, cela veut
dire deux assemblées qui dialoguent et qui sont
écoutées.
En tant que Président du Sénat, mon premier
devoir est de faire en sorte que, dans nos débats,
chaque Sénatrice et chaque Sénateur puisse
s’exprimer librement. Je veillerai donc à ce que
le pluralisme soit scrupuleusement respecté et
à ce que nos travaux se déroulent dans un esprit
d'échange et d’ouverture.
La diversité des opinions ne doit pas être niée,
comment le pourrait-on, mais assumée et
expliquée. Elle fait la richesse du Parlement et
lui permet d’exprimer effectivement la volonté
générale.
Mesdames, Messieurs,
En conclusion, je voudrais vous dire toute la
fierté qui est la mienne de présider cette
assemblée.
La responsabilité que m’ont confiée mes
collègues est d’abord un honneur, car au cours
de son histoire, lors des débats qui ont amené
notre République sur les questions les plus
essentielles, le Sénat a su promouvoir et
défendre les libertés fondamentales. Le Sénat
républicain a accueilli entre autres Victor
Schœlcher, Hugo, Waldeck-Rousseau,

Clemenceau, pour ne parler que du passé
lointain. Être Président du Sénat est donc un
honneur, mais aussi un motif d’humilité.
Et pourtant, permettez-moi d'en manquer peutêtre un peu en me penchant un instant sur la
façon dont j'ai vécu ces quelques mois de
Présidence.
On a dit que j'étais pudique ; on me l'a même,
si j'ai bien compris, un peu reproché. Je vais
donc, quelques instants, et vous me le
pardonnerez, faire violence à ma propre nature
en vous livrant des sentiments personnels.
Il y a ceux qui pensent qu'il faudrait parler à tout
instant et sur tous les sujets … ce n'est pas ma
vision de l'action politique. Je crois, encore
aujourd'hui, que l'on ne doit pas parler pour tout
simplement faire du bruit, on doit parler lorsque
c'est utile, et si possible quand on a quelque
chose à dire.
Il y a ceux qui pensent que l'on pourrait
conduire le Sénat à la baguette pour éviter ce
qu'ils appellent des désordres, et se substituer
même aux Présidents de groupes… je pense
qu'ils connaissent mal la nature profonde du
Sénat.
Alors oui, je l'avoue, je continue à revendiquer
une forme de simplicité dans la mission qui est
la mienne aujourd'hui.
J'ai noté ce que disait un philosophe, André
Comte-Sponville, de la simplicité : « Etre simple,
c'est ne pas faire attention à soi, à son image, à
sa réputation, être sans ruse et sans secret…
Celui qui est simple n'a rien à prouver, puisqu'il
ne veut rien paraître, ni rien chercher, puisque
tout est là. Etre simple, ce n'est pas chercher la
petitesse. C'est refuser les fausses grandeurs ».
Alors, Mesdames et Messieurs, je veux bien
m'inscrire dans cette définition-là.
Voilà ce à quoi je me réfère : ne pas céder à l'air
du temps, ne pas s'exposer pour apparaitre, mais
s'exprimer au nom de l'institution pour la servir
au mieux, s'extraire du tourbillon médiatique
pour réfléchir et revenir à la vérité des choses,
pour faire les bons choix.
Cet état d’esprit est celui du Sénat, assemblée
qui préfère la réflexion à l’affrontement, ce qui
ne veut pas dire qu’elle redoute le combat
politique.
Ce fut celui de nos prédécesseurs pour
construire la République, c’est celui de ceux qui
résistent dans tous les pays contre l’injustice et
l’oppression. Ce combat est l’honneur de la
démocratie quand il conjugue le respect mutuel
avec la recherche de l'intérêt général.
Voilà les vœux que je forme pour 2013, voilà
mon espoir pour la France : une France apaisée,
rassemblée, solidaire et unie pour construire
une société forte de ses valeurs républicaines,
ouverte au monde et confiante en l’avenir.
Monsieur le Premier Ministre, mes Chers
Collègues, Mesdames et Messieurs, pour vousmêmes et pour tous les vôtres, bonne et
heureuse année 2013.

Les Annonces de la Seine - jeudi 31 janvier 2013 - numéro 8

2013-090

13

Vie du droit

Collège Européen de Résolution des Conflits
« Le juge judiciaire garant de l’arbitrage » - Paris, 30 janvier 2013
Hier, à la Première Chambre de la Cour d’Appel de Paris, Jean-Claude Magendie Président du Cercle Européen de Résolution des Conflits
et Jacques Degrandi, Premier Président de la Cour d’Appel de Paris accueillaient les participants à la Conférence Internationale qui
avait pour thème « Le juge judiciaire garant de l’arbitrage » autour de trois tables rondes animées par Didier Ferrier Président d’honneur
du Cercle Européen de Résolution des Conflits. De brillants orateurs se sont succédés à la tribune pour aborder les sujets suivants : «La
convention : stratégie et limites » (Gérard Lancner, Christine Guerrier, Thierry Bellot et Jean-Noël Acquaviva), « L’arbitre : confiance et
indépendance » (Emmanuel Jolivet, Philippe Neau-Leduc et Magali Bouvier) et « La sentence : élaboration et contestation » (Philippe
Delebecque, Frédéric Fournier et Jean-Pierre Ancel).
Jean-René Tancrède

Photo © Jean-René Tancrède - Téléphone : 01.42.60.36.35

Jean-Claude Magendie et Jacques Degrandi

Le juge auxiliaire
du tribunal arbitral
par Jacques Degrandi

e premier Président Jean-Claude
Magendie, auquel je succède et avec
lequel vous avez noué des liens
fructueux dont je me réjouis, le
Bâtonnier Mario Stasi, qui présidait alors le
Collège Européen de Résolution des conflits, et
le professeur Didier Ferrier, que j’ai le plaisir de
côtoyer depuis l’organisation en 2008 d’une
conférence sur le thème « Arbitrage, médiation,
tradition et modernité », m’ont demandé au
mois de septembre 2012 de recevoir dans cette
salle prestigieuse, le colloque qui nous réunit ce
soir. Il m’incombe de l’ouvrir mais je ne voudrais
pas le faire sans évoquer un bref instant la
mémoire de Mario Stasi, cet homme dont le
talent l’a porté à la tête du plus grand Barreau
de France et dont la pudeur et le courage l’ont
conduit à mener, jusqu’à son dernier souffle, des
projets, en particulier celui-ci, sans qu’il fasse en
aucune circonstance la moindre allusion à la
grave maladie qui le rongeait. Cette exemplarité
m’impressionne et m’inspire, comme j’imagine
à la plupart d’entre vous, beaucoup de

