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Musée Guimet (Paris). Annales du Musée Guimet. 1901. 1/ Les contenus accessibles sur le site

Musée Guimet (Paris). Annales du Musée Guimet. 1901.

Musée Guimet (Paris). Annales du Musée Guimet. 1901. 1/ Les contenus accessibles sur le site Gallica

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MINISTÈRE

MRSÉE

7

DE L'INSTRUCTION

ANNALES

DU

GUIMET

BIBLIOTHEQUE

D'ETUDES

TOME TREIZIÈME

PUBLIQUE

LE

THÉÂTRE

AU

JAPON

CHALON-S-SAONE, IMPR. FRANÇAISE ET ORIENTALEE. BERTRAND

THEATRE

AVEC

ALEXANDRE

BÉNAZEÏ

SES

LES

LE

AU

RAPPORTS

CULTES

JAPON

LOCAUX

ERNEST

PARIS

LEROUX,

ÉDITEUR

A MONSIEUR

MICHEL REVON

ANCIEN PROFESSEUR A LA FACULTE DE DROIT DE TOKIO ANCIENCONSEILLERLÉGISTEDUGOUVERNEMENTJAPONAIS CHARGÉDE COURSA LA FACULTÉDES LETTRESDE L'UNIVERSITÉDE PARIS

LE

THEATRE

AU

JAPON

INTRODUCTION

Une loi générale

Dès que a

surgi.

expriment

comme

de l'esprit

humain

attribue

la naissance des reli-

l'idée

reli-

des arts

gions.

gieuse

antiques

taires,

et des littératures

l'homme

à la puissance s'est

essayé

créatrice

à penser,

Les premières les conceptions

des sculptures

élémen-

images

des théogonies

primitifs

les poésies

des temps

célèbrent La notion

la

du

et chantent

les louanges

anciennes:

des dieux.

majesté

divin,

et de la plastique

animés d'un souffle surnaturel,

unique

rature

tel est le caractère

commun aux ouvrages

Les artistes

de la litté-

et les poètes,

semblent de la divinité

ne saurait

obéir à une pensée

s'impose

à leur

être remué profon-

et suprême

: l'idée

car l'être humain

inspiration,

dément

sans se sentir

atteint

dans

son sens religieux.

C'est pourquoi unie à la religion

la littérature

de tous

les peuples

reste

par des liens étroits.

Les poèmes d'Orphée,

d'Hésiode, et d'Homère

nous font pénétrer

plus avant

dans

ij

la connaissance

INTRODUCTION

de l'ancien

culte

grec,

de ses dogmes

et de

ses rites, l'Inde,

tous

les ouvragés

des mythologues.

liturgique.

Dans

et du Râmâyana La reli-

usage

que les récits

du Mahabhârata

de la science

épiques

sont les véritables

sources

genre

gion, disait

dès l'origine

pond aux aspirations

Fénelon,

du

« a consacré humain

la poésie

à son

que la religion de l'âme.

ré-

», parce

les plus profondes

C'est surtout

le théâtre

qui a servi

d'auxiliaire

aux cultes

et d'interprète tira sa substance

aux dogmes. et sa chaleur

L'art dramatique,

des cérémonies

à ses débuts,

religieuses

;

il emprunta

qui fit du drame

enseigna

aux liturgies

solennelles

le caractère

scénique

un admirable

instrument

des dieux,

M. Croiset,

d'édification

; il

la sainteté

« une

des

est

des

de

aux fidèles

le pouvoir dit

lois.

La

formes

tragédie du culte

grecque,

». Et en effet, est conforme

l'union

originelle aux règles universelles

public et du théâtre

littéraire.

la religion de l'histoire

Les peuples asiatiques

fit

du

que politique, au

théâtre,

Chine,

n'ont pas échappé

la cité.

de la scène

du

culte.

à la loi générale

religieuse, en Perse,

à Athènes,

de

l'art

une institution

Dans

qui

autant

en

grandi

l'Inde,

s'est

formé

du

et a théâtre

Japon,

dans les cérémonies

L'étude

de l'histoire

japonais,

surtout, du Soleil

est inséparable

Levant

religieuse.

Au « Pays traditions

gique

une singulière

contraire,

», si pieusement

le souvenir à travers

attaché

aux

litur-

avec

les plus lointaines,

de l'origine les siècles,

du drame

s'est maintenu,

Les peuples

leur

de l'Europe, scène de la tutelle

persistance.

au

ont de bonne

heure libéré

ecclésiastique.

