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Recherches sur les domus ecclesiae I Domus ecclesiae : la tradition érudite a spécialisé l’expression pour désigner un type particulier d’édifice utilisé pour le culte chrétien. Cette maison de 1’liglise (la communauté fid@le) n’est pas une église, un éta- blissement congu et construit pour le développement de la célébration liturgique. Les chrétiens occupent, lorsqu’ils s’assemblent dans la priére commune, la synaxe, tout ou partie d’un local‘privé ; peut-étre l’adaptent- ils aux besoins de leurs réunions, mais les contraintes de I’édifice préexis- tant limitent cet aménagement, d’autant que J’utilisation chrétienne n’implique pas nécessairement une occupation permanente et définitive. Bien entendu, les communautés fidéles utilisent ces liewx de culte au temps d’une chrétienté encore mal établie; avec la paix de I’figlise (celle de Constantin, peut-étre méme cette petite paix! accordant, avant Ja grande persécution de Dioclétien, un demi-siécle de répit), le sentiment d'une sécurité moins provisoirement acquise, la richesse que donne Vévergétisme impérial ou privé favorisent la construction des grandes églises qui enracinent triomphalement Ja présence chrétienne dans le sol de la cité. Mais il est possible qu’aprés la paix constantinienne les missions en terres lointaines et paiennes aient continud a utiliser des domus pendant le temps qui précédait la construction d’une église ; ou méme elles ont pu faire construire des lieux de culte dont la disposition sommaire rappelait l’édifice pré-constantinien?. La question des domus ecclesiae a occupé depuis un sidcle l’archéologue beaucoup plus que I’historien du christianisme. Les premitres investi- gations dans le sous-sol des églises romaines, amorcées das 1858 A Saint- Clément, entreprises & partir de 1887 aux Saints-Jean-et-Paul, mateéria- 1. Commie le proposait en 1954, J. R. Laurin, Le liew du culte chvétion d’aprés les documents littdyaires primitifs, dans Studi sulla chiesa antica ¢ sull’umanesimo, Anal. gregoriana 70, Rome, 1934, pp. 37-58. Voit aussi W. RoRDoR®, Was wissen wir itber die christliche Gottesdienstvaiime der Vorkonstantinischer Zeit ? dans ZNTW, 55, 1964, pp. 1£0-128, 2, Ainsi K, Gamaur, Domus Ecclesiae... Regensburg, 1968, p. 15 sq. 4 CHARLES PIETRI lisaient, semblait-il, les plus anciens lieux du culte chrétien dans la Ville. Certes L,. Duchesne jugeait l’affaire avec son acuité habituelle : dans ses Notes sur la topographic de Rome au Moyen Age, il se contentait d’indiquer we rapport entre (les) édifices chrétiens et les constructions antiques auxquelles ils ont succédé® », Mais en 1907, Dom H. Leclercq (dont la compilation refléte commodément une opinion commune) ou encore O. Marucchi‘, dans un petit traité, s’efforcaient de lire, dans le plan des domus antiques, 1’ébauche d’une basilique, comme s'il fallait établir nécessairement une filiation et une continuité de la domus ecclesiae a la basilique constantinienne. En 1918, J. P. Kirsch, historien et archéo- logue, réunit dans un précieux petit livre, Die rimischen Titelkirchen im Alterium®, les témoignages de l'archéologie et ceux des textes pour assurer que la géographie de la Rome chrétienne s’était dessinée dés Je troisiéme siécle. Sur 25 églises titulaires connues au temps de l’empire chrétien, moins d’une dizaine s'établissent aprés la paix ; pour les autres Ja preuve explicite des découvertes archéologiques ou les présomptions suggérées par ies textes indiquent une fondation plus ancienne ; le culte s'installe dans une maison privée et, au méme emplacement, lui succéde la pasilique paléochrétienne. Cette hypothése soignetisement organisée emporta généralement 1a conviction, en particulier le ralliement de A. von Harnack®, et elle ctéa une véritable tradition dans Ja recherche, Mgr