L

14

considération et de respect. C’est avec la grande
tristesse que suscite sa disparition que je lui
rends ce modeste hommage.
Comme vous le savez, je suis de ceux qui
considèrent que l’arbitrage constitue un mode
alternatif de règlement des conflits
particulièrement adapté au monde des affaires.
Il repose sur le socle solide d’une histoire
ancienne. Il s’est développé pour répondre à des
préoccupations de rapidité, de souplesse,
d’efficacité et souvent de confidentialité que
n’assuraient pas systématiquement les systèmes
juridictionnels institutionnels. Il s’est aussi agi de
satisfaire la volonté des opérateurs d’obtenir, dans
le cadre d’un processus sécurisé et crédible, des
décisions revêtues de la même force que les
jugements rendus par les institutions judiciaires.
L’arbitrage est donc resté une procédure
juridictionnelle ménageant l’intervention du juge
étatique à tous les stades de son déroulement.
Alors qu’on aurait pu, de prime abord,
s’inquiéter au regard de leurs missions
respectives, de l’intrusion du Juge dans la
procédure devant conduire à la solution d’un
différend confié par les parties à une formation
arbitrale, et prédire de ce fait l’é chec de
l’arbitrage, on a assisté au contraire au
développement d’un droit singulier qui réserve
au Juge une place originale dans une
architecture composite, mélange savant

d’intérêts marchands, de liberté des parties et
de technicité affirmée.
L’intervention judiciaire, bien dosée, a donné à
l’arbitrage une texture rassurante. Clé de voûte
de l’édifice tant au niveau de la convention
d’arbitrage, du tribunal arbitral et de la sentence,
le Juge français intervient lors des différentes
phases de l’arbitrage dans un souci de rendre
efficient le recours à l’arbitre, de consolider la
procédure et d’assurer son efficacité. C’est la « la
marque de fabrique » du droit français de
l’arbitrage. C’est à ce titre que l’on peut dire que
le Juge est en quelque sorte l’« auxiliaire » du
tribunal arbitral. Il est la sentinelle d’une
conduite de l’arbitrage conforme aux principes
généraux du procès équitable. Il s’assure du
respect des droits fondamentaux des parties,
de la contradiction et du statut de l'arbitre pour
que la Justice arbitrale soit reconnue et acceptée.
Cela dit, il est aussi garant de la liberté attachée
à la nature contractuelle de la clause
compromissoire ou du compromis qui, je le
rappelle est autonome par rapport au contrat
principal dont l’éventuelle nullité est donc sans
effet sur sa propre validité. Ce fondement
contractuel, sous les conditions habituelles de
formation des contrats tenant à la capacité et
au consentement, autorise les parties à désigner
les personnes qu'elles investissent de la mission
de trancher leur différend, à choisir la loi
applicable, le cas échéant la procédure, le lieu
de l’arbitrage, et j’en passe. Le principe
« compétence-compétence », création du Juge
étatique qui donne au Tribunal arbitral
compétence pour statuer sur sa propre
compétence, évite au Juge étatique d’interférer
dans l'instance arbitrale. A vrai dire, le Juge
sécurise toute la chaîne de la procédure en ayant
eu et en ayant encore l’intelligence de laisser
suffisamment de champ à l’arbitrage, au point
de valider le plus souvent les clauses
compromissoires ou les compromis
pathologiques, d’admettre l’arbitralité du plus
grand nombre de conflits, de favoriser la
transmissibilité de la convention d’arbitrage, de
restreindre sensiblement les causes d’annulation
des sentences, de laisser libre court au choix de
la loi et de la procédure applicable.
Le crédit de l’arbitrage reposant aussi sur la
confiance que les parties doivent avoir dans les
arbitres, ces derniers sont par ailleurs soumis à
des règles d'indépendance strictes vis à vis des
parties, ainsi qu'aux cas de récusation prévus
pour les Magistrats, ce qui renforce le caractère
juridictionnel de la Justice arbitrale et conforte
sa dimension éthique. C’est au Juge de s’assurer
que l’arbitre s’est soumis, sans restriction, à

Les Annonces de la Seine - jeudi 31 janvier 2013 - numéro 8

Vie du droit
l’obligation de révélation de tous liens d’intérêt
ne présentant pas un caractère notoire, liens
susceptibles de faire naître dans l’esprit d’une
partie un « doute raisonnable » sur son
indépendance et son impartialité selon les
termes de la Cour de cassation.
Enfin, au stade da la sentence, le Juge vérifie que
les arbitres ont été régulièrement investis, se
sont conformés à leur mission, ont observé les
principes directeurs du procès et notamment
le principe de la contradiction et n’ont pas
méconnu l’ordre public.
Les arbitres doivent donc être particulièrement
attentifs dans la phase d’instruction et de
jugement du différend dont ils sont saisis, puis
dans l’élaboration et la rédaction de leur
sentence qui doit en rendre compte, à la mise
en œuvre de ces principes afin d’é viter tout
risque de contestation future. Ce sont, en effet,
des causes fréquentes de contentieux. Le rôle
des institutions d’arbitrage dans le choix des
arbitres et dans le traitement des contestations
élevées en cours de procédures est à cet égard
essentiel. Il doit permettre de promouvoir un

Le juge étatique
face au déroulement
de l’arbitrage
par Jean-Claude Magendie

e CERC fête ses 10 ans et je remercie le
Premier Président Jacques Degrandi
d’avoir bien voulu nous accueillir à cette
occasion dans ses murs, dans cette
Grand’Chambre de la Cour d’Appel de Paris que
je retrouve non sans émotion.

L

Le Premier Président répondait à la sollicitation
de Mario Stasi qui souhaitait par le choix
symbolique de ce lieu, que soit souligné de lien
entre la justice étatique et l’arbitrage ; c’est ce
lien qui constitue précisément le thème de notre
colloque.
Mario Stasi ! Son ombre plane sur notre
assemblée.
Chacun se souvient de son regard rieur qui
exprimait tout à la fois son intelligence, sa bonté
mais aussi la fermeté de sa résolution.
Chacun se souvient du ton malicieux de sa voix,
de son rire communicatif.
Ce sont cette voix, ce regard, bref cette présence,
qui nous manquent ce soir.
J’avais fait la connaissance de Mario Stasi alors
que je présidais le Tribunal de grande instance
de Paris. Il m’avait demandé de l’accompagner
dans plusieurs voyages qu’il effectuait en Afrique
dans le cadre de la Conférence Internationale
des Barreaux (C.I.B.). La C.I.B, de tradition
juridique commune, constituait pour lui l’outil
précieux de son engagement pour les Droits de
l’Homme qui n’existent pas sans une défense
reconnue et respectée.
Ses déplacements soigneusement organisés,
étaient l’occasion de rencontres parfois discrètes,
parfois officielles, mais toujours d’une
redoutable efficacité.

