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Leth de Mama gem Ce ———— Prer, Ltermattan 2° Chapitre 1 inter te Le concept de culture Le management interculturel se consacre A V'analyse des différences culturelles dans le management. Il parait done essentiel d’essayer de définir le concept de culture. Ceci impose un détour par I’anthropologie qui est son espace épistémologique d'origine. En effet, si la nationalité ‘peut étre tenue pour le fondement de la science économique, la culture est probablement l'un des concepts les plus importants de l’anthropologie. Mais il serait judicicux de parler des concepts de culture utilisés en anthropologie. Une part importante des travaux théoriques consacrés & ce concept résulte des divergences entre les différentes définitions utilisées, Des théories ts diversifiées et parfois concurrentes ont donné naissance & des courants différents en anthropologie. ‘A Vheure actuelle, il n’existe pas de consensus sur la signification du concept de vulture (Smisvich, 1983). Tl nous parait néanmoins important de souligner le réle de «pierre fondatrice » que peut jouer cette discipline pour tous Jes travaux dans le domaine du management portant sur la culture. En effet, d&s son émergence, I’anthropologie s'est proposée de décrire, d’analyser et d’interpréter les resemblances et les différences entre les cultures humaines. En empruntant le concept de culture & I’anthropologie, le management interculturel s'inscrit dans les débats dont ce concept fait l'objet. C’est pourquoi, nous allons tenter de réaliser une courte revue de la littérature sur le concept de culture en anthropologie. Nous n’avons pas l'ambition de dresser un inventaire exhaustif des écoles, tendances théoriques différentes ayant réfléchi sur le concept de culture. Nous nous limiterons a la présentation des courants majeurs de l’anthropologie s'étant intéressés au concept de culture en privilégiant I'analyse historique. Il s'agit avant tout de faire ressortir la diversité des acceptions et les débats que le concept suscite. La genése du concept scientifique de culture Le mot culture a une longue histoire. I! apparait au XVIE™* sidcle pour désigner la pratique du paysan ou du jardinier qui cultive son champ. Au XVIIP™ sigcle, il acquiert un sens figuré : on peut désormais «cultiver » les lettres, les arts ou les sciences. La culture désigne alors exclusivement 1a démarche de celui qui acquiert des connaissances livresques, qui s’éltve dans les progrés de l'esprit. Il n'est pas encore, & I"époque, question de culture francaise. On lui préfére, cn France, le mot «civilisation », Mais la notion de culture particuligre 4 un groupe humain est d'origine allemande. En effet, selon le philosophe Heider chaque peuple posséde un «Volksgeist » (génie populaire) qui lui est propre. Dans Je cas allemand, ce « génie » est incamé par la «Kultur » littéraire et artistique des classes populaires et bourgeoises, opposées aux sciences et aux philosophies cosmopolitiques prisées par I'aristocratie. C'est ainsi que la « Kultur » allemande consacre un nouvel usage du terme qui caractérise avant tout les euvres de l’esprit, la langue, la religion ct la morale qui constituent le bien particulier d'un peuple et le différencient des autres. 18 Au XDX— sidcle, Tylor, premier —_professeur @anthropologic Oxford s’empara du mot «culture » pour designer Vobjet de ses études. C’est "invention du concept scientifique de culture. Une science de la culture devait examiner la vie humaine en général et dégager a 'instar des sciences” exactes de véritables lois. Tylor contribua 2 la constitution de !’anthropologie par la publication en 1871 de Pouvrage intitulé Primitive culture. Un livre qui contient une définition souvent reprise et adaptée par la suite : « La culture ou la civilisation, prise dans son acception ethnographique large, est cet ensemble complexe composé par la connaissance, la croyance, l'art, la morale, la loi, les coutumes et toutes les autres compétences et habitudes acquises par l'homme en tant que membre d'une société. »' Selon cette définition large, toutes les activités et productions humaines peuvent étre considérées comme faisant partie de la