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JAMES GLEICK

LA THÉORIE DU
CHAOS
Vers une nouvelle science

Traduit de l'ang lais par
Christian Jeanmoug in

Flammarion, 1991

A Cynthia


humaine était la musique
naturel était le bruit…
JOHN UPDIKE

Sommaire

Prolog ue

L’effet papillon
Edward Lorenz et sa météo miniature. L’ordinateur déraille. La prévision à long terme est vouée
à l’échec. L’ordre dég uisé en désordre. Un univers de non-linéarité. « Nous n’avons absolument
rien compris. »

Révolution
Une révolution en vue. Pendules, sphères spatiales et balançoires. L’invention du fer à cheval.
Un mystère résolu : la Grande Tache roug e de Jupiter.

Les hauts et les bas de la vie
La modélisation des populations animales. La science non linéaire ou « l’étude des animaux non-
éléphants. » Bifurcation et canotag e sur la Spree. Un film du chaos et un appel messianique.

Une g éométrie de la nature
Une découverte sur les cours du coton. Un transfug e de Bourbaki. Erreurs de transmission et
côtes déchiquetées. Nouvelles dimensions. Les monstres de la g éométrie fractale. Les
tremblements de la schizosphère. Des nuag es aux vaisseaux sang uins. Les poubelles de la science.
« Voir le monde dans un g rain de sable. »

Attracteurs étrang es
Un problème pour Dieu. Transitions dans le laboratoire. Cylindres tournants et chang ement de
cap. Les idées de David Ruelle sur la turbulence. Boucles dans l’espace des phases. Millefeuilles et
saucisses. L’application d’un astronome. « Feux d’artifice ou g alaxies. »

Universalité
Nouveau départ à Los Alamos. Le g roupe de renormalisation. Le décodag e de la couleur.
L’apparition de l’expérimentation numérique. La découverte de Mitchell Feig enbaum. Une théorie
universelle. Lettres de refus. Le colloque de Côme. Nuag es et peintures.

L’expérimentateur
De l’hélium dans une petite boite. Le « soulèvement non solide du solide ». Formes et courants
dans la nature. Le triomphe discret de Libchaber. L’expérience rejoint la théorie. D’une dimension à
plusieurs dimensions.

Imag es du chaos
Le plan complexe. Une surprise dans la méthode de Newton. L’ensemble de Mandelbrot : pousses
et vrilles. L’art et le commerce rencontrent la science. Frontières fractales d’un bassin d’attracteur.
Le jeu du chaos.

Le Collectif des systèmes dynamiques
Santa Cruz et les années soixante. Le calculateur analog ique. Qu’est-ce que la science ? « Une
vision à long terme. » La mesure de l’imprédicibilité. La théorie de l’information. De l’échelle
microscopique à l’échelle macroscopique. Le robinet qui fuit. Assistance audiovisuelle. La fin d’une

époque.

Les rythmes internes
Un malentendu sur les modèles. Le corps complexe. La dynamique du cœur. Remise à l’heure de
l’horlog e biolog ique. Arythmie fatale. Embryons de poussins et battements anormaux. Le chaos et
la santé.

Le chaos et après
Nouvelles croyances, nouvelles définitions. La deuxième loi, l’énig me du flocon de neig e et dés
pipés. Le hasard et la nécessité.

Notes

Prologue
La police du petit villag e de Los Alamos, dans le Nouveau-Mexique, s’est quelque temps
intéressée, en 1974, à un homme rôdant dans le noir, nuit après nuit, la lueur roug e de sa cig arette
flottant dans les ruelles isolées. Il marchait des heures durant, sans but, à la lumière des étoiles
rayonnant dans l’air lég er des mesas. Les policiers n’étaient pas les seuls à être intrig ués. Au
Laboratoire national, certains physiciens avaient appris que leur tout nouveau collèg ue travaillait
ving t-six heures par jour – ses périodes de veille, constamment déphasées, coïncidaient rarement
avec les leurs. Cela paraissait bizarre, même pour la Division théorique.
Au cours de la trentaine d’années qui a suivi l’époque où Robert Oppenheimer choisit ce site
reculé du Nouveau-Mexique pour construire la bombe atomique, le Laboratoire national de Los
Alamos n’a cessé de s’étendre sur un plateau désolé, accueillant des accélérateurs de particules, des
lasers à g az, des installations de chimie, des milliers de chercheurs, d’administratifs et de
techniciens, ainsi que l’une des plus g rosses concentrations de superordinateurs du monde.
Certains parmi les plus anciens se rappelaient encore les baraquements en bois montés en hâte à
même les affleurements rocheux, en 1940, mais pour la majorité de l’équipe de Los Alamos, des
jeunes hommes et femmes en pantalons de velours style étudiant et chemises d’ouvrier, les
premiers artisans de l’atome n’étaient que des fantômes. L’endroit du Laboratoire où s’élaborait la
pensée à l’état pur était la Division théorique, appelée Division T, de même que l’on disait
Division C pour le Centre de calcul et Division X pour l’armement. La Division T comprenait plus
d’une centaine de physiciens et mathématiciens, bien payés et à l’abri des contraintes
d’enseig nement et de publication propres au milieu universitaire. Ces scientifiques avaient
l’expérience du g énie et de l’excentricité. Il était difficile de les étonner.
Mais Mitchell Feig enbaum était un cas spécial. Il n’avait personnellement publié qu’un seul
article et ne travaillait que sur des sujets apparemment sans avenir. Ses cheveux en broussaille
formaient une crinière rejetée en arrière dég ag eant son larg e front dans le style des compositeurs
romantiques allemands. Son reg ard était vif et passionné. Quand il parlait, toujours rapidement, il
avait tendance à escamoter les articles et les pronoms, un peu comme les peuples orig inaires
d’Europe centrale, bien qu’il fût né à Brooklyn. Quand il travaillait, il travaillait de manière
obsessionnelle. Quand il ne parvenait pas à travailler, il marchait et réfléchissait, la nuit ou le jour,
la nuit de préférence. Une journée de ving t-quatre heures lui semblait trop contraig nante.
Cependant, il renonça à sa quasi-périodicité personnelle lorsqu’il décida qu’il ne pouvait plus
supporter de se lever au coucher du soleil, comme cela arrivait plusieurs fois par mois.
À ving t-neuf ans, il était déjà un savant parmi les savants, un conseiller idéal qu’on venait
consulter sur des problèmes particulièrement récalcitrants – quand on le trouvait. Un soir, en
arrivant au travail, il croisa le directeur du Laboratoire, Harold Ag new, qui quittait son bureau.
Ag new était un personnag e puissant, l’un des premiers élèves d’Oppenheimer. Il avait survolé
Hiroshima à bord d’un avion technique qui accompag nait l’Enola Gay et filmé la livraison du
premier exemplaire sorti du Laboratoire.
« On dit que vous êtes très intellig ent, dit-il à Feig enbaum. Puisque vous êtes si intellig ent,
pourquoi ne résoudriez-vous pas le problème de la fusion par laser ? »
Même ses amis se demandaient si Feig enbaum réaliserait un jour un travail personnel. S’il
répondait volontiers à leurs questions, il ne semblait pas vouloir consacrer ses recherches à des
problèmes rentables. Il réfléchissait sur la turbulence des fluides et des g az. Il réfléchissait sur le
temps – s’écoulait-il continûment ou par sauts discrets, comme une succession d’imag es d’un film
cosmique ? Il réfléchissait au pouvoir qu’avait l’œil de disting uer des couleurs et des formes
cohérentes dans un univers que les physiciens considéraient comme un kaléidoscope quantique

capricieux. Il réfléchissait sur les nuag es, les observant du hublot d’un avion (jusqu’à ce qu’en 1975
on mît un terme à ses privilèg es de voyag eur scientifique pour utilisation abusive) ou des sentiers
de randonnée surplombant le Laboratoire.
Dans les villes de montag ne de l’Ouest, les nuag es n’ont presque rien à voir avec les brumes
rampantes, uniformes et poisseuses qui emplissent l’atmosphère de l’Est. À Los Alamos, au-dessus
des formations volcaniques, les nuag es se déploient dans le ciel, au hasard, certes, mais aussi de
manière ordonnée, fig és en motifs effilés ou enroulés en sillons rég uliers comme les
circonvolutions du cerveau. Par un après-midi orag eux, lorsque l’accumulation d’électricité fait
miroiter et vibrer l’atmosphère, on les disting ue à une cinquantaine de kilomètres, filtrant et
réfléchissant la lumière, et le ciel tout entier semble mettre en scène un reproche subtil adressé
aux physiciens : les nuag es étaient en effet l’un des aspects de la nature nég lig és par les g rands
courants de la physique – des formes floues et détaillées, structurées et imprévisibles. Feig enbaum,
lui, méditait sur ces objets, en toute tranquillité et improductivité.
Pour un physicien, inventer la fusion par laser, percer le mystère du spin, de la couleur et de la
saveur des particules, dater l’orig ine de l’univers étaient des problèmes dig nes d’intérêt.
Comprendre les nuag es était un problème de météorolog ues. Comme d’autres physiciens,
Feig enbaum avait ses euphémismes, son jarg on, pour classer ces problèmes : c’est évident, par
exemple, pour dire que n’importe quel bon physicien pouvait comprendre tel résultat après un
examen et des calculs appropriés. Non évident qualifiait un travail qui imposait le respect et
mériterait le Nobel. Pour les problèmes les plus difficiles, ceux dont on ne venait pas à bout sans
avoir long uement scruté les entrailles de l’univers, les physiciens réservaient des mots comme
profond. En 1974, bien que peu de ses collèg ues fussent au courant, Feig enbaum travaillait sur un
problème profond : le chaos.

Là où commence le chaos s’arrête la science classique. Depuis qu’il existe des physiciens
étudiant les lois de la nature, le monde a été particulièrement ig norant du désordre de
l’atmosphère, de la mer turbulente, des variations des populations animales, des oscillations du
cœur et du cerveau. L’aspect irrég ulier de la nature, discontinu et désordonné, tout cela est resté
une énig me ou, pire, a été perçu comme une monstruosité.
Mais dans les années soixante-dix, quelques scientifiques aux États-Unis et en Europe ont
commencé à explorer le désordre. Ce furent des mathématiciens, des physiciens, des biolog istes,
des chimistes, tous à la recherche de relations entre les différents types de comportements
irrég uliers. Les physiolog ues découvrirent l’existence d’un ordre surprenant au sein du chaos qui
se développe dans le cœur humain et qui est la cause première d’une mort soudaine et inexpliquée.
Les écolog istes étudièrent la croissance et la décroissance des populations de bombyx. Les
économistes exhumèrent de vieux cours boursiers et tentèrent un nouveau type d’analyse. Ces
perspectives naissantes ramenèrent directement les chercheurs au sein de la nature, à la forme des
nuag es, la trajectoire des éclairs, les entrelacements microscopiques des vaisseaux sang uins, la
concentration des étoiles en g alaxies.
Lorsque Mitchell Feig enbaum commença à réfléchir sur le chaos, à Los Alamos, il faisait partie
d’une poig née de scientifiques disséminés à travers le monde, pour la plupart ne se connaissant
pas entre eux. Un mathématicien de Berkeley, en Californie, avait constitué une petite équipe qui
élaborait une nouvelle approche des « systèmes dynamiques ». À Princeton, un biolog iste des
populations était sur le point de publier un appel exalté pour exhorter tous les scientifiques à
observer le comportement étonnamment complexe dissimulé dans certains modèles simples. Un
g éomètre travaillant chez IBM cherchait un mot nouveau pour décrire une famille de fig ures –
dentelées, enchevêtrées, éclatées, tordues, frag mentées – qu’il considérait comme un principe

org anisateur de la nature. Un physicien-mathématicien français venait de déclencher une
polémique en affirmant que la turbulence dans les fluides pouvait avoir un rapport avec un objet
abstrait bizarre, entrelacé à l’infini, qu’il appelait « attracteur étrang e ».
Dix années plus tard, le mot « chaos » est devenu un terme lapidaire pour désig ner le
mouvement de restructuration rapide affectant la structure même de l’institution scientifique. On
ne compte plus les revues et les conférences sur le chaos. Les responsables de recherche
g ouvernementaux pour l’armée, la CIA et le ministère de l’Énerg ie consacrent des sommes de plus
en plus importantes au chaos, et mettent en place des administrations spécialement destinées à la
g estion de cet arg ent. Dans chaque université et centre de recherche industrielle d’importance, on
rencontre des scientifiques dont l’intérêt pour le chaos prime sur leur propre spécialité. À Los
Alamos, un Centre d’études non linéaires a été créé pour coordonner les recherches sur le chaos et
les problèmes qui s’y rattachent ; des institutions analog ues ont vu le jour dans diverses
universités à travers les États-Unis.
Le chaos a inventé des méthodes orig inales d’utilisation des ordinateurs, conçu des imag es de
synthèse particulières pour saisir la fabuleuse subtilité de la structure sous-jacente à la complexité.
Cette nouvelle science a eng endré son propre lang ag e, une élég ante terminolog ie composée de
mots comme fractales et bifurcations, intermittences et périodicités, difféomorphismes de la serviette pliée
et applications de la nouille plate. C’étaient là les nouveaux constituants du mouvement, tout comme,
dans la physique traditionnelle, les quarks et les g luons étaient les nouveaux constituants de la
matière. Pour certains physiciens, le chaos est une science des processus plutôt que des états, une
science du devenir plutôt que de l’étant.
Maintenant que la science le reg arde, le chaos paraît être partout : dans la colonne de fumée qui
s’élève d’une cig arette et se divise en volutes irrég ulières, dans un drapeau qui claque au vent,
dans l’écoulement d’un robinet qui passe d’un rég ime continu à un rég ime désordonné. Le chaos
apparaît dans l’atmosphère, dans le vol d’un avion, dans les bouchons sur une autoroute, dans
l’écoulement du pétrole dans les pipelines. Quel que soit le milieu, ce comportement obéit aux
mêmes lois nouvellement découvertes. La prise de conscience de ce fait a commencé à transformer
la manière dont les hommes d’affaires prennent leurs décisions au niveau des assurances, dont les
astronomes considèrent le système solaire, dont les politolog ues parlent des tensions g énératrices
de conflits armés.
Le chaos supprime les frontières entre disciplines scientifiques. Science de la nature g lobale des
systèmes, il a réuni des penseurs de domaines autrefois très éloig nés. « Il y a quinze ans, la science
s’acheminait vers une crise, victime d’une spécialisation croissante », dit un officiel de la Marine
devant un auditoire de mathématiciens, de biolog istes, de physiciens et de médecins.
« L’apparition du chaos a spectaculairement inversé le mouvement. » Le chaos pose des problèmes
défiant la méthodolog ie scientifique classique. Il énonce avec énerg ie des affirmations sur le
comportement universel de la complexité. Les premiers théoriciens du chaos, ceux qui inventèrent
cette discipline, avaient en commun certaines sensibilités. Ils avaient le don de repérer des formes,
particulièrement celles se manifestant simultanément sur des échelles différentes. Ils avaient une
attirance pour le hasard et la complexité, pour les contours déchiquetés et les sauts imprévus. Les
adeptes du chaos – c’est ainsi qu’ils s’appellent parfois, quand ce n’est pas « convertis » ou
« évang élistes » – spéculent sur le déterminisme et le libre arbitre, sur l’évolution, sur la nature de
l’intellig ence consciente. Ils ont le sentiment de faire reculer la tendance au réductionnisme, à
l’analyse des systèmes en considérant leurs éléments constitutifs : quarks, chromosomes ou
neutrons. Ils s’intéressent au g lobal.
Les défenseurs les plus passionnés de cette nouvelle science vont jusqu’à prétendre que la
science du XXe siècle ne laissera le souvenir que de trois disciplines : la relativité, la mécanique

Au sein même de la physique. Deux g énérations passèrent sans qu’elle produise une idée théorique nouvelle modifiant la manière dont les non-spécialistes concevaient le monde. Ils crurent voir dans le chaos les prémices d’un chang ement qui devait affecter l’ensemble de la physique. elle rompt avec les principes de la physique newtonienne. Elle fut capable de remonter l’histoire de la formation de l’énerg ie et de la matière jusqu’au premier clin d’œil de l’Univers. lui. la Théorie g rand-unifiée ou « physique de tout ». suffisamment duré. à des échelles de plus en plus petites. sur des durées de plus en plus brèves. Mais la physique de l’après-g uerre fut-elle une révolution ? Ou ne fit-elle que prospérer à l’intérieur du cadre posé par Einstein. Lorsqu’il fit. Personne ne sait si cela se révélera une hérésie féconde ou un simple ég arement. certains jeunes physiciens ressentaient une insatisfaction croissante à l’ég ard de l’orientation que prenait cette discipline très prestig ieuse – les prog rès paraissaient moins rapides. Ainsi que l’a dit un physicien : « La relativité a éliminé l’illusion newtonienne d’un espace et d’un temps absolus . l’exploration des blocs constitutifs de la matière à des énerg ies de plus en plus élevées. titulaire de la chaire de Newton à l’université de Cambridg e. exprima la pensée de la majorité des physiciens : « Nous connaissons déjà les lois physiques qui g ouvernent tous les phénomènes de notre vie quotidienne… Nous sommes arrivés à un point tel en physique théorique qu’il nous faut aujourd’hui en payer le tribut en employant de g ig antesques machines et en dépensant d’énormes sommes d’arg ent pour effectuer des expériences dont nous ne pouvons prédire les résultats. d’avoir perdu pratiquement tout contact avec la représentation intuitive que les hommes avaient du monde. Autre chose est de prédire les remous d’un liquide dans la plus banale des cuvettes. Pourtant. selon eux. La physique de Hawking . transformèrent le paysag e du XXe siècle. La physique théorique donnait depuis long temps le sentiment. Le chaos. mais certains de ceux qui pensaient que la physique était dans une impasse considèrent maintenant le chaos comme une issue. et le chaos. et autres pères fondateurs de la relativité et de la mécanique quantique ? Certes. affirment-ils. Comme les deux premières. de la bombe atomique au transistor. » De ces trois révolutions. ses réalisations. le chaos. a souvent été qualifiée de révolution. Elle sembla par moments sur le point d’atteindre ce g raal de la science. Durant presque tout le XXe siècle. est la troisième g rande révolution que la physique ait connue. Cette physique des particules a eng endré des théories sur les forces fondamentales de la nature et sur l’orig ine de l’Univers. ou l’activité du cerveau humain. la théorie quantique a supprimé le rêve newtonien d’un processus de mesure contrôlable . le bilan de sa discipline au cours d’une conférence intitulée « Est-ce bientôt la fin de la physique théorique ? ». pas toujours ouvertement exprimé. ou le mouvement de l’atmosphère terrestre. Il se pourrait que la physique décrite par Hawking achève sa mission sans répondre à certaines . Bohr. L’expérience quotidienne et les imag es réelles du monde sont devenues des objets d’étude lég itimes. aussi efficace pour récolter des prix Nobel qu’un arg ent colossal pour ses expériences. élimine l’utopie laplacienne d’une prédicibilité déterministe. sa portée sembla se rétrécir. le cosmolog ue Stephen Hawking . et la théorie en pleine confusion. Malg ré cela. celle du chaos s’applique à l’univers tel que nous le voyons et le touchons. La domination des abstractions brillantes de la physique des hautes énerg ies et de la mécanique quantique avaient.quantique. » Hawking reconnut pourtant que la compréhension des lois de la nature en termes de physique des particules ne disait absolument pas comment appliquer ces lois en dehors des systèmes les plus élémentaires. aux objets à l’échelle humaine. en 1980. celle-ci s’est identifiée à la physique des hautes énerg ies. Une chose est de prédire les produits de collision de deux particules dans une chambre à bulles placée à la sortie d’un accélérateur. l’étude du chaos prit naissance à l’écart des g rands courants de la recherche. le nom des nouvelles particules futile.

Ils effectuent des recherches fructueuses sur des Cray. On découvre que les systèmes les plus simples posent des problèmes de prédicibilité extraordinairement difficiles. En météo. mais aussi sur des Macintosh. Des différences infimes à l’entrée pouvaient entraîner rapidement des différences considérables à la sortie – on a baptisé cela la « dépendance sensitive aux conditions initiales ». . ils recherchaient des causes complexes. dans un univers soumis à l’entropie. comment l’ordre apparaît-il ? Dans le même temps. Comment naît la vie ? Qu’est-ce que la turbulence ? Et par- dessus tout. Observez deux taches d’écume flottant de conserve au bas d’une chute d’eau. Traditionnellement. aujourd’hui à Pékin. en vinrent à paraître si élémentaires et si ordinaires que les physiciens tendirent naturellement à croire qu’ils étaient bien compris. Seule une nouvelle science pourrait commencer à franchir l’abîme qui sépare la connaissance du comportement d’un objet – une molécule d’eau. Dans le lang ag e de la physique standard. comme les liquides et les systèmes mécaniques. en y ajoutant artificiellement du bruit ou de l’incertitude. une cellule du tissu cardiaque. l’ordre surg it spontanément – l’ordre et le désordre. Alors que la révolution du chaos suit son cours. eng endre dans l’air des remous qui peuvent se transformer en tempête le mois prochain à New York. les objets de l’expérience quotidienne. mais aussi les nuag es. Pourriez-vous affirmer qu’elles étaient proches l’une de l’autre avant de tomber ? Non.questions. Dieu aurait tout aussi bien pu mettre ces molécules d’eau dans sa poche et les mélang er à sa g uise. Lorsqu’ils tombaient sur une relation aléatoire entre ce qui entre dans un système et ce qui en sort. Mais l’une d’entre elles se détachait clairement : pour ces jeunes physiciens et mathématiciens qui menaient leur révolution. lorsque les physiciens rencontraient des résultats complexes. l’un des points de départ était sans conteste l’effet papillon. ils découvrirent qu’elle avait de multiples orig ines intellectuelles. par exemple. ce phénomène correspond à ce que l’on appelle. dans ces systèmes. l'effet papillon : le battement d’aile d’un papillon. Les revues les plus prestig ieuses publient côte à côte des articles sur la mécanique quantique et sur la dynamique étrang e d’une balle rebondissant sur une table. L’étude moderne du chaos débuta. inexorablement attiré vers un désordre croissant. Ce n’était pas le cas. en ne plaisantant qu’à moitié. Ils étudient non seulement les g alaxies. un neurone – de la connaissance du comportement de millions d’objets. les meilleurs physiciens retournent sans complexes vers les phénomènes à l’échelle humaine. fondamentales sur la nature. Lorsque les explorateurs du chaos se mirent à se pencher sur la g énéalog ie de leur nouvelle discipline. Pourtant. avec la prise de conscience prog ressive du fait que des équations mathématiques élémentaires pouvaient simuler des systèmes aussi violents qu’une chute d’eau. ils supposaient qu’ils devaient introduire du hasard dans une théorie réaliste. dans les années soixante.

De sa fenêtre. À Cambridge. À Riyad. Elle n’eut jamais la vitesse et la mémoire suffisantes pour simuler de façon réaliste l’atmosphère et les océans terrestres. Il aimait les formes qui se font et se défont dans l’atmosphère. Lorenz savait qu’il mettait en pratique les lois de Newton. aucune autre intervention n’était ensuite nécessaire. FEYNMAN Le soleil se couchait dans un ciel qui ne voyait jamais de nuag es. Il appréciait sa variabilité. Lorenz pouvait observer le temps réel. la machine indiquait l’écoulement d’une journée en alig nant une rang ée de chiffres sur une pag e de listing . Maintenant il se demandait si la météorolog ie pourrait un jour percer le secret de cette mag ie. la brume matinale rampant sur le campus du Massachusetts Institute of Technolog y ou les nuag es bas de l’Atlantique g lissant par-dessus les toits. il lui semblait y déceler des structures. obéissant toujours à des règ les mathématiques sans toutefois jamais se reproduire identiquement. Pourtant. Telle était la philosophie sous-jacente à la simulation de la météo sur un ordinateur. il était libre d’adopter les lois de la nature qui lui plaisaient. Lorenz aimait la météo – ce qui n’est pas indispensable pour devenir météorolog ue. ces tourbillons et ces cyclones. comme si le monde s’était transformé en un univers fantastique. Comprendre ces lois. et de nouveau au nord. Des cyclones numérisés s’enroulaient lentement sur un g lobe idéalisé. faisait un bruit insolite et irritant. lentement mais sûrement. et tombait en panne pratiquement chaque semaine. et jamais l’automne ne cédait la place à l’hiver. La nuit ne tombait jamais. s’orientant maintenant vers le nord. que va-t-il arriver maintenant ? » RICHARD P. Après nombre d’essais et d’erreurs qui n’eurent rien de divin. Une fois. Mais rien ne se produisait deux fois de la même manière. . Grâce au déterminisme des lois physiques. Ceux qui élaboraient des modèles analog ues étaient convaincus que les lois du mouvement reliaient le présent au futur avec une certitude mathématique. La météo simulée sur le nouvel ordinateur électronique d’Edward Lorenz évoluait. en Arabie Saoudite. les autres météorolog ues et les étudiants en thèse prirent l’habitude de se retrouver autour de la machine et de faire des paris sur le prochain bulletin météo de Lorenz. Le temps contenait quelque chose d’inexprimable en terme de moyennes. et c’est ce que Lorenz parvenait à saisir sur son Royal McBee. La brume et les nuag es n’apparaissaient jamais dans le modèle qui tournait sur son ordinateur. c’était comprendre l’Univers. Quand il observait les nuag es. Ce furent des règ les numériques – des équations exprimant la relation entre la température et la pression. il pleut en moyenne dix jours par an. un Royal McBee. La machine. c’étaient des statistiques. Les vents balayaient une Terre aussi lisse que du verre. Toutes les minutes. Lorsque la nouvelle se répandit dans le département. ou en une version particulièrement clémente de la Californie du Sud. le maximum journalier de température est en moyenne de 24 degrés en juin. Le vrai problème était celui de l’évolution des formes dans l’atmosphère. des outils conçus exprès pour un dieu horlog er qui put créer un monde et le mettre en marche pour l’éternité. la météo miniature que Lorenz inventa en 1960 stupéfia ses collèg ues. Qui savait les lire y voyait un vent d’ouest dominant. Tout cela. L’effet papillon Les physiciens tendent à penser que les seules questions à résoudre sont du type : « Voilà les conditions actuelles. puis au sud. il en choisit douze. était un fouillis de fils et de tubes à vide peu esthétique qui occupait une bonne partie du bureau de Lorenz. dans le Massachusetts. Il ne pleuvait jamais. et à midi. Dieu de son univers numérique. entre la pression et la vitesse du vent. il s’effraya à l’idée que l’étude scientifique du temps fût comme ouvrir la boîte de Pandore. dans une demi-saison constamment sèche.

Quand un astronome disait : « La comète de Halley repassera par là dans soixante-seize ans ». d’en approfondir la théorie en la mathématisant davantag e. Dans les centres de recherche comme le M. On imag inait difficilement que ces calculateurs g onflés soient d’une quelconque utilité en science théorique.T. auraient pu aussi imag iner un personnag e comme Lorenz. Enfant. pratiquement aucun scientifique sérieux n’avait confiance dans les ordinateurs. de quantités de lunes et de milliers d’astéroïdes –. non à une prophétie. Un ordinateur . son père l’aidait à résoudre certains problèmes. il sentit que les mathématiques étaient sa vocation. Seul un ordinateur pouvait réaliser la promesse de Newton selon laquelle le monde suivait une trajectoire déterministe. cela ressemblait à un fait. En même temps. on peut toujours tenter de résoudre un problème en démontrant qu’il n’admet aucune solution. Si. que ce fût ou non le cas. il avait des yeux étonnamment brillants qui donnaient constamment l’impression qu’il souriait. Pour la plupart des météorolog ues sérieux. un ordinateur pouvait permettre aux météorolog ues de réaliser ce que les astronomes avaient réussi avec un crayon et une règ le à calcul : prévoir le futur de l’Univers à partir de ses conditions initiales et des lois physiques g uidant son évolution. En théorie. Il parlait rarement de lui-même ou de son travail. Pourtant. Lorenz était conscient des difficultés de la prédiction météo – s’y étant déjà essayé dans l’Armée de l’air –. Elle attendait depuis deux siècles une machine capable d’exécuter sans relâche des milliers de calculs. qu’à observer le thermomètre. du moins dans un système solaire tiraillé par les g ravitations de neuf planètes.. Un jour ils en rencontrèrent un particulièrement difficile qui se révéla insoluble. Il se rendit célèbre en publiant un livre sur des problèmes classiques tels que la circulation g énérale de l’atmosphère. Les équations du mouvement de l’air et de l’eau étaient aussi bien connues que celles décrivant le mouvement des planètes. mais restait g ouvernée par les mêmes lois. comme tout le monde. Il était souvent perdu dans des calculs. Les circonstances s’y opposèrent : il y eut la Seconde Guerre mondiale et il se retrouva dans le service météo de l’Armée de l’air. Pourquoi pas celles des vents et des nuag es ? La météo était bien plus compliquée. ou song eait à des choses que ses collèg ues considéraient comme inaccessibles. Si les astronomes n’avaient pas atteint la perfection – et ne l’atteindraient jamais. il fut un cing lé de la météo. son heure était venue. leurs calculs des mouvements planétaires étaient si précis que les g ens avaient oublié qu’il s’ag issait de prédictions. mais. il lui trouvait cependant un intérêt. rég lée comme celle des planètes. ravi de rester en coulisse. Ses amis les plus intimes avaient le sentiment qu’il passait le plus clair de son temps dans un espace à part. À la fin de la g uerre. La prévision numérique déterministe dessinait avec précision des trajectoires pour les vaisseaux spatiaux et les missiles. prévisible comme les éclipses et les marées. En fait. dans les années soixante. Il écoutait. Parfois. « Pourquoi pas. nécessitant une intuition naturelle pour lire le temps du lendemain sur des appareils et dans les nuag es – des conjectures en somme. comme il avait toujours aimé la pureté des mathématiques. Le visag e fatig ué d’un fermier yankee. C’était un météorolog ue bizarre. il poursuivit ses réflexions sur la prévision. C’était une activité instinctive de techniciens. » Lorenz aimait ce g enre de constat. la prévision n’avait rien de scientifique. Non seulement les météorolog ues méprisaient la prévision. un intérêt mathématique. lui dit son père. Il passait toutefois plus de temps à l’intérieur. à s’amuser avec ses livres de jeux mathématiques. il décida de rester dans la météo. la météorolog ie s’intéressait surtout aux problèmes admettant des solutions. les philosophes du XVIIIe siècle qui voyaient dans leur créateur un non-interventionniste bienveillant. du moins dans la mesure où il relevait soig neusement les maxima et les minima de température qu’affichait le thermomètre extérieur de la maison familiale à West Hartford. et lorsqu’en 1938 il obtint son diplôme à Dartmouth Colleg e. La simulation numérique de la météo avait donc quelque chose de bâtard.I. dans le Connecticut.

dans les années cinquante. des vents allant vers le nord puis vers le sud. Comme un théoricien aimait le dire à ses étudiants : « L’idée maîtresse de la science occidentale est que vous n’avez pas à tenir compte de la chute d’une feuille sur une planète dans une autre g alaxie lorsque vous voulez décrire le mouvement d’une bille sur un billard terrestre. rien ne serait incertain pour elle. comme le passé. Toutes ces disciplines ont mis en jeu une forme de déterminisme newtonien. et l’avenir. Cette hypothèse constitue le fondement philosophique de la science. Au lieu des habituelles rang ées de chiffres. Les scientifiques marchant sous la bannière de Newton brandissaient en fait une autre banderole disant quelque chose comme : étant donné une connaissance approximative des conditions initiales du système et une compréhension des lois de la nature. elle passait ensuite par deux maximums. la mission de nombreux scientifiques du XXe siècle– biolog istes. Les pères de l’informatique moderne ont eux aussi toujours pensé à Laplace. fut saisi par la fièvre newtonienne : « Une telle intellig ence. une long ue succession de collines et de vallées. Il découvrit que lorsqu’une courbe descendait de manière uniforme. mais perturbées. enfouie dans un coin de leur philosophie comme une facture impayée. son sentiment qu’elles se répétaient. l’optimisme de Laplace peut faire sourire. Un désordre ordonné. » Classiquement. son rêve n’en a pas moins été poursuivi par une bonne partie de la science moderne. on peut déterminer le comportement approximatif du système. les a descendaient la feuille de papier. les vents et les températures de ses listag es paraissaient se comporter comme ils le font sur Terre. Ce fut ég alement le cas pour les pionniers de la prévision météo. Elle marchait. économistes – a consisté à décomposer leurs univers en atomes simples qui obéissent aux lois scientifiques. Les économistes s’appuient eux aussi sur la même hypothèse pour leurs prévisions. se dit-il. Avec son ordinateur primitif. Il prenait une variable particulière – par exemple la direction du vent. Vous pouvez nég lig er les influences imperceptibles. Lorenz avait réduit l’atmosphère à sa plus simple expression. « Voici le g enre de règ le qui pourrait être utile aux prévisionnistes ». Il fallait cependant toujours faire une petite concession. le mathématicien et philosophe du XVIIIe siècle. si petite que les chercheurs oubliaient qu’elle était là. Il y a converg ence dans la façon dont se passent les choses. Von Neumann voyait dans la simulation météo un travail idéal pour un ordinateur. et cette erreur demeurerait faible pour les millions d’années à venir. » Si à notre époque. On reconnaissait bien des formes. Une erreur minuscule lors du positionnement de la planète de Halley en 1910 n’aurait entraîné qu’une erreur minuscule dans la prédiction de son retour en 1986. dominée par la relativité d’Einstein et le principe d’incertitude de Heisenberg . serait présent à ses yeux. malg ré un succès moins apparent. des hausses et des chutes de pression. montrant au cours du temps des formes familières. et des causes arbitrairement petites ne s’amplifient pas pour eng endrer des effets arbitrairement g rands.suffisamment puissant correspondait peut-être à l’intellig ence suprême imag inée par Laplace. De manière implicite. qui traduisait la manière dont le vent d’ouest obliquait . embrasserait dans la même formule les mouvements des plus g rands corps de l’univers et ceux du plus lég er atome . John von Neumann conçut ses premières machines à l’Institute for Advanced Study à Princeton. et l’histoire de l’informatique s’est confondue avec celle de la prévision météo lorsque. il faisait imprimer par sa machine un certain nombre de blancs suivis de la lettre a. Mais ces répétitions n’étaient jamais exactes. dans le New Jersey. neurolog ues. confortant sa chère intuition sur les conditions atmosphériques. Lorenz avait inventé un procédé g raphique rudimentaire. Petit à petit. selon une lig ne ondulée. qui. cette croyance dans l’approximation et la converg ence était justifiée. Pour rendre ces formes plus évidentes. lig ne après lig ne. Pourtant. Les mesures ne pourraient jamais être parfaites. Les ordinateurs s’appuient sur la même hypothèse pour g uider les vaisseaux spatiaux : une entrée approximativement précise donne une sortie approximativement précise. plus que quiconque. écrivit-il.

Sa première réaction fut qu’un tube à vide avait encore flanché. Il utilisait un système d’équations purement déterministe. Le Royal McBee de Lorenz exécutait le prog ramme classique. Edward Lorenz vit sa météo numérique. ses opérateurs s’estiment heureux. dans le système d’équations de Lorenz. toute ressemblance avait disparu. en supposant que la différence – un pour un millier – serait sans conséquences. dont trois décimales seulement. il vit quelque chose d’inattendu. le fascinaient. il aurait aussi bien pu tirer deux prévisions au hasard. Lorenz avait entré les nombres tronqués. Au lieu de reprendre au début l’exécution de son prog ramme. Il entra les conditions initiales dans la machine en tapant des nombres tirés du dernier listag e. 0. Lorenz avait lui-même introduit les nombres dans l’ordinateur et le prog ramme était le même.au nord puis au sud à travers tout le continent. DIVERGENCE ENTRE DEUX ÉVOLUTIONS MÉTÉO. Soudain. Quand il revint une heure plus tard. l’atmosphère devait à chaque fois évoluer de manière identique. Tout avait bien fonctionné. Lorenz vit ses prévisions diverg er très rapidement par rapport aux précédentes : en l’espace de quelques mois à peine. Lorenz prit un raccourci. Quand un satellite météo parvient à lire la température à la surface des océans avec une précision de un pour un millier. Puis il alla au bout du couloir pour fuir le bruit et boire une tasse de café. il comprit la vérité. Cet ordre. Un jour d’hiver 1961. il commença à mi-chemin. L’ordinateur g ardait en mémoire des nombres à six chiffres. Pourtant. Pourtant. désirant examiner une de ces séquences sur une plus g rande période. Avec un même point de départ. apparaissaient à l’impression pour économiser de la place.506127. Le problème se trouvait dans les nombres qu’il avait tapés. puis les seconds . Le système semblait lentement révéler ses secrets. dans un chapeau. Un point de départ lég èrement différent devait donner une évolution lég èrement différente. 506. Une petite erreur numérique était comme un lég er souffle de vent – personne ne doutait que ces petites perturbations s’atténuaient ou se compensaient mutuellement avant de pouvoir modifier les caractéristiques à g rande échelle de l’atmosphère. partant pratiquement du même point. dès qu’il reg arda le nouveau listag e. ces cycles reconnaissables se reproduisant sans cesse mais jamais deux fois de la même façon. quelque chose qui allait eng endrer une nouvelle science. . Il reg arda les premiers chiffres. arrondis. les petites erreurs se révélaient catastrophiques. C’était une supposition raisonnable. suivre des évolutions de plus en plus divergentes jusqu’à la disparition de toute ressemblance entre elles. Cette nouvelle exécution aurait dû reproduire exactement l’ancienne. (D’après des listages de Lorenz datant de 1961).

Je n’avais jamais considéré le calcul des marées comme de la prédiction – c’était pour moi l’énoncé d’un fait – mais bien sûr. Lorenz sursauta : il y avait quelque chose de philosophiquement bancal. Il recopia l’une des courbes sur un transparent et la superposa sur l’autre. Les avions ensemenceraient les nuag es. entre autres. dont l’importance pratique pouvait se révéler stupéfiante. de la Lune et de la Terre. non seulement pour la prévision. Ce n’était pas comme s’il avait mélang é du sodium à du chlore et obtenu de l’or. qui construisit son premier ordinateur dans le but précis. Ce qui nous intéresse dans les marées. Au troisième ou au quatrième maximum. « Nous avions certes échoué. « L’homme de la rue qui voit que l’on peut prédire relativement bien les marées sur quelques mois demandera pourquoi nous ne pouvons en faire autant avec l’atmosphère . c’est de la prédiction. von Neumann imag ina que les scientifiques résoudraient les équations de mouvement des fluides en quelques jours. Ce jour-là. ce n’est qu’un fluide différent. ou avec cet exemplaire particulier – et probablement aurait-il dû le supposer. Les scientifiques apprendraient à faire tomber la pluie et à la faire cesser. comme par exemple les éclipses ou les marées. Le père intellectuel de cette idée populaire fut John von Neumann. il était convaincu d’avoir saisi la nature profonde de l’atmosphère réelle. qui mettent en jeu une dynamique relativement compliquée du Soleil. Il avait découvert qu’un système dynamique complexe pouvait posséder quelques points d’instabilité – des points critiques où une simple pichenette peut entraîner d’énormes conséquences. toute ressemblance avait disparu. Bien que ses équations fussent de g rossières parodies de la météo terrestre. c’est leur aspect prévisible . dit-il. Au début. nous pensons que nous savions déjà cela. l’imprévisible est nég lig eable. » Les années cinquante et soixante furent une période d’optimisme irréel à l’ég ard de la météo. Les journaux et les revues espéraient énormément de cette science. elles étaient toutes deux distinctement déphasées. Des dômes g éodésiques couvriraient les champs de blé. Une fois son ordinateur construit et opérationnel. Il avait une raison particulièrement mathématique d’être optimiste. mais aussi pour la modification et le contrôle du temps. de contrôler le temps. Puis un comité central des météorolog ues ferait décoller des avions qui déverseraient des écrans de fumée ou ensemenceraient les nuag es pour placer l’atmosphère dans les conditions désirées. Mais j’ai réalisé que tout système physique ayant un comportement non périodique était imprévisible. Les marées sont en réalité aussi compliquées que l’atmosphère. Il décida d’examiner cette diverg ence de plus près. Mais en météo. On mit sur pied un prog ramme international qui en tirerait profit : le Global Atmosphère Research Prog ram. Il s’entoura de météorolog ues et exposa ses projets devant l’ensemble de la communauté des physiciens lors de conférences stupéfiantes. il décida que la prévision météo à long terme était vouée à l’échec. les maîtriser au lieu d’en être la victime. et ses lois sont tout aussi compliquées. Ce n’était qu’une défaillance d’un ordinateur maladroit. et au maximum suivant. les deux premiers maximums coïncidaient point par point. comme pour un ballon en équilibre au sommet d’une colline. Toutes deux ont des composantes périodiques – vous pouvez prédire que l’été prochain sera plus chaud que cet hiver. Puis l’une des courbes se mit à retarder de la larg eur d’un cheveu. Mais von Neumann avait nég lig é l’éventualité du chaos et son instabilité en . Mais pour des raisons d’intuition mathématique que ses collèg ues ne devaient comprendre que plus tard. mais maintenant nous avions une excuse. Lorenz aurait pu supposer que quelque chose n’allait pas avec ce type de machine. Il semblait que l’humanité allait se libérer des turbulences de l’atmosphère. Je pense que l’une des raisons pour lesquelles les g ens croyaient possible de prévoir aussi loin est qu’il existe des phénomènes physiques permettant d’excellentes prévisions. à moins qu’il y ait une tempête. Deux nouvelles technolog ies parvenaient à maturité : le calculateur dig ital et le satellite spatial.

Dans la pratique. près du périphérique de Washing ton. Leur superordinateur faisait tourner un modèle qui ne ressemblait que dans les g randes lig nes à celui de Lorenz. qui semblait toujours en avance d’un modèle sur son homolog ue américain. Dans les années quatre-ving t. mais de nombreuses personnes qui n’auraient pas dû se laisser abuser ag irent comme si elles croyaient dans les résultats. Et si Lorenz avait été heureux de pouvoir traiter douze équations. le modèle tournant dans le Cyber 205 en résolvait 500000. de satellites et de bateaux. Les prog rammeurs espéraient que leurs résultats ne seraient pas trop g rossièrement déformés par les nombreuses et inévitables hypothèses simplificatrices. une petite ville universitaire située à une soixantaine de kilomètres de Londres. dont le toit était équipé d’antennes radio et radar dig nes d’un repaire d’espions. la vitesse d’un Control Data Cyber 205 se mesurait en még aflops. Probablement savaient-ils que des paramètres comme « optimisme du consommateur » n’étaient pas aussi facilement mesurables que le paramètre « humidité ». les modèles économétriques se révélèrent lamentablement impuissants à dire ce que réservait l’avenir. une énorme et coûteuse bureaucratie entreprit de mener à bien son prog ramme.tout point. Ces mêmes techniques rendirent service à de nombreux chercheurs en physique et en sciences humaines qui espéraient faire des prédictions dans des domaines allant de l’écoulement des fluides à petite échelle. Les meilleures venaient de Reading . et à leur superordinateur Cray. Les vents numériques épousaient la forme de chaînes de montag nes numériques. On avança des prévisions sur la croissance économique ou le chômag e avec une précision implicite de deux ou trois décimales. Les premiers prévisionnistes météo américains travaillèrent dans un simple bâtiment cubique situé dans une banlieue du Maryland. et de loin. en Ang leterre. dans le style typique des bâtiments des Nations unies – une architecture de briques et de vitres – et était décoré de cadeaux offerts par divers pays. et qu’il n’existait pas encore d’équations différentielles exactes pour l’évolution politique ou les mouvements de la mode . ils modifiaient leurs équations pour que le résultat soit plus conforme à leurs attentes. Les g ouvernements et institutions financières. quand la plupart des nations d’Europe occidentale décidèrent de mettre leurs talents et leurs ressources au service de la prévision météorolog ique. Si la prévision météo marqua le début de l’utilisation des ordinateurs pour la simulation de systèmes complexes. l’aboutissement. les utilisèrent. Les données arrivaient continuellement de tous les pays de la planète. Alors que le Royal McBee pouvait effectuer soixante multiplications par seconde. dans les années soixante-dix et quatre-ving t. jusqu’aux immenses circulations de capitaux intéressant les économistes. des millions d’opérations en virg ule flottante par seconde. Si un modèle donnait quelque chose de manifestement trop bizarre – inondait le Sahara ou triplait les taux d’intérêt –. elle n’en fut pas. d’avions. Il tenait compte de la manière dont l’humidité fournissait ou retirait de la chaleur dans l’air quand elle se condensait ou s’évaporait. préoccupant les concepteurs d’hélices. les prévisions économiques sur ordinateur ressemblèrent véritablement à des prévisions météorolog iques synoptiques. mais peu de g ens . et étaient censés transformer la mesure des conditions initiales – la pression atmosphérique ou les réserves monétaires – en une simulation des tendances futures. Les prévisions fournies par le National Meteorolog ical Center (Centre de météorolog ie nationale) étaient les deuxièmes meilleures du monde. De fait. Les modèles brassaient des enchevêtrements assez arbitraires d’équations compliquées. Le European Center for Médium Rang e Weather Forecast (Centre européen de prévisions météorolog iques à moyen terme) occupait un modeste bâtiment à l’ombre des arbres. jeune et contractuel – pas de fonctionnaires –. qui avaient payé pour ces prévisions. peut-être par nécessité ou faute de mieux. Les Européens attribuèrent leur succès à leur personnel. Sa construction remontait à la g rande époque de l’esprit communautaire européen. du moins sa partie prévision.

au niveau statistique. tout cela heurte l’intuition. étaient mieux que rien. ces erreurs se multiplieront sur une échelle de trois mètres. « La prévision est sans intérêt. C’était la conséquence de l’effet papillon. métaphore de la prévisibilité d’un désordre à l’état pur. Lorenz lui ayant parlé de l’effet papillon et de ce qu’il en pensait pour la prévision à long terme. tout à fait à la portée de l’homme. l’humidité et tout autre paramètre qu’un météorolog ue puisse désirer. Mais Lorenz n’était pas du g enre à crier Eurêka. depuis sa surface jusqu’au sommet de l’atmosphère. Mais au-delà de deux ou trois jours. à 12 h 02. Ce qui compte. À 12 h 01. La découverte de Lorenz fut un accident. Cet ordinateur sera encore incapable de prédire si. En peu de temps. vous pouviez chang er le temps. pouvaient eng endrer les chang ements à g rande échelle que l’on désirait. À midi. À midi précis. toute prédiction perd très vite de sa fiabilité. Même pour des météorolog ues expérimentés. Il était maintenant prêt à explorer les conséquences de sa découverte sur la conception scientifique de l’écoulement des fluides. Vous savez que vous modifiez vos chances. les meilleures prévisions du monde devenaient des spéculations et ne présentaient plus aucun intérêt passé six ou sept jours. vous ne pourriez jamais savoir ce qu’il serait devenu sans votre intervention. jusqu’aux tourbillons de la dimension d’un continent que seuls les satellites peuvent détecter. s’amplifient en cascade et g énèrent des processus turbulents. à 12 h 03. C’était comme battre les cartes dans un jeu déjà bien mélang é. ces fluctuations auront déjà eng endré de petites erreurs trente centimètres plus loin. Les erreurs et les incertitudes se multiplient. un mois plus tard. la pression. » Il était persuadé que de petites modifications. c’est la maîtrise du temps. La simulation sur ordinateur a d’ailleurs réussi à transformer le statut artisanal de la prévision météo en statut scientifique. modifier lég èrement son évolution. White lui retourna la réponse de von Neumann. Pour de petits phénomènes météo – et à l’échelle d’une prévision g lobale. Mais il vit que son modèle atmosphérique contenait autre chose que ce désordre. Le g énie ne l’a pas transformé. les stations au sol et les satellites ne pouvant observer toute la planète. Mais en faisant cela. Les estimations du Centre européen permettaient de penser qu’en se servant de prévisions qui. S’il s’était arrêté à l’effet papillon. et ainsi de suite pour finalement atteindre toute la surface du g lobe.réalisèrent la frag ilité de la simulation sur ordinateur. le monde économiserait chaque année des milliards de dollars. de sensors espacés de trente centimètres. L’un des plus vieux amis de Lorenz était Robert White. un ordinateur infiniment puissant collecte toutes ces données et détermine ce qui va se produire en chaque point à 12 h 01. Oui. l’espace entre les sensors recèlera des fluctuations – des écarts infimes par rapport à la moyenne – dont l’ordinateur n’aura pas connaissance. Bien que les modèles atmosphériques actuels fonctionnent à partir d’un réseau de points espacés d’une centaine de kilomètres. un collèg ue météorolog ue au MIT qui devint plus tard directeur de la National Oceanic and Atmospheric Administration. il n’aurait fait qu’annoncer une très mauvaise nouvelle. un de plus dans la série qui remonte à Archimède et son bain. de l’ordre déguisé . etc. mais vous ne savez pas si c’est pour le meilleur ou pour le pire. il y aura de la pluie ou du soleil à Princeton dans le New Jersey. Supposez cependant que l’on puisse recouvrir la Terre. Il y vit une structure g éométrique subtile. même lorsque les données étaient raisonnablement dig nes de confiance et que les lois étaient de nature purement physique. il faut néanmoins estimer certaines conditions initiales. Supposez que chacun de ces sensors indique avec une précision absolue la température. des tornades et des bourrasques. petit peut sig nifier des orag es ou des blizzards –. comme dans la prévision météo. Lorenz voyait la question différemment.

Pour reproduire toute la variété des situations météo réelles. leur merveilleuse multiplicité. son modèle ne comprenait que douze équations. son ordinateur tendait à s’enfermer dans des cycles répétitifs. Au début. ces cycles seraient prévisibles – et finalement inintéressants. il se mit à mener une double vie : en même temps qu’il publiait des articles uniquement consacrés à la météorolog ie. l’effet papillon n’était pas un accident . Lorenz pensa qu’il devait y avoir un lien entre ce refus du temps de se reproduire et l’impuissance des météorolog ues à faire des prévisions – un lien entre l’apériodicité et l’imprédicibilité. Les collèg ues de Lorenz furent stupéfaits de découvrir qu’il avait pu. que les petites perturbations restent petites au lieu de s’amplifier. avec les mêmes bourrasques et les mêmes nuag es. une telle imprédicibilité – un tel chaos – pouvaient-elles émerg er d’un simple système déterministe ? . Finalement. ces préfaces disparurent totalement. ils abondent dans la nature. pensa Lorenz. on perdit le fer . Faute de cavalier. Faute de bataille. la côte est de l’Amérique du Nord et l’océan Atlantique. les systèmes apériodiques.en désordre. Il se consacra de plus en plus aux mathématiques des systèmes qui n’atteig nent jamais un état stationnaire. la dépendance sensitive aux conditions initiales était une conséquence inéluctable de la manière dont les petites échelles interféraient avec les g randes. avec en préface quelques propos trompeurs sur la météo. Lorenz tenta alors de menues complications et parvint finalement à un résultat en introduisant une équation qui modifiait la quantité de chaleur d’est en ouest : concrètement. Que ce soit les populations animales qui croissent et décroissent de manière presque périodique. on perdit le cheval . Faute de cheval. en somme. cela correspondait à la différence d’échauffement entre. c’était un mathématicien qui avait endossé l’habit d’un météorolog ue. Le chaos sig nifiait que ces points critiques existaient partout. on ne pouvait rien souhaiter de mieux que l’effet papillon. il était nécessaire. Supposons. il en écrivait d’autres. on perdit le cavalier . Il ne fut pas facile de trouver des équations simples qui traduisent cette apériodicité. La répétition avait disparu. Ils étaient omniprésents. Elle existait déjà dans le folklore : Faute de clou. on perdit la bataille . Faute de fer. on sait fort bien qu’une succession d’événements peut atteindre un point critique au-delà duquel une petite perturbation peut prendre des proportions g ig antesques. son évolution resterait arbitrairement proche de celle qui a suivi cet état. Tout le monde savait que le temps appartenait à cette famille. simuler à la fois l’apériodicité et la dépendance sensitive aux conditions initiales . Si alors le temps repassait arbitrairement près d’un état qu’il avait déjà occupé. Ce n’était pas une notion entièrement nouvelle. purement mathématiques. avec sa météo miniature. et la prévision météo deviendrait un problème banal. il est probable alors qu’il se répéterait ainsi éternellement. par exemple. qui tendent à se reproduire sans jamais tout à fait y parvenir. Comment une telle richesse. itérées une multitude de fois avec une efficacité mécanique terrifiante. Dans des systèmes tels que la météo. les épidémies qui vont et viennent avec une alléchante semi-rég ularité. En réalité. Et puisque. L’effet papillon prit une désig nation technique : la dépendance sensitive aux conditions initiales. on perdit le royaume ! En science comme dans la vie. Si jamais le temps retrouvait exactement un état qu’il avait antérieurement occupé. Dans la pratique.

Pour ses trois équations. Elles étaient non linéaires : les relations qu’elles exprimaient n’étaient pas strictement proportionnelles. Lorenz délaissa la météorolog ie et rechercha des moyens encore plus simples d’obtenir ce comportement complexe. Si l’on en tient compte. eux. Prenez le frottement. dépend du frottement. l’équation de Navier-Stokes. En dynamique et en mécanique des fluides. la valeur de l’énerg ie nécessaire pour accélérer un palet de hockey est donnée par une simple équation linéaire. Elles doivent être dissipatives. le comportement de ce système est évident : à cause de la dissipation de la chaleur. cet écoulement doit inéluctablement s’arrêter. » Si l’équation de Navier-Stokes ne contenait pas ce démon de la non-linéarité. Sur un g raphe. leurs éléments s’emboîtent. c’est encore la convection qui est responsable des ondes rutilantes qui s’élèvent comme des fantômes à la surface d’une route g oudronnée ou au-dessus des radiateurs. un phénomène appelé convection. Il est alors souvent impossible de percer la nature de cette relation. En dynamique des fluides. mais nous ne devrions en avoir aucune pour dire ce qu’elle sera dans une heure. sa densité et sa viscosité. C’était. Le café reste dans un état stationnaire. ne sont g énéralement pas solubles et ne peuvent s’additionner. Mais s’il est suffisamment brûlant. et la vitesse doit tendre vers zéro. C’est la convection qui. sa pression. Lorenz s’inspira d’un écoulement particulier : le déplacement d’un g az ou d’un liquide sous l’effet de la chaleur. La non-linéarité sig nifie que le fait de jouer modifie les règ les de jeu : l’importance du frottement dépend de la vitesse du palet qui. à cause ég alement du frottement qui ralentit le fluide en mouvement. tout se ramène à une seule équation canonique. Leur sig nification est simple : plus il y en a. Mais Lorenz préférait parler de la convection dans une tasse de café brûlant. Les équations linéaires admettent des solutions – c’est pour cela qu’on en rencontre autant dans les manuels. elles eng endrent en revanche une diversité de comportements que l’on ne rencontre jamais dans les systèmes linéaires. les relations linéaires se représentent par une droite. Ainsi que l’a dit von Neumann : « Toutes les caractéristiques essentielles de l’équation… chang ent simultanément : elle chang e à la fois d’ordre et de deg ré. Lorenz dit un jour. Comment calculer la vitesse à laquelle se refroidit une tasse de café ? Si ce café est simplement chaud. mieux c’est. La température doit tendre vers la température de la pièce. Il faut donc s’attendre à de sérieuses difficultés mathématiques. Si on le nég lig e. Analyser le comportement d’une équation non linéaire comme celle de Navier-Stokes équivaut à se déplacer dans un labyrinthe dont la disposition des murs chang erait à chaque fois que l’on fait un pas. disait-il. provoque des courants dans les masses d’air en contact avec la Terre brûlée par le Soleil . on tend g énéralement à éliminer les termes non linéaires pour obtenir une compréhension claire et facile des phénomènes. Si ces influences mutuelles rendent difficile la manipulation de la non-linéarité. Lors d’une réunion scientifique. Il en trouva un sous la forme d’un système de seulement trois équations. dans l’atmosphère. mais qui s’avère non linéaire. sur un ton pince- sans-rire : « Nous pourrions certainement avoir des difficultés pour prédire la température de ce café dans une minute. mais à long terme. un miracle de concision qui met en relation la vitesse du fluide. . exactement l’un de ces innombrables processus hydrodynamiques de notre univers dont on aimerait pouvoir prédire le comportement. sa chaleur se dissipera sans donner naissance au mouvement. le monde ne serait pas ce qu’il est – et la science n’aurait pas besoin du chaos. on obtient une relation plus compliquée : cette énerg ie dépend de la vitesse déjà acquise par le palet. On peut aisément voir cette convection en versant un peu de crème dans la tasse. Les remous peuvent être compliqués. un renversement convectif l’amènera du fond de la tasse vers la surface plus froide. Les systèmes non linéaires. Les systèmes linéaires offrent l’important avantag e d’être décomposables : on peut les démonter et les reconstituer. » Les équations de mouvement qui g ouvernent le refroidissement d’une tasse de café doivent refléter l’avenir de ce système. à son tour.

Elles ne traduisaient qu’une seule des caractéristiques de la convection réelle : le mouvement circulaire d’un fluide brûlant qui s’élève et redescend comme une g rande roue dans un parc d’attractions. comme dans une barre de métal. En se chauffant. perd de sa chaleur et redescend de l’autre côté – c’est la convection. donc plus lég er. Le fluide brûlant monte d’un côté. Les rouleaux se mettent à osciller. l’écoulement devient désordonné et turbulent. Si l’on aug mente davantag e la chaleur. le fluide à la base de la boîte se dilate. Les équations tenaient compte de la vitesse de ce mouvement et du transfert de chaleur. La chaleur se déplace vers le haut par conduction. « Oui. Vu de face. il se forme un rouleau cylindrique avec. Tout mouvement aléatoire qui pourrait s’y produire – par exemple si un étudiant cog ne le dispositif – tend à disparaître et le système retrouve son état stationnaire. Si la boîte est soig neusement conçue. Quand une g outte de fluide brûlant remontait. sans vaincre la tendance naturelle du fluide à rester au repos. elle entrait en contact avec du fluide plus froid et commençait à perdre . le système est stable. » L’exemple le plus élémentaire de convection classique se manifeste dans une boîte aux parois lisses contenant un liquide chauffé par la base et refroidi par le sommet. écartant tout ce qui n’était pas essentiel. le système reste immobile. Si elles n’avaient presque plus rien à voir avec leur forme initiale. Adolph E. Il suffisait d’y jeter un coup d’œil – ce que firent de nombreux scientifiques dans les années qui suivirent – pour dire je peux les résoudre. les dépouilla à l’extrême. Brotman DES ROULEAUX DE FLUIDES. le comportement du liquide devient plus complexe. si on aug mente la chaleur. Cependant. De plus. Lorsqu’un liquide ou un gaz est chauffé par le bas. d’un côté. devient alors moins dense. ils le sont. Si elle est faible. il en avait du moins conservé la non-linéarité. il tend à s’organiser en rouleaux cylindriques (à gauche). Elles contiennent bien quelques termes non linéaires. ce mouvement décrit un cercle continu. Quand le Soleil échauffe la surface du désert. suffisamment lég er pour vaincre le frottement et se mettre à monter vers le sommet de la boîte. leur donnant une simplicité irréaliste. En fait. on a tendance à croire cela en les voyant. il arrive que des rouleaux d’air dessinent des motifs confus dans les nuag es ou sur le sable. mais ils ne semblent pas incontournables. À une température encore plus grande. Pour un physicien. une montée de fluide chaud et. Ces deux processus physiques étaient en interaction. Mais les équations réduites de Lorenz étaient bien trop simples pour simuler cette complexité. Lorenz prit donc les équations de la convection. la nature ne les eng endre pas uniquement dans le laboratoire. ces équations paraissaient faciles. Ces cellules convectives. Cette différence de température entre la base et le sommet détermine l’écoulement du fluide. une instabilité apparaît : une ondulation se propage le long des cylindres. de l’autre. dit tranquillement Lorenz. un nouveau type de comportement apparaît. Lorsqu’on augmente la chaleur (à droite). une descente de fluide froid.

Un autre système décrit avec précision par les équations de Lorenz correspond à un certain type de roue hydraulique. à des intervalles de temps apparemment quelconques et inexplicables. un analog ue mécanique de la convection circulaire. et s’écoule continûment par un petit trou situé au fond de chaque récipient. Le premier et célèbre système chaotique découvert par Edward Lorenz possède un équivalent mécanique : la roue hydraulique. sur de longues périodes. La roue correspond à une section de cylindre. ils n’ont pas le temps de se remplir. les récipients ne se remplissent pas suffisamment vite pour vaincre le frottement . Dans les deux systèmes.) De plus. si ce débit . les théoriciens recherchent habituellement une explication en dehors du système. Lorsque le débit de l’eau est faible. puis inverser le mouvement. le poids du seau supérieur déclenche le mouvement de la roue (à gauche) qui se met alors à tourner avec une vitesse constante (au centre). Bien que le système d’équations de Lorenz ne fût pas une simulation parfaite de la convection. LA ROUE HYDRAULIQUE DE LORENZ (ADOLPH H. On sait que cette « g éodynamo » a basculé plusieurs fois au cours de l’histoire de la Terre. dans un fluide. Ainsi. cette rotation peut. ancêtre des g énérateurs modernes. Pourtant. Si son déplacement était suffisamment rapide. ce courant peut s’inverser spontanément. peut-être cette g éodynamo contient-elle son propre chaos.de sa chaleur. les seaux peuvent amorcer leur remontée avant d’avoir pu se vider et ralentir. les seaux perdent de l’eau. dans laquelle le courant circule à l’intérieur d’un disque en rotation placé dans un champ mag nétique. B ROTMAN). L’eau se déverse en haut de la roue avec un débit constant. il présentait des analog ies exactes avec certains systèmes réels. Il s’avère que ce dispositif élémentaire peut avoir des comportements étonnamment compliqués. En fait. sans jamais conserver une vitesse constante ni retrouver un mouvement prévisible. un fluide dans un rouleau de convection en rotation rapide a peu de temps pour absorber de la chaleur. elle ne perdait pas toute sa chaleur en arrivant à son sommet et commençait à osciller sur l’autre versant du rouleau. si la chaleur est trop faible pour vaincre la viscosité. (Pareillement. Devant une telle irrég ularité. le seau du sommet ne se remplit jamais suffisamment pour vaincre le frottement et la roue reste immobile. comme par exemple des pluies de météores. Sous certaines conditions. Si ce débit est lent. Au sommet. après que les équations de Lorenz furent mieux connues.) Si le débit est plus important. Mais si le débit s’accroît davantage (à droite). sug g érèrent que le comportement d’une telle dynamo pouvait expliquer un autre phénomène d’inversion : celui du champ mag nétique terrestre. cette rotation pouvait s’inverser de nombreuses fois. si la roue tourne rapidement. du fait d’actions non linéaires inhérentes au système. Le remplissage des seaux. elle ne mettra pas le fluide en mouvement. Le fluide perd de la chaleur . l’eau se déverse en permanence dans des récipients suspendus à la jante de la roue. La rotation de cette roue présente quelques-unes des propriétés que l’on retrouve dans les cylindres de fluide en rotation lors d’un processus de convection. le comportement à long terme dépend de l’intensité de l’énergie fournie. Lorenz découvrit que. Plusieurs scientifiques. (Pareillement. ses équations décrivaient avec précision le principe d’une ancienne dynamo électrique. devenir chaotique. repoussant alors la g outte de fluide qui venait derrière elle. à leur passage sous l’arrivée d’eau. Ces deux systèmes sont alimentés de manière continue – en eau ou en chaleur – et tous deux dissipent leur énergie. dépend de la vitesse de rotation de la roue : si celle-ci est importante.

. et la rotation peut devenir continue.s’accélère. le poids de l’eau commence à faire tourner la roue. celle-ci peut alors ralentir. s’arrêter puis inverser sa rotation et tourner alternativement dans un sens puis dans l’autre. Mais si le débit est tel que les récipients alourdis parviennent à remonter de l’autre côté de la roue.

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un millier. Lorenz considéra ces trois nombres comme les coordonnées d’un point dans un espace à trois dimensions. Durant des années. de trois variables. Traditionnellement. cependant. Cette série de nombres forma une courbe continue représentant le comportement du système. très particulière. le passage d’une aile de l’attracteur à l’autre correspond à l’inversion du sens de rotation de la roue à eau ou du fluide en convection. Pour visualiser ces données. 4-12-0 . décrivaient totalement le mouvement de ce système. rég ulier. » Cette complexité devait certainement s’absorber. Cette image magique. Par exemple.L'ATTRACTEUR DE LORENZ. 16- 36-2 . nous savons – nous savons très bien – que la convection dans les fluides ne se comporte pas du tout comme cela. Un physicien se fiant à son intuition – son intuition antérieure au chaos – aurait dit que. Mettre en évidence la relation entre les trois variables nécessitait une autre technique. la trajectoire ne se recoupe jamais. À l’époque. » Toute la richesse du chaos était là. Si ce mouvement sur l’attracteur est abstrait. peu de chercheurs la remarquèrent. La courbe présentait en fait une complexité infinie. Elle aurait pu ég alement former une boucle dont elle ne ressortait plus. une sorte de double spirale en trois dimensions. Parmi les milliers d’articles qui constituent la littérature scientifique du chaos. Pour la première fois. dit Malkus ving t ans plus tard – des . Lorenz la décrivit à Willem Malkus. lui dit-il. que la courbe mystérieuse représentée à la fin de l’article. un système mécanique aussi simple évoluerait à long terme vers un état stationnaire. 54-115-24 : 93-192-74. à débit constant. 9-20-0 . à intervalles constants. Elle révéla la délicate structure qui se dissimulait dans un flot de données incohérent. Trois équations. aucun objet n’inspira plus d’illustrations. Pourtant. Des années plus tard. Elle s’enroule en fait éternellement sur elle-même. le mouvement de ce point représente ces trois variables dans leur variation continue. L’ordinateur de Lorenz sortit les valeurs successives de ces trois variables : 0-10-0 . Malkus dit en riant : « Ed. la double spirale qui devint célèbre sous le nom d’attracteur de Lorenz. Cette courbe aurait pu arriver à un endroit puis s’arrêter. cent impulsions. nous n’avons absolument rien compris ». voire d’animations. 30-66-7 . Elle restait contenue dans certaines limites. un professeur de mathématiques appliquées du MIT. est devenue un emblème pour les premiers explorateurs du chaos. Elle décrivait une forme étrang e. Comme l’évolution du système ne se reproduit jamais identiquement à elle-même. indiquant que le système avait atteint un état stationnaire dans lequel les variables correspondant à la température et à la vitesse n’évoluaient plus. Soit la roue tourne de manière continue. Les valeurs des trois variables déterminent à chaque instant la position d’un point dans l’espace tridimensionnel . les fig ures de Lorenz révélaient ce que cet attracteur était censé sig nifier : « C’est compliqué. les physiciens évoquaient avec nostalg ie l’article de Lorenz consacré à ces équations – « une merveille d’article. à mesure que le système évolue. comme les ailes d’un papillon. Le système de Lorenz ne faisait ni l’un ni l’autre. elle sig nalait ég alement la présence d’un ordre insoupçonné. soit elle oscille en permanence. sans déborder de la pag e ni repasser sur elle- même. » On en parlait alors comme s’il s’était ag i d’un manuscrit ancien renfermant le secret de l’éternité. peu furent autant cités que « Deterministic Nonperiodic Flow » (« Flot non périodique déterministe »). Cette forme sig nalait la présence d’un désordre à l’état pur : aucun point ou g roupe de points ne réapparaissaient deux fois. ressemblant à une face de hibou ou à des ailes de papillon. et le système devait retrouver un mouvement stationnaire. indiquant que le système avait atteint une config uration qui se répétait périodiquement. Ces trois nombres croissaient puis décroissaient en fonction d’intervalles de temps imag inaires définis par cinq impulsions. Lorenz avait découvert une autre possibilité. on pouvait visualiser les variations de chacune des variables à l’aide de ce que l’on appelle une représentation en fonction du temps (en haut). « C’est évident. il donne cependant une idée du mouvement du système réel. scientifique courtois possédant une g rande aptitude à jug er les travaux de ses collèg ues. dans un sens puis dans l’autre.

années après qu’il eut construit dans le sous-sol de son laboratoire une roue à eau lorenzienne réelle pour convaincre les sceptiques. « Ed ne pensait pas du tout dans le lang ag e de notre physique. les biolog istes moléculaires avaient suffisamment à lire sans s’informer sur la biolog ie des populations. il ne pouvait pas tout à fait nous le dire. » Quelques profanes se rendirent compte à quel point la communauté scientifique était compartimentée. Les physiciens avaient autre chose à faire que de passer au crible les revues de météorolog ie. des astronomes et des biolog istes désirèrent parvenir à un résultat identique. Mais cela. tel un cuirassé avec ses cloisons étanches. Mais Lorenz était météorolog ue. Ce n’est qu’après coup que nous avons compris sa manière de voir les choses. Il pensait en termes d’une espèce de modèle abstrait et g énéralisé présentant un comportement dont il sentait intuitivement qu’il était caractéristique de certains aspects du monde réel. Les biolog istes avaient suffisamment à lire sans se tenir au courant de la littérature mathématique – en l’occurrence. des physiciens. et parfois le redécouvrirent par eux-mêmes. Certains mathématiciens auraient appris avec enthousiasme la découverte de Lorenz : durant une dizaine d’années. et personne ne song ea à chercher le chaos à la pag e 139 du volume 20 du Journal of the Atmospheric Sciences. .

à un rythme encore plus lent. Il a remis en cause cette vision de la science. ou une reine de carreau noire. remettant en question les hypothèses fondamentales. rend possibles les prog rès les plus importants. la science normale est en g rande partie du nettoyag e : les expérimentateurs effectuent des versions modifiées d’expériences déjà réalisées de nombreuses fois dans le passé . lorsqu’elle transforme la manière de voir d’un scientifique. Je n’ai même pas vu de carte cette fois-ci. peu orthodoxe. qui eng endre les révolutions. arg ument que paraît confirmer l’histoire du chaos. Si on leur montre un six de pique roug e. Certaines cartes sont maquillées : par exemple un six de pique roug e. Délibérément. les sujets répondent sans tiquer. Rien ne semble plus facile. Ils voient les mauvaises cartes et opèrent le déplacement mental nécessaire pour jouer au jeu sans se tromper. ne sont pas moins exposés aux ang oisses et à la confusion lorsqu’ils se trouvent confrontés à une incohérence. ajoutant ici une brique. tout l’effort consiste à se mettre en dehors de cette catégorie ordinaire que l’on appelle les statistiques. et le travail exceptionnel. Il y a bien sûr un pièg e. Maintenant. voyant dans l’électricité une sorte d’« effluvium » émanant des substances. travaillent sur des problèmes fondés et bien compris. Je ne suis même pas sûr de savoir à quoi ressemble un pique. Ils prennent conscience d’un problème sans parvenir à le définir. dans les années quarante. au sein de leurs disciplines respectives. les théoriciens ravalent la façade de la théorie. ils commencent à hésiter. Ils ne remarquent aucune anomalie. des œuvres de la nature. Mais quand on leur présente plus long uement les cartes. Tel chercheur. puis on leur demande de les nommer. Tel autre pensait l’électricité comme . L’un d’eux dit par exemple qu’il a vu quelque chose d’étrang e. Certains se sentent désorientés et en éprouvent un trouble réel. Selon le schéma kuhnien. Tel est l’arg ument de Kuhn. incertaines. À l’époque de Benjamin Franklin les quelques scientifiques qui tentaient de comprendre l’électricité pouvaient choisir leurs propres principes de base – en fait. On montre un bref instant aux sujets des cartes à jouer. Il a soulig né le contraste existant entre l’essentiel de l’activité des chercheurs qui. ils atteindraient difficilement le niveau de technicité requis pour accomplir de la recherche utile. ils y étaient contraints. Kuhn décrit une expérience troublante menée. ils répondent soit « six de cœur » soit « six de pique ». une à la fois. pouvait considérer l’attraction comme le plus important des effets électriques. Et l’incohérence. Kuhn a bousculé la conception traditionnelle affirmant que la science prog resse par accumulation de connaissances – chaque découverte s’ajoutant à la précédente – et que les nouvelles théories apparaissent sous la pression de nouveaux faits expérimentaux. comme un bord roug e autour d’un cœur noir. par deux psycholog ues. STEPHEN SPENDER L’historien des sciences Thomas S. la plupart des sujets comprennent le truc. Comment d’ailleurs pourrait-il en être autrement ? Si tous les scientifiques devaient commencer au commencement. « Je n’arrive pas à faire ce qu’il faut. Mon Dieu ! » Les scientifiques soumis aux visions fug itives. Révolution Bien sûr. Mais pas tous. je ne sais pas quelle est sa couleur ou si c’est un pique ou un cœur. À g rande vitesse. processus ordonné consistant à poser des questions et à en trouver les réponses. il a fait des scientifiques des êtres dont on ne peut dire qu’ils soient de parfaits rationalistes. Les idées de Kuhn sur la méthode scientifique et l’apparition des révolutions scientifiques suscitèrent autant d’hostilité que d’admiration lorsqu’il les publia pour la première fois en 1962 – le débat n’est d’ailleurs pas encore clos. remoulant ailleurs une corniche. dit l’un. Finalement.

Tout scientifique qui s’est de bonne heure intéressé au chaos a une anecdote à raconter sur son décourag ement ou l’hostilité ouverte. Même les chercheurs d’autres disciplines partag eaient cette excitation. Il est facile d’assimiler des idées superficielles .un fluide transporté par un matériau conducteur. Ces problèmes définissent un modèle de résolution convenu qui soutient la majorité des scientifiques au cours de leurs études. pouvait s’y amuser pour lui-même. cita Tolstoï : « Je sais que la plupart des g ens. Les idées de Kuhn reposent sur la conception d’une science normale se consacrant à la résolution de certains problèmes. y . Les problèmes qui obsèdent ces théoriciens ne sont pas reconnus comme des voies de recherche lég itimes. il renonçait alors à une g rande part de sa liberté d’interrog er les fondements de sa science. la nouvelle du chaos. et les problèmes sur lesquels il se concentre sont justement ceux dont il pense qu’ils peuvent être énoncés et résolus à l’intérieur de la tradition scientifique existante ». il sentait ég alement qu’il ne pourrait jamais en parler avec ses collèg ues. Mais inconsciemment. pour la première fois dans leur vie professionnelle. lors de leur thèse et dans la rédaction des articles qui constituent le fondement d’une carrière académique. par exemple. un dynamicien des fluides du XXe siècle pouvait difficilement espérer faire prog resser sa discipline sans assimiler au préalable toute une terminolog ie et tout un ensemble de techniques mathématiques. Ces scientifiques pouvaient parler presque aussi facilement entre eux qu’avec un profane : ils n’avaient pas encore atteint le stade où ils pouvaient tenir pour acquis un lang ag e commun. leurs articles sont refusés à la publication. fut « comme un électrochoc ». entendant parler de cette nouvelle mathématique. Leur recherche se situait aux confins de plusieurs disciplines – elle était. celles qui exig ent une réorg anisation de la vision du monde suscitent l’hostilité. Une révolution a souvent un caractère interdisciplinaire – ses découvertes capitales proviennent souvent de personnes ég arées hors des limites normales de leur spécialité. d’une transformation de la manière de penser. qu’ils étaient les témoins d’un chang ement de paradig me. Leurs propositions de thèse ne sont pas acceptées. la difficulté de communiquer ces idées nouvelles et la résistance féroce rencontrée dans les milieux traditionnels montraient à quel point cette nouvelle science était révolutionnaire. On prévenait les étudiants qu’ils pouvaient compromettre leur carrière en faisant leur thèse dans une discipline non confirmée par l’expérience. adapté aux phénomènes qu’ils étudiaient. du type de ceux que les étudiants découvrent la première fois qu’ils ouvrent leurs manuels. Une science nouvelle apparaît à partir d’une autre qui se trouve dans une impasse. de miser sur une direction de recherche qui déclencherait l’incompréhension ou l’indig nation de nombre de leurs collèg ues. le chercheur n’est pas un novateur. redoutant même d’en parler à leurs collèg ues… Cette situation romantique. Si un physicien des particules. Ces théoriciens eux-mêmes ne sont pas certains qu’ils remarqueraient la solution s’ils la voyaient. Quelques libres-penseurs travaillant en solitaires. Un physicien du Georg ia Institute of Technolog y. Mais ils éprouvaient aussi cette excitation intellectuelle qui naît avec la conviction de la véritable nouveauté. dans les années soixante-dix. Pour Freeman Dyson. Pour certains. dans l’exploration du chaos. y voyant un sujet mag nifique. écrit Kuhn. du moins ceux qui y croyaient. incapables d’expliquer l’orientation de leur recherche. D’autres eurent le sentiment. Les professeurs plus âg és avaient le sentiment de vivre une crise à mi-chemin de leur existence. mag nifique et difficile. trop abstraite pour les physiciens et trop expérimentale pour les mathématiciens. Les chercheurs qui dès le début avaient identifié le chaos se torturaient l’esprit pour mettre leurs idées et leurs découvertes sous une forme publiable. « Dans les conditions normales. de l’Institute for Advanced Study. Puis il y a les révolutions. Ils acceptent de risquer leur carrière. et dans laquelle leur directeur n’avait aucune compétence. spécifique. s’est rencontrée à maintes reprises dans la réalité. John Ford. En revanche. qui se trouve au centre du schéma de Kuhn. mais quelqu’un qui résout des problèmes.

par le jeu des mouvements académiques. toute science établie tient pour acquis un ensemble de connaissances qui sert de point de départ à toute recherche. une manière de faire de la science. et. depuis leur préambule jusqu’à leur péroraison. Le cœur du chaos est mathématiquement accessible. Il a créé sa propre technique d’utilisation des ordinateurs. Les spécialistes du chaos se multiplièrent. Le chaos n’est pas seulement devenu une théorie. les mathématiques sont devenues une science expérimentale. le chaos reposait sur des mathématiques peu conventionnelles et difficiles. Le chaos prédit aujourd’hui un avenir que personne ne pourra démentir. technique qui n’exig e pas l’énorme vitesse des Cray et des Cyber mais préfère des terminaux modestes permettant un mode interactif plus souple. les affirmations sur le comportement du chaos leur semblaient extravag antes et non scientifiques . Nouveaux espoirs. et qu’ils ont nouées. Mais pour accepter cet avenir. Certaines revues établirent des règ les occultes pour empêcher la soumission d’articles sur le chaos . Au milieu des années quatre-ving t. dit un spécialiste du chaos. exprimèrent vivement leur indig nation. Pour éviter d’ennuyer leurs collèg ues. Tout repose sur des imag es g raphiques. Pour les chercheurs sur le chaos. consacrées uniquement au chaos. dans laquelle les ordinateurs remplacent les laboratoires encombrés de tubes à essai et de microscopes. acceptent rarement même la plus simple et la plus évidente des vérités si elle les oblig e à admettre la fausseté des conclusions qu’ils se sont plu à expliquer à leurs collèg ues. Comment peuvent-ils voir la relation entre tel et tel mouvement ? Comment peuvent-ils développer leur intuition ? » Certains accomplirent leur recherche en niant catég oriquement qu’il s’ag issait d’une révolution . Quelque chose apparaît qui ressemble à une industrie entière se modernisant pour une production nouvelle. Ces résultats nous semblent à la fois stimulants et hautement provocateurs. Comme le remarque Kuhn. « c’est plutôt comme si la communauté professionnelle se trouvait soudainement transportée vers une autre planète sur laquelle les objets apparaissent sous un jour différent et sont associés à d’autres objets inhabituels ». Certains départements firent sentir leur mécontentement à ces savants déviants. En revanche. D’une part. dans le tissu de leur existence. Les révolutions ne se font pas petit à petit. d’autres apparurent. fil après fil. les articles sur le chaos parus depuis la fin des années soixante-dix eurent quelque chose d’évang élique. qu’ils ont fièrement enseig nées à d’autres. . Les chaoticiens ou les chaolog istes (c’étaient des mots qu’on pouvait entendre) dominèrent en nombre sur les listes annuelles d’attribution de bourses et de prix importants. Ils annonçaient de nouveaux credos et souvent se terminaient par des appels à l’action. Une représentation théorique de la transition vers la turbulence commence à se dessiner. Une explication de la nature en remplace une autre.compris ceux qui sont à l’aise devant des problèmes de la plus g rande complexité. » De nombreux scientifiques orthodoxes eurent à peine conscience de l’émerg ence de cette science. Quelques-uns. Au niveau du style. nouvelle manière de voir. les scientifiques placent habituellement ces considérations ésotériques au début et à la fin de leurs articles. et d’autres sont perçus pour la première fois. « Les mathématiciens sont maso de travailler sans faire de fig ures. Selon Kuhn. nouveaux styles. notamment les hydrodynamiciens classiques. plus important. On fonda des centres et des instituts destinés à l’étude de la « dynamique non linéaire » et des « systèmes complexes ». d’autres en réclamèrent davantag e. mais aussi une méthode. les premiers articles sur le chaos rappellent l’époque de Benjamin Franklin par leur façon de remonter aux principes premiers. un canon de croyances. d’autres recoururent délibérément au discours kuhnien du chang ement de paradig me pour décrire les transformations dont ils étaient témoins. On considère les vieux problèmes sous un jour nouveau. des spécialistes du chaos occupèrent des positions influentes au sein d’administrations universitaires. d’autre part. il nous faut renoncer à l’essentiel du passé.

dépourvu de frottement. emblème de la mécanique classique. ils s’apercevront qu’ils peuvent en compter non seulement des dizaines. Mais elle est fausse. « Si deux amis se mettent à compter les oscillations. Même si leurs oscillations sont des millions de fois plus rapides. Pour Aristote. » Si Galilée énonça cette affirmation en la fondant sur une expérience. En fait. leur physique est identique. son idée pour chronométrer le pendule consista à réunir des amis pour compter les oscillations durant ving t-quatre heures – une expérience qui met en jeu beaucoup de personnel. sa théorie était si puissante qu’il découvrit une rég ularité qui n’existait pas. mais il se trouve qu’il se déplace d’autant plus vite. La souris de laboratoire de cette nouvelle science fut le pendule. sa période est indépendante de son amplitude. d’inertie et de g ravité. c’est sa théorie qui la rendit convaincante – si convaincante qu’on l’enseig na comme parole d’évang ile dans les universités. selon la lég ende classique mais douteuse. la conception d’Aristote avait sa log ique. mais des centaines sans que les nombres auxquels ils parviendront diffèrent d’une oscillation. Cela paraît insensé à un esprit moderne. Galilée eut son candélabre. cet objet réservait encore des surprises. le mouvement physique n’était pas une quantité ou une force. de même. l’oscillation d’un quartz n’est pas si différente. il est difficile d’apprécier la vision cohérente du monde découlant de l’interprétation aristotélicienne du mouvement pendulaire.) Si dans l’espace. se balançant constamment. Toute horlog e et tout bracelet-montre (jusqu’à l’apparition des montres à quartz) fonctionna à partir d’un pendule de forme ou de dimension données. le mouvement périodique est représenté par les orbites des corps célestes. archétype d’une action soumise à une contrainte. Au contraire. Plus un seul physicien ne se soucia des pendules. La rég ularité . ni même d’une partie d’oscillation. En transformant la prédicibilité du pendule en un moyen de mesurer le temps. (À cet ég ard. Expliquer cette rég ularité exig ea une révolution dans la compréhension du mouvement des objets. sur Terre. Il prétendit qu’un pendule de long ueur donnée non seulement bat le temps avec précision. Au Panthéon de Paris. Pour quelqu’un attaché aux concepts classiques de mouvement. les oscillations rég ulières sont presque toutes eng endrées par un cousin plus ou moins éloig né du pendule. mais bat au même rythme quelle que soit la valeur de l’ang le balayé. Foucault utilisa un pendule haut de ving t étag es pour démontrer la rotation de la Terre. Lorsqu’Aristote observa le pendule. Les équations des circuits électriques élémentaires sont identiques à celles décrivant le balancement du pendule. lui envoyant continûment son messag e dans la conscience. Il devint une référence. Un poids en chute libre était simplement à la recherche de son état le plus naturel. cette mécanique classique n’intervint plus que dans l’enseig nement et les projets d’ing énieurs. mais une sorte de chang ement. il y vit un poids qui tentait de se dirig er vers la terre mais qui se balançait violemment sous la contrainte de la corde. Un pendule effectuant d’amples oscillations a beaucoup plus à parcourir. comme l’aug mentation de taille chez une personne. Mais au XXe siècle. il y vit une rég ularité mesurable. l’un comptant les g randes et l’autre les petites. Si Galilée remarqua la rég ularité du pendule. Dans ce contexte. Il comprit ce qu’Aristote n’avait pas compris : un objet en mouvement tend à rester en mouvement. et une variation de vitesse ou un chang ement de direction ne peuvent s’expliquer que par l’action d’une force extérieure. Christian Huyg ens eng ag ea la civilisation occidentale sur une voie sans retour. état qu’il atteindrait si on l’abandonnait à lui-même. comme par exemple le frottement. En d’autres termes. Les pendules décorèrent les musées des sciences et animèrent les boutiques-cadeaux des aéroports. Lorsque Galilée observa à son tour le pendule. Une masse se balance librement à l’extrémité d’une tig e : qu’y avait-il de plus éloig né du désordre de la turbulence ? De même qu’Archimède eut sa baig noire et Newton sa pomme. Pourtant. modèle de la rég ularité mécanique. L’avantag e de Galilée sur les anciens Grecs ne fut pas de posséder de meilleures données. comme à l’époque de la révolution g aliléenne. c’est qu’il avait déjà une théorie qui la prédisait.

pendules simples et pendules doubles. les pendules finissent exactement par faire ce que prédisait le vieux paradig me d’Aristote. la prévision économique et peut-être l’évolution de la société ». Ils ont ég alement appris que les systèmes non linéaires n’étaient g énéralement pas solubles – ce qui est vrai – et qu’ils étaient probablement des exceptions – ce qui est faux. L’histoire de Galilée laissant tomber des sphères du sommet de la tour de Pise – cela fait partie du mythe – correspond en fait à l’histoire d’une transformation de l’intuition par l’invention d’un monde scientifique idéal dans lequel on peut isoler les rég ularités du désordre de l’expérience. Depuis Galilée et Newton. cette erreur est pratiquement inexistante. 2. cordes frottées et cordes pincées. C’est possible. Isoler. s’étendirent à « la physiolog ie et la psychiatrie. l’action de la g ravitation des effets de la résistance de l’air fut une brillante réalisation intellectuelle. et 1. Mais elle est bien présente. Pour obtenir des résultats aussi parfaits. ne se douta que le chaos pouvait se dissimuler dans les systèmes dynamiques si l’on accordait à la non-linéarité la place qui lui revenait.998 le jour d’après. perdant constamment de sa vitesse à cause du frottement. à l’époque de la physique classique. Ces possibilités inattendues. elle décrira des allers et retours périodiques. À faible amplitude. Les expérimentateurs apprennent rapidement qu’ils vivent dans un monde imparfait. et on peut la mesurer même lors d’une expérience aussi sommaire que celle décrite par Galilée. Notre intuition nous dit que quel que soit son point de départ. une complication dont il a fallu se débarrasser pour fonder la nouvelle science de la mécanique. la dynamique du pendule s’élarg it pour eng lober les hautes technolog ies. ou nulles. Considérez une balançoire sur une aire de jeu. Une plume tombe-t-elle aussi vite qu’une pierre ? Toute expérience sur la chute des corps répond nég ativement. Certaines réactions chimiques présentèrent un comportement aussi périodique que les battements du cœur. Notre siècle a reconnu certains processus dissipatifs – par exemple le frottement – et les étudiants ont appris à les inclure dans leurs équations. écrivit un physicien. Mais presque personne. Une variation de l’ang le du pendule fait apparaître une lég ère non-linéarité dans les équations. Pourtant. Mais dans le monde réel. Les mathématiques s’appliquaient aux systèmes fluides et aux systèmes électriques. pour une masse donnée. Un physicien ne pouvait véritablement comprendre la turbulence ou la complexité sans comprendre les pendules – et les comprendre d’une manière inconcevable dans la première moitié du XXe siècle.001 un jour. Il était facile de nég lig er les petites non-linéarités. ressorts à spires et lames à ressort. Ils s’arrêtent. Mais cela revient à écarter des éléments de désordre qui interfèrent avec une imag e nette. Communiquons-lui une impulsion constante – par exemple à l’aide d’un mécanisme très rég ulier. les physiciens se trouvèrent aux prises avec ce que nombre d’entre eux jug eaient comme une carence de leur formation à l’ég ard des systèmes élémentaires comme le pendule. la quête de la rég ularité dans l’expérimentation a été fondamentale. Lorsque le chaos commença à unifier l’étude de différents systèmes. aussi étrang e que cela paraisse. Elle permit à Galilée de cerner la nature fondamentale de l’inertie et de l’impulsion. La mécanique classique décrivait le comportement de toute une classe d’objets en mouvement. des lasers aux jonctions Josephson supraconductrices. En posant les fondements du nouveau chang ement de paradig me.que découvrit Galilée n’est qu’une approximation. La résistance de l’air est une nuisance célèbre en expérimentation. atteig nant à chaque fois la même hauteur. Si un chimiste trouve deux substances dans un rapport de 2. Galilée dut lui aussi écarter les non-linéarités qu’il connaissait : le frottement et la résistance de l’air. Elle s’accélère en descendant et ralentit en remontant.003 le jour suivant. il serait stupide de ne pas rechercher une théorie qui expliquerait un rapport exactement ég al à 2. ce . Tout expérimentateur recherche des quantités constantes.

bleues ou vertes. Même avec seulement trois aimants placés en triang le. tantôt instables. le frottement et la force d’entretien sont identiques. bleu ou vert en fonction de l’aimant qui capture finalement la masse. est en équilibre. Il eng endrait la complexité : des formes richement org anisées. il est alors impossible de deviner le sort de la masse. En pratique. un dynamicien considérait que poser les équations d’un système revenait à comprendre ce système. la vitesse. qui est amortie par le frottement du mouvement de l’air et de l’eau. avec des balancements d’abord amples. et d’une troisième sphère. mais exerçant toujours la fascination du vivant. Celle-ci oscille dans un plan pendant que la tig e supérieure pivote librement. d’autres fois. Imag inez qu’un scientifique examine systématiquement le comportement de ce jouet en dressant la carte suivante : il prend un point de départ. L’un de ces jouets. sans jamais s’installer dans un état stationnaire ni jamais exactement retrouver une trajectoire empruntée auparavant. Un autre de ces jouets n’est rien de plus que ce que l’on appelle un pendule sphérique – un pendule libre de se balancer non dans un plan fixe. Il se balance un certain temps entre A et B. rég ulier. vendu sous le nom de « sphères spatiales » ou de « trapèze spatial ». et ce g enre de système abonde dans le monde. tantôt finies. plein de surprises. et. on trouvera des points verts et des points bleus. Ce comportement surprenant. Parfois ce dispositif effectue un balancement continu. La balançoire est à la fois amortie et entretenue : amortie par le frottement qui tente de l’amener au repos. tantôt stables. Mais. dans les années soixante et soixante-dix. Comment mieux saisir ses caractéristiques essentielles ? Que ce soit une balançoire ou un pendule. un dynamicien se trouvait incapable de répondre aux questions concrètes les plus simples sur . Traditionnellement. Même lorsqu’un système. il est impossible de prévoir le mouvement du pendule. reprend ses oscillations vers A. et par la dissipation de chaleur dans l’espace. à la fois amorti et entretenu. Mais comme elles contiennent un petit élément de non-linéarité. C’est la raison pour laquelle les scientifiques s’amusaient avec des jouets. Une fois lancé. le mouvement de ce système est entretenu par un électro-aimant log é dans le socle. constamment chang eant. qui communique une impulsion mag nétique à la sphère inférieure quand elle passe à son voisinag e. Au voisinag e d’un point roug e. plus lourde. située à la base du T. Ces trois sphères renferment un petit aimant. les équations qui lient l’ang le d’oscillation. à commencer par l’atmosphère. Elle ne servit qu’à attirer leur attention. Mais l’imprédicibilité ne fut pas la raison pour laquelle. physiciens et mathématiciens se mirent de nouveau à s’intéresser sérieusement aux pendules. d’aussi près que l’on reg arde et quel que soit le g rossissement. mais dans toutes les directions. se compose de deux sphères placées aux extrémités d’une tig e métallique formant la barre d’un T au sommet d’un pendule. Mais il y aura ég alement des rég ions où les couleurs se mélang ent avec une complexité infinie. il n’est pas en équilibre. puis resserrés. est la conséquence d’une variation non linéaire dans le flux d’énerg ie entrant et sortant de cet oscillateur élémentaire. et entretenue par impulsion constante qu’elle reçoit.mouvement peut ég alement devenir irrég ulier. Ceux qui étudiaient la dynamique du chaos découvrirent que le comportement désordonné des systèmes simples ag issait comme un processus créatif. irrég ulier. alors qu’il semble s’arrêter sur C. comme on peut s’y attendre – celles pour lesquelles on peut raisonnablement prévoir la position finale de la masse. Quelques petits aimants disposés en cercle dans le socle attirent la masse métallique qui s’arrête lorsqu’elle est capturée par l’un d’eux. tantôt infinies. mais qui est aussi entretenue par un apport continu d’énerg ie fourni par le Soleil. Le jeu consiste à lancer le pendule puis à deviner l’aimant qui va g ag ner. puis s’oriente brusquement entre B et C. son mouvement semble chaotique. Quelle fig ure obtient-on ? Il y aura des rég ions franchement roug es. y place la masse du pendule et l’abandonne à elle-même . il colore ensuite ce point en roug e.

des scientifiques firent en solitaire des découvertes semblables à celles de Lorenz : ce fut le cas. il reçut la médaille Fields. puis. les fluides. Ils prirent conscience qu’en un certain sens la physique comprenait parfaitement les mécanismes fondamentaux du mouvement pendulaire. Pour quelles raisons un g rand mathématicien étudierait-il la physique élémentaire ? Peu d’années après.l’avenir du système. ceux qui choisirent de ne pas le nég lig er y trouvèrent un messag e stimulant leur réflexion. et d’un ing énieur électricien japonais qui modélisait des circuits électroniques. il évalua les risques et planifia froidement sa stratég ie. La situation internationale était tendue. En 1966. Pour les pendules. Smale ne se limita pas à résoudre des problèmes . la plupart du temps. pour comprendre comment le comportement g lobal pouvait différer du comportement local fut le fait des mathématiciens. Très vite. La tradition qui consistait à reg arder localement les systèmes – en isolant les mécanismes puis en les réunissant – commençait à s’effondrer. d’un astronome français étudiant les orbites g alactiques. Parmi eux. par exemple. Comme un homme d’affaires prospère. le comportement macroscopique demeurait un mystère. les circuits électriques – faisaient partie des problèmes dont un physicien se débarrasse au tout début de ses études – des problèmes faciles. le sig nal disparaît et il ne reste plus que du bruit. il établit ég alement des listes de problèmes à l’intention des autres mathématiciens. Les oscillateurs – les pendules. mais cette simulation fait à son tour problème : le système présentant une dépendance sensitive aux conditions initiales. Mais la première tentative délibérée. Un ordinateur peut s’attaquer au problème en simulant ce système. la connaissance des équations fondamentales ne semblait absolument plus convenir. C’était absurde. mais était impuissante à étendre sa compréhension au long terme. les circuits électroniques. les choses n’étaient pas aussi simples. vers un comportement pas trop bizarre. Cet épisode moscovite de l’été 1966 appartient désormais à la lég ende de Smale. Comme il l’apprit bientôt. Smale fit une mauvaise conjecture. la plus haute distinction de sa profession. de l’université de Californie. comme le joueur de flûte de Hamelin. et parraina les efforts pour bloquer les trains de transport de troupes à travers la Californie. il y eut Stephen Smale. les lasers. les oscillateurs chaotiques. En termes mathématiques on ne peut plus rig oureux. Mais sa réputation ne se confinait pas aux seules mathématiques. il entraîna à sa suite de nombreux chercheurs. Là. Lors d’un séminaire. Dans les années soixante. les ressorts. il leur annonça tranquillement que le temps était maintenant venu de se lancer dans un domaine de recherche entièrement inexploré. Le comportement microscopique était tout à fait clair . Est-ce bien vrai ? Lorenz n’avait pas découvert que l’imprédicibilité : il avait aussi discerné des formes. il se rendit à Moscou pour assister au Cong rès international des mathématiciens. déjà célèbre pour avoir démontré les problèmes les plus ésotériques de la topolog ie dans des espaces à plusieurs dimensions. Au début de la g uerre du Viêt-nam. S’appuyant sur sa compréhension de l’histoire et son intuition de la nature. il émit l’hypothèse que presque tous les systèmes dynamiques tendaient. il org anisa avec Jerry Rubin les « Journées internationales de protestation ». Le cong rès touchait à sa fin lorsque Smale accéda à la requête d’un journaliste nord-vietnamien en . La réponse le stupéfia : « Les oscillateurs ». Cinq mille mathématiciens ag ités et ag itateurs s’étaient rassemblés. à Berkeley. ce jeune homme réalisa que Smale s’occupait des oscillateurs non linéaires. alors que le Comité parlementaire sur les activités anti-américaines tentait de l’assig ner en justice. D’autres chercheurs ég alement avaient décelé les indices d’une structure dans un comportement apparemment aléatoire. coordonnée. Et si l’exemple du pendule était assez facile à nég lig er. et qu’il voyait des choses que les physiciens avaient appris à ne pas voir. et calculer rapidement chaque cycle. l’imprécision minuscule liée à chaque calcul prend rapidement le dessus. un jeune physicien demanda sur quoi Smale travaillait.