Chez

nous, le théâtre

n'est-il

pas le fils aban-

donné, ou peut-être a pris conscience

non plus

le fils ingrat de ses forces,

divins,

de l'Église? il s'est

Aussitôt qu'il

à traduire, humaines.

appliqué mais des passions

des symboles

INTRODUCTION

iij

Il a délaissé

lités, ces jeux merveilleux

tement

affranchi

française,

emprunter

très

tôt les miracles,

des

les mystères

et les mora-

dévo-

il s'est

d'une enfance

et

qui s'écoula

à l'ombre

cloîtres

des basiliques;

religieuse.

chrétien

de la tyrannie

rapidement

La tragédie sans lui rien

des

de la

en effet, succède

; elle

doit

tout

de la Grèce a retrouvé

scolastique.

nous

sépare

au drame

au génie et de Rome.

dans l'antiquité des raides

et lumineux

l'art

souple De même,

écrivains

Renaissance

le secret

hellénique et sèches

grecque,

asiatiques.

de la vie, qui avait

l'imagerie

disparu La civilisation

des peuples

de

figures

voilà

le fait

C'est

elle

âge dans

notre

capital

qui émancipa notre esthétique,

des limites étroites

littérature

Mais l'Extrême-Orient parable à la Renaissance.

qui

enfermée

au moyen

et arbitraires;

c'est elle qui a libéré

connu de révolution

théâtrale

de la forme hiératique.

n'a point

com- coréens et chinois, nouvelle

sans

Les bouddhistes une civilisation

a suivi

à la vérité,

apportèrent

au Japon.

Mais

déviation

original.

grandi pure

contrainte.

quête chinoise

esthétique

sa vie intellectuelle

sensible

son cours essentiel

naturel,

à son

ni renoncement

génie si elle n'a pas

épanouie

sans

à la con-

et

Sa littérature,

née spontanément,

de tout mélange,

La poésie nationale,

une invincible

: car

c'est

s'est néanmoins

surtout,

résistance

a opposé

linguistique

de

la marque

précisément

l'esprit

japonais

de s'être

assimilé

les civilisations

étrangères

sans

rien perdre de la Corée,

de sa culture

de la Chine

native.

Les influences

successives

et de l'Europe

ont pu enrichir

de

notions nouvelles

n'a pas modifié profondément

âme héréditaire.

tout temps

n'est'

Rien

la race

la plus souple

qui fut jamais normale

; elle

de son

l'évolution

Nisard

aimait

à dire que « ce qu'il

c'est

cette

y a en

».

de plus vrai

plus

vivant

pour

dans le présent,

le Japon,

pour

le passé « terre

des

iiij

INTRODUCTION .

dieux

depuis vingt-six

» qui n'a jamais

siècles,

été conquise,

et qui est gouvernée,—-

par la prodigieuse

lignée d'em-

pereurs qui se nomme elle-même

dans l'éternité

« la dynastie ininterrompue

absolument

isolé dans

et développer

des âges japonais,

».

Le peuple

presque a pu garder

son son indi-

nous

peut

pas

les

archipel

vidualité,

mystérieux, à l'abri

de la pénétration dit M. Revon,

en marche, normal,

conquêtes,

continu».

des races étrangères;

à

du Japon

qu'on

et c'est pourquoi, montre

suivre

« l'histoire

depuis

un grand dans

une nation

travers

peuple

son progrès ses dernières

ses premiers

toutes

jusqu'à phases d'un avancement

En aucun

pays la persis-

tance

littérature

son antiquité, dans

toujours

Elle

de

la tradition

ne se révèle

plus nettement.

une race

La

du Nipon reflète fidèlement

et qui, malgré

le passé

qui vit sur

les apparences,

cherche pour l'avenir.

précieux

pour

des enseignements infiniment

a ce mérite

exceptionnel,

de dérouler

devant nous l'évolution

Elle en dessine

l'historien, et libre des genres

sa propre mentale

qu'une étude d'ensemble

en raccourci les lois qui

peuples. organisme force intime,

régulière la courbe

littéraires.

Elle

par

vie

histoire. qui éclaire

est l'image

véritable

d'une

C'est ainsi nous découvre

et dirige nos contemporains.

du théâtre japonais

générale

l'histoire

président

du genre scénique,

nous apparaît

spontanément,

les

formes

et vérifie

les

un

à son développement

japonais

chez tous

Car le drame

qui s'est

comme par sa seule

des

développé

et qui garde,

transitoires

sous

oeuvres, son existence

propre et continue.

