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TAIJI QUAN, QI GONG, ARTS, TRADITIONS et CULTURE

LECTURES

TAIJI QUAN, QI GONG, ARTS, TRADITIONS et CULTURE LECTURES association AU FIL DU TEMPS (AFDT) 1

association AU FIL DU TEMPS (AFDT)

Sommaire

Le TAIJI QUAN Par Cyrille Javary

5

Le TAIJI QUAN Par Catherine Despeux

7

La rencontre avec l'exercice, la sensibilité et la technique Lionel Seité

11

L'ENERGIE au travers du MOUVEMENT Par Li Ghanghua

21

La force intérieure Par Catherine Despeux

23

Les TROIS aspects du TaiChi Chuan par Jean-Claude Sapin

29

Les principes essentiels du TaiJi Quan De Yang ChenFu

39

Légende et Histoire du Tai Chi Chuan Synthèse par Au Fil Du Temps

43

Le grand Taï Chi et le petit Taï Chi Par Maître Tung Kai Ying

49

Les Chevaliers errants Par Catherine Despeux

53

Le Taiji Quan Art Martial Par Catherine Despeux

57

HUANG SHAN, les montagnes célestes

59

Structure de l'occasion

(moment opportun) par François Jullien

65

Le Vide Médian par François CHENG

71

La Tradition de l'Ecole Yang Par Jean Gortais

75

La notion de Centre, La Sagesse et la Connaissance par Jean Claude Sapin

87

Citations des Textes Classiques sur le Taijiquan Synthèse AFDT

91

Wu-Wei, le principe de non-agir

Par Roland Habersetzer

95

Pré-mouvement et Organisation gravitaire Par Hubert Godard

99

Yin Yang le milieu juste par Cyrille JAVARY

103

Le Bouddhisme et son influence en Chine Par Cyrille Javary

115

La tranquilité, arme secrète du Tai Chi. Par Bob Mendel

133

ENERGIES, les différentes expressions du Souffle par Michèle Petit

139

Et la Respiration ? par Rolland Gaillac

151

Nourrir le Souffle par Chen Gong

159

Histoires du Taiji Quan Par Gérard Edde

165

Le schéma du GRAND RETOURNEMENT par Cyrille J.D. JAVARY

173

Le gouvernement du Corps et l'entretien de la Vie par Jean-Marc Kespi

179

Les racines du CHI-KUNG

par le Dr Yang Jwing-Ming

193

Tai Chi Chuan, Squelette et Fluidité

par Stephan ZIMMER

197

Le Tàiji Quân et l'assise par Yang Cheng-Fu

201

CHI, SANTE, et CHI GONG par le Dr Yang Jwing-Ming

203

Le battement YIn YANG par Cyrille J.D. JAVARY

207

LE VIDE MEDIAN (2) par François CHENG

211

Le corps d'énergie Par Gérard Edde

213

Lectures de l'association au fil du temps , disponibles sur internet

217

http://afdt.chez-alice.fr/TCClecturesseptembre10.htm - haut Le Tai Ji Quan (parfois écrit Tai Chi Chuan) est un art

Le Tai Ji Quan (parfois écrit Tai Chi Chuan) est un art corporel de plus en plus pratiqué en Occident. Les deux premiers caractères de son nom, "Tai Ji", sont ceux qui désignent le dessin du " grand retournement ". Le dernier, "quàn", composé du signe de la main surmonté d'une forme ancienne qui évoque l'idée d'un enroulement montrait à l'origine une main s'enroulant.

Le Tai Ji Quan est constitué d'une suite de mouvements lents et fluides destinés à favoriser et à réguler la circulation du souffle vital à l'intérieur du corps. À partir de traditions très anciennes, ses différentes formes actuelles ont été systématisées et développées au XIXe siècle par les sociétés secrètes qui cherchaient à délivrer la Chine de l'occupation étrangère, mandchoue et occidentale. Comme la logique de beaucoup de ces mouvements est issue des ans martiaux, les coloniaux, fort intrigués par ces exercices, imaginant que ceux qui les pratiquaient étaient en train de boxer avec leur ombre, les avaient appelés Boxers. De cette méprise vient la traduction souvent proposée de l'appellation Tai Ji Quan : boxe du faîte suprême, évoquant un sport brutal au service d'on ne sait quelle réalité transcendantale ! Plus conforme à sa pratique, dans laquelle la main parfois enroulée, parfois étendue, évoque la grande loi dont il s'inspire : tout ce qui s'étire (Yang) finit par revenir, tout ce qui se contracte (Yin) finit par s'expanser, serait de l'appeler : l'art (martial) du grand retournement.

La pratique du Tai Ji Quan est complémentaire avec une autre discipline physique chinoise également de plus en plus en plus pratiquée en Occident : le Qi Gong. Alors que le premier vise à

faire circuler le plus fluidement possible le Qi (Chi, le souffle-énergie), le second cherche à le renforcer et à le concentrer pour le mettre à l'oeuvre de manière à le faire agir sur les organes et les méridiens, d'où ses importantes vertus thérapeutiques.

de manière à le faire agir sur les organes et les méridiens, d'où ses importantes vertus

Le TAIJI QUAN Par Catherine Despeux

Préface de Grégorio Manzur "L'art du combat avec son ombre, l'esprit du Chi Gong et du TaiChi"

En France, le tai-chi chuan (et, en pinyin, taiji quan) était encore peu connu en 1971, alors que je finissais d'écrire ma thèse sur ce sujet. C'était principalement le style Yang qui était enseigné par quelques personnes, lesquelles, de par leur formation, insistaient soit sur l'aspect esthétique de cette " danse avec l'ombre ", soit sur le travail corporel à une époque à laquelle toutes sortes de méthodes, telles la méthode Feldenkrais, la méthode Garda Alexander ou ce qu 'on a appelé l'" anti-gymnastique ", commençaient à fleurir. Son rôle martial était alors quasiment ignoré, si ce n'est de quelques-uns ayant appris le tai-chi de l'école Wu.

Nous sommes en 2009, quarante ans plus tard. Après avoir connu une éclipse en Chine durant une période autour de la Révolution culturelle (entre 1966et 1980), le tai-chi chuan a pris un nouvel essor pour atteindre aujourd'hui un développement sans précédent. Les écoles se sont reformées, des documents nouveaux sont apparus sur le village de Chenjiagou dans le Henan, berceau de cette discipline, et les monts Wudang dans le Hubei, lieu d'origine légendaire du tai-chi chuan, ont vu fleurir des écoles d'arts martiaux. En Occident aussi, cet art de combat est devenu florissant, la littérature sur le sujet abonde, différents styles sont enseignés : ceux de l'école Chen, très martiale, de l'école Yang, la plus répandue, des écoles Wu, Sun et Li, moins populaires. Nombreux sont ceux qui y trouvent une source d'enrichissement et de renouvellement.

Désormais, le tai-chi chuan fait partie du monde occidental, que ce soit dans le domaine des sports, des pratiques de santé, des arts martiaux ou encore des disciplines psychosomatiques alliant travail du corps et épanouissement de la personne.

des arts martiaux ou encore des disciplines psychosomatiques alliant travail du corps et épanouissement de la

Il convient de noter cependant qu'en Chine, ces multiples fonctions sont rarement séparées les unes des autres. S'il s'agit bien à l'origine d'acquérir une maîtrise martiale par la technique, celle-ci ne peut s'acquérir sans une connaissance de soi et de l'autre qui implique une discipline spirituelle pour parvenir à ce que les Chinois nomment la " réalisation du dao ". Lors d'un voyage aux monts Wudang en juin 2009, j'ai pu constater que les jeunes taoïstes s'exerçant au tai-chi chuan manifestent la perfection du geste et leur belle connaissance de l'art martial, mais aussi déploient une intériorité issue de leur longue pratique quotidienne de la méditation à laquelle ils s'exercent dans l'école d'arts martiaux, dans un temple ou dans un ermitage sur la montagne.

Comme dans les arts martiaux japonais, la puissance intérieure et martiale ne saurait être développée sans une maîtrise de l'esprit, car l'art du combat est aussi un combat avec soi-même pour ne pas avoir à lutte.

L'exercice du tai-chi ne se limite pas au temps de la pratique de l'enchaînement ou de la poussée des mains ("tuishou") ; il est constant. Je me souviens de deux occasions au cours desquelles Yao Longji, un élève de Gu Meisheng venu en France nous donner des cours, m'a conduite vers cette attention de chaque instant. La première fois, c'était un jour où nous devions aller à la mairie du 12ème pour établir sa carte de séjour. Je marchais devant lui dans la rue de Charonne, pressée d'arriver avant la fermeture des bureaux. Il me rattrapa et m'arrêta brusquement pour me tancer vertement : je marchais sans tenir compte des principes essentiels du tai-chi chuan. Il m'expliqua comment toute situation doit devenir un tai-chi, une unité ; je me pliai à cette leçon impromptue et bien sûr nous trouvâmes porte close à la mairie du 12ème.

sûr nous trouvâmes porte close à la mairie du 12ème. La seconde fois, c'était alors que

La seconde fois, c'était alors que je faisais la vaisselle et nettoyais les assiettes par des mouvements qui ne partaient pas du yao, ce point ou cet axe central entre les deux reins ; il me montra comment le

mouvement du bras devait être la résultante d'un mouvement de tout le corps formant un tout et tournant comme une roue autour du moyeu qu'est le yao. J'eus droit ensuite à une démonstration de balayage : le balai, prolongement de lla main, exécutait des cercles qui partaient toujours du yao, une véritable danse qui, hormis la beauté esthétique, avait l'avantage de se montrer très efficace à moindre effort.

Il existe constamment un va-et-vient entre l'exercice des règles de base, telles que " maintenir l'énergie au sinciput ", " distinguer le vide et le plein ", " former une roue avec les pieds et les mains autour de la taille (le yao) ", " effacer les traces ", " écouter avec les mains, puis avec les yeux ", et le yi, l'intention ou pensée créatrice qui guide la pratique ainsi que l'esprit d'où provient la pensée.

L'auteur nous rappelle que l'observation des règles dans le tai-chi est importante, mais que l'essentiel se trouve dans la démarche du pratiquant qu'il décrit avec précision et justesse. Il part d'une formule, par exemple " effacer les traces ", qu'il prend pour l'exercice du jour, puis se prête à un va-et-vient entre le mouvement, la perception qu'il en a, son esprit, ce qui change ; puis il revient à la concentration quand l'observateur se disperse trop et, progressivement, cela vit en lui, sans effort pour observer, sans conscience d'être observateur, sans intervenir : le wuwei de Laozi, non-agir ou non- interférence dans le cours des choses.

non-agir ou non- interférence dans le cours des choses. Un principe ne peut rester purement théorique,

Un principe ne peut rester purement théorique, il doit se réaliser à travers l'exercice, notamment celui du corps. C'est ainsi que doit être comprise et vécue la pensée chinoise. Une amie chinoise me voyant écrire un article académique sur un point de l'histoire de la médecine chinoise me demanda à brûle- pourpoint : " Mais à quoi ça sert ? Quand tu tousses, tu n'es même pas capable de te soigner!"

Ébranlée par cette remarque, j'en fis part à un ami, éminent japonologue et académicien, et lui demandai : " Mais à quoi servent toutes nos recherches académiques ?" Sur-le-champ et avec verve il me répondit : " Mais à la connaissance, bien sûr ! "

Dans les disciplines chinoises relatives à la santé ou à l'épanouissement de soi, les exercices du ch'i, le souffle/énergie, remplacent à bien des égards le travail occidental avec la parole au cours d'une analyse : construction ou déconstruction de soi, de son rapport à l'autre et à l'environnement. Il existe à partir des exercices du ch'i un véritable apprentissage d'une façon d'être au monde beaucoup plus facile à développer pour un Chinois qui baigne déjà dans cette approche que pour un Occidental qui a été coupé de cette attention à son corps interne, au sentir, à l'espace dans lequel il évolue.

qui a été coupé de cette attention à son corps interne, au sentir, à l'espace dans

La rencontre avec l'exercice, la sensibilité et la technique Lionel Seité

ASPECTS Structurels, Emotionnels et Energétiques en pratique TAIJIQUAN & QIGONG par Lionel Seité

La pratique, au sens noble du terme, n'est pas simplement l'apprentissage d'une forme particulière de mouvement; c'est aussi une perception sensible et ouverte. Aussi le sens de l'exercice n'est pas la réalisation rigide, automatique d'un geste ou d'une posture déjà connus, mais le développement, à travers la pratique, d'une sensibilité nouvelle en relation avec l'espace et l'énergie cosmique. Le cœur de l'exercice est chaleur, écoute dans la stabilité, silence dans le mouvement.

Etre présent dans les postures, dans les gestes des différents exercices du TaiJi Quan & Qi Gong, il n'y a pas autre chose à chercher. Extérieurement le mouvement est sans rupture. Intérieurement son goût devient plein et ouvert à l'espace. Ce goût ne peut être saisi, il apparaît avec la pratique et résonne au-delà de la pratique. Cela demande de l'attention.

Devenir de plus en plus sensible dans le mouvement ne signifie pas s'y diluer sans racines. Devenir de plus en plus précis dans la technique ne signifie pas devenir technicien. Il arrive que, dans la pratique, on ait l'impression de gagner en sensibilité et de lâcher un peu la technique ou bien de gagner en précision et d'être moins sensible. Mais la pratique bien sentie unit ces deux pôles. Il s'agit progressivement de devenir un avec la technique. Etre la technique, au sens profond, c'est être présent, c'est sentir, c'est s'oublier dans le mouvement. Alors le TaiJi Quan & Qi Gong est un art et une méditation.

dans le mouvement. Alors le TaiJi Quan & Qi Gong est un art et une méditation.

Yang-Lu-Chan

dans le mouvement. Alors le TaiJi Quan & Qi Gong est un art et une méditation.

Yang-Cheng-Fu

ASPECTS Structurels, Emotionnels et Energétiques en pratique TAIJIQUAN & QIGONG Ancrage Enracinement des pieds et
ASPECTS Structurels, Emotionnels et Energétiques en pratique TAIJIQUAN & QIGONG Ancrage Enracinement des pieds et

ASPECTS Structurels, Emotionnels et Energétiques en pratique TAIJIQUAN & QIGONG

Ancrage

Enracinement des pieds et des jambes, du bas du corps vers le sol Stabilité en fente avant (65% jambe avant - 45% jambe arrière), Sustentation par un rapport équilibré longueur largeur du pas Bords interne et externes des pieds collés au sol Arc de jambes, jambe arrière fléchie, genoux ouverts, position basse Pratique assidue de l'arbre

Assise

Le bassin est la coque du " bateau-corps ". S'y installer avec confort, l'habiter complètement pour favoriser l'assise sur " les flots " et ne pas tanguer. La taille est le maître de tout le corps, les pieds n'ont de la force et le bassin de l'assise que si l'on est capable de relâcher la taille. Les passages du vide au plein s'effectuent à partir des mouvements tournants de la taille. L'intention du mouvement part du cœur-esprit, le souffle se met en branle dans le tantien et le mouvement débute du centre, rencontre des axes du corps, et des énergies. Le bassin sous la conduite du centre impulse la direction du mouvement tantôt par léger enroulement du sacrum dans le sens de la ligne de l'action, tantôt par une rotation de l'assise autour de l'axe vertical, c'est la notion de pivot créateur.

La rétro ou l'antéversion du bassin se mesure à partir de l'épine (crête) iliaque supérieure. Si elle avance dans le mouvement, la partie basse du bassin recule, il y a antéversion qui creuse les lombaires. Si elle recule, la partie basse du bassin avance, il y a rétroversion et étirement de la zone lombaire. Pour ne pas rester dans une interaction fixée, verrouillée, et fermée, s'ajoute à cette éventuelle rétroversion du bassin, un travail subtil à l'intérieur du bassin qui tend à rapprocher le sacrum du pubis (non pas par contraction des fessiers qui ferme) et permet de libérer la coxo fémorale et le plancher pelvien pour laisser passer la fluidité de l'énergie. Nutation et contre nutation.

Conserver l'image que le sacrum ne s'infléchit pas tout de suite ; il s'écarte d'abord (recule) puis plonge ensuite vers le bas.

Axe vertical

La colonne vertébrale est le pilier vertical, le mat du bateau-corps, le véhicule de transit principal de la remontée de l'énergie vers le haut du corps par le méridien merveilleux Du Mai, méridien contrôle et gouverneur mère des yang. La colonne vertébrale est souplement étirée par une éventuelle légère rétroversion du bassin et un enroulement du sacrum vers le pubis permettant l'ouverture des lombaires, une nuque ouverte par un menton légèrement baissé, par une conscience de notre lien vers le ciel qui nous connecte et nous maintient dans cette verticalité.

une conscience de notre lien vers le ciel qui nous connecte et nous maintient dans cette

Tung-Ying-Jie

Verticalité anti-gravitaire Centrer le corps biomécaniquement, sur n'importe quelle position des formes et des chi

Verticalité anti-gravitaire

Verticalité anti-gravitaire Centrer le corps biomécaniquement, sur n'importe quelle position des formes et des chi

Centrer le corps biomécaniquement, sur n'importe quelle position des formes et des chi gong, correspond à la recherche d'une position de la coque (bassin) dans l'espace horizontal (avant, arrière) tel que le " poids " de la gravité sur le squelette verticalisé soit le plus minime possible. Position précise de l'alignement dit anti-gravitaire où les chaînes musculaires ne luttent pratiquement plus contre la chute gravitaire, d'où l'acquisition d'un relâchement global du corps, confortable en son bassin, remontée de l'énergie par le dos et processus de circulation énergétique plus fonctionnel. Cette recherche débouche le plus souvent chez l'élève pratiquant par un recul du bassin vers l'arrière calant ainsi l'axe vertical sur la ligne verticale de référence dite anti-gravitaire. C'est ce qui correspond également à " moins dans les genoux et plus dans les plis de l'aine " ou " repasser par son centre puis le garder avant d'exprimer un nouveau mouvement ".

Etat d'esprit

Chercher le calme par la centration méditative. Centrer son esprit, c'est parvenir à ramener son attention, ses émotions, et son centre de gravité affectif au plus profond de soi-même, et vers le bas du corps (rétablir le contact à la terre ou s'enraciner), pour ne plus que le quotidien ait d'emprise sur les sentiments (avoir la tête ailleurs, dans les nuages). Que seul, par cette méditation _silence recherché et l'esprit vide de toutes pensées où l'instant est entre parenthèses du passé et de l'avenir_ le dialogue du " cœur-esprit " et du corps puisse s'établir. Alors le travail de la recherche de l'harmonie entre ces deux derniers peut commencer pour qu'ils puissent enfin évoluer de concert, en conscience et proprioception.

Respiration abdominale classique

Respiration basse privilégiant la poussée du diaphragme vers le bas (respiration de la tortue) et non l'écartement des muscles intercostaux (côtes) pour augmenter le volume inspiré, les échanges, et les pressions sur les organes et viscères. Respiration régulière éventuellement synchronisée au mouvement : ouverture du mouvement = inspiration, fermeture = expiration. " Eventuellement " car il vaut mieux privilégier une synchronisation devenant peu à peu " naturelle " (= d'elle-même) en fonction de la vitesse d'exécution, qu'une synchronisation " rationnelle " mue par la seule volonté. Le geste juste donne la respiration juste.

Yin Yang

Afin d'avoir une base de recherche empirique lors de la pratique, transférable ensuite sur un " art de vie ", appréciation des aspects relatifs et complémentaires du couple synergétique " yin/yang". Connaissance théorique nécessaire des règles générales des mutations et des alternances, croissance et décroissance, des quatre phases du nycthémère

des mutations et des alternances, croissance et décroissance, des quatre phases du nycthémère Tung-Hu-Ling 15

Tung-Hu-Ling

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Conscience du centre

Le Tan-tien bas ou champ de cinabre bas est le centre énergétique en Nei Dan (Styles internes type Wudang), élément majeur dans la pratique énergétique TAI CHI. Il se situe à 3 cm au-dessous du nombril et à un tiers de la distance entre le ventre et le dos. Il peut être comparé à l'image d'un chaudron de stockage (condensation) et de barattage de la " vapeur " CHI issue et produit de la rencontre de Kan le CHI eau, celui des reins, et de Li le CHI feu, celui du cœur. Kan, l'eau, représente le Yin relativement à Li, le feu, qui représente le Yang. Le Tan-tien moyen ou champ de cinabre moyen est le centre énergétique en Wai Dan (Styles externes type Shaolin). Il se situe entre le diaphragme et le plancher pelvien (le " hara ").

Energétiquement le centre est composé à la fois du tan tien bas et du tan tien moyen. C'est un lieu de rencontre et de diffusion des forces, un lieu de convergence et d'équilibre des énergies " du ciel et de la terre ", un lieu d'échanges entre les forces qui enfantent le mouvement. Bio-mécaniquement, la région de ce centre où se crée l'alchimie des énergies, est à la croisée des chemins entre deux triangles de muscles souples (à étirer) dont les pointes se confondent : c'est sur cette région qu'il faut porter son attention car le mouvement doit être animé, dirigé par l'intention qui part du centre. "Enrouler le fil de soie avec énergie".

Cercles, spirales, rondeur et fluidité

Participant à une meilleure circulation du Chi, toutes les trajectoires épousent le cercle ou la spirale. Rondeur des bras & arc de jambes. Toutes les trajectoires de la forme s'enchaînent les unes aux autres sans aucune interruption. La forme est un seul et même mouvement continu.

Mouvement holistique

Toutes les parties du corps sont liées et participent à la réalisation du mouvement global. Non localisé à un seul groupe d'articulations chaque mouvement contient toute la pratique. Le corps, l'âme et l'esprit participent également de façon inter-liée au déroulement de l'action, c'est ce que l'on entend par rechercher l'harmonie du corps et de l'esprit.

Relâchement

Suprématie de la souplesse et de l'élasticité pour le profit d'une " puissance vitalisée ". Les muscles et le mental doivent être relâchés et souples ; c'est la condition sine qua non pour qu'ils puissent dialoguer et se " nourrir de tous les plus " que la pratique propose. Il faut apprendre à se relâcher pendant la pratique lente, et non après. Le " lâcher-prise " et " se laisser porter par la vague " en font partie. La sensibilité de proprioception d'un muscle est plus développée lors de l'allongement. Les étirements anté et post-pratique sont utiles.

Harmonies

C'est ce qui va permettre l'optimisation du développement de l'énergie et son utilisation pendant la réalisation des mouvements. Etude avancée des coordinations, alignements et connexions.

Respiration abdominale inversée Le ventre ne se gonfle pas à l'inspiration. Tantiens bas et médian

Respiration abdominale inversée

Le ventre ne se gonfle pas à l'inspiration. Tantiens bas et médian rentrent en connexion pour une meilleure alchimie de Kan et de Li. Tung-Kai-Ying

pour une meilleure alchimie de Kan et de Li. Tung-Kai-Ying Régularité de la pratique Sans elle,

Régularité de la pratique

Sans elle, rien ne pourra se développer au niveau énergétique et psychique.

Développement du Jing

La détente du corps et le calme du mental, associés à au travail du souffle effectué lors de l'enchaînement, vont permettre le développement d'une force intérieure appelée JING, que les maîtres de Taiji quan opposent à la force musculaire considérée comme inférieure et limitée. Le terme jing était employé dans les textes anciens bien qu'assez rarement avec le sens de force. A l'heure actuelle, il désigne dans le langage courant le ressort d'un individu, sa vitalité, son dynamisme, en mettant l'accent sur l'intériorité de cette force (force intérieure / art interne), qui précède la forme musculaire et lui préside, et qui est liée à l'attitude psychologique d'un individu. C'est aussi le sens qu'à ce terme dans le Taiji quan.

Yi, Intention du cœur-esprit

A un haut niveau de réalisation, l'Intention du cœur-esprit, le Yi, guide le souffle et l'action. L'intention qui préside au mouvement part du cœur-esprit, le souffle se met en branle dans le tantien et se met à circuler. Le mouvement débute du centre, rencontre des axes du corps, et des énergies. Le bassin sous la conduite du centre impulse la direction du mouvement. L'énergie est dirigée jusqu'aux quatre "extrémités du corps" (pointes des deux mains et des deux pieds). C'est l'exemple de l'énergie de la mer, nécessaire pour pousser la dernière vague sur le sable.

L'ENERGIE au travers du MOUVEMENT Par Li Ghanghua

L'ENERGIE au travers du MOUVEMENT Par Li Ghanghua,

Chaque mouvement correctement accompli, et stable, est un exercice de l'énergie qui s'accroît graduellement. L'eau peut user les montagnes. Par la douceur on vient petit à petit à bout de ce qui est dur. Cette énergie intérieure nourrie par le souffle et l'esprit est bien plus forte que la force extérieure. C'est pourquoi on dit: " être d'abord dans l'intention et ensuite dans le corps " et " l'énergie s'obtient par la souplesse ".

Les mouvements sont réalisés sans rupture d'une manière harmonieuse, de bas en haut et de haut en bas, de droite à gauche et de gauche à droite, selon des lignes circulaires. C'est ce qu'on appelle énergie d'enroulement. La direction de l'énergie se change tout le temps en suivant les gestes à partir de l'axe vertical. Il est profitable de connaître et de sentir où se trouve la pointe d'énergie, c'est-à-dire son point d'arrivée et le parcours de l'énergie.

son point d'arrivée et le parcours de l'énergie. Selon la pratique du Tàiji quân l'énergie vient

Selon la pratique du Tàiji quân l'énergie vient des pieds qui sont les racines, passe par les jambes, monte à la taille qui est le centre de contrôle et s'épanouit dans les mains et les doigts. Le parcours des pieds aux jambes et à la taille est absolument homogène. Ainsi on peut avancer et reculer à l'aise, utilisant l'énergie au moment voulu et à la condition requise. Cela veut dire que, dans l'entraînement, l'énergie doit suivre son parcours naturel d'une manière harmonieuse et équilibrée. Les fleurs s'épanouissent grâce à la sève intérieure.

Prenons comme exemple le mouvement de transition correspondant au "repousser" du Grand Enchaînement: les pieds prennent appui sur le sol et sont les racines de l'énergie, car si on pousse une charrette, l'appui sur le sol est nécessaire. Il est impensable de pousser une charrette avec les pieds suspendus. Les racines de l'énergie sont les pieds. La jambe droite fléchie vers l'avant et la jambe gauche tendue (pressant) (ndrl) vers l'arrière se posent comme deux rails où passe l'énergie. " L'énergie passe par les jambes. "

" L'énergie passe par les jambes. " Durant le déplacement du centre de gravité de
" L'énergie passe par les jambes. " Durant le déplacement du centre de gravité de

Durant le déplacement du centre de gravité de l'arrière vers l'avant, la taille s'élevant d'abord et s'abaissant ensuite, effectue une légère courbe afin de canaliser l'énergie et contrôler le mouvement. De même pour les pivots du corps, c'est la taille qui dirige le mouvement et canalise l'énergie. " La taille est le centre du contrôle ", c'est-à-dire qu'elle est le moyeu, le centre du mouvement.

A travers le dos et la colonne vertébrale, l'énergie s'étend et se dirige vers les épaules, les coudes, les

paumes qui s'appuient vers l'avant jusqu'aux doigts qui sentent parfois l'arrivée de l'énergie. C'est ce

qu'on appelle " l'énergie s'élance du dos et se manifeste dans les doigts ".

Il convient de noter que chaque déplacement de la pointe d'énergie doit suivre le même processus :

pieds, jambes, taille, dos, bras, mains. Cependant, en dépit des gestes successifs, il faut éviter des à- coups, des saccades, et à plus forte raison des interruptions. Le tout se réalise d'un seul trait. Une partie bouge, la totalité bouge, une partie s'arrête, la totalité s'arrête. La poitrine et le ventre se meuvent suivant la direction de la taille; il ne faut pas crisper les régions pectorales et ventrales et les

retenir immobiles. Ainsi le Taiji demande une grande harmonie des gestes qui, dans l'alternance et la complémentarité du Yin et du Yang, sont conduits dans une forme spirale. Yin et Yang forment un cercle sans faille.

La force intérieure Par Catherine Despeux

Le terme jing était employé dans les textes anciens bien qu'assez rarement avec le sens de force. A l'heure actuelle, il désigne dans le langage courant le ressort d'un individu, sa vitalité, son dynamisme, en mettant l'accent sur l'intériorité de cette force, qui précède la forme musculaire " lu " (ndlr) et lui préside, et qui est liée à l'attitude psychologique d'un individu. C'est aussi le sens qu'à ce terme dans le Taiji quan.

Les maîtres définissent le jing comme la manifestation du " souffle véritable " sous sa forme dynamique. Ils établissent donc une distinction entre le souffle, élément circulant dans le corps, et la force issue de ce souffle. Mais cette distinction semble assez superficielle, car les textes utilisent parfois le terme de souffle là où l'on attendrait celui de force intérieure et vice versa. C'est vraisemblablement pour se distinguer de l'école exotérique " shaolin " (ndlr) que les maîtres de l'école ésotérique " wudang " ( ndlr) se sont servis du mot jing et l'ont érigé en un nouveau concept.

Le jing est aussi défini comme le " souffle central qui part du cœur ". Chen Fake définit la force intérieure du sinciput comme " le souffle central du cœur au point Baihui (sinciput) ".

Le souffle central part du cœur, passe dans les vertèbres cervicales, parvient au point Baihui ; les artères de souffle sont débloquées et la force intérieure se répartit dans les quatre membres. Le jing ne peut en effet apparaître que si le souffle circule sans aucune gêne dans toutes les parties du corps, d'où la nécessité d'un entraînement intensif à l'enchaînement individuel, avec lenteur et souplesse, accompagné de tous les exercices de respiration et autres, permettant de débloquer le souffle dans le corps.

Samourai de Chomo Le jing est conçu dans le Taiji quan comme une force enroulée,

Samourai de Chomo

Le jing est conçu dans le Taiji quan comme une force enroulée, force de repli ou de déploiement, fine et ininterrompue. Les maîtres de l'école Chen ont forgé l'expression " force enroulée comme un fil de soie " (chansi jing). Cet enroulement ne caractérise pas la force elle-même, mais la façon dont on doit l'utiliser. Et Chen Fake, maître contemporain de l'école Chen, nous précise que " la force intérieure du Taiji n'est pas un cercle horizontal, mais une spirale qui s'élève dans l'espace. "

Dans le Taiji quan tushuo de Chen Pinsan, nous trouvons deux illustrations de la force enroulée comme un fil de soie. Il est à noter que Chen Pinsan emploie parfois pour le jing désignant la force intérieure, le caractère homophone jing désignant " l'essence séminale ", ou la quintessence d'une chose.

Le premier schéma représente la force enroulée qui doit être utilisée dans les membres :

Le second schéma a pour titre : " Dessin de l'essence (force) enroulée comme un

Le second schéma a pour titre : " Dessin de l'essence (force) enroulée comme un fil de soie dans le Taiji quan " et est accompagné du commentaire suivant : " J'ai étudié la représentation circulaire du Taiji selon les différents philosophes, et je me suis rendu compte, que pour exécuter (correctement) le Taiji quan, il faut comprendre ce qu'est l'essence enroulée comme un fil de soie. L'enroulement comme un fil de soie est la méthode pour faire mouvoir le souffle central. Qui ne le comprend, ne comprend pas la boxe. Les premières spirales blanche et noire représentent le Yin et le Yang du Taiji existant naturellement au sein du Wuji" . Les deuxièmes spirales blanche et noire représentent le Taiji engendrant les deux principes primaires (le Yin et le Yang) ; les deux principes primaires sont le Yin et le Yang, ou le ciel et la terre. Les troisièmes spirales blanche et noire représentent l'homme.

C'est par les souffles du Yin et du Yang et des cinq éléments que l'homme

C'est par les souffles du Yin et du Yang et des cinq éléments que l'homme existe. La quatrième spirale noire représente ce que Mencius appelle " le souffle cosmique ". La quatrième spirale noire représente le souffle et le sang du corps humain ; unis au sens juste du Dao, c'est le souffle correct, c'est-à-dire le souffle cosmique. La cinquième spirale blanche représente ce par quoi l'esprit du Dao dirige le souffle. Le souffle sans le Principe ne peut se manifester, c'est un principe inhérent à toute chose. La cinquième spirale noire représente l'esprit de l'homme, ou ce que les Sages ont appelé récemment " l'ego ". Le point blanc au sein du noir représente les pensées contrôlées, le point noir au sein du blanc représente les pensées égarées.

Le Sage, lui. garde les pensées contrôlées et chasse les pensées égarées. Les pensées égarées ont été nommées par Gaozi la nature des désirs et des appétits . Tous la possèdent, mais celui qui peut chasser cette seule idée du moi et faire en sorte qu'elle ne naisse plus jamais devient purement comme le ciel et exécute les mouvements du Taiji quan en accord avec le mouvement du mécanisme céleste. Il n'est rien qui ne soit spontanée, vivacité à l'image du Taiji, et qui ne s'écoule de notre corps. Les trois grandes spirales intérieures expliquent l'origine du Yin et du Vang. Les trois spirales intérieures indiquent que le Yin et le Yang ont un gouverneur (L'idée des trois cercles intérieurs est entièrement dans le troisième cercle intérieur, qui est le fondement donné à l'homme. Ce n'est pas la peine d'en faire un autre schéma). "

Ce commentaire est imprégné de philosophie néoconfucéenne, notamment de la distinction entre le souffle et le principe. Il met aussi en relief la nécessaire conformité des actes de l'homme au rythme de la nature et du mécanisme céleste. Cette notion de forces cycliques se rencontre très tôt dans les

écrits chinois relatifs aux arts de la guerre. Ainsi, dans le Sumi bingfa, Sunzi écrit-il : " Les forces extraordinaires s'achèvent puis se reforment, cycliques comme les mouvements du soleil et de la lune. Elles expirent puis renaissent à la vie, se répétant comme les saisons qui passent . "

L'école Chen distingue en particulier deux formes de force intérieure :

1) La force intérieure enroulée en sens normal (shun chansi jing), déployée lorsque les paumes des mains sont tournées de l'intérieur vers l'extérieur ; dans ce cas, elle part du cœur. Circule dans les épaules et parvient aux doigts. Cette force est aussi appelée " la force qui pare " (peng jing).

aussi appelée " la force qui pare " (peng jing). 2) La force intérieure enroulée en

2) La force intérieure enroulée en sens inverse (ni chansi jing) déployée quand les paumes des mains sont tournées de l'extérieur vers l'intérieur. La force part alors des doigts, circule dans les épaules et parvient au cœur. Elle est aussi appelée " la force qui tire en arrière " (lu jing).

Dans son ouvrage, Chen Pinsan donne deux schémas représentant ces deux forces enroulées autour du

Dans son ouvrage, Chen Pinsan donne deux schémas représentant ces deux forces enroulées autour du corps. Le commentaire suivant les accompagne : " Tout le corps est une force spiralée. L'on

distingue globalement une force enroulée vers l'intérieur et une force enroulée vers l'extérieur ; l'une

ou l'autre est émise, selon le mouvement exécuté

souffle émis du cœur. Si l'on est bien centré, il est le souffle central qui lorsqu'il est entretenu devient le souffle cosmique. "

Il y a une seule force et non plusieurs : c'est le

lorsqu'il est entretenu devient le souffle cosmique. " Il y a une seule force et non

Les TROIS aspects du TaiChi Chuan par Jean-Claude Sapin

L'art du Tai-chi chuan / éditions Dangles

Photo de Shangaï / Lionel Seité

LES TROIS ASPECTS DU TAIJI QUAN

de Shangaï / Lionel Seité LES TROIS ASPECTS DU TAIJI QUAN Avant-propos La séduction de la

Avant-propos

La séduction de la culture orientale n'a jamais été aussi forte qu'aujourd'hui. Cette tentation pour un Orient peut apparaître légitime pour deux raisons :

- D'abord parce que notre culture à nous, l'occidentale, a privilégié le discours et l'intelligence ; les deux ont porté leurs fruits, mais il apparaît de plus en plus nettement que les fruits en question se découvrent des angles acérés et que le chemin qui a de l'intelligence commence à faire peur. Nombreux sont ceux qui vont alors traquer dans les spiritualités hindoues ou chinoises, dans les diverses traditions " la voie qui a du cœur ".

- Mais il y a une deuxième raison : la curiosité, le désir de possibilités mentales enfouies dans le cerveau de l'homme, mais dont il ne posséderait pas le mode d'emploi. Ainsi les neurobiologistes commencent à admettre ce que, avec une autre formulation, l'Orient a toujours affirmé : l'idée d'un fonctionnement psychologique différent. Alors se trouve réactualisé le nihuan des taoïstes, la porte mystérieuse localisée au centre du cerveau qui, franchie, permet de découvrir la " source " qui est en nous depuis le commencement. Mais la tradition a de l'avance sur la " parapsychologie " dans la mesure où elle prétend posséder les méthodes pour parvenir au surgissement de cette nouvelle conscience, à travers la réalisation de ses maîtres ou gourous. C'est ainsi qu'un mot ancien,

méditation, entre en mode, opposant la recherche de l'être et celle de l'avoir, la sagesse et la connaissance.

et celle de l'avoir, la sagesse et la connaissance. Ce qu'il faut nécessairement constater, c'est que

Ce qu'il faut nécessairement constater, c'est que cette approche de l'Orient et d'un comportement de méditation est difficile pour une forme de culture qui s'est développée selon d'autres valeurs. Succinctement, nous pouvons nous définir comme une culture fascinée par les mots et décapitée pour ce qui concerne le corps. Je ne pense pas être excessif. L'Orient c'est tout le contraire : méfiance pour toute démarche exclusivement intellectuelle, conviction que l'essentiel ne peut être " engrangé " et transmis par des mots. Pour s'en convaincre, il suffit de comparer les trajets respectifs des maîtres à penser des deux cultures : Socrate, Platon, le Christ d'une part, le Bouddha, par exemple, de l'autre.