environnement sûr pour les opérateurs
internationaux qui choisissent volontiers une
institution d'arbitrage en France ou qui décident
que la sentence sera rendue en France, le plus
souvent à Paris. Dans un contexte économique
international en crise, il faut absolument
préserver l’économie d’une procédure qui a fait
ses preuves et qui repose sur des arbitrages de
qualité et des arbitres bien formés. Il faut donc
prendre garde aux fragilités de l’arbitrage.
L’expérience récente révèle en effet que
certaines parties ne jouent plus le jeu de leur
engagement contractuel et complexifient la
procédure d’arbitrage en jouant sur les
procédures judiciaires pour en retarder l’issue
le plus possible lorsqu’elles en pressentent la
défaveur. Elles commencent donc par refuser
de désigner leur arbitre, s’y résignent lorsqu’elles
sont enjointes de le faire par le Juge d’appui,
forment un appel nullité purement dilatoire,
n’hésitant pas, le cas échéant, à se pourvoir en
cassation en ayant parfaitement conscience que
c’est en pure perte. Il est également possible de
noter la mise en œuvre de plus en plus fréquente
de la responsabilité civile des arbitres sur des

bases qui manquent souvent de solidité. Il faut
prendre garde à cette évolution et convaincre
sans cesse de ce que les manœuvres de nature
à rapprocher les délais de l’arbitrage de ceux des
procédures institutionnelles ou à dissuader des
professionnels de qualité de s’engager dans
l’arbitrage, sont de nature à l’affaiblir très
sensiblement, alors surtout que la place de Paris
est fortement concurrencée, nous le savons
tous, par d’autres places européennes tout aussi
talentueuses. Il appartient la encore au Juge
étatique de déjouer le plus possible les effets de
telles dérives en accélérant le traitement des
procédures concernées et en sanctionnant
autant que faire ce peu les abus qu’elles révèlent.
D’où l’utilité des échanges, des débats, de la
confrontation des points de vue de
professionnels pluridisciplinaires pour préserver
l’efficacité du droit et le respect des principes
d’une justice arbitrale de qualité. Nul doute que
les travaux du Collège Européen de Résolution
des conflits contribuent à la réalisation de tels
objectifs et à la définition ainsi qu’à la renommée
internationale de bonnes pratiques sur la place
de Paris.

Il fallait voir l’amitié, l’affection même dont il
jouissait auprès de ses confrères étrangers, du
respect que lui témoignaient les Hautes
Personnalités des pays d’accueil, même s’il leur
causait quelques tracas !
Il n’était pas seulement le Président de la C.I.B.,
mais l’incarnation du droit confondu avec le
bien et le juste.
La richesse du réseau qu’il avait patiemment
tissé à l’étranger permet de mieux comprendre
l’efficacité de ce Bâtonnier missionnaire qui
savait ce qu’il voulait et qui, armé de ses
principes humanistes, entendait bien parvenir
à ses fins.
La longue fréquentation de Mario Stasi, dans
les moments privilégiés que sont les voyages
lointains, m’a permis de mieux appréhender la
richesse de sa personnalité dont les traits
marquants ont été soulignés dans les nombreux
hommages qui lui ont été rendus :
l’enthousiasme et la fraicheur de la jeunesse
n’avaient jamais quitté cet éternel adolescent ;
il aimait trop la vie pour se résigner au malheur
des autres, la bonté lui dictait son combat pour
la justice, pour plus de fraternité, pour plus de
dignité. Ses atouts étaient la passion du droit, la
magie de la parole, la force de sa détermination.
Comment mieux manifester notre fidélité à
Mario Stasi que de poursuivre son œuvre au
sein du CERC, en respectant l’esprit da sa
démarche.
Il concevait notre Collège avant tout comme
un outil de promotion des Modes Alternatifs
de Règlement des Litiges- arbitrage et médiation
- et nullement comme l’instrument d’une
démarche mercenaire ou mercantile.
Lors de l’Assemblée Générale de l’an dernier, il
avait expliqué comment il souhaitait se servir
de la grande diversité des organismes d’arbitrage
présents à Paris, pour enrichir la réflexion
commune au travers de l’étude des conceptions
et des organisations concurrentes.
La perspicacité de sa démarche a fait des émules.
C’est tant mieux ! Je me devais seulement de
rappeler ses droits de paternité intellectuelle !

La même vision généreuse avait conduit Mario
Stasi à poursuivre et amplifier la démarche
européenne et internationale du CERC. C’est
ainsi que le CERC a aidé à la création de la Cour
Européenne méditerranéenne d’Arbitrage, dont
je salue les représentants, c’est ainsi qu’il a noué
des liens étroits et amicaux avec les juristes
égyptiens auxquels nous pensons tout
particulièrement.
C’est cette voie qui doit être poursuivie et
amplifiée en nous rapprochant des grandes
places étrangères de l’arbitrage, en développant
nos relations avec l’Afrique.
Parce que rien n’était plus étranger à Mario Stasi
que l’affrontement stérile, il s’était placé
résolument dans le sillage de ses prédécesseurs,
notre Président d’honneur, Didier Ferrier en
particulier, continuant à plaider pour une
collaboration fructueuse entre juges et arbitres.
Le CERC avait ainsi réalisé en 2008 une
intéressante étude sur les mérites comparés de
la justice étatique et de la justice arbitrale.
L’arbitrage ne saurait être envisagé dans une
démarche d’évitement ou de défiance vis à vis
du Juge professionnel ; le Juge professionnel ne
saurait, pour je ne sais quelles obscures raisons
idéologiques, voir dans l’arbitre un concurrent,
voire un usurpateur. Non seulement les deux
justices ont chacune leur place, mais l’arbitrage
puise en partie de sa légitimité et de sa force
dans la justice étatique. La récente réforme du
droit de l’arbitrage, tenant les enseignements de
la jurisprudence française, a renforcé le rôle du
juge étatique à tous les stades du déroulement
de l’arbitrage, et c’est ce lien intime que notre
colloque va précisément éclairer.
Notre contribution à la promotion de l’arbitrage
va nous conduire à réfléchir pendant l’année
qui vient à ce qui fait l’actualité de l’arbitrage, et
en détermine son développement à travers la
confiance que les acteurs économiques placent
en elle : l’indépendance de l’arbitre.
Des groupes de travail ont été institués et la
restitution de leurs travaux fera l’objet de notre
colloque début 2014.