Il offre au critique

un ensemble

vrira l'évolution

mouvement

des races étrangères,

par lui-même,

dont l'analyse ou moins modifiée

social,

décou-

par le

complet

nécessaire,

par

plus le progrès

des idées,

par le contact

INTRODUCTION

v

On verra

l'art

national

a conservé

que essentiels, les autres

sacré

dramatique

constitutifs.

du

ses

caractères

comme

à l'origine, hiératique; roman-

sous

l'antique

conservé

sont repré-

Hiératique il est resté

XVIIe

arts

Japon, ou nô. A la vérité,

s'est

formé

le drame

au

c'est le drame

tique

nom

théâtre

par la piété

un système

siècle

Mais

et populaire de shibaï:

religieux

le

c'est

profane.

vit toujours,

scrupuleusement

mystères

des lettrés.

De véritables

sentés encore aujourd'hui

dans

les fêtes traditionnelles

ou

qui contiennent

Tous

sans doute

les origines

dans

lointaines

conservé les littéra-

matzouri, du théâtre. caractère

tures classiques,

la

l'union

aussi

que des siècles

ont visiblement

Et si,

Grégoire

le

à

de

ces genres

de leur origine.

de saint

liturgique

le nom

et auteur

drame

de Nazianze,

fois évêque

dramatique,

est symbolique attestent

japonais

collaborent

depuis

:

du théâtre leur

et du culte,

et leurs

les lettrés

religions un mutuel

et se prêtent

secours

alterius sic Altéra poscit opem res, et conjurât amice.

PREMIERE

PARTIE

MATZOURI

et

MYSTÈRES

La

Religion

et

les

Spectacles

I

populaires

Tous les peuples sions religieuses,

ont connu,

à l'origine,

mêlées de divertissements,

l'usage de proces-

de danses,

de

et parfois de chants

Les cultes

fêtes

les plus par le dé-

pantomimes

divers

ploiement

dialogues. de leurs

ont rehaussé

scénique

la célébration

de ces théories, sur le fronton

décrites

par primitifs la mise

pour Les cérémonies

toujoursémouvantes,

pompes et bacchanales,

de l'Inde

se développa

qui sont représentées

ou complaisamment

cienne. Dans ces spectacles

des temples les

poètes

de la Grèce

an-

le goût

naturel

des hommes

en scène, de toutes

la musique,

la

fiction dramatique.

souvent grandioses,

en puissance, Sans parler

les religions,

renferment,

comme

les germes de la tragédie

de l'art

théâtral.

issue du dithyrambe

grecque,

bachique,

helléniques,

« il est certain

que,

dans plusieurs

le culte

local a donné

lieu,

dès

sanctuaires

la plus

haute

antiquité,

à des représentations

sacrées, dont

on ne saurait

12

LE THÉÂTRE AU JAPON

contester

le caractère dramatique(l) qui commémorent

naissance

». En Perse,

de

les fêtes

la

du

le martyre

famille

Moharrem,

d'Ali,

sentation contemporaine,

ont donné

au drame

national.

Une repré-

se présente, elle s'ouvre

sur la scène persane,

dans son ensemble,

comme un acte religieux:

et

se termine

est si évident,

triment

une forme mystique,

de la vie et sur

par des prières,

et

son caractère

apologétique

au

que le dogme

dé-

sous

s'y déploie du Prophète

sur

largement,

de l'action.

La Mort

contient,

des conseils

le sacrifice

nécessaire

à la volonté

sur

par

la soumission

indispensable a observé que l'influence

presque

sous

et d'un

céleste (2). M. Montet

le drame

l'apparition

dramatique:

révolution

du culte nos

yeux,

nouveau

persan se manifeste,

simultanée

du babisme

genre

d'une

une révolution

(3).

religieuse

s'accompagne

théâtrale

Comme l'islamisme

schiite

de la Perse,

religion

sémi-

tique, hostile

par essence aux représentations

enfanta

le théâtre

dramatiques,

Mais

— le krischnaïsme de Krischna

indien.

le culte

ceux de l'Occident,

d'enthou-

rappelait

« tout

siasme et d'imagination,

musique, au moyen

de chant

ardent

de foi et de passion,

». Le krischnaïsme

épuisé,

épris de devait,

et de danse(4)

âge, ranimer

le genre

et de nos jours,

1. A. et M. CROISET,Histoire de la Littérature grecque, Paris, 1891,

24.

persan

traduit, Paris (Leroux, éd.).

les dix

premiers jours

du Mohar-

t. III, p.