Junyent pour Saint-Clément et Sainte-Anastasie, M. Mesnard pour Saint-Chrysogone, R. Vielliard pour Saint-Martin-aux-Monts’ vérifient sur le terrain une hypothése dont ils ont accepté le principe ; et le dernier dentre eux compose, dans ses Recherches sur les origines de la Rome chyétienne®, un tableau de la topographie du ut® s. qui reprend,. avec une élégante conviction, I’hypothése de J. P. Kirsch. Les découvertes de Doura Europos (Salihiyey en Syrie) parurent confir- mer le schéma proposé pour Rome : elles donnaient la preuve que des chrétiens, au mr® s., avaient aménagé pour les réunions du culte une 3. Dans MEFR, 7, 1887, pp. 217-243 = 1. DucnEsNe, Scripta Minora, ‘Teole Frangaise de Rome, Rome, 1973, p. 43. Voir aussi dans Monseigneur Duchesne at son temps, Rome, 1975, Ch. Pmvter, Duchesne et la topographie romaine, p. 33- En revanche, sur 'opinion de G. B. de Rossi, voir Bulletino di Archeologia Cristiana, 1863, 29; 1870, 165 sq. 4. Dont H. Lecercg, Manuel 2’ Archéologie chrétionne depuis les origines jusqu'an VITI° siécle, Paris 1907, p. 353 84. ; O. MARUCCHI, Manuale di Archeologia Cristiana, Rome, 1908 (2° éd.), p. 385 sq. 5. Paderborn, 1918, spéc. pp. 117-137; v. aussi, I santuari domestici di martivi nei titoli vomani ed altri simili santuari nelle chiese oristiane © nelle case private det fideli, dans APARA (R), 2, 1924, p. 27 8. 6. Pour ne citer que cet exemple, Mission und Ausbreitung des Christentums in den orsten drei Jahrhunderten, Leipzig, 1924, vol. 2, p. 846 sq. 7. Monographies publiées par le Pontificio Istituto di Archeologia Cristiana, Studi di Antichita cristiona, 3, 9.. 8, Premiére édition en 1941 ; rééd. Rome, 1959. RECHERCHES SUR LES «DOMUS ECCLESIAE » 5 domus, voisine de la synagogue. En réalité, il faut extrapoler beaucoup pour comparer cet édifice, heureusement enseveli grace 4 la construction en 257 d'un rempart, avec les vestiges antiques relevés sous les tiuli romains ; dans le détail, la publication d’une monumentale synthase affaiblissait, une a une, les analyses établissant 4 Rome la continuité chrétienne de la domus & la basilique!. Mais l’hypothése générale résiste toujours" : une étude récente s’efforce de tourner les difficultés en propo- sant de placer la domus ecclesiae du mm® s. au piano mobile, au premier étage aujourd’hui presque toujours disparu, précisément parce qu’il a été détruit par l’église supérieure du rv¢ ou du ve siaclel?, Le cheminement de la recherche et des découvertes détermine la dé- marche et le propos de la présente enquéte ; celle-ci place au premier rang, l’exemple romain, le seul qui pourrait suggérer I’hypothése d’une continuité de 1’établissement chrétien du 1m au rve siécle. Mais il suffit — comme je suggére de faire, dans un second temps — de parcourir, au- dela de Rome, l’oikouméné chrétienne pour mesurer 1’exceptionnel de la découverte obtente A Doura Europos, ce montument paléochrétien fossilisé quelques années aprés sa construction. Certes, les textes signalent avant la paix constantinienne des édifices utilisés par les chtétiens pour leur culte ; ils ne donnent guére de raison pour établir quelque filiation de la domus ecclesiae & 1'« église », Cette autre maniére d’établir une continuité, non plus topographique mais formelle, s’empétre dans le débat éradit sur les origines de la basilique chrétienne et cette querelle intéresse beaucoup plus l’archéologue que l’historien du christianisme. Car, lorsque l’archi- tecte édifie un nouveau type d’édifice, il procéde comme |’artiste utilisant la langue d'une koind artistique : Jonas peut dormir du sommeil d’Endy- mion, mais le sculpteur et le peintre utilisent une image commode pour g. A. von Gerkan a repris la question dans Fastsohri/t Klausey, Mullus, Minster, ‘ur Haushirche von Dura-Europos, pp. 143-149. ro. R. Kravrmemer, Corpus basilicarum christianarum Romac, pour les tituli, quatre volumes, Cité du Vatican, 1937-1970 (6d. anglaise) ; voir aussi Early Christian and Byzantine Architecture, Penguin Books, Harmondsworth... 