Les Annonces de la Seine - jeudi 31 janvier 2013 - numéro 8

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Vie du droit

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Frédéric Fournier

internationale rendue en France est susceptible
d’appel.
L’appel est formé dans le délai d’un mois à
compter de la signification de la décision. Dans
ce cas, la cour d’appel connaît à la demande
d’une partie, du recours en annulation à
l’encontre de la sentence à moins qu’elle ait
renoncé à celui-ci ou que le délai pour l’exercer
soit expiré.

- En cas d’arbitrage international

Article 1524
L’ordonnance qui accorde l’exequatur n’est
susceptible d’aucun recours sauf dans le cas
prévu au deuxième alinéa de l’article 1522 (…).

Mêmes conditions

La contestation
de la sentence arbitrale
par Frédéric Fournier
« S’il est un problème irritant, c’est bien celui des
voies de recours en matière d’arbitrage .Dès lors
que l’on aborde ce sujet, on demeure confondu
par le foisonnement, la diversité et
l’éparpillement des voies de recours, qui
prolifèrent comme des herbes folles en marge des
sentiers habituels, qui se recoupent, s’ajoutent,
s’excluent et qui, à cause de cela, donnent
naissance à un contentieux post-arbitral(…) »
(R. Perrot, Les voies de recours en matières
d’arbitrage où se consument tous les bienfaits
de l’arbitrage, Rev.arb, 1980,p 268, n°1).
Comme en témoigne cette citation des
années 80, les voies de recours contre la
sentence arbitrale ont fait l’objet de nombreuses
critiques du fait de leur archaïsme, leur
fragmentation et de l’incertitude de leurs limites
(Jean Robert, L’arbitrage-droit interne, droit
international privé, Dalloz).
Après 30 ans de pratique, il est apparu nécessaire
de réformer une nouvelle fois le droit de
l’arbitrage par le décret du 13 janvier 2011 qui
opéra une réforme des règles d’arbitrages
établies par les décrets du 14 mai 1980 et du
12 mai 1981.
Contrairement aux décisions émanant du juge
étatique, les sentences arbitrales peuvent faire
l’objet de deux types de voies de recours :
D’un recours contre la décision de la justice
arbitrale par la voie de recours à l’encontre de
la sentence arbitrale
D’un recours contre la décision émanant de la
justice étatique : contestation du bien-fondé de
la délivrance de l’exequatur
La reconnaissance et l’exequatur de la sentence
(Extraits du Code de procédure civile)
- En cas de sentence rendue dans un arbitrage
interne
Article 1487
La sentence arbitrale n’est susceptible
d’exécution forcée qu’en vertu d’une
ordonnance d’exequatur émanant du Tribunal

16

de grande instance dans le ressort duquel cette
sentence a été rendue. La procédure relative à
la demande d’exequatur n’est pas contradictoire.
La requête est déposée par la partie la plus
diligente au greffe de la juridiction accompagnée
de l’original de la sentence et d’un exemplaire
de la convention d’arbitrage ou de leurs copies
réunissant les conditions requises pour leur
authenticité.

Article 1514
Les sentences arbitrales sont reconnues ou
exécutées en France si leur existence est établie
par celui qui s’en prévaut et si cette
reconnaissance ou cette exécution n’est pas
« manifestement » contraire à l’ordre public
international.
Article 1515
L’existence d’une sentence arbitrale est établie
par la production de l’original accompagné de
la convention d’arbitrage ou des copies de ces
documents réunissant les conditions requises
pour leur authenticité. (Traduction…)
Si ces documents ne sont pas rédigés en langue
française, la partie requérante en produit une
traduction. Elle peut être invitée à produire une
traduction établie par un traducteur habilité à
intervenir auprès des autorités judiciaires ou
administratives d’un autre Etat membre de
l’Union européenne, d’un Etat partie à l’accord
sur l’Espace économique européen ou de la
Confédération suisse.
Article 1516
La sentence arbitrale n’est susceptible
d’exécution forcée qu’en vertu d’une
ordonnance d’exequatur émanant du tribunal
de grande instance dans le ressort duquel elle
[a] été rendue à l’étranger. La procédure relative
à la demande d’exequatur n’est pas
contradictoire.
La requête est déposée par la partie la plus
diligente au greffe de la juridiction accompagnée
de l’original de la sentence et d’un exemplaire
de la convention d’arbitrage ou de leurs copies
réunissant les conditions requises pour leur
authenticité. Refus d’exequatur= motivation.
- En cas d’arbitrage international-sentences
internationales rendues en France

I. Les voies de recours
contre la sentence rendue dans
un arbitrage interne
A. Les modifications apportées par le décret du
13 janvier 2011
1. L’exclusion de l’opposition et du pourvoi en
cassation
Lorsqu’une partie souhaite contester la sentence
arbitrale, il lui est possible d’exercer des voies
de recours. Mais, toutes les voies de recours ne
sont pas ouvertes dans le cadre d’un arbitrage.
La sentence arbitrale n’est susceptible ni
d’opposition ni de pourvoi en cassation (Article
1503 CPC).
- L’opposition
Aux termes de l’article 571 du CPC, l’opposition
est une voie de recours qui permet au plaideur
défaillant de demander au tribunal de rétracter
la décision qu’il a rendue par défaut.
- L’arbitrage résultant d’une convention entre
les parties, il n’est pas concevable que l’une d’elles
n’ait pas été partie dans la décision de recourir
à l’arbitrage.
- L’arbitrage nécessitant par principe l’accord
des parties, le défaut n’est pas a priori
concevable.

Article 1521
Le premier président ou, dès qu’il est saisi, le
conseiller de la mise en état peut conférer
l’exequatur à la sentence.
Article 1522
Par convention spéciale, les parties peuvent à
tout moment renoncer expressément au
recours en annulation.
Dans ce cas, elle peuvent toujours faire appel
de l’ordonnance d’exequatur pour l’un des motifs
prévus à l’article 1520.
L’appel est formé dans le délai d’un mois à
compter de la notification de la sentence revêtue
de l’exequatur. La notification est faite par voie
de signification à moins que les parties en
conviennent autrement.
Article 1523
La décision qui refuse la reconnaissance ou
l’exequatur d’une sentence arbitrale