2. Voir A. CHODZKO, Théâtre

3.

« Les

cantiques chantés pendant

terrain, vierge

de

pour intercaler des récits

rem, tel était le

allait sortir. Peu d'années après, on avait déjà diminué

cantiques

qui

toute action dramatique, d'où la tragédie

le nombre des

puis on fit comparaître les martyrs

venaient raconter eux-mêmes leurs souffrances ; dès lors les acteurs

s'emparaient de la scène. »

en Perse (Revue del'histoire des

EDOUARDMONTET: La religion et le théâtre

religions,

t. XIX, pp. 277-290).

4.

SYLVAINLÉVI, Le Théâtre indien, Paris, 1890, p. 316.

MATZOURÏ ET MYSTERES

33

grâce

Il n'est

à sa puissante

vitalité,

susciter

point

surprenant,

d'ailleurs,

un drame

que l'Inde

nouveau.

« ait

eu,

ait encore

en propre

les

des spectacles »(1). Les Hindous

lui appar- pas à art dra-

qu'elle

religieux

qui

tiennent

l'auguste

matique,

n'attribuent-ils

de leur

Brahma en personne

et

l'invention

sûtras

des Pâçupatas, et la danse

secte civaïte, deux des six

ne

pas le chant

prescrivent-ils

comme Au reste, le drame

offrandes régulières

dues au Seigneur(2)?

lui-même

sont parfois

a signalé danslagrande

un premier

qui sera plus tard dans le théâtre

le bouddhisme et en a tiré

fourni

a pris naissance

dans

les hymnes dramatique

védiques,

qui

une sorte de spectacle

crayon

du « brahme

(3), et Michelet

épopée religieuse, dansle Râmâyana,

gourmand,

bouffon de cour,

indien(41 ». A l'exemple

le théâtre,

du

lui a

du

brahmanisme,

des

a encouragé

parti pour l'édification

sujets

Les livres sacrés attribuaient

desartsde

peuple. la connaissance

le sage de Kapilavastou,

la scène,etle

« le spectateur

d'ailleurs

au Bouddha

LalitaVistara qui est entré

appelle

voir la

de la grande

Loi

». L'Inde

aurait

même possédé

pièce

confrères

ses Moeurs des peuples

qui parcouraient

les monastères

ses

dans

de la Passion,

car l'abbé Dubois mentionne,

une troupe les dix avatars.

ont consacré

du printemps

de l'Inde,

de comédiens

Actuel-

l'usage

le Dekan

en jouant Tibet

lement,

représenter,

du

deux fois par an, aux fêtes

de

et de

1. E. SENART, Le Théâtre indien (Reouedes Deux-Mondes, 1891).

2. S.

LÉVI, La religion et les spectacles, dans le Théâtre indien, op.

cit., p. 318.

3. Avant les travaux de Weber, "Windiscb, etc.,

le tour

scénique de

l'hymne, I, 165, frappait déjà MAX MÛLLER (Transi, of Ihe Rg-Veda,

vol. I, p. 173).

4. La Bible de l'humanité, Paris, 1885, p. 57.

14

LE THÉÂTRE AU JAPON

l'automne,

retrouvent

de véritables

en Birmanie

mystères.

et à Ceylan.

Ces pieux spectacles

se

Il en est de même

en Chine.

Les fêtes

des dieux,

suivant

M. de Groot,

les accessoires,

sont accompagnées

bannières,

lanternes,

de processions

avec tous

musique, parades popu-

laires, et de représentations

théâtre

souvent aussi dans l'avant-cour

dignement

acteurs

dramatiques les yamenn

(1). Les pièces des mandarins,

de

mais

sont jouées

dans

des temples (2). Pour célébrer

des morts,

la grande fête alimentaire

« le jeu des

est considéré

par bien des personnes

comme presque

aussi indispensable culte (3)». Ainsi

que

la présence

des ministres

du

que dans l'Inde,

la religion

chinoise a établi

sa domination

moeurs ». Une représentation

à divertir

série d'actes

M. Courant,

patronale;

sur le théâtre,

« sous couleur d'améliorer

est un acte

de piété,

les

destiné

ou à apaiser

et

de

les divinités,

religieux. la comédie

et qui comprend

Les corporations,

une

dit

rites

« font jouer

à l'occasion

de leur fête d'ac-

les villages

font voeu d'engager

une troupe

teurs, pour remercier

détourné a double

les dieux d'avoir

accordé

chassé les sauterelles,

récolte

s'amuse

une inondation,

avantage

une bonne

Il y

et les

de

à ces fêtes

: le peuple ne faut-il

dieux sont satisfaits(4)

voir Deguignes

». Aussi

pas s'étonner

déclarer

que les pagodes

servaient

souvent

de salles de spectacle (5), et Tcheng-Ki-Tong

attester

que le

1. J.-J.-M. DE GROOT, La

des Chinois, traduit du

religion populaire

hollandais par C.^G* CHAVANNES (Annales du Musée Guimct, XI et

XII, 1886).