D'un côté nous avons des histoires d'intarissables bavards, remplies de miracles et de démonstrations, de l'autre l'histoire d'un muet qui se contente d'une assise silencieuse, interrompue seulement, raconte la tradition, par le mouvement furtif d'une fleur dans sa main en direction du disciple privilégié dont la compréhension sera immédiate. Et pourtant, que la tentation est grande de parler de ce que promettent les spiritualités hindoues ou chinoises, ne serait-ce que pour trouver un alibi à une critique de notre propre culture. Ce qui est évident, c'est que toute notre éducation nous porte beaucoup plus à discuter qu'à expérimenter ou à éprouver. Qu'est-ce que la liberté, qu'est-ce que la passion, qu'est-ce que le Tai-chi chuan ? demande l'élève occidental avec beaucoup de courtoisie, mais sans réaliser l'extrême violence de son interrogation qui exige une réponse, un éclaircissement théorique immédiat pour un problème qui n'a jamais été posé, affronté par celui qui interroge.

Pour la tradition, le droit à la question suppose pour l'élève une réflexion préliminaire, l'aboutissement d'une recherche personnelle. Mais l'Orient, c'est aussi la certitude surprenante que le

corps est un moyen lumineux de parvenir à la réalisation, à l'Eveil spirituel. Nos écoles préparent des bacheliers capables de disserter sur l'unité du corps et de l'âme chez Platon mais qui, par ailleurs, se trouvent en grande difficulté pour porter leur attention (sinon leur âme) sur leurs sensations ou sur le rythme de leur respiration ; ou bien encore, dans le même temps, ils persévèrent à ne voir dans le Bouddha qu'un " gros type " qui se tient d'une manière curieuse. Évoquer une position correcte permettant un bon placement du bassin et de l'axe vertébral n'est efficace que si l'on fait allusion au déficit de la Sécurité sociale aggravé par la pathologie du dos. L'idée d'un homme estimant qu'il est mieux placé que n'importe quel professeur pour trouver ce qui est en lui, jugeant prioritaire de se comprendre lui-même avant d'expliquer aux autres comment ils fonctionnent (pour autant qu'il faille l'expliquer), est une idée " originale " dans notre mentalité.

est une idée " originale " dans notre mentalité. Dans son livre " Hara " K.-G.

Dans son livre " Hara " K.-G. Dürckheim (Le Courrier du Livre, 1982) constate que la culture

occidentale est une culture sans ventre, et qui ne peut s'investir qu'à un niveau de tête. Cette difficulté à approcher le corps, à " dégeler " le ventre, je l'ai rencontrée dans une école secondaire où un groupe d'élèves pratiquait le Tai-chi chuan. Il nous a fallu plusieurs mois pour parvenir à oublier le regard extérieur et à fermer les yeux en seiza (assise silencieuse), pour que réchauffement à partir de massages individuels (ou sur le dos du copain) ne soit pas compensé par des rires ou des plaisanteries

mettre à l'aise. La démarche n'impliquant aucune compétition ou comparaison avec

le partenaire, mais réclamant une attention à soi et à l'autre, était vécue comme extrêmement difficile et nouvelle. A cela s'ajoutait la nécessité de substituer un mouvement lent et continu, animé de l'intérieur, à une occupation du temps discontinue et décidée de l'extérieur. Enfin, le Tai-chi véhiculait un certain nombre d'idées qui s'opposaient aux principes habituels et redoublaient son étrangeté :

susceptibles de

- Nous l'abordions comme une technique de " dégonflement " privilégiant le vide, l'expiration, la réduction du thorax et la détente du ventre. Toute leur formation (comme la nôtre) reposait sur des notions opposées : aspiration esthétique d'une cage thoracique développée et d'un ventre gommé correspondant sur le plan intellectuel à l'ambition légitime de " se gonfler " de connaissances pour réussir aux examens ou dans la vie. Il leur était demandé de passer de l'inspiration permanente et conseillée à l'expiration mal vue, mal notée.

- Nous insistions sur l'aspect mouvement, changement perpétuel du Tai-chi chuan. Pratiquer une démarche où l'on est propriétaire de rien, où l'installation n'est pas possible ni souhaitée, leur donnait l'impression de jouer les caméléons tristes. Et puis un jour, sans le vouloir bien sûr, Jacques Brel

m'aida par l'intermédiaire d'un élevé qui rapporta une boutade du chanteur apparemment très : " Moi, j'habite toujours ma valise ! " De cette manière, le mouvement n'était plus synonyme d'indifférence et il devenait possible d'être attentif à ce qui surgit et disparaît.

Tai-chi

d'être attentif à ce qui surgit et disparaît. Tai-chi Je voudrais ajouter deux remarques : La

Je voudrais ajouter deux remarques : La volonté intellectuelle d'atteindre le maximum de clarté, de dégager des possibilités de recherche n'est pas à brûler. Mais ce qui est important, c'est de délimiter le point où la démarche intellectuelle doit obligatoirement passer le relais à l'expérience directe qui implique ressenti et apprentissage. Le proverbe japonais qui demande d'oublier le doigt lorsqu'on a perçu ce qu'il indiquait (la lune ou les étoiles) ne dit pas que le doigt était inutile. Nous priver de nos moyens d'analyse face à l'opacité spirituelle de l'Orient serait sans doute aussi dangereux que de les sanctifier à l'extrême. Cela est valable pour le langage ; conscient de ses limites, nous n'avons pas pour autant à le dévaloriser totalement. Significative à cet égard, la première et célèbre phrase de Lao-Tseu dans le Tao-te kîng : " Le Tao dont on parle n'est pas le Tao ", qui néanmoins, précède quelques milliers de mots s'efforçant de saisir l'informulable : le Tao. La conception relativement répandue qui consiste à poser une culture occidentale complètement démunie, " nue comme un ver "

dans sa tentative d'approcher la quête des traditions orientales, ne me semble pas véritablement fondée. L'Art, vers lequel nous ne tournons pas suffisamment le regard, participe d'intentions qui n'ont rien à envier aux recherches hindoues ou chinoises. Nous aurions à gagner à être attentifs à nos musiciens, peintres et poètes. Il est vrai que nous sommes loin de les considérer comme des gourous dignes d'écoute.

Les trois aspects du Tai-chi chuan

Depuis quelques années, le public français attentif aux démarches corporelles a pu voir apparaître de nombreux articles sur le Tai chi chuan dans les principaux journaux et magazines. Sa présentation est multiforme : quelquefois, assimilé à une acupuncture en mouvement, ses bénéfices thérapeutiques sont privilégiés ; d'autres analyses le proposent comme une activité physique susceptible de s'intégrer aux nouvelles formes de gymnastique psychosomatique supposant une prise de conscience des tensions, une écoute musculaire et respiratoire. Enfin, des spécialistes des arts martiaux au Japon, aux U.S.A, et même en France, consacrent des essais à cette grande origine chinoise des techniques de combat à mains nues. Certains professeurs de Tai-chi insistent sur la démarche de méditation qui le soutient, d'autres sur l'aspect gymnique de la pratique, d'autres enfin sur l'aspect martial. Pour les Chinois, les trois aspects sont inséparables.

Pour les Chinois, les trois aspects sont inséparables. Méditation, gymnastique et acupuncture en mouvement, art

Méditation, gymnastique et acupuncture en mouvement, art martial : les aspects du Tai-chi chuan

sont multiples, mais supposent tous l'actualisation et l'utilisation d'une énergie particulière appelée ch'i. Cette énergie est comparable au sang, non seulement parce qu'elle est conçue comme absolument nécessaire, mais aussi parce qu'elle circule également à travers le corps en suivant des voies de passage nommées " méridiens ". La notion de ch'i s'exprime dans le deuxième groupe du caractère chinois, où l'on voit un homme de profil dont la main droite sait transformer l'énergie issue de la bouche (nutrition).

transformer l'énergie issue de la bouche (nutrition). Tai-chi chuan méditation La notion de méditation dans sa

Tai-chi chuan méditation

La notion de méditation dans sa relation au Tai-chi chuan est à définir à deux niveaux :

- II est évident que lorsque la " Longue forme " (l'enchaînement des mouvements) est acquise,

maîtrisée et respirée, on dispose d'un moyen de relaxation physique et mentale particulièrement efficace. Je ne connais pas de styles externes ou internes offrant un mouvement-kata aussi long que le Tai-chi, et cela a sans doute compté pour beaucoup dans sa popularité. Dès ce premier niveau, la démarche nous introduit dans une situation d'espace et de temps très différente du quotidien : le plus souvent, nous ne sommes pas là - ici et maintenant - mais nous digérons du passé et délirons de l'avenir, capturés par l'imaginaire entre des événements finis et des moments rosés qui n'arriveront jamais ou qui n'arrivent pas toujours de la manière escomptée. D'une façon lapidaire, disons que le mouvement tai-chi nous oblige à cesser de " bourdonner ", c'est-à-dire à focaliser notre attention sur chaque instant présent, sur le surgissement du geste nouveau dans celui qui s'efface. Mais les maîtres de Tai-chi chuan ont eu, pour leur art, d'autres prétentions qu'une simple finalité de relaxation, si intéressante soit-elle.

- La méditation propre au Tai-chi chuan est à éclairer à partir du taoïsme, et nous reviendrons sur

cette forme de spiritualité chinoise et ses intentions. Nous préciserons cette méditation qui présente deux pratiques essentielles : une attitude mentale (Cunsi ou le " Cœur vide ") et une recherche particulière au niveau de la respiration et de l'énergie (Taixi ou la " Respiration embryonnaire ").

Tai-chi chuan gymnastique II est tout à fait légitime d'assimiler le Tai-chi chuan à une

Tai-chi chuan gymnastique

II est tout à fait légitime d'assimiler le Tai-chi chuan à une gymnastique douce. " La " Longue forme

" est un exercice pour se connaître soi-même ", disent les maîtres chinois. La signification de la phrase traditionnelle implique une approche du corps et du mouvement à partir d'une triple

préoccupation :

- Découvrir, observer comment " Je fonctionne " dans le mouvement, qui domine et entraîne : les épaules ? les bras ? le ventre ou les jambes ? D'habitude, nous ne nous posons pas de telles questions,

et grande est la surprise de celui qui débute de constater qu'un corps - le sien en l'occurrence - est fait

de parties, d'éléments qui n'acceptent pas toujours de vivre ensemble ou alors qui s'opposent, que l'autogestion désirée au niveau social n'est déjà pas très claire, facile, au niveau corporel, individuel. Le Tai-chi chuan exige une conscience de la totalité du corps, mais le mouvement doit être animé,

dirigé par le ventre. Cette conscience impérative du ventre est une des plus grandes difficultés de la démarche. On entend, on comprend, on pense ce qu'il faut faire, mais on constate que c'est le pied ou

la jambe qui ont décidé et entraîné le corps. Ainsi, le bassin/ventre est transporté par la périphérie et

ne joue aucun rôle. La coordination, l'articulation du mouvement supposent un déplacement ventre, épaules, coudes, et poignets/mains. Je prends souvent l'exemple de la mer, milliards de vagues dont l'énergie est nécessaire pour pousser la dernière vague sur le sable.

- Rechercher constamment l'énergie minimum pour développer le mouvement et assurer tous les déplacements dans l'espace. Idée chinoise ancienne, mais aussi très moderne : l'énergie est donnée à

l'origine, mais son entropie inévitable est une bonne raison pour ne pas la gaspiller.

- Gommer les tensions afin d'économiser l'énergie, mais aussi pour gagner en sensibilité et en attention : une contraction est toujours une rupture, donc une vulnérabilité.

Je ne voudrais pas présenter le Tai-chi chuan comme la panacée. Cette dernière est toujours un choix

individuel et c'est bien ainsi. Il s'agit pour chacun de trouver ce qui lui convient le mieux, et cela peut être aussi le yoga, la danse, la gymnastique classique, le karaté, etc. Néanmoins, sans entrer en compétition avec la gymnastique européenne qui garde sa spécificité et son efficacité, le Tai-chi avec ses mouvements lents est très bénéfique au niveau musculaire ; les muscles n'ont pas à être brutalisés pour se développer harmonieusement. Cela permet également à la démarche d'être pratiquée à n'importe quel âge, sans aucune contre-indication en ce qui concerne l'axe corporel.

contre-indication en ce qui concerne l'axe corporel. Tai-chi chuan art martial A art Hong Kong, un

Tai-chi chuan art martial

A

art

Hong Kong, un maître de Tai-chi m'a raconté une petite histoire qu'il pensait éclairante sur son " II était une fois un vieux maître qui posait un oiseau dans sa main - sans doute une hirondelle

de Chine - et ceux qui l'entouraient pouvaient s'étonner de voir les efforts inutiles de l'oiseau pour s'envoler. Minuscule force incapable de trouver un point d'appui, sentie et captée par un autre mouvement invisible : l'extrême sensibilité de la paume ouverte. " J'ai beaucoup marché à Hong Kong, mais je dois avouer ne jamais avoir rencontré le vieux Chinois de l'anecdote paisible. Néanmoins, elle illustre bien la recherche et la spécificité du Tai-chi chuan en tant que technique de combat.

Les arts martiaux chinois se répartissent en styles externes (wai chia / écoles exotérique) et en styles internes (nei-chia / école ésotérique). Dans les premiers, il s'agit _ même lorsque les intentions sont plus ambitieuses _ de développer essentiellement la force musculaire et la rapidité ; en d'autres termes, de bloquer l'énergie de l'autre et de détruire sa capacité d'agression. Le Shaolin qui, transformé à Okinawa sera à l'origine du Karaté, en est l'exemple type. Le Tai-chi chuan est classé dans les styles internes avec le Pa Kua chuan (ou boxe des 8 trigrammes). Ce qu'il faut développer ici, c'est une énergie particulière qui s'obtient à la fois par une maîtrise de la force musculaire et une position du corps respectant des exigences très précises, enfin par un travail particulier et fondamental de la respiration.

Pour ce qui concerne les styles internes, il s'agit de " prendre " et de " ressortir " l'énergie qui agresse. Tout cela est bien sûr facile à dire et à écrire, mais beaucoup plus difficile à réaliser. J'ai travaillé à Taipeh avec un maître qui n'était pas très vieux, qui ne fixait pas les oiseaux dans sa main et qui pourtant avait un grand art pour " ressortir " la force. En riant, il projetait à .plusieurs mètres, d'une simple caresse _ apparemment _ le partenaire qui lui avait frappé l'épaule. Chacun des spectateurs avait la possibilité de tenter l'expérience en disant au maître : " Ce n'est pas possible qu'un petit coup

Essai immédiat et gratuit, sans douleur, mais qui " blanchissait " le

cerveau durant une seconde fulgurante.

puisse déséquilibrer à ce point "

La question de savoir si les styles internes ont précédé les styles externes ou si, à l'inverse, le Tai-chi chuan s'est développé à partir du Shaolin est fréquemment posée. La réponse est souvent liée à la démarche d'élection. Ce qui est certain, c'est que Shaolin et Tai-chi constituent une des grandes origines des arts martiaux orientaux ; ce qui est également évident, c'est que ceux qui pratiquent les formes martiales dures fondées sur la rapidité et la force finissent souvent par une recherche de l'énergie interne liée à une plus grande relaxation musculaire. Cela revient à retrouver, consciemment ou non, les intentions du Tai-chi chuan séculaire. Ainsi, le plus ancien se découvre le plus actuel.

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Les principes essentiels du TaiJi Quan De Yang ChenFu

extrait de TaiJi Quan, art martial, technique de longue vie / Catherine Despeux / Trédaniel

1) Vider la nuque et maintenir l'énergie au sinciput :

Maintenir l'énergie au sinciput, c'est tenir la tête et le cou droits, et "suspendre la tête par son sommet". Celui qui peut maintenir l'énergie au sinciput commence à être capable d'exécuter les mouvements correctement ; son énergie spirituelle est alors reliée au sommet de la tête. II convient de ne pas employer la force musculaire qui raidirait le cou, gênant la circulation du sang et du souffle. Pour vider la nuque, il faut chasser toute pensée ordinaire, de sorte que le souffle pur monte et le souffle impur descende. Si l'on peut vider la nuque et maintenir l'énergie au sinciput, la force vitale se met en branle d'elle-même ; léger et agile, le corps entier est bien centré, sans pencher d'un côté ni de l'autre, et les jambes sont dans la position du cavalier en selle d'une grande stabilité.

2) Rentrer légèrement la poitrine et étirer le dos :

Pour rentrer légèrement la poitrine, il faut la retenir vers l'intérieur, tout en la gardant relâchée. La poitrine est plus ou moins rentrée selon les mouvements. Une fois la poitrine rentrée, les épaules peuvent être solidement accrochées et les bras allongés Si l'on bombe la poitrine, le souffle est comprimé à ce niveau et ne peut circuler dans les bras ; la partie supérieure du corps est lourde, la partie inférieure légère et les pieds ne tiennent pas fermement au sol. Pour rentrer la poitrine, il faut étirer le dos, c'est-à-dire relâcher la colonne vertébrale, comme si elle était tirée par le haut. Dans le même temps, il faut relâcher les épaules et laisser tomber les coudes le long du corps, sinon les poumons sont comprimés et le processus physiologique gêné. De même, il faut veiller à ce que le souffle adhère au dos, pénètre dans la colonne vertébrale et s'y accumule ; il faut rentrer légèrement la poitrine et étirer le dos pour se ramasser avant l'émission (de l'énergie) L'énergie décochée part de la colonne vertébrale, il ne s'agit pas uniquement de la force musculaire des bras.

3) Relâcher les épaules et laisser tomber les coudes :

Dans la pratique du Taiji quan, il convient d'employer la pensée créatrice et non la force musculaire. Les épaules doivent être relâchées et les coudes tomber le long du corps. Ainsi, les épaules peuvent être solidement accrochées et les bras être étirés S'il y a le même écart entre les deux épaules et les deux coudes, l'énergie commence à pouvoir circuler jusque dans les mains et être émise. Sinon, les coudes sont à l'horizontale, les épaules haussées ; il en résulte que les bras ne sont pas maîtres de la force musculaire et n'ont absolument pas de légèreté, d'agilité, de rondeur et de vivacité ; il ne saurait à plus forte raison être question d'émettre l'énergie.

4) Relâcher la taille :

La taille est le maître de tout le corps. Les pieds n'ont de la force et le bassin de l'assise que si l'on est capable de relâcher la taille. Les passages du "plein" au "vide" s'effectuent à partir de mouvements tournants de la taille. C'est pourquoi l'on dit : "La source du commandement est à la taille". Le manque de force provient de la taille et des jambes.

5) Employer la pensée créatrice et non la force musculaire :

Il est dit dans le Traité sur le Taiji quan : "Tout réside dans l'emploi de la pensée au lieu de la force"'. Pendant la pratique du Taiji quan, tout le corps est détendu, de sorte que pas la moindre énergie grossière ne subsiste et ne stagne entre les os, les muscles ou les veines, vous ligotant ainsi vous- même. C'est alors seulement que l'on peut effectuer les passages d'un mouvement à l'autre avec légèreté et facilité, et exécuter les mouvements tournants avec naturel. Certains doutent qu'il soit possible d'avoir une force durable sans l'emploi de la force musculaire, mais le corps humain possède des canaux de circulation du souffle, de même que la terre a ses rigoles. Si les rigoles ne sont pas obstruées, l'eau coule ; si les veines ne sont pas bouchées, le souffle circule. Lorsqu'une énergie raide emplit ces canaux, le sang et le souffle sont gênés, les mouvements tournants manquent d'agilité et il suffit de tirer un cheveu pour que tout le corps suive. Si au lieu de la force musculaire on emploie la pensée créatrice, là où la pensée parvient, le souffle parvient. De la sorte, le sang et le souffle circulent continuellement dans le corps sans s'arrêter un seul instant. Grâce à un long entraînement, l'on acquiert la véritable énergie intérieure, et comme il est dit dans le Traité sur le Taiji quan : "La souplesse et la flexibilité extrêmes produisent la résistance et la rigidité extrêmes ." Ceux qui sont familiarisés avec la technique du Taiji quan et la maîtrisent ont les bras semblables à du fer entouré de coton, la force y est enfouie profondément, tandis que les disciples de l'école exotérique manifestent la force musculaire dans l'action et semblent flotter dans l'inaction. Cela prouve que leur force musculaire n'est qu'une énergie superficielle. Quand on emploie la force musculaire à la place de la pensée créatrice, l'adversaire peut très facilement vous inciter à vous mouvoir, cela ne mérite pas notre estime.

6) Relier le haut et le bas :

Relier le haut et le bas c'est se conformer à ce principe énoncé dans le Traité sur le Taiji quan :

"L'énergie prend racine dans les pieds, se développe dans les jambes, est commandée par la taille et se manifeste dans les doigts. Des pieds, aux jambes, à la taille, il faut une unité parfaite." Tout mouvement des mains va avec un mouvement de la taille ; quand les pieds se meuvent, l'énergie spirituelle des yeux (le regard) se meut en même temps et les suit ; dans ce cas, l'on peut dire que le haut et le bas sont reliés ; mais si une seule partie du corps ne se meut pas avec le reste, il y a désordre et dislocation.

7) Unir l'intérieur et l'extérieur :

Le travail du Taiji quan est un travail de l'énergie spirituelle. C'est pourquoi l'on dit : "L'énergie spirituelle est le maître, le corps le valet." Si l'on peut mettre en branle la force vitale, les mouvements sont spontanés, légers et agiles. L'enchaînement des mouvements suit les principes (d'alternance) de "plein" et de "vide", d'ouverture et de fermeture. Quand on parle d'ouverture il ne s'agit pas uniquement d'ouverture des pieds et des mains, mais aussi de l'ouverture de la pensée et de l'esprit. De même, la fermeture n'est pas seulement une fermeture des pieds et des mains, mais aussi

de la pensée et de l'esprit. Si l'intérieur et l'extérieur peuvent être unis en un seul souffle, tout est parfait.

8) Lier les mouvements sans interruption :

Dans les arts de combat de l'école exotérique l'énergie employée est l'énergie grossière du "ciel postérieur". Il y a donc des départs, des arrêts, des enchaînements, des interruptions. C'est au moment précis où l'ancienne force arrive à sa fin et où la nouvelle n'est pas encore née que l'on peut le plus aisément être vaincu. Comme, dans le Taiji quan l'on utilise la pensée et non la force musculaire, tout est lié sans interruption du début à la fin ; quand une révolution est terminée, une autre commence, le mouvement circulaire se déroule à l'infini. II est dit dans le Traité originel : "La longue boxe est semblable aux flots d'un long fleuve ou de la mer, qui se meuvent continuellement et sans fin." Ou encore : "Faites se mouvoir l'énergie comme un fil de soie que l'on dévide d'un cocon." Toutes ces comparaisons suggèrent que tout est relié par un seul souffle.

9) Rechercher le calme au sein du mouvement :

Dans les arts martiaux de l'école exotérique, la capacité de sauter est considérée comme très importante, et l'on y utilise jusqu'à épuisement la force musculaire et le souffle. C'est pourquoi, après s'être exercé, le boxeur est toujours haletant. Dans le Taiji quan, on dirige le mouvement par le calme ; bien que mouvant, l'exécutant reste calme ; c'est pourquoi il est préférable d'exécuter l'enchaînement des mouvements le plus lentement possible. Grâce à ta lenteur, la respiration devient longue et profonde, le souffle est concentré dans le champ de cinabre, et le pratiquant n'a naturellement pas les artères battantes. Les adeptes doivent s'appliquer à comprendre cela, mais peu y arrivent.

Légende et Histoire du Tai Chi Chuan Synthèse par Au Fil Du Temps

En Chine, les monts Wudang sont aux arts internes ce que le temple de Chaolin est aux arts externes. C'est dans ces monts, hauts lieux renommés du Taoisme, dans les brumes de la province du Hébai, que se trouvent les sources des arts internes. Les monts Wudang sont associés au personnage de Zhang Sanfeng, philosophe et ermite taoïste qui y séjourna et qui vécut entre le début du XII siècle et la fin du XIIIème siècle. On lui attribue la création du Tai Chi Chuan

siècle. On lui attribue la création du Tai Chi Chuan La légende : Le sage Chang

La légende :

Le sage Chang San-Feng était natif de I-Chou dans la province de Liaotung. Il était haut de sept pieds, charpenté comme une grue et avait l'allure d'un pin. Son visage était comme une ancienne lune, avec de gentils sourcils et des yeux généreux. Ses moustaches étaient taillées comme des lances et, été comme hiver, il portait le même large chapeau de bambou. Portant un cache poussière en crin de cheval, il pouvait parcourir un millier de miles en une journée. Au début du règne de Hung-wu, il voyagea jusqu'aux montagnes T'ai-ho dans le Sichuan pour pratiquer les arts taoïstes et s'établit dans le Temple du Jade Vide. Il pouvait réciter les classiques par cœur après une seule lecture. Dans la vingt-septième année du règne de Hung-wu, il se rendit dans les monts Wudang, dans le Hubei, où il aimait discuter des classiques et de philosophie avec la population locale.

Un jour, il était à l'intérieur récitant les classiques lorsqu'un oiseau plein d'allégresse se posa

Un jour, il était à l'intérieur récitant les classiques lorsqu'un oiseau plein d'allégresse se posa dans la cour. Son chant sonnait comme les notes de la cithare. Le sage observa l'oiseau de sa fenêtre… L'oiseau reprit de l'altitude, puis scruta, tel un aigle, un serpent lové sur le sol. Les cris aigus, courroucés, de l'oiseau percèrent la quiétude de la chaude journée d'été : l'oiseau hésite, rôde dans le ciel bleu pendant un moment ; quand tout à coup il pointe son bec affûté et attaque en piqué pour tuer.

il pointe son bec affûté et attaque en piqué pour tuer. Mais le serpent est alerte.

Mais le serpent est alerte. Il esquive de la tête en un mouvement aisé et spiralé. L'oiseau fonce de nouveau en se battant avec ses ailes ; le serpent se contorsionne encore. Le long serpent agite la tête, ondulant çà et là pour échapper aux ailes de l'oiseau qui, frustré et déconcerté, retourne en altitude. Puis encore et encore, l'oiseau plonge frénétiquement, mais le serpent évite tout effort avec talent, et se porte hors de danger grâce à un nouveau mouvement en spirale. Le serpent feint alors la fatigue en invitant l'oiseau à l'approche. L'oiseau tombe dans le piège et le serpent se dresse et enfonce ses dents dans la victime surprise.

Pendant ce combat pour la survie, les yeux de Chang Sen-Fong, surveillent attentivement. Intrigué par l'habileté du serpent à éviter soigneusement les féroces coups d'estoc de son adversaire, le philosophe étudie et mémorise ses mouvements. L'oiseau fait des mouvements saccadés et dispersés. Le serpent se meut en souplesse et en cercles. Il comprend alors que la souplesse et l'attention gagnent sur la raideur et la dispersion.

De ce combat, Chang San-Feng reçut une révélation : le serpent alliant force et souplesse

De ce combat, Chang San-Feng reçut une révélation : le serpent alliant force et souplesse reflètait, dans sa forme lovée, l'image des énergies yin et yang, symbole du Tai Chi Chuan, comprenant le principe du souple enveloppant le dur. Se fondant sur les transformations du Tai Chi (le Grand Ultime), le sage développa le Tai Chi Chuan pour cultiver l'énergie et l'esprit (shen), le mouvement et le repos, croissance et décroissance… Chang commença par travailler sur un système de self défense basé sur les mouvements du serpent et les principes du Yin et du Yang. Ses efforts ont marqué les débuts du Tai Chi Chuan en Chine. Il pratiquait chaque jour pendant des heures avant d'enseigner la nouvelle forme de self défense à quelques étudiants choisis. Le secret ne fut pas dévoilé au grand public avant le XXème siècle.

fut pas dévoilé au grand public avant le XXème siècle. La chronologie historique : L'essence de

La chronologie historique :

L'essence de la création du Tai Chi Chuan provient d'éléments divers apparus au fil du temps et des

siècles dans l'histoire de la Chine :

3500 av JC:

Premières traces de la pratique de la médecine traditionnelle chinoise.

1400 av JC :

Premières traces de la pratique martiale en Chine sur poteries et fresques.

3ème s. av JC :

Hua To, médecin crée une gymnastique thérapeutique, jeu des 5 animaux.

4ème s. ap JC :

Ge Hong, taoïste introduit des exercices respiratoires dans la pratique martiale.

6ème s. ap JC :

La rencontre de différentes disciplines -arts martiaux, médecine chinoise, techniques de méditation- fonde l'origine des arts martiaux "internes ".

Dynastie des SONG du Nord (960/1127)

Les arts martiaux se diversifient, la pratique jusqu'ici réservé aux militaires et aux religieux se popularise aux civils tel les paysans qui apprennent pour se défendre et se battre.

Dynastie des MlNG (1368/1644)

Chan San Feng Ermite taoïste, observe le combat d'un serpent et d'un oiseau, et en tire l'enseignement de l'efficacité, de la rondeur et de la souplesse sur la rectitude et la dispersion.

Général Qi Jiguang 16ème (1528-1587) Répertorie et regroupe les points forts de 16 écoles d'arts martiaux et codifie un enchaînement de boxe "longue", "chang quan " de 32 mouvements.

Dynastie des ING 1644-1911 Mandchous

Les arts martiaux sont formellement interdits par décret impérial. Cette décision favorise le développement des arts internes, plus "discrets " que les arts externes.

Chen Wang Ting 17ème (1600-1680) 9ème génération de la famille Chen (Chen Bu 1372) Originaire du district de Wenxian, province du Henan Militaire en retraite, on lui attribue la paternité du "style Chen" Compilation de techniques martiales, tuishou, médecine traditionnelle chinoise, alchimiste retrouve en autres 29 techniques des 32 mouvements de la boxe de Général Qi Jiguang

On

Yang Lu-chan 19ème(1799-1872) Originaire du Yongxian. Province du Hebei. Serviteur au sein de la famille Chen (Chen Changxing). Est admis par le maître dans son cours, et perfectionne son apprentissage. Est le déclencheur de la popularisation de l'enseignement jusque là réservé aux familles privilégiées

Yang Cheng-fu fin 19ème début 20ème (1883-1936) Petit-fils de yang Lu-Chan. Développa le standard actuel forme "styleYang".

Dong (Tung) Ying-Jie (1898-1961) Originaire de Xintai, province du Hebei. Assistant principal de Yang Cheng-Fu pendant 17 ans, et co-auteur de ses livres.

Dong (Tung) Hu-Ling (1917-1992) Fils de Dong Ying-Jie

Dong (Tung) Kai-Ying (1941-) Petit-fils de Dong Ying-Jie

Le grand Taï Chi et le petit Taï Chi Par Maître Tung Kai Ying

Paru en Mars 1977 dans Tai Chi vol.1 n°2 Los Angeles

L'univers est un grand Taï Chi et le corps humain est un petit Taï Chi. Comme le corps humain possède les caractéristiques du Taï Chi, tout être humain peut pratiquer le Taï Chi Chuan. En s'accordant à l'esprit interne chacun peut re-cultiver l'énergie et la santé qu'il a possédées, développer ses potentialités. Le corps humain est comme une machine qui se rouille si elle n'est pas utilisée pendant longtemps. La rouille peut bloquer le passage du Chi ou énergie vitale, et la circulation du sang. Ainsi commencent tous les maux…Si quelqu'un veut discipliner son corps, la pratique du Taï Chi Chuan est le meilleur exercice. En pratiquant, il faut accomplir le Chi par l'esprit et la nature et non par l'exercice physique de la force. Ainsi n'y a-t-il pas à souffrir de fractures osseuses, de lésions musculaires ou d'écorchures sur la peau.

Mais s'il n'y a pas d'effort physique, d'où vient donc la force ?

L'explication est celle-ci : pendant les exercices, les épaules du pratiquant doivent être relâchées, les coudes abaissés, la respiration descendue au"Tantien (région située en arrière du nombril). Le Tantien est le quartier général du Chi. C'est là que le Chi prend son départ pour circuler à travers le corps, les organes et les extrémités. Lorsque quelqu'un a pratiqué le Taï Chi Chuan pendant un certain temps, son esprit peut diriger le Chi à volonté, sa force est illimitée.

Le Taï Chi Chuan est basé sur un système interne d'exercices. Celui qui veut développer sa force et se garder en bonne forme, quel que soit son âge, son sexe et sa vigueur, peut l'apprendre. Après quelques mois d'étude et de pratique, l'élève constatera une amélioration graduelle de sa santé et sera familiarisé avec les formes de base. Après trois ans de pratique attentive, les formes pourront être bien exécutées et, ainsi, appliquées automatiquement. L'étudiant qui pratique jour après jour deviendra plus talentueux. Le guide ci-dessous l'y aidera.

- Il est préférable de pratiquer chaque jour, matin et soir. Deux ou trois fois par jour, c'est bien.

- Reposez-vous au moins une demi-heure ou une heure après un repas avant de pratiquer.

- Ne surestimez pas vos forces. Ne faites que ce que votre force et votre santé vous permettent de

faire. Si vous avez été soigné pour une indisposition, ne pratiquez pas tout de suite - attendez d'avoir récupéré.

- En été, ne vous baignez pas dans l'eau froide après avoir été échauffé par l'exercice. Des bains

froids risquent de renfermer hermétiquement la chaleur dans le corps, ce qui peut être nocif. Reposez-

vous un moment et prenez le temps de vous rafraîchir.

- En hiver, mettez un manteau tout de suite après avoir pratiqué pour éviter de prendre froid.

- Ne vous asseyez pas tout de suite après l'exercice. Marchez quelques minutes pour faciliter la circulation du Chi ou énergie interne, et pour équilibrer la circulation sanguine.

- Pendant la pratique ne laissez pas votre esprit devenir la proie des soucis et des préoccupations. Il

doit être vide, sauf d'une totale concentration sur le Taï Chi Chuan.

- Le débutant, au départ, n'apprend qu'un ou deux pas à la fois. Il doit essayer d'être détendu et, en même temps, sérieux dans son étude.

- Le Taï Chi Chuan semble bien difficile quand on commence à l'apprendre. Mais une fois que les formes de base sont devenues familières, pratique et étude sont plus aisées.

Citations

familières, pratique et étude sont plus aisées. Citations de Yang Chenfu : " Je souhaite que

de Yang Chenfu :

" Je souhaite que les élèves futurs ne soient pas détournés par les formes externes, mais recherchent toujours la vérité interne."

de Tung Kai Ying :

" Le TaiJi doit être aspiration à la sérénité et à la révélation de soi. C'est vraiment un exercice

intérieur

permettra d'acquérir une subtilité sans fin. "

C'est

aussi une méthode de self défense très élaborée et efficace

Plus

de pratique

"Le propos du TaiJi n'est pas l'étalage de la force ou de la puissance, mais la recherche de la sérénité intérieur et de la découverte de soi. La pratique reconstruit le soi intérieur tout autant que le corps. "

" Le propos de base du TaiJi c'est de vivre en meilleure santé par des exercices appropriés.

Cependant, il en découle deux autres desseins : l'application de l'art au sport, et l'application de l'art à la self défense. Pour apprécier pleinement l'aspect exercice, l'étudiant doit se familiariser avec le

principe du Taï Chi Chuan (Faîte Suprême). Le Chi est considère comme le coeur central du Taï Chi Chuan (Poing du Faîte Suprême). C'est un concept semblable à celui du Ki en Aïkido. C'est une force mentale qui donne à celui qui l'utilise plus de puissance et de vigueur quand elle se combine à la force physique. "

" Le TaiJi ne se copie pas; il faut apprendre ce qu'il y a sous la technique."

de Tung Ying-Jie :

" Pour devenir habile, vous devez suivre votre instinct : vos mouvements et votre repos, ombres et lumières, ouvertures et fermetures, tout se met peu à peu en ordre ; alors votre instinct se révèle pleinement. "

" Au début de l'exercice, on ressent des courbatures dans tout le corps. C'est la transformation de la force brute. Il n'y a lieu ni de s'inquiéter, ni de se décourager. Au bout de quinze jours, lombes et

jambes deviennent légers et allègres ; l'esprit et le souffle

martial, les vaisseaux sont bloqués ; les tendons se rétractent et se raccourcissent ; c'est pourquoi la force se fixe aux épaules et au dos. Après l'entraînement, les vaisseaux communiquent librement ; les tendons s'allongent et la force se déploie. Des épaules et du dos, elle passe par le bras, le poignet et se manifeste aux doigts. Progressivement, on abandonne ainsi la nature acquise et on retrouve la nature innée. Si l'on acquiert la capacité de la nature innée, c'est la merveille prodigieuse."

s'amplifient.