Les Annonces de la Seine - jeudi 31 janvier 2013 - numéro 8

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Vie du droit

Jurisprudence :
En cas de défaut, l’opposition est également
exclue :« le refus de comparaître devant les
arbitres et de participer au débat, fût-ce pour
formuler protestations et réserves, ne saurait
faire ouvrir à une partie d’autres recours à
l’encontre d’une sentence arbitrale que celui
organisé par l’article 1486 du Code de procédure
civile » (TGI Paris, 2 octobre 1985, Rev.arb.1987,
84, obs. B.M).
La Cour d’appel de Paris a considéré que « la
sentence rendue par défaut n’est pas contraire
à l’ordre public (international), si le défendeur
a été dûment informé du déroulement de la
procédure arbitrale, et n’a pas été dans
l’impossibilité matérielle de se faire représenter
devant le tribunal arbitral siégeant à l’étranger »
(CA Paris, 7 février 1991, Rev.arb.1992, p 634,
note Pellerin J).
Le pourvoi en cassation
La sentence arbitrale n’est pas susceptible de
pourvoi en cassation (Cass.2e civ, 16 mai 1988,
n°86-18.320).
Ceci s’explique par le fait que le pourvoi n’est
ouvert à l’encontre des décisions rendues en
dernier ressort (les sentences arbitrales peuvent
faire l’objet d’un appel) et que la Cour de
cassation a pour mission d’unifier la
jurisprudence judiciaire.
2.Limitation des recours : l’appel et le recours
en annulation
- Transformation de la voie d’appel, jusqu’alors
recours de principe, en cas d’accord entre les parties
La principale innovation apportée par le décret

et son article 1489 est que « la sentence n’est pas
susceptible d’appel sauf volonté contraire des
parties ».
« L’appel tend à la réformation ou à l’annulation
de la sentence. La cour statue en droit ou en
amiable composition dans les limites de la
mission du tribunal arbitrale » (Article 1490 du
CPC).
- Réforme du délai pour engager le recours en
annulation et en appel
- La sentence peut toujours faire l’objet d’un
recours en annulation à moins que la voie de
l’appel soit ouverte conformément l’accord des
parties (Article 1491 CPC).
- Seul le recours en annulation est admis, sauf
si les parties ont expressément stipulé le
contraire.
- Le délai d’exercice de l’appel et du recours en
annulation à l’encontre de la sentence a été
écourté : le recours en annulation comme
l’appel, s’il est maintenu, cessent d’être recevables
s’ils ne sont pas exercés dans le mois de la
notification de la sentence.
- Le recours en annulation
Article 1492
Le recours en annulation n’est ouvert que si :
1° Le tribunal arbitral s’est déclaré à tort
compétent ou incompétent ou
2° Le tribunal arbitral a été irrégulièrement
constitué ou
3° Le tribunal arbitral a statué sans se conformer
à la mission qui lui avait été confiée ou
4° Le principe de la contradiction n’a pas été
respecté ou
5° La sentence est contraire à l’ordre public ou
6° La sentence n’est pas motivée ou n’indique
pas la date à laquelle elle a été rendue ou le nom
des arbitres qui l’ont rendue ou ne comporte

pas la ou les signatures requises ou n’a pas été
rendue à la majorité des voix.
Jurisprudences récentes :
- Seules peuvent faire l’objet d’un recours en
annulation les véritables sentences arbitrales,
c’est-à-dire les actes des arbitres qui tranchent
de manière définitive, en tout ou en partie, le
litige qui leur est soumis, que ce soit sur le fond
sur la compétence ou sur un moyen de
procédure qui les conduit à mettre fin à
l’instance (Cour de cassation, 1ère chambre civile,
12 octobre 2011,n° 09-72.439). Principe général
de l’exequatur : il faut un acte juridictionnel. Ex.
petition for the opening of insolvency
proceedings.
- L’appel de la décision qui accorde la
reconnaissance ou l’exécution d’une sentence
arbitrale rendue à l’étranger est ouvert si l’arbitre
a statué sans convention d’arbitrage (Article
1502 1° du CPC)- Cour de cassation, 1ère
chambre civile, 6 juillet 2011, n°08-12.648.
3. Réforme du recours en révision de la sentence
Le recours en révision à l’encontre de la
sentence (article 1502 CPC), a subi deux
modifications majeures par rapport à l’ancien
article 1491 du CPC :
a. L’article 1502 dispose que « le recours en
révision est ouvert contre la sentence arbitrale
dans les cas prévus pour les jugements à l’article
595 et sous les conditions prévues aux articles
594, 596,597 et 601 à 603 ».
Cet article ne renvoie pas aux dispositions de
l’article 593 du Code de procédure civile aux
termes duquel « le recours en révision tend à
faire rétracter un jugement passé en force de

Les Annonces de la Seine - jeudi 31 janvier 2013 - numéro 8

17

Vie du droit

b. Le recours en révision est désormais porté
devant le tribunal arbitral et non plus devant la
cour d’appel.
4. La tierce opposition
La tierce opposition est la voie de rétractation
ouverte toute personne qui n’a été ni présente
ni représentée dans une instance ayant abouti
à une décision qui préjudicie à ses droits.
Jurisprudence récente :
La tierce opposition incidente contre la
sentence arbitrale n’est pas prohibée et peut
« parfaitement être examinée par une cour
d’appel saisie du litige principal », dès lors que,
selon elle, « celle-ci doit en effet être regardée
comme une juridiction d’un degré supérieur au
tribunal arbitral, même lorsque celui-ci statue
en dernier ressort, puisque sa sentence est
toujours susceptible d’un recours en annulation
devant la cour d’appel » (CA Caen, 5 juillet 2012,
n° 11/01135, Etablissements Segurel et Fils
C/Carrefour Promixité France enseigne Prodis).
B. Les constantes
Le décret du 13 janvier 2011 a opéré un certain
nombre de modifications en matière de voies
de recours rendues contre la sentence arbitrale.
Mais, des constantes demeurent :
Comme tout jugement, les sentences arbitrales
peuvent faire l’objet d’une exécution provisoire.
Contrairement à ce que préconisait le Centre
Français de l’arbitrage, l’exercice du recours en
annulation n’est pas suspensif d’exécution en
matière interne.
C’est dans cet esprit, que l’article 1497 du Code
de procédure civile prévoit que le premier
président ou le conseiller de la mise en état
peuvent arrêter ou ordonner l’exécution
provisoire de tout ou partie de la sentence selon
qu’elle soit assortie de l’exécution provisoire ou
non.