culture, qui, pour Tylor, se confond encore avec civilisation. Jusqu’a cette époque, l'alimentation ordinaire, les fagons de se transporter, le travail manuel, les loisirs, bref tout ce qui fait partic de la vie quotidienne et banale était Iaiss¢ hors du champ de la culture. Seules les activités nobles, surtout artistiques et philosophiques, étaient considérées comme des expressions culturelles. Cette définition appelle quelques commentaires. Pour Tylor, la culture est expression de la totalité de la vie sociale de Ihomme. Elle se caractérise par sa dimension collective. Enfin, la culture est acquise et ne reléve donc pas de I'hérédité biologique. Cependant, si la culture est acquise, son origine et son caractére sont en grande partie inconscients (Cuche, 1996, p. 16). * Culture oF Cie complex whole customs, and any member of society taken in its wide ethnographic sense, is that includes knowledge, belief, art, morals, law, ther capabilities and habits acquired by man as a E.B. Tylor, Primitive Culture, Londres, 1871 19 Ce signifié scientifique de culture n'est pas né ex nihilo sous la plume de Tylor, il trouve son origine dans une influence extérieure, I’influence de la « Kultur » germanique. Dans ses travaux, Tylor s'est, en effet, inspiré de certains ethnologues et historiens allemands, et en particulier de l'un entre eux, I'historien-ethnologue Gustav Klemm, L’avénement de I’anthropologie culturelle 2 travers les travaux de Tylor correspond au début du travail ethnographique sur le terrain. Jusqu’au XVII" sigcle, les philosophes interprétaient les récits des voyageurs, ‘mais nallaient pas eux-mémes observer les tribus éloignées. Au XIX™* sidcle, les taches de recueil des données et d'analyse commencérent & faire partie intégrante du travail de Vanthropologue, mais surtout, l’observation au hasard portée Par la curiosité cédait la place a des techniques systématiques de collecte des données dominées par les exigences de rigueur scientifique. Au XX*™ siécle, le champ de V’anthropologie s'est fractionné en de nombreux courants dont nous allons présenter britvement les idées principales, 2. Boas : le courant historique diffusionniste Si Tylor est «I'inventeur » du concept scientifique de culture Boas, chercheur d'origine allemande et él&ve de Tylor, sera le premier anthropologue & mener les enquétes par observation directe et prolongée sur les cultures primitives, Il observe directement les sociétés avec minutiec. I est, en quelque sorte, l'inventeur de l'ethnographi la formation de Boas est d’abord scientifique, celle d’un Physicien et géographe. Il s’oriente vers I’anthropologie suite & une mission chez les Esquimaux en Terre de Baffin en 1884. Parti comme géographe avec une préoccupation de géographe (il s’agissait alors d’étudier l’effet du milieu Physique sur la société esquimaude). I s'apergut que Vorganisation sociale de ces Esquimaux est plus déterminée par la culture que par l'environnement physique (Cuche, 1996, p. 18). Pour lui, il n’y a pas de différence de nature biologique entre primitifs et civilisés, seulement des différences de culture, acquises donc et non innées (Cuche, 1996, p. 19). Toute I’ceuvre de Boas est une tentative pour penser la différence. Pour lui, la différence fondamentale entre les groupes humains est d’ordre culturel et non racial. Il fut un des premiers & penser la relativité culturelle. 1 reste dans Vhistoire de l’anthropologie comme le fondateur de la méthode inductive et intensive de terrain. Il concevait Vethnologie comme une science d’observation directe. Il préconisait la description compléte de toutes les données culturelles, ce qui exigeait la maitrise de la langue : c’était, selon lui, la seule attitude scientifique rigoureuse. Les types de maison, la structure sociale, les croyances et les contes devaient tous étre enregistrés fidélement et avec le plus de détails possibles (Lowie, 1937, p. 121). Enfin, Boas pense que chaque culture est unique et spécifique, qu'elle représente une totalité singuliére et tout effort consiste a rechercher ce qui en fait l’unité. D’od son souci de: ne pas seulement décrire les faits culturels, mais de les comprendre en les reliant & l'ensemble auquel ils se