2. Voir MAURICE COURANT, Le Théâtre en Chine (Revue de Paris,

1900,

3.

4.

5;

10, p: 335).

à

DÉ GROOT;op. cit., p. 347;

COURANT,op. cit., p. 336.

Pèkin^ t. II, p. 322*

Vogage

MATZOURI ET MYSTERES

15

bouddhisme

des situations

en particulier, tions (2). Observons

relativement

semble

Chine; mais

faisait originairement tiennent

et le taoïsme

burlesques

ancien

ont fourni

aux auteurs

comiques

(1). La satire de la transmigration,

inépuisable que Bazin,

d'amusantes

est une source

toutefois

n'est

fic-

ne

en

dont le témoignage

à dédaigner,

cependant

pas du drame

pas admettre

l'existence

que

partie

liturgique à n'en

il reconnaît

la danse,

du

pas douter,

culte (3), et que les rites

dans les compositions

une place prépondérante

« La moralité de tout

dramatiques. la flétrissure

de tout

ce qui ce qui est conforme

des sujets, est contraire,

dit-il,

consiste dans

dans l'exaltation

aux rites (4). » C'est pourquoi,

si

souvent l'esprit

de certaines

profane qu'apparaisse

tations,

représen- d'une intention

elles n'en et édifiante.

sur ce point

écarté

sont pas moins

La religion

le produit

morale

s'accommode

populaire « et le bouddhisme

volontiers

chinois,

siblement

ment les personnages fucius, des maximes

Tseu. Certaines pièces contiennent

Dans Hoang-liang-mong assiste au sommeil

longtemps

des divertissements

comme

profanes,

sur beaucoup des préceptes

d'autres,

s'est sen-

de la rigueur

(5) ». Fréquem-

des apophthegmes

de Con- deLao-

on

depuis

invoquent

bouddhiques

et des proverbes de véritables

du

prédications.

jaune),

millet

qui hésite

(le Songe

de Liou-Thong-Ping,

à devenir taoïste.

Les aventures

qui lui arrivent

1. Le Théâtre

des Chinois, p. 128, sqq. (dans Les Chinois peints

par eux-mêmes, Paris, 1886).

« celle du mari qui

140.

2. Une des situations qui ont fréquemment

a transmigré

séduit les auteurs est

et qui revient constater, après son

décès, combien de temps a duré le deuil de sa veuve » (TCHENG-KI-

TONG,op-. cit., p.

3.

4. Tchao-mei-hiang

BAZIN AÎNÉ, Théâtre chinois (Introduction).

(les Intrigues d'une soubrette), préface, p. xrv;

5. COURANT^op. cit., p. 335.

16

LE THEATRE AU JAPON

en rêve

dix-huit

maître,

mériteraient

gendes

dans le Pipaki,

et le Tigre instant

le décident, années

je suis

et il se réveille

« La

un sommeil

de

après

en disant:

n'est

au taô (1). » D'autres

vie

qu'un songe,

oeuvres,

aux

qui

lé-

comme

du Sud

en un

converti

le nom de « féeries

où le Singe

de la prison

funéraire

», sont empruntées

des dieux.

noir

On y voit apparaître

blanc

des génies,

de la montagne

du Nord construisent

(2).

une pyramide

La musique qui accompagne

ces pièces,

dont

la fable

et

le style

hommes,

Fou-Hi,

sont infiniment

peu variables,

suivant une légende

vénérée,

environ

3.300

ans avant

notre

fut enseignée

par l'empereur ère (3).

aux

saint,

De nos jours, les Chinois représentent

des pièces analogues

« à ces mystères

âge qui se jouent

d'Oberammergau(4)

de la Passion,

à ces moralités

encore dans les représentations ».

du moyen décennales

Tel est le sujet

de Mâudgalyâyana,

d'origine

indienne,

qui se retrouve

au Japon

Le jeune Mâudgalyâyana

et dans tous les pays

à une

appartient

bouddhiques famille rigou-

reusement

la scrupuleuse

rien

soumise aux observances

abstention

religieuses

et pratiquant « Ne tue

de nourriture

animale.

de ce qui a vie, » dit le premier

des commandements

bouddhiques. ment malade,

Or, la mère de Mâudgalyâyana

et bientôt

son fils apprend

tombe grave-

qu'elle

est

fata-

:

1. Voir Du MÉRIL, Histoire de la Comédie,

2. Le

Pipaki

on l'Histoire du

159.

p.

luth, par M. LÉON CHARPENTIER, dans

116. Le même auteur fait observer

La Revue du 15 avril 1901, p. 176.

