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Recherche-action sur la situation des mineurs non

accompagnés marocains
Avril 2018

Rapport établi sur la base de données recueillies lors de missions


effectuées au Maroc, en Espagne et en France
entre décembre 2017 et avril 2018
Trajectoires
Trajectoires est une association qui mène des recherches actions 1 auprès de
migrants en situation de vulnérabilité. Son rôle est d’établir des diagnostics afin de
proposer des modalités d’accompagnement adaptées auprès des publics rencontrés.
En complément du projet d’accompagnement social initié par le CASP (Centre
d’Action Sociale Protestant) sur les MNA 2 marocains présents dans le 18ème
arrondissement, la ville de Paris a souhaité améliorer sa connaissance du public, de
la problématique et nourrir son action de recommandations complémentaires afin de
structurer la réponse collective à proposer aux jeunes. L’association Trajectoires a
donc été sollicitée pour :

• Comprendre les raisons de la venue de ces jeunes en France;


• Identifier la ou les spécificités du projet migratoire;
• Proposer un schéma d’accompagnement mieux adapté au profil de ces
jeunes.
Dans le cadre de cette mission, plusieurs axes ont été établis :
• Établir si d’autres territoires en France connaissent ce phénomène ;
• Établir le parcours migratoire et recenser les bonnes pratiques auprès de ce
public dans d’autres pays européens (Espagne…) ;
• Identifier les acteurs en France et en Europe en contact avec ce public ;
• Travailler avec le pays d’origine afin d’enrichir la connaissance sur ce public.

L’équipe
L’équipe est constituée d’Alexandre Le Clève et d’Olivier Peyroux. Juriste et
sociologue de formation, ils travaillent depuis plus de 10 ans sur cette thématique au
sein d’associations et d’organismes publics en France et à l’étranger.
Des interprètes en arabe et en espagnol ont également participé à cette recherche.

1
La recherche-action est une méthode qui permet, à partir d’un recueil de données collectées auprès
d’une population, de mobiliser les dynamiques internes (propres au groupe étudié) et d’élaborer des
outils d’accompagnement afin de dynamiser le changement social.
2
Mineurs Non Accompagnés. La loi n° 2016-297 du 14 mars 2016 relative à la protection de l’enfant a
rappelé la notion de « mineur privé temporairement ou définitivement de la protection de sa famille »
au sein de l’article L. 221-2-2 du code de l’action sociale et des familles (CASF).

Recherche-action sur la situation des mineurs non accompagnés marocains


2
Table des matières
L’équipe ............................................................................................................................ 2
Synthèse .......................................................................................................................... 4
Précisions sur le public ciblé ..................................................................................... 10
Méthode et collecte d’informations ........................................................................... 11
I/ Historique du phénomène........................................................................................ 13
II/ Les raisons du départ du Maroc ............................................................................ 17
III/ La remontée vers le nord ou une migration sans objectifs précis ................. 21
IV/ La situation en Espagne ........................................................................................ 26
V/ La situation en Suède.............................................................................................. 33
VI/ Risque de radicalisation ........................................................................................ 36
VII/ Apparition du phénomène en France ................................................................. 37
VIII/ Situation à Paris .................................................................................................... 42
IX/ Déplacements en Europe : entre prises en charge et délinquance ................................ 47
X/ Traite des êtres humains .............................................................................................. 50
XI/ Recommandations .................................................................................................. 53
Bibliographie .................................................................................................................... 56
Annexe : Liste des personnes avec qui nous nous sommes entretenues ............................. 56

Recherche-action sur la situation des mineurs non accompagnés marocains


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Synthèse

En complément du projet d’accompagnement social opéré par le CASP auprès de


jeunes Mineurs Non Accompagnés (MNA) marocains présents dans le 18ème
arrondissement de Paris, la ville de Paris a mandaté Trajectoires afin de mener une
étude visant à améliorer sa connaissance d’un public présentant des caractéristiques
rendant leur accompagnement social complexe.

Précisions sur le public observé à Paris


L’objet de l’étude n’est pas la question de l’ensemble des mineurs non accompagnés
marocains présents en France. Il s’agit de jeunes voire très jeunes 3 marocains (ou
algériens mais se présentant comme marocains), poly-consommateurs de
substances psychotropes (benzodiazépines, cannabis, solvants, ecstasy, etc.)
exposés à de nombreux dangers car se livrant à des activités délinquantes
fréquentes (vol à l’arraché, cambriolage, deal) et pouvant pratiquer des activités
dangereuses (prostitution). Ces jeunes présentent de multiples carences affectant
leur capacité de socialisation et générant de la violence, tant vis-à-vis de leurs pairs
que vis-à-vis des adultes. Ces enfants souffrent également de pathologies liées à
l’errance (gale et affections cutanées), aux consommations (états de manque) ainsi
qu’aux multiples défauts de soins (maux de dents, blessures superficielles
s’aggravant suite à des infections). L’errance prolongée, la violence et les
consommations excessives affectent les compétences psycho-sociales de ces
adolescents. Cette problématique, inédite par certains aspects, déborde les
dispositifs classiques de protection de l’enfance qui s’avèrent bien souvent
inopérants.
Nous pouvons estimer qu’entre 40 et 70 de ces mineurs passent, errent et
« travaillent » chaque jour dans le quartier de la Goutte d’Or. Les observations des
acteurs confirment des arrivées et des départs continus. De février 2017 à février
2018, environ 300 MNA marocains seraient passés par la Goutte d’or.

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A partir de 10 ans

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Des origines sociologiques qui se caractérisent par des contextes familiaux
complexes
La grande majorité des MNA marocains ne sont pas des enfants des rues tels que
nous les rencontrons dans les grandes villes marocaines. Ces derniers ont en effet
rarement les ressources, y compris sur le plan physique, pour escalader les barrières
de sécurité hautes de parfois sept mètres bordant les enclaves espagnoles sur le
continent africain. Se cacher dans des camions ou payer des passeurs constituent
également des obstacles que les enfants des rues des grandes villes marocaines,
sans ressource ni soutien, ne semblent pas être en mesure de surmonter.
La plupart des MNA que l’on rencontre à Paris ou ailleurs ont quant à eux une
famille. Si les mois voire les années d’errance font que les liens sont distendus ou
rompus, les jeunes préférant taire à leurs proches la réalité de leur situation, ils
disposent également de ressources sociales, physiques et matérielles pour
entreprendre leur voyage.
Provenant de quartiers périphériques de Tanger, de Fès et de Casablanca, ces
mineurs ont souvent été négligés ou délaissés par leur famille. Leurs mères sont
souvent employées de l’industrie textile ou de l’agro-alimentaire. Elles travaillent près
de 12 heures par jour pour un salaire modique. De nombreuses femmes ont quitté le
milieu rural et leur famille proche pour s’installer dans un environnement urbain, au
sein duquel surviennent des situations de remariage ou bien la naissance d’enfants
hors mariage dont le statut social au Maroc demeure incertain. Éloignées de leurs
proches, ces femmes se retrouvent rapidement dépassées par certains
comportements de leurs pré-adolescents fragilisés par des recompositions familiales
où leur place est difficile à trouver, ou bien négligés du fait de leur naissance hors
mariage. Ces enfants rencontrent ainsi des difficultés quotidiennes qui nuisent entre
autres à leur assiduité scolaire.
Des projets de départ élaborés pour fuir une situation sociale complexe,
encouragés par des récits de pairs
Avant de quitter le foyer familial, ces mineurs se retrouvent en petits groupes sur des
parkings ou des terrains vagues. Beaucoup consomment des stupéfiants 4 et
commencent à voler des portables pour payer leurs consommations. Les projets de
départs pour l’Europe sont évoqués, nourris par les nouvelles reçues de jeunes
partis plus tôt. Lorsqu’ils se décident à partir, ils descendent un soir, en groupe, dans
les ports de Tanger ville, Melilla et Ceuta pour tenter de passer sur le continent
européen en se cachant dans un camion ou un camping-car.