1965, p. 6 sd. faut ajouter les vues remarquablenient synthétiques et intelligemment prudentes de P. Testur, dans son Archeologia Cristiana, Rome, 1958, p. 559 sq. ; les remarques de G. Matruzan, Le chiese di Roma dal IV al X secolo, dans Roma Cristiana, coll, dirigée par C, Galassi Paluzai, IIT, Rocca San Casciano, 1962, pp. 11-27 ; et enfin un rapport d’ensemble encore inédit, présenté par B. M. Apollonj-Ghetti au 1X¢ Congrés a’ Archéologie chrétienne de Rome en 1975. tr. Par exemple les remarques bien optimistes de H. KAnnur, Die jrithe Kirche, Kult und Kadtraum, Berlin, 1972, p. 19 8q. 12, J. M, Parrsun, House churches in Rome, dans Vigiliae Chvistianae, 23, 1969, pp. 264-272, en particulier p. 271 (Sts-Jean-et-Paul, St-Martin), I/hypothése de M. Sordi et M. L. Cavigiolo (Un'anticha chiesa domestica di Roma, dans RSGI, 25, 1971, pp. 369-374) s’appitie sur l'épigraphie pour identifier une domus ecclesiae @apreés la ntention d’un collegium quod ast in domo Sergiae Paullinae. Mais M. Bontioli et S, Panciera ont écarté, sams réserves, La Cristianité det Collegium quod est in domo Sergiae Paullinae, dans APARA (R), 44, 1971-1972, pp. 187-201 et fbidem, 45, 1972-1973, pp. 133-138, 6 CHARLES PIETRI représenter un prophéte, paradigme du salut. Les constructeurs chrétiens empruntent eux aussi un répertoire de formes monumentales, mais la Quellenforschung n’éclaire guére la nouveauté de cette entreprise. Bien entendu, les donations impériales, l’évergétisme aristocratique, Ja paix de 1’Rglise, tout un contexte juridique et politique favorisent cette transformation décisive pour le lieu du culte. Mais pour accompagner celle-ci (et sans doute !’expliquer), il y a aussi une évolution des mentalités chrétiennes, le mouvement plus profond d'une religiosité qui accentue, sans modifier la nature essentielle de la célébration, quelques-unes de ses virtualités spirituelles. Un savant contemporain de Mgr Kirsch, Franz Wieland? proposait déja d’étudier I’autel, tout ce qu’il avait pu successi- vement représenter dans la spiritualité, des origines chrétiennes au Iv? s., pour sttivre en méme temps la transformation de I’édifice cultuel. Cette enquéte, esquissée au début du siécle et depuis enrichie, s‘inquiéte moins d@établir une filiation des formes architecturales ou d’étudier les preuves dune continuité topographique ; elle recherche surtout dans quel contexte mental et spirituel les chrétiens passent de la domus a 1a basilique. Et ainsi, Vhistorien peut tenter de reconnaitre peut-étre avec les textes, ce que teprésentaient dans la mentalité chrétienne, avant Ia construction des « églises », les domus ecclesiae. I, — Les « 11Tv11 » ROMAINS En effet, l’archéologie n’apporte qu’un médiocre secours et tout particuligrement celle de Rome, dont Mgr Kirsch avait privilégié le témoignage. L‘hypothése du savant, on le sait, s’appuie sur trois postu- lats. En premier lieu, l’exégése d’une littérature hagiographique. Les légendes de fondation illustrent pour les églises romaines l’intervention d’un généreux donateur qui donne sa maison pour la célébration du culte. Le savant compare deux listes de signatures données, en 499 puis en 595, par des prétres indiquant l’église 4 laquelle les rattache le service de la liturgie!, Dans la premiére I’édifice porte un simple nom, tifulus Marceili, titulus Chrysogoni ; le prétre exerce son ministére a Véglise de Marcellus, celle de Chrysogonus, désignée ainsi, croit-on, par le nom du fondateur. La seconde liste, en 595, nomme le titulus sancti Marcelli, sancti Chrysogoni. La titulature n’insiste plus sur l’intervention de l’éver- gate ; elle retient seulement la dédicace de 1’édifice chrétien 4 un saint. 