.Avant la pratique de l'art

Les Chevaliers errants Par Catherine Despeux

extrait de TaiJi Quan, art martial, technique de longue vie / Trédaniel

Pour l'Occident, la Chine, lorsqu'elle n'est pas envisagée sous son aspect actuel, n'est trop souvent que l'empire du Milieu, celui des lettrés, des calligraphes, à la recherche du raffinement en toutes circonstances. C'est oublier la réalité quotidienne d'un peuple innombrable et essentiellement rural, oublier que la Chine fut sans cesse menacée par les guerres frontalières autant qu'intérieures, et qu'elle a par conséquent développé une forte tradition d'autodéfense. Les arts militaires ont donc de tous temps joué un rôle important dans la civilisation chinoise, dont l'idéal était d'ailleurs un équilibre entre les vertus civiles et les vertus militaires. Le Taiji quan est l'une de ces techniques d'autodéfense. Ce terme signifie " technique de combat à main nue du Faîte Suprême " ; il s'oppose au Taiji jian " technique de l'épée du Taiji " ou Taiji dao, " technique du sabre du Taiji ". Il a été classé par les Chinois dans les arts martiaux (wushu).

Dans la tradition chinoise, la force guerrière n'est pas tant destinée à attaquer, qu'à se défendre et à instaurer la " grande paix " (taiping), un thème que l'on retrouve tout au long de l'histoire de l'empire. Cet idéal de la grande paix, des groupes ou des sociétés secrètes aussi bien que certains individus se présentant comme défenseurs de la justice, se sont efforcés de le concrétiser. A côté de l'armée impériale, des héros sont apparus dont l'idéal était de prôner la justice, allant pour cela jusqu'à sacrifier leur vie, et n'hésitant pas à s'opposer à l'ordre impérial lorsqu'il était source d'injustice. Un adage chinois dit à leur propos : " Dès qu'ils trouvaient du désordre sur leur chemin, ils sortaient leur sabre pour apporter leur aide. " On s'en doute, ces actions chevaleresques étaient fort respectées et admirées d'un peuple qui avait parfois autant à souffrir de la rapacité des fonctionnaires que des attaques de brigands.

La littérature populaire abonde en histoires de ces héros, présentés en modèles au lecteur. Parmi les plus célèbres, citons le roman Au bord de l'eau de la dynastie des Ming, qui retrace les exploits de chevaliers redresseurs de torts, et reflète fort bien l'état de la société paysanne de l'époque. Tout aussi célèbre est le Roman des Trois Royaumes, récit des exploits de Zhang Fei, Liu Pei et Guanyu, ce dernier ayant d'ailleurs été divinisé pour devenir le protecteur des villages. La dynastie des Qing (1644-1912) a connu une floraison de ces romans de cape et d'épée, dont les héros sont dotés de maints pouvoirs surnaturels.

dont les héros sont dotés de maints pouvoirs surnaturels. L'existence de ces héros chevaleresques si populaires
dont les héros sont dotés de maints pouvoirs surnaturels. L'existence de ces héros chevaleresques si populaires

L'existence de ces héros chevaleresques si populaires a été considérée par Sima Qian, premier historien officiel de la Chine, comme un phénomène suffisamment important pour qu'il leur consacre

dans ses Mémoires historiques deux biographies, la " Biographie des assassins " et la " Biographie des chevaliers errants ", cette dernière étant introduite par cette citation du Hanfeizi, ouvrage légiste du IIIe siècle av. J.-C. : " Les Confucéens embrouillent la loi avec leurs écrits, les chevaliers errants violent les interdits en usant de leur force, tous deux sont à désapprouver. "

Sima Qian étant historien de la Cour ne pouvait nous livrer directement son opinion personnelle, mais il semble bien qu'en mettant cette citation en tête de ces biographies, il veuille se démarquer de la suite du texte, qui laisse percer une certaine sympathie pour ces chevaliers dont il nous rapporte l'existence. Ces chevaliers errants étaient un objet de crainte de la part du pouvoir central, auquel ils n'hésitaient pas à s'opposer, crainte justifiée puisqu'ils participèrent au renversement de plusieurs dynasties, telle celle des Yuan.

Dans ces biographies, Sima Qian distingue plusieurs sortes de chevaliers : les chevaliers plébéiens, les chevaliers des villages et ceux des villes. Cependant, les différentes études consacrées à ces hommes ne s'accordent pas pour en faire un groupe social particulier. Ces chevaliers errants et ces héros agissaient le plus souvent à la tête de milices qu'ils constituaient eux-mêmes ou qu'ils trouvaient déjà constituées dans les villages. Il semble qu'au cours de l'histoire chinoise, la plupart des villages se soient dotés d'une structure d'autodéfense plus ou moins élaborée suivant leur importance. Ce pouvait être ainsi une famille entière au sein de laquelle se développait l'enseignement des arts martiaux. Quant à l'origine sociale des membres de ces milices, la littérature populaire la précise rarement, encore qu'il semble établi qu'elles accueillaient un grand nombre de fils de familles pauvres.

accueillaient un grand nombre de fils de familles pauvres. C'est dans l'une de ces milices paysannes
accueillaient un grand nombre de fils de familles pauvres. C'est dans l'une de ces milices paysannes

C'est dans l'une de ces milices paysannes que le Taiji quan apparut au XVIIème siècle. La plupart des maîtres étant de basse extraction, nombre d'entre eux ne savaient ni lire ni écrire ; les documents authentiques, écrits par les maîtres eux-mêmes, sont donc fort rares et relativement récents. Cet ouvrage a donc été réalisé à la suite d'une enquête sur le terrain combinée à une expérience personnelle du Taiji quan, ce qui nous a permis de recueillir oralement un certain nombre d'informations introuvables dans les écrits. De plus, l'existence de documents de qualité n'a guère été favorisée par le mépris des lettrés pour les paysans souvent incultes qui pratiquaient les arts martiaux, ni par les rivalités entre les milices, qui maintenaient jalousement le secret de leur enseignement.

De fait, ce n'est qu'entre la fin du XIXème siècle et le début du XXème que certains boxeurs se sont efforcés de noter ce qu'ils savaient ou de transcrire les paroles de leur maître. Mais le plus souvent. l'art se transmettait oralement de père en fils, au sein d'une même famille ou d'une même milice. Une exception à cette règle fut constituée par Yang Luchan, maître de boxe qui se rendit dans la famille Chen dont il reçut l'enseignement du Taiji quan, qu'il propagea par la suite à Pékin. C'est à partir de ce même Yang Luchan que le Taiji quan évolua de la technique de combat vers la discipline psychosomatique et le sport popularisé. A partir de 1925, on essaya de l'introduire dans l'éducation scolaire et il fut enseigné aux professeurs de gymnastique. Les mouvements difficiles à exécuter

furent supprimés pour mettre sa pratique à la portée des vieillards et des amateurs, même non spécialistes d'arts martiaux. Il est donc devenu surtout une gymnastique, mais aussi une technique thérapeutique. C'est ce dernier aspect qui tend à se développer actuellement en Chine populaire. Par ailleurs, cet art martial faisant usage et développant une énergie intérieure par un travail du souffle, il s'apparente aux techniques taoïstes de longévité et est aussi considéré comme un art de longue vie.

Le Taiji Quan Art Martial Par Catherine Despeux

extrait de TaiJi Quan, art martial, technique de longue vie / Trédaniel

L'observateur occidental qui assiste au déroulement du Taiji quan a peine à croire qu'il s'agit là d'un art martial, la même réaction pouvant être le fait des jeunes Chinois qui se rient de cette gymnastique et lui préfèrent des sports plus combatifs et aussi plus agressifs.

Pourtant, les anciens maîtres considèrent le combat comme la fonction première du Taiji quan, et certains de plus en plus rares, y témoignent de capacités impressionnantes. Il faut noter aussi que l'aspect martial est plus évident dans l'école Chen qui n'a pas poussé à l'extrême la notion de souplesse et la lenteur (école Yang) et a conservé une exécution plus martiale et plus sèche du mouvement.

D'un point de vue tant historique que pratique, le Taiji quan participe de la tradition chinoise de la stratégie et de l'art du combat. Plusieurs passages du Daode jing traitent de stratégie et I'on peut se demander si ce n'était pas à l'origine un des aspects majeurs de cet ouvrage. Il faut d'ailleurs préciser que la notion de combat en Chine ne se réduit pas à l'idée de lutte contre un adversaire réel, mais englobe aussi bien les combats contre les démons (tels que ceux engagés lors de rituels et des exorcismes), contre les tendances profondes, contre tout obstacle rencontré dans son existence.

contre tout obstacle rencontré dans son existence. S'il est vrai donc que l'exécution de mouvements

S'il est vrai donc que l'exécution de mouvements d'une lenteur extrême, sans l'usage de la force, peut paraître constituer un curieux entraînement au combat, il ne faut pas oublier que cet enchaînement n'est que la première étape, le travail préliminaire.

La détente et le travail du souffle effectués lors de l'enchaînement vont permettre le développement d'une force intérieure et illimitée appelée jing, que les maîtres de Taiji quan opposent à la force musculaire considérée comme bien inférieure et limitée.

Le terme jing était employé dans les textes anciens bien qu'assez rarement avec le sens de force. A l'heure actuelle, il désigne dans le langage courant le ressort d'un individu, sa vitalité, son dynamisme. en mettant l'accent sur l'intériorité de cette force (force intérieure / art interne), qui précède la forme musculaire et lui préside, et qui est liée à l'attitude psychologique d'un individu.

C'est aussi le sens qu'à ce terme dans le Taiji quan.

Le jing va être affiné lors des exercices à deux par un travail du souffle, un développement des sensations et des perceptions, une étude psychologique de soi-même, de la stratégie et de la concentration de l'esprit.

La préparation au combat se fera plus particulièrement à partir d'exercices à deux appelés " poussée des mains " (tui shou), " grand déplacement " (da lu), " dispersion des mains " (san shou) et à partir d'exercices libres.

HUANG SHAN, les montagnes célestes

Photos de Marc Riboud Introduction François Cheng

Huang Shan / 1989 / Flammarion

Le Huang Shan se trouve dans la province centrale de An-hui, immédiatement au sud du fleuve Yang-tsé. Immense chaîne de montagnes, le Huang Shan est composé d'une multitude de monts dont les plus renommés, selon la tradition, sont au nombre de soixante-douze. Au milieu de cet ensemble impressionnant se dressent une vingtaine de sommets aux falaises abruptes et aux ravins profonds. Les trois plus hauts, tous au-dessus de 1800 mètres sont la Capitale du Ciel au sud, le Lotus-éclos plus à l'ouest, et la Cime-lumineuse plus au nord. Au triangle que forment les trois pics viennent se joindre deux autres pics, moins hauts mais équipés de structures d'accueil : le Paravent de Jade, situé entre la Capitale du Ciel et le Lotus-éclos, et puis l'Oie-blanche, dans le secteur des Mers du Nord. Ces cinq pics principaux, reliés entre eux par des chemins, forment ainsi, au cœur du Huang Shan, une constellation qui offre, à partir de n'importe quel point, de vertigineuses perspectives…

Entre toutes les montagnes de Chine, célébrons le Huang Shan. Elue entre toutes en effet, cette chaîne de montagnes, située au cœur de la Chine. Par la splendeur de ses sites qui composent un ensemble à la fois contrasté et harmonieux, par l'étrange dialogue noué entre ses pins et ses rochers à l'aspect vivace ou fantastique, dialogue que ponctuent les échos des sources et des cascades, par la présence de ses brumes et nuages, fascinants de nuances colorées et de mouvements variés et qui l'auréolent d'un mystère sans cesse renouvelé, et enfin, par tous les mythes attachés à ce haut lieu hanté par des figures légendaires et par les meilleurs peintres et poètes à travers les siècles, elle incarne, par excellence, ce qu'il y a de plus constant et de plus profond dans l'imaginaire chinois.

elle incarne, par excellence, ce qu'il y a de plus constant et de plus profond dans

Pourpres ou azurés, passés au lavis ou nimbés d'un halo lumineux, brumes et nuages ont leur palette en accord avec celle des rochers et de la végétation. On les voit monter de la vallée vers le sommet et évoluer d'un mont à l'autre, les entraînant dans un processus de métamorphoses perpétuelles. Comme pour accomplir un rituel sacré, avant l'aube on se rend sur la haute terrasse ou sur le mont Lion- accroupi pour voir les flots de nuages déchirés par le soleil levant, et le soir, irrésistiblement, on se dirige vers l'ouest, jusqu'au belvédère Nuages-déferlants pour voir les marées de nuages emporter le soleil couchant. A ces heures la nature même, avec ses monts, ses pins, ses rochers, le Singe- contemplant-l'océan, la Déesse-offrant-des-fleurs, l'Immortel-séchant-ses-bottes, silhouettes soudain figées là, au premier plan, semble frappée de stupeur. Spectacle grandiose auquel on ne se lasse pas de participer, tant il change de lumière et d'aspect à chaque instant.

Faute de mots, là aussi, pour les décrire, nous nous contentons de souligner, une fois encore, les sentiments profonds que nourrissent les Chinois pour les brumes et les nuages. Matière insaisissable et évanescente entre toutes, ceux-ci leur apparaissent pourtant comme des substances charnelles. Dès lors, ils entretiennent avec eux des rapports quasiment "sensuels". Les poètes ne parlent-ils pas de "dormir au sein des brumes et nuages" ou de "caresser brumes et nuages"? Et les adeptes du taoïsme conseillent, eux, de se "nourrir de brumes et nuages".

Tout Chinois qui parvient au Huang Shan éprouve l'étrange sensation de retrouver "son lieu et son milieu", de "toucher au but". Pour peu qu'il s'y attarde toutefois, il fait l'expérience d'un amour

passionnel qui le dépasse, il éprouve la présence d'un être combien réel et pourtant désespérément inaccessible, à la fois comblé de beautés palpables et chargé d'indicibles mystères, tour à tour attirant

et fuyant, révélant et cachant

comparent à une ensorcelante figure féminine qui hante et féconde leur imagination.

Rien d'étonnant à ce que, de tout temps, poètes et peintres le

à ce que, de tout temps, poètes et peintres le Une question surgit : que signifie

Une question surgit : que signifie donc, aux yeux des Chinois, la montagne? Pour y répondre, il nous faut faire un léger détour, en évoquant brièvement la cosmologie chinoise. D'après celle-ci, le souffle primordial émanant du Vide originel se divise en deux souffles vitaux Yang et Yin, lesquels, par leur continuelle interaction, régissent le fonctionnement de Dix mille êtres du monde créé. Le Yang et le Yin, représentant respectivement le principe de la force active et celui de la douceur réceptive, s'incarnent, à différents niveaux de l'univers vivant, dans des entités formant couple. C'est ainsi que le Ciel-Yang s'accouple avec la Terre-Yin ; dans l'ordre céleste, à leur tour, le Soleil-Yang s'accouple avec la Lune-Yin, et dans l'ordre terrestre, la Montagne-Yang avec l'Eau-Yin, etc.

Il ne s'agit point, entre les entités accouplées, d'une opposition rigide et statique. Grâce au Vide médian, les deux entités s'attirent dans la tension et se complètent dans l'harmonie. Elles sont dans un rapport de devenir réciproque. Chaque entité, douée de sa propre nature Yin ou Yang, est amenée à solliciter l'autre et à acquérir par-là les vertus de son partenaire. En sorte que dans l'idéal le véritable Yang doit contenir du Yin, et le Yin du Yang. Comme dans un couple humain où il convient que l'homme possède des vertus féminines et la femme des vertus masculines, la Montagne, par exemple, n'est pas murée dans sa nature Yang. N'oubliant pas qu'à son origine, elle n'était que "vague figée", elle n'a de cesse de s'approprier les qualités de l'Eau. Quant à l'Eau, Yin en son état naturel, ne se révèle-t-elle pas capable du Yang lorsqu'elle se mue en vague puissante?

capable du Yang lorsqu'elle se mue en vague puissante? Ainsi, la Nature, sous son apparente fixité,

Ainsi, la Nature, sous son apparente fixité, se présente comme un ensemble dynamique, en perpétuel devenir. Soulignons, cependant, que la Montagne constitue une entité exceptionnelle entre toutes, possédant une sorte de complétude en elle-même. Avant tout Yang par ses rochers et ses pics, elle n'est point dépourvue de Yin grâce à ses sources et ses cascades. Et surtout elle recèle en son sein brumes et nuages qui l'entraînent sans cesse dans de secrètes métamorphoses. En effet, selon l'imaginaire chinois, le nuage, à la fois condensation de l'eau et en même temps, forme de montagne, est éminemment un Vide médian qui participe des deux natures. Avec brumes et nuages baignant ses flancs, la Montagne semble prête à plonger pour se fondre dans l'Eau, et l'Eau, elle, à monter pour s'ériger en Montagne. Ainsi, la Montagne réalise en elle-même un mouvement circulaire aussi fondamental qu'exemplaire.

Les sages et artistes en Chine l'ont compris, eux qui ont cherché avec tant d'ardeur à communier avec la Montagne. Ils se perdent volontiers au cœur des "mille cimes et dix mille grottes" pour admirer quelques beaux sites certes, mais avant tout pour se ressourcer aux forces vitales, celles-là mêmes qui animent l'Univers, rétablissent l'alliance entre Terre et Ciel et confirent, selon le rêve taoïste, l'immortalité. Rien d'étonnant d'ailleurs à ce que le mot désignant un Immortel soit en idéogramme un composé du signe "l'homme" et du signe "Montagne". Et le mot en son entier est emblématique d'une sagesse millénaire authentiquement vécue. Au VIIIe siècle, Li Pô, le grand poète de la dynastie T'ang, toujours en quête de rencontres avec des ermites et de cet état de communion totale avec la Création, faisait de fréquents séjours en montagne. Il n'est pas un sommet de quelque renom en Chine

où il n'ait laissé ses traces. Ses riches expériences, il les résumera dans un célèbre quatrain intitulé:

"A un ami qui m'interroge":

Pourquoi demeurer au cœur de ces vertes montagnes? Je souris, sans répondre, le cœur tout serein. Fleur de pêcher, au gré de l'eau : mystérieuse voie Un ciel-terre autre, non celui des humains!

voie Un ciel-terre autre, non celui des humains! Ce paysage si typique du Huang Shan, constamment

Ce paysage si typique du Huang Shan, constamment baigné dans une brume colorée et mobile, incarne l'idéal de la peinture chinoise. D'ordinaire, pour qualifier un tableau de paysage bien exécuté, on dit qu'il est "plus vrai que nature". Ici, au sein du Huang Shan, le visiteur subjugué ne manque jamais de s'exclamer: "Mais c'est plus vrai que la peinture chinoise!" En effet, cette peinture montre souvent des paysages si éthérés, comme irréels, que ceux-ci donnent l'impression d'avoir été purement imaginés par les artistes. Or, le Huang Shan est justement un de ces lieux en Chine qui démentent cette impression. S'il a depuis toujours inspiré les peintres, c'est surtout à partir du début du XVIIe siècle, lors de la chute de la dynastie Ming, qu'il a partie liée avec l'art pictural. Un groupe de peintres éminents - Hungjen, Mei Ts'ing, Shih T'ao, K'un Tsan, etc. - s'y retirèrent alors, en plus ou moins longs séjours, et formèrent une école de peinture. Depuis lors le Huang Shan est devenu un véritable berceau de l'art.

A chaque mouvement de renouveau, c'est là qu'on vient puiser énergie et inspiration nécessaires. Pour ne citer que les plus grands noms de l'époque moderne, un Huang Pin-hung, un Chang Ta- ch'ien, un Fu Pao-shih, se sont pris de véritable passion pour lui. Après la terrible période de la Révolution Culturelle, les peintres, une fois de plus, n'ont rien trouvé de mieux que le Huang Shan comme lieu de ressourcement, pour tenter de renouer avec la grande tradition du passé. Un besoin urgent, presque pathétique, pousse des centaines, voire des milliers d'entre eux à entreprendre le pèlerinage du Huang Shan, à y venir et revenir.

Comment d'ailleurs ne pas être frappé, ici, par la présence odorante et bruissante de ces

Comment d'ailleurs ne pas être frappé, ici, par la présence odorante et bruissante de ces fameux pins de Huang Shan, découpant dans le vide leurs silhouettes majestueuses ou tourmentées? Certains s'élancent en véritables seigneurs du lieu, esquissant les gestes d'un cérémonial millénaire: le pin Accueillant-les-hôtes, le pin Coussin-de-prière, etc. Aussitôt après les pins, s'imposent les masses noires des rochers granitiques aux formes fantastiques et portant des noms évocateurs: le rocher Ecureuil, le rocher Immortel, le rocher Paon-jouant-avec-le-lotus, etc. Et si l'on pousse plus loin la promenade, on aboutit au rocher Venu-d'ailleurs-en-volant, à juste titre célèbre. Sur le sommet plat d'un précipice, se dresse verticalement un roc précairement penché comme la tour de Pise, haut de 12 mètres et pesant 360 tonnes. Vestige de l'époque glaciaire comme tous les autres rochers, il a été posé là, dans une attitude "éternellement provisoire", pareil à un oiseau géant faisant halte un instant avant de reprendre son envol.

Signalons ici un fait particulier qui a sa signification profonde: au Huang Shan, les pins et les rochers sont intimement liés; plus que solidaires, ils sont inséparables. Beaucoup de pins poussent en effet à même le rocher, s'arrachant du dur carcan avec une force stupéfiante. Leurs racines sécrètent un acide qui érode la pierre et la transforme en une sorte d'humus. Malgré vents et tempêtes ils tiennent bons. Il s'établit alors entre pins et rochers un jeu de contrepoint jamais lassant, tant sont variées les attitudes qu'ils prennent et contrastés les rapports qu'ils entretiennent. D'un côté, les rochers aux teintes mauves claires ou noires luisantes; les uns austères, veillant avec gravité, les autres presque tendres, arrondis comme des mamelles; de l'autre côté, les pins couleur d'argent ou d'émeraude, tantôt élancés, les bras ouverts vers le haut, tantôt recourbés, jouant avec les ombres. Toutefois, si les Chinois sont sensibles au jeu formel entre ces deux espèces minérales et végétales, ils le sont encore plus au dialogue essentiel, plein de connivence qu'elles nouent entre l'enracinement dans la Terre et l'élan vers le Ciel, entre la rigueur et la grâce, dialogue auquel participe en profondeur l'esprit humain. On se trouve en présence de ce mouvement circulaire de devenirs réciproques dont nous avons parlé à propos de la cosmologie chinoise. Un poème d'inspiration taoïste ne dit-il pas :

Rocher propulsant arbre Arbre aspirant rocher Cercle ouvert renouant l'alliance terre et ciel Cercle fermé renouvelant le mystère à trois faces Dans l'ombre offerte homme errant Asseoit enfin son royaume.

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Structure de l'occasion

(moment opportun) par François Jullien

Traité de l'efficacité. Edition Grasset Illustrations de Marie France Chauvière et Jeannine Hénon

1.

Le hasard d'une part, l'art de l'autre : entre tuché et techné, un troisième terme s'interpose pour penser l'action - l'occasion (kairos). Qu'il s'agisse de la navigation, de la médecine ou de la stratégie, telles que Platon les aligne à la suite, entre ce qui, d'un côté, relève de la fortune (ou de la " divinité ") et, de l'autre, ce qui est " nôtre " (la technique), l'occasion opérerait la jonction d'où provient l'efficacité :

elle est le moment favorable qui est offert par le hasard et que l'art permet d'exploiter; grâce à elle, notre action est en mesure de s'insérer dans le cours des choses, elle n'y fait plus effraction mais réussit à s'y greffer, profitant de sa causalité et s'en trouvant secondée. Grâce à elle, le plan concerté trouve à s'incarner, cet à-propos nous donne prise, il assure notre maîtrise. En politique aussi, reconnaît le philosophe, "j'attendais toujours pour agir le bon moment ". Car l'occasion est nécessaire pour qu'il puisse espérer mettre en pratique la "théorie ". But-action-occasion : le schéma désormais est complet, l'occasion venant ajuster l'un pour assister l'autre. Car " la fin de l'action " est elle-même " relative à l'occasion", rappelle Aristote.

Dernière coordonnée à prendre en compte, par conséquent, pour penser l'action efficace, celle du temps Car l'occasion est cette coïncidence de l'action et du temps qui fait que l'instant soudain devient une chance, que le temps alors est propice, qu'il paraît venir à notre rencontre, occurrit, qu'il est une occurrence. Temps favorable, qui conduit au port, "opportun" - mais temps fugace aussi : temps minimal en même temps qu'optimal, qui point à peine entre le pas encore et le déjà plus et qu'il faut " saisir" pour réussir. Alors que la science porte sur l'éternel (ce qui est toujours identique et qu'on peut démontrer: toujours l'idéal des mathématiques), l'utile est éminemment variable, reconnaît Aristote :

car "ceci est utile aujourd'hui mais ne le sera pas demain". " En vue de la fin qu'il faut ", convient-il donc de préciser de la façon qu'il faut et quand il faut : le bien se trouvant à décliner selon les catégories, dès lors qu'on ne croit plus à une idée du Bien qui soit générale, l'occasion sera le bien selon la catégorie du temps, autrement dit "le temps en tant qu'il est bon". Et même à l'intérieur de cette catégorie du temps, "ce sont des sciences différentes qui étudient des occasions différentes", et l'occasion se concevra différemment en médecine et en stratégie; à la limite, il y aurait même autant d'occasions spécifiques que de situations. Mais du même coup - et c'est là à nouveau le contre-coup de la critique adressée à Platon, l'occasion court le risque d'être insaisissable. Car, éparpillée comme elle est à travers la diversité de ses occurrences, peut-elle être encore objet de "science", et même de "technique" - puisque la technique aussi veut du général ?

L'importance de l'occasion - kairos - n'en est pas moins affirmée d'un bout à l'autre

L'importance de l'occasion - kairos - n'en est pas moins affirmée d'un bout à l'autre de notre Antiquité. "Rien ne vaut mieux que de la connaître" (Pindare) elle est "le meilleur des guides dans toute entreprise humaine" (Sophocle), sa "toute-puissance" est affirmée. Dès les premiers poètes, Homère et Hésiode kairos apparaît lié à la définition de l'acte efficace, nous dit Monique Trédé, et "c'est bien là, semble-t-il, la clé de la notion", à laquelle l'essor des techniques, au Ve siècle, conférera son plein développement : dans son entreprise de persuasion, l'orateur ne s'aide pas seulement du raisonnement pour mettre en valeur le vraisemblable (eikos), il s'attache également à tirer parti des circonstances en saisissant l'occasion et s'exprimant à propos (de Gorgias à Isocrate); de même, la médecine hippocratique se défie des préceptes trop généraux et vise à adapter la thérapeutique, en l'absence de tout élément "stable" (kathestekos), à la particularité et la "bigarrure " des cas rencontrés : non seulement en vue de réaliser le bon dosage - et le kairos médical est d'abord une affaire de mesure - mais aussi, au cours du traitement, en réponse à la " crise ", pour intervenir quand il faut.

Sous le fond d'évidence qu'ils ont fini par tisser, au point que notre pensée de l'occasion paraît désormais aller de soi (ou ne serait-ce pas plutôt notre "im-pensée"?), nous commençons d'apercevoir les partis pris théoriques de ce "temps opportun" - autrement dit, quelles sont les composantes grecques de l'occasion. Car son arrière-plan n'est autre que celui de l'ontologie en opposant l'être au devenir, le " stable " au " mouvant " c'est pour adapter la règle à l'instabilité des choses - ou plutôt pour que celle-ci s'y trouve enfin adaptée - qu'on "attend" l'occasion; de même sa conception repose- t-elle sur la relation qui a le plus marqué l'essor de la philosophie, celle du particulier et du général au point même d'en radicaliser l'opposition (et, s'enfermant alors dans la particularité, comme chez Aristote d'échapper à la théorie). Elle est alors l'ultime ressource qui nous reste dans un monde privé de la fixité des essences, livré au temps et dans lequel nous sommes forcés d'agir; mais ressource néanmoins parce quelle reste habitée par l'harmonie : entre le trop et le trop l'occasion est summetros, elle rejoint l'idéal grec du nombre et de la mesure. Enfin, c'est à partir des technai, qu'est conçue l'occasion, et celle-ci l'est en relation a l'action. Aussi la question ne peut-elle être évitée : que reste-t- il de cette conception du temps opportun (et s'agit-il encore de " temps "?), dès lors qu'on la sort de ces choix implicites : dès lors que nous ne l'envisageons plus dans la perspective de l'action, mais

selon cette autre logique que nous avons commencé de suivre - celle de la transformation? Si l'"occasion" n'en disparaît pas pour autant, sa structure, en revanche, on le conçoit d'avance, est à repenser.

2.

Nous trouvons pourtant aussi, en Chine, la notion de moment opportun, "adapté", à "ne pas manquer" (au risque sinon de perdre son efficacité stratégique). La aussi, le bien se voit distribué selon une multiplicité d'aspects : de même que pour l'"esprit " le bien est la "profondeur", ou pour "les affaires" la "capacité" pour la "mise en mouvement" il est le "moment " et ce moment du "déclenchement" ne doit pas être "retardé ". Reste à voir de plus près comment l'ancienne littérature stratégique comprend celui-ci. A la suite du potentiel de situation illustré par le torrent qui, dans son élan, est à même de charrier les pierres, ce moment du déclenchement est évoqué par l'image de 1'oiseau qui, fondant soudain sur sa proie, d'un seul coup lui rompt les os. C'est qu'il a frappé pile à l'instant qu'exigeait la distance le séparant de sa cible (cf. la notion de jie désignant d'abord le nœud de la tige du bambou puis de là la conjoncture et la juste mesure); et si l'attaque déclenchée possède alors le plus d'intensité, au point de briser net le corps de la victime, c'est qu'un maximum de potentiel est accumulé. Car, comme le précise un commentateur (Wang Xi), "l'élan foudroyant de l'oiseau de proie résulte du potentiel de situation", à l'instar du torrent qui charrie les pierres, et "c'est du potentiel de situation que découle ensuite le moment qui convient pour attaquer". Ou, selon le texte canonique, le potentiel crée la tension vertigineuse d'où vient l'élan, après quoi le moment adapté est très "court". À l'accentuation préalable, et progressive, s'oppose le bref instant de la prise; mais l'enchaînement se poursuit au sein d'une même image : "le potentiel de situation est comme bander l'arbalète et le moment opportun est comme en déclencher le mécanisme ".

Voici donc que s'esquisse une autre conception de l'" occasion " : non plus comme la chance qui s'offre au passage, par un heureux concours de circonstances, incitant à l'action et favorisant son succès; mais comme le moment le plus adéquat pour intervenir au cours du processus engagé (au point que, à la limite, cette intervention n'en est plus une - tellement on y est poussé), celui où culmine la potentialité progressivement acquise et qui permet de dégager le plus d'efficacité. Comme le précise un commentateur (toujours Wang Xi), ce potentiel de la situation " vient de loin " même si le moment de l'attaque est si bref. Dans l'optique de la transformation, l'occasion n'est plus que l'aboutissement d'un déroulement, et la durée l'a préparée; d'où, loin de survenir à l'improviste, elle est le fruit d'une évolution qu'il faut prendre à son départ, dès qu'elle apparaît.

Cette occasion est autre, ou plutôt elle est double, puisqu'on la rencontre aux deux bouts

Cette occasion est autre, ou plutôt elle est double, puisqu'on la rencontre aux deux bouts de la durée :

derrière l'occasion qu'on croit voir surgir à l'improviste, et dont il faut savoir à l'instant profiter, s'en profile une autre, en amont d'elle, qui est le point de départ du processus engagé et dont celle-là procède au terme du déroulement. Nous avons affaire, en effet, non pas à un mais à deux instants cruciaux (i.e., au début et à la fin de la transformation) : celui, terminal, où l'on tombe enfin sur l'ennemi avec un maximum d'intensité, au point que celui-ci se trouve aussitôt défait; et celui, initial, où a commencé à s'opérer le clivage à partir duquel le potentiel a progressivement basculé d'un des côtés. Autant, au stade terminal, l'occasion est devenue flagrante, autant, à son stade initial, elle n'est encore que très difficilement perceptible; mais c'est cette première démarcation qui pourtant est décisive, puisque c'est d'elle que débute la capacité d'effet et que l'occasion finale n'en est, somme toute, que la conséquence. Il était donc logique que la réflexion stratégique, en Chine, reporte son attention du moment du déclenchement au moment initial où s'esquisse la tendance qui conduit à celui-ci. La réflexion s'attache à discerner le " potentiel de la situation " à son stade " embryonnaire", "à l'état d'amorce". Car, nous l'avons vu, le stratège pourra ensuite compter sur son développement et se laisser porter par lui ; plus tôt donc il percevra cette amorce de potentiel et mieux il saura en profiter. Tout se joue au stade du plus infime et le moindre processus qui s'engage, serait-ce l'" envol d'un insecte " ou le " rampement d'un ver ", tel le battement d'aile du papillon, de Lorenz à Prigogine, a lui aussi son incidence.

Et la sagesse, sur ce point encore, recoupe exactement la stratégie. Car qu'il s'agisse de se conformer en soi-même à la moralité, ou de déployer dans le monde son efficacité, l'un et l'autre, sage et stratège, sont conduits à scruter le point de départ de la tendance, et c'est même là leur premier souci. Si minime soit-elle, en effet, dès lors qu'elle s'affirme, la tendance modifiera infailliblement la situation : le premier scrute la moindre déviation de son for intérieur car, à moins qu'il ne la corrige aussitôt, elle l'écartera de plus en plus de la voie; le second scrute la moindre propension favorable qui s'amorce au sein du monde car, dès lors qu'il la repère, il pourra s'appuyer sur elle jusqu'à soi aboutissement. Au moment de l'amorce, en effet, rien ne se voit encore mais déjà une orientation est

engagée Ou, comme l'explicite un commentateur à propos de la morale, aucune marque sensible ne s'est encore actualisée mais la mise en mouvement a déjà lieu, et cet ébranlement infime, si l'on n'y prend garde, aura des conséquences infinies. Car, à peine commence-t-il à poindre qu'il infléchit déjà le cours des choses (ou de la conscience) et peut déployer de plus en plus loin ses effets - à la longue, dans la durée. De cette précieuse notion d'amorce, la leçon est donc facile à tirer : le potentiel de la situation qu'on voit surgir à l'occasion était à déceler à sa première préfiguration; car, au lieu que cette occasion soit fugitive, on pouvait en suivre alors pas à pas le déploiement et donc être sûr - et prêt - de frapper au bon moment.

Toute l'attention stratégique est donc à reporter à ce stade initial, en amont de l'" occasion ", moment discriminant bien que non encore patent, qui fait imperceptiblement pencher la situation, et d'où découlera progressivement le succès. Là est le premier déclenchement, secret mais commandant l'autre, où se " tranche " de la façon la plus subtile ce qui fera ensuite tout basculer. En même temps que l'occasion se dédouble, la notion de "crise" (krisis au sens de "décision") est donc elle-même à repenser. Car le moment critique ne correspond plus au stade de la manifestation (cf. dans la médecine hippocratique où la crise est le moment où la maladie se "juge "), mais se déplace en amont jusqu'au stade le plus infime - celui de l'amorce - où commence à s'opérer le clivage et qui est " décisif". Il n'est plus lié au spectaculaire, comme dans l'action théâtrale, mais au plus discret. Mais sait-on le détecter, on peut alors prévoir l'évolution et la gérer; et la " crise " peut être désamorcée.

Le Vide Médian par François CHENG

Le livre du vide médian. Albin Michel

Selon la juste vision du Tao, le Vide médian intervient chaque fois que le yin et le yang sont en présence. Drainant la meilleure part des deux, il est ce troisième souffle qui élève l'un et l'autre vers une transformation créatrice, et leur permet de se dépasser. Tant il est vrai que l'accomplissement de chacun n'est point en soi, mais en avant de soi. Les anciens Chinois - notamment du côté des taoïstes, mais les autres courants de pensée, sur ce point, ont fini par épouser leur vue - ont développé une conception unitaire, et organique de l'univers vivant où tout se relie et se tient. À la base de cette vision originale : le souffle. Le souffle primordial constitue l'unité originaire ; de tous les éléments et ne cesse d'animer toutes choses vivantes, les reliant en un gigantesque réseau d'engendrement et de circulation, appelé le Tao : "la Voie".