4
Les autorités locales avancent le chiffre de 60% de consommateurs réguliers parmi ces jeunes.

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Cette appétence des jeunes pour l’Europe, quel que soit leur profil, s’explique par
leur perception d’un avenir au pays qu’ils jugent bouché, mais aussi par un désir
d’accéder à un statut social mis en scène quotidiennement sur les réseaux sociaux
par leurs amis et connaissances partis en Europe 5.
Leur projet migratoire peut se lire comme une fuite de problématiques non réglées au
pays : conflits familiaux, rejet suite à un remariage, déscolarisation, addiction,
difficultés de socialisation, etc. La migration est alors vécue comme un moyen de
régler l’ensemble de ces problèmes. Or, le parcours migratoire qu’ils entreprennent,
ne fait que rajouter de nouvelles problématiques à celles de départ : abus sexuels
fréquents, ancrage dans la délinquance, poly-toxicomanie. Enfin, la détérioration
parfois irréversible de liens familiaux à l’origine fragiles, renforce également les
souffrances de ces enfants.

L’Espagne : d’une destination à un point de passage pour l’Europe occidentale


et septentrionale
Les premiers MNA marocains sont arrivés en Espagne à la fin des années 90. Leur
venue peut s’expliquer par une adaptation de la stratégie migratoire suite aux renvois
au Maroc d’adultes en situation irrégulière.
A partir de 2008 les profils des MNA et les destinations se diversifient. La crise
immobilière en Espagne et l’augmentation spectaculaire du taux de chômage ont
rendu le pays de moins en moins attractif. Le secteur de la construction qui employait
une main d’œuvre immigrée abondante est quasiment à l’arrêt, obligeant les
étrangers (comme les Espagnols) à de nombreux départs vers d’autres pays
d’Europe. C’est dans ce contexte, que les mineurs marocains non accompagnés
vont alors faire leur apparition dans d’autres pays européens. En 2010, leur
présence est signalée par les autorités des villes de Milan et de Turin ; en 2012 à
Bruxelles et à Berlin ; en 2013 à Stockholm, Malmö et Göteborg ; en 2015 à
Hambourg, Francfort, Menahem mais aussi en Norvège au Pays-Bas, au Danemark,
en Finlande et plus récemment en Suisse.

Présence et passages dans différentes villes françaises : des phénomènes


confirmés mais qui restent mal identifiés

5
“¡Solo valiente!” Los menores que migran solos de Marruecos a Cataluña. Empez Vidal, Núria

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Si l’arrivée à Paris de MNA marocains est relativement récente (2016), leur présence
dans d’autres régions en France est établie depuis plusieurs années. Les
départements du Sud-Ouest, frontaliers de l’Espagne, ainsi que ceux du Sud-Est
(Hérault, Bouches du Rhône) connaissent des situations similaires. La plupart des
mineurs circulent d’une ville à l’autre sans que les services de protection de l’enfance
et de la PJJ réussissent à les identifier en raison de cette mobilité et des différents
alias que ces mineurs utilisent. Les jeunes passés par Paris déclarent faire des
allers-retours fréquents avec Montpellier, Lille ou Marseille.

L’attraction de la Goutte d’Or à Paris : opportunités économiques et ancrage


dans l’errance
Fin novembre 2016, une vingtaine de mineurs est arrivée à Paris. De février 2017
jusqu’à ce jour, leur nombre varie quotidiennement entre 40 et 70. Bien que moins
nombreux que d’autres groupes de MNA dans Paris, ces mineurs sont extrêmement
visibles en raison de leur jeune âge (certains semblent avoir à peine une dizaine
d’années), de leur consommation de colle et de solvant 6 et des comportements liés à
leur errance et à ces consommations (blessures, air hagard, jeux dangereux).
Beaucoup pratiquent des activités délinquantes régulières : vols à la portière, vols de
téléphones portables, vols à l’arrachée, cambriolages, etc. Parmi les quelques 300
jeunes marocains passés par la Goutte d’or, on distingue deux catégories : d’une
part des jeunes installés depuis plus d’un an pouvant avoir une certaine emprise sur
les nouveaux venus, et d’autre part des mineurs de passage primo-arrivants ou
pratiquant des allers-retours avec d’autres villes et ayant des profils variés. Le
groupe présent depuis plus d’un an est surtout composé de majeurs qui continuent à
se déclarer mineurs, davantage ancrés dans la délinquance. Ils vivent dans des
squats du 18ème et du 19ème arrondissement de Paris. Ils sont surtout spécialisés
dans les cambriolages et utiliseraient probablement les plus jeunes garçons primo-
arrivants et/ou de passage pour leurs activités délinquantes, renforçant la
vulnérabilité de ces derniers.

Entre demandes de protection et activités de survie économique : une errance


européenne guidée par des choix et des contraintes
Ces mineurs ont acquis une certaine expérience d’une mobilité européenne qui leur
permet de faire des choix entre d’une part les différents types de prise en charge

6
Le mode de consommation le plus courant consiste à verser quelques gouttes du produit dans un sac de
plastique puis placer le contour de l'embouchure du sac sur la bouche et sur le nez pour en inhaler les émanations
(vapeurs).

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proposés par les institutions de protection de l’enfance des pays respectifs, perçus
comme des services, et d’autre part les opportunités pour faire de l’argent. Ils sont en
lien avec de petits groupes criminels locaux, qui leur sous-traitent une partie de la
délinquance et du risque pénal. Les types de délits sont similaires dans toutes les
régions observées : vols de téléphones portables, vols à l’arraché, cambriolages,
vente de drogues.
L’errance comme facteur de risque d’exploitation et de Traite des Etres
Humains
Ces mineurs oscillent entre actes contraints, sous-traitance de délinquance et
opportunisme. Si la question de la traite des êtres humains doit se poser, elle
demeure difficile à prouver en l’absence d’une organisation criminelle unique. Ces
mineurs semblent davantage connaître des exploitations temporaires plutôt que
continues, consistant en des contraintes au vol et à la vente de drogue. Lors des
interpellations et des retenues, les jeunes ne donnent aucune information, craignant
des représailles ou ne souhaitant pas bénéficier d’une protection en France. Ces
formes d’exploitation, dissimulées par des mineurs apparaissant par conséquent
seulement comme des auteurs d’actes de délinquance, ne sont donc pas toujours
connues des policiers.
Par ailleurs, ces mineurs font preuve d’une certaine autonomie dans leurs
déplacements. Toutefois, la durée des « séjours », leur anticipation et leur
préparation interpellent. Certains jeunes évoquent en effet des dates de départ et de
retour précises ce qui contraste avec la désorientation spatiale et temporelle qui
caractérise des périodes de présence sur le secteur de la Goutte d’Or à Paris. Ces
éléments pourraient ainsi indiquer que les mineurs se déplacent à la demande de
tiers.
Obstacles à la prise en charge et pistes de contournement
La difficulté majeure du travail avec ces jeunes tient à leur mobilité. En 3 ans
certains, sont passés par plus de 15 villes en Europe. Les situations sur lesquelles
nous avons travaillé démontrent pourtant que, dans la très grande majorité des cas,
ces jeunes ont adhéré à une ou plusieurs mesures de prise en charge. Une grande
partie est restée plusieurs mois dans des foyers en Espagne afin de démarrer la
procédure qui impose aux services en charge de la protection de l’enfance la
demande d’un titre de séjour pour tout mineur étranger en danger sur le territoire.
Beaucoup sont aussi passés par la Suède et ont été placés en famille d’accueil, des
centres sécurisés, des appartements partagés avec présence d’éducateurs.
L’organisation d’un travail d’échange concernant le suivi social de ces jeunes au
niveau national, européen et marocain constitue une réelle piste d’amélioration. Cela
permettrait de pouvoir attribuer à ces jeunes une identité partagée, de travailler sur

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leur parcours, en entrant en lien, si cela se révèle pertinent, avec leur famille. A court
terme, la présence de jeunes enfants ancrés dans l’errance et présentant des poly-
toxicomanies, pose néanmoins la question de l’adaptation des structures d’accueil et
de protection de l’enfance en France.

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Précisions sur le public ciblé
L’objet de l’étude n’est pas la question de l’ensemble des MNA marocains présents
en France. Il s’agit de jeunes voire très jeunes 7 marocains (ou algériens pouvant se
présenter comme marocains) en situation de poly-consommation de
substances psychotropes (benzodiazépines, cannabis, solvants, ecstasy, etc.)
exposés à de nombreux dangers car se livrant à des activités délinquantes
fréquentes (vol à l’arraché, cambriolage, deal) et pouvant pratiquer des activités
dangereuses (prostitution). Ces jeunes présentent de multiples carences affectant
leur capacité de socialisation et générant de la violence, tant vis-à-vis de leurs pairs
que vis-à-vis des adultes. Ils présentent fréquemment de nombreuses blessures,
parfois superficielles mais pouvant s’aggraver suite à des infections, parfois plus
sérieuses, mais également des pathologies liées à l’errance (gale et affections
cutanées), aux consommations ainsi qu’au défaut de soins (maux de dents). Du fait
d’une errance prolongée et de consommations excessives, qui éprouvent les
ressources psycho-sociales de ces mineurs, les dispositifs de protection de l’enfance
classiques s’avèrent bien souvent inopérants.
Le profil jusque-là majoritaire du mineur non accompagné mandaté par la famille
pour assurer un revenu complémentaire n’est plus prépondérant. Les motifs de
migration des enfants se diversifient, en raison des changements structurels
économiques et sociaux du Maroc.