33. Mensa und Confessio, Studion itber den Altar der altchrisitichen Liturgie, Munich, 1906 et Altay und Altaygrab. Neue Studien tiber den Altay..., Leipzig, 1912. 34. J.-P. Krrscu, op. cit., p. 8 sq. Noter cependant que le liste de 499 est moins cohérente qu'il n'y paratt : car elle qualifie des titulaires, de saints, ¢. sancti Matthaci, Sanciae Sabinae, et clic omet 'épithtte pour des aédicataires, qui sont sdrement honorés du titre de saints : titulus Apostolorum. On notera d'autre part que, das Je début du Vi* s, quelques années aprés 499, Jes prétres de Chrysogone se déclarent du fitulus sancti Chrysogoni, v. infra ; en 595, il n'y a pas d’exception a la procédure de sanctification, RECHERCHES SUR LES «DOMUS ECCLESIAE » 7 On mesure Iintelligence d’une analyse qui sut utiliser toute une litté- sature hagiographique, sans s'occuper de l’anecdote pieuse, pour y relever un témoignage illustrant l’efficacité et aussi la popularité d’un évergé- tisme chrétien. Bien entendu, en se conformant a la religiosité du temps, qu’évoque l’évolution des listes de signatures de 499 4 595, l’hagiographe s'inquiéte de justifier le titre de saint, dont il honore le fondateur ; celui-ci devient un martyr, victime des persécuteurs au mie s. (et méme plus tt), Est-ce une raison pour accepter la chronologie que suggérent ces textes tardifs!5 ? Mgr Kirsch s'y décide en se référant A un autre postulat. Dans les listes déja citées et, en tout cas, dés la fin du 1vé s., l’usage romain donne a 1a plupart des églises urbaines le nom de titwlus'®, Cet emploi s'expliquerait si le mot avait été utilisé primitivement dans le contexte juridique de la propriété ecclésiastique, avant l’époque constanti- nienne, en un temps ot le corpus christianorwm ne peut étre titulaire, au regard de 1a loi civile, de ses propres édifices. L/Eglise afficherait donc, at sens matériel du terme, sur la maison qui Iti a été donnée pour le culte, le titre de l’ancien propriétaire, titulus Chrysogont. Le tiiulus, une simple plaque de propriété!” ? Mais dans la langue du droit contem- porain, le mot évoque la réalité beaucoup plus complexe des fondations, des testaments ; il explicite les titres d’un privilége, l’acte juridique qui établit 1a légitimité d’une donation. A notre connaissance, la chrétienté romaine n’utilise pas le mot au 1m s. ; quelle efficacité aurait pu avoir Yaffichage imaginé par Kirsch ? Mais au rv® s., les circonstances ont changé : c'est le temps ot I’Kiglise peut devenir propriétaire suivant des procédures pragmatiques qui tournent les difficultés du droit romain, réservant généralement [appropriation 4 une personne physique ; alors le corpus christianorum doit (comme !’y contraint la loi civile avec des exigences de plus en plus précises) fixer, d’un titre de recensement exact, Ja légitimité des droits que lui vaut chaque donation. Mgr Kirsch glisse rapidement sur I’analyse du ffulus parce que toute sa démonstration court vers un postulat archéologique : les vestiges découverts dans le sous-sol des églises titulaires illustrent matériellement ces premiers locaux du culte chrétien. Une précaution de principe aurait pit I’arréter plus longuement : avec Ja densité des constructions urbaines dans la Rome antique, une église du rv s. s’établit nécessairement sur un édifice qu’il détruit et qu’il remplace. N'importe, puisqu’il y a domus, 15, Kirscn, op. cif., pp. 148-173; v. aussi F, LANzONI, RAC, 2, 1923, p. 195. 16. A exception des basiliques pontificales et des oratoires ; sur ce dossier et aussi une critique de Kirsch, v. Ch, Pmerer, Roma Chvistiana..., BEFAR, 224, Romle, 1976, p. 93 sq. et p. 558-89. 