II. Les voies de recours
contre la sentence rendue dans
un arbitrage international
A. Les modifications introduites par le décret
du 13 janvier 2011
1. La distinction des procédures applicables aux
sentences rendues en France et à celles rendues
à l’étranger
Les décrets de 1981 et de 2011 réservent un
contrôle de fond identique aux sentences
rendues en France et à l’étranger. Mais, le décret
de 1981 ne distinguait pas très clairement les
procédures applicables aux sentences rendues
en France de celles rendues à l’étranger
(E. Gaillard, Commentaire analytique du décret

18

du 13 janvier 2011 portant réforme du droit
français de l’arbitrage, Cahiers de l’arbitrage,
01 avril 2011 n°2, p 263).
Désormais, le décret de 2011 opère une
distinction entre les règles applicables à chacune
de ces hypothèses (section 1 et section 2 du
Chapitre IV du Code de procédure civile) ainsi
que des règles communes (section 3 du
Chapitre IV du Code de procédure civile).
2. Réforme du recours en annulation
Aux termes de l’article 1522 du Code de
procédure civile, les parties peuvent à tout
moment, par convention spéciale, renoncer
expressément au recours en annulation.
Le principe de la renonciation au recours en
annulation susceptible d’être formé devant les
juridictions du lieu où l’arbitrage a eu lieu, existe
déjà dans les droits suisse et belge, notamment.
La renonciation au recours en annulation peut
ainsi être anticipée et faite avant la naissance de
tout litige, lors de la conclusion de la convention
d’arbitrage par exemple.
Mais, si la sentence est présentée à l’exequatur
en France, les parties peuvent toujours faire
appel de l’ordonnance d’exequatur si :
- le Tribunal arbitral s’est déclaré à tort
compétent ou incompétent ou,
- le Tribunal arbitral a été irrégulièrement
constitué ou
- le Tribunal arbitral a statué sans se conformer
à la mission qui lui avait été confiée ou,
- le principe de la contradiction n’a pas été
respecté ou,
- la reconnaissance ou l’exécution de la sentence
est contraire à l’ordre public international
(Article 1520 du Code de procédure civile)
Modalités de la renonciation, la « convention
spéciale » : le Code de procédure civile ne
précise pas à quoi fait référence cette expression
(une clause stipulée dans la convention
d’arbitrage, un acte autonome à la convention ?)(La réforme du droit français interne et
international de l’arbitrage, E. Loquin, RTD Com,
2011, p 255).

4.Exercice du recours en révision
Le décret de 1981 avait exclu le recours en
révision à l’encontre des sentences rendues en
matière d’arbitrage international.
Désormais, en matière interne comme en
matière internationale, un recours en révision,
en cas de fraude, peut être porté devant le
tribunal arbitral (article 1506 du Code de
procédure civile). En prévoyant la saisine du
tribunal arbitral de la demande de révision,
l’article 1506 consacre la jurisprudence de la
Cour de cassation (Civ.1ère, 25 mai 1992, Rev
crt.DIP 1992.351)
La fraude pourra être sanctionnée sur le
fondement de la violation de l’ordre public
international par la nullité de la sentence à
condition que la fraude soit connue au moment
où le recours en annulation peut être exercé (La
réforme du droit français interne et
international de l’arbitrage, E. Loquin, RTD
Com, 2011, p 255).
B. Les constantes
-Maintien de la possibilité de reconnaître en
France, aux conditions du droit commun
français de l’arbitrage, les sentences annulées au
siège
Depuis 1984, la jurisprudence française a admis,
de manière constante, qu’une sentence annulée
au siège peut être reconnue en France si elle
satisfait aux exigences du droit commun
français de l’arbitrage (Civ 1ère, 9 octobre 1984,
Pabalk Ticaret Limited Sirketi C/Norsolor
SA).Le décret de 2011 n’a pas remis en cause
cette jurisprudence.
Conclusion :
- La nécessaire exigence d’une confirmation
avant les plaidoiries, par le tribunal arbitral,
d’une reconnaissance par les parties de l’absence
de contestation de l’indépendance des arbitres
et de la bonne tenue de la procédure exigée.
- Le refus des « explications de textes » post
sentence.

3. Suppression de l’effet suspensif des recours
dirigés contre la sentence
En matière d’arbitrage international
uniquement, le recours en annulation formé
contre la sentence et l’appel de l’ordonnance
ayant accordé l’exequatur ne sont pas
suspensifs.
La question de l’effet suspensif des recours a
toujours été très discutée et les opinions étaient
divergentes. Ceux qui constataient l’usage
dilatoire qui pouvait être fait des voies de
recours en matière d’arbitrage, étaient favorables
à cette suppression alors que d’autres craignaient
les dommages que pouvait produire une
exécution immédiate des sentences.
L’article 1526 a mis fin à ce débat en prévoyant
que « le premier président statuant en référé ou,
dès qu’il est saisi, le conseiller de la mise en état,
peut arrêter ou aménager l’exécution de la
sentence si cette exécution est susceptible de
léser gravement les droits de l’une des parties ».
De plus, le rejet de l’appel ou du recours en
annulation confère l’exequatur à la sentence ou
à celles de ses dispositions qui ne sont pas
atteintes par la censure de la cour (article 1527
du Code de procédure civile).

Les Annonces de la Seine - jeudi 31 janvier 2013 - numéro 8

2013-091

Photo © Jean-René Tancrède - Téléphone : 01.42.60.36.35

chose jugée pour qu’il soit à nouveau statué en
fait et en droit ».
Les rédacteurs du décret ont considéré que si
le recours à la notion de force de chose jugée
est justifié pour les décisions étatiques, la voie
de l’appel étant le recours de droit commun les
concernant, elle l’est beaucoup moins pour les
sentences.