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A partir de 10 ans

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Méthode et collecte d’informations
Ce travail a été réalisé entre décembre 2017 et avril 2018.
Cette étude est la synthèse :
• Des entretiens avec les mineurs, dans leur langue d’origine ou une langue
qu’ils maîtrisent;
• Des observations directes sur le site afin de mieux appréhender les situations
et les dynamiques entre les divers groupes;
• De la mobilisation des connaissances existantes sur les situations
géopolitiques et de réseaux institutionnels et associatifs dans les pays
d’origine et dans les pays de transit et/ou de destination;
• Des entretiens avec les chercheurs et associatifs intervenant sur la
thématique;
• Des entretiens avec certains acteurs publics directement concernés par
l’accompagnement et la prise en charge des mineurs;
• L’étude de documents ressources : articles de journaux, documentation
scientifique, rapports, etc.

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Dans notre méthodologie, les entretiens menés auprès des jeunes sont essentiels.
Cela nécessite de pouvoir entrer en relation avec eux soit sur les lieux dit de vie soit
sur les lieux dit d’activités.
Sur ces derniers, les activités délinquantes et/ou de consommation créent un
contexte rendant impossible la création de lien.
Les entretiens doivent donc être menés dans un cadre propice à l’échange,
dans un moment où les jeunes se posent, l’objectif étant de récolter le
maximum d’informations, de comprendre leurs parcours et leurs aspirations,
mais également de « qualifier » les formes d’emprise auxquelles ils peuvent
être soumis.
Plusieurs solutions ont ainsi été envisagées :
• Interviewer les jeunes pris en charge actuellement : nous avons pu
rencontrer 3 jeunes 8, pris en charge par l’ASE. La multiplication des temps de
rencontre a facilité l’accroche ;
• Interviewer des jeunes ayant abandonné toute activité délinquante ;
• Rencontrer des jeunes encore incarcérés ;
• Aller à la rencontrer les jeunes sur leurs squats ;
• S’entretenir avec des jeunes de retour au Maroc ;
• Interroger des jeunes vivant dans un pays européen (Suède, Espagne…).
Les données ont été récoltées en darija 9 sur la base d’un guide d’entretien semi-
directif qui comporte l’ensemble des informations nécessaires à la compréhension
des trajectoires migratoires des jeunes marocains identifiés:
• Origines et causes de la migration ;
• Parcours migratoires ;
• Projet migratoire ;
• Relation entre les groupes présents en Bretagne et la région parisienne ;
• Identification géographique ;
• Autres problématiques (protection de l’enfance, situations d’exploitation,
présence d’activités illicites, …).

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Des jeunes marocains ont pu être pris en charge par le Conseil Départemental du Finistère
9
Arabe dialectal parlée au Maroc. Quelques jeunes ont pu s’exprimer en français ou en espagnol.

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Ces informations ont été complétées par l’observation sur les sites afin de mieux
appréhender les fonctionnements.
Plusieurs missions ont été effectuées dans différentes villes et différents pays :
• En France à Rennes et à Brest ;
• En Espagne à Madrid, Barcelone, San Sébastian, Ceuta et Melilla ;
• Au Maroc à Fès, Tanger, Castillejo, et Rabat.
Des contacts ont été pris avec des autorités et des associations de Suède, Italie,
Belgique, Allemagne. En France, des échanges ont eu lieu avec des organisations
basées à Montpellier, Marseille, Bordeaux, Toulouse, Lille, Nantes et Strasbourg.

I/ Historique du phénomène
Afin d’appréhender le phénomène des mineurs non accompagnés marocains en
Europe, il est tout d’abord nécessaire de revenir sur l’histoire récente de la migration
marocaine.
L’arrivée de travailleurs marocains en Europe est ancienne. Elle survient il y a plus
d’un siècle, principalement en raison des déficits de main d’œuvre causés par la
première guerre mondiale. Le nombre de personnes concernées reste cependant
relativement limité. Mais au cours des années soixante, l’essor industriel de l’Europe
de l’Ouest et les tensions politiques entre la France et l’Algérie, indépendante en
1962, vont décider plusieurs États européens à privilégier le recrutement de
travailleurs marocains au détriment des Algériens. Dès 1963, la France et
l’Allemagne de l’Ouest signent des accords de recrutement de main d’œuvre avec le
Maroc. En 1964, ce sera au tour de la Belgique puis des Pays-Bas, en 1969. Avec
les différentes politiques de regroupement familial, l’immigration marocaine change
de nature, d’une migration de travail perçue comme temporaire, elle se transforme
en une migration d’installation avec une présence familiale forte. Au début des
années 90, dans ces 4 pays (France, Belgique, Allemagne, Pays-Bas) elle atteint un
pic. Elle passe de 400 000 personnes en 1975 à 1 million en 1992. La fin des trente
glorieuses pousse les États d’Europe de l’Ouest à fermer leurs frontières et à
multiplier les contrôles. Le chômage et les difficultés de régularisation créent un
mouvement de retour vers le Maroc. Ainsi, entre 1985 et 1995 plus de 300 000
marocains quittent l’Europe de l’Ouest 10.

10
Cette statistique concerne uniquement la France, la Belgique, l’Allemagne et les Pays-Bas, elle
figure dans le rapport de Mohamed Beriane, Marocains de l’extérieur, Fondation Hassan II pour les
Marocains vivant à l’étranger, Rabat, 2013.

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Parallèlement à l’installation de ces diasporas marocaines en Europe de l’Ouest, une
migration saisonnière s’est développée au milieu des années 80, notamment vers
l’Espagne et l’Italie pour l’agriculture et les services à la personne. L’absence de
législation sur l’immigration dans ces deux pays permettait, de fait, la libre circulation
des travailleurs marocains. A partir de 1990 (Italie) et 1991 (Espagne), l’instauration
de visas a modifié le fonctionnement de la migration marocaine. A l’expiration de leur
visa saisonnier, de nombreux travailleurs ont fait le choix de rester dans la
clandestinité, de peur de ne plus pouvoir revenir dans ces deux pays. Ces situations
créeront une précarisation de cette main d’œuvre installée dans la clandestinité,
compensée périodiquement par des campagnes de régularisation.

Émigration marocaine vers l’Europe, par principaux pays de destination 11

A partir de 2001 et suite aux événements du 11 septembre, la présence des


travailleurs marocains en Espagne et en Italie est de moins en moins tolérée. Les
autorités développent les contrôles et intensifient les renvois des Marocains en
situation irrégulière. Les employeurs privilégient les travailleurs d’Europe de l’Est qui
bénéficient de facilités administratives et d’une meilleure réputation. Le 1er janvier
2002, les visas court séjour (moins de 3 mois) sont supprimés pour les Roumains et
les Bulgares. Ils peuvent donc circuler dans l’espace Schengen sans avoir besoin de
faire des démarches consulaires. Ils sont alors de plus en plus nombreux à migrer
vers l’Espagne et l’Italie rendant, malgré eux, la situation des travailleurs marocains
de plus en plus précaire. C’est justement à partir de 2002 qu’un nombre conséquent
de mineurs non accompagnés marocains rejoignent illégalement l’Espagne. Leur

11
Graphique tiré de l’étude de Mohamed Beriane, Marocains de l’extérieur, Fondation Hassan II pour
les Marocains vivant à l’étranger, Rabat, 2013

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minorité et l’absence d’autorité parentale les rendent inexpulsables. Cette stratégie
migratoire vient donc contrer une politique migratoire à l’égard des travailleurs
marocains de plus en plus restrictive. Si les premiers MNA marocains sont arrivés en
Espagne à la fin des années 90 par les leurs propres moyens en utilisant les
fameuses pateras (barques utilisés pour traverser le détroit de Gibraltrar), ces
mineurs sont à partir début des années 2000 davantage mandatés par leur famille
pour rejoindre un oncle ou un proche et espérer ainsi obtenir des autorisations de
séjour. Leur venue correspond à un projet migratoire familial où, en l’absence de
possibilité de régularisation des adultes, les familles mandatent leur enfant comme
futur soutien de famille.
A partir de 2008 les profils des MNA et les destinations se diversifient. La crise
immobilière en Espagne et l’augmentation spectaculaire du taux de chômage ont
rendu le pays de moins en moins attractif. Le secteur de la construction qui employait
une main d’œuvre immigrée abondante, est quasiment à l’arrêt, obligeant les
étrangers (comme les Espagnols) à de nombreux départs vers d’autres pays
d’Europe. C’est dans ce contexte, que les mineurs marocains non accompagnés
vont alors faire leur apparition dans d’autres pays d’Europe. En 2010, leur présence
est signalée par les autorités de la ville de Milan et de Turin ; en 2012 à Bruxelles et
à Berlin ; en 2014 à Stockholm, Malmö et Göteborg ; en 2015 à Hambourg,
Francfort, Menahem mais aussi en Norvège au Pays-Bas, au Danemark, en Finlande
et plus récemment en Suisse. En France, c’est surtout à partir de 2016 que leur
présence devient notable.