17, Kirsch ne s'est guére oceupé de préciser le sens du mot dans le vocabulaire juridique : il renvole & Augustin (0p. cit., p. 3) ‘et, pour une référence, au Code Théodo- sien (2, 14, 1). Ine s'occupe guare non plus d’élucider les problémies contplexes de la propriété ecclésiastique avant le 1v¢ s, : ef. G. Bovint, Le propricti ecclesiastica 2 la condizione giuridica delle chiesa in eta precostantiniana, Milan, 1940, p. 35 8q-+ pour le détail de 1’ analyse ici résumée, voir Ch, Prerrr, loc, cif, 8 CHARLES PIETRI ce sont des domus ecclesiae. Sur les 25 titres attestés par les textes romains, Kirsch écarte de son enquéte les sept édifices dont quelque témoin str — par exemple le Liber Pontificalis — place la fondation au rv® s. ou au début du y* s, Dans huit cas sur les dix-huit qui restent, 1a documentation archéologique permettrait de reconnaitre un aménagement culturel préconstantinien dans une maison privée. Ht Je savant n’écarte pas pour les autres tituli des découvertes semblables : en tout cas, on peut leur préter une origine ancienne puisque le Liber Pontificalis, bien informé pour le rv® et le v*s., ne leur attribue pas la date d’une fondation tardive, postérieure & Constantin (mais que vaut l’argument du silence! ?). On le voit, toutes ces conclusions reposent sur une hypothése de l’ana- lyse archéologique : c’est donc sur ce terrain qu’il faut le mesurer & l’aune des recherches récentes. Un tableau permet de délimiter commodé- ment l’enquéte, en retenant les exemples pour lesquels Kirsch invoque le témoignage de l’archéologie, puis dans une seconde colonne les précisions qu’apportent ses éléves ou d’autres chercheurs, Enfin, on mesure avec la liste de R. Vielliard toute l’inflation de I’hypothése! : J. P. Kirscx R. VIELLIARD 1918 1918-1941 1959 (2° éd.) StSte... ? Junyent (RAC 1930) | St-Ste... Anastasie ? ? albine 1899 : Cécile a Cécile 1897 ; Chrysogone Mesnard r935 Chrysogone 1858 ; Clément Junyent 1932 Clément Cyriague 1887 ; Jean-et-Paul Jean-et-Paul ? Junyent rve 2 Laurent-in-L. — we? Marcel Marie du T. 1892 ; Martin-aux-M. Vielliard 1934 Martin-anx-M. Nérée-ct-Ach. Pierre-et-M. ? Praxdde ? Prisca 1867 ; Pudentienne Pudentienne Quatre-saints-C. 1914 ; Sabine Sabine Siste Suzanne Suzanne 18. Sur cette analyse, Kirsch, pp. 118-138, Hn réalité, le silence de la chronique pontificale, composée au Vi' s., ne vaut pas preuve : elle ne mentionne pas toutes les- interventions édilitaires. 19. Les dates dans la. premire colonne signalent l’époque des premitres inves- tigations archéologiques sur lesquelles s’appuie le savant ; un.point d’interrogation RECHERCHES SUR LES «DOMUS ECCLESIAE » 9 Qu’il suffise de dresser maintenant un bilan rapide : dans la plupart des cas, les analyses contemporaines s’accordent pour écarter finalement Vhypothése de Mgr Kirsch ; les vestiges ne donnent aucune preuve pour existence d’une domus ecclesiae antérieure A 1’édifice titulaire. Je crois pouvoir étendre ces conclusions 4 la totalité des édifices cités, soit en tappelant sommairement des remarques proposées dans une enquéte récente™, soit en ajoutant (autant qu’il est nécessaire) quelques complé- iments. x. Le fitulus Anastasiae est attesté pour la premiére fois A époque de Damase d’aprés une inscription du vé s. mentionnant l’intervention de ce pape (366-384). A cette époque remonte aussi le premier établissement chrétien, situé au-dessus d’un habitat romain, encore réaménagé au mi s. La construction d’un escalier monumental conduisant au premier étage ne suffit pas 4 prouver une occupation chrétienne nil’existence d’une domus ecclesiac™, 2. Le tilulus sanclae Balbinae est strement attesté en 595, pett-étre dés 499, s'il faut lidentifier au titulus Tigridae. L’église occupe, mais A un niveau beaucoup plus élevé (plus de 4 m), l’emplacement de la domus de Fab. Cilo, préfet urbain en 203. Les chrétiens s’établissent dans une aula, pourvue d'une abside et de niches latérales, construite au rve s. aprés la destruction des structures plus anciennes. Il n’y a aucune preuve que cet édifice a nef unique ait été construit pour le culte chrétien, qui n’utilise gnére, dans la Rome duiv® s,, ce type de monument. Au contraire, celui-ci rappelle les basiliques paiennes, les scholae privées, comme celle qu’édifie avant 359 (?) le préfet Bassus et qui devient une église dans la seconde moitié du ve s, seulement (S. Andrea in Catabarbara). C'est pour Ste-Balbine ’évolution la plus probable, jalonnée par une attestation chrétienne trés tardive (499 sinon 595). 