Comment se manifeste la fécondité du souffle ? Son mouvement fondamental est ternaire, selon les sages de la Chine antique qui se fondaient sur une approche phénoménologique de la vie en son infinie variété, à travers les "Dix mille" êtres. Ces penseurs distinguaient trois types de souffle émanant tous du souffle primordial et agissant de façon concomitante : le souffle yin, le souffle yang et le souffle du Vide médian. Le yin et le yang commencent à être familiers à l'esprit occidental. On sait que le premier incarne la douceur réceptive, que le second incarne la puissance active. Chaque être acquiert sa spécificité en entrant en interaction avec d'autres êtres, et en premier lieu avec son partenaire privilégié, son complémentaire. Car la vie s'exprime naturellement par paire. Ainsi en va-t- il de l'homme et de la femme, du mâle et de la femelle, bien entendu. Mais la dialectique du couple régit aussi les grandes entités de l'univers : le ciel yang et la terre yin, le soleil yang et la lune yin, la montagne yang et le fleuve yin, le rocher yang et l'herbe yin, l'oiseau yang et les fleurs yin

Mais si l'on s'en tient à cette simple énumération binaire, on pourrait croire que la pensée chinoise est duelle, voire dualiste. C'est que l'on oublie souvent le Vide médian, ce grand Trois né du Deux, et qui permet au Deux de se dépasser. Le Vide médian, tirant son pouvoir du Vide originel, intervient chaque fois que le yin et le yang sont en présence. Dans l'idéal, il a le don de créer un espace vivifiant et d'y entraîner le yin et le yang en vue d'une créative interaction. Drainant la meilleure part des deux, il les élève vers une transformation bienfaisante. Cette circulation ternaire a lieu aussi bien à l'intérieur d'une entité vivante - puisque tout être est habité par le yin et le yang, avec un pôle plus marqué pour l'un ou pour l'autre - que dans la relation entre toutes les entités vivantes. La montagne et le fleuve, par exemple, ne sont pas seulement deux partenaires qui se trouvent en vis-à-vis. Ils entretiennent un rapport bien plus intime, une relation d'entrecroisement, d'interpénétration, de devenir mutuel - les Anciens ne racontent-ils pas que la montagne est formée à l'origine par des " vagues figées " ? Et les eaux du fleuve, en s'évaporant vers le ciel à chaque instant et en se transformant en pluie pour ré-alimenter la source au sein de la montagne, ne montrent-elles pas qu'elles habitent la montagne, étape temporaire dans leur incessante circulation ? Oui, le vrai mouvement de l'être est circulaire, il se fait non en ligne droite mais en cercles concentriques, ce qui lui permet d'aller sans cesse à la rencontre d'autres cercles nés d'autres êtres.

D'où l'importance accordée par les Anciens au rôle constant joué par le souffle du Vide

D'où l'importance accordée par les Anciens au rôle constant joué par le souffle du Vide médian, et par suite, à tout ce qui se passe entre. " Dans l'idéal ", avons-nous dit. Mais ce qui se passe entre ne relève pas toujours du bien, tant s'en faut. L'humain fait souvent l'expérience du contraire, fausses rencontres ou échanges néfastes qui n'engendrent que blessures, souffrances ou mal extrême - réalités que nous n'entendons pas éluder dans notre poésie. S'impose donc la nécessité d'un critère de valeur. Celui qui est avancé par les maîtres du Tao est au demeurant simple, pour ne pas dire élémentaire. L'un des commentaires du Livre des mutations (Yi Jing) n'affirme-t-il pas : "La Vie engendre la Vie, il n'y aura pas de fin " ? Ainsi, la bonne relation est celle qui va dans le sens de la vie ouverte, celle qui porte à leur plus haut degré promesses et virtualités en vue d'une réalisation plénière, à l'instar d'un arbre ou d'une fleur dont la croissance tend vers la plénitude de leur forme.

Ainsi centrée sur l'entrecroisement et le relationnel - et proche en cela de l'idée de " chiasme " prônée par Merleau-Ponty -, la pensée chinoise a peut-être manqué de porter l'attention nécessaire sur le statut des êtres en soi et sur le droit qui les protège. Mais elle s'est avérée particulièrement opérante dans le domaine esthétique : dès le IVe siècle environ, s'était élaborée une philosophie esthétique qui tentait de penser la " beauté " révélée par l'intime dialogue entre l'homme et la nature, et par les diverses formes de la création artistique. Une telle philosophie s'appuyait sur les deux grandes figures rhétoriques issues de la très ancienne tradition du Livre des Odes, à savoir le bi, comparaison par laquelle l'homme cherche dans la nature un élément pour illustrer un sentiment jailli en lui, et le xing, incitation par laquelle certains éléments de la nature éveillent en l'homme des sentiments latents. De ces deux idées fondatrices, les maîtres ont dégagé un ensemble de réflexions qui se cristalliseront plus tard, sous les Song (XII-XIlI siècle), autour de la notion centrale de qing-jing, "" sentiment- paysage ". Celui-ci désigne l'interpénétration de l'esprit humain et de l'esprit du monde, tous deux étant censés mus par le même qi, "souffle-esprit", et par le même yi," désir, élan, intentionnalité ".

Selon une célèbre pensée de Confucius, " l'homme d'intelligence aime l'eau, l'homme de cœur aime la montagne ". Qu'est-ce à dire ? Que la vision des éléments naturels est de même essence que la vision du monde intérieur de l'homme. Cette idée de " sentiment-paysage ", à son tour, connaîtra au cours des siècles un approfondissement continu. Elle s'exprime tout entière dans cette parole de Shitao, le grand peintre du XVIIe siècle : "Je détiens le nœud de la montagne, son cœur bat en moi. " On pourrait d'ailleurs en trouver un écho lointain et inattendu chez le peintre occidental le plus proche des grandes intuitions chinoises, Paul Cézanne, qui disait à propos de la Sainte-Victoire : "La montagne pense en moi, je deviens sa conscience. " Cézanne comme Shitao savent que toute œuvre d'art est justement un Trois qui, drainant la meilleure part du Deux, permet aux deux - l'artiste et son sujet - de se transcender. Ainsi s'épanouira une grande tradition de pensée, valable aussi bien pour la poésie que pour la peinture, et dans laquelle la " beauté " est essentiellement considérée comme un processus de devenir résultant d'une rencontre. Le poète ou l'artiste passe par une transformation initiatique dont le rythme est encore ternaire, et dont les phases ont pour nom yin-yun, " éléments en interaction ", qi-yun, " souffles rythmiques ", puis shen-yun, " résonance divine ". Au faîte de cette élévation il atteint l'état suprême, lequel sera suggéré par des expressions d'inspiration souvent bouddhique telles que xiang wai zhi xiang, " essence par-delà les figures " et yi-jing kong-ling, " l'âme humaine résonant à l'unisson de l'âme universelle ".

" et yi-jing kong-ling, " l'âme humaine résonant à l'unisson de l'âme universelle ". 73

Le propos de la poésie et de la peinture chinoise est de traquer le mystère né de l'incessant échange entre les grandes entités : bien entendu entre le ciel et la terre, entre la montagne et la mer, entre le val et les nues, entre les arbres et les rochers, mais aussi entre les choses apparemment minimes et furtives, non moins " illuminantes " : entre un rayon du couchant qui s'attarde et le muret moussu qui n'est qu'attente, entre les feuilles de bananier assoiffées de chant et l'arrivée de la pluie bienfaisante, entre le papillon qui referme un instant ses ailes et les anémones qui déploient leurs pétales, entre la branche gorgée de sève et l'oiseau perché qui, sentant l'irrépressible poussée, lance son cri

Rien de nouveau sous le soleil ? Certes. On a découvert tous les continents et recensé (presque) toutes les espèces. On a même lu tous les livres. Mais n'ayons garde d'oublier les innombrables " entre " qui ont lieu à tout instant sous nos yeux. Acceptons le constat que ce qui surgit entre les vivants, fait d'inattendus et d'inespérés, est toujours neuf. Assurément, le Tao se manifeste dans ce qui est pleinement donné, là. Mais il se dévoile tout aussi bien, sinon davantage, dans ce qui se devine, dans ce qui advient au creux des interstices. Nous ne doutons pas que c'est au "royaume de l'intervalle", dans la "vallée où poussent les âmes " - selon l'expression de John Keats - qu'en réalité chacun des vivants prend conscience de son unicité et devient par-là présence. Et, de présence en présence, le Tao offre à ceux qui savent l'accueillir la dimension ouverte de la Transfiguration.

La Tradition de l'Ecole Yang Par Jean Gortais

TaiJi Quan / édition Le courrier du Livre

SENTIR LE MOUVEMENT

Chaque mouvement naît, se développe, décline et n'est pas séparé de celui qui le précède ni de celui qui le suit; il est partie intégrante d'un mouvement plus vaste qui se déploie sans rupture, tel un flot continu. La pratique du Tàiji quân permet de percevoir et d'équilibrer notre dynamisme vital intérieur et extérieur. Elle nous met en relation avec le grand cycle de la vie et nous aide à conduire l'énergie sans effort dans la stabilité. Le premier mouvement que réalise un débutant contient déjà toute la pratique. C'est pourquoi sentir le mouvement ne dépend pas simplement de la difficulté technique de l'exercice. C'est un état d'attention, d'ouverture et de calme. La constance de la pratique développe cette présence à soi-même Sur la base des principes du Tàiji, la technique apparaît non pas une recherche de performance mais devient, au contraire, le support qui permet de développer la stabilité, d'enrichir la créativité, de s'ouvrir plus largement à soi-même aux autres, à l'espace.

ENTRE TERRE ET CIEL

L'homme est en mouvement entre terre et ciel. La marche en est l'exemple le plus simple et le plus évident. La pratique du Tàiji quàn réalise une union entre le haut et le bas; elle relie notre aspiration vers le ciel et notre enracinement dans la terre. Par la présence de la souplesse et de la stabilité, le mouvement peut alors être à la fois ouvert, ferme et mobile. De là naît la vraie fluidité dans laquelle la légèreté n'est pas flottement et l'enracinement n'est pas lourdeur. Privée de ses racines, une plante ne peut grandir; privée de la lumière, elle ne peut s'épanouir.

pas lourdeur. Privée de ses racines, une plante ne peut grandir; privée de la lumière, elle

LA RENCONTRE AVEC L'EXERCICE

Le sens de l'exercice n'est pas la réalisation rigide, automatique d'un geste ou d'une posture déjà connus, mais le développement, à travers la pratique, d'une sensibilité nouvelle en relation avec l'espace et l'énergie cosmique. Le cœur de l'exercice est chaleur, écoute dans la stabilité, silence dans le mouvement. Etre présent dans les postures, dans les gestes des différents exercices du Tàiji quân, il n'y a pas autre chose à chercher. Extérieurement le mouvement est sans rupture. Intérieurement son goût devient plein et ouvert à l'espace. Ce goût ne peut être saisi, il apparaît avec la pratique et résonne au-delà de la pratique. Cela demande de l'attention.

LA SENSIBILITÉ ET LA TECHNIQUE

Devenir de plus en plus sensible dans le mouvement ne signifie pas s'y diluer sans racines. Devenir de plus en plus précis dans la technique ne signifie pas devenir technicien. La pratique, au sens noble du terme, n'est pas simplement l'apprentissage d'une forme particulière de mouvement; c'est aussi une perception sensible et ouverte de l'énergie et de l'espace. Il arrive que, dans la pratique, on ait l'impression de gagner en sensibilité et de lâcher un peu la technique ou bien de gagner en précision et d'être moins sensible. Mais la pratique bien sentie unit ces deux pâles. Il s'agit progressivement de devenir un avec la technique. Etre la technique, au sens profond, c'est être présent, c'est sentir, c'est s'oublier dans le mouvement. Alors le Tàiji est un art et une méditation.

L'ÉCOUTE DU SILENCE

L'attention silencieuse éveille un sentiment de présence dans la pratique. Ce silence n'est pas simplement celui que procure un endroit calme. C'est un silence intérieur où l'activité mentale s'apaise pour s'ouvrir à la perception sensible du ici et maintenant. Dans l'expérience consciente de la posture et du geste silencieux se découvre alors l'union de l'immobilité et du mouvement.

consciente de la posture et du geste silencieux se découvre alors l'union de l'immobilité et du

LE CHANT DES TREIZE GESTES

Le chant des treize gestes est un texte traditionnel chinois sur le Tàiji quân.

II importe de ne pas négliger les treize gestes. La commande de l'intention prend sa source dans la taille. On porte attention au changement et à la rotation du vide et du plein. Le souffle circule dans tout le corps sans la moindre interruption. Dans le calme, on se met en mouvement et, dans le mouvement, on demeure calme. Selon le changement de l'adversaire, se révèle le mouvement merveilleux. Avec le cœur, dans tous les gestes, on emploie l'intention. On l'obtient et on ne le trouve pas difficile. On porte attention, chaque instant, à la taille. Le souffle se vaporise lorsque le ventre se détend complètement. Quand le coccyx est au milieu, l'esprit peut parvenir au sommet. Tout le corps est habile et la tête est suspendue. On cherche minutieusement avec le cœur. Se rassembler et se déployer, ouvrir et fermer s'effectuent librement. Passer le seuil et guider le chemin se réalisent oralement. Le Gongfu est sans limite; la méthode se pratique. Si on parle des principes et de la pratique, quel est le but ? L'intention et le souffle sont le roi; les os et la chair sont les ministres. Si on demande: pourquoi a-t-on l'intention de pratiquer ainsi ? C'est afin de bénéficier de la longévité, de durer sans vieillir, comme au printemps. Ce chant, ce chant contient cent quarante mots. Chaque mot est vrai, précis et le sens est complet. Si on ne cherche pas et n'étudie pas cela, On gaspille le temps et c'est regrettable.

Vingt Propos tirés de l'expérience de Tung Ying Chieh

Asie, destination Tai Ji par J. et M.T. Liron / Edition You Feng / AFDT

Tai Ji par J. et M.T. Liron / Edition You Feng / AFDT Un peu d'histoire

Un peu d'histoire

Le maître YANG LU CHANG mit au point le grand enchaînement de la forme longue dite 108 du syle Yang.

Le maître YANG CHENG FU, l'un des petits fils de YANG LU CHANG, démocratisa la pratique du TaiJi Quan, jusque là réservée à des cercles fermés.

Le maître TUNG (DONG) YING CHIEH, principal assistant de YANG CHENG FU durant plus de 30 ans, transmit part l'intermédiaire de ses descendants, jusqu'à nos jours, le style YANG de forme TUNG.

Le maître TUNG (DONG) KAI YING, l'un des petits fils de TUNG YING CHIEH, retransmet à travers le monde le Tai Chi Chuan tel que vous le pratiquez actuellement.

Les conseils suivants sont ceux de TUNG YING CHIEH , tirés de sa longue expérience

Les conseils suivants sont ceux de TUNG YING CHIEH, tirés de sa longue expérience :

1 - Le taiji appartient à l'école interne de boxe. La force brute (li) sort des os ; la force interne (jing)

s'accumule dans les tendons. On n'y recherche, ni dureté de peau, ni développement musculaire. La profondeur du souffle alliée à une ossature solide, est sa finalité. Ecartant agitation et fatigue inutiles, on cherche à suivre le cours naturel et à cultiver les capacités innées. C'est un travail (gongfu) de retour aux racines et à la source originelle (fan ben gui yuan).

2 - Dans la pratique du taiji quan, il y a trois accomplissements : accomplissement de l'esprit, de la

pensée et du corps. Si la position du corps est correcte et si l'esprit et la pensée arrivent là où ils doivent arriver, la progression est rapide. Les sensations, chaque jour sont différentes et l'élève doit s'efforcer de les ressentir lui-même.

3 - Si les postures ne sont pas conformes, si l'esprit et la pensée n'arrivent pas à se diriger, même en

travaillant jusqu'à la vieillesse, on n'aboutit à rien ; c'est comme si on faisait bouillir une marmite vide sur le feu. Il existe un dicton railleur : "Dix ans de taiji quan, ne valent pas trois ans de boxe de l'école externe." C'est pourquoi il faut, premièrement s'appliquer. En second, pénétrer par l'intelligence. Le niveau de l'entraînement dépend de l'intelligence, mais l'assiduité peut suppléer le manque

d'intelligence ; effort et persévérance sont indispensables.

4 - Pendant l'exercice, on doit respirer naturellement (huxiziran) ; ne pas se forcer à une respiration profonde. Lorsqu'on arrive à un niveau élevé, la respiration devient naturellement régulière et homogène. Dans le cas contraire où on forcerait cette respiration, il n'y aurait qu'inconvénients et absence de bénéfice.

aurait qu'inconvénients et absence de bénéfice. 5 - Les treize postures du taiji sont, à vrai

5 - Les treize postures du taiji sont, à vrai dire, l'exercice du daoyin. Le daoyin, c'est diriger le souffle (qi) et le sang (xue). A. un niveau élevé, le souffle et le sang circulent à un rythme régulier ; prévention et guérison de toutes les maladies. Que l'élève se croyant intelligent, surtout n'ajoute rien (zi xuo cong ming) ; par exemple en appliquant la langue sur le haut du palais, ou en s'efforçant de faire descendre le souffle au dantian (bas ventre). Lorsque le niveau sera atteint, le souffle, naturellement descendra au dantian et circulera dans tous les vaisseaux. C'est l'ordre et le principe de la nature. On ne peut l'imposer par la force.

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- Détendre les épaules et baisser les coudes ne veut pas dire, accumuler la force dans les épaules et

dans le dos. Il faut que la force arrive jusqu'à l'avant-bras. Comprendre ceci, doit venir de soi-même et ne peut être transmis par la parole. L'élève doit s'efforcer de le ressentir et non de le réaliser en s'en

tenant à la lettre, en bloquant les épaules et baissant lourdement les coudes, ce qui empêcherait agilité, souplesse et efficacité.

7 - Redresser le vertex et suspendre l'entrejambe. Pour redresser le vertex, il faut tenir droite la

colonne vertébrale et la tête. Suspendre l'entrejambe, c'est faire monter l'énergie par le coccyx. Lorsqu'on concentre la force, la poitrine rentre légèrement et lorsqu'on projette la force, la colonne vertébrale se redresse légèrement. On ne doit surtout pas contracter la poitrine, ni courber le dos.

8 - L'exercice doit être répété au minimum trois fois. La première, fois, pour assouplir tendons et vaisseaux. La deuxième, pour corriger les postures. La troisième, pour coordonner esprit et mouvement Une fois bien entraîné, dès qu'on se lance, esprit et mouvement se confondent et on progresse très rapidement.

et mouvement se confondent et on progresse très rapidement. 9 - La sensibilité permet d'appréhender la

9 - La sensibilité permet d'appréhender la force, il convient donc de s'exercer assidûment aux tuishou,

afin de saisir la subtilité d'adhésion - coller et suivre, ou céder - Si on n'a pas de partenaire, il faut

sans se lasser, pratiquer les postures et avec les bras constamment rechercher où est la force en s'imaginant attaqué par un adversaire et en se demandant comment le maîtriser. Avec le temps, on arrive aussi à appréhender la force.

10 - Pendant l'exercice de tuishou, on doit chercher attentivement à pénétrer et ne pas s'amuser à

envoyer l'adversaire dans le décor. Il faut absolument empêcher le partenaire de localiser mon centre de gravité et à tout moment, se rendre compte où se trouve le sien.

11 - Les exercices de taiji peuvent se faire dans n'importe quelle position ; en marchant, debout, assis

ou couché. Le principe reste le même : toujours diriger le souffle par la pensée, afin de ressentir (acquérir la sensibilité). Par exemple, étudier la sensation dans le geste de prendre une tasse de thé, avec ou sans effort ; marcher en levant les pieds, avec ou sans effort. Se tenir debout appuyé sur un pied ou sur deux pieds. On peut faire l'expérience de tout cela.

12 - Au début de l'exercice, on ressent des courbatures dans tout le corps. C'est la transformation de

la force brute. Il n'y a lieu ni de s'inquiéter, ni de se décourager. Au bout de quinze jours, lombes et jambes deviennent légers et allègres ; l'esprit et le souffle s'amplifient.

et allègres ; l'esprit et le souffle s'amplifient. 13 - Lorsqu'on est bien entraîné en postures,

13 - Lorsqu'on est bien entraîné en postures, on commence à étudier le tuishou pour s'exercer à

acquérir les différentes forces. Dans l'art martial du taiji, il y a la force du mouvement collant, la force de suivre, la force de souplesse agile, la force de fermeté, la force interne, la force de traction, la force de frottement, la force de pétrissage, la force d'adhésion, la force d'appui, la force de

tâtonnement, la force de pression, la force de pénétration jusqu'aux os. la force de jeter à terre, la force d'accrochage, la force de secouer, la force d'entrer en action, la force minime, la force légère, la force de faire trembler, la force de partir, la force du coup inattendu, la force de mesure, la force de

réserve, la force de tirer des flèches, la force d'attente, etc

approximatif. Pour se rendre compte des différentes forces, il faut les rechercher en s'entraînant à la perception. Les rechercher seul, est plus difficile ; les rechercher à deux, est plus facile, car l'homme est un être vivant En plus de la force d'entrer en action, il possède aussi la capacité d'intuition. Il faut la chercher dans le corps de l'homme. S'il n'y a pas de partenaire et qu'on la cherche dans l'air, c'est comme si l'on tapait dans un sac de sable ou que l'on roulait des boules en acier - c'est totalement inutile.

Plus haut, nous n'avons fait qu'un exposé

14 - Le traité sur le taiji dit : "L'énergie" prend racine dans les pieds. Elle chemine dans les jambes,

est dirigée par la taille et se manifeste dans les doigts. C'est le principe du développement de la force

Oing). Les interdictions sont celles-ci : quand on plie les jambes, le genou ne doit pas dépasser la ligne de la pointe du pied. Quand on tend le bras. la main ne doit pas dépasser la ligne du nez. Quand on lève la main, celle-ci ne doit pas dépasser la ligne des sourcils. Quand on appuie avec la main, ne pas dépasser le creux de l'estomac. Ce sont les enseignements laissés par les anciens. Si on enfreint ces interdictions, on est dépossédé de sa force. La subtilité des transformations est dirigée par la taille ; par exemple, si on pousse quelqu'un, avec la main droite, de biais vers la gauche et qu'on dépasse la pointe du nez, la force est perdue. Mais si on rentre légèrement la poitrine vers l'arrière en poussant un peu la taille vers la gauche, la force redevient suffisante. Ces changements s'effectuent par la poitrine mais sont en fait dirigés par la taille. Se manifester dans les doigts signifie que le corps restant détendu et souple, la dureté de la force (jing) se situe dans les doigts. C'est comme si à l'extrémité souple d'une baguette d'acier, il y avait un marteau de fer. Lorsque celui-ci est projeté en avant, rien ne résiste à son coup destructeur. L'élève attentif à approfondir tout ceci, pourra sous peu, appréhender la véritable force de l'école interne. Ces interdictions ne s'appliquent pas aux procédés spéciaux.

15 - L'homme, comme l'animal, possède des réflexes. Si je lui donne un coup de poing, il va l'écarter

avec sa main ou l'esquiver. Il ne reste certainement pas là, immobile, à attendre de recevoir le coup. Résister, est l'instinct de l'homme. Les objets immobiles ne sont pas ainsi. Si un sac de sable est suspendu, il reste suspendu sans bouger. On lui donne un coup de poing, il se balance d'avant en arrière. Mais ces balancements ont une trajectoire fixe. Si on le frappe du côté gauche, il va aller à droite ; là est la réaction des objets. Pour l'homme, ce n'est pas ainsi. Si on le frappe du poing, il peut résister ou reculer ; c'est imprévisible ; ce sont des réactions d'homme. Dans les arts martiaux, il y a trois mots clefs : stable, précis, féroce. Tant que j'attends, je ne lance pas la force. Mais dès que je la lance, elle est irrésistible. Mais comment faire pour arriver à stable, précis, féroce ? Il faut d'abord acquérir l'intuition. Comment l'acquérir ? Le lecteur doit chercher dans le chapitre précédent (Au sujet de la pratique de l'entraînement - Texte de maître Wang Zongyue). A savoir si l'adversaire ne bouge pas, je reste immobile. Dès qu'il commence à bouger, je bouge avant lui. Il faut dans l'instant où il semble qu'il va bouger mais n'a pas encore bougé, ou que sa pensée n'a pas encore surgi et son corps, pas encore bougé, que je prenne les devants et lui porte un coup irrésistible.

16 - Certains disent qu'après s'être entraîné en taiji, il ne faut pas soulever d'haltères ; pas employer la

force brute. Ce n'est pas tout à fait exact. Avant d'apprendre le taiji on était plein de force brute ; le corps entier était tendu, contracté. Après avoir appris le taiji, tout le corps est détendu, les tendons allégés ; le souffle circule sans entrave. Il ne faut pas s'exercer à supprimer la force brute du corps entier mais il faut la conserver. Par la détente générale, elle devient une vraie force (zhen /jing). Autrefois, on appelait la force brute, luli (lü : épine dorsale), (li : force), car cette force se situe entre les épaules et l'épine dorsale. Elle ne peut pas être dirigée par la taille, ni se manifester au niveau des doigts.

17 - Le Canon dit : "Un yin, un yang , c'est le dao" (La

17 - Le Canon dit : "Un yin, un yang , c'est le dao" (La Voie). Le taiji est le ying et le yang. A notre

"époque atomique", qu'est-ce qui n'est pas le ying ou le yang ? C'est pourquoi dans " Au sujet de la pratique de l'entraînement ", il est dit : "Si l'on plonge d'un côté, on perd l'initiative. Si on appuie des deux pieds, on est bloqué. Car plonger d'un côté et appuyer sur les deux pieds, c'est le déséquilibre du yin et du yang. Aussi le pratiquant doit-il faire attention, lorsqu'il lève la main ou avance le pied ; un yin, yang ; un vide, un plein. Laozi dit : "Les réserves permettent l'efficacité". Pensez à cela et essayez de l'appliquer.

18 - En ce qui concerne l'explication du taiji civil et militaire, civil, c'est prendre soin de sa santé ;

militaire, c'est se défendre.

19 - Les articles ci-dessus proviennent tous de l'expérience. Plus que dans la théorie, il faut surtout

chercher tout cela dans les treize postures. Lorsque l'entraînement a atteint là-maturité, on saisit naturellement la subtilité de l'unité de l'esprit et dû geste. Quand on s'entraîne, le mieux c'est de ne pas trop rechercher la théorie et faire davantage d'exercices. Nous disions que les anciens étaient forts en art martial et les modernes, forts en théorie. En fait, dès que l'on fait trop de théorie, on ne s'applique pas à l'entraînement et le progrès ralentit Les adeptes des arts martiaux accordent une grande importance à la loyauté. L'élève doit respecter son maître et être dévoué à son Art. Si on remercie de façon généreuse le maître pour son enseignement, le maître sera touché et instruira avec tout son cœur. (Les coutumes chinoises sont ainsi, on ne peut pas les ignorer). Ceux qui aimeraient apprendre le véritable art martial, doivent y faire d'autant plus attention.

20 - Mencius dit : "Celui qui cultive parfaitement son intelligence, connaît sa nature. Celui qui

connaît sa nature, connaît le ciel." La flamme du feu monte vers le haut. c'est sa nature. L'eau féconde coule vers le bas, c'est sa nature. Ceci est la nature des choses. Fleurir au printemps, dépérir en automne, c'est la nature du ciel. Détester la peine, aimer le plaisir, craindre la mort, tenir à sa vie, c'est la nature de l'homme. Cependant le feu peut rencontrer le vent qui le souffle vers le bas ; l'eau peut rencontrer le feu qui la fait s'évaporer vers le haut. Le pin et le cèdre ne perdent pas leur feuillage en automne. L'homme qui connaît le "rite", accomplit courageusement ce qu'il voit être son

devoir. C'est changer la nature acquise pour retrouver la nature innée. Avant la pratique de l'art martial, les vaisseaux sont bloqués ; les tendons se rétractent et se raccourcissent ; c'est pourquoi la force se fixe aux épaules et au dos. Après l'entraînement, les vaisseaux communiquent librement ; les tendons s'allongent et la force se déploie. Des épaules et du dos, elle passe par le bras, le poignet et se manifeste aux doigts. Progressivement, on abandonne ainsi la nature acquise et on retrouve la nature innée. Si l'on acquiert la capacité de la nature innée, c'est la merveille prodigieuse. L'apprenti qui obtient cette force, saura que mes paroles ne sont pas fausses.

c'est la merveille prodigieuse. L'apprenti qui obtient cette force, saura que mes paroles ne sont pas

La notion de Centre, La Sagesse et la Connaissance par Jean Claude Sapin

L'art du Taï Chi Chuan / Editions Dangles

- La notion de Centre :

Considérons le T'ai-Chi inscrit au centre du cercle où sont localisés les 8 trigrammes. Lieu de projection de tous les autres points du cercle, il peut nous sembler facile de comprendre en quoi le centre est privilégié. Tout aussi clair et évident peut nous apparaître l'organisation de l'espace selon les croisées cardinales. En d'autres termes, cela revient à dire, à se dire : " II y a le Nord, il y a le Sud, l'Est, l'Ouest, et moi qui sais cela, centré, je peux m'orienter et me situer. "

cela, centré, je peux m'orienter et me situer. " Attitude parfaitement juste, mais aussi parfaitement

Attitude parfaitement juste, mais aussi parfaitement insignifiante en regard de ce que veut nous dire la tradition taoïste. Pour le tao-shi le privilège du T'ai-chi n'est pas de l'ordre du constat géométrique. Et lorsque le maître de T'ai-chi chuan demande à son élève de se placer au centre de l'espace, il ne se réfère pas à une connaissance scientifique ou intellectuelle de l'espace. C'est tout autre chose qui est recherché et exigé ; d'une certaine manière c'est même tout le contraire. Le centre n'est pas conçu dans le taoïsme comme réceptif, point de référence, mais comme pivot créateur et origine d'un déploiement. Il est " la perle " dont parle la tradition, " l'œil du ciel ", mais en tant que matrice du temps et de l'espace. Ce point pivot dont émane le monde, c'est aussi l'homme uni au Tao, le T'chen Jen.

Ainsi, familiarisé avec la mentalité occidentale qui découvre des répétitions, formule des lois capables

Ainsi, familiarisé avec la mentalité occidentale qui découvre des répétitions, formule des lois capables d'applications à partir de sa compréhension de l'espace et du temps, nous nous trouvons confrontés à la position inverse : temps et espace ne sont pas le produit d'une connaissance générale, mais dépendent d'une création individuelle.

Ainsi l'indication du maître de T'ai-chi chuan ne vise pas à se situer dans un espace connu, parce que pensé et mathématisé. Ce que le maître pourrait dire, si son intention n'était pas de faire ressentir c'est que vivre le T'ai-chi chuan ne consiste pas à opérer un mouvement face au Nord ou au Sud, mais que l'un et l'autre sont à découvrir, à naître dans le mouvement même. Mais avant de développer " l'œil du ciel ", il faut tourner le regard vers l'intérieur, et le premier déploiement sera celui du Ch'i à partir du centre du corps-univers, le Tan tien inférieur.

- La Sagesse et la Connaissance : Dialogue entre un pratiquant et un Maître :

- La Sagesse et la Connaissance :

Dialogue entre un pratiquant et un Maître :

Le pratiquant :

" En Chine, il y a des bouddhistes, et il y a aussi des taoïstes. Et il est bien clair qu'ils ne sont pas identiques. Puisque le but est le même, c'est donc par leurs méthodes pour y parvenir qu'ils diffèrent les uns des autres. "

Le Maître:

" Alors ce dont vous avez soif, ce n'est pas la sagesse, mais des connaissances ! Quel dommage ! La

sagesse est presque aussi satisfaisante qu'une bonne bouillie de millet. Tandis que la connaissance a moins de corps que de l'eau tiède versée sur de vieilles feuilles de thé. Mais puisque c'est cela que vous êtes venu me demander de vous servir, je vais vous en donner autant qu'en pourrait contenir votre ventre si maltraité. Je me demande quelle sorte de vieilles feuilles de thé vos maîtres

bouddhistes peuvent employer. Nous autres taoïstes, nous en utilisons de toutes sortes

cherchent les connaissances ressemblent à des ruisseaux de montagne qui sont à un millier de lieux de la mer. Ils se hâtent et puis lanternent, et se jettent dans de profonds précipices ! Mais au fur et à mesure que le cours d'eau s'élargit, il s'apaise et prend conscience de son but. Il devient une rivière.

Ceux qui

Alors quel calme, quel silence ! A l'approche de l'océan, la rivière paraît même ne plus bouger. Vos maîtres vous ont offert la sagesse ; alors pourquoi perdre votre temps à acquérir des connaissances ? Maintenant, comprenez-vous ? "

la sagesse ; alors pourquoi perdre votre temps à acquérir des connaissances ? Maintenant, comprenez-vous ?

Citations des Textes Classiques sur le Taijiquan Synthèse AFDT

Photos d'Isabelle Johnston

- Yang Chengfu, Explications sur le grand taiji et le petit taiji :

Le ciel et la terre sont un grand taiji, le corps humain est un petit taiji. L'être humain étant taiji, il lui est naturel de pratiquer le taijiquan. Dans la pratique du taijiquan, on se concentre sur le mouvement et on oublie naturellement le reste.

- Wang Zongyue, A propos du taijiquan :

Le taiji, né du wuji (Sans Pôle), est la mère du yin et du yang. Quand il se meut, il se divise; quand il se repose, il se fait tout.

se meut, il se divise; quand il se repose, il se fait tout. - Wu Yuxiang,

- Wu Yuxiang, Les principes essentiels sur la poussée des mains :

Bien que le corps soit en mouvement, le cœur demeure serein, le qi retenu et l'esprit détendu. Il faut savoir que quand une partie du corps se meut, toutes les autres le font également et que quand une

partie du corps se repose, toutes les autres le font également. Un mouvement apparent est un repos réel et un repos apparent, un mouvement réel. A l'intérieur, il renforce l'esprit, et à l'extérieur, il fait preuve de calme et d'aisance. Calme comme la montagne, mouvant comme le fleuve. Faire un pas comme au bord d'un abîme,déployer sa force comme pour filer la soie. Le qi, directement cultivé, n'est pas nuisible; la force, indirectement accumulée, donne de l'excédent. Le Qi est enraciné dans les pieds, passe par les jambes, est contrôlé par la taille et s'épanouit dans les doigts. C'est pourquoi des pieds aux jambes, puis à la taille, on doit exécuter les mouvements de façon cohérente.

- Li Yishe, La Formule en cinq mots :

Si l'esprit n'est pas tranquille, il n'y aura pas de concentration, de sorte que, une fois la main levée, vous serez désorienté. Il faut donc garder l'esprit tranquille. Si le corps est rigide, l'avance et le recul ne sont pas aisés. Il faut donc assouplir le corps. L'énergie du corps entier doit être un tout. Il faut distinguer le vide et le plein et déployer l'énergie à partir de sa source. L'énergie est enracinée dans les talons, contrôlée par la taille, déclenchée dans le dos, et s'épanouit dans les doigts. On doit être en bon état d'esprit. Grâce à !a concentration, l'ouverture et la fermeture sont régulières; le vide et le plein sont nets. Quand la gauche est vide, la droite est pleine, et vice versa. Le vide ne signifie pas l'absence totale d'énergie, car le changement de mouvements est nécessaire; le plein ne signifie pas l'immobilité totale, car la concentration de l'esprit est nécessaire.

car la concentration de l'esprit est nécessaire. - Li Yishe, Points essentiels sur la poussée des

- Li Yishe, Points essentiels sur la poussée des mains :

Si l'on veut que l'ensemble du corps soit exempt de défauts, on doit tout d'abord mettre en valeur le qi. Si l'on veut que le qi soit mis en valeur, on doit tout d'abord concentrer l'esprit sans le disperser. Si l'on ne veut pas que l'esprit soit dispersé, on doit faire pénétrer l'esprit dans les os. Si l'on veut que l'esprit pénètre dans les os, on doit tout d'abord renforcer la partie antérieure des cuisses.

- Yang Chengfu, Méthodes de pratiquer le taijiquan :

L'immobilité c'est le wuji (Sans Pôle), la mobilité le taiji. Le mouvement de l'air produit le taiji divisé en yin et yang. Par conséquent, avant de pratiquer le taiji, il faut apprendre yin et yang, qui englobent tout. Il existe à la fois une promotion et une domination mutuelles qui donnent lieu au changement. Le taiji, né du wuji, est la mère du yin et du yang.

Le taiji, né du wuji, est la mère du yin et du yang. - Chen Weiming,

- Chen Weiming, Art du taijiquan :

Yin et yang sont nés du taiji qui vient du wuji. Le taijiquan insiste sur la distinction nette entre le vide et le plein, yin et yang, dans tous ses mouvements. C'est pourquoi on l'appelle " taiji ".

- Chen Xin, A propos du taijiquan :

La boxe, dénommée taiji, est en effet le mouvement naturel du ciel, ou l'ouverture et la fermeture naturelles du yin et du yang. Elle n'est pas faite dans la contrainte, car la contrainte n'est pas la logique naturelle du taiji. Il faut mettre en valeur le qi accumulé au cœur et le faire circuler dans le corps tout entier. Bien que le corps soit parfois incliné, il reste l'énergie vitale qui contrôle les mouvements du corps incliné. Quand il n'y a rien dans le cœur, l'esprit est vide et vif. Dès qu'il y a quelque chose, il n'est ni vide ni vif. Seul le calme le soutient. Il est besoin de cultiver la sincérité pour équilibrer mobilité et silence. Les changements sont imprévisibles. Le plein est dans le vide et vice versa, il s'agit là de l'application du principe naturel du taiji. Ce n'est qu'après avoir obtenu des

résultats que l'on pourra comprendre cette théorie merveilleuse. La pratique de la boxe permet de

régulariser le sang et le qi et de rendre la respiration naturelle;

renforcer l'énergie primordiale dans le corps et- prêter attention au dantian;

s'arrêter silencieusement et se mettre en mouvement avec l'intention. L'esprit doit être vide. Quand l'esprit est vide, toutes les parties du corps sont vides. Le dantian, la taille et les talons doivent être pleins. Quand ces trois parties sont pleines, toutes les parties vides du corps deviendront pleines. C'est ce qu'on appelle "du vide au plein". Quant aux mouvements des mains et des pieds, ils s'effectuent en suivant une ligne courbe, non droite. Les cercles décrits sont verticaux ou obliques. Néanmoins, un cercle représente un taiji. Le mouvement est sans rupture dans le calme et sans hâte. La pratique de la boxe dépend de la position initiale, quand celle-ci est correcte, vous exécuterez les mouvements sans encombre. Il faut maintenir la tête droite tout au long de la pratique, pour ne pas perdre l'appui des quatre membres et disperser l'esprit. La tête peut guider les mouvements du corps entier. Pour pratiquer le taijiquan, il y a trois points à retenir: Premièrement, au début, vous devez pratiquer lentement sans raideur; deuxièmement, pratiquez à un rythme accéléré, sans confusion; troisièmement, pratiquez doucement de nouveau après avoir exécuté des mouvements rapides. C'est la vraie douceur qui abrite la fermeté après une longue période de mouvements doux. La fermeté est dans la douceur et la douceur dans la fermeté.

se déplacer lentement,

réajuster la respiration doucement et

est dans la douceur et la douceur dans la fermeté. se déplacer lentement, réajuster la respiration

Wu-Wei, le principe de non-agir

Par Roland Habersetzer

Tai Ji Quan / Amphora

Trois principes convergent dans ce sens : celui du wu-wei (" le non-agir " : ne jamais forcer en rien pour ne pas contrecarrer par des gestes intempestifs le rythme naturel des choses; ne pas faire, mais laisser SE faire), celui du wang o (faire le vide en soi, s'oublier soi-même, afin d'être réceptif), celui du tzu jan (l'efficacité du spontané, de l'immédiateté).