L’association de la topolog ie et des systèmes dynamiques permet de recourir à une fig ure pour visualiser l’ensemble des comportements d’un système. remontent à Poincaré. si elle a des trous. des nœuds. les systèmes dynamiques rég ressèrent. comme dans . Ce terme tomba même en désuétude : le sujet vers lequel Smale s’était orienté s’appelait les équations différentielles. et demande : « Si vous ig norez les mesures. Mais les physiciens supposaient ég alement que de toutes petites variations n’entraînaient que de très faibles différences numériques.donnant une conférence de presse sur les larg es marches de l’université de Moscou. une variété à plusieurs dimensions pour un système complexe. Il commença par condamner l’intervention américaine au Viêt-nam. l’installation dans un état stationnaire et un état oscillant périodique. désira les comprendre g lobalement : comprendre toutes leurs possibilités à la fois.S. Une g rande variation de ces paramètres peut entraîner de g randes différences dans un système – la différence entre. ce point se déplace et décrit une orbite sur cette surface. après sa mort. deux ou trois dimensions. Un point de la surface représente l’état du système à un instant donné. Les fig ures semblables correspondent aux mêmes types de comportement.S. Au début du siècle. lors d’une dilatation. la National Science Foundation lui supprima ses subventions. vous comprenez le système.R. alors que la topolog ie se développait. La topolog ie est la g éométrie sur des surfaces élastiques. Le système évoluant dans le temps. la conjecture de Poincaré pour des espaces de dimension supérieure ou ég ale à cinq. Smale. ajouta sa condamnation de l’invasion soviétique en Hong rie et de l’absence de libertés politiques en U. puis. la forme de l’objet. il fut précipité dans une voiture pour être interrog é par les officiels soviétiques. la recherche en topolog ie. Ce peut être une surface courbe dans le cas d’un système simple. que pouvez-vous dire sur la structure g lobale ? » Smale avait résolu l’un des problèmes historiques les plus célèbres de la topolog ie. dès le début. alors que ses hôtes commençaient à sourire. Quand il eut terminé. Lorsque Smale se tourna vers les systèmes dynamiques. par exemple. Courber lég èrement cette surface équivaut à faire varier les paramètres du système. la topolog ie et les systèmes dynamiques. ses écrits sug g éraient une forme d’imprédicibilité presque aussi implacable que celle découverte par Lorenz. En topolog ie. une branche des mathématiques qui s’est développée au début du XXe siècle pour connaître son apog ée dans les années cinquante. à rendre un fluide plus visqueux ou à communiquer une plus g rande force d’entretien à un pendule. Sa médaille Fields récompensait un important travail en topolog ie. Ces deux sujets. ce qui le classa définitivement parmi les sommités de cette discipline. Mais. Si vous parvenez à visualiser la fig ure. carrée. comme Poincaré. Les topolog ues reg ardent si une forme est connexe. mais aussi dans des espaces à plusieurs dimensions. Il fut le premier à concevoir la possibilité du chaos . dans les années soixante. Dans tout ensemble d’équations décrivant un système dynamique – celui de Lorenz par exemple – on peut. une dilatation ou une contraction. Les équations différentielles décrivent l’évolution des systèmes au cours du temps. par exemple. g rande ou petite. fixer certains paramètres – la viscosité du fluide dans le cas de la convection thermique. Elle s’intéresse davantag e au qualitatif qu’au quantitatif. sans chang ement qualitatif au niveau du comportement. n’a pas d’importance : ces qualités sont modifiées. Lorsqu’il rentra en Californie. il abandonna la topolog ie pour explorer un territoire inconnu : les systèmes dynamiques. Poincaré avait été le dernier g rand mathématicien à recourir à l’intuition g éométrique pour étudier les lois du mouvement. Ils imag inent des surfaces non seulement dans les univers euclidiens à une. La topolog ie étudie les propriétés des objets invariantes par déformation – une torsion. ronde. qui vit en eux deux aspects d’un même problème. La tradition était de considérer ces systèmes localement : ing énieurs et physiciens n’envisag eaient qu’un ensemble de leurs possibilités à un instant donné. impossibles à visualiser. Mais.

c’est que vous aviez en tête un modèle stable. Le chaos que Lorenz avait découvert était aussi stable qu’une bille au fond d’un bol. selon le projet de Poincaré au début du siècle. mais ce comportement ne peut être stable. un système dans lequel le chaos côtoyait la stabilité. Il se trouve que l’une des premières contributions de Smale fut sa conjecture fausse. un circuit électronique oscillant. celle pour laquelle le centre de g ravité du crayon se trouve exactement à la verticale de la pointe – mais on ne peut faire tenir un crayon sur sa pointe parce que cette solution est instable. pouvait être approché d’aussi près que l’on veut par un système appartenant à cette famille. Il eut cependant l’idée que le développement abstrait. Résistant et étrang e – à mesure que Smale étudiait cette lettre. toutes structurellement stables. Puisque. un simple tube à vide. Une lettre d’un collèg ue l’informa que de nombreux systèmes ne se comportaient pas aussi bien qu’il l’avait imag iné. Ce système résistait aux perturbations. On pouvait lui ajouter du bruit. dans les systèmes réels. ses deux enfants. pensaient les physiciens. cette étrang eté ne disparaissait pas. deux concepts qui commençaient à peine à acquérir des définitions formelles. périodiquement entretenu. et quantité de couches-culottes. Ce n’était qu’un tube à vide. alors que Smale vivait provisoirement à Rio de Janeiro avec sa femme. étaient des notions totalement différentes. Les équations qui g ouvernent un crayon en équilibre sur sa pointe admettent une belle solution mathématique.la plupart des mathématiques pures. g lobalement stable. les infimes perturbations et incertitudes étaient inévitables. le secouer lég èrement. La stabilité – « la stabilité au sens de Smale » comme dirent parfois les mathématiciens – était une propriété cruciale. interférer avec son mouvement : lorsque toutes ces perturbations se calmaient. Si les orig ines de la topolog ie étaient intimement liées à la physique. et donnait un contre- exemple. vous recherchiez un modèle à la fois réaliste et résistant aux petites perturbations. La moindre perturbation éloig ne le système de cette solution. Le chaos et l’instabilité. Sa conjecture définissait une famille d’équations différentielles. s’affaiblissant comme l’écho dans un cañon. Il était non linéaire. Smale adhérait tout à fait à ce principe – il était le plus pur d’entre les purs. L’exemple décrit dans la lettre que Smale avait reçue correspondait à un autre système simple. se menait avec un dédain non dissimulé à l’ég ard des applications au monde réel. une bille au fond d’un bol est stable : si on la déplace lég èrement. découvert plus de trente ans plus tôt. Personne n’avait imag iné que les systèmes dynamiques réels étaient g ouvernés par un ensemble de règ les aussi compliqué. de la topolog ie pouvait maintenant contribuer à celui de la physique. les physiciens supposaient donc que tout comportement qu’ils pouvaient observer rég ulièrement était nécessairement stable. Vous ne connaissez jamais les paramètres avec une précision absolue. Un système chaotique pouvait être stable si son caractère désordonné se maintenait face à de petites perturbations. un étudiant en . les mathématiciens l’avaient oublié : ils étudiaient les fig ures pour elles-mêmes. Tout système peut avoir des comportements stables et instables. étudié dans les années ving t par un ing énieur électricien hollandais nommé Balthasar van der Pol. comme un enfant sur une balançoire. D’un autre côté. Ce n’était pas le cas. Le système de Lorenz en était un exemple – mais il s’écoula plusieurs années avant que Smale entendît parler de Lorenz. Il était localement imprévisible. son incrédulité se dissipait lentement. Tout système chaotique. Un comportement stable est un comportement qui n’est pas affecté par une toute petite variation d’un paramètre. le remuer. affirmait-il. C’était un pendule dég uisé. ésotérique. mais totalement oublié. En termes physiques. le système retrouvait son irrég ularité. De nos jours. Si on le perturbait lég èrement – comme tout système naturel constamment perturbé par du bruit –. Les mauvaises nouvelles arrivèrent par la poste peu après Noël 1959. il proposa une loi disant à peu près : un système peut avoir un comportement désordonné. Si. elle retourne à sa position initiale.

la trajectoire dans l’espace des phases est une boucle fermée que le point représentatif parcourt aussi long temps que le système conserve le même mouvement. PORTRAITS DANS L’ESPACE DES PHASES. L’état du système à un instant donné était représenté par un point de cet espace. .physique explorerait le comportement d’un tel oscillateur en observant un sig nal sur l’écran d’un oscilloscope. ce point occupait une autre position. Pour les ing énieurs qui construisaient des tubes à vide. Le premier système (à gauche) converge vers un état d’équilibre – un point dans l’espace des phases. » Van der Pol fut l’un de ces nombreux physiciens qui aperçurent le chaos. son « espace des phases » dans la terminolog ie des physiciens. Cependant. Smale leur ouvrit de nouveaux horizons. il s’ag it là d’un phénomène marg inal. un cycle de « période trois ». Mais pour ceux qui tentaient de comprendre la nature de la complexité. elle lui permit d’appréhender directement toute la complexité des systèmes dynamiques. abandonnant une fréquence pour s’ancrer solidement sur la suivante. Pour un pendule oscillant périodiquement dans un plan fixe. mais qui ne disposaient pas d’un lang ag e pour le comprendre. ce verrouillag e de fréquence était un phénomène important. Lorsque le système chang eait. le comportement véritablement intéressant se révéla être ce « bruit irrég ulier » eng endré par les rivalités entre fréquences différentes. Plusieurs mathématiciens s’étaient penchés sur l’oscillateur de van der Pol . De temps à autre. Mais il n’y prêta pas une attention particulière : « On entend souvent au téléphone un bruit irrég ulier avant que la fréquence ne saute à la valeur immédiatement inférieure. Les représentations temporelles classiques (en haut) et les trajectoires dans l’espace des phases (en bas) sont deux façons de visualiser les mêmes données et d’obtenir une image du comportement à long terme du système. écrivit-il dans une lettre à Nature. mais un esprit façonné par des années passées à explorer l’univers de la topolog ie. L’espace des phases d’un système élémentaire comme celui constitué par un pendule peut être symbolisé par deux axes perpendiculaires : l’ang le et la vitesse du pendule à un instant donné déterminent la position est-ouest et nord-sud du point représentatif. décrivant une orbite cyclique. Bien que la conjecture de Smale fût erronée. point qui contenait toute l’information sur la position ou la vitesse de l’oscillateur. Son seul oscilloscope fut son esprit. Van der Pol n’avait pas d’oscilloscope : il devait contrôler son circuit en écoutant des chang ements de tonalité dans un combiné téléphonique. La tonalité chang eait par à-coups. Lorsqu’il variait le courant qui alimentait son circuit. Smale détermina tous les comportements possibles d’un oscillateur. Le quatrième est chaotique. Le comportement paraissait inexplicablement irrég ulier. Le troisième se reproduit selon un rythme de valse plus complexe. van der Pol remarquait pourtant quelque chose d’étrang e. il était heureux d’y découvrir des rég ularités de comportement. le point décrivait une trajectoire. Lorsque le système évoluait de manière continue. Le deuxième se reproduit périodiquement identiquement à lui-même.

Mais le pliag e s’avéra nécessaire : il permettait des chang ements radicaux dans un comportement dynamique. H. Bruce Stewart and M. La perte d’énerg ie par frottement contractait la trajectoire dans l’espace des phases. deux points voisins en fin d’opération étaient initialement arbitrairement. Thompson LE FER À CHEVAL DE SMALE. un parfait analog ue visuel de la dépendance sensitive aux conditions initiales que Lorenz devait découvrir dans l’atmosphère quelques années plus tard. Le fer à cheval de Smale fut la première d’une nombreuse série . Cette innovation – une imag e du chaos que l’on rencontra souvent dans les années qui suivirent – fut une fig ure appelée « fer à cheval ». Deux points voisins en fin d’opération peuvent avoir été éloignés au départ. Les principes sont simples : on étire l’espace dans une direction. À l’orig ine. Ces transformations avaient parfois une sig nification physique évidente. le pliant et en l’étirant. on le comprime dans l’autre direction. enchevêtrée de manière complexe dans elle-même. Smale découvrit que l’espace des phases devait subir une savante combinaison de ces transformations complexes. L’itération de ce processus fournit une structure familière à ceux qui ont réalisé des tours de feuilletage en pâtisserie. quand on lui fournissait une énerg ie supplémentaire. mathématiques mises à part. À l’issue de sa parade topolog ique. Cette procédure simule le travail d’un appareil à fabriquer du caramel. Pour saisir toute la complexité de l’oscillateur de van der Pol. Prenez deux points voisins dans l’espace orig inal. il délaissa l’aspect physique du système et envisag ea son aspect g éométrique sous un jour nouveau. puis on le replie sur lui-même. comme un ballon qui se dég onfle – se réduisant à un point lorsque le système atteig nait l’immobilité. en le contractant. De même. Prenez ensuite l’une des moitiés de cette barre et repliez-la en l’étirant au-dessus de l’autre pour former un C. Cette transformation topologique permet de comprendre les propriétés chaotiques des systèmes dynamiques. comme un fer à cheval. prenez un rectang le et comprimez-le verticalement pour obtenir une barre horizontale. le fer à cheval fournit à Smale. avec ses bras en rotation qui étirent. et sa visualisation du comportement g lobal déboucha rapidement sur un nouveau type de modèle. éloig nés. Smale se concentra sur le comportement g lobal de l’espace des phases en fonction des chang ements du système – par exemple. Pour construire une version élémentaire du fer à cheval de Smale. Smale avait espéré expliquer tous les systèmes dynamiques en termes de dilatations et de contractions – sans pliag es. du moins sans pliag es remettant profondément en cause la stabilité d’un système. Guidé par son intuition. replient. étirent à nouveau la pâte pour en faire une surface très long ue et très mince. Ses outils furent les transformations topolog iques dans l’espace des phases – comme la dilatation ou la contraction. Au lieu de s’intéresser à une trajectoire particulière. vous ne pourrez dire où ils vont finalement se retrouver. Imag inez alors ce fer à cheval inscrit dans un nouveau rectang le et répétez l’opération. Les dilatations et pliag es successifs les sépareront de manière arbitraire.

les physiciens réalisèrent que Smale avait ramené toute une branche des mathématiques vers le monde réel. on la considéra alors comme un corps plus ou moins solide flottant dans l’atmosphère de Jupiter tel un œuf flottant sur l’eau. Qui a vu les photos transmises par Voyag er 2 en 1978 y reconnaît l’aspect familier de la turbulence sur une échelle totalement inhabituelle. « C’est le chang ement de paradig me des chang ements de paradig mes ». dont : La théorie de la coulée de lave. Fait nouveau et embarrassant : on observa une lég ère dérive de la tache par rapport à la surface de la planète. les astronomes la remarquèrent. y compris par les plus avant-g ardistes de la physique mathématique. On la retrouve sur un tableau de Donati Creti au musée du Vatican. un immense ovale tourbillonnant comme une g ig antesque tempête qui ne se déplace ni ne s’apaise jamais. Robert Hooke l’observa vers 1600. mais dès que ce fut le cas. a écrit John Updike. dirent-ils. un g roupe de jeunes mathématiciens partag eant son enthousiasme pour cette nouvelle approche des systèmes dynamiques. » Finalement. Vers 1968. encore trop topolog ique pour séduire les physiciens. Mais qu’était-elle réellement ? Ving t ans après que Lorenz. La théorie de la nouvelle lune. Que ce soit la dynamique différentielle.de formes g éométriques inédites qui donnèrent aux mathématiciens et aux physiciens une intuition nouvelle sur les possibilités du mouvement. ils détruiront votre esprit. Mais dans une certaine mesure. Ils ne se parlèrent plus et se méprisèrent. Ses couleurs n’exig eaient pas beaucoup d’explications. les mathématiques modernes dans leur intég ralité – dans leur intégralité – étaient rejetées par les physiciens. moins vous en savez ». Dans les années soixante. tous comprirent qu’ils devaient s’informer. biolog istes. cette tache avait été une illustration du « plus vous en savez. Mais les télescopes se perfectionnèrent et la connaissance eng endra l’ig norance. Un scientifique allemand émit à l’inverse l’hypothèse que cette tache était une nouvelle lune sur le point de se détacher de la surface de la planète. dit Ralph Abraham. Il fallut attendre une autre dizaine d’années avant que leur travail suscite pleinement l’attention des sciences moins pures. La romance entre mathématiciens et physiciens s’acheva par un divorce dans les années trente. Smale et d’autres scientifiques eurent amorcé une nouvelle approche de la physique des fluides. l’analyse g lobale. Ce fut toutefois un point de départ. C’était en 1960. l’atmosphère insolite de Jupiter s’avéra être l’un des nombreux problèmes qui attendaient la nouvelle vision de la nature sur laquelle déboucha la science du chaos. Petit mystère cosmique : la Grande Tache roug e de Jupiter. cela a complètement chang é. À la fin du XIXe siècle les scientifiques imag inèrent un immense lac ovale de lave fondue s’écoulant d’un volcan ou d’un trou formé lors de la collision d’un planétoïde avec l’écorce peu épaisse de Jupiter. la g éométrie différentielle – des techniques d’une année ou deux plus récentes que celles utilisées par Einstein –. Nous vous enseignerons ce qu’il vous faut savoir. « Quand j’ai commencé ma carrière de mathématicien. Les physiciens mathématiciens n’autorisaient pas leurs étudiants à assister aux cours des mathématiciens : Prenez les maths que nous vous donnons. Le siècle dernier vit apparaître une succession ininterrompue de théories. ils rejetaient tout. astronomes. Peu après que Galilée eut le premier pointé son télescope sur Jupiter. Les mathématiciens sont terriblement égocentriques. physiciens. à Berkeley. un collèg ue de Smale qui devint professeur de mathématiques à l’université de Californie. Pendant plusieurs . les variétés d’applications. Durant trois siècles. En 1939. à Santa- Cruz. C’est l’un des points de repères les plus vénérables du système solaire – « la tache roug e g rondant comme un œil ang oissé / au sein d’une turbulence de sourcils en ébullition ». en 1960 – ce n’est pas si vieux –. il était trop artificiel pour être applicable. La théorie de l’œuf. Smale réunit autour de lui. « Ce fut un âg e d’or ».

Cette planète apparut alors soudainement comme une énorme expérience de dynamique des fluides. un jeune chercheur en astronomie et en mathématiques appliquées. qui s’enroule et se ramifie de manière subtilement évocatrice. mais ces données s’avérèrent insuffisantes. comme sur Terre. Philip Marcus. Puis il y eut Voyag er. au début des années soixante. Or si Jupiter possédait un noyau de matière solide.dizaines d’années. trop petites pour être visibles de la Terre à travers les télescopes les plus puissants . les ourag ans subissent une rotation cyclonique : ils tournent dans le sens contraire des aig uilles d’une montre dans l’hémisphère Nord. Marcus fit partie de la demi-douzaine de scientifiques qui. Et plus important. était anticyclonique. Dans les années soixante. avec la Tache roug e. C’était la meilleure description qu’on pouvait en donner. Avec force détails. cette tache apparut aux astronomes comme un ensemble de tourbillons de type ourag an. dans l’Atlantique ouest. Ouragan. des tourbillons apparaissant et disparaissant en un jour. Cette tache devint un test g estaltiste. quelques variantes de cette théorie virent le jour – notamment celle du déplacement d’une bulle d’hydrog ène ou d’hélium. Il eng endre de petites vag ues qui s’entortillent. L’une d’elles se trouve à Cornell University. Rejetant l’ersatz théorique de l’ourag an. la rotation de la tache roug e. elle. voire quelques heures. les ourag ans terrestres disparaissaient en quelques jours. . Un dynamicien des fluides pour qui la turbulence n’était que bruit et désordre n’avait aucun moyen d’expliquer cet îlot de stabilité. Par habitude. celui-ci devait se trouver loin de la surface. Les scientifiques y virent ce que leur intuition leur permettait de voir. des mois. Les photos envoyées en 1978 par la sonde spatiale révélèrent l’existence de vents violents et de tourbillons multicolores. insensible au chaos qui l’entourait. Pourtant la tache restait intacte. La théorie de la colonne de gaz. tournant continuellement sur elle-même. Qu’est-ce qui l’entretenait ? Qu’est-ce qui la maintenait en place ? La NASA conserva ces photos dans une demi-douzaine d’archives réparties à travers tout le pays. et inversement dans l’hémisphère Sud . En outre. or ce n’était pas ce processus qui alimentait la tache roug e. ils trouvèrent ailleurs des analog ies plus appropriées. pendant des semaines. Il y a parfois près des côtes des zones de haute pression qui tournent lentement. ils avaient envisag é une planète solide entourée d’une mince pellicule atmosphérique. emprisonné à l’intérieur de zones de vents orientés est-ouest responsables des bandes horizontales entourant la planète. La plupart des astronomes pensaient que le mystère de la tache se dissiperait dès que l’on pourrait l’observer d’assez près. Après Voyag er. ils découvrirent que Jupiter était pratiquement une sphère de fluide en rotation. les scientifiques sug g érèrent qu’elle était le sommet d’une colonne de g az émerg eant probablement d’un cratère. avait son bureau. puis se transforment en boucles spiralées se séparant du courant principal en de lents et durables vortex anticycloniques. cette tache ne dérivait pas beaucoup. mais pour plusieurs raisons elle était inadéquate. Sur Terre. Les ourag ans terrestres sont alimentés par la chaleur libérée lors de la condensation des masses d’air humide en pluie . au mépris de la circulation est-ouest habituelle. Si ce blocag e remettait en cause les modèles prévisionnels g lobaux. Une autre analog ie leur fut fournie par un phénomène météorolog ique particulier appelé « situation de blocag e ». par exemple. Le vol de Voyag er fournit d’ailleurs un mag nifique catalog ue de données nouvelles. il apportait en revanche quelque espoir aux météorolog ues dans la mesure où il se manifestait par des caractéristiques ordonnées d’une inhabituelle long évité. Le Gulf Stream. lorsque les astronomes analysèrent les photos de Voyag er. ces petits détails montraient un mouvement désordonné très rapide. tentèrent de modéliser la Tache roug e. Autre fait nouveau : même si elle dérivait. Voyag er avait rendu ce mystère deux fois plus exaspérant en mettant en évidence certaines caractéristiques à petite échelle de ce courant. aux États-Unis et en Grande-Bretag ne. déviant les nuag es. université dans laquelle.

celles. Ce fut une révélation. de temps en temps. Bien sûr. Cette rotation eng endre une importante force de Coriolis – la force qui déporte latéralement une personne traversant un manèg e – qui fait dévier la tache. eng endré et rég ulé par les mêmes variations non linéaires à l’orig ine de l’ag itation imprévisible qui l’entoure. Il sut rechercher le désordre sauvag e . Marcus étudia la physique standard. Ce fut une vie bien tranquille : pourquoi faire perdre son temps à un étudiant en lui montrant des équations non linéaires qui se rebellaient contre les solutions ? Les satisfactions faisaient partie de sa formation. Il utilisa alors le fait qu’un système complexe pouvait eng endrer simultanément de la turbulence et de la cohérence pour étudier le problème de la Grande Tache roug e. Marcus étudia durant des heures les photos de la NASA. Et il se considéra délibérément comme un physicien d’un g enre nouveau : non comme un astronome. Alors que Lorenz recourut à un modèle miniature de l’atmosphère terrestre pour alig ner des chiffres g rossiers sur une rame de papier. C’est un chaos stable. Il s’arrêtait et disait : « Eh ! qu’est-ce que c’est que ce truc. Puis il fit des photos qu’il assembla en un film d’animation. là ? » Et on lui répondait : « Oh. et ressemblant à une étoile éteinte. bleus. se ramassait en une forme ovale présentant une ressemblance troublante avec la Grande Tache roug e telle que la NASA l’avait reconstituée en animation à partir des photos réelles. On voit de minuscules structures filamenteuses se dessinant sur un océan de chaos. non comme un hydrodynamicien. le monde réel faisait inévitablement irruption. . Marcus utilisa une énorme puissance de calcul pour élaborer d’étonnantes imag es en couleurs. Simuler l’atmosphère jovienne revenait à écrire les équations pour une masse dense constituée d’hydrog ène et d’hélium. » Cette tache est un système auto-org anisé. ce n’est qu’une erreur expérimentale. les approximations linéaires suffisaient et on le récompensait pour avoir obtenu les résultats prévus. mais comme un spécialiste du chaos. résolvant des équations linéaires. montrant des hommes sur la Lune. prises au Hasselblad. Au cours de ses études. Marcus finit par retenir la leçon de Lorenz : un système déterministe peut avoir un comportement autre que périodique. t’en fais pas. C’est à peine s’il put voir ce qui se passait. dit-il. « On voit cette tache énorme. une journée y dure dix heures terrestres. Il put travailler dans une discipline naissante qui fondait ses propres traditions en faisant de l’ordinateur un instrument de travail. Les lois de Newton s’appliquant partout. il sut aussi que des îlots d’ordre pouvaient apparaître au sein du désordre. Jupiter tourne rapidement sur elle-même. effectuant des expériences conçues pour concorder avec l’analyse linéaire. » Mais contrairement à la majorité des physiciens. Un damier de vortex brillants. Il traça tout d’abord des courbes de niveau. roug es et jaunes. heureuse comme un clam au sein de l’écoulement chaotique à petite échelle qui lui absorbe son énerg ie comme une épong e. Tant qu’il maintenait ses expériences à l’intérieur de certaines limites. et Marcus voyait ce que des années plus tard il interpréta comme des indices du chaos. celles aussi de la turbulence de Jupiter. Marcus prog ramma un ordinateur avec un système d’équations de la dynamique des fluides. non comme un mathématicien appliqué. mag nifiques.

le fait que des équations rég ulières puissent eng endrer un comportement irrég ulier paraissait sig nificatif. b. les hypothèses de départ sont incorrectes et/ou constituent une simplification trop brutale . la complexité des phénomènes réels étudiés dans les sciences de la vie dépassait tout ce que l’on pouvait rencontrer dans un laboratoire de physique. Les modèles mathématiques de la biolog ie étaient pratiquement des caricatures de la réalité – comme ceux employés en économie. ils surent toujours que ces modèles étaient de pâles approximations de l’effervescence du monde réel. cinquante millions ? En fait. une erreur s’est glissée dans le développement mathématique formel . qui a dépouillé la vie réelle de ses bruits et de ses couleurs. Pour les écolog istes. un chaudron de cinq millions d’espèces en interaction. à défaut. et traité les populations comme des systèmes dynamiques. Pour un biolog iste. si ce n’est dans des laboratoires. plusieurs autres rivalisant pour survivre. en démog raphie. Cinq millions. lorsque ces sciences molles tentèrent d’introduire de la rig ueur dans leur étude des systèmes variables au cours du temps. d. Et paradoxalement. Au XXe siècle. Un physicien qui considère un système particulier (par exemple deux pendules couplés par un ressort) commence par choisir les équations appropriées – de préférence en les cherchant dans un manuel ou. Les équations appliquées en biolog ie des populations étaient des versions simplifiées des modèles utilisés par les physiciens pour analyser leur univers. Lors de l’émerg ence de la nouvelle science du chaos. HARVEY J. du moins dans l’esprit des biolog istes théoriciens. la conscience de cette limitation leur permit d’apprécier l’importance de certaines idées que les mathématiciens ne considéraient que comme des bizarreries intéressantes. S’ils ont eu recours à des modèles mathématiques. Par nécessité. Zones boréales où campag nols et lemming s croissent et décroissent rég ulièrement tous les quatre ans en dépit du combat sang lant de la nature. des épidémies affectant des populations énormes – tout cela pouvait être isolé. les écolog istes devaient jouer un rôle particulier. l’écolog ie. . en psycholog ie et en urbanisme. Les écolog istes ont utilisé les outils élémentaires de la physique mathématique pour décrire le flux et le reflux de la vie. GOLD Modélisation mathématique des systèmes biolog iques Poissons voraces et délicieux plancton. d’insectes bourdonnant comme des électrons dans un accélérateur. Les canons étaient différents. c. les écolog istes ne savent pas. le chercheur a sur la biologie des idées incohérentes . les biolog istes enclins aux mathématiques ont construit une nouvelle discipline. et sans solution analytique. Lorsque cette confrontation révèle un désaccord. Pourtant. Une espèce unique se développant dans un milieu aux ressources limitées. Les hauts et les bas de la vie Il faudrait à chaque fois vérifier le résultat d’un développement mathématique en le confrontant à sa propre intuition à l’égard de ce que doit être un comportement biologique raisonnable. d’oiseaux volant sous des arches de vég étation. un nouveau principe fondamental vient d’être découvert. un système d’équations analog ue à celui de Lorenz était tellement simple qu’il en devenait presque évident. L’application des descriptions mathématiques aux systèmes réels devait se faire différemment. le monde constitue un laboratoire disparate. dans les années soixante-dix. Forêts tropicales reg org eant de reptiles innommés. même les équations de Lorenz paraissaient incroyablement compliquées – trois dimensions. à variation continue. Pour un écolog iste. il faut alors envisager les possibilités suivantes : a. les biolog istes adoptèrent alors de nouvelles méthodes de travail. Pour un physicien.

de nombreuses populations animales évoluent par intervalles rég uliers d’une année. La biolog ie des populations a pas mal appris sur l’histoire de la vie. Les mathématiques de l’écolog ie sont à celles de Stephen Smale ce que les Dix Commandements sont au Talmud : un bon ensemble de règ les de travail. On peut soit imag iner un tableau donnant toutes les possibilités – 31000 bombyx cette année sig nifient 35000 bombyx l’année suivante. le résultat de chaque année servant de donnée pour l’année suivante – permet de suivre toute l’histoire de la population. en revanche. sur la manière dont un chang ement de densité de population d’un pays influe sur la propag ation des maladies. Il sait comment marchent les pendules. et leur variation d’une année sur l’autre a souvent plus d’importance que leur évolution continue. Que se passe-t-il lorsqu’on met un millier de poissons dans un étang aux ressources nutritives limitées ? Que se passe-t-il si on y ajoute cinquante requins qui mang ent volontiers deux poissons par jour ? Qu’arrive-t-il à un virus qui tue dans telles proportions et se propag e à telle vitesse pour telle densité de population ? Les biolog istes idéalisaient ces situations pour pouvoir leur appliquer des formules concises.en les déduisant des principes fondamentaux. Pour décrire une variation annuelle de population. toute l’information nécessaire à un scientifique. Il lui fallait collecter des données et trouver des équations dont la solution approchait ces données. Puis. Souvent ça marchait. et ainsi de suite. de sorte que leurs diverses g énérations ne se chevauchent pas. se trouve rapidement amplifié en un aig u insupportable –. de nombreux insectes. ne pouvait jamais déduire de manière directe les équations adéquates en pensant simplement à une population animale particulière. Si les équations différentielles décrivent des processus qui évoluent continûment au cours du temps. Si un catalog ue annuel n’est qu’un pâle reflet de la complexité d’un système. L’une des simplifications efficaces consistait à simuler le monde sur des intervalles de temps discrets. il résout ces équations. sur l’interaction des prédateurs et de leurs proies. s’en tiennent à une unique saison des amours. mais pas trop compliquées. Si un modèle mathématique donnait une croissance. Un biolog iste. Pour les processus évoluant par sauts. Dans un modèle élémentaire comme celui-ci. suivre l’évolution d’une population au cours du temps revient à prendre un nombre orig ine et à lui appliquer par récurrence la même fonction : la population de la troisième année s’obtient simplement en appliquant cette fonction au résultat de la deuxième année. on peut utiliser des équations plus simples – les « équations aux différences ». il peut ég alement eng endrer une stabilité – comme un thermostat contrôlant la température d’une habitation en l’abaissant ou l’aug mentant selon qu’elle est supérieure ou . retournant au micro. Par chance. Pour estimer la population de bombyx au printemps prochain ou l’ampleur d’une épidémie de roug eole à l’hiver prochain. elles sont par ailleurs difficiles à résoudre. il contient. s’il le peut. On peut représenter toute fonction par un g raphe qui donne immédiatement une idée de son allure g énérale. La population xsuiv de l’année suivante est une fonction F de la population x de cette année : xsuiv = F(x). Au contraire des êtres humains. etc. un écolog iste n’a pratiquement besoin que de connaître les chiffres de l’année présente. –. par exemple. Si un feed-back peut s’emballer – comme dans le cas d’un haut-parleur émettant un son qui. dans de nombreux cas concrets. Cette itération fonctionnelle – une boucle en feed-back. les écolog istes pouvaient en déduire partiellement les circonstances qui conduiraient une population ou une épidémie réelles vers une évolution identique. un équilibre ou une extinction. Supposez que la population de bombyx de l’année prochaine dépende uniquement de celle de l’année présente. et il connaît les ressorts. comme une aig uille de montre à quartz qui se meut par à-coups chaque seconde au lieu de se déplacer uniformément. soit trouver une règ le liant tous les chiffres de cette année à ceux de l’année suivante – une fonction. un biolog iste utilise un formalisme aisément accessible à un étudiant de première année.

ne cesse de monter. Prenez les scarabées du Japon. l’écolog iste pourra alors observer le comportement à long terme de sa population – qui atteindra probablement un état d’équilibre. En Australie. Lorsque ces poissons prolifèrent. Tout chercheur disposant d’une calculatrice pouvait choisir une valeur de départ et effectuer ces itérations pour trouver la population de l’année suivante. on obtient 22000. et s’effondre lorsqu’on atteint la surpopulation. Une approche naïve de la biolog ie des populations consisterait à prendre une fonction qui chaque année accroît la population dans un rapport fixe.E. Le terme nouveau. au frottement. Les écolog istes réalisèrent que le taux de croissance r était une caractéristique importante du modèle. Un écolog iste pensant à des poissons réels dans un étang réel devait trouver une fonction correspondant aux dures réalités de l’existence – la faim. une faible population croît rapidement . ramène la croissance au voisinag e de zéro pour les valeurs intermédiaires. Dans les systèmes physiques dont dérivaient ces équations. à la mesure de la non- linéarité. 1.inférieure à une valeur fixée. mais la plus simple est peut-être une modification de la version linéaire malthusienne : xsuiv = rx(1 - x). Le paramètre r représente le taux de croissance de la population. Cela donne une fonction linéaire – xsuiv = rx – correspondant au schéma malthusien classique d’une démog raphie croissant indéfiniment. Le choix le plus naturel est une fonction qui g rimpe en flèche quand la population est faible. Dans un étang . le paramètre r représente un taux de croissance que l’on peut choisir plus ou moins élevé. Quelques scarabées vont se multiplier et former une population si nombreuse qu’elle dévorera tout le jardin et se mettra en situation de famine. et si la population de cette année est ég ale à 10. Dans le scénario malthusien de croissance illimitée. ou toute autre g randeur troublante – bref. Ici encore. Et corrélativement. Une incursion réussie du côté des mathématiques lui permettra ensuite de dire quelque chose comme : voici une équation . une population trop forte diminue. Pour simplifier. la tendance à l’explosion démog raphique et à la surpopulation (ce qu’on appelait plus dig nement le « potentiel biotique »). La réponse que l’on donnait immédiatement était que l’équilibre atteint par cette population idéalisée serait d’autant plus bas que le paramètre serait faible. en voici un autre pour le taux de mortalité naturelle . allez dans votre jardin et comptez-les. ils commencent à manquer de nourriture . les écolog istes ont pris conscience qu’ils devaient mieux faire. Chaque premier août. ig norez les maladies qui peuvent les affecter. cela pouvait correspondre à la fécondité des poissons. un paramètre élevé devait conduire à une population élevée. Les chercheurs se demandèrent alors comment ces différents paramètres affectaient la destinée ultime d’une population. plusieurs écolog istes envisag èrent des variantes de cette équation particulière appelée « équation log istique ». linéaire. maintient cette croissance entre certaines limites : lorsque x croît. W. Dans les années cinquante. Un écolog iste désirant construire un scénario plus réaliste a besoin d’une équation contenant des termes supplémentaires freinant cette croissance dès que la population devient importante. sans contraintes alimentaire ou morale. ce paramètre correspondait à la chaleur. Si on entre la valeur 20000. En effectuant ses itérations. De nombreux types de fonctions sont possibles. la compétition. comme de l’arg ent abandonné sur un compte d’éparg ne à intérêts composés. S’il vaut. elle sera ég ale à 11 l’année prochaine. ne tenez compte que de leurs ressources alimentaires – ig norez les oiseaux.1. Il y a quelques dizaines d’années. Ricker l’appliqua à la pisciculture. Cette population ne peut qu’aug menter. 1 - x diminue(1). Comment trouver une telle fonction ? De nombreuses équations peuvent convenir . la fonction de croissance. par exemple. 1 - x. un troisième pour le taux de mortalité par famine ou par prédation . C’est effectivement vrai pour de nombreuses valeurs du paramètre – mais pas pour toutes. voyez : la population aug mente à telle vitesse pour atteindre tel équilibre. Des chercheurs comme . voici un paramètre représentant un taux de reproduction .

donna une interprétation standard des possibilités : soit les populations restent approximativement constantes. des valeurs très élevées – et ont dû voir le chaos. l’important était l’équilibre. Bien sûr elle ne croît pas sans limite. Les seules solutions intéressantes étaient les solutions stables. les résoudre. D’une manière g énérale. ou les difficultés rencontrées lors du dénombrement des deux sexes. les biolog istes devaient g arder ces modèles à distance. mais elle ne converg e pas non plus vers une valeur d’équilibre. et de décroissance. Maynard Smith. on trouvait toujours une justification pour expliquer le désaccord : la répartition des âg es dans la population. L’ordre contenait sa propre récompense. Aucun bon écolog iste n’oublia d’ailleurs jamais que ses équations étaient des versions extrêmement simplifiées des phénomènes réels. C’était un personnag e brillant. parlant calmement. quelques considérations de territoire ou de g éog raphie. paru en 1968. les ouvrag es de référence et les manuels qui traitaient de l’équation log istique et de ses cousines plus compliquées n’admettaient même pas l’éventualité d’un comportement chaotique. Non qu’il fût assez naïf pour croire que les populations réelles n’avaient jamais de comportement aléatoire : il supposait simplement qu’un tel comportement n’avait rien à voir avec les modèles mathématiques qu’il décrivait dans son livre. de surpopulation. Yorke était un mathématicien qui se prenait volontiers pour un philosophe. Comme tout le . Tout l’intérêt de cette hyper-simplification était de simuler la rég ularité. bien qu’il fût dang ereux de le reconnaître sur le plan professionnel. à l’occasion. Curieusement. Pourquoi se donner toute cette peine pour ne voir que du chaos ? Plus tard. Pour eux. les écolog istes supposaient qu’elle oscillait autour d’un équilibre sous- jacent. J. De toute façon. Quand la population hésitait entre deux valeurs. Brotman Une population atteint un équilibre après des phases de croissance. Adolph E. Quand ils commençaient à trahir la connaissance que leurs auteurs avaient du comportement des populations réelles. qu’elle manquait de précision. Seul ce dernier point fut exact. tout cela était un travail difficile. la suite de nombres prend alors un comportement bizarre – plutôt ag açant sur une calculatrice manuelle. soit elles fluctuent « avec une périodicité relativement uniforme » autour d’un équilibre présumé. Il ne leur est pas venu à l’esprit que l’équilibre pouvait ne pas exister.Ricker ont certainement essayé. admirateur g entiment débraillé du g entiment débraillé Stephen Smale. ou simplement. Et apparemment. aucun de ces premiers écolog istes n’a eu le désir ni l’énerg ie de continuer à débiter des nombres qui refusaient de s’assag ir. Personne ne voulait perdre son temps en s’eng ag eant dans une voie tortueuse ne débouchant sur aucune stabilité. Trouver des équations adéquates. dans son classique Mathematical Ideas in Biology (Idées mathématiques en biologie). Mais le plus important était que les écolog istes avaient toujours cette arrière-pensée qu’une suite aléatoire de nombres sig nifiait probablement que la machine à calcul faisait des caprices. les g ens dirent que James Yorke avait découvert Lorenz et donné à la science du chaos son nom.

Smale fut stupéfait de voir que ce météorolog ue. En 1972. à juste titre. et en était tombé amoureux. avait trouvé par hasard l’article de Lorenz de 1963. savait intuitivement que cette astuce mathématique constituait le fondement de nombreux systèmes physiques. un hydrodynamicien. Leurs exemples étaient différents. Au début. mais. Ce que Smale appréciait. à la fois mathématiciens et physiciens ! Ce n’était pas le cas. l’un d’eux. Il était de ces mathématiciens qui se sentent oblig és de mettre en pratique leurs idées sur la réalité. Smale avait orienté les mathématiques vers ce type de problèmes physiques. Il en donna une à Yorke. » Les deux professions avaient des normes différentes. Mais à l'encontre de tout le monde. dépourvue de sig nification. Comme le remarqua un jour le physicien Murray Gell-Mann : « Les universitaires connaissent bien ce g enre de personnag e qui passe pour un bon physicien auprès des mathématiciens et pour un bon mathématicien auprès des physiciens. tamponnée à son adresse pour que Smale pût la lui retourner. il s’inscrivit dans un institut interdisciplinaire de l’université du Maryland. dont il devint plus tard directeur. les mathématiciens leurs conjectures. il trouvait Smale difficile à suivre. trop simple et trop abstraite pour être utilisable. affirmant avec justesse (mais sans convaincre) que la vente de l’essence selon le système pair-impair ne ferait qu’allong er les files d’attente. À l’institut. Ils ne veulent pas. un exemple dig ne d’intérêt correspondait à une équation différentielle pouvant s’écrire sous une forme simple.monde. Lors de la crise du pétrole. « Flot non périodique déterministe ». Pour un physicien. La plupart des nombres étant irrationnels et imprévisibles dans leurs plus petits détails. distribuant des photocopies à qui en voulait. il comprenait pourquoi. quand le g ouvernement diffusa une photo prise par un avion espion censée montrer des foules clairsemées au plus fort du rassemblement devant le Monument de Washing ton. lui. le lang ag e mathématique faisait encore sérieusement obstacle à la communication. l’Institute for Physical Science and Technolog y. Lorsque Yorke vit l’article de Lorenz. c’était des exemples comme : prenez une fraction comprise entre zéro et un. et multipliez-la par deux. dans les années soixante-dix. Mais ce n’était pas que des mathématiques : c’était un modèle physique tout à fait parlant – une représentation de fluide en mouvement –. lorsque la manifestation était en train de se disperser. Ôtez-lui sa partie entière. Cet article de Lorenz était la petite merveille que Yorke recherchait sans même le savoir. Même si les travaux de Smale sur les systèmes dynamiques avaient amorcé un rapprochement. Il en donna une photocopie à Smale. les mathématiciens et les physiciens continuaient à parler leurs propres lang ag es. Un physicien n’y voyait qu’une banale bizarrerie mathématique. Si seulement l’institution universitaire acceptait l’existence de chercheurs hybrides. et Yorke sut immédiatement que c’était exactement ce qu’il voulait montrer aux physiciens. À l’époque des manifestations pacifistes. ce fut un choc mathématique – un système chaotique qui violait la classification optimiste initialement proposée par Smale. les itérations successives ne donneront qu’une suite de nombres imprévisibles. Yorke le comprenait trop bien. dix années . il déposa officiellement un rapport auprès de l’État du Maryland. de ce type de personne à cheval sur les deux disciplines. la partie du nombre à g auche de la virg ule. et recommencez l’opération. Smale. il analysa l’ombre du monument pour démontrer que la photo avait été prise une demi-heure plus tard. Les physiciens avaient leurs théorèmes. Il rédig ea un rapport sur la propag ation de la blennorrag ie qui persuada le g ouvernement fédéral de modifier sa stratég ie nationale pour endig uer la maladie. et avait de fréquents contacts avec des spécialistes de disciplines très diverses. il sut immédiatement que c’était un exemple que les physiciens comprendraient. même s’il était enfoui dans une revue de météorolog ie. Les objets qui constituaient leurs univers étaient différents. Yorke jouissait d’une liberté inhabituelle pour travailler sur des problèmes hors des domaines traditionnels. À peine âg é de ving t-deux ans.

puisque. et rarement appris. la dépendance sensitive aux conditions initiales avancée par Lorenz se dissimule partout : un homme quitte sa maison le matin trente secondes trop tard. Ils n’exposaient pas la dépendance sensitive aux conditions initiales. Mais en faisant cela. Les systèmes non linéaires véritablement chaotiques étaient rarement enseig nés. quelques chercheurs seulement comprirent à quel point la nature était profondément non linéaire. Toutes les photocopies de l’article qui circulèrent à Berkeley portaient l’adresse de Yorke. et qu’il constitue l’une des plus ing énieuses inventions des hommes pour tenter de simuler le monde versatile qui les entoure. Il n’est pas exag éré de dire que cet immense développement de l’analyse est à l’orig ine de la plupart des succès concrets de la science post-médiévale dans le domaine de la physique. Quand les scientifiques rencontraient un système non linéaire. le batteur sait que deux g estes presque identiques ne donneront pas des résultats presque identiques – le base-ball est une question de centimètres. Yorke avait le sentiment que les physiciens avaient appris à ne pas voir le chaos. Seuls quelques chercheurs furent capables de se rappeler que c’étaient les systèmes linéaires. un pot de fleurs le manque de quelques millimètres. Dans la vie quotidienne. très difficile pratique. Tout étudiant en science sait que la résolution des équations différentielles est un travail difficile. vous éliminez justement toute possibilité de chaos. pour écrire cette solution. Enrico Fermi s’exclama un jour : « Il n’est pas dit dans la Bible que toutes les lois de la nature sont exprimables en termes linéaires ! » Et le mathématicien Stanislaw Ulam remarqua que qualifier l’étude du chaos de « science non linéaire » équivalait à qualifier la zoolog ie « d’étude des animaux non- éléphants ». des choses qui se conservent. Ces petites perturbations de la vie quotidienne peuvent avoir de lourdes conséquences. Ou. vous pouviez écrire une solution. une bonne répartition des tâches entre la physique et les mathématiques consistait – et consiste toujours – à écrire au tableau des équations différentielles et à montrer aux étudiants comment les résoudre. Il fit de nombreuses photocopies de « Flot non périodique déterministe » et créa ainsi la lég ende selon laquelle Yorke avait découvert Lorenz. Les manuels ne montraient aux étudiants que les rares systèmes non linéaires permettant de telles techniques. » Les systèmes solubles sont ceux présentés dans les manuels. il fallait trouver des invariants rég uliers. moins dramatique. il loupe un bus qui passe toutes les dix minutes et rate la correspondance de son train qui passe une fois par heure. incertaines. Mais en deux siècles et demi. elle. comme le moment cinétique. qui étaient des aberrations. réag issait différemment. Au base-ball. cela sig nifiait nécessairement qu’elle n’était pas chaotique. à y voir une aberration. contenant diverses méthodes de résolution. puis il se fait écraser par un camion. Mais lorsqu’un scientifique maîtrise cette façon de penser la nature. « Si on parvenait à écrire la solution d’une équation différentielle. Les équations différentielles présentent la réalité comme un continuum uniforme d’un lieu et d’un temps à un autre. ils devaient lui substituer des approximations linéaires. Au niveau pédag og ique. En somme. solubles. et non comme un réseau de points ou d’instants discrets. Du moins. La science. les scientifiques ont acquis pas mal de connaissances sur ce sujet : il existe maintenant des livres et des catalog ues d’équations différentielles. Quand on en rencontrait un – ce qui arrivait –. évoluant sereinement entre la théorie et la difficile. avait découvert un type de chaos qu’il avait lui-même un jour tenu comme mathématiquement impossible.plus tôt. . diverses procédures pour les mettre sous « forme intég rale » comme dirait un scientifique. disait Yorke. toute la formation qu’on avait reçue poussait à le rejeter. si vous en aviez suffisamment. ou l’aborder par des voies détournées. il a des chances de perdre de vue un fait essentiel : la plupart des équations différentielles ne sont pas solubles. Ils se comportent comme il faut. ordonnés.

Alors. s’était lancé dans les mathématiques appliquées à Harvard.) Si cet article fut en soi important. il avait déjà passé de nombreuses heures à étudier une version de l’équation log istique. pensa Yorke. à Princeton . en Australie. Le g arag iste qui ne sait rien sur la boue dans les soupapes n’est pas un bon g arag iste. à la long ue. ils recherchent une périodicité enfouie dans un petit bruit aléatoire. à l’intention des étudiants en thèse. soit ils essayaient de l’arrang er. peuvent facilement se fourvoyer sur la complexité s’ils n’y sont pas suffisamment sensibilisés. les connaissances mathématiques des biolog istes ne dépassent g uère l’analyse. Yorke était d’accord. un jour à Sydney. les g ens ont vu le chaos en d’innombrables occasions. Ils faisaient marcher une expérience. il passa de plus en plus de temps à l’université de Princeton pour discuter avec les biolog istes. que ce soit en physique. il se trouva impuissant à formuler ses idées de manière recevable par des revues de physique . et après sa thèse. il passa une année à l’Institute for Advanced Study.) Les collèg ues de Yorke lui conseillèrent de choisir quelque chose de plus sobre. mais il resta fidèle à un mot qui devait symboliser la recherche croissante sur le désordre déterministe. au lieu d’effectuer la recherche qu’il était censé y faire. (En tant que mathématicien. Aug menter ce . En fait. Fils d’un brillant avocat. Pour quelle raison les investisseurs insistent-ils sur l’existence de cycles dans les cours de l’or et de l’arg ent ? Parce que la périodicité est le comportement ordonné le plus complexe qu’ils puissent imag iner. Essayant diverses valeurs de ce paramètre non linéaire. Les physiciens et les mathématiciens veulent découvrir des rég ularités. à l’explication mathématique de la coexistence entre espèces concurrentes. de son titre mystérieux et malicieux : « Period Three Implies Chaos » (« Période trois implique chaos ». » Scientifiques et non-scientifiques. En 1971. « Dans le passé. Même aujourd’hui. Quand il rejoig nit pour de bon l’université de Princeton – il devait finalement en devenir le doyen pour la recherche –. soit ils renonçaient. Les expérimentateurs. Il écrivit alors un article pour la revue de plus g rande diffusion dans laquelle il pensa qu’il serait publié. dit Yorke. « Le premier messag e est que le désordre existe. Les g ens qui aiment les mathématiques et qui ont certaines aptitudes à leur ég ard s’orientent plus vers les mathématiques ou la physique que vers les sciences de la vie. May était une exception. et cette expérience se comportait de manière erratique. Elle commençait à l’embêter. ne sont pas différents. bon Dieu. Il s’intéressa un temps aux problèmes abstraits de la stabilité et de la complexité. cette équation. Les g ens demandent à quoi sert le désordre. un biolog iste. utilisant l’analyse mathématique et une petite calculatrice sommaire. l'American Mathematical Monthly. May était venu à la biolog ie par la petite porte. May découvrit qu’il pouvait chang er de manière spectaculaire le comportement du système. Mais il faut bien qu’on le connaisse si on veut s’en servir. Lorsqu’ils tombent sur une évolution des cours compliquée. ce n’est que des années plus tard qu’il eut l’adresse de collaborer avec des physiciens. » Yorke décida que les travaux de Lorenz et de Smale contenaient un messag e que les physiciens n’avaient pas entendu. sur un tableau dans un couloir. l’essentiel de son influence lui vint. ou que l’expérience était mal conçue. lorsque lambda dépasse le point d’accumulation ? » C’est-à-dire que se passait-il lorsque le taux de croissance d’une population – sa tendance à l’explosion démog raphique et à la surpopulation – dépassait un point critique. Ils expliquaient ce comportement en disant que c’était du bruit. puis se consacra particulièrement aux problèmes écolog iques très élémentaires de l’évolution des populations isolées. « Mais que se passe-t-il. il l’avait déjà écrite. Leurs modèles inévitablement simples paraissaient moins un compromis. en chimie ou en biolog ie. Il en parla aussi avec son ami Robert May. il avait débuté comme physicien théoricien dans sa ville natale de Sydney.

Il semblait invraisemblable que l’on n’ait pas depuis long temps recensé toutes ses possibilités d’eng endrer l’ordre et le désordre. Son projet était analog ue à celui de Smale : tenter de comprendre cette équation en bloc. Cette équation était bien plus simple que tout ce que Smale avait étudié. Pourquoi ? Que se passait-il exactement à la frontière séparant les deux types de comportement ? May ne parvenait pas à le comprendre – ni les étudiants en thèse. attendant pour voir où – et si – la suite de nombres allait converg er. le projet de May était la première entreprise conçue en ce sens. La période du cycle avait encore doublé – d’un an. Lorsque le paramètre aug mentait.6292. May aug menta le paramètre aussi lentement qu’il le put. chacun revenant une fois tous les quatre ans(2). la population finale s’accroissait lég èrement. puis à fluctuer pour finalement sauter rég ulièrement d’une valeur à l’autre. cet état stationnaire se scindait en deux. Il se lança dans une exploration numérique intensive du comportement de cette équation. La population de poissons imag inaire refusait de prendre une valeur unique et oscillait entre deux points d’une année sur l’autre. Il examina de plus en plus près la frontière critique entre la stabilité et l’oscillation. La population croissait et décroissait selon un rythme quadriannuel. le modèle élémentaire de May s’installait dans un état stationnaire. et la population oscillait entre deux valeurs. Initialement faible. Cela conditionnait non seulement l’équilibre final de la population. donnant une séquence de quatre nombres. Lorsque celui-ci valait 2. et de fait. ce comportement cyclique était stable : des populations initiales différentes converg eaient vers le même cycle de quatre ans.paramètre sig nifiait aug menter le deg ré de non-linéarité. Il examina des centaines de valeurs du paramètre. Pour une faible valeur du paramètre. En aug mentant encore le paramètre. Lorsque le paramètre prenait une valeur très élevée. Utilisant toujours l’équation log istique xsuiv = rx(1-x). et modifiait les résultats tant sur le plan quantitatif que qualitatif. Lorsqu’il croissait. contrôlant avec précision le paramètre « explosion et surpopulation » des poissons.7. la population converg eait vers 0. non localement mais g lobalement. . Et de nouveau. puis à quatre. donnant une courbe montant lentement de la g auche vers la droite. Ce fut comme s’il possédait son propre étang . elle se mettait à croître. elle était passée à deux. C’était pourtant le cas. lorsque le paramètre dépassa la valeur 3. Soudain. cette oscillation se scindait une nouvelle fois. mettant en mouvement la boucle de feed-back. le système – le même système – semblait se comporter de manière imprévisible. la courbe se divisa en deux. mais aussi le fait que cette population atteig ne ou non un équilibre.

Le système devient ensuite chaotique (à droite). la population tend vers l’extinction. AU lieu de recourir à des diagrammes individuels pour mettre en évidence le comportement de populations dotées de divers degrés de fertilité. la population alterne alors entre deux niveaux. ou bifurcations. Ce paramètre croît de la gauche vers la droite . était de tracer un g raphe. Lorsque le paramètre est bas (à gauche). tout comme un accroissement de chaleur dans un fluide en convection engendre une instabilité . on a reporté la population finale suivant l’axe vertical. La valeur d’équilibre de la population se met ensuite à croître avec le paramètre (au centre). et la population prend une infinité de valeurs (Pour un agrandissement de la région chaotique. le seul moyen d’interpréter cette succession de chiffres. L’accroissement du paramètre revient en un sens à renforcer le système. pour chaque paramètre.DÉDOUBLEMENTS DE PÉRIODE ET CHAOS. Ce diagramme montre comment la variation d’un paramètre – ici l’« explosion et la surpopulation » d’une population animale – modifierait le comportement ultime de ce système simple. dessinant un Y couché – une fourche. alors que le paramètre continue d’augmenter. May traça donc une courbe g rossière pour résumer toute l’information sur le comportement du système en fonction des diverses valeurs du paramètre. voir figure suivante). May traça un point symbolisant la population finale. Puis. il obtenait un seul point. se produisent de plus en plus vite. Comme Lorenz l’avait découvert une dizaine d’années auparavant. et la courbe montait lentement de la g auche vers la droite. croissant de la g auche vers la droite. Il porta horizontalement le paramètre. pour les faibles valeurs du paramètre. Ces divisions. et de ne pas fatig uer la vue. lorsque le système avait atteint son équilibre. l’équilibre se scinde en deux. Puis. Robert May et d’autres chercheurs ont utilisé un « diagramme de bifurcation » concentrant toute l’information sur une seule figure. May dut tracer deux populations : la courbe se sépara en deux. Lorsque le paramètre dépassa le premier point critique. Sur la partie g auche du g raphe. Cette séparation correspondait à une population passant d’un . et représenta la population selon un axe vertical. à le rendre moins linéaire.

Chaque dédoublement donnait naissance à une bifurcation eng endrant à son tour une rupture du motif répétitif. stable (agrandissement. le nombre de points doubla à nouveau. une fois agrandies. ces bifurcations donnent lieu à des périodes 2. puis une nouvelle fois. James P Crutchfield / Nancy Sterngold FENÊTRES D’ORDRE AU SEIN DU CHAOS. Certaines régions (ici la zone centrale contenant la fenêtre de période 3. . 16… Puis le chaos commence. « Un véritable cheval de Troie mathématique ». Au- delà d’un certain point. la région chaotique d’un diagramme de bifurcation s’avère contenir une structure complexe – une structure bien plus ordonnée que Robert May n’aurait pu l’imaginer au début. puis encore une fois. Mais alors que l’on renforce le système. Le paramètre croissant. avec pourtant cette rég ularité si tentante. 16. dit May. 8. sautant sur une période ég ale à quatre. une ressemblance avec le diagramme entier. des fenêtres de périodes impaires apparaissent. sans aucune période régulière. 24… Cette structure est d’une infinie profondeur. Ces bifurcations arrivaient de plus en plus vite – 4. Il y a une période 3. Des zones entières du g raphe étaient totalement noircies. 8. à des fluctuations qui ne s’atténuaient jamais. Une population qui avait alterné tous les deux ans se mettait maintenant à chang er les troisième et quatrième années. 12. le « point d’accumulation ». la périodicité laissa place au chaos. Une population qui avait été stable alternait les autres années entre des valeurs différentes. en haut) puis les dédoublements de période reprennent : 6. C’était stupéfiant – un comportement aussi complexe. en bas) présentent.cycle annuel un cycle de deux années. Même avec la plus simple des équations. 4. 32… – puis soudain disparurent. Tout d’abord.

Il contenait un messag e destiné aux physiciens : le chaos est omniprésent . Il démontra que tout système à une dimension dans lequel apparaît un cycle rég ulier de période trois présente à la fois des cycles rég uliers de durées quelconques et d’autres totalement chaotiques. Mais ce qu’il pouvait en calculer était suffisamment troublant. 14.N. Il fut soudain accosté par un chercheur soviétique qui insistait pour lui communiquer quelque chose. Dans un système réel. C’est ainsi que les scientifiques soviétiques furent réceptifs aux idées de Smale – son fer à cheval . et. Ce fut partiellement vrai. Yorke le reçut quatre mois plus tard. Il n’observait qu’un type de comportement – un état stationnaire. Kolmog orov dans les années cinquante. Cette rencontre sur la Spree entre mathématiciens frustrés et g esticulants était symptomatique d’une absence de communication permanente entre les scientifiques soviétiques et occidentaux. Quelques années plus tard. Yorke comprit finalement que ce chercheur affirmait avoir démontré le même résultat. remontant à A. Les mathématiciens et physiciens soviétiques avaient une long ue expérience de recherche sur le chaos. Il donnait ég alement des raisons de croire que les systèmes compliqués. comme 3 ou 7. Mais l’article de Yorke n’était pas qu’un résultat mathématique. C’est cette découverte qui fit l’effet d’un « électrochoc » pour des physiciens comme Freeman Dyson. La répartition des niveaux de population se reproduisait identiquement à elle-même. Il n’avait aucun moyen de savoir qu’un même système. traditionnellement représentés par des équations différentielles continues difficiles à résoudre. 28…. Sarkowski l’avait effectivement devancé dans un article intitulé « Coexistence de cycles pour une application continue d’une courbe sur elle-même ». N. Puis les dédoublements de période reprenaient à un rythme plus élevé. ou un cycle de sept ans. il existait en Union soviétique une tradition de collaboration qui avait survécu aux diverg ences entre physique et mathématiques apparues dans les autres pays. soumis à une lég ère modification d’un paramètre quelconque. Yorke avait démontré que c’était impossible. L’éclosion du chaos aux États-Unis et en Europe a inspiré énormément de travaux en Union soviétique . mais elle suscita ég alement un g rand étonnement : une bonne partie de cette science nouvelle n’était pas si nouvelle à Moscou. Pourtant. 12… ou 7. Il semblait banal de former un système se répétant lui-même sur une période de trois sans que jamais il ne devienne chaotique. lui dit seulement qu’il lui enverrait son article. Malg ré l’accroissement du paramètre – l’accentuation de la non-linéarité du système – une fenêtre s’ouvrait soudainement sur une période rég ulière : une période impaire. May ne put voir le g raphe en entier. Avec l’aide d’un ami polonais. À cause des problèmes de lang ue. des cycles stables réapparaissaient. Yorke crut que l’intérêt g énéral de son article l’emporterait sur son contenu mathématique. Elle était si contraire à l’intuition. mais aussi des restrictions de circulation du côté soviétique. Aussi surprenant que cela puisse paraître. pouvaient être interprétés en termes d’applications discrètes plus simples. un observateur ne voyait que la section verticale correspondant à une seule valeur du paramètre. A. De plus. et s’interrompaient de nouveau pour laisser place à une autre phase de chaos. lors d’un colloque international à Berlin-Est. selon un cycle de trois ou sept ans. la variation d’une population animale g ouvernée par l’équation log istique semblait totalement aléatoire. C’est ce comportement que James Yorke analysa mathématiquement dans son article « Période trois implique chaos ».D’une année à l’autre. ou un désordre apparent. il est stable et structuré. les scientifiques occidentaux de haut niveau ont souvent redémontré des résultats déjà existant dans la littérature soviétique. passant rapidement par des cycles de 3. il consacra quelque temps à visiter la ville et à canoter sur la Spree. refusant de donner des détails. Au début. 6. pouvait exhiber des comportements d’une nature complètement différente. comme dispersée par un bruit dû à l’environnement. au sein de cette complexité.

Si. il s’emplissait d’un tumulte imprévisible. Durant un moment. Les bifurcations apparurent. . puis. un mathématicien qui plus tard s’intéressa énormément aux problèmes de biolog ie. De même. Il photog raphia son écran d’ordinateur pour un millier de valeurs du paramètre – un millier de mises au point. par manque aussi de motivation pour explorer un comportement désordonné. une bizarrerie numérique – presque un amusement. mais sans s’y arrêter. Non qu’ils y virent quelque chose d’insig nifiant. alors que Yorke et May se démenaient pour attirer l’attention de leurs collèg ues. Les quelques mathématiciens qui avaient remarqué le phénomène le considéraient comme purement technique. il n’avait rien de chaotique . Hoppensteadt. traduisit rapidement des systèmes analog ues en termes thermodynamiques. Hoppensteadt eut l’impression de survoler un paysag e inconnu. Mais pour eux. Yasha Sinaï. certains spécialistes occidentaux du chaos se sont fait une oblig ation d’effectuer rég ulièrement des voyag es en Union soviétique pour se tenir au courant. lorsque dans les années soixante-dix les travaux de Lorenz furent enfin connus des chercheurs occidentaux. Hoppensteadt g arde encore le souvenir de sa stupeur. la plupart. Sinaï et d’autres chercheurs soviétiques montaient rapidement un important g roupe de travail basé à Gorki. l’instant d’après. Reg ardant son propre film. au cours des dernières années. qui avait un pied dans chacune de ces deux disciplines. Les mathématiciens avaient observé ces bifurcations. exécuta sur son Control Data 6600 des centaines de millions d’itérations de l’équation log istique. Un brillant physicien mathématicien. avant que des calculs plus poussés ne révèlent la richesse de sa structure. Par manque de connaissances mathématiques sophistiquées. Pour analyser plus en détail le plus simple des systèmes. de petites pointes d’ordre. cependant. du Courant Institute of Mathematical Sciences. ont dû se satisfaire de la version occidentale de leur science. ils se trouvèrent aussitôt diffusés en Union soviétique. comprit qu’il pénétrait dans un domaine à la fois stupéfiant et profond. à l’université de New York. cela appartenait à un univers spécial. Frank Hoppensteadt. En Occident. les biolog istes avaient nég lig é les bifurcations apparaissant sur la route du chaos. éphémères dans leur instabilité – éclats fug itifs de comportement périodique. Et en 1975.fit sensation dans les années soixante. Diagramme de bifurcation tel que May l’observa pour la première fois. disposait d’un ordinateur si performant qu’il décida de filmer ses résultats. May. les scientifiques avaient besoin d’une plus g rande puissance de calcul. au sein de ce chaos. Yorke et May furent les premiers à saisir l’importance des dédoublements de période et à la faire apprécier par le reste de la communauté scientifique. auxquelles succéda du chaos.

Soit les mathématiques déterministes eng endraient un comportement rég ulier. par exemple. En tant qu’avocat du chaos. Cette découverte touchait le cœur du débat. difficiles. une collaboration inconcevable quelques années auparavant. L’intuition naïve sug g ère que le système évoluera lég èrement dans la direction désirée. Pourtant. l’écolog ie. soit un bruit extérieur aléatoire eng endrait un comportement aléatoire. entre biolog istes et physiciens. l’étude du chaos communiqua une énorme impulsion à la biolog ie théorique. l’économie et la mécanique des fluides. à un prog ramme de vaccination. Au début des années soixante-dix. réalisés dans des disciplines comme la g énétique. la rubéole – toutes ces maladies croissaient et décroissaient de manière périodique. Les épidémiolog istes. Dans ce contexte. May découvrit qu’il risquait de subir d’énormes oscillations. par exemple. Le deuxième était qu’il savait que la révélation du chaos alimenterait aussitôt une controverse véhémente dans sa discipline. Et ceux qui pensaient que les populations évoluaient de manière aléatoire prétendaient qu’elles étaient soumises à l’influence de facteurs environnementaux imprévisibles. Cette division entre écolog istes ne reposait presque que sur des questions de personnalités. par exemple. Les biolog istes moléculaires pensaient qu’ils faisaient de la vraie science. En quelques années. Le premier était que. May continuait d’observer des résultats violant l’intuition classique des expérimentateurs. Il fallait choisir. anéantissant tout éventuel sig nal déterministe. May réalisa que l’on pouvait reproduire ces oscillations à l’aide d’un modèle non linéaire. il avait deux avantag es sur les mathématiciens purs. qu’ils s’attaquaient à des problèmes précis. rég uliers ou irrég uliers. Certains considéraient que le monde était ordonné : les populations étaient soumises à des lois. Alors qu’il examinait un nombre croissant de systèmes biolog iques à travers le prisme des modèles chaotiques élémentaires. les médecins avaient déjà observé de telles oscillations dans les données tirées de prog rammes réels – notamment celles issues d’une campag ne d’éradication de la rubéole en Grande-Bretag ne. la polio. pendant que les écolog istes travaillaient dans le vag ue. De toute façon. et évoluaient de façon rég ulière – avec des exceptions. savaient fort bien que les épidémies avaient tendance à suivre certains cycles. Écolog istes et épidémiolog istes ressortirent d’anciennes données que les . Même si. eux. faisant naître. pensaient que les chefs-d’œuvre techniques réalisés par les biolog istes moléculaires n’étaient que des perfectionnements astucieux de problèmes bien définis. Ceux qui pensaient que les populations évoluaient de manière continue affirmaient qu’elles devaient obéir à des mécanismes déterministes. les biolog istes moléculaires et les écolog istes. le chaos apportait un messag e stupéfiant : des modèles déterministes simples pouvaient donner naissance à un comportement apparemment aléatoire. Dans les départements de biolog ie rég nait une tension entre. dont toute partie cependant semblait indiscernable du bruit. Les écolog istes. De fait. May vit le film de Hoppensteadt. Ce n’est pas un hasard si ces deux camps étaient ég alement divisés sur l’application des mathématiques pures aux problèmes compliqués de la biolog ie. D’autres pensaient le contraire : les populations variaient de manière aléatoire – avec des exceptions. comme May le remarqua. Il avait conscience qu’elles n’étaient que des modèles – et il s’interrog ea sur leur portée. les équations simples ne pouvaient représenter parfaitement la réalité. Il se mit à en recueillir d’autres. selon lui. La roug eole. tout responsable sanitaire constatant une brusque montée de rubéole ou de syphilis supposait que le prog ramme de vaccination avait échoué. à long terme. Ce comportement possédait en fait une structure d’une finesse subtile. faisait elle-même l’objet d’un débat fondamental concernant la nature des variations de population. la biolog ie des populations attirait depuis long temps les controverses. et se demanda ce qu’il adviendrait si l’on donnait une petite pichenette au système – une perturbation correspondant. la trajectoire vers le nouvel équilibre serait interrompue par des pics surprenants. la tendance était fermement à la baisse.

scientifiques avaient autrefois écartées, les jug eant trop difficiles à manipuler. On découvrit du
chaos déterministe dans des rapports sur des épidémies de roug eole à New York, et dans les
variations de la population du lynx canadien telle qu’elle fut recensée durant deux siècles par les
trappeurs de la Compag nie de la baie de l’Hudson. Les biolog istes moléculaires commencèrent à
envisag er les protéines comme des systèmes en mouvement. Les physiolog istes reg ardèrent les
org anes non comme des structures statiques, mais comme des ensembles d’oscillations tantôt
rég ulières, tantôt irrég ulières.
May savait que, dans toutes les disciplines scientifiques, des chercheurs avaient observé et
discuté le comportement complexe des systèmes. Mais chaque discipline considérait que sa
version particulière du chaos lui était spécifique. Cette conception était désespérante. Et si un
comportement apparemment aléatoire résultait de modèles élémentaires ? Et si les mêmes modèles
élémentaires s’appliquaient à la complexité intervenant dans différents domaines ? May réalisa que
les structures étonnantes qu’il avait à peine commencé à explorer n’étaient pas intrinsèquement
liées à la biolog ie. Il se demanda combien de scientifiques d’autres disciplines partag eraient son
étonnement. Il rédig ea ce que finalement il considéra comme son article « messianique –, un
article de synthèse paru dans Nature en 1976.
Tout irait mieux dans ce monde, disait May, si l’on donnait à chaque étudiant débutant une
calculatrice de poche, et si on l’encourag eait à jouer avec l’équation log istique. Ce simple calcul,
qu’il exposa en détail dans l’article de Nature, aiderait à se défaire des préjug és acquis, lors d’une
éducation scientifique standard, sur les possibilités de la nature. Cela transformerait les
conceptions des g ens sur bien des sujets, depuis la théorie des cycles économiques jusqu’à la
propag ation des rumeurs.
Il fallait enseig ner le chaos, affirmait-il. Il était temps de reconnaître que la formation
scientifique standard faussait le jug ement. Quelle que soit la perfection atteinte par la
mathématique linéaire, avec ses transformées de Fourier, ses fonctions orthog onales, ses
techniques de rég ression, elle abusait inévitablement les scientifiques sur leur monde terriblement
non linéaire. « L’intuition mathématique que l’on développe ainsi prépare mal l’étudiant à
affronter le comportement étrang e présenté par le plus simple des systèmes discrets non
linéaires », écrivit-il.
« Tout irait bien mieux, non seulement en recherche mais aussi dans le monde quotidien de la
politique et de l’économie, si davantag e de g ens prenaient conscience du fait que les systèmes non
linéaires élémentaires ne possèdent pas nécessairement des propriétés dynamiques simples. »

Une géométrie de la nature
Et pourtant une relation se dessine,
Une petite relation qui se déploie comme l’ombre
D’un nuage sur le sable, une forme sur le versant d’une colline.
WALLACE STEVENS
« Connaisseur du chaos »

Une imag e de la réalité s’élaborait au fil des ans dans l’esprit de Benoît Mandelbrot. En 1960, elle
n’était encore que le fantôme d’une idée, une forme vag ue, imprécise. Mais Mandelbrot la reconnut
dès qu’il la vit : elle était là, sur le tableau, dans le bureau de Hendrick Houthakker.
Mandelbrot était un touche-à-tout des mathématiques qui avait trouvé refug e dans le
département de recherche pure de l’International Business Machines Corporation (IBM). Il bricolait
alors sur la répartition des revenus. Houthakker, professeur d’économie à Harvard, l’avait invité
pour donner une conférence. Lorsque le jeune mathématicien arriva au Littauer Center, l’imposant
bâtiment de sciences économiques situé juste au nord de Harvard Yard, il fut très surpris de voir
que ses découvertes fig uraient déjà sur le tableau du vieil homme. Il plaisanta sur un ton boug on –
comment se fait-il que mon diagramme se soit déjà matérialisé avant ma conférence ? Houthakker ne
comprit pas ce qu’il voulait dire : ce diag ramme n’avait rien à voir avec la répartition des revenus ;
il représentait l’évolution des cours du coton sur huit années.
Pour Houthakker aussi, ce diag ramme avait quelque chose d’étrang e. Les économistes
supposaient g énéralement que le prix d’une marchandise comme le coton suivait deux rythmes
différents, l’un rég ulier et l’autre aléatoire. À long terme, il était soumis de manière continue aux
contraintes réelles de l’économie – la montée et le déclin de l’industrie du textile en Nouvelle-
Ang leterre, ou l’ouverture de voies commerciales internationales. À court terme, il subissait des
mouvements plus ou moins aléatoires. Malheureusement, les données de Houthakker n’étaient pas
conformes à son attente. Elles contenaient trop d’écarts importants. Bien entendu, la majorité des
variations de prix étaient faibles, mais le rapport des petits écarts aux g rands n’était pas aussi
élevé qu’il pensait. La répartition ne décroissait pas assez vite. Elle était très étalée.
Le modèle g raphique standard de cette répartition était – et reste – la courbe en cloche. Au
milieu, au voisinag e du sommet de la cloche, la plupart des données se concentrent autour de la
moyenne. Sur les côtés, le nombre de valeurs faibles et élevées diminue rapidement. Cette courbe
est au statisticien ce que le stéthoscope est au médecin : un instrument de première nécessité. Elle
représente ce qu’on appelle la distribution de Gauss – ou plus simplement la distribution normale.
Elle énonce une affirmation sur la nature du hasard : lorsque des g randeurs varient, elles essaient
de rester au voisinag e d’une valeur moyenne, et s’arrang ent pour se disperser d’une manière
raisonnablement uniforme autour de cette moyenne. Mais ces idées classiques laissaient quelque
peu à désirer lorsqu’il s’ag issait de les appliquer aux irrég ularités de l’économie. Comme l’a dit le
prix Nobel Wassily Leontief : « En aucun domaine de la recherche empirique, un arsenal de
techniques statistiques aussi imposant et sophistiqué n’a été utilisé pour obtenir des résultats aussi
médiocres. »

LA COURBE EN CLOCHE

Quelle que fût la façon dont il reportait g raphiquement les cours du coton, Houthakker ne
parvenait pas à obtenir une courbe en cloche. Il obtenait toutefois une forme que Mandelbrot
rencontrait de plus en plus souvent en des endroits étonnamment divers. Contrairement à la
plupart des mathématiciens, Mandelbrot abordait les problèmes en s’appuyant sur son intuition à
l’ég ard des fig ures et des formes. Il se méfiait de l’analyse et croyait en ses imag es mentales. Et il
pensait déjà que les phénomènes aléatoires, stochastiques, pouvaient être g ouvernés par d’autres
lois ayant un comportement différent. Lorsqu’il reg ag na le centre de recherche d’IBM, de
Yorktown Heig hts, à New York, il emporta avec lui une boîte de cartes perforées contenant les
données de Houthakker sur le coton. Puis il s’en procura d’autres – remontant jusqu’à 1900 –
auprès du ministère de l’Ag riculture à Washing ton.
Comme les scientifiques d’autres disciplines, les économistes entraient dans l’ère de
l’informatique, prenant lentement conscience du pouvoir que cela leur donnait pour amasser,
org aniser et manipuler une information sur une échelle auparavant inimag inable. Ils ne
disposaient pas cependant de tous les types d’information, et celle qu’ils pouvaient recueillir
devait être mise sous une forme utilisable. C’était ég alement le commencement de l’ère de la
perforatrice. Dans les sciences dures, les chercheurs trouvaient cela plus facile pour amasser leurs
milliers ou millions de données. Comme les biolog istes, les économistes s’occupaient d’un monde
d’êtres ayant leur volonté propre. Mais les économistes, eux, étudiaient les plus insaisissables de
toutes les créatures.
Du moins l’environnement leur fournissait-il constamment des données. Pour Mandelbrot, les
cours du coton en constituaient une source idéale. Les archives étaient complètes et anciennes,
remontant sans interruption à une centaine d’années, voire davantag e. Le coton appartenait à
l’univers des ventes et des achats, avec un marché centralisé, et donc un enreg istrement centralisé.
Au début du siècle, tout le coton du sud des États-Unis passait par la Bourse de New York avant
d’aller en Nouvelle-Ang leterre, et les cours de Liverpool étaient liés à ceux de New York.
Si les économistes atteig naient vite leurs limites dès qu’il s’ag issait d’analyser les prix des
marchandises ou des stocks, cela ne sig nifiait pas qu’ils manquaient d’une conception
fondamentale sur les mécanismes de variation des prix. Ils partag eaient au contraire certaines
convictions, dont celle selon laquelle les petites fluctuations passag ères n’avaient rien de commun
avec les variations importantes à long terme. Les fluctuations rapides étaient aléatoires : ces
baisses et hausses minimes résultant des transactions quotidiennes n’étaient que du bruit,

imprévisible et sans intérêt. Les variations à long terme, elles, étaient tout à fait différentes. Ces
amples fluctuations sur plusieurs mois, plusieurs années ou dizaines d’années dépendaient de
forces macroéconomiques profondes – les tendances à la g uerre ou à la récession –, forces qui,
théoriquement, devaient tout expliquer. D’un côté le bourdonnement du court terme, de l’autre le
messag e du long terme.
Cette dichotomie n’avait pas sa place dans l’imag e de la réalité qu’élaborait Mandelbrot. Au lieu
de séparer les g randes et les petites variations, elle les unissait. Mandelbrot était à la recherche de
représentations valables non pour telle ou telle échelle, mais pour toutes les échelles à la fois. Et
s’il était loin de pouvoir dessiner l’imag e qu’il avait en tête, il savait qu’elle devait contenir une
forme de symétrie, non celle de la droite et de la g auche, ou du bas et du haut, mais plutôt une
symétrie entre les g randes et les petites échelles.
C’est justement en passant les données sur les prix du coton au crible des ordinateurs d’IBM que
Mandelbrot découvrit ses étonnants résultats. Ces nombres, aberrants du point de vue de la
distribution normale, eng endraient une symétrie du point de vue de l’invariance d’échelle. Chaque
variation de prix était aléatoire et imprévisible, mais leur succession était indépendante de
l’échelle : les courbes des fluctuations quotidiennes et mensuelles concordaient parfaitement. Aussi
incroyable que cela paraisse, selon l’analyse de Mandelbrot, le deg ré de variation était resté
constant sur une période tumultueuse de soixante années qui avait connu deux g uerres mondiales
et une dépression.
Les masses de données les plus incohérentes recelaient une forme d’ordre inattendu.
Considérant l’arbitraire des nombres qu’il examinait, pourquoi, se demanda Mandelbrot,
devraient-ils obéir à une loi particulière ? Et pourquoi cette loi devrait-elle s’appliquer aussi bien
aux revenus personnels qu’aux cours du coton ?
À la vérité, les connaissances économiques de Mandelbrot étaient aussi limitées que ses
capacités à communiquer avec les économistes. Lorsqu’il publia un article sur ses découvertes, il le
fit précéder d’un autre – rédig é par l’un de ses étudiants – reprenant le sien dans la lang ue des
économistes. Mandelbrot chang ea de sujet, mais avec la détermination croissante d’explorer
l’invariance d’échelle. Il lui semblait que c’était une propriété spécifique – une sig nature.

Des années plus tard, à une conférence, alors qu’on le présentait (« … enseig na l’économie à
Harvard, la physique appliquée à Yale, la physiolog ie à l’Einstein School of Medicine…»), il
remarqua fièrement : « Souvent lorsque j’entends la liste de mes anciennes professions, je me
demande si j’existe réellement. L’intersection de ces ensembles est certainement vide. » De fait,
depuis son entrée chez IBM, Mandelbrot n’a jamais obtenu la reconnaissance des nombreuses
disciplines auxquelles il s’est intéressé. Il fut toujours considéré comme un étrang er introduisant
une approche non conformiste dans des mathématiques surannées, explorant des domaines dans
lesquels il était rarement bien accueilli, dissimulant ses idées les plus g randioses pour pouvoir
publier ses articles, survivant principalement g râce à la confiance que lui accordaient ses
employeurs de Yorktown Heig hts. Il faisait des incursions – comme en économie – puis se retirait,
laissant derrière lui des idées extrêmement séduisantes, mais rarement des travaux solidement
établis.
Dans l’histoire du chaos, Mandelbrot a suivi une trajectoire orig inale. Pourtant, l’imag e de la
réalité qui se formait dans son esprit en 1960 perdit son caractère insolite pour acquérir un statut
g éométrique à part entière. Et si, pour les physiciens qui développaient les travaux de g ens
Comme Lorenz, Smale, Yorke et May, ce mathématicien irritable demeura un saltimbanque, ses
techniques et son lang ag e devinrent inséparables de leur nouvelle science.
Cela surprendra peut-être ceux qui auraient connu Mandelbrot ces dernières années, avec son

où il ne pouvait appliquer la g éométrie. Le nom de leur g roupe était lui-même une plaisanterie. Mais en mathématiques. Mais l’espièg lerie qui présida à la naissance de Bourbaki devait bientôt disparaître. Celui-ci comprenait. la famille émig ra à Paris en 1936. À la libération de Paris. attirant dang ereusement l’attention par sa taille et sa culture. Benoît travailla quelque temps comme apprenti outilleur. Ils furent les meilleurs et les plus talentueux des mathématiciens. On ne les connaît d’ailleurs pas tous. la famille se retrouva de nouveau talonnée par les nazis. et vint g rossir le flot des réfug iés qui se pressaient sur les routes au sud de Paris. et Mandelbrot se découvrit des dispositions insoupçonnées pour dessiner la Vénus de Milo. dans une famille juive lithuanienne. ou. il s’aida de son intuition g éométrique pour dissimuler ses lacunes. Il trouvait toujours des moyens de la transformer. avec ses professeurs – certains étaient des savants disting ués – eux-mêmes isolés par la g uerre. à Tulle et ailleurs. l’écrit et l’oral du concours d’entrée à Normale et à Polytechnique. et ces brillants jeunes g ens se mirent à poser de nouveaux fondements pour la pratique des mathématiques. interrompant la continuité de la tradition académique. entre autres. ce qui est plus révélateur. de modifier ses symétries. puis la quitta au bout de quelques jours pour rejoindre Polytechnique. le mathématicien Szolem Mandelbrojt. Dans l’ensemble. À elles deux. Mandelbrot commença Normale. ce fut comme un club. Lorsque la g uerre éclata. Lorsque l’un d’eux prenait sa retraite. Il s’était rendu compte qu’il pouvait presque toujours réfléchir à un problème en lui faisant correspondre dans sa tête une fig ure g éométrique. le g rand mathématicien de la fin du XIXe siècle. Consciente de la réalité g éopolitique. de la rendre plus harmonieuse. Ils échouèrent finalement à Tulle. les problèmes qu’il n’aurait pu résoudre à l’aide des techniques traditionnelles ne résistaient pas à ses manipulations mentales. ses titres et ses honneurs. mais on cerne mieux le personnag e si on le considère comme un réfug ié. Bourbaki s’est en partie constitué en réaction à Poincaré. pour son étrang e et séduisante sonorité. avec la passion qu’on y manifeste pour les académies autoritaires et les idées reçues sur l’apprentissag e. L’École Normale et l’École Polytechnique étaient des écoles d’élite sans équivalent dans les institutions américaines. Son père était g rossiste en vêtements et sa mère dentiste. malg ré son manque de préparation. Il était déjà un transfug e de Bourbaki. il présenta et réussit. Probablement nulle part ailleurs qu’en France. ses résultats n’étaient pas fameux. Au début. emprunté. une vieille épreuve de dessin. penseur et auteur incroyablement prolifique. les tables de multiplication au-delà de cinq. Souvent ces transformations le conduisaient directement à la solution du problème initial. Ses membres se rencontraient en secret. Ce fut une période de visions et de peurs mémorables. Il est né à Varsovie en 1924. sa scolarité fut irrég ulière et discontinue. Les effets démog raphiques brutaux de la g uerre avaient laissé un vide d’âg e entre les professeurs d’université et leurs étudiants. le reste du g roupe en élisait un autre. Leur nombre était fixe. à l’âg e requis de cinquante ans. fondé dans les lendemains incertains de la Première Guerre mondiale par Szolem Mandelbrojt et quelques autres jeunes mathématiciens insouciants qui cherchaient un moyen de reconstruire les mathématiques françaises. Mais il avait un don. Lors des épreuves de mathématiques – des exercices d’alg èbre et d’analyse –.front haut et imposant. Il affirme n’avoir jamais appris l’alphabet. la plus petite et la plus prestig ieuse des deux. pourtant il ne se rappelle pas en avoir personnellement beaucoup souffert et g arde plutôt le souvenir de ses amitiés. elles préparaient chaque année un peu moins de trois cents étudiants aux carrières universitaires et du g énie civil. mais dont la rig ueur n’était pas le . en partie attirée par la présence de l’oncle de Mandelbrot. abandonna tout sauf quelques valises. Bourbaki n’aurait pu voir le jour. En physique et en chimie. à celui d’un g énéral français du XIXe siècle d’orig ine g recque – c’est du moins ce que l’on pensa plus tard. et leur influence se répandit bientôt à travers l’Europe entière.

formelles et austères. Stephen Smale. ses notations devinrent une oblig ation. Aux États-Unis. Pour un mathématicien. Tout mathématicien sérieux sait que la rig ueur est la poutre maîtresse de sa discipline. À vrai dire. pour s’installer aux États-Unis. Le g roupe insistait à la fois sur la prééminence et l’indépendance des mathématiques à l’ég ard des autres sciences. insupportable. une mathématique visuelle. et les mathématiciens s’y cramponnèrent jalousement. Cette indépendance conduisit à la clarté. Mais avant tout. Les mathématiques devaient être pures. et la clarté à la rig ueur de la méthode axiomatique. En quelques dizaines d’années. alors même qu’il travaillait à la réunion des mathématiques et des sciences de la nature. Ses préceptes. À cause de Bourbaki. Sa mainmise sur l’École Normale fut totale et. l’impitoyable abstraction de Bourbaki fut ébranlée par l’apparition de l’ordinateur. qui considérait que les fondements lég ués aux mathématiques par Poincaré étaient branlants. Ses succès mathématiques continuels et son contrôle sur les étudiants les plus brillants lui assurèrent une lég itimité indiscutée. écrit dans un style de plus en plus dog matique. Les rares savants qui ont choisi d’être nomades sont essentiels au . Pourtant. ses étudiants se trouvèrent devant un choix analog ue et prirent la même décision. la France. pourquoi devrais-je alors le démontrer ? » Bourbaki.principal souci. et refusant d’abandonner son intuition g éométrique. Bourbaki rejetait l’utilisation des fig ures : elles risquaient toujours d’induire en erreur. les mathématiciens se détournèrent des demandes des physiciens avec la même détermination que celle manifestée alors par les artistes et les écrivains vis-à-vis des g oûts du public. Mandelbrot ajouta cette phrase à son entrée dans le Who’s Who : « La science irait à sa perte si (comme le sport) elle plaçait la compétition au- dessus de tout. C’est elle qui g arantit aux mathématiciens qu’ils peuvent reprendre et prolong er un raisonnement développé au cours des siècles. « Je sais que cela doit être vrai. Un mathématicien devait partir des premiers principes de base. cette évolution ne fut pas strictement française. Cette discipline suivit une évolution particulière. Les mathématiques étaient les mathématiques – on ne pouvait les jug er sur leurs applications aux phénomènes physiques réels. Cette attitude procurait beaucoup d’avantag es. Les sujets de recherche des mathématiciens se suffirent à eux-mêmes . pour Mandelbrot. Un mathématicien pouvait éprouver une certaine fierté en affirmant que ses travaux n’expliquaient en rien des phénomènes appartenant à la réalité ou à la science. incapable de vivre dans le formalisme bourbachique. La présentation log ique y jouait un rôle capital. destiné à remettre de l’ordre dans cette discipline. La g éométrie était indig ne de confiance. avec son pouvoir d’eng endrer une nouvelle mathématique. l’armature d’acier sans laquelle tout s’effondrerait. À la long ue. il quitta l’École Normale et. et si elle clarifiait les règ les de cette compétition en se confinant à l’intérieur de spécialités étroitement définies. Mais trop tard pour Mandelbrot. Convaincu de devoir créer sa propre mytholog ie. était persuadé – avec la même conviction que pour tout ce dont il était persuadé – que les mathématiques devaient être une discipline en soi. Un chercheur qui se lance dans un problème commence par définir la direction dans laquelle il va le développer. le choix était alors clair : il renonçait un temps à tout ce qui pouvait avoir une relation avec la nature. se lança dans la rédaction d’un énorme traité. L’hermétisme triompha. Il se trouve que cette décision met souvent en jeu un choix entre une voie mathématiquement abordable et une autre intéressante au niveau de la compréhension de la nature. leurs méthodes devinrent purement axiomatiques. Ne disait-il pas . son style. puis en déduire tout le reste. Nulle part ces valeurs ne furent plus sévèrement codifiées qu’en France. où Bourbaki obtint un succès que ses fondateurs n’auraient osé imag iner. cette exig ence de rig ueur eut des conséquences imprévues sur les mathématiques du XXe siècle. une dizaine d’années plus tard.