Vie du droit

Certificats de nationalité française
Convention de mère porteuse
Etat civil étranger
Circulaire CNF / GPA - Paris, 25 janvier 2013
Conformément à ce que la Ministre de la Justice(2) avait annoncé devant la commission des lois de l'Assemblée nationale le 17 janvier 2013,
la circulaire(1) de la Direction des Affaires Civiles et du Sceau du 25 janvier 2013, publiée ci-dessous, ne vise qu'à faciliter la délivrance
des certificats de nationalité des enfants de père français dans la mesure où l'acte de naissance étranger est suffisamment probant pour
établir la filiation paternelle qui suffit à ouvrir la nationalité française.
Cette circulaire ne constitue nullement une régularisation de la situation des enfants nés sous GPA (gestation pour autrui).
Le principe posé par la Cour de cassation de non transcription des actes de l'état civil établis à l'étranger est maintenu.
La circulaire ne change rien à la non délivrance des actes d'état civil à ces enfants. Elle traite de la nationalité et non de l’état civil, il ne
s’agit pas de donner la nationalité française à des enfants mais à constater qu’ils sont français ; ils ne peuvent être apatrides.
Il s'agit d'instructions données aux greffiers en chef de délivrer les certificats de nationalité même s'ils ont un doute sur l'e xistence d'une
gestation pour autrui, dès lors que l'acte est suffisamment probant au regard de l'article 47 du code civil pour établir la filiation paternelle.
Cette orientation permet, dans l'intérêt de l'enfant, de ne pas pénaliser, au plan de la nationalité française, l'enfant qui est français par
son père et peut et doit être reconnu comme français alors même qu'il est peut être né sous GPA.
’attention de la Chancellerie a été
appelée sur les conditions de
délivrance des certificats de
nationalité française (CNF) aux
enfants nés à l’étranger de Français, lorsqu’il
apparaît, avec suffisamment de vraisemblance,
qu’il a été fait recours à une convention portant
sur la procréation ou la gestation pour le compte
d’autrui.
Vous veillerez, dans l’hypothèse où de telles
demandes seraient formées, et sous réserve que
les autres conditions soient remplies (Cf
Circulaire JUS C9520374 C du 5 mai 1995
relative à la délivrance des certificats de
nationalité française), à ce qu’il soit fait droit à
celles-ci dès lors que le lien de filiation avec un
Français résulte d’un acte d’état civil étranger
probant au regard de l’article 47 du Code civil
selon lequel :
« tout acte de l’acte civil des français et des
étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les
formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d’autres
actes ou pièces détenus, des données extérieures
ou des éléments tirés de l’acte lui-même
établissent, le cas échéant, après toutes
vérifications utiles, que cet acte est irrégulier,
falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne
correspondent pas à la réalité ».
A l’inverse, face à un acte d’état civil étranger
non probant, le greffier en chef du tribunal
d’instance, sera fondé, après consultation
préalable du bureau de la nationalité, à refuser
la délivrance d’un certificat de nationalité
française.
J’appelle votre attention sur le fait que le seul
soupçon du recours à une telle convention
conclue à l’étranger ne peut suffire à opposer
un refus aux demandes de certificat de
nationalité française dès lors que les actes de
l’état civil local attestant du lien de filiation avec
un Français, légalisés ou apostillés sauf
dispositions conventionnelles contraires, sont
probants au sens de l’article 47 précité.
Dans tous les cas, le bureau de la nationalité sera

L

destinataire d’une copie du dossier et du
certificat de nationalité française délivré ou du
refus de délivrance opposé.
Vous veillerez, par ailleurs, à informer le bureau
de la nationalité de toutes difficultés liées à
l’application de la présente circulaire ».
Laurent Vallée

Christiane Taubira
Photo © Jean-René Tancrède - Téléphone : 01.42.60.36.35

«

Notes
1 - Référence circulaire du 25 janvier 2013 :
Numéro NOR : JUSC 1301528C - Numéro Circulaire : CIV/02/13
Objet : Délivrance des certificats de nationalité française - convention
de mère porteuse - Etat civil étranger
Textes sources : Loi 95-125 du 8 février 1995 - articles 30 et suivants
du Code civil - Article 47 du Code civil
2 - La Garde des Sceaux devant la Commission des Lois
le 16 janvier 2013 :
Christiane Taubira, Garde des Sceaux, Ministre de la Justice s’est
exprimée ainsi devant la Commission des lois constitutionnelles, de la
législation et de l’administration générale de la République le 16 janvier
dernier : « J’ai fait préparer une circulaire qui doit être adressée de
façon imminente aux tribunaux d’instance afin de faciliter la délivrance
de ces certificats, aucun élément de droit ne justifiant qu’elle soit refusée
à ces enfants qui sont français. »
2013-092

REPÈRES
LA CIRCULAIRE PERMET :
La circulaire permet aux enfants nés
à l’étranger d’un parent français, et
disposant d’un acte d’état civil
étranger « probant » justifiant d’un
lien de filiation avec ce parent
français, de pouvoir attester de leur
nationalité Française au moyen du
certificat de nationalité Française
(CNF).
Rappel : Un enfant qui naît à
l’étranger d’un parent français est
français en application de l’article
18 du code civil qui dispose que «
Est français l’enfant dont l’un des
parents au moins est français ».
LA CIRCULAIRE NE PERMET PAS :
La circulaire n’est pas une
« reconnaissance » de la gestation
pour autrui.
- Elle ne concerne absolument pas
les cas de GPA en France qui
demeurent sous le coup de

l’interdiction du code civil et de la
sanction pénale.
- S’agissant des cas de GPA à
l’étranger : La circulaire ne
concerne pas la transcription des
actes d’état civil étrangers sur le
registre d’état civil français des
enfants nés à la suite d’une
gestation pour autrui à l’étranger,
qui demeure impossible en l’état du
droit et ce conformément à la
jurisprudence de la Cour de
cassation (décision du 6 avril 2011).
LA CIRCULAIRE NE MODIFIE PAS
L’ÉTAT DU DROIT CAR :
- Tout enfant né à l’étranger d’un
parent français, dès lors qu’il
dispose d’un acte d’état civil
étranger « probant » au sens de
l’article 47 du code civil qui
rapporte la preuve d’un lien de
filiation établi est susceptible de se
voir délivrer un CNF.

Les Annonces de la Seine - jeudi 31 janvier 2013 - numéro 8

- Le CNF n’attribue pas la
nationalité Française, il ne fait
qu’en attester. C’est un mode de
preuve de la nationalité Française.
- Bien que les dispositions de
l’article 336 du code civil
permettent au ministère public de
contester toute filiation établie en
fraude à la loi, il a été fait le choix, y
compris sous l’ancienne majorité,
de ne pas exercer d'action en
contestation, celle-ci pouvant avoir
pour conséquence de :
. priver l'enfant de filiation à l’égard
du ou des parent(s) d’intention
français, ce qui serait contraire à
son intérêt supérieur ;
. obliger à ouvrir une mesure de
tutelle, l’enfant étant en France
privé de représentants légaux ;
. rendre l'enfant apatride s'il n'a pas
la nationalité du pays dans lequel la
GPA a été réalisé.

