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Mobilité et identité : le cas des juifs hispano-portugais. Partie 3.

Daniel Marcou

Dans le billet précédent, nous avons exploré les aspects qui ont contribué à former une auto-
identité chez les juifs et conversos hispano-portugais. L’expérience de l’exil et des conversions
forcées ont bien entendu opéré des ruptures dans leur vie socioreligieuse ainsi qu’économique;
cependant, ils ont utilisé à leur avantage plusieurs éléments tels que leur culture commune ainsi
que leur éparpillement par tout l’Atlantique pour former une cohésion de groupe et une nouvelle
identité différente de la vieille identité sépharade (Lipianski 1998).
Il sera question maintenant d’analyser dans un sens plus large ce qu’est la construction d’une
identité collective et en deuxième partie, de voir un exemple moderne de formation d’identité
diasporique au Canada et comment cela pourrait être mis à profit.

Construction de l’identité collective


Selon Lipianski (1998) l’identité de groupes se fonde par sa cohésion en marquant sa position par
rapport aux autres groupes. Dans le cas des juifs-hispano portugais, l’importance de ces
marqueurs identitaires, parfois imposés et parfois réclamés, est ce qui a incité à concevoir cette
identité collective (Lipianski 1998). C’est donc par la mise en valeur de ces différences qu’un
groupe parvient à maintenir leur unité, car ces traits culturels ont une valeur discriminante et
contribuent au maintien de frontières sociales imaginaires entre les groupes (Bouchard 2008).
Dans ce cas, il fut question de lois raciales, de l’expérience de l’exil et l’inquisition, de l’origine
hébraïque et des coutumes distinctes qui ont tous contribué à former cette identité collective
des Hébreux de la Nation portugaise.
Albert Memmi (1997) éclaire le sujet des identités culturelles un peu plus en parlant de deux
repères identitaires présents quasi universellement : l’appartenance à un groupe et
l’appartenance à un système de valeurs. Le sentiment d’identité culturelle proviendrait de
l’appartenance à un groupe, dont la définition et la cohérence reposent sur un système (même
si ce système est plus ou moins respecté selon les individus). Un juif ne connait peut-être pas
dans le détail le dogme ou les variations de son rite (s’applique au chrétien et au musulman aussi),
mais il admet tout de même que c’est le judaïsme qui le définit du moins en ne coïncidant pas
avec la société du non-juif (Memmi 1997).
Dans les migrations et les diasporas intergénérationnelles, il est inévitable qu’il y ait brassage
d’idées, de populations et même d’identités. C’est justement ce brassage qui est enclenché par
le choc culturel qui mène à la formation identitaire du Soi différent de l’Autre, la rencontre à la
suite de la migration pousse souvent les immigrés à chercher lieux et personnes qui leur
permettent de se rappeler de leur pays d’origine car c’est en voyant l’autre qu’on se rend compte
de notre particularité (Choueïri 2009). Ce besoin d’identité culturelle est en partie idéel, c’est une
manière de survivre à tous ces changements, c’est une manière d’utiliser le passé et le futur pour
confronter le présent (Memmi 1997).
De quelle manière ceci peut-il nous éclairer pour comprendre la formation d’identités
diasporiques modernes? De quelle manière pourrait-on maximiser sur le phénomène toujours
grandissant de communautés diasporiques? Ceci peut nous aider à voir les diverses stratégies
utilisées par les immigrants non comme un ensemble désorganisé de réactions, mais plutôt
comme faisant partie d’une renégociation identitaire d’une diaspora.

Le Canada comme pays de diasporas


Aujourd’hui le Canada est parmi les pays avec un des plus hauts pourcentages d’immigrants
parmi les pays de l’OCDE[i] incluant 18 communautés immigrantes avec plus de 100,000
membres (Bitran et Tan 2013). La politique multiculturelle de l’État canadien a été introduite en
1971 et a subi des adaptations au travers des années. Aujourd’hui cette politique prône
l’intégration dans la société canadienne sans toutefois effacer les particularités culturelles de
chaque communauté, le but étant que les gens de toutes origines aient un sentiment
d’appartenance au Canada (Leung 2011).
Le constant influx de migrants signifie que les individus qui forment la société canadienne sont
en constante renégociation identitaire, car rappelons-le, c’est n’est pas seulement le migrant qui
renégocie son identité, c’est aussi la société qui reçoit le migrant (Deleuze 2018). Cependant, en
dépit des bons désirs, il semblerait que le Canada ne réagit pas assez vite à la société qui est en
constant ajustement face à ces rencontres avec l’Autre. Il y a encore beaucoup d’obstacles
bureaucratiques et socioculturels qui freinent l’intégration sociale et économique des
immigrants qui empêchent le Canada de profiter pleinement de cette richesse de réseaux
diasporiques qui le composent (Guo 2015). Plusieurs millions de Canadiens partagent des
identités et nationalités et ont une mobilité transfrontalière qui pourrait être mise à profit pour
le Canada si celui-ci encourageait un engagement plus formel pour promouvoir et faciliter la
formation de tels réseaux commerciaux.
Image 1 : Lieu de naissance de citoyens nés à l’étranger. (Statistiques Canada 2011).