(S’excusant pour le symbolisme de l’anecdote. Il s’aventura en ling uistique mathématique. quitta l’institution académique en quittant la France et en acceptant le refug e que lui offrait le Thomas J. plus leur répartition semblait compliquée.) Il étudia la théorie des jeux. Mandelbrot – contrairement à l’intuition – affirma qu’on ne pouvait trouver d’intervalle de temps pendant lequel les erreurs étaient continûment réparties. Elle était toutefois extrêmement particulière. Toute rafale d’erreurs. peu après son étude sur les prix des marchandises. par minute ou par seconde. Mandelbrot fut horrifié : tout un g roupe de données semblait contredire sa théorie. Vous obteniez ici encore des périodes complètement propres. Cette description consistait à séparer de plus en plus finement les périodes de transmission claire des périodes d’erreurs. (Une fois. De plus. Bien que ce bruit de transmission fût par nature aléatoire. Une heure pouvait s’écouler sans qu’aucune erreur apparaisse. effaçait une partie du sig nal et provoquait une erreur. et les ing énieurs avaient constaté que plus ils aug mentaient l’intensité de ce courant. Mandelbrot apprit bientôt qu’il y avait un sujet que l’on ne mentionnait jamais dans les rapports parce qu’il allait à l’encontre des idées reçues : plus on observait de près ces paquets d’erreurs. ce n’était pas le cas des mathématiciens : Mandelbrot ne faisait que reproduire une . Le courant électrique transporte cette information sous forme de paquets discrets. Mandelbrot n’était pas l’un des leurs. plus ils parvenaient à étouffer ce bruit. Jamais. D’abord. qui se qualifiait ég alement de « pionnier par nécessité ». En moyenne. Même les mathématiciens dirent. y mettant en évidence une loi de répartition des mots.) Si les ing énieurs n’avaient aucun cadre théorique pour comprendre la description de Mandelbrot. Le cadre g énéral qui unissait ses travaux resta à l’arrière-plan. puis des périodes avec erreur. et d’autres contenant des rafales d’erreurs. Les ing énieurs étaient confrontés à un bruit apparaissant sur les lig nes téléphoniques transmettant l’information d’ordinateur à ordinateur. au cours des treize années d’un périple qui le conduisit de l’obscurité à la célébrité. il découvrit une relation g éométrique cohérente entre ces paquets d’erreurs et les espaces de transmission propres. En fait. toucha à l’économie. de temps en temps. Mais divisez maintenant les heures contenant des erreurs en périodes de ving t minutes. il tomba sur un problème concret intéressant énormément son directeur. Watson Research Center d’IBM. En discutant avec les ing énieurs. contenait toujours des périodes de transmission totalement exemptes d’erreurs. Puis une autre heure pouvait passer sans erreurs. » Ce « nomade volontaire ». les erreurs tendaient vers un éparpillement infini. on savait qu’il arrivait par paquets : il y avait des périodes de communication sans erreur. que. Mais ils découvrirent qu’on ne pouvait jamais éliminer un bruit spontané qui. Il s’avéra qu’en réalité les ing énieurs n’avaient pas relevé les points les plus extrêmes. Il trouva sa voie lentement. quelle que soit sa brièveté. il ne vit ses travaux acceptés par les nombreuses disciplines auxquelles il les destinait. constamment soutenu par une connaissance prodig ieuse des sujets marg inaux et oubliés de l’histoire scientifique. dans le schéma de Mandelbrot. Mandelbrot trouva une description qui redonnait exactement la répartition des paquets. quoi qu’il fût.bien-être intellectuel des disciplines établies. Quelle que soit l’échelle – une heure ou une seconde –. À son arrivée chez IBM. Décomposez une journée en heures. estimant qu’ils n’avaient aucune importance. inachevé. elle rendait impossible le calcul du taux moyen d’erreur – le nombre moyen d’erreurs par heure. sans malveillance apparente. le rapport des périodes sans erreurs aux périodes avec erreurs restait constant. Puis l’heure suivante pouvait contenir des erreurs. Il écrivit un article sur les invariances d’échelle dans la distribution des g randes et des petites villes. il affirma que son attention avait été attirée sur ce problème par une revue qu’il avait récupérée dans la corbeille d’un chercheur en mathématiques pures pour avoir quelque chose à lire dans le métro de Paris.

Vous lui ôtez le tiers du milieu. les Ég yptiens ont consig né le niveau du Nil. accepter l’inéluctabilité des erreurs et adopter une stratég ie de redondance pour les détecter et les corrig er. leur combinaison se ramenait à ceci : les tendances dans la nature sont réelles. vous prenez un seg ment de droite représentant les nombres compris entre zéro et un. Mandelbrot transforma ég alement les conceptions des ing énieurs d’IBM sur l’orig ine du bruit : ils recherchaient toujours un homme en train de jouer du tournevis quelque part. infiniment nombreux mais cependant infiniment clairsemés. répartis par paquets. sa variation peut être presque arbitrairement rapide. les économistes pensaient que les prix évoluaient d’une manière continue – rapidement ou lentement selon les cas. Les formes de la g éométrie classique sont des droites et des plans. L’invariance d’échelle de Mandelbrot sug g érait qu’on ne pourrait jamais expliquer le bruit à partir d’événements locaux particuliers. L’effet Noé sig nifie la discontinuité : lorsqu’une g randeur varie. mais continûment dans le sens où ils passaient par toutes les cotations intermédiaires en allant d’une valeur à une autre. et de sept neuvièmes à huit neuvièmes. poussières de Cantor : ces phénomènes n’avaient pas leur place dans les g éométries des deux derniers milliers d’années. Si les effets Noé et Joseph avaient des actions opposées.construction abstraite appelée ensemble de Cantor. coulant abondamment certaines années. éclats de bruit. comme d’ailleurs la plupart des mathématiques appliquées à l’économie. qu’il baptisa « effet Noé » et « effet Joseph ». elle sig nifiait qu’au lieu d’aug menter l’intensité du sig nal pour éliminer de plus en plus de bruit. Discontinuité. Elles représentent une puissante abstraction de la réalité. se retrouvant ég alement en économie. Que reste-t-il ? Une étrang e « poussière » de points. De plus. du nom du mathématicien du XIXe siècle Georg Cantor. ces variations correspondaient à deux types d’effets. Malg ré un caractère aléatoire sous-jacent. Elles permirent à Euclide d’élaborer une g éométrie qui dura deux millénaires. L’effet Joseph. très faiblement d’autres années. affirma Mandelbrot. Les artistes virent en elles un idéal de . Cette description hautement abstraite avait une importance pratique pour les scientifiques qui devaient décider entre différentes stratég ies de contrôle d’erreur. Toute stratég ie boursière qui supposait qu’une action descendant de 60 dollars à 10 dollars devait être vendue à 50 dollars était vouée à l’échec. elle était bien sûr extrêmement simplifiée : les inondations et les sécheresses persistent. des cercles et des sphères. lui. Pour construire l’ensemble de Cantor. empruntées à la fluviolog ie. Cette imag e du mouvement était empruntée à la physique. C’est un sujet dont l’intérêt est toujours actuel : le Nil subit des variations de rég ime anormalement g randes. correspond à la persistance. plus il est destiné à l’endurer davantag e. Si la lég ende biblique était censée impliquer la périodicité. la seule g éométrie qu’apprenne encore la majorité des g ens. Pour Mandelbrot. Traditionnellement. En particulier. Les prix peuvent subir des variations brusques. des triang les et des cônes. dont vous enlevez les tiers du milieu – et ainsi de suite jusqu’à l’infini. Les sept années d’abondance qu’il y eut au pays d’Égypte s’écoulèrent.) Cela vous donne alors quatre seg ments. Mandelbrot considérait les erreurs de transmission comme un ensemble de Cantor ordonné dans le temps. Mais elle était fausse. Mandelbrot se tourna vers d’autres données. l’analyse mathématique du niveau du Nil montrait que cette persistance se retrouvait aussi bien sur des siècles que sur des décennies. plus un endroit a enduré de sécheresse. et ont inspiré la puissante philosophie de l’harmonie platonicienne. Vous obtenez deux seg ments dont vous enlevez à nouveau les tiers du milieu (de un neuvième à deux neuvièmes. les ing énieurs devaient s’en tenir à un sig nal modeste. aussi rapidement qu’une nouvelle peut tomber sur un téléscripteur et qu’un millier d’ag ents de chang e peuvent modifier leurs ordres. mais elles peuvent disparaître aussi rapidement qu’elles sont apparues. Durant des millénaires. Et les sept années de famine commencèrent à venir.

un accident. Ils sont souvent la clé qui permet d’atteindre l’essence des phénomènes. Mandelbrot découvrit que. par exemple. Les éclairs ne se déplacent pas en lig ne droite. de l’enchevêtré. Prenez un segment . et y découvrit des différences de ving t pour cent dans les estimations de leurs frontières communes. C’est une g éométrie du g rêlé. du criblé. elles s’avèrent être une abstraction inadéquate. rug ueuse et non lisse. Il s’aperçut que la plupart des g ens y répondaient : « Je ne sais . il consulta des encyclopédies en Espag ne et au Portug al. Mais pour comprendre la complexité. La nouvelle g éométrie donne de l’univers une imag e ang uleuse et non arrondie. quelle que fût l’échelle de temps. n’était pas sa direction. de l’entrelacé. du tordu. qui au premier abord paraît insensée. aime dire Mandelbrot. Les ingénieurs observaient des périodes de transmission libres d’erreurs mélangées à des périodes au cours desquelles les erreurs arrivaient en rafales. écrivit-il. en Belg ique et aux Pays-Bas. Les montag nes ne sont pas des cônes.) Méditant sur les côtes et les frontières sinueuses entre États. du disloqué. De telles poussières. Pour comprendre la complexité de la nature. étudia la turbulence des fluides en jetant un sac de panais blancs dans le canal de Cape Cod. et l’astronomie ptoléméenne y trouva les fondements d’une théorie de l’univers. mais leur longueur totale vaut zéro. et demanda dans un article de 1926 « Le vent possède-t-il une vitesse ? » (« Cette question. ces rafales. L’ensemble de Cantor est la poussière de points résultante. « Les nuag es ne sont pas des sphères ». enlevez le tiers central. puis enlevez le tiers central des segments restants. Quelle est par exemple la véritable nature d’une côte maritime ? Mandelbrot posa cette question dans un article qui fut un tournant de sa réflexion : « Combien mesure la côte de la Bretag ne ? » Mandelbrot était tombé sur la question des côtes maritimes en lisant un article posthume et obscur d’un scientifique ang lais. les erreurs et les intervalles de transmission propre étaient liés par une relation constante. En y regardant de plus près. mérite d’être posée ». affirma-t-il. Mandelbrot vit dans l’ensemble de Cantor un modèle pour l’apparition des erreurs sur une ligne de transmission électrique. Lewis F. qui avait tâtonné sur un nombre surprenant de problèmes devant resurg ir plus tard dans l’étude du chaos. Si les propriétés paradoxales de telles constructions perturbèrent les mathématiciens du XIXe siècle. mais la répartition de ses « zig s » et ses « zag s ». et ainsi de suite. Leur nombre est infini. Les trous et les enchevêtrements sont plus que des imperfections altérant les formes classiques de la g éométrie euclidienne.beauté. il fallait soupçonner que cette complexité n’était pas seulement un hasard. Il fallait avoir la conviction que la caractéristique intéressante dans la trajectoire d’un éclair. elles aussi. L’analyse que Mandelbrot fit de cette question parut à ses auditeurs soit douloureusement évidente. Richardson écrivit dans les années ving t un article sur la prévision météorolog ique numérique. Les travaux de Mandelbrot énonçaient une affirmation sur le monde : ces formes étrang es ont un sens. renfermaient des périodes libres d’erreur. soit ridiculement fausse. Richardson. des heures ou des secondes. LA POUSSIÈRE DE CANTOR. sont indispensables à la modélisation de l’intermittence.

toute côte possède – d’un certain point de vue – une long ueur infinie. affirma Mandelbrot. Cette expérience de pensée. Le sens commun sug g ère que ces estimations. L’arpenteur note cette nouvelle long ueur. En fait. qui. avec une ouverture de un mètre. à l’aide d’un compas imag inaire. lui donne une ouverture de un mètre. de sorte que le degré de rugosité ou d’irrégularité est conservé quel que soit le grossissement. Voss UNE CÔTE FRACTALE. tendront vers une valeur finale particulière. la vraie long ueur de la côte. L’estimation de la long ueur de la côte ang laise par un observateur à bord d’un satellite sera inférieure à celle d’un observateur parcourant ses criques et ses plag es. En d’autres termes. Il obtient cette fois une long ueur un peu plus g rande : le compas prend maintenant en compte davantag e de détails de la côte. ce n’est pas mon domaine ». Mais Mandelbrot découvrit que lorsque l’échelle de mesure diminue. cette méthode par sommation de seg ments de plus en plus courts converg erait effectivement. mais je vais aller vérifier dans l’encyclopédie. à son tour. ces mesures devraient converg er. mais sa dimension fractale est constante. D’un autre point de vue.pas. Et en fait. Cette côte maritime est générée sur ordinateur : ses détails sont aléatoires. donne à son compas une ouverture de dix centimètres. si une côte avait une forme euclidienne – comme un cercle –. et se remet en marche. la réponse dépend de la long ueur de votre règ le. trouvera un résultat inférieur à celui d’un escarg ot escaladant tous les g alets. Le nombre de mètres qu’il obtient n’est qu’une approximation de la long ueur réelle de la côte : il note le nombre de pas effectués. offre un moyen de quantifier l’observation d’un objet depuis des distances – à des échelles – différentes. et il lui faut plus de deux pas de cinquante centimètres pour couvrir la distance qu’il couvrait précédemment. » Richard F. Considérez par exemple cette méthode de mesure : un arpenteur prend un compas. bien que sans cesse croissantes. alors que le compas saute les coins et recoins inférieurs à un mètre. la long ueur mesurée pour la côte . Puis l’arpenteur donne au compas une ouverture plus petite – disons cinquante centimètres – et répète le procédé. ou « Je ne sais pas. et le promène en suivant la côte.

où ce procédé de mesure perd finalement sa validité. la dimension effective d’un objet s’avère différente de ses trois dimensions ordinaires. Plus près. L’abstraction qui permit à Euclide de concevoir des objets à une ou deux dimensions se transpose aisément aux objets que nous utilisons quotidiennement. Mandelbrot abandonna les dimensions. Cette notion est un acte conceptuel de haute voltig e. un seul suffit – toute position le long de la ficelle est définie de manière unique. Pourtant. une carte routière reste à deux dimensions même quand elle est repliée. possède . un et zéro. La dimension est un concept bien plus riche pour les scientifiques que pour les non-scientifiques. de manière non mathématique. » De loin. la latitude et l’altitude. De loin. la relativité : « Qu’un résultat numérique dépende ainsi des rapports entre l’objet et l’observateur est bien dans l’esprit de la physique de ce siècle. 2. De la même manière. Les mesures euclidiennes – la long ueur. » Philosophie mise à part. L’idée de recourir à une quantité de nombres pour caractériser un point est ainsi très utile. la larg eur. Quelle est alors la dimension d’une pelote de ficelle ? Mandelbrot répond : « Cela dépend du point de vue. occupant trois dimensions. on disting ue la ficelle. Elle utilise ces deux dimensions pour fournir une information exactement bidimensionnelle. comme « de très loin » et « plus près ». la long itude. Plus près encore. d’irrég ularité d’un objet. la notion de dimension. mais leur épaisseur est si faible (et de si peu d’importance pour ce qu’on veut en faire) qu’on peut l’oublier. deux. 0. Une dimension fractionnaire permet de mesurer des qualités qui autrement n’auraient pas de définition claire : le deg ré de rug osité. il en faut trois. dont c’est même une illustration particulièrement exemplaire. les baies et les péninsules révélant des sous-baies et des sous-péninsules toujours plus petites – du moins jusqu’aux échelles atomiques. On retrouve ici l’héritag e de la g éométrie euclidienne. puis le matériau se dissout en points à zéro dimension. dans le sens où nous avons besoin de trois nombres pour localiser un point : par exemple. Une carte routière. elle s’avère extrêmement puissante. bien qu’elle s’enchevêtre sur elle-même en empruntant les trois dimensions de l’espace. Une côte sinueuse par exemple. Peut-être. la droite et le point sont respectivement de dimension trois. Ces trois dimensions sont représentées par des directions mutuellement perpendiculaires. Nous vivons dans un espace à trois dimensions. il n’en faut aucun – on ne voit qu’un point. L’arg ument de Mandelbrot semblait contenir une faiblesse : il s’appuyait sur des notions vag ues.croît sans limite. Mandelbrot envisag ea une autre notion. et la pelote devient effectivement un objet à une dimension. un morceau de plan. se résolvant à leur tour en fibres à une dimension. Plus près. 3… pour se tourner vers une apparente impossibilité : les dimensions fractionnaires. Mais loin d’être une faiblesse. en dépit de son incommensurabilité en termes de longueur. la ficelle apparaît comme un ensemble de colonnes tridimensionnelles. Et de fait. dans laquelle l’espace. que la ficelle soit tendue ou roulée en pelote. de dimension nulle. 1. en pratique. le plan. les cartes routières sont bien évidemment tout autant tridimensionnelles que n’importe quel objet. de frag mentation. cette pelote n’est rien d’autre qu’un point. Elle exig e de la part des non-mathématiciens un renoncement volontaire à l’incrédulité. Mandelbrot invoqua. un fil ne possède qu’une dimension. et une particule n’a réellement aucune dimension. la profondeur – ne parvenant pas à saisir l’essence des formes irrég ulières. En réalité. on la voit emplir un espace sphérique. Descendant l’échelle microscopique. est essentiellement un objet à deux dimensions. la nature imprécise de ces transitions conduisit à une nouvelle approche du problème des dimensions. Que se passait-il entre ? Il n’existait bien sûr pas de frontière précise au passag e de laquelle une pelote tridimensionnelle devenait un objet unidimensionnel. Encore plus près.

ang lais et français) fractal(3). que l’on peut itérer facilement. Un après-midi de l’hiver 1975. Le contour contient de plus en plus de détails. À maintes reprises. ajoutez un triangle de côtés égaux à un tiers et ainsi de suite. Son fils était rentré de l’école. en fixant un triang le plus petit sur leur tiers central. Prenez maintenant chacun des douze côtés et répétez l’opération. selon Mandelbrot. De manière imag ée. prenez un triangle de côtés égaux à 1. Imag inez un triang le équilatéral de 30 centimètres de côté. le contour de la fig ure résultante se compose de douze seg ments de 10 centimètres. une fractale est un moyen de voir l’infini. et ainsi de suite jusqu’à l’infini. Pourtant. conscient de l’émerg ence de courants parallèles en physique. briser. Si on y reg arde de près. Pour construire une courbe de Koch. un mathématicien suédois qui fut le premier à la décrire en 1904. ses dimensions.cependant un certain deg ré de rug osité caractéristique. Mandelbrot forg ea le mot (nom et adjectif. Il ressemble à un flocon de neig e idéalisé : c’est la courbe de Koch. et sa g éométrie. l’aire de la figure résultante reste inférieure à celle du cercle circonscrit au triangle initial. la courbe de Koch présente quelques caractéristiques intéressantes. et travaillant à la rédaction de son premier g rand livre. et accolez-lui un nouveau triang le. Mandelbrot donna des méthodes pour calculer la dimension fractionnaire des objets réels en fonction de certaines données ou d’un procédé de construction de forme. Il tomba sur l’adjectif fractus. le monde présente une irrég ularité rég ulière. « Un modèle grossier mais tout à fait suffisant de côte maritime ». Au lieu des trois seg ments de 30 centimètres. Imag inez maintenant la transformation suivante – un ensemble de règ les particulières. D’une part. tout comme un ensemble de Cantor devient de plus en plus clairsemé. Aussi surprenant que cela paraisse. et comprend six sommets au lieu de trois. LE FLOCON DE NEIGE DE KOCH. Prenez le tiers central de chacun des côtés. et sa g éométrie lui permit d’énoncer une affirmation sur les motifs irrég uliers qu’il avait étudiés dans la nature : le deg ré d’irrég ularité reste constant sur différentes échelles. On obtient une étoile de David. il décida qu’il lui fallait trouver un nom à ses formes. elle est continue et ne se recoupe jamais : les triang les ajoutés sont toujours . et Mandelbrot feuilletait par hasard son dictionnaire de latin. cette affirmation est vraie. de forme identique mais de dimensions trois fois plus petites. Puis. On a donc une courbe de longueur infinie entourant une surface finie. bien définies. au milieu de chaque côté. d’après Helg e von Koch. Le contour obtenu a pour longueur 3 x 4/3 x 4/3 x 4/3… – l’infini. du verbe frangere. La résonance entre deux termes voisins dans l’ang lais primitif – fracture et fraction – semblait appropriée.

Pourtant. une long ueur infinie contenue dans un espace fini. L’esprit ne peut visualiser cet emboîtement infini de complexité. avec sa long ueur infinie contenue à l’intérieur d’une surface finie. avec ses poutres. Si vous tracez un cercle autour du triang le initial. À l’aide de techniques inventées par les mathématiciens du début de ce siècle. Bien sûr. sans toutefois être un plan. mais pratiquement oubliées depuis. Mais ce type de répétition structurelle sur des échelles de plus en plus fines peut ouvrir un monde entièrement nouveau à celui qui pense les formes d’un point de vue g éométrique. le deg ré d’irrég ularité correspondait à l’efficacité avec laquelle un objet occupait l’espace. cette courbe est elle-même infiniment long ue. Ce résultat paradoxal. et enlevez le carré central. aussi long ue qu’une droite euclidienne qui s’étendrait jusqu’aux limites d’un univers sans bornes. une bifurcation dans sa structure. un enchevêtrement miroitant extrêmement détaillé. mais inférieure à deux. perturba de nombreux mathématiciens du début du siècle. C’est invraisemblable jusqu’à ce que vous ayez pensé à la tour Eiffel – une bonne approximation tridimensionnelle –. l’aire totale reste finie. Eiffel ne put prolong er son procédé à l’infini. n’occupe aucun espace. il leur en donnait un : cordes et feuilles. ses poutrelles. Mandelbrot put caractériser de manière précise sa dimension fractionnaire. que chacun de ses points est un point de branchement. prenez un carré. Lorsqu’elles n’avaient pas de nom. Elle est davantag e qu’une courbe. Sa dimension est supérieure à un. Une simple courbe euclidienne. à une dimension. la multiplication par quatre tiers itérée à l’infini donne une dimension ég ale à 1. chaque transformation multiplie la long ueur totale par quatre tiers. le travail de ces mathématiciens eut peu d’impact à l’époque. si chaque étape de la construction ajoute une petite surface à l’intérieur de la courbe. mais il fut conscient de la technique subtile qui lui permettait d’allég er sa construction sans lui ôter de sa résistance. les déformer mentalement à la limite de leurs possibilités. irrespectueux de toute intuition raisonnable sur les formes et – cela allait presque sans dire – patholog iquement différent de tout ce que l’on pouvait rencontrer dans la nature. tout aussi pervers. invraisemblable a priori. La courbe de Koch était un monstre. . remplit l’espace. imag inèrent à leur tour des formes analog ues possédant les étrang es propriétés de la courbe de Koch. caillots et tamis. Pour construire un tapis de Sierpinski. Dans ces circonstances. Explorer ces fig ures. De plus.2618. Il y eut aussi les tapis et les tamis de Sierpinski. en plaçant un trou carré au centre de chacun d’eux. et n’est g uère plus g rande en fait que celle du triang le orig inal. ses renforts. Ce furent les courbes de Peano. Mais la courbe de Koch. La dimension fractionnaire se révéla un critère idéal. divisez-le en neuf carrés ég aux de trois sur trois. En un sens.suffisamment petits pour ne pas se cog ner entre eux. mais quelques autres. Répétez l’opération sur les huit carrés restant. et Mandelbrot prit un plaisir enfantin à observer des transformations que personne n’avait jamais vues ou comprises avant lui. Pour la courbe de Koch. Le tamis de Sierpinski s’obtient de la même façon en remplaçant les carrés par des triang les équilatéraux . De même que la première transformation remplace un seg ment de 30 centimètres par quatre seg ments de 10 centimètres. avait quelque chose de ludique. qui se ramifient en un réseau d’éléments de plus en plus fins. la courbe de Koch ne le débordera jamais. il possède la propriété. épong es et mousses.

et ainsi de suite. AU début du XXe siècle. Mandelbrot devait itérer des milliers et des milliers de fois une transformation aisément prog rammable. toujours les mêmes. Son travail convenait tout à fait à cette forme particulière de stupidité à g rande vitesse des ordinateurs. Mandelbrot avait deux g rands avantag es sur les quelques autres mathématiciens qui avaient réfléchi sur ce g enre de fig ures. D’une part il disposait des facilités informatiques d’IBM. puis en découpant les centres des huit petits carrés restants. quelques mathématiciens conçurent des objets apparemment monstrueux en ajoutant ou en enlevant une infinité d’éléments. L’ing éniosité concevait des transformations . L’analogue tridimensionnel est l’éponge de Menger. construit en découpant en son centre le neuvième de son aire. Dans ses recherches. L’un de ces objets est le tapis de Sierpinski.Benoît Mandelbrot CONSTRUIRE AVEC DES TROUS. les ordinateurs les dessinaient – avec parfois des . en des millions de points voisins de l’atmosphère. Comme les météorolog ues qui devaient effectuer de petites opérations. un réseau spatial dont l’aire est infinie mais dont le volume vaut zéro.

Mandelbrot aime citer ces vers de Jonathan Swift : « Ainsi. Depuis une ving taine d’années. lorsque celui-ci s’intéressait à l’économie. fractal sig nifiait invariant d’échelle. on savait très bien que les petits et g rands tremblements de terre suivaient une . » Au nord-est des États-Unis. diplômé du MIT. Avant tout. » L’autre avantag e de Mandelbrot était l’imag e de la réalité qu’il avait commencé à échafauder à partir de ses rencontres avec les cours du coton. une puce/ Est la proie de puces plus petites. un motif à l’intérieur d’un motif. Au début du XXe siècle.résultats inattendus. dont on retrouve des illustrations partout dans la culture : dans les réflexions infinies d’une personne se tenant entre deux miroirs parallèles. Il avait découvert le nom de Benoît Mandelbrot dans les années soixante. l’imag ination a ses limites. L’invariance d’échelle est une symétrie qui se retrouve à toutes les échelles. un ensemble de bâtiments peu avenants dissimulé dans les bois au sud de l’État de New York. Elle implique la récurrence. et j’ai découvert que tout le monde pouvait en faire autant. Il fallait en créer une – de toutes pièces. Ces fig ures étaient bien comprises et relég uées au second plan. spécialiste de la forme et de la structure de l’écorce terrestre. C’est là que Christopher Scholz. observent les naturalistes. je constatai qu’il y rég nait une totale absence d’intuition. ou dans l’imag e du poisson qui en avale un plus petit qui en avale un plus petit qui en avale un plus petit. Son étude des formes irrég ulières intervenant dans les processus naturels et son exploration des fig ures infiniment complexes reposaient sur un concept commun : l’invariance d’échelle. Cette imag e commençait maintenant à se préciser. Et l’ordinateur n’existait pas. « il y eut une long ue période d’une centaine d’années durant laquelle les fig ures ne jouèrent aucun rôle en mathématiques : on avait fait le maximum réalisable à la main avec une règ le et un crayon./ Qui se font mordre par des puces plus petites. et ainsi de suite. passait énormément de temps sur un problème retors concernant les tremblements de terre. Scholz était le type même du chercheur prag matique. Alors que mathématiciens et physiciens théoriciens n’accordaient aucun intérêt aux travaux de Mandelbrot. à l’est de l’Hudson. les mathématiciens butaient rapidement sur des difficultés de calcul – comme les premiers biolog istes avant le microscope. considérait que ces formes étaient totalement monstrueuses et patholog iques. Au début. Elle est liée à la technique de construction de ces courbes – on répète la même transformation à des échelles de plus en plus petites. la règ le et le crayon –./ Et ainsi de suite jusqu’à l’infini. telle qu’elle s’élaborait à partir des outils habituels – la main. professeur à Columbia University. les premières fig ures furent pour moi une surprise . L’intuition. et que lui-même. Selon Mandelbrot. prompt à utiliser les outils de la g éométrie fractale. se mit un jour à penser aux fractales. le meilleur endroit pour étudier les tremblements de terre est le Lamont-Doherty Geophysical Observatory. non seulement parce qu’ils eng endraient du détail à des échelles de plus en plus fines. le bruit de transmission électronique et l’écoulement des fleuves. Les g raphiques de Mandelbrot sur les cours boursiers et les débits fluviaux présentaient une invariance d’échelle. « Lorsque je me lançai sur ce sujet. La vieille intuition était trompeuse. mais aussi parce qu’ils eng endraient ce détail dans un rapport constant. J’ai éduqué mon intuition pour qu’elle accepte comme évidentes des formes qui étaient initialement rejetées comme absurdes. « L’intuition n’est pas un don. C’est une propriété facilement reconnaissable. puis je me mis à en reconnaître certaines parmi les anciennes. L’invariance d’échelle des formes monstrueuses comme la courbe de Koch tient au fait qu’elles présentent le même aspect quel que soit leur g rossissement. Lorsqu’on examine un univers constitué de détails de plus en plus fins.

Ce fut comme si Mandelbrot y avait rassemblé. les paysag es disloqués des zones sismiques. cela revenait à reg arder cette surface à travers une étroite bande spectrale. reg arder la silhouette d’une Coccinelle Volkswag en et tracer la courbe délimitant sa surface. littéraire et obscur. Mis à part le caractère irrég ulier et imprévisible de ces séismes. et qui n’avaient aucun moyen systématique de les interpréter. hasard et dimension). Les failles et les fractures y sont si abondantes qu’elles constituent la clé de toute bonne description de l’écorce terrestre. Comme une poig née de chercheurs dans quelques autres disciplines. Scholz se rappela le nom de Mandelbrot. « n’était pas un livre mode d’emploi. Vous pouviez. le travail des g éophysiciens consistait à décrire la surface de la Terre. ce livre. The Fractal Geometry of Nature (La Géométrie fractale de la nature). Les Objets fractals. Chance and Dimension (Les Objets fractals : formes. du pétrole et des g az naturels. Vous pouviez lui trouver une équation. il mit au point un moyen d’utiliser les fractales pour décrire. notamment ceux qui travaillaient sur les phénomènes naturels. aucun cadre n’existait. tour à tour spirituel. cette surface dont la rencontre avec les océans forme les côtes maritimes. La compréhension des surfaces était donc capitale. Elles forment un réseau en trois dimensions et eng endrent ce que Scholz appelait en plaisantant la « schizosphère ». se vendit plus que tout autre livre mathématique de haut niveau. Une surface pouvait être plate ou avoir un aspect particulier. les trous et les conduits minuscules dans les roches pétrolifères poreuses. C’était loin d’être évident. dit Scholz. Les vues pénétrantes de la g éométrie fractale vinrent à la rescousse des chercheurs qui étudiaient la manière dont les choses se mélang ent. tout ce qu’il savait ou soupçonnait sur l’Univers. et bourré d’équations : Fractals : Form. Et en vérité. Son style était abstrus et exaspérant. Elle s’observait en tous les points de la Terre où l’on avait dénombré et mesuré des tremblements de terre. en fait la même répartition invariante d’échelle qui semblait g ouverner la distribution des revenus personnels dans une économie de libre marché. Obsédé par les espoirs contenus dans les idées de Mandelbrot. étrang ement érudit. Cette courbe était mesurable par les techniques euclidiennes habituelles. et sont finalement plus importantes que le matériau qu’elles traversent. Pour Scholz. comme observer l’Univers à travers un filtre roug e – on voit ce qui se passe à cette long ueur d’onde. La plupart des séismolog ues s’étaient contentés de noter le fait. ainsi que sa version révisée et aug mentée. . Scholz passa plusieurs années à essayer de trouver le parti qu’il pouvait tirer de ce livre. pêle-mêle. Il se trouve que Scholz s’intéressait énormément aux surfaces. il était intéressant de se demander quels processus physiques pouvaient expliquer cette rég ularité. Mais pour Scholz. Elles contrôlent l’écoulement des fluides dans le sol – l’écoulement de l’eau. Mais le sommet de la croûte terrestre renferme un autre type de surfaces. C’est du moins ce que Scholz pensait. les surfaces des crevasses. par exemple. et que des surfaces il y en avait partout dans ce livre. Il réalisa bientôt qu’il n’était pas isolé. mais Scholz était persuadé que sa profession se trouvait dans une impasse. Les idées unificatrices de la g éométrie fractale mirent en contact des scientifiques qui considéraient que leurs propres observations étaient spécifiques de leurs disciplines. En quelques années.répartition mathématique particulière. Elles contrôlent aussi le comportement des tremblements de terre. il acheta un livre abondamment illustré. mais une pochette-surprise ». Elle était une méthode d’observation des matériaux – les surfaces métalliques aux aspérités microscopiques. mais on perd tout ce qui se produit aux long ueurs d’onde des autres couleurs. bien que ce fût plusieurs années avant que ne se multiplient conférences et séminaires sur les fractales. En 1978. se divisent ou volent en éclats. classifier et mesurer les phénomènes intervenant dans sa discipline. Mandelbrot le présenta lui-même comme « un manifeste et un recueil ». Les g éophysiciens considéraient les surfaces comme tout un chacun – ils n’y voyaient que des formes.

Il est évident que même à l’intérieur d’un rocher soumis à une pression g ig antesque. Mais imag inez que vous reg ardiez la Volkswag en de plus en plus près. eng lobant des arbres et des collines. Mais que se passe-t-il si l’observateur se trouve à un kilomètre. Dans sa discipline. la dimension fractale de la surface de la Terre donne des indications sur ses caractéristiques essentielles. Toutefois. le contact entre un pneu et le bitume. La dimension fractale d’une surface métallique. le contact au niveau d’une articulation mécanique. Associer la surface d’une Volkswag en à sa forme euclidienne équivaut à ne la reg arder qu’à l’échelle d’un observateur qui en est éloig né d’une dizaine ou d’une centaine de mètres. le spectre correspond à l’échelle. À cette échelle. Pourtant. « Il s’ag it d’un même modèle qui permet de traiter toute l’étendue des dimensions chang eantes de la Terre. il ne marche plus sur. À plus petite échelle. d’une manière apparemment aléatoire. lorsqu’un g éolog ue s’en approche. Scholz estimait que les outils de la g éométrie fractale étaient indispensables. à mesure que la rondeur des pare-chocs et du capot sort du champ de vision. c’est une forme euclidienne de dimension deux. donne souvent une information sur la résistance du métal. la surface microscopique de l’acier se révèle elle aussi bosselée. même si les morceaux semblent s’emboîter correctement à une échelle g rossière. Les descriptions fractales trouvèrent une application immédiate dans une série de problèmes liés aux propriétés des contacts de surfaces : par exemple. les métallurg istes étaient parvenus à la même conclusion pour la surface des aciers. soit – avec moins d’admiration – pour quelqu’un qui avait pris le train en marche. Il savait que certains de ses collèg ues considéraient ce petit g roupe comme des excentriques. Scholz devint célèbre pour avoir fait partie de la poig née de chercheurs qui recouraient aux techniques fractales. des immeubles et – quelque part dans un parking – une Volkswag en. cette surface n’est qu’une succession de bosses parmi d’autres bosses. La pointe du crayon monte et descend. Il vous donne des outils mathématiques et g éométriques pour faire des . C’est ce que Scholz appelle l’effet Humpty-Dumpty(4). Dans cette analog ie. De loin. un éboulis sur le versant d’une montag ne. elles présentent des inég alités. Elle semble chaotique. Mais ensuite. il subsiste toujours. des interstices par lesquels un liquide peut s’écouler.sans parler de l’immense éventail des phénomènes situés dans les domaines radio ou infraroug e. d’abord à la loupe puis au microscope. du hasard. La rédaction de ses articles le contraig nait à des choix difficiles : écrire pour le public restreint des aficionados des fractales. L’une des conséquences – élémentaire mais d’une portée considérable – de cette g éométrie fractale est que les surfaces en contact ne se touchent pas en tous points : quelle que soit l’échelle. ou encore un contact électrique. ou une centaine de kilomètres ? Ou un millimètre ? Ou un micron ? Imag inez que vous dessiniez la Terre telle qu’on la verrait depuis une centaine de kilomètres dans l’espace. Les propriétés de ces contacts s’avèrent totalement indépendantes des matériaux mis en jeu. il sentait qu’on le prenait soit – avec admiration – pour une personne informée. il y a toujours des inég alités qui ne coïncident pas. comme la surface d’une épong e. et ne dépendent que de la qualité fractale de l’ajustement des bosses les unes sur les autres. Scholz considéra une formation g éolog ique classique. C’est la raison pour laquelle on ne peut recoller parfaitement une tasse à thé qui s’est brisée. mais dans l’éboulis – celui-ci se résout en rochers de la taille d’une voiture Sa dimension réelle est devenue environ 2. dit-il. sa surface semble de plus en plus uniforme. Quand il utilisait le terme de « fractal » dans le titre d’un article. ou écrire pour un plus larg e public de g éophysiciens qui auraient besoin d’explications sur les concepts fondamentaux. par exemple. Scholz découvrit dans la g éométrie fractale un puissant outil pour décrire la bosselure particulière de la surface terrestre . De même.7 : les rochers présentent des surplombs et des replis qui emplissent presque totalement l’espace à trois dimensions. à une échelle suffisamment petite. Au début.

les animaux sont très liés à une échelle particulière. Vous les voyez différemment. sont comme les tremblements de terre : invariants d’échelle. sans dimensions : elles s’appliquent quelle que soit l’échelle. À l’imag e de la courbe de Koch qui maintient sa long ueur infinie à l’intérieur d’une surface finie. ou quand un physicien décrit un quark. La physique des tremblements de terre. elle. Elles sous-entendent que la dimension et la durée. Quand un biolog iste décrit un être humain. vous mesurez les phénomènes et vous y réfléchissez sous un ang le nouveau. si fondamentales pour la manière dont les g ens appréhendent le monde qu’il n’est pas facile de voir qu’elles impliquent un certain préjug é. le sang est une richesse. Une fois que vous avez franchi le cap et que vous comprenez le paradig me. les petites tempêtes se comportent comme les g rosses. propriétés qui dépendent de l’échelle. pour certains phénomènes naturels. Leur ramification est de nature fractale. ou à sa classification. dans nombre de situations. Mais cette définition. des animaux – le squelette d’un animal de trente centimètres est différent de celui d’un animal de trois centimètres. C’est une nouvelle vision. En réalité. et un animal de trois mètres de haut a besoin d’un squelette encore différent pour supporter l’aug mentation de masse. constituent une autre forme de continuum. possèdent un sens. Par nécessité physiolog ique. Si. Il se trouve que les équations de mouvement des fluides sont. dans l’économie du corps. depuis le tourbillonnement des papiers au coin d’une rue jusqu’aux immenses systèmes cycloniques visibles de l’espace. Les vaisseaux sang uins. Il est difficile de rompre avec l’habitude de penser les objets en termes de dimension et de durée. Et dans une certaine mesure. Imag inez un être humain dont on aurait doublé les dimensions en respectant ses proportions : son squelette s’effondrera sous son poids. » Quelles sont ses dimensions ? Quelle est sa durée ? Ce sont là les questions les plus fondamentales qu’un scientifique peut se poser à propos d’un objet. Mais l’affirmation de la g éométrie fractale est que. les vaisseaux sang uins doivent effectuer quelques tours de mag ie dimensionnelle. Elle ressemble à l’un des objets imag inaires et monstrueux conçus par les mathématiciens du début du siècle et retrouvés par Mandelbrot. est pratiquement indépendante de l’échelle. les météorolog ues prennent actuellement conscience que. L’analyse de photos-satellites a d’ailleurs mis en évidence une dimension fractale invariante dans les nuag es observés depuis plusieurs centaines de kilomètres d’altitude. La . On peut tester les modèles réduits d’ailes d’avion et d’hélices de bateaux dans des souffleries et des bassins. Ils se divisent à maintes reprises pour devenir si étroits que les cellules sang uines sont contraintes d’y circuler en file indienne.descriptions et des prédictions. les questions de dimension et de durée sont effectivement appropriées. Leur irrég ularité caractéristique – descriptible en termes de dimension fractale – ne chang e absolument pas lorsqu’on les observe à diverses échelles. Sans certains indices – comme la brume – il est pratiquement impossible de jug er si un nuag e est éloig né de six mètres ou de six cents mètres. par contre. Par définition. C’est ce qui les disting ue. le désordre qui ag ite l’atmosphère forme un continuum. C’est pour cette raison que les voyag eurs aériens perdent toute notion de perspective dès qu’il s’ag it d’apprécier la distance d’un nuag e. Les extrémités de ce continuum forment un tout avec son milieu. sans aucun rapport avec l’ancienne – elle est bien plus vaste. de l’aorte aux capillaires. qu’elles peuvent aider à la description d’un objet. Ouragan. la recherche d’une échelle caractéristique est illusoire. Un g rand tremblement de terre n’est qu’une version amplifiée d’un petit tremblement de terre. ce sont les g ens qui l’imposent à la nature. L’échelle est importante. par exemple. Les catég ories ne fonctionnent plus. l’appareil circulatoire doit enfermer une énorme surface à l’intérieur d’un volume limité. c’est une tempête de dimension donnée. Dans leur structure g lobale. l’espace est un luxe. Les nuag es.

ont peut-être leurs analog ues .nature. les manuels recourent à une approche qui semble tourner autour du pot : « Lors de la transition prog ressive d’un type d’artère vers un autre. le canal biliaire dans le foie. dans certains cas. De temps en temps. Certaines artères de diamètre moyen possèdent des parois qui font penser à des artères plus g rosses. et le lang ag e de l’anatomie tend à masquer l’unité existant à toutes les échelles. le sang coulera. connue des cardiolog ues sous le nom de réseau de His-Purkinje. a si bien fait les choses que. L’approche fractale. Tout étudiant en médecine sait que les poumons sont conçus pour contenir une surface énorme. il est parfois difficile de classer la rég ion intermédiaire. Pourtant. » Il fallut attendre une dizaine d’années après que Mandelbrot eut publié ses spéculations physiolog iques pour que certains biolog istes théoriciens commencent à découvrir qu’une org anisation fractale contrôlait les structures à tous les niveaux du corps humain : la description « exponentielle » standard de la ramification pulmonaire s’avérait totalement erronée. Cette dernière structure. Dans l’appareil dig estif. Une structure aussi subtile – en fait deux réseaux de veines et d’artères entrelacés – est loin d’être exceptionnelle. Les poumons d’un être humain moyen renferment une surface supérieure à celle d’un court de tennis. plusieurs cardiolog ues sensibilisés au chaos affirmèrent que l’une des clés permettant de comprendre ce rythme était l’org anisation fractale du réseau de His-Purkinje. En tant qu’objets fractals. Et – complication supplémentaire – ce labyrinthe de trachées pulmonaires doit se relier avec efficacité aux artères et aux veines. les vaisseaux et le sang occupent très peu d’espace. le syndrome du marchand de Venise – que vous découpiez une livre ou un millig ramme de chair. veines et veinules. Les anatomistes étudient le système vasculaire en classifiant les vaisseaux sang uins en fonction de leur taille – artères et artérioles. alors que certaines g rosses artères ont des parois qui rappellent celles des artères de taille moyenne. selon la formule de Mandelbrot. ces ramifications admettent une description d’une simplicité évidente. Il apparut que des travaux considérables effectués sur des cœurs normaux et anormaux dépendaient de la minutie avec laquelle les cellules musculaires des ventricules droit et g auche coordonnaient leurs actions. Pour ce qui est de ces rég ions de transition… on parle souvent d’artères de type mixte. considère d’emblée la structure g lobale des poumons par rapport à la ramification qui l’eng endre et s’enchaîne de façon cohérente des g randes aux petites échelles. Après avoir découvert que le spectre de fréquence du rythme cardiaque – comme les tremblements de terre et les rythmes économiques – obéissait à des lois fractales. dans la plupart des tissus. tandis que la description fractale se trouvait en accord avec les données. cette complexité n’existe que dans le contexte de la g éométrie euclidienne traditionnelle. un labyrinthe de bifurcations autosimilaires sur des échelles de plus en plus petites. dans d’autres cas. dans sa structure fractale. les tissus présentent ondulations sur ondulations. ouvrit une voie de recherche particulièrement importante. tout cela se révéla fractal. C’est. pas plus de cinq pour cent du volume du corps. Peano et Sierpinski. Les transformations élémentaires qui eng endrent les fig ures inventées par Koch. Ce type de complexité se trouve dans tout le corps humain. le réseau de fibres spéciales qui transmettent les impulsions électriques aux muscles cardiaques. Comment la nature est-elle parvenue à élaborer une architecture aussi compliquée ? Selon Mandelbrot. ces sacs microscopiques situés à l’extrémité des bronches –. La capacité d’un animal à absorber de l’oxyg ène est approximativement proportionnelle à la surface de ses poumons. en revanche. aucune cellule n’est jamais éloig née de plus de trois ou quatre cellules d’un vaisseau sang uin. Si. ne nécessitant que très peu d’informations. Mais les anatomistes sont formés pour observer sur une seule échelle à la fois – par exemple au niveau des milliers d’alvéoles. Les poumons eux aussi doivent faire tenir la plus g rande surface à l’intérieur du plus petit volume. Le système urinaire. elle induit en erreur. cette classification s’avère féconde.

que l’on ne connaît plus aujourd’hui que pour sa contribution sang lante à la Révolution française . et atteig nit auprès du public non scientifique une célébrité comparable à celle de tout mathématicien. l’historien des sciences de Harvard. mais aussi universelle de la morphog enèse. il n’en trouva que quinze. alvéoles. » Après avoir réuni en un livre toutes ses idées sur la nature et l’histoire des mathématiques. dont les idées furent effectivement révolutionnaires. il fut haï par certains de ses collèg ues qui le trouvaient anormalement obsédé par sa place dans l’histoire. Cela tenait en partie à l’attrait esthétique de ses fig ures fractales. Mandelbrot passa tout naturellement des arbres pulmonaires et vasculaires aux arbres réels de la botanique. il est un peu még alo. Einstein . bien sûr . « Si je me suis mis à rechercher ces phénomènes dans les poubelles de la science. avec un ég otisme invraisemblable. c’est parce que j’avais dans l’idée que ce que j’observais n’était pas une exception. I. Nul doute qu’au cours de ces années où il fut considéré comme un hérétique. Son nom fig ura sur une courte liste dressée par I.dans les instructions codées contenues dans les g ènes d’un org anisme. il devint un habitué du circuit des conférences scientifiques. mais ce qu’il fait est tellement . bronchioles. Charles Darwin. En tout. Just . De tels processus conviennent au dessein de la nature. Jean-Paul Marat. Bernard Cohen. Von Liebig . Virchov . mais fausses . Von Laue . il pourrait cependant fixer les règ les d’un processus itératif de bifurcations et de croissance. mais y découvrant parfois des choses intéressantes. aux arbres qui doivent capter l’énerg ie du Soleil et résister au vent. compulsé d’obscures revues. Parfois. la mettant sur le compte des obstacles qu’il avait dû surmonter pour obtenir la reconnaissance de son travail. Et les biolog istes théoriciens commencèrent à soupçonner que l’invariance d’échelle fractale était une caractéristique non seulement ordinaire. mais probablement quelque chose de très répandu. Robert Symmer. Ses admirateurs parvenaient cependant facilement à ig norer sa personnalité. DuPont de Nemours & Company et l’armée des États-Unis entreprirent la production d’un équivalent synthétique du duvet d’oie. ce fut plus une approche de naturaliste que de théoricien. Mais le jeu en valut la chandelle. Mandelbrot resta un étrang er luttant avec un acharnement constant contre les règ les du jeu scientifique. ce fut après avoir finalement réalisé que le fantastique pouvoir que le produit naturel avait de piég er l’air résultait de nœuds et de bifurcations fractales structurant la protéine mère du duvet. « Bien sûr. un contemporain écossais de Benjamin Franklin. Lorsque E. ou de la structure spatiale particulière de l’arbre résultant de leur association. Ils affirmaient qu’il les tyrannisait pour qu’ils le reconnaissent à sa juste valeur. avec des branches et des feuilles fractales. Si l’ADN est certainement incapable de renfermer les plans de l’immense multitude des bronches. il affina tout autant son jug ement stratég ique que scientifique. en partie au fait que des milliers d’informaticiens amateurs pouvaient explorer son univers sur leurs ordinateurs personnels – en partie aussi parce qu’il sut se mettre en avant. Au sommet de sa g loire. Ils affirmèrent que la compréhension de l’encodag e et de la réalisation de telles structures constituait désormais un défi majeur pour la biolog ie. James Watson – la structure de l’ADN. Il commença à recevoir des prix et autres honneurs professionnels. Cantor . Mandelbrot obtint auprès des chercheurs un succès inhabituel. lorsque paraissaient des articles utilisant des idées empruntées à la g éométrie fractale. Alfred Weg ener – la dérive des continents. Hamilton . J’ai assisté à des conférences. Par certains côtés. la plupart pour rien ou presque. Compton . Minkowski . pour les mathématiciens. Avec ses indispensables boîtes de diapositives et sa fine chevelure blanche. Et Benoît Mandelbrot. qui avait épluché les annales de la découverte à la recherche des scientifiques ayant déclaré que leur propre travail constituait une « révolution ». Toutefois. il téléphonait ou écrivait aux auteurs en se plaig nant qu’aucune référence n’ait été faite à son nom ou son livre. la kératine.

lequel des deux a le plus contribué à l’avancement de la science ? Est-ce qu’une conjecture est une découverte ? Ou n’est-ce qu’un pari délibéré sur une affirmation ? Les mathématiciens avaient certes de tout temps été confrontés à ce g enre de problèmes. et qu’un autre la démontre rig oureusement. renoncer à ses préfaces plus ou moins visionnaires pour pouvoir publier ses articles. ni la prolifération de références à ses prédécesseurs. S’il n’avait pas ag i ainsi. certains totalement inconnus (et tous. Je disais “Il est naturel de…. et était bourré de menus détails sur l’histoire des mathématiques. mais le débat s’était aig uisé avec le rôle croissant joué par les ordinateurs. Si un scientifique annonce qu’une chose est probablement vraie.admirable que la plupart des g ens passent par-dessus tout ça ». On entendit même un admirateur s’écrier. C’était tantôt mystérieux tantôt irritant. Ils devaient acquiescer à son extraordinaire intuition pour découvrir des voies prometteuses dans des disciplines qu’il n’avait en fait jamais étudiées. des g ens disant “Il est naturel . publiée en français en 1975. Mandelbrot fit amplement les deux. Mandelbrot trouvait toujours une raison pour affirmer qu’il y était parvenu en premier. en laissant aux autres le soin de les démontrer. Ils considéraient que c’était pour lui un moyen de se mettre bien en vue. je suis tombé sur certaines de ces formules. Ma politique a consisté à ne pas dire que je proposais des chang ements radicaux pour ne pas désintéresser les lecteurs. Peu importait que la majorité de ses lecteurs jug ent ses références obscures. « Cette politique eut sur mon style un effet que je devais plus tard reg retter. Il fallait se soumettre aux règ les du jeu. c’était tout sauf naturel. dit l’un deux. Selon un autre : « Il a rencontré tant de difficultés auprès de ses collèg ues mathématiciens que. Mandelbrot est persuadé d’avoir été contraint d’ag ir ainsi pendant des dizaines d’années. Ils réag irent : s’ils pouvaient difficilement contourner le terme de fractal. Son livre est souvent écrit à la première personne : J’affirme… j’ai conçu et développé… et mis en œuvre… j’ai confirmé… j’ai montré… j’ai forgé le terme… Au cours de mes voyages dans ces territoires récemment ouverts ou colonisés. jouant selon des règ les permettant de faire des découvertes sans suivre l’habituelle démarche théorème-preuve des articles mathématiques standard. Pourtant. voire inutiles. Ce style philosophique et distant était nécessaire pour faire accepter mes travaux. et l’observation intéressante était en réalité le résultat de très long ues investig ations. comme le remarquèrent ses détracteurs. Ils s’indig naient aussi – particulièrement les mathématiciens – de sa façon de passer d’une discipline à une autre. s’il n’avait pas été aussi convaincu de voir juste. Ceux qui les utilisaient pour réaliser des expériences furent davantag e assimilés à des chercheurs en laboratoire. Lorsqu’il écrivit la première version de son livre. ils pouvaient éviter le nom de Mandelbrot en parlant de dimension de Hausdorff-Besicovitch à la place de dimension fractionnaire. Un g énie n’a pas toujours besoin de ressembler à un saint comme Einstein. comme le pape donnant sa bénédiction urbi et orbi. Quel que soit l’endroit où conduisait le chaos. Il a dû exposer ses idées avec diplomatie. Il est intéressant d’observer que…” En fait. il a été contraint de développer cette stratég ie de mise en avant. bien morts et enterrés). il n’aurait jamais réussi. Cette question était lég itime. C’est la raison pour laquelle il rédig ea tout exprès sa dernière version comme un « manifeste et un recueil ». d’une recherche de démonstration et d’autocritique. » Qu’importe. attribuer et s’attribuer des mérites peut tourner à l’obsession. je fus souvent amené à user du droit d’en nommer les points de repère. énonçant affirmations et conjectures. pour simplement survivre. Le livre de Mandelbrot portait sur des sujets variés. exaspéré : « Mandelbrot ne peut pas avoir eu les idées de tout le monde avant tout le monde. « Plus tard. » Chez les scientifiques. de la sismolog ie à la physiolog ie. Nombre de scientifiques n’apprécièrent pas ce style. il se sentit oblig é de prétendre qu’il ne contenait rien de trop surprenant.

) » À cet ég ard. les métallurg istes. les roches ou les métaux que Mandelbrot reçut l’accueil le plus enthousiaste – particulièrement dans les centres de recherche industrielle. déchiquetées et disloquées – depuis le contour cristallin des flocons de neig e jusqu’aux poussières discontinues des g alaxies. peut-être une source d’inspiration pour un chercheur moderne. Et au niveau pratique le plus immédiat. l’élég ance et la beauté. j’en suis sûr. car il n’ajoute rien aux mathématiques. les théoriciens des probabilités et les physiolog ues. fractal devint synonyme d’une manière de décrire. En mathématiques. en revanche. avec leurs frontières complexes entre comportements ordonné et chaotique. pour les effets spéciaux cinématog raphiques. on rencontre énormément de directions. toujours la même : « Qui êtes-vous et pourquoi vous intéressez-vous à notre discipline ? » La deuxième : « Quel est le lien avec nos travaux et pourquoi ne l’expliquez-vous pas en des termes qui nous soient accessibles ? » La troisième : « Êtes-vous sûr que ce soient des mathématiques standard ? (Oui. mais très obscur. La quatrième phase était alors : « Et les g ens qui sont dans ces mathématiques. En fait. de paysag es terrestres et extraterrestres incroyablement réalistes. mais une physique qui est morte est g énéralement morte pour de bonnes raisons. les mathématiques diffèrent de la physique et des autres sciences appliquées. . C’est ég alement pour cela que Mandelbrot. Une branche de la physique devenue obsolète ou improductive tend à appartenir définitivement au passé. possédaient des rég ularités insoupçonnées que l’on ne pouvait décrire qu’en termes de relation entre g randes et petites échelles.) Alors. Mandelbrot ne jouit jamais totalement de la considération de ces deux communautés. les sismolog ues. par exemple. Elle peut devenir une curiosité historique. elles trouvèrent leur application la plus étonnante dans la création. Les formes que des g ens comme Robert May et James Yorke avaient découvertes au début des années soixante-dix. ils sont surpris de voir que leurs idées représentent la nature.d’observer…” Je ne m’attendais pas à cela. C’est pour cela que les mathématiciens jug ent un travail de manière esthétique. Vers le milieu des années quatre-ving t. a déniché d’aussi bonnes mathématiques qui n’attendaient que d’être dépoussiérées. les fractales devinrent un principe org anisateur pour l’étude des polymères et – bien que cela fut tenu secret – les problèmes de sécurité au niveau des réacteurs nucléaires. Ce fut auprès des chercheurs des sciences appliquées travaillant sur le pétrole. Ces chercheurs étaient convaincus – et tentèrent de convaincre les autres – que la g éométrie de Mandelbrot était la véritable g éométrie de la nature. elles étaient aussi naturelles que les éléments d’Euclide et les amateurs d’informatique se repassèrent de petits prog rammes dessinant des imag es fractales. de calculer et de penser des formes irrég ulières et frag mentées.) » Finalement. Une courbe fractale implique une structure org anisatrice dissimulée à l’intérieur de la complexité monstrueuse de ces formes. puis se révèlent plus tard des domaines de recherche extrêmement importants. nombre d’ing énieurs de chez Exxon travaillaient sur des problèmes fractals. Les lycéens pouvaient comprendre les fractales et s’amuser avec . cette g éométrie fractale fournissait ég alement un ensemble d’outils qui furent utilisés par les physiciens. pourquoi ne les connaissons-nous pas ? (Parce que c’est standard. recherchant. À Hollywood. » Avec du recul. de chemins détournés qui semblent n’aboutir nulle part pendant un certain temps. qu’est-ce qu’ils pensent de votre travail ? (Ils s’en fichent. les chimistes. Mandelbrot découvrit que la réaction des scientifiques de diverses disciplines passait par des phases tristement prévisibles : la première. Si ces formes exercèrent une influence indiscutable sur les mathématiciens et les physiciens orthodoxes. Ces structures qui donnaient la clé de la dynamique non linéaire s’avérèrent de nature fractale. avec ses méthodes d’antiquaire. À la General Electric. On ne peut jamais prévoir les applications potentielles d’une idée à l’état brut. comme des artistes.

ils en mettent deux ou trois ensemble – ce qui est suffisamment compliqué. Et pour une bonne raison : elle ne concordait pas avec les faits. Les scientifiques eurent souvent une prédisposition pour ce g enre de visions. le retour. et le développement ontog énique est bien plus qu’un simple ag randissement. La puissance de l’invariance d’échelle. » La notion d’invariance d’échelle fait résonner de vieilles cordes sensibles dans notre culture. De prime abord. Ce fut par exemple le cas en biolog ie de l’évolution. « Voir le monde dans un g rain de sable ». et chaque extension paraît fournir une information supplémentaire. si ce n’est comme des extensions de ce que l’on connaît déjà ? Ce mythe eut la vie dure jusqu’à ce que le télescope et le microscope élarg issent la vision humaine. plus directement que les travaux de Mandelbrot. Quand ils veulent examiner l’interaction entre particules subatomiques. les espèces et les familles d’espèces. les org anismes individuels. Même dans des domaines éloig nés de la physique. se manifeste à des niveaux de complexité bien plus élevés. L’invariance d’échelle participa ég alement au mouvement qui. Leibniz imag ina qu’une g outte d’eau contenait un univers entier en ébullition. Mais en tant que principe scientifique. il y avait du vrai dans ce qu’il disait. il était mort et avait soudain entendu la voix indéniable de Dieu : « Tu sais. ce Mandelbrot. Bien que Mandelbrot en ait fait l’utilisation la plus exhaustive en g éométrie. Il s’ag it de voir g lobalement. une théorie devait identifier des schémas de développement à la fois dans les g ènes. l’idée d’une cohérence sur des échelles nouvelles semble de son côté entraîner une perte d’information. Cette idée fut saluée par toute une lig née de penseurs occidentaux. Vers la fin du XXe siècle. Un mathématicien raconta à ses amis qu’il s’était éveillé en pleine nuit. Elle était implicite dans les travaux de Lorenz : on la retrouve dans sa compréhension intuitive de la structure subtile des fig ures données par son système d’équations. Cela tient en partie à l’existence en science d’une tendance permanente au réductionnisme. Les premières découvertes firent prendre conscience que chaque chang ement d’échelle faisait surg ir de nouveaux phénomènes et de nouveaux types de comportements. les scientifiques commencèrent à penser en termes de théories fondées sur des hiérarchies d’échelles. empruntant des voies inconcevables auparavant. les imag es de l’incroyablement . contenant à son tour d’autres g outtes d’eau et de nouveaux univers. dans les années soixante et soixante-dix. ce processus ne s’est jamais arrêté : tout nouvel accélérateur. en physique. écrivit Blake. Mais paradoxalement. ce reg ain d’intérêt devait résulter d’un élarg issement de la vision humaine analog ue à celui qui avait tué les premières idées naïves sur l’invariance d’échelle. elle. En physique des particules. La première interprétation de l’invariance d’échelle comme principe org anisateur résultait des limitations de l’expérience humaine au niveau des échelles de g randeur. Lorsqu’on découvrit les spermatozoïdes. étend le champ de vision de la science à des particules plus petites et sur des échelles de temps plus brèves. devait donner naissance. remarqua-t-Il. en apportant un accroissement d’énerg ie et de vitesse. on pensa que chacun d’eux était un homoncule. structure qu’il pouvait pressentir mais non observer avec les ordinateurs dont on disposait en 1963. où l’on se rendit compte que. l’invariance d’échelle tomba en désuétude. mais complètement formé. pour être complète.Elles ne purent cependant l’ig norer totalement. Comment d’ailleurs imag iner le très g rand et le très petit. de l’invariance d’échelle en science prit la forme d’un courant intellectuel qui se fit sentir simultanément dans de nombreuses disciplines. un être humain minuscule. Les scientifiques décomposent les choses et étudient les morceaux un à un. à la discipline baptisée chaos. le très rapide et le très lent. bouleversé par un cauchemar. Dans son rêve. Les spermatozoïdes ne sont pas que des êtres humains à échelle réduite – ils sont bien plus intéressants que cela –.

Elle était d’une sauvag erie ag ressive. Pour Mandelbrot et ses disciples. les forêts tropicales. C’est ég alement le sentiment de Gert Eilenberg er. Sur un plan émotionnel. ses cartouches décorés de volutes. Personne n’eut plus à imag iner. malg ré tous les efforts des architectes ? Il me semble que l’on doive chercher la réponse. barbare. réductionniste. ce à quoi pouvait ressembler l’Univers à l’échelle du microscope ou du télescope. » Une forme g éométrique possède une échelle. tant admiré et tant imité. Au Seag ram Building il oppose l’architecture des Beaux-Arts. courbé par l’orag e sous un ciel crépusculaire en hiver.petit et du fantastiquement g rand firent leur entrée dans l’expérience quotidienne. insoumise. l’exil éternel du jardin de l’Éden… Même les sciences naturelles… restaient essentiellement hostiles à la nature sauvag e. S’ils voulaient retirer une satisfaction esthétique de la contemplation de la vég étation. Mais cela pouvait aussi bien être ce style de peinture dont le meilleur exemple serait les carrés colorés de Josef Albers : minimal. une œuvre d’art qui séduit n’a pas d’échelle : à tous niveaux elle contient des éléments importants. les déserts. même si elle est un peu spéculative. impatient de découvrir des analog ies. la raison en est évidente : les formes simples sont inhumaines. les chaînes de montag ne ou les cristaux de neig e. À mesure qu’on s’en approche. g éométrique. rappelant d’une manière désag réablement envahissante la Chute de l’homme. Pour Mandelbrot. non domestiquée. et de nouveaux éléments de sa structure apparaissent. Et l’esprit humain. une dimension spécifique. les scientifiques attirés par la g éométrie fractale associèrent souvent leur nouvelle esthétique mathématique aux chang ements survenus dans l’art au cours de la seconde moitié de ce siècle. la brousse et les badlands représentèrent tout ce que la société s’efforçait de soumettre. élabora inévitablement de nouvelles formes de comparaisons entre le g rand et le petit – dont certaines se révélèrent fécondes. avec ses sculptures et ses g arg ouilles. les arbres. La culture vit des photog raphies d’atomes et de g alaxies. ne la considérant que comme . Les bâtiments dits g éométriques se composent de formes simples – de lig nes droites et de cercles – descriptibles en peu de nombres. ses corniches surmontées de chéneaux et bordées de denticules. Géométrique : ce mot sig nifie ce qu’il a toujours sig nifié durant des milliers d’années. alors que ce n’est pas le cas pour la silhouette d’un bâtiment universitaire. comme Leibniz. les nouvelles mathématiques de la g éométrie fractale mettaient les science dures en accord avec la sensibilité particulièrement moderne à l’ég ard de la nature sauvag e. totalement différente. linéaire. dans notre nouvelle vision des systèmes dynamiques. Apprécier la structure harmonieuse d’une architecture est une chose. les g ens reg ardaient des jardins. On ne construit plus de g ratte-ciel compacts comme le Seag ram Building à New York. Sur le plan esthétique. La mode de l’architecture et de la peinture g éométriques a maintenant disparu. Comme l’a écrit John Fowles à propos de l’Ang leterre du XVIIIe siècle : « Cette époque n’avait aucune sympathie à l’ég ard de la nature primordiale. et se caractérise par des combinaisons particulières d’ordre et de désordre. À une certaine époque. un physicien allemand qui s’est lancé dans la science non linéaire après s’être spécialisé dans la supraconductivité : « Pour quelle raison éprouve-t-on un sentiment de beauté devant la silhouette d’un arbre dénudé. admirer le désordre de la nature en est une autre. Elles ne correspondent pas à la façon dont la nature s’org anise ou à la manière dont l’homme perçoit le monde. on y découvre des détails qui attirent l’œil. La forme de tous ces objets correspond à des processus dynamiques qui ont pris une consistance physique. sa composition chang e. Notre sentiment de beauté résulte de l’arrang ement de l’ordre et du désordre tel qu’on le rencontre dans les objets naturels – les nuag es. Ils eurent le sentiment de puiser leur enthousiasme dans l’ensemble de la culture. Un modèle d’architecture Beaux-Arts comme l’Opéra de Paris ne possède aucune échelle parce qu’il les possède toutes. Mandelbrot retrouvait le modèle de la sensibilité euclidienne dans l’architecture du Bauhaus. À quelque distance qu’on le reg arde. ses pierres d’ang le et ses jambag es.

Il put dresser une liste de phénomènes naturels avec leurs dimensions fractales – les côtes maritimes. Mais les physiciens voulaient en savoir plus. Le g rand courant prestig ieux de la physique se détourna lui aussi de l’univers de l’expérience quotidienne. à utiliser. les bassins fluviaux. et la science chang ea avec elle. Il fallut attendre que Smale ramenât les mathématiciens vers les systèmes dynamiques pour qu’un physicien puisse dire : « Nous devons remercier les astronomes et les mathématiciens de nous avoir. Mandelbrot fournit un lang ag e indispensable et un surprenant catalog ue d’imag es de la nature. Ils voulaient connaître le pourquoi. A priori. Comme il le reconnut lui-même. son prog ramme décrivait mieux qu’il n’expliquait. La nature contenait des formes – non des formes visibles. lég ué cette discipline dans un bien meilleur état que nous la leur avions abandonnée il y a soixante-dix ans. ces fig ures auraient pu servir d’arg uments dans la procédure de divorce entamée au début de ce siècle entre les mathématiques et les sciences physiques. Ils pensaient être plus malins que la nature – alors qu’en fait ils ne l’avaient pas encore ég alée dans sa création. malg ré Mandelbrot. à classifier. la fin d’un mariag e qui avait été la caractéristique dominante de la science depuis Newton. » Pourtant. malg ré Smale. la culture a chang é. » À la fin du XXe siècle. l’écorce des arbres. les g alaxies – et les scientifiques purent utiliser ces nombres pour faire des prédictions. à nous physiciens. ce furent les physiciens qui finalement construisirent une nouvelle science du chaos. .une chose à dompter. mais enfouies dans la structure du mouvement – qui attendaient d’être révélées. Les mathématiciens comme Cantor et von Koch s’étaient réjouis de leur orig inalité. à exploiter. la science a finalement trouvé une utilité aux cousins obscurs et extravag ants de l’ensemble de Cantor et de la courbe de Koch. Ainsi.

et autres formes devant se déplacer dans des fluides. » La physique théorique avait pris ses distances par rapport à la turbulence. Ils étudient la forme et l’évolution des explosions. Les jeunes et brillants physiciens avaient mieux à faire. sauf un que même Dieu n’aurait pu percer. ayant chacune son mouvement propre : des éléments de fluide voisins ont tendance à demeurer voisins. la partie physique nucléaire était pratiquement résolue avant le début du projet. Elle est instable. Mais dans la plupart des cas. où l’efficacité de la combustion dépend de la vitesse de mélang e. Elle semblait presque au-delà de la connaissance. Les aspects concrets en étaient si bien maîtrisés qu’on pouvait les abandonner aux techniciens. Un écoulement turbulent crée un frottement considérable à l’intérieur des pipe-lines. Il y avait cette anecdote sur le théoricien quantique Werner Heisenberg . LEWIS F. la turbulence est synonyme de désastre. et pourquoi y a-t-il la turbulence ? Heisenberg ajouta : « Je suis persuadé qu’il pourra répondre à la première question. la turbulence était un sujet trop dang ereux pour qu’on y perde son temps. Qu’est-ce donc que cette turbulence ? Un sacré désordre à toutes les échelles. officiellement ou non. La science avait en effet tracé une frontière et dit : « Nous ne pouvons aller au-delà. Il existe bien sûr des situations où elle est souhaitable – dans un moteur à explosion par exemple. Ils utilisent des connaissances qui remontent au XIXe siècle. RICHARDSON La turbulence était un problème noble. Pour les physiciens. Un écoulement uniforme se divise en volutes et en tourbillons. comme des chevaux dans un attelag e. L’énerg ie diffuse rapidement. La construction de la bombe atomique lors de la Seconde Guerre mondiale était en théorie un problème de physique nucléaire. lorsque la compréhension du mouvement des liquides et des g az mobilisait la physique. Un courant d’air turbulent au-dessus d’une aile d’avion diminue sa portance. les vortex et les tourbillons. Elle est fortement dissipative : elle . L’étude de la turbulence n’avait essentiellement qu’un intérêt pratique. dans la rég ion où les fluides avaient un comportement rég ulier. Par chance. » Il y avait suffisamment à faire en deçà. les flammes et les ondes de choc. de petits tourbillons à l’intérieur de g rands tourbillons. Tous les g rands physiciens s’y étaient intéressés. de coques de sous-marins. Les g ouvernements et les industries eng ag ent d’énormes sommes d’arg ent dans la conception d’avions. ce problème était larg ement dépassé. Des formes irrég ulières rompent la frontière entre le fluide et le solide. la dynamique des fluides ne faisait plus réellement partie de la physique. À l’université. Les chercheurs étudient l’écoulement du sang dans les vaisseaux et les ventricules. Mais en réalité. un liquide qui s’écoule de manière uniforme ne se comporte pas comme s’il comprenait un nombre pratiquement infini de molécules indépendantes. Pourquoi ? Les meilleures idées vinrent des mathématiciens . Attracteurs étranges Les grosses volutes contiennent de petites volutes Qui y puisent leur vitesse. d’hélices. Et ces petites volutes en contiennent de plus petites Et ainsi de suite jusqu’à la viscosité. Pour les théoriciens sérieux. des mouvements à g rande échelle aux mouvements à petite échelle. la dynamique des fluides semblait avoir livré tous ses secrets. pour la plupart des physiciens. Ce n’était qu’un travail d’ing énieur. et les ing énieurs disposent de techniques satisfaisantes pour calculer un écoulement tant qu’il reste tranquille. Mais à l’époque moderne. de turbines. déclarant sur son lit de mort qu’il poserait à Dieu ces deux questions : pourquoi y a-t-il la relativité. et le travail qui occupa les scientifiques réunis à Los Alamos fut un problème de dynamique des fluides. elle n’était pratiquement plus enseig née que dans les sections de g énie civil. habituellement toujours le même : éliminer la turbulence.

D’aussi près que vous reg ardiez un tourbillon. il revient naturellement au repos. comme une corde de violon qui répondrait à un frottement plus appuyé en vibrant sur une deuxième fréquence. Mais au-delà du seuil de turbulence. Les ordinateurs eux-mêmes restent pratiquement impuissants devant le mouvement irrég ulier d’un fluide. les faibles perturbations sont absorbées. chacun dissipant l’énerg ie du fluide et donnant naissance à une fréquence caractéristique. pour peu qu’on l’idéalise. Mais cette représentation. En l’ag itant. parfaitement à l’abri de toute vibration. Dans les années trente. La fumée d’une cig arette s’élève uniformément au-dessus d’un cendrier. Cette hypothèse. quarante années plus tôt. a un aspect fortement fractal. étroitement lié au précédent. est en fait erronée. L’imag e de l’intermittence. Tout g az ou liquide se compose de molécules individuelles si nombreuses qu’on peut les . La vorticité est toujours localisée : l’énerg ie ne se dissipe en fait que dans une partie de l’espace. l’hypothèse d’homog énéité. vous y découvrez des zones de calme. Landau. lui qui. elle aussi. Kolmog orov supposa que ces tourbillons occupaient tout le volume du fluide. ne correspond pas tout à fait à la réalité. Elle était due à Lev D. Il y avait ég alement un autre problème. Comment un tel écoulement peut-il eng endrer quelque chose d’aléatoire ? Toutes les lois semblent échouer. c’est que les g randes long ueurs d’onde se décomposent en petites long ueurs d’onde : il se forme des tourbillons contenant des tourbillons plus petits. Les recherches réalisées par tâtonnement sur une aile de Boeing 707 ne contribuent en rien à celles effectuées sur une aile de chasseur F-16. Mais comment un écoulement uniforme devient-il turbulent ? Imag inez un tuyau parfaitement lisse. Poincaré le savait. Pour la clarté de sa description. aux g randes long ueurs d’onde. mais sa nature demeure insaisissable. avait remarqué à la surface ondulée d’une rivière que les tourbillons coexistent toujours avec des zones d’écoulement rég ulier. et tourbillonne en suivant le courant. De plus. Kolmog orov a proposé une description mathématique donnant une idée de l’enchaînement de ces tourbillons. descendant vers des échelles de plus en plus réduites pour finalement atteindre une limite : les tourbillons sont alors si minuscules qu’ils sont absorbés par l’action comparativement importante de la viscosité. si vous cessez de le remuer. excitez-le. lui donnant ainsi le même aspect en tout point. Ag itez un liquide. l’eau passant sous un rocher se transforme en un vortex qui s’amplifie. Le modèle de Landau correspondait à une superposition de fréquences en compétition : l’apport d’énerg ie dans un système déclenche l’apparition successive de fréquences nouvelles.pompe l’énerg ie et crée du frottement. dissonante. les connaissances acquises ne valent que pour l’objet testé : elles ne sont pas universelles. on peut le vérifier lors d’essais en soufflerie sur des ailes d’avion ou des hélices . s’accélère jusqu’à une vitesse critique au-delà de laquelle elle se scinde en volutes désordonnées. le g rand physicien soviétique dont l’ouvrag e sur la mécanique des fluides demeure un classique. mais tout à fait distinct : que se passait-il au commencement de la turbulence ? Comment un écoulement uniforme devient- il turbulent ? Existe-t-il des phases intermédiaires précédant l’installation définitive de la turbulence ? Une théorie lég èrement plus puissante répondait à ces questions. une quatrième. Lorsque l’écoulement est rég ulier – laminaire –. Ainsi. et la première chose à remarquer. A. N. avec des interpénétrations d’uniformité et de désordre à des échelles de plus en plus petites. puis sur une troisième. Elle est un mouvement devenu aléatoire. jusqu’à ce que le son se transforme en une totale cacophonie. chacune incompatible avec la précédente. alimenté par une source d’eau au débit parfaitement constant. Ce seuil de turbulence s’observe et se mesure en laboratoire . se divise. vous lui fournissez une énerg ie correspondant aux basses fréquences. Ce fluide est visqueux – g luant – et perd son énerg ie . ces perturbations deviennent catastrophiques. La compréhension de ce seuil – de cette transition – est devenue l’un des enjeux majeurs de la science. l’hypothèse d’homog énéité cède la place à l’hypothèse de l’intermittence. Dans un torrent. Il imag ina toute une cascade d’énerg ies.

le fluide posséderait une infinité de comportements possibles – un nombre de « deg rés de liberté » infini dans le jarg on des scientifiques – et les équations décrivant le mouvement du fluide contiendraient une infinité de variables. le prestig e rejaillit sur le théoricien. où toute la g loire est allée aux théoriciens pendant que les expérimentateurs sont devenus des techniciens hautement spécialisés. réduit considérablement le nombre de deg rés de liberté. toutes incommensurables. Le théoricien travaille dans un endroit idéal. Peut-être est-ce cela. elles créent un mouvement si compliqué – des ondes en interférence cog nant contre la paroi – que vous pouvez à peine le suivre. luttant avec elle pour la façonner. transpirent. Il y a couplag e de mouvements potentiellement complexes. dans un écoulement rég ulier. la turbulence. Les amours de l’expérimentateur. une ménag erie de mouvements mystérieux et irrég uliers apparaît. Si les physiciens ont accepté cette représentation. Ces deux fréquences se chevauchent. les expérimentateurs des artisans. l’étude des particules . De l’eau s’écoule dans une conduite ou autour d’un cylindre. l’inverse n’est pas vrai. ou s’éloig nent lentement. Du moins permettait-elle de g arder sa dig nité tout en reconnaissant son impuissance. se plaig nent. Le théoricien n’a pas besoin de complices . Aug mentez davantag e la pression. Des éléments de fluide voisins demeurent voisins au cours du mouvement. les expérimentateurs. Pour une majorité de profanes. depuis l’époque ancienne où tout scientifique était les deux à la fois. les traînées bien dessinées que l’on observe sur les photos prises en soufflerie. Par la pensée. cajoler les techniciens. une cinquième. saveur étaient des concepts qui plaisaient. une certaine injustice dans leurs relations. Les théoriciens font des expériences dans leur tête . alors que la physique s’identifiait à l’étude des particules élémentaires. de la poussière. linéairement. Les théoriciens sont des penseurs. une sixième. L’écoulement est devenu extrêmement compliqué. asynchrone avec la première. la varice oblique. flatter les assistants de labo. l’expérimentateur doit réunir des étudiants en thèse. comme un naïf Roméo inventerait sa Juliette idéale. Aug mentez encore la pression. manipulant un appareillag e coûteux et compliqué. puis une quatrième. eux. Puis c’est la confusion. à l’abri du bruit. le zig zag . aucun n’a eu la moindre idée pour prévoir l’avènement d’une nouvelle fréquence en fonction de l’accroissement d’énerg ie. les expériences les plus célèbres aux yeux du public furent celles réalisées sur les accélérateurs de particules. des vibrations. symétrie. Une deuxième fréquence apparaît.considérer en nombre infini. mais était mathématiquement inutilisable. cette représentation de la turbulence semblait concorder avec les faits. Sur le plan conceptuel. c’est qu’en fait personne n’avait jamais vérifié la théorie de Landau sur le seuil de la turbulence. À elles deux. elles. Spin. Depuis la fin de la dernière g uerre. le rouleau croisé. il martèle lentement la paroi. ce qui. ni la valeur de cette fréquence. Ces mouvements reçurent parfois des noms : l’oscillateur. Bien que chacun ait besoin de l’autre. doivent en plus se servir de leurs mains. Comme une onde. Une troisième fréquence entre en jeu. Selon Landau. pour former. avec un lég er sifflement uniforme. Si les meilleurs expérimentateurs conservent encore une âme de théoriciens. et une non moindre majorité de physiciens. Malg ré cela. et pètent. Le théoricien invente ses propres compag nons. s’entrechoquent. le nœud. Et si personne n’avait jamais observé expérimentalement ces apparitions mystérieuses. ces nouveaux mouvements instables s’empilaient les uns sur les autres. par exemple. vit dans l’intimité de la matière comme un sculpteur avec son arg ile. couleur. rivalisent. lui. Un rythme rég ulier se fait entendre. aug mentez la pression. formant des tourbillons de vitesses et de dimensions différentes. l’apprivoiser. le mouvement d’une molécule est fortement lié à celui de ses voisines. C’est particulièrement le cas en physique des hautes énerg ies. L’expérimentateur. théoricien et expérimentateur tolèrent. Si elles avaient chacune un mouvement indépendant. Les particules de fumée qui s’élèvent d’une cig arette suivent toutes un temps le même mouvement. En réalité.

Les théoriciens manifestaient un peu moins de snobisme et les expérimentateurs un peu moins de méfiance. et cela modifia définitivement la nature de l’expérimentation en physique des particules. La corde a été tendue . sur des échelles de temps de plus en plus brèves. C’était excitant – seul dans une pièce minuscule. Malg ré cela. et les relations entre théoriciens et expérimentateurs plus étroites. préféraient travailler seuls ou à deux – et sur des choses plus concrètes. à une température et une pression particulières. Cette discipline employa énormément de chercheurs et les g rosses expériences favorisèrent le travail en équipe. les articles sur les particules élémentaires passaient difficilement inaperçus : la liste type des auteurs pouvait occuper jusqu’au quart de la pag e. Il vit cette lumière d’un autre monde émise par un g az. il y a toujours quelques données entachées de bruit. du matériel pour réfrig érer et quelques sondes. ces transitions de phase mettent en jeu un comportement macroscopique qui semble difficile à prévoir à partir des détails microscopiques. n’importe quel g az. » Swinney faisait des expériences sur la matière. au voisinag e du point critique. cette variation devient soudainement discontinue. et Swinney fut envoûté. mais bien à lui. plus cette dilatation est importante. Mais lorsqu’il reg arda ce que faisaient les étudiants en thèse. La plupart des g ens pensaient que cette conductivité ne variait que très peu.atomiques était la physique. pas plus g rande qu’un placard. l’accroissement d’énerg ie fait vibrer ses molécules. Un jour. Elles obéissent aux lois des fluides. il découvrit qu’ils étaient tous en train d’écrire des prog rammes ou de souder des chambres à étincelles. Swinney découvrit qu’elle variait d’un facteur 1 000. cependant. pour clore la discussion : « Bien sûr. le stimulant Murray Gell-Mann vint animer un séminaire. Pourtant. Comme cela se produit souvent pour le chaos. La machinerie nécessaire pour effectuer de bonnes expériences se fit alors plus imposante au fil des ans. Si l’énerg ie moyenne des atomes s’est à peine . à Johns Hopkins. Elles tirent sur leurs liens et oblig ent la matière à se dilater. Mais cette étude de particules de plus en plus petites. découvrir quelque chose que personne ne savait. Certains expérimentateurs. conducteur à supraconducteur. La structure cristalline se dissout et les molécules s’éloig nent les unes des autres. d’une voix où se mêlaient un charme hérité de sa Louisiane natale et une irascibilité acquise à New York : « C’est exact ! C’est exact si vous avez une infinité de données dépourvues de bruit ». Alors que des disciplines comme l’hydrodynamique avaient perdu leur statut.65 mètre – pour répondre. Plus on fournit de chaleur. Ce fut alors qu’il commença à discuter avec un physicien plus âg é qui s’était lancé dans l’étude des transitions de phase – les passag es de l’état solide à l’état liquide. Il eut bientôt une table et un laser. cette lumière que l’on appelle « opalescence » parce que la douce diffusion de ses rayons possède l’éclat blanchâtre d’une opale. maintenant elle se casse. Son enthousiasme pour la physique des particules était évident. non mag nétique à mag nétique. Swinney disposa d’une pièce vide. leurs points de vue différaient. En peu de temps. lois que l’on ne peut déduire d’un examen du solide. la physique de l’état solide obtenait le sien et finissait par étendre suffisamment son champ d’action pour acquérir une dénomination plus précise : « physique de la matière condensée ». Sa conversion s’était effectuée lorsqu’il préparait sa thèse. La machinerie y était plus simple. Il prit un catalog ue d’appareils et passa des commandes. Il conçut un appareil pour mesurer la conductivité thermique du dioxyde de carbone au voisinag e du point critique où il g lisse de l’état g azeux à l’état liquide. et d’ajouter. Il était tout à fait dans le caractère d’un théoricien d’interrompre la conférence d’un expérimentateur pour lui demander : « Ne serait-ce pas plus convaincant avec plus de données ? Ne trouvez-vous pas que ce g raphe est un peu confus ? Est-ce que les nombres de cette colonne ne devraient pas contenir quelques décimales de plus ? » En retour. Dans les Physical Review Letters. Lorsqu’on chauffe un solide. sig nifiait des niveaux d’énerg ie plus élevés. il était tout à fait dans le caractère de Harry Swinney de se hisser à sa hauteur maximum – quelque chose comme 1.

Ils avaient étudié la frontière sur laquelle la matière se maintient en équilibre. La transition de phase fluide/superfluide s’avéra analogue à la transition de phase conducteur/supraconducteur. Swinney avait étudié le point critique au voisinag e duquel la matière oscille entre l’état liquide et l’état g azeux. Ahlers. ou un aimant. les deux hommes décidèrent d’étudier un système classique composé d’un liquide contenu entre deux .modifiée. Pierre Berg é. Jerry Gollub. Gunter Ahlers. à l’esprit. le matériau– maintenant un liquide. Les mathématiques d’une expérience s’appliquaient à de nombreuses autres expériences. Jerry Gollub. D’autres scientifiques avaient étudié la supraconductivité. ces bifurcations fluides n’entraînaient aucune modification de la substance même. Elles y introduisaient en revanche un élément nouveau : le mouvement. l’analog ie entre les transitions de phase et les instabilités des fluides. Pour quelles raisons les mathématiques de cette transformation devaient-elles correspondre à celles de la condensation d’un g az ? En 1973. en France et en Italie. avaient déjà remarqué qu’une expérience sur les fluides soig neusement contrôlée faisait apparaître une modification qualitative dans la nature du mouvement – une « bifurcation » en termes mathématiques. ne semblait pas l’endroit idéal pour un physicien. une faculté d’arts plastiques lég èrement bucolique. Il subsistait cependant une question : jusqu’où pouvait-on prolong er la théorie ? Quels étaient les autres chang ements de la nature qui. Swinney. Cette année-là. ces expérimentateurs et d’autres chercheurs travaillant aux États-Unis. si on les examinait de près. Un liquide au repos se transforme en un liquide en mouvement. étaient en quête de nouveaux problèmes. Rayleig h et leurs successeurs au début du XXe siècle. mi-sérieux mi-g amin. aux Laboratoires AT&T Bell dans le New Jersey. il prit un semestre sabbatique et vint à New York travailler avec Swinney. La recherche sur les transitions de phase a prog ressé en s’appuyant sur des analog ies : une transition de phase mag nétique/non mag nétique s’avéra analogue à une transition de phase liquide/g az. ou un supraconducteur – est entré dans un nouvel état. tous issus de la nouvelle tradition consistant à explorer les transitions de phase. lors d’une chute de température. transition au cours de laquelle le matériau. Dans les années soixante-dix. contrairement aux transitions de phase réelles. Elle ne fut pas la plus orig inale parce que les g rands pionniers de l’hydrodynamique. se transforme en une sorte de liquide mag ique qui s’écoule sans aucune viscosité ou frottement apparents. Avec. enseig nait à Haverford. Il n’y avait pas d’étudiants diplômés pour aider au travail de laboratoire et bénéficier en retour de l’association capitale maître-disciple. Haverford. Gollub adorait cependant enseig ner aux étudiants en licence et commença à transformer le département de physique en un centre extrêmement réputé pour la qualité de ses travaux expérimentaux. un fluide contenu dans une boîte chauffée par la base passe subitement de l’immobilité au mouvement. près de Philadelphie. ils connaissaient les sig nes particuliers des substances lorsqu’elles chang eaient d’état fondamental. se révéleraient être des transitions de phase ? L’idée d’appliquer les techniques des transitions de phase à l’écoulement des fluides ne fut ni la plus orig inale ni la plus évidente. avait étudié ce que l’on appelle la transition superfluide dans l’hélium liquide. un diplômé de Harvard. le problème était larg ement résolu. Swinney enseig nait au City Colleg e de New York. Marzio Gig lio : au milieu des années soixante-dix. Par exemple. Reynolds. Les physiciens furent alors tentés de supposer que le caractère physique de cette bifurcation ressemblait aux chang ements d’état d’une substance tombant dans la rubrique des transitions de phase. Comme un facteur qui connaît intimement l’emplacement des boîtes aux lettres de son quartier. Ce ne fut pas aussi l’idée la plus évidente parce que.

confiné entre ces deux surfaces. avait juste la place de se g lisser à l’intérieur. I. ne laissant pour l’eau qu’un espace de trois millimètres. Un g rain de poussière placé dans le fluide suit à la fois la rotation du cylindre et celle des rouleaux. Ce fut le premier bon travail quantitatif sur la turbulence. En tant que physiciens. et parce que Landau lui-même. en rotation. en élaborant le premier cadre de travail adapté à l’étude des transitions de phase. Le cylindre central. avec des rég ularités indépendantes des substances particulières. la turbulence aurait-elle été autre chose qu’une accumulation continue de fréquences en conflit dans un fluide en mouvement ? . s’était fondé sur le sentiment que de tels phénomènes pouvaient obéir à des lois universelles. en train de réaliser une expérience absolument merveilleuse. la première instabilité apparaît : le liquide s’org anise en une structure élég ante rappelant les empilements de chambres à air que l’on voit dans les stations-service : des couches en forme de beig nets s’enroulent les unes sur les autres autour du cylindre en rotation. Ces deux expérimentateurs n’avaient aucune raison d’en douter : ils savaient que les hydrodynamiciens y croyaient. Lorsque Harry Swinney étudia le point critique de la transition liquide-g az pour le dioxyde de carbone. Ce système eng endrait ce que l’on appelle le flux de Couette-Taylor. pratiquement sans arg ent. G. qui leur apporterait une certaine reconnaissance mais qui serait ensuite oublié. « On voyait ces deux messieurs.cylindres verticaux. avait des possibilités de mouvement limitées – à la différence d’une eau libre où il peut y avoir formation de jets ou d’ondelettes. Lorsque la rotation s’accélère. enfermés dans une pièce minuscule. Taylor l’avait observé et mesuré en 1923. elle leur plaisait parce qu’elle concordait avec la description g énérale des transitions de phase. que ses conclusions seraient transposables à une étude analog ue sur le xénon – ce qui fut effectivement le cas. dans ces conditions. Le cylindre intérieur. il le fit avec la conviction. entraînait le liquide qui. L’appareil que Gollub et Swinney construisirent pour étudier le flux de Couette tenait sur un bureau : un cylindre extérieur en verre de la forme d’une boîte de balles de tennis ultra-mince d’environ trente centimètres de hauteur et de cinq centimètres de diamètre. « Ça tenait du bricolag e ». Ce phénomène n’était pas nouveau. Leur intention était de confirmer l’idée de Landau sur l’installation de la turbulence. Pourquoi. héritée de Landau. en acier. dit Freeman Dyson. qui fit partie de la série imprévue d’éminents touristes qui vinrent les visiter dans les mois qui suivirent. » Gollub et Swinney y voyaient plutôt un travail scientifique dig ne d’intérêt.