rattachent. Ainsi une coutume particuligre ne peut s’expliquer que rapportée au contexte culture! qui est le sien. Pour Boas, chaque culture est dotée d’un «style» particulier, qui s’exprime a travers la langue, les croyances, les coutumes. Ce style, cet « esprit » propre A chaque culture influe sur le comportement des individus (Cuche , 1996, p. 22). Parmi toutes les voies ouvertes par Boas, c’est la recherche sur la dimension historique des phénoménes culturels qui va surtout étre retenue par ses successeurs immédiats. De plus, pour Boas, les cultures ne s’étaient pas construites en vase clos, mais au carrefour de multiples influences ce qui incita Boas et un certain nombre de ses disciples A s'intéresser aux phénoménes de diffusion culturelle: 3. Malinowski et I'approche fonctionnaliste dela culture Boas avait préparé le terrain pour Malinowski, Ce dernier peaufina la démarche ethnographique scientifique développée par Boas. Le grand mérite de Malinowski aura été d'introduire 1a notion « d’observation participante » dans le champ de I'anthropologie. Cette méthode consiste pour Vethnologue & partager, au cours d’une enquéte intensive et de longue durée, l’existence d’une population dont il s'efforce de pénétrer la mentalité propre, par lapprentissage de la langue et & travers l'observation méticuleuse des faits de Ja vie quotidienne. 11 s'agit d'appréhender une culture de Vintéricur par l'immersion compl&te du chercheur. Seule cette démarche patiente devrait permettre de définir la culture du groupe étudié. Mais Malinowski est surtout connu pour avoir élaboré une théorie qui sera, par la suite, rés controversée : la théorie dite des besoins (titre d'un de ses ouvrages parm en 1944), fondement d'une théorie ecientifique de la culture. 2 A Vorigine, "homme a d'abord été confronté a des \pérs de survie ct a des nécessités biologiques, & des. besoins. Pour les satisfaire, il lui a fallu inventer des outils et eréer un lieu de vie,.l'organiser, le structurer. C'est A ce moment 1a, qu’il invente la culture. Une réalisation culturelle est une création, un savoir faire. Ce peut-étre une arme, par exemple, pour la défense. Dans la mesure ott l'homme ne posséde que sa main, I'arme suppléera aux griffes, aux crochets ou au venin, , 22 Les éléments constitutifs d'une culture auront pour fonction de satisfaire les besoins essentiels de "homme. A chaque type de besoin correspond une réponse culturelle. La culture constitue en quelque sorte une réponse fonctionnelle & des impératifs natrels. Elle y répond en eréant des ‘cinstitutions » concept central chez Malinowski, qui désigne les solutions collectives organisées. Les institutions, comme le clan, Ja tribu, Ia famille, Ia communauté locale ainsi que des équipes organisées de coopération économique, d'activité politique, juridique et pédagogique sont les éléments concrets de Ie culture, les unités de base de toute étude anthropologique ( Malinowski. 1970, p. 128). L’objet de l’anthropologue est l'étude, non de faits culturels, arbitrairement isolés, mais des institutions (Gconomiques, politiques, juridiques, éducatives...) et des relations entre les institutions, en rapport avec le systéme culture] dans lequel elles sont intégrées (Cuche, 1996, p. 34). Les anthropologues appartenant au courant fonctionnaliste se détournent de histoire et surtout de la « pseudo-histoire » des diffusionnistes pour se concentrer sur le fonctionnement des sociétés. Une société, disent-ils, peut-étre étudiée sans référence & son passé, tout comme un cheval peut-étre étudié ‘comme un organisme, sans faire référence 8 J" évolution qu’a connu cet animal au cours des siécles. En se coupant de toute explication d’ordre historique, les fonctionnalistes vont dévelopner ce que l'on a appelé I'analogie organisciste, c’est- a-dire qu’ils vont considérer la société ou Ja culture comme une organisme vivant et vont donc I’étudier comme tel Pour. Radcliffe-Brown, un organisme vivant est un ensemble d'éléments reliés les uns aux autres pour former un tout intégré. Chaque élément participe, contribue au fonctionnement de l'ensemble. Similairement, une société peut-étre considérée comme un tout intégré au sein duquel chaque institution