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PAR CARINE FOUTEAU ARTICLE PUBLIÉ LE LUNDI 19 SEPTEMBRE 2016

Environ 4,8 millions de personnes ont immigré dans l’un des pays de l’OCDE en 2015, soit 10 % de plus que l'année précédente. L'exode syrien a bouleversé les équilibres, indique le rapport annuel de cette organisation internationale qui appelle les États à davantage coordonner leur réponse à l'échelon mondial.

Face à un exode migratoire sans précédent, les pays européens sont traversés par des mouvements xénophobes dont les discours sont de plus en plus insistants dans l’espace public. C’est le constat que dresse l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) dans son rapport annuel (le retrouver ici) sur les perspectives des migrations internationales, publié lundi 19 septembre, appelant les gouvernements à coordonner leurs actions.

« Laisser les différents pays faire face individuellement à des afflux massifs de migrants, comme cela a récemment été le cas avec la crise des réfugiés, ne permet pas de résoudre les problèmes de manière adéquate », indique Stefano Scarpetta,

à la tête de la direction de l’emploi, du travail et

des affaires sociales de cette institution internationale qui compte 35 pays membres, parmi les plus riches

de la planète. « La coopération internationale doit être renforcée, chaque pays apportant sa propre

contribution », ajoute-t-il, alors qu’a lieu le jour même

à New York un sommet sous l’égide de l’ONU sur

l’accueil des migrants et des réfugiés (lire notre

Les données statistiques pour 2015 reflètent le bouleversement migratoire auquel le continent européen est confronté depuis un an et demi. Toutes migrations confondues, environ 4,8 millions de personnes ont immigré dans l’un des pays de l’OCDE, soit 10 % de plus qu’en 2014, ce qui conduit la

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courbe à dépasser le pic observé en 2007, avant que la crise économique mondiale ne produise ses effets de ralentissement sur la mobilité.

ne produise ses effets de ralentissement sur la mobilité. Entrées permanentes dans les pays de l'OCDE

Entrées permanentes dans les pays de l'OCDE de 2006 à 2015 © OCDE

Attention toutefois aux loupes déformantes : la forte hausse du nombre de réfugiés en Europe, si elle est très visible et fortement ressentie par les opinions publiques, ne représente en réalité qu’une part relativement faible de l’immigration totale.

Les migrations pour raisons familiales et au titre de la libre circulation au sein de l’UE constituent chacune un tiers du total des migrations permanentes. Un nouveau migrant sur trois vient d’un autre pays de l’OCDE (l’émigration des ressortissants roumains, bulgares, italiens et français a fortement augmenté en 2014), environ un sur dix vient de Chine et un sur vingt d’Inde, note le rapport.

Les migrations temporaires croissent aussi, notamment la mobilité intra-entreprises et le détachement de travailleurs entre les pays de la zone. La Pologne s’avère particulièrement attractive : elle est devenue le principal pays de destination des travailleurs saisonniers, avec 387 000 permis délivrés en 2014, soit plus du double du nombre de travailleurs saisonniers admis aux États-Unis cette même année. L’amélioration générale de la situation de l’emploi dans les pays étudiés a favorisé les migrations de travail, indique l’OCDE, qui rappelle qu’en 2015 la croissance du PIB dans la zone était estimée à 2 %.

Parmi les 3 millions d’étudiants, 23 % sont originaires de Chine. Les migrants constituent jusqu’à 8 % du nombre total d’élèves du supérieur : cette part atteint

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13 % au niveau du master et 22 % au niveau du

doctorat. Concernant ce diplôme, il a été obtenu dans

55 % des cas en science ou en ingénierie.

été obtenu dans 55 % des cas en science ou en ingénierie. Évolution de la demande

Évolution de la demande d'asile depuis 1980 dans l'OCDE et l'UE © OCDE

La guerre et la répression ont eu des répercussions

humaines d'une ampleur inédite. Le conflit en Syrie et les troubles politiques dans la Corne de l'Afrique ont mis sur les routes des centaines de milliers d'exilés. Les demandes d’asile ont atteint un record de 1,65 million dans les pays de l’OCDE, soit le double du niveau de 2014, dont 1,3 million rien que dans les pays européens. Les Syriens sont à l’origine de près de 25 % de ces requêtes ; les Afghans, 16 %. Grâce à la politique volontariste menée par la chancelière Angela Merkel, l’Allemagne a été en première ligne :

44 000 demandes y ont été enregistrées tandis que plus

d’un million ont fait l’objet d’un préenregistrement. Selon l’Office fédéral allemand des statistiques, ce pays a accueilli 50 % de nouveaux migrants de plus par rapport à l’année d’avant. La Suède, quant à elle, a

reçu le plus grand nombre de personnes en proportion de sa population (1,6 %).