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Ruelle était le fils d’un professeur d’éducation physique et d’un . apparut à l’entrée de leur laboratoire.ÉCOULEMENT ENTRE DEUX CYLINDRES EN ROTATION. Puis ces beignets se mettent à onduler. Nous avons reg ardé. mais avec de vrais produits. les premières valeurs numériques provenant du petit laboratoire du City Colleg e étaient d’une propreté suspecte. et effectivement. Les physiciens utilisèrent un laser pour mesurer les variations de vitesse de l’eau à l’apparition de chaque instabilité. Au début. » Mais la séquence annoncée par Landau s’interrompit. Cette frontière avait des caractéristiques très marquées. cristallisés. dit Swinney. d’autres dirent qu’ils ne contenaient rien de nouveau. dans sa Belg ique natale. » Quelques mois plus tard. l’écoulement de l’eau prend la forme caractéristique d’un empilement de beignets. Swinney et Gollub se heurtèrent à un problème de sociolog ie scientifique. L’écoulement profilé de l’eau entre deux cylindres permit à Harry Swinney et Jerry Gollub d’observer l’installation de la turbulence. et pour les familiers de cette discipline. par le pharmacien de son quartier. David Ruelle disait parfois qu’il y avait deux types de physiciens. Certains experts n’eurent pas confiance en leurs résultats. parfois. un Belg e. chauffés. Né à Gand en 1935. L’expérience ne confirma pas la théorie. joyeusement fournis. Lorsque la vitesse de rotation augmente. le courant sautait carrément dans un état désordonné sans qu’on puisse y déceler le moindre cycle : plus de fréquences. il y avait une transition très bien définie. élaborées au cours des années passées à étudier les transitions de phase dans les circonstances les plus délicates. Landau avait dit que les nouvelles fréquences arrivaient l’une après l’autre à mesure que la vitesse du courant aug mentait. non pas celles. et nous nous sommes dit : bien. Toutes les données étaient stockées et traitées par ordinateur – un outil que l’on rencontrait rarement en 1975 pour une petite expérience de laboratoire. Lorsque Swinney et Gollub renouvelèrent leur demande de subventions auprès de la National Science Foundation. dans les années quatre-ving t. Si. elle leur fut refusée. Ils n’étaient pas habitués à la méticulosité de la physique sur les transitions de phase. ceux qui g randissaient en démontant des postes de radio – avant l’époque des transistors. maig re. dans le domaine de la mécanique des fluides. De plus. puis mélang és. Mais cette expérience ne s’est jamais arrêtée. Nous nous sommes alors mis à la recherche de la suivante. « Il y avait cette transition. et que. Ruelle fit lui-même sauter. que l’on trouve aujourd’hui. c’est que ça devenait chaotique. plus de montée g raduelle vers la complexité. observons les transitions pour lesquelles ces fréquences apparaissent. C’était elle notamment qui définissait. « Nous avons donc lu ça. Pour sonder les rouleaux de fluide. en 1973. un problème de frontière entre physique et mécanique des fluides. Les dynamiciens des fluides n’y crurent simplement pas. « Tout ce que nous avons trouvé. se rappelle Swinney. À la transition suivante. la bureaucratie qui s’occupait de leur financement. très bien définie. au sein de la National Science Foundation. en accélérant et en ralentissant la rotation du cylindre. C’était formidable. explosifs ou toxiques. une expérience de Couette-Taylor fut de nouveau considérée comme de la physique. ils utilisèrent un laser : un rayon lumineux dans l’eau subissait une déviation – une diffusion – qu’ils mesuraient à l’aide d’une technique baptisée interférométrie laser. quand on pouvait encore voir des fils et la lueur orang e des tubes à vide et imag iner quelque chose sur la circulation des électrons – et ceux qui jouaient avec des panoplies de petits chimistes. tout à fait charmant. Swinney et Gollub se préparèrent à affronter le désordre des fluides en mouvement avec un arsenal de techniques expérimentales ing énieuses. Elle était très bien définie. ce n’était que de la mécanique des fluides. inoffensives. touillés. » Lorsqu’ils commencèrent à faire état de leurs résultats. l’aspect théorique d’une telle expérience était difficile à saisir. la structure se complexifie. Ruelle jouait avec des panoplies de petits chimistes. Nous avons fait des va-et-vient de part et d’autre de la transition. Ils avaient des méthodes et des appareils de mesure qu’un hydrodynamicien n’aurait jamais imag inés.

et qui considérait l’espace comme un matériau malléable qu’il fallait contracter. formulée dans le lang ag e de Smale. il rejoig nit l’Institut des hautes études scientifiques. un centre de recherche situé dans la banlieue parisienne et conçu sur le modèle de l’Institute for Advanced Study à Princeton. l’honneur d’en avoir trouvé les termes. le titre affirmait un lien avec le monde réel : « Sur la nature de la turbulence ». en collaboration avec Floris Takens.2). Mathématiquement parlant. Il avait déjà contracté l’habitude. Quand il retournait à l’Institut. et bien qu’il ait bâti sa carrière dans une discipline scientifique abstraite. mais n’en fut pas plus décourag é que ses nombreux prédécesseurs malchanceux. il n’existe pas de théorie naturelle et profonde sur la turbulence. « Sur le problème de la turbulence ». Il écrivit. La plupart du temps. de quitter périodiquement son institut et sa famille pour se promener seul. dont il ne se départit jamais. il ne rencontrait personne. ou les trois à la fois – les opinions variaient encore quinze années plus tard. un article qu’ils publièrent en 1971. son visag e lég èrement plus creusé. à la limite de la courtoisie. allusion directe au célèbre titre de Landau. Vers 1970.professeur de ling uistique à l’université. Lorsqu’il tombait sur des g ens et acceptait leur hospitalité – quelques tortillas de maïs. ils en proposèrent simplement trois. indépendants. les notes et la physique réunis dans cet article en faisaient un cadeau durable. il lui semblait voir le monde tel qu’il avait existé deux mille ans auparavant. » Il était facile de voir pourquoi la turbulence résistait à l’analyse. insolubles sauf dans des cas particuliers. Le plus séduisant était une fig ure que les auteurs baptisèrent attracteur étrange. Cette expression était psychanalytiquement « sug g estive ». sans g raisse animale ou vég étale –. pensa plus tard Ruelle. « Ce sont toujours des non-spécialistes qui découvrent les nouveaux résultats. Les équations de l’écoulement des fluides sont des équations différentielles non linéaires aux dérivées partielles. Son statut dans l’étude du chaos revêtait une importance telle que lui et Takens se disputèrent. dans les rég ions reculées d’Islande ou dans la campag ne mexicaine. durant des semaines. Toutes les questions que l’on peut se poser sur la turbulence sont d’ordre plus g énéral. L’objectif évident de l’arg umentation de Ruelle et Takens se situait au-delà des mathématiques : ils désiraient offrir un substitut à la conception traditionnelle sur l’apparition de la turbulence. Le style en était indéniablement mathématique – physiciens. suivi de l’inévitable ouverture : Soit… « Proposition (5. n’emportant qu’un sac à dos. Ruelle avait assisté à des conférences de Steve Smale sur la transformation du fer à cheval et les possibilités chaotiques des systèmes dynamiques. le soufre ou le charbon. Ce fut pourtant en physique mathématique qu’il apporta sa contribution la plus importante à l’exploration du chaos. Il avait ég alement réfléchi sur la turbulence des fluides et le modèle classique de Landau. attention ! – dans le sens où chaque parag raphe débutait par Définition ou Proposition ou Démonstration. Ruelle élabora pourtant une alternative abstraite au modèle de Landau. Il soupçonnait une relation entre ces idées – et une contradiction. disait-il. Ruelle n’avait aucune expérience en matière d’écoulement des fluides. Mais l’idée. Au lieu d’un empilement de fréquences menant à une infinité de mouvements indépendants empiétant les uns sur les autres. et donc accessibles aux non-spécialistes. la peau de son front arrondi et de son menton pointu lég èrement plus tendue. étirer. il reprenait ses travaux. certaines parties de leur raisonnement s’avérèrent contenir des obscurités. le commentaire. des emprunts. Ni l’un ni l’autre ne se rappelle exactement la . un mathématicien hollandais invité à l’IHES. le salpêtre. des erreurs. et eng endrant à eux seuls toute la complexité de la turbulence. il g arda toujours une attirance pour cette partie dang ereuse de la nature qui cache ses surprises dans les champig nons fong eux cryptog ames. et plier pour obtenir des formes du type fer à cheval. Soit Xμ une famille à un paramètre de champs vectoriels Ck sur un espace de Hilbert H telle que… » Pourtant.

L’espace des phases permet de transformer des nombres en imag es. Comment un seul point peut-il contenir toute l’information sur un système compliqué ? Si ce système ne possède que deux variables. tandis que Ruelle. je ne me souviens de rien… Souvent je crée sans m’en souvenir ». leur variation continue dessine une boucle fermée que le point représentatif parcourt indéfiniment. Elle découle immédiatement de la g éométrie cartésienne enseig née au lycée – on porte une variable sur l’axe horizontal. ne serait-ce que lég èrement. la réponse est simple. Si le système correspond au balancement sans frottement d’un pendule. On peut alors représenter l’histoire du système par ce point en mouvement. la connaissance complète d’un système dynamique à un instant donné se réduit à un point. ce point se déplace. Ce point est le système dynamique – à cet instant. vitesse zéro. aurait dit : « Avez-vous jamais demandé à Dieu s’il avait créé ce foutu univers ?… Moi. Dans l’espace des phases. qui. Des g ens différents ont des méthodes de travail différentes. de dég ag er l’essentiel de l’information d’un système – mécanique ou fluide – en mouvement. » L’attracteur étrang e vit dans l’espace des phases. Si le système possède une énerg ie plus élevée – un balancement plus rapide et plus ample –. des rég ions externes à haute énerg ie vers les rég ions internes d’énerg ie plus faible. on obtient une boucle analog ue à la première.vérité. qui représentaient un mouvement atteig nant un état stationnaire ou se reproduisant continûment. Ce point fixe central « attire » les orbites. aurait remarqué calmement : « Il se trouve que Takens était invité à l’IHES. l’auteur principal. . Les physiciens connaissaient déjà deux types d’« attracteurs » élémentaires. l’une des inventions les plus fécondes de la science moderne. et de dresser la carte routière de toutes ses possibilités. mais plus g rande. au teint roug e. À l’instant suivant. mais Takens. décrivant au cours du temps une « orbite » dans l’espace des phases. le système évoluant. l’autre sur l’axe vertical. Les équations de mouvement ne sont pas indispensables pour connaître le destin d’un pendule soumis au frottement : toute orbite se doit d’aboutir au même endroit. au lieu de décrire éternellement des boucles fermées. ces deux variables sont la position et la vitesse . l’orig ine des axes : position zéro. L’introduction d’un peu de réalisme – du frottement – modifie la fig ure. Certains essaient d’écrire seuls un article pour en récolter tous les mérites. les points fixes et les cycles limites. converg ent suivant des spirales. Cet attracteur – le plus simple de tous – ag it comme une tête d’éping le aimantée enfoncée dans une feuille élastique. passionné. un nordique de haute taille. La dissipation d’énerg ie due au frottement se traduit par une attraction vers le centre de l’espace des phases.

la vitesse et la position du pendule. Il s’ensuit que dans . Si ce comportement répétitif est stable (cas du balancier d’une horloge). UNE AUTRE FAÇON DE VOIR LE PENDULE. Sa position est un nombre négatif à gauche de l’origine. il suffit de connaître deux nombres. cela signifie que le comportement du système se reproduit à intervalles réguliers. Si le point reste sur une même boucle. La vitesse décroît à nouveau vers zéro puis devient négative pour représenter le mouvement du pendule vers la gauche. La trajectoire décrite par le point permet de visualiser le comportement à long terme d’un système dynamique. le système retrouve son orbite même après avoir subi de petites perturbations. Un point de l’espace des phases (à droite) donne à chaque instant toute l’information sur l’état d’un système dynamique (à gauche). deux nombres définissent la position d’un point. Dans un espace des phases bidimensionnel. Pour un pendule simple. Le pendule atteint sa vitesse maximum lorsqu’il passe par la position zéro.La vitesse du pendule est nulle avant oscillation.

Qui pouvait manipuler un tel objet ? C’était une hydre impitoyable et incontrôlable . Un physicien avait de bonnes raisons pour ne pas apprécier un modèle fournissant si peu d’éclaircissements sur la nature. une infinité de dimensions. le modèle de Landau allait à l’encontre de l’intuition. Le système simplifié de la convection d’un fluide étudié par Lorenz était tridimensionnel. c’était aussi le modèle de Landau pour la turbulence : une infinité de vibrations. Des physiciens se mirent à faire des films et des bandes vidéo. bleu et roug e – des « bandes dessinées chaotiques ». comme une mouche qui vole dans une pièce. revenant constamment vers le même état. un autre deg ré de liberté nécessitant l’introduction d’une nouvelle dimension dans l’espace des phases – sans cela. et en Californie. tout élément se déplaçant de manière indépendante constitue une variable supplémentaire. des mathématiciens publièrent des livres contenant des séries de fig ures en vert. Même à deux dimensions. il pouvait retrouver par la pensée le système physique réel. Quand un scientifique reg ardait un « portrait de phases ». une infinité de deg rés de liberté. mais malg ré cela. dirent certains de leurs collèg ues avec une pointe de malice. un point ne contient pas à lui seul suffisamment d’information pour définir de manière uni que l’état du système. Cette rég ion vide correspond à telle impossibilité physique. Les mathématiciens durent alors accepter le fait que les systèmes à une infinité de deg rés de liberté – les phénomènes naturels abandonnés à eux-mêmes tels qu’ils s’expriment dans la turbulence d’une chute d’eau ou dans l’imprévisibilité de l’activité du cerveau – exig eaient un espace des phases de dimension infinie. à l’aide des équations non linéaires de mouvement des fluides. non parce que le fluide se déplaçait en trois dimensions. c’est-à-dire plus de dimensions. Même sans connaissances . ces portraits des systèmes physiques dans l’espace des phases permettaient de découvrir des mouvements qui autrement seraient restés invisibles. Les superordinateurs les plus rapides du monde étaient incapables. un mini- ordinateur transformant des équations en trajectoires colorées pouvait déjà en mettre certaines en évidence. Cette déviation correspond à tel chang ement. Mais deux dimensions ne suffisaient pas pour rendre compte des systèmes que les physiciens devaient étudier. Si le système a un mouvement périodique. Or les systèmes complexes comprennent énormément de variables indépendantes. Les équations élémentaires de Robert May étaient unidimensionnelles – un seul nombre suffisait pour représenter la température ou la population. ces portraits de phases réservaient bien des surprises . Un système dont les variables aug mentent ou diminuent de manière continue devient un point en mouvement. mais parce qu’il fallait trois nombres distincts pour obtenir l’état du fluide à tout instant. Il leur fallait plus de variables. Si certaines valeurs des variables n’apparaissent jamais simultanément. et ce nombre définissait la position d’un point sur une droite à une dimension. la mouche décrit une boucle. Les espaces à quatre. cinq ou plus de dimensions mettent à l’épreuve l’aptitude à visualiser des topolog ues même les plus habiles.l’espace des phases les trajectoires voisines de l’orbite sont attirées par cette orbite qui est alors un attracteur. et repasse constamment par la même position dans l’espace des phases. La faute en était certainement plus imputable à la nature qu’à Landau. de suivre avec précision pendant plus de quelques secondes un écoulement turbulent à l’intérieur d’un petit centimètre cube de liquide. Comme la photo d’un paysag e prise en infraroug e qui révèle des formes et des détails situés juste en deçà du seuil de perception. L’un des avantag es de considérer les états comme des points dans l’espace des phases est de permettre une observation plus facile de leurs chang ements. Dans un système dynamique. un scientifique en déduira simplement que telle partie de la pièce est interdite : la mouche n’ira jamais là. Cette boucle correspond à telle périodicité.

Feynman exprima son sentiment en ces termes : « Cela m’ennuie toujours qu’il faille à une machine à calculer. Comment tout cela peut-il avoir lieu dans ce domaine réduit ? Pourquoi faut-il une quantité de log ique infinie pour décrire ce qui va se passer dans une toute petite rég ion d’espace-temps ? » Comme tant d’autres qui se lançaient dans l’étude du chaos. une converg ence vers un attracteur. Adolph E. mais les mouvements transitoires résultants disparaissent. un « cycle limite ». et chacun possède son « bassin ». Brotman Un attracteur peut être un simple point.particulières. un attracteur possède une importante propriété : la stabilité – dans un système réel. un attracteur périodique. des tourbillons qui s’enflaient puis s’évanouissaient – étaient l’expression d’autres formes qui trouveraient leur explication dans des lois encore inconnues. Voire ! Il existe aussi certaines conditions initiales – celles de plus basse énerg ie – pour lesquelles le pendule finit par s’arrêter : le système a donc en réalité deux attracteurs. représentant par exemple l’oscillation rég ulière d’une pendule de g rand-mère. les seuls comportements possibles sont les attracteurs. Toutes les trajectoires d’un pendule perdant continûment son énergie par frottement convergent en spiralant vers un point qui représente un état stationnaire – dans ce cas. un physicien pouvait soupçonner l’existence d’un principe qui restait à découvrir. Quel que soit le point de départ du balancier. l’état stationnaire correspondant à un mouvement nul. Dans son esprit. À court terme. Par définition. Cet attracteur n’était certainement pas un point fixe : le fluide n’atteig nait jamais le repos. l’une de ses orbites stables dans l’espace des phases peut avoir la forme d’une boucle fermée. elle ne bat pas . Les autres mouvements sont transitoires. il converg e vers cette même orbite. suivant les lois telles que nous les comprenons aujourd’hui. Si un pendule reçoit son énerg ie d’un ressort et la perd par frottement – c’est-à- dire s’il est à la fois entretenu et amorti –. Le g rand théoricien quantique Richard P. une orbite qui attirait toutes les orbites de son voisinag e. Même si le chat cog ne la pendule. il n’existait qu’un seul autre type d’attracteur. un nombre infini d’opérations log iques pour trouver ce qui se passe dans une rég ion de l’espace aussi petite soit-elle et pendant un instant aussi court soit-il. De quel autre attracteur pouvait-il s’ag ir ? Selon la tradition. des vortex. le mouvement tend à retourner vers l’attracteur. la dissipation d’énerg ie dans un écoulement turbulent devait entraîner une contraction de l’espace des phases. Un choc peut faire dévier un bref instant la trajectoire. une boucle fermée et un point fixe. David Ruelle soupçonna que les formes que l’on observait dans un écoulement turbulent – des lig nes de courant entrelacées. soumis à des chocs et des vibrations. à l’imag e de deux fleuves voisins qui possèdent leur propre aire de captag e. Mais à long terme. tout point de l’espace des phases peut représenter un comportement possible du système dynamique. L’énerg ie entrait dans le système tout autant qu’elle en sortait.

avec une sérénité rétrospective : « Notre proposition reçut un accueil extrêmement froid de la part des scientifiques. Elle ressemblait à un bruit blanc – à des parasites. g lissé dans son article de 1963 sur le chaos déterministe : une fig ure avec simplement deux courbes sur la droite. lors d’une séance plénière au Cong rès international des mathématiciens. elle devait être fractale. Pour reproduire toutes les fréquences. Bien que son dessin fût incomplet. repoussant le fluide dans une direction. le long des boucles. la trajectoire restait sur l’aile droite . comme deux ailes de papillon imbriquées avec une habileté infinie. ni n’atteig nant la périodicité rég ulière d’une horlog e de g rand-mère. Au niveau g éométrique. En particulier. En d’autres termes – mais le mot n’avait pas encore été inventé –. En fait. Plus tard. en vérité – qui reconnurent l’importance de l’article de 1971 et se mirent à en étudier les conséquences. cet attracteur se situait dans un espace des phases tridimensionnel. Lorenz parvint néanmoins à l’imag iner en totalité : une espèce de spirale double. à Varsovie. Un point décrivant cette trajectoire dans l’espace des phases. Dans un fluide. la turbulence avait un comportement différent : elle ne produisait jamais une vibration unique excluant toutes les autres. dans un cube. et cinq sur la g auche. ce problème constituait une énig me : quel type d’orbite pouvait-on dessiner dans un espace limité qui ne se reproduirait jamais ni ne se recouperait jamais – car une fois qu’un système retrouve un état qu’il a déjà occupé. elle sautait sur l’aile de g auche. et non périodique. Le tracé de ces sept petites boucles nécessita 500 itérations sur son ordinateur. Lorsque la chaleur du système aug mentait. il doit alors reprendre la trajectoire qui l’y a amené. Il ne pouvait se recouper – jamais – et c’est ce qui faisait sa beauté. Comment était-ce possible ? Comment une infinité de trajectoires pouvait-elle exister dans un espace fini ? . Mais l’affirmation suffisait. de faible dimension. sans jamais s’intersecter. Ces boucles et ces spirales se serraient à l’infini. Le système comprenant trois variables indépendantes. Une de ses caractéristiques bien connues était la présence simultanée d’un énorme spectre de fréquences possibles. la littérature scientifique contenait déjà un petit portrait du monstre inconcevable auquel Ruelle et Takens essayaient de donner vie. illustrait la lente rotation chaotique d’un fluide telle que la simulaient les trois équations de Lorenz pour la convection. Pourtant elles demeuraient à l’intérieur d’un espace fini. Lorenz l’avait. Comment alors pouvait-elle résulter d’un système d’équations simple et déterministe ? Ruelle et Takens se demandèrent s’il n’existait pas un autre attracteur possédant les bonnes propriétés : stable – représentant l’état final d’un système dynamique dans un univers de bruit –. avec seulement quelques deg rés de liberté –. Cet attracteur était stable. non périodique – ne se répétant jamais. sans jamais réellement se joindre. Ils n’en avaient jamais vu ni même dessiné un seul. de faible dimension – une orbite dans un espace des phases à deux ou trois dimensions.soixante-deux secondes à la minute. lorsque les tourbillons s’arrêtaient puis s’inversaient. cette orbite devait avoir une long ueur infinie contenue dans une surface finie. en 1971. l’idée d’associer un spectre continu à quelques deg rés de liberté fut considérée comme une hérésie par de nombreux physiciens. » Mais ce furent les physiciens – une poig née d’entre eux. l’une à l’intérieur de l’autre. Ruelle déclara. Des considérations mathématiques conduisirent Ruelle et Takens à affirmer l’existence d’un tel objet.

La première fut un travail théorique sur les attracteurs étrang es. Il réalisa que lorsque les spirales paraissaient se rejoindre. Le développement des idées introduites par Ruelle et Takens se fit dans deux directions. écrivit-il. Il le rencontra une fois dans les années qui suivirent. Si on itère ce processus au tour suivant. Lorenz avait transformé cette rencontre en mondanité. À l’époque où les imag es fractales de Mandelbrot n’avaient pas encore inondé le marché scientifique. . En 1963.LE PREMIER ATTRACTEUR ÉTRANGE. chacune contenant une spirale. On en conclut finalement qu’il existe une infinité de surfaces. Poussé par sa timidité symptomatique. il était difficile de concevoir en détail la construction de telles fig ures. de sorte qu’aux endroits où elles semblent fusionner apparaissent en fait quatre surfaces. dix ans plus tard. et ils allèrent avec leurs épouses visiter un musée d’art. « Il est difficile de concilier le raccordement de deux surfaces. et Lorenz reconnut une « contradiction apparente » dans sa description initiale. « On voit que chaque surface comprend en réalité deux surfaces. Mais il put voir que l’interpénétration des deux ailes en spirales devait posséder une structure extraordinaire visible seulement sur des échelles infiniment petites. et que Ruelle. les surfaces devaient se diviser en formant des couches disjointes comme le feuilletag e d’un millefeuille. etc. Edward Lorenz ne put calculer que les premières boucles de son système d’équations réduites. suscitées par l’applicabilité des attracteurs étrang es au chaos dans la nature. on voit qu’on a en réalité huit surfaces. Mais il trouva une explication – trop subtile cependant pour se dég ag er directement des quelques calculs à la portée de son ordinateur. et le quitta lég èrement déçu de n’avoir pas davantag e parlé de leur intérêt scientifique commun. L’attracteur de Lorenz était-il caractéristique ? Y avait-il d’autres formes possibles ? La deuxième correspondait à un prog ramme de recherche expérimentale pour confirmer ou infirmer les espérances nouvelles. se soit étonné et enthousiasmé en découvrant les travaux de Lorenz. chacune extrêmement proche de l’une ou l’autre des deux surfaces en raccordement. absolument pas mathématiques. avec l’impossibilité pour deux trajectoires de se croiser ». » Il n’est pas surprenant qu’en 1963 les météorolog ues ne se soient pas intéressés à ce g enre de spéculations.

est dû à un homme très éloig né des mystères de la turbulence et de la mécanique des fluides. il laisse une certaine liberté au niveau de l’instant du prélèvement – où effectuer la coupure dans l’attracteur. dont l’ensemble soit forme un nuag e de points aléatoire. les orbites déroulaient leurs trajectoires de plus en plus complexes dans un espace à trois dimensions ou plus. un attracteur étrang e s’activant sous ses yeux. Pour convertir ces écheveaux tridimensionnels en imag es planes. la projection ne faisait qu’écraser les détails en une bouillie indéchiffrable. Rössler avait le sentiment que ces formes recelaient un principe auto-org anisateur de l’Univers. en s’enchevêtrant sur elle-même. contractez-la. Pourquoi inventer votre propre concept d’état stationnaire ? ») En Allemag ne. fixant ainsi les états successifs du système dans les éclairs d’un stroboscope imag inaire. et peut-être aussi la clé de la dynamique des systèmes réels qui leur donnait naissance. Otto Rössler. développa une aptitude sing ulière à considérer les attracteurs étrang es comme des objets philosophiques. soit dessine une fig ure particulière. ces fig ures commencèrent finalement à révéler la fine structure fractale que Lorenz avait entrevue. venu au chaos par la chimie et la biolog ie théorique. L’attracteur qui apporta le plus d’éclaircissements. l’étude des circuits électriques imitant les oscillations – mais bien plus rapides – des ressorts mécaniques permit à Yoshisuke Ueda de découvrir une classe d’attracteurs étrang es d’une extraordinaire beauté. de l’extérieur. les scientifiques utilisèrent. par exemple. et reposez-là ». Il imag inait quelque chose comme une manche à air sur un terrain d’aviation. un médecin non praticien. L’instant contenant le plus d’information pouvait correspondre à une caractéristique physique du système. avec ses orbites qui montent et descendent. Le chercheur pouvait ég alement opter pour un intervalle de temps rég ulier. Les pliag es et les contractions de l’espace étaient justement la clé permettant de construire des attracteurs étrang es. par exemple la vitesse du pendule au plus bas de sa trajectoire. parce qu’il était le plus simple. Au Japon. en traversant l’écran de son ordinateur : à chaque passag e. un ruban contenant un pli . D’une manière g énérale. Si ce procédé revient à prélever l’état du système par intermittence plutôt que continûment. l’énerg ie fait quelque chose de productif. prenez-la. L’application de premier retour. « un bas troué à l’extrémité. d’abord la projection. un scientifique suppose implicitement qu’il préserve l’essentiel du mouvement. Michel Hénon. relég uant à l’arrière-plan leur aspect mathématique. Il peut alors imag iner. vont à droite puis à g auche. formant un g ribouillag e obscur dont il était impossible. Mais pour les attracteurs compliqués. comme un patholog iste préparant une coupe de tissu pour un examen microscopique. En un sens. eng endre la beauté. En réduisant ainsi un attracteur à sa section de Poincaré. (Il se heurta à une variante orientale de la froideur qui avait accueilli les travaux de Ruelle : « Votre résultat n’est rien d’autre qu’une oscillation quasi périodique. Son nom resta attaché à un attracteur particulièrement simple. » Dessiner des attracteurs étrang es n’était pas évident. il envisag ea ég alement des attracteurs de dimensions plus g randes – « une saucisse dans une saucisse dans une saucisse dans une saucisse. était astronome à l’observatoire de Nice. comme le diable au Moyen Âg e. appelée aussi application de Poincaré. elles laissent derrière elles un point lumineux. était une technique plus révélatrice : elle consiste à extraire une section à deux dimensions du cœur même de l’enchevêtrement de l’attracteur. de voir la structure interne. Mais quel que fût ce choix. L’application de Poincaré enlève une dimension à l’attracteur et transforme une lig ne continue en une collection de points. disait-il. Cet homme. une technique qui permet d’obtenir une fig ure représentant l’ombre portée par l’attracteur sur un plan. Le principe est que la nature ag it contre sa propre volonté et. pliez-la. « Contre sa volonté. c’est bien sûr l’astronomie qui a donné naissance aux systèmes dynamiques : le mouvement rég ulier des planètes fit le succès de . dans lequel le vent s’eng ouffre et se retrouve piég é » expliquait-il.

puis une centaine – décrit le comportement d’un rotor. Au bout de 1000 orbites (en bas). Comme sur un bas- relief. un ordinateur a effectué une coupe à l’intérieur de l’attracteur. En réalité. coupe appelée section de Poincaré. sur une échelle pratiquement infinitésimale. Mais la mécanique céleste diffère de la plupart des systèmes terrestres sur un point essentiel. et Laplace y puisa son inspiration. Cette technique ramène en deux dimensions une image à trois dimensions. puis dix. Cet exemple contient plus de 8000 points appartenant chacun à une orbite autour de l’attracteur. un pendule décrivant un cercle complet. l’information perdue en trois dimensions est compensée par une information gagnée en deux dimensions. Ce n’est pas le cas des systèmes astronomiques : ils sont conservatifs – ou hamiltoniens. . Pour observer sa structure interne. Les systèmes qui perdent leur énerg ie par frottement sont dissipatifs. Cela revient à « sonder » le système à intervalles réguliers. les systèmes astronomiques subissent eux aussi une forme de frottement : les étoiles rayonnent de l’énerg ie et la friction des marées freine les corps sur leurs orbites. Mais pour des raisons pratiques. À chaque fois que la trajectoire traverse un plan fixe. elle laisse derrière elle un point et l’on obtient peu à peu un motif extrêmement détaillé. entretenu énergétiquement à des intervalles réguliers.Newton. l’attracteur est devenu un écheveau inextricable. Aucun attracteur étrang e ne pouvait s’y former. L’attracteur étrange présenté ci-dessus – d’abord une orbite. aucune contraction qui aurait pu eng endrer une stratification fractale infinie dans l’espace des phases. Il n’y avait alors aucun pliag e. Qu’en était-il pour le chaos ? PRÉSENTATION DE LA STRUCTURE D'UN ATTRACTEUR. les astronomes pouvaient ig norer cette dissipation dans leurs calculs.

Hénon s’attaqua à ce problème pour sa thèse d’État. Les étoiles avaient tendance à se g rouper par paires. et il eut pour la première fois accès aux ordinateurs – au MIT. éprouvait une certaine attirance insatisfaite à l’ég ard des mathématiques. Si un système comme un amas g lobulaire était bien trop complexe pour être directement traité comme un problème à N corps. et lorsque ce système binaire rencontrait une autre étoile. On peut un certain temps en déterminer numériquement les orbites et. Il aimait les petits problèmes concrets en rapport avec des situations physiques – « pas les mathématiques que l’on fait aujourd’hui ». Lorenz commençait à les utiliser en météo. Puis. Né à Paris en 1931. mais. Ces amas possèdent une densité d’étoiles fantastique. Les deux corps – la Terre et la Lune par exemple – décrivent une ellipse parfaite autour du centre de g ravité du système. Mais on ne peut en résoudre analytiquement les équations. disait-il. C’était difficilement concevable et de plus incompatible avec les observations jusque-là réalisées sur les amas. pour s’amuser. pire même : comme l’a découvert Poincaré. à l’aide de puissants ordinateurs. mais même aujourd’hui. Ses calculs achevés. comme lui. deux étoiles s’approchaient si près l’une de l’autre qu’il fallait examiner séparément leur interaction. De nombreux astronomes mènent une carrière long ue et heureuse sans accorder la moindre pensée aux systèmes dynamiques. il s’en acheta un. Leur stabilité et leur évolution avaient intrig ué les astronomes au cours du XXe siècle. mais un disque en . désirant appliquer les mathématiques à des problèmes anciens. à cette exception près : la source de g ravitation n’était pas un point. C’était en 1962. à Paris. il parvint à un résultat étonnant : le cœur de l’amas s’effondrait. Mais la théorie de Hénon – que l’on baptisa plus tard « effondrement g ravi- thermique » – étendait lentement son emprise. l’une des trois subissait une brusque déviation qui pouvait lui communiquer suffisamment d’énerg ie pour atteindre la vitesse de libération et quitter définitivement l’amas. le problème à trois corps est la plupart du temps insoluble. Le problème à deux corps est facile. le reste de l’amas se contractait lég èrement. Cela devient difficile. Il se mit à modéliser les orbites des étoiles autour du centre g alactique. personne ne peut assurer que certaines orbites planétaires n’acquerront jamais une excentricité telle que des planètes quitteront définitivement le système solaire. c’est-à-dire connaître l’évolution du système à long terme. tout chang e. il s’était lancé sur un problème de dynamique particulièrement déroutant : celui des amas g lobulaires – des g roupements sphériques pouvant contenir jusqu’à un million d’étoiles. Les astronomes réalisèrent alors que les amas g lobulaires n’étaient pas uniformément stables. un Heathkit qu’il monta lui-même. selon des orbites serrées. accroissant son énerg ie cinétique et cherchant à atteindre un état de densité infinie. les plus anciens et certainement les plus stupéfiants des objets du ciel nocturne. Mais de temps en temps. un amas g lobulaire est un problème à N corps. on pouvait toutefois en étudier la dynamique en faisant certains compromis. les suivre assez long uement ayant que des perturbations ne prennent le dessus. Mais bien avant cette époque. désirant ég alement prolong er ses surprenants résultats jusque dans leurs plus ultimes conséquences. Il était par exemple raisonnable de supposer que ses étoiles individuelles se déplaçaient dans un champ g ravitationnel moyen centré sur un point particulier. Lorsqu’en 1960. il était invité à Princeton. Lorsque les ordinateurs atteig nirent des dimensions convenables pour les informaticiens amateurs. Newton l’a résolu complètement. En termes dynamiques. Ainsi armé. il se lança dans un problème de dynamique stellaire beaucoup plus simple. Mais dès que vous ajoutez un troisième objet. Le système solaire est-il stable ? Il semble que oui à court terme. il était de quelques années plus jeune que Lorenz. Hénon n’était pas de ceux-là. on pouvait considérer ces orbites comme celles de planètes autour d’un soleil. il fit une hypothèse plutôt arbitraire : un amas g lobulaire était invariant d’échelle. En simplifiant raisonnablement.

à l’intérieur comme à l’extérieur. une courbe ovoïde commençait d’émerg er. parfois plus compliqués. Sur une échelle de temps de quelque deux cents millions d’années. Hénon. Ces orbites tridimensionnelles sont aussi difficiles à visualiser dans la réalité que lorsqu’elles sont des constructions fictives dans l’espace des phases. « Moi aussi j’étais convaincu. les orbites stellaires posaient toujours un problème théorique. Puis il marqua le point où une orbite intersectait ce plan et en suivit le mouvement pour chaque révolution. Sa machine n’avait pas le millième de la mémoire que contiendrait ving t-cinq ans plus tard une seule puce sur un ordinateur personnel . il fit des découvertes qui s’appliquèrent ég alement à d’autres systèmes. comme des réverbères s’allumant l’un après l’autre au crépuscule. n’eurent qu’à observer l’apparition de ces points sur un écran d’ordinateur. Hénon n’avait fait qu’illustrer ce que tous ses prédécesseurs tenaient pour acquis : les orbites étaient périodiques. Une orbite typique pouvait débuter par un point en bas à g auche de la feuille. . le calcul d’orbites différentes. Hénon utilisa alors une technique comparable à l’application du premier retour de Poincaré. on ne disting uait aucun motif évident . En fait. devait les tracer à la main. recoururent à cette technique. de plus. dit Hénon. « Pour avoir plus de liberté d’expérimentation. Bientôt.trois dimensions. et au bout de centaines ou de milliers de ces points. Au tour suivant. comme tout le monde à cette époque. quelques centimètres vers la droite. aug mentant continûment l’énerg ie de son modèle. il poursuivit. il vit quelque chose de tout à fait nouveau. selon ses propres termes. plus tard. avec Carl Heiles. À l’Observatoire de Copenhag ue. lui. Si on les rapportait à la fig ure g lobale à trois dimensions. comme des chevaux sur un champ de courses franchissant la lig ne d’arrivée. Jusque-là. cette « liberté d’expérimentation » sig nifiait en partie la liberté de traiter le problème sur un ordinateur primitif. Malg ré cela. elles déterminaient un tore – une chambre à air – dont la transformation de Hénon donnait une section. la dynamique de ces systèmes fut l’objet d’une recherche intense et coûteuse de la part de ceux qui s’intéressaient aux orbites des particules dans les accélérateurs à haute énerg ie ou au confinement des plasmas mag nétiques pour la fusion nucléaire. les orbites stellaires au sein d’une g alaxie ne sont plus des ellipses parfaites : elles ont des caractéristiques tridimensionnelles. son étudiant en thèse de Princeton. des années plus tard. Au début. En isolant l’essence de son système. mais après une dizaine ou une ving taine de points. mais elles sont certainement prévisibles et loin d’être chaotiques : il n’y avait jamais de points hors de la courbe. Hénon constata que sa super-simplification était payante. les points successifs décrivaient une ronde sur la courbe sans repasser exactement au même endroit. la courbe était parfaitement dessinée. que toutes les orbites avaient cette rég ularité ». de 1910 à 1930. nous oublierons momentanément l’orig ine astronomique du problème. Mais comme les chercheurs qui après lui étudièrent le chaos. un autre apparaissait. elle était lente. Il fit un compromis avec les équations différentielles. puis un troisième. un peu plus vers la droite et lég èrement plus haut – et ainsi de suite. Ces orbites ne sont pas absolument rég ulières – elles ne se recoupent jamais –. toute une g énération d’astronomes avait méticuleusement observé et calculé des centaines de ces orbites – mais ne s’était intéressée qu’à celles qui se révélaient périodiques. Les nombreux scientifiques qui. Et si. » Bien qu’il ne l’ait pas dit alors. Il imag ina une feuille de papier disposée perpendiculairement d’un côté de la g alaxie de manière à être traversée par toutes les orbites.

sur des échelles de plus en plus petites. ils firent une conjecture sur la structure profonde de ces fig ures : à mesure qu’on les ag randirait. la courbe ovoïde se déforma en une fig ure plus compliquée. Hénon chang ea de sujet. correspondant aux zones de points diffus. mais aboutirent au même résultat. et assista à un séminaire sur l’attracteur de Lorenz donné par un physicien invité. Certaines orbites devenaient si instables que les points s’éparpillaient au hasard sur la feuille de papier. Michel Hénon calcula leurs intersections avec un plan. sur la Grande Corniche surplombant la Méditerranée. pour des énerg ies encore plus élevées. Les points appartenant à une orbite stable dessinent peu à peu une courbe continue et fermée (1re figure). Michel Hénon ORBITES AUTOUR DU CENTRE GALACTIQUE. Restait à le prouver mathématiquement – « mais l’approche mathématique du problème ne semble pas évidente ». D’autres niveaux d’énergie produisent toutefois des mélanges compliqués de stabilité et de chaos. il était prêt à écouter. deux méthodes d’intég ration différentes. Pour comprendre les trajectoires des étoiles en mouvement dans une galaxie. La fig ure devint très spectaculaire : des sig nes de désordre absolu se mêlaient à d’évidents reliquats d’ordre. D’abord. un autre chang ement intervint. Si par endroits on pouvait encore tracer des courbes. repassant sur elle-même en dessinant des huit et se divisant en boucles distinctes. En 1976. Puis brusquement. il avait rejoint l’observatoire de Nice. Chaque orbite tombait encore sur l’une de ces boucles. Se fondant uniquement sur leur expérimentation numérique. eng endrant des formes évoquant pour ces astronomes des « îles » ou des « chapelets d’îles ». il y en avait d’autres où c’était impossible : aucune courbe ne s’ajustait sur les points. Ils en furent alors réduits aux explorations et aux spéculations. lorsque finalement il entendit parler des attracteurs étrang es de David Ruelle et Edward Lorenz. Ils essayèrent deux ordinateurs différents. « Alors arriva la surprise ». d’autres îles apparaîtraient. écrivirent Hénon et Heiles. peut-être même jusqu’à l’infini. Les figures obtenues dépendent de l’énergie totale du système. mais quatorze années plus tard. Ce physicien avait essayé .

une troisième application la couchait sur le côté de manière à ce qu’elle reprenne exactement la forme de l’ovale orig inal. jusqu’à en obtenir des milliers. Puis il choisit une deuxième application. . Lorsqu’il utilisa un vrai ordinateur. il suffit d’un ordinateur personnel et d’un moniteur g raphique pour en faire autant. ces trois applications pouvaient être combinées en une seule fonction. à la manière dont un chef pâtissier étale sa pâte. pour aboutir à une structure en couches minces. en arche. l’étira à l’aide d’une petite fonction numérique qui en transportait tout point intérieur sur un autre appartenant à une fig ure dont le milieu était étiré en hauteur. Pour trouver le nouvel y. Hénon choisit un point de départ plus ou moins au hasard. Alors que Lorenz et les autres chercheurs restaient fidèles aux équations différentielles – des flots.4 x2 et ysuiv = 0. Hénon traça une forme ovale sur une feuille de papier. l’un après l’autre. discrètes par rapport au temps. un IBM 7040. on multipliait l’ancien x par 0. lui ajouter 1 puis lui soustraire 1. Lors des calculs. la plie. Cela donnait : xsuiv = y+1-1. il se tourna vers les équations aux différences. Chaque point possédait une coordonnée x et une coordonnée y qui déterminaient ses positions horizontale et verticale. Pour trouver le nouvel x. Enfin. avec des variations continues dans l’espace et le temps –. Sur le fond. Hénon pensa qu’il avait une idée. Aujourd’hui. et commença à reporter les nouveaux points. il fallait prendre le y précédent.3. la replie. En termes numériques. prit sa calculatrice. qui resserrait l’arche sur elle-même pour la rendre plus étroite.4 fois l’ancien x au carré. mais sans g rand succès. il put en obtenir rapidement cinq millions. Il décida une nouvelle fois d’écarter toute référence aux orig ines physiques du système pour se concentrer sur son aspect g éométrique.3 x. cette transformation était si simple qu’on pouvait facilement la suivre sur une calculatrice. Il était persuadé que la clé du problème se trouvait dans les étirements et les pliag es itérés de l’espace des phases. Bien que les systèmes dissipatifs ne fussent pas son domaine (« les astronomes sont parfois horrifiés par les systèmes dissipatifs – ils font nég lig é »). Cette fonction était une application – tout l’ovale se retrouvait « appliqué » sur l’arche.diverses techniques pour élucider la « micro-structure » de l’attracteur. cette fois une contraction. il suivait l’idée du fer à cheval de Smale. l’étalé à nouveau.

Une simple combinaison de pliages et d'étirements produit un attracteur facilement calculable sur ordinateur mais cependant encore mal compris par les mathématiciens. celle-ci se résout en fait en deux courbes distinctes qui. Cela correspond à une section de Poincaré d’un attracteur tridimensionnel zig zag uant sur l’écran de manière erratique. une fig ure commence à se dessiner. on est incapable de prédire si deux points successifs seront ou non voisins. Mais rapidement. une silhouette en forme de banane. Au début. se décomposent en quatre. Comme celui de Lorenz. point par point. Les points successifs se répartissent sur l’écran de manière si aléatoire qu’il semble impensable qu’ils puissent correspondre à une . cette silhouette paraît avoir une certaine épaisseur. Pourtant. Avec un g rossissement plus important. Il existe toutefois un autre moyen d’apprécier l’inquiétant effet de l’attracteur étrang e : lorsque la forme se matérialise au cours du temps. Crutchfield L’ATTRACTEUR DE HÉNON. comme un fantôme émerg eant de la brume. chacune de ces courbes s’avère constituée de deux autres courbes – et ainsi de suite à l’infini. Si. par endroits. l’attracteur de Hénon correspond à une rég ression infinie. James P. à l’imag e d’une suite illimitée de poupées russes log ées les unes dans les autres. deux proches et deux plus éloig nées. On peut observer la forme ultime de cet emboîtement de détails – ces courbes dans des courbes – à l’aide d’un g rossissement croissant. les points semblent s’afficher au hasard. qui se précise à mesure que tourne le prog ramme. À mesure qu’apparaissent des milliers puis des millions de points. à leur tour. son détail se fait plus précis.

par exemple. qui ne payait pas de mine. les trois physiciens découvrirent qu’un lien frag ile unissait leurs travaux : d’un côté. qu’il se situera quelque part sur l’attracteur. ce qui sig nifiait que leur véritable dimension devait être fractionnaire. C’est pour cette raison que le choix des conditions initiales n’est pas important. partout où la nature paraissait avoir un comportement aléatoire. de l’autre un cylindre de fluide turbulent. Ils n’avaient jamais vu d’attracteur étrang e et avaient à peine mesuré ce qui se passait réellement au seuil de la turbulence. le motif qu’ils dessinent si ténu. Les attracteurs étrang es paraissaient de nature fractale. que l’on avait facilement résolus et classés. sans parler d’une structure aussi fine et aussi complexe. bien sûr. comment les exprimer par des nombres. Plus important. La nature subissait des contraintes. De nombreux chercheurs affirmèrent que l’atmosphère de la Terre se situait sur un attracteur étrang e. puis Swinney et Gollub partirent en vacances avec leurs épouses dans la cabane que Gollub possédait dans les Adirondacks. qu’il est difficile de se rappeler que cette forme est un attracteur. Plus tard. Au milieu des années soixante-dix. l’attracteur étrang e fut d’abord une simple possibilité. les systèmes non linéaires semblaient encore. comme si le désordre se trouvait canalisé à l’intérieur de motifs tous construits sur un même modèle sous- jacent. Sur le plan théorique. les points suivants converg eront extrêmement rapidement vers cet attracteur. elle est la trajectoire vers laquelle toutes les autres converg ent. cela leur sembla un visag e rencontré en maints endroits. dans la conception des moteurs à réaction pour obtenir un mélang e efficace de carburant et d’oxyg ène. la reconnaissance des attracteurs étrang es alimenta la révolution du chaos en fournissant aux explorateurs numériques un prog ramme bien défini. ou dans les nuag es dispersés comme des voiles à travers le ciel.structure. Le « mixing » en était une autre. mais personne ne savait comment mesurer cette dimension ou comment appliquer sa mesure aux problèmes des ing énieurs. une mathématique philosophiquement audacieuse mais techniquement incertaine. La dépendance sensitive aux conditions initiales était l’une de ces propriétés. Elle n’est pas seulement l’une des trajectoires d’un système dynamique . Tant que le point de départ se trouve dans le voisinag e de l’attracteur. Les scientifiques commencèrent à soupçonner qu’ils avaient en commun certaines propriétés. mais à l’évidence en rupture avec l’ancienne théorie. l’attracteur étrang e permettait d’exprimer mathématiquement les nouvelles propriétés fondamentales du chaos. Personne n’avait expérimentalement observé un attracteur étrang e. Des années auparavant. Élément universel révélé par l’exploration sur ordinateur. On rechercha partout des attracteurs étrang es. fondamentalement. ayant réuni des millions de données boursières. Le mouvement de ces points est si aléatoire. Bientôt. traquant le hasard à travers l’optique rég lable d’un ordinateur. et on était loin de savoir comment en trouver un. qui prendrait toute sa sig nification. Quel que soit le nombre de points affichés. D’autres. Ils passèrent l’après-midi à discuter. comme dans le cas de deux points voisins lors d’un écoulement turbulent. il est impossible de deviner où apparaîtra le suivant – sauf. lorsque les scientifiques virent ce que les ordinateurs avaient à montrer. personne ne savait si les attracteurs étrang es donneraient une indication sur le très profond problème des systèmes non linéaires. ces découvertes appartenaient encore au futur. sig nalant un domaine délaissé par de nombreux g rands esprits du XXe siècle. au City Colleg e. Contrairement aux systèmes linéaires. Deux points consécutifs se trouvent arbitrairement distants l’un de l’autre. dans la musique des écoulements turbulents. échapper à toute classification – chacun différait des autres. lorsque Ruelle arriva dans le laboratoire de Gollub et Swinney. se mirent à y rechercher un attracteur étrang e. Mais ils savaient que Landau avait tort et soupçonnaient que Ruelle avait raison. mais lorsque vint le . Mais personne ne savait comment mesurer ces propriétés.

» . Si un attracteur comme celui de Lorenz illustrait la stabilité et la structure cachée d’un système qui autrement en semblait dépourvu. Ruelle. Il y a là tout un domaine de formes à explorer. l’exaltation sortit du domaine de la science pure. comment cette double spirale particulière pouvait-elle aider les chercheurs à explorer des systèmes sans relation entre eux ? Personne ne le savait.temps de faire des mesures et d’effectuer des calculs. Ces systèmes de courbes. En attendant. chaque système non linéaire apparut comme un monde en soi. d’harmonies à découvrir. ces nuag es de points évoquent parfois des feux d’artifice ou des g alaxies. Les chercheurs qui virent ces formes se permirent d’oublier momentanément les règ les du discours scientifique. par exemple : « Je n’ai pas parlé de l’attrait esthétique exercé par les attracteurs étrang es. mais parfois aussi de mystérieuses et inquiétantes proliférations vég étales. En comprendre un ne semblait d’aucune utilité pour comprendre le suivant.

connaître des . de l’écume. orages et tonnerres. Soudain. Universalité En répétant ces vers. Mitchell Feig enbaum est debout sur la berg e. » Carruthers et Feig enbaum avaient bien parlé de turbulence. et la ressentir jusque dans vos tripes. « Mais si vous avez des connaissances mathématiques. à s’ag iter. mais le plus souvent travaillant seul. il fallait connaître la physique des particules. Il fume une cig arette. certes. et que vous observiez ce courant. ou que vous vous trouviez sur une dig ue devant une mer déchaînée. Vous commenceriez à faire tourner des super-prog rammes. et Carruthers lui-même ne savait plus trop vers quoi Feig enbaum s’était orienté. celui-là même auquel s’étaient heurtées de nombreuses disciplines – cet aspect du comportement non linéaire des systèmes. « Si vous org anisiez une réunion dans le laboratoire ou à Washing ton. La première approche de ce problème était loin d’être évidente. En boug eant la tête suffisamment vite. Elle commence à s’accélérer. « J’ai cru qu’il avait renoncé et qu’il s’était lancé sur un autre problème. C’était le plus vieux cliché de la science. d’un moyen de la transformer en calculs. Son premier acte fut de cong édier une demi-douzaine de physiciens d’ancienneté respectable – contrairement aux universités. On cause tourbillons. c’est que vous ne savez absolument rien. personne n’aurait pensé que pour aborder correctement ce problème. En revanche. tout ce que vous savez. était en soi attrayante. en 1974. CHRISTOPHER MARLOWE La Tragique Histoire du docteur Faust. À cette époque. à ving t-neuf ans. la sécurité de l’emploi n’existe pas à Los Alamos – et de les remplacer par quelques jeunes et brillants chercheurs de son choix. » L’ordre dans le chaos. Et tout cela pour rien. il savait par expérience que l’on ne peut pas toujours planifier une recherche de qualité. De petits filets d’eau se g onflent et palpitent comme de g rosses veines. ils auraient besoin d’un cadre pratique. Lorsque Feig enbaum arriva au Laboratoire national de Los Alamos. nous avions ce type intellig ent. Si. vous pouvez discerner brusquement toute la structure de la surface. en tant que directeur scientifique. et que vous proclamiez “La turbulence nous empêche d’avancer. il avait de g randes ambitions. vers des plans d’eau plus calmes. « Fixez un détail quelconque. mais elle connut l’infortuné destin d’avoir inspiré des pseudoscientifiques et des excentriques. g énial sans en avoir l’air. venu de Cornell en 1973 pour assurer la direction de la Division théorique. c’est de l’or qu’on produit . bien sûr qu’ensuite vous eng ag eriez une équipe. il savait que si les physiciens voulaient aujourd’hui faire quelque chose de cette idée. ou des nuag es amoncelés les uns sur les autres. mais le temps passait. comme s’il imitait de manière insensée un spectateur de tennis. Vous auriez un ordinateur g éant. ce que vous voulez. Feig enbaum avait été eng ag é par Peter Carruthers. Cette idée d’une unité cachée et d’une forme sous-jacente. il nous faut absolument la comprendre sinon nous n’aurons aucune chance de prog resser dans pas mal de domaines”. lég èrement en sueur dans sa veste sport et son pantalon de velours. J’étais loin de me douter que cet autre problème était le même problème. » Il tira une bouffée de sa cig arette. dans son coin – discutant avec les g ens. il se met à tourner rapidement la tête des deux côtés. omniprésente dans la nature. une rivière s’écoulant tranquillement semble avoir le sentiment de sa chute imminente. Quelques dizaines de mètres en amont d’une cascade. Et lorsque l’on construit ce cercle sur le sol. un physicien calme. Les amis qui l’accompag naient ont continué en amont.

Sa mère enseig nait dans les écoles publiques de la ville. Samuel J. Son père était chimiste. en revanche. Personne ne savait qu’il fallait comprendre la théorie g énérale des processus stochastiques. et il le fit bien. un autre physicien de Cornell parlant calmement. Mitchell Feig enbaum était âg é de quatre ans lorsqu’il rencontra pour la première fois le mystère de l’Univers. il avait l’impression de le comprendre. Il fit exactement ce qu’il fallait au bon moment. sous la forme d’un poste de radio Silverstone trônant dans le salon de ses parents. Il répondait : « Oh. Très jeune. Il se détacha de plus en plus de ses amis. et peu à peu réapprit l’essentiel de l’art de converser. » Nouvellement installé à Los Alamos. Il commença par écarter toute idée de comprendre la complexité du réel. Il ne recherchait pas l’intellig ence. écoutant les étudiants papoter rasoir ou nourriture. Il se rappelait toujours le cas de Kenneth Wilson. il y avait cette structure appelée g roupe de renormalisation. dont la production semblait absolument inexistante. et il décida de reprendre contact avec l’humanité. De temps en temps. puis pour la firme de cosmétiques Clairol. Mais au cours de sa dernière année de lycée. Quiconque discutait long temps avec lui s’apercevait qu’il possédait en réalité une .choses en théorie quantique du champ. Le phonog raphe. Il a totalement débroussaillé le problème. Plus tard. » Feig enbaum amena à Los Alamos la conviction que sa science n’avait pas réussi à comprendre les problèmes difficiles – les problèmes non linéaires. Il avait une connaissance profonde et efficace de l’analyse mathématique la plus provocatrice. dans leur appartement de Flatbush. Sa g rand-mère lui avait exceptionnellement accordé l’autorisation d’y placer les soixante-dix-huit tours. g randir intellig ent revenait dans une certaine mesure à louvoyer entre le monde de l’esprit et celui des autres g ens. À Brooklyn. « Mitchell possédait tout cela. lui-même talentueux scientifique. Cette musique arrivant sans cause matérielle le stupéfiait. C’était peu après la g uerre. Il obtint son diplôme en 1964. mais une certaine créativité. Les « postdocs » étaient censés publier. Il voulait bâtir une science nouvelle. Mitchell décida tout d’abord de devenir ing énieur en électricité. Il travailla pour les autorités portuaires de New York. ces nouvelles techniques informatiques qui poussaient les physiciens aux limites de leur savoir. Un déclic se fit en lui quand il réalisa qu’il pouvait apprendre des choses. Il faisait partie de cette g énération de scientifiques élevés dans les faubourg s de New York qui parvinrent à de brillantes carrières en passant par les g rands établissements publics d’enseig nement secondaire – dans son cas. il était extrêmement sociable. ainsi que les structures fractales. Les conversations banales ne l’intéressaient plus. À la cafétéria. il prit l’habitude de rester assis en silence. il se rendit compte que la réponse à ses interrog ations sur la radio se trouvait plus probablement dans la physique. Et pas à moitié. Il passa ensuite quatre années infructueuses à Cornell et au Virg inia Polytechnic Institute – infructueuses dans le sens où la publication continue de travaux sur des problèmes abordables est essentielle pour un jeune universitaire. il lui sembla avoir raté son adolescence. Tilden – puis par City Colleg e. à Brooklyn. un professeur lui demandait ce que devenait tel problème. Carruthers. s’enorg ueillissait de découvrir des talents. une profession connue à Brooklyn pour g arantir une vie aisée. et savoir qu’en théorie quantique du champ. il avait acquis un bag ag e intellectuel inhabituel. je l’ai compris. Bien qu’il n’eût presque rien produit en tant que physicien. comme sécrétée par une g lande mag ique. et se tourna vers les équations non linéaires les plus simples qu’il puisse trouver. ce qu’il considérait comme un atout majeur pour ne pas se faire tabasser. puis alla au Massachusetts Institute of Technolog y où il présenta en 1970 un doctorat en physique des particules. Il s’était arrang é pour ne pas se débarrasser de certaines conceptions apparemment non scientifiques héritées du romantisme du XVIIIe siècle.

comme partie de la théorie quantique qui rendit possible le calcul des interactions entre les électrons et les photons. ou de l’état mag nétique à l’état non mag nétique. Les physiciens qui misaient sur ses compétences potentielles l’emportèrent – et ce fut comme une rupture de barrag e. Léo Kadanoff et Michael Fisher. Freeman Dyson et d’autres physiciens. Une casserole d’eau sur le poêle s’échauffe de manière continue jusqu’au point d’ébullition. Une part de cette beauté résidait dans son universalité. comme ceux sur lesquels se penchaient Kadanoff et Wilson. les atomes du métal doivent. telle la masse d’une particule. Certaines quantités. Il est libre de choisir. D’où l’intérêt de l’invariance d’échelle : la meilleure façon de penser le métal est de le penser par rapport à un modèle de type fractal. la mag nétisation des métaux – obéissaient toutes aux mêmes règ les. il doit prendre une décision. avec des cellules de toutes tailles. Cela . se communiquer une information. et le comportement uniforme et prévisible de la matière dans une phase ne fournit que peu d’information à leur sujet. éliminait ces infinis. dont un qui lui valut le prix Nobel en 1982.intuition profonde de la physique. En entrant dans un état ordonné. Considérez un bloc de métal en train de subir une mag nétisation. ces trois hommes réfléchissaient selon des voies différentes sur les transitions de phase. offrant ainsi un puissant moyen d’effectuer des calculs réels sur des systèmes réels. Frontières particulières entre deux formes d’existence. Comment ? En effectuant ce choix. La renormalisation avait fait son apparition en physique dans les années quarante. Julian Schwing er. situation confuse et désag réable. selon les méthodes conçues par Richard Feynman. dans les années soixante. d’une manière ou d’une autre. Il divisa par la pensée le métal en cellules cubiques. semblait exig er de traiter certaines g randeurs comme des quantités infinies. constitua un fondement important de la théorie du chaos. avec les travaux de deux autres physiciens. Puis l’élévation de température marque une pause pendant qu’un phénomène très intéressant se produit à l’interface moléculaire entre le liquide et la vapeur. Le renouvellement de son poste fut l’objet d’un sérieux débat. à savoir que ces transitions apparemment sans relation – l’ébullition des liquides. L’idée de Kadanoff fut à l’orig ine de la découverte du fait le plus surprenant au niveau des phénomènes critiques. Démontrer la puissance de la notion d’invariance d’échelle nécessitait pas mal d’analyse mathématique et d’expérimentation sur des systèmes réels. les transitions de phase constituaient pour Kadanoff une énig me intellectuelle. chacune communiquant avec ses voisines immédiates : cette communication était de même nature que celle existant entre un atome et ses voisins. Ils étudiaient le comportement de la matière au voisinag e du point où elle passe d’un état à un autre – de l’état liquide à l’état g azeux. Dans les années soixante. Mais chaque parcelle de métal doit faire le même choix. il pensa à l’invariance d’échelle. Un délug e d’articles se déversa de son bureau. L’idée de Kadanoff était que cette communication pouvait se décrire très simplement en termes d’invariance d’échelle. Travaillant indépendamment. que Wilson découvrit les fondements qui devaient assurer le succès de la renormalisation. La g rande contribution de Wilson à la physique. Puis Wilson fit le travail qui devait permettre d’inclure toute la théorie dans celle du g roupe de renormalisation. La réussite de la renormalisation résidait dans le fait de considérer qu’une g randeur comme la masse n’avait pas de valeur fixe. Comme Kadanoff. Ce type de calculs. Kadanoff avait le sentiment de s’être lancé dans une entreprise ardue et d’avoir créé un monde d’une extrême beauté et totalement indépendant. Ce ne fut que bien plus tard. avaient toujours été considérées comme des constantes – à l’instar de la masse pour un objet ordinaire. ces transitions obéissent à une mathématique hautement non linéaire. Cette valeur semblait alors croître ou décroître selon l’échelle à laquelle on la mesurait. L’aimant peut avoir deux orientations. La renormalisation du système.

Avec un peu de chance. plus il vous faut obtenir de ces diag rammes stressants. Rien n’indiquait. Cette variabilité des mesures standard de masse ou de long ueur sig nifiait l’existence d’une autre quantité qui. en s’attaquant à l’extrême difficulté des calculs. Un jour. restait fixée. Mais cette chance trouve le moyen de s’évanouir chaque fois que le problème est particulièrement intéressant. de peu enrichissant et de stupide. arbitraires. Les personnag es étaient trop petits pour être disting ués. Il passa devant des pique-niqueurs et. Dans le cas des fractales. mettant de l’ordre dans la panoplie d’impressions et d’idées qui traversaient son esprit. Comme Mandelbrot l’avait lui aussi remarqué. soluble – à une petite perturbation près. l’idée de l’appliquer à la turbulence. Admettre une variation de masse en fonction de l’échelle sig nifiait que les mathématiciens étaient capables de reconnaître une similitude par-delà les échelles. vos calculs converg eront vers une solution. Il en g arda la conviction que la théorie des perturbations était quelque chose d’assommant. Ainsi. sur la plag e ou dans un satellite. des fluctuations dans des fluctuations. c’était une parfaite analog ie de ce que Mandelbrot avait découvert sur les formes g éométriques et les côtes maritimes d’Ang leterre : on ne pouvait mesurer leur long ueur sans tenir compte de l’échelle. Mais il marchait suffisamment bien et suffisamment souvent pour donner aux physiciens. observant le mouvement des mains g esticulant ou cherchant quelque nourriture. Leurs actes paraissaient incohérents. cinq heures. dans laquelle la position de l’observateur. niveau après niveau. Le moindre son qui lui parvenait n’avait aucune sig nification. Feig enbaum vécut une expérience dont il conserva de nombreuses années le souvenir. il se retrouva séparé du g roupe et marcha seul. Feig enbaum. il sentit que cette scène avait franchi le seuil de l’incompréhensibilité. y compris Feig enbaum. Il exig eait une forte dose d’ing éniosité pour choisir les bonnes opérations permettant de piég er l’invariance d’échelle. comme tous les autres jeunes physiciens des particules dans les années soixante. proche ou éloig né. que cette transition obéissait à l’invariance d’échelle. Pour les besoins du calcul. Cela revenait à une forme de relativité. elle. aléatoires. Pourtant. la théorie du g roupe de renormalisation de Wilson ouvrit une voie nouvelle vers les problèmes d’une complexité infinie. Le mouvement perpétuel et l’agitation incompréhensible de la vie. Plus vous voulez de précision. le g roupe de renormalisation était loin d’être infaillible. la seule façon d’aborder les problèmes fortement non linéaires consistait à recourir à une technique appelée théorie des perturbations. avait dû lui aussi dessiner à l’infini ce g enre de diag rammes. elle donnait un moyen de supprimer la complexité. affectait les mesures. Il se promenait avec des amis au bord du lac Lincoln. entendant le son de leurs voix. Vous résolvez alors le problème linéaire.paraissait absurde. Dans la pratique. Il se prit alors de passion pour la nouvelle théorie de Wilson : en reconnaissant l’invariance d’échelle. cette variation en fonction de l’échelle n'était pas arbitraire : elle obéissait à des règ les. Lorsqu’il était étudiant au MIT. reg arda de temps en temps en arrière. c’était la dimension fractale – une constante que l’on pouvait déterminer et utiliser pour d’autres calculs. Cette invariance n’était-elle pas la sig nature de la turbulence. vous supposez que le problème non linéaire est raisonnablement proche d’un problème linéaire. des tourbillons dans des tourbillons ? Mais qu’en était-il du seuil de la turbulence – cet instant mystérieux où un système ordonné devient chaotique ? Rien n’indiquait que le g roupe de renormalisation avait quelque chose à dire sur cette transition. puis vous exécutez un tour de passe-passe compliqué sur la partie restante en la développant en ce qu’on appelle des diag rammes de Feynman. en s’éloig nant. Soudain. Jusqu’alors. Il avait l’habitude de faire des promenades de quatre. Feig enbaum se rappelait ces mots de Gustav Mahler décrivant un sentiment qu’il avait tenté de saisir dans le troisième mouvement de . par exemple.

le traité de Goethe sur la couleur sombra dans une obscurité indulg ente. Il ne remarqua aucune couleur. et eng endre cependant toutes les variétés et les conditions de phénomènes qui nous sont présentés dans l’espace et le temps. il s’aperçut que Goethe avait en fait réalisé. Après tout. Quand Feig enbaum entreprit de le retrouver. dans les premières années du XIXe siècle. Comme Newton. aucune nuance particulière. Si l’optique de Newton se trouva confirmée des milliers de fois. les idées de Goethe n’étaient rien d’autre que des divag ations pseudoscientifiques. pour quelle raison les phénomènes devraient-ils conserver leur sig nification lorsqu’on les observe de loin ? Les lois physiques fournissaient une explication triviale à leur rapetissement. Si l’on song e au peu d’indices sur lesquels elle se fondait. Lorsque finalement il parvint à en dénicher un. comment votre décodeur parvient-il à l’ordonner ? Il est évident – ou presque – que le cerveau ne dispose pas de copies conformes du monde extérieur. se plong eant dans leurs vies intensément romantiques. Newton avait exposé ce prisme à la lumière et projeté le faisceau divisé sur une surface blanche. Newton en déduisit que ces couleurs à l’état pur étaient les composantes élémentaires qu’il fallait mélang er pour obtenir de la lumière blanche. il émit l’hypothèse que ces couleurs correspondaient à des fréquences. s’imprég nant de ses idées sur le monde à la fois les plus passionnées et les plus intellectuelles. Nul doute que sans une certaine inclination pour le romantisme. De plus. cette idée était tout aussi indéfendable que brillante. ce fut le Faust de Goethe qu’il apprécia le plus. Il affirmait que la couleur était liée à la perception. fut celle qui opposa Goethe et les disciples ang lais de Newton sur la nature de la couleur. « Usant de poids et de contrepoids lég ers. Étant donné la masse énorme d’informations dont disposent vos sens. écrivit-il. lui. Qu’est-ce que le rouge ? Pour un physicien. c’est de la lumière qui rayonne à une long ueur d’onde comprise entre 620 et 800 milliardièmes de mètre. Goethe. un ensemble d’expériences exceptionnel. Selon la physique newtonienne. » La pierre ang ulaire de la théorie de Newton était sa célèbre expérience du prisme. il découvrit que le seul exemplaire de la bibliothèque de Harvard avait disparu. Pour quelle raison les choses deviendraient-elles incompréhensibles en rapetissant ? Il tenta tout à fait sérieusement d’analyser cette expérience à l’aide des outils de la physique théorique. L’une des escarmouches mineures de la science. Goethe refusait de considérer la couleur comme une quantité statique. le plaça devant son œil et reg arda à travers. Vous observez des êtres humains en interaction et vous en tirez certaines conclusions. aucun arc-en-ciel. s’interrog eant sur ses implications au niveau des mécanismes de perception du cerveau. Comme les évolutions des danseurs dans une salle de bal brillamment éclairée que vous regardez de l’extérieur. il aurait rejeté le sentiment de confusion qu’il avait éprouvé au bord du lac Lincoln. À la même époque. Feig enbaum réfléchissait sur la couleur. Qu’il reg ardât une surface parfaitement blanche ou un ciel d’un bleu parfait. Mais à la réflexion. Inévitablement. dans la nuit sombre. Feig enbaum écoutait Mahler et lisait Goethe. Il imag ina des corps en vibration – les corpuscules de l’Antiquité – produisant des couleurs proportionnellement à leur vitesse de vibration. le prisme produisait le même effet : . Il ne contient pas une bibliothèque de formes et d’idées avec lesquelles comparer les imag es fournies par la perception. et d’une distance telle que la musique vous soit inaudible… La vie peut vous sembler n’avoir aucun sens. ce lien entre rapetissement et perte de sig nification n’était pas si évident. Goethe avait commencé avec un prisme. avec une pénétrante perspicacité. puis éping lée comme un papillon sur une feuille de carton.sa seconde symphonie. Le cerveau semble avoir plus de souplesse que la physique classique pour discerner l’ordre dans le chaos du monde. la Nature s’assig ne des limites à l’intérieur desquelles elle oscille. L’information est stockée avec une certaine flexibilité qui autorise des juxtapositions fantastiques et des sauts d’imag ination. lors de son étude sur les couleurs. dont la valeur devait être déterminée à l’aide d’un spectromètre. un prisme divisant un faisceau de lumière blanche en un arc-en-ciel de couleurs étalé sur tout le spectre visible.

C’est une rég ion dans un univers chaotique. conclut-il. Goethe insista sur la reproductibilité de ses expériences. superficielle. Pourtant. Il poursuivit ses recherches en analysant la manière dont les g ens percevaient les ombres projetées par diverses sources de lumière colorée. Pourquoi ? Le papier blanc seul est perçu comme blanc.l’uniformité. et plaça un crayon entre eux. Résoudre un système d’équations différentielles non linéaires était impossible. que ce soit à la lumière déclinante du jour ou à celle de la boug ie. des liquides et des disques de couleur. ou si un nuag e apparaissait dans le ciel. fort éloig nées en apparence d’un problème comme celui de la turbulence des fluides. est « un deg ré d’obscurité lié à l’ombre ». courante chez les psycholog ues. Le roug e n’est pas nécessairement une larg eur de bande lumineuse particulière. il décida alors de commencer par un analog ue de l’équation élémentaire que Robert May avait étudiée en biolog ie des populations. Mais si une petite tache interrompait la surface. les idées de Goethe étaient plus scientifiques qu’il n’y paraissait. abhorrait les mathématiques. Alors que Newton était réductionniste. il observait alors une g erbe de couleurs. dans un lang ag e plus moderne. Elles étaient profondes et empiriques. C’est « l’alternance de la lumière et de l’ombre ». Comment alors une ombre divise-t-elle le blanc en une rég ion bleue et une autre jaune roug eâtre ? La couleur. Goethe était holiste. en particulier à une perception qui écartait la multiplicité désordonnée de l’expérience et découvrait des qualités universelles. il utilisa des boug ies et des crayons. la couleur roug e. la lumière de la Lune et celle du Soleil. avec ses corrections successives d’un problème soluble que l’on espérait très proche d’un problème réel. Appliquer la technique perturbative. d’une portée g énérale. Avec pour tout matériel du papier et un stylo. heureusement ou malheureusement. Quelle preuve scientifique avait-on pour avancer qu’il existait une définition d’une propriété du monde réel. Dans la lumière de la boug ie. nos cerveaux s’accordent pour reconnaître la couleur roug e avec une cohérence rég ulière et vérifiable. que l’on en a. affirma Goethe. Les idées de Goethe en rappellent une autre. et ses frontières ne sont pas si facilement descriptibles – cependant. indépendante de notre perception ? Feig enbaum en vint à se demander quel formalisme mathématique pouvait correspondre à la perception humaine. l’ombre était d’un bleu brillant. Telles étaient les pensées d’un jeune physicien. il décréta qu’ils ne contenaient rien ou presque qui puisse aider un physicien dig ne de ce nom. Les couleurs que nous percevons varient en fonction des moments et des personnes – c’est une évidence. Après avoir lu des textes sur les écoulements et les oscillations non linéaires. comme le disaient les newtoniens. à la recherche d’une g rande explication. Mais surtout. Feig enbaum se persuada que c’était Goethe qui avait raison. qui établit une distinction entre la dure réalité physique et la perception subjective. des cristaux. la couleur résulte de l’existence de conditions limites et de sing ularités. chang eante. Pour ses expériences minutieuses. à Los Alamos. Newton sépara la lumière et donna de la couleur l’explication physique la plus fondamentale. il fallait certainement comprendre comment le désordre pouvait eng endrer l’universalité. . Lorsque Feig enbaum commença à réfléchir sur la non-linéarité. C’est ainsi qu’il alluma au crépuscule une boug ie devant une feuille de papier blanc. Goethe se promena dans des jardins d’ag réments et étudia la peinture. Newton fit concorder sa théorie de la couleur avec un projet mathématique valable pour toute la physique. qui eng endre la couleur. paraissait insensé. Pour lui. des miroirs et des verres teintés. Mais selon Feig enbaum. pour comprendre comment l’esprit humain met de l’ordre dans le chaos de la perception. À maintes reprises. malg ré les exemples particuliers que l’on trouvait dans les manuels. Goethe. c’était la perception des couleurs qui était universelle et objective. il se rendit compte que ses études ne lui avaient rien appris d’utile.

ou. Pour Metropolis. ces suites de lettres avaient des caractéristiques intéressantes – elles semblaient toujours se répéter dans le même ordre. Cela correspond. le résultat n’était qu’une série de nombres. Dans la courte histoire du chaos. Si déjà cette équation. qu’en serait-il pour celles bien plus compliquées que les scientifiques écriraient pour les systèmes réels ? Feig enbaum laissa le problème en suspens. Si x (la population de cette année) est petit. si profonde que pratiquement personne n’avait pensé à la poser auparavant : Le climat existe- t-il ? C’est-à-dire les conditions atmosphériques de la Terre possèdent-elles une moyenne à long terme ? Pour la plupart des météorolog ues. Reportez-la sur l’axe des x puis recommencez l’opération. le problème était de répertorier un ensemble de fig ures topolog iques sans faire référence à des valeurs numériques. parfois. mais Lorenz avait déjà étudié cette même équation en 1964. Lisez la valeur résultante sur l’axe des y. Rien n’était plus éloig né de l’esprit des calculs complexes de la physique standard. Il ne put voir qu’une partie des possibilités de cette équation. Au lieu d’un problème labyrinthique à résoudre en une seule fois. Si x prend une valeur médiane. comme May l’avait expliqué aux biolog istes des populations. la courbe monte en flèche. Ils commençaient le feed-back en un point particulier. Il savait ég alement que trois mathématiciens de Los Alamos – Nicholas Metropolis. varier de manière chaotique aussi long temps que quiconque voudrait l’observer. Pour les biolog istes. dans les modèles écolog iques. et la courbe résultante exprime la relation entre x et y pour toute valeur de x. Cette équation était la transcription mathématique d’une question profonde concernant le climat. puis observaient les points successifs sautant d’un endroit à l’autre de la parabole. Prenez une valeur initiale sur l’axe des x. y redevient petit. Remontez jusqu’à la parabole. empêchant une croissance illimitée et irréaliste. la réponse n’avait jamais fait aucun doute. comme une boucle en feed-back : le résultat d’une étape servait de donnée pour l’étape suivante. c’était un calcul simple à itérer sans s’arrêter. Elle pouvait s’achever en oscillant entre deux valeurs. qui ne converg eait pas toujours vers un état stationnaire. Paul Stein et Myron Stein – avaient étudié de telles « applications » en 1971. Séquence numéro un : R. y (celle de l’année suivante) est lui aussi petit. Personne ne le remarquait à l’époque. Elle peut s’écrire y = r (x - x2). à l’effondrement des populations. Séquence numéro 193 : RLLLLLRRLL. La parabole atteint ensuite un maximum puis redescend : si x est g rand. Feig enbaum eut l’idée d’effectuer ce calcul non pas une seule fois. mais de l’itérer à l’infini. Ils écrivaient alors des suites de R et de L suivant que ces points se déplaçaient vers la droite (Rig ht) ou vers la g auche (Left). Paul Stein l’avertit que cette complexité était véritablement effroyable. La suite de points rebondit sur la parabole. posait des difficultés. Les expérimentateurs numériques observaient. mais elles étaient si compliquées qu’il sentit qu’elles seraient difficiles à analyser. Mais pour un physicien. Séquence numéro deux : RLR. la plus simple des équations non linéaires. où x et y sont ég aux et où leurs valeurs ne varient donc plus. y est alors g rand. La parabole était d’un g rand secours pour voir ce qui se passait. mais plus g rand que x . Stein et Stein. Chaque valeur de x donne une valeur pour y. elles avaient quelque chose d’obscur et d’ennuyeux. Il se trouve que cette équation était celle que les étudiants utilisent en g éométrie pour tracer une parabole. se dirig e vers un équilibre stable. Mais ici. comme un chimiste qui observe une réaction bouillonnant à l’intérieur d’une éprouvette. En même temps qu’il effectuait ce calcul plutôt expérimental. cette équation apparemment innocente constitue l’exemple le plus concis de la manière dont différents scientifiques envisag ent un même problème. Feig enbaum essayait des approches théoriques plus traditionnelles pour analyser les fonctions non linéaires. Pour un mathématicien. cette équation contenait un messag e : des systèmes simples peuvent eng endrer des phénomènes compliqués. Toute . Le choix entre ces différents comportements possibles dépendait de la valeur du paramètre de contrôle r. puis. Comme May avant lui.

Comme May. le système atteig nait un point fixe. elle chang eait de manière spectaculaire. elle reçoit. Un tel système est dit intransitif.) Lorenz arrivait à comprendre de plus en plus profondément les possibilités spécifiques des systèmes chaotiques – plus profondément qu’il ne pouvait l’exprimer dans le lang ag e de la météorolog ie. fluctuait en permanence. Il peut rester dans l’un ou l’autre de ses états d’équilibre. Un exemple banal de système intransitif est fourni par une horlog e à balancier : d’une part. personne ne put saisir l’intuition qui fondait une affirmation aussi audacieuse publiée dans Tellus. Comme il pensait au climat.g randeur mesurable. « L’auteur a le sentiment que cette ressemblance n’est pas un simple hasard. Un système particulier pouvait receler plus d’une solution stable. Pourriez-vous utiliser ces équations pour calculer les moyennes statistiques de la température ou des chutes de pluie ? Si ces équations étaient linéaires. des transitions d’un rég ime d’écoulement à un autre. » Même ving t années plus tard. Même s’il ne variait que lég èrement le paramètre. totalement différent. Il réalisa alors que cette moyenne. mais que l’équation aux différences traduit l’essentiel de l’aspect mathématique. Existait-il un climat se transformant en un autre pour certaines raisons physiques ? Ou existait-il un climat sur une échelle encore plus g rande. Un observateur voyait un type de comportement se manifester sur un temps très long . mais pas dans les deux. Lorenz étudia à la place l’équation aux différences quadratique. quelles que soient ses fluctuations. L’état d’équilibre évident correspond à un balancement rég ulier. Autrement dit. Le balancier peut certes s’accélérer ou se ralentir . pour lequel ces périodes n’étaient que des fluctuations ? Ou se pouvait-il qu’un système comme l’atmosphère ne puisse jamais converg er vers une moyenne ? Lorenz posa une deuxième question. supposez que vous possédiez le code divin. Pour de petits paramètres. doit posséder une valeur moyenne. Mais elles ne sont pas linéaires. Seule une perturbation extérieure peut le faire chang er d’état. Poursuivant son exploration des aspects chang eants des systèmes dynamiques. alors que le système possédait un autre comportement. c’est loin d’être évident. (« Tellus ! Qui lit Tellus ? » s’exclama amèrement un physicien. et. sinon physique. ce travail de Lorenz sur le climat eût été un échec – il ne démontrait rien. par l’intermédiaire d’un mécanisme d’échappement. Par analog ie. un flux continu d’énerg ie provenant d’un ressort tendu ou d’une batterie. une revue suédoise de météorolog ie. elle perd cette énerg ie par frottement. mais aussi quelle serait l’interprétation de sa valeur moyenne. la réponse était tout simplement oui. de l’ensemble du processus d’instabilité. et là encore. Mais au-delà d’une certaine valeur. S’il s’était ag i d’un article mathématique. stable : on avait certainement affaire à un « climat » au sens le plus banal du terme – le « temps » ne chang eait jamais. le système converg eait vers une moyenne simple. Supposez que vous puissiez réellement écrire les équations complètes qui g ouvernent le temps. Lorenz réalisa que des systèmes lég èrement plus compliqués que les applications quadratiques pouvaient donner naissance à des fig ures inattendues. elle aussi. il se demanda si non seulement ce feed-back continuel eng endrait un comportement périodique. et d’autre part. en vérité. les conditions climatiques moyennes des dernières 12000 années ont été notablement différentes de celles des 12000 années antérieures. Lorenz était pourtant convaincu de ce qu’il disait. Comme le soulig na Lorenz. il vit apparaître le chaos. qui lui était tout aussi naturel. Lorenz observa une oscillation entre deux points. Mais même du point de vue de la physique. Mais à la réflexion. il en déduisit que le climat de la Terre ne pouvait jamais s’installer durablement dans un équilibre possédant un comportement moyen à long terme. cet article était très insuffisant : il ne justifiait pas comment le recours à une équation aussi simple permettait d’établir des conclusions sur le climat terrestre. Lorenz examina d’abord ce qui se passait en itérant cette équation pour diverses valeurs du paramètre. Pour des valeurs plus élevées. Et puisque Dieu ne les a pas données. lorsque la majeure partie de l’Amérique du Nord était recouverte de g lace.

Cette horlog e possède ég alement un deuxième état d’équilibre.sous l’effet d’un choc – si on cog ne l’horlog e –. Les modèles informatiques ont une telle tendance à déboucher sur cette Terre blanche que les climatolog ues se demandent pour quelle raison elle ne s’est jamais formée. il s’installe dans un autre comportement. moins banal celui-là – avec probablement plusieurs rég ions distinctes correspondant à des comportements absolument différents –. ce climat serait moins hospitalier à la vie telle que nous la connaissons. un type de comportement moyen fluctuant à l’intérieur de certaines limites. il manifestait un instinct aig u pour les problèmes dig nes d’intérêt. Les climatolog ues qui utilisaient des modèles g lobaux pour simuler sur ordinateur le comportement à long terme de l’atmosphère et des océans terrestres savaient depuis plusieurs années que leurs modèles autorisaient l’apparition d’au moins un équilibre spectaculairement différent. il commença à associer alg èbre analytique et . Elle est trop imprévisible. des chang ements dans l’orbite terrestre. Un système presque intransitif présente. durant tout le passé g éolog ique de la Terre. pour expliquer les g randes variations climatiques. Une telle Terre g laciaire réfléchirait soixante-dix pour cent du rayonnement solaire et resterait extrêmement froide. un météorolog ue n’a pas besoin de beaucoup d’imag ination pour voir que la presque intransitivité pourrait expliquer la raison pour laquelle le climat de la Terre a connu de long ues phases g laciaires durant de mystérieux et irrég uliers intervalles de temps. D’une manière g énérale. Feig enbaum décida de s’y pencher à nouveau. Les tempêtes qui souffleraient sur cette surface g elée seraient bien moins violentes que celles que nous connaissons de nos jours. mais il retrouve rapidement son état d’équilibre. Durant les quelques années où elle exerça sa suprématie. Pour que la Terre s’installe dans un climat g laciaire. mais durant l’été 1975. toujours fluctuant. Si. À l’aide de sa calculatrice. Comme toujours. il entendit Steve Smale parler de certaines propriétés mathématiques de l’équation aux différences quadratique. C’est elle qui permit à Feig enbaum de passer du calcul à la main à des méthodes de travail sur ordinateur jusque-là inédites. Il ne serait alors pas nécessaire de rechercher de cause physique à ce rythme climatique. au Colorado. Tel un collectionneur de pistolets se rappelant avec mélancolie le Colt 45 à l’ère des armes automatiques. sur un temps très long . serait bien plus fine qu’actuellement. ils tentent pourtant à tout prix d’éviter la presque intransitivité. il lui faudrait recevoir un choc énorme d’une source extérieure. une deuxième solution de ses équations de mouvement : celui dans lequel le balancier se trouve immobile à la verticale. le scientifique moderne nourrit une certaine nostalg ie à l’ég ard de la calculatrice de poche HP-65. Il correspond à ce que certains climatolog ues appellent le climat de la « Terre blanche ». C’est peut-être simplement un hasard. Pourtant. Puis. cette machine transforma définitivement les habitudes de travail de nombreux scientifiques. mais autour d’une autre moyenne. ils recherchent des causes externes – par exemple. La couche la plus basse de son atmosphère. sans aucune raison. cet autre climat n’a jamais existé. Un autre exemple de système intransitif. lors d’un colloque à Aspen. il est néanmoins une solution tout aussi acceptable du système d’équations g ouvernant la planète. Puis. la troposphère. Ces périodes g laciaires ne seraient qu’une conséquence du chaos. pourrait être le climat. une Terre dont les continents seraient recouverts de neig e et les océans emplis de g lace. Si ceux qui conçoivent ces modèles informatiques connaissent la découverte de Lorenz. Feig enbaum ig norait tout de Lorenz. Smale semblait penser qu’elle contenait des questions intéressantes relatives à l’endroit précis de la transition entre la périodicité et le chaos. Ils ont un penchant naturel à construire des modèles tendant fortement vers un équilibre tel que nous le mesurons chaque jour sur la planète réelle. Mais Lorenz décrivit ég alement un autre comportement possible qualifié de « presque intransitif ».

Feig enbaum décida de commencer par le calcul des valeurs exactes du paramètre qui provoquait ces dédoublements. en se concentrant sur la zone frontière entre l’ordre et le chaos. Mais il devait écrire ces nombres à la main. etc. et il savait que cette invariance était une caractéristique importante. Il n’avait jamais imag iné que les détails numériques se révéleraient importants. à la manière d’un alig nement de poteaux téléphoniques fuyant vers l’horizon dans un dessin en perspective. De manière imag ée – mais seulement de manière imag ée –. pouvait conduire une population de bombyx d’un cycle de quatre années à un cycle de huit années. Dans un système sans ordre apparent. et ainsi de suite. ils se produisaient de plus en plus vite avec une accélération constante. l’été cède rapidement la place à l’automne. méditer dessus pendant qu’il attendait. Mais il l’oublia aussi rapidement qu’il l’avait remarquée.exploration numérique pour tenter de comprendre cette application quadratique. En définitive. May ne s’intéressait qu’au comportement g rossier de l’équation. Feig enbaum calcula le rapport de converg ence avec la meilleure précision que pouvait lui donner sa calculatrice – trois décimales – et trouva 4. e. Curieusement. Mais personne n’avait jamais vu que cette équation contenait un motif invariant d’échelle. Il passa le reste de sa journée à essayer de le faire correspondre à toutes les constantes standard – π. lui. Avec un ordinateur rapide et une imprimante. etc. et rien de plus. l’amena à faire une découverte. Ces divisions formaient une fig ure fascinante. contenaient un bruit inévitable qui noyait des détails aussi précis. Robert May réalisa plus tard qu’il avait lui aussi observé cette converg ence g éométrique. se reproduit sur des échelles différentes. Feig enbaum aurait pu n’observer aucun motif. il comprit qu’il n’avait pas à deviner. il savait que cette rég ion était comparable à la frontière mystérieuse séparant les écoulements rég uliers et turbulents dans un fluide.669. Ce nombre avait-il une sig nification particulière ? Feig enbaum fit ce que toute personne aimant les nombres aurait fait. Il fallait une éternité – en fait quelques minutes – pour calculer chaque valeur. Le désordre même qui l’avait conduit si loin l’avait empêché de franchir l’étape cruciale. elle sig nifiait l’existence d’une propriété conservée pendant que tout le reste chang eait. C’est sur cette rég ion que Robert May avait attiré l’attention des biolog istes des populations qui n’avaient pas remarqué la possibilité de l’existence de cycles non ordonnés dans les variations de populations animales. ce mois d’août. la présence d’une converg ence g éométrique laisse supposer que quelque chose. Toute la théorie de la renormalisation en dépendait. plus les calculs étaient lents. Les dédoublements de période ne se produisaient pas seulement de plus en plus vite. Le cheminement vers le chaos s’y traduisait par une cascade de dédoublements de période : la division de deux cycles en quatre cycles. vous savez tout : le rapport du second au premier sera aussi celui du troisième au second. Pourquoi devait-il en être ainsi ? Ordinairement. d’un seul coup. les populations animales ou même les modèles économiques. de quatre cycles en huit cycles. Pourtant. Octobre touchait . ce fut la lenteur de sa calculatrice qui. Plus il descendait la cascade. Si vous savez quelle dimension donner à deux quelconques de ces poteaux. Feig enbaum. était conscient de ce qu’il avait trouvé : la converg ence g éométrique sig nifiait que quelque chose dans cette équation était invariant d’échelle. quelque part. puis. Dans l’air raréfié de Los Alamos. Il n’était une variante d’aucune d’entre elles. ce n’était qu’une particularité numérique. Les systèmes réels qu’il considérait. pour g ag ner du temps. par exemple de fécondité. Du point de vue de l’écolog ie. Il y avait des endroits où une lég ère variation. Mais où ? Difficile de voir ce qu’il fallait faire ensuite. Ce système recelait une rég ularité inattendue : les nombres converg eaient g éométriquement. Une certaine rég ularité se cachait sous la surface turbulente de l’équation. deviner où se situerait la prochaine réponse.

Ces équations étaient plutôt simples : Feig enbaum comprenait la parabole. mais il obtint un résultat avec trois décimales : 4. Il dut repartir à zéro. Cette fois. La nuit. Il savait que Metropolis. et émet l’hypothèse qu’il existe une relation entre le poids et la taille de ces animaux. il savait calculer des log arithmes et des sinus que la plupart des g ens consultaient dans une table. sa précision était limitée. il était temps de s’y mettre. il avait calculé cette constante jusqu’à cinq décimales pour diverses fonctions : 4. il était représentatif des physiciens et des mathématiciens qui avaient tendance à dédaig ner la pensée mécanique qu’impliquait l’informatique. Feig enbaum appela Paul Stein. c’était banal. Imag inez qu’un zoolog ue de la préhistoire décide qu’il y a des choses plus lourdes que d’autres – elles possèdent toutes une propriété abstraite qu’il baptise poids – et désire explorer scientifiquement cette idée. aussi. tous les ours. Il demanda à un collèg ue de lui apprendre le Fortran. Chacune de ces fonctions donnait le même nombre. On tombait sur les mêmes combinaisons de R et de L. en reg ardant les nombres affichés. le sinus – mathématiquement. Il s’ag issait alors de déterminer le rapport de converg ence de cette nouvelle équation. comme il l’avait fait avec la version simplifiée de l’équation. tous les serpents ont le même poids. À .6692016090 – une précision suffisante pour convaincre Stein. il lut les pag es du manuel sur la double précision. S’il s’était mis en quête de rég ularité – c’était cela. mais il est persuadé d’en posséder une certaine compréhension. et dans le même ordre. et vers la fin de la journée.6692016090.66920. caractéristiques. « comprendre les mathématiques » –. tout ce qui lui venait à l’esprit et qui passait par une suite de bifurcations avant d’aboutir au désordre. il parvint à 4. Adolescent. Durant toute son existence. tout comme certains systèmes physiques. Il reprit son HP-65 et se mit à calculer les dédoublements de période pour xi+1 = r sinπxi . et qu’ils avaient découvert que certains motifs se retrouvaient d’un type de fonction à l’autre. Il observe des g ros serpents et des petits serpents.presque à sa fin lorsque Feig enbaum se remémora un vieux souvenir. Et effectivement. Feig enbaum appela ég alement ses parents dans le New Jersey pour leur annoncer qu’il avait découvert quelque chose. les ours ont le même poids que les serpents. il réalisa qu’il y avait à nouveau converg ence g éométrique. L’une de ces fonctions faisait intervenir le sinus d’un nombre. ont le même poids. des g ros ours et des petits ours. Le calcul d’une fonction trig onométrique était au moins aussi lent. Stein et Stein avaient ég alement étudié d’autres équations. Et à sa stupéfaction. quelque chose se répétait constamment pour donner un nombre unique. la précision était faible. et le lendemain. il savait désormais que certains types d’équations. Feig enbaum avait joué avec les nombres. Car après tout. Ils pèsent tous 4. Il n’existait aucune théorie mathématique ou physique expliquant pourquoi deux équations si différentes dans la forme et dans le fond conduisaient au même résultat. Il n’a en fait jamais mesuré de poids. C’était le même nombre. et Feig enbaum se demanda si. il ne pourrait pas utiliser un raccourci. Stein n’était pas préparé à croire à cette coïncidence à partir d’un indice aussi ténu. peut-être une nouvelle loi de la nature. et dit à sa mère que cela allait le rendre célèbre. Pourtant. Là encore. À son g rand étonnement. À sa g rande consternation. Puis il essaya d’autres fonctions. cette fonction trig onométrique ne faisait pas que présenter une rég ularité g éométrique cohérente : cette rég ularité était numériquement identique à celle de l’équation plus simple.669. avaient des comportements spéciaux. au cœur même de ces équations extrêmement différentes. Et il était tombé dessus : peut-être une simple curiosité . Aussi incroyable que cela parût. ce qui rendait sans intérêt le traitement de l’équation parabolique soig neusement élaboré par Feig enbaum. Mais il n’avait jamais appris à se servir d’un ordinateur plus g ros que sa calculatrice de poche – et en cela. Mais Feig enbaum n’était pas tout à fait sûr d’être lui-même convaincu. Il construit une balance et commence à peser des serpents.

il ne démontrait rien. les équations des fluides. Il y avait pourtant une autre converg ence g éométrique. et permis d’entrevoir un ordre inattendu. mais passer de ces équations au comportement g lobal. Vous additionnez tous les éléments microscopiques et vous découvrez que vous ne pouvez suivre leur évolution à long terme. pendules. et elle ouvrit à Feig enbaum la voie qu’il recherchait. rien de plus. Le nombre que Feig enbaum avait trouvé lui permettait de prédire quand intervenaient ces dédoublements. Feig enbaum effectuait soig neusement des calculs de sinus. L’équilibre permanent atteint par ses applications est un point fixe qui attire tous les autres – quelle que soit la « population » initiale. g ravée dans son esprit. oscillateurs électriques – de nombreux systèmes physiques subissaient une transition en avançant vers le chaos. c’était presque de la physique expérimentale. peut-être. trop complexes. Survient alors un autre dédoublement : chaque point de l’attracteur subit une nouvelle division. Ces nombres. mais en réalité trop vulg aire et particulière pour perdre son temps avec. Qu’elle soit quadratique ou trig onométrique. obéissaient à une loi d’invariance d’échelle. et ces transitions. ni avec les paraboles. mais elles ne vous servent à rien. Au début. des quatre points. Ce n’était pas des mathématiques . puis. elle saute constamment vers cet attracteur. les deux points sont pratiquement confondus . Mais la découverte de Feig enbaum sig nifiait que ces équations n’avaient rien à voir. ni avec quelque fonction que ce soit. Il était difficile de classer son travail. eux aussi. La nature avait levé un instant le voile. il découvrait qu’il pouvait ég alement prédire les valeurs précises de chaque point de cet attracteur de plus en plus complexe – des deux points. à long terme. à mi-chemin entre les mathématiques et la physique.l’évidence. S’il s’ag issait d’un sinus. d’une imag e mentale de deux petites formes ondulées et d’une troisième plus g rosse. qu’elles n’étaient pas essentielles. vous connaissez les bonnes équations. Il étudiait bien des nombres. Cela chang e complètement le sens de connaître quelque chose. Les idées sont la véritable monnaie des mathématiciens. semblait impossible. Ici. Feig enbaum faisait une recherche en physique et. les techniques disponibles dépendaient des particularités des fonctions. Ils ne sont pas importants pour le problème. nette. lorsque le paramètre aug mente. ils se séparent. ce fut sous la forme d’un dessin. Mais pourquoi ? C’était frustrant. Feig enbaum avait démontré qu’il fallait trouver une nouvelle façon de résoudre des problèmes non linéaires complexes. des huit points… Il pouvait prédire les véritables populations atteintes lors des oscillations annuelles. Feig enbaum explorait un domaine intermédiaire. Maintenant. Au premier dédoublement de période. Sa découverte de l’universalité sig nifiait qu’il fallait renoncer à toutes ces techniques. comme une cellule vivante. l’attracteur se divise en deux. « Toute la tradition de la physique consiste à dire qu’une fois que vous avez isolé les mécanismes. il semblait soudain avoir oublié l’équation orig inale. Quand l’ordre apparaissait. que le témoig nag e visible d’une démarche intellectuelle inconsciente. C’était tout – une imag e brillante. le résultat était le même. aussi étrang e que cela parût. mais les nombres sont à un mathématicien ce que les sacs de pièces sont à un banquier : la matière première. résistaient à l’analyse. La rég ularité n’avait rien de commun avec les sinus. Il faut repenser entièrement le concept. dit Feig enbaum. Qu’y avait-il d’autre derrière ce voile ? Quand l’inspiration arriva. posaient un défi bien plus g rand que la simple application log istique à une dimension. simultanément. Tout cela échoue complètement. Torrents. possédant des . de sa profession. il étudiait des nombres et des fonctions. Elle concernait l’invariance d’échelle. et même des pendules. le poids n’est pas ce qu’il avait supposé. délaissé. Mais au lieu des mésons et des quarks. tout le reste suit. Il étudiait les attracteurs étrang es. C’étaient tous des systèmes dont la dynamique semblait parfaitement maîtrisée. » Bien que la relation entre ses nombres et la physique fût assez vag ue. De plus. Jusqu’alors. au sens propre. Les physiciens connaissaient toutes les bonnes équations.

et attendaient qu’elle en calcule la solution – un problème. une solution. et ce peu se trouvait dans la Division de l’armement. comme on disait. Son accélérateur et sa chambre à bulles étaient son ordinateur. il élaborait une méthodolog ie. jouant de son ordinateur comme d’un instrument de musique.trajectoires et des orbites. En dépit d’un budg et g ig antesque. Il dut recourir à la plus primitive des méthodes imag inables : de long s rouleaux de papier sur lesquels il imprimait des rang ées d’espaces suivis d’un astérisque ou d’un sig ne plus. Ces conditions de travail permettaient difficilement d’apprécier toute la puissance de l’ordinateur à l’autre bout de la lig ne : le calcul le plus simple demandait plusieurs minutes. Habituellement. Il put alors modifier ses équations et ses fig ures en cours d’exécution. ils étaient armés de cette conviction nouvelle selon laquelle d’infimes modifications de certaines caractéristiques pouvaient entraîner d’importants chang ements dans le comportement g lobal. que Feig enbaum put bénéficier d’un « ordinateur de bureau » de 20000 dollars. une solution. ceux qui utilisaient les ordinateurs construisaient un problème. Ce ne fut que plus tard. De plus. . Feig enbaum et les explorateurs du chaos qui le suivirent avaient besoin de plus. Feig enbaum devait utiliser un terminal relié par téléphone à un ordinateur central. Ensuite seulement ils pouvaient modifier tel ou tel paramètre et observer les nouvelles trajectoires résultantes. avec la complicité financière de la Division théorique. les mettre au point. Feig enbaum voulait prendre des nombres et les reporter sur un g raphe. Il leur fallait faire ce que Lorenz avait fait : créer des univers miniatures et observer leur évolution. les déformer. Mais par-dessus tout. dans le bourdonnement constant du terminal. La politique officielle de Los Alamos considérait qu’un g ros ordinateur unique valait bien mieux que de nombreux petits ordinateurs – politique dans le droit fil de la tradition un problème. pendant que l’ordinateur central jouait au jeu électronique des questions et des réponses avec les autres utilisateurs du laboratoire. Los Alamos possédait peu de terminaux capables d’afficher des g raphes et des fig ures. on appuyait sur Return. bien supérieur à celui de la plupart des universités. les seuls terminaux capables de réaliser des g raphiques corrects se trouvaient dans les zones de haute sécurité – derrière la clôture. l’envoyaient dans la machine. Il avait besoin – selon une expression qui devint plus tard un cliché de la nouvelle science – de créer de l’intuition. Pour imprimer une lig ne de prog ramme. puis on attendait. En même temps que sa théorie. Feig enbaum se rendit compte rapidement à quel point les ordinateurs de Los Alamos convenaient mal au style de calculs qu’il désirait effectuer. Il lui fallait explorer leur comportement. Les petits ordinateurs étaient déconseillés. Mais à l’époque. l’achat d’un ordinateur par un département se serait heurté à de strictes orientations g ouvernementales et à un examen officiel.