remplit une fonction, c’est-A-dire participe a Ja bonne marche de l'ensemble. Chaque institution sociale contribue 2 la continuité de la vie sociale. En conséquence, 23 les différentes institutions sociales ne peuvent plus étre considérées isolément mais elles doivent étre mise en relation car elles sont interdépendantes, tout comme les organes du corps. La question que se posent alors les fonctionnalistes n’est plus de savoir comment une institution s'est développée au cours des siécles ni comment elle est devenue ce qu'elle est ; ce qui les intéresse, c’est de savoir comment fonctionne une institution, qu’elle est sa place, son réle, dans ensemble social et quelles sont ses relations avec d’ autres institutions ? Ceci améne tout naturellement A définir le concept de fonction. C'est la contribution qu'une activité partielle apporte & I’activité totale dont elle fait partic. Sur le plan social cette fois, et par analogie, la contribution d’une institution, c’est la contribution qu’elle apporte & la vie sociale dans son ensemble. Malinowski écrit par exemple : «Dans chaque type de civilisation, chaque coutume, chaque objet matériel, chaque idée, chaque ‘croyance remplissent une fonction vitale, ont une certaine tiche A accomplir représentent une part irremplacable d’un ensemble organique » (Poirier 1969, p. 93). On retrouve une sorte de téologisme dans la théorie fonctionnaliste ; en effet, toute institution que 1’on rencontre dans une société n’existe pas par hasard, mais elle existe Parce qu’elle a un réle & remplir dans le maintien de l’ordre social ; toute institution contribue au bon fonctionnement de la société. Toutes les dimensions de la culture sont ainsi fonctionnellement intégrées et peuvent étre expliquées par Vinterdépendance des diverses composantes qui constituent un tout (Fischer, 1994, p.5-6). Si la théorie de Malinowski a éé l'objet d’un certain nombre de critiques liées & sa conception « biologist » de la culture (Fischer, 1994), son grand mérite a &é de démontrer qu’on ne peut pas étudier une culture de I’extérieur, et encore moins & distance. Il a systématisé V'usage de la méthode ethnologique dite « observation participante ». 4, L’anthropologie culturelle américaine : le courant culture et personnalité Si les premiers anthropologues se sont surtout intéressés & la dimension matérielle de la culture, ils. considérent, par exemple, la fabrication d’un objet comme un fait culturel. Une partie des anthropologues, en particulier, ceux de V’école culturaliste américaine cherchent A examiner la culture sous l'angle des comportements de ses membres. Ils stintéressent, plus particulidrement, aux _ interactions individuelles qui constituent pour eux des pratiques sociales propres & une culture. Ils observent, plus précisément, les facons spécifiques de communiquer, de ‘travailler, etc... propres & chaque culture. Ces anthropologues vont essayer.de comprendre comment les étres humains incorporent et vivent leur culture. Comment une culture modéle-t-elle le comportement de ses membres ? L’hypothése étant précisément que chaque culture détermine un certain style de comportement commun & Vensemble des individus participant d’une culture donnée. LA, résiderait ce qui fait I’unité d’une culture et ce qui la rend spécifique par rapport aux autres. ; Les principaux représentants de ce courant culturaliste sont Bénédict (1950), Mead (1963), Linton (1959), Kardiner (1969). La question fondamentale que se posent les chercheurs de cette « école » est celle de la personnalité. Les auteurs se demandent par quel mécanisme de transformation, des individus, & la nature identique au départ, finissent par acquérir différents types de personnalité caractéristiques de groupes particuliers. Leur hypoth&se fondamentale est qu’a la pluralité des cultures doit correspondre une pluralité de type de personnalités (Cuche, 1996, p. 35). Des les premiers instants de la vie, un individu est imprégné par un modéle culture! particulier & une société donnée, done par tout un systtme de stimulations et @interdits formulés explicitement, ou non, qui l’améne une fois adulie & se conformer de fagon inconsciente aux principes fondamentaux de la culture. C’est