3. TCHENG-KI-TONG,op.cit.,

ajoute

que le mot « vers »

l'autre

p.

que les plus

et

signifient, l'un parole,

donc le sens primitif du mot poésie.

anciens monuments de la littérature chinoise sont en vers,

"=" ^p se compose

temple.

Les

de deux caractères qui

paroles du temple, tel est

4. DE GROOT,op. cit., p. 418.

MATZOURI ET MYSTERES

17

lement

divine

comportant

condamnée

: elle

tels

si elle

ne consent

sauvée

termes

à enfreindre

par

la loi

ou

Il

ne

l'usage

sont

être

peut de la viande.

les deux

un régime

psycholo-

que

Offenser le Bouddha

du problème

mourir,

gique

consulte

Jamais

qui s'impose un sorcier

sa mère

aux perplexités sur ce douloureux

de Mâudgalyâyana. cas de conscience.

ne consentira

à violer les commandements

du Bouddha, par les larmes

d'un

l'aspect

vengeance

miraculeux

et pourtant

d'un

il faut la sauver

aux yeux Au

! Le sorcier, la recette

ému

si bon fils, lui donne

qui prendra, de lentilles.

le jeune

magique de la mourante, d'encourir

plat de viande d'un

plat

céleste,

aliment.

la

risque

homme présente

à sa mère le

des démons

Elle mange,

mais aussitôt

surgissent

et l'emportent.

Inconsolable

de savoir

sa mère austérités

nuit,

en enfer, Mâudgalyâyana

sa faute.

Sa vie

s'impose d'effroyables

pour expier les remords.

et

s'écoule

dans les macérations

trouver

le sommeil.

Une

Il ne peut

de

sa

l'ombre lamentable

mère se présente qu'elle endure. quelque repos sa mère

placer les cercles

spectateurs avec toute

même, touché

à ses regards

le séjour

et lui décrit

la mort,

les tourments et ne retrouve

Il veut

qu'après

dans

se donner

avoir obtenu la permission

de rem- donc tous

devant

les

raffinées,

lui- du : « Les

infernal.

Il traverse

qui se déroule

de l'enfer avec ses

la géhenne

par

bouddhique,

supplices

inusités, ses tortures

Enfin Çakya-Mouni

et les supplications de l'Oulamba

démoniaque.

la piété

filiale

lui enseigne

jeune saint, forces réunies

l'enfer.

le précepte

du clergé peuvent

seules sauver

un mort

de

et conduit

sa

» Puis il lui fait remise

de ses péchés

mère au séjour

des bienheureux

(1).

1. « On retrouve au Japon, écrit M. Revon, l'histoire de cet humble

2

18

LE THÉÂTRE AU JAPON

Devant

le bas peuple,

le comique tourne

jusque dans à la farce

l'un

en

qui goûte

l'horreur,

la légende de Mâudgalyâyana

triviale

et bouffonne

: Deux

individus

déguisés,

singe, l'autre

en cochon, suivent

partout

le saint,

et accom-

modant leur

auditoire

effet,

l'enfer,

pour

comme

voix à leur étrange

et grossier.

rôle, font la jubilation

d'un

en

de

cynique

Une légende rencontra, qui, touchés

sur

rapporte, le chemin

que Mâudgalyâyana

deux

la chair

de ces animaux

de leurs

de son respect

s'attachèrent

à ses pas

congénères,

des apôtres

fidèles.

La comparaison

de ce mystère

avec les représentations

populaires

de notre

moyen

âge nous

aide à retrouver

dans

ces oeuvres, diverses

communs

l'histoire

fortuit

de l'esprit

pement.

et de caractère,

place

les traits

dans

d'inspiration

leur assignent

qui

une

déterminée

littéraire.

Elles ne sont évidemment

à une

pas le caprice et nécessaire

des imaginations,

humain

mais l'oeuvre logique

certaine

phase

de son dévelop-