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définie chaque année par un pourcentage fixe (1re figure). Ce fut à partir de telles figures que Feigenbaum construisit sa théorie. L’universalité apportait l’espoir qu’en résolvant un problème facile. L’imag e ondulée qui lui était venue à l’esprit dans un moment d’inspiration était l’expression d’une loi d’échelle permettant l’ajustement d’une fonction sur une autre. prog rammant avec acharnement. g riffonnant des corrections avec son stylo. presque un outil standard. l’ordinateur déconnectait automatiquement sa lig ne. le comportement de l’une dictant celui de la suivante. Il commença à penser en termes de récurrence : en termes de fonctions de fonctions. Il apparaissait ensuite d’autres dédoublements de période. Feig enbaum avait déjà fondé une théorie universelle. Feigenbaum dessina une trajectoire partant d’une valeur arbitraire de x. Feig enbaum en faisait un outil de calcul reconnaissable par les physiciens. Une équation élémentaire. que les détails de l’équation étaient secondaires. ce que Robert May appelait le facteur d’« explosion et de surpopulation ». cette fonction pouvait exprimer la relation entre la population de cette année et celle de l’année prochaine. celle sur laquelle x égale y. Il travailla sans s’arrêter pendant deux mois. Il appliqua les mathématiques de la théorie de la renormalisation et son recours à l’invariance d’échelle pour réduire les infinis à des quantités manipulables. elle tendait vers zéro. le comportement de la population dépendait de manière sensible de la pente – du degré de non-linéarité. une bifurcation faisait osciller une population avec une période égale à deux. Il lui prescrivit un lég er rég ime au valium et des vacances forcées. et l’ensemble de ces deux nombres détermine une forme représentée par la courbe en trait gras. Et au-delà d’un certain point. L’universalité faisait une différence entre le beau et l’utile. puis quatre… Tout en calculant. L’accroissement de la pente faisait apparaître l’équilibre stationnaire qu’attendait un écologiste traditionnel . et de fonctions de fonctions de fonctions. se réveillait deux heures plus tard. Ses amis le soupçonnaient de puiser ses vitamines dans les cig arettes. itérée de nombreuses fois : Mitchell Feigenbaum se concentra sur des fonctions simples. Une fonction trop aplatie entraînait une extinction : quelle que soit la population initiale. Et de temps à autre. Pour un écologiste. reprenant ses pensées à l’endroit même où il les avait quittées. trop ag ité. De plus. Puis. une parabole parfaite définie par la fonction y = rx(1 - x) où la valeur r. Quelles mathématiques nouvelles pouvaient eng endrer les innombrables motifs invariants d’échelle qu’il observait ? Il réalisa que ces fonctions devaient être partiellement récursives. et la reprise du contact était aléatoire. (Même bien portant et l’esprit dég ag é. faisant des journées de ving t-deux heures. Au-delà d’un certain point.) Finalement. attirant toutes les trajectoires. Feig enbaum ne subsistait qu’avec la viande la plus roug e possible. On a illustré ici la « fonction logistique ». l’ordinateur tombait en panne. Il se concentrait comme s’il était en transe. Toutefois. Feig enbaum réfléchissait. du café et du vin roug e. laissant Feig enbaum avec une poussée d’adrénaline. On peut visualiser de telles fonctions à l’aide d’un graphe en reportant l’entrée sur l’axe horizontal et la sortie sur l’axe vertical. pour mettre en évidence le comportement à long terme du système. qui prennent un nombre à l’entrée et en rendent un autre à la sortie. Pour les populations animales. Chaque valeur de y étant réinjectée dans la même fonction. Il n’avait droit qu’à cinq minutes de réflexion : au-delà. À chaque entrée x correspond une seule sortie y. Il lui était impossible d’appeler le centre de calcul à son secours : cela aurait rompu la communication avec l’ordinateur. Durant le printemps de 1976. Les fonctions plus réalistes forment une arche faisant chuter une population lorsqu’elle devient trop importante. Il essayait de dormir mais. Mais à cette époque. des applications avec deux maximums. il se mit à vivre plus intensément que jamais. Mais ce qui rendait l’universalité utile la rendait en même temps difficilement convaincante pour les physiciens. Sa nourriture ne comportait que du café. auto-référencées.CONVERGENCE VERS LE CHAOS. il lui fut possible d’utiliser un raccourci graphique : sa trajectoire rebondissait sur la droite à 45 degrés. les physiciens pourraient en résoudre d’autres plus difficiles. L’universalité sig nifiait que des systèmes différents se comportaient de . cet équilibre. Les réponses seraient identiques. et ainsi de suite . un médecin mit un terme à tout cela. puis prog rammant à nouveau. Feigenbaum découvrit que la forme particulière de l’arche qu’il utilisait n’avait pas d’importance. Au-delà d’un certain point. le type de fonction le plus évident pour une croissance correspond à une fonction linéaire – au scénario malthusien de croissance continue et illimitée. les mathématiciens se soucient peu de fournir une technique de calcul. était un « attracteur » à une dimension. en situant sa théorie dans le cadre du g roupe de renormalisation. détermine la pente de la parabole. La seule exigence était que la fonction possède une « bosse ». et finalement (en bas à droite) la trajectoire n’atteignait aucun équilibre. comprise entre 0 et 4. les physiciens ont besoin de nombres.

L’un des éditeurs qui avaient refusé un manuscrit de Feig enbaum reconnut des années plus tard que cet article constituait un tournant dans cette discipline . pourtant. mais dans l’ensemble. mais aussi métrique. Par exemple. et on lui réclama les photocopies de ses articles. Mais il éprouvait encore une certaine rancœur à l’ég ard des éditeurs des g randes revues scientifiques qui avaient jug é ses travaux impubliables deux années après qu’il les leur eut soumis. des mathématiciens appliqués. Mais l’histoire des idées n’est pas toujours aussi évidente. La conséquence physique de ce fait était que les systèmes du monde réel avaient le même comportement reconnaissable. s’appuie sur celles qui les ont précédées. La science prog resse comme une construction. Feig enbaum décrivit ses travaux lors de colloques. Et cela forçait la crédulité des physiciens. surg issant l’une après l’autre. Les historiens des sciences tiennent souvent pour acquis que cette théorie de marché existe ég alement dans la discipline qu’ils étudient : ils admettent que toute découverte annoncée. Il subsiste bien sûr ici ou là des zones d’ig norance ou de rétention d’information. et malg ré le silence des revues. il soutenait encore qu’il ne correspondait pas aux besoins des lecteurs de sa revue. Quand la science non linéaire fit son apparition dans les coins et recoins de diverses disciplines. L’universalité de Feig enbaum n’était pas seulement qualitative. Cette conception de la science trouve sa confirmation la plus manifeste lorsqu’une discipline bien définie attend la résolution d’un problème bien défini. il avait obtenu toute la reconnaissance que l’on peut souhaiter. d’abord au compte-g outtes puis par centaines. Tout le monde savait que la turbulence correspondait à un spectre de fréquences continu. Entre-temps. On y suppose que la connaissance circule librement d’un endroit à un autre. à portée de la main. mais à des nombres précis. Feig enbaum n’étudiait que de simples fonctions numériques. L’économie moderne repose essentiellement sur la théorie du marché effectif. et son histoire. Elle ne s’appliquait pas seulement aux formes. Chaque découverte. Feig enbaum conservait encore ses lettres de refus dans un tiroir de son bureau. peut être considérée comme linéaire. À l’époque. Des années plus tard. Et soudain.manière identique. non seulement structurale. la circulation des idées n’a pas obéi à la log ique standard des historiens. De nombreuses pièces du puzzle avaient été observées long temps auparavant – par . personne n’a mal interprété la découverte de la structure moléculaire de l’ADN. brique par brique. Il paraît impensable aujourd’hui que l’orig inalité et la soudaineté d’une découverte puissent empêcher sa publication. en pratique. et tout le monde s’interrog eait sur l’orig ine de ces fréquences. et de plus ce comportement était le même au niveau des mesures. une fois qu’un document est rendu public. les économistes supposent que tout le monde le connaît. avec ses immenses moyens d’information et son système impartial de contrôle des pairs. elle était quantitative . L’émerg ence du chaos en tant qu’entité propre s’inscrivit non seulement dans l’histoire des théories et des découvertes nouvelles. La science moderne. toute idée émise. L’essentiel de sa théorie fut plus tard diffusée par les canaux habituellement empruntés par la plupart des idées scientifiques – les conférences et les « pré-impressions ». Mais il était persuadé que sa théorie exprimait une loi naturelle suivie par les systèmes lors de la transition de l’ordre vers la turbulence. Bien sûr. on se mit à les voir. devient la propriété commune du monde scientifique. la nouvelle de la percée réalisée par Feig enbaum fut chaleureusement accueillie dans certains milieux de mathématiciens et de physiciens. mais aussi dans celle de la compréhension tardive des idées anciennes. Ses travaux à Los Alamos lui avaient valu les prix et les récompenses qui rapportent du prestig e et de l’arg ent. n’est pas censée être une affaire de g oût. chaque idée nouvelle. Les personnes qui prennent des décisions importantes sont toutes censées avoir accès à pratiquement la même quantité d’information.

mais beaucoup moins important que celui de Yorke. certes. Elle était le pivot de cette nouvelle science. par exemple. Dans l’impossibilité de publier un résultat aussi étonnant et contraire à l’intuition. Dans le feu de la découverte. ses propres conceptions et ses propres limitations. L’un d’eux dit simplement : « Ce fut à la fois très ag réable et très choquant de découvrir. Rössler et Yorke. Un scientifique habitué aux systèmes classiques sans frottement ou sans dissipation se situait dans la lig née de Russes comme A. Aucun comité scientifique n’a jamais chang é le cours de l’histoire – seuls l’ont fait quelques chercheurs isolés. Au début. plus il ressentait la puissance de l’universalité de Feig enbaum. par Maxwell. un physicien théoricien reconnaissait difficilement qu’il connaissait ce nom. Plus un scientifique avait réfléchi sur la non-linéarité. et n’avait cessé de désig ner les suites de Feig enbaum par « suites de Myrberg . dans les systèmes non linéaires. mais personne ne comprit une découverte en météorolog ie. Guckenheimer et Ruelle. Un scientifique travaillant sur du concret – un g éolog ue ou un sismolog ue – mettait en avant l’influence directe de Mandelbrot . ayant la même interprétation du chaos. poursuivant des buts personnels. La connaissance était imparfaite. Les scientifiques subissaient l’influence des habitudes de leur discipline ou des hasards de leur formation. Mais ce consensus impliquait une certaine part de révisionnisme. » Mais c’était Feig enbaum qui avait découvert l’universalité et inventé une théorie pour l’expliquer. May et Yorke. Certains l’accusèrent de s’être trop étroitement concentré sur une petite rég ion du vaste spectre des comportements chaotiques. ils purent retrouver l’étonnement et le . En 1984. Bien plus tard. Par la suite. Le monde scientifique est parfois étonnamment fini. Metropolis. La controverse éclata. I. que ses auditeurs décrivirent ensuite comme sa « conférence anti- Feig enbaum ». Plus tard. il répandit la bonne nouvelle lors d’une série de conférences qu’il donna au colloque du New Hampshire en août 1976. plein de sous-entendus malveillants. Les combinaisons étaient infinies. lorsqu’il eut atteint une semi-célébrité. certains physiciens s’acharnèrent à citer d’autres chercheurs qui avaient travaillé sur le même problème plus ou moins à la même époque. l’existence de structures qui restent toujours les mêmes si vous savez les reg arder. Un biolog iste pensait à Smale. un mathématicien put invoquer Smale. mais aussi ses techniques. Benoît Mandelbrot fit un exposé. et même par Einstein – puis oubliées. Un physicien théoricien pouvait penser à Ruelle. Kolmog orov et V. Levinson et Smale.Poincaré. deux mathématiciens. Il s’était débrouillé pour exhumer un article vieux d’une ving taine d’années sur les dédoublements de période. seuls quelques initiés comprirent les nouveaux éléments qu’on y ajoutait : les mathématiciens comprenaient une découverte en mathématiques. Jouer avec ces applications – simplement jouer – leur donna le frisson. Stein. La manière dont les idées se propag eaient devint aussi importante que la manière dont elles prenaient naissance. on ne trouvait pas deux physiciens. Birkhoff. Un mathématicien habitué aux systèmes dynamiques classiques se situait plutôt dans celle de Poincaré. Arnold. Avec leurs propres calculatrices. l’incrédulité et l’exaltation. ou un g roupe d’ancêtres informaticiens liés à Los Alamos : Ulam. lors d’une rencontre internationale de mathématiciens à Los Alamos en septembre. » Certains physiciens reprirent non seulement ses idées. Guckenheimer. et à l’occasion de plusieurs exposés qu’il fit à Brown University en novembre. Sa découverte et sa théorie suscitèrent l’étonnement. Feig enbaum fut invité au Symposium Nobel en Suède. les physiciens une découverte en physique. On surestimait la « Feig enbaumlog ie » comme dit un physicien – un beau travail. particulièrement vers la fin des années soixante-dix. Le rôle de Feig enbaum devenait une source particulière de contestation. doués d’une intuition personnelle. dû à un mathématicien finlandais nommé Myrberg . un consensus commença à se dég ag er sur les innovations et les contributions qui avaient eu le plus d’influence. Chaque scientifique avait sa propre hérédité intellectuelle. N.

« Dans les années ving t s’est produit quelque chose de spectaculaire. Sans aucune raison. Mais personne ne sait calculer avec cette théorie. la théorie de la mécanique quantique est essentiellement exacte. Et ils affinèrent sa théorie. avec un lit dans une pièce. Il avait à peine commencé à décrire ses travaux que l’éminent mathématicien Mark Kac se leva pour demander : « Monsieur. et. un physicien des particules élémentaires. Il fallut d’ailleurs attendre 1979 pour voir apparaître. Dans des disciplines. Elle se tint dans une élég ante villa à Côme. depuis l’astronomie jusqu’à la g éolog ie. mais aussi des scientifiques curieux issus d’autres disciplines. Sa seule expérience d’aménag ement intérieur. ils en ont pleuré de g ratitude. en roulant sardoniquement les r : « Oui. dans leur spécialité. Au cours de l’été 1977. des chiffres ou une preuve ? — Plus ou moins les deux. dans un article de Oscar E. Des piles d’articles et de livres s’alig naient le long des murs. surtout parce que Feig enbaum ne fournissait pas de preuve rig oureuse. les physiciens sont tombés sur une description. « C’était l’un de ces trucs dont l’heure était venue. sont alimentées par la fonte des neig es des Alpes. il ne pouvait se résoudre à reconnaître les faits devant ses collèg ues. . Landford III. Feig enbaum vécut dans un appartement spartiate. C’était la première fois que nous avions un modèle évident. la voie qu’il avait ouverte vers le chaos était intuitivement séduisante. et commençaient à se faire du souci pour les phénomènes un peu plus compliqués. Une fois son exposé terminé. Il parlait d’un débit rapide. Ils pensaient être seuls. Predrag Cvitanovic. org anisèrent la première conférence sur une science nommée chaos. maintenant mi-châtain mi-g ris. un ordinateur dans une autre. les plastiques. et tout le bazar. dont les eaux. c’est en effet la preuve d’un homme sensé. du monde qui les entourait – parce que. Lorsqu’on leur a appris que tout le monde en était au même point. il prétendit que ce n’était qu’un amusement . l’achat d’une coûteuse table basse en marbre durant son séjour italien. Souvent Feig enbaum se rappelait la fois où il avait présenté sa théorie devant un auditoire disting ué à Los Alamos en septembre. dans l’ensemble exacte. On peut en laisser les détails aux mathématiciens r-r-rig oureux. » Un mouvement s’était amorcé. publiant dans leurs revues étroitement spécialisées. on les considérait un peu comme des excentriques. à la portée de tout le monde. C’est de cette façon que l’on fait les produits chimiques. C’est une théorie formidablement juste – sauf qu’à un certain niveau elle échappe à la log ique. ramenés en arrière. Après avoir écouté son exposé à l’Institute for Advanced Study. Une centaine de personnes y participèrent – essentiellement des physiciens. deux physiciens. » Plus tard.plaisir qui avaient soutenu Feig enbaum à Los Alamos. en un sens. Elle vous dit comment prendre de la terre et en faire des ordinateurs. qu’avez-vous l’intention de nous montrer. — Est-ce qu’un homme sensé appellerait cela une preuve ? » Feig enbaum invita ses auditeurs à jug er par eux-mêmes. ig norant totalement que d’autres travaillaient sur le même sujet. les g ens faisaient des choses identiques. Ils avaient épuisé toutes les questions élémentaires que l’on pouvait poser. aig uillonné par la découverte de l’universalité. ville minuscule située à la pointe sud du lac du même nom. ses long s cheveux. une preuve au sens mathématique du terme. « Mitch avait mis en évidence l’universalité et découvert la manière dont elle se retrouvait à tous les niveaux . « trois tours d’électronique » pour passer sa collection de disques essentiellement g ermaniques. se solda par un échec : il reçut un colis d’éclats de marbre. aida Feig enbaum à simplifier sa théorie et étendit son universalité. C’est de cette façon que nous avons appris à manipuler notre univers. et dans la troisième. il demanda son avis à Kac qui répondit. dit Ford. Joseph Ford et Giulio Casati. d’un bleu merveilleusement profond. Les mathématiciens eurent eux aussi une attitude réservée. répliqua Feig enbaum. Mais en même temps.

en un sens. n’est qu’un détail. c’est qu’ils ont réalisé qu’il n’y avait qu’une petite quantité de choses qui étaient importantes. l’art est une théorie sur la manière dont le monde apparaît aux êtres humains. il faut en isoler constamment les éléments jusqu’à ce que vous compreniez les choses que vous jug ez véritablement fondamentales. Mais il vous est impossible de savoir s’il existe une autre manière d’assembler toute cette information sans exig er un bouleversement radical de votre intuition à l’ég ard du monde. C’est quelque chose de compliqué. « Il faut rechercher des voies différentes. Vous n’en avez pas le droit. Il faut penser différemment le problème. et la manière actuelle de le résoudre est d’essayer de reg arder en autant de points que vous pouvez. Ils peuvent alors faire une partie de ma recherche à ma place. où se trouve l’air chaud. Cela devient possible aujourd’hui. « Elle n’est pas suffisamment imag ée. ce sont des structures compliquées dans lesquelles la complexité est eng endrée par un processus continu. ces remous ne se soucient pas trop de la dimension du processus – il peut avoir la taille d’un petit pois ou d’un ballon de basket. et vous essayez d’obtenir une idée de ce qui va se passer ensuite. L’hypothèse est qu’il existe un petit nombre de principes que l’on peut discerner en reg ardant les choses à l’état pur – c’est la vraie conception analytique – puis vous vous arrang ez pour assembler ces éléments de manière plus compliquée pour résoudre des problèmes plus ardus. et de plus. une personne assise là et des portes là-bas –. Puis vous supposez que le reste. le monde est peut-être comme ça. Il faut rechercher des structures invariantes d’échelle – comment les g ros détails sont liés aux petits. vous découvrez que cette description va à l’encontre de votre intuition. Si vous vous interrog ez sur la sig nification réelle de ses équations. Dieu pourrait peut-être le faire. c’est une description g énérale de ce qui se passe dans une g rande variété de systèmes lorsque les phénomènes s’eng endrent mutuellement à l’infini. « L’évolution d’un nuag e n’est plus un problème académique. suffisamment pour dire où se trouve le nuag e. etc. et il est aussi vaste que la physique. vous vous apercevez que vous devez tout chang er. Ce qu’il faut. « Pour décrire ce que vous voyez dans cette pièce – ici un fouillis. puis ils ont reg ardé ce qu’elles étaient. « À la fin. Il vous faut revoir vos conceptions sur la manière dont se passent les choses importantes. Prenez les remous dans un fluide . mais il n’existe aucune conception analytique pour comprendre un tel problème. Mais ce n’est pas très réaliste. Quand vous reg ardez les premiers tableaux de Van Gog h. quelle est sa vitesse. il se fiche de savoir depuis combien de temps il existe. car ce qui se passe réellement n’a rien à voir avec un fluide ou une équation particulière. Ce qu’ont accompli les artistes. sur la description qu’elle donne du monde. À un certain niveau. Maintenant. Les seules choses qui. seront toujours universelles. » Il écrasa une cig arette et en alluma une autre. Mais ce n’est pas réalisable. Vous pourriez essayer de simuler l’écoulement d’un fluide sur un ordinateur. Et si vous commencez à vous poser des questions de plus en plus subtiles – à quoi ressemble le monde selon cette théorie ? –. vous y . Ce problème se situe tout à fait au cœur de la physique. ce sont les choses invariantes d’échelle. Puis vous fourrez tout ça dans la plus g rosse machine que vous pouvez vous payer. Le processus ne se soucie pas de l’endroit où il est. ce que vous ne comprenez pas. Mais ce serait un g aspillag e d’énerg ie. vous vous éloig nez tellement de votre vision habituelle des choses que vous vous heurtez à toutes sortes de contradictions. Les g ens désirent énormément savoir – et cela sig nifie qu’il y a de l’arg ent pour cela. Vous ne pouvez vous représenter le mouvement d’une particule par une trajectoire. vous êtes censé recourir aux principes élémentaires de la matière et écrire les fonctions d’onde qui leur correspondent. Si vous pouvez. « Il y a en physique un présupposé fondamental selon lequel. Il est tout à fait évident que nous ig norons les détails du monde qui nous entoure. « D’une certaine façon. pour comprendre le monde.

c’est très réaliste. Ce n’est certainement pas comme cela qu’un être humain perçoit ces objets. Chez Ruysdael et Turner. merveilleuses et séduisantes. il y a toujours énormément d’information dans sa peinture. et votre métier fait que vous voulez les comprendre. ils ont ajouté des retouches. de petits traits en forme de branche. les arbres ont des espèces de contours feuillus. La fumée s’éleva du cendrier. poser des équations aux dérivées partielles n’est pas résoudre le problème. « En somme. . l’écoulement turbulent contient toujours une notion d’échelle. » Il posa sa cig arette. Ils ont peint une couche. aux environs de 1600.découvrez des milliards de détails. Et c’est cette combinaison des deux qui parvient à donner le rendu souhaité. Il est évident qu’il s’est demandé quelle était la quantité d’information irréductible qu’il fallait y introduire. la merveilleuse promesse de la Terre est qu’elle contient des choses mag nifiques. En quelque sorte. Si vous reg ardez de près. Vous pouvez ég alement étudier les paysag es dans les dessins à l’encre des Hollandais. quand vous reg ardez la manière dont ils ont dessiné la complexité de l’eau. et juste à côté telle autre densité – accumuler une information aussi détaillée. d’abord en une mince colonne. ni un artiste. c’est à mon avis une erreur. Il y a une interaction précise entre les éléments flous et les motifs aux contours bien définis. Pour ces peintres. Mais dire qu’il y a telle densité ici. il est clair qu’ils ont procédé par itération. avec des arbres minuscules et des vaches. puis ils ont repassé dessus. mais ça ne marche pas s’il n’y a que ça – ils contiennent aussi. « Je désire vraiment savoir comment décrire les nuag es. puis (adressant un petit sig ne à l’universalité) en volutes séparées qui s’enroulèrent vers le plafond. par-ci par-là. et par-dessus encore.

découpée dans un acier inoxydable. Libchaber est né à Paris cinq ans avant que les Allemands n’envahissent la ville. Il prit alors l’assistance d’un ing énieur professionnel. une . Libchaber eut la vie sauve g râce à la protection d’un chef local de la police secrète de Pétain. Ceux-ci survécurent ég alement . d’un poste stable à la faculté. LEO KADANOFF « Albert vieillit ». et voilà qu’en 1977 il g aspillait son temps. Libchaber avait une réputation très XIXe siècle : astucieux. Il possédait des centaines d’éditions orig inales d’ouvrag es scientifiques – certaines datant du XVIIe siècle – qu’il lisait non comme des curiosités historiques mais pour y puiser des idées nouvelles sur la nature de la réalité. aux bords et aux parois les plus lisses possible. On y introduisait de l’hélium liquide refroidi à environ quatre deg rés au-dessus du zéro absolu. L’expérimentateur Prendre conscience que ce qui s’est passé dans son esprit correspond exactement à ce qui se passe dans la nature est une expérience incomparable. sa fixation sur Goethe. À demi conscient de la g ravité de la situation. très grande joie. Au cours de son ascension dans l’institution scientifique française. Après la g uerre. Il l’appelait « Hélium dans une petite boîte ». il survécut à la g uerre caché en province. il déposa devant une commission sur les crimes de g uerre et son témoig nag e sauva le pétainiste. le reste de la famille fut exterminé par les nazis. le plus coté. une cellule de la taille d’un pépin de citron. Il jouissait d’un g rand prestig e. Lui-même d’ailleurs redoutait de compromettre la carrière d’un étudiant en l’eng ag eant sur un tel sujet. Un grand choc. un homme dont les ferventes convictions d’extrême droite n’avaient d’ég al qu’un antiracisme tout aussi fervent. sur une expérience qui semblait banale. la meilleure chose qui puisse arriver à un scientifique. et l’arg ent de l’université. C’est impressionnant à chaque fois que cela se produit. cette même réalité qu’il sondait avec ses lasers et ses anneaux de refroidissement ultra-sophistiqués. séparé de parents à l’accent trop dang ereux. comme une œuvre d’art conceptuel. Il n’aimait pas la technolog ie massive et les calculs g ig antesques. On a la surprise de découvrir qu’une construction élaborée par son propre esprit peut effectivement se réaliser dans le monde réel. des établissements d’enseig nement supérieur français. le jeune g arçon de dix ans lui retourna la faveur. Comme Mandelbrot. Libchaber pensait que Maurer trouverait son nouveau projet amusant – ce qui pour lui sig nifiait intriguant. petit-fils d’un rabbin. habile de ses doig ts. dirent-ils à l’École normale supérieure. avec Polytechnique. Fils de juifs polonais. les deux chercheurs se lancèrent dans la construction d’une expérience qui mettrait en évidence le seuil de la turbulence. lui qui s’était rendu célèbre en physique des basses températures par ses travaux sur le comportement quantique de l’hélium superfluide à quelques deg rés au-dessus du zéro absolu. Le cœur du dispositif était encore plus petit . un Français qui ne travaillait que lorsque cela lui plaisait. Ses collèg ues le trouvaient bien parfois un peu fou – un mystique juif parmi les rationalistes. et préférant toujours l’ing éniosité à la force. une grande. En 1977. Il avait trouvé une certaine complicité d’esprit en la personne de son ing énieur Jean Maurer. excitant ou profond. Par un caprice du destin politique. son intellig ence brillante ne fut jamais mise en doute. Ils se demandèrent si Albert Libchaber n’était pas victime de son âg e. g aulliste alors que la plupart des scientifiques étaient communistes. Sa conception d’une bonne expérience était analog ue à celle d’une bonne démonstration pour un mathématicien. L’élég ance comptait autant que les résultats. En tant qu’expérimentateur. Ils le plaisantaient sur la théorie historique du Grand Homme. Certains de ses collèg ues considéraient toutefois qu’il exag érait un peu avec sa nouvelle expérience sur le seuil de turbulence : le dispositif était si petit qu’on pouvait le transporter dans une boîte d’allumettes – et parfois Libchaber le transportait. son obsession des livres anciens.

Libchaber pensait que les systèmes biolog iques utilisaient leur non-linéarité pour se défendre contre le bruit. Tout le système était enfermé dans une enceinte où rég nait un vide presque parfait. seul l’appareil contenant la minuscule cellule de fluide de Libchaber semblait correspondre à un but précis. C’est le cas lorsqu’un feed-back non linéaire contrôle le mouvement. de minuscules « bolomètres » en saphir mesuraient la température du fluide. . son expérience était confrontée à un bruit de fond permanent qui g ênait les mesures et faussait les données. le bruit pouvait brusquement perturber un écoulement non linéaire et le faire sauter d’un type de comportement à un autre. Dans les expériences sensibles aux perturbations – et celle de Libchaber l’était autant que faire se peut –. Cette cellule reposait sur une plaque en cuivre d’une très g rande pureté et était surmontée d’une autre plaque en saphir. La cellule était enfermée dans une enceinte la protégeant du bruit et des vibrations. Comme tout bon laboratoire de physique g énérale. avec des pots de peinture et des outils disséminés sur le sol et les tables. L’hélium liquide descendait d’un réservoir d’à peine huit centimètres cubes. celui de Libchaber était en constant désordre. et partout des bouts de métal et de plastique aux formes bizarres. une perturbation produit toujours le même effet. à quelques centaines de mètres seulement du vieux laboratoire de Pasteur. Comme les systèmes réels non linéaires. » L’expérience délicate d’Albert Libchaber : au centre se trouvait une cellule rectangulaire soigneusement usinée contenant de l’hélium liquide . et le rend plus résistant aux perturbations. Et cette enceinte baig nait elle-même dans de l’azote liquide permettant de fixer la température. et permettant un contrôle précis de la température. elle peut ne vivre que sur elle-même et finalement disparaître : le système retourne automatiquement dans un état stable. Mais la non-linéarité peut tout autant stabiliser que déstabiliser un système.température élevée comparée à celle de ses anciennes expériences sur les superfluides. Au milieu de ce fatras. « HÉLIUM DANS UNE PETITE BOITE. Dans un système linéaire. Il y avait des anneaux de chauffag e microscopiques et des joints en téflon. Ces matériaux avaient été choisis en fonction de leur conductivité thermique. Son laboratoire occupait le deuxième étag e des bâtiments de physique de l’École normale. En présence d’une non-linéarité. La préoccupation constante de Libchaber était les vibrations.

Sans d’autres indices. . le mieux que l’on pouvait dire était que Feig enbaum avait découvert un analog ue mathématique qui ressemblait au commencement de la turbulence. En 1977. Libchaber savait aussi qu’aucune imag e nette du seuil de la turbulence n’était sortie d’un laboratoire. Feig enbaum commençait à parcourir le circuit des conférences scientifiques. et ses découvertes ne s’imposaient qu’auprès des chercheurs qui savaient les interpréter. et les systèmes physiques étaient infiniment plus compliqués. Libchaber ne connaissait pas Lorenz – pas encore. Il n’avait ég alement aucune idée de la théorie de Mitchell Feig enbaum. les formes et les rég ularités de la « feig enbaumlog ie » n’avaient aucun lien évident avec les systèmes réels. le système classique appelé convection de Rayleig h-Bénard. Ces formes sortaient d’un ordinateur. Libchaber savait que des expériences françaises et américaines avaient remis en cause les idées de Landau sur l’apparition de la turbulence en montrant qu’elle se produisait lors d’une transition soudaine. et il décida que sa petite cellule d’hélium en fournirait une qui aurait la plus g rande précision possible. Libchaber espérait que quelle que fût la structure sous-jacente. l’écoulement d’un fluide serait suffisamment résistant pour que son expérience la mette en évidence. Des expérimentateurs comme Jerry Gollub et Harry Swinney. le système nerveux – tous ces systèmes conservaient leurs particularités dans un environnement de bruit. Pour la majorité des physiciens. Son idée consistait à g énérer une convection dans l’hélium liquide en élevant la température de la plaque inférieure par rapport à celle de la plaque supérieure.Le transfert d’énerg ie par les protéines. avec leur flux de Couette-Taylor. et non par une accumulation continue de fréquences différentes. C’était exactement le modèle de convection décrit par Edward Lorenz. le mouvement vibratoire de l’électricité cardiaque. avaient démontré la nécessité d’une nouvelle théorie mais sans avoir pu observer en détail la transition vers le chaos.

les mathématiciens avaient raison de renâcler. fantomatique. Il avait avancé une théorie physique ambitieuse en l’énonçant sous la forme d’une proposition mathématique contraig nante. Il était difficile de faire la part entre ce qu’il supposait et ce qu’il démontrait. démonstration. comme ils le firent. les hydrodynamiciens avaient raison de douter de la haute précision que Swinney et Gollub affirmaient avoir atteinte avec leur flux de Couette. ce n’était pas toujours par sympathie. Libchaber était un expérimentateur soig neux et discipliné. connu pour la précision de ses analyses de la matière. Un flot. Un physicien élaborant un système d’équations différentielles appelait leur mouvement . appelé flot. un mouvement plus une fig ure. devant Ruelle. Et de leur point de vue. c’était de la forme plus du chang ement. Le mathématicien qui refuse d’accepter une idée tant qu’elle n’est pas formulée sous le schéma standard théorème. Si l’éditeur de revues qui rejette des idées nouvelles parce qu’elles sont exprimées dans un style inhabituel peut être perçu par ses victimes comme un mouchard à la solde de ses collèg ues établis. il a lui aussi un rôle à jouer dans une communauté qui. Il avait pourtant une attirance pour un objet abstrait. se méfie de ce qui n’a pas été vérifié. démonstration. mal défini. pour de bonnes raisons. Une restriction du champ de vision permet à la science d’avancer. théorème. De leur point de vue. disait lui-même Libchaber. se conforme à un rôle que sa discipline lui a assig né : consciemment ou non. Quand ses collèg ues le traitaient de mystique. « La science s’est construite en luttant contre un tas d’idioties ». il monte la g arde contre les fraudeurs et les mystiques.

en écrivant des nombres ou en les stockant dans un calculateur dig ital. Quand vous pensez à un flot. le pouvoir récursif de flots à l’intérieur de flots. dans l’atmosphère sans ombre. Ils soupçonnaient une relation entre le mouvement et une forme universelle. Peu m’importe qu’il s’ag isse d’une flamme. depuis le XVIIIe siècle. chez Wallace Stevens par exemple. Ils accumulèrent des données de la seule manière possible. les problèmes s’expriment dans le lang ag e scientifique existant. Elle véhicule ég alement une profession de foi sur les formes invisibles revêtues par l’ordre dans la nature. dont la vision du monde était en avance sur les connaissances des physiciens. Libchaber et certains autres expérimentateurs se lancèrent dans l’étude du mouvement des fluides. En science. Le flot était une idée platonicienne qui supposait que l’évolution des systèmes reflétait une réalité indépendante de l’instant. dans les années soixante-dix. Mystérieusement il soupçonnait la manière dont un flot reproduisait sa propre forme au cours de son évolution : La rivière mouchetée Au flux continu mais jamais deux fois pareil S’écoule en maints endroits comme figée en un seul. et bifurquer ensuite vers un état plus compliqué. un liquide qui pénètre à l’intérieur d’un autre liquide. Ensuite seulement ils cherchèrent un moyen de leur faire révéler des formes. « Et dans votre cuisine. » L’universalité des formes. Puis il peut être chaotique. était proche de ce que Stevens ressentait comme un « soulèvement non . La connaissance est omniprésente mais non perçue. La poésie de Stevens offre souvent une vision tumultueuse de l’eau et de l’atmosphère. C’est très vaste. « On a plus ou moins pensé. tout cela se trouvait juste hors de portée de l’approche analytique standard des équations de mouvement. Ces expérimentateurs.mathématique un flot. Et jusque-là. Libchaber partag eait le sentiment de Platon selon lequel des formes cachées emplissaient l’univers. « Mais vous le savez bien ! Vous avez déjà vu des feuilles. ce fut dans un esprit approchant ce projet poétique subversif. Lorsque. les similitudes par-delà les échelles. même si Libchaber n’était jamais allé jusqu’à l’exprimer en ces termes. Ils espéraient exprimer ces formes en termes de mouvement. la conviction que. un flot en économie ou un flot en histoire. Quand vous reg ardez toutes les feuilles. avec éventuellement des oscillations. Il peut être laminaire au début. Mais ce n’était pas facile à voir. ou de la croissance d’un cristal – ce qui m’intéresse. la meilleure traduction contemporaine de l’intuition de Libchaber à l’ég ard d’un flot se trouvait dans la poésie. Vous avez vu. dans une expérience. Ou d’autres formes. vous pouvez imag iner différentes choses. Ils étaient convaincus que des objets dynamiques comme les flammes et org aniques comme les feuilles devaient leur forme à un enchevêtrement de forces encore inexpliqué. parvinrent à leur but en refusant d’accepter toute réalité qui serait fig ée dans l’immobilité. Il serait relativement intéressant de comprendre cela. c’est la forme. quand vous allumez le g az. d’un liquide dans un liquide. vous voyez que la flamme a elle aussi cette forme. les seuls à traquer le chaos avec une détermination extrême. C’est universel. n’êtes-vous pas frappé par le fait que leurs formes g énériques sont en nombre limité ? Vous pourriez facilement en dessiner la forme g énérale. de larg es avancées fractales de liquide. » Son bureau était jonché de photos de ce g enre. Leur conception. que la science passait à côté de l’évolution de la forme dans l’espace et de l’évolution de la forme dans le temps.

il croyait à l’existence dans la nature d’un certain esprit. L’eau descendant les méandres d’une rivière s’écoule ég alement autour de l’axe de la rivière. Une abstraction argentine approchant la forme Et soudain se niant elle-même. Dans la mer elle-même. Schwenk avait. disait Schwenk. un fleuve qui. Cousteau et des recommandations du Water Resources Bulletin et du Journal of the Institute of Water Engineers. Schwenk ne croyait pas aux coïncidences. Mais Schwenk observait à la perfection. Une partie de l’héritag e de Goethe – partie nég lig eable du point de vue de l’histoire de la littérature – trouva son expression en Allemag ne et en Suisse dans un courant pseudo-scientifique entretenu par des philosophes comme Rudolf Steiner et Theodor Schwenk. L’édition ang laise contenait une préface admirative du commandant Jacques Y. Son ouverture d’esprit et sa naïveté auraient fait la fierté de Goethe. L’exposé avait peu de prétentions scientifiques. Les g rands fleuves comme le Mississippi serpentent vers la mer en de larg es méandres. le Gulf Stream décrit lui aussi des méandres. et aucune prétention mathématique. Les imag es d’écoulements abondaient dans son livre. ce qui rendait sa prose désag réablement anthropomorphiste. à l’ég ard de ces fig ures. Il savait que les courants contenaient des courants secondaires. une monog raphie de Goethe encore plus obscure. Le reflux de la marée imprime un réseau de veines sur une plag e. Il en fit le titre d’un étrang e petit livre publié pour la première fois en 1965 et dont les parutions connurent des fortunes diverses. c’est par cette formule que Schwenk exprimait la relation entre force et forme. Métamorphoses visibles de la nuit d’été. selon lui. changement ou néant. vers une rive. comme un biolog iste examinant une cellule à travers son microscope. l’imag ination d’un topolog ue. Son « principe archétypal » était celui-ci : le flux « veut se réaliser lui-même. Lorsque ce flux est passé ou est devenu invisible. C’est dans Goethe – et non Stevens – que Libchaber puisait son inspiration mystique. Il était essentiellement consacré à l’eau. Il dessina une multitude d’écoulements naturels avec un œil d’artiste. son existence reste encore sensible. puis remonte vers la surface. « construit ses propres rives sur l’eau froide qui l’entoure ». des vag ues sur le sable. Pendant que Feig enbaum recherchait dans la bibliothèque de Harvard La Théorie des couleurs. « Le chaos sensible » – Das sensible Chaos –. Goethe y partait notamment en g uerre contre les physiciens qui. Ces hommes ég alement faisaient. autant qu’il était possible à un physicien. quel que soit le matériau environnant ». comme une particule spiralant autour d’un beig net. puis vers l’autre rive. En distance.solide du solide » : La vigueur de la gloire. Des fleuves d’air laissent leur marque dans le désert. Il réunit des photog raphies et fit des dizaines de croquis précis. et plus qu’à l’universalité. C’est un g rand fleuve d’eau chaude circulant à l’intérieur d’eaux froides. Il croyait en des principes universels. La trajectoire d’une particule d’eau quelconque décrit un ressort enroulé autour d’autres ressorts. puis vers le fond. Libchaber s’était déjà arrang é pour ajouter à sa collection une édition orig inale de Sur la transformation des plantes. un scintillement dans les veines. formant des boucles tourbillonnant d’est en ouest. s’intéressaient exclusivement aux phénomènes statiques et non aux forces vitales et aux flux eng endrant les formes que nous observons par intermittence. se déplacèrent et furent dissoutes. Quand les choses émergèrent. « Cette imag e de fils . l’admiration de Libchaber.

acides et basiques. la topog raphie interne des org anes animaux. ou une spécificité particulière. Elle n’avait rien à voir avec un milieu particulier. des vag ues se dépassant les unes les autres. À la frontière. toutes les propriétés de la matière. salées et douces. denses et clairsemées. Théodor Schwenk décrivit les courants des écoulements naturels comme des fibres animées de mouvements secondaires compliqués. et les interprétait comme le « roulement » d’une surface sur une autre. Il voyait des tourbillons. » Il voyait des fréquences rivalisant dans les vag ues. des vortex et des processions de vortex. et toute la chimie de tous les colloïdes soient aussi impuissantes à expliquer le corps . les vortex sig nifiaient l’instabilité. L’enroulement des tourbillons. cependant. Theodor Schwenk MÉANDRES ET SPIRALES D’UN ÉCOULEMENT. Pour Schwenk. il y a plutôt des surfaces spatialement imbriquées et g lissant les unes sur les autres. Cet extraordinaire naturaliste écrivit en 1917 : « Il se peut que toutes les lois de l’énerg ie. Ses convictions artistiques supposaient l’universalité. suivaient une même trajectoire. Le "fil" de l’eau dont on parle souvent n’existe pas vraiment . et des couches limites. était le domaine de D’Arcy Wentworth Thompson. « Le “fil” de l’eau dont on parle souvent n’existe pas vraiment . selon lui. le déploiement des foug ères. Il était ici aussi proche que pouvait l’être un philosophe de la conception d’un physicien sur la dynamique au voisinag e de la turbulence. tous ces phénomènes. des surfaces se séparant. visqueuses et fluides. il y a plutôt des surfaces spatialement imbriquées les unes sur les autres…» La vie. chaudes et froides.enroulés en spirale n’est véritablement exacte que par rapport au mouvement réel. et l’instabilité sig nifiait qu’un courant luttait contre une inég alité à l’intérieur de lui-même – c’est cette inég alité qui était « archétypale ». Les inég alités pouvaient être lentes et rapides. le plissement des chaînes de montag nes. la vie s’épanouissait.

Ses arg uments – spiritualistes. inévitablement. dit Gould. et n’aurait pu prévoir le développement explosif de la g énétique. On Growth and Form (Forme et croissance). La lecture de D’Arcy Thompson n’est pas indispensable à un biolog iste moderne. Le lecteur moderne se demande quel crédit accorder à ces imag es détaillées de la chute en g erbe de g outtelettes liquides. L’esprit et les méthodes de Schwenk se retrouvaient en partie dans l’œuvre maîtresse de D’Arcy Thompson. À part D’Arcy Thompson. Selon Sir Peter Medawar. d’une méduse vivante. présentées en reg ard de celle. Pour ma part. La révolution biolog ique du XXe siècle. étonnamment semblable. qui a fait naître en Stephen Jay Gould le sentiment croissant que la nature n’autorise qu’un nombre de formes limité. » D’Arcy Thompson introduisit dans l’étude de la vie ce qui. N’est-ce pas une coïncidence un peu forcée ? Si deux formes se ressemblent. manquait à Schwenk : les mathématiques. le dépassa complètement. Il ig norait la chimie.qu’elles le sont à comprendre l’âme. C’est ce livre. c’est « sans conteste l’œuvre la plus admirable jamais écrite dans toute l’histoire de la littérature scientifique de lang ue ang laise ». « Peu se sont demandé si tous ces motifs pouvaient se réduire à un système unique de forces g énératrices. suspendues en filaments sinueux. encyclopédiques – se réduisaient finalement à un exposé de similitudes. avait une conception erronée de la cellule. » . je pense que non. abondants. ses écrits parurent trop classiques et trop littéraires – trop beaux pour être sérieusement scientifiques. Même à son époque. les plus g rands d’entre eux éprouvent une certaine attirance à l’ég ard de son livre. Schwenk raisonnait par analog ie. Pourtant. peu de biolog istes modernes ont recherché cette indéniable unité des org anismes vivants. Et peu semblaient pressentir l’importance qu’une telle évidence d’unité pouvait revêtir pour la science des formes org aniques. doit-on leur rechercher des orig ines semblables ? D’Arcy Thompson est certainement le biolog iste le plus influent maintenu dans les marg es de la science officielle. déjà bien amorcée de son vivant. plus que tout autre.

elle découvrit avec résig nation qu’il fallait revenir à la forme du crâne. mais de manière plus frappante en biolog ie moléculaire. En utilisant constamment la même gélatine et en variant simplement la densité du fluide au niveau de la troisième décimale. des nerfs. La cause finale repose sur l’intention. D’Arcy Thompson avait été le dernier à s’y intéresser. elle. on obtient toute une famille de configurations. La distinction entre ces deux notions n’est pas toujours aussi évidente. mathématicien. depuis la goutte en suspension ordinaire jusqu’à la même suspension diffusant en un motif ramifié…» Alors même que la biolog ie s’orientait avec succès vers des méthodes basées sur la décomposition des org anismes en leurs mécanismes élémentaires. polyg lotte.GOUTTE DESCENDANT DANS UN LIQUIDE. les chromosomes et les paires de base ? Lorsque finalement la biolog ie aborda les mécanismes internes des sinus. de la rétine. zoolog ue. depuis l’évolutionnisme jusqu’à la médecine. Il fut aussi le dernier g rand biolog iste à consacrer. est mécanique : la Terre est ronde parce que tout fluide en rotation se concentre en une forme sphérique sous l’action de sa propre g ravité. durant de nombreuses années. du tissu cérébral. insistant particulièrement sur la distinction entre cause finale et cause efficiente ou physique. et. La cause physique. cet humaniste. Le réductionnisme triomphait partout. tenta de considérer la vie dans sa totalité. son énerg ie à une discussion minutieuse de la notion de cause. à la long ue les protéines. Un verre à boire est rond parce que c’est la forme la plus confortable pour le tenir ou boire dedans. Un verre à boire est rond parce que c’est la forme naturellement adoptée par l’arg ile sur un tour de potier ou par le verre soufflé. D’Arcy Wentworth Thompson présenta en regard les filaments et colonnes en suspension formés par une goutte descendant dans de l’eau (à gauche) et ceux formés par une méduse (à droite). les enzymes. « C’est un résultat extrêmement curieux… que de montrer à quel point ces… gouttes sont sensibles aux conditions initiales. le projet : une roue est ronde parce que cette forme permet le transport. Comment d’ailleurs comprendre les cellules sinon en comprenant les membranes et les noyaux. .

il réalise un projet conçu par la sélection naturelle. Pour des org anismes simples – ceux dont les formes rappelaient de manière si tentante des jets de liquide. qui g ouvernaient la force et la croissance tout en restant hors de portée de la compréhension. Pour son expérience. Lorsque l’astronomie et la physique se dég ag èrent des influences relig ieuses. l’intuition de D’Arcy Thompson à l’ég ard des forces qui façonnaient la vie était plus proche de la perspective des systèmes dynamiques. Les mathématiques dont disposait D’Arcy Thompson ne permettaient pas de démontrer ce qu’il voulait démontrer. Cette cause finale se retrouve en science partout où la pensée darwinienne est devenue une habitude. Pour lui. Si le monde biolog ique peut ne pas réaliser de projet divin. dans l’ensemble. en termes de force. La sélection naturelle opère non sur les g ènes ou les embryons. Une expérience analog ue conçue avec un fluide de viscosité moyenne. Il considérait ses propres travaux non comme une simple étude des formes matérielles. qui ne pouvaient justement pas réaliser le travail plastique qu’il leur demandait. des opérations de l’Énerg ie ». d’une téléolog ie tournée vers l’avenir – la Terre est ce qu’elle est pour que l’humanité puisse faire ce qu’elle fait. Darwin établit solidement la téléolog ie au centre de la réflexion sur la notion de cause. il soupçonnait des causes physiques telles que la g ravité et la tension de surface. Il souhaita que la biolog ie se souvienne ég alement de la cause physique. à tort ou à raison. des crânes d’espèces appartenant à une même famille. Le mieux qu’il pouvait faire était de dessiner sur du papier quadrillé. Quand l’adaptationnisme exerça son emprise. qu’elle associe mécanismes et téléolog ie. et de démontrer l’existence d’une modification g éométrique simple transformant un crâne en un autre. Il se consacra à expliquer les forces mathématiques et physiques à l’œuvre dans la vie. prédomine. Ainsi. voilà qui était un problème riche et fécond ! Ce n’est que bien plus tard que quelques scientifiques essayèrent à nouveau de comprendre cet autre aspect de la nature qui restait inexpliqué : les feuilles présentent un nombre limité de formes parmi toutes celles imag inables . une explication adaptationniste de la forme d’un org anisme ou de la fonction d’un org ane s’intéresse toujours à sa cause. Cette faible viscosité permettait ég alement à Libchaber . Il était suffisamment mathématicien pour savoir que répertorier des formes ne prouvait rien. réag issant constamment à des rythmes – les « rythmes de croissance profondément ancrés » dont il était persuadé qu’ils créaient les formes universelles. D’Arcy Thompson avait pressenti cela. L’hélium liquide possède une viscosité extrêmement faible et peut ainsi former des rouleaux à la moindre excitation. ce panneau solaire si efficace. la vie était La vie. À nouveau Platon : derrière les formes visibles et particulières de la matière devaient se cacher des formes fantomatiques qui leur servaient de modèles invisibles – des formes en mouvement. Mais il était suffisamment poète pour être convaincu que ni le hasard ni la finalité ne pouvaient expliquer la stupéfiante universalité des formes qu’il avait réunies au cours de long ues années passées à examiner la nature. mais comme une étude de leur dynamique – « l’interprétation. En biolog ie cependant. à ne s’interrog er que sur leur finalité. Un anthropolog ue moderne étudiant le cannibalisme ou les sacrifices rituels tend. non sa cause physique mais sa cause finale. Des lois physiques devaient l’expliquer. aurait nécessité une cellule bien plus g rande. par exemple. devait sa forme à la sélection naturelle. et la forme d’une feuille n’est pas définie par sa fonction. comme l’air ou l’eau. Pour quelle raison alors Albert Libchaber réfléchissait-il sur On Growth and Form lorsqu’il commença ses expériences sur les fluides ? Par rapport aux g rands courants de la biolog ie. et autres manifestations d’écoulements –. Expliquer comment une feuille. Libchaber choisit de l’hélium liquide. toujours en mouvement. de telles explications apparurent hors de propos. on n’eut d’ailleurs aucune difficulté à ne plus raisonner en termes de projet. c’est la cause physique qui. l’éclaboussement d’une g outte d’eau. mais sur le produit final. En science.

Leurs indications étaient continuellement enreg istrées sur une table traçante et il pouvait ainsi contrôler la température en deux points au sommet du fluide. d’établir une différence de température d’un millième de deg ré entre sa base et son sommet. se séparait vers la droite et la g auche. de la taille d’un raisin – d’un volume mille fois plus important –. la convection serait apparue pour une différence de température de un millionième de deg ré. la brosse idéale pour ce tableau. Libchaber et son ing énieur s’attachèrent à en éliminer toute trace de désordre. Une fois l’expérience en route. comme dit Libchaber. Libchaber réduisit pratiquement l’espace à un point unidimensionnel. L’hélium liquide montait au milieu. depuis l’écoulement rég ulier jusqu’à la turbulence. Les oscillations des rouleaux étaient limitées. pour faire naître la convection dans sa cellule millimétrique. Le processus commence par la première bifurcation. Dans une boîte aux dimensions multipliées par dix. dit un physicien. du point de vue des mesures. En fait. Libchaber choisit soig neusement les dimensions de sa cellule de façon à ce qu’elle ne pût accueillir que deux rouleaux. ce mouvement aurait nécessité en revanche un écart de chaleur plus réduit. Sa complexité apparaît comme une complexité spatiale. C’est pour cela que cette cellule devait être aussi minuscule. Libchaber découvrit. atteig nant une vitesse de rotation constante. beaucoup plus réduit. dans une boîte plus g rande. ils firent tout ce qu’ils purent pour éliminer le mouvement qu’ils essayaient d’étudier. se dilate. Libchaber g elait l’espace et pouvait jouer avec le temps. Heure après heure. un simple millième de deg ré suffit. l’énerg ie . la surface du fluide reste libre et la complexité s’accroît. C’était trop petit pour pouvoir être contrôlé. si astucieux. La cascade des dédoublements de période apparut dans sa totalité. Il planta deux sondes de température microscopiques dans la paroi de saphir recouvrant la cellule. Le temps était à la fois le cadre et l’étalon de son expérience. Il poussa à l’extrême une technique que ses prédécesseurs en dynamique des fluides avaient eux aussi utilisée. Le mouvement liquide. Le liquide au bas de la cellule s’échauffe. est considéré comme un mouvement dans l’espace. jour et nuit. C’était si sensible. ni trop g rande ni trop sophistiquée : il observa tout. La convection dans une boîte parallélépipédique donnant des rouleaux de fluide en forme de hot-dog – ici. Ce chef-d’œuvre de précision miniature mit deux années pour être totalement exploré. C’était une g éométrie forcée. Libchaber avait maîtrisé et affiné le mouvement d’un fluide se soulevant sous l’effet de la chaleur. le liquide s’org anise immédiatement en deux rouleaux cylindriques. comme les vag ues dans l’océan ou dans l’atmosphère. l’hélium avait eu plus de place pour tourbillonner. au seuil de la turbulence.d’obtenir un dispositif d’autant plus sensible à la chaleur : il lui suffisait. Si. À ciel ouvert. un type de comportement plus complexe qu’il ne l’avait jamais imag iné. Libchaber avait besoin de voir ce qui se passait. Mais Libchaber recherchait des fréquences qui se manifesteraient comme un chang ement dans le temps. La forme pure et les proportions minutieusement calculées de la cellule éliminaient toute fluctuation étrang ère à l’expérience. de la conception et de la construction de leur expérience. ses remous et ses vortex comme un chaos spatial. À quelques deg rés au- dessus du zéro absolu. Le système s’installe alors dans un équilibre – un équilibre mouvant. Lors de l’org anisation. Pour que ces deux mouvements puissent avoir lieu. et devient plus lég er que le liquide froid au-dessus de lui. l’hélium roulant à l’intérieur de la cellule à l’intérieur de l’enceinte vide à l’intérieur du bain d’azote liquide. puis redescendait le long des parois de la cellule. l’apparition du mouvement dès que la plaque inférieure en cuivre est suffisamment chaude pour vaincre la tendance du fluide à rester au repos. Ce fluide chaud ne peut monter que si le fluide froid descend. que Libchaber était parvenu à berner la nature. mais il fut. Tout le monde savait qu’un écoulement enfermé dans une enceinte – une boîte pour la convection de Rayleig h-Bénard ou un cylindre pour le flux de Couette-Taylor – avait. un meilleur comportement qu’un écoulement à l’air libre. de g raines de sésame –.

Et pareillement. ou d’en déterminer la nature. aux seizièmes de la première fréquence. utilisaient une simple table traçante. C’était plus clair sur le diag ramme spectral. « C’était de la physique classique. continûment variable et tremblotant sous l’effet du bruit expérimental. puis traverse la paroi froide du sommet de la cellule. plus ces pics sont élevés. il fut possible de disting uer un motif étrang ement cohérent : chaque nouvelle fréquence était double de la précédente. Libchaber était de ces expérimentateurs qui. confuse. bien qu’elle fût difficile à lire. si connue qu’on la dédaig nait. plus l’instabilité se développe. Tracer un diag ramme spectral à partir de données expérimentales est une opération analog ue à celle qui consiste à représenter g raphiquement les fréquences sonores composant un accord complexe dans une symphonie. Il y a toujours une petite lig ne brisée. aux huitièmes. dans un laboratoire soumis aux vibrations de la circulation parisienne – faisait déjà de la collecte des données une opération plus délicate que le simple fait de g énérer des nombres sur un ordinateur. La bifurcation suivante entraîna un chang ement subtil. courant à la base du g raphe – du bruit expérimental. À mesure que survenaient d’autres bifurcations. montra une oscillation par-dessus une oscillation – une méta-oscillation. commençant à ressembler à une palissade. Mais cette température subissait une lég ère aug mentation pour les cycles impairs. ce qui malheureusement sig nifiait que c’était vieux. En fait. une ondulation qui se propag e à vitesse constante le long des rouleaux. si les données contiennent une fréquence dominante – par exemple un rythme d’un battement par seconde –. Les sons principaux se manifestent par des pics verticaux : plus ils sont forts. une boîte découpée par un technicien. inintéressant. Le rouleau continuait ses ondulations et la température fournie par le bolomètre poursuivait ses oscillations selon une fréquence dominante. pour enreg istrer la température mesurée par une sonde fichée au sommet de leur cellule. il est impossible de lire avec précision l’instant d’apparition de chaque bifurcation.calorique. Mais une nouvelle fréquence apparaissait exactement deux fois plus petite que la première : le système présentait une composante qui se répétait toutes les quatre secondes. C’est maintenant une lig ne ondulée qui se dessine sur la table traçante. Jusque-là. la courbe. Dans le mouvement d’équilibre. Lorsque Libchaber et son ing énieur aug mentaient lentement . après la première bifurcation. Mais une expérience réelle – un fluide réel. une oscillation entre deux valeurs. La première fréquence était encore bien présente : la température croissait encore toutes les deux secondes. avec une alternance de pieux plus ou moins hauts. et une lég ère diminution pour les cycles pairs. » Il se trouve ég alement que c’était exactement l’écoulement que Lorenz avait simulé avec son système de trois équations. Cette courbe présente des pics et des creux erratiques pratiquement aussi aléatoires qu’une courbe de fièvre boursière. cette fréquence se traduira par un pic sur le diag ramme spectral. Il se trouve que dans l’expérience de Libchaber la première long ueur d’onde à apparaître était d’environ deux secondes. dit-il. Sur la table traçante. et le diag ramme s’emplit de pics situés aux quarts. se dissipe à nouveau en chaleur par frottement. Libchaber ne faisait que reproduire une expérience bien connue en mécanique des fluides. la température maximale se divisait en deux. continûment convertie en mouvement. Même pour celui qui recherchait des formes cachées à l’intérieur d’un désordre de données. la température en un point reste constante – plus ou moins – et une droite se dessine sur la table traçante. Plus la température aug mente. Sur une simple courbe de température. de sorte qu’il y avait deux maximums et deux minimums différents. Cette ondulation se manifeste par une variation de température. il fallait faire marcher des dizaines et des centaines de fois l’expérience avant de pouvoir repérer les habitudes de cette minuscule cellule. Libchaber analysa alors ses données en les transformant en un diag ramme spectral destiné à révéler les principales fréquences dissimulées dans les variations de température. Un petit défaut apparaît.

à tout le moins. dit Pierre Hohenberg . Dans certaines circonstances. « Que le véritable mouvement de base dans un tel système se ramène à des applications. contenait virtuellement une infinité de particules. de fréquence moitié – de période double – par rapport au mode initial. il aurait su exactement où rechercher ses bifurcations et comment les appeler. à la construction si précise. auxquels les physiciens attribuaient une dimension potentiellement infinie. trois ou quatre dimensions correspondant aux dispositifs mécaniques que pouvait construire un ing énieur. était une chose. personne ne comprenait ça ». Un autre abîme semblait ég alement séparer les systèmes de faibles dimensions de ceux de l’écoulement des fluides. il pouvait toujours se produire des phénomènes particuliers. « Feig enbaum peut l’avoir pensé. Ceux- ci exig eaient des équations différentielles sérieuses. des AT&T Bell Laboratories dans le New Jersey. là ça devint réellement excitant. un nombre croissant de mathématiciens et de physiciens enclins aux mathématiques prêtaient attention à la nouvelle théorie de Feig enbaum. les scientifiques familiers des problèmes des systèmes physiques réels pensaient avoir de bonnes raisons pour réserver leur jug ement. Lorsqu’une expérience comme celle de la cellule à convection de Libchaber engendre une oscillation stationnaire. Même une cellule comme celle de Libchaber. ça semblait passablement éloig né de ce que nous voulions comprendre. Pour quelle raison les physiciens devraient-ils s’intéresser aux applications ? – c’est un jeu. Parfois aussi. Mais dans l’ensemble. et le système quittait un équilibre pour un autre. Autre chose était certainement la complexité des systèmes à deux. Il travaillait sur les applications. Hohenberg fut l’un des rares physiciens à accepter à la fois la nouvelle théorie et les nouvelles expériences. Après un dédoublement de période – une bifurcation –. vous pouvez encore comprendre le comportement de détail à . son portrait de phase est une boucle se reproduisant à intervalles réguliers (en haut à gauche). c’est que dans les systèmes intéressants. Le miracle. des applications de May et de Feig enbaum. toute particule pouvait être le lieu g éométrique d’une nouvelle déformation ou d’un nouveau tourbillon. et non une simple équation aux différences. et malg ré la précision de la g éométrie. et chacune représentait. Les dédoublements de période suivants se traduiront par une multiplication de ces pics dans le diagramme spectral. Il apparaissait parfois des fréquences transitoires qui défilaient lentement le long du diag ramme spectral. mais il ne l’a certainement pas dit.la température. il se formait trois rouleaux au lieu de deux – mais comment savoir ce qui se passait réellement à l’intérieur de cette minuscule cellule ? DEUX MANIÈRES DE VOIR UNE BIFURCATION. Tant qu’ils ne faisaient que jouer avec. « Mais lorsqu’on le vit dans des expériences. La complexité des systèmes unidimensionnels. Un expérimentateur mesurant la fréquence des données observera un diagramme spectral composé d’un pic accentué correspondant à cette fréquence unique. la possibilité d’un mouvement indépendant. le système décrit deux boucles avant de repasser exactement sur lui-même (au milieu) et l’expérimentateur observe alors un deuxième mode. En 1979. Si à l’époque Libchaber avait connu la découverte de Feig enbaum. puis disparaissaient.

Libchaber montra fièrement sa minuscule cellule puis laissa Feig enbaum expliquer sa toute dernière théorie. Feig enbaum rendit visite à Libchaber à Paris. à la recherche du meilleur café possible. disait-il.l’aide d’un modèle à un petit nombre de deg rés de liberté.) Quand Libchaber décrivit son expérience avec l’hélium liquide. Hohenberg prit des notes. Feig enbaum avait entendu Steve Smale parler d’un nombre – juste un nombre – qui semblait surg ir lorsqu’un mathématicien reg ardait la transition vers le chaos dans une certaine équation. et Libchaber y participa. (Quatre ans plus tôt. il s’arrêta à New Mexico et rencontra Feig enbaum. . au milieu d’un éparpillement d’appareils et d’objets divers. Il org anisa un colloque à Aspen durant l’été 1979. Ce fut dans son laboratoire. aussi plein de vie. à ce même colloque. Peu après. En rentrant chez lui. Libchaber se rappelait plus tard combien il fut surpris de voir un théoricien aussi jeune et. Ils se promenèrent ensuite dans Paris. » Ce fut finalement Hohenberg qui réunit les théoriciens et les expérimentateurs.

mais aussi quelle serait leur intensité – leur amplitude.LES DONNÉES RÉELLES CONFIRMENT LA THÉORIE. Passer des applications à l’écoulement des fluides semblait un bond si important que même les scientifiques les plus réfléchis trouvaient parfois que cela tenait du rêve. La théorie de l’invariance d’échelle de Feigenbaum prédisait non seulement où et quand apparaîtraient ces fréquences. Les pics correspondant aux nouvelles fréquences se détachent clairement sur le bruit expérimental. Les diagrammes spectraux de Libchaber mirent en évidence de manière éclatante la répartition précise des dédoublements de période prédits par la théorie. Le lien par lequel la .

Il recèle un potentiel de surprise. mais son modèle complexe. et non par simulation sur ordinateur. des lasers. Un fluide réel. du désordre naturel. Libchaber aimait dire qu’il ne voudrait pas voler à bord d’un avion conçu sur ordinateur – il se . débouchait sur les mêmes constantes que celles découvertes par Feig enbaum avec ses applications unidimensionnelles. il doit se demander à quel élément de réalité on a renoncé. affirmant qu’ils n’étaient que de g rossières et prévisibles reproductions des imag es mag nifiquement détaillées que leurs terminaux g raphiques débitaient déjà. Dans les années quatre-ving t. En 1980. les données coulaient comme du vin s’échappant d’une coupe mag ique. cela occupait encore des expérimentateurs comme Harry Swinney. et même des réactions chimiques. il fallait faire la part entre l’information utile et le bruit. une équipe européenne en donna une explication mathématique convaincante : la dissipation affaiblit un système complexe composé de nombreux mouvements en compétition et finit par réduire le comportement multidimensionnel à un comportement unidimensionnel. les nouvelles théories de Feig enbaum et des autres chercheurs n’auraient pas emporté l’adhésion d’une si vaste communauté de scientifiques. s’il n’y avait eu que les seules expériences sur ordinateur. Ceux-ci ég alement se révélèrent universels dans la théorie et l’expérience. mais jamais assez nombreux. Les simulations décomposaient la réalité en autant d’éléments que possible. Les modifications. alors que les écoulements dans tout ce qui va des réacteurs aux ventricules cardiaques sont modélisés sur des super-calculateurs. Lorsqu’on g énérait sur ordinateur des milliers ou des millions de points. il fallait lutter pour obtenir chaque g outte. À l’époque de la simulation informatique. cousines des dédoublements de période. Et lorsque finalement ils parvinrent à leurs fins. Dans une expérience sur ordinateur. leurs résultats furent dépréciés par les nouveaux spécialistes informatiques. En fait. ce miracle s’est reproduit à maintes reprises au sein d’un g ig antesque bestiaire de systèmes expérimentaux : des cellules de fluides plus g rosses. et les fournissaient des millions de fois plus rapidement et avec une plus g rande fiabilité. même enfermé dans une cellule d’un millimètre de côté. quelle surprise potentielle a été esquivée.nature unissait une telle complexité à une telle simplicité était loin d’être évident. ça ne ressemble pas au lien habituel entre la théorie et l’expérience ». Nombre d’entre eux furent encore plus convaincus par un modèle de fluide inventé par Valter Franceschini. on a tendance à oublier la facilité avec laquelle la nature peut confondre un expérimentateur. aucun ordinateur ne peut aujourd’hui simuler parfaitement même un système aussi simple que la cellule d’hélium liquide de Libchaber. Dans un laboratoire. Chaque fois qu’un bon physicien examine une simulation. incontrôlés. posait un sérieux défi. contenant de l’eau et du mercure. comme dans le monde réel. Franceschini ig norait tout de Feig enbaum. à plusieurs dimensions. Dans une expérience en laboratoire. a indéniablement la possibilité d’effectuer tous les mouvements libres. de l’université de Modène. En quelques années. dit Jerry Gollub. Mettre en évidence un attracteur dans une expérience de fluide. les fig ures apparaissaient plus ou moins d’elles-mêmes. des oscillateurs électriques. « Il faut y voir une espèce de miracle . en Italie – un système de cinq équations différentielles eng endrant des attracteurs et des dédoublements de période –. Des théoriciens adaptèrent les techniques de Feig enbaum et découvrirent d’autres voies mathématiques. les approximations nécessaires pour discrétiser des systèmes d’équations non linéaires étaient trop suspects. Pourtant. Un modèle informatique n’est qu’un ensemble de règ les arbitraires choisies par les prog rammeurs. menant au chaos : des processus comme l’intermittence et la quasi-périodicité. Les découvertes des expérimentateurs permirent d’inaug urer l’ère de l’expérimentation sur ordinateur. Les physiciens découvrirent que ces machines fournissaient les mêmes imag es qualitatives que les expériences réelles. les compromis. que par les résultats de Libchaber.

Son expérience était si irréprochable.demanderait ce qui a été oublié. il me répond : “Ce n’est pas de la physique. amusant. Mais elles se rapportent à ce qui nous entoure. ce qui m’intéresse c’est cette forme. bien sûr que je fais des mathématiques. comme il dit. Libchaber pensait. ses objectifs scientifiques si abstraits. . firent dès lors partie de la réalité physique. Elles ne disaient rien sur les propriétés de l’hélium liquide. ou sur le comportement des atomes au voisinag e du zéro absolu. à l’architecture exubérante. du cuivre.” Même aujourd’hui. si ces simulations aidaient l’intuition ou permettaient d’affiner des calculs. Mais elles étaient celles dont les précurseurs mystiques de Libchaber avaient rêvé. c’était justement ce que Libchaber avait vu : les constantes universelles de Feig enbaum. c’est la nature. Ça aussi. mesurable et reproductible. » Les imag es qu’il trouva étaient effectivement abstraites. qu’il y avait encore des physiciens pour qui ses travaux tenaient plus de la philosophie ou des mathématiques que de la physique. vous faites des mathématiques. De plus. et le suivant. Elles étaient mathématiques. C’est en tout cas le credo de l’expérimentateur. Ces imag es. disait-il. ces bifurcations devaient eng endrer une g éométrie contenant une loi d’échelle bien déterminée . « Un physicien me demande : “Comment cet atome arrive-t-il ici et se colle-t-il là ? Et quelle est la sensibilité de cette surface ? Et pouvez-vous écrire l’hamiltonien du système ?” « Si je lui dis : “Je m’en fiche. Selon la nouvelle théorie. on put les voir la première fois qu’il réussit à aug menter suffisamment la température pour isoler le premier dédoublement de période. Long temps après. Elles donnaient sa lég itimité à un domaine expérimental dans lequel nombre de scientifiques. Ce fut. Libchaber se rappelait encore ce sentiment d’effroi en découvrant une bifurcation succédant à une autre. puis le suivant. il me répondra ça. Que puis-je dire alors ? Oui. à la vérité. la bifurcation de cette forme vers cette forme puis vers cette autre”. puis sa prise de conscience que ce qu’il observait était une cascade infinie. elles ne donnaient pas naissance à des découvertes orig inales. les mathématiques de la forme et de l’évolution. des chimistes aux ing énieurs en électricité. idéaux mathématiques. se transformèrent bientôt en explorateurs à la recherche de nouveaux constituants du mouvement. que les normes en vig ueur dans sa discipline étaient réductionnistes : elles donnaient la primauté aux propriétés des atomes.

la racine carrée de -1 est i. Barnsley vit un élément que. les intég rer. à la curée. et une partie imaginaire correspondant à la latitude nord-sud. mais ég alement surprenantes en tant que constructions mathématiques. un mathématicien formé à Oxford. ces nombres complexes s’écrivent. le type même d’idée sur laquelle les scientifiques allaient à coup sûr se ruer. D’où provenaient ces périodes 2. Barnsley quitta la Corse pour reg ag ner précipitamment son bureau au Georg ia Institute of Technolog y. personne n’avait remarqué. le i représentant la partie imag inaire. c’est devenu une désig nation tout à fait arbitraire. à partir du moment où le chaos attire toutes les forces vers l’intérieur pour former une simple feuille ? CONRAD AIKEN Michael Barnsley rencontra Mitchell Feig enbaum lors d’une conférence en Corse en 1979. le zéro. vous y découvrez une nuée de cycles de tous ordres. Barnsley disposait d’un cadre mathématique. les nombres compris entre moins l’infini et plus l’infini – c’est-à-dire tous les nombres réels – sont disposés sur une lig ne droite s’étendant très loin d’ouest en est. On peut ajouter des nombres complexes. Ces deux composantes assig nent à chaque nombre une position unique dans le plan bidimensionnel. Chaque nombre se compose de deux termes. Ils tombent du plan complexe sur la droite réelle : si vous reg ardez le plan. pensa-t-il. Pour sa part. On réalisa assez rapidement que la combinaison des nombres réels et imag inaires permettait de nouveaux types de calculs sur les équations polynomiales. 4. Dans le plan complexe. en prendre la moyenne. réalisa Barnsley. Historiquement. Par convention. Les mots réel et imaginaire datent d’une époque où un nombre ordinaire paraissait plus réel que le nouvel hybride complexe . ces suites de Feig enbaum ? Sortaient-elles par mag ie d’un vide mathématique. 2 + 3i. un cycle de période quatre. Une bonne idée. Il y avait toujours un cycle de période deux. les factoriser. Mais cette droite n’est que l’équateur d’un monde s’étendant ég alement à l’infini vers le nord et le sud. le domaine numérique appelé « plan complexe ». un cycle de période trois. ces deux types de nombres étant aussi réels et imag inaires que tout autre nombre. Dans ce plan complexe. Barnsley vit des silhouettes émerg er d’une invraisemblable famille de formes. en son milieu. apparemment liées aux idées dynamiques qui intrig uaient les physiciens expérimentateurs. Il se trouva que l’éditeur en était David . La droite des nombres réels n’est alors qu’un cas particulier : c’est l’ensemble des nombres dont la partie imag inaire est ég ale à zéro. avec. Images du chaos Que peut-il arriver d’autre. ou sug g éraient-elles l’existence de quelque chose de plus profond ? Barnsley avait le sentiment qu’elles devaient appartenir à un objet fractal fabuleux jusque-là dissimulé aux reg ards. Pour exprimer son idée. par exemple. ces cycles n’apparaissent pas à partir de rien. et écrivit un article qu’il envoya aux Communications in Mathematical Physics. se dit-il. Finalement. et ainsi de suite. les nombres complexes furent inventés pour combler un vide conceptuel introduit par cette question : quelle est la racine carrée d’un nombre nég atif ? Par convention. reg arder uniquement les nombres réels – les points de l’équateur – revenait à limiter son champ de vision à des intersections accidentelles de formes pouvant révéler d’autres secrets si on les reg ardait en deux dimensions – c’est ce que Barnsley soupçonnait. Lorsqu’il commença à transposer les fonctions de Feig enbaum dans le plan complexe. une partie réelle correspondant à la long itude est-ouest. C’est là que Barnsley. aujourd’hui. les multiplier. 16. entendit parler de l’universalité. On peut leur appliquer pratiquement toutes les opérations valables pour les nombres réels. celle de -4 est 2i. 8. des dédoublements de période et des cascades de bifurcations infinies. invisibles tant qu’ils ne touchaient pas la droite réelle.

la situation semble plus compliquée. les approximations. Hubbard s’intéressait relativement peu aux sujets classiques. » Trois ans auparavant. et la solution trouvée par cette méthode dépend de l’estimation initiale. Hubbard était le type même du mathématicien rig oureux méprisant les estimations. disposait d’un outil qui avait manqué à Cayley. C’était le type de mathématicien qui s’obstinait à affirmer. une procédure classique pour résoudre des équations par approximations successives. comme toujours. et que le choix de la première estimation n’offrirait pas de difficulté. mais pour une fois. consistait à diviser le plan en trois parts de tarte ég ales contenant chacune une racine. Elle fait ég alement merveille pour une g rande variété d’alg orithmes informatiques – l’itération est. le processus converg e vers une réponse. du troisième deg ré. Dans la pratique. effroyablement retors. vous parlez des ensembles de Julia” ». Mais plus il y réfléchissait. cela ne présentait aucun problème pour les étudiants. pour les équations. le prog ramme portait sur la méthode de Newton. en raisonnant de manière g éométrique. de deg ré trois. Cette estimation conduit à une estimation meilleure et. Il se produisait des choses étrang es au voisinag e des frontières. un mathématicien américain affectionnant les chemises voyantes à la mode. Entre autres sujets. le point fort des ordinateurs. et Ruelle avait de mauvaises nouvelles : Barnsley avait involontairement redécouvert un vieux travail enterré depuis une cinquantaine d’années et dû à un mathématicien français. ving t ans après que l’attracteur d’Edward Lorenz . moins il comprenait – comment caractériser un choix judicieux. Les Grecs en utilisaient une variante pour trouver les racines carrées. On a g énéralement une bonne idée de l’endroit où débuter. En outre. « Ruelle me le renvoya comme si ça lui brûlait les doig ts et dit : “Michael. comme un système dynamique qui cherche son état d’équilibre. de nos jours. C’est une procédure rapide. par itération. Je vais y réfléchir et je vous en parlerai la semaine prochaine. Hubbard découvrit qu’il n’était pas le premier mathématicien à être tombé sur ce problème étonnamment difficile. il décida d’exposer la méthode de Newton d’une manière qui oblig erait les étudiants à réfléchir. » Il supposait encore que le plus dur serait d’enseig ner à ses étudiants la procédure d’itération. Mais Hubbard. ou. en particulier lorsqu’on tient compte des solutions complexes. C’est la réponse que fit Hubbard à ses étudiants le jour où cette question se posa. dit Hubbard confidentiellement. Mais Hubbard découvrit que ça ne marchait pas. et si la première estimation converg e vers la mauvaise solution. que la méthode cherche simplement la racine qui est la plus proche de l’estimation initiale. on recommence avec une deuxième. le nombre de décimales g ag nées en précision doublant g énéralement à chaque étape. un siècle plus tard. Ruelle ajouta un conseil : « Contactez Mandelbrot. On pouvait se demander quel était exactement le chemin suivi par la méthode de Newton lorsqu’elle zig zag uait vers l’une des racines d’un polynôme du second deg ré dans le plan complexe. On pouvait alors répondre. Lord Arthur Cayley avait essayé en 1879 de passer du cas facilement soluble du second deg ré à celui. avait enseig né l’analyse en première année à l’université d’Orsay. que faisait réellement la méthode de Newton ? Le plus évident. « Maintenant. les racines carrées ne résistent pas à des méthodes plus analytiques. La méthode de Newton était une technique ancienne. g éométriquement. se rappelait Barnsley. Mais cette méthode marche ég alement pour des équations polynomiales de deg ré plus élevé que l’on ne peut résoudre directement. Bien sûr. On part d’une estimation. Mais elle a un petit inconvénient : les équations possèdent habituellement plus d’une solution. déjà ancienne lorsque Newton l’inventa.Ruelle. en l’occurrence. les demi-vérités fondées sur l’intuition et non sur une démonstration. disons. John Hubbard. comme d’ailleurs toute racine des équations polynomiales de deg ré deux – les équations dans lesquelles les variables ne sont élevées qu’à la puissance deux.

à contrecœur.eut fait son apparition dans la littérature. L’ordinateur ne prouverait rien. par les imag es qui émerg eaient. Hubbard trouva qu’effectivement la dynamique de la méthode de Newton divisait le plan en trois parts de tarte. l’équation x3 - 1 = 0. parmi toute une famille d’autres totalement inexplorées. un point semblait décrire un cycle infini – un cycle périodique – sans jamais atteindre l’une des solutions. son ordinateur calcula le flot de la méthode de Newton et colora le résultat. il fut sidéré. reflétant le . Cette frontière révéla finalement à Hubbard une propriété particulière qui paraissait extravag ante même pour un familier des monstrueuses fractales de Mandelbrot : il n’y avait aucun point marquant la frontière entre deux couleurs données. C’était une conjecture non démontrée. il n’y a bien sûr que la solution triviale : x = 1. elle n’était qu’un indice. Dans l’ensemble. roug e ou vert en fonction de celle des trois solutions vers laquelle ils conduisaient. tout point frontière était en contact avec une rég ion de chacune des trois couleurs. Alors que certaines estimations initiales converg eaient à toute vitesse vers une racine. avec ses étudiants. Mais il pourrait peut-être lever un voile sur la vérité et apprendre au mathématicien ce qu’il devait tenter de démontrer. Mais ce polynôme admettait aussi deux solutions complexes : -1/2 + i√3/2 et -1/2 - i√3/2. un dessin d’ordinateur. ou comme si le plan complexe était une surface lisse descendant en pente vers trois vallées encaissées. En première approximation. seulement capables de calculer un point par-ci un point par-là. Hubbard se lança dans l’étude de ces formes compliquées et de leurs conséquences mathématiques. C’est-à-dire : quelle est la racine cubique de 1 ? Dans les nombres réels. Il n’y avait jamais de frontière précise entre deux couleurs. Parfois aussi. se transforma bientôt en une nouvelle approche du problème des systèmes dynamiques. les points proches d’une solution particulière arrivaient rapidement vers cette solution. d’autres erraient d’abord d’une manière apparemment aléatoire avant de finalement converg er vers une solution. par exemple. C’était comme si une bille. un ordinateur pour faire ce que les techniques orthodoxes n’avaient pas réussi à faire. que personne ne savait réellement si ces équations eng endraient un attracteur étrang e. Le problème était : partant d’un nombre complexe quelconque. attirée par les pentes antag onistes de deux vallées voisines. À chaque fois que deux couleurs tentaient de se réunir. disait-il. Les points de départ étaient colorés en bleu. Il utilisa alors. Une bille placée en un endroit quelconque du plan devait rouler vers l’une de ces vallées – mais laquelle ? Hubbard se mit à tester l’infinité de points composant le plan. une à trois heures. il s’avéra que la lig ne de séparation entre une tache verte et la vallée bleue contenait des taches de roug e – et ainsi de suite. C’est ainsi que Hubbard commença à expérimenter. ne prouvait rien. Il considéra la méthode de Newton non comme une manière de résoudre des problèmes. la troisième faisait irruption entre elles et donnait naissance à une série de nouvelles interpositions invariantes d’échelle. De manière invraisemblable. terminait finalement sa course dans une troisième vallée plus éloig née. comme des perles sur un collier. il vit apparaître des taches de vert. Mais cette exploration systématique mit en évidence une org anisation sous-jacente complexe que n’auraient jamais pu observer les anciens mathématiciens. Il se tourna vers l’exemple le plus simple de polynôme du troisième deg ré. une à sept heures et une à onze heures. Il s’aperçut que le g raphe de la méthode de Newton n’était qu’une imag e. Point par point. Son travail. les vallées bleue et roug e. ces trois racines forment un triang le équilatéral. mais comme un problème en soi. En observant d’encore plus près. et celui de ses collèg ues. Au lieu d’une frontière nette entre. Lorsque Hubbard oblig ea son ordinateur à une exploration de plus en plus détaillée. Sur le plan complexe. vers laquelle de ces trois solutions se dirig erait la méthode de Newton ? C’était comme si la méthode de Newton constituait un système dynamique et que les trois solutions correspondaient à trois attracteurs . La fameuse double spirale.

l’ensemble de Mandelbrot apparaît plus fractal que les fractales. Tous les points blancs sont « attirés » vers la racine se trouvant vers la zone blanche la plus étendue . Et comme le montrent ces images. Observé à divers g rossissements sur un écran couleur. l’une d’elles étant ici représentée en blanc. la méthode de Newton appliquée à la détermination de la racine cubique de -1 divise le plan en trois régions identiques. charg és de molécules bulbeuses infiniment chamarrées et suspendues comme les raisins dans les vig nes du Seig neur. tout autour de lui. ainsi que tous deux l’apprirent bientôt. les parts se rencontrent en un seul point et la frontière entre deux d’entre elles est simple. Mais il y a un paradoxe : sa description complète en termes informatiques ne nécessite que quelques dizaines de chaînes de caractères. Lorsqu’on coupe une tarte en trois. Benoît Mandelbrot. FRONTIÈRES INFINIMENT COMPLEXES. tant est riche sa complexité à toutes les échelles. découvrait le g rand-père de toutes ces formes. Ceux qui les premiers comprirent la manière dont cet ensemble mêlait la complexité et la simplicité furent pris au dépourvu – même Mandelbrot. Ci-dessus.comportement des forces dans le monde réel. Pendant que Michael Barnsley recherchait d’autres membres de cette famille. L’éternité ne suffirait pas pour le voir en entier. L’ensemble de Mandelbrot devint une espèce d’emblème . ou donner une description numérique de son contour exig eraient une infinité d’informations. La frontière jouit de cette propriété particulière : chacun de ses points est limitrophe aux trois régions à la fois. avec ses disques hérissés d’épines. Un prog ramme sommaire contient suffisamment d’information pour reproduire la totalité de l’ensemble. tous les points noirs sont attirés vers l’une des deux autres racines. L’ensemble de Mandelbrot est l’objet le plus compliqué des mathématiques. aiment dirent ses admirateurs. Répertorier les différentes fig ures qu’il contient. ses spirales et ses filaments se déroulant vers l’extérieur. l’agrandissement des régions révèle une structure fractale reproduisant les motifs fondamentaux sur des échelles de plus en plus fines. Mais de nombreux processus mathématiques et du monde réel s’avèrent engendrer des frontières dont la complexité est pratiquement inimaginable.

Il explorait l’itération de processus compliqués. mais il n’existe qu’un seul ensemble de Mandelbrot. Si un sentiment de beauté se dég ag eait naturellement de ses imag es. d’autres encore sont des poussières disséminées. Même après avoir bâti sa vie intellectuelle sur l’hypothèse que la simplicité eng endre la complexité. il ne réalisa pas immédiatement la nature extraordinaire de cet objet errant hors de sa vue. Mandelbrot découvrit qu’il pouvait créer une imag e dans le plan complexe qui servirait de catalog ue des ensembles de Julia permettant de les repérer tous sans exception. derrière la multiplicité de leurs aspects. fig urant sur les couvertures g lacées des brochures de conférences et des revues d’ing énieurs. D’autres se composent de plusieurs rég ions séparées. des équations avec des racines carrées. et beaucoup possèdent des queues d’hippocampe. des sinus et des cosinus. Il exig ea plus de détails de ses prog rammeurs qui suèrent alors sang et eau pour trouver de la place dans une mémoire déjà saturée et imag iner une nouvelle interpolation sur une unité centrale IBM dotée d’un tube . Selon le mathématicien français Adrien Douady : « Vous obtenez une variété incroyable d’ensembles de Julia : certains sont des nuag es ventripotents. De nombreuses formes fractales sont réalisables par un processus d’itération dans le plan complexe. étaient précisément les objets qui intrig uaient Barnsley. Il y en a un qui a la forme d’un lapin. Il commença à se manifester. certains ressemblent aux flammèches qui flottent dans l’air à la fin d’un feu d’artifice. Ces ensembles furent inventés et étudiés durant la Première Guerre mondiale par les mathématiciens français Gaston Julia et Pierre Fatou – sans le secours g raphique d’un ordinateur. Les ensembles de Julia. il était plus difficile de percevoir sa sig nification pour les mathématiciens qui prog ressaient lentement dans sa compréhension. constituant l’œuvre centrale d’une exposition d’art informatique qui voyag ea à travers le monde en 1985 et 1986. Mais ni les mots ni les concepts de la g éométrie euclidienne ne permettent de les décrire. lorsque Mandelbrot tentait de trouver une façon de g énéraliser une famille de formes appelées « ensembles de Julia ». En 1979. juste derrière ses écrans d’ordinateur chez IBM et à Harvard. Mandelbrot avait découvert leurs modestes dessins et lu leur travail – déjà obscur – lorsqu’il avait ving t ans. » UN ASSORTIMENT D’ENSEMBLES DE JULIA.public pour le chaos. vag ue et spectral. d’autres des buissons de mûres maig richons. Certains ont la forme de cercles qui auraient été pincés et déformés en divers endroits pour leur donner une structure fractale.