Outre l’Allemagne et la Suède, la moitié des pays pour lesquels des données sont disponibles a vu les arrivées légales augmenter, comme l’Autriche (+ 12 %), le Danemark (+ 16 %), l’Irlande (+ 17 %), les Pays-Bas (+ 13 %) ou la Suède (+ 7 %). En revanche, la France,

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de même que la Suisse et le Royaume-Uni, ont traversé cette période historique sans connaître de changements majeurs : les entrées sont restées stables.

de changements majeurs : les entrées sont restées stables. Entrées permanentes dans quelques pays de l'OCDE

Entrées permanentes dans quelques pays de l'OCDE en 2014 © OCDE

Même si l’impact réel n’a pas été le même dans l’ensemble des pays, partout les opinions publiques, aidées par les déclarations des responsables politiques, se sont crispées. « La confiance des citoyens dans la capacité de leur gouvernement de gérer les migrations tend à s’effriter », note Stefano Scarpetta, qui répertorie les « préoccupations communément partagées » : les migrations seraient hors de contrôle ; les immigrés aggraveraient la pression sur les services publics tels que le logement social, la santé et l’éducation, au détriment des populations déjà installées ; l’immigration profiterait aux riches, les pauvres se trouvant placés en situation de concurrence ; les immigrés refuseraient de s’intégrer et ne pourraient qu’être en désaccord avec les « valeurs » des sociétés d’accueil.

Les arguments rationnels ne passent pas, comme le soulignait récemment un article de Mediapart. « De nombreux travaux de l’OCDE montrent que les migrations produisent en général des effets positifs à moyen et long terme sur les finances publiques, la croissance économique et le marché du travail. Mais ce message ne porte pas. L’opinion s’inquiète de l’effet à court terme de flux migratoires élevés, en particulier de flux de réfugiés, et certains perçoivent les migrations comme une menace pour leur bien-être économique et social ainsi que pour leur sécurité. »

Aussi fondés soient-ils, les raisonnements démographiques et macroéconomiques « ne font guère que prêcher des convertis » ; ils apparaissent trop abstraits et élitistes pour convaincre le plus grand nombre, reconnaît lucidement l’OCDE qui

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appelle les gouvernements à « trouver de meilleurs arguments, plus tangibles, afin de contrer les voix anti-immigration ».

« Nous avons besoin d’une nouvelle génération de politiques migratoires globales et locales » L’organisation interétatique conseille aux responsables politiques de tenir compte du fait que l’impact des migrations n’est pas le même pour tout le monde partout sur le territoire : les personnes les plus touchées sont les plus défavorisées, car les immigrés se concentrent presque toujours dans des régions et des zones urbaines spécifiques. Là où les problèmes se posent vraiment, les pouvoirs publics devraient redoubler leur présence. « Bien que ce soit rarement le cas, dans certaines circonstances, l’arrivée de nombreux migrants peu qualifiés dans une région peut avoir localement un impact négatif sur les perspectives d’emploi des résidents peu qualifiés déjà présents sur place. Renforcer les services publics au niveau local mis sous pression par l’augmentation du nombre d’immigrés et veiller à ce que l’application du salaire minimum et des autres réglementations du marché du travail soit strictement respectée font partie intégrante d’une réponse politique efficace », insiste l’OCDE.

Pour éviter que les citoyens n’aient l’impression que l’immigration est un phénomène incontrôlable et incontrôlé, les États doivent faire preuve de réactivité et de coordination, indique l’organisation. « Nous avons besoin d’une nouvelle génération de politiques migratoires adaptées aux défis du XXI e siècle. Ces politiques doivent être à la fois globales et locales », résume le responsable de la direction de l’emploi, du travail et des affaires sociales.

« À l'heure actuelle, on a l'impression que les flux migratoires décident des politiques et non l'inverse », renchérit Jean-Christophe Dumont, responsable des questions migratoires. « Pour arrêter de subir, le politique doit anticiper les chocs, aussi inattendus

soient-ils. Aujourd'hui, la pression exercée par l'opinion publique est telle qu'il n'existe quasiment plus d'espace pour l'action. Pourtant, il faut prendre conscience de la situation : l'immigration est là ; la mobilité fait partie de notre vie ; les Français n'ont d'ailleurs jamais autant émigré : ils ont été 123 000 à s'installer à l'étranger en 2014, soit une hausse de 17 % sur un an », poursuit-il, avant de conclure : « La question n'est plus depuis longtemps : “Comment empêcher l'immigration”, mais “Comment faire en sorte que tout un chacun en bénéficie socialement, économiquement et humainement”. »

Selon l'OCDE, les réponses permettant de gérer les « crises » existent mais sont trop peu exploitées. Le rapport suggère ainsi de recourir aux filières de substitution légales, indispensables pour réduire les flux réguliers : la délivrance de davantage de visas humanitaires, le développement de programmes de parrainage privé ou encore la distribution de plus de titres de séjour en raison de l’immigration de travail, familiale et d’étude. Malgré les risques pris par les exilés pour fuir les bombardements, ces voies d’accès ont jusqu’à présent été négligées : 18 200 permis de travail seulement ont été délivrés à des Syriens au cours des cinq dernières années (alors que près de 2 millions de Syriens âgés de 18 à 59 ans ont été déplacés dans les pays frontaliers) ; au cours de la même période, seuls 15 300 jeunes Syriens ont bénéficié d’un visa étudiant, soit moins de 10 % des étudiants universitaires syriens déplacés ; pendant ce temps, plus de 72 000 Syriens ont fait l’objet d’un regroupement avec des membres de leur famille, un volume « assez faible » au regard des besoins.

Les politiques d’intégration, enfin, doivent rapidement compléter les politiques d’accueil, insiste l’organisation, convaincue que l’acceptation par les opinions publiques sera d'autant plus facile que les réfugiés devenus immigrés travailleront et participeront à la vie économique, sociale et politique locale.

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