Wu-wei réfère à la non-action, à la non-ingérence, au lâcher-prise (le wei est une action qui contrecarre le rythme des choses). Ce n'est ni l'indifférence ni le laisser-aller, c'est la recherche du naturel, de l'ouverture d'esprit, du détachement des choses et, plus loin, de la tolérance, de la souplesse, de l'abnégation du " moi " en tant que créateur d'illusions, donc ennemi du vrai. Wu-wei vise à l'état sans désir, à la quiétude, à la sérénité, facteur de réalisation.

à la quiétude, à la sérénité, facteur de réalisation. Un esprit agité déforme la réalité et

Un esprit agité déforme la réalité et perd tout contrôle sur le corps ; la pensée doit rester claire, non

agitée par des passions perturbatrices; elle devient alors parfaitement réceptive aux faits les plus inattendus, et le corps suit. L'action qui découle alors d'une telle attitude est si franche et si naturelle qu'elle dépasse la portée de l'action ordinaire, " vulgaire ", toujours précédée d'hésitations. Une telle action est vraiment efficace parce que en conformité avec le Dao. Seule la spontanéité crée le mouvement parfait, car il s'inscrit alors, en dehors de soi, dans l'harmonie du grand mouvement céleste.

Wu-wei est donc une passivité créatrice. De la non-action surgissent toutes les potentialités d'action ; ne rien faire, c'est par là même tout faire. L'esprit du wu-wei est partout en Chine. Kuo Ksiang dit : " Par wu-wei, il ne faut pas entendre ne rien faire, il faut entendre qu'on laisse chaque chose se faire spontanément, de sorte à être en accord avec les lois naturelles " et Lin Yu-tang : " c'est l'art de maîtriser les circonstances sans leur opposer de résistance ; le principe d'esquiver une force qui vient sur vous en sorte qu'elle ne puisse vous atteindre. Ainsi, celui qui connaît les lois de la vie, jamais ne s'oppose aux événements ; il en change le cours par son acceptation, son intégration, jamais par le refus. Il accepte toutes choses jusqu'à ce que, les ayant assimilées toutes, il parvienne à leur maîtrise parfaite. "

toutes, il parvienne à leur maîtrise parfaite. " Non-résistance, non-violence; laisser couler autour de soi

Non-résistance, non-violence; laisser couler autour de soi la violence dont on peut devenir l'objet; répondre en faisant le vide, comme l'eau qui cède au couteau, mais demeure invulnérable. Réaliser l'art du Tai ji quan, ce qui va bien au-delà de sa seule perfection physique, c'est être imprégné de cette vision chinoise de l'univers. Il ne nous a pas paru inutile d'en évoquer les grands principes, car il est impossible d'évoquer le Tai ji quan sans faire état de ce fond culturel indissociable, mais aussi dans l'espoir de susciter une curiosité qui pourrait devenir le point de départ d'un fantastique vécu personnel. Car :

" Quand un homme est dans son jeune âge,

II ne comprend habituellement par le Dao.

Et même s'il en entend parler ou le connaît par les livres,

Il conserve des réticences et ne le pratique pas.

Lorsque vient la vieillesse vulnérable,

II voit alors l'importance du Dao Mais il est souvent trop tard

Car la maladie l'empêche d'en éprouver les bienfaits. "

(Soen Sse-mo / "Recettes inestimables")

Pré-mouvement et Organisation gravitaire Par Hubert Godard

Extrait d'un article intitulé " le Geste et sa Perception " Photos de Xavier et Isabelle VAYRON

Développons la notion de " pré-mouvement " ou le langage non conscient de la posture. La posture érigée, au-delà du problème mécanique de la locomotion, contient déjà des éléments psychologiques, expressifs, avant même toute intentionnalité de mouvement ou d'expression. Le rapport avec le poids, c'est-à-dire avec la gravité, contient déjà une humeur, un projet sur le monde. C'est cette gestion particulière à chacun du poids qui nous fait reconnaître sans erreur, et au seul bruit, une personne de notre entourage qui monte un escalier. Inversement, en apesanteur, comme les cosmonautes nous le montrent, l'expressivité est radicalement autre, car le repère essentiel qui nous permet d'interpréter le sens d'un geste est profondément modifié.

le sens d'un geste est profondément modifié. Nous nommerons " pré-mouvement " cette attitude

Nous nommerons " pré-mouvement " cette attitude envers le poids, la gravité, qui existe déjà avant que nous bougions, dans le seul fait d'être debout, et qui va produire la charge expressive du mouvement que nous allons exécuter. La même forme gestuelle - par exemple une arabesque - peut être chargée de significations différentes selon la qualité du pré-mouvement, qui subit de très grandes variations alors même que la forme perdure. C'est lui qui détermine l'état de tension du corps et qui définit la qualité, la couleur spécifique de chaque geste. Le pré-mouvement agit sur l'organisation gravitaire, c'est-à-dire sur la façon dont le sujet organise sa posture pour se tenir debout et répondre à la loi de la pesanteur dans cette position. Tout un système de muscles dits gravitaires, dont l'action échappe pour une grande part a la conscience vigile et à la volonté, est chargé d'assurer notre posture ; ce sont eux qui maintiennent notre équilibre et qui nous permettent de tenir debout sans avoir à y penser. Il se trouve que ces muscles sont aussi ceux qui enregistrent nos changements d'état affectif et émotionnel. Ainsi, toute modification de notre posture aura une incidence sur notre état émotionnel, et réciproquement tout changement affectif entraînera une modification, même imperceptible, de notre posture.

Ces muscles gravitaires, parce qu'ils sont chargés d'assurer notre équilibre, anticipent sur chacun de nos gestes : par exemple, si je veux tendre un bras devant moi, le premier muscle à entrer en action, avant même que mon bras ait bougé, sera le muscle du mollet, qui anticipe la déstabilisation que va provoquer le poids du bras vers l'avant. C'est le pré-mouvement, invisible, imperceptible pour le sujet lui-même, qui met en œuvre en même temps le niveau mécanique et le niveau affectif de son organisation. Selon notre humeur et l'imaginaire du moment, la contraction du mollet qui prépare à notre insu le mouvement du bras sera plus ou moins forte et donc changera la signification perçue. La culture, l'histoire d'une personne, et sa manière de ressentir une situation, de l'interpréter, va induire une " musicalité posturale " qui accompagnera ou prendra en défaut les gestes intentionnels exécutés.

ou prendra en défaut les gestes intentionnels exécutés. Les résistances internes au déséquilibre, qui sont

Les résistances internes au déséquilibre, qui sont organisées par les muscles du système gravitaire, vont induire la qualité et la charge affective du geste. L'appareil psychique s'exprime à travers le système gravitaire, c'est par son biais qu'il charge de sens le mouvement, le module et le colore du désir, des inhibitions, des émotions. Le tonus résistant du système gravitaire s'induit avant même le geste, dès le moment où se formule le projet d'une action, et ce à l'insu du sujet, en amont de sa conscience vigile.

Dans le film Zîegfeld Follies de Vincente Minelli (1945), Fred Astaire et Gène Kelly exécutent un duo où ils réalisent en même temps et précisément les mêmes gestes. Cependant, pour chacun des danseurs, l'effet produit est radicalement différent. Comment expliquer cette différence ? Le passage du film au ralenti, image par image, nous montre que malgré leur intention de produire les mêmes mouvements, l'anticipation de l'attaque du geste - le pré-mouvement - est à l'opposé chez l'un et l'autre : Gène Kelly s'assure d'abord du sol par un mouvement de jambes et de rassemblement du corps (mouvement concentrique) puis s'oriente dans l'espace par le regard ou le bras et amorce son attaque dans un repoussé du sol, suivi d'une extension dans la direction choisie. Il organise son rapport à la gravité de bas en haut, du dedans vers le dehors. Fred Astaire, à l'opposé, commence toujours par un mouvement d'orientation dans l'espace, regard, tête ou bras : cela provoque d'abord une extension, une suspension (mouvement excentrique), puis entraîne un déséquilibre qui est ensuite stabilisé par un mouvement de jambes vers le sol. Il organise son rapport à la gravité de haut en bas, du dehors vers le dedans. Dans le ralenti, Gène Kelly démarre toujours légèrement plus tard, mais arrive avant, tant cette concentration anticipatrice lui donne une qualité " explosive ", particulière à la qualité féline de son mouvement. La manière de Fred Astaire est plus étale dans le temps, par la grâce de son inimitable suspension.

Ces flux d'organisation gravitaire, qui se jouent avant l'attaque, vont alors modifier profondément la qualité

Ces flux d'organisation gravitaire, qui se jouent avant l'attaque, vont alors modifier profondément la qualité du geste et le colorer de nuances qui nous " sautent " aux yeux, sans que nous puissions toujours en donner la raison. On peut dès lors distinguer le mouvement compris comme un phénomène relatant les stricts déplacements des différents segments du corps dans l'espace - même titre qu'une machine, produit un mouvement - et le geste qui s'inscrit dans l'écart entre ce mouvement et la toile de fond tonique et gravitaire du sujet : c'est-à-dire le pré-mouvement dans toutes ses dimensions affectives et projectives. C'est là que réside l'expressivité du geste humain, dont est démunie la machine.

Yin Yang le milieu juste par Cyrille JAVARY

Photos de Lionel Seité

Parler du Yin/Yang, c'est décrire les couleurs de l'ombre. Sa danse spiralée ne passe pas par les mots, elle est plus subtile. Comme tout ce qui nous vient de Chine, le Yin/Yang ne se prouve pas, il s'éprouve. Seul le corps peut se mettre à son écoute, vibrer à son unisson. La simple pratique du "mouvement à deux" en apprend beaucoup plus sur le Yin/Yang que tous les discours. Ce mouvement se nomme en chinois Dui Shou [1], ce qui veut signifie littéralement "couplage (par les) mains". Un nom qui s'explique par le contact, caractéristique de ce mouvement, mais qui parle aussi d'une autre mise en relation, plus subtile, plus personnelle : celle de chaque partenaire avec le rythme profond du Yin/Yang.

de chaque partenaire avec le rythme profond du Yin/Yang. Ce rythme, pour l'esprit chinois, se confond

Ce rythme, pour l'esprit chinois, se confond avec le rythme même de la Vie. Or la vie, en Chine comme ailleurs, ne s'explique pas ; le corps la ressent, pas l'esprit. Sur cette évidence, les Sages de l'Antiquité chinoise ont relié le corps et l'esprit dans une relation énergétique. Un des résultats de ce point de vue est cet art physique que vous pratiquez, que vous étudiez, que vous enseignez : le Tai Ji Quan (Tai Chi Chuan). Pour le profane, cela ressemble à une gymnastique lente, mais vous savez mieux que moi que ça n'a rien à voir avec une gymnastique. Ce n'est pas de muscles qu'il s'agit. À la source du Tai Ji Quan, il n'y a pas tellement le corps, mais plutôt la vie. Le corps ne sera que le violon sur lequel chacun jouera, à sa façon, sa partition dans la grande mélodie de la vie qui anime toutes choses "sous-le-Ciel". Du corps humain lui-même, de cet instrument subtil, les Chinois ont une perception complètement différente de la nôtre. Comparée aux autres grandes civilisations du globe, la civilisation chinoise est une de celle qui s'est le plus préoccupée du corps humain. Pourtant, il conviendrait mieux de parler de son fonctionnement plutôt que du corps humain à proprement parler.

En effet, ils ne le voient pas comme un ensemble de chairs, mais comme un réseau de flux. Tout se passe comme si il n'y avait pas en Chine d'image du corps. De fait, ils en ont carrément négligé la représentation dans leur art. La culture chinoise, qui a créé une médecine étonnante, toute faite d'énergie et de massages, d'aiguilles et de plantes, ne s'est jamais préoccupée d'anatomie. Les peintres et les sculpteurs encore moins. Les rares portraits de personnages réels ou mythiques qu'elle nous a légués sont figés et conventionnels, seul le regard vit. Quant aux statues, d'empereurs, de héros ou de dieux, elles sont absentes des palais, très rares dans les temples et toujours noblement vêtues.

très rares dans les temples et toujours noblement vêtues. Quant au style de statues géantes qui

Quant au style de statues géantes qui a prévalu des années cinquante aux années quatre-vingts, il appartient plus au stalinisme russe qu'à la tradition chinoise. L'art du nu y est inconnu, même dans un domaine où il semblerait avoir sa place, comme les estampes érotiques. Les personnages représentés en train de faire l'amour sont toujours à moitié habillés et leurs corps sont ébauchés sans la moindre trace de sensualité. Cela nous choque, parce que la représentation du corps humain fait partie depuis longtemps de notre univers mental occidental. Depuis nos arrière-grands-pères les Grecs, qui nous

ont appris l'art et la civilisation, d'innombrables statues à moitié dénudées peuplent nos villes et nos palais, nos temples et nos églises, jusqu'au frontons des gares du XIX° siècle. Tenez, regardez dans votre portefeuille, vous y trouverez sur les billets de 100 F un tableau de Delacroix représentant "la

Liberté guidant le peuple"

sous l'apparence d'une femme les seins à l'air.

En Chine, le corps de chair ne sera ni encensé, ni rejeté ; il sera vécu comme une incarnation éphémère de souffles Yin/Yang. En conséquence, ce n'est pas l'image du corps, sa représentation qui les intéressera, mais celle de l'énergie qui y circule, cette énergie qui est commune à toutes les choses vivantes et qui donc relie l'être humain à chacune d'entre elles. Cette idée ouvre une toute autre perspective sur l'art chinois. Les peintures de paysages, par exemple, semblent représenter des montagnes perdues dans les nuages et d'où s'écoulent des cascades et des fleuves. Mais à les regarder plus longtemps, on s'aperçoit que l'artiste n'a pas du tout cherché à représenter un paysage réel, la forme de telle montagne, la courbe de tel fleuve. C'est l'énergie de la montagne, l'énergie de l'eau qu'il veut nous évoquer. La peinture de paysage ne cherche pas à décrire un paysage naturel, mais

l'énergie qui le traverse. Son but n'est pas naturaliste, mais moral, elle cherche à nous apprendre à percevoir et à développer en nous la fermeté de la montagne et la souplesse de l'eau.

la fermeté de la montagne et la souplesse de l'eau. Mais comment définir cette énergie qui

Mais comment définir cette énergie qui continuellement flue et reflue à l'intérieur des êtres ? Les Chinois parlent de Qi [2]. C'est un mot qu'on peut traduire par "souffle", bien qu'en fait, il ne veuille pas dire grand-chose de précis. C'est justement ce qui le rend très utile, parce que son flou permet de parler avec efficacité de quelque chose qui, une fois encore, ne peut que s'éprouver, pas se dire. Le Qi, c'est ce qui passe entre Yin/Yang. On ne peut le décrire avec précision, mais ça n'empêche pas de travailler dessus, C'est le matériau de base du Tai Ji Quan (Tai Chi Chuan) et du Qi Gong [3], cet autre art chinois du corps. Voila sans doute la raison pour laquelle dans le nom chinois de ces deux disciplines, il n'y a aucune référence au corps lui-même.

Pour expliquer le sens de Tai Ji Quan, commençons par le mot Quan [4]. Il s'écrit en chinois en combinant un idéogramme signifiant la main, et un autre qui concerne tout ce qui est roulé. Des tableaux sur soie qu'on roule pour les ranger aux "rouleaux de Printemps" en passant, et c'est ce qui nous intéresse, par le geste du chevalier saluant son suzerain : une main le poing roulé, l'autre la recouvrant, l'ensemble porté à hauteur du visage légèrement incliné. Ensuite, par analogie de forme, ce signe du "poing roulé" a été utilisé pour écrire : boxe. Le Tai Ji Quan est parfois appelé "boxe chinoise", mais c'est une facilité de langage. Vous savez très bien que cela n'a pas grand-chose à voir avec le Noble Art que pratiquait George Carpentier, le champion à qui est dédié cette halle où se déroule la Fête de la Fédération. On utilise aussi quelque fois l'expression "Boxe avec son ombre". Ce n'est pas une bonne traduction des mots Tai Ji Quan, mais c'est déjà une meilleure évocation de ce qu'ils évoquent. Art de combat, le Tai Ji Quan l'était certainement à l'origine, mais son aspect de lutte n'apparaît plus, c'est d'un combat avec soi-même qu'il s'agit. Pratiquer le Tai Ji Quan, c'est fondamentalement faire allégeance à la vie qui nous possède et nous relie au mouvement cosmique. Il faut chercher la raison de ce poing roulé du nom du Tai Ji Quan dans cette soumission volontaire d'un libre chevalier à son suzerain. La langue chinoise le confirme bien, avec une expression formée du redoublement de ce "poing roulé" : quan quan, qui signifie : avec empressement, avec diligence, avec efficacité, comme doit se comporter le vrai chevalier.

Les deux idéogrammes qui restent, Tai Ji, forment un tout. C'est le nom d'un dessin, un diagramme fort connu : le Tai Ji Tu, le dessin (tu) du Tai Ji.

fort connu : le Tai Ji Tu, le dessin (tu) du Tai Ji. Pour son emblème,

Pour son emblème, l'ex-FTCCG a choisi cette figure, mais dans un autre style de représentation, tout aussi traditionnel, mais plus dynamique car il souligne mieux le mouvement qui anime les parties noires et blanches.

mieux le mouvement qui anime les parties noires et blanches. C'est aussi celui que l'on retrouve

C'est aussi celui que l'on retrouve sur la pavement du tout nouveau musée de la ville de Zhengzhou dans la province du Henan, un des berceaux de la Chine ancienne

la province du Henan, un des berceaux de la Chine ancienne En Occident, on entend souvent

En Occident, on entend souvent cette figure nommée "le dessin du Tao". C'est assez évocateur, mais un peu inexact, dans la mesure où, comme le dit Lao Zi : "Le Dao qu'on peut voir, ou qu'on peut énoncer, n'est pas le Dao véritable" [5]. Il ne s'agit donc pas plus de cela que de boxe. Pour comprendre ce dont il est question, il faut donc creuser un peu plus les deux idéogrammes qui composent cette expression.

Le premier (Tai) est une sorte de superlatif d'un caractère qui veut dire "grand". Tai signifie donc

"immense, suprême", le grand du grand. Mais l'écriture chinoise n'est jamais description statique des choses ; elle est avant tout dynamisme. "Suprême", à travers l'idée d'apogée, contient naturellement l'idée de culmination, de finalité vers quoi cet "immense" tendait et donc, de mutation. Comme dans le Dui Shou, l'apogée d'un mouvement dans un sens entraîne aussitôt la naissance d'un mouvement à la fois opposé et corrélé. Le second idéogramme, Ji, désigne au sens propre la poutre la plus haute dans la charpente du toit d'un bâtiment. C'est pour cette raison que Tai Ji a été souvent traduit par "poutre faîtière", voire "faîte suprême". Ces expressions ont été introduites par les missionnaires du XIX° siècle colonial. Pareille traduction avait à leurs yeux un grand mérite, elle renvoyait à une certaine notion de "Seigneur d'en haut", sommet du toit couvrant la terre, vers lequel convergent toutes les charpentes des constructions terrestres, fussent-elles de l'esprit. Voila qui leur était véritable pain bénit. En effet, ce "faîte suprême" devenait ipso facto un symbole du "Fait Suprême" : le Dieu des Chrétiens. Par ce jeu de mots, ils travaillaient plus pour leur propre boutique que pour la compréhension en profondeur de la pensée chinoise, ils se souciaient plus d'amener les "indigènes" à leur idéologie qu'à chercher la raison qui avait amené les Sages chinois à choisir pareille image pour nommer ce dessin.

chinois à choisir pareille image pour nommer ce dessin. Elle est pourtant simple et, comme bien

Elle est pourtant simple et, comme bien souvent les raisons chinoises, très terre-à-terre. Pour la saisir, il suffit de changer de perspective. Cette poutre d'en haut du toit, il ne faut pas la regarder de l'intérieur, comme un absolu, une convergence inaccessible, mais de l'extérieur, c'est-à-dire en intégrant le ciel dans l'ensemble Yin/Yang que le bâtiment qu'il recouvre forme avec la terre. Aussitôt, ce n'est plus l'élévation suprême du toit qu'elle emblématise, mais bien plutôt l'endroit, où il change de pente. Vous connaissez les toits chinois avec leurs coins recourbés comme des "ailes de phénix". Si on suit des yeux la pente du toit, on monte, on monte de plus en plus haut, jusqu'au moment où l'on parvient à la poutre faîtière qui n'est pas située sous la couverture, mais à l'extérieur du toit et, dans les bâtiments importants, décorée aux deux extrémités de sculptures de dragons, génies des eaux, pour protéger la construction des risques d'incendie. Parvenu à cet endroit, le mouvement du toit redescend. La poutre faîtière extérieure marque donc non le point culminant de l'ensemble, mais le point d'inflexion, celui où la pente du toit change de sens, mute, s'inverse, passant de Yang (montée) à Yin (descente). Dans cette perspective, l'expression Tai Ji prend tout son sens, elle symbolise le retournement de toutes choses. Il faut donc traduire Tai Ji Tu, comme "Diagramme

du Grand Retournement". N'est-ce pas d'ailleurs exactement ce que suggère la danse immobile des deux "gouttes" l'une noire (Yin) et l'autre blanche (Yang) de cette épure ?

Yin et Yang, comme Qi, sont des mots très flous. Leur sens particulier est relativement imprécis, disons simplement qu'à l'origine, ils signifiaient : adret & ubac, le versant d'une montagne exposé au Sud et celui exposé au Nord. Mais cette imprécision ne porte pas à conséquence car on ne peut guère parler de Yin ou de Yang de manière isolée. Ils n'ont de sens qu'en tant que duo d'opposés complémentaires. C'est leur couplage qui en fait les emblèmes du changement, de la mutation. Pareille complémentarité à deux est exprimée en chinois par un idéogramme : le caractère Dui, celui qui est employé dans l'expression Dui Shou. Imaginerait-on pratiquer le Dui Shou sans partenaire ? Sans la présence d'un complice accompagnant la poussée que j'accomplis, et accomplissant la poussée que j'accompagne, comment éprouver dans mon corps l'importance, la nécessité et la difficulté de ces moments où la poussée de l'autre parvenue à sa culmination extrême, se transforme, sans violence et sans ambiguïté, en son contraire, pour devenir alors réceptacle de cette poussée née de ce retournement même ? Si le Tai Ji Quan nous apprend à être dans le mouvement, le Dui Shou nous fait vivre la mutation dans notre chair.

le Dui Shou nous fait vivre la mutation dans notre chair. La mutation, le changement, c'est

La mutation, le changement, c'est ce que nous avons le plus de mal à réaliser en Occident. Parce que toute notre manière de penser est basée sur l'idée qu'au-delà du monde sensible de tous les jours, il existe un fondement immuable, absolu et éternel. Pour Platon, c'était le monde des Idées, pour les religions judéo-chrétiennes, c'est Dieu. Quel que puisse être notre sentiment intime sur ce sujet, la caractéristique de ce "Fait Suprême" est qu'il est irréductiblement extérieur à notre univers quotidien, parce qu'absolu et éternel. L'éternité est une notion que les Chinois ont du mal à imaginer. Comme me le disait un jour un ami chinois, c'est une idée qui manque d'avenir. Il voulait dire par là que c'est une manière de voir qui s'oppose à l'évidence chinoise du changement exprimée par Yin/Yang. C'est cette différence fondamentale qui rend inutile en fait la traduction de ces idéogrammes. Car dès qu'on va les rendre avec des mots pris dans notre langue, on va tuer leur fonction essentielle : rendre compte de la mutation, base chinoise de la réalité. Pourtant on entend trop souvent pour ces termes l'équivalence Yin = féminin ; Yang = masculin ! Il est difficile d'imaginer plus désastreuse simplification. En donnant à ces attributs du changement les noms des catégories les plus stables qui soient - car à de rares exceptions près, femme on naît, femme on meurt ; homme on naît, homme on

meurt - on passe toute l'originalité de la pensée chinoise à l'eau de Javel : tout est blanchi, il ne reste plus rien de jaune. On peut alors tout à loisir blablater sur le Yin/Yang sans avoir à faire le moindre effort pour chercher à comprendre ce que ces mots expriment de radicalement différent par rapport à notre manière habituelle de penser. Autant alors pratiquer le Body Building !

de penser. Autant alors pratiquer le Body Building ! Ce que le Yin/Yang indique, ce que

Ce que le Yin/Yang indique, ce que le Tai Ji Tu représente, ce que le Tai Ji Quan incarne, c'est une idée à la fois simple et complexe : toute chose parvenue à son extrême, mute, et se transforme en son contraire. Comment imaginer l'expliquer avec les mots féminin et masculin. Pourtant, cette évidence du Yin/Yang, nous la vivons tous les jours. C'est ce qu'on pourrait appeler la théorie de la crème au chocolat. Vous connaissez bien la crème au chocolat : la première bouchée, c'est délicieux, la

deuxième bouchée, c'est excellent, la troisième, c'est très bon, la quatrième c'est bon, la cinquième, ça

va encore, et la sixième

au chocolat, c'est simplement la tendance. Le simple fait de déguster ce merveilleux dessert, poussé à son extrême l'a transformé en son contraire, le plaisir est devenu écoeurement. Cette loi immuable du changement, est aussi surprenante pour les Chinois que pour nous. Mais eux, se sont donné depuis fort longtemps un outil pour la comprendre et s'y conformer. Cet outil, c'est le Yi Jing (que l'on voit souvent écrit "Yi King"), le grand livre du Yin/Yang.

Ce n'est pas la crème au chocolat qui a changé, ni notre goût pour la crème

Ce livre est sans doute un des livres parmi les plus étranges jamais rêvés par

Ce livre est sans doute un des livres parmi les plus étranges jamais rêvés par une civilisation [6]. C'est en effet un livre qui ne se lit pas, et cela pour deux raisons. D'abord parce que l'essentiel du Yi Jing n'est pas un texte, mais un ensemble de figures linéaires formées d'un empilement de 6 traits pleins ou brisés. Ensuite parce que, comme le Tai Ji Quan, on n'y pénètre vraiment que par la pratique. Et cette pratique remonte aux plus anciens moments de l'histoire de la Chine, aux tout débuts de son histoire, à l'Age du Bronze, il y a environ trente-cinq siècles. Depuis lors, le Yi Jing a été tenu en si haute estime que, par exemple, à l'époque impériale, sa connaissance était exigée de tout candidat aux examens officiels pour devenir mandarin. Confucius lui-même, le plus respecté de tous les Chinois avait dit-on usé trois rouleaux du Yi Jing à force de l'étudier. Et il disait encore que si le Ciel lui permettait de vivre encore quelques dizaines d'années supplémentaires, il les passerait à étudier encore plus profondément le Yi Jing, et qu'alors, peut-être, il ne commettrait plus d'erreurs. Mais ce qu'il y a de plus intéressant pour nous dans ce livre, ce n'est pas tant qu'il soit un des monuments les plus impérissables de la civilisation chinoise, c'est qu'au niveau de la vie quotidienne, il nous apporte, à nous qui ne sommes pas chinois, le même genre de réponse que celle que le Tai Ji Quan nous apporte au niveau de l'instant : l'attitude juste à un moment donné. Cette attitude, elle est faite d'une balance harmonieuse et efficace entre toutes les composantes de ce moment, quelles qu'elles soient, comme nous gardons notre corps toujours équilibré, même dans les mouvements où l'élongation est extrême. Comment le Yi Jing peut nous enseigner cela, je ne vais pas vous l'expliquer ici, ce serait un peu trop long, et puis il existe maintenant des lieux en France où c'est possible [7]. Mais je voudrais simplement vous préciser un peu ce qu'on entend en Chine par une position "juste", celle décrite par le mot chinois Zhong [8].

Cet idéogramme représentait à l'origine une flèche qui atteint le milieu de la cible, qui

Cet idéogramme représentait à l'origine une flèche qui atteint le milieu de la cible, qui "tape dans le mille". C'est pourquoi, avant de s'étendre à "juste", son sens était "milieu". Et puis comme les anciens Chinois vivaient leur pays comme une île de civilisation au beau milieu d'un océan de nomades barbares, il en est venu à signifier la Chine elle-même. C'est d'ailleurs toujours son nom en chinois, Zhong Guo, le pays (guo) du Milieu Juste (zhong). J'ai bien dit le "Milieu Juste" et non pas le juste milieu ; la nuance est d'importance. Le juste milieu est quelque chose qui n'est guère intéressant. C'est dans notre langue une attitude molle et hypocrite qui arrondit les angles en évitant les extrêmes, la politique de l'eau tiède. Rien à voir avec l'idéal que proposait Confucius. Zhong n'a pas du tout ce sens là en Chinois. Il signifie un accord juste entre une attitude et un moment, au sens ou les musiciens entendent le terme d'accord juste. Il s'agit d'une résonance profonde, même si la note est stridente ou suraiguë. Car l'attitude juste d'un confucéen si elle est toujours réfléchie et mesurée, sait être folle quand la situation l'exige. Bien qu'elle se traduise souvent par une attitude de modération, il s'agit toujours d'une attitude de totale implication. Des confucéens, c'est-à-dire des êtres libres, qui se sont formés eux-mêmes par l'étude des paroles du maître et des textes qu'il recommandait comme le Yi Jing, il en a toujours existé en Chine, et il en existe encore. Et nous en avons vu un, il y a maintenant quatre ans passés. Je pense à cet obscur pékinois - heureusement pour lui resté anonyme - qui, au lendemain de Tian An men, a eu l'audace folle de s'opposer physiquement à l'avance d'une colonne de chars. Quelques dizaines de kilos de chair vivante stoppèrent alors plusieurs centaines de tonnes d'acier meurtrier. La situation était excessive, son attitude aussi. Voila l'équilibre chinois accordé au moment, voila le Milieu Juste, voila ce qu'apprend le Yin/Yang : se tenir droit, même face à un raz-de-marée.

Aussi, pour finir, je voudrais vous parler d'un sport très moderne qui pourtant aurait bien

Aussi, pour finir, je voudrais vous parler d'un sport très moderne qui pourtant aurait bien plu à Confucius, le surf. Avez-vous remarqué que depuis que les premiers clubs de surf se sont formés, il y

a une trentaine d'années sur la côte californienne, ils ont tout de suite choisi comme emblème le Tai Ji Tu ? Quand on rencontre un de leurs membres et qu'on l'interroge sur les raisons de ce choix, a priori

étonnant, les réponses deviennent hésitantes "Oh, ben

surfeurs californiens avaient tout compris, mais ils n'imaginaient pas l'importance de ce qu'ils avaient compris, ou bien ils n'avaient pas les mots pour le dire. Ils avaient ressenti que ce qui s'appelle Yin/Yang en général, Tai Ji Quan quand il s'agit du corps et Yi Jing quand il s'agit d'agir, c'est ce que Confucius nommait le Milieu Juste. Les vagues, celles de la mer, celles de la vie, sont toujours là, même quand nous n'y pensons pas. Elles roulent, elles déferlent, libres et puissantes, magnifiques et indifférentes aux êtres humains. Mais chacun d'entre nous peut, par son observation et son intelligence les utiliser. Qui sait se placer à l'endroit favorable d'une vague, au point où culmine l'équilibre Yin/Yang entre vitesse et portance, peut alors magnifier ses forces et réaliser un certain

temps le miracle de voler à la surface de l'océan. Voila le trésor que nous offrent les Chinois. Le Yin/Yang, le Yi Jing, le Tai Ji Quan, chacun à sa façon nous enseigne la même chose. La vie n'est que marées d'énergie et les vagues du Qi roulent et déferlent continuellement en nous, comme en toute chose sur terre. Si seulement nous savons trouver à chaque instant notre Milieu Juste à l'intérieur de ce mouvement, alors nous pouvons décupler notre puissance d'action en magnifiant notre dignité d'être humain.

ça représente des vagues !" Eh bien les

[1] prononcez "touai cho" [2] prononcez "tchi" [3] "travail sur le Qi", "oeuvre du Qi" sont les 2 sens des mots Qi Gong [4] prononcez "tchu-ann" [5] Dao De Jing (Tao Te King), chapitre 1, verset 1. Placé en tête, il s'agit donc d'un chapitre essentiel qui pose les bases de ce dont le Dao De Jing veut parler : l'invisible qui est au coeur de tout ce qui existe. [6] François Jullien, directeur du département Asie orientale de l'université de Jussieur- Paris VII, dans la préface de son ouvrage : "Figures de l'immanence pour une lecture philosophique du Yi Jing" Ed. Grasset. [7] En particulier au centre DJOHI (c'est le nom chinois du Yi Jing) Association pour l'étude & l'usage du Yi Jing. Site : www.djohi.org [8] prononcez "djong"

Pour en savoir plus sur le Yi Jing :

- Le discours de la Tortue. Découvrir la pensée chinoise au fil du Yi Jing par C. Javary. Éditions Albin Michel.

- Yi Jing, le livre des Changements traduction originale par C. Javary commentée avec l'aide de P. Faure Éditions Albin Michel.

- Les Rouages du Yi Jing, introduction au Livre des Changements par C. Javary. Éditions Philippe Picquier.

- Le Yi Jing, par C. Javary. Editions du Cerf, collection Bref, n° 20.

- Le Yi Jing en Dessins. Bande dessinée bilingue, traduit du chinois par C. Javary & Wang Dongliang. Editions You-Feng

Le Bouddhisme et son influence en Chine Par Cyrille Javary

Conférence 2006. Photos de Véronique Bizord & de Lionel Seité

" Les enseignements des Cinq Classiques ne contiennent pas tout. Même si le Bouddha n'y est pas mentionné, est-ce là une raison d'en douter? Selon les écritures bouddhiques, tous les êtres entre lesquels coulent du sang appartiennent au clan du Bouddha. C'est pourquoi je révère ces écritures sans pour autant rejeter celles de Confucius et de Lao Zi. L'or et le jade ne se nuisent pas l'un l'autre. Dire qu'autrui est dans l'erreur c'est se tromper soi-même" .

En ce matin de Printemps de l'an 61 de notre ère, dans Luoyang sa capitale fleurie de pivoines, l'empereur est troublé. Son esprit est habité par le songe qu'il fit la nuit précédente. Il y voyait un magnifique cheval blanc portant sur son dos un bagage d'où filtrait une lueur à la fois singulière et rassurante. Apparaissait ensuite un mystérieux personnage, assis, les jambes croisées sur une fleur de lotus. Il portait une tunique dont le drapé retombait en plis gracieux, mais son épaule droite était découverte comme celle des chevaliers vaincus qui implorent merci. Ses cheveux, noirs comme ceux des Chinois, sont étonnamment bouclés et ramenés en un chignon différent de celui des lettrés. Son habit aussi n'était pas chinois. Et dans son regard l'empereur ne lisait pas cette respectueuse frayeur que ses sujets manifestent habituellement en sa présence, mais une infinie mansuétude. Il y songeait encore quand son chambellan lui annonça l'arrivée d'une caravane venue du lointain Occident lui apporter hommages et présents.

S'étant avancé jusqu'au parvis de la salle d'honneur de son palais, l'empereur, stupéfait, vit alors les chefs de la caravane pousser vers lui un splendide cheval blanc, semblable à celui de son rêve. " Notre présent, dirent alors les étrangers, sont des textes où est enseignée la plus grande sagesse au monde ; ainsi qu'une statue du prince " éveillé ", le sage qui leur avaient transmis ce joyau ". L'empereur en fut très surpris. Non qu'on lui fît des cadeaux, c'était là chose normale, mais que le présent soit une statue.

Les Chinois d'alors ne sculptaient ni leurs dieux ni leurs sages. Ils ne réalisaient des

Les Chinois d'alors ne sculptaient ni leurs dieux ni leurs sages. Ils ne réalisaient des statues que pour un usage bien particulier : en garnir les tombes. Substituts de la réalité, les sculptures représentaient tous les éléments de la vie quotidienne des grandes maisons des souverains et des princes, les dames de cour, les chambellans, les serviteurs, les musiciens, les gardiens, les cuisiniers mais aussi, le poulailler, le chenil, la porcherie, les fosses d'aisance, etc., bref tout l'attirail de ce qui pouvait servir à leur maître dans le monde invisible mais réel où il se rendait après son décès. Les guerriers en terre cuite de Qin Shi Huang Di répondaient à cette préoccupation, un empereur se doit d'être protégé par son armée où qu'il aille. Dans cette optique utilitaire, l'idée de représenter une personne noble et sage, et cela dans le but de la vénérer, paraissait tout à fait exotique.