Si le nombre résultant s’en va à l’infini. L'une des façons de définir cet ensemble consiste à tester chacun des points du plan complexe à l’aide d’une itération élémentaire : prenez un point. le point initial n’appartient pas à l’ensemble de Mandelbrot . Considérez les points situés sur une droite partant de zéro jusqu’à l’infini. prenez un nombre. ces disques de plus en plus réduits s’échelonnèrent avec une rég ularité g éométrique que les dynamiciens maintenant reconnaissaient : la suite de bifurcations de Feig enbaum. un ampli et des baffles dans un auditorium. Il retourna au centre de recherche IBM. L’ensemble de Mandelbrot est une collection de points. Alors qu’il essayait d’obtenir des détails de plus en plus fins. 10000…. vous le colorez en noir. 1/16… Vous pouvez vous représenter ce processus g éométriquement en dessinant l’ensemble des points qui ne diverg ent pas. l’imag e devint plus confuse. il affina ces premières imag es g rossières et découvrit bientôt une poussière s’accumulant sur le bord des disques et flottant aussi dans l’espace avoisinant. les prog rammeurs devaient toujours se g arder d’un pièg e courant en exploration numérique. Vous aboutissez assez vite à un seg ment de droite compris entre 0 et 1. dans le comté de Westchester. cette confusion croissante était le sig ne de quelque chose de réel. élevez le résultat au carré . il s’atténuera avant de parvenir au micro. et ainsi de suite. mais que les petits nombres converg ent vers zéro : 1/2. les premiers contours de disques se dessinèrent sur un maillag e g rossier. multipliez-le par lui-même. le point initial appartient à l’ensemble de Mandelbrot. Imag inez que vous rég lez un micro. additionnez le nombre initial . . colorez-le en blanc. particulièrement facile à prog rammer. Votre problème est le crissement du retour de son. Mandelbrot vit une frontière apparemment lisse se résoudre en une chaîne de spirales évoquant la queue d’un hippocampe. des atomes faisant g ermer d’autres atomes plus petits. Sinon. il captera à nouveau le son amplifié sortant des baffles qui décrira alors une boucle infinie. 100. à l’infini. Mandelbrot tourna ensuite son attention vers une simple application. Pour simplifier les choses. de plus en plus bruyante. Si un point eng endre un crissement en feed-back.cathodique rudimentaire en noir et blanc. À droite et à g auche des disques principaux apparurent des indices de formes plus nombreuses. Si le micro est assez sensible. Mandelbrot affirma plus tard avoir alors pressenti davantag e : une hiérarchie de formes. En intersectant la droite réelle. 1/4. Cette répétition infinie d’un processus en reg ardant à chaque étape si le résultat est fini ressemble à certains feed-back intervenant dans la réalité. multipliez le résultat par lui-même. Un petit calcul à la main montra que ces disques étaient mathématiquement réels et non la conséquence d’une bizarrerie informatique. Tout point du plan complexe – c’est-à- dire tout nombre complexe – est soit intérieur soit extérieur à l’ensemble. Cela l’encourag ea à persévérer dans ses calculs . Vous découvrirez que les g rands nombres deviennent rapidement infinis : 10. Des pousses et des vrilles diffusaient avec lang ueur de l’île principale. Mais si ce son est suffisamment faible. pour y essayer une échelle plus fine sur un ordinateur maison incompatible avec les terminaux de Harvard. il sentit soudainement que la chance l’avait abandonné. et ainsi de suite. À sa surprise. faites-lui correspondre son nombre complexe . Au lieu de se préciser. s’il reste fini (qu’il soit piég é dans une boucle périodique ou qu’il se déplace de manière erratique). multipliez le résultat par lui- même. L’irrationnel fertilisait le rationnel. des particularités uniquement dues à une excentricité de la machine et qui disparaissaient lorsqu’on écrivait différemment le prog ramme. élevez-le au carré . Au bout de quelques itérations en feed-back. sans s’arrêter. la production d’« artefacts ». Pour simuler numériquement ce feed-back.

Ces animalcules en suspension étaient-ils des îles isolées ou rattachées au corps principal par des filaments trop fins pour être observés ? Il était impossible de le dire. Dans un espace à une dimension. les paraboles –. La structure grossière qui apparut sur les premiers listages sommaires de Benoît Mandelbrot se fit plus détaillée avec l’amélioration de la qualité des calculs. Le seul moyen de trouver la forme associée à une équation particulière est de procéder par essais successifs. les ellipses. la connaissance de l’équation ne suffit g énéralement pas pour déduire une forme définie par un processus itératif. l’ensemble de Mandelbrot ne permet aucun raccourci. et dès lors. personne n’a en fait besoin de recourir à ce test expérimental. Contrairement aux fig ures traditionnelles de la g éométrie – les cercles. Cette alliance de l’univers des formes à l’univers des nombres représentait une rupture avec le passé. Il est assez facile d’établir que seuls les nombres supérieurs à 1 diverg ent. Mais dans les deux dimensions du plan complexe. l’exploration de ce nouveau territoire se fit dans un esprit plus proche de celui de Mag ellan que de celui d’Euclide. Les nouvelles g éométries apparaissent toujours lorsque quelqu’un chang e une règ le .ÉMERGENCE DE L’ENSEMBLE DE MANDELBROT.

ou même les formes plus compliquées fournies par des équations différentielles dans l’espace des phases. des objets en forme de minuscules bestioles . avant cela. Que ce soit Hubbard explorant la méthode de Newton. il introduisait ég alement un style mathématique novateur en recourant aux méthodes de l’analyse complexe. Supposez que l’espace puisse avoir quatre dimensions. l’alg orithme était simple parce que le processus l’était : il suffisait d’itérer l’application z → z2 + c dans le plan complexe. par exemple un état d’équilibre. il voulait comprendre cet ensemble. Avant l’ère des ordinateurs. un cercle dans le cas présent. l’un après l’autre. dit un g éomètre. Julia. Ou supposez maintenant que les formes soient définies non en résolvant une équation. mais plus les calculs étaient long s. ne disposaient pas des moyens d’en faire une science. il affirma un jour qu’il y était parvenu. les ellipses. un objet dynamique et non statique. chacune de ces imag es aurait alors plus ou moins ressemblé à la précédente. celle qui justement fournit le cadre correct pour élaborer la relativité g énérale. ces calculs utilisaient un quadrillag e du plan : plus il était fin. Lorsqu’on fait entrer un nombre dans l’équation. Barnsley. Le principe d’invariance d’échelle aurait permis de prédire ce que verrait le microscope électronique au g rossissement suivant. Il fallut attendre l’arrivée de l’informatique pour que cette g éométrie par essais successifs devienne possible. à un g rossissement suffisant. et ainsi de suite. et hyperboles des sections de coniques. nouées. plus la fig ure était détaillée. et finalement. Si la frontière de l’ensemble avait été simplement fractale au sens des monstres du début du siècle exhumés par Mandelbrot. inutile de dire qu’il voulait que ce terme s’applique aussi à ce nouvel objet. de vag ues reproductions de lui-même. Mandelbrot. Les solutions d’une équation comme x2 + y2 = 1 définissent une forme. Le temps et la puissance des ordinateurs n’étant pas illimités. Supposez que les formes puissent être tordues. ou Mandelbrot découvrant son ensemble. Son ensemble s’avérait bien contenir. ou cinq. Il eut le sentiment que tout arrivait en même temps. une branche des mathématiques jusque-là inappliquée à l’étude des systèmes dynamiques. ils employèrent la même technique : le balayag e par ordinateur des points du plan. bien sûr. multipliez-le par lui-même et additionnez le nombre initial. vous obtenez une sing ulière parodie incurvée de la g éométrie d’Euclide. même Julia et Fatou. Prenez un nombre. Pour l’ensemble de Mandelbrot. Quiconque a étudié la g éométrie au lycée ou a retrouvé un point sur une carte à partir de ses coordonnées est familier des méthodes euclidiennes et cartésiennes de transformation d’équations en courbes. il en ressort un nombre nouveau qui entre à son tour dans l’équation. Hubbard. Pas tous les points. Des disciplines mathématiques distinctes converg eaient vers un carrefour. Supposez que l’espace soit courbe et non plat. Mais lorsqu’un g éomètre itère une équation au lieu de la résoudre. une converg ence vers une répétition périodique d’états. Mandelbrot commença à se demander s’il n’avait pas donné à fractale une définition un peu trop restrictive . D’autres équations simples donnent d’autres fig ures. Il savait qu’il ne suffirait pas de voir l’ensemble de Mandelbrot . Fatou. tous ces mathématiciens chang èrent les règ les de construction des formes g éométriques. étirées. La g éométrie classique considère une équation et se demande quel est l’ensemble de nombres qui la satisfait.fondamentale. qui justement avaient perçu les possibilités offertes par cette nouvelle technique de construction de formes. paraboles. cette équation devient un processus et non une description. mais en l’itérant suivant une boucle en feed-back. ou six. ce qui se traduit dans l’espace par un point qui sautille d’un endroit à un autre. mais lorsqu’il correspond à un certain type de comportement. ou encore une fuite incontrôlable vers l’infini. Supposez que le nombre exprimant la dimension puisse être une fraction. À mesure que Hubbard s’adaptait à ce nouveau style d’exploration des formes. On porte un point initial sur la fig ure non quand il satisfait l’équation. chaque incursion à un niveau plus profond révélait de nouvelles surprises. Au lieu de cela.

Des centaines de lettres arrivaient dans le département de mathématiques. Dans son petit bureau californien. toujours semblables. s’acquittant ainsi d’un mandat aux clauses infinies. chacune semblable à la masse centrale sans toutefois lui être tout à fait identique. On n’aime plus. Mais si vous les reg ardez aujourd’hui. ces poussières possèdent une propriété particulière : elles ne contiennent pas deux éléments qui soient « ensemble » – chacun est séparé des autres par des zones de vide –. Chaque nouvelle molécule serait entourée de ses propres spirales et de ses propres projections en forme de flammes. Il avait déjà. Du fait de leur nature fractale. Il se concentra particulièrement sur les petits g rains rôdant autour de la masse principale. il décida de se constituer une réserve et d’établir une liste de tarifs. il comprit que l’expérimentation informatique ne pouvait trancher cette question. ils n’aiment pas vivre là-dedans. et même un calendrier « Ensemble de Mandelbrot ». L’ensemble de Mandelbrot était-il connexe. jamais identiques. il n’existe pas deux rég ions de l’ensemble présentant une similitude parfaite. mais un plus fort g rossissement montrait qu’aucune de ces molécules ne concordait exactement avec une autre. La découverte de ces particules en suspension souleva immédiatement un problème. et d’autres processus itératifs complexes. on a construit d’énormes bâtiments dans le style Bauhaus . à Cornell. Certains disparaissaient. Ils semblaient indépendants. au sein d’une trame délicate diffusant à partir de minuscules affleurements de l’ensemble principal. par exemple. Mais peut-être aussi étaient-ils reliés par des courbes si fines qu’elles échappaient encore au réseau de points calculés par l’ordinateur. qui. de Julia. essayant de découvrir la relation entre les couleurs. une masse centrale entourée d’îles minuscules ? La réponse était loin d'être évidente. différent et complet. En Allemag ne. dans la société actuelle. Douady et Hubbard démontrèrent par un brillant raisonnement mathématique que chaque molécule flottant autour du corps central était effectivement suspendue à un fil extrêmement ténu la reliant au reste de l’ensemble. John Hubbard se débattait au milieu de ses commandes. quel que soit le grossissement. il en existe d’autres qui en sont arbitrairement proches. de g rands transparents. prog rammées et stockées dans ses ordinateurs. révéleraient des molécules encore plus minuscules. un « polymère du diable » selon l’expression de Mandelbrot. qu’est-ce qui est important ? Est-ce la lig ne droite ou est-ce l’objet fractal ? » Pendant ce temps. un continent avec des péninsules s’étirant très loin dans la mer ? Ou était-ce une poussière. À mon avis. En fait. très g éométrique ». L’expérience des ensembles de Julia n’était d’aucun secours – ceux-ci apparaissaient à la fois sous les deux aspects de masses compactes et de poussières. Il parlait de l’art moderne. « Tout correspondait à une approche en lig nes droites. il y a. des enroulements de nouvelles espèces exotiques. il proposait des diapositives. « L’œuvre de Josef Albers. miracle de miniaturisation dans lequel chaque détail devait inévitablement être un univers en soi. réclamant des photos de l’ensemble de Mandelbrot . à leur tour. dit Heinz-Otto Peitg en. les g ens déménag ent. Il apparaissait toujours de nouveaux types d’hippocampes. de très profondes raisons à cette aversion vis-à-vis de certains aspects de notre conception de la nature. ça fait dépassé. Quel est le véritable aspect d’un objet naturel ? L’arbre par exemple. « Notre profond enthousiasme résulte en partie de ce reg ard nouveau sur la nature. Lorsque Mandelbrot reg arda ses imag es. Ses tableaux eurent un g rand succès à l’époque. tous finement colorés. une fois ag randie par l’ordinateur-microscope. des dizaines d’imag es qu’il pouvait tirer . Ces mathématiciens démontrèrent que toute parcelle – quelle que soit sa position et quelle que soit sa petitesse –. mais d’autres se développaient qui en étaient manifestement des répliques approchées. et pourtant aucun élément n’est « seul » – quel que soit cet élément. révélerait de nouvelles molécules. ne déboucha essentiellement que sur des superpositions de carrés de couleurs différentes.flottant au voisinag e du corps principal. » Peitg en aidait un visiteur à choisir des ag randissements de rég ions des ensembles de Mandelbrot.

que des oscillations g ouvernaient souvent la dynamique de processus habituellement considérés comme statiques pour la bonne raison qu’il n’était pas facile d’ouvrir un système vivant pour l’examiner en temps réel. Richter fixa sur le rebord de sa fenêtre un pendule double bien lubrifié. De temps en temps. Il démontra. l’étude de la complexité était l’occasion d’instaurer de nouvelles traditions en science au lieu de simplement résoudre des problèmes. s’étaient spécialisés dans l’ensemble de Mandelbrot. Puis. Ils publièrent des catalog ues et des livres sur papier g lacé.sur-le-champ. et promenèrent à travers le monde une exposition de leurs imag es informatiques. sinon il serait déjà résolu. donnait aux mathématiciens la liberté de suivre une voie plus naturelle. dit Peitg en. La puissance numérique des ordinateurs et les indications visuelles qu’ils offraient à l’intuition laissaient entrevoir des perspectives prometteuses et permettaient au mathématicien d’éviter les impasses. avec la plus g rande résolution et les couleurs les plus éclatantes. sans quoi vous êtes perdu. Bien sûr. Il recélait pour eux tout un univers d’idées : une philosophie moderne de l’art. le mathématicien pouvait revenir aux démonstrations classiques. Mais les imag es les plus spectaculaires. Mais vous pouvez avoir des situations que . on sait ce qui est connu. Voir une fig ure sur un écran ne g arantit pas son existence en termes de théorème et de preuve. et de leur équipe de l’université de Brème. son « système dynamique favori ». en étudiant les oscillations dans les voies métaboliques. tout résultat doit être rendu rig oureux à l’aide des méthodes classiques de la démonstration – sinon ce ne serait pas des mathématiques. La dépendance aux conditions initiales était si sensible que l’attraction g ravitationnelle d’une simple g outte de pluie située à un kilomètre et demi déboussolait le mouvement durant cinquante ou soixante révolutions. Mais la possibilité même de cette fig ure était suffisante pour transformer l’évolution des mathématiques. si vous êtes un bon scientifique. Richter était passé aux systèmes complexes par le biais de la chimie. sponsorisée avec enthousiasme par une banque locale. ce qui n’est pas connu. ce que les g ens ont déjà essayé et qui ne mène nulle part. pensait Peitg en. vous pouvez commencer à réfléchir aujourd’hui et parvenir. « La rig ueur est la force des mathématiques. un moyen de faire connaître les systèmes complexes auprès d’un larg e public. mettre en évidence des rég ions de mag nétisation idéalisées dans un métal. une semaine ou un mois ». à la fin. Richter. Vous êtes forcé de travailler sur un problème dont on sait que c’est un problème. Il utilisa ces mêmes techniques g raphiques pour. Les mathématiciens ne voudront jamais renoncer au fait qu’ils peuvent poursuivre un raisonnement dont la validité est absolument g arantie. une fois les voies nouvelles tracées et les objets nouveaux isolés. Pour son collèg ue Peitg en. provenaient de deux Allemands. par exemple. Les imag es g raphiques multicolores de l’espace des phases de son pendule double montraient un mélang e de zones de périodicité et de chaos. Un mathématicien pouvait renoncer temporairement aux exig ences d’une preuve rig oureuse et aller où le conduiraient ses expériences. aidé de ses étudiants pour les détails techniques. une justification du rôle nouveau de l’expérimentation en mathématiques. » Peitg en partag eait peu le malaise des mathématiciens lorsqu’il s’ag it d’utiliser les ordinateurs pour faire des expériences. De la physique. comme un physicien. Peitg en et Peter H. dans une série d’articles sur des phénomènes comme le système immunitaire et la conversion du sucre en énerg ie par la levure. il le faisait se balancer suivant des oscillations chaotiques qu’il pouvait ég alement simuler sur un ordinateur. construit pour lui sur mesure par l’atelier de son université. et pour explorer l’ensemble de Mandelbrot. Mais un problème que l’on sait être un problème est certainement difficile. à des solutions intéressantes en quelques jours. « Dans un domaine tout à fait neuf comme celui-ci. L’exploration informatique. dit Peitg en. le premier mathématicien et le second physicien. Peitg en et Richter. puis de la biochimie. « Dans un sujet structuré. « C’est un sujet non structuré. environ deux minutes.

de ses immeubles. l’un en zéro. un seul comportement qui l’emporte sur tous les autres lorsque le système s’assag it. La frontière de l’ensemble est l’endroit sur lequel le prog ramme passe le plus de son temps et fait le maximum de compromis. Pour simplifier. l’étude des frontières fractales entre bassins d’attracteurs fut un domaine nouveau et prometteur. tournent sur de g rosses unités centrales. et cet attracteur est chaotique. D’autres systèmes peuvent adopter un comportement stationnaire non chaotique – mais avec plusieurs états stationnaires possibles.l’on ne comprend que partiellement aujourd’hui. Qui peut savoir ce que donnera la millionième itération ? C’est la raison pour laquelle les prog rammes qui donnent les imag es les plus saisissantes. contrôle la destination de la bille. Si on considérait l’ensemble comme un objet de la taille d’une planète. oui. des lettres. l’autre les appelant depuis l’infini. Comme la majorité des flippers. comme s’ils hésitaient entre deux attracteurs concurrents. des atomes. d’un système. La rig ueur. Cette machine présente une physionomie habituelle : un plan incliné. des bactéries. celui-ci dispose d’un lanceur à ressort que l’on tire pour envoyer la bille sur la piste de jeu. avec des milliers de cerveaux individuels effectuant à la chaîne les mêmes opérations. Les propriétés de cette frontière prirent toute leur sig nification lorsque les scientifiques passèrent de l’ensemble de Mandelbrot aux nouveaux problèmes de la représentation des phénomènes physiques réels. Un seul paramètre. mais seulement deux couloirs de sortie latéraux que la bille doit emprunter pour quitter la piste. Pour un g roupe de mathématiciens et de physiciens influents du début des années quatre-ving t. des livres. un prog ramme ne peut être absolument certain que le point initial tombera dans l’ensemble de Mandelbrot. Cette branche de la dynamique concernait non la description de l’état final. considéra un flipper imag inaire. » Dans les années quatre-ving t. Les informaticiens amateurs découvrirent rapidement que l’exploration de ces imag es à des g rossissements croissants donnait le sentiment très vif de ce qu’était une échelle en expansion. des chambres. la position initiale du lanceur. dix années après avoir donné au chaos son nom. ou sur des ordinateurs destinés au traitement en parallèle. Et tous ces paysag es microscopiques étaient g énérés par les quelques mêmes lig nes de prog ramme(5). et qui seront peut-être comprises rig oureusement dans l’avenir. Le modèle aujourd’hui classique de Lorenz n’admet qu’un seul attracteur. aux ag randissements les plus détaillés. La frontière est ainsi l’endroit où les points sont les plus lents à se libérer de l’attraction de l’ensemble. L’étude des frontières fractales des bassins d’attracteurs fut l’étude des systèmes atteig nant un état final parmi plusieurs autres non chaotiques. ou bien des caractéristiques de la taille de ses cités. James Yorke qui. La question fut de savoir lequel. mais pas à la condition de devoir laisser tomber un truc sous prétexte que je ne peux le comprendre maintenant. tout en étant différentes entre elles. Chacun de ces attracteurs possède son propre bassin – comme un fleuve possède son bassin de captag e – et chaque bassin a sa frontière. mais la manière dont ce système choisit entre plusieurs options concurrentes. des bandes élastiques et des bumpers qui communiquent à la bille des impulsions d’énerg ie. cette machine ne possède pas de flippers. stable. Ceux qui observaient de telles imag es voyaient que toutes les échelles exhibaient des motifs similaires. Ici. La frontière entre deux ou plusieurs attracteurs d’un système dynamique marquait un seuil qui semblait intervenir dans des processus ordinaires aussi divers que la rupture des matériaux ou la prise de décision. un ordinateur personnel pouvait montrer l’objet dans sa totalité. Ces impulsions ont un rôle important : elles sig nifient que l’énerg ie de la bille ne décroît pas uniformément. fut l’un des premiers à analyser ces frontières fractales. Imag inez que la machine soit conçue de telle sorte . même après 100. un ordinateur personnel pouvait effectuer des calculs suffisamment précis pour réaliser des imag es multicolores de l’ensemble de Mandelbrot. C’est un flipper déterministe – interdit de le secouer. 1000 ou 10000 itérations.

Telle position entraînant une sortie à droite est marquée par un point roug e. furent tous deux l’objet de recherches inspirées par le chaos. On obtient un simple seg ment. mélang és et repliés par les équations familières du mouvement newtonien. présenteront des zones de roug e à l’intérieur du vert. pas forcément invariant d’échelle. une fois ag randies. Pour une valeur du paramètre A. tandis que d’autres. Avant de choisir l’une ou l’autre de ces sorties. dans le droit fil de ce que sug g érait leur formation à orientation linéaire.qu’une lég ère traction du lanceur envoie toujours la bille dans le couloir de droite. aucune conséquence. Pour obtenir ces photos. tandis qu’une traction importante la fait passer par celui de g auche. qui transformait l’importance du paramètre B. bruyante. Imag inez maintenant que l’on représente g raphiquement le résultat du lancé. telle autre entraînant une sortie à g auche est marquée en vert. dessiner des g raphes. « Personne ne peut dire que j’ai truqué le système en choisissant un pendule. mais détaillé à l’infini. Yorke se levait pour montrer des photos de frontières fractales. disait Yorke jovialement. un deuxième deg ré de liberté. C’était des bassins d’attraction. Les ing énieurs pouvaient faire des études. et leur ensemble faisait plus frontière qu’autre chose : plus des trois quarts des points portés se situaient sur cette frontière. rassurant. comme le savait fort bien son auditoire. on pourrait par exemple envisag er un chang ement de l’inclinaison de la piste. un oscillateur fondamental dont on retrouve de nombreux équivalents dans la vie de tous les jours. avec des rég ions de stabilité cohérentes. . Ajouter une deuxième dimension sig nifie ajouter un deuxième paramètre. comme si quelques ratés avaient empêché un mixer de mélang er uniformément une crème vanille-chocolat. » Ses photos montraient d’invraisemblables tourbillons de blanc et de noir. le paramètre B pouvait avoir un comportement ordonné. Pourtant. les réseaux d’alimentation électrique et les centrales nucléaires. son ordinateur avait balayé un maillag e carré de 1000 points de côté. On découvrirait alors un type de complexité extrêmement varié qui donnerait des cauchemars aux ing énieurs responsables du contrôle de la stabilité de systèmes réels actifs. dans les années quatre-ving t. Mais son comportement est différent de tout ce que vous pouvez lire dans la littérature. Sur un flipper. rebondissant comme d’habitude d’un bumper à l’autre de manière énerg ique. qui. Certaines rég ions du seg ment seront uniquement roug es ou vertes. Mais dans d’autres cas. C’est le g enre d’objet que vous rencontrez partout dans la nature. et avait marqué le résultat en noir ou blanc. ou de vert à l’intérieur du roug e. une modification de cette position. sensibles. la bille suit une trajectoire complexe. à des intervalles de temps irrég uliers. Autrement dit. Certaines représentaient le comportement de pendules entretenus qui pouvaient atteindre l’un des deux états finaux – le pendule entretenu étant. Lors des conférences. Que pouvons-nous dire de ces attracteurs considérés comme fonction de la position initiale ? La frontière s’avère être un ensemble fractal. contenant plus d’un paramètre – par exemple. il pouvait y avoir une autre valeur du paramètre A. même arbitrairement petite. une variation infime de la position du lanceur n’aura. C’est un comportement fractal d’un type irrég ulier. dans certains cas. fera la différence entre le roug e et le vert. dissimulée tout près. représentant chacun une position initiale du pendule.

Le système ne peut qu’aboutir à l’un des deux états stationnaires possibles. « Tout le réseau d’alimentation électrique de la côte Est est un oscillateur. avec un enchevêtrement prog ressif de protubérances et de sillons. Leurs imag es de ces frontières montrèrent la splendeur particulière d’une complexité que l’on commençait à trouver naturelle : une forme en chou-fleur. les ing énieurs faisaient leurs observations et espéraient qu’ils pourraient en extrapoler plus ou moins linéairement un comportement moins ordinaire. l’une des imag es se fit de plus en plus désordonnée. À mesure qu’ils variaient leurs paramètres et ag randissaient l’échelle. Les transitions de phase étaient des questions de seuil . » Ces frontières fractales avaient des applications dans des problèmes profonds de physique théorique. « Peut-être devrions-nous croire à la mag ie ». Un système dynamique possède souvent plus d’un état d’équilibre – comme par exemple un pendule terminant sa course sur l’un des deux aimants placés dans son socle. Ce résultat. . apparut une forme familière. elle peut aussi être compliquée et irrégulière. et particulièrement sur les formes eng endrées par les org anismes vivants. tout à fait prévisible pour certaines conditions initiales – le noir est noir et le blanc est blanc –.FRONTIÈRES FRACTALES D’UN BASSIN D’ATTRACTEUR. Chaque équilibre est un attracteur. Même lorsque le comportement à long terme d’un système dynamique n’est pas chaotique. il décrivit sa technique comme « la construction g lobale de fractales par itération de systèmes de fonctions ». Trop souvent il leur fallait estimer le comportement potentiel des systèmes complexes à partir d’un petit ensemble de données. Ce fut un autre sig ne de l’universalité. devient totalement imprévisible au voisinage de la frontière. restant à l’intérieur d’un domaine de paramètres limité. L’intercalation hautement fractale de blanc et de noir (à droite) correspond au diagramme de phases d’un pendule. Il faudrait pour cela connaître sa frontière. écrivirent-ils. essaya d’autres processus. avec ses vrilles et ses atomes. aplatie. Dans ses articles. et finalement se tourna vers les mouvements aléatoires pour fonder une nouvelle technique de modélisation des formes naturelles. Peitg en et Richter reg ardèrent l’une des mieux étudiées : la mag nétisation et la démag nétisation des matériaux. et si la frontière entre deux attracteurs peut être compliquée mais régulière (à gauche). parsemée de bourg eons : l’ensemble de Mandelbrot. ces photos contenaient une leçon – une leçon et une mise en g arde. le chaos peut se manifester à la frontière entre deux types de comportement stationnaire. stable la plupart du temps. Mais les scientifiques étudiant les frontières fractales des bassins d’attracteurs montraient justement que la limite entre le calme et la catastrophe pouvait être bien plus complexe que ce que l’on avait imag iné. Il réfléchit sur les imag es mêmes de la nature. Lorsqu’un système fonctionnait normalement. Michael Barnsley suivit une voie différente. au plus profond d’une rég ion d’une extrême confusion. bien à leur place. Recherchant constamment des moyens de g énérer une variabilité sans cesse croissante. Pour les chercheurs et les ing énieurs. Mais le fait est que personne ne sait à quoi elle ressemble. jusqu’à ce que soudainement. mais on aimerait bien savoir ce qui arriverait si on le soumettait à une perturbation dit Yorke. il expérimenta à partir des ensembles de Julia.

Barnsley et ses collaborateurs se lancèrent alors avec frénésie dans une production d’imag es – des choux. en utilisant son jeu du chaos. Pour le flocon de neig e de Koch ou le tamis de Sierpinski. Barnsley choisit une asplénie noire pour l’une de ses premières expériences. L’idée maîtresse de Barnsley était celle-ci : les ensembles de Julia et autres formes fractales. comme un donneur au Ving t-et-un qui cacherait les toutes premières cartes lors d’une nouvelle donne.Mais lorsqu’il en parlait. À mesure que le temps s’écoule. de la moisissure. il vous faut un ordinateur avec un écran g raphique et un g énérateur de nombres aléatoires – mais ça marche tout aussi bien avec une feuille de papier et une pièce de monnaie. On commençait par dessiner la forme que l’on voulait reproduire. plus elle se superposait aisément aux copies. contenaient la forme finale. celle de se construire à partir de réductions de l’imag e principale. Pour jouer rapidement à ce jeu. n’importe où. Ces règ les vous diront comment vous transporter d’un point à un autre : « Déplacez-vous de cinq centimètres vers le nord-est ». si besoin en débordant plus ou moins. Barnsley découvrit rapidement qu’il pouvait g énérer toutes les fractales classiques contenues dans le livre de Mandelbrot. Lancez ensuite la pièce et reportez les points en appliquant la règ le « face » lorsque la pièce tombe sur face et la règ le « pile » lorsqu’elle tombe sur pile. on ne voit pas des lig nes droites.) Puis. et inventez deux règ les. on pourrait imag iner une carte de la Grande-Bretag ne tracée à la craie sur le sol. sug g éra- t-il. était d’une telle simplicité que ses auditeurs pensèrent parfois qu’il y avait un truc. bien que considérés à juste titre comme le résultat de processus déterministes. D’un autre côté. dit Barnsley. en quelque sorte. mais toute forme était. Mais supposez que vous lanciez des g rains de riz. comment choisir les règ les ? La réponse. information que l’itération de ces règ les restituait indépendamment de l’échelle. Pas de retouches : juste un simple ensemble de règ les qui. construisait des fig ures qui n’étaient au départ que de g rossières parodies. En termes dynamiques. Un arpenteur muni des outils classiques éprouverait des difficultés à mesurer la surface de ces formes biscornues. il l’appelait « le jeu du chaos ». Par analog ie. il suffira alors de quelques règ les pour le décoder. (Depuis long temps passionné par les foug ères. Plus une forme était fractale. « Si l’imag e est compliquée. Le problème essentiel était l’inversion du processus : étant donné une forme particulière. au hasard sur le sol en comptant ceux tombés à l’intérieur de la carte. si l’objet renferme un ordre fractal caché – et Benoît a fait cette remarque capitale que la nature possède presque partout cet ordre caché –. La définition d’un ensemble de règ les à itérer au hasard était l’expression d’une certaine information g lobale sur une forme. plus les règ les qui la définissaient étaient simples. Si vous éliminez la première cinquantaine de jets. mais une forme qui se dessine avec une précision d’autant plus g rande que le jeu se prolong e. un à un. . une pour pile et une pour face. Mandelbrot avait procédé par constructions et améliorations successives. superposable. tout aussi fondée : ils sont la limite d’un processus aléatoire. que Barnsley appela le « théorème de collag e ». vous découvrirez que le jeu du chaos produit non un ensemble de points aléatoire. En ce sens. possèdent une seconde interprétation. » Sa première foug ère. le résultat s’approche de l’aire de ces formes – qui apparaît ainsi comme la limite d’un processus aléatoire. à l’aide d’un terminal d’ordinateur et d’une souris en g uise de pointeur. ou « Réduisez d’un quart votre distance au centre ». aux contours fractals. parce qu’on sait que lorsqu’on reg arde le bord d’une feuille. il fallait enlever des seg ments et les remplacer par des fig ures précises. mais qui se précisaient d’elles-mêmes à chaque itération. Le jeu du chaos recourait à une qualité fractale de certaines imag es. Ce modèle est ainsi plus intéressant que celui tiré de la g éométrie euclidienne. les règ les seront compliquées. Barnsley lui. de la boue. à l’infini. Choisissez un point de départ sur la feuille. les formes de Barnsley se révélèrent être des attracteurs. on faisait de petites copies en repassant par-dessus la forme orig inale. à un certain niveau d’approximation. plus une forme était fractale.

dit Hubbard. Il n’y a pas de hasard dans tout ce que je fais. le hasard n’intervient que comme un outil. dit-il. « Il n’y a pas de hasard dans l’ensemble de Mandelbrot. N’importe quel biolog iste aurait pu l’identifier. Dans la technique de Barnsley. Tout est fortement structuré. « Le spore qui encode une foug ère ne contient qu’une quantité limitée d’information. le chaos c’est la mort. prétendait Barnsley. leur ensemble dessine peu à peu l’image d’une fougère. Quand vous faites un clonag e de plantes. En un certain sens. Il n’est pas étonnant que nous puissions trouver une information succincte équivalente pour décrire ces foug ères. coïncidait parfaitement avec l’imag e donnée par son livre d’enfance sur les foug ères. Et je ne pense pas que l’éventualité du hasard ait un rapport direct avec la biolog ie. Les résultats sont déterministes et prévisibles. » Mais le hasard était-il nécessaire ? Si Hubbard réfléchissait lui aussi sur le parallèle entre l’ensemble de Mandelbrot et l’encodag e biolog ique de l’information. En biolog ie. c’est la mort. en tout point exacte. Bien que chaque nouveau point arrive au hasard. le hasard. Toute l’information nécessaire à la formation de l’image se trouve encodée dans quelques règles simples. personne ne . L’idée de l’existence du hasard en biolog ie n’est qu’un réflexe. Il serait surprenant qu’il n’en soit pas ainsi. il se hérissait lorsqu’on avançait que ces processus pouvaient reposer sur les probabilités. Il y a alors une limite à la minutie avec laquelle une foug ère peut g randir. L’ensemble de Mandelbrot obéit à un projet extraordinairement précis qui ne laisse absolument rien au hasard. l’ordre dans lequel arrivent les branches est exactement le même. » LE JEU DU CHAOS. Lorsque les points s’allument sur l’écran de l'ordinateur. la nature est oblig ée de jouer à sa propre variante du jeu du chaos.obtenue avec un ordinateur de bureau. il découvrira à son g rand étonnement qu’il existe un schéma de codag e pour la construction du cerveau possédant une extraordinaire précision. Je soupçonne fortement que le jour où quelqu’un arrivera à comprendre réellement l’org anisation du cerveau. « Ce fut une imag e stupéfiante.

Le fait de sonder les objets fractals avec un alg orithme aléatoire nous apporte une information fondamentale. Mais l’objet lui-même ne dépend pas du hasard. dès que la nature commença à s’org aniser à l’aide de simples lois physiques. et même avant que Mandelbrot le découvre. notre reg ard se promène d’une manière que nous pourrions aussi bien prendre pour du hasard. vous obtenez toujours la même imag e. Elle existe indépendamment de ce que je peux faire. et nous nous faisons une bonne idée de la pièce. « Le hasard est une diversion. C’est comme quand on pénètre dans une pièce nouvelle . le rôle du hasard est une illusion. existe.peut deviner l’endroit où apparaîtra le suivant . . Pourtant. disait Barnsley. La pièce est la pièce. Il exista dès que la science créa son environnement – le cadre des nombres complexes et la notion de fonctions itérées. Mais peut-être exista-t-il encore plus tôt. de la même manière. Si la probabilité est ég ale à un. Il existait avant que Peitg en et Richter se mettent à en faire un objet d’art. Il est essentiel à l’obtention d’imag es d’une certaine invariance d’échelle dépendant de l’objet fractal. » L’ensemble de Mandelbrot. ce flux lumineux reste toujours cantonné à l’intérieur des limites nécessaires pour définir une forme phosphorescente Dans cette mesure. répétées identiquement à elles-mêmes avec une patience infinie. cet endroit dépend du pile ou face de la machine. avant que Hubbard et Douady n’aient compris sa véritable nature mathématique. Puis il attendit d’être découvert.

Brown. À une heure du matin. rencontra son ami Edward A. à l’aide d’un circuit électrique improvisé relié à un poste hi-fi. Il ne savait pas pourquoi il était venu à Santa Cruz. Leurs noms seront souvent liés à jamais. sauf dans une brochure où des photos de séquoias se mêlaient à quelques lig nes sur les tentatives d’application des nouvelles philosophies pédag og iques. on apercevait au sud les vag ues étincelantes de la baie de Monterey. un astrophysicien. Les étudiants associaient son nom à nombre de personnalités de l’avant-g arde intellectuelle : Norman O. diplômé de Harvard. les étudiants en thèse et les jeunes chercheurs bénéficient des subventions de leur professeur et d’une part du prestig e attaché à ses publications. La formation d’un physicien repose sur la relation maître-disciple. composée d’une quinzaine de physiciens. Spieg el. ces physiciens reg ardaient aussi vers le sud. Il entraîna Burke boire un verre au bar et lui donna des détails. Cette faculté dynamique. Si la relation se développe favorablement. selon l’esprit du temps. Bon étudiant. dit Spieg el. Personne ne prêtait une attention particulière au fait qu’il passait son temps au sous-sol du bâtiment de physique à jouer avec un calculateur analog ique. dans le hall d’un hôtel de Boston où ils assistaient à une conférence sur la relativité. Ouvert en 1966. eurent à leurs débuts des projets ambivalents. De petits sentiers couraient d’un endroit à l’autre. un cosmolog ue et relativiste de Santa Cruz. Les départements de fin d’études. Il n’avait jamais vu le campus. et d’autres expériences impromptues situées quelque part entre ces deux extrêmes. le chaos n’avait pas de mentor. « Hé ! je viens d’entendre l’attracteur de Lorenz ». Mais lorsqu’une science n’a pas encore d’existence. on disait parfois qu’il ressemblait plus à un parc national qu’à une université. Un bon maître aide ses étudiants à choisir des problèmes à la fois solubles et féconds. un barbu né à Boston. et réalisèrent qu’ils devaient instaurer des normes et prouver leur sérieux. Shaw était une personne calme – une force tranquille. il était à quelques mois de terminer sa thèse sur la supraconductivité. construit dans un paysag e de roman. conçus à partir de rien. THOMAS S. Marcuse y enseig nèrent. l’influence du professeur aidera son protég é à trouver un emploi. Il n’y avait pas de cours sur le chaos. jeunes pour la plupart. En retour. Mais tout influencés qu’ils fussent par l’idéolog ie de la libre-pensée de l’époque. les architectes s’étaient efforcés de laisser les arbres en place. ses études à Harvard ayant été interrompues plusieurs années par le service militaire. Greg ory Bateson et Herbert. et Tom Lehrer y chanta. Les professeurs prennent des assistants pour les aider dans le travail de laboratoire et les calculs fastidieux. peu de maîtres sont disposés à l’enseig ner. convenait au brassag e des brillants anticonformistes attirés par Santa Cruz. Cela le rendait un petit peu plus âg é que la plupart des étudiants en thèse. à une heure au sud de San Francisco . Le Collectif des systèmes dynamiques La communication à travers la ligne de partage révolutionnaire est inévitablement partielle. et la physique ne fit pas exception. Les bâtiments étaient nichés parmi les séquoias et. au seuil de sa trente et unième année. pas de centre d’études non linéaires et de recherche sur les systèmes complexes. en une antimélodie circulaire de sifflet à coulisse. Spieg el connaissait personnellement Lorenz et avait entendu parler du chaos depuis les années . pas de livre ni même de revue sur le chaos. et de temps en temps. William Burke. et. une vie en communauté. KUHN Santa Cruz était le plus récent campus du complexe de l’université de Californie. Le campus entier se trouvait au sommet d’une colline. en 1977. L’un des étudiants en thèse dont personne ne remettait en cause le sérieux était Robert Stetson Shaw. mais durant peu de temps. aîné des six enfants d’un médecin et d’une infirmière. En 1977. vers Caltech(6). Spieg el avait transformé cet emblème du chaos. Santa Cruz devint en quelques années. le plus sélectif des campus californiens.

Il était allé .soixante. il avait lu l’article de Robert May dans Nature. des zéros ou des un. On élude les calculs numériques. passé quelques heures sur sa calculatrice à jouer avec l’équation de May. C’était tout à fait abstrait et théorique. Burke était ouvert à ce g enre de choses. On ne les trouvait pas dans les départements de physique. comme Shaw. Et on peut observer ces modifications en temps réel. On peut faire correspondre les oscillations d’un circuit électrique avec celles du système physique. pour obtenir un confort de route maximum. Mais Burke aimait aussi la physique terre à terre. sur une courbe tracée sur l’écran d’un oscilloscope. Il reconnaissait volontiers qu’il était un petit peu vieux jeu. ses amortisseurs et sa masse. Il avait un jour publié un article sur l’optique des verres à bière – quelle devait être l’épaisseur du verre pour donner l’illusion qu’il était toujours plein. On obtient à la place un modèle fait de métal et d’électrons. la notion d’ondes g ravitationnelles se propag eant dans la structure de l’espace-temps. un eng in poussiéreux et lourd. mais avec des circuits électriques composés de résistances. Est-ce que Shaw pouvait les rentrer dans son calculateur analog ique ? Les machines analog iques représentèrent une impasse dans le développement des ordinateurs. Il voulait le voir. étaient approximatifs. avaient joué avec des postes radio avant l’apparition des transistors. avec ses ressorts. Il s’était fait une réputation en travaillant sur l’un des cadeaux les plus paradoxaux qu’Einstein avait lég ués à la physique. Imag inez que vous vouliez simuler la suspension d’une auto. donnaient des réponses précises aux questions posées par les prog rammeurs. Un condensateur équivaut aux amortisseurs. avec exactement le même résultat. basés sur des circuits ouverts ou fermés. Il suffit de tourner un bouton pour ajuster les variables. et se révélèrent bien plus adaptés à la miniaturisation et à l’accélération de la technolog ie qui dominèrent la révolution informatique. et pouvait en principe être exécuté sur un autre ordinateur dig ital. des oui ou des non. un intendant pressé avait déjà acheté du matériel. C’était un problème hautement non linéaire. Les résultats ne sont pas précis. par conception. et suprême avantag e. et ainsi de suite. avec un comportement désag réable lié aux non-linéarités embarrassantes de la dynamique des fluides. En haut. et avait. et à mesure que la nuit passait. lorsqu’on y renonça. et leur présence à Santa Cruz était purement fortuite : les projets initiaux incluaient une école d’ing énieurs . Tout ce qu’un ordinateur dig ital avait fait une fois pouvait être refait. La machine de Santa Cruz était un Systron-Donner. Il savait captiver ses collèg ues avec des idées nouvelles. il centra ses travaux sur la turbulence dans l’espace – les « arythmies cosmiques ». avec sur le devant un panneau de raccordement semblable à ceux utilisés dans les vieux standards téléphoniques. Il se trouve qu’en combinant divers circuits électriques un prog rammeur réalise des simulations de systèmes d’équations différentielles tout à fait adaptées aux problèmes d’ing énieurs. dans le laboratoire de supraconductivité. une fois professeur à Columbia University. De plus. Burke fut captivé. lui aussi. Les ordinateurs dig itaux. Finalement. Mais il n’avait aucune intention de l’entendre. avec son appel en faveur d’un enseig nement renforcé sur les systèmes non linéaires élémentaires. Il s’était lancé à la recherche d’un comportement erratique dans les modèles d’évolution stellaire et était en contact avec les mathématiciens français. Prog rammer sur un calculateur analog ique revenait à choisir des composants électriques et à enficher des câbles dans ce panneau. de condensateurs – des objets bien connus de ceux qui. L’attracteur de Lorenz lui semblait donc intéressant. Ils ne fonctionnaient pas avec des contacts oui-non. facilement rég lable. une self représente la masse. Les ordinateurs analog iques. Lorsqu’il retourna à Santa Cruz. Shaw ne travaillait que par intermittence sur sa thèse et passait de plus en plus de temps à s’amuser avec le Systron-Donner. que la physique était pour lui synonyme de réalité. très rapidement. renforcer un ressort ou diminuer le frottement. il tendit à Rob Shaw un bout de papier sur lequel il avait g riffonné un système de trois équations différentielles.

exécutant des motifs qui ne se répétaient jamais. « Il suffit de poser vos mains sur ces boutons et vous vous retrouvez subitement en train d’explorer cet autre monde dans lequel vous êtes l’un des premiers à descendre et dont vous ne voudrez pas remonter pour reprendre votre respiration ». Tous les concepts importants – l’exposant de Lyapounov. la dimension fractale – vous apparaissaient tout naturellement. Shaw sut qu’il ne terminerait jamais sa thèse sur la supraconductivité. Le g enre d’exploration qu’il effectuait sur le Systron-Donner était finalement conforme à ses illusions. » Était-ce de la science ? Ce n’était certainement pas des mathématiques. De plus. Elle l’hypnotisait comme une flamme. et l’orbite s’éloig nait g aiement de sa trajectoire précédente. Puis il remettait les mêmes conditions initiales – aussi proches des premières qu’il était physiquement possible –. et aucun soutien de sympathie de g ens comme Abraham n’y pouvait rien chang er. Enfant. Les équations de Lorenz que Burke lui avait tendues sur un bout de papier n’étaient pas plus compliquées que les systèmes qu’il bricolait. Le trafic piétonnier était considérable. il se transformait ou se déformait en une fig ure dévoilant lentement sa cohérence. . L’imprécision et l’imparfaite reproductibilité du calculateur analog ique travaillaient en faveur de Shaw. La physique des basses températures était certes ag réable du point de vue du bricolag e. et avant long temps. Sa première réaction fut l’étonnement devant la vitesse avec laquelle l’attracteur se déployait – Shaw soulig na qu’il utilisait des condensateurs supplémentaires pour l’empêcher d’aller plus vite. objet vacillant. L’imprécision du circuit analog ique le prouvait – que l’on tournât délicatement ou brutalement les boutons. dit Abraham. Il passa plusieurs nuits au sous-sol. Quand il partait. l’attracteur ne disparaissait pas. son hélium liquide et ses cadrans. Shaw se faisait des illusions sur la science – il la voyait se précipitant romantiquement à l’assaut de l’inconnu. il ne l’a certainement pas reconnu. et était donc l’un des quelques membres de la faculté de Santa Cruz à avoir les connaissances permettant de saisir l’importance de l’amusement de Shaw. différent de tous ceux qu’il avait rencontrés au cours de ses recherches. La faculté de physique ne voyait elle aussi aucune raison de penser que c’était de la physique. l’attracteur résistait aux perturbations. Le calculateur analog ique se retrouva bientôt à l’étag e. Vous les verriez et vous commenceriez votre exploration. et la salle ne fut plus jamais utilisée pour la supraconductivité. mais pour Shaw. appuyait sur le bouton de mise en marche. dessinant à maintes reprises la face de hibou caractéristique de l’attracteur de Lorenz. La luxuriance de la forme s’inscrivait sur sa rétine. reg ardant le spot vert de l’oscilloscope circuler sur l’écran. ce calculateur fonctionnait sans formalisme ou démonstrations. S’il a peut-être vu le chaos. qui vint tout de suite voir l’attracteur de Lorenz en mouvement. et il se trouve que l’entrée du département de physique était juste de l’autre côté du hall. Il ne lui fallut que quelques heures pour raccorder les bons câbles et rég ler les boutons. tout en aboutissant sur le même attracteur. Shaw eut de la compag nie. ne se transformait pas en quelque chose d’aléatoire . sous la forme d’attracteurs étrang es. cela attira les spectateurs. Elle semblait avoir une existence propre. Quelques minutes plus tard. Il avait participé avec Steve Smale aux débuts de l’époque g lorieuse de Berkeley. papillonnant. Mais quoi que ce fût. Il mettait en place les conditions initiales. dit Ralph Abraham. et l’attracteur commençait immédiatement à apparaître. elle ne menait nulle part. Shaw laissait habituellement la porte ouverte. Il vit rapidement la dépendance sensitive aux conditions initiales qui avait persuadé Lorenz de la vanité de toute prédiction météo à long terme.suffisamment loin pour observer les portraits de phase de quelques systèmes simples – des représentations d’orbites périodiques ou de cycles limites. un professeur de mathématiques. « Rob sentait spontanément quand une petite exploration suffisait pour révéler tous les secrets. avec toute sa plomberie et ses g ros aimants. au contraire.

Shaw éprouvait une certaine défiance à mettre en avant ses idées sur la place publique académique . ils reprenaient souvent ses idées personnelles sur la manière de mener à bien un prog ramme non défini pour explorer une science non reconnue. rêvèrent de faire sauter la banque. Il n’y avait en tout cas aucun poste disponible pour ceux qui voudraient en faire un. de trois années plus jeune. En 1977. malg ré son peu d’enthousiasme. À Santa Cruz comme dans toute université américaine. effectuer rapidement les formalités. à ving t-deux ans. Le quatrième membre du g roupe était James Crutchfield. il fit peu pour rassurer la faculté de physique de Santa Cruz sur le sérieux des activités scientifiques de Farmer. Il payait . devint le porte-parole le plus à l’aise du g roupe. pour travailler au centre de recherche d’IBM à San José. écrivirent et réécrivirent un log iciel personnalisé. Il fallut attendre le printemps de 1978 pour que le département soit totalement persuadé que Shaw renonçait à sa thèse sur la supraconductivité. à un moment ou un autre. au travers de subventions de recherche accordées aux membres de la faculté. il avait une énerg ie et un enthousiasme à toute épreuve et était une machine à idées. arriva cet automne-là à Santa Cruz. Parfois ceux qui le rencontraient le soupçonnaient au premier abord de n’être qu’un beau parleur. Tous les membres du collectif excepté Shaw s’adonnèrent. la physique était essentiellement financée. et il faut reconnaître que si ce projet leur permit d’acquérir des dispositions inhabituelles pour analyser rapidement les systèmes dynamiques. Doyne Farmer. Le g roupe qui finit par s’appeler le Collectif des systèmes dynamiques – d’autres l’appelèrent parfois la Cabale du chaos – g ravitait autour de la personne discrète de Shaw. à la roulette. travailla comme assistant de laboratoire sur les expériences de supraconductivité de Shaw avant que celui-ci ne se lance dans le chaos. La Marine. même si. le plus jeune et le seul vrai Californien. passa une année à faire la navette « de l’autre côté de la colline ». Crutchfield arriva à Santa Cruz comme simple étudiant. Un physicien universitaire recevait suffisamment d’arg ent pour équiper son laboratoire et payer ses assistants – des étudiants en thèse qui profitaient de la subvention. à l’époque où Farmer entamait une année sabbatique pour consacrer toute son énerg ie à son projet : appliquer les lois du mouvement à la roulette. on verrait selon les convenances de l’université. Pour ce qui était du chaos. Ils calculèrent les pentes et les trajectoires. il ne suivit pas la voie standard tracée par le département. même après avoir rejoint la Division théorique à Los Alamos. joueurs professionnels et autres. log èrent des ordinateurs dans leurs chaussures et se risquèrent nerveusement dans les casinos – mais rien ne marcha tout à fait comme prévu. un ami d’enfance qui avait g randi avec lui dans la même ville du Nouveau-Mexique. heureusement pour lui. Silver City. l’aérodynamique. soutenir sa thèse et entrer dans la vie active. Personne n’y avait jamais fait de doctorat. tous dépensaient des sommes énormes pour la recherche pure. c’était un véliplanchiste élég ant et. Petit et puissamment charpenté. C’était aussi une question d’arg ent. Durant plus d’une dizaine d’années. Personne à Santa Cruz n’était qualifié pour superviser un cours sur cette discipline- sans-nom. Cette entreprise était aussi sérieuse que biscornue. l’armée de l’air. le ministère de l’Énerg ie et la CIA. un g rand Texan osseux aux cheveux blond-roux. Farmer n’y renonça pas. l’énerg ie ou les renseig nements. il avait une connaissance profonde et instinctive de l’informatique. comme on disait à Santa Cruz. et ne rejoig nit véritablement le département de physique comme étudiant en thèse qu’en 1900. La faculté estimait qu’il pouvait. par la Fondation nationale pour la science et d’autres instances du g ouvernement fédéral. Il passa alors deux années à rôder dans le laboratoire de Shaw et à apprendre en vitesse les mathématiques dont il avait besoin pour comprendre les systèmes dynamiques. Comme le reste du g roupe. plus important pour le collectif. Farmer et un g roupe variable de confrères physiciens. Norman Packard. sans nécessairement se soucier de ses applications à l’hydrodynamique. ses nouveaux associés n’avaient pas de tels problèmes. en attendant. Il était si près du but.

dit Farmer. Farmer se fit une spécialité du piratag e des temps de calcul. avec une ambiance très classique de sols en béton et de murs toujours en attente d’être repeints . Les tables traçantes. les convertisseurs. Qu’une équation puisse rebondir d’un endroit à l’autre d’une manière apparemment aléatoire – c’était assez excitant. Packard réparait des postes téléviseurs à Silver City. rég ler l’écran d’un oscilloscope. L’idée que tous ces systèmes classiques déterministes que nous avions étudiés pouvaient eng endrer du hasard était fascinante. leurs déplacements à des colloques. À n’importe quelle heure ou presque. mais la pièce investie par le g roupe du chaos avait son atmosphère propre. à l’ombre des séquoias. ressemblait à n’importe quel autre bâtiment de physique. Crutchfield appartenait à la première g énération de mathématiciens pour qui la log ique des microprocesseurs était un lang ag e naturel. Quand un étudiant en physique prenait un livre de mathématiques. son orbite frémissant et g rouillant comme quelque chose de vivant. on passait dessus –. mais plus sûrement la nuit que le jour. Shaw eut une enfance plutôt portée sur les « bidules ». discuter sur la conscience ou l’évolution. Sans cette aide. les filtres électroniques commencèrent à s’accumuler. puis il y a les modèles quantiques où les choses sont déterminées. Les étudiants de Santa Cruz furent ég alement servis par leur esprit bricoleur. Un été. Le bâtiment même de physique. C’est avec ce système que Shaw. possédait un petit ordinateur dig ital destiné à la casse .” Ça ressemblait à quelque chose de g ratuit. Packard et Crutchfield rompaient maintenant les ponts. Farmer. il trouva sa place dans le labo de Shaw. et ses capacités à siphonner du temps coûteux sur ces machines stupéfièrent les climatolog ues. Gamin. Une équipe de physique des particules. » Crutchfield ajouta : « Nous avons réalisé qu’il existait tout un domaine de l’expérience physique incompatible avec le cadre existant. « Nous étions tous réellement attirés par une même chose : l’idée que vous pouviez avoir du déterminisme. et leur donnait même de quoi tenir pendant l’été. mais pas vraiment. De temps à autre. Non linéaire était une expression que l’on ne rencontrait qu’à la fin du livre. ou simplement écarquiller les yeux tandis qu’un point vert brillant décrivait une courbe lumineuse. il était avisé de les rechercher dans l’ancien laboratoire de Shaw sur les basses températures. Cela nous a poussés à comprendre ce qui faisait marcher ça. ou à quelque chose sorti de rien. finalement. où d’énormes ordinateurs effectuaient des recherches sur des sujets tels que la simulation g lobale du temps. et si vous vous y arrêtiez. mais vous devez vous satisfaire d’une limite sur la quantité d’information initiale que vous pouvez réunir. et vous n’arriviez de toute façon qu’à des solutions approchées. ou le département de physique trouvait un moyen de leur affecter cette somme. Habituellement. Vous disiez “D’où vient le mouvement aléatoire ? Je ne le vois pas dans les équations. « Nous n’avions aucune idée de la différence réelle introduite dans un modèle par la non- linéarité. tout ce qu’ils faisaient était de prendre ces équations non linéaires et de les réduire à des équations linéaires. On vous enseig ne qu’il existe des modèles classiques où tout est déterminé par les conditions initiales. au fond du couloir.leurs photocopies. Ce n’était qu’un exercice frustrant. des imag es numériques d’attracteurs. l’étudiant se retrouvait financièrement à la dérive. « Vous ne pouvez apprécier ce g enre de révélation si vous n’avez pas subi le lavag e de cerveau des six ou sept années d’un cursus de physique standard. avec des piles d’articles et des photos de Tahitiens sur les murs et. on pouvait voir des membres du g roupe réarrang er un circuit. les équations non linéaires se trouvaient dans le dernier chapitre. il fut invité au National Center for Atmospheric Research (Centre national de recherches atmosphériques) à Boulder dans le Colorado. débrancher des câbles de raccordement. un membre du collectif parvenait à soutirer une centaine de dollars à l’association des étudiants en thèse. Pourquoi cela ne faisait-il pas partie de ce qu’on nous . Lorsque certains types d’appareils commencèrent à disparaître la nuit.

Mais reg ardez et vous verrez qu’il y est. tout le travail colossal réalisé sur la dynamique des mouvements rég uliers ne débouchait pas dans cette direction. Nous étions frappés par le fait que si vous prenez des systèmes physiques rég uliers qui ont été analysés à fond par la physique classique. les mathématiciens pas du tout.enseig nait ? Nous avions l’occasion d’observer le monde réel autour de nous – un monde si banal qu’il en était merveilleux – et de comprendre quelque chose. affluèrent. bientôt. Qu’un scientifique publiât un article. puis. avec une émerg ence de hasard. ils rédig èrent un formulaire type carte postale. avec son propre ordre sous- jacent. Le chaos nous a permis de comprendre qu’on devrait se laisser g uider par la physique. en partie. le coup d’après. et de le définir d’une manière permettant de réconcilier le libre arbitre et le déterminisme. Un remède inappréciable à leur ig norance leur fut fourni par Joseph Ford. l’esprit philosophique qui présidait à sa nouvelle entreprise. et c’était une chose à quoi les physiciens ne touchaient simplement pas. « Cela fait long temps. dit Packard. bien long temps. Avec le temps. Lorsque les étudiants de Santa Cruz apprirent l’existence de cette liste. là. . dans la vie ou l’intellig ence. Ils cherchèrent des moyens de relier la théorie et l’expérience – ils sentaient qu’il y avait là un fossé à combler. que l’on aurait pu découvrir ce phénomène de chaos. cela m’apparut comme un moyen opérationnel de définir le libre arbitre. les chimistes ne l'étudiaient certainement pas. En même temps. avaient à voir avec la création de l’org anisation. J’avais toujours senti que l’émerg ence spontanée de l’auto-org anisation devait faire partie de la physique. la nature de l’intellig ence. nous avons considéré l’étude des dynamiques compliquées comme un éventuel point d’accès vers une compréhension de dynamiques très. il suffit de dévier d’un poil dans l’espace du paramètre pour obtenir un objet auquel tout l’arsenal de l’analyse est inapplicable. Ils durent poser des questions auxquelles on pourrait répondre et qui méritaient une réponse. pour demander des photocopies d’articles qui. la direction de l’évolution biolog ique. j’avais toujours eu le sentiment que les problèmes importants. dans le monde. » Shaw et ses collèg ues durent transformer leur enthousiasme initial en un prog ramme scientifique. « Ce qui nous unissait. par les observations. pour voir quel type de représentation théorique on pouvait élaborer. ne serait-ce qu’un peu. Il avait une connaissance exceptionnellement approfondie de travaux réalisés par l’école soviétique et recherchait des contacts avec tous ceux qui partag eaient. particulièrement lorsqu’un sujet nouveau est à cheval sur plusieurs disciplines établies. et son travail venait allong er la liste d’articles résumés établie par Ford. Mais avant même de pouvoir commencer. ce qui en soi constituait une g ag eure. mais vous ne pouvez dire ce qu’il va faire l’instant d’après. D’un côté il y avait l’ordre. et consternaient leurs professeurs en les assaillant de questions sur le déterminisme. Ils étaient freinés dans leur projet par le fait qu’en science l’information tend à circuler de manière frag mentée. Souvent ils ig noraient s’ils se trouvaient en territoire connu ou inconnu. » Farmer dit : « À un niveau philosophique. Le système est déterministe. le chaos des systèmes astronomiques ou de la physique des particules. il y avait le hasard. ils devaient s’informer sur ce qu’on savait et ce qu’on ne savait pas. Mais comment étudier cela ? Ce que faisaient les biolog istes me paraissait tellement appliqué et spécifique . Sa spécialité était le chaos non dissipatif. Ford avait déjà décidé que l’avenir de la physique – l’avenir entier – résidait dans la dynamique non linéaire et s’était transformé en office central de renseig nement sur les articles scientifiques. défenseur du chaos au Georg ia Institute of Technolog y. c’était une vision à long terme. » Ils s’enchantaient eux-mêmes. « C’était comme les deux faces d’une pièce de monnaie. Il avait des amis partout. Ce ne fut pas le cas parce que. très compliquées.

Ils ne se souciaient pas spécialement du flou analog ique – ce flou qui. d’un point de vue de physicien. . privés de par leurs propres traditions des nouveaux outils de l’informatique. s’étaient enfermés dans les complexités particulières des structures orbitales. c’était cette enveloppe qui chang eait lorsqu’il tournait délicatement ses boutons. était manifestement trop détaillée – toujours trop d’arbres et pas assez de forêt. il commença cependant à sentir qu’il les comprenait. devait certainement contrôler les systèmes réels. Ils réalisèrent que l’on pouvait se poser de nombreuses questions sur les attracteurs étrang es. là telle discontinuité. Quelles sont leurs formes caractéristiques ? Quelle est leur structure topolog ique ? Quelle information peut-on tirer de leur g éométrie sur la physique des systèmes dynamiques concentrés ? Leur première approche fut l’exploration à la main par laquelle Shaw avait lui-même commencé. ici tel infini. il lui semblait que les mathématiciens. mais d’une manière qui. La majeure partie de la littérature mathématique traitait directement de la structure. pour Shaw. Ce que Shaw voyait sur son oscilloscope n’était pas les orbites individuelles. Et s’il ne pouvait donner une explication rig oureuse. en termes topolog iques. à ces pliag es et à ces torsions. À mesure qu’il prog ressait dans cette littérature. mais l’enveloppe qui les contenait .

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Pour un point fixe. Dépendance sensitive aux conditions initiales – cette tendance des trajectoires voisines à s’éloig ner les unes des autres. cette diffusion ne se faisait que dans certaines directions. Pour certains types d’attracteurs. Ces deux tendances pouvaient être définies et mesurées. Cette théorie était un produit de l’ère électronique. Un attracteur étrang e. de la contraction et du pliag e dans l’espace des phases d’un attracteur. devait avoir au moins un exposant de Lyapounov positif. fuyantes ? Shaw et ses amis tentèrent d’isoler les propriétés particulières qui rendaient si fascinants les attracteurs étrang es. mais comme elle avait pour sujet une g randeur assez particulière baptisée « information ». Ce remodelage topologique de l’espace des phases engendre un attracteur. l’expression « théorie de l’information » est restée. Alors que l’une menait à une imprédicibilité aléatoire. l’une à l’ordre et l’autre au désordre. L’amas commença à s’étaler et à se clairsemer. Un exposant inférieur à zéro correspondait à une contraction. ce même objet. Les lig nes de communication et les transmissions radio véhiculaient un certain objet . comme si le système présentait à la fois deux tendances. l’autre suivait le temps avec une précision d’horlog e. L’important pour un physicien. semblable à un beignet replié sur lui-même. tous les exposants de Lyapounov étaient nég atifs – l’attraction étant dirig ée vers l’intérieur. C’est cette propriété qui avait permis à Lorenz de prendre conscience que la prévision météo déterministe à long terme était une impossibilité. cette g outte diffusait rapidement à travers tout l’écran. apprenant comment mesurer ces exposants et les relier à d’autres propriétés importantes. Leurs analyses montrèrent de manière éclatante comment certains systèmes pouvaient eng endrer du désordre dans une direction tout en restant soig nés et méthodiques dans une autre direction. et ces tendances étaient indépendantes. pour d’autres attracteurs. les étudiants de Santa Cruz en tirèrent les applications les plus pratiques qui soient. Mais qu’y avait-il à mesurer dans ces imag es mouvantes. et appelé « bretzel de Birkhoff ». S’ils étaient déçus de ne pas avoir inventé cette notion. La marque la plus typiquement santa-crucienne laissée dans la recherche sur le chaos concernait une œuvre philosophico-mathématique connue sous le nom de théorie de l’information et réalisée vers la fin des années quarante par un chercheur des Bell Telephone Laboratories. les ordinateurs devaient bientôt le stocker sur des cartes perforées ou des cylindres mag nétiques. c’est de faire des mesures. lui. De tels attracteurs avaient un pouvoir de mixing efficace. Un exposant supérieur à zéro correspondait à un étirement – la séparation de points voisins. Ce nombre donnait une mesure de propriétés topolog iques précises correspondant à des notions telles que l’imprédicibilité. Claude Shannon. Un de leurs films montra ce qui arrivait à un minuscule amas de points – représentant des conditions initiales – situé sur un attracteur étrang e lorsque le système évoluait au cours du temps. Shannon l’avait intitulée « The Mathematical Theory of Communication » (« Théorie mathématique de la communication »). Mais où était le compas qui mesurait une telle propriété ? L’imprédicibilité elle- même était-elle mesurable ? La réponse à cette question se trouvait dans un concept russe. . Ils utilisèrent l’animation informatique pour réaliser des films illustrant le mélang e de l’ordre et du chaos dans les systèmes dynamiques. Un attracteur en forme d’orbite périodique avait un exposant exactement ég al à zéro et tous ses autres exposants nég atifs. et ce n’était ni de la connaissance ni du sens. chaotique selon un axe et ordonné selon l’autre. Les exposants de Lyapounov d’un système permettaient de mesurer les effets antag onistes de l’étirement. Ils donnaient une imag e de toutes les caractéristiques d’un système conduisant à la stabilité ou à l’instabilité. l’exposant de Lyapounov. vers l’état d’équilibre final. La g outte se transformait en un ruban rectilig ne. Il se transforma en un point puis en une g outte.PLIAGES DANS L’ESPACE DES PHASES. Toutefois.

la redondance constitue un écart prévisible. Ce phénomène trouvait son illustration dans la célèbre publicité pour les cours de sténo – if u cn rd ths msg(7) – et la théorie de l’information permettait de le mesurer. telle lettre est un « t » permet de prédire qu’elle risque d’être suivie par un « h » ou un « o » . sous forme d’erreurs aléatoires. dépourvu des habituelles connotations de faits. Dans le discours ordinaire. mais les g ens devaient se rappeler qu’ils utilisaient un terme spécial sans valeur précise. elle a le droit d’être passablement excitée – le droit de soupçonner qu’elle est . avec une succession de bits. pour diverses combinaisons à deux et trois lettres. la théorie de l’information permit de comprendre comment le bruit interférait. et cette fraction est difficile à quantifier : elle dépend de la connaissance que les g ens ont de leur lang ue et du monde. de compréhension ou d’explication. Cette formulation recelait un lég er paradoxe . De plus. une fraction de cette redondance se situe dans la sig nification de ce discours. C’est un fait connu : la communication ordinaire dans un monde de marmonneurs et d’erreurs typog raphiques dépend de la redondance. Statistiquement. sous forme de sons ou de lettres qui ne sont pas strictement nécessaires à la communication d’un messag e. et on peut attribuer une part surprenante de l’attrait qu’elle exerça sur les chercheurs extérieurs à la discipline de Shannon au choix d’un simple mot : entropie. Elle offrit un moyen de prédire la capacité de transport minimale des lig nes de communication. chaque nouveau bit est partiellement contraint par ceux qui le précèdent et transporte donc un petit peu moins que l’information normalement contenue dans un bit. D’un point de vue technique. la meilleure façon de considérer ces schémas était celle-ci : une suite de données dans le discours ordinaire est loin d’être aléatoire . Selon la théorie de Shannon. dans un texte ang lais. Les cryptolog ues ont long temps recouru à de tels schémas statistiques pour déchiffrer des codes secrets élémentaires. nécessairement. Elle précisa la notion capitale de « redondance ». Information se révéla un mot tout aussi valable qu’un autre. Il existe toutefois d’autres formes de redondance qui se prêtent plus facilement aux mesures numériques. que l’on reconnaît comme du non-sens anglais. Les ing énieurs en communication les utilisent aujourd’hui pour concevoir des techniques de compression des données en supprimant la redondance pour économiser de la place sur une lig ne de transmission ou sur un disque de stockag e. Ce fut l’ordinateur qui façonna la théorie. plus la séquence de données était aléatoire. Au-delà de son opportunité technique pour les débuts de l’ère informatique. la connaissance de deux lettres permet de prédire davantag e. et ainsi de suite. La tendance statistique. par ailleurs aléatoire. Pour Shannon. du son ou de l’imag e. à se retrouver dans une lang ue aide beaucoup à comprendre l’essence caractéristique de cette lang ue. des mots ou des nombres. Elle fournit un moyen théorique de mesurer l’efficacité de différentes procédures de correction d’erreurs – par exemple en utilisant certains bits pour en contrôler d’autres. la probabilité de la lettre « e » en ang lais est bien supérieure à un sur ving t-six. plus chaque nouveau bit transportait d’information. le discours ordinaire se compose à plus de cinquante pour cent de redondances. ces bits devinrent l’unité fondamentale d’information. C’est elle aussi qui permet de résoudre des mots croisés ou de trouver le mot manquant à la fin d’une. les lettres ne doivent pas être comptées comme des unités isolées. Cet objet pouvait être du sens ou du non-sens – mais les ing énieurs et les mathématiciens pouvaient le mesurer. des disques compacts ou de toute autre technolog ie encodant du lang ag e. Comme l’écrivit Warren Weaver dans un exposé classique sur la théorie de l’information : « Lorsqu’une personne rencontre le concept d’entropie en théorie de la communication. de sag esse. ni même. le transmettre et tester la précision de cette transmission. Comme l’information était stockée dans des branchements binaires nouvellement désig nés par « bits ». de savoir. Un ordinateur uniquement g uidé par les probabilités relatives des suites possibles de trois lettres produit un flot de non-sens. Savoir que.Ses unités fondamentales n’étaient ni des idées ou des concepts. la théorie de l’information de Shannon acquit une modeste dimension philosophique. Par rapport au hasard.

le chaos offrait un moyen naturel de réintroduire dans les sciences physiques. en théorie de l’information. des g alaxies à l’intérieur de g alaxies. Shaw quitta Santa Cruz pour assister au premier colloque sur le chaos org anisé par l’Académie des sciences de New York.tombée sur quelque chose qui peut se révéler fondamental et important. C’est un concept plus facile à saisir intuitivement qu’à mesurer en situation réelle. à lire la littérature et à concevoir leurs articles. au bout d’un certain temps. cet article était en retard. par le simple fait du mouvement aléatoire des molécules. aussi impressionnantes que le montant du prix. fait du temps une rue à sens unique. En fusionnant l’ordre et le désordre. les idées que la théorie de l’information avait puisées dans la thermodynamique. cette tendance inexorable de l’univers. En décembre 1977. Lors de leurs réunions. L’entropie désig ne la qualité des systèmes qui aug mente sous l’action du Second Principe – le mélang e. Dans sa conception initiale. remplissez d’eau l’une des moitiés et d’encre l’autre moitié . la plus noble. mais que se passerait-il si elles étaient disposées en oui-non-non-oui-oui-non-non-oui ? La manière dont l’ordre intervient défie toute procédure de comptag e directe. en physique. ces physiciens adoptèrent un style de travail consistant à lancer des idées puis à les sélectionner en fonction de leurs aspects pratiques. les questions de sig nification et de représentation rendent la situation plus compliquée. le collectif se réunissait rég ulièrement dans une énorme et vieille maison de Santa Cruz. Ils créaient de l’imprédicibilité. Et comme Shaw le découvrit. le désordre. Ils y entassaient des objets trouvés aux puces et du matériel informatique principalement destiné au problème de la roulette. Mais que se passerait-il si ces molécules se présentaient dans l’ordre oui-non-oui-non-oui-non-oui-non ? Il serait difficile de prétendre que cette entropie est élevée. Divisez une piscine en deux à l’aide d’une barrière . et de tout système isolé qu’il contient. non loin de la plag e. ils apprirent à rédig er ces articles en instaurant une collaboration raisonnablement efficace. Ils aug mentaient l’entropie. à la long ue. aussi. Ce mélang e ne s’inverse jamais. à évoluer vers un état de désordre croissant. On demandait un essai. À l’époque. (« Ça faisait lubie de financier ».) Mais le jury du concours était composé d’impressionnantes personnalités issues de l’establishment scientifique français. Packard montra l’annonce à Shaw. Shaw y eut un piano sur lequel il jouait de la musique baroque ou improvisait ses propres cocktails de classique et de moderne. ils créaient de l’information là où il n’en existait pas. les attracteurs étrang es étaient des machines à information. comme d’habitude. le prix Louis Jacot. La date limite était le Nouvel An 1978. sous une forme renouvelée. même si vous patientez jusqu’à la fin de l’Univers . l’encre et l’eau se mélang eront uniformément. le premier article du g roupe fut celui de Shaw. et. l’aléatoire. les attracteurs étrang es donnaient un tour nouveau et stimulant au problème de la mesure de l’entropie d’un système. levez la barrière . Seul un observateur familier du Morse et de Shakespeare pourrait déceler un ordre dans une suite comme 01 0100 0100 0010 111 010 11 00 000 0010 111 010 11 0100 0 000 000… Mais que dire des motifs topolog iquement pervers d’un attracteur étrang e ? Pour Robert Shaw. Son professeur de supraconductivité lui paya le . Y répondre sembla une excentricité tout à fait à propos – un prix g énéreusement doté par un financier français qui avait élaboré une théorie personnelle sur la structure de l’Univers. Ils étaient des mélang eurs efficaces. comme auxiliaire du Second Principe. Comment tester de façon fiable le deg ré de mélang e de deux substances ? On peut imag iner de compter les molécules de ces substances dans un prélèvement du mélang e. attendez que le calme revienne . sur le thème de Jacot. Un jour Norman Packard lisait le Scientific American lorsqu’il tomba sur l’annonce d’un concours. pour cette raison. On pourrait compter uniquement les molécules paires . De plus. dit Farmer. » Le concept d’entropie est issu de la thermodynamique. Si. on dit souvent que le Second Principe est ce qui. il n’en parla pas aux autres Et comme d’habitude. quel qu’il fût.

–. si l’énerg ie totale aux niveaux microscopiques pouvait dépasser l’énerg ie des échelles macroscopiques. g riffonné à la main sur des bouts de papiers g lissés dans une chemise. Le Nouvel An était passé mais l’enveloppe fut mag nanimement antidatée par le postier du coin. Ces échelles ne communiquaient pas entre elles. Le département sentit que la situation lui échappait. et d’autre part que sa contribution constituait un point de vue nouveau et important. « Attracteurs étrang es. C’était un travail modeste. Robert May. Shaw put écouter en chair et en os les scientifiques qu’il ne connaissait que par leurs écrits – David Ruelle. disait Shaw. Packard abandonnait la mécanique statistique. etc. ils se déplacent. Ils recherchaient désespérément à l’extérieur tout ce qui pouvait leur assurer une crédibilité. Un expérimentateur dispose de toute une variété de méthodes pour extraire des données d’un tel système – des sondes de vitesse. d’abord auprès de l’hôtel puis chez les réparateurs du coin. lors d’un voyag e dans le Maine où ses parents possédaient une résidence secondaire. la température. Shaw perçut un prix en espèces suffisant pour se payer le voyag e à Paris et y recevoir sa distinction. non mesurable sauf en tant que g randeur moyenne. Plus tard. Mais son idée était que les systèmes chaotiques et presque chaotiques établissaient un pont entre les échelles macroscopiques et microscopiques. les scientifiques se levèrent et lui firent une ovation. Shaw sortit de l’ombre quelques hypothèses de la mécanique classique. ces tourbillons restent immobiles . mais il arrivait à un moment difficile dans les relations entre le g roupe et le département de physique. si l’eau coule suffisamment vite. Shaw fut frappé par la terreur qui sembla s’emparer du météorolog ue. et tenta sans succès de se procurer une machine à écrire. le frère de Shaw – obtint une mention honorable. . Quelques semaines plus tard. et Crutchfield n’était pas disposé à s’inscrire en thèse. Lorsque Lorenz entra dans la salle. Il fut très impressionné à la fois par ces hommes et par le prix astronomique – 35 dollars – de sa chambre au Barbizon Hôtel. lorsque ses amis lui demandèrent des détails. Farmer renonçait à l’astrophysique. il oscillait entre d’une part le sentiment d’avoir redécouvert par ig norance des idées que ces g ens avaient développées d’une manière extrêmement détaillée. si le tourbillon tourne à droite ou à g auche. à des intervalles de temps rég uliers. James Yorke. sans être invité. comportement chaotique et flux d’information » qui circula cette année- là sous forme d’un article interne finalement tiré à 1000 exemplaires fut la première tentative sérieuse pour associer la théorie de l’information et le chaos. il leur raconta que le temps fort avait été le dîner en l’honneur d’Edward Lorenz recevant finalement la considération dont il avait manqué durant tant d’années. À la fin du colloque. « On n’a pas besoin de connaître la température pour résoudre un problème de mécanique classique ». Cet article – un mélang e de mathématiques ésotériques et de philosophie spéculative illustré par des croquis style bande dessinée dus à Chris. pour une vitesse plus g rande. Pour une certaine vitesse. mais on peut procéder plus simplement : prenez un point directement en aval de l’obstacle et reg ardez. Il avait avec lui le brouillon inachevé de son article sur la théorie de l’information. Lors des exposés. Dans les systèmes naturels. Shaw l’avait remarqué. tenant timidement la main de sa femme. Le chaos était la création de l’information. l’énerg ie existe à deux niveaux aux échelles macroscopiques – celles où l’on peut compter et mesurer les objets de tous les jours – et aux échelles microscopiques – celles où les atomes sont noyés dans un mouvement aléatoire. il envoya enfin son article au comité Jacot.voyag e et. Imag inons l’écoulement de l’eau après un obstacle. il remporta son article tel quel. elle produit des tourbillons. ce mouvement thermique n’était pas pertinent dans les systèmes classiques – il était isolé et inutilisable. Comme le savent tous les hydrodynamiciens et tous les canotiers qui descendent les torrents.

« Il lui était impossible d’arrêter ses observations. Là encore. par l’intermédiaire de chaînes de vortex. Mais le cadre de la théorie de l’information permit au g roupe de Santa Cruz de reprendre à son compte un ensemble de raisonnements mathématiques qui avaient été bien étudiés par les théoriciens de la communication. Kolmog orov et Yasha Sinaï avaient résolu certains problèmes mathématiques éclairant la manière dont l’« entropie par unité de temps » d’un système se retrouvait dans la g éométrie de l’étirement et du pliag e de surfaces dans l’espace des phases. A. Shaw découvrit une nouvelle fois – après avoir involontairement reproduit une partie de leurs travaux – que les scientifiques soviétiques avaient été les premiers à y répondre. ils pensaient à la g énération de formes spontanées dans le monde. Elle pouvait par exemple s’étirer dans une direction tout en conservant sa dimension dans l’autre direction. « Au sommet de la complexité dynamique. Dans son principe. N. L’information a donc été créée et stockée dans notre structure. La question était de quantifier cette amplification. aujourd’hui. des milliards d’années plus tard. dit Shaw. cette technique revenait à dessiner une boîte. Il se peut aussi que les tourbillons aient un mouvement de va-et-vient périodique : g auche – droite – g auche – droite – g auche – droite – g auche – droite – g auche – droite – g auche – droite – g auche – droite – g auche – droite – g auche – droite – g auche – droite. un g ain ou une perte d’information. qui amplifie le désordre initial tout comme l’effet papillon amplifie les petites incertitudes pour les transformer en phénomènes atmosphériques à g rande échelle. enfermant un ensemble de conditions initiales – comme on pourrait dessiner un petit carré sur la surface d’un ballon –. il cesse rapidement de réserver des surprises. des petites vers les g randes échelles – du moins c’était ainsi que Shaw et ses collèg ues la décrivirent au début. transmet l’énerg ie des g randes échelles vers les petites échelles dissipatives de la viscosité. par exemple. nous sommes là. Il y a des milliards d’années n’existaient que des g outtes de protoplasme . C’est ainsi que si. strictement en vertu de son imprédicibilité. des milliards de molécules et de leur danse thermodynamique aléatoire. Si les tourbillons sont statiques. Le chang ement d’aire résultant correspondait à l’introduction d’une incertitude sur le passé du système. la séquence de données ressemblera à : g auche – g auche – g auche – g auche – g auche – g auche – g auche – g auche – g auche – g auche – g auche – g auche – g auche – g auche – g auche – g auche – g auche – g auche – g auche – g auche. ou les processus de pensée. De même que la turbulence. de même l’information se transmet en sens inverse. arbitrairement petite. Lorsqu’ils parlaient de systèmes g énérateurs d’information. dit Packard. Ce flux était une source continue d’information. bien que le système semble d’un deg ré plus intéressant. l’addition d’un bruit extérieur à un système en soi déterministe était un problème nouveau en dynamique. il semble qu’il y ait une direction évidente suivant laquelle ces systèmes en définitive compliqués eng endrent de l’information. Chaque nouvelle observation correspond à un nouveau bit. puis à calculer les effets qu’entraînaient sur elle diverses dilatations ou déformations. un flux constant d’information. Il est . cette conception correspondait simplement aux idées que développaient des scientifiques comme Ruelle. Mais l’attrait réel que cette théorie exerçait sur ces jeunes scientifiques n’était que partiellement mathématique. » D’où provient cette information ? Du bain de chaleur des échelles macroscopiques. c’était un phénomène suffisamment connu dans les communications. Au bout d’un instant. Dans la mesure où « information » n’était qu’un mot fantaisiste pour « imprédicibilité ». on rencontre les processus de l’évolution biolog ique. Intuitivement. Le canal qui transmet cette information vers le haut est justement l’attracteur étrang e. l’observateur commence à avoir le sentiment que les éléments de données ultérieurs ne fourniront pas d’information nouvelle sur le système. il eng endre. Mais lorsque le système devient chaotique. Et cela constitue un problème pour l’expérimentateur qui tente de caractériser le système complètement.

il n’eng endre que des g outtes. Il y avait un jeu auquel ils jouaient. Et lorsque Shaw eut à définir un projet de recherche qui devait l’occuper durant les années à venir. l’information n’est pas seulement accumulée. ce g enre de robinet offre peu d’intérêt. il choisit le plus banal des systèmes dynamiques auquel un physicien pouvait penser : un robinet qui fuit. limitait les performances du Stanford Linear Accelerator Center (Accélérateur linéaire de Stanford). un physicien traditionnel commencerait par construire un modèle aussi complet que possible. les expérimentateurs comme Libchaber et Swinney devaient placer une sonde en un point arbitraire d’un système lég èrement plus complexe. les données arrivent toutes seules. Si vous l’ouvrez un petit peu. elle est aussi g énérée – créée à partir de connexions qui n’étaient pas là avant. « C’est un exemple élémentaire d’un système passant d’un comportement prévisible à un comportement imprévisible. vous pouvez observer un rég ime au clapotis irrég ulier. depuis son enfance. En vivant jour et nuit avec les attracteurs étrang es. et chacune est pratiquement identique à la précédente. il présentait. Autre chose était de prendre une séquence de données réelles et mesurer son exposant de Lyapounov. Avant long temps. Pour obtenir une suite de données unidimensionnelles. les physiciens de Santa Cruz s’étaient plus familiarisés avec cette idée que n’importe lequel de leurs collèg ues plus âg és. Tout le monde en a une imag e mentale. certains avantag es. Mais pour un chercheur entreprenant pour la première fois une étude sur le chaos. Avec le robinet. (Il devait être lent par rapport à celui de la majorité des systèmes hydrodynamiques. Il se trouve que ce processus n’est pas prévisible à long terme. quelque chose d’aussi simple qu’un robinet peut eng endrer un processus éternellement créatif. ou l’embarrassant problème de faisceaux qui. bien qu’ils ne soient pas aussi simples qu’il y paraît au premier abord. La plupart des g ens considèrent le classique robinet qui fuit comme un objet impitoyablement. dit Shaw. Aucune de ces caractéristiques ne se retrouva dans les systèmes que le g roupe de Santa Cruz explora plus tard – le système immunitaire de l’homme. Ils étaient d’abord des bricoleurs avant d’être des philosophes. leur ami relativiste Bill Burke fut tout à fait persuadé que le compteur de vitesse de sa voiture vibrait à la manière non linéaire d’un attracteur étrang e. les battements et les oscillations rencontrés dans leur vie quotidienne. Face à un tel système. L’une des variables importantes est le débit. Et il ne s’ag issait même pas d’une vitesse ou d’une température variant continûment – juste une liste d’instants correspondant à la chute de g outtes. Ceux que Shaw étudiait habituellement étaient compris entre 1 et 10 g outtes par seconde. lors des collisions de particules. périodique . Les processus de formation et de rupture des g outtes ne font pas trop problème. Les données sont aussi unidimensionnelles que possible : une succession cadencée de points discrets mesurés dans le temps. par exemple.) Les autres variables . Pourtant. les tremblements. Pouvaient-ils établir un pont entre les attracteurs étrang es qu’ils connaissaient si bien et les expériences de la physique classique ? Une chose était d’affirmer que droite-g auche-droite-droite-g auche-droite-g auche- g auche-g auche-droite était une séquence imprévisible et g énératrice d’information. » Comme g énérateur d’org anisation.manifeste que lors du développement de l’esprit d’une personne. son entropie. Ils se demandaient : à quelle distance se trouve l’attracteur étrang e le plus proche ? Était-ce le pare-chocs branlant de cette voiture ? ce drapeau claquant de manière aléatoire au souffle rég ulier du vent ? une feuille qui frémit ? « Vous ne voyez rien tant que vous n’avez pas la bonne imag e qui vous permet de le percevoir ». assis dans une cafétéria. dit Shaw en écho à Thomas S. il suffit de quelques instants d’expérimentation pour voir que ce n’est pas nécessairement le cas. Kuhn. soit entre 120 et 1200 litres par quinzaine de jours. Ainsi. » Ce g enre de discussion pouvait donner le vertig e à un physicien équilibré. ils s’étaient convaincus de pouvoir les reconnaître dans les claquements. sa dimension.

Ig norant la forme des g outtes. Il fit passer la cassette d’un robinet dont les g outtes martelaient une plaque d’étain. qui est en même temps la perturbation non linéaire rendant possible le comportement chaotique – était que la g outte suivante dépendait de l’interaction de l’élasticité du ressort avec le nouvel accroissement de poids. La caractéristique intéressante de ce modèle – la seule. Une g outte qui commence à se former en ayant déjà un mouvement descendant se détachera plus rapidement. les g outtes n’ont pas toutes la même taille. bien sûr. Le modèle de Shaw était suffisamment sommaire pour se réduire à trois équations différentielles. « un chef-d’œuvre de calcul informatique ». Avec un robinet réel. au- dessus de sa tête. le minimum nécessaire pour eng endrer le chaos comme l’avaient montré Poincaré et Lorenz. ig norant leurs mouvements complexes à trois dimensions. suspendue à un ressort. une g rande cuvette en plastique remplie d’eau et un tube descendant vers une canule en cuivre. accroissant sa masse et étirant ses parois pour finalement atteindre un point critique au-delà duquel il se rompt. il fit un petit exposé devant le département – un « pseudo-séminaire ». puis essayant de les résoudre – se retrouverait rapidement perdu dans une jung le de calculs inextricables. Shaw faisait tourner ses trois équations rudimentaires sur le calculateur analog ique qui lui fournissait alors une suite de données imag inaires. À mesure qu’elle s’alourdissait. Shaw supposa arbitrairement que la quantité de matière libérée dépendait strictement de la vitesse acquise par la masse au moment de la rupture. un micro-ordinateur enreg istrait l’instant d’interception. comme les ressorts. Puis. une quincaillerie de premier choix. et dans la pièce voisine. Un jour. une fraction de cette masse se détachait. Pendant ce temps. De plus. Il avait résolu le problème simultanément. Lorsqu’elle atteig nait une certaine hauteur. cette forme est loin d’être statique. avec. Une autre approche était d’oublier la physique et de se concentrer uniquement sur les données. Puis il mit en marche son calculateur. et ses auditeurs . Avant de se détacher. et ces méthodes se révélèrent essentielles à l’applicabilité du chaos aux problèmes du monde réel.comprenaient la viscosité du fluide et la tension superficielle. Mais g énérerait-il autant de complexité qu’un robinet réel ? Et cette complexité serait-elle du même type ? C’est ainsi que Shaw se retrouva assis dans un laboratoire du bâtiment de physique. une g outte ressemble à un petit sac élastique de tension superficielle. Un physicien qui tenterait de modéliser complètement le mouvement de cette g outte – écrivant d’abord un ensemble d’équations couplées aux dérivées partielles non linéaires avec des conditions limites appropriées. comme si elles sortaient d’une boîte noire. il simplifia g rossièrement le phénomène. il lui sera possible de s’enfler davantag e avant de se rompre. Une oscillation vers le bas permettait d’atteindre plus vite le point de rupture. En fait. la masse restante rebondissait. Mais qu’est-ce qu’un expert en dynamique chaotique pouvait trouver d’intéressant à dire sur une liste de nombres représentant des intervalles de temps entre la rupture des g outtes ? Il s’avéra justement que l’on pouvait concevoir des méthodes pour traiter de telles données et retourner ensuite au problème physique. elle interceptait un faisceau lumineux. Celle-ci dépend à la fois du débit et du sens de l’oscillation. dit Crutchfield. avec des oscillations que les étudiants apprennent à modéliser à l’aide des équations classiques. oscillant ici et là. par une espèce de caricature d’un modèle physique complet. produisant un cliquetis fortement syncopé. selon l’expression de Shaw. Il imag ina. tandis qu’une oscillation vers le haut retardait lég èrement le processus. En se remplissant d’eau. Si elle se forme durant la remontée. et la seule détermination de cette forme constituait. une g outte d’eau suspendue au robinet possède une forme tridimensionnelle compliquée. le ressort s’allong eait et elle descendait de plus en plus bas. les étudiants en thèse n’étant pas autorisés à donner officiellement des séminaires. à l’intérieur duquel on pouvait reconnaître certaines structures. À chaque fois qu’une g outte tombait. Shaw commença à mi-chemin entre les deux extrêmes. une masse croissant constamment au cours du temps. dans les deux sens.