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Carte 1 : apparition des mineurs non accompagnés marocains en Europe

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II/ Les raisons du départ du Maroc
Un exode rural lourd de conséquences sociales
De manière concomitante, parallèlement aux politiques migratoires restrictives mises
en œuvre à la fin des années 90, de nombreuses entreprises délocalisent leurs
usines au Maroc dans l’industrie textile, l’automobile ou l’agro-alimentaire. La
demande massive d’une main d’œuvre peu qualifiée accélère l’exode rural et le
développement de quartiers périphériques autour des grands centres urbains de
Tanger, Casabalanca ou Fès.

Taux d’accroissement de la population entre 2004 et 2014 dans la région de Tétouan


Tanger 12

L’exemple de Tanger est emblématique de cette transformation. Au début des


années 2000, Inditex (Zara), Mango et El Corte Inglés y délocalisent leurs ateliers de
production Dans la région de Tanger l’industrie textile emploie actuellement près de

12
Carte provenant du document : « La Région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima Monographie
générale » Royaume du Maroc Ministère de l’Intérieur Direction Générale des Collectivités Locales,
2015.

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64 000 salariés 13, en grande majorité des femmes payées à peine 1,5 euros de
l’heure.

Crédit photographique : https://www.magdalenadelamo.es/la-esclavitud-de-la-moda/

D’autres industries, encore plus précaires et toujours très féminisées, comme celle
du décorticage de crevettes, y sont aussi très développées. A la différence des
ouvrières du textile qui travaillent à l’heure, les personnes sont désormais
journalières et payées au poids.
Ce mouvement de délocalisation reposant sur une main d’œuvre à bas coût aux
frontières de l’Europe va continuer de s’amplifier les années suivantes. Le port en
eaux profondes Tanger Med, récemment construit et situé sur un axe commercial
stratégique, s’accompagne de la future création d’une mégalopole de l’industrie
manufacturière. Le groupe chinois Haite a déjà exprimé sa volonté d’installer une
partie de sa production dans ce futur pôle industriel. Si, à long terme, la concurrence
entre entreprises offrira, peut-être, des meilleures conditions aux salariés, à moyen
terme, les conséquences sociales sont nombreuses et inquiétantes. L’émigration des
mineurs marocains en Europe sans véritable perspective en est l’un des symptômes.
Femmes précarisées, enfants délaissés
Cette irruption de la mondialisation dans une société conservatrice et patriarcale
rend particulièrement difficile la situation des femmes et de leurs enfants. Beaucoup
de ces ouvrières proviennent de familles rurales où le mariage se décide tôt (entre

13
Amal Baba Ali, « le Maroc, Atelier géant d’INDITEX » In Les Eco.ma, 5 mai 2016

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14 et 16 ans). Ces nouveaux couples qui se connaissent à peine se retrouvent très
tôt coupés de leur famille et de leurs proches pour des raisons professionnelles.
Quelles que soient les régions du Maroc ces couples viennent s’entasser dans des
quartiers tentaculaires à la périphérie des grandes villes. Le quartier 45 à Fès 14 ou
les quartiers de Bni Maquada ou de Berchifa à Tanger d’où sont originaires une
partie des MNA marocains présents à Paris en sont des illustrations. Malgré une
amélioration des conditions de logement 15, le choc entre la ville et le monde rural, les
journées de travail harassantes de 12 h et parfois plus, créent de nombreuses
situations de divorces, de violences intrafamiliales et d’addictions impactant
évidemment les enfants.

Bni Maquada Tanger mission Trajectoires Février 2018

Les cas de divorces, de remariage ou d’enfants nés hors mariage sont conséquents,
alors que sur le plan législatif, l’avortement demeure interdit.

Jusqu’en 2004, l’absence de mariage empêchait la reconnaissance légale de


l’enfant. Il ne pouvait obtenir de livret de famille. Par la suite un état civil spécial pour

14
La majorité de MNA marocains originaires de Fès proviennent des quartiers de sidi Boujida, Sarij
Gnawa, Bab Ftouh et de la médina voir le rapport María Antúnez Álvarez Nora Driss Cotilla Rosa
García Rodríguez Sara Olcina Vilaplana De niños en peligro a niños peligrosos: una visión sobre la
situación actual de los menores extranjeros no acompañados en Melilla, Mellila, 2016.
15
Ces quartiers périphériques étaient auparavant des bidonvilles.

Recherche-action sur la situation des mineurs non accompagnés marocains


19
les enfants hors mariage a été établi. L’enfant recevait alors un livret de famille
rouge, ce qui avait tendance à le stigmatiser par rapport aux autres enfants.
Actuellement cette question demeure en suspens. L’enfant hors mariage peut porter
le nom du père de sa mère, seulement si ce dernier y consent. Quant au père de
l’enfant, la reconnaissance de paternité à travers un test ADN n’est pas synonyme de
filiation, ce qui le prive d’héritage. Le père peut d’ailleurs refuser de reconnaitre
l’enfant, même si un test ADN prouve le lien de paternité. La cour suprême du
Royaume a tranché : en l’absence de noces la filiation juridique n’est pas reconnue.
C’est donc à l’administration de donner un nom à l’enfant. Les enfants hors mariage
continuent donc d’avoir un statut social précaire.

Rêve d’Europe
Dans ces nouveaux quartiers, les équipements en faveur de la jeunesse sont peu
développés par rapport aux besoins. Quelques efforts ont été entrepris par les
autorités avec la création de centres sociaux, cependant leur capacité d’accueil reste
très limitée. Les constats sont les mêmes concernant les équipements sportifs, les
transports publics, les espaces culturels, etc.
Livrés à eux-mêmes la majorité du temps, ces jeunes se retrouvent en petits groupes
sur des parkings ou des terrains vagues. Beaucoup consomment des stupéfiants,
comme nous l’ont indiqué les autorités locales, avançant même le chiffre de 60% de
consommateurs réguliers parmi ces jeunes. Le soir, ils descendent en groupe au port
de Tanger ville pour tenter de passer en Europe en se cachant dans un camion ou
un camping-car.
S’agissant des autres grandes villes du Maroc, des phénomènes similaires de
groupes de jeunes sont observés. Ils se déplacent de ville en ville. Certains décident
au bout d’un moment de tenter leur chance en Europe.
Pour les jeunes des localités rurales, la problématique n’est pas forcément très
différente même si les conduites à risque sont moins nombreuses. Eux aussi
cherchent, pour échapper à un avenir jugé déterminé, à tenter le riski 16.
Cette appétence des jeunes pour l’Europe, quels que soient leur profil, s’explique par
leur perception d’un avenir au pays qu’ils jugent bouché mais aussi d’un désir
d’accéder à un statut social mis en scène quotidiennement sur les réseaux sociaux
par leurs amis et connaissances partis en Europe 17.