Quand la statue offerte à l'empereur fut débarrassée des tissus qui la protégeaient, celui-ci ne put retenir un geste de saisissement : le personnage qu'il avait devant lui était exactement celui qu'il avait vu dans son rêve. L'infinie sollicitude du sourire de la statue l'envoûtait. Jamais en terre de Chine on n'avait vu pareille représentation de la douceur, de la compassion.

" Si les textes que leur a transmis ce sage comportent autant de bienveillance que ce visage - pensa-t- il en lui-même - il faut qu'ils se répandent dans tout mon empire ". Et pour que cela advienne, l'empereur promit aussitôt de faire bâtir un temple assez grand pour les entreposer et pour que puissent s'y installer les doctes personnes venues des confins occidentaux pour en expliquer le sens aux habitants du Milieu.

C'est ainsi que la tradition rapporte l'arrivée du Bouddhisme au pays de Confucius, son implantation sous la protection des empereurs de la dynastie des Han de l'Est et la création vers la fin du premier siècle de notre ère, à Luoyang, du plus ancien temple bouddhiste de Chine. Ce temple existe toujours, il s'appelle Bai Ma Si : le Temple du Cheval Blanc.

Légende, bien sûr, que tout cela, c'est-à-dire vérité à la chinoise. Car ce que proclame le nom de ce temple, plusieurs fois démoli et reconstruit, mais jamais débaptisé, c'est que le Bouddhisme est entré en Chine par l'Ouest dont la couleur symbolique est, dans le système chinois des cinq orients, le blanc, et qu'il venait du pays des chevaux. Pour le reste, les choses se sont évidemment passées autrement.

le reste, les choses se sont évidemment passées autrement. Le Bouddhisme est né en Inde, au

Le Bouddhisme est né en Inde, au V° siècle avant notre ère et il se fonde sur un certain nombre de croyances et de mode de vie empruntés à son aire d'origine. À cette époque, c'est l'Indouisme et l'enseignement des Véda qui dominent. De ce socle, le Bouddhisme garde la doctrine de la transmigration des âmes, appelée Samsara (littéralement : l'écoulement circu-laire) selon laquelle tous les êtres vivants, y compris les dieux, sont engagés dans un cycle incessant de naissance, de vie, et de mort, ainsi que la loi de la rétribution des actes appelée Karman. Mais il se dégage radicalement des conceptions hindouistes sur trois points :

- il accorde au Karman une valeur primordiale : l'être humain sera, dans sa vie future, ce qu'il a fait dans sa vie actuelle.

- il ne reconnaît pas l'idée d'un principe permanent en l'homme (Atman) se réincarnant au cours des vies successives, principe qui est une sorte d'équivalent de ce que les religions monothéistes appelleront l'âme.

- il réfute enfin le vaste système socio-religieux des castes et des classes issu des Véda, ainsi que le statut méprisable dans lequel il enferme les femmes.

Le Bouddhisme s'ordonne principalement autours de trois piliers :

1) un homme éminent : le prince Sakyamuni (560-480) appelé : l'être " éveillé " (Bouddha) à la vérité.

2) une loi (le Dharma) qu'il fait découvrir à tous ceux qui s'attachent à ses pas : les quatre " nobles vérités " :

- l'omniprésence de la douleur

- la cause de la douleur, qui est la soif d'existence

- la possibilité de l'extinction de ce qui cause la douleur

- la voie de la délivrance de la douleur, c'est-à-dire les huit voies correctes d'existence qui s'ordonnent au-tour de trois pôles : moralité, concentration et discipline mentale déterminée par le discernement nécessaire pour pouvoir percevoir l'illusion de la réalité du monde et son caractère fondamentalement soumis au changement. Ce dernier point sera une grande porte d'accès du Bouddhisme vers le mode de pensée chinois, formé depuis longtemps déjà au balancement Yin Yang du Yi Jing, le Livre des Changements.

3) une communauté (la Sangha), osmose organique des religieux et des laïcs unis par des liens de dons mutuels. En subvenant aux besoins des moines, les laïcs espèrent que le fruit de leur générosité les fera accéder à une vie future moins douloureuse, voire à la délivrance.

Même si, aux environs du tournant de notre ère, le Bouddhisme s'est divisé en deux grands courants :

le Grand Véhicule (Mahayana) et le Petit Véhicule (Hinayana), il n'a pas généré, d'" écoles " ou de " chapelles " à proprement parler, comme les religions monothéistes. Un maître attirait à lui des disciples qui se regroupaient dans un monastère; par la suite, différentes communautés pouvaient se rassembler par affinités électives, mais la transmission se faisait toujours d'un patriarche à un disciple. Le mot chinois utilisé pour désigner les différentes " écoles " du Bouddhisme asiatique est zong, dont la signification propre : ancêtre, clan, etc., montre bien le primat de l'idée de lignage, de filiation, de famille spirituelle, assez différent de l'esprit " missionnaire " qui animera les religieux européens à partir du XVI° siècle, ainsi que les querelles entre les différents ordres religieux catholiques, qui iront jusqu'à provoquer en Chine des proscriptions impériales.

les différents ordres religieux catholiques, qui iront jusqu'à provoquer en Chine des proscriptions impériales. 118

Des caravanes marchandes franchissaient souvent les portes majestueuses de la capitale des Han. Ce qui avait motivé la poussée des Han vers le couchant n'était pas le seul intérêt commercial, c'étaient aussi les chevaux, les solides chevaux afghans qui équipaient les cavaliers des peuples nomades des steppes d'Asie centrale. Ces chevaux, les meilleurs du monde, avaient déjà excité la convoitise de Cyrus le perse et après lui d'Alexandre. Le premier n'y fit qu'un raid temporaire, le second y installa de façon permanente des hommes à lui, dont les descendants formaient le prospère royaume des Séleucides, conservatoire des traditions artistiques de la Grèce classique, point médian de cette route transeurasienne où, à l'orée du second siècle avant notre ère, transitaient marchandises précieuses et idées nouvelles.

À cette époque vivait en Inde le roi Asoka qui, fervent bouddhiste, en favorisa l'expansion autant vers le Sud-Est que vers le Nord-Ouest. C'est alors que, franchissant la Khyber Pass, les paroles du Bouddha retentirent en Afghanistan. Et c'est ainsi que très loin de l'endroit où il avait dit à ses disciples " ne faites pas d'images de moi ", des artistes habitués à faire des représentations sculptées de leurs dieux et de leurs héros réalisèrent les premières statues de l'Éveillé, lui qui jusqu'alors n'avait été figuré que par des symboles : empreintes de pieds, roue de la loi, parasol, arbre de l'éveil, trône vide, etc. Pour sa coiffure, ils s'inspirèrent de celle des Indiens, mais pour ses vêtements ils imitèrent les tuniques de lin dont Phidias savait si bien modeler le plissé. De cette rencontre insolite naîtra l'art gréco-bouddhique du Gandhara qui, tout au long de la Route de la Soie, depuis Bâmyân à l'Est de Kaboul jusqu'à Longmen tout près de Luoyang, allait égrainer ces gigantesques statues directement taillées dans le flanc des falaises.

En Chine comme ailleurs, le Bouddhisme s'est répandu à la manière des fraisiers. Sa diffusion constitue même un exemple parfait de marcottage spirituel. Le marcottage (appelé provin quand il est appliqué à la vigne) est une forme de propagation naturelle par laquelle une plante mère projette des sortes de ramifications aériennes qui se développent en l'air puis, s'alourdissent; ces surgeons touchent terre, s'enracinent et finalement la nouvelle implantation devient autonome et à son tour projette alentour de nouvelles ramifications. C'est pour cette raison que les plants de fraisiers doivent au départ être plantés très espacés les uns des autres, car si la terre est bonne, ils auront tôt fait de couvrir toute la surface disponible. Cette image horticole prend tout son sens lorsqu'on considère l'expansion du bouddhisme du point de vue économique. Dans ce point de vue, les communautés bouddhistes constituent " des groupes purement parasitaires, puisqu'ils se composent de religieux mendiants qui vivent uniquement de dons, même pour leur nourriture quotidienne. Le territoire d'une telle communauté est la sima, le " circuit de la mendicité" dont les limites sont définies par la distance que le moins mendiant peut parcourir à pied dans ses tournées journalières. Sa superficie est donc très restreinte. D'autre part, la communauté a normalement tendance à grandir et, comme la marge de surproduction - c'est-à-dire la capacité à entretenir un groupe économiquement parasitaire - est limitée dans toute économie pré moderne, cette croissance s'accompagne nécessairement d'un processus d'émigration. Les moines en surnombre s'en vont, suivant les grandes routes commerciales pour établir leur propre communauté. Ils choisissent pour cela des endroits économiquement bien situés : soit une région agricole prospère, soit à proximité d'une grande ville au carrefour de grandes routes aux lieux saints qui attirent des pèlerins, en un mot partout où se trouvent des danapati, des " seigneurs du don " c'est-à-dire des laïcs généreux. C'est ce processus qui a servi à la diffusion du bouddhisme en Inde, mais aussi qui l'a emmené au loin de sa patrie d'origine, car parmi les " seigneurs du don ", se trouvent volontiers les commerçants et les caravaniers qui traversent océans et déserts en craignant pour leurs marchandises " .

Alors qu'en bien des contrées étrangères, comme par exemple au Tibet, le bouddhisme apportait avec lui l'écriture, l'art et une vision philosophique cohérente et salvatrice qui permettait à la spiritualité populaire d'aller au-delà de la magie ancestrale, il en fut tout autrement en Chine, pays de vieille culture éprise de logique et rompue aux exercices de la pensée.

Parmi les difficultés auxquelles se heurtèrent les propagateurs du bouddhisme les questions de traduction prirent une importance énorme, car la langue idéographique chinoise, à l'inverse du sanscrit, est par nature peu adaptée aux modes de pensée abstrait et au style souvent discursif ou hyperbolique des littératures indiennes.

discursif ou hyperbolique des littératures indiennes. An Shigao, le premier traducteur des textes bouddhiques dont

An Shigao, le premier traducteur des textes bouddhiques dont l'histoire ait conservé le nom arriva dans la capitale chinoise en 148 de notre ère. Il s'installa bien entendu au Temple du Cheval Blanc et y traduisit plus d'une centaine de textes empruntés aux divers canons se référant plus spécialement au yoga bouddhique, sans doute parce que les pratiques indiennes visant à apaiser l'esprit et à méditer sur la vérité se rapprochaient beaucoup de celles qui étaient à l'honneur dans les milieux taoïstes.

Cela venait d'une simple constatation que faisaient les taoïstes de cette époque : au cinquième siècle avant l'ère commune, Lao Zi, notre maître, est parti vers l'Ouest, mais nous ne savons pas où il a abouti. À vous entendre, cette question est résolue ; il est allé jusque dans votre pays et il y a enseigné votre maître ; ainsi, notre vocabulaire idéographique est-ce lui qui est le plus approprié pour transcrire les enseignements du disciple de notre maître.

C'est ainsi que, par analogie, les premiers introducteurs du Bouddhisme en Chine utilisèrent particulièrement le vocabulaire du taoïsme pour rendre des notions tout à fait étrangères à l'esprit

chinois. Par exemple l'" éveil " (bodhi), comme le terme générique de " yoga " fut rendu par dao la " voie ", concept qui est à la base du livre de Lao Zi. " Sutra ", dont le sens d'origine en sanscrit " fil " le rattache au " droit fil de la pensée " et de là à l'idée de " règle ", fut traduit par jing, un idéogramme dont le sens propre est " fils de chaîne (du métier à tisser) " d'où lui vient son sens figuré de " texte canonique (servant d'armature à une pensée intellectuelle ou religieuse) ". La notion de " saint " (arhat) sera rendue par celle de zhen ren, l'" être vrai " pleinement réalisé de l'idéal taoïste. Quant à celle d'" extinction " (nirvana) c'est par la formule "wu wei", littéralement " non agir " qu'elle sera exprimée .

Parmi ses disciples, Yan Fodao considéré comme le premier moine purement chinois, traduisit surtout des textes appartenant à la tradition du Grand Véhicule et particulièrement l'enseignement de Vimalakirti.

et particulièrement l'enseignement de Vimalakirti. Si les enseignements du Grand Véhicule orientés à la fois

Si les enseignements du Grand Véhicule orientés à la fois vers l'universalité du salut et l'intériorité du sage ont emporté bien plus largement l'adhésion des Chinois que ceux du Petit Véhicule qui s'est surtout développé en Asie du Sud-Est, c'est vraisemblablement parce que Confucius avait depuis longtemps déjà convaincu les Chinois de la perfectibilité de la nature humaine et de sa propension naturelle à la moralité.

C'est dans ces termes que s'est posé le problème de l'individualité et de l'impersonnalité.

Or ce que révèlent ces questions de vocabulaire, ce sont de profondes différences intellectuelles sociales et morales par lesquelles le bouddhisme allait souligner des contradictions internes de la pensée chinoise et l'obliger à s'ouvrir à un horizon nouveau. Par exemple, le choix de "wu wei" pour rendre la notion de nirvana conçue comme la destruction de tout attachement et comme l'extinction

finale de toute existence individuelle montre la forte réticence de la mentalité chinoise à l'égard de la notion d'impersonnalité. Dans la tradition chinoise, même ceux qui devenaient immortels conservaient un corps, éthéré certes, mais réel et distinct, tout comme ils conservaient une identité personnelle. On peut en voir un exemple dans cette dissertation de Fan Zhen, un confucéen du V° siècle de notre ère :

" Le corps est la matière de l'esprit ; l'esprit est la fonction du corps. Ce ne saurait être deux choses différentes, plutôt deux noms distincts pour la seule et même entité. L'esprit est à la matière ce que le tranchant est au couteau ; le corps est à la fonction ce que le couteau est au tranchant. Le terme " tranchant " ne désigne pas le couteau ; le terme " couteau " ne désigne pas le tranchant. Et pourtant, ôtez le tranchant, il n'y a plus de couteau ; ôtez le couteau, il n'y a plus de tranchant. Or, on n'a jamais entendu dire que le tranchant subsiste après la disparition du couteau, alors comment l'esprit pourrait- il subsister quand le corps a disparu ? " .

pourrait- il subsister quand le corps a disparu ? " . Ce que le Bouddhisme apportait

Ce que le Bouddhisme apportait à tous

Dans le système impérial total qu'avaient instauré les Han, la nouvelle religion avait peu de place pour se développer. Ce n'est qu'à partir du moment où l'empire s'effrita de toutes parts que le bouddhisme commença vraiment à se développer. Les noms officiels de la longue période (elle s'étire sur quatre siècles) qui fait suite à l'imposant empire des Han : les " trois royaumes ", suivis des " seize royaumes " puis des douze dynasties " du Nord et du Sud " en disent long sur l'état de division d'anarchie et de guerres continuelles qui ravagèrent la Chine d'alors. Dans cette époque de violences et de malheurs, le bouddhisme représentait pour beaucoup la seule consolation possible.

Aux intellectuels, il apportait une solution philosophiquement satisfaisante au lancinant problème de la mort en la faisant apparaître comme une libération de l'infernal enchaînement des passions et des

douleurs. La paix suprême, illusoire sur terre, pouvait pourtant s'atteindre en abolissant tous ses désirs. L' " entrée dans le nirvana " s'effectuera au terme d'un long parcours spirituel scandé par des réincarnations multiples. Les lettrés les plus épris d'absolu pouvaient même tenter dès cette vie l'accès à l'illumination et à la délivrance suprême : le Chan que les Japonais nomment Zen naîtra de cette rencontre entre la rigueur confucéenne et l'absolu bouddhiste.

Le processus des réincarnations plaisait aussi aux âmes simples et à tous les bons vivants. Elle était rassurante puisque chacun disposait désormais non plus d'une seule vie, mais de plusieurs, pour assouvir ses appétits avant d'y finalement renoncer.

Dans la Chine du Nord soumise aux invasions des peuples nomades d'Asie qui déferlent sur la grande plaine du Fleuve Jaune, le bouddhisme deviendra très important pour d'autres raisons encore. C'était à l'époque la plus grande religion internationale. Elle avait montré, traversant l'Inde, l'Afghanistan, les oasis d'Asie centrale, son aptitude à s'adapter à des sociétés complètement différentes. Il plaît aux " barbares " car il ne heurte pas leurs anciennes traditions chamaniques. Mais comme il plaît aussi aux Chinois, il crée une sorte d'égalité culturelle entre occupants et occupés qui adoucissait la situation politique en retirant aux conquérants le complexe d'infériorité que les cavaliers des steppes d'Eurasie ont toujours éprouvé devant la somptuosité culturelle chinoise.

Il y avait pourtant un principe du bouddhisme qui paraissait particulièrement étrange aux Chinois, c'était l'attitude qu'il proposait devant la vie elle-même. Respecter toutes les formes de vie, tant animales qu'humaines était une idée tout à fait nouvelle dans l'empire des célestes où les animaux sont le plus souvent considérés uniquement sous l'aspect de leur intérêt culinaire, et où maintenant encore il est fait un usage immodéré de la peine de mort.

Dans la conception bouddhiste, l'existence individuelle prenait également une importance accrue dans la mesure où l'idéal confucéen d'une bonne éducation de ses enfants dans le respect des rites de la piété filiale et du culte ancestral ne suffisait plus à assurer le repos de l'âme pour l'éternité. Les fautes commises devenaient plus lourdes dans la mesure où il allait falloir en subir les conséquences durant plusieurs réincarnations successives. Malgré les rites fidèlement rendus par leurs descendants, les criminels ne pourraient espérer aucune paix dans les temps au-delà, et ils auraient à souffrir pour apprendre à modérer leurs passions. Au modèle de l'harmonie sociale le bouddhisme substituait celui de la paix intérieure. Le principe moral du karman recueillait chez les gens du peuple soumis à l'arbitraire impérial un assentiment croissant, car les classes laborieuses y découvraient une égalisation devant la morale que le confucianisme d'Etat leur avait toujours refusée. C'était comme une fenêtre d'aménité qui s'ouvrait dans la muraille rigide à l'intérieur de laquelle était enfermée la société chinoise.

Cependant, de toutes les innovations apportées par le bouddhisme, la plus difficile à accepter pour

Cependant, de toutes les innovations apportées par le bouddhisme, la plus difficile à accepter pour les Chinois traditionalistes fut sans aucun doute l'institution qui était au cœur même de la religion bouddhique : l'ordre monastique, la communauté des moines qui, niant les vanités de la vie sociale et y substituant la recherche du salut personnel, avaient rompu tout lien avec la vie profane en s'adonnant à un genre de vie complètement séparé de celui du monde laïc, avec ses propres règles disciplinaires. " La formation d'un clergé qui dépassait les structures familiales et politiques constituait un phénomène social sans précédent en Chine, qui devait être à l'origine des plus violentes persécutions anti bouddhiques " .

Pourtant la société séculaire chinoise s'est toujours bien accommodée de la présence de marginaux aux marges de son territoire cultivé. Les taoïstes quant à eux avaient une longue tradition d'ermites et d'anachorètes qui fuyaient le monde pour en appréhender l'ultime réalité et s'installaient dans des endroits aussi splendides qu'isolés, le plus souvent dans les montagnes (le caractère chinois qui signifie : adepte du taoïsme (xian) n'est il pas composé des signes " être humain " et " montagne " ?). Cependant que ce que visaient les religieux bouddhistes n'avait pas grand-chose à voir avec la recherche taoïste de la " Longue vie ", même s'ils furent longtemps les seuls à le savoir.

Pour l'autorité chinoise, le coup fut rude lorsqu'au tournant du quatrième siècle le ministre Huan Xiun, s'enquérant des problèmes de préséance et de protocole, s'entendit répondre sans ambages par le moine bouddhiste Hui Yuan qu'à la différence du commun des mortels qui était naturellement tenu d'observer l'étiquette en usage à la cour, les religieux pour leur part ne seraient plus dans l'obligation de se prosterner devant l'empereur.

Lent à se développer, le mouvement monastique fut, à partir du V° siècle, présent dans toute la Chine. Il y en eut dans les grandes villes (Luoyang comptait 1327 monastères à l'avènement des

Tang), il y en eut également qui s'établirent dans les vallées rocailleuses où aucune étendue plate ne permettait de faire pousser le riz ou même de planter des mûriers. Endroits si désolés et si rocailleux qu'ils n'intéressaient même pas les paysans et que les percepteurs impériaux avaient depuis longtemps renoncé à en tirer impôt. Ce dénuement ne rebutait pas les croyants dont la première de leur loi exigeait, pour leur rappeler quotidiennement la modestie et la solidarité humaine, qu'ils se nourrissent d'abord du riz de l'aumône. Cependant aucune prescription n'enjoignait de s'en tenir là et de compléter cet ordinaire frugal en aménageant d'étroites terrasses où s'épanouissaient légumes sauvages et arbres fruitiers venus des régions d'Asie centrale. L'interdit sur la consommation de la viande ne paraissait pas disproportionné au petit peuple chinois qui de toute façon n'en consommait que fort rarement en dehors des grandes fêtes annuelles. En revanche on appréciait et respectait bien volontiers la rigueur morale de ces hommes qui savaient si bien aménager la pauvreté et juguler leurs appétits.

De l'ensemble de règles qui définissent la vie monastique, bouddhique : non-violence, pauvreté, célibat, c'est certainement cette dernière qui provoqua le plus de réticences dans la mentalité chinoise si profondément ancrée dans le culte familial et la nécessité de la descendance. On peut en mesurer l'importance en remarquant que ce que nous appelons : rentrer dans les ordres, se dit en chinois quitter sa famille (chu jia). Les confucéens s'étonnaient de voir des individus dans la force de l'âge renoncer aux joies et aux devoirs de la vie familiale et sociale dans le seul but d'appréhender le néant.

et sociale dans le seul but d'appréhender le néant. Cependant, le plus grand scandale vint des

Cependant, le plus grand scandale vint des femmes, lorsque celles-ci à leur tour s'organisèrent en communautés monastiques. Qu'un homme se retire du monde et refuse la procréation, bien qu'avec peine, cela pouvait encore se comprendre - la renonciation aux désirs ne passe-t-elle pas d'abord par la renonciation au désir ? Mais qu'une femme se refuse à la maternité, sa seule raison d'être aux yeux

de la société d'alors, voilà qui passait l'imagination des lettrés.

Mais les femmes chinoises, elles, voyaient très bien ce que leur apportait cette religion venue de l'étranger. " Pour la première fois depuis les deux millénaires que comptait déjà la civilisation chinoise, il leur était offert une image féminine gracieuse et compatissante. Non que dans le panthéon animiste de la Chine ancienne il n'y eût point de divinités féminines (comme par exemple Xi Wang Mu la " Reine Mère d'Occident ") ou de déités secourables, mais celles de la vie quotidienne n'étaient guère valorisantes. Parmi les plus implorées il y avait Zi Gu, la " Jeune Fille Pourpre " qui était surtout connue sous le nom de " Déesse des Latrines " parce que, concubine d'un homme riche et ayant suscité la jalousie de l'épouse principale, elle y fut jetée par son mari et s'y noya " . Il y avait aussi la " Souveraine Originelle des Nuages Irisés " (Bi Xia Yuan Jun) qui protégeait les femmes en couches, mais c'était parce qu'elle-même avait connu l'horreur de recevoir la mort en donnant la vie.

Il se produisit alors un phénomène étrange. Les femmes du peuple de Chine qui enduraient à chaque naissance des enfers de douleur et de sang, crurent distinguer dans la religion nouvelle une autre divinité secourable : Avalokitésvara, un des principaux bodhisattva du Mahayana. Vieille divinité brahmanique dont on trouve trace dans les Veda, c'était à l'origine un homme, le dieu des chevaux qui représentait à la fois compassion et puissance . Il fut très tôt intégré au bouddhisme quand apparut la notion de bodhisattva, ces êtres qui renoncent à goûter eux-mêmes l'apaisement du Nirvana tant qu'il resterait des humains dans la souffrance. Que voilà un être pénétré de grande noblesse se dirent les femmes de Chine qui bientôt transformèrent le bel Avalokitésvara en l'une des leurs. Il devint " Guanyin " celle qui regarde (guan) avec considération et écoute avec attention les cris (yin) des humains en proie à la souffrance. Pour figurer son omniprésence consolante, la tradition chinoise la figura bientôt pourvue de onze visages et de mille mains tenant chacune un emblème salvateur. " Alors que l'univers confucéen, focalisé sur le culte ancestral dont la piété filiale est la manifestation première, ne rendait à la mère que des devoirs et des marques de sollicitude manifestant comme une sorte d'interminable paiement des bienfaits rendus pendant l'enfance et que l'univers taoïste substituait aux femmes réelles une idéalisation d'essence féminine du monde, Guanyin était toujours accessible. Elle ne demandait que des prières ferventes et de l'encens parfumé. À toutes celles et à tous ceux qui l'imploraient, Guanyin, qui n'excluait rien ni personne, apportait protection et espérance. Grâce à elle la féminité dans sa valeur maternelle de protection et de recours ultime trouvait enfin sa place " .

" Cette image de douceur et de bienveillance sans réciprocité qui dépassait l'ironie parfois cruelle des taoïstes et la justice parfois rigoureuse des confucéens, était dans le droit fil des récits de la vie du Bouddha. Ces récits répétés par les conteurs de rues, représentés sur les murs des temples, montraient des personnages féminins dont la fonction principale était d'adoucir ce monde-ci, d'y répandre la mansuétude, d'y développer l'indulgence et d'y démultiplier la bienveillance autant que faire se peut en attendant de renaître au paradis d'Amithaba - étape décisive sur le chemin de l'illumination qui suscita en Chine beaucoup plus d'enthousiasme que l'austère perspective de l'entrée dans le nirvâna "

.

Et voilà que des femmes chinoises, et pas toutes des moins que rien, jetaient leurs grossesses futures ou passées par dessus les moulins pour se regrouper en communautés. Elles se vêtaient d'une robe mal fagotée, ridicule et incommode parce que conçue pour d'autres climats, pis encore, voilà qu'elles se rasaient entièrement la tête troquant la parure de leur coiffure pour l'insupportable présence de leur crâne. Et enfin pire que tout si l'on peut dire, voilà que ces religieuses avaient l'outrecuidance d'organiser elles-mêmes leurs communautés. Non seulement elles se passaient d'hommes, mais elles

se passaient aussi de leur naturelle autorité en se mettant sous la souveraineté d'une des leurs, d'une " mère ", comme les filles qui peuplaient les vertes maisons du monde flottant des lupanars. Et tout cela pourquoi ? Pour mener une vie exemplaire de dévouement et de prière qui rendait le scandale encore plus scandaleux aux yeux de ceux qui le dénonçaient. À l'inverse des femmes, les intellectuels chinois mirent très longtemps à s'apercevoir des bienfaits que lui apportaient ces institutions nouvelles.

bienfaits que lui apportaient ces institutions nouvelles. Il existait en effet une faille de taille dans

Il existait en effet une faille de taille dans le rigoureux système social conçu soi-disant par les sages de l'antiquité et surtout codifié avec rigueur par les Han : c'était les femmes esseulées.

Il y avait d'abord celles qui, malgré les efforts des entremetteuses, étaient restées seules parce qu'aucun homme n'avait voulu les épouser à cause soit de défauts physiques, soit de disgrâces morales, soit de discrédits sociaux pesant sur leurs familles. Bien qu'évidemment assez désagréable à vivre, cette situation n'était pas, de loin, la plus grave. Raillée par ses voisins, méprisée par sa famille, la jeune fille restait chez ses parents. Devenant vieille fille, elle tâchait de compenser par un dévouement exemplaire le souci qu'elle causait et de faire oublier par une piété filiale remarquable la bouche supplémentaire à nourrir qu'elle constituait, alors que cette bouche aurait normalement dû être remplie par une autre famille.

La situation était beaucoup plus grave pour les femmes qui avaient été mariées et qui, pour diverses raisons, ne l'étaient plus. Les malheureuses qui étaient répudiées en raison de leur caractère jugé mauvais ou à cause de la jalousie excessive d'une autre épouse, quand elles échappaient au sort funeste de la Déesse des Latrines, étaient la plupart du temps rendues à leur famille d'origine, comme des marchandises impropres. On imagine bien que celles-ci, outre la honte sociale qui les accablait,

ne voyaient jamais d'un bon œil le retour en leur sein d'un élément dont elles avaient été généralement fort heureuses d'être débarrassées. Dans les familles riches, le problème se posait en termes de culte ancestral : la répudiée, effacée de la lignée de son mari ne pouvait pas cependant réintégrer celle de son père ; elle errait entre deux descendances. Non seulement la répudiée n'avait plus de place dans sa famille mais son retour constituait une catastrophe économique, car il fallait rendre à la famille de son ex mari une somme équivalente aux cadeaux reçus lors des fiançailles.

Dans les familles pauvres, qui constituaient la majorité des cas, le problème se posait d'une manière plus crûment économique. Quand le lopin ou l'atelier ne fournissent que chichement la portion familiale, chaque bouche compte et l'épousée avait vite été remplacée par une bru qui, tenant à préserver pitance autant que prérogative, voyait ce retour d'un œil torve. Pire encore enfin, la femme répudiée perdait aussi ses enfants car, sauf cas exceptionnels, ils restaient dans la famille de leur père. Pour toutes ces raisons, les ruptures étaient rares et les femmes répudiées ne représentaient qu'une infime portion en comparaison d'une autre catégorie de plus malheureuses encore et qui sera sans cesse grandissante, celle des veuves.

Lorsqu'elles faisaient montre d'une fidélité inébranlable au souvenir de leur mari défunt, les veuves bénéficiaient au moins de la considération générale. Aux plus méritantes d'entre elles on élevait même des pailou ces sortes d'arches ou de portiques qui ornaient les rues et servaient à l'édification de tous. Les poètes ne manquèrent jamais de s'apitoyer avec talent sur ces femmes vertueuses dont le destin était pourtant parfois très cruel, surtout quand la pauvreté les unissait très jeunes avec un riche barbon et qu'elles se retrouvaient veuves à la fleur de l'âge. Les censeurs, toujours pour des questions de lignage ancestral, prônaient avec vigueur l'impossibilité du remariage. À qui attribuer, disaient-ils, à quel homme, à quel clan assigner dans l'au-delà une femme qui se serait mariée plusieurs fois ? Pour les hommes, la question ne se posait pas: l'épouse en titre avait sa place dans le caveau familial et le mari survivant pouvait contracter d'autres unions puisque considérées comme secondaires, elles n'affectaient pas l'ordonnancement séculaire des rites ancestraux.

Tout dépendait pour le sort de la veuve de ses maternités. Si avant le décès de son mari elle était devenue la mère d'un garçon, elle perdait certes un époux mais ayant donné à la famille de son mari un héritier porteur du nom et continuateur du culte familial, elle gardait dans la famille de son défunt mari, place, rang et préséance. Mais qu'elle devienne veuve sans avoir enfanté d'héritier mâle et alors le malheur s'abattait sur elle. Or cela pouvait survenir de manière particulièrement cruelle en raison de la coutume des mariages d'enfants qui se pratiquait très couramment dès l'âge de six ou sept ans. L'union n'étant jamais vraiment considérée comme une affaire personnelle mais comme une alliance entre clans, quand, pour le bien des deux familles, elle avait été " mariée " dès son plus jeune âge à un garçonnet et que le malheur veuille que le petit fiancé n'atteignît point l'âge adulte, alors sa petite promise, le plus souvent déjà installée chez ses futurs beaux-parents se voyait reléguée au rang le plus bas, sorte de petite esclave domestique soumise aux avanies de sa belle-mère qui entendait bien lui faire payer le sort injuste qui lui avait enlevé son fils chéri et non cette bru stupide dont elle n'avait dès lors plus rien à faire. On cherchait à la caser ailleurs à n'importe quel prix, c'est-à-dire le plus souvent à vil prix. Triste était le sort de ces petites veuves enfants, condamnées à rester stériles leur vie durant car, étant officiellement mariées, toute liaison qu'elles pouvaient contracter à l'âge adulte était considérée comme adultère et le plus souvent punie de mort. Non par les lois qui n'étaient pas très claires à ce sujet mais par la coutume qui prévalait, les magistrats ne se mêlant guère de ces sortes d'affaires, considérées comme internes aux familles, pourvu qu'une apparence de maladie ou d'accident permît de sauver la face en déguisant suffisamment ces crimes internes. Qu'on ne croie pas cela comme récit d'un passé depuis longtemps révolu : il y a moins d'un siècle, c'était encore pratique courante et le beau film de Chen Kaige donne à voir une famille des années trente où une épouse est

poussée discrètement vers la corde qui étranglera son crime sans autre forme de procès.

Il y avait pourtant situation plus dramatique encore, celle de l'épouse qui, rejetée par son mari, esclavagisée par sa belle-mère, moquée par ses beaux-frères et méprisée par le reste de la famille ne voyait que dans la fuite une issue à son enfer quotidien. À la différence de la divorcée qui, si elle devait abandonner ses fils, pouvait au moins emmener avec elle ses filles, la fugueuse n'ayant pour se nourrir le plus souvent d'autre issue que la prostitution, partait seule, car emmener ses filles avec elle aurait signifié les y condamner aussi.

ses filles avec elle aurait signifié les y condamner aussi. Dans cet enfer sans issue où

Dans cet enfer sans issue où étaient enfermées les femmes chinoises, les communautés bouddhiques ouvraient un espace qui fut un rayon de soleil. Le principe des monastères était simple en effet, pourvu qu'on s'engage à respecter les cinq principes de l'enseignement du Bouddha, quiconque pouvait y trouver refuge, quels que fussent son âge, son sexe ou sa condition sociale. La vie y était dure, mais la règle était juste et la même pour tous. Il fallait apprendre à se passer de la plupart des plaisirs de la vie et plus encore de l'appétit de vivre, mais on y échappait aux mesquineries de la vie sociale et aux cruautés qui s'acharnaient sur les veuves inutiles et les épouses stériles.

Mais le plus important pour les femmes chinoises c'est que dans l'enceinte d'un monastère elles découvraient une réalité extraordinaire dont jamais personne, pas plus les taoïstes que les confucéens, ne leur avait jamais parlé auparavant, une évidence si extravagante qu'aucun sage de l'antiquité ne l'avait jamais imaginée : elles étaient reçues pour elles-mêmes. Elles qui depuis toujours n'existaient qu'en tant que filles de leur père, femmes de leurs maris, mères de leurs fils, voilà que brusquement on s'intéressait à elles en tant que personne propre; voilà qu'on prenait en considération leur salut personnel. Jamais auparavant en Chine on ne s'était adressé aux femmes de la sorte. Le Bouddha en

revanche, dans ce sermon prêché vers la fin de sa vie avait bien insisté sur le fait que chacun, y compris les femmes, pouvait atteindre l'éveil, devenir un bouddha et sortir de la souffrance . Ce sermon, le sutra du lotus de diamant connut en Chine un succès extraordinaire. Il fut même le premier texte au monde à être imprimé, dès le 9° siècle. Confucius et Lao Zi dans les fondements qu'ils avaient posé n'avaient fait aucune place aux femmes. On justifie cela habituellement en disant qu'à leur époque, les femmes ne comptaient pas. Pourtant le Bouddha historique vivait à cette époque-là.

Non seulement les monastères donnaient à la vie des femmes un sens personnel qui ne devait rien à personne d'autre, mais cette ouverture ne se faisait pas dans une perspective égoïste. Elle se réalisait au travers d'un accomplissement social qui profitait à tous ; les œuvres de bienfaisance que le clergé bouddhiste prenait à sa charge, réconciliaient les nonnes avec la société qui les avaient brisées. À soulager ceux qui se trouvaient encore plus malheureux qu'elles, transformant leur malheur en compassion, elles retrouvaient ainsi une dignité humaine et une utilité sociale que la société chinoise leur avait le plus souvent dénié.

Cette influence bienfaisante du bouddhisme se manifestera durant toute la période des Tang (6° - 9° siècle) qui sera un âge d'or pour les femmes chinoises. Jamais on ne les verra aussi heureuses. Toutes les représentations que nous avons de cette époque, les tableaux sur soie, les fresques, les statuettes funéraires, les romans et les récits de l'époque montrent des femmes heureuses, créatives et épanouies. Aucun des plaisirs de l'époque ne leur était fermé. Elles se vêtaient avec des robes d'une somptuosité et d'un raffinement tels qu'on les croirait tirées d'actuels romans de science fiction ; elles peignaient, composaient des poèmes, jouaient au Wei Qi (un jeu d'échec chinois que nous connaissons sous son nom japonais de jeu de Go), montaient à cheval et pas en amazone s'il vous plaît, allaient à la chasse (avec un petit félin apprivoisé juché sur la croupe de leur monture et qui se chargeait pour elles de la partie vio-lente et meurtrière de la chasse), elles jouaient au polo, dansaient, faisaient de l'acrobatie. Libres et belles, on les sent toujours exulter de joie de vivre dans ces magnifiques petites statuettes qui peuplaient les tombes de cette époque et qu'on a à juste titre appelés les " Tanagra " chinois. Qu'elles se hâtent de jouir de la vie et du corps que la nature leur a donné, les femmes de Chine, car bientôt une grande nuit va s'abattre sur elles, et pour de longs siècles, sous la forme d'une des plus monstrueuses contraintes physiques jamais imposée à un être humain : le bandage des pieds.