L’étude de Nedelcu (2005) sur la communauté roumaine de Toronto liste plusieurs stratégies
utilisées pour s’intégrer et mettre à profit leur capital professionnel et contourner les barrières
structurelles qui limitent l’accès au marché du travail canadien. Parmi ces stratégies on
retrouve les réseaux professionnels, la formation, l’entraide de survie et l’entrepreneuriat;
toutes des qualités qui étaient présentes dans la diaspora hispano-portugaise à échelle
internationale.

Conclusion
En étudiant le parcours migratoire et identitaire de la diaspora juive hispano-portugaise, nous
avons parcouru divers facteurs de construction identitaire tels que la religion, l’ethnicité et l’exil.
La migration crée diverses ruptures, mais aussi des rencontres qui contribuent à un brassage
socioculturel qui peut déboucher dans de grandes avances socioéconomiques. Dans le monde
interconnecté d’aujourd’hui les communautés diasporiques peuvent jouer un rôle important
dans l’économie globale tout comme les juifs hispano-portugais qui en quelque sorte ont
participé à l’inauguration de cette économie globale en utilisant leurs atouts culturels et leurs
connaissances internationales pour créer un véritable empire commercial sans frontières
(Schorsch 2010) et une communauté en circulation (Studnicki-Gizbert 2007).
L’étude menée par Bitran et. al (2013) suggère que le Canada devrait adopter cette mentalité
diasporique dans ses politiques économiques et sociales pour prendre en compte la nature
diverse et globalement connectée de sa population. L’analyse de l’historique communauté juive
hispano-portugaise nous donnerai donc une piste non seulement pour étudier les communautés
diasporiques et migratoires au Canada, mais peut-être aussi une nouvelle manière de voir les
relations internationales du Canada. Les changements multiculturels au sein du Canada, au lieu
d’être facteurs de rupture identitaire pourraient être utilisés pour reconstruire l’identité et
renforcer les relations communautaires à l’instar des juifs hispano-portugais (Studnicki-Gizbert
2007).
[1] Organisation de coopération et de développement économiques

Bibliographie

BITRAN, M., et TAN, S., 2013, « Diaspora Nation: An Inquiry into the Economic Importance of
Diaspora Networks in Canada», Mowat Publication, 2013, 72.

BOUCHARD J., 2008, « Élaboration du gouvernement régional du Nunavik et construction de


l'identité collective inuit », Études/inuit/studies, 32 (1) : 137-153.

CHOUEÏRI, R., 2009, « Le "choc culturel" et le "choc des cultures" », Géographies et Cultures, 68 :
5-20 (pagination de l’édition papier).

DELEUZE, A-S., 2018, « Leçon 9 : Immigration, la rencontre des cultures », ANT-1601 - Enjeux
siocopolitiques et humains de la migrations. Université Laval.

GUO, S., 2015 « The changing nature of adult education in the age of transnational migration:
Toward a model of recognitive adult education », New Directions for Adult and Continuing
Education, 146: 7-17.

LEUNG, H. H., 2011, « Canadian multiculturalism in the 21st century: Emerging challenges and
debates », Canadian Ethnic Studies Journal, 43, 3: 19-33.

LIPIANSKY, E. D., 1998, « Comment se forme l’identité des groupes » dans Jean-Claude Ruano-
Borbalan (dir.), L’identité: L’individu, le groupe, la société, Auxerre et Paris, Sciences humaines et
P.U.F.: 143-150.
MEMMI, A. (1997). « Les fluctuations de l'identité culturelle ». Esprit (1940-), (228 (1)), 94-
106. Consulté sur internet http://www.jstor.org/stable/24277014

NEDELCU, M., 2005, « Stratégies de migration et d’accès au marché du travail des


professionnelles roumaines à Toronto », Revue européenne des migrations internationales, 21,
1 : 77-106 (pagination de l’édition papier).

SCHORSCH, J., 2010, « Sephardic Business : Early Modern Atlantic Style », The Jewish Quarterly
Review, 100, 3:483-503.

STATISTIQUES CANADA, 2011 National Household Survey : Data tables, Gouvernement du


Canada, 2018. Consulté sur internet (www12.statcan.gc.ca/nhs-enm/2011)

STUDNICKI-GIZBERT, D., 2007, A Nation upon the Ocean Sea: Portugal’s Atlantic Diaspora and the
Crisis of the Spanish Empire, 1492-1640. New York, Oxford University Press.