» Les fig ures que Shaw obtenait avec son robinet illustraient ce point. Mais pour aller plus loin. Ce fut une méthode de reconstruction de l’espace des phases d’un attracteur invisible. il verrait une tache lég èrement floue.pouvaient entendre la structure profonde sous-tendant ce système apparemment désordonné. l’autre sur 80-150. son évolution est oblig atoirement influencée par toutes les variables qui interag issent avec elle. mais le problème n’était pas là. Shaw essaya alors une technique que l’on peut considérer comme la contribution la plus astucieuse et la plus durable du g roupe de Santa Cruz à l’étude du chaos. En trois dimensions particulièrement. « Il s’avère que ce truc est un excellent sismomètre. Selon Farmer : « Quelle que soit la variable à laquelle vous pensez. Les g outtes tombaient par paires. à partir de données brutes tirées d’une expérience. Mais malg ré cela. C’était une astuce – un truc. Sur un système plus compliqué. En fait. S’il était vraiment aléatoire. Si 150 millisecondes séparaient la g outte 1 de la g outte 2 et la g outte 2 de la g outte 3. l’une centrée sur 150-80. Mais si un attracteur étrang e se dissimulait dans les données. un g raphe à trois dimensions exig eait la connaissance de trois variables indépendantes du système. la différence essentielle entre le robinet informatique et le robinet réel était que ce dernier était sujet au bruit et excessivement sensible aux perturbations. Le g raphe donnait alors deux taches. ce qui tendait à être le cas lorsque l’eau s’écoulait lentement et que le système se trouvait dans son « rég ime de clepsydre ». il marquait le point de coordonnées 150-150. Elle est inévitablement marquée par elles. » Shaw finit par travailler essentiellement de nuit. dit Shaw avec ironie. de remonter vers les équations et les attracteurs étrang es qui caractérisaient le chaos. on ne pouvait pas ne pas reconnaître la structure. le g roupe devait trouver un moyen. Au lieu de reporter l’intervalle n en fonction de l’intervalle n + 1. Elle traduisait la conviction de ces scientifiques selon laquelle l’ordre était si profondément enraciné dans le désordre apparent qu’il trouverait un moyen de se manifester même aux expérimentateurs ig norants des variables physiques à mesurer ou dans l’impossibilité de les mesurer directement. il se manifesterait par la coalescence de ces taches en des structures perceptibles. le g raphe était passablement ennuyeux. Shaw arrivait à faire concorder le g raphe tiré de ses données expérimentales avec celui issu des données fournies par son calculateur analog ique. Cette astuce donnait ces trois variables pour le prix d’une. Shaw traça un g raphe à deux dimensions dans lequel l’axe des x représentait un intervalle de temps entre deux g outtes et l’axe des y l’intervalle de temps suivant. Le g roupe de . Ce bruit sig nifiait qu’au lieu du simple point prédit par la théorie. Cette technique pouvait être g énéralisée à la construction de g raphes à plusieurs dimensions. brouillées par du bruit. très efficace pour attirer le bruit des petites échelles vers les g randes. Trois dimensions étaient souvent nécessaires pour voir cette structure. Mais les seules données fournies par ce robinet étaient une succession d’instants. et elle fut applicable à n’importe quelle suite de données. on pouvait porter une variable en fonction d’une autre et exprimer des variations de température ou de vitesse en fonction du temps. Si la série d’impacts était rég ulière. le système passait par un dédoublement de périodes. la principale différence étant que les données expérimentales étaient toujours plus floues. on reportait l’intervalle n en fonction de l’intervalle n + 1 en fonction de l’intervalle n + 2. les points se trouveraient diffusés sur toute la surface du plan x-y. Leurs valeurs doivent d’une manière ou d’une autre se retrouver dans l’histoire de votre variable. Il n’y aurait aucune relation entre un intervalle et le suivant. puis un autre de 80 millisecondes. Pour son robinet. elles ressemblaient à des looping s de fumée qui auraient été tracés par un avion publicitaire fou. Le test crucial de sa méthode arriva lorsque le processus devint chaotique. quand le trafic piétonnier dans les couloirs de physique était minimal. Il y avait par exemple un intervalle de 150 millisecondes. Lorsque le débit aug mentait. Ordinairement. Chaque point atterrissait au même endroit – ou presque. C’était tout.

reg arda Farmer et lui dit qu’ils n’avaient . on nous a considérés comme des adversaires . Le collectif réag it avec un ég al acharnement à l’ég ard de ce qu’il considéra comme un révisionnisme historique de la part des ralliés de la dernière heure. hors du refug e boisé de la colline de Santa Cruz. posa indépendamment les fondements mathématiques de cette puissante technique de reconstruction de l’espace des phases d’un attracteur à partir de données réelles. chaque membre du collectif avait droit à un entretien à cœur ouvert : même si l’on parvenait à justifier leur doctorat. Il alla le rencontrer pour discuter. personne pour nous dire ce qu’il fallait faire. Cela revenait à enfermer des données dans un espace des phases à un nombre suffisant de dimensions. Quelques années plus tard. le Collectif des systèmes dynamiques n’eut alors d’autre issue que d’en faire partie. sans aucun support intellectuel ou autre. son directeur de thèse en supraconductivité lui maintint son salaire pendant une année environ. Lanford III. Au maximum. Personne n’a jamais ordonné d’arrêter la recherche sur le chaos. Durant des années. Cela peut très bien n’être qu’une mode. pour au moins pouvoir défendre les revendications du collectif sur cet appareil. cette technique disting ue entre le simple bruit et le chaos dans un sens nouveau : le chaos est un désordre ordonné eng endré par des processus élémentaires. Bientôt. la faculté tenta de les décourag er avec bienveillance. et ensuite. Le reste de la faculté se trouvait dans une position plus délicate. ses exposés étaient mathématiquement abscons : la théorie du g roupe de renormalisation était un aspect ésotérique de la physique de la matière condensée que ces étudiants n’avaient pas étudiée. le collectif était plus intéressé par les systèmes réels que par de subtiles applications unidimensionnelles. l’idée est toujours la même et elle est toujours aussi efficace. Nous n’avons jamais reçu de crédits de Santa Cruz. explorait le chaos. Doyne Farmer apprit qu’un mathématicien de Berkeley. Nous avons tous travaillé pendant très long temps sans être payés. Lanford écouta poliment. « C’est fou. dit Crutchfield. En outre. Comme toujours. Dans le même temps. leurs principaux supporters étaient. alors que le chaos – déterministe et structuré – concentre les données en des formes manifestes. Mitchell Feig enbaum passa à Santa Cruz dans le cadre d’une tournée de conférences sur sa percée dans l’universalité. la faculté toléra et même encourag ea durant long temps une recherche qui ne semblait pas correspondre à une science établie. du département.Santa Cruz commença à collaborer avec des expérimentateurs exercés tels que Harry Swinney qui avait rejoint l’université du Texas à Austin. Le passag e de l’état de rebelle à celui de physicien se fit lentement. Jusqu’où va-t-on aller ? » À la faculté. Oscar E. et apprit à déduire des attracteurs étrang es à partir de toutes sortes de systèmes. assis dans une cafétéria ou travaillant dans leur laboratoire. le protég é de Smale. dit Shaw. Floris Takens. qui avait inventé les attracteurs étrang es avec David Ruelle. » Selon elle. De temps en temps. Une année. Ralph Abraham. voire l’opposition. pour le département de mathématiques. certains professeurs nièrent avec acharnement que le collectif ait dû affronter l’indifférence. disait la faculté. cependant. La nature n’emprunte que certaines routes parmi toutes celles qui mènent au chaos. on s’est toujours serré la ceinture. le chaos instaurait son propre establishment scientifique . personne ne pourrait les aider à trouver des postes dans une discipline qui n’existait pas. et pour le département de physique Bill Burke. Comme le découvrit rapidement un nombre incalculable de chercheurs. Bien après que Shaw se fut détourné de la physique des basses températures. qui s’était lui-même proclamé « tsar du calculateur analog ique ». l’un ou l’autre de ces étudiants n’arrivait pas à croire que leur fantaisie scientifique n’était pas terminée. De temps en temps. où irez-vous ? Pourtant. Les données véritablement aléatoires restent éparpillées dans un désordre indéterminé. « Nous n’avions aucun conseiller. Nous sommes toujours là. ça n’a d’ailleurs pas chang é.

avec justement une application extrêmement importante. dit Farmer. Mitchell avait formulé ses résultats dans le lang ag e de la renormalisation. Et pour faire bonne mesure. avec quelques dizaines de participants. cette discipline connaissait une expansion formidable. « Il reg ardait ces petites orbites. » Les étudiants de Santa Cruz commencèrent pourtant à faire impression. Il essayait de comprendre Feig enbaum. à l’époque. Si. et les scientifiques arrivèrent par centaines. dans un colloque sur la physique de la matière condensée. il semblait que les phénomènes critiques devaient être traités au cas par cas. Nos points lumineux les ont hypnotisés. démontant le chaos. « Ce fut une naïveté de ma part. Quel ennui ! Quelle vision étroite ! pensa Farmer. Ces g ars traversaient une passe difficile . Elle était aussi un moyen d’employer toute une armée de chercheurs sur les phénomènes critiques réduite à l’inaction. comme pour les systèmes linéaires. C’était le moment idéal. ils avaient emporté quelques appareils. puis les cycles limites (sur lesquels tout oscille) . Lanford n’insista pas sur l’universalité. et ce n’est que plus tard que Farmer réalisa qu’il n’avait pas compris. au second colloque sur le chaos org anisé par la New York Academy of Sciences. ») Il illumina l’attracteur de Lorenz et le robinet qui fuit. Alors . Des propriétés que l'on pouvait prédire. un break rustique de 1959 baptisé Rêve de Crème. Ils recherchaient partout un nouveau phénomène auquel ils auraient pu appliquer leur fourbi. Le collectif n’était pas invité. entassé dans la Ford de Shaw. Huberman proposa à Shaw de prendre sa place. dont un énorme téléviseur et une bande vidéo. Son exposé fut un triomphe et plusieurs membres de la faculté de Santa Cruz présents dans la salle virent pour la première fois le chaos à travers le reg ard de leurs collèg ues. Nous n’avions aucun moyen de classifier les systèmes et d’écrire des solutions valables pour une classe entière. Au cas où. Si 1977 avait été l’année du colloque de Lorenz. Il a repris tout l’arsenal technique que les g ens dans les phénomènes critiques utilisaient avec intellig ence.rien en commun. lors de l’hiver 1978. À cette époque. En 1979. (« L’audiovisuel nous apporta un plus. dit-il. puis les attracteurs étrang es (tout le reste). Il s’y rendit malg ré tout. » Lors de sa conversation avec Farmer. le terme de « chaos » avait acquis un statut officiel. org anisé à Lag una Beach par Bernardo Huberman du Xerox Alto Research Center et de Stanford University. Il expliqua la g éométrie – comment on étirait et pliait les formes. cherchant ce qui le faisait marcher. découvrir des propriétés identiques au niveau quantitatif pour tout élément d’une classe donnée. mais apparemment tout devait être traité au cas par cas. Cela donna naissance à une sous-discipline entièrement nouvelle. La notion d’universalité n’était pas seulement un g rand résultat. tentant de relier l’entropie métrique et les exposants de Lyapounov à davantag e de mesures statistiques. peu de physiciens assistant au colloque savaient ce qu’il sig nifiait. il ne semblait pas y avoir de problèmes intéressants pour eux. 1979 fut celle de Feig enbaum. C’est pour cela que c’était réellement important. et ce que cela sig nifiait au niveau des fondements de la théorie de l’information. Shaw commença alors par expliquer les attracteurs dans l’espace des phases : d’abord les points fixes (où tout s’arrête) . alors que nous. L’universalité sig nifiait qu’il fallait. Il présenta des g raphiques informatiques enreg istrés sur la bande vidéo. « Il y avait ég alement un facteur d’ordre sociolog ique qui demandait plus d’énerg ie. cette fois en tant que participant. nous étions dans les profondeurs de la théorie de l’information. Leur étoile se mit à monter au sein du département après une intervention surprise. Puis Feig enbaum arriva. Un orateur s’étant décommandé à la dernière minute. il termina par quelques mots sur les chang ements de paradig me. Nous essayions bien de trouver un lang ag e pour les quantifier et les décrire. « Jusque-là. le g roupe au complet assista.

Plus la dimension était basse. toujours en collaboration mutuelle. Swinney. » Mais il avait besoin d’un calculateur analog ique.7 ou 5. comme le supposaient les dynamiciens classiques. et Crutchfield parvint à faire marcher son prog ramme en quelques heures.que deux années auparavant Rob Shaw avait timidement tenté de se procurer une machine à écrire pour taper un article et le g lisser sous les portes. Crutchfield ne fut pas le seul à s’écarter du g roupe. tendance au mixing . Les définitions et les techniques utilisées par un physicien désirant déterminer la dimension ou l’entropie d’une masse de données furent souvent celles inventées durant ces années où l’on raccordait des fiches sur le calculateur analog ique Systron- Donner et où l’on fixait son reg ard sur l’oscilloscope. » Ce fut aussi le début de l’intég ration du g roupe dans le monde réel. le plus jeune membre du g roupe. De plus. mais tomba sur Crutchfield. ou s’ils suivaient. Huberman avait une expérience du métier qui faisait défaut aux étudiants. débit de l’information. « Les g ars veulent tous participer au travail ». Yorke. dit Crutchfield à Huberman. En termes de stratég ie scientifique. « Pour nous. l’atmosphère et les océans terrestres avaient une infinité de dimensions. la dimension de l’information – c’étaient Farmer et Yorke qui avaient le mieux expliqué comment mesurer ces subtilités. plus il approchait de son éclatement. Les idées élaborées dans le creuset de Santa Cruz firent définitivement partie des fondements de l’étude moderne des systèmes dynamiques. Il fallut isoler et comprendre de nombreuses particularités mathématiques : la dimension fractale. Parfois les scientifiques utilisant ces méthodes se retrouvaient construisant un g raphe à partir de . publiant constamment des articles. ce ne fut pas un exploit banal. la dimension de Lyapounov.3. Les économistes analysant des données boursières essayèrent de trouver des attracteurs de dimension 3. un attracteur étrang e de faibles dimensions. commençait à prendre conscience que la faculté de Santa Cruz ne s’était jamais trompée sur un point : chaque étudiant serait un jour jug é pour lui-même. le Collectif des systèmes dynamiques s’était maintenant pratiquement transformé en une machine à imprimer. les Physical Review Letters. c’est une question de responsabilité. Le résultat fut exactement celui escompté par Huberman : le premier article sur le chaos à être publié dans la revue américaine la plus prestig ieuse pour ses annonces de découvertes en physique. « Ce n’est pas une simple histoire de paternité. en particulier il savait comment pousser le plus loin possible un travail de recherche. pour une raison ou une autre. » Il voulait un associé pour faire un travail soig né. Ce fut un non catég orique. Bernardo Huberman appela au téléphone. Il demandait Rob Shaw. il avait des doutes – « Tout était très confus vous savez. la dimension de Hausdorff. Farmer s’emporta contre la défection de Crutchfield dans laquelle il voyait une atteinte à l’esprit du collectif. dit Crutchfield. Après avoir vu leur laboratoire. Crutchfield. fatig ué de passer pour le « nèg re » du collectif. Plus il se frottait à la réalité du monde scientifique. des sofas et des sièg es poires. Un jour. ce fut une recherche relativement évidente. comme si on entrait dans une machine à remonter le temps. Huberman avait besoin d’un collaborateur pour un article simple et précis sur le chaos. un retour à la jeunesse fleurie et aux années soixante. Packard et Farmer lui-même collaborèrent bientôt avec des physiciens et des mathématiciens reconnus : Huberman. Les climatolog ues se demandèrent si. La dimension d’un attracteur était « le premier niveau de connaissance nécessaire pour décrire ses propriétés » C’était la caractéristique qui donnait « la quantité d’information nécessaire pour préciser la position d’un point sur l’attracteur avec une précision donnée ». plus le système était simple. Mais le collectif ne pouvait durer éternellement. mais Bernardo avait compris qu’elle aurait un impact énorme. Supposez que l’article soit faux – vous allez en rejeter la responsabilité sur un collectif ? Je n’appartiens pas à un collectif. Les méthodes des étudiants de Santa Cruz et de leurs plus anciens collaborateurs reliaient ces idées aux autres mesures importantes sur les systèmes : taux de décroissance de la prédicibilité. Il y eut alors un problème avec le collectif.

les membres du collectif obtinrent leur doctorat et se dispersèrent.données. Shaw acheva sa thèse en 1980. Un bruit inexpliqué. Farmer en 1981. Packard en 1982. Farmer travailla sur les « fractales g rasses » et modélisa la dynamique complexe du système immunitaire de l’être humain. disant aux non-convertis. Il fut plusieurs fois sur le point d’abandonner la recherche. Les spécialistes du chaos s’emparèrent de ces indices. Au début des années quatre-ving t. Il alla à l’université de Californie. des fluctuations surprenantes. » À l’époque où le collectif se séparait. dessinant de petites cellules et comptant le nombre de points que chacune contenait. Comme disait l’un de ses amis. L’œuvre influente qu’il laissait ne comprenait que deux articles. Packard explora le chaos spatial et la formation des flocons de neig e. Farmer rejoig nit la Division théorique de Los Alamos. certains membres de la faculté de Santa Cruz s’étaient eux aussi tournés vers le chaos. à Princeton. résumant tous ses travaux à Santa Cruz. . ayant appris à rechercher des attracteurs étrang es dans des drapeaux claquant au vent ou des compteurs de vitesse en vibration. un mélang e de rég ularité et d’irrég ularité – on décela ces effets dans des articles d’expérimentateurs travaillant sur tout ce qui allait des accélérateurs de particules aux lasers et aux jonctions Josephson. à Berkeley. sur le robinet qui fuit. les scientifiques ne manquèrent pas de découvrir les indices d’un chaos déterministe dans toute la littérature existant en physique. Il y eut par exemple un article commençant par : « Plusieurs expériences sur les oscillateurs à jonction Josephson ont mis en évidence un étonnant phénomène de montée de bruit inexplicable en termes de fluctuations thermiques. il oscillait. Avec du recul. Seul Shaw parut réticent à rallier le mouvement. ces techniques permirent pour la première fois de mettre les systèmes chaotiques à portée de la compréhension scientifique. vos problèmes sont nos problèmes. Celle de Crutchfield sortit en 1983 – un fatras typog raphique réunissant des feuilles tapées à la machine avec pas moins de onze articles déjà publiés dans des revues de physique et de mathématiques. Et malg ré leur aspect apparemment sommaire. l’un qui lui valut un voyag e à Paris et l’autre. d’autres physiciens pensèrent toutefois que Santa Cruz avait manqué une occasion : être le premier des centres nationaux sur la dynamique non linéaire tels qu’il devait bientôt en apparaître sur d’autres campus. Packard et Shaw allèrent à l’Institute for Advanced Study. Crutchfield étudia des boucles de feed-back vidéo. Pendant ce temps.

mais cette maladie était presque aussi difficile à décrire qu’à soig ner. de psychiatres. Par modèle. JOHN VON NEUMANN Bernardo Huberman reg arda son auditoire. des spécialistes du chaos de long ue date. l’Institut national de la santé mentale et l’Office de la recherche navale. à Palo Alto. par petits sauts. un mélang e de biolog istes. L’œil est d’ordinaire un instrument remarquablement performant : les yeux d’une personne saine se calent sur une cible en mouvement sans le moindre effort conscient . Elle contenait un terme pour l’amplitude des oscillations du pendule. théoriciens et expérimentateurs. Il réfléchit de la manière la plus élémentaire à la mécanique de l’œil et posa une équation. le frottement et aussi des termes correctifs pour permettre à l’œil de fixer la cible. peut-être quelques perturbations aléatoires affectant le cerveau des schizophrènes se répercutaient-elles dans les yeux. La justification d’une telle construction mathématique réside uniquement et précisément dans le fait qu’elle est censée fonctionner. . Personne ne sait pourquoi. des imag es mouvantes restent fixées sur place dans la rétine. Un orateur expérimenté pouvait s’attendre à une certaine impatience de la part de l’auditoire – c’était le dernier jour du colloque et on approchait dang ereusement de l’heure du repas. et réalisa qu’il avait un problème de communication. Il élabora un modèle simplifié. on entend une construction mathématique qui. Lorsqu’un patient essayait de reg arder un pendule oscillant lentement. ses yeux ne pouvaient suivre le mouvement. les physiolog istes accumulèrent d’énormes quantités de données. Dans l’immense auditorium Masur des Instituts nationaux de la santé. La plupart de ses symptômes se manifestent au niveau mental et dans le comportement. Ils supposaient g énéralement que ces fluctuations provenaient de fluctuations du sig nal émis par le système nerveux central contrôlant les muscles de l’œil. dans la banlieue de Washing ton. Les rythmes internes Les sciences n’essaient pas d’expliquer . Huberman vit nombre de visag es familiers. son auditoire : un modèle du mouvement erratique de l’œil chez les schizophrènes. Huberman. à l’aide de certaines interprétations verbales. un autre pour sa fréquence. un physicien. Des g énérations de psychiatres avaient tenté de définir la schizophrénie et de classer les schizophrènes. mais ég alement leur famille. un sémillant Californien aux cheveux noirs émig ré d’Arg entine. Mais les yeux d’un schizophrène boug ent constamment. les scientifiques connaissaient une manifestation physique de cette maladie qui semblait affecter non seulement les schizophrènes. dressant des tableaux et traçant des g raphes pour mettre en évidence les formes du mouvement erratique de l’œil. Il y avait ég alement un terme pour l’inertie de l’œil. un exposé inhabituel pour un colloque inhabituel – la première g rande conférence sur le chaos en biolog ie et en médecine. s’intéressait au chaos depuis sa collaboration avec les membres de l’équipe de Santa Cruz. mais aussi nombre de visag es inconnus. visant trop loin ou trop court. elles font essentiellement des modèles. Il venait de terminer son exposé. pensait différemment. de médecins. Un bruit d’entrée entraînant un bruit de sortie. décrit les phénomènes observés. Mais il lui arrivait parfois de toucher à des sujets étrang ers aux projets de sa société. c’est tout juste si elles tentent d’interpréter . Au fil des ans. comme par exemple celui dont il venait d’achever la description devant. de mathématiciens purs. org anisée en 1986 sous les divers auspices de l’Académie des sciences de New York. Huberman. Il était chercheur au Centre de recherche de la société Xerox. un terme pour l’amortissement. et eng endrent en permanence un brouillard de mouvements étrang ers. Depuis 1908 cependant. de physiciens.

je suis en quelque sorte chaoticien et je sais que le modèle non linéaire le plus simple de poursuite oculaire. Lors de la discussion. le rejet du terme de masse par le fait que l’œil est fortement sur-amorti. « Ce que je ne comprends pas. le plus simple. « D’accord. puis. par exemple. possède ces caractéristiques g énériques. quiconque se plong eait dans la littérature et appliquait les outils du chaos y retrouvait toutes ces formes de comportement dynamique. c’est quelque chose qui fluctue sur un temps très court dans la tête. Dans certains rég imes. le modèle de Huberman sembla en accord avec un modèle g énétique plausible de la schizophrénie. prit le micro. Il était une conséquence inévitable de la trop g rande non-linéarité du système. toujours frustré par la simplicité exag érée du modèle de Huberman. Le modèle est un modèle simple. « Et il y a une complication supplémentaire : la masse présente dépend de la vitesse de rotation parce qu’une partie de cette masse reste en arrière lorsque l’œil accélère très rapidement. « Ce modèle ne repose pas sur des données neurophysiolog iques que je pourrais défendre. Vous pouvez appliquer ce modèle à n’importe quoi. Une non-linéarité stabilisant ou perturbant un système en fonction de son intensité pouvait correspondre à un caractère g énétique particulier. Quelqu’un vient me voir et me dit : “Nous voyons ceci. La g elée contenue dans l’œil reste en arrière lorsque l’enveloppe externe tourne très rapidement. Je vois que j’ai mal expliqué leur intérêt. nous n’avions jamais pensé que c’était peut-être lié au chaos intrinsèque au système”. l’œil suivait la cible sans à-coups . Les méthodes d’exploration de ce g enre d’équations étaient entrées dans les mœurs : Huberman fit tourner son modèle sur un ordinateur. leur mécontentement et leur frustration se manifestèrent. Il trouva à la fois de l’ordre et du chaos. C’est ainsi que nos yeux boug ent. dit l’un d’eux. c’est très intéressant. soulig nèrent que cette affection ne touchait pas que les seuls schizophrènes : on retrouvait chez différents types névrotiques tout un éventail de problèmes de mobilité oculaire. c’est que la poursuite oculaire la plus simple tend à faire une erreur et à revenir au point neutre. le comportement erratique n’avait rien à voir avec un sig nal extérieur. Tout ce que je dis. oscillations apériodiques. il y en avait un autre qui suspectait Huberman d’avoir trop g rossièrement simplifié son modèle. Comme Huberman l’expliqua à son auditoire. c’est ce qui vous g uide dans l’élaboration de votre modèle. lorsque le deg ré de non-linéarité aug mentait. Dans ce modèle. le système passait par une succession rapide de dédoublements de période et eng endrait une forme de désordre indiscernable de celui mentionné dans la littérature médicale. un autre biolog iste. voyons cela.” Alors je dis : “Bon. Pour certains médecins de l’auditoire. Mais pour chaque scientifique qui voyait s’ouvrir de nouvelles voies de recherches. » Dans la salle. il se trouve que l’équation résultante décrit un système mécanique équivalent : une balle roulant dans un creux soumis à un balancement. c’est ainsi qu’un radar suit un avion. Pourquoi rechercher ces éléments appartenant spécifiquement à la dynamique non linéaire. qu’en pensez-vous ?” Je lui réponds : “Vous avez une explication ?” Il dit : “Tout ce que nous imag inons.” Je le construis et les g ens disent : “Oh. je veux dire ces bifurcations et ces solutions chaotiques ? » Huberman fit une pause. Il entama une description tout à fait technique de ce qu’il considérait comme un modèle réaliste. Un psychiatre compara cette notion à la g énétique de la g outte dans laquelle un taux d’acide urique trop élevé eng endre des symptômes patholog iques. Ce balancement correspond au mouvement du pendule et les parois du creux au facteur correctif qui tend à ramener la balle vers le fond. plus familiarisés avec la littérature clinique que ne l’était Huberman. » . Il soulig na qu’il existait dans l’œil réel quatre systèmes de contrôle musculaire opérant simultanément. expliquant. D’autres auditeurs. par-delà des différences de détail. variant les divers paramètres et représentant g raphiquement les comportements en résultant. Oscillations périodiques.

» Huberman ajouta : « C’est arrivé en physique il y a cinq ans. et rendent ainsi la Terre plus chaude. chaque bâtiment. l’un des org anisateurs de la conférence. Arnold Mandel. en tant que médecins ou scientifiques qui apprenons trente-six mille choses sur n’importe quoi. lui prit le micro. soit vous le rendez plus simple et plus facile à manipuler. Un tel modèle aurait les mêmes inconvénients qu’un plan aussi g rand et détaillé que la ville qu’il représente. Tout un éventail de conditions initiales conduit vers un attracteur d’équilibre – et pas nécessairement un équilibre statique. un bon modèle correspond au « monde- marg uerite » de James E. chaque poteau. chaque arbre. mais maintenant ils sont convaincus. mais il nous enseig ne comment l’homéostasie biolog ique est apparue sur Terre. Lovelock et Lynn Marg ulis. Ces questions commencent à perdre leur sens. et chaque plan. un psychiatre qui s’intéressait depuis long temps au chaos. Les marg uerites noires veulent un climat plus froid. On peut exprimer ces diverses caractéristiques par un ensemble d’équations différentielles et faire fonctionner le monde- marg uerite sur un ordinateur. les marg uerites noires et le désert vierg e. le mathématicien de Santa Cruz. je vous propose une interprétation. les marg uerites blanches. Trois couleurs : blanc. ou la réflectivité. « Il y a trois choses. Quelles que soient leurs fonctions. dit Abraham. « Le problème est en fait que. auteurs de l’hypothèse Gaïa selon laquelle les conditions nécessaires à la vie sont créées et maintenues par la vie elle-même lors d’un processus auto-entretenu de feed-back dynamique. Huberman était coincé. chaque habitant. Pour Ralph Abraham. » Les marg uerites blanches réfléchissent la lumière et refroidissent la Terre. et vous observez l’évolution sur des milliards d’années. Pause. chaque rue. dit Abraham. et c’est ce que l’on veut – on ne veut pas de modèles haute-fidélité pour les systèmes biolog iques ou sociaux. Soit vous rendez votre modèle plus complexe et plus fidèle à la réalité. sa précision irait à l'encontre de sa destination première : g énéraliser et résumer. si simple qu’elle en paraît stupide. » Le choix est toujours le même. Les cartog raphes soulig nent ces caractéristiques auprès de leurs clients. « Ce n’est qu’un modèle mathématique d’un modèle abstrait. nous renâclons devant la possibilité qu’il y ait en réalité des éléments de mouvement universels. Si un tel plan était possible. Bernardo nous en propose un et reg ardez ce qui se passe. Puis vous éduquez les enfants pour qu’ils deviennent des membres plus avisés des conseils de direction de la planète. En tant que psychiatre. Les marg uerites noires absorbent la lumière. Ça explique pourquoi cette planète a une bonne température pour la vie. « Bon. du g enre “Quel est le sous-type de la schizophrénie”. C’est pour cela que les interventions sont. Ce à quoi vous venez d’assister correspond à ce qui se passe lorsqu’un chercheur en dynamique non-linéaire travaillant sur les systèmes g lobaux de faibles dimensions parle à un biolog iste qui utilise des outils mathématiques. Mais les marg uerites blanches « veulent » un climat plus chaud : elles poussent de préférence quand la température aug mente. Vous entrez simplement l’albédo. Seul un scientifique naïf peut penser que le modèle parfait est celui qui représente parfaitement la réalité. un plan indiquant chaque parc. les cartes et les modèles doivent tout autant simplifier le monde que le reproduire. vous plantez quelques marg uerites. Qu’est-ce que ça peut nous apprendre sur notre planète ? Ça nous apprend comment se fait la rég ulation de la température. noir et roug e. Le monde-marg uerite est un modèle effroyable. Finalement. Le monde-marg uerite est peut-être la plus simple version imag inable de l’hypothèse Gaïa. contenues dans les représentations les plus simples. » . diminuant l’albédo. Nous concevons tous difficilement qu’il puisse exister des propriétés des systèmes qui soient universelles. “Il y a quatre systèmes moteurs oculaires” et “Quel est le modèle du point de vue de la structure physique réelle”.

étudié. Mais la montée de cette nouvelle physiolog ie fut dominée par de surprenantes découvertes concernant un org ane particulier. les alternances électriques et les torsades de pointes. Ce peut être aussi une assemblée invisible. Les chercheurs perçurent de plus en plus le corps comme un lieu de mouvements et d’oscillations – et ils développèrent des méthodes pour écouter la diversité de ses battements. Les cancérolog ues s’interrog èrent sur la périodicité et l’irrég ularité dans le cycle de croissance d’une cellule. comme le système immunitaire avec ses lymphocytes et ses messag ers T4. isolé et classifié les irrég ularités du rythme cardiaque. de courants. mesuraient avec une si g rande précision la différence entre la vie et la mort. la pierre de touche de toute approche de la complexité. Les psychiatres explorèrent une approche multidimensionnelle de la prescription des antidépresseurs. un décripteur miniature pour encoder et décoder des données sur des org anismes envahisseurs. la position et la fonction de chaque muscle oculaire. et les étudiants en physiolog ie passent des années à simplement en apprendre les éléments. Il semble que l’on pourrait tirer g rand bénéfice. mais il existe de nombreuses patholog ies non périodiques (comme la fibrillation ventriculaire) qui conduisent à l’état d’équilibre de la mort. Dans les années quatre-ving t. le cœur. C’est la raison pour laquelle les cardiolog ues s’intéressent à la circulation des ions dans le tissu du muscle ventriculaire. de cellules. de fluides. le chaos donna naissance à une nouvelle physiolog ie fondée sur l’idée que les outils mathématiques pouvaient aider les scientifiques à comprendre des systèmes g lobaux complexes indépendamment de leur nature locale. sains ou patholog iques. Un œil exercé déduit de la forme en dents de scie des électrocardiog rammes des indications sur l’orig ine et la g ravité d’un rythme irrég ulier. » Des équipes de chercheurs aux États-Unis et au Canada relevèrent le défi. L’homme de la rue appréciera la richesse du problème en considérant l’abondance des noms attribués aux différents types d’arythmies. d’études informatiques sur un modèle mathématique réaliste qui reproduirait les divers rég imes dynamiques du cœur. Ils explorèrent les mécanismes de feed-back dans le contrôle des g lobules blancs et des g lobules roug es du sang . écrivit-il. Même David Ruelle s’était éloig né du formalisme mathématique pour spéculer sur le chaos dans le cœur – « un système dynamique d’un intérêt vital pour chacun d’entre nous ». un objet véritablement aussi abstrait qu’un « trafic » ou une « démocratie ». Il y a les battements ectopiques. un élément du corps humain peut être un org ane apparemment bien défini comme le foie. pour beaucoup de scientifiques. est le corps humain. Ils étudièrent le chaos dans les désordres respiratoires. Le fait d’avoir pu nommer ces . On avait depuis long temps découvert. « Le rég ime cardiaque normal est périodique. Le type même d’un système dynamique complexe et donc. Aucun système physique ne s’est prêté d’une manière aussi obsédante au réductionnisme : chaque org ane est doté de sa propre microstructure et de sa propre chimie. au niveau médical. Il y a aussi la parasystole (atriale ou ventriculaire. Il serait vain d’étudier de tels systèmes sans posséder une connaissance détaillée de leur anatomie et de leur chimie. Il y a la tachycardie. Il n’existe pas pour les physiciens un objet offrant une telle cacophonie de mouvements à contre-temps sur des échelles allant du microscopique au macroscopique : mouvements de muscles. Ce qui cause le plus de dég âts par rapport aux chances de survie est la fibrillation. Ils découvrirent des rythmes qui étaient invisibles sur les lamelles microscopiques fig ées ou dans les prélèvements sang uins quotidiens. Ce peut être aussi un casse- tête spatial de liquide et de solide comme le réseau du système vasculaire. de fibres. dont les rythmes animés. de même que les spécialistes du cerveau étudient les caractéristiques électriques de l’influx nerveux et que les spécialistes des yeux apprennent le nom. combien ces éléments sont insaisissables ! Sous ses aspects les plus tang ibles. stables ou instables. pure ou modulée). Pourtant. Il y a les rythmes de Lucciani-Wenckebach (simples ou complexes). Une oreille exercée peut en disting uer des dizaines.

serait impossible. Dans l’histoire des techniques. vous ne trouverez pas un seul livre de physiolog ie qui contienne le mot “fractal”. Le sang se déverse d’un ventricule à l’autre. tenaient de la . La formation de ces chercheurs sortait presque toujours de l’ordinaire. codirecteur du laboratoire des arythmies cardiaques à l’hôpital Beth Israël de Boston.rythmes. dit-il. de l’université McGill. si naturelle pour un hydrodynamicien concevant une aile d’avion pour Boeing ou un réacteur pour la NASA. C’est ainsi que la conception des valvules pour les cœurs artificiels. Ary L. » Un médecin écoutant les battements d’un cœur entend le g lissement et le choc d’un fluide contre un fluide. d’un fluide contre un solide et d’un solide contre un solide. Nous avons manifestement besoin d’une nouvelle classe de modèles. Elle s’écarte g racieusement pour permettre au sang de pénétrer dans la chambre de pompag e du cœur. sans fuir ni se déchirer pendant deux ou trois milliards de fois. Puis. à Montréal. rassure les médecins. propulsé par la contraction des muscles. simuler un cycle entier. Des valvules fibreuses se referment en un claquement sonore pour empêcher le reflux. Les valvules artificielles. de même qu’on le fit pour les éléments du corps. Les ing énieurs humains n’ont pas fait aussi bien. » À la Harvard Medical School (École de médecine de Harvard). « En 1986. Goldberg er. dans l’ensemble. des chang ements de comportement radicaux. Le plus dur fut à son avis la désag réable aversion manifestée par les physiolog istes vis-à-vis des mathématiques. et il semble que la physique peut nous apporter cela. Selon lui. Léon Glass. ces dispositifs de métal et de plastique qui aujourd’hui prolong ent la vie de ceux dont les valvules naturelles sont usées. elle doit se remplir et se refermer rapidement malg ré la pression. mathématiciens et physiciens. » Goldberg er et d’autres scientifiques avaient surmonté les obstacles du discours scientifique et du cloisonnement institutionnel. d’identification à des formes qu’ils ont déjà rencontrées dans la pratique ou dans les livres. dans toute sa complexité. « Nous avons atteint une frontière nouvelle derrière laquelle se trouve une nouvelle famille de phénomènes. Mais les chercheurs utilisant les outils du chaos commencèrent à découvrir que la cardiolog ie traditionnelle effectuait des g énéralisations erronées concernant les battements cardiaques irrég uliers. pour empêcher le sang de refluer lorsqu’il est aspiré par le cœur. la caractéristique des spécialistes était de pouvoir diag nostiquer de nombreuses arythmies en reg ardant une petite portion d’électrocardiog ramme. Cela permet d’établir des diag nostics précis sur les cœurs malades et d’aborder le problème de manière intellig ente. Tout en suivant des études de physique et de chimie. La simulation informatique d’un seul aspect du comportement cardiaque mettrait à l’épreuve les capacités d’un ordinateur . s’est essentiellement effectuée par tâtonnements. Les contractions musculaires dépendent elles-mêmes d’une onde électrique tridimensionnelle et compliquée. puis étire les parois se trouvant devant lui. passa sa thèse sur le mouvement des atomes dans les liquides avant de s’orienter vers le problème des irrég ularités du rythme cardiaque. « Les médecins traitent cela comme un problème de reconnaissance de formes. dit-il. une combinaison lég ère. et aucun modèle classique linéaire ne peut en rendre compte. et cela. Ils découvrirent le cœur dynamique. Cette dynamique est bien plus riche que tout ce que l’on peut imag iner d’après la lecture des livres. une place spéciale doit être accordée à la valvule cardiaque conçue par la nature. est une pratique tout à fait étrang ère à la recherche médicale. recourant par még arde à des classifications abusives à l’ég ard de causes profondes et obscures. était persuadé que la cardiolog ie marquerait le début d’une collaboration entre physiolog istes. souple et translucide de trois minuscules pointes en forme de parachute. Nous voyons des bifurcations. Cette simulation informatique. Et je pense qu’en 1996 vous pourrez encore trouver un livre de physiolog ie dans lequel il ne fig urera pas. s’intéressa aux nombres et aux irrég ularités. Ils ne font pas vraiment une analyse détaillée de la dynamique de ces rythmes.

Dans un cœur battant normalement. À l’arrivée de ce sig nal. Très souvent. Il existe une imag e classique pour la fibrillation : un sac de vers. Une des caractéristiques intrig antes de la fibrillation est que de nombreux composants individuels du cœur peuvent fonctionner normalement. provoquent des attaques. et se relâche en attendant le prochain stimulus. cette onde se désunit. l’apparition de la fibrillation demeure mystérieuse.plomberie : c’étaient des conceptions classiques. pour un dynamicien. Au lieu de s’écouler sur une surface rig ide. et chaque cellule musculaire y répond correctement : elle reçoit son stimulus. entraînant un arrêt du myocarde. le sig nal électrique a la forme d’une onde se déplaçant de manière coordonnée dans la structure tridimensionnelle du cœur. Mais peu de g ens purent prévoir à quel point il serait difficile d’éliminer un autre problème : en modifiant la forme de l’écoulement du sang dans le cœur. le sang modifiait la surface du cœur d’une manière dynamique et non linéaire. les foyers d’automatisme du cœur continuent d’envoyer des impulsions électriques rég ulières. et sont incapables de pomper le sang . Ces mathématiciens découvrirent que le cœur ajoutait tout un niveau de complexité au problème classique de l’équation des fluides : tout modèle réaliste devait tenir compte de l’élasticité des parois du cœur. la fibrillation a son orig ine dans un phénomène précis et bien connu : le blocag e des artères. et bien plus dang ereuses. que la conception des valvules cardiaques commença à tirer un profit maximum de la technolog ie existante. en deux dimensions mais parfaitement reconnaissables. se contracte. Seule une décharg e électrique fournie par un appareil de défibrillation – décharg e qui. chaque cellule se contracte puis se relâche durant une période critique où elle ne peut se recontracter prématurément. La fibrillation est un désordre dans un système complexe de la même façon que les désordres mentaux – qu’ils aient ou non des orig ines chimiques – sont des désordres dans un système complexe. Souvent. L’usag e de la cocaïne. Une autopsie peut ne révéler aucune détérioration du tissu musculaire. des centaines de milliers de morts subites. style « cag e à bille ». Dans un cœur en fibrillation. Le cœur n’est jamais entièrement contracté ou entièrement relâché. et pourtant l’ensemble fonctionne irrémédiablement de travers. Les arythmies étaient encore plus subtiles. Surmonter les problèmes évidents de fuite et de tension fut passablement difficile. un médecin préférait voir des dég âts – des indices d’une cause. dilatant les parois élastiques du cœur et eng endrant des tourbillons. les valvules artificielles eng endraient des zones de turbulence et de stag nation . correspond à une énorme perturbation – peut ramener le cœur dans son état stationnaire. lorsque le sang stag ne. les tissus musculaires du cœur se tordent de manière anarchique. lorsqu’ils se libèrent et circulent dans le cerveau. Leur ordinateur réalisa des animations des battements du cœur. se contracter et se relâcher de façon répétitive. Au lieu de se contracter et de se relâcher. il forme des caillots qui. Dans de nombreux cas. La fibrillation ventriculaire provoque chaque année. comme l’air sur une aile d’avion. Pourtant un patient au cœur apparemment sain a plus de chances de subir une nouvelle attaque. la tension nerveuse. Face à un patient ayant survécu à une attaque de fibrillation. Dans . Des centaines de points représentant des particules de sang s’écoulaient à travers la valvule. C’était l’une des raisons pour lesquelles les spécialistes du chaos étaient convaincus de la nécessité d’une approche nouvelle et g lobale : les diverses parties d’un cœur en fibrillation semblent fonctionner. testées à g rands frais sur les animaux. périodique. transmet ce stimulus à sa voisine. lorsque des mathématiciens du Courant Institute de l’université de New York appliquèrent à ce problème de nouvelles techniques de simulation informatique. pour les seuls États-Unis. Cette coag ulation était un obstacle crucial à la construction des cœurs artificiels. Ce n’est que vers le milieu des années quatre-ving t. La fibrillation ne disparaît pas d’elle-même. Cette forme de chaos est stable. l’hypothermie sont des facteurs qui prédisposent à la fibrillation.

Ce domaine était traditionnellement soumis à une approche naturaliste : tel rythme correspond à tel animal. Sans une solide compréhension théorique de la dynamique du cœur. et obtint finalement à distance un diplôme de Princeton alors qu’il enseig nait déjà à l’université de Chicag o. Deux choix s’offraient à vous. dit Winfree. il est délicat de prédire les effets d’un médicament donné. dit Arthur T. et Winfree fréquenta plus d’une douzaine d’établissements avant d’achever ses études secondaires. Soit vous attendiez que les biochimistes comprennent le mécanisme des horlog es et vous essayiez ensuite d’en déduire un comportement pour les mécanismes connus. continua à Princeton. rares en biolog ie. C’est ce que j’ai fait. et ainsi de suite. L’essentiel de ce travail est en bonne voie. les mécanismes précis et détaillés de l'immense complexité de toutes les parties du cœur. Mais placés dans un laboratoire. sous une température et une lumière constantes à l’abri de l’alternance du jour et de la nuit. Pour Winfree. Il suivit pendant cinq années des études d’ing énieur à Cornell University. les défibrillateurs sont efficaces. a nécessité elle aussi pas mal de tâtonnements. Mais on a nég lig é l'autre aspect. « J’avais la tête pleine de dynamique non linéaire et je me suis rendu compte que ce problème pouvait. À l’extérieur. et devait. Personne n’avait la moindre idée de ce qu’étaient les mécanismes des horlog es biolog iques. Il renonça alors à toute approche classique. Il semble aujourd’hui que certaines hypothèses soient erronées et que l’on soit en mesure de repenser entièrement la conception des défibrillateurs pour améliorer g randement leur efficacité et donc aug menter g randement les chances de succès. sans posséder de véritable formation. Toutes les ving t-trois heures. Winfree appartient à cette espèce de penseurs. un biolog iste théoricien. Sur le point d’entrer dans la recherche industrielle et militaire. Mais leur conception. il passa un doctorat en biolog ie. » À une époque. et qu’aucune association standard de ces deux disciplines ne rendait justice à ce qui l’intéressait. » Pour d’autres rythmes cardiaques anormaux. apprenant les mathématiques appliquées et tout un éventail de techniques expérimentales. Il débuta. déplaçait presque chaque année sa famille d’un point à l’autre de la côte est. de simple employé. quitta Princeton à cause de conflits avec la faculté. le problème des rythmes circadiens devait se prêter à la mathématisation. Son père. diverses thérapies médicamenteuses ont été tentées. elles aussi larg ement basées sur des conjectures – « de la mag ie noire ». Winfree. soit vous commenciez à étudier le fonctionnement de ces horlog es du point de vue de la théorie des systèmes complexes et de la dynamique topolog ique et non linéaire. Il débuta à Johns Hopkins.l’ensemble. était devenu vice- président d’une compag nie d’assurance. s’efforçant d’associer d’une manière nouvelle l’expérience et la théorie. quitta Johns Hopkins à cause de conflits avec la faculté. tenter une approche g lobale du fonctionnement du cœur. qui. les moustiques se réveillent chaque jour au crépuscule. Tous les campeurs le savent bien. leur rythme se maintient g râce à la décharg e de lumière qu’ils reçoivent chaque jour : ils remettent . qui font un larg e emploi de la g éométrie dans leurs travaux en physiolog ie. Il n’y avait aucune théorie sur ce sujet. » Winfree était issu d’une famille dans laquelle personne n’était allé au lycée. il eut un laboratoire plein de moustiques en cag es. comme celle des valvules cardiaques artificielles. comme il le disait. « La détermination de l’intensité et de la forme de cette décharg e a été tout à fait empirique. Il commença son exploration de la dynamique biolog ique au début des années soixante-dix en étudiant les horlog es biolog iques – les rythmes circadiens. être pensé en termes qualitatifs. Il acquit le sentiment que les choses intéressantes dans le monde avaient à voir avec la biolog ie et les mathématiques. ils s’avèrent posséder un cycle interne non de ving t-quatre mais de ving t-trois heures. ils se mettent à bourdonner avec une particulière intensité. « Un travail merveilleux a été réalisé au cours des ving t dernières années qui a consisté à étudier dans les moindres détails la physiolog ie de la membrane.

un parent durant des vacances d’été. Pour Winfree. Vous lui faites subir un décalag e horaire perpétuel. localisé avec précision dans le temps. tous deux correspondant à des oscillateurs non linéaires se rétablissant d’eux-mêmes après une petite perturbation. il n’aurait pas dit « un autre ». Pourquoi un rythme qui s’est maintenu durant une vie entière. bourdonne pendant un instant. Bien que surprenante. d’autant qu’il était difficile d’étendre cette technique expérimentale à des espèces qui ne supporteraient pas de rester des mois d’affilée assises dans de petites cag es. puis dormaient pendant une dizaine ou une ving taine d’heures. c’était le même sujet – une chimie différente. Quant à Winfree. température constante. il considéra le problème d’une manière topolog ique – il reg arda la forme qualitative des données au lieu de s’attacher aux détails quantitatifs. Ces stimuli soit avançaient soit retardaient le cycle suivant . au hasard. Il aboutit à une conclusion stupéfiante : il y avait une singularité dans la g éométrie. inefficace et fatal ? . Puis. le cycle veille-sommeil se détachait du cycle de température et devenait erratique. un point différent de tous les autres points. ou des auteurs dramatiques ayant une pièce à finir – qui acceptaient quelques centaines de dollars par semaine pour vivre « en dehors du temps » : aucune lumière naturelle. « Allez près d’un moustique à minuit et envoyez-lui un certain nombre de photons. En isolement. Il s’était intéressé au cœur après avoir assisté impuissant à la mort subite de deux personnes. à travers des contractions et des relâchements. Ce flash particulièrement bien calculé bloque l’horlog e du moustique. au lieu d’essayer de deviner les processus biochimiques en cause. des retraités. Il fallut attendre le milieu des années quatre-ving t pour que les chercheurs se mettent à appliquer l’approche systématique de Winfree aux êtres humains : cela commença avec une femme assez âg ée faisant chaque soir de la broderie devant une rampe de lumière brillante. le cycle de température semble d’environ ving t-cinq heures. il traça ensuite le g raphe de cette réaction en fonction de l’instant d’exposition. elle affirma se sentir très bien. Le décalag e horaire et l’insomnie des êtres humains fig urent encore sur la liste des questions non résolues en biolog ie. et un homme dans une piscine où lui-même nag eait. Mais des expériences effectuées par des chercheurs allemands montrèrent qu’au bout de quelques semaines. mais une même dynamique. il se tourna vers un autre sujet : les rythmes cardiaques. mais ils refusaient d’y croire lorsqu’on leur en parlait.ainsi leur pendule à l’heure. Les g ens restaient éveillés pendant une ving taine ou une trentaine d’heures. Winfree éclaira ses moustiques avec une lumière artificielle d’une intensité soig neusement rég lée. En fait. Il devient insomniaque – il fait un petit somme. Son cycle chang ea radicalement . » Au début des années soixante-dix. et il continue ainsi aussi long temps que vous le voulez ou jusqu’à ce que vous arriviez avec un autre flash. il fut en mesure de prédire l’existence d’un éclat lumineux particulier. sans un stimulus quotidien de remise à l’heure. Non seulement les sujets restaient inconscients de l’allong ement de leurs journées. Les chercheurs amassèrent des données sur des sujets humains – habituellement des étudiants. Ces g ens présentèrent à la fois un cycle veille-sommeil et un cycle de température corporelle. avec un minimum situé durant le sommeil. cette approche mathématique des rythmes circadiens suscita peu d’intérêt. se brise-t-il soudainement pour se transformer en un mouvement frénétique incontrôlé. Ces deux problèmes donnèrent naissance aux pires des charlatanismes – pilules sans effet et potions miracles. cette prédiction fut confirmée expérimentalement par Winfree. durant deux milliards ou plus de cycles ininterrompus. qui provoquait la désynchronisation totale de l’horlog e biolog ique du moustique ou de toute autre horlog e biolog ique. et pas de téléphone. À partir de cette sing ularité. comme si elle conduisait une voiture décapotée.

Mines était étendu sous sa paillasse. au niveau du cœur. il prit le sujet le plus rapidement disponible : lui-même. Ce jour-là. entouré d’un enchevêtrement de fils électriques. Un mécanisme brisé était attaché à sa poitrine. vers six heures du soir. trouvant qu’il rég nait dans le laboratoire un calme inhabituel. Winfree racontait l’histoire de Georg e Mines. et à côté de lui un appareil enreg istrait encore les battements faiblissants de son cœur. écrivit Winfree. Dans son laboratoire de l’université McGill. Il mourut sans avoir repris conscience. Mines avait ving t-huit ans. il conçut un petit appareil capable d’envoyer dans le cœur de petites impulsions électriques bien rég lées. un g ardien. En 1914. l’un des premiers chercheurs en biolog ie. « Lorsque Mines décida qu’il était temps de travailler sur des êtres humains. » . entra dans la salle.

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basée sur un traitement informatique en temps réel. moins risqués. Un électrocardiog ramme classique n’est qu’un enreg istrement g rossier à une dimension. les cardiolog ues ont mis au point un petit appareil que l’on coud à l’intérieur de la cag e thoracique de patients considérés comme particulièrement à risque. par-delà le fait de tester les idées théoriques de Winfree. la réaction de Belousov-Zhabotinsky. comme cela se passe pour les rythmes circadiens. Sur le plan expérimental. sondant ainsi jusqu’à cinquante ou soixante sites en dix minutes et obtenant une espèce d’imag e composite. se mirent à battre spontanément. Ces ondes se propageant vers l’extérieur. Lors d’une opération de cardiolog ie. cette technique s’avère inutile : le cœur se modifie et palpite trop rapidement. Ideker n’y crut pas réellement. Mais cela demande de l’ing éniosité. d’un point de vue de cardiolog ue. Raymond E. Ils utilisèrent de minuscules ag rég ats de cellules cardiaques prélevées sur des embryons de poulet âg és d’une semaine. un peu plus g ros qu’un stimulateur cardiaque. Trois ans plus tard. Ce fut. du Duke University Médical Center. comme le dit Winfree. transportant des ions de calcium. d’un diamètre de 1/80 de centimètre. sans l’intervention d’un stimulateur cardiaque. prédictions reposant sur la dynamique non linéaire et la topolog ie. et Ideker dirig eait un prog ramme poussé pour rassembler les données plus détaillées. Ces ag rég ats. placés dans une coupelle puis ag ités. nécessaires au développement d’une approche dynamique des problèmes cardiaques. En 1983. On a observé des motifs analogues dans des coupelles contenant des millions d’amibes. et Mines avait d’ailleurs pensé cela peu avant sa mort. Mais il existe une différence entre le cœur et les horlog es biolog iques. La technique d’Ideker. Pour la fibrillation. surveille les battements du cœur et envoie une décharg e électrique lorsque c’est nécessaire. de potassium et de sodium ? Telle était la question qui intrig uait les scientifiques de McGill et du Massachusetts Institute of Technolog y. bien que leur identification soit encore problématique. Vous pouvez suivre une onde électrique dans les trois dimensions. L’une des recherches dont on parla le plus dans la courte histoire de la dynamique non linéaire fut celle effectuée par Léon Glass et ses collèg ues Michael Guevara et Alvin Schrier à McGill. L’intention première d’Ideker. D’autres chocs électriques peuvent avancer ou retarder le battement suivant. Vous pouvez le tenir dans la main. les équipes d’intervention d’urg ence ont dans leur matériel des versions classiques de défibrillateurs pouvant délivrer sur-le-champ une forte impulsion de courant continu à travers le thorax d’un patient frappé par une attaque. un chirurg ien peut prendre une électrode.CHAOS CHIMIQUE. « l’équivalent cardiaque d’un cyclotron ». Elles semblaient trop spéculatives et. ces ondes sont semblables à celles de l’activité électrique qui se propage. Ideker. la déplacer d’un endroit à l’autre du cœur. Ces électrodes enreg istraient la tension au passag e de chaque onde à travers le muscle et l’ordinateur donnait un diag ramme cardiaque. On pourrait penser qu’un petit choc électrique bien calculé peut mettre le cœur en fibrillation. plus scientifiques. une différence que l’on ne peut nég lig er même dans un modèle simplifié : le cœur est une forme dans l’espace. Selon la théorie d’Arthur Winfree. dans les muscles cardiaques. était d’améliorer les dispositifs électriques utilisés pour stopper la fibrillation. avec son tissu particulier – des cellules formant des fibres interconnectées. Pour quelle raison le chaos devrait-il s’appliquer à un org ane comme le cœur. lut dans le Scientific American un article de Winfree et y nota quatre prédictions précises sur le déclenchement et l’arrêt de la fibrillation. manifestèrent la présence du chaos dans une réaction chimique extrêmement étudiée. Ce défibrillateur implantable. Ideker commença à réunir les informations physiques pour concevoir des défibrillateurs moins coûteux. trop abstraites. Cette . consistait à planter 128 électrodes dans un tissu dont il enveloppait le cœur comme une chaussette enfilée à un pied. en cercles concentriques ou en spirales. Actuellement. de manière régulière et désordonnée. toutes les quatre étaient testées et confirmées.

dans certaines circonstances. mais un jour viendra où ils seront oblig és d’adopter notre approche pour aborder ce g enre de problèmes. et en conflit avec le sig nal principal. Les recherches réalisées par les scientifiques de McGill étayèrent partiellement cette idée en montrant que tout un éventail de comportements aberrants pouvait résulter de l’interaction entre une impulsion extérieure et un rythme propre au muscle cardiaque. mais sur leur mode de propag ation à l’intérieur du cœur. par un stimulus. Ces nombres contiennent souvent une forme de rég ularité. nous comprenons parfaitement ces différentes fréquences et leur ordre d’apparition.pulsation était parfaitement visible au microscope. 11… « Les g ens ont bien observé cette numérolog ie bizarre. les réflexions sur la fibrillation s’orientaient dans deux directions. Des centres minuscules émettaient des ondes à intervalles irrég uliers. Actuellement. le nombre de battements normaux appartenait toujours à la suite : 2. sinusoïdaux. un mince tube de verre effilé en une pointe très fine. pour une raison inconnue. Mais il est encore difficile d’expliquer l’apparition de ces foyers secondaires d’impulsion. dit Glass. Un courant électrique circulait dans le tube. Cohen. et l’introduisirent dans l’une des cellules. « C’est un exemple évident du phénomène de Feig enbaum. Les chercheurs de Harvard-MIT restèrent plus proches de cette tradition. Ils firent des coupes de Poincaré et utilisèrent l’application du cercle. cardiolog ue et physicien. il était. et il s’avère que l’activité électrique du cœur possède de nombreux parallèles avec d’autres systèmes qui eng endrent un comportement chaotique. Grâce aux mathématiques non linéaires. La première faisait intervenir un sig nal secondaire. L’étape suivante fut de leur appliquer une vibration extérieure. le battement . Richard J. « Lorsque l’on perturbe de manière périodique des oscillateurs biolog iques. » Les chercheurs de McGill se tournèrent ég alement vers d’anciennes données concernant différents types de battements cardiaques anormaux. comptant le nombre de battements sinusoïdaux compris entre les extrasystoles. et l’on pensait que leur interaction et leur superposition brisaient la coordination de l’onde de contraction. toujours impair : 3 ou 5 ou 7. En 1981. il testa un scénario plausible : le front d’onde de l’activité électrique se divise sur des îlots de tissu. Si chez certains patients ce nombre variait. Dans l’un des syndromes bien connus. un phénomène rég ulier qui. devient chaotique. dit-il. on observe des extrasystoles mêlées à des battements normaux. les scientifiques de McGill prirent une micro-électrode. L’un des slog ans de ce travail est : l’ordre dans le chaos. Glass et ses collèg ues examinèrent les courbes. la formation des cardiolog ues ne comporte presque pas de mathématiques. 5. 8. issu de centres anormaux situés à l’intérieur même du muscle cardiaque. » Pendant ce temps. L’autre approche se concentrait non sur le déclenchement des ondes électriques. » Traditionnellement. ils résumèrent leurs découvertes dans Science. dit Glass. on retrouve en g énéral le comportement dynamique exotique que l’on avait déjà observé en mathématiques et en physique. stimulant les cellules avec une intensité et une fréquence qu’ils pouvaient ajuster à volonté. » Ils virent le dédoublement de période – des formes de battements qui bifurquaient sans cesse à mesure que l’on variait le stimulus. mais ils renferment ég alement une g rande irrég ularité. À l’aide de modèles informatiques. « On peut. Chez d’autres patients. faire apparaître de nombreuses fréquences différentes dans un bout de cœur de poulet. découvrit un spectre de dédoublements de période lors d’expériences sur des chiens. Ils découvrirent que certaines anomalies dans l’onde – des rotations en cercles minuscules – pouvaient provoquer une « réentrée » : dans certaines parties du cœur. à l’occasion d’une recherche sur la technolog ie et les sciences médicales menée conjointement par Harvard et le MIT. Pour cela. mais les mécanismes ne sont pas faciles à comprendre.

Lorsque ce rapport est proche d’un nombre entier. Ce phénomène. Ce verrouillag e se retrouve en électronique . tend à revenir à son point de départ. dit Winfree. Huyg ens supposa. Winfree avait le sentiment que. de concevoir des défibrillateurs. dans un comportement qualitativement différent en lui faisant franchir une bifurcation. « Les objets dynamiques heurtent g énéralement l’intuition. Le verrouillag e de fréquence explique pourquoi la Lune présente toujours la même face à la Terre. En utilisant au maximum les méthodes de la dynamique non linéaire. dans lequel un cycle rég ulier s’accroche sur un autre. un processus linéaire soumis à un petit choc. malg ré leurs orientations différentes. est appelé aujourd’hui entraînement ou verrouillag e de fréquence. Ils commencèrent ég alement à découvrir un cadre commun permettant une étude g lobale des problèmes cardiaques. Un processus non linéaire. Winfree espérait. et de prescrire des médicaments. par exemple. Aujourd’hui. incluant une forme de leucémie. en plus. Plusieurs scientifiques se demandent si la schizophrénie elle-même ainsi que certaines formes de dépression n’appartiendraient pas à cette catég orie. Christian Huyg ens. le soupir. rupture de coordination ou de contrôle. soumis à ce même choc. Il savait que des horlog es ne pouvaient être aussi précises. ou 3 sur 2. Il existe des désordres dynamiques du sang . ou 2 sur 1. » Ces syndromes incluent les désordres respiratoires : l’essoufflement. et le cœur n’est pas une exception ». et les systèmes qui normalement n’oscillent pas se mettent à osciller. la biolog ie théorique. le physicien hollandais du XVIIe siècle qui inventa l’horlog e à balancier et la dynamique classique. tend à modifier très lég èrement son évolution. avec justesse. On entend par exemple : « Les systèmes qui normalement oscillent cessent d’osciller ou se mettent à osciller selon un mode nouveau ou imprévu. permet . Mais les physiolog ues ont ég alement commencé à considérer le chaos comme un comportement sain. établissant des relations entre des désordres auparavant considérés comme sans rapport entre eux. Pour parler simplement. dans lesquels des perturbations modifient l’équilibre entre les g lobules blancs et roug es. certains physiolog istes parlent de maladies dynamiques : désordres de systèmes. ou plus g énéralement pourquoi les satellites tendent à tourner sur eux-mêmes avec une période dont le rapport à leur période orbitale est composé de nombres entiers : 1 sur 1. Son approche topolog ique laissait penser que ces deux idées n’en formaient qu’une seule. qu’un point de vue mathématique g lobal de ces problèmes enrichirait une discipline à peine naissante aux États-Unis. Rien dans la description mathématique du pendule dont on disposait à l’époque ne permettait d’expliquer cette mystérieuse propag ation d’un ordre d’une pendule à l’autre.suivant intervenait trop tôt et écourtait le relâchement nécessaire pour maintenir un pompag e coordonné. l’école de l’extrasystole et celle de la réentrée avaient raison. c’est lui qui. rencontra l’un des plus célèbres exemples de cette forme de rég ulation – du moins selon l’histoire officielle. la non-linéarité de l’attraction des marées tend à le bloquer dessus. par ailleurs sain. Les cardiolog ues espéraient que la recherche permettrait d’identifier scientifiquement les sujets à risque de fibrillation. De plus. On sait depuis long temps que la non-linéarité dans les processus de feed-back a une fonction de rég ulation et de contrôle. les deux g roupes de chercheurs apprirent qu’une petite variation d’un paramètre – par exemple une variation de la conductivité électrique ou une modification de l’instant et de la durée de l’application d’un stimulus – pouvait placer un système. la respiration de Cheyne-Stokes et l’apnée infantile – liée au syndrome de la mort subite chez l’enfant. les thrombocytes et les lymphocytes. que le mouvement de ces horlog es était coordonné par des vibrations transmises à travers le bois. Il remarqua un jour qu’un ensemble de pendules placées contre un mur oscillaient en parfaite synchronisation.

à fonctionner de manière synchrone. et clig notent en une fantastique harmonie spectrale. James A. Un exemple spectaculaire dans la nature est fourni par une espèce de lucioles d’Asie du Sud qui s’assemblent par milliers dans les arbres durant la période des amours. y compris les oscillateurs biolog iques – comme les cellules cardiaques ou les cellules nerveuses –.à un récepteur radio de se caler sur un sig nal même en présence de petites fluctuations de fréquence. Le verrouillag e de fréquence rend compte de la capacité d’un g roupe d’oscillateurs. Yorke .

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L’interaction entre différents modes oscillants. On a représenté. des images informatiques de quelques « attracteurs » pouvant résulter de la rencontre de trois fréquences. . ci-dessous et en regard. donne lieu à une forme particulière de chaos.HARMONIES CHAOTIQUES. tels que les fréquences radio ou les mouvements orbitaux des planètes.

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Une tige déplacée dans un liquide visqueux engendre une forme simple. ondulée. Des formes plus compliquées apparaissent lorsque la tige effectue plusieurs allers et retours. en fréquence. L’un des problèmes cruciaux avec ces phénomènes de contrôle est la robustesse : jusqu’où un système peut-il résister à de petits chocs ? Un problème tout aussi critique pour les systèmes biolog iques est celui de la flexibilité : quel est. le domaine de fonctionnement d’un système ? Un verrouillag e sur un mode unique peut être une contrainte empêchant le système de s’adapter au chang ement. Les org anismes doivent réag ir à des circonstances variables rapidement . ÉCOULEMENTS CHAOTIQUES.

tout ce que j’ai à faire est de vous demander de ne pas penser aux éléphants pendant quelques minutes et vous savez aussitôt que votre cerveau n’est pas un système en équilibre. dit Mandell. les biolog istes devaient considérer ces molécules comme des systèmes dynamiques. aucun battement cardiaque. Goldberg er remarqua : « Les processus fractals associés à des spectres larg es et munis d’une loi d’échelle sont “riches en information”. correspondent à des spectres étroits et sont définis par des suites monotones. et une instabilité continue basée sur une activité autonome à tous les niveaux. » Soig ner de tels désordres. mais uniquement pour un nombre limité de maladies. inexplicable en dehors des nouvelles méthodes des mathématiques non linéaires. et son intérêt principal demeura le plus chaotique de tous les org anes. À son avis. Arnold Mandell. « Est-il possible que la patholog ie mathématique. Plus de 50 transmetteurs. personne ne sait quelles peuvent être les conséquences à long terme des traitements. la plus dynamique. affirmait-il. si tant est qu’il y en ait. Les états périodiques. des milliers de types de cellules. alla même plus loin sur le rôle du chaos en physiolog ie. vidées de tout contenu informatif. conduisant à long terme à une aug mentation du nombre d’épisodes de rechutes psychopatholog iques ». Et ainsi de suite. lorsqu’il découvrit un « comportement particulier » chez certains enzymes du cerveau. vous êtes mort. Il fut. Pensant aux arg uments de Robert Shaw. Si je vous demande si votre cerveau est un système en équilibre. le psychiatre et dynamicien de San Dieg o qui prit la défense de Bernardo Huberman lors de son exposé sur le mouvement oculaire des schizophrènes. Les méthodes traditionnelles pour traiter cette « machine. au lieu de dessiner des structures statiques. peut dépendre de l’élarg issement des réserves spectrales d’un système. dit-il. Mandell porta sur les médicaments les plus couramment utilisés des appréciations à faire frémir. comme il le dit lui-même. depuis les protéines jusqu’aux électro-encéphalog rammes – et . étaient linéaires et réductionnistes. capables de transitions de phase. ont émis l’hypothèse que la dynamique d’un org anisme sain était caractérisée par des structures physiques de natures fractales – comme le réseau de bronches dans le poumon et les fibres conductrices dans le cœur – autorisant un larg e éventail de rythmes.et imprévisibles . qui est le pouvoir de prédire et de différencier de ce g enre de structure. la plus instable. Les phénothiazines. ag g ravent le désordre initial. répétitives. Si on peut contrôler les manifestations les plus violentes des maladies mentales. l’action moderne de la « psychopharmacolog ie » – l’utilisation de médicaments pour soig ner tout ce qui va de l’anxiété et l’insomnie jusqu’à la schizophrénie elle-même – doit être considérée comme un échec. Certains chercheurs. « En biolog ie. » Pour Mandell. prescrites contre la schizophrénie. Il domine presque toute la recherche et le traitement en pharmacolog ie. Seul le lithium donne de réels résultats. et cela vaut ég alement pour les rythmes plus subtils du reste du corps humain. dont Ary Goldberg er de la Harvard Médical School. l’étude des enchevêtrements tridimensionnels oscillants composés de protéines . quand vous atteig nez un équilibre. Peu de patients sont g uéris. En toute objectivité. avec la même provocation. les découvertes du chaos imposent un chang ement des approches cliniques pour traiter les désordres psychiques. « Le paradig me sous-jacent demeure : un g ène → un peptide → un enzyme → un neurotransmetteur → un récepteur → un comportement animal → un syndrome clinique → un médicament → une échelle d’évaluation clinique. en revanche. Les antidépresseurs tricycliques « accroissent les effets cyclothymiques. c’est-à-dire le chaos. Il encourag ea. sug g éra-t-il avec d’autres physiolog istes. soit la santé ? Et que la santé mathématique. aucun rythme respiratoire ne peut se bloquer sur les strictes périodicités fournies par les modèles physiques les plus simples. soit la maladie ? » Mandell s’était tourné vers le chaos dès 1977. aux dimensions les plus infinies ». un zélote. le problème était d’ordre conceptuel. une phénoménolog ie électromag nétique complexe. de sa capacité à s’étendre sur de nombreuses fréquences sans s’enfermer dans un rég ime périodique.

se tournait naturellement vers l’imag e d’un espace des phases avec des « bassins d’attraction ». exprima ainsi cette idée : un être vivant possède ce « don surprenant de concentrer en lui-même un “flux d’ordre” et d’échapper ainsi à la désintég ration en un chaos atomique ». entre la répétition rég ulière d’un même motif et les variations infinies et cohérentes d’une création artistique. un scientifique sérieux et informé ne peut plus représenter l’esprit par une structure statique. À l’époque de Schröding er. Pour l’esprit d’un humble physicien. les émotions et tous les autres produits de la conscience. . Pour Schröding er. Le bloc constitutif de la vie – que l’on n’appelait pas encore ADN – était un cristal apériodique. Ces modèles semblaient avoir les bonnes caractéristiques : des points de stabilité mêlés à des instabilités. nous ne nous sommes jusqu’ici occupés que des cristaux périodiques. » Pour quelqu’un confronté au monde de la dynamique non linéaire. voir dans l’apériodicité l’orig ine de ses propriétés particulières tenait du mysticisme. sur la biolog ie. ce sont là des objets très intéressants et très compliqués . Avec ou sans le chaos. La dynamique de systèmes errant entre des bassins d’attraction. Erwin Schröding er.pourtant on considère toujours le cerveau comme un tableau de raccordements chimiques en libre parcours. Que la vie fût à la fois ordonnée et complexe était un truisme . Il n’y avait alors rien d’étonnant à ce qu’ils aient si peu contribué à la biolog ie. Pourtant. « En physique. La vie puise l’ordre dans un océan de désordre. ces énig mes sont évidentes et ennuyeuses. Forme née au sein de l’informe : c’est la beauté fondamentale de la biolog ie. que la structure de la matière vivante différait du type de matière que ses collèg ues étudiaient. et son mystère fondamental. depuis la découverte du neurone. Aujourd’hui. comparées au cristal apériodique. séduisait ceux qui tentaient de modéliser les sig nes et les souvenirs. en non-spécialistes. Les physiciens avaient uniquement appris à comprendre les papiers peints. ils constituent l’une des structures matérielles les plus fascinantes et les plus complexes par lesquelles la nature inanimée propose ses énig mes. De nombreux autres scientifiques commencèrent à appliquer le formalisme du chaos à la recherche sur l’intellig ence artificielle. les décisions. ni les mathématiques ni la physique ne vinrent véritablement appuyer cette idée. en tant que physicien. par exemple. l’existence d’une hiérarchie d’échelles permettant l’interaction du microscopique et du macroscopique. » Cette différence était analog ue à celle existant entre du papier peint et de la tapisserie. et des rég ions aux frontières variables. Il y a quarante ans. si spécifique de la turbulence des fluides et d’autres processus dynamiques complexes. Un physicien pensant les idées comme des rég ions aux frontières imprécises. cet outil existe. attractrices comme des aimants tout en laissant passer. le pionnier de la mécanique quantique et l’un des quelques physiciens qui s’interrog èrent. Mandell exhorta alors ses collèg ues à comprendre les g éométries flexibles qui sous-tendaient les systèmes complexes tels que l’esprit. Il n’y avait aucun outil pour déceler dans l’irrég ularité l’élément fondamental de la vie. Le point de vue de Schröding er était inhabituel. disjointes tout en se chevauchant. la seule réaction ne pouvait être que : comme c’est naïf. Leurs structures fractales offraient le type de propriété indéfiniment auto référencée qui semblait si essentielle pour expliquer la capacité de l’esprit à eng endrer avec profusion les idées. il était évident. Il y reconnaît.

un petit circuit électrique. Un scientifique étudiant des réactions chimiques dans un laboratoire. Des systèmes complexes eng endrent un comportement simple. Des systèmes différents ont des comportements différents. tenaient pour acquis que les systèmes complexes composés de milliards de ces éléments devaient aussi être différents. un ing énieur aéronautique qui utilisait des souffleries pour résoudre des problèmes d’aérodynamique sans comprendre les mathématiques de la turbulence. Des systèmes simples eng endrent un comportement complexe. Mais ils savaient qu’il y avait quelque chose appelé chaos. Le chaos et après « Ce que nous allons tenter ici n’est rien moins que la classification des constituants d’un chaos. sachant que les éléments constitutifs de leurs disciplines étaient différents. soit être soumis à des influences extérieures aléatoires. cela sig nifiait un problème. » HERMAN MELVILLE Moby Dick Il y a une ving taine d’années. tout cela a chang é. Robert May sur l’équilibre de la nature. ce chang ement n’eut pas un effet immédiat. Un neurobiolog iste qui passait sa vie à étudier la chimie des neurones du corps humain sans rien apprendre sur la mémoire ou la perception. une population animale. parfaitement déterministes. Ils y étaient tellement attachés qu’ils n’avaient pas besoin de les traduire par des mots. leur comportement à long terme était stable et prévisible. Ce ne fut que plus tard qu’il devint possible de dire ce qu’elles étaient et de les soumettre à l’analyse. ne pouvait réag ir de manière traditionnelle à la présence de fluctuations ou d’oscillations imprévues – c’est-à-dire en les ig norant. un économiste qui analysait la psycholog ie des décisions d’achat sans avoir la possibilité de prévoir les tendances à long terme – ce g enre de scientifiques. l’écoulement d’un fluide. et ils savaient que d’autres phénomènes semblaient soudainement avoir besoin d’une autre explication. ou simulant les variations de température des océans. imprévisible ou incontrôlé devait soit être rég i par une multitude de composantes indépendantes. Edward Lorenz réfléchissait sur l’atmosphère. les neurolog ues. Un dispositif mécanique comme un pendule. Benoît Mandelbrot était un mathématicien d’IBM inconnu. Aujourd’hui. La plupart des scientifiques partag eaient un ensemble de convictions sur la complexité. ils savaient par ailleurs que pour ce type de science peu mathématique il y avait de l’arg ent dans les caisses du g ouvernement fédéral et du privé. Un dispositif mécanique. elles ne se soucient pas du tout des détails des composantes élémentaires d’un système. des mathématiciens. Pour certains. Un comportement complexe implique des causes complexes. Un nombre croissant d’entre eux réalisait que le chaos fournissait de nouvelles méthodes pour traiter d’anciennes données oubliées dans des tiroirs de . ou même les mathématiciens –. un faisceau de particules. Et plus important. Ils continuèrent leurs recherches au sein de leurs propres disciplines. Doyne Farmer un g amin en train de g randir dans le Nouveau-Mexique. un circuit électrique. un orag e atmosphérique. des biolog istes et des astronomes ont inventé des idées nouvelles. Les systèmes simples ont un comportement simple. Michel Hénon sur les étoiles. une population de poissons idéalisés dans un étang – tant que ces systèmes pouvaient être réduits à quelques lois parfaitement comprises. Pour la masse des scientifiques – les physiciens des particules. des physiciens. Lors des ving t dernières années. Mitchell Feig enbaum un étudiant au City Colleg e de New York. Sur un plan pratique. Ils savaient que certains phénomènes complexes avaient été expliqués. les lois de la complexité sont universelles. ou suivant sur trois ans l’évolution d’une population d’insectes. un org ane biolog ique. une économie nationale – un système qui était visiblement instable.

Philip Holmes. donnant une conférence devant un g roupe de thermodynamiciens et mentionnant le comportement chaotique de l’équation de Duffing . Pour eux. « Quand j’ai dit cela. Un nombre croissant d’entre eux ressentit le cloisonnement scientifique comme un obstacle à leur travail. enseig nant à Cornell après être passé par Oxford publia : Les orbites d’attraction. Grâce à lui. dit Fox. puis l’apparition du chaos lui-même et. Prenez tous les problèmes que vous aviez reg ardés auparavant. Il savait que s’il écartait les problèmes non linéaires. puis de plus en plus par la suite. Incompréhension . D’autres ne purent qu’être transformés. dit Fox. » Le soleil d’hiver se couchait. apériodiques. mon g rand-père a joué avec l’équation de Duffing . et pour rien au monde je ne le résoudrais sur une machine. Fox était l’un de ceux qui étaient restés conscients des limites de la science linéaire classique. Aujourd’hui que vous savez comment les aborder. il me faudrait consulter un livre de fonctions spéciales. à Atlanta. En pratique. le persuada. en couleur sur tout l’écran – des bifurcations. ce qui est vraiment la dernière chose dont j’ai envie. bien qu’il fallut attendre plusieurs années avant qu’elle fût publiée dans les Physical Review Letters.” L’idée que la nature soit compliquée se heurtait à une réelle résistance. Les pionniers du chaos connurent tout cela. quelle que soit votre discipline. Son jeune collèg ue Ronald Fox parlait de sa propre conversion. peu après avoir acheté un Apple II pour son fils. C’était du g enre : “Mon père a joué avec l’équation de Duffing .bureaux parce qu’elles s’étaient avérées trop erratiques. » Ford ajouta : « Si une discipline commence à se développer. « L’imag e g énérale de la non-linéarité attira l’attention d’un tas de g ens – lentement au début. puis en huit . Il y en avait que vous laissiez tomber parce qu’ils devenaient non linéaires. « En deux jours. l’étonnante rég ularité g éométrique. Cet apprentissag e sur ordinateur. Tout ceux qui la reg ardèrent en tirèrent profit. le chaos marquait la fin du prog ramme réductionniste en science. Ils savaient bien que non. de certains systèmes dynamiques (habituellement de faibles dimensions). un physicien renonçait toujours en disant : Pour ce problème. lui qui. . vous pouviez refaire tout ce qu’avait fait Feig enbaum ». il décida d’écrire un petit prog ramme qui lui permettrait de voir ce comportement sur l’écran de son Apple. Il le vit. c’est qu’il y a un g roupe de g ens qui pensent qu’elle peut leur rapporter quelque chose – que s’ils modifient leur recherche. la présence du chaos dans cette équation était un fait curieux – une de ces choses dont il savait qu’elle était vraie. dans les années soixante-dix. et personne n’a rencontré quoi que ce soit ressemblant à ce dont vous parlez. Confortablement installé dans son bureau. Pour Ford. à une époque où aucun physicien se respectant n’aurait acheté un tel outil pour son travail. Certains scientifiques jouèrent quelque temps avec ce g enre de prog rammes. en autodidacte. résistance . si vous chang ez de camp et si vous jouez à ce jeu. Ford sirotait une eau de Seltz dans une énorme chope où le mot CHAOS était peint en couleurs brillantes. Ayant entendu dire que Mitchell Feig enbaum avait découvert des lois universelles g uidant le comportement des fonctions en feed-back. Ce que je ne comprenais pas. au sein de ce chaos. Un nombre croissant d’entre eux perçut la vanité qu’il y avait à étudier des parties isolées du tout. des courbes stables se divisant en deux. vous les reprenez. Joseph Ford. puis en quatre. colère . compliquées. aurait douté d’un arg ument écrit. difficiles. le chaos est comme un rêve. un modèle d’oscillateur élémentaire soumis au frottement – un exemple célèbre dans les manuels. la récompense sera de taille. puis s’arrêtèrent. » Pourtant. c’était l’hostilité. c’était par habitude. Mais il aurait aussi bien pu affirmer à un auditoire de paléontolog ues que les dinosaures avaient des plumes. je suis trop raffiné pour cela. vous pouvez décrocher le g ros lot. du Georg ia Institute of Technolog y. Pour moi. personne ne pouvait tout à fait accepter ce terme. bon Dieu ! ils commencèrent à sauter sur leurs sièg es. se revoyait. approbation. un mathématicien et poète à la barbe blanche. avec bien d’autres.

chercheur en mathématiques appliquées au Brookhaven National Laboratory. il y a un attracteur étrang e de faibles dimensions”. le chaos de faibles dimensions était un cas particulier. « Relisons les lois de la thermodynamique. James Crutchfield. « chaos » était un mot trop restrictif. car il impliquait le hasard. sans être totalement prévisible. richesse de choix. considérait que « chaos » était un mot inadéquat pour désig ner ses travaux. de dimensions deux ou trois (ou fractionnaires). Et : Un domaine de recherche en expansion rapide dans lequel les mathématiciens. que les systèmes trop complexes pour les mathématiques traditionnelles pouvaient cependant obéir à des lois simples . comme Arthur Winfree. Comme le dit un jour le physicien Bernardo Huberman : « Si vous avez une rivière turbulente. à Long Island : Comportement récurrent apparemment aléatoire dans un système déterministe (de type mécanique) élémentaire. La traduction dans le langage naturel de cette formulation mathématique est : comportement générant de l’information (amplifiant de petites incertitudes). les physiciens. La non-linéarité et le feed-back renfermaient tous les outils nécessaires pour encoder puis déployer des structures aussi riches que le cerveau humain. Roderick V. Hao Bai-Lin. leur tâche était de comprendre la complexité elle- même. » Le chaos était un ensemble d’idées qui persuadaient tous ces scientifiques qu’ils participaient à une entreprise commune. mathématiciens. La revue Nature rapporta un débat récurrent sur cette question : le climat terrestre dépend-il d’un attracteur étrang e ? Les économistes tentaient de reconnaître des attracteurs étrang es dans les tendances boursières – jusqu’à aujourd’hui. Et : Une classe de phénomènes naturels. les applications à une dimension de Feig enbaum ou les attracteurs étrang es de Ruelle. Trop de phénomènes dans l’Univers semblaient échapper au chaos de faibles dimensions. Les dynamiciens espéraient utiliser les outils du chaos pour expliquer la turbulence pleinement développée. Personne ne savait si de telles expériences. Pour lui. un physicien chinois qui réunit nombre d’articles historiques sur le chaos en un volume de référence : Une forme d’ordre sans périodicité. abondance de perspectives. biolog istes. H. non linéaires. qui s’était lui-même proclamé évang éliste du chaos : Dynamique enfin délivrée du joug de l’ordre et de la prédicibilité… Systèmes libérés pour explorer au hasard toutes leurs possibilités dynamiques… Variété excitante. de Yale University. Il impliquait des systèmes simples. ils n’en ont pas trouvé. explorant les fonctions itérées et le désordre fractal infini de l’ensemble de Mandelbrot. alors nous ôterons tous nos chapeaux et nous reg arderons. Bruce Stewart. Ce qui l’intéressait. nouvellement identifiée et omniprésente. Physiciens. ils avaient la conviction que des systèmes simples et déterministes pouvaient donner naissance à la complexité . quelle que fût leur discipline. écrivit James E. Albert Libchaber. Et Ford. irrégulier de systèmes dynamiques déterministes. les hydrodynamiciens. le messag e primordial était que des processus naturels élémentaires pouvaient eng endrer de mag nifiques édifices de complexité sans hasard. physicien théoricien étudiant l’éventualité d’un chaos quantique : Le comportement imprévisible. du collectif de Santa Cruz : Dynamique à entropie métrique positive mais finie. maintenant à l’université de Chicag o. les écologistes et de nombreux autres chercheurs ont tous apporté d’importantes contributions. l’auteur de l’hypothèse . Lovelock. et que. Selon Winfree. mettait ses élég antes techniques expérimentales au service de la turbulence. et si vous y plong ez une sonde en disant : “Reg ardez. c’était les lois de la complexité de g randes dimensions – et il était convaincu que de telles lois existaient. Pour d’autres scientifiques qui. construisant une enceinte d’hélium liquide des milliers de fois plus g rande que sa minuscule cellule de 1977. permettraient de découvrir des attracteurs simples. John Hubbard. Jensen. libérant dans l’espace et le temps le désordre des fluides. exploraient la topolog ie g lobale des systèmes biolog iques.

la diffusion en zig zag s des décharg es électriques. des plantes et des animaux autoreproducteurs. Les physiciens ont quelques problèmes pour mesurer le deg ré d’ordre dans l’eau – par exemple. À mesure que l’Univers reflue vers son état d’équilibre. Mais elle a ég alement rég né sur des domaines très éloig nés de la science : elle fut tenue pour responsable de la désag rég ation des sociétés. ce n’est qu’aujourd’hui que l’on dispose des outils nécessaires à sa compréhension. Lorsque l’eau se cong èle. Certains sont de nature fractale. La complexité prolifère dans notre monde. et de nombreuses autres variantes sur le thème de la décadence. les cristaux émettent de petites pointes . Tout processus convertissant de l’énerg ie d’une forme en une autre en perd oblig atoirement une partie sous forme de chaleur. ce trouble s’accroît du fait de l’existence de l’entropie. Des g énérations de scientifiques avaient dessiné et classifié ce panachag e de formes : . Les flocons de neig e obéissent à des lois mathématiques d’une surprenante subtilité. créatrices. ces pointes s’allong ent. L’Univers est une rue à sens unique. et de nouvelles pointes jaillissent de leur surface. Elle est vraie en thermodynamique. comme l’a dit l’un d’eux. ce n’est qu’aujourd’hui que l’on peut demander à un physicien. la beauté particulière d’un indéterminisme sextuple. L’étude de la formation de ces motifs est devenue une branche de la physique et des sciences de la nature permettant aux scientifiques de simuler l’ag rég ation de particules en amas. et la croissance des cristaux de g lace ou d’alliag es métalliques. des systèmes d’information complexes comme le cerveau. La nature forme des motifs. Tout tend vers le désordre. où l’apparition de structures cristallines s’accompag ne en permanence d’une libération d’énerg ie. du déclin économique. sans hypocrisie : « Pourquoi les flocons de neig e sont-ils tous différents ? » Dans la turbulence de l’air. de la corruption des mœurs. mais diaboliquement difficile à cerner en tant que mesure du désordre. quel seraient son diamètre et le nombre de ses ramifications. leur frontière devient instable. L’efficacité parfaite est impossible. Quelle que soit sa formulation. Il est vrai qu’au premier abord elles ressemblent à l’inscription que l’on trouve à l’entrée de l’Enfer de Dante…» Et pourtant… La deuxième loi de la thermodynamique est une mauvaise nouvelle scientifique qui s’est trouvée g randement vérifiée dans la culture non scientifique. les cristaux de g lace forment. Certains sont ordonnés dans l’espace mais désordonnés dans le temps. par une combinaison célèbre de hasard et de symétrie. d’autres donnent lieu à des états stables ou à des états oscillants. Si ces îlots d’ordre en évolution obéissent certainement à la deuxième loi de la thermodynamique. Des physiciens sérieux s’interrog eant sur les conséquences de la thermodynamique réalisent combien est troublante la question de savoir. cette deuxième loi semble incontestable. une notion insaisissable. et ceux qui se tournent vers la science pour avoir une compréhension g lobale des habitudes de la nature tireront désormais un meilleur profit des lois du chaos. Bien que cette dynamique paraisse élémentaire – des formes qui chang ent dans l’espace et le temps –. Mais l’entropie thermodynamique échoue lamentablement à mesurer le deg ré de chang ement du formé et de l’informe lors de la création des acides aminés. avec des structures invariantes d’échelles. raisonnablement bien définie – en termes de chaleur et de température – pour les besoins de la thermodynamique. se situent ailleurs. et il était impossible de prédire avec précision la rapidité avec laquelle croissait une pointe. il s’arrang e malg ré tout pour créer des structures intéressantes. d’autres sont ordonnés dans le temps mais désordonnés dans l’espace. L’entropie doit toujours augmenter dans l’Univers et dans tout système isolé qu’il pourrait contenir.Gaïa. lors de la cong élation. s’enfonçant dans un bain de chaleur indifférencié d’entropie maximale. Ces interprétations imag ées et secondaires de la deuxième loi apparaissent aujourd’hui sing ulièrement peu judicieuses. des micro-org anismes. « comment un flux d’énerg ie qui s’écoule sans but peut-il répandre la vie et la conscience dans le monde ? » En outre. les lois importantes.

les traités considéraient la formation d’un cristal comme une affaire de classification. Faute d’une meilleure approche. aig uilles et dendrites.plaquettes et colonnes. . cristaux et polycristaux.

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Mais lorsqu’un cristal se solidifie vers l’extérieur à partir d’un g erme initial – comme un flocon de neig e capturant des molécules d’eau lors de sa chute dans un air saturé de vapeur –. simulée sur ordinateur. inset : Shoudon Liang RAMIFICATION ET COALESCENCE. les choix réalisés à tout instant par les excroissances ramifiées dépendent sensitivement de choses telles que la température. Aux endroits où la diffusion de chaleur tend à eng endrer de l’instabilité. Les six aig uilles d’un simple flocon. correspond à un problème de frontière libre. Ce n’est pas le cas. À leur g rande surprise. les scientifiques découvrirent que le mélang e de stabilité et d’instabilité s’arrang eait pour amplifier cette préférence au niveau microscopique. La dépendance sensitive aux conditions initiales ne sert pas à détruire mais à créer. stimulée par les mathématiques fractales. Mais la physique de la diffusion de chaleur ne peut expliquer à elle seule les motifs observés par les chercheurs lorsqu’ils reg ardent des flocons de neig e au microscope ou qu’ils les font croître dans leur laboratoire. mais de physiciens théoriciens et de métallurg istes qui y trouvèrent leur intérêt. l’humidité. les chercheurs supposaient traditionnellement qu’ils pouvaient en pratique les nég lig er. L’équilibre entre ces deux tendances dépend de la taille du cristal. Dans le cas de la g lace. Les surfaces rug ueuses exig ent davantag e d’énerg ie. le processus devient instable. Les échelles les plus infimes se révélèrent avoir une importante cruciale : les effets de surface s’y avèrent infiniment sensibles à la structure moléculaire d’une substance se solidifiant. et la vitesse de cette solidification dépend de la capacité des parois à évacuer la chaleur. puis à des sous-ramifications. ceux qui étaient essentiels de ceux que l’on pouvait ig norer en toute sécurité. Elle donne naissance à de nouvelles ramifications. eng endrant la forme dentelée. Mais les mathématiques sont identiques : les lois de la création des formes sont universelles. de ces dendrites. parmi les nombreux phénomènes physiques mis en jeu. instable et fortement non linéaire : les modèles doivent suivre l’évolution dynamique d’une frontière sinueuse. L’action de la tension de surface fait qu’une substance préfère des frontières lisses comme la paroi d’une bulle de savon. Lorsque la solidification se fait de l’extérieur vers l’intérieur. Devant la petitesse des effets de la tension de surface. Récemment. la tension de surface eng endre de la stabilité. il s’ag it d’une symétrie moléculaire favorisant naturellement six directions de croissance. Au cœur de ce nouveau modèle du flocon de neig e. établit un rapprochement entre certains motifs naturels comme les trajectoires en forme d’éclair d’une décharge électrique et l’agrégation. les scientifiques sont parvenus à intég rer un autre processus : la tension de surface. comme dans un bac à g laçons. complexe. On sait aujourd’hui que la croissance de ces pointes. L’une des difficultés était de disting uer. la symétrie moléculaire et donc les cristaux caractéristiques qui permettent de déterminer la résistance d’un alliag e sont différents. une interaction féconde entre des forces à l’échelle atomique et des forces aux échelles ordinaires. la tension de surface est prépondérante aux échelles microscopiques. était la diffusion de chaleur libérée lors de la cong élation. et la présence d’impuretés dans l’atmosphère. Cette description mathématique ne fut pas le fait des météorolog ues. on retrouve l’essence du chaos : un équilibre délicat entre des forces de stabilité et des forces d’instabilité . de particules soumises à un mouvement aléatoire (médaillon). Une portion de surface saillante par rapport à ses voisines capte davantag e de molécules d’eau et a donc une croissance plus rapide – c’est « l’effet paratonnerre ».Oscar Kapp. presque fractale. Le plus important d’entre eux. L’étude de la génération de formes. Alors que la diffusion de chaleur est essentiellement un processus macroscopique. Lorsqu’un flocon de neig e en formation tombe vers la Terre – flottant dans le vent durant environ une heure –. réparties dans un espace d’un millimètre. ressentent la même . les physiciens l’avaient reconnu depuis long temps. constituant les flocons de neig e. à g rande échelle. cette frontière reste g énéralement stable et lisse. Dans les métaux.

La forme finale d’un flocon est ainsi l’histoire de toutes les variations de conditions atmosphériques qu’il a subies. conservent une symétrie presque parfaite. Mais la nature de l’air turbulent est telle que deux flocons quelconques suivront des trajectoires très différentes. . et leur combinaison peut être pratiquement infinie.température et. les lois de croissance étant purement déterministes.

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Martin Glicksman / Fereydoon Family .

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ainsi que Lorenz l’a découvert depuis long temps. « la profession ne peut plus éluder les anomalies ». Dans les domaines abstraits de la physique théorique. selon l’expression de Kuhn. La science normale est. » De telles idées permettent à l’entreprise collective qu’est la science d’avancer. Lorsqu’ils reg ardaient sur un ordinateur des simulations de croissance dendritique. En écolog ie. MacArthur élabora une conception de la nature qui consacra la notion d’équilibre naturel. Pourtant. tel par exemple celui de l’existence du chaos quantique : la mécanique quantique admet-elle les phénomènes chaotiques de la mécanique classique ? En hydrodynamique. La simulation sur ordinateur des délicats processus thermodynamiques mis en jeu permet de retrouver la forme des flocons de neige réels (ci-dessus). Dans certains laboratoires. l’équilibre naturel possédait ce qu’on pourrait presque appeler . « L’évolution est un chaos avec du feed-back ». disent volontiers les physiciens. il forme une excroissance (présentée ici sur un cliché en surimpression) dont la frontière instable émet des branches latérales (à gauche). qui fut le dernier étudiant de Robert MacArthur. la théorie de bifurcation de Feig enbaum prog resse aux États-Unis et en Europe. cette excroissance en un déploiement de ramifications. espérant découvrir les mécanismes universels de l’adaptation. aucune philosophie. aucune preuve. ils étudient l’évolution. Après avoir découvert que cette instabilité obéissait aux lois universelles du chaos. En astronomie. « Mais ces dés sont pipés. pensèrent pouvoir ensuite s’attaquer à la biolog ie. rivalisent. de parois cellulaires. Pour MacArthur. De nombreuses voies de recherche semblent aujourd’hui ouvertes. les idées du chaos ne pouvaient prévaloir tant que ses méthodes n’apparaîtraient pas comme une nécessité. Schaffer. L’Univers est certes du hasard plus de la dissipation. les spécialistes du chaos recourent à des instabilités g ravitationnelles imprévues pour expliquer l’orig ine des météorites – ce catapultag e apparemment mystérieux d’astéroïdes depuis une rég ion située loin derrière Mars. dit Joseph Ford. dans le même temps. doyen de cette discipline dans les années cinquante et soixante. aucune expérience se semble jamais tout à fait suffisante pour influer sur les chercheurs individuels pour qui la science doit d’abord et toujours fournir une méthode de travail. avec ses milliards de composants et ses capacités d’apprentissag e. d’org anismes bourg eonnant et se divisant. Ce flux transforme une frontière en une excroissance. Mais un hasard orienté peut eng endrer une complexité surprenante. Ses modèles supposaient l’existence d’équilibres dont les populations vég étales et animales s’écartaient peu. les scientifiques explorent de nouveaux problèmes. En physique mathématique. Des scientifiques utilisent la physique des systèmes dynamiques pour étudier le système immunitaire de l’homme. ils avaient dans leur for intérieur la vision d’alg ues. depuis les particules microscopiques jusqu’à la complexité du quotidien. en perdition . et évoluent selon la sélection naturelle. et ce déploiement en une structure complexe jamais observée auparavant. Mais pour n’importe quel scientifique. Ils sont le résultat d’un déséquilibre dans le flux d’énerg ie d’un endroit de la nature à un autre. Lorsqu’un liquide cristallise. inévitablement. telle est la réponse de Ford à la célèbre question d’Einstein. Ceux qui élaborent de tels modèles rencontrent rapidement des structures qui se reproduisent. Cela s’est vérifié dans chaque discipline. de reconnaissance de formes .ÉQUILIBRE ENTRE STABILITÉ ET INSTABILITÉ. on assiste au déclin des méthodes traditionnelles. de mémorisation. tandis que Pierre Hohenberg et Günter Ahlers étudient le déplacement étrang e des ondes de convection. Et. un dispositif ne donne pas ce qu’on pensait . Et le principal objectif de la physique aujourd’hui est de découvrir selon quelles règ les ils furent pipés et comment nous pouvons les utiliser à nos propres fins. Libchaber construit son enceinte g éante d’hélium liquide. Les flocons de neig e correspondent à des phénomènes de non-équilibre. et. les scientifiques réussirent à appliquer les mêmes méthodes à toute une foule de problèmes physiques et chimiques. il y eut William M. la dissipation est un facteur d’ordre. « Dieu joue aux dés avec l’Univers ».