ce processus que les anthropologues ont appelé « enculturation >. La structure de Ja personnalité adulte, résultante de Ja transmission de la culture par l'éducation, sera en principe adaptée au modéle de cette culture. Il y a donc un lien étroit entre modéle culturel, méthode d’éducation et type de personnalité dominant (Cuche, 1996, p. 38). ‘Mais de Vindividu, l'anthropologue ne retient que ce qui, dans sa psychologie, est commun A tous les membres d'un méme groupe; aspect strictement individuel de la personnalité reléve, en effet, d'une autre discipline: la psychologie. Cet aspect commun de Ja personnalité, Ralph Linton I'appelle « personnalité de base ». Pour lui, elle est déterminée directement par la culture & laquelle appartient un individu. Linton n'ignore pas la variété des psychologies individuelles. I pense méme que Ia gamme des différentes psychologies se retrouve dans chaque culture. Ce qui varie d'une culture & une autre, c’est la prédominance de tel ou tel type de personnalité. Ce qui I'intéresse en tant qu’anthropologue, ce- ne sont pas les variations psychologiques individuelles, mais ce que partagent les membres d'un méme groupe sur le plan du comportement et de la personnalité. Des lors, 1a culture est définie comme «I'ensemble des comportements, savoirs et savoir-faire caractéristiques d'un groupe humain ou d'une société donnée, ces activités étant 26 wises par un processus d’apprentissage, et transmises & TaMombie de. ses membres > (Laplantine, 1987, p. 116), L’anthropologie culturelle s'interroge sur nos fagons particulitres de penser, de parler, de nous rencontrer, de travailler, de nous distraire et de réagir face aux évenements saillants de l'existence : la naissance, la maladie, Ia mort (Laplantine, 1996). 5, L‘anthropologie symbolique ow la culture comme systéme d’idéations Le demier courant de I’anthropologie concerne les significations. Il se distingue de l'anthropologie culturelle car il s’intéresse moins aux comportements observables, qu’au sens que ces conduites prennent pour les intéressés explicitement ou implicitement (Chevrier, 2003, p. 14). Les tenants de cette approche appréhendent 1a culture comme un systtme construit par individu d'idécs et de représentations. Geertz (1973) propose de _ cesser @appréhender la culture sous le seul angle des comportements apparents et de commencer & la considérer comme codes ou « programmes » de significations implicites qui sous-tendent les événements apparents. Geertz. écrit : « Lhomme est un animal suspendu dans des toiles de significatione qu'il a luimame tissées: c'est ensemble de ces toiles que j’appelle culture » (Geertz, 1973, p. 5). Ainsi, il apparaft évident qu'il vaut micux examiner les «significations » et les «idéations » collectives selon lesquelles les acteurs sociaux interprétent leurs expériences et interactions et orientent leur comportement que de chercher Ja culture dans l’esprit humain. Selon cet auteur, Ja culture n'est pas un pouvoir, «quelque chose auquel on pourrait attribuer les comportements », mais un contexte, «quelque chose au sein duquel les comportements peuvent étre décrits de manitre intelligible », 2 Si pour comprendre les conduites humaines, dans les entreprises comme ailleurs, il est essentiel de faire référence & la culture, c’est parce que ces conduites ne sont pas indifférentes aux questions de sens. Tout comportement a un sens pour son auteur comme pour ceux qui l’interprétent.-Si une position est recherchée, si une marque d’autorité est jugée acceptable, c’est i cause de ce qu’elles signifient. Et ce qu'elle signifie varie avec les cultures. La culture correspond a.une grille de lecture partagée et mobilisée par les individus pour interpréter les situations qu’ils vivent. Selon les auteurs, la grille de lecture est faite de « représentations collectives », de «styles», de «mondes de pensée», de «schémas conceptuels », etc. (Chevrier, 2003, p. 22). Les termes réputés équivalents dans plusieurs langues ne renvoient pas aux mémes conceptions parce qu’ils s‘inscrivent dans des syst&mes de sens différents. Ainsi en est-il de ’honneur dans des contextes frangais ou espagnols. Dés lors, appréhender une culture revient