3. Le titulus Caeciliae (Ste-Cécile) est sfrement attestée en 499%. signale de sa part une hésitation favorable ; en italiques dans Ja troisiéme colorine, Jes tituli, pour lesquels l’enquéte ne pent invoquer de ténioins archéologiques anté- tieurs au 1V¢ s,; dans le cas de Laurent et de Marcel, R, Krautheimer (Corpus, 2, P. 185, p. 217) n’exclut pas, & titre d’hypothése, Vexistence de domus ecclesiae ; mais celles-ci appartiendraient 4 une plus basse époque, au 1V¢ s. Ce qui les exclut de la présente enquéte. 20. Sur les églises de la Roma Christiana de 313 & 440, op. cit. 21. G. B. de Rosst, Inscriptiones Chvistianae Urbis Rome (= ICUR), Rome, 1888, p. 24, 25 ; R, KRAUTHEIMER, Corpus, 1, pp. 43-64 ; Ch, Pret, Roma Christiana, p. 462 sq. (bibliographie). 22, J’ai éearté de mon enquéte (citée) un édifice dont aucun élément ni aucun témoignage explicite ne démontre l'utilisation chrétienne au mieux avant la seconde moitié du Ves, Voir R. KRavrHemmr, Corpus, 1, pp. 84-93 et de méme Marrarar, Chiese, p. 57; E. NASH, Pictorial dictionary of Ancient Rome; Londres, 1968, p. 352. 23. Ine faut pas, je crois, surestimier le témoignage du martyrologe hiéronymien plagait au 17 novembre lanniversaire d'un Caecilins dans le Transtévére (cf. Roma Chr., p. 501) ni reconstituer, comme le propose Kirsch, une inscription de 46t pour attribuer & un prétre du fit, sanclae Caeciliae. 10 CHARLES PIETRI Léglise édifige au rx® s. surmonte les vestiges complexes de plusieurs domus réunies par un aménagement du 1v® s. (?). Il n’y a aucune raison @attribuer tout ou partie de cet ensemble un usage liturgique, d’autant qu’il intégre (au moins pour un temps) une piéce pourvue de vasques destinées au tannage ; dans l’état actuel des recherches, il ne reste aucune trace d’édifice paléochrétien ; celui-ci était, au m® s., dans un état si jJamentable (quassata moenia et iam a fundamentis ruitura, assure la chronique pontificale) que Pascal I construisit une nouvelle église®4, 4. Titulus Chrysogomi : v. infra (p. 12). 5. Les premiers témoignages explicites sur le titulus Clementis remontent ada fin du xve s., sans doute dés le pontificat de Damase (366-384). On a sfirement reconnu, au-dessous de l’actuelle église, le premier édifice basilical établi au premier étage d’une insula, alors que son abside empiéte sur ne petite ruelle et sur un autre batiment comprenant, a un niveau inférieur, un mithrée. Je ne reléve pas dans l’édifice, occupé au Iv? s, par les nefs de la basilique, les vestiges d'une domus ecclesiae ; et moins encore, s'il faut (comme le suggére une analyse récente) mettre en relation das le m1® s. l’insula avec le batiment du mithrée™®. 24, Analyse de R, KRAUTHEIMER, Corpus, 1, pp. 95-112. Nasi, p. 349 (et F. Coa- RELL, Guida archeologica di Roma, €d, Mondadori, 1974, p. 3x6, ainsi que D. Gror- curtr dans XXIV Corso di Culiura sull'arte Ravennate..., Ravenna, 1977, p. 236) jdentifierait la tannerie avec les Coraria Septimania, établis, d'aprés les Régionnaires du Bas-Empire, dans le XIV¢ Région ; voir aussi G. MATTHIAS, S. Cecilia, Le chiese di Roma ill, 113, Rome, 1970, p. 18. R, Krautheimer, dont l’analyse, toujours précieuse, a été génée par l’aménagement d’une horrible crypte par le Cardinal Rampolla, pulvérise hypothése de Crostarosa, reconstituant