" Comme tous les comportements qui finissent par emporter l'adhésion complète d'une société, personne ne peut dire avec précision ni où ni quand le phénomène commença " . Tout au plus peut-on souligner qu'il est contemporain du mouvement de réaction philosophique connu sous le nom de néo- confucianisme et dont le chef de file sera Zhu Xi, dont les commentaires des classiques seront lettres d'évangile durant plus de sept siècles. Presque jusqu'à l'aube du XXème siècle, durant lequel Mao Zedong dut encore rappeler avec vigueur à ses compatriotes que " les femmes portent la moitié du Ciel ".

Conférence prononcée à La Réunion en 2006 à l'invitation de l'association Guandi des réunionnais

Conférence prononcée à La Réunion en 2006 à l'invitation de l'association Guandi des réunionnais d'origine chinoise.

Ouvrages proposés par l'auteur :

chinoise. Ouvrages proposés par l'auteur : - Le discours de la Tortue. Découvrir la pensée chinoise

- Le discours de la Tortue. Découvrir la pensée chinoise au fil du Yi Jing par C. Javary. Éditions

Albin Michel.

- Yi Jing, le livre des Changements traduction originale par C. Javary commentée avec l'aide de P.

Faure Éditions Albin Michel.

- Les Rouages du Yi Jing, introduction au Livre des Changements par C. Javary. Éditions Philippe Picquier.

- Le Yi Jing, par C. Javary. Editions du Cerf, collection Bref, n° 20.

- Le Yi Jing en Dessins. Bande dessinée bilingue, traduit du chinois par C. Javary & Wang Dongliang. Editions You-Feng

La tranquilité, arme secrète du Tai Chi. Par Bob Mendel

Magazine "Black Belt" / juin 1976 Photos de Zaroubia

Magazine "Black Belt" / juin 1976 Photos de Zaroubia La tranquilité, arme secrète du Tai Chi.

La tranquilité, arme secrète du Tai Chi. La raison ? On cherchait l'état appelé "mushin no shin, pas d'attitude mentale afin d'agir spontanément face à l'attaque. Les étapes avancées du Kung Fu et les enseignements du Karaté s'occupent aussi de perception et de tranquillité. Ce qui rend le Tai Chi Chùan unique, c'est qu'en dépit de la réputation qu'il a de développer lentement l'étudiant, il est une voie directe et simple vers le calme et son utilisation à maîtriser le mouvement. Il est appelé méditation en mouvement parce qu'il commence par accentuer la tranquillité dans le mouvement. Et il fait de même face à l'attaque. Les classiques du Tai Chi Chùan disent "s'il ne bouge pas, je ne bouge pas. A son moindre émoi j'ai déjà anticipé et bougé le premier."

Comment le Tai Chi Chùan permet-il cela, demandons-nous à Master Tung Kai Yin ? "Quand vous êtes relaxés, vous êtes plus rapides, répond-il, et vous pouvez savoir plus facilement ce que va faire votre adversaire. Il est aussi important d'être relaxés, parce que vous vous sentez mieux". "Bien des mouvements dans le Tai Chi Chùan aident l'étudiant détendu. Les poussées aident à assouplir les poignets. Quand vous pratiquez le Tai Chi Chùan, vous devez être relaxé, et non pas mou. C'est relaxé avec l'énergie. C'est la souplesse au dehors mais l'énergie ou la robustesse au dedans. Comme une barre de fer enveloppée dans du coton". Master Tung souligne une vue traditionnelle du Tai Chi Chùan, par des phrases concises mais claires, usant parfois d'une idée ou d'une image familière des écrits traditionnels sur cet Art. Pour cultiver l'énergie détendue lorsqu'on rencontre un adversaire, le Tai Chi Chùan comporte un exercice appelé Tui Shou, ou pushing hands.Dans la pratique du Tui Shou, les étudiants se placent deux par deux, en rangs et en ligne, et tracent un cercle avec leurs

mains en sentant l'équilibre, l'énergie et le mouvement du partenaire.

l'énergie et le mouvement du partenaire. Au premier abord, ça ne ressemble pas du tout à

Au premier abord, ça ne ressemble pas du tout à un entraînement pratique pour la self-défense. "Certains ne connaissent pas la valeur des Tui Shou, admet Tung, et ils pensent que s'ils combattent quelqu'un d'une autre école, ou en self-défense, l'opposant n'utilisera pas les formes du Push Hands. Mais cela n'est pas l'important. Tant que l'adversaire ne trouve pas de contact avec vous, il n'y a pas de réel danger. S'il y a contact, alors c'est comme dans le Push Hands. Tung voit de nombreux étudiants qui essaient de progresser dans cette partie de l'Enseignement du Tai Chi Çhùan. "La façon correcte de pratiquer est de ne pas essayer et de ne pas pousser trop tôt, même si bien des gens le font. Il vaut mieux passer d'abord six mois a faire des cercles et obtenir un réel calme. Tung voit aussi d'autres problèmes dans un "push hands" précoce. "Cela raidit l'étudiant, au lieu, dit-il, au lieu de le relaxer et de le délier. Quand vous combattez, vous vous éloignez des formes, et combattez, c'est tout. Et alors, vous n'utilisez pas les formes et n'apprenez pas les principes qui sont derrière les mouvements. Il vaut mieux attendre un peu plus et comprendre plus profondément le Tai Chi et les formes. Master Tung suggère plus de patience, selon une règle que le Tai Chi Chùan appelle souvent "investir à perte". "Dans le push hands, la plupart des gens veulent gagner, dit Tung. Mais dans la pratique, il ne faut pas s'occuper de cela. Vous apprenez plus si l'on vous pousse. Et si vous ne considérez pas les choses de cette façon, il vous sera ensuite difficile d'être bon en Tai Chi Chùan". Mais la pratique du Tui Shou demande une base solide dans la posture. Tung dit simplement : "Vous ne pouvez le pratiquer si vous n'êtes pas bien en équilibre sur vos pieds lorsque vous bougez."

L'équilibre, voilà le but du Tai Chi Chùan, et l'approche qui en fait un art unique est l'alternance du yin et du yang, de l'épais et du subtil. Le calme déplacement de la pesanteur est enseigné graduellement par la lente et méticuleuse répétition des 108 mouvements de l'enchaînement du système yang. Les postures variées fortifient les jambes, construisent l'équilibre et font circuler le Chi à travers le corps. Selon la tradition, l'énergie prend ses racines dans les peids, se développe dans les jambes, est dirigée par la taille, et atteint les doigts. Les formes individuelles du Lent sont une base du Tui Shou, d'une certaine façon. Les mouvements originaux du Tai Chi Chùan étaient au nombre

de 13, correspondant aux 8 directions et aux 8 trigrammes du Yi King, plus les 5 éléments. Ces postures fondamentales sont tissées dans les modèles continus de pushing hands. Et, de même que dans le lent, pendant le mouvement, il faut toujours éviter la double pesanteur. 'Vous pouvez bouger plus vite, dit Master Tung, avec le poids sur une jambe, plutôt que sur les deux. Tous les mouvements du Tai Chi Chùan sont en partie pleins, en partie vides. Cette alternance du solide et du vide, du souple et du dur, fait partie de la tradition taoïste qui a donné le jour à cet Art.

de la tradition taoïste qui a donné le jour à cet Art. On connaît bien l'histoire

On connaît bien l'histoire du sage Chang San Feng, observant le combat d'un serpent et d'un oiseau ; le mouvement insaisissable du serpent illustre bien le principe taoïste (de soumission à la force). Le Tai Chi Chùan tire tout son intérêt de l'abandon. Céder et absorber le mouvement de l'attaque, accepter et détourner mille livres avec une pichenette de la force de quatre onces. Céder, contrer, et alors frapper sec en retour. Mais quelle sorte de force utilise-t-on pour ce retournement ? Le Tai Chi

n'utilise-t-il que quatre onces de force ? "L'idée de quatre onces ne se rapporte qu'au fait de détourner les attaques, dit Tung, de se débarrasser de l'assaillant. Autrement, l'on utilise autant de force que possible". Le Tai Chi Chùan cultive plus d'une sorte de force, affirme Tung, ajoutant qu'il y a une longue puissance là où le mouvement va vers l'extérieur longuement. Il y a une courte puissance,

comme un éclatement. Il y a une puissance saisissante, une puissance soulevante

le Chi". "Ce qui est intéressant, continue Tung, c'est que vous vous connaîtrez vous même et vous connaîtrez votre force. Vous pourrez connaître les autres, et quelle est leur force. Mais s'ils ne vous connaissent pas, c'est préférable". Bien que la puissance du Tai Chi Chùan soit basée sur le Chi et souligne sa circulation par la relaxation et la posture correcte, Tung ne croit pas aux exercices de développement du Chi. "Inutile de s'occuper de cela, dit-il, car le Chi est là. Le Tai Chi s'occupe de

ce que vous en faites".

toutes basées sur

Master Tung note que, au fur et à mesure que l'étudiant s'entraîne, il trouve la liberté dans les formes.

Il dit '. "au début, vous vous occupez de penser à effectuer la forme,

n'avez plus à vous occuper de cela, ce n'est plus que le Chi. Alors, vous pouvez l'exprimer au dehors,

au-delà du mouvement'. "D'une certaine façon, c'est comme dans l'entraînement aux armes, continue-

si c'est correct. Puis vous

t-il, car les armes sont essentiellement un prolongement de la main. Nous enseignons le sabre, l'épée

et la lance

regardez la longueur d'une épée, c'est à peu près comme si vous exprimiez votre Chi sans elle. Mais, dans l'utilisation des. armes vous ne focalisez votre attention que sur la pointe de l'arme. Avec les mouvements à main nue, vous pouvez étendre le Chi au delà de la main. L'insistance sur l'utilisation du Chi fait aussi partie des enseignements du Kung Fu, mais il est rarement conduit au coeur de l'instruction comme il l'est dans les systèmes internes. C'est ce qui fait du Tai Chi Chùan la source des Arts Martiaux. La tonification interne des organes pour équilibrer l'énergie et développer !a santé et la vitalité faisaient partie intrinsèque de la tradition du Yoga taoïste, et Chang San Feng, le fondateur, était connu pour sa connaissance de cette tradition.

chaque arme étant d'une taille différente, et demandant une attention différente. Si vous

différente, et demandant une attention différente. Si vous On dit que cet Art fut gardé par

On dit que cet Art fut gardé par les élèves de Chang San Feng, puis par la famille Chen à Honan qui préserva le secret de ces techniques pendant des générations. Il advint qu'un homme du nom de Yang Lu Chan entendit parler de cet Art et se débrouilla pour faire partie de la maison Chen afin de l'apprendre. II fut découvert, mais ses dons étalent si grands que la famille Chen le lui enseigna de bon gré. Yang Lu Chan se rendit à Pékin où on l'appela Yang l'Insurpassable pour son talent au combat, et il enseigna le Tai Chi Chùan. Ses deux fils, à leur tour, continuèrent cet enseignement, maintenant connu sous le nom de style Yang. Parmi les élèves du petit fils de Yang, Yang Chen Fu, il y avait Tung Ying Chieh, qui devint célèbre pour ses écrits sur le Tai Chi Chùan et pour la création d'un enchaînement rapide qui complète le style Yang. C'était le grand père de Kai Yin Tung, et le Fast Set (ou Kwai Chùan), fait partie de la tradition familiale de Tung.

L'Enchaînement Rapide de la famille Tung donnée à l'étudiant une chance de découvrir quelque chose des applications des formes lentes en self-défense, et développe la sensibilité à l'émission de

l'énergie. Il est basé sur l'enchaînement lent de style Yang, mais effectué avec vivacité, avec plus de

force et de manière plus "serrée", plus compacte. Tung aime le voir pratiqué avec ardeur

respirer, transpirer, mais toujours équilibrer, centrer, maîtriser, parce que c'est en plein mouvement que le Tai Chi Chùan cherche le calme. Pour être capable d'user du calme comme d'un jouet, que ce

soit en affrontant un adversaire ou dans la vie quotidienne, nous devons nous familiariser avec lui.

Bouger,

Aussi, dit Master Tung, le Tai Chi Chùan est, en vérité, un exercice de l'esprit. Master Tung souligne la concentration, l'attention aux formes, que ce soit dans le Lent ou dans le Rapide, qu'il s'agisse d'un débutant ou d'un pratiquant avancé. L'attention aux détails dans l'exécution est encouragée dans les limites des possibilités de l'élève.

dans les limites des possibilités de l'élève. L'approche traditionnelle du Tai Chi Chùan, qui est

L'approche traditionnelle du Tai Chi Chùan, qui est celle de Tung, est une approche du calme intérieur au coeur de la philosophie et de l'expérience asiatique. Approche qui semble à la fois raisonnable et pragmatique, autant que bien des styles modernes ; mais contrairement à certains d'entre eux, il démontre le sens de l'équilibre et de la plénitude.

ENERGIES, les différentes expressions du Souffle par Michèle Petit

Le chemin de vie / Changements et devenir du corps énergétique / Editions Chemins de l'Harmonie

Photos du nouvel an Chinois 2009 : Catherine Pascou

Photos du nouvel an Chinois 2009 : Catherine Pascou A. L'énergie ancestrale YUAN QI L'énergie

A. L'énergie ancestrale YUAN QI

L'énergie ancestrale confiée par les parents est rejouée pour chacun d'entre nous, selon sa propre manière de vivre : l'alimentation, la respiration, les rencontres avec les êtres et la nature. L'énergie ancestrale se recèle au Foyer inférieur : c'est là son lieu d'expression maximale (Reins, surrénales, région sexuelle) mais elle est présente dans tout le corps. Ce que la Tradition nomme le foyer de Vie en référence à l'œuf primordial, rencontre père/mère, est le viatique individuel qui agit en nous durant toute notre existence. Tout l'arbre énergétique sort de ce lieu, situé sous l'ombilic, dans l'espace entre les deux Reins. La vitalité s'enracine là et de là partent les méridiens fondateurs.

Nous avons précisé ailleurs, le rôle de YUAN QI ; rappelons seulement qu'elle ne fait que s'épuiser et que seuls les choix de vie que nous faisons peuvent combler le déficit inhérent à notre existence même. YUAN QI présente dans toutes les cellules, accompagne, en tant que concrétisation de l'inné, toutes les autres modalités de l'énergie représentant les transformations de l'acquis. L'énergie YUAN est comme le pouvoir donné à chacun, afin qu'il continue le mystère de l'humain, à partir de sa propre lignée, mais évidemment dans une perspective et une recherche continuelle de transformation et de

dépassement.

dépassement. B. L'énergie de défense WEI QI L'idéogramme représente un carrefour et des pieds : empreinte

B. L'énergie de défense WEI QI

L'idéogramme représente un carrefour et des pieds : empreinte de pas ; un territoire : ceci montre qu'au centre il y a un territoire bien protégé. Les processus de la naissance sont fondamentalement liés à WEI QI. C'est le fœtus qui déclenche les contractions de l'utérus, décidant du moment de la séparation d'avec la mère. Cette naissance qui détermine l'individu, dans ses limites et ses possibilités d'expression est en relation avec les Reins YANG et un aspect particulier du dynamisme du Foie.

On traduit généralement WEI QI par énergie de défense, mais c'est un sens restreint. Il faudrait y ajouter le sens d'une énergie qui amène l'être humain à se déterminer par rapport aux phénomènes environnants comme quelque chose de dynamique qui est proche de l'essence du YANG. Aussi, on peut dire que WEI QI est une dynamique de relance, pulsionnelle, guerrière, farouche, très associée à l'énergie ancestrale et liée à l'adaptation de la personne dans le monde. En effet, sans cesse la personne est dépendante et éventuellement contrariée par les rythmes du cosmos ou de l'environnement et sans cesse, donc, elle doit y répondre en s'ajustant au mieux.

La production d'énergie WEI s'organise au Foyer inférieur : c'est la transformation du reliquat de

La production d'énergie WEI s'organise au Foyer inférieur : c'est la transformation du reliquat de tout ce qui reste de l'alimentation ; ce sont les résidus et les lies qui peuvent encore être brûlés à ce niveau. WEI QI rythme la veille et le sommeil : dès l'ouverture des yeux, il y a mise en jeu de tout l'appareil sensoriel de la vie de veille ; on se met debout sur ses pieds. (Il y a une relation énergétique très importante entre les yeux et les chevilles par l'intermédiaire de certains grands méridiens curieux.) Lorsque l'on ferme les yeux pour dormir la nuit, alors WEI QI va œuvrer dans la profondeur et le mystère des organes : son mode d'expression concrète étant en particulier la production de rêves.

L'énergie WEI s'exprime et rythme les défenses, aux frontières ; elle surgit rapidement, voire violemment et alors on assiste aux diverses manifestations de l'allergie. WEI QI circule en fonction du Soleil et des étoiles. En vingt-quatre heures, elle fait cinquante cycles dans le corps : durant le jour elle fait vingt-cinq tours et se distribue dans tous les niveaux énergétiques ; la nuit, vingt-cinq tours également pour aller visiter les Cinq Centres subtils suivant le cycle KE. C'est en même temps une voie de justice et de réparation (Reins, Cœur, Poumons, Foie et Rate, puis retour aux Reins et cela cinq fois par nuit). Autrement dit, pendant le sommeil, WEI QI va visiter les Cinq Organes/fonctions et pendant la veille, elle va dans les quatre membres et les articulations par les méridiens tendino- musculaires entre autres. Les articulations sont des lieux de décisions et de choix ; on laisse l'énergie y passer ou pas. Les exercices de TAI JI QUAN, QI GONG, DAO YIN et YOGA travaillent en profondeur sur ces lieux.

WEI QI produite au Foyer inférieur est tributaire de l'alimentation ; ainsi suivant ce qu'on

WEI QI produite au Foyer inférieur est tributaire de l'alimentation ; ainsi suivant ce qu'on mange et comment on mange, on produit une énergie WEI plus ou moins chaotique ! D'autre part, le pouvoir de réactivité de WEI QI, répond aussi à la vitalité du Foyer inférieur associé au désir, à la peur et à la sexualité. C'est l'expression du vouloir-vivre personnel avec tout ce que cela comporte de mélanges et de conflits ; manifestations d'autant plus violentes que cette volonté personnelle (manifestation de nos petites volontés) est éloignée du plan décidé par notre Etre profond, c'est-à-dire de la réalisation du véritable mandat dont il est dépositaire. Le ressort, la pulsion de WEI QI sont en relation avec la poussée de l'énergie du Foie vers le haut (phase montante diagramme du TAI JI) ; ceci fait appel au rôle du Foie dans sa gestion dynamique du sang ; par exemple, tout à coup, le rouge monte au visage : c'est l'aspect subtil de SHEN, ici appelé le HUN qui pousse vers l'extérieur, le haut. C'est aussi lui qui nous pousse en avant, qui nous fait avancer sur la route

Le cheminement de WEI QI se fait dans les espaces hors méridiens ; on dit qu'elle se propage par nappe. Il y a dans cette propagation, à la fois une notion de rempart et de creux. En effet, WEI QI

circule dans les mesos (membranes) et les fascias (feuillets), c'est-à-dire les plans de clivage situés

entre les muscles, les tendons, les os

division des chairs ". Elle voyage aussi dans les grandes cavités thoracique (le Clair) et abdominale (le Trouble). Nous connaissons le rôle du Gros intestin et de la Vessie dans la production des liquides utilisables par l'organisme. Le méridien principal du Foie, le REN MAI et le CHONG MAI jouent un rôle dynamique important dans cette ascension de WEI QI, associée à l'eau. D'autre part, il est très important de souligner que WEI QI et RONG QI se rencontrent partout et sont nécessaires partout.

; ce qu'on appelle, en médecine chinoise, " l'intervalle de la

Généralement, on compare WEI QI dont la trajectoire se fait en nappe, à la mère.

Généralement, on compare WEI QI dont la trajectoire se fait en nappe, à la mère. Peut-on entendre là une référence à la mère matricielle mouvante et fluctuante, sachant que WEI QI est une énergie trouble ; trouble parce que issue du Foyer inférieur et parce qu'elle s'appuie sur YUAN QI, l'énergie ancestrale et donc sur la transmission des lignées ; alors que RONG QI est une énergie claire dont la trajectoire est linéaire : on la compare au père - " Le Père, c'est la colonne " - par son mode de distribution - la sève dans les canaux du tronc et des branches. Mais ce rapprochement symbolique de la gestion des deux énergies est proposé dans un but opératif. On ne saurait surtout pas en faire une récupération bon marché tant dans le domaine de la psychanalyse ou de la psychothérapie que dans le domaine social. N'oublions pas que le monde dans lequel nous vivons actuellement mélange tous les niveaux dans le but inavoué de faire ressortir telle ou telle théorie tronquée, pour mettre en exergue des pseudo-dialectiques qui ressortirent plus du chaos du Foyer moyen que de la transparence du Foyer supérieur et de SHEN ! De plus ce serait oublier qu'auprès de WEI QI il y a le dynamisme du Foie, d'ordre masculin et que RONG QI est nourricière et élaborée par la Rate, d'ordre féminin. En fait, plus nous frôlons le paradoxal, plus nous sommes proches du Mystère dont, en réalité, on ne peut rien dire, mais que l'on est amené à vivre de plus en plus intensément.

C. L'énergie nourricière RONG QI L'idéogramme montre le bois en dessous et deux feux au-dessus

C. L'énergie nourricière RONG QI

L'idéogramme montre le bois en dessous et deux feux au-dessus : c'est l'image de nourrir, de fructifier, de fleurir. Autant l'énergie WEI était synonyme de vigilance, adaptabilité, imprévisibilité, autant RONG QI apporte la notion de support, de fiabilité ; elle nous permet de compter sur notre terrain ; elle seconde sans cesse le déroulement de notre existence tout au long de la journée de vingt- quatre heures. C'est une énergie claire qui, produite au Foyer moyen, va vers le Foyer supérieur.

RONG QI est une énergie dynamique de cohésion, nécessaire pour harmoniser l'ensemble du corps afin que les différents secteurs tiennent entre eux. Elle le nourrit et est porteuse du Principe vital. RONG QI, l'énergie nourricière, est dans une relation très intime avec les systèmes artério-veineux, lymphatique et le système nerveux dans sa globalité. Les points d'acupuncture ne sont pas des points mais, en réalité des cavités reliées à des paquets vasculo-nerveux et lymphatiques.

L'énergie RONG circule dans les douze méridiens en vingt-quatre heures. Lors de l'étude de chaque

L'énergie RONG circule dans les douze méridiens en vingt-quatre heures. Lors de l'étude de chaque centre subtil, l'horaire des marées énergétiques des méridiens a été précisé. Il est nécessaire maintenant de les visualiser globalement. (Les heures indiquées sont les heures solaires.) Le schéma présente trois boucles se reliant entre elles :

- La boucle interne de 3 heures à 11 heures correspond aux Poumons/Gros intestin et à

l'Estomac/Rate.

- La boucle externe de 11 heures à 19 heures relie les Cœurs/Intestin grêle et Vessie/Reins.

- La boucle intermédiaire est une zone charnière d'échanges énergétiques qui répond très rapidement. Les marées correspondent ici à 19 heures-3 heures du matin, soit aux heures du Maître Cœur/Triple

Réchauffeur et Vésibiliaire/Foie.

Remarquons trois moments très importants qui marquent les changements de niveaux énergétiques dans la circulation

Remarquons trois moments très importants qui marquent les changements de niveaux énergétiques dans la circulation de l'énergie nourricière. Ce sont des temps de mutation interne :

- 3 heures : passage de l'expression énergétique du méridien du Foie à celui des Poumons : un cycle nycthéméral se termine, un autre commence.

- 11 heures : passage de la Rate au Cœur.

- 19 heures : passage des Reins au Maître Cœur.

Reprenons les trajets des méridiens principaux, nous verrons que ces trois temps de mutation s'effectuent en un seul lieu : la profondeur du thorax. Il est intéressant de se regarder vivre à ces moments-là. On peut être interpellé très subtilement lorsqu'une certaine vigilance s'installe de manière spontanée. Il y a une relation très forte entre l'expression de cette énergie et l'image que l'on se fait de soi. Une prise de conscience progressive, là encore, peut, dans le lâcher-prise, amener la personne à changer certains schémas : soit parce qu'il apparaît que ce sont seulement des modèles imprimés de longue date et qui n'ont plus cours maintenant ; ils nous encombrent inutilement. Soit parce qu'ils font appel à des manques importants et qu'il y a peut-être une demande intérieure, profonde et insistante pour modifier la façon de vivre.

D. L'énergie des rythmes ancestraux ZONG QI C'est l'énergie des rythmes ancestraux. Bien qu'elle soit

D. L'énergie des rythmes ancestraux ZONG QI

C'est l'énergie des rythmes ancestraux. Bien qu'elle soit créée " maintenant " au centre de la poitrine de la personne, elle n'en a pas moins une relation importante avec le PÔ, aspect subtil de SHEN qui exerce une activité particulière lors de la vie fœtale. D'autre part, avant la région de TAN CHONG, elle ne s'appelle pas ZONG QI ; à partir de ce lieu, elle circule alors dans l'arbre central vers le haut et vers le bas. Les régions spécialement concernées sont :

- le milieu de la poitrine où elle coordonne le rythme respiratoire;

- la gorge (lieu de rencontre de toutes les énergies) ;

- les orifices supérieurs ; à partir des yeux, elle donne sa force au Système nerveux ;

- la région sexuelle dont elle nourrit la vitalité ;

- le diaphragme (séparation du Clair et du Trouble).

ZONG QI active le méridien du Cœur et la respiration depuis le Centre de la poitrine ; elle se dirige en descendant en pluie vers la région du Carrefour de l'énergie (30 Estomac) QI JIE, lieu de rencontre inné/acquis. Elle se dirige, d'autre part, en montant vers les orifices sensoriels par des canaux appelés les ZONG MAI. Donc, à l'intérieur du tronc, il y a une voie montante et une voie descendante.

ZONG QI coordonne : - le rythme respiratoire et l'expression des Cinq Centres subtils représentés

ZONG QI coordonne :

ZONG QI coordonne : - le rythme respiratoire et l'expression des Cinq Centres subtils représentés par

- le rythme respiratoire et l'expression des Cinq Centres subtils représentés par l'arbre des Trois Foyers ;

- le rythme respiratoire en relation avec les pulsations cardiaques ;

- et tout ensemble la grande symphonie des trois rythmes respiratoire, cardiaque et énergétique.

Si ZONG QI est abondant, on respire bien. Cette notion de respiration dépasse largement le mécanisme de la respiration de l'air.

E. Le Grand Souffle DA QI

C'est le Souffle aérien, c'est par lui que nous recevons " l'Unité qui vient du Ciel ". Ce souffle est bien sûr directement utilisable puisqu'il est le Souffle en provenance du cosmos, expression de l'Univers (Terre/Ciel). Les textes, quant à son mode de circulation, nous disent : " Il rentre UN et il sort trois. " (Les chemins des Trois Foyers, par exemple.)

de circulation, nous disent : " Il rentre UN et il sort trois. " (Les chemins

F. ZHEN QI Souffle authentique

ZHEN QI est le Souffle authentique, celui qui " arrive " lorsque la personne a vraiment lâcher-prise. C'est un souffle sans respiration qui apparaît en son temps à partir du plan vital indifférencié. Lorsque se mêlent harmonieusement la respiration usuelle (inspir/expir) et le Souffle créateur et spontané, alors seulement, il y a changement, transformation, ouverture si l'on peut dire, à plus d'être.

G. ZHENG QI Souffle droit

L'idéogramme représente un être humain en station debout sur la terre, " C'est le Vent de la rectitude. " Vent indique à la fois le mouvement et la direction. C'est une énergie en relation avec la droiture. On dit qu'il " provient d'un secteur donné, ce n'est ni un vent de plénitude, ni un vent de vide ". C'est la mesure juste dans la direction juste.

ce n'est ni un vent de plénitude, ni un vent de vide ". C'est la mesure

Et la Respiration ? par Rolland Gaillac

Photos : anciens Hutong de Pékin

La vie de l'homme commence par une inspiration. Elle se termine par une expiration. Quoi qu'il arrive. Entre les deux, et tout le reste du temps, les simples êtres humains que nous sommes avalent l'air du bout des lèvres, avec économie ou goulûment, pour assurer la fonction de base qui préside

aux échanges gazeux entre nos organismes et le milieu extérieur. Ils toussent, reniflent, raclent leur

gorge, suffoquent, s'étranglent, expectorent, ahanent

terme. Bien peu parviennent à se mettre au rythme de l'univers pour ne constituer qu'un seul souffle avec lui. "Le" souffle. Celui du flux énergétique ; celui qui fait vibrer toute chose ; celui qui préside à tout, au "un", que! que soit le nom qu'on lui donne, et indépendamment de tout contexte religieux.

Les grandes religions, d'ailleurs, se sont toutes appuyées à leur origine sur l'aspect cosmique de la

respiration pour établir ce lien - le seul tangible - entre le ciel, la terre et l'homme. Et lui donner un

nom

Mais bien peu respirent, au sens cosmique du

Mais bien respirer, au fond, c'est quoi ? Ou plutôt, c'est comment ?

Bien respirer, " c'est ", simplement. Et c'est par là qu'il faut commencer. Ni la posture, ni la pratique, ni le mental ne vous donneront une bonne respiration, quoi que vous fassiez, si vous n'êtes pas conditionné pour. Car c'est de la respiration que tout découle : la posture, la pratique, le mental; et non le contraire.

: la posture, la pratique, le mental; et non le contraire. On voit arriver de temps

On voit arriver de temps en temps, lors de cessions diverses, Tai Chi Chuan, Chi Gong, Yoga, ou

autre, des gens qui vous disent : " Je suis venu parce que je ne sais pas respirer! J'ai lu qu'ici on pratiquait la respiration abdominale. Puis-je m'inscrire ? " Quelques jours plus tard, vous les retrouvez, plus appliqués que jamais. Ils tiennent à vous montrer qu'ils ont compris. Qu'ils "savent", désormais, respirer. Et c'est alors terrible ! La séance à peine commencée, vous fermez les yeux ; et vous avez soudain l'impression d'être entré par hasard dans un pressing… Certes, la respiration doit être ample, longue, profonde. Mais elle ne peut en aucun cas être forcée, exagérée. Elle doit rester silencieuse, naturelle, entièrement libre. A votre image. Ou plutôt à l'image du chi, ki, prana, comme il vous plaira de l'appeler. A l'image de cette énergie qui passe à travers vous. Et qui conditionne chacune de vos attitudes, chacun de vos actes

Au-delà des dogmes, des querelles d'école, des pratiques religieuses, il n'existe que deux façons de respirer : la bonne et la mauvaise. Pour la mauvaise, c'est simple : il suffit de regarder autour de soi dans la rue, les transports en commun, les lieux publics. Les gens malgré eux avachis, vautrés, sans tenue. Comment pourraient-ils respirer ? La bonne façon, en revanche, est plus difficile à décrire. Car si la technique, dite abdominale est simple à maîtriser en elle-même, ce qui la sous-tend est en fait plus complexe. Si le rôle de la respiration consiste à établir un lien, un fil invisible destiné à relier l'homme à l'univers, les formidables effets qu'elle engendre sur l'organisme sont, eux bien terrestres. Et tout à fait mesurables.

sont, eux bien terrestres. Et tout à fait mesurables. Contrairement à ce que pensent beaucoup de

Contrairement à ce que pensent beaucoup de gens, la respiration ne se fait pas au niveau des poumons. Elle s'effectue en fait au niveau cellulaire, et même au niveau moléculaire, dans des organites spécialisés, véritables centrales énergétiques qui portent le nom barbare de mitochondries. Les échanges gazeux se font bien entendu au niveau des alvéoles pulmonaires, mais l'oxygène est conduit des poumons à la cellule par le sang. C'est là que s'effectue la véritable respiration. Cellule par cellule. Le taoïste Tchouang Tseu, affirmait que les gens du commun respiraient avec la gorge, tandis que l'homme véritable devait le faire avec tout le corps, jusqu'aux talons, ce qui signifiait que la respiration s'accompagne d'un processus de prise de conscience qui peut s'étendre aux jambes.

L'acte respiratoire en effet, pour être pleinement efficace, doit procéder de tout le corps. Nombre de stress, de troubles psychosomatiques, de dysfonctionnements organiques, de fatigues chroniques sont dus à cette incapacité.

En effet, les fonctions homéostatiques de l'organisme : circulation sanguine, sécrétions hormonales, pression artérielle, régulation de la température corporelle, etc sont assurées sans l'intervention du raisonnement, par le système nerveux autonome, quelles que soient les variations du milieu extérieur. Ce système nerveux autonome, ou système neurovégétatif, est situé dans le paléocortex, et plus particulièrement dans l'hypothalamus, la partie la plus ancienne du cerveau. C'est le centre des pulsions fondamentales : nourriture, désir sexuel, instincts, besoin de groupe, survie de l'espèce. Celui sans lequel nous ne serions pas là aujourd'hui. En revanche, ces lignes ne pourraient être écrites sans l'intervention du néocortex (siège de l'intellect), et de ses milliards de cellules : la partie la puis récente du cerveau, en termes d'évolution.

la puis récente du cerveau, en termes d'évolution. Or !a difficulté de vivre des civilisés vient

Or !a difficulté de vivre des civilisés vient de l'antagonisme de ces deux cerveaux, et de l'importance, de plus en plus grande, de par nos activités cérébrales intenses, que s'adjuge le " petit dernier". Ainsi, durant le jour, une partie des fonctions automatiques de l'organisme est assurée par le système sympathique. Lorsque ce système, excité par les émotions, l'activité cérébrale, le stress, est trop sollicité, survient un état de surtension. Le parasympathique entre alors en jeu, afin d'éliminer ces tensions par des processus chimiques complexes, (neurotransmetteurs notamment), et maintenir l'équilibre du système nerveux autonome. C'est ce qui se produit pendant le sommeil par exemple, ou le sympathique (dominant le jour) cède la place au parasympathique (dominant la nuit) pour défatiguer notre corps et notre esprit, et leur rendre la vigueur nécessaire à un fonctionnement correct. Or l'activité intellectuelle, trop importante, des cérébraux que nous sommes devenus (au sens fondamental : émotions, angoisses, etc.) donne trop d'importance au système sympathique, et empêche, plusieurs heures durant, le parasympathique de reprendre les commandes. C'est ce qui fait que vous entendez souvent des gens dire : "Je ne comprends pas. Cette nuit, j'ai dormi dix heures et je

suis complètement crevé

"

A l'inverse, les pratiquants de Tai Chi Chuan, Chi Gong, ou Yoga, par exemple, dorment moins. Mais

avec une très grande efficacité réparatrice

respiration longue, profonde. Et à son rôle en la matière

l'inspiration, l'expiration, et une pause, plus ou moins longue, située entre expiration et inspiration,

dont peu de gens ont conscience. Un temps mort hors du temps. Entre tension et détente. Un peu d'éternité. L'état du Bouddha, comme le moment qui sépare deux pensées…

Ce qui nous ramène à la respiration ventrale. A la

La respiration comporte trois temps :

ventrale. A la La respiration comporte trois temps : L'inspiration est produite par une contraction du

L'inspiration est produite par une contraction du diaphragme et des muscles intercostaux, qui dilate la

cage thoracique et donc les poumons, collés à la paroi, provoquant ainsi une aspiration. L'expiration naturelle est due, quant à elle, à l'élasticité de la cage thoracique et des poumons, cherchant à revenir à l'état d'origine. L'air est alors expulsé, simplement. Au contraire, la respiration abdominale fait intervenir un concept totalement différent : celui d'énergie cosmique, ou de Chi. Ce n'est plus juste de l'air qui entre dans les poumons, mais quelque chose d'autre. Indéfinissable. Indéterminable. Le "ça", aux propriétés extraordinaires, que l'on va chercher jusqu'aux confins de l'univers. Que l'on absorbe au fond, tout au fond de soi. Que l'on dirige jusqu'au centre de gravité de l'organisme, au tan tien (chine) ou au seika tanden (japon), en un point situé au milieu d'un triangle dont le sommet serait en dessous du nombril, à trois centimètres environ, et les deux côtés au niveau de la troisième lombaire

et de l'anus. Et que l'on expulse ensuite, lorsqu'il a fait son office, aux confins de l'univers. Une

énergie que l'on peut aussi diriger : par les mains, par les yeux, par la pensée

soi-même

pourtant que l'expression de la nature.

Qui vous donne des facultés que d'aucuns qualifieraient d'"extraordinaires" et qui ne sont

Sur les autres ou sur

Le troisième millénaire verra l'étude systématique de l'origine de ces forces, et enseignera à chacun

Le troisième millénaire verra l'étude systématique de l'origine de ces forces, et enseignera à chacun

leur utilisation rationnelle. Pour y parvenir, on peut utiliser les techniques de visualisation par exemple. Ou n'utiliser aucune technique du tout. On peut se concentrer sur une pratique : le ventre se gonfle à l'inspiration, puis se creuse et vient appuyer sur le diaphragme à l'expiration. Ou mettre

l'accent sur la longueur de l'expiration, comme dans le bouddhisme tantrique ou Zen

au contraire la longueur de l'inspiration, comme dans les exercices respiratoires de l'Aïkido. On peut faire, ou ne pas faire. Pourvu que la respiration soit vraie. Dans tous les cas, des effets étonnants se feront alors sentir. Que l'on adhère ou non à ces idées. Et ça, ce sont des faits. Bien-être, joie de vivre,

sensations oubliées depuis l'enfance vont réapparaître. Pourquoi ? Auto-hypnose ? Effet placebo ?