pour Vanthropologie des systtmes symboliques & mettre en lumiére les conceptions du monde qu'elle véhicule a travers l'étude des discours de ses membres. (Chevrier 2003, p. 23) La perspective historique que nous avons adoptée nous a montré que Ia culture est un concept relativement neuf. En effet, a la fin du XIX’ sidcle, Tylor prit le terme 4 son compte et I'associa, pour la premiére fois, A une démarche scientifique. Nous avons vu également que le terme de culture n’était pas neutre, et dés son apparition cn anthropologie il fut l'objet de désaccords. Sa polysémie ne fit qu’augmenter avec les années, proportionnellement 2 Vengouement qu’il suscitait. Nous avons vu également que la conception de la culture et par conséquent la science de la culture a oscillé entre Vimportance accordée & ’histoire, dla fonction, 3 la structure de la personnalité et au sens. Certains anthropologues se sont attachés aux transformations des sociétés au fil du temps. Pour eux, les cultures se transforment par le truchement de processus complexes et la compréhension d’une culture implique la connaissance de son passé, il s’agit du courant historique- diffusionniste. D’autres, dans ume perspective synchronique, et appartenant au courant fonctionnaliste, ont montré que la compréhension d’une culture passait par l’observation et le déchiffrement minutieux des relations entre les différents éléments & un moment donné, et qu’il n’était nullement besoin de connaitre l'histoire d’une société pour saisir comment elle fonctionne. II s’agissait surtout, pour eux, de montrer comment les différents modes d’organisation remplissent des fonctions précises et répondent a des besoins précis, D'autres anthropologues examinent la culture sous I’ angle des comportements de ses membres, ils appartiennent au courant « culture et personnalité » Enfin, préoccupés par le sens, certains anthropologues appartenant au courant symbolique ont cherché a étudier la logique des langages et la signification des symboles qui sous-tendent les pratiques des individus. Cette anthropologie contemporaine, loin d'identifier une culture a des comportements stéréotypés ou a un syst#me de valeurs, privilégie l’analyse des propriétés d’un « univers de sens ». Mais, au-deli, des définitions multiples du concept de culture (il en existe plus d’une centaine), sur lesquelles il n’y a pas de consensus au sein de I’ anthropologie, nous verrons ailleurs ultéricurement que les différentes approches scientifiques en management interculturel abordent de différentes manitres le concept de culture. Il est intéressant de définir les principales caractéristiques d’une culture aprés cette présentation succincte des travaux des anthropologues les plus célébres. En partant des travaux éyoqués précédemment et a l'aide d'autres sources, on peut, dans une certaine mesure, définir le concept de culture & partir des cing caractéristiques suivantes. La culture est un phénoméne social: elle dépasse Vindividu, elle est collective, «En effet, 1a culture représente un phénomene social qui est portée et transmis par un groupe et sa continuité n’est pas lige & Mexistence permanente d’un individu » (Kluckhohn, Kelly, 1972, p. 82). La culture est donc un complexe au sens latin (complexus, ce qui est tissé ensemble), ce qui unit et rassemble, Elle fonctionne comme « un ciment » pour les personnes qui sy identifient. Il n’existe aucune culture qui ne soit celle d’une société, d’une communauté, c’est-)-dire d’un groupe humain organisé. La culture s’apprend, elle n’est pas innée mais acquise, Par conséquent, on peut définir la culture comme un héritage social d'une sociéié, c’est--dire l'ensemble des comportements, convictions, régles de comportement transmis de génération en génération. (Murdock, 1940) Cette caractéristique est soulignée par de nombreux anthropologues. Ainsi, par exemple, Ruth Bénédicte (1947, p. 13) écrit : «1a culture est le terme sociologique qui est donné pour les comportements appris, comportements qui ne sont pas déterminés par le patrimoine génétique mais qui doivent étre appris par toute nouvelle génération. » De méme Sapir (1951, p. 221): «La culture.c’est I’assemblage inné social de pratiques et de croyances qui déterminent la texture de notre vie. » La culture est acquise, et transmise le plus souvent inconseiemment selon un processus d’apprentissage (la socialisation), les principaux agents de socialisation sont la famille, l’école, l'entreprise... 