19

Au fil des pages

Guide du géomètre-expert
1ère édition à jour au 20 septembre 2012

Photo © Jean-René Tancrède - Téléphone : 01.42.60.36.35

Mardi dernier 29 janvier 2013, dans les salons de l’Hôtel Raphaël à Paris, Guillaume Deroubaix, Directeur éditorial de
Lexis Nexis, présidait la Conférence de Presse au cours de laquelle il a présenté, aux côtés du Président du Conseil Supérieur
de l’Ordre des Géomètres-Experts François Mazuyer, le premier code du géomètre-expert. Cet ouvrage, édité pour la première
fois, vient consacrer la dimension juridique des géomètres-experts : « Progressivement et de façon constante, cette face, sinon
cachée, du moins méconnue, du géomètre-expert, s’est renforcée, dévoilée puis affichée, pour être maintenant reconnue par
nos clients, nos interlocuteurs et les professions partenaires. Ce code du géomètre-expert, né de la volonté éditoriale de Lexis
Nexis, est la consécration de cette reconnaissance » précise François Mazuyer.
Nous saluons l’initiative de notre Confrère pour le lancement de ce nouveau code qui vient ainsi compléter sa ligne éditoriale
et sa vaste gamme de produits et de services bien connus dans les domaines de l’information, de l’édition juridique et de
l’information économique et financière sur internet.
Jean-René Tancrède

e Code du géomètre-expert propose
une lecture ordonnée et pertinente de
l'ensemble des dispositions légales et
réglementaires relatives â l'organisation
de la profession et à son exercice professionnel.
Les textes épars sont ici rassemblés afin de
couvrir toutes les thématiques essentielles en
la matière : la profession de géomètre expert,
l'organisation administrative de la profession,
l'organisation de la juridiction disciplinaire et
les activités du géomètre expert.

L

Sont notamment reproduits les textes suivants :
le Règlement intérieur de 'Ordre ;
le Référentiel des activités professionnelles du
géomètre expert ;
le Recueil des prestations du géomètre expert ;
les fiches relatives aux différents modes
d'exercice du géomètre expert ;
la Circulaire relative au respect des modalités
de calcul de la surface de plancher ;
la Circulaire relative à l'agrément en
aménagement foncier ;
les Notices sur l’établissement des documents
d'arpentage et esquisses d'étages ou relatives à
des droits de superficie (Alsace Moselle).
2013-094

20

Les Annonces de la Seine - jeudi 31 janvier 2013 - numéro 8

Annonces judiciaires et légales

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Les Annonces de la Seine - jeudi 31 janvier 2013 - numéro 8

31

Direct

Cercle Culturel Henner
Paris, Hôtel Le Bristol - 15 janvier 2013

our sa première conférence-débat de
l’année, le Cercle Culturel Henner
présidé par Monsieur Rémy RobinetDuffo a eu le privilège de recevoir
Monsieur Christian Noyer, Gouverneur de la
Banque de France, qui a traité des priorités
économiques pour 2013.
Devant plus de 70 personnalités du monde
diplomatique, économique et administratif, le
Gouverneur a précisé le rôle et la place des
banques centrales depuis la crise avant de
s’interroger sur la façon de réformer la finance
sans freiner la croissance.
Selon Monsieur Christian Noyer, en ces temps
de conjoncture morose, de crises successives,
les banques centrales sont revenues sur le
devant de la scène économique mondiale. Leurs
interventions ont permis de limiter les
conséquences des chocs financiers sur
l’é conomie réelle  ; elles incitent les États à
accomplir les réformes économiques qui
s’imposent, tout en les y aidant par une
limitation de la pression des marchés. Par
ailleurs, la majorité d’entre elles assurent la
supervision du système bancaire. La France, où
cette supervision est assurée par l’Autorité de
Contrôle Prudentiel adossée à la Banque de
France, n’a pas connu de grave crise de ses
banques contrairement à la Grande-Bretagne,
l’Allemagne, ou l’Espagne. Le Gouverneur
conclut qu’indéniablement, les banques
centrales (il en va de même de la Fed, de la
Banque d’Angleterre ou de la Banque du Japon

P

32

par exemple) occupent aujourd’hui une place
centrale dans le débat économique mondial.
Monsieur Christian Noyer s’interroge ensuite
sur la façon de réformer la finance sans freiner
la croissance.
Il va de soi que les deux sont nécessaires : les
leçons de la crise financière de 2008 et de la
crise de la zone euro doivent être tirées pour en
sortir durablement et, en parallèle, le risque de
croissance atone est élevée, en Europe, mais
aussi aux États-Unis.

Il est donc possible et nécessaire, selon
Monsieur Christian Noyer, que la réforme de
la finance, dont nous avons absolument besoin,
se fasse en tenant compte de ses effets potentiels
sur le financement de l’économie, et donc sur
la croissance.
A la suite de cet exposé clair, précis et
documenté, qui a visiblement séduit un
auditoire attentif, de nombreuses questions ont
été posées, auxquelles le Gouverneur a répondu
de façon exhaustive et avec beaucoup
d’affabilité.
Les sujets les plus divers ont été abordés : le
financement des entreprises par les banques, le
marché de l’or, les effets des ratios de Bâle, la loi
sur la réforme bancaire et la complexité des
règles, l’avenir de l’union bancaire, le livret A,
l’avenir de l’assurance-vie et même le problème
de la nomination d’une femme au Conseil des
Gouverneurs…
En terminant, Monsieur Rémy Robinet-Duffo
a remercié chaleureusement le Gouverneur
pour son exposé et pour ses réponses précises
aux attentes de l’auditoire. Il a indiqué que des
questions n’ont pas pu être traitées, notamment
en ce qui concerne les rapports avec
l’Angleterre, vaste question qui pourrait justifier
une nouvelle conférence.
Monsieur Robinet-Duffo ne croyait pas si bien
dire puisque le lendemain, le Premier Ministre
David Cameron, lançait la polémique en
envisageant un referendum sur le retrait de la
Grande-Bretagne de l’Union Européenne…
Jean-René Tancrède

La première priorité a été d’augmenter les fonds
propres des banques pour accroître leur
résilience aux tensions. Un nouveau ratio de
solvabilité a été préparé, sous l’impulsion du
G 20, au Comité de Bâle. Son application a été
accélérée par les épisodes de tensions en zone
euro en 2010 / 2011. Les banques françaises ont
fait un effort remarquable et sont aujourd’hui
en très bonne place pour se conformer au ratio
dans les temps. Elles l’ont fait sans diminuer leurs
crédits à l’é conomie, et donc sans heurter la
croissance ; mais plutôt en réduisant certaines
activités à l’international et en mettant en
réserve leurs profits.
La concurrence internationale doit être
préservée, c’est la raison pour laquelle c’est le
G 20 qui a impulsé ces décisions. La décision
unilatérale des Etats-Unis de ne pas respecter
les délais fixés est à cet égard regrettable, et il
faut trouver des moyens de les inciter à se
conformer aux accords conclus.

Les Annonces de la Seine - jeudi 31 janvier 2013 - numéro 8

2013-093

Christian Noyer

Photo © Jean-René Tancrède - Téléphone : 01.42.60.36.35

Photo © Jean-René Tancrède - Téléphone : 01.42.60.36.35

Charles Robinet-Duffo, Christian Noyer et Rémy Robinet-Duffo

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