Il réunit des données. Le modèle de Schaffer prédit ég alement les conséquences résultant d’un amortissement dynamique par des campag nes de vaccination – conséquences imprévisibles par l’épidémiolog ie classique. et amorties par la résistance naturelle des enfants. si vous reg ardez ces fig ures. passe pour des concepts fondamentaux est comme le calme qui précède la tempête – ici. le dernier étudiant de MacArthur réalisa que toute écolog ie basée sur une notion d’équilibre était vouée à l’échec.une qualité morale – dans ses modèles. les états d’équilibre entraînaient l’utilisation la plus efficace des ressources nutritives –. de dimension fractale ég ale à environ 2. » Schaffer utilisa les attracteurs étrang es pour explorer l’épidémiolog ie des maladies infantiles comme la roug eole et la varicelle. Schaffer dénombrait les abeilles sur chaque pédoncule. « Plus précisément. L’appel messiannique de Robert May en 1975 semblait ne pas pouvoir mieux s’adresser qu’à lui. la variation annuelle de roug eole paraissait inexplicable – aléatoire et soumise à un bruit. « Ce qui. Il y avait une concurrence entre les bourdons et les abeilles à miel. et sur toute l’Ang leterre et le pays de Galles. Schaffer vécut dans le désert entourant Tucson. Pour un épidémiolog ue traditionnel. Aux niveaux collectif et personnel. Là. Au lieu de cela. une tempête non linéaire. d’abord sur New York et Baltimore. dans les fourrés. en Arizona. La nature est plus complexe. Quel était le lien entre des applications à une dimension et des systèmes continûment variables. La roug eole devait varier de manière chaotique. Après une année de moyenne contag ion. Malg ré ses variations annuelles. dit Schaffer. en juin et juillet. après les floraisons de printemps et avant les pluies de l’été. Paradoxalement. les abeilles à miel et les abeilles ouvrières. c’est la même chose. » Il se borna à noter la référence sur un bout de papier. À l’aide des techniques de reconstruction de l’espace des phases. Le modèle que Schaffer élabora pour expliquer les fluctuations de population était . La nature laissée à elle-même était bonne. Le chaos pourrait ébranler les hypothèses les plus tenaces. dit-il à ses collèg ues. au nord.” » Bien que l’attracteur soit chaotique. en écolog ie. Ces maladies sont entretenues chaque année par contag ion entre écoliers lors de la rentrée scolaire. Il se trouve que les données correspondirent exactement à ce que Schaffer avait prédit. une rég ion d’épineux où la température reste raisonnable lorsque le désert est brûlant. mesurait les quantités de pollen en le pompant à l’intérieur des fleurs à l’aide de pipettes. cette transition de la science traditionnelle au chaos s’est effectuée de manière imprévue. Schaffer calcula des exposants de Lyapounov et effectua des sections de Poincaré. il connaissait trop l’écolog ie pour apprécier le point de vue de May. la nature déterministe du modèle permet une certaine prédicibilité. Les modèles traditionnels sont trahis par leurs propres tendances linéaires. en Écosse. Schaffer et ses étudiants observaient les abeilles et les fleurs de diverses espèces. Pour Schaffer. cela saute aux yeux et vous vous dites : “Mon Dieu. un g aspillag e minimal. bien qu’il ait contesté son article après l’avoir lu. Schaffer montra que la roug eole obéissait à un attracteur étrang e. À une forte contag ion de roug eole telle année succédera une disparition de la maladie l’année suivante. Il pensait que les idées mathématiques qu’il contenait étaient irréalistes par rapport aux types de systèmes étudiés par les écolog istes. comme pour de nombreux autres chercheurs.5. pensait-il. puis sur Aberdeen. l’ampleur de la maladie ne subira qu’une lég ère variation. Schaffer se tourne aujourd’hui vers le chaos. Un collèg ue lui dit alors : « Lisez Lorenz. Une année de contag ion moyenne entraînera la plus g rande imprédicibilité. Une ving taine d’années plus tard. Des années plus tard. et passa ses étés dans les montag nes de Santa Catalina. les idées du chaos prog ressent différemment et pour des raisons différentes. et analysait les données mathématiquement. ce système écolog ique était facile à étudier. « à la fois stimulant et un peu menaçant ». Il construisit un modèle dynamique ressemblant à celui d’un pendule à la fois amorti et entretenu. La varicelle devait varier de manière périodique.

Vers 1980. Yorke et les autres. d’autres avancèrent des conditions climatiques inhabituelles pendant l’été. Puis tout chang ea. les populations de fourmis variaient avec les saisons. Il retira sa demande de subvention auprès de la National Science Foundation et demanda une bourse à la Fondation Gug g enheim. Il ne pourrait plus travailler comme autrefois. Les abeilles se suspendaient au-dessus des fleurs. Il savait que. Lorsque. et piquaient sur les corolles dans un bourdonnement dynamique.convaincant. . Il lut enfin Lorenz. il découvrit que quelque chose n’allait pas. Il tomba sur un article concernant le chaos chimique apparaissant dans une expérience compliquée. L’université d’Arizona org anisa une série de conférences sur le thème « L’ordre dans le chaos ». expliquant le chaos chimique. Il lut des choses sur la reconstruction de l’espace des phases. il projeta le transparent d’un attracteur étrang e et dit « Voici les données réelles ». Harry Swinney fit un exposé – Swinney savait parler des expériences. Son modèle ne marchait pas. je sus que c’était ma destinée ». Schaffer envisag ea de compliquer son modèle en y ajoutant des variables supplémentaires. La rumeur courait parmi les étudiants que passer l’été à 1500 mètres d’altitude avec Schaffer n’était pas une sinécure. et il sentit que ses auteurs avaient rencontré exactement le même problème que lui : l’impossibilité de contrôler des dizaines de produits de réactions variables dans un récipient correspondait à l’impossibilité de contrôler des dizaines d’espèces dans les montag nes de l’Arizona. Il allait prendre une année sabbatique. là-haut dans la montag ne. Les nuag es g lissaient dans le ciel. Pourtant. « Tout à coup. Il avait oublié les acteurs principaux : les fourmis. Quelques collèg ues invoquèrent des conditions climatiques inhabituelles pendant l’hiver précédent . Mais il fut extrêmement déçu. ces chimistes avaient réussi là où il avait échoué. Schaffer eut un frisson dans le dos. dit-il.

Los Alamos National Laboratory. de loi de distribution ou d’analyse complexe. Quelques-uns fournirent des récits de souvenirs non publiés. University of California à Santa Cruz. Georg ia Institute of Technolog y. Richter approfondit – à travers d’inestimables contributions dues à Mandelbrot. mars 1982) et reproduit dans Metamagical Themas. J’ai supposé que les lecteurs au fait de ces questions reconnaîtraient les passag es traitant d’intég ration. Notes Ce livre trouve sa substance dans des conférences. La première introduction g énérale sur le chaos – donnant malg ré tout une idée éloquente du sujet et un aperçu de certains de ses aspects mathématiques fondamentaux – fut peut-être l’article de Doug las R. d’autres non. soit présentent l’utilité la plus g énérale pour les lecteurs recherchant d’autres applications aux idées qui les intéressent. leurs moyens informatiques : Boston University. Princeton University. Fait étonnant. En sélectionnant quelques articles parmi les milliers qui auraient pu être cités. Certains se rendirent disponibles durant de nombreuses heures et pendant plusieurs mois. National Center for Atmospheric Research. Observatoire de Nice. Lamont-Doherty Geophysical Observatory. University of California à Berkeley. des écrits scientifiques et surtout dans des interviews – menées d’avril 1984 à décembre 1986 – d’environ deux cents scientifiques. et le lecteur profane voulant prolong er sa lecture ne trouvera g uère de quoi satisfaire son désir. le premier a peut-être un point de vue plus historique. La description des lieux se fonde dans l’ensemble sur les visites que j’y ai effectuées. Il existe peu de sources d’information non techniques sur le chaos. Wiley. Institute for Advanced Study. dans Pour la Science. New York. The Fractal Geometry of Nature. Nonlinear Dynamics and Chaos. Watson Research Center. New York. Massachusetts Institute of Technolog y. l’ouvrag e indispensable. 1986. Sing apour. dans certains cas. 1985. Adrien Douady et Gert Eilenberg er – de nombreux aspects mathématiques du chaos dans le style romantique des Européens . Spring er-Verlag . de Heinz- Otto Peitg en et Peter H. Basic Books. Berlin. New York University. Bruce Stewart et J. European Centre for Medium Rang e Weather Forecasts. leurs sélections se recoupent relativement peu . The Beauty of Fractals. exaspérant. Thompson. Les deux recueils intéressants. réunissant les articles scientifiques les plus importants sont : Hao Bai-Lin. IBM Thomas J. Universality in Chaos. National Meteorolog ical Center. est celui de Benoît Mandelbrot. University of Chicag o. M. n°53. Chichester. Pour ceux qui s’intéressent aux orig ines de la g éométrie fractale. j’ai retenu ceux qui soit ont le plus directement influencé les événements mentionnés dans ce livre. Aucun de ces livres n’est à la portée du lecteur ne disposant pas d’un certain bag ag e scientifique. de recourir au lang ag e de la science. fr. Courant Institute of Mathematics. 1983(8). Bristol. National Institutes of Health. Woods Hole Océanog raphie Institute. Adam Hilg er. il contient de nombreuses imag es informatiques noir et blanc et multicolores dont plusieurs sont reproduites dans ce livre. 1984. Certains étaient des spécialistes du chaos. à chaque fois qu’il m’était possible. Hofstadter paru en 1981 dans Scientific American (trad. encyclopédique. 1986) un texte bien illustré destiné aux ing énieurs et à tous ceux qui désirent avoir une vue d’ensemble sur les applications des idées mathématiques. Chaos. Ceux qui désirent des développements mathématiques ou des références spécifiques les trouveront dans les notes qui suivent. Xerox Palo Alto Research Center. Harvard University. me donnant sur l’histoire et la pratique de la science des éclaircissements dont je ne dirai jamais assez combien je suis redevable. j’ai évité. On trouvera dans : H. World Scientific. et en exposant les motivations et les perspectives des scientifiques. . Freeman. et Predrag Cvitanovic. 1984. Les institutions suivantes ont mis à ma disposition leurs chercheurs. En décrivant les événements contenus dans ce livre. leurs bibliothèques et. Cornell University.

Hasslacher. That We Should Be Mindfull of It ? ». p. Joseph Ford. Cambridg e. Shlesing er - Yasha G. 1271-1275. pp. Farmer. 20 DES PROCESSUS PLUTÔT QUE DES ÉTATS. Austin Woods - James A. Georg ia Institute of Technolog y. Feig enbaum. Winfree - Jack Wisdom - Helena Wisniewski - Steven Wolfram - J. L’EFFET PAPILLON . 20 « IL Y A QUINZE ANS ». Les scientifiques japonais ont pris les problèmes de circulation très au sérieux . 1986. n°18D. Schneider - Christopher Scholz - Robert Shaw - Michael F. West - Robert White - Gareth P. Doyne Farmer - Mitchell J. Stephen Hawking’s Universe. Gomory - Stephen Jay Gould - John Guckenheimer - Brosl Hasslacher - Michel Henon - Doug las R. 20 LES BOUCHONS SUR UNE AUTOROUTE. Je donne en entier les références des livres et des articles . 22 LE COSMOLOGUE. Santa Cruz. Richter - Otto Rössler - David Ruelle - William M. Jen. Browand. Visscher. Voir aussi Robert Shaw. Gollub - Ralph E. Buchal. 1. 20 LA PRISE DE CONSCIENCE. Alvin M. Feig enbaum. 1984. Ford. Yorke. 21 « LA RELATIVITÉ A ÉLIMINÉ ». 135.K. « The Structure of the Turbulent Mixing Layer » Physica. Bonner - Robert Buchal - William Burke - David Campbell - Peter A. lorsqu’un nom seul est cité. Cambrig e University Press. pp. Cohen - James Crutchfield - Predrag Cvitanovic - Minh Duong -van - Freeman Dyson - Jean-Pierre Eckmann - Fereydoon Family - J. Leith - Herbert Levine - Albert Libchaber - Edward N. Carruthers. Carruthers - Richard J. Mandelbrot. Wilson - Arthur T. 1984. voir par exemple. May - Francis C. Schaffer - Stephen H. Goldberg er - Jerry P. Bruce Stewart - Steven Strog atz - Harry Swinney - Tomas Toffoli - Felix Villars - William M. Toshimitsu Musha et Hideyo Hig uchi. PROLOGUE Pag e 15 Los ALAMOS. n°309. Williams - Kenneth G. « The 1/f Fluctuation of a Traffic Current on an Expressway ». Spieg el - H. 1976. John Bosloug h. Shlesing er. Hofstadter - Pierre Hohenberg - Frank Hoppensteadt - Hendrik Houthakker - John H. la référence concerne l’un des scientifiques suivants qui m’ont particulièrement aidé dans ma recherche. Kuhn - Mark Laff - Oscar Lanford - James Lang er - Joel Lebowitz - Cecil E. Kerr. p. Shlesing er. Ralph H. Moon - Jürg en Moser - David Mumford - Michael Nauenberg - Norman Packard - Heinz-Otto Peitg en - Charles S. 16 « ON DIT QUE VOUS ÊTES ». Les chiffres placés devant les notes renvoient aux pag es du livre(9). Tito Arecchi - Michael Barnsley - Lennart Beng tsson - William D. 303-305. Jensen - Leo Kadanoff - Donald Kerr - Joseph Klafter - Thomas S. Ramsey . Wisniewski. 19 LES RESPONSABLES DE RECHERCHE. Visscher - Richard Voss - Bruce J. 21 TROIS DISCIPLINES. F. Campbell. préprint. 21 LA TROISIÈME GRANDE RÉVOLUTION. Japanese Journal of Applied Physics. Yorke. 12. Carruthers. The Dripping Faucet as a Model of Chaotic System. Hubbard - Bernardo Huberman - Raymond E. Ideker - Erica Jen - Roderick V. Aerial. 19 LES NOUVEAUX CONSTITUANTS DU MOUVEMENT. Martin - Robert M. Saperstein. Sinai - Steven Smale - Edward A. Shlesing er. « What is Chaos. Peskin - James Ramsey - Peter H. « Chaos – A Model for the Outbreak of War ». 1980. Abraham - Günter Ahlers - F. Wisdom. Marcus . Lorenz - Willem Malkus - Syukuro Manabe - Benoît Mandelbrot - Arnold Mandell - Philip Marcus - Paul C. p. Les notes ci-dessous indiquent les sources principales que j’ai utilisées pour les citations et les idées émises. Nature. Feig enbaum - Joseph Ford - Ronald Fox - Robert Gilmore - Leon Glass - James Glimm - Ary L.

Birkhoff qui. 55. Lorenz. 56. 35 CE JOUR-LÀ. La prédiction devient impossible…» L’avertissement de Poincaré au début de ce siècle fut pratiquement oublié . 95-109. New York. celui qui perçut le mieux la possibilité du chaos fut Jules-Henri Poincaré. Mais. Si nous connaissions exactement les lois de la nature et la situation de l’Univers à l’instant initial. nous ne pourrions connaître la situation initiale qu’approximativement. 1963. 36 VON NEUMANN IMAGINA. On trouvera une analyse plus ancienne – mais importante – de ce problème dans l’article de L. Lorenz. 1964. Lorenz. Spring er-Verlag . 1986.. Malkus. p. Weather Prediction by Numerical Process. 28 CE FURENT DES RÈGLES NUMÉRIQUES. Press. nous disons que le phénomène a été prévu. 1963. 32 « VOICI LE GENRE DE RÈGLE ». mais il n’en est pas toujours ainsi. in Global Analysis. 1966. ving t ans après.. Lorenz . on trouvera une vue d’ensemble de l’opinion des experts de l’époque dans « Weather Scientists Optimistic That New Finding s Are Near ». coïncidence. Quelques souvenirs personnels de Lorenz sur son premier modèle informatique de l’atmosphère sont parus dans « On the Prevalence of Aperiodicity in Simple Systems ». 34 LES PETITES ERREURS SE RÉVÉLAIENT CATASTROPHIQUES. une petite erreur sur les premières produirait une erreur énorme sur les derniers. Il existe ég alement un témoig nag e des attirances antag onistes exercées par les mathématiques et la météorolog ie sur sa pensée dans « Irreg ularity : A Fundamental Property of the Atmosphere ». il peut arriver que de petites différences dans les conditions initiales en eng endrent de très g randes dans les phénomènes finaux . n°20. 448-464. c’est tout ce qu’il nous faut. Lorenz a donné une description moderne et accessible du problème du recours à des équations pour modéliser l’atmosphère dans « Larg e-Scale Motions of the Atmosphere: Circulation ». 1979. « On the Prevalence ». the M. 31 « L’IDÉE MAÎTRESSE ». Lorenz. Les deux panneaux latéraux sont « The Mechanics of Vacillation ». aux États-Unis. 35 UNE PÉRIODE D’OPTIMISME IRRÉEL. détermine un effet considérable que nous ne pouvons pas ne pas voir. Spieg el. Cambridg e. Farmer.I. Mass. n°20. n°16. Hurley éd. 27 LA MÉTÉO SIMULÉE. Pierre Simon de Laplace. 1984. 33 SOUDAIN IL COMPRIT. dans les années ving t et trente. Les articles essentiels de Lorenz forment un triptyque dont l’élément central est « Deterministic Nonperiodic Flow ». 29 LA PURETÉ DES MATHÉMATIQUES. Woods. F. Cambridg e University Press. Dyson. p. 1922. un « Exposé Crafoord » présenté devant l’Académie royale des sciences de Suède le 28 septembre 1983 et reproduit dans Tellus.T. 35 « NOUS VIONS CERTES ÉCHOUÉ ». . Journal of the Atmospheric Sciences. 9 septembre 1963. p. 1. et alors nous disons que cet effet est dû au hasard.I. continue d’influencer mathématiciens et physiciens. lors même que les lois naturelles n’auraient plus de secret pour nous. Winfree. Paris.T. Marsden éd. fut le professeur du jeune Edward Lorenz au M. P. Essai philosophique sur les probabilités. Poincaré remarqua. qu’il est rég i par des lois . 53-75. Tellus. 31 « EMBRASSERAIT DANS LA MÊME FORMULE ». Mg rmela et J. Si cela nous permet de prévoir la situation ultérieure avec la même approximation. 130-141. et « The Problem of Deducing the Climate from the Governing Equations ». n°36 A. pp. pp. pp. M. in Advances in Earth Science. Cambridg e.. Schneider . pp. Ils constituent un travail faussement élég ant qui. Richardson. 98-110. nous pourrions prédire exactement la situation de ce même Univers à un instant ultérieur. 1-11. The New York Times. dans Science et méthode : « Une cause très petite. voir aussi « On the Prevalence ». De tous les physiciens et mathématiciens classiques qui ont réfléchi sur les systèmes dynamiques. Christian Bourg ois. pp. pp. Journal of the Atmospheric Sciences. qui nous échappe. le seul mathématicien à suivre sérieusement. l’exemple de Poincaré fut Georg e D.

Peter B.T. 37 ON AVANÇA DES PRÉVISIONS.. L’un des premiers articles avançant l’idée que ces inversions résultent d’un chaos inhérent au système est celui de K. pp. 1963. 3. n °73. 44 LORENZ PRIT DONC LES ÉQUATIONS. Proceedings of The National Academy of Sciences. Spring er-Verlag . quatre des variables étaient proches de zéro – et pouvaient donc être nég lig ées. 51 PERSONNE NE SONGEA. 47 LA ROUE HYDRAULIQUE. 371. l’un des ouvrag es techniques faisant autorité est celui de Colin Sparrow. 1981. 410. deux décennies plus tard. 36 UNE ÉNORME ET COÛTEUSE BUREAUCRATIE. Leith. Ce modèle classique. « Recent Theory of Turbulence ». 4297-4301. Oxford. de Yale University. 1976. Chaos. Medawar. est dx/dt = 10(y - x) dy/dt = -xz + 28x - y dz/dt = xy - (8/3)z Depuis son apparition dans « Deterministic Nonperiodic Flow ». pp. White. p.. 1982. The Lorenz Equations. . P. 409-432. ce système a été amplement analysé . Robbins. Malkus. – The Mechanics of Vacillation ». 1982. 1962. 41 IL DEVAIT Y AVOIR UN LIEN. p. » Il remarqua qu’une « tornade est un phénomène hautement local. John von Neumann. 39 « LA PRÉVISION EST SANS INTÉRÊT ». p. « A Moment Equation Description of Mag netic Reversals in The Earth ». mais une de leurs versions « refusait de se calmer ». 41 « FAUTE DE CLOU ». Au début. Lorenz. Bonner. Taub éd. 1949. n°19. A. in Pluto’s Republic. certains scientifiques recherchant des causes extérieures telles que la collision avec d’énormes météorites. la conception chaotique des champs mag nétiques terrestres fait encore l’objet d’un âpre débat. Press. durant ce comportement chaotique. 39 SUPPOSEZ CEPENDANT QUE L’ON PUISSE RECOUVRIR LA TERRE. » 43 « LES CARACTÉRISTIQUES ESSENTIELLES DE L’ÉQUATION ». p. in Collected Works with Commentaries. Woods. Les équations de Saltzman avaient habituellement un comportement périodique.. 50 « ED. The M. « Finite Amplitude Convection as an Initial Value Problem ». et que sa trajectoire exacte peut dépendre de détails apparents sans g rande extension. 1963. 301-304. Journal of the Atmospheric Sciences. vol. Yorke. Cet ensemble de sept équations pour modéliser la convection fut conçu par Barry Saltzman. AU MILIEU DES ANNÉES SOIXANTE. Georg e Herbert . selon l’expression de Lorenz. pp. vol. Masani éd. Ibid. II : 25 : 4. Cambridg e. 437. Mass. in Transactions of the New York Academy of Sciences. Wiener précéda Lorenz en entrevoyant à tout le moins la possibilité d’une « auto-amplification des petits détails de la carte météo. Bifurcations. Perg amon Press.I. Lorenz. NOUS SAVONS ». il était cité plus d’une centaine de fois par an. « Deterministic Nonperiodic Flow » était cité environ une fois par an dans la littérature scientifique . Lorenz recourut à l’imag e de la mouette . Beng tsson. « The Predictability of Hydrodynamic Flow ». 44 « NOUS POURRIONS CERTAINEMENT AVOIR DES DIFFICULTÉS ». « Expectation and Prediction ». le 29 décembre 1979. H. 43 UNE TASSE DE CAFÉ BRÛLANT. 47 GEODYNAMO. 6. habituellement appelé « système de Lorenz ». A. l’expression retenue semble avoir son orig ine dans son article « Predictability: Does the Flap of a Butterfly’s Wing s in Brazil Set Off a Tornado in Texas ? » présenté lors de la rencontre annuelle de l’American Association for the Advancement of Science. 38 L’EFFET PAPILLON. Malkus. in Collected Works. Barry Saltzman. à Washing ton. Malkus . Oxford University Press.. 329. Oxford. Lorenz réalisa que. 49 TROIS ÉQUATIONS. que Lorenz avait rencontré. and Strange Attractors. cité dans ce contexte par Norbert Wiener dans : « Nonlinear Prediction and Dynamics ».

Flammarion. The Structure. p. 1985. 1982. « Scaling for External Noise at the Onset of Chaos ». 1970 (trad. p. Yorke et d’autres. Un bon résumé. University of Chicag o Press. 65 SPHÈRES SPATIALES. 24 juillet 1986. p. New York. 182. n°46. Cambridg e. RÉVOLUTION 55 L’HISTORIEN DES SCIENCES. A. That We Should Be Mindfull of It ? ». Demko éd. XVIII. Rudnick. Massachusetts Institute of Technolog y . citant J. F. The Structure. Libchaber. deuxième édition revue et aug mentée. 24. 206. 1977 . 1983. n°305. p. 56 NETTOYAGE. 58 Si UN PHYSICIEN DES PARTICULES. préprint. p. n° A 26. S. interview. parmi de nombreuses analyses. Huberman et A. Cvitanovic. 111. Center for Cog nitive Science. La Structure des révolutions scientifiques. M. Beasley. Academic Press. et « Chaos: Solving the Unsolvable. 129-130. Joseph Ford. et sur une interview de Kuhn. « What Are Scientific Revolutions ? ». Atlanta. 234. 1981. « Chaotic States and Routes to Chaos in the Forced Pendulum ». recourant probablement à un mécanisme de feed-back non linéaire situé dans son inconscient. Journal of Personality. préprint. 60 LES RÉVOLUTIONS NE SE FONT PAS. des complications possibles du mouvement d’un pendule simple entretenu est fourni par D. Ford. « What Are Scientific Revolutions ? ». G. 57 « DANS LES CONDITIONS NORMALES ». p. 933. Paris. 1983). p. Michael Berry a étudié la physique de ce jouet aux niveaux théorique et . 59 « LES MATHÉMATICIENS SONT MASO ». p. p. 2-10. Berry. « The Unpredictable Bouncing Rotator: A Chaolog y Tutorial Machine ». The Structure. Chicag o. New Scientist. H. sur « What Are Scientific Revolutions ? » article de circonstance n°18. Predicting the Unpredictable ». 61 LA SOURIS DE LABORATOIRE. Physical Review. « What is Chaos. Crutchfield. B. 64 « LA PHYSIOLOGIE ET LA PSYCHIATRIE ». pp. Belknap Press. Bernard Cohen dans Revolution in Science. 59 C’ÉTAIENT DES MOTS. Barnsley et S. 3483-3496. pp. « On the Perception of Incong ruity: a Paradig m ». David Tritton. En pratique. « Simplicity and Universality in the Transition to Chaos ». M. Wills Physics Laboratory. puis sur The Essential Tension: Selected Studies in Scientific Tradition and Change. Pour les idées de Kuhn. à peu près à la même époque où Lorenz prog rammait son ordinateur pour modéliser le temps. 56 LES EXPÉRIMENTATEURS EFFECTUENT. cet article est un essai non technique sur les implications philosophiques du chaos pendulaire. 60 « C’EST PLUTÔT COMME si ». 64 C’EST POSSIBLE. R. 62-65. Nauenberg et J. The Essential Tension. Mass. 58 TOLSTOI. 60 CES RÉSULTATS NOUS SEMBLENT. AUSSI ÉTRANGE QUE CELA PARAISSE. 1985. D’une lecture abordable. 23. fr. je me suis appuyé en premier lieu sur The Structure of Scientific Revolutions. Bruner et Leo Postman. p.. 62 « SI DEUX AMIS ». il y a ving t-cinq ans. Michael Berry note que l’on trouve dans le Oxford Eng lish Dictionary : « Chaolog ie (rare) : histoire ou description du chaos ». H. D’Humieres. Richter. Chicag o. pp. 64 POURTANT. J. Georg ia Institute of Technolog y. Physical Review Letters. p. Galilée. 56 À L'ÉPOQUE DE BENJAMIN FRANKLIN. in Chaotic Dynamics and Fractals. 37. M. Alan Wolf. 55 « JE N’ARRIVE PAS ». Nature. 13-15. une personne poussant une balançoire peut toujours provoquer un mouvement plus ou moins rég ulier. « Chaos in the Swing of a Pendulum ». Une autre analyse détaillée et précieuse de ce sujet a été fournie par I. Voir aussi pp. L’interprétation des révolutions scientifiques avancée par Kuhn a été larg ement examinée et débattue depuis qu’il l’a proposée. Bristol. 60 LE CHAOS PRÉDIT AUJOURD’HUI. 277. Opere VIII. The Essential Tension. 61 LORSQU'ARISTOTE OBSERVA.. The Structure. 1949. University of Chicag o Press. 60 LE CŒUR DU CHAOS. 229.

Mary Lucy Cartwrig ht et J. pp. Guckenheimer. Bifurcations of Periodic Orbits. 67 UN JEUNE PHYSICIEN. 72 RÉSISTANT ET ÉTRANGE. van der Pol a décrit ses travaux dans Nature. 76 MAIS LE PLIAGE. 75 POUR CONSTRUIRE UNE VERSION. The Mathematics of Time : Essays on Dynamical Systems. Hénon. 81 « EH ! QU’EST-CE QUE C’EST ». Planetary Report. il décrit un éventail de comportements uniquement interprétables en termes de dynamique chaotique : « KAM Tori. pp. Rössler. 71 UNE LETTRE D'UN COLLÈGUE. LES HAUTS ET LES BAS DE LA VIE 85 POISSONS VORACES. Marcus. un bref aperçu quelque peu anecdotique de la pensée de Smale à cette époque est « On How I Got Started in Dynamical Systems ». 4 : 3. n°261. « Moscow Silences a Critical American ». Smale. 75 CETTE PROCÉDURE SIMULE. 68 SMALE. Feig enbaum . pp. Knopf. 68 CET ÉPISODE MOSCOVITE. 74. Fox. Facing Nature. Smale. Ce collèg ue était N. 69 LORSQU’IL RENTRA. Smale a fait un exposé mathématique définitif de ce travail dans « Differentiable Dynamical Systems ». 76 « CE FUT UN AGE D'OR ». 363- 364. communication présentée aux 110e Rencontres de l’Acoustical Society of America. 1927. Philip S. 1967. mais Smale. 72 CE N’ÉTAIT QU’UN TUBE À VIDE. E. n°120. Marcus. Abraham. 1976. Ces mathématiciens étaient tous conscients de l’éventualité du chaos dans les systèmes élémentaires. Smale. Stable Fixed Points and Strang e Attractors ». Tennessee. pp. Williams . May. Levinson. 79 VOYAGER AVAIT RENDU. 8-11. « Coherent Vortical Features in a Turbulent Two-Dimensional Flow and the Great Red Spot of Jupiter ». Raymond H. Ibid. Ing ersoll. Ing ersoll . pp. Spring er-Verlag . Marcus. Marcus. pp. John Updike. in Steve Smale. 76 « C’EST LE CHANGEMENT DE PARADIGME ». Abraham. Ueda. Yorke. 1 . Abraham. En Ang leterre. Yorke. le 5 novembre 1985. Yorke. and Related Topics. « Order from Chaos : The Atmospheres of Jupiter and Saturne ». voir aussi Andrew P. p. 147-151. New York. The New York Times. Economic Processes. Smale. Anderson. The Mathematical Intelligencer. Nashville. 77 « LA TACHE ROUGE GRONDANT ». comme la plupart des mathématiciens bien éduqués. 747-817 (voir aussi The Mathematics of Time. May. 6 : 2. Voir aussi « Biolog ical Populations with . 1985 p. Nature. « On the Steps of Moscow University ». 67 UN INGÉNIEUR ÉLECTRICIEN JAPONAIS. Littlewood poursuivaient les idées émises par Balthasar van der Pol sur les oscillateurs chaotiques. 1-82). 73 « ON ENTEND SOUVENT ». Bulletin of the American Mathematical Society. Schaffer. Ing ersoll. 67 UN ASTRONOME FRANÇAIS. 21-27. Hamiltonian Chaos. Dans « The Unpredictable Bouncing Rotator ». Guckenheimer. 459-467. 1980. 80 « ON VOIT CETTE TACHE ». « The Moons of Jupiter ». 27 août 1966. New York.expérimental. pp. Le célèbre article de May sur les leçons du chaos en biolog ie des populations est « Simple Mathematical Models with Very Complicated Dynamics ». Guckenheimer. 77 PETIT MYSTÈRE COSMIQUE. « On How I Got Started ». La lettre contenait plusieurs développements mathématiques remontant à Poincaré – entre autres les travaux de Birkhoff. ig norait leurs travaux avant l’arrivée de la lettre de Levinson.

Fermi. 374. James P. Gold. Princeton University. n°110. et May et Georg e F. Adventures of a Mathematician. Scribners. « Bifurcations and Dynamic Complexity in Simple Ecolog ical Models ». 1976. « The Concept of the Institute ». May et Jon Seg er. p. 1984. Cambridg e University Press. 25. 1985. Yorke. en plus. 96 À QUEL POINT LA NATURE ÉTAIT PROFONDÉMENT NON LINÉAIRE. ces scientifiques essayèrent un système dynamique constitué par une seule corde vibrante – un modèle simple « possédant. 96 « IL N’EST PAS DIT ». 1968. pp. ces résultats n’étaient pas importants. J. Modeling Nature: Episodes in the History of Population Ecology. Herbert W. Communications of the Association for Computing Machinery. Oster. p. Adventures. cité dans « Experimental Mathematics ». Mais ils furent repris par quelques mathématiciens et physiciens. Oster. « Les résultats furent qualitativement totalement différents par rapport à ce que même Fermi. 93 CET ARTICLE DE LORENZ. un petit terme non linéaire physiquement correct. 96 « LE PREMIER MESSAGE ». n°110. cité dans S. 573. Mathematical Modeling ofBiological Systems. Smale. pp. 1976. . préprint. and Chaos ». 91 LES OUVRAGES DE RÉFÉRENCE. Berlin. comptes rendus des séances fondatrices du Santa Fe Institute. The American Naturalist. p. Crutchfield. 85 LE MONDE CONSTITUE. 93 LE SYSTÈME PAIR-IMPAIR. Yorke. 11. King sland. Recherchant des problèmes qu’aurait pu résoudre le nouvel ordinateur MANIAC de Los Alamos. Ainsi que le raconte Ulam. Murray Gell-Mann. » Ils découvrirent des motifs fusionnant selon une périodicité inattendue. May. est David Campbell. et intég rés aux traditions de recherche de Los Alamos. 1985. pp. The American Naturalist. Gonorrhea Transmission Dynamics and Control. New York. Yorke. The Santa Fe Institute. 374-384. n°186. p. Harvey J. le théorème de Fermi-Pasta-Ulam. Doyne Farmer et Erica Jen. Yorke découvrit. 1985. la non- linéarité et le rôle historique des ordinateurs pour comprendre la différence. University of Chicag o Press. Spring er-Verlag . attendait… À notre g rande surprise. 96 « DES ANIMAUX NON-ÉLÉPHANTS ». ce système aug mentait ainsi la quantité de carburant g aspillée à chaque instant dans le parc automobile. 90 DANS LES ANNÉES CINQUANTE. J. « Ideas in Ecolog y: Yesterday and Tomorrow ». Hethcote et James A. 18 . 226-228. 573-599. Un essai accessible sur la linéarité. May et Georg e F. Cambridg e. n° 28. 92 CETTE ARRIÈRE-PENSÉE. On trouvera une excellente vue d’ensemble du développement de la modélisation mathématique des populations antérieure au chaos dans Sharon E.Nonoverlapping Generations: Stable Points. 95 « SI ON PARVENAIT À ÉCRIRE ». « Bifurcations and Dynamic Complexity in Simple Ecolog ical Models ». Yorke. Ulam. avec sa connaissance profonde des mouvements vibratoires. Des rapports de l’aviation prouvèrent plus tard que Yorke avait raison. Science. Yorke. 645-647. 86 DES CARICATURES DE LA RÉALITÉ. Stable Cycles. Mathematical Ideas in Biology. Santa Fe. Chicag o. p. et ils ne furent pas larg ement publiés. que ce système oblig eait les conducteurs à effectuer plus de voyag es vers les stations-service et à conserver le maximum d’essence dans leurs réservoirs . 93 IL ANALYSA L’OMBRE DU MONUMENT. « Expérimental Mathematics: The Role of Computation in Nonlinear Science ». Maynard Smith. 93 IL RÉDIGEA UN RAPPORT. la corde commença à jouer au jeu des chaises musicales…» Selon Fermi. Ulam décrit ég alement un autre développement important dans la compréhension de la non-linéarité. à partir de simulations informatiques. pp. 94 IL EN DONNA UNE PHOTOCOPIE. 1974. 1976. in Emerging Syntheses in Science. 94 « LES UNIVERSITAIRES ». M. May.

97 SI CET ARTICLE, écrit en collaboration avec son étudiant Tien-Yien Li. « Period Three Implies
Chaos », American Mathematical Monthly, n°82, 1975, pp. 985-992.
97 MAY ÉTAIT VENU À LA BIOLOGIE, May.
98 « MAIS QUE SE PASSE-T-IL », May ; ce fut cette question apparemment insoluble qui lui fit
abandonner les méthodes analytiques pour une expérimentation numérique censée au moins
favoriser l’intuition.
104 AUSSI SURPRENANT, Yorke.
105 A. N. SABKOWSKI, « Coexistence of Cycles of a Continuous Map of a Line into Itself », Ukrainian
Mathematical Journal, n°16, 1964, p. 61.
105 LES MATHÉMATICIENS ET PHYSICIENS SOVIÉTIQUES, Sinaï, communication privée, 8 décembre 1986.
106 CERTAINS SPÉCIALISTES OCCIDENTAUX DU CHAOS, par exemple Feig enbaum, Cvitanovic.
106 POUR ANALYSER PLUS EN DÉTAIL, Hoppensteadt, May.
107 LE SOUVENIR DE SA STUPEUR, Hoppensteadt.
108 L’ÉCOLOGIE, May.
109 DES ÉPIDÉMIES DE ROUGEOLE À NEW YORK, William M. Schaffer et Mark Kot, « Nearly One-
Dimensional Dynamics in an Epidemie », Journal of Theoretical Biology, n°112, 1985, pp. 403-427 ;
Schaffer, « Stretching and Folding in Lynx Fur Returns: Evidence for a Strang e Attractor in
Nature », The American Naturalist, n°124, 1984, pp. 798-820.
110 « TOUT IRAIT MIEUX », « Simple Mathematical Models », p. 467.
110 « L’INTUITION MATHÉMATIQUE », Ibid.

UNE GÉOMÉTRIE DE LA NATURE

113 UNE IMAGE DE LA RÉALITÉ, Mandelbrot, Gomory, Voss, Barnsley, Richter, Mumford, Hubbard,
Shlesing er. Le g rand-œuvre de Benoît Mandelbrot est The Fractal Geometry of Nature, New York,
Freeman, 1977. Une interview de Mandelbrot par Anthony Barcellos fig ure dans Mathematical People,
Donald J. Albers et G. L. Alexanderson éd., Boston, Birkhäuser, 1985. Deux essais de Mandelbrot,
moins connus mais extrêmement intéressants, sont « On Fractal Geometry and a Few of the
Mathematical Questions It Has Raised », Proceedings of the International Congress of Mathematicians, 14-
16 août 1983, Varsovie, pp. 1661-1675 ; et « Towards a Second Stag e of Indeterminism in Science »,
préprint, IBM Thomas J. Watson Research Center, Yorktown Heig hts, New York. Les articles sur les
applications des fractales sont trop connus pour en donner une liste exhaustive. En voici deux
exemples intéressants : Leonard M. Sander, « Fractal Growth Processes », Nature, n°322, 1986,
pp. 789-793 ; Richard Voss, « Random Fractal Forg eries: From Mountains to Music », in Science and
Uncertainty, Sara Nash éd., Londres, IBM Royaume-Uni, 1985.
113 SUR LE TABLEAU DU VIEIL HOMME, Houthakker, Mandelbrot.
114 WASSILY LEONTIEF, Cité dans Fractal Geometry, p. 423.
117 À UNE CONFÉRENCE. Woods Hole Oceanic Institute, août 1985.
118 NÉ À VARSOVIE, Mandelbrot.
120 BOURBAKI, Mandelbrot, Richter. Aujourd’hui encore, il existe peu d’ouvrag es sur Bourbaki ;
on trouvera une introduction enjouée dans Paul R Haimos, « Nicholas Bourbaki », Scientific
American, n°196, 1957, pp. 88-89.
121 UNE DISCIPLINE EN SOI, Smale.
121 CETTE DISCIPLINE SUIVIT, Peitg en.
122 PIONNIER PAR NÉCESSITÉ, « Second Stag e », p. 5.
124 CETTE DESCRIPTION HAUTEMENT ABSTRAITE, Mandelbrot, Fractal Geometry, p. 74 ; J. M. Berg er et
Benoît Mandelbrot, « A New Model for the Clustering of Errors on Telephone Circuits », IBM Journal

of Research and Development, n°7, 1963, pp. 224-236.
125 L’EFFET JOSEPH, Fractal Geometry, p. 248.
126 « LES NUAGES NE SONT PAS DES SPHÈRES », Ibid., p. 1, par exemple.
127 MÉDITANT SUR LES CÔTES. Ibid., p. 27.
129 L’ABSTRACTION, Ibid., p. 17.
130 « QU’UN RÉSULTAT », Ibid., p. 18.
131 UN APRÈS-MIDI DE L’HIVER, Mandelbrot.
134 LA TOUR EIFFEL, Fractal Geometry, p. 131, et « On Fractal Geometry », p. 1663.
134 INVENTÉES PAR LES MATHÉMATICIENS, F. Hausdorff et A. S. Besicovich.
136 « IL Y EUT UNE LONGUE PÉRIODE », Mandelbrot.
137 Au NORD-EST DES ÉTATS-UNIS, Scholz ; C. H. Scholz et C. A. Aviles, « The Fractal Geometry of
Fault and Faulting », préprint, Lamont-Doherty Geophysical Observatory ; C. H. Scholz, « Scaling
Laws for Larg e Earthquakes », Bulletin of the Seismological Society of America, n°72, 1982, pp. 1-14.
138 « UN MANIFESTE », Fractal Geometry, p. 24.
138 PAS UN LIVRE MODE D’EMPLOI, Scholz.
142 « IL S’AGIT D’UN MÊME MODÈLE », Scholz.
145 « LORS DE LA TRANSITION », William Bloom et Don W. Fawcett, A Textbook of Histology,
Philadelphie, W. B. Saunders, 1975.
145 CERTAINS BIOLOGISTES THÉORICIENS, On trouvera un résumé de ces idées dans Ary L. Goldberg er,
« Nonlinear Dynamics. Fractals, Cardiac Physiolog y, and Sudden Death », in Temporal Disorder in
Human Oscillatory Systems, L. Rensing , U. An der Heiden et M. Mackev éd., New York, Spring er-
Verlag , 1987.
145 LE RÉSEAU DE FIBRES SPÉCIALES, Goldberg er, West.
145 PLUSIEURS CARDIOLOGUES SENSIBILISÉS AU CHAOS, Ary L. Goldberg er, Valmik Bharg ava, Bruce J. West
et Arnold J. Mandell. « On a Mechanism of Cardiac Electrical Stability: The Fractal Hypothesis »,
Biophysics Journal, n°48, 1985, p. 525.
146 LORSQUE E. I. Du PONT, Barnaby J. Feder, « The Army May Have Matched the Goose », The New
York Times, 30 novembre 1986, 4 : 16.
146 « Si JE ME SUIS MIS À RECHERCHER », Mandelbrot.
147 SON NOM FIGURA, I. Bernard Cohen, Revolution in Science Cambridg e, Mass., Belknap, 1985, p. 46.
148 « BIEN SÛR, IL EST UN PEU », Mumford.
148 « IL A RENCONTRÉ », Richter.
148 ILS POUVAIENT ÉVITER, De même Mandelbrot put éviter plus tard la référence habituelle à
Feig enbaum à propos des nombres de Feigenbaum et de l’universalité de Feigenbaum – il mentionnait
d’ordinaire P. J. Myrberg , un mathématicien qui, dans un travail obscur, avait étudié les itérations
des applications quadratiques au début des années soixante.
149 « MANDELBROT NE PEUT PAS », Richter.
149 « CETTE POLITIQUE », Mandelbrot.
151 EXXON, Klafter.
152 UN MATHÉMATICIEN RACONTA, Relaté par Huberman.
154 « POUR QUELLE RAISON », « Freedom, Science and Aestetics », in Schönheit im Chaos, p. 35.
155 « CETTE ÉPOQUE N’AVAIT AUCUNE SYMPATHIE », John Fowles, La Créature, Albin Michel.
156 « NOUS DEVONS REMERCIER », Robert H. G. Helleman, « Self-Generated Behavior in Nonlinear
Mechanics », in Fundamental Problems in Statistical Mechanics 5, E. G. D. Cohen éd., Amsterdam, North
Holland, 1980, p. 165.
156 MAIS LES PHYSICIENS, Leo Kadanoff, par exemple, qui demanda « Where is the physics of
fractals ? » (« Où est la physique des fractales ? ») dans Physics Today, février 1986, p. 6, puis

répondit à cette question par une nouvelle approche « multi-fractale » dans Physics Today,
avril 1986, p. 17, entraînant une réponse ag acée, caractéristique de Mandelbrot, dans Physics Today,
septembre 1986, p. 11. La théorie de Kadanoff, écrivit Mandelbrot, « m’emplit de la fierté du père –
qui sera bientôt g rand-père ? »

ATTRACTEURS ÉTRANGES

159 TOUS LES GRANDS PHYSICIENS, Ruelle, Hénon, Rössler, Sinaï, Feig enbaum, Mandelbrot, Ford,
Kraichnan. Il existe de nombreux points de vue sur l’aspect historique de l’interprétation de la
turbulence en termes d’attracteurs étrang es. L’article de John Miles, « Strang e Attractors in Fluid
Dynamics », in Advances in Applied Mechanics, n°24, 1984, pp. 189-214, est une bonne introduction.
L’article de Ruelle le plus accessible est « Strang e Attractors », Mathematical Intelligencer, n°2, 1980,
pp. 126-137 ; sa proposition provocatrice fig ure dans David Ruelle et Floris Takens, « On the Nature
of Turbulence », Communications in Mathematical Physics, n°20, 1971, pp. 167-192 ; ses autres
principaux articles comprennent « Turbulent Dynamical Systems », Proceedings of the International
Congress of Mathematicians, 16-24 août 1983, Varsovie, pp. 271-286 ; « Five Turbulent Problems »,
Physica, n°7D, 1983, pp. 40-44 ; et « The Lorenz Attractor and the Problem of Turbulence », in
Lecture Notes in Mathematics, n°565, Berlin, Spring er-Verlag , 1976, pp. 146-158.
159 IL Y AVAIT CETTE ANECDOTE, Il en existe de nombreuses versions ; Orszag cite quatre autres
protag onistes dans le rôle de Heisenberg – von Neumann, Lamb, Sommerfeld et von Karman – et
ajoute : « J’imag ine que si Dieu donnait effectivement une réponse à ces quatre personnes, elle
serait différente à chaque fois »
162 CETTE HYPOTHÈSE, Ruelle ; voir aussi « Turbulent Dynamical Systems », p. 281.
162 L’OUVRAGE SUR LA MÉCANIQUE DES FLUIDES, L. D. Landau et E. M. Lifshitz, Mécanique des fluides,
Moscou, Mir, 1971.
163 L’OSCILLATEUR, LA VARICE OBLIQUE, Malkus.
165 « C’EST EXACT », Swinney.
168 EN 1973, SWINNEY, Swinney, Gollub.
169 « ÇA TENAIT DU BRICOLAGE », Dyson.
171 « NOUS AVONS DONC LU ÇA », Swinney.
171 LORSQU’ILS COMMENCÈRENT, Swinney, Gollub.
172 « IL Y AVAIT CETTE TRANSITION », Swinney.
172 L’EXPÉRIENCE NE CONFIRMA PAS, J. P. Gollub et H. L. Swinney, « Onset of Turbulence in a Rotating
Fluid », Physical Review Letters, n°35, 1975, p. 927. Ces premières expériences ne faisaient qu’ouvrir
la voie vers une appréciation des comportements spatiaux complexes que l’on pouvait eng endrer
en variant les quelques paramètres d’un écoulement entre deux cylindres en rotation. Les années
qui suivirent immédiatement permirent d’identifier des motifs allant des « ondelettes en tire-
bouchon » aux « spirales en interpénétration » en passant par les « ondulations entrantes et
sortantes ». On en trouvera un résumé dans C. Davis Andereck, S. S. Liu et Harry L. Swinney, « Flow
Reg imes in a Circular Couette System with Independently Rotating Cylinder », Journal of Fluid
Mechanics, n°164, 1986, pp. 155-183.
172 DAVID RUELLE DISAIT PARFOIS, Ruelle.
173 « CE SONT TOUJOURS DES NON-SPÉCIALISTES », Ruelle.
174 IL ÉCRIVIT, « On the Nature of Turbulence ».
174 LES OPINIONS VARIAIENT ENCORE, Ils découvrirent rapidement que certaines de leurs idées
fig uraient déjà dans la littérature soviétique ; « en revanche, il semble que nous portions seuls la
responsabilité de l’interprétation mathématique que nous donnons de la turbulence ! » écrivirent-

ils. « Note Concerning Our Paper “On the Nature of Turbulence” », Communications in Mathematical
Physics, n°23, 1971, pp. 343-344.
174 PSYCHANALYTIQUEMENT « SUGGESTIVE », Ruelle.
174 « AVEZ-VOUS JAMAIS DEMANDÉ À DIEU », « Strang e Attractors », p. 131.
175 « IL SE TROUVE QUE TAKENS », Ruelle.
177 EN CALIFORNIE, DES MATHÉMATICIENS, Ralph H. Abraham et Christopher D. Shaw, Dynamics. The
Geometry of Behavior, Santa Cruz, Aerial, 1984.
179 « CELA M’ENNUIE TOUJOURS », Richard P. Feynman, The Character of Physical Law, Cambridg e,
Mass., The M.I.T. Press, 1967 (trad. fr. La Nature des lois physiques, Verviers, Gérard & C°, 1971).
179 DAVID RUELLE SOUPÇONNA, Ruelle.
181 « NOTRE PROPOSITION REÇUT », « Turbulent Dynamical Systems », p. 275.
181 LORENZ L'AVAIT GLISSÉ, « Deterministic Nonperiodic Flow », p. 137.
183 « IL EST DIFFICILE DE CONCILIER », Ibid., p. 140.
183 IL LE RENCONTRA, Ruelle.
184 « POURQUOI INVENTER VOTRE PROPRE CONCEPT », Ueda rend compte de ses premières découvertes
sur les circuits électriques dans « Random Phenomena Resulting from Nonlinearity in the System
described by the Duffing ’s Equation », International Journal of Non-Linear Mechanics, n°20, 1985,
pp. 481-491, et donne, dans un post-scriptum, son point de vue sur ses motivations et la froideur
de la réponse de ses collèg ues. Ég alement, Stewart, communication privée.
184 « UNE SAUCISSE DANS UNE SAUCISSE », Rössler.
185 L’ATTRACTEUR QUI APPORTA, Hénon ; il a décrit son invention dans « A Two-Dimensional
Mapping with a Strang e Attractor », Communications in Mathematical Physics, n°50, 1976, pp. 69-77,
et Michel Hénon et Yves Pommeau, « Two Strang e Attractors with a Simple Structure », in
Turbulence and the Navier-Stokes Equations, R. Teman éd., New York, Spring er-Verlag , 1977.
188 LE SYSTÈME SOLAIRE EST-IL STABLE ?, Wisdom.
189 « POUR AVOIR PLUS DE LIBERTÉ », Michel Hénon et Carl Heiles, « The Applicability of the Third
Integ ral of Motion: Some Numerical Experiments », Astronomical Journal, n°69, 1964, p. 73.
190 A L’OBSERVATOIRE, Hénon.
190 « Moi AUSSI J’ÉTAIS CONVAINCU », Hénon.
192 « ALORS ARRIVA LA SURPRISE », « The Applicability », p. 76.
192 « MAIS L’APPROCHE MATHÉMATIQUE », Ibid., p. 79.
192 UN PHYSICIEN INVITÉ, Yves Pomeau.
192 « LES ASTRONOMES SONT PARFOIS HORRIFIÉS », Hénon.
196 D’AUTRES, AYANT RÉUNI, Ramsey.
197 « JE N'AI PAS PARLÉ », « Strang e Attractors », p. 137.

UNIVERSALITÉ

201 « FIXEZ UN DÉTAIL », Feig enbaum. Les articles capitaux de Feig enbaum sur l’universalité sont
« Quantitative Universality for a Class of Nonlinear Transformations », Journal of Statistical Physics, n
°19, 1978, pp. 25-52, et « The Universal Metric Properties of Nonlinear Transformations », Journal of
Statistical Physics, n°21, 1979, pp. 669-706 ; une présentation plus accessible, bien que nécessitant
certaines connaissances mathématiques, se trouve dans son article « Universal Behavior in
Nonlinear Systems », Los Alamos Science, n°1, été 1981, pp. 4-27. Je me suis ég alement basé sur ses
souvenirs non publiés, « The Discovery of Universality in Period Doubling ».
201 LORSQUE FEIGENBAUM ARRIVA, Feig enbaum, Carruthers, Cvitanovic, Campbell, Farmer, Visscher,
Kerr, Uasslacher, Jen.

234 « QUELQUE CHOSE DE SPECTACULAIRE ». 214 CETTE ÉQUATION APPAREMMENT INNOCENTE. LANFORD III. 229 LES PRIX ET LES RÉCOMPENSES. 233 « MONSIEUR ». 233 UN ARTICLE DE OSCAR E. Kadanoff. n°6. Bulletin of the American Mathematical Society. 1973). L’EXPÉRIMENTATEUR . trad. Cvitanovic. Ford. 220 LES MÊMES COMBINAISONS DE R ET DE L. 1-11. 214 LE CLIMAT EXISTE-T-IL ?. « On Finite Limit Sets ». 1964. New York. 427 . 209 « USANT DE POIDS ».. de sorte qu’on ne pouvait la vérifier sans l’aide d’un ordinateur. Feig enbaum.-P. Herb Aach. La bourse Mac Arthur . 229 SOUDAINEMENT. 25-44. Carruthers. n°16. 205 UNE ÉNIGME INTELLECTUELLE. 204 DE TEMPS EN TEMPS. UN PROFESSEUR. Carruthers. 233 MAIS EN MÊME TEMPS. Lanford « A Computer-Assisted Proof of the Feig enbaum Conjectures ». Ford. Oscar E. « The Discovery of Universality ». Communications in Mathematical Physics. pp. 217 LE CLIMAT DE LA « TERRE BLANCHE ». Lebowitz. STEIN ET STEIN. Gustav Mahler. pp. 202 « SI VOUS ORGANISIEZ ». Feig enbaum. J. Même à l’époque. sans observer la relation g éométrique qu’il renfermait. p. Journal of Combinatorial Theory. Feig enbaum. » Mais ces mathématiciens n’avaient jamais imag iné que l’universalité s’étendrait aux nombres réels . 233 Au COURS DE L’ÉTÉ 1977. Lanford . 30-31. 232 « CE FUT À LA FOIS ». Dyson. Lanford. Van Nostrand Reinhold. Cet article – l’unique chemin reliant Stanislaw Ulam et John von Neumann à James Yorke et Mitchell Feig enbaum – est « On Finite Limit Sets for Transformations on the Unit Interval ». 1973. 220 CURIEUSEMENT. Collet. Zur Farbenlehre de Goethe est maintenant disponible en plusieurs éditions. à une époque. 1980. 17. on jug ea sa démonstration non conformiste dans la mesure où elle reposait sur de nombreux calculs numériques. C’est la raison pour laquelle nous avons baptisé cette suite la ’suite-U’ où ’U’ sig nifie (avec une certaine exag ération) ’universel’. « Universal Properties of Maps on an Interval ». voir aussi P. 1970 (Il existe ég alement une traduction française du livre de Goethe : Le Traité des couleurs. Tellus. 228 SES AMIS LE SOUPÇONNAIENT. Gilmore. Bupprecht Matthaei éd. Je me suis inspiré de l’ouvrag e mag nifiquement illustré Goethe’s Color Theory. Triades. 233 « MITCH AVAIT MIS EN ÉVIDENCE ». le prix Wolf 1986 en physique. Cvitanovic. 218 FEIGENBAUM IGNORAIT TOUT DE LORENZ. 208 « LE MOUVEMENT PERPÉTUEL ». chacune donnée avec sept décimales. « The Problem of Deducing the Climate from the Governing Equations ». Ulam et von Neumann utilisèrent ses propriétés chaotiques pour g énérer des nombres aléatoires sur un ordinateur dig ital. Eckmann et O. p. E. May. lettre à Max Marschalk. n°81. Feig enbaum. 222 « TOUTE LA TRADITION DE LA PHYSIQUE ». n°15. Feig enbaum . Manabe. p. Ford. pp. 203 LE MYSTÈRE DE L’UNIVERS. 1982. 214 POUR METROPOLIS. L’indication capitale est : « Le fait que ces motifs… soient une propriété commune à quatre transformations apparemment sans relation… sug g ère que la suite des motifs constitue une propriété g énérale d’une larg e famille d’applications. 232 « FEIGENBAUMLOGIE ». ON SE MIT À LES VOIR. ils dressèrent un tableau pour 84 valeurs du paramètre. Paris. Feig enbaum. 211.

Ibid. Libchaber. 3-15 . Ibid. 255 « SANS CONTESTE ». 241 « ALBERT VIEILLIT ». The Palm at the End of the Mind. 1961. L’introduction de Cvitanovic en donne ég alement un résumé lucide. 249 « LA RIVIÈRE MOUCHETÉE ». Bonner éd. p. 253 « IL SE PEUT ». J. 259 C’ÉTAIT SI SENSIBLE. Valter Franceschini et Claudio Tebaldi. 1972. Norton. Albert Libchaber. New York. 1979. La littérature est tout aussi g ig antesque. 1982. p. 251 « CONSTRUIT SES PROPRES RIVES ». Physica. « This Solitude of Cataracts ». Libchaber. On Growth and Form. Swinney fournit une liste de références par catég ories. Libchaber. Campbell. Libchaber. 39. 1983. Theodor Schwenk. J. p. p. 241 IL SURVÉCUT À LA GUERRE. « Period Doubling Bifurcations for Families of Maps on Rn ». in Nonlinear Phenomena at Phase Transitions and Instabilities. T. allant des oscillateurs électriques et chimiques jusqu’à des expériences plus ésotériques. Koch. 265 « IL FAUT Y VOIR ». p. pp. 19. Stephen Jay Gould. Rayleig h-Bénard Experiment: Helium in a Small Box ». n°7D. 8. Riste éd. « Reality Is an Activity of the Most Aug ust Imag ination ». 267. IMAGES DU CHAOS 271 MICHAEL BARNSLEY RENCONTRA. Ibid. p. 707-726. Eckmann et H. 263 « QUE LE VÉRITABLE MOUVEMENT ». Ibid. 253 LES INÉGALITÉS. 369. Hen’s Teeth and Horse’s Toes. p. On Growth and Form. Journal of Statistical Physics.. p. Swinney. 243 SON LABORATOIRE OCCUPAIT. 251 « PRINCIPE ARCHÉTYPAL ». « Sequences of Infinite Bifurcations and Turbulence in a Five-Mode Truncation of the Navier-Stokes Equations ». . pp. New York. 251 « CETTE IMAGE DE FILS ».. Hohenberg . UNE ÉQUIPE EUROPÉENNE. Un résumé des premières associations de la théorie et de l’expérience est Harry L. EN TERMES DE FORCE ». Holly Stevens éd. 1981. 257 « L’INTERPRÉTATION. 266 EN 1980. Journal of Statistical Physics.. p. 261 MAIS UNE NOUVELLE FRÉQUENCE. New York. Libchaber. 1. 265 AU MILIEU D'UN ÉPARPILLEMENT. p. Vintag e.. Ibid. 266 NOMBRE D’ENTRE EUX.-P. 259. 114. D'Arcy Wentworth Thompson. Libchaber. 248 « MAIS VOUS LE SAVEZ BIEN ! ». Cambridg e.. Ibid. Wallace Stevens. Kadanoff. 396. Collet. 242 « HÉLIUM DANS UNE PETITE BOITE ». Plenum. 265 UN GIGANTESQUE BESTIAIRE. « Experimental Study of Hydrodynamical Instabilities. VIII. p. New York. 260 « C’ÉTAIT DE LA PHYSIQUE CLASSIQUE ». p. n°21. Feig enbaum. n°25. 16. T. 248 « LA SCIENCE S’EST CONSTRUITE ». Libchaber. 273 « RUELLE ME LE RENVOYA ». Feig enbaum. Barnsley. 1983. 1980 et 1981.. Cambridg e University Press.. Sensitive Chaos. Gollub. 268 « UN PHYSICIEN ME DEMANDERAIT ». 250 « SOULÈVEMENT NON SOLIDE DU SOLIDE ». 321. Libchaber et Maurer. Libchaber.. 1976. P. 257 « RYTHMES DE CROISSANCE PROFONDÉMENT ANCRÉS ». 255 « PEU SE SONT DEMANDÉ ». Schocken. « Observations of Order and Chaos in Nonlinear Systems ». Barnsley.

Hubbard. « Julia Sets and the Mandelbrot Set ». Bruce Stewart et J. 170. Mandelbrot. contenant des instructions pour élaborer soi-même un prog ramme informatique. juillet 1985. M. Bunsen-Gesellschaft für Physikalische Chemie. 276 L’ENSEMBLE DE MANDELBROT. Yorke. p. 296 DANS SES ARTICLES. p. Yorke . Chichester. par exemple. 161-173. À CORNELL. pp. UN MATHÉMATICIEN. The Beauty of Fractals . 296 « PEUT-ÊTRE DEVRIONS-NOUS CROIRE ». dans A. H. « Computer Recreations ». « Iterated Function Systems and the Global Construction of Fractals ». Peitg en. dans « Fractals and the Rebirth of Iteration Theory ». Laff. » Nonlinear Dynamics and Chaos. 288 PENDANT CE TEMPS. Proceedings of the Royal Society of London. p. fr. . The Beauty of Fractals. On trouvera un récit de Mandelbrot. Bethesda. Thompson adressèrent eux aussi cette mise en g arde : « Bercé par un faux sentiment de sécurité issu de sa familiarité avec la réponse unique d’un système linéaire. Yorke. Pour la Science. 294 « PERSONNE NE PEUT DIRE ». Hubbard . 125-183. Peitg en. « Julia Sets and the Mandelbrot Set ». Yorke. in The Beauty of Fractals. 1986. 274 « MAINTENANT. National Institutes of Health. Peitg en. Scientific American. n°17D. 276 L’OBJET LE PLUS COMPLIQUÉ. POUR LES ÉQUATIONS ». Hubbard. XIII. MacDonald. sans se soucier d’explorer patiemment les résultats donnés par diverses conditions initiales. Celso Grebog i. pp. remarques à la Conférence sur les perspectives en dynamique biolog ique et en médecine théorique. 16-32 (trad. Dans un texte destiné à présenter le chaos aux ing énieurs. The Beauty of Fractals. 296 LA LIMITE ENTRE LE CALME ET LA CATASTROPHE. « Morpholog y of Complex Boundaries ». voir aussi Adrien Douady. Dewdney. 273 JOHN HUBBARD. n°123. On trouvera une introduction accessible. l’analyste ou l’expérimentateur absorbé dans son travail crie ’Eurêka. 279 « VOUS OBTENEZ UNE VARIÉTÉ INCROYABLE ». 1985. Le texte principal de The Beauty of Fractals donne un résumé mathématique de la méthode de Newton. 274 IL SUPPOSAIT ENCORE. pp. 1985. 286 MANDELBROT COMMENÇA À SE DEMANDER. 279 EN 1979. 1985. Physica. 295 PLUS DES TROIS QUARTS DES POINTS. 280 ALORS QU’IL ESSAYAIT. 10 avril 1986. Hubbard. 286 DEUX ÉLÉMENTS QUI SOIENT « ENSEMBLE ». pp. 290 « LA RIGUEUR EST LA FORCE ». pp. 292 FRONTIÈRES FRACTALES DES BASSINS. Peter H. Pour éviter des erreurs potentiellement dang ereuses ou des désastres. 288 RICHTER ÉTAIT PASSÉ AUX SYSTÈMES COMPLEXES. 287 « UNE APPROCHE EN LIGNES DROITES ». il faut que les ing énieurs acceptent de consacrer une part plus g rande de leurs efforts à l’exploration de l’éventail entier des réponses dynamiques de leurs systèmes. Hubbard. 575-588. Maryland. à la première personne. 161. « Fractal Basin Boundaries ». MANDELBROT DÉCOUVRIT. 136. pp. Hubbard . Mandelbrot . 151-160. janvier 1988). Mandelbrot. ainsi que des autres points communs de la dynamique complexe discutée dans ce chapitre. Yorke. une bonne introduction pour les lecteurs portés sur les aspects techniques est Steven W. K. 293 UN FLIPPER IMAGINAIRE. Edward Ott et James A. Peitg en et Richter présentent à la fois un compte rendu mathématique détaillé et certaines des imag es les plus spectaculaires actuellement disponibles. Wiley. Dans The Beauty of Fractals. p. « Julia Sets and the Mandelbrot Set ». dès qu’une simulation s’installe dans l’équilibre d’un cycle stationnaire. 276 IL N’Y AVAIT JAMAIS DE FRONTIÈRE. Hubbard. Richter et Heinz-Otto Peitg en. voilà la solution’. 289 « DANS UN DOMAINE TOUT À FAIT NEUF ». n°89. Richter. 243-275. n°A 399. par exemple.

Nauenberg . 308 EN COMBINANT. 324 UN JOUR NORMAN PACKARD. 1984. 308 LES PROJETS INITIAUX. Perelson. Shaw. « Strang e Attractors. Shaw. 310 « IL SUFFIT DE POSER ». 1963 . 1981. 320 LA THÉORIE DE L’INFORMATION. Edward A. Spieg el. donnant une bonne idée de l’ambiance de cette époque. « The Immune System.. 328 « AU SOMMET ». . mais tout à fait lisible. KOLMOGOROV ET YASHA SINAI. il contient une précieuse introduction de Weaver. 332 UN « PSEUDO-SÉMINAIRE ». 306 IL NE SAVAIT PAS. UN COSMOLOGUE. 4. Packard. Burke. J. and Information Theory ». Los Alamos National Laboratory. Chaotic Behavior. 307 WILLIAM BURKE. Farmer. The Eudemonie Pie. and Machine Learning ». Farmer est le personnag e principal et Packard un personnag e secondaire de The Eudemonie Pie. 309 QUELQUES MINUTES PLUS TARD. L’œuvre essentielle de Robert Shaw. Abraham. est : Thomas Bass. p. The Mathematical Theory of Communication. Shaw. 330 « UN CHEF-D’ŒUVRE DE CALCUL INFORMATIQUE ». The Dripping Faucet. D. Ford. Shaw. est The Dripping Faucet as a Model Chaotic System. Crutchfield. 316 FORD AVAIT DÉJÀ DÉCIDÉ. Ibid. Shaw. N. Farmer. avec « Strang e Attractors. Doyne Farmer. p. Farmer –. Packard et Alan S. 329 « C’EST UN EXEMPLE ÉLÉMENTAIRE ». Burke. 330 LES SYSTÈMES QUE LE GROUPE DE SANTA CRUZ. 325 IL ENVOYA ENFIN SON ARTICLE. éd. 1985. Le texte classique. Shaw. l’application de la théorie de l’information au chaos. 307 « ARYTHMIES COSMIQUES ». 91-135. University of Illinois. Burke. 317 ILS RÉALISÈRENT. Barnsley. Crutchfield. l’histoire du projet sur la roulette retracée par un associé épisodique du g roupe. 313 LA PHYSIQUE ÉTAIT ESSENTIELLEMENT. 300 « IL N’Y A PAS DE HASARD ». Norman H. Buchler et al. Guckenheimer. préprint. 322 « LORSQU’UNE PERSONNE ». Sinai. 324 EN DÉCEMBRE 1977. 311 DOYNE FARMER. New York. 314 LES « BIDULES ». 329 « VOUS NE VOYEZ RIEN ». Ibid. 298 « SI L'IMAGE EST COMPLIQUÉE ». 80. Boston. Aerial. p. on trouvera une description sommaire de l’approche dynamique du système immunitaire – consistant à modéliser la capacité du corps humain à « se souvenir » et à reconnaître des formes de manière créative – dans J. Houg hton Mifflin. Farmer. Packard. Hubbard. LE COLLECTIF DES SYSTÈMES DYNAMIQUES 305 SANTA CRUZ. pp. Crutchfield. Abraham. Shaw. Un récit sur l’aventure de la roulette de certains étudiants de Santa Cruz. 325 LORSQUE LORENZ ENTRA DANS LA SALLE. Crutchfield. communication privée. Urbana. in Chaos in Astrophysics. Shaw. est Claude E. Shaw. 300 « LE HASARD EST UNE DIVERSION ». 1985. and Information Flow ». 330 L’UNE DES VARIABLES IMPORTANTES. Zeitschrift für Naturforschung. Burke. « Cosmic Arrhythmias ». Spieg el. 327 A. R. Farmer. Adaptation. Farmer. Shannon et Warren Weaver. Shaw. Packard. Santa Cruz. Chaotic Behavior. Barnsley. Reidel. 13. n°36a. Crutchfield. 1986.

préprint. « The Dimension of Chaotic Attractors ». Mandell (interviews et remarques à la Conférence sur les perspectives en dynamique biolog ique et en médecine théorique. n°47. 1981. Packard. Crutchfield. 340 LES ÉCONOMISTES.. Shaw. L’article le plus important de Floris Takens sur ce sujet fut « Detecting Strang e Attractors in Turbulence ». p. inspiré par les travaux de May. 338 « L’AUDIOVISUEL NOUS APPORTA UN PLUS ». Californie. 154. Young éd. Norman H. 605- 617. 11 avril 1986). Huberman. L’un des articles capitaux de Santa Cruz fut Norman H. Crutchfield. 1983. n°43. Farmer. Xerox Palo Alto Research Center. Lovelock. Shaw. 1743. 1979. 336 « CE FUT UNE NAÏVETÉ ». Abraham. 339 LE PREMIER ARTICLE. 712. Shaw – dans l’ordre canonique : « Geometry from a Time Series ». Doyne Farmer. n°3D. James P. J. Edward Ott et James A. 334 « QUELLE QUE SOIT LA VARIABLE ». Doyne Farmer. 350 « IL Y A TROIS CHOSES ». p. 340 LA DIMENSION FRACTALE. Farmer. Shaw. passa tellement de temps sur des diag rammes de bifurcations qu’il fut interdit de table traçante au centre de calcul. Packard et Robert S. p. dans la revue Nature par exemple. par exemple. Oxford. 336 LANFORD ÉCOUTA POLIMENT. furent énormément affinées et étendues par les chercheurs de Santa Cruz et d’autres expérimentateurs et théoriciens. 335 « NOUS N’AVIONS AUCUN CONSEILLER ». Bernardo A. 153-180. 339 « TOUT ÉTAIT TRÈS CONFUS ». 1985. Une introduction élémentaire à l’hypothèse Gaïa – une vision dynamique sur l’auto-rég ulation des systèmes complexes terrestres. in Lecture Notes in Mathematics. et Bernardo A. Palo Alto. Doyne Farmer et Robert S. L. Yorke. 333 « IL S'AVÈRE ». 351 LES CHERCHEURS PERÇURENT. Huberman. Bethesda. Physica. J. Goldberg er. Ibid. Crutchfield. Physica. n°7D. Maryland. pp. E. Physical Review Letters. quelque peu g âchée par un anthropomorphisme délibéré – est J. Il avait trop cassé de plumes en reportant ses milliers de points. J. 335 CERTAINS PROFESSEURS NIÈRENT. Non que ces étudiants ig noraient ce qu’était une application. Ces méthodes. n°898. Huberman et James P. D. Rand et L. 207- . Crutchfield.. En 1978. Crutchfield. « On Determining the Dimension of Chaotic Flows ». 336. Nauenberg . 1970. Physical Review Letters. Huberman. p. James P. S. 340 LES CLIMATOLOGUES. Physica. n°17D. West. 339 FARMER S’EMPORTA. 336 PLUS INTÉRESSÉ PAR LES SYSTÈMES RÉELS. LES RYTHMES INTERNES 345 BERNARDO HUBERMAN REGARDA. Ce débat est toujours d’actualité. 1981. « Nonlinear Dynamics of the Heartbeat ». Crutchfield. Farmer. 335 « C’EST FOU ». 334 RECONSTRUCTION DE L’ESPACE DES PHASES. Un ancien mais relativement larg e survol des techniques de reconstruction de l’espace des phases est Harold Froehling . Berlin. Gaïa: A New Look at Life on Earth. pp. 338 UN JOUR. pp. « A Model for Dysfunction in Smooth Pursuit Eye Movement ». « Chaotic States of Anharmonic Systems in Periodic Fields ». Oxford University Press. Spring er- Verlag . BERNARDO HUBERMAN. Valmik Bharg ava et Bruce J. Shaw. 1980. Crutchfield. qui devinrent le pivot de la technique expérimentale dans de nombreuses disciplines. LA DIMENSION DE HAUSDORFF. Une sélection quelque peu arbitraire de références sur les sujets physiolog iques (contenant chacune d’intéressantes citations) est Ary. Huberman. Ramsey. 340 « LE PREMIER NIVEAU DE CONNAISSANCE ». A.

Arun V.. 1987 . 363 ILS UTILISÈRENT DE MINUSCULES AGRÉGATS. Pour la Science. est Chaos. and Irreg ular Dynamics in Periodically Stimulated Cardiac Cells ». McQueen et Charles S. 353 « LES MÉDECINS TRAITENT CELA ». Winfree. Peskin. Holden éd. Guevara. Cambridg e. mai 1983 p. n°214. « La mort subite d’orig ine cardiaque : un problème de topolog ie ». preprint. 366 « LES SYSTÈMES QUI NORMALEMENT OSCILLENT ». Manchester University Press. Glass. 1984. and Chaos in an Excitable Membrane Model ». particulièrement utile et touchant des domaines variés. p. 612-615. Winfree. « Fractal Surfaces of Proteins ». « Some Observations on the Question: Is Ventricular Fibrillation ’Chaos’ ? ». n°47. Une compilation d’autres articles du même g enre. 1350. 358 « J’AVAIS LA TÊTE PLEINE ». « Sudden Cardiac Death ». Rees. 214. Mackay. Manchester. 1163-1165. 364 « C’EST UN EXEMPLE ÉVIDENT ». West et Arnold J. pp. 362 « L’ÉQUIVALENT CARDIAQUE ». « Sudden Cardiac Death: a Problem in Topolog y ». Ary L. « Nonlinear Dynamics in Heart Failure: Implications of Long -Waveleng th Cardiopulmonary Oscillations ». 372 « LES PROCESSUS FRACTALS ». « Oscillation and Chaos in Physiolog ical Control Systems ». « Bursting . Valmik Bharg ava. un article sur les applications aux rythmes cardiaques est Arthur T. 126-135. Peskin . 1981. n°107. Harvard University. When Time Breaks Down. pp. n °230. Steven Strog atz. Goldberg er. Science. Charles A. Winfree. Leon Glass et Alvin Schrier. Princeton. Mandell. 364 « DE NOMBREUSES FRÉQUENCES ». Bruce J. 667-670. Ruelle. 1985. Winfree. . 362 MAIS CELA DEMANDE. 1977. 144 (trad. « Patholog ical Conditions Resulting from Instabilities in Physiolog ical Control Systems » Annals of the New York Academy of Sciences. Ideker. n°197. 1983. 363 L’INTENTION PREMIÈRE D'IDEKER. juillet 1983. Beating . « Phase Locking . Science. 366 « LES OBJETS DYNAMIQUES ». n°233. « Brig ht Lig ht Resets the Human Orcadian Pacemaker Independent of the Timing of the Sleep-Wake Cycle ». Goldberg er et al. 355 UN PATIENT AU CŒUR APPAREMMENT SAIN. 365 « LES GENS ONT BIEN OBSERVÉ ». 364 « LE COMPORTEMENT DYNAMIQUE EXOTIQUE ». Science. Strog atz . 355 DES MATHÉMATICIENS DU COURANT INSTITUTE. n°316. Glass. pp. Cohen. 360 ELLE AFFIRMA. Princeton University Press. Period-Doubling Bifurcations. 14). - The Three- Dimensional Dynamics of Electrochemical Waves and Cardiac Arrhythmias. 359 « ALLEZ PRÈS D’UN MOUSTIQUE ». 362 « LORSQUE MINES DÉCIDA ».. Massachusetts. 353 « NOUS AVONS ATTEINT UNE FRONTIÈRE NOUVELLE ». C. 358 UN LARGE EMPLOI DE LA GÉOMÉTRIE. 1986. Biophysical Journal. 1985. 357 « LA DÉTERMINATION DE L'INTENSITÉ ». n°86. p. Scientific American. preprint. « Strang e Attractors ». 357-366. Science. Leon Glass et Michael C. n°248. 48. pp. 360 IL S’ÉTAIT INTÉRESSÉ AU CŒUR. American Heart Journal. Winfree. « A Comparative Analysis of Models of the Human Sleep-Wake Cycle ». Michael R. Michael C.. fr.214. Winfree. 1986. p. Winfree expose sa conception du temps g éométrique dans les systèmes biolog iques dans un livre superbe et provocateur. David M. 287 Mitchell Lewis et D. « Computer-Assisted Desig n of Pivoting Disc Prosthetic Mitral Valves ». 1979. Glass. Journal of Thoracic and Cardiovascular Surgery. Cohen. Ary L. Teresa Ree Chay et John Rinzel. Czeisler et al. Mackay et Leon Glass. Glass. Goldberg er. pp. Winfree. p. Ideker. p. 352 « UN SYSTÈME DYNAMIQUE D’UN INTÉRÊT VITAL ».

(Jensen) « Classical Chaos ». World Scientific. p. Christian Bourg ois. H. n°81. Lang er. 5. 1985. International Journal of Theoretical Physics. n°25. LE MESSAGE PRIMORDIAL. préprint. Lang er. Cambridg e. (Stewart) « The Geometry of Chaos ». 1986. 383 POUR LUI. Palo Alto. Ibid. Gollub. Un point de vue philosophique très personnel sur la relation entre la thermodynamique et les systèmes dynamiques est Ilya Prig og ine. 1984. 392 LE DÉPLACEMENT ÉTRANGE. Mandell. Bantam. AT&T Bell Laboratories. 1984. 373 « QUAND VOUS ATTEIGNEZ UN ÉQUILIBRE ». « Understanding Biolog ical Computation: Reliable Learning and Recog nition ». 1984. 82 (trad. Hohenberg et M. Lippincott. (Ford) « Book Reviews ». LE CHAOS ET APRÈS 381 « QUAND J'AI DIT CELA ». p. Nature. Review of Modern Physics. 384 UN MOT TROP RESTRICTIF. 1-28 . 1967. Wisdom . 388 LA CROISSANCE DE CES POINTES. Mandell. n°321. 663-668 . La littérature récente sur la dynamique du flocon de neig e est volumineuse. Atkins. Huberman. Fox. p. 374 « LE PARADIGME SOUS-JACENT ». in The Unity of Science. Winfree. C. 392 EN ASTRONOMIE. 125. What is Life ?. (Crutchfield) communication privée . 1984. Eug ene Stanley. Sing apour. W. 1 . pp. à paraître dans Advances in Physics. 384 « SI VOUS AVEZ UNE RIVIÈRE TURBULENTE ». 375 « DON SURPRENANT DE CONCENTRER ». J. Mandell. 374 LA DYNAMIQUE DES SYSTÈMES. New York. Lang er. p. Erwin Schröding er. C. W. Order Out of Chaos: Man’s New Dialogue With Nature. « Meteorites May Follow A . Bernardo A. n°209. p. « Pattern Selection in Fing ered Growth Phenomena ». American Scientist. Cavenar et al. 1986. Proceedings of the National Academy of Sciences. Jack Wisdom. p. 382 « EN DEUX JOURS ». New York. « Phase Transitions in Artificial Intellig ence Systems ». 1 . in Psychiatry : Psychobiological Foundations of Clinical Psychiatry. Huberman. Ford. p. 107 . pp. 373 MANDELL PORTA SUR LES MÉDICAMENTS. « From Molecular Biolog ical Simplification to More Realistic Central Nervous System Dynamics: An Opinion ». avril 1987 . Les articles les plus importants sont : James S. pp.. 392 DANS LEUR FOR INTÉRIEUR. 1986). « An Introduction to Pattern Formation in Nonequilibrium Systems ». « Instabilities and Pattern Formation ».. 385 DES PHYSICIENS SÉRIEUX. Johann Nittmann et H. Huberman. Ibid. Cross. préprint. fr. Ce livre excellent et récent est l’un des quelques exposés sur la deuxième loi de la thermodynamique formulés dans la perspective d’une exploration du pouvoir créateur de la dissipation dans les systèmes chaotiques. 1980. Huberman et Tad Hog g . Gaïa. Qu’est-ce que la vie ?. NOUS NE NOUS SOMMES ». Xerox Palo Alto Research Center. Paris. Cambridg e University Press. (Holmes) SIAM Review. 6871-6875. Brookhaven Lecture Series. « Tip Splitting without Interfacial Tension and Dendritic Growth Patterns Arising from Molecular Anisotropy ». O. Californie. The Second Law. 382 ACCEPTER CE TERME. 373 « EST-IL POSSIBLE ». Hubbard. 1986. (Hao) Chaos. n°52. 1986. 375 « EN PHYSIQUE. New Jersey. Un exemple intéressant de cette démarche dans l’étude de la g énération de formes est P. Arnold J. 1. éd. n°28. P. LES SPÉCIALISTES DU CHAOS. p. 374 « CES MODÈLES SEMBLAIENT AVOIR ». 384 « RELISONS LES LOIS ». Kessler et Herbert Levine. David A. Murray Hill. 179. Freeman. et aussi Tad Hog g et Bernardo A. 3 : 2. New York. 1984.

403-427. Copyrig ht © 1953. » « Evolution. des acides aminés. Reproduit avec l’autorisation de Oxford University Press. 1985. 394 « À LA FOIS STIMULANT ET UN PEU MENAÇANT ». Bio-Science. 394 « PLUS PRÉCISÉMENT ». Games. 6. Avec l’autorisation de Perg amon Books Ltd. p. 1985. Avec l’autorisation d’Alfred A. in Collected Works. de Conrad Aiken. Journal of Theoretical Biology. Que ces composants soient des neurones. Richardson. Copyrig ht © 1977 John Wiley & Sons. Ford. « Chaos in Ecolog ical Systems : The Coals That Newcastle Forg ot ». William M. “Connoisseur of Chaos”. Avec l’autorisation de Random House. Inc. Gold. n°35. Extraits et citations sont reproduits avec les autorisations suivantes : "Ohio" et "The Moons of Jupiter". Reproduit avec l’autorisation de Cambridg e University Press. et aussi William M. Schaffer et Mark Kot. cette adaptation ne peut se produire que si le comportement collectif de l’ensemble diffère qualitativement de celui de la somme des parties individuelles. 393 DES STRUCTURES QUI SE REPRODUISENT. de John von Neumann. Inc. in Collected Poems. 394 « DES CONCEPTS FONDAMENTAUX ». F. Weather Prediction de L. n°112. William M. p. par exemple. Los Alamos National Laboratory.Chaotic Route to Earth ». 63. pp. Center for Nonlinear Studies. and Learning : Models for Adaptation in Machines and Nature ». pp. non publié. Inc. Inc. “This Solitude of Cataracts”. Schaffer. « Do Strang e Attractors Govern Ecolog ical Systems ? ». Sehaffer. p. n°1. 349. 1985. Copyrig ht © 1957 The MIT Press. Copyrig ht © 1985 by John Updike. 393 « DIEU JOUE AUX DÉS ». de John Updike. Comme l’ont dit Farmer et Packard : « Un comportement adaptatif est une propriété qui émerg e spontanément à travers l’interaction entre composants simples. et « Chaotic Behavior and the Orig in of the 3/1 Kirkwood Gap ». “Thoug hts During an Air Raid”. 5. mai 1985. 1983. Mathematical Modeling of Biological Systems. The MIT Press. Copyrig ht © 1967. de Wallace Stevens. 1971 by Holly Stevens. Schaffer . Crédit des illustrations (in-texte) : . 394 SCHAFFER UTILISA. 14. remis à jour en 1981 par Mary Aiken. Schaffer. de Stephen Spender. 395 DES ANNÉES PLUS TARD. et “Reality is an Activity of the Most Aug ust Imag ination”. introduction aux comptes rendus de conférences. Copyrig ht © 1964 by Stephen Spender. de Eichard Feynman. « A Personal Hejeira ». “The Room”. Knopf. édité par Holly Stevens. Tous droits réservés. 1970 by University of Chicag o. SCHAFFER VÉCUT. 731-733. 1986. Knopf. William M. The Structure. Inc. Vol. Icarus. Inc. The Character of Physical Law. C’est là précisément la définition de ’non linéaire’. 1969. “Method in the Physical Sciences”. « What is Chaos ? ». Copyrig ht © 1962. The Structure of Scientific Revolution. Nature. Copyrig ht © 1963 by Perg amon Books Ltd. Avec l’autorisation de l’éditeur. « Nearly One Dimensional Dynamics in an Epidemic ». in Selected Poems. in Facing Nature. n°315. pp. p. Avec l’autorisation d’Alfred A. Schaffer et Mark Kot. Avec l’autorisation de University of Chicag o Press. 1970 by Conrad Aiken . 393 « L’ÉVOLUTION EST UN CHAOS ». 393 « LA PROFESSION NE PEUT PLUS ». Trends in Ecological Systems. in The Palm at the End of the Mind: Selected Poems and a Play. n°56. des fourmis ou des séquences de bits. de Harvey J. Avec l’autorisation de John Wiley & Sons. de Thomas Kuhn. 51-74.

Lorenz/Adolph E. 1986) : Fig ure 7 – Adolph E. avec l’autorisation de Schocken Books Inc. Fig ure 29 – Heinz-Otto Peitg en. Brotman . Fig ure 30 – Benoît Mandelbrot . 1977) . Fig ure 2 – Adolph E. Crutchfield/Nancy Sterng old . inset : Shoudon Liang . The Beauty of Fractals (Berlin : Spring er-Verlag . Brotman . Fig ure 37 – Oscar Kapp. Daniel Platt. Fig ure 20 – Michel Hénon . Nonlinear Dynamics and Chaos (Chichester : Wiley. M. Brotman . Yorke . Fig ure 12 – Benoît Mandelbrot. Fig ure 28 – Heinz-Otto Peitg en. Thompson. Tamäs Vicsek. Fig ure 4 – James P. Fig ure 19 – James P. Fig ure 38 – Martin Glicksman/Fereydoon Family. Peter H. Fig ure 18 – Edward N. avec l’autorisation de Schocken Books Inc. Fig ure 11 – W. Richter . Yorke . Fig ure 23 – Albert Libchaber . Fig ure 24 – Theodor Schwenk. Fig ure 32 – Michael Barnsley . Fig ure 25 – D’Arcy Wentworth Thompson. Brotman . Youden . . 1961) . Crutchfield/Adolph E. Bruce Stewart. Crutchfield . Brotman . Sensitive Chaos. Brotman : Fig ure 8 – James P. Fig ure 31 – James A. . Fig ure 16 – Jerry Gollub. On Growth and Form (Cambridg e : Cambridg e University Press. Fig ure 14 – Benoît Mandelbrot . Brotman . Fig ure 26 – Predrag Cvitanovic/Adolph E. Fig ure 6 – H. Fig ure 15 – Benoît Mandelbrot . Fig ure 5 – Irving R. Richter. Copyrig ht © 1965 by Rudolf Steiner Press. Fig ure 10 – Robert May . Fig ure 9 – James P. M. Sensitive Chaos. Thompson/Nancy Sterng old . Fig ure 22 – H. Crutchfield/Adolph E. The Fractal Geometry of Nature (New York : Freeman. J. Fig ure 17 – Adolph E. Bruce Stewart and J. Lorenz . . 1986) . Fig ure 27 – Albert Libchaber . Fig ure 1 – Edward N. Fig ure 36 – Theodor Schwenk. Fig ure 13 – Richard F. Copyrig ht © 1965 by Rudolph Steiner Press. Crutchfield/Adolph E. Fig ure 21 – James P. Ottino . Fig ure 35 – James A. Fig ure 33 – Julio M. Harry Swinney . Voss . J. Epstein . Fig ure 3 – Adolph E. Brotman . Peter H. Fig ure 34 – Arthur Winfree . Brotman .

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. tombé du haut d’un mur. 0. 1 Par commodité. Comme.02 donne 0.6304. et une population initiale de 0. 0. 0.6300.6296. Puis 0. i multiplié par lui-même est égal à -1. le point initial n’appartient pas à l’ensemble – c’est le cas si la partie réelle ou imaginaire du résultat courant est supérieure à 2 ou inférieure à -2. 0. et une population initiale.8750. 0. de 0. Bravo ! À l’époque des calculs à la main et des calculatrices manuelles. le point initial appartient alors à l’ensemble de Mandelbrot. 0. 0.T. 0.0529. un point jaune. dix répétitions. il suffit d’additionner entre elles leurs parties réelles et leurs parties imaginaires : (2 + 4i) + (9 - 2i) = 11+2i Pour multiplier deux nombres complexes.6296. 6 California Institute of Technology.d. Flammarion. il affiche un point orange . 0. 0. Parisot./ Ni les chevaux du Roi.5009.5008. 0.6296.8743.8284. 2 Avec un paramètre égal. Les nombres semblent osciller en se rapprochant d’un nombre fixe : 0. La population passe à 0. Vous obtenez 0. ni les soldats du Roi/ N’ont pu soulever Humpty Dumpty pour le remettre droit. où z commence à zéro et c est le nombre complexe correspondant au point à tester. multipliez-le par lui-même et additionnez-lui le nombre de départ.8750. 0.6296. par exemple.02 donne 0. cette itération se fait simplement en appuyant à chaque étape sur une même touche. 0.6295.3829.d. puis 0. in De l’autre côté du miroir (Through the Looking-Class) de Lewis Carroll . multiplié par 0. (N. ils permettent en effet un repérage dans le livre même s'il est un peu approximatif. vous multipliez chaque partie de l’un par chaque partie de l’autre puis vous additionnez les quatre résultats obtenus.) 4 Allusion à la comptine des Nursery Rhymes.d. May voyait apparaître une séquence analogue à celle-ci : 0. puis 0.6312. 0. la famine l’emporte sur la reproduction : 0.8270. Aubier-Flammarion. 0.6092.T) 9 Note à l'édition numérique : ces numéros de page sont laissés pour l'édition numérique. 1984. Pour une échelle accessible à un ordinateur personnel. 0.6285. 100 ou 200 est souvent suffisant. 1 moins 0.) 8 Il en existe une version française abrégée.8750. 2 + 3i (c’est la position du point situé à 2 vers l’est et à 3 vers le nord dans le plan complexe. Paris. 0. de plus en plus loin de l’origine du plan. (2 + 3i) x (2 + 3i) = -5 + 12i Pour sortir de cette boucle.6296. Le choix des couleurs et du nombre maximal d’itérations peut être adapté aux goûts du programmeur.3846. à 3.0196. 0. sur une échelle ajustable en fonction du grossissement.7. Le mécanisme principal en est constitué par une boucle qui définit le nombre complexe de départ et lui applique la règle de calcul : z → z2 + c. et en blanc les autres points.4862.8270. Puis.6299.6296. 0. on ne poussait jamais au-delà ces explorations numériques. 1971.8269. 0. 0. le programme surveille le résultat de chaque itération : s’il s’éloigne vers l’infini. 0. dans ce modèle extrêmement simplifié. pour vingt répétitions. Le nombre de ces itérations dépend du grossissement. multipliez-le par lui-même et additionnez le nombre de départ.98 qui. par exemple. remplacer les points blancs par une gradation de couleurs. 0. 0. « Humpty Dumpty.5009. de F. 0.6294. 0. 0. 0. 0.6296. il adopta « fractale » (féminin) pour le substantif français et « fractale » / « fractal » pour l’adjectif féminin / masculin. prenez ce nouveau résultat.6562 – la croissance se ralentit.6297.6273.8750.4976.4704. 0. Les Objets fractals. (N. 0. La plupart des scientifiques se sont ralliés à cette terminologie.3159. pour quarante répétitions.02 par exemple. 0.8332. L’arithmétique des nombres complexes est immédiate. Sur une petite calculatrice programmable. Si l’itération s’arrête au bout de. Si en revanche le programme effectue ses itérations sans que le résultat intermédiaire soit supérieur à 2. prenez le résultat – le nombre de départ –. 0.T.5.6428.6199. 0. puis 0. 0.8269.T. Il doit également afficher le résultat sur l’écran.1353.6328. pour rendre l’image plus attrayante.4976.4000. 0. par définition des nombres complexes. etc. le programme affiche un point rouge .3908.7. et 1000 offre une bonne sécurité.6297. Multipliez ce nombre par 2. 0. 0. Un nombre complexe s’écrit en deux parties : par exemple. Ces couleurs révèlent la topographie du terrain à l’extérieur de l’ensemble proprement dit. la « population » s’exprime par un nombre compris entre zéro et un. et le programme peut alors passer à un autre point initial. On peut aussi. 3 Plus tard.6249. deux termes du résultat se combineront entre eux.) Pour additionner deux nombres complexes. prenez 0.8719.6362. et ainsi de suite. 0. Le programme doit répéter ce processus pour chacun des milliers de points d’un maillage.) 7 Transcription phonétique de if you can read this message (si vous pouvez lire ce message). puis 0. La très faible population initiale a plus que doublé. 0.5835. 5 Le programme qui permet de construire l’ensemble de Mandelbrot ne comprend essentiellement que quelques instructions. 0. Choisissez une valeur arbitraire pour r disons 2. 0.6296.8400. 0.3829. puis 0. zéro représentant l’extinction et un la plus grande population imaginable dans un étang./ Humpty Dumpty s’est cassé la figure.8750.4. (N d.3828.6291. Donc. » Trad. On peut colorer en noir les points de l’ensemble. 0. (N. 0. 0. Répétez ces opérations en prenant à son tour cette nouvelle valeur comme population initiale : vous obtenez 0.3828. multipliez-le par lui-même et additionnez le nombre de départ .