une basilique paléo- chrétienne ; il n’exclut pas totalement la possibilité d'une occupation chrétienne Bla fin du Ive 5, Ste-Céclle aurait constitné, jusqu’au 1x¢ s., une église domestique ; c’est-A-dire une maison utilisée pour la liturgie, au montent oft (vers la fin du xv° s.) on procéde & un dernier réaménagement (p, 104). Mais il n'y a pas de preuves pour cette hypothése, G, Matthiae (p. 20) remarque que, dans la vie du pape Vigile, le Liber Pontificalis parle d’une ecclesia S.C. et non d'une basilica, comme le voudrait Ja terminologie habituelle pour désigner des « églises ». Mais la méme chronique utilise parfois (& la m&me époque) ecclesia pour des basiliques dont Vexistence est incontestable (ecolesia Peiri, p. 315). 25. Pour la bibliographic, Ch, Pinter, Roma Christiana, p. 471 Sq. : pour existence @une domus ecclesiae an T° s., on invoque habituellement I’établissement an premier étage de l’inswia, d’une pidce sans aucune séparation intérieure. L’analyse de M. Cecchelli-Trinci (Osservasioni sulla basilica inferiore di S. Clemente, dans RAC, 50, 1974, Dp. 93-120), & laquelle je n’avais pu faire, dans mon livre, qu'une rapide allusion, apporte de précieuses remarques, 1°) Elle reléve (pp. 99-101) les traces de subdivisions intérieures établies au ms, (?) pour le premier étage de Vinsula, comme je le suggérais, avec d’autres raisons (p. 472, note 3). 2°) Hille signale quelques signes (p. 150 sq.), attestant une communication de l'insula avec la maison du mithrée : cela das le ti? s.; ce qui exclut totalement la vraisemblance d'une occupation chrétienne & la méme époque. 3°) Enfin, elle remarque, commie je le suggérais, que le preniier étage de l'insula # non da affatto Vimpressione di essere stata creata conime abitazione »; ce qui rend moins vraisemblable ’hypothése de Kirsch, Noter les remarques pradentes de F. Coarelli, p. 197. M. Cecchelli-Trinci maintient malgré tout I’'hypothdse d’un ¢ vasto ambiente (oréé aprés le 11° s.) creato con scopi liturgici, fin d’all’ inizio con spartizioni in senso longitudinale » ; elle RECHERCHES SUR LES «DOMUS ECCLESIAE » Ir 6. Pour le titre de Byzans et de Pammachius (Saints-Jean-et-Paul) nous ne disposons pas d’attestation strement datée avant l'intervention de Pammachius (mort en 410), La présence chrétienne est attestée dans le complexe d’habitations situées sous la basilique du v® s. Mais un seul élément donne le témoignage d’une organisation liturgique : une confes- sion, située sur un plan intermédiaire entre |’église et le rez-de-chaussée d'une domus tardive ; cet aménagement me parait contemporain de la basilique®®, 7. Le Liber Pontificalis fixe sous le pontificat de Silvestre (314-334) Ja fondation du titulus Silvestri et celle du titulus Equitit (c’est-d-dire, semble-t-il, 4 Saint-Martin-aux-Monts) ; malgré les hypotheses ingé- nieuses de Vielliard, qui ne se souciait pas de contredire le témoignage de Ja chronique pontificale en proposant un établissement antérieur a Constantin, les structures romaines identifées sous I’église médiévale correspondent a une sorte de bazar, non 4 une domus ecclesiac®?. 8. On sait que le titwlws Pudentis® (Ste-Pudentienne) mentionné pour la premiére fois par une inscription de 384, s’établit en adaptant, tant bien que mal, une salle thermale pour en faire, 4 la fin du Iv¢ s., une basilique chrétienne. 9. Une dédicace composée sous le pontificat de Célestin (422-440) date le titulus Sabina. En tout cas, les structures inférieures, qui pour- xaient appartenir 4 un premier édifice chrétien situé sous la basilique, remontent seulement au rv¢ s, Leur interprétation est trés douteuse®®, ro. Quant au “tulus Gai (Sainte-Suzanne), il est peut-étre mentionné au début du v°s., puisque le martyrologe hiéronymien signale la célébra- tion de Ja sainte éponyme ad duas domos, iuxta