30 La culture est évolutive. En effet, elle doit permettre I'adaptation de l'homme & la diversité des milieux et des conditions et, pour cela, permettre le changement par des innovations intérieures evou des emprunts de 'extérieur. La culture sert profondément & s’adapter aux conditions de l'environnement. Selon Kluckohn et Strodtbeck (1961, p. 56), «la culture est le facteur griice auquel 1a société réalise son adaptation & l'environnement : elle propose des méthodes éprouvées et des instruments pour résoudre les problémes de survie quotidienne et satisfaire ses besoins biologiques et sociaux fondamentaux ». La. culture entraine un processus de production de significations (de valeurs, de normes, de comportements) partagées. « Ce processus est couplé a un processus de sélection (tous les éléments du «réel » ne sont pas forcément investis de significations, et les mémes éléments pourront faire l'objet de significations tres différentes selon Jes cultures). La culture est fondamentalement un systtme d'information qui crée, envoie, stocke et traite des significations portées sur ce que Ton pergoit de la réalité au sein du groupe. Les significations sont acquises et définissent I'interprétation du monde (au niveau implicite) et les pratiques partagées (au niveau explicite) au sein de la communauté de référence » (Prime, Usunier, 2003, p. 11). La culture a une dimension pragmatique. «La culture sert fondamentalement & résoudre des problémes que se posent les hommes, problémes universels ou problémes spécifiques & chaque communauté. Ainsi, la culture a une dimension pragmatique, et les hommes passent souvent leur temps & chercher & résoudre les _mémes problémes, mais avec des moyens qui leur sont toujours pour tune part spécifiques » (Prime, Usunier, 2003, p. 11) 31 En résumé : Comme le management interculturel a pour objet analyse des différences culturelles dans Ie management, il parait important de définir le concept de culture en présentant les principaux courants de Panthropologie s*étant intéressés A ce concept. Tout en privilégiant Vanalyse historique, le but de cette courte revue de la littérature sur Ie concept de culture est avant tout de faire ressortir la diversité des acceptions que le concept suscite. La conception de la culture a oscillé entre l’importance accordée & histoire, & la fonction, A la structure de la personnalité et au sens, Pour certains anthropologues les cultures se transforment par Ie truchement de processus complexes et la compréhension @une culture implique la connaissance de son passé, il s*agit du courant historique-diffusionniste. D'autres, dans une perspective synchronique, et appartenant au courant fonctionnaliste, ont montré que Ia compréhension d’une culture passait par lobservation ct le déchiffrement minutieux des relations entre les différents éléments & un moment donné, et qu’il n’était nullement besoin de connaitre l'histoire d’une société pour saisir comment elle fonctionne. I! s’agissait surtout, pour eux, de montrer comment les différents modes d’organisation remplissent des fonctions précises ct répondent & des besoins précis. D’autres anthropologues examinent Ia culture sous l’angle des comportements de ses membres, ils appartiennent au courant « culture et personnalité » Enfin, certains anthropologues préoccupés par le sens, appartenant au courant symbolique, loin d’identifier une culture & des comportements stéréotypés ou & un systtme de valeurs, privilégient Panalyse des propriétés d'un « univers de sens », Mais au-dela, des définitions multiples du concept de culture, sur lesquels il n'y a pas de consensus au sein de Vanthropologie, il est intéressant de définir les principales { I | | caractéristiques d’une culture : Ja culture est un phénoméne social, la culture s’apprend et n'est pas innée mais acquise, la culture est évolutive, elle entraine un processus de production de significations et enfin elle a une dimension pragmatique.