Point du tout

bouddhistes, et notamment des bouddhistes zen, est bien connue depuis toujours. On a d'abord cherché du côté de l'alimentation, végétarienne - elle joue aussi, sans aucun doute, son rôle -, avant de se pencher sur celui de la respiration. Les prêtres bouddhistes récitent des sûtras (okyo en japonais), d'une voix caverneuse, aux paroles prononcées à l'expiration, qui exercent une forte pression sur l'abdomen. Les Tibétains ont poussé cette pratique au niveau de l'art, avec une force dans le souffle que rien n'égale. Les prêtres shintoïstes également. Les prêtes occidentaux, n'ayant, comme force d'appui, que les sons fragiles du " notre père " vivent, c'est un fait moins longtemps. Car leur voix, plus haute, plus faible, ne permet pas d'exercer cette respiration profonde qui exerce une action déterminante sur la santé.

Ou travailler

Revenons aux effets physiologiques de la respiration. La longévité des prêtres

La réalité physiologique d'une bonne respiration est simple. La phase d'inspiration, lorsqu'elle est

La réalité physiologique d'une bonne respiration est simple. La phase d'inspiration, lorsqu'elle est suffisamment longue, ample, exerce une pression sur un des centres fondamentaux de l'organisme chargé de réguler les fonctions involontaires dont nous parlions auparavant : le système limbique, ou rhinencéphale, qui est pratiquement un second cerveau. Cette partie du système nerveux est située derrière le nez. C'est pourquoi certains exercices du yoga s'appliquent à faire travailler l'inspiration par une narine, puis par l'autre, afin de donner une meilleure conscience du travail respiratoire. L'expiration lente, à son tour, en agissant de façon progressive et soutenue sur le diaphragme, va stimuler les fibres nerveuses dont la concentration est très grande au niveau du plexus solaire. Le diaphragme, ainsi sollicité à l'inspiration comme à l'expiration, va améliorer ses capacités de fonctionnement, entraînant une plus grande oxygénation de l'organisme et ses corollaires : une meilleure combustion, une élimination plus rapide des déchets métaboliques, souvent générateurs de fatigue. Par ailleurs, le foie, qui est accolé au diaphragme, monte et descend avec cet organe à chaque

inspiration. Il subit ainsi, lors des phases de rétraction, un véritable massage

d'ailleurs, situés sous le diaphragme, subiront également un massage et une meilleure oxygénation :

La plupart des organes,

rate, reins, colon

A la technique se joint l'état d'esprit : on doit pratiquer sans but, sans volonté de quelque gain que ce soit. La voie consiste seulement à porter attention à sa respiration, sans autre désir. Anàpànasati : Ana

: inspiration. Pana : expiration. Sati : la prise de conscience. Pour arriver à la libération de l'esprit et

parvenir l'éveil. Peut-être

Et tant pis si j'en vois qui soupirent, au lieu de respirer, tout simplement

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L'intention et le souffle sont dans le corps humain sans forme ni couleur et invisibles pour les yeux. Mais il faut savoir que le souffle remplit tout le corps et nourrit le sang. Le souffle est la transformation du feu de la porte de la vie et de l'essence. Les taoïstes l'appellent l'état d'équilibre entre le feu et l'eau ou encore le Dan intérieur. Il réside et s'accumule dans le Dàntiân.

intérieur. Il réside et s'accumule dans le Dàntiân. Les taoïstes l'apprécient extrêmement, alors que les

Les taoïstes l'apprécient extrêmement, alors que les gens estiment ordinairement que le sang est le plus précieux dans le corps humain. En effet le souffle est plus important que le sang parce que le souffle est principal et le sang est auxiliaire. Si le sang est insuffisant, on peut encore survivre, mais si le souffle vient à manquer on est en péril tout de suite. C'est pourquoi la chose la plus importante c'est de nourrir le souffle.

La particularité du Tàiji quân, outre son bienfait pour le corps humain, est de favoriser

La particularité du Tàiji quân, outre son bienfait pour le corps humain, est de favoriser le développement du souffle. Le proverbe dit: " On exerce extérieurement les nerfs, les os et la peau; on exerce à l'intérieur une bouchée de souffle ". Quand on pratique le Tàiji quân dans le Grand Enchaînement, dans Dispersion des Mains ou dans le Grand Déplacement, la respiration demeure naturelle, le visage ne change pas de couleur et le souffle emplit tout le corps. On se trouve dans un état plus confortable qu'avant l'exercice; cela montre que l'exercice de Tàiji quân est bienfaisant et enrichit le souffle.

Quand le souffle est plein, le sang est abondant; quand le sang est abondant, le

Quand le souffle est plein, le sang est abondant; quand le sang est abondant, le corps est fort. Si le corps est fort, l'intention est ferme. Quand l'intention est ferme, le corps est vigoureux. Cette vigueur produit la longévité et l'on peut devenir expert. On confond souvent l'intention avec le cœur ou le cœur avec l'intention, mais ils sont différents. Le cœur est le maître de l'intention et l'intention est l'auxiliaire du cœur.

Quand le cœur se met en mouvement, l'intention commence. Quand l'intention commence, le souffle la

Quand le cœur se met en mouvement, l'intention commence. Quand l'intention commence, le souffle la suit. Autrement dit ces trois éléments, le cœur, l'intention et le souffle, sont en interaction. Quand le cœur est dispersé, l'intention est en désordre. Quand l'intention n'est pas concentrée, le souffle est flottant. Au contraire, quand le souffle s'enfonce, l'intention est ferme. Quand l'intention est ferme, le cœur est stable. C'est pourquoi ces trois éléments s'emploient mutuellement et se trouvent dans une relation inséparable. Quand le souffle circule naturellement, il peut activer le sang et en même temps animer l'esprit.

S'il y a la théorie sans la méthode, on ne peut tout comprendre. S'il y

S'il y a la théorie sans la méthode, on ne peut tout comprendre. S'il y a la méthode sans la théorie, on commence par la queue. L'intention, le souffle et la pratique ont une relation réciproque. Si on explique aux débutants ce que sont l'intention et le souffle, cela est difficile. Mais cela ne signifie pas qu'on ne puisse pas passer la porte de la pratique. Par exemple, pour exercer les treize gestes ou un seul mouvement, il faut commencer par l'imagination. Ainsi, lorsque les deux mains réalisent le mouvement d'appuyer, il faut imaginer qu'il y a un adversaire devant; à ce moment, même si le souffle ne sort pas des paumes, on doit supposer qu'il circule depuis le Dàntiàn, vers les lombes, le dos, les épaules, les bras et les paumes afin que l'énergie s'exprime et arrive au corps de l'adversaire. Cette supposition, pour les débutants, est plutôt vague. Mais après une période d'exercice, on peut l'employer aisément.

Histoires du Taiji Quan Par Gérard Edde

Le Dragon de poche, conseils vitaux des anciens sages du Tao

Le Dragon de poche, conseils vitaux des anciens sages du Tao ZHANG SAN FENG - LE

ZHANG SAN FENG - LE SERPENT ET LA GRUE DU TAI JI

Il existe deux histoires du Taiji Quan, celle racontée dans les textes classiques et l'histoire transmise oralement dans toutes les écoles de chaque style. D'une manière curieuse, l'histoire et les légendes contées dans les diverses écoles convergent toutes et décrivent les mêmes histoires.

L'origine du Taiji Quan plonge ses racines dans la philosophie du Tao. La Chine ancienne présentait alors une structure féodale et les arts martiaux étaient l'objet d'une quête vitale et secrète, chaque disciple voulant connaître le summum de son art et chaque maître désirant réserver ses meilleures techniques à ses élèves les plus doués et les plus loyaux. En outre, l'apprentissage des arts martiaux était souvent lié à une ordination formelle dans le cadre du taoïsme, puis plus tardivement dans le cadre du bouddhisme.

Bien que les monastères taoïstes fussent naturellement dédiés aux pratiques spirituelles, les arts martiaux étaient cependant enseignés pour former les moines à la discipline et au contrôle de leurs énergies. Ces arts martiaux dits "internes" étaient aussi un vecteur pragmatique d'évolution spirituelle par leurs idéaux et pratiques. L'enseignement restait donc l'apanage des moines, dans un cadre bien différent de l'entraînement des guerriers et mercenaires de cette époque. C'est pourquoi le Taiji Quan et le Kung Fu originels sont teintés d'une indicible couleur spirituelle et d'une notion initiatique ou

filiale.

filiale. Ainsi, le Taiji Quan puise-t-il sa théorie dans la connaissance du Yijing (en particulier dans

Ainsi, le Taiji Quan puise-t-il sa théorie dans la connaissance du Yijing (en particulier dans ses versions taoïstes), dans la théorie médicale taoïste ancienne et dans l'alchimie interne de la circulation des souffles de l'énergie interne et externe (Neijing Qi et Wei Qi).

Selon l'école taoïste du Mont Hua, l'empereur mythique Shen Hung, agriculteur et herboriste, serait à l'origine de la théorie énergétique cosmologique des huit trigrammes (Ba Gua) du Yijing et des huit mouvements primordiaux du Taiji Quan : reculer-tirer vers l'arrière-pousser-presser-tirer vers le bas- se pencher en arrière-pousser avec l'épaule-pousser avec le coude. Chaque mouvement semble ainsi en liaison avec le concept dynamique de chaque trigramme. Cet enseignement purement taoïste du Taiji Quan existe encore dans certaines écoles.

On raconte encore que le grand empereur Yu (2000 environ. avant J.-C.) créa une sorte de danse cosmique destinée à se mettre en harmonie avec les forces telluriques. Ce style de pas magiques existe encore aujourd'hui dans certaines écoles du taoïsme religieux. Yu pensait que, tout comme l'eau stagnante est souvent infestée de parasites, la stagnation des liquides vitaux et du sang apporte la maladie. Il posa ainsi les origines de la conception taoïste du mouvement hygiénique.

L'empreinte de la philosophie naturelle du Tao est évidente dans les textes classiques du Taiji Quan, on y trouve notamment cette maxime :

Rejeter le souffle ancien et inspirer le souffle neuf, se mettre dans la posture de l'ours et s'étirer

comme un oiseau.

comme un oiseau. On retrouve d'ailleurs dans le Taiji Quan de tous les styles cette référence

On retrouve d'ailleurs dans le Taiji Quan de tous les styles cette référence à l'oiseau, tant dans le nom des postures que dans la forme en "bec" du poignet et des doigts.

On vient de découvrir en 1973 un texte important sur le yoga taoïste datant de 108 avant J.-C., dans une tombe du Hunan. Sur les quarante figures, certaines indiquent clairement l'imitation du mouvement d'animaux comme l'ours, l'aigle et le singe. Les autres dessins montrent que certains de ces exercices étaient utilisés pour guérir certaines maladies physiques ou psychologiques. Plus tard, sous la dynastie des Han, le célèbre acupuncteur Hua To mit au point une série de mouvements basés sur l'imitation des animaux. On considère que ces mouvements de Dao Yin furent à l'Origine des postures du Kung Fu.

Mais la source de la synthèse du Taiji, mouvements primordiaux du Taiji Quan. se trouve certainement dans l'école du mont Hua. Le maître Chen Bo y enseignait le style interne du Liu Ho Pa Fa (les six harmonies et les huit méthodes), certainement l'ancêtre du Taiji moderne. La statue de ce maître était encore visible au monastère de la source de jade des monts Hua.

D'autres exercices sont considérés comme d'origine divine, tels les célèbres Batuajin - les huit pièces de brocart ou huit merveilles - pratiqués de façon intensive de nos jours par toute la diaspora chinoise. Le taoïste Lu Don Bin serait à l'origine de ces mouvements copiés sur la danse des dieux. Plus concrètement, on considère que ces enseignements furent révélés par la voie du rêve ou par le contact avec des Xian pendant de longues retraites de méditation. Ainsi le Taiji Quan aurait été enseigné à l'ermite taoïste Zhang Sang Feng par l'immortel de l'étoile polaire : Hsuan Tien Zhang Ti à

l'aube du premier millénaire ; selon d'autres sources le Taiji Quan était déjà pratiqué à cette époque sur les cinq pics sacrés du Wudang.

D'une certaine manière, on peut affirmer que personne n'a créé le Taiji Quan mais qu'il est le fruit d'une évolution à la croisée de plusieurs influences. La tradition orale de certaines écoles attribue la première forme de Taiji Quan au moine taoïste Zheng Yi Dao Ren qui vécut 500 ans avant notre ère. Il ne reste bien sûr aucune trace de cet art interne que l'on nommait " la boxe prénatale ", en référence à l'arrangement originel des huit trigrammes du Yijing décrivant la formation du monde.

huit trigrammes du Yijing décrivant la formation du monde. On considère donc Zhang San Feng (qui

On considère donc Zhang San Feng (qui vivait aux environs de l'an 1000 de notre ère) comme le père du Taiji Quan actuel. Cependant, la vie de ce taoïste légendaire ne fut décrite que dans des textes beaucoup plus tardifs, au XVIème siècle. La légende et la tradition orale nous laissent un portrait haut en couleurs de cet homme : d'énormes yeux et de grandes oreilles, de long cheveux tressés en chignon, ne portant qu'une seule robe en été comme en hiver, mangeant de copieuses quantités de nourriture, grimpant les montagnes comme s'il volait. Zhang San Feng est considéré comme l'un des six grands immortels de l'école taoïste des "immortels cachés" qui florissait encore au début de ce siècle sur le mont Hua.

L'histoire du Taiji Quan est intimement liée à cette école dont on disait que les maîtres avancés pouvaient rencontrer les maîtres du passé. Ainsi, Zhang San Feng "apparut" à plusieurs disciples jusqu' au XVème siècle. On attribue la rédaction de l'ouvrage "La Pratique du système du Taiji Quan " à Zhang San Feng, et l'on cite souvent ce passage descriptif de cet art :

Le Taiji Quan dépasse l'effort. La méditation, qui en est le premier pas, indique l'effort dans la

quiétude et la croissance intérieure. Les mouvements du Tai Chi Chuan sont la partie externe de cette croissance. On doit combiner l'externe et l'interne, le doux et le dur pour atteindre le but suprême.

Zhang San Feng laissera l'image d'un être spirituellement réalisé qui calqua les mouvements du Taiji Quan sur le combat gracieux et mortel d'un oiseau et d'un serpent.

gracieux et mortel d'un oiseau et d'un serpent. Quelques siècles plus tard, Chen Wangting, général en

Quelques siècles plus tard, Chen Wangting, général en retraite de l'armée de la dynastie des Ming, axa un style de Taiji Quan basé sur le Livre classique de la boxe et sur sa pratique de cette forme de combat qui comportait diverses séquences. Cette version de la naissance de tous les styles du Taiji Quan moderne est confirmée par le maître Dong Hao (1897-1959) et recueille l'approbation de presque toutes les écoles. Chen Chen Hsing créa ainsi le style "Chen" qui donna ensuite naissance à toutes les autres écoles du Taiji Quan: Style Yang, style Wu (il existe deux styles Wu distincts dont l'orthographe en écriture chinoise est différente), style Sun, style Guang Bin

Ce combattant est lui aussi nimbé d'une auréole de gloire dans la province du Shandong, il apportait de nouvelles méthodes martiales certainement issues du Kung Fu de Shaolin d'influence bouddhiste.

Le directeur actuel de l'institut d'exercices physiques de Shanghaï Gu Liuxin attribue à Chen Wangting la synthèse des pratiques suivantes :

*La coordination entre les mouvements et la respiration (souvent absente de certains styles enseignés en Occident).

*Les mouvements en spirale qui entretiennent la bonne circulation du Qi ou énergie vitale.

*L'exercice à deux, TUI SHOU (se pousser avec les mains), dont la pratique en compétition existe encore de nos jours.

Le style Chen est caractérisé par une succession de mouvements tour à tour lents et rapides et les coups de pieds surgissent parfois d'une façon explosive.

Ce style comprenait deux formes de mouvements originales qui se sont transmises le long de dix-sept générations, de la famille Chen jusqu'au dernier maître : Chen Fake (1887- 1957).

Chen jusqu'au dernier maître : Chen Fake (1887- 1957). Mais revenons en arrière, à l'un des

Mais revenons en arrière, à l'un des premiers maîtres Chen : Chen Hsiang qui développa la forme de 108 mouvements et enseigna Yang Lu Chan (17221872), fondateur du style Yang, bien connu en Occident. Peu de temps après naquit le style Wu de Wu Yu Hsiang, qui étudia à la fois le style Chen ancien et le style Yang.

Au cours de son histoire, le style Chen s'enrichit d'une "forme nouvelle" destinée plus particulièrement à entraîner et à échauffer le corps et plus récemment d'une forme simplifie en 38 mouvements de Chen Xiawang (19eme génération de la famille Chen depuis Chen Wang Ting), pratiquée actuellement en Chine où le style Chen connaît un "renaissance" due à ses mouvements à la fois toniques et harmonieux, représentant au mieux l'alternance Yin-Yang de la philosophie naturelle des taoïstes. Il faut aussi distinguer l'évolution de ce style selon les régions de la vaste Chine et on compte aujourd'hui un style Chen du Nord et un autre du Sud !

A l'époque de la révolution de 1911, le Taiji Quan était à la mode à Pékin, cela surtout à cause de sa réputation de méthode curative. On dit même que la plupart de pratiquants étaient alors uniquement préoccupés par son côté curatif, c'est pourquoi à cette époque naquirent des formes édulcorées de cet art martial "interne". La pratique de la boxe du Tai Chi apportait la valeur d'une recherche taoïste pour " obtenir un cœur serein et un esprit concentré ". Cependant, le renouveau actuel de la forme Chen oriente le Taiji Quan, à la fois vers ses applications martiales et la pratique d'une méthode de santé. De plus, les exercices complémentaires visant à entamer l'énergie le long de spirales de forces (le Chan Jun Chin) renouant avec l'énergétique chinoise et avec les mouvements lies aux huit trigrammes du YijinJing.

Du point de vue thérapeutique, les recherches chinoises ont montré que la pratique du TAIJIQUAN apportait des résultats sensibles dans les troubles suivants : La neurasthénie, les névralgies chroniques, l'hypertension, les gastrites et tous les troubles digestifs chroniques, les maladies cardiaques, la tuberculose, l'arthrite, le diabète et les maladies chroniques en général.

les maladies cardiaques, la tuberculose, l'arthrite, le diabète et les maladies chroniques en général. 171

Le schéma du GRAND RETOURNEMENT par Cyrille J.D. JAVARY

Discours de la Tortue

Discours de la Tortue Ce diagramme, maintenant familier aux Occidentaux tant il

Ce diagramme, maintenant familier aux Occidentaux tant il est repris dans de nombreux logos publicitaires, est très souvent appelé "le dessin du dao ". Bien que surprenante de prime abord - le dao, indéfinissable par essence, ne peut être représentable - cette dénomination se révèle finalement d'assez bonne sagesse puisque ces deux " gouttes" noire et blanche donnent à voir la rythmique du battement Yin/Yang, qui est bien la manifestation de ce fonctionnement des choses au niveau sensible. Pourtant, ce n'est pas ainsi que les Chinois désignent ce dessin. Ils l'appellent tai ji tu, c'est- à-dire le dessin (tu) du Tai Ji

tai ji tu, c'est- à-dire le dessin (tu) du Tai Ji Tai Ji n'est pas une

Tai Ji n'est pas une expression banale. Ces deux idéogrammes, ceux par lesquels s'ouvre le passage du Grand Commentaire qui a intéressé SHAO Yong, occupent une place importante dans la pensée traditionnelle, raison qui sans doute leur a valu des traductions assez étonnantes.

Dans l'encyclopédie informatique d'un important fabricant de logiciels, on trouve par exemple "Tai Ji, en chinois: Grand Ultime ". L'expression sonne bien, elle emporte l'adhésion. Mais ce n'est pas une traduction, plutôt une projection, le placage d'une idée métaphysique occidentale sur une abstraction chinoise.

François Jullien l'a remarqué quand il souligne à propos du passage du Grand Commentaire que "

c'est surtout le premier terme de cette énumération (tai ji) qui, dans la mesure où il peut servir à

représenter l'origine, a retenu l'attention des philosophes ultérieurs. (

l'exigence métaphysique nouvelle que le bouddhisme a introduite en Chine, les penseurs néo confucéens de la dynastie Song ont été conduits à voir en ce terme la clé de voûte de tout le système :

)

En effet, influencé par

il

est censé, en servant ainsi de terme premier, fournir son concept à l'absolu, établir le fondement de

la

réalité. Le pas est facile à franchir alors qui conduit à ériger la notion en entité métaphysique. "

Ce pas, les missionnaires le sauteront sans états d'âme. L'un des plus célèbres d'entre eux traduira par exemple le même passage : " Il y a dans les transformations le grand Premier Commencement. Celui-

ci engendre les deux puissances fondamentales. Les deux puissances fondamentales engendrent les

quatre images. Les quatre images engendrent les huit trigrammes ". Et il le commente ainsi : " Le grand Premier Commencement joue un rôle considérable dans la philosophie naturelle ultérieure. A l'origine, ji est la poutre faîtière, donc un trait simple, symbolisant la pose d'une unité .Mais en posant

l'unité, on pose à la fois la dualité, car en même temps on fait apparaître un dessus et un dessous. L'élément conditionnant est ensuite désigné comme ligne non divisée, tandis que l'élément conditionné est représenté par une ligne divisée , ce sont là les deux puissances fondamentales polaires qui sont par la suite désignées comme Yang le lumineux et Yin l'obscurs. "

" Grand Premier Commencement ", " Grand Ultime" (on trouve aussi "Faîte Suprême"), toutes ces dénominations ont un point commun: leurs initiales en majuscules. Nous sommes tellement habitués à cet artifice typographique, propre à notre manière d'écrire, que nous en oublions souvent l'effet psychologique et idéologique qu'il induit. Pourtant, l'initiale en majuscule correspond à "une modification du sens qui métamorphose le mot, volatilise sa valeur concrète et le projette à un autre niveau de résonance". Toutes choses impossibles à concevoir par l'esprit chinois. Comment voulez- vous en effet appliquer une initiale en majuscule à un dessin? Un caractère n'est pas seulement invariable, il est aussi immuable.

Ces majuscules donnent aux expressions " Grand Ultime" ou " Faîte Suprême" des allures de divinités primitives qui les rapprochent de nos dieux indo-européens. Cela n'était pas indifférent aux milieux missionnaires. Ils tenaient avec cette interprétation de l'expression tai ji un témoignage de la croyance chez les indigènes chinois à un pouvoir supérieur dont découle tout ce qui existe qui arrangeait bien leur activité missionnaire.

Il importe donc, avant de voir l'usage qu'en fera SHAO Yong, de comprendre plus précisément ce

que les Chinois entendent par cette expression. Pour y voir plus clair, commençons par le troisième caractère, le plus général.

commençons par le troisième caractère, le plus général. Ce caractère (qui se prononce " tou "

Ce caractère (qui se prononce " tou " est très courant. Dans les classifications des bibliothèques

impériales, il désigne d'une manière générale les plans, cartes, graphiques, diagrammes, tout ce qui, dans un monde d'idéogrammes, sans être un signe d'écriture, est un dessin signifiant. " Schéma" semble plus approprié pour le traduire que " dessin ", qui a en français un côté artistique absent du terme chinois, qui n'est employé que pour des réalisations à caractère pratique, laissant à un autre idéogramme (hua) celles à caractère esthétique

un autre idéogramme (hua) celles à caractère esthétique L'idéogramme se compose de deux éléments. À gauche
un autre idéogramme (hua) celles à caractère esthétique L'idéogramme se compose de deux éléments. À gauche

L'idéogramme se compose de deux éléments. À gauche le radical arbre

façonnés en bois. Â droite, un groupe complexe dans lequel on distingue la représentation d'un être humain, placé entre ciel et terre (les deux traits horizontaux) et encadré par les signes de la parole

, signe général des objets

par les signes de la parole , signe général des objets et de l'action . L'ensemble
par les signes de la parole , signe général des objets et de l'action . L'ensemble

et de l'action

. L'ensemble de l'idéogramme évoque donc un objet façonné en bois et situé

deux fois à la jonction entre les éléments d'une dualité concertante.

Sur la nature de cet objet, tout le monde est d'accord. Il s'agit de la poutre maîtresse, celle située au plus haut de la charpente et sur laquelle s'appuient et se rejoignent les deux pentes du toit. Comme il ne fait aucun doute non plus que ce terme technique n'est pas employé ici dans son sens propre mais comme une image, la symbolique que l'on peut en tirer dépend étroitement du point de vue à partir duquel on considère cette poutre.

Si l'on se place à l'intérieur d'un bâtiment, cette poutre sera vue comme ce qui couronne et maintient la charpente, la cause première de sa stabilité, image qui va se superposer avec une métaphore très familière aux chrétiens, celle de la clé de voûte des coupoles des églises romanes.

Pierre ronde située au sommet de la voûte et sur laquelle s'appuient toutes les autres pierres de la coupole, la clé de voûte deviendra une des images fortes de l'édifice intellectuel de la chrétienté médiévale, une allégorie globale de la création au sommet de laquelle se tient Dieu, cause de toutes les causes, origine unique faisant tenir tout l'édifice.

Transposant cette métaphore sur les édifices chinois, les missionnaires regarderont tout naturellement cette poutre faîtière comme un "faite suprême ", qu'il suffira d'orner de majuscules pour qu'il devienne une sorte d'avatar oriental du " fait suprême " créateur de toutes choses au Ciel et sur la Terre. Paul Claudel, qui par ailleurs a écrit des pages magnifiques sur la Chine et l'amour qu'il lui porte, est lui aussi tombé dans ce genre de piège sémantique lorsqu'il fait du dao taoïste une dénomination exotique du Dieu qu'il prie. Malheureusement, les anciens Chinois ne connaissaient pas

les églises romanes et ils n'ont que fort rarement élevé des voûtes en pierre ; dans le caractère ji, rien n'indique une quelconque transcendance. Même dans ses graphies les plus anciennes, l'idéogramme montre le ciel et la terre compris comme les constituants d'un tout organique.

L'assimilation par les Occidentaux de cette poutre maîtresse à la clé de voûte de leurs églises ne vient pas tant de la poutre elle-même que de l'endroit d'où on la regarde. La clé de voûte ne peut se contempler que de l'intérieur - de l'extérieur elle est recouverte par la toiture -, la poutre maîtresse des bâtiments chinois, en revanche, est invisible de l'intérieur, car elle est masquée par les caissons formant plafond. Mais de l'extérieur, dépassant largement du sommet du toit et le plus souvent magnifiée par d'énormes têtes de dragon qui l'embouchent à chacune de ses extrémités, elle est particulièrement apparente.

Le changement de lieu d'observation modifie sensiblement l'ensemble du point de vue et toute la symbolique qui en découle. De l'extérieur, la poutre faîtière ne peut pas être perçue comme une sorte de sommet absolu et inaccessible vers lequel converge tout ce qui s'élève, induisant l'idée d'un idéal supérieur qui ne se peut contempler qu'en levant la tête et en joignant les mains. De l'extérieur, la poutre faîtière devient la manifestation d'un retournement, l'endroit où la pente du toit change de sens. C'est pour cette raison qu'elle deviendra pour l'esprit chinois le symbole général du retournement incessant, familier de la pensée du changement.

Cette signification figurée d'un retournement faisant suite à une culmination explique l'emploi de l'idéogramme "poutre " dans des expressions proverbiales comme par exemple :

" dans des expressions proverbiales comme par exemple : qui signifie " [lorsque] la joie (le)
" dans des expressions proverbiales comme par exemple : qui signifie " [lorsque] la joie (le)

qui signifie " [lorsque] la joie (le) atteint son apogée (ji), [alors] naît (sheng) la tristesse (bel.) " ; ou bien encore cette autre, construite sur le même modèle :

bien encore cette autre, construite sur le même modèle : signifiant " [lorsque] la prospérité (tai)

signifiant " [lorsque] la prospérité (tai) atteint son apogée (ji), [alors] naît (sheng) l'adversité (pi) " et qui présente en outre la particularité de mettre en relation le nom de deux hexagrammes (PROSPÉRITÉ, l'hexagramme 11, et ADVERSITÉ, l'hexagramme 12 dont les architectures linéaires jouent elles aussi sur le retournement entre un mouvement de montée suivi d'un mouvement de redescente.

Ce caractère dérive directement de l'adjectif " grand" en est assez proche phonétiquement (" grand

Ce caractère dérive directement de l'adjectif " grand"

en est assez proche phonétiquement (" grand " se prononce da) et n'en diffère graphiquement que par la petite accrochée à la "jambe" gauche de l'idéogramme " grand". S'il n'y a aucun doute à propos du sens de ce caractère il désigne la qualité de ce qui est très grand, la culmination de la grandeur -, c'est sur son emploi dans cette expression que l'on peut s'interroger. Pourquoi les rédacteurs de l'Antiquité ont-ils éprouvé le besoin de requalifier par un superlatif cette poutre maîtresse qui était déjà l'indication d'une culmination?

dont il constitue une sorte de superlatif. Il

On peut penser que l'emploi de ce superlatif leur offrait un double avantage; d'abord induire la lecture symbolique de l'expression entière et ensuite confirmer qu'il s'agit bien d'une culmination, donc d'un retournement et non d'une simple élévation.

Dans une perspective du Yin/Yang, toute chose une fois parvenue à son extrême se transforme en son contraire. En mettant l'accent sur l'extrême de la grandeur, la présence de ce superlatif opère comme une sorte de présélection du sens, insistant sûr la future transformation qui attend cette grandeur. Il confirme que l'expression tai ji est bien l'évocation dynamique du " grand retournement " caractéristique du "fonctionnement" de toutes choses.

Mais cela ne suffit pas pour en conclure que la représentation des deux gouttes noire et blanche entrelacées est ce que désignent les mots tai ji. Ce serait confondre un dessin avec le nom qui lui est attribué, et oublier qu'en la circonstance un millénaire les sépare.

Le gouvernement du Corps et l'entretien de la Vie par Jean-Marc Kespi

Médecine traditionnelle chinoise, une introduction / Marabout

La Médecine traditionnelle chinoise décrit chez l'être humain, dans l'optique qui lui est propre, des mécanismes de la vie. Situons-les d'abord globalement. Notre corps est administré comme un pays ou un empire. Un gouvernement formé de dix viscères en est chargé. Le Cœur-administrateur, au centre, le préside ; il est entouré de ses ministres : le Poumon, le Foie, les Reins et la Rate. Sous la dépendance de la Rate, les entrailles (Vésicule biliaire. Estomac, Intestins et Vessie) gèrent tous nos territoires, dont, en premier, le corporel.

gèrent tous nos territoires, dont, en premier, le corporel. ZANG ET FU Les viscères sont classés

ZANG ET FU

Les viscères sont classés en deux groupes, Yin et Yang, les Zang-Organes et les Fu-Entrailles. Les Zang-Organes thésaurisent, les Fu-Entrailles sont des lieux de transit et de transformations. Zang renvoie aux Cœur, Poumon, Foie, Rate et Reins. Fu représente la Vésicule biliaire, l'Estomac, les Intestins et la Vessie.

Le caractère Zang est fait de l'idéogramme Cang auquel est contraposée la clé de la " chair " pour signifier que l'on parle du corps humain. Cang signifie cacher, dissimuler, mettre en réserve, emmagasiner, conserver, thésauriser. Le rôle fondamental des Zang est de thésauriser les Jing et Shen correspondants. Pour mieux comprendre, souvenons-nous que Jing et Shen sont, avec Qi, à l'origine de la vie. Ils se diversifient, entre autres, en cinq Jing et cinq Shen qui répondent aux cinq Zang- Organes et fondent leur fonctionnement. Il est donc capital qu'ils y soient conservés. La plénitude des Zang est dite Man : tout est rempli, on ne peut rien y ajouter. Que peut-on ajouter en effet à Jing, Shen et Qi ?

Fu s'écrit avec le même radical, celui de la chair, et a pour sens dépôt, recueillir, résidence, préfecture de premier ordre. On y dépose des objets précieux. De grands personnages y résident. Leur plénitude est dite Shi : aboutissement des transformations, elle implique une fructification débordante, exubérante. En relation avec l'autel du dieu du sol et des moissons, les Entrailles-Fu ont pour fonction de gérer tous nos territoires, corporel, affectif, professionnel…. Elles les délimitent, irriguent, ensemencent, nourrissent, font fructifier, drainent et coordonnent.

Il y a donc, idéalement, deux sortes de ministres, ceux qui thésaurisent l'essentiel et l'originel et ceux qui reçoivent, transforment et font fructifier. Cette symbolique définit deux attitudes conjointes pour gouverner : s'enraciner dans le fondamental, conserver l'essentiel pour recueillir, transformer et faire fructifier. Sans ces principes, nous ne gouvernons pas, nous gérons notre vie au jour le jour, sans vision.

et faire fructifier. Sans ces principes, nous ne gouvernons pas, nous gérons notre vie au jour

LES ORGANES-ZANG

LE COEUR

Le Cœur est l'Empereur. Fils du Ciel, Miroir du Shen, Tanzhong : ces termes recouvrent une même position médiatrice entre le Ciel archétypal et le corps. Le rôle du Cœur est de faire en sorte que tout ce qui est d'ordre universel soit coloré par notre nature singulière :

- il abrite Xing, notre nature propre, et " régit le sang ", support de notre spécificité et de nos caractères chromosomiques ;

- il est " logis du Shen ", de cette vibration primordiale qui, se reflétant sur le miroir de notre Cœur, devient notre Shen;

- il " commande aux Mai ", vaisseaux qui véhiculent et particularisent les lois archétypales qui nous régissent ;

- nommé Xin Shu, " ce par quoi le Cœur commande ", il administre notre corps dans une activité non agissante, dans une action, médiatrice, de présence ;

L'Empereur est aussi le soleil de l'Empire. Le Cœur est notre soleil, et par là Feu, source de vie,

chaleur et lumière. D'où sa relation avec l'été dans les Wu Xing-cinq agents. Citons à nouveau Marcel Granet pour illustrer la fonction essentielle du cœur : " Avant d'aller distribuer les Insignes en

circulant sur terre à la manière d'un Soleil [

et d'Homme Unique, s'élever, tout droit et confondu avec l'axe du Monde, sur la Voie (Wang Tao) par laquelle, à des instants sacrés, le Ciel et la Terre entrent en communion." L'Empereur est en nous

et nous invite à ces instants sacrés.

],

l'Empereur devait, pour mériter le titre de Fils du Ciel

….

Le 14 V.C., médian, à deux distances sous le sternum, est le logis du Feu du Cœur.

Une femme de trente et un ans me fait part de ses angoisses importantes, solaires, paralysantes, accompagnées de diarrhées, tachycardies, tremblements et de sensations de froid profond, "jusqu'aux os". Elle dort mal, se réveille souvent, son sommeil est de mauvaise qualité, sans rêves. Je relève dans ses antécédents une hypothyroïdie avec froid intense, fatigue, constipation et prise de poids. Le pouls du Cœur est insuffisant. Elle a perdu son père et son frère; elle rencontre des problèmes avec son fils de huit ans. Sa meilleure amie est en train de mourir d'un cancer. Elle ne veut prendre aucun traitement en dehors des extraits thyroïdiens. Ses symptômes évoquant Cœur,insuffisance et froid, disent que le " Feu du Cœur est en insuffisance ". Je tonifie le 14 V. C. et le chauffe avec des bâtons d'armoise. L'amélioration est rapide et spectaculaire compte tenu du contexte.

Le 11 V.G., médian, situé sur le "Vaisseau Gouverneur", est lié au Palais de l'Harmonie préservée, dont nous avons vu qu'il était, au centre de la Cité interdite, le lieu où l'Empereur, dans une activité non agissante, gouvernait l'Empire.

Une patiente de trente-cinq ans, mère d'un garçon de sept ans, me parle de sa dépression et de ses troubles fonctionnels cardiaques avec tachycardie et douleurs précordiales. Elle a perdu son entrain, sa joie de vivre. Elle a bien digéré le cancer du sein pour lequel elle a été traitée, il y a trois ans. Mais elle est toujours engluée dans un conflit avec sa mère qui l'a amenée à recommencer une psychothérapie, il y a un an. Aujourd'hui, elle se sent incapable de " gouverner sa vie ". La prise des Pouls selon la M. T. C. confirme le " vide de Cœur ", la déficience du Cœur en tant qu 'il préside, au centre, au gouvernement du corps. La puncture du 11 V.G. contribuera sensiblement à améliorer sa dépression.

Le 15 V., lié au Souffle de cet organe, appelle au repos, à la concentration, au sommeil, surtout dans les atteintes récentes ou aiguës. Il apaise et calme. Le 15V. peut être mis en relation avec le Palais de l'Harmonie parfaite : ils ont en commun le repos, la concentration, le calme, l'apaisement et le retour sur soi.