16
Expression utilisée par ces adolescents provenant de l’anglais risky synonyme d’aventure, de
voyage initiatique voire de passage vers l’âge adulte.
17
“¡Solo valiente!” Los menores que migran solos de Marruecos a Cataluña. Empez Vidal, Núria

Recherche-action sur la situation des mineurs non accompagnés marocains


20
Fuir par la migration
Contrairement à nos impressions de départ, nous avons constaté lors de nos
recherches que la grande majorité des MNA marocains ne sont pas des enfants des
rues comme on peut les rencontrer dans les grandes villes marocaines. Ces derniers
ont rarement les ressources, y compris sur le plan physique, pour escalader des
barrières de sécurité toujours plus hautes, se cacher dans des camions ou pour
payer des passeurs. La plupart des MNA que l’on rencontre à Paris ou ailleurs ont
une famille, mais il est fréquent que les liens soient rompus, ou se soient distendus,
les jeunes préférant taire la réalité de leur situation.
Les mineurs que l’on voit en Espagne en France et dans de nombreux pays
d’Europe, qui restent généralement peu dans les structures de protection de
l’enfance, ont en commun un projet migratoire qui peut se lire davantage comme une
fuite de problématiques non réglées au pays : conflits familiaux, rejet suite à un
remariage, déscolarisation, addiction, difficultés de socialisation, etc. La migration
est alors vécue comme un moyen de régler l’ensemble de ces problèmes. Or, le
parcours migratoire qu’ils entreprennent, nous y reviendrons, ne fait que rajouter de
nouvelles problématiques à celles de départ : abus sexuels fréquents, ancrage dans
la délinquance, poly-toxicomanie.
Pour tenter de restaurer leur image auprès de leurs pairs, ces jeunes, à travers les
réseaux sociaux, se mettent en scène en affichant leur réussite matérielle à travers
l’achat de vêtements coûteux et/ou leur « carrière » délinquante en dévoilant des
liasses de billets. Ou encore adoptant des poses et des discours évoquant l’univers
de la Mafia. Quant à leur famille, ils envoient de l’argent à la maison pour, comme ils
l’expliquent, « sauver leur maman » et tenter de transformer leur image d’enfants
rejetés et sans avenir, en protecteur de la famille. Que ce soit pour leurs pairs ou leur
famille, le gain d’argent à tout prix est souvent le seul moyen de maintenir l’illusion
d’une reconnaissance sociale.
III) La remontée vers le nord ou une migration sans objectifs précis
Les passages par les enclaves
Melilla
Melilla est une ville autonome espagnole située sur la côte nord-ouest de l'Afrique,
en face de la péninsule Ibérique.
Même si la frontière est sécurisée par une double clôture de 6 mètres de haut,
beaucoup de mineurs marocains y transitent pour remonter vers le Nord de l’Europe.

Recherche-action sur la situation des mineurs non accompagnés marocains


21
Selon le rapport établi par l’association Harraga en 2016 18, au moins 90 enfants
vivaient dans les rues de Melilla en 2015 19. Un tiers avait entre 10 et 15 ans. Lors de
notre mission en mars 2018, nous avons pu constater la présence d’environ 50
mineurs dans les rues. Il existe pourtant un centre, la Purissima, d’une capacité de
360 places, qui accueille les mineurs non accompagnés 20. Ce centre est décrié par
les ONG. Dans son rapport, l’ONG Harraga a recueilli le témoignage de plusieurs
jeunes passés par ce centre. Seuls 10% des enfants interrogés y sont restés plus
d’un an. L’immense majorité a fugué dans les premières semaines. La principale
raison avancée par les enfants qui ont fui le centre, est la violence physique et
psychologique infligée par les éducateurs 21. De leur côté, le gouvernement de la ville
et la direction du centre contestent cette situation et avancent que ces enfants
préfèrent la liberté de la rue 22 pour expliquer le taux de fugue extrêmement élevé.
La journée, les jeunes, qui ont refusé de rester dans le centre, sont présents sur les
hauteurs de la ville dans le quartier musulman. Ils vivent de la charité publique,
récupèrent de la nourriture dans les poubelles. Le soir, ils se retrouvent à côté du
port. Une distribution alimentaire est assurée chaque soir de la semaine par des
bénévoles 23. Puis, ils se regroupent autour du port et tentent de passer sur le
continent européen. Plusieurs techniques peuvent être utilisées : ils peuvent se
glisser sous les camions, se hisser sur les bateaux via les cordes d’amarrage… Elles
semblent être connues de tous, et les jeunes n’ont pas besoin d’avoir recours aux
passeurs. Ils peuvent rester des mois voire des années 24 dans l’attente d’un
passage. Une organisation se met alors en place et les jeunes dorment dans des
campements de fortune sous les ponts, dans des conduites de canalisation voire
dans des poubelles.

18
María Antúnez Álvarez Nora Driss Cotilla Rosa García Rodríguez Sara Olcina Vilaplana De niños
en peligro a niños peligrosos: una visión sobre la situación actual de los menores extranjeros no
acompañados en Melilla, Melila, 2016.
19
El cuestionario se ha realizado a 91 niños que se encuentran viviendo en las calles de Melilla. Este
cuestionario se realizó en dos fases. Primero se llevaron a cabo 46 entrevistas en los meses de
marzo a abril de 2015. Y, posteriormente, en las fechas de noviembre a diciembre del 2015, las otras
45.
20
La Purísima, el lugar del que huyen los niños en Melilla, el dirao.es, 4 août 2016
21
Ibid. P.45
22
La Purísima, el lugar del que huyen los niños en Melilla, el dirao.es, 4 août 2016
23
Cette distribution est assurée par des bénévoles, surtout des journalistes, regroupés autour de José
Palazon, journaliste et militant très engagé.
24
Ibid. Dans l’étude menée par Haranga, 35% des jeunes interrogés sont resté entre un et 6 mois à Melilla et
38% entre un et trois ans. P39.

Recherche-action sur la situation des mineurs non accompagnés marocains


22
Campement de fortune de MNA marocains sous un pont à Melilla/mission Melilla Trajectoires
Mars 2018

Recherche-action sur la situation des mineurs non accompagnés marocains


23
Les MNA marocains peuvent également dormir dans les poubelles / / Campement de fortune de
MNA marocains sous un pont à Melilla
Mission Melilla Trajectoires Mars 2018

Des relations existent entre les jeunes restés au centre et ceux qui ont fui. Ils
peuvent se retrouver dans des parcs de la ville pour consommer de l’alcool et de la
drogue. Lors de notre mission, nous avons pu constater l’état dans lequel se trouvent
certains jeunes. C’est à Melilla que beaucoup de jeunes consomment pour la
première fois de l’alcool, notamment de la vodka. Les filles se retrouvent aussi dans
ces lieux. Elles sont prises en charge par le centre et resteraient dans l’enclave de
Melilla pensant ainsi obtenir plus facilement un titre de séjour que les garçons 25.
Selon plusieurs témoignages, des formes d’emprise peuvent s’exercer. Des adultes
marocains les inciteraient à commettre des vols de portables dans le casino de
Melilla contre de l’argent et de la drogue (colle, cannabis…).
Pour ceux qui ont pu embarquer clandestinement sur un navire, ils arrivent à Malaga,
Almeria, ou encore à Motril (à côté de Grenade), destinations des liaisons maritimes
en provenance de Melilla.

25
Témoignage de deux jeunes filles recueillies lors de la mission à Melilla

Recherche-action sur la situation des mineurs non accompagnés marocains


24
CEUTA
A la différence de Melilla les passages par Ceuta sont en diminution. Lors de la
mission en février 2017, une soixantaine de jeunes étaient présents. Pour entrer
dans l’enclave espagnole, les mineurs se faufilent entre les piétons au moment des
grandes affluences des entrées et des sorties des travailleurs marocains saisonniers.

Passage de la frontière entre le Maroc et Ceuta à pied / Mission Trajectoires Février 2017

Une fois entrés à Ceuta, la majorité des mineurs sont mis à l’abri. Cependant
l’absence de perspectives à Ceuta, fait que ces jeunes se retrouvent la journée ou le
soir pour tenter de passer. Cette période peut durer plusieurs semaines ou plusieurs
mois avant de réussir à passer caché dans un camion pour embarquer dans un
bateau. Ce passage est devenu de plus en plus difficile depuis l’apparition de
nouvelles barrières de sécurité. Le continent européen étant à quelques kilomètres
certains tentent le passage en patera.
En dehors de Ceuta les autres possibilités d’entrée sur le continent européen sont :
- le port de Tanger Ville notamment lorsque des touristes en camping-car vont
de Tarifa à Tanger ;
- le port de Tanger Med situé à 40 km de la ville de Tanger : c’est actuellement
l’entrée la plus empruntée. Le port fait 8 Km de long, les possibilités
d’infiltrations sont nombreuses et les côtes espagnoles ne sont qu’à quelques
kilomètres.

Recherche-action sur la situation des mineurs non accompagnés marocains


25
Depuis les événements du Rif, nos interlocuteurs du sud de l’Espagne ont
l’impression que le port est moins surveillé. Selon eux une partie des effectifs
policiers affectés à la surveillance a été redéployée dans d’autres zones afin de
maintenir le calme dans l’ensemble de la région.
Ces passages dissimulés dans des camions ou des camping-cars sont gratuits et ne
dépendent pas de passeurs. Pour les mineurs ou majeurs qui ont de l’argent,
d’autres techniques existent dont les plus courantes sont :
- Les bateaux en plastique type zodiac, les mineurs les achètent eux-mêmes
pour environ 300 € ;
- Les bateaux de voyageurs qui font la traversée 26 ;
- Le Jet Ski dont le coût se situe entre 4000 et 5000 euros 27.
IV/ La situation en Espagne
En 2017, le nombre de migrants arrivés en Espagne a triplé par rapport à 2016.
D’après l’agence FRONTEX, leur nombre est évalué à 22 900. S’agissant plus
précisément des MNA, selon les informations en provenance des foyers d’accueil
présents dans sud de l’Espagne, le nombre d’arrivées a été multiplié par 4 entre
2016 et 2017, soit 1500 mineurs en 2017. 10% sont d’origine subsaharienne et 90 %
d’origine maghrébine dont une grande majorité du Maroc 28. En 2017, le nombre de
MNA marocains accueillis au titre de la protection l’enfance en Espagne était
d’environ 4000.

Organisation de la protection de l’enfance


L’Espagne est divisée en dix-sept régions appelées « Communautés autonomes »
reconnues par la Constitution espagnole de 1978. Concernant les MNA, la
compétence appartient à ces communautés autonomes qui doivent protéger le
mineur en danger au regard de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant
ratifiée par l’Espagne. Chaque mineur, s’il est évalué mineur et en danger, doit donc
être pris en charge.
Ainsi, en Catalogne, l’organisme qui est en charge de la protection et de la tutelle
des mineurs défavorisés est la Direcció General d'Atenció a la Infància i
l'Adolescència (DGAIA). En pratique, les MNA sont orientés vers le dispositif par la
police. La seconde étape consiste à évaluer la minorité du jeune. C’est la Fiscalia

26
Il faut alors soudoyer les gardes frontaliers (environ 1500 euros)
27
Les prix nous ont été communiqués par les autorités espagnoles et sont concordants avec les
entretiens des jeunes.
28
Il convient d’être prudent sur ces chiffres car il s’agit de recoupements, des doublons sont donc
possibles

Recherche-action sur la situation des mineurs non accompagnés marocains


26
(l’équivalent du parquet des mineurs en France) qui va déterminer l’âge du jeune. Il
existe une présomption de validité des actes d’état civil étrangers qui prime sur la
valeur des tests médicaux. Une fois, reconnu mineur et en danger, le jeune est alors
pris en charge par la DGAIA. L’éventail de protection est large : des centres
jusqu’aux familles d’accueil.

Schéma de protection de l'enfance au sein de la communauté autonome de Catalogne/ source


DGAIA

Recherche-action sur la situation des mineurs non accompagnés marocains


27
Lors de notre mission en Catalogne, nous avons pu visiter un de ces centres qui est
géré par une association, GEDI.

Centre d'accueil de mineurs en Catalogne/Moncada Les mineurs dorment dans des dortoirs
Mission trajectoires Mars 2018

Le centre est une ancienne maison bourgeoise rachetée par la communauté


autonome. Les jeunes peuvent accéder aux infrastructures extérieures (terrain de
sport, piscine) et peuvent faire des ateliers artistiques.
Le centre d’accueil est régi par des règles collectives (heures de repas, cours de
langue…). Comme en France, les éducateurs confirment les difficultés
d’accompagnement avec les jeunes de notre profil. Confrontés à des jeunes qui
s’adaptent aux contraintes de l’errance en s’affranchissant des règles et des cadres,
les éducateurs soulignent la nécessité d’un encadrement strict, opérés par des
éducateurs expérimentés, en capacité de faire accepter un cadre a priori rejeté, à
faire face aux débordements des jeunes, tout en maintenant intacte une posture
bienveillante à leur égard. Néanmoins les obstacles semblent s’estomper à terme
lorsque le jeune revient définitivement de son périple européen 29 et se décide à se
« poser ». Si des résultats peuvent être obtenus, reste à trouver des solutions pour
suivre ces jeunes en errance sur le continent européen.

29
En Espagne, les mineurs qui ont été intégrés dans le dispositif de protection de l’enfance peuvent le
réintégrer même après plusieurs fugues. Est compétente la communauté autonome qui l’a pris en
charge la première fois

Recherche-action sur la situation des mineurs non accompagnés marocains


28
Les mineurs délinquants : une approche éducative
En Espagne, la loi organique 5/2000 affirme la notion de responsabilité́ pénale du
mineur de 14 à 18 ans. En dessous de cette tranche d’âge, les auteurs d’une
infraction pénale sont confiés aux services sociaux. La reconnaissance de cette
responsabilité́ va de pair avec une intervention axée sur la rééducation et la
resocialisation du mineur, dans une approche non punitive. Cette prédominance de
la réponse éducative s’est traduite par la création d’une juridiction pour mineurs,
avec des équipes spécialisées composées notamment d’éducateurs et des
psychologues. Les mesures d’internement en régime fermé représentent 2,5 % de
l’ensemble des mesures prononcées. La mesure la plus fréquente est la liberté́
surveillée.
La délivrance d’un titre de séjour
En Espagne, un MNA peut se voir délivrer un titre de séjour. Comme en France, la
gestion des politiques migratoires est de la compétence du gouvernement central. La
loi est claire : lorsqu’un enfant étranger est reconnu mineur et en danger, les services
de protection de l’enfance, en charge du mineur, demandent un titre de séjour. Les
services de l’État ont alors neuf mois pour délivrer ce titre de séjour 30. Selon
plusieurs acteurs 31, les services de l’État ont tendance à interpréter la loi et à
repousser l’échéance de la délivrance. Lassés d’attendre, ces jeunes peuvent alors
préférer la route et partir dans d’autres pays. Si le mineur s’est vu octroyer un titre de
séjour 32, il a de très fortes chances que celui-ci soit renouvelé à ses 18 ans, sans
qu’il soit néanmoins assorti d’une autorisation de travail. Une condition, parmi
d’autres, est cependant fixée par les autorités espagnoles : durant sa minorité, et
après l’obtention du premier titre, le mineur ne doit pas avoir séjourné en dehors de
l’Espagne plus de 6 mois consécutifs. Même si la délivrance d’un titre de séjour n’est
pas automatique, selon notamment la juriste de la DGAIA, il semble que les mineurs
marocains soient convaincus qu’ils pourront obtenir un titre de séjour et qu’ils
peuvent, dans l’attente de leurs 18 ans, aller « visiter l’Europe 33 ».
Les accords de rapatriement entre l’Espagne et le Maroc
L’article 35 de la loi sur l’immigration prévoit que « le Gouvernement encouragera la
conclusion d'accords de collaboration avec les pays d'origine qui prévoient (…) la
prévention de l'immigration irrégulière, la protection et le retour des mineurs non

30
Article 35 http://noticias.juridicas.com/base_datos/Admin/lo4-2000.html
31
Entretiens avec la juriste de la DGAIA et un avocat spécialisé en droits des mineurs
32
Il doit présenter un passeport ou à défaut un acte prouvant son identité, délivré par le consulat du
Maroc. A Barcelone, il semble que le consulat n’oppose pas d’obstacles à ce type de démarche,
contrairement à Malaga
33
Plusieurs mineurs nous ont confirmés cette « croyance » dans l’obtention d’un titre de séjour alors
même qu’ils ont vécu dans d’autres pays européens.

Recherche-action sur la situation des mineurs non accompagnés marocains


29
accompagnés (…) Les Communautés Autonomes peuvent conclure des accords
avec les pays d'origine afin de garantir que les soins et l'intégration sociale des
mineurs ont lieu dans leur environnement d'origine. De tels accords doivent dûment
garantir la protection des intérêts des mineurs et envisager des mécanismes
permettant un suivi adéquat par les communautés autonomes de leur situation ». A
partir de 2003, les communautés autonomes prennent de nombreuses initiatives
pour décourager la migration des MNA marocains. Des renvois de mineurs sont
effectués sans véritable base légale 34. En 2006, afin d’encadrer ces « retours au
pays », la loi espagnole de protection de l’enfance est modifiée et oblige les
communautés autonomes à construire des centres d’accueil au Maroc afin de
pouvoir renvoyer des mineurs non accompagnés. En 2009, une nouvelle modification
législative permet aux régions de pratiquer des examens osseux et de passer des
accords de coopération avec le Maroc pour le retour des mineurs dans leur pays
d’origine. Malgré l’adoption de mesures facilitant le renvoi des MNA, dans les faits, le
nombre de retours est resté relativement limité. A partir de 2010, cette stratégie très
coûteuse en raison du financement des centres au Maroc est d’ailleurs pratiquement
abandonnée.
Une forte arrivée de mineurs marocains en Catalogne
A Barcelone, la première arrivée importante de mineurs marocains date de 2010, la
seconde de 2017. Dans les 6 premiers mois de l’année 2017, la DGAIA prenait en
charge 50 mineurs marocains en moyenne par mois. A partir d’août 2017, cette
moyenne est passée à 120 mineurs pris en charge. Aujourd’hui, près de 70% des
MNA pris en charge sont d’origine marocaine. Tous les jeunes ne correspondent
néanmoins pas au profil de notre étude. L’origine géographique a également évolué :
aujourd’hui, les jeunes viennent en majorité de Moulay, Bousselham et d’Errachidia.
Ces derniers semblent plus dans une logique d’insertion et semblent accepter
l’accompagnement éducatif proposé.

34
Daniel Senovilla Hernandez, rapport PUCAFREU « Promouvoir les droits des mineurs non
accompagnés et sans protection en Europe » disponible sur le site http://migrinter.labo.univ-
poitiers.fr/programmes-de-recherche/pucafreu/

Recherche-action sur la situation des mineurs non accompagnés marocains


30
ADOLESCENTS ESTRANGERS SENSE REFERENTS ACOLLITS PER LA DGAIA

De l'1 DE GENER A 31 DE DESEMBRE DE 2017


Adolescents atesos durant l'any
Dades Generals Catalunya Unitat d'anàlisi de dades i avaluació
1958
ACUMULAT

10,7% 8,4% Àfrica subsahariana


Nacionalitat N % 6,2%
6,4%
Àfrica subsahariana 164 8,4% Magreb (excloent Marroc)

Magreb (excloent Marroc) 122 6,2%


Marroc
Marroc 1337 68,3%
Una altra nacionalitat 125 6,4%
Una altra nacionalitat
No consta a sini@ 210 10,7%
Total 1958 100% No consta a sini@
font: sini@ 68,3%

2,7%
1,5%

Sexe N %
Noi 1875 95,8% Noi
Noia 53 2,7%
Noia
No consta a sini@ 30 1,5%
Total 1958 100% No consta a sini@
font: sini@

95,8%

40,0% 37,8%
Grup d'edat* N % 35,0%
Menys de 12 12 0,6%
12 anys 19 1,0% 30,0%
25,8%
13 anys 66 3,4%
25,0%
14 anys 176 9,0%
19,0%
15 anys 506 25,8% 20,0%
16 anys 740 37,8%
15,0%
17 anys 372 19,0%
18 o més 39 2,0% 10,0%
9,0%
No consta a sini@ 28 1,4%
5,0% 3,4%
Total 1958 100% 1,0% 2,0% 1,4%
0,6%
font: sini@ 0,0%
* edat actual (segons data naixement informada a sini@) Menys 12 anys 13 anys 14 anys 15 anys 16 anys 17 anys 18 o No
de 12 més consta a
sini@

Evolució anual Àfrica subsah. Magreb (excl. Marroc) Marroc Altra nacionalitat No consta TOTAL
gener 46 42 435 44 6 573
febrer 51 47 477 49 15 639
març 59 50 520 55 39 723
abril 65 50 552 65 62 794
maig 77 53 610 72 76 888
juny 83 57 659 81 81 961
juliol 99 63 762 89 93 1106
agost 107 77 858 100 110 1252
setembre 120 81 962 103 133 1399
octubre 137 93 1099 106 146 1581
novembre 154 108 1250 116 175 1803
desembre 164 122 1337 125 210 1958

2500

2000

1500

1000

500

0
gener febrer març abril maig juny juliol agost setembre octubre novembre desembre

Àfrica subsah. Magreb (excl. Marroc) Marroc


Altra nacionalitat No consta TOTAL

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31
Des mineurs marocains en squats mais peu visibles
Malgré une prise en charge conséquente de la part de la DGAIA, beaucoup de
mineurs marocains semblent vivre dans les squats à Barcelone. Selon l’association
Noves Vies, ils ne sont pas très visibles et préfèrent rester discrets. Il est difficile
d’estimer le nombre de ces jeunes. Ils sont très vulnérables et peuvent être incités à
commettre des délits. Ainsi, selon la même association, un couple d’adultes
marocains a été arrêté en 2017. Des mineurs marocains « travaillaient » pour lui en
cambriolant des maisons et des appartements.
Des jeunes entre Paris et Barcelone
Lors de notre mission en Catalogne, nous avons rencontré plusieurs jeunes,
aujourd’hui installés en Espagne, qui ont vécu à Paris, à Brest, à Rennes…
M. est connu de l’association Hors La Rue mais également par des éducateurs d’un
des centres que nous avons visités en Catalogne.
Malgré des allers-retours récurrents en Europe et notamment en Espagne, Hors La
Rue le rencontre régulièrement autour du square Alain Bashung. La santé physique
et mentale de ce jeune est à plusieurs titres préoccupante. Il consomme colle et
dissolvant depuis l’âge de 9 ans. En début d’année 2017, il a été hospitalisé suite à
un malaise sur la voie publique. Il a également demandé à plusieurs reprises à voir
un médecin et évoquait des problèmes au cœur pour lesquels il aurait déjà consulté
quand il était en Espagne. Par rapport au reste du groupe, le jeune M. paraît assez
isolé et très en souffrance. Ce jeune, bien qu’assez suiveur du groupe, a pu exprimer
à plusieurs reprises qu’il était fatigué de la rue et ne souhaitait plus consommer de
colle, à cause des douleurs que cela lui causait. Durant les premiers mois de 2017,
le jeune était en forte demande de mise à l’abri pérenne et a fait part de son envie
d’aller à l’école. Il a bénéficié d’une mise à l’abri dans un foyer parisien. Il y est resté
6 jours avant de fuguer. M. n’a pas été revu pendant 4 mois sur le territoire parisien.
Après vérification auprès des éducateurs du centre en Catalogne, M. était présent
dans un centre près de Barcelone.

Madrid
Quand les mineurs arrivent à Madrid, ils sont placés en fonction de leur âge dans un
centre d’accueil d’urgence pour une durée de 3 mois. Les deux principaux centres
sont saturés. Ainsi celui pour les 15 – 17 ans dispose de 25 places d’accueil et 9

Recherche-action sur la situation des mineurs non accompagnés marocains


32
places d’urgence. Lors de notre visite plus de 60 mineurs y étaient accueillis. A
Madrid, les jeunes proviennent essentiellement de Tanger et de Castillejo (à
quelques kilomètres de Ceuta). La majorité vient à Madrid pour une prise en charge
jusqu’à leurs 18 ans. Une petite partie fugue, influencée, d’après les éducateurs du
foyer, par des compatriotes installés dans le parc qui borde le foyer. Après avoir
échangé sur quelques situations nous avons pu constater que certains jeunes
présents à Barbès étaient passés par le foyer d’urgence de Madrid après une prise
en charge de quelques mois.
Pays basque espagnol
Depuis 2015, les reportages et les articles de presse concernant les MNA marocains
se succèdent au Pays basque espagnol. En effet, chaque année le nombre de prises
en charge augmente. En 2017, 561 MNA marocains étaient suivis par le Pays
basque soit 3 fois plus qu’en 2015. Pour expliquer cet afflux, les hypothèses sont les
suivantes :
- Saturation des structures de protection de l’enfance dans les autres
régions ;
- Meilleures conditions d’accueil (avec notamment un montant d’argent de
poche plus élevé 35) ;
- Stratégie d’optimisation de la prise en charge, (les jeunes déclarant qu’il
est selon eux plus facile et plus rapide d’obtenir un titre de séjour quand la
prise en charge est faite au Pays basque.
Bien qu’il soit difficile d’objectiver ces éléments, on peut noter que le Pays basque
demeure une des régions où les budgets consacrés au social sont parmi les plus
importants du pays (en proportion). Les MNA qui arrivent au Pays basque sont
immédiatement protégés, ce qui n’est pas toujours le cas ailleurs. D’après nos
interlocuteurs du Sud de l’Espagne, cette « réputation » et les hypothèses ci-dessus,
expliquerait l’apparition de « chauffeurs » qui acheminent les MNA marocains du sud
de l’Espagne vers le Pays Basque.

V/ La situation en Suède
Tentatives d’adaptation contrastées
Les premiers mineurs marocains arrivés en Suède ont fait leur apparition en 2013
dans différentes villes : Stockholm, Malmö et Göteborg. D’après nos entretiens, leur
venue pourrait s’expliquer par les difficultés rencontrées avec les autorités policières
pour ceux venant de Berlin et avec la diaspora marocaine pour ceux de Bruxelles.
35
Entretiens avec des jeunes passés par le pays Basque

Recherche-action sur la situation des mineurs non accompagnés marocains


33
En Suède, les mineurs non accompagnés sont placés dans des structures de mises
à l’abri le temps de déposer une demande d’asile. Ils sont ensuite répartis par les
autorités centrales sur l’ensemble du territoire national. A la différence des MNA
accueillis jusqu’alors en Suède, les MNA marocains ont rapidement refusé de se
rendre dans les foyers ou les familles d’accueil. Les autorités locales ont alors dû
réfléchir à des modes de prise en charge adaptés aux profils de ces jeunes.
En 2017, le nombre de MNA marocains pris en charge était d’environ 800 sur
l’ensemble du territoire suédois. En pratique les différents contacts que nous avons
eus avec les autorités locales suédoises indiquent que la situation est très
contrastée. A Göteborg, par exemple, les prises en charge sont limitées et beaucoup
squattent dans des appartements vides. A Stockholm en revanche, les autorités ont
mis des moyens importants : une unité de police leur est dédiée, des éducateurs de
rue sont mobilisés par la municipalité, etc.
Les centres sécurisés pour mineurs, point de départ de la prise en charge
La particularité du système suédois est que pour des enfants en danger et/ou ayant
des addictions des centres spécialisés à mi-chemin entre le civil et le pénal, leur sont
dédiés. Depuis 1999, il n’existe plus, en Suède, d’établissements pénitenciers pour
mineurs. Les enfants sont placés dans des centres sécurisés par la justice.
Cependant, l’exécution de la peine, conçue comme une prise en charge éducative,
son aménagement et sa durée, relèvent de la responsabilité des services sociaux de
la municipalité.
Deux types d’établissements sécurisés existent avec un taux d’encadrement élevé
de 2 à 3 ETP (équivalent temps plein) par jeune :
• Les LSU, qui remplacent des peines de prison et peuvent s’apparenter à des
centres éducatifs fermés pour des mineurs délinquants âgés de 15 à 17 ans
coupables d'infractions ;
• Les LVU, centres spécialisés pour les enfants à partir de 12 ans où des
mineurs y sont placés au titre de la loi sur les soins aux enfants et aux
adolescents. La majorité des enfants placés en LVU le sont pour des
problèmes de toxicomanie.
Les mineurs marocains 36 ont surtout fréquenté les LVU.
Ces deux types d’établissements sont sous le contrôle du SIS (commission nationale
des soins en institution) qui veille à ce que les jeunes puissent bénéficier de soins,
de formations et d’une remise en liberté progressive. L’objectif est d’individualiser la

36
Certains de moins de 12 ans

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34
prise en charge en prenant en compte les questions de sécurité, la psychologie de
l’enfant et son insertion dans la société.
Ces structures ne sont bien-sûr pas exemptes de critiques et relèvent d’une
conception éducative propre à la Suède 37 centrée sur l’enfant et non sur la famille.
Ces structures contenantes peuvent être une des solutions adaptées aux mineurs
présentant des toxicomanies et influencés et/ou contraintes par d’autres personnes
pour commettre des actes de délinquance.
Au sortir des LVU, les mineurs de moins de 15 ans sont placés dans des familles
d’accueil. Pour ceux de plus de 15 ans, la plupart intègre des appartements partagés
avec d’autres MNA d’autres nationalités et bénéficie d’un suivi éducatif. A 18 ans,
pour être autorisés à rester sur le territoire suédois, ces jeunes doivent obtenir l’asile
ou la protection subsidiaire ou bien présenter un contrat de travail. D’après les
autorités suédoises seules 2% des MNA marocains obtiennent un titre de séjour à
leur majorité. Les personnes reconnues comme victimes de traite des êtres humains
peuvent aussi bénéficier d’un titre de séjour.
Un travail avec les autorités marocaines conditionné par des négociations
diplomatiques
Les possibilités de régularisation pour les jeunes marocains étant très limitées,
beaucoup sont devenus clandestins à leur majorité. Les autorités suédoises se sont
alors rapprochées des autorités marocaines pour renvoyer ces majeurs sans titre de
séjour. Devant l’absence de coopération des autorités consulaires marocaines en
Suède, empêchant de facto tout renvoi au pays, un mémorandum d’entente 38 calqué
sur celui mis en place entre l’Allemagne et le Maroc, a été établi. Le contenu de ce
mémorandum n’étant pas public, il est difficile d’en étudier les termes exacts et les
engagements réciproques. Cependant, les autorités suédoises nous ont signalé que
depuis son adoption en 2016, le Consulat du Maroc procède à la reconnaissance
systématique de ses ressortissants permettant le retour au pays, ce qui n’était pas le
cas auparavant.
Obtention d’un titre de séjour pour éviter les renvois
Afin d’éviter les renvois par les autorités, les jeunes majeurs marocains installés en
Suède, vont en Espagne en régularisant leur situation grâce à un contrat de travail
de complaisance qui débouche sur un titre de séjour d’un an. Si ce titre de séjour ne

37
On retrouve la même conception en Norvège
38
Le terme utilisé par le passé était gentleman agreement c’est à dire un accord diplomatique informel.

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35
leur permet pas de travailler en dehors de l’Espagne, il permet de circuler légalement
dans l’espace Schengen 39.
Lors de nos entretiens, des majeurs nous ont indiqués qu’il était courant de
s’entendre avec des employeurs en Espagne afin d’obtenir un contrat de travail et
donc un titre de séjour avec une autorisation de travail. Ces transactions se
monnayent autour de 7 à 8 000 euros. Cette somme correspond au paiement des
charges sociales en Espagne et à la « commission » prise par l’entreprise qui les
emploie de manière fictive. Des jeunes majeurs marocains installés en Suède,
rencontrés à Barbès nous ont expliqué leur venue à Paris pour « faire » de l’argent
afin de réunir la somme demandée.

VI/ Risque de radicalisation


A Tanger, beaucoup d’acteurs associatifs expliquent que de nombreux jeunes sont
partis en Syrie pour rejoindre le groupe État islamique. Au sein des quartiers
périphériques, les mouvements salafistes seraient en expansion. Si les mineurs qui
partent en Europe n’ont aucune revendication d’ordre idéologique ou religieuse, le
risque de radicalisation à moyen terme n’est pas exclu.
Nous avons pu établir le processus sur la base de plusieurs signalements en Europe.
Ces jeunes, après une longue errance européenne et de nombreuses addictions ont,
lors de peines d’incarcération relativement longues, souhaité repartir à zéro en
arrêtant de consommer de la drogue et en se tournant vers la religion. Cette
dynamique les a amenés vers un born again 40, c’est à dire en une adhésion totale à
des croyances partagées par un groupe qui agissent comme une révélation. Si les
cas officiels semblent être limités, les associations suédoises nous ont indiqué qu’à
Stockholm, beaucoup de MNA marocains fréquentent une mosquée considérée
comme salafiste. En Finlande, un passage à l’acte a eu lieu le 18 août 2017. A
Turku, un jeune marocain de 18 ans, arrivé un an plus tôt en Finlande en tant que
mineur non accompagné, après un parcours d’errance en Europe, a poignardé 8
femmes dont deux sont décédées, en se revendiquant comme soldat du Califat.

39
La législation espagnole renouvelle le titre de séjour quasi-automatiquement quand un ressortissant extra-
communautaire présente son contrat de travail et démontre que les charges sociales pour l’année écoulée ont
été payées.
40
Concept de repentance (tiré d’un passage de la Bible) développé par les églises néo-protestantes pour
justifier les conversions vers leurs mouvements. Ce concept est depuis utilisé par divers mouvements
fondamentalistes de toutes obédiences. Grâce au pouvoir de Dieu la personne à la révélation de sa mission sur
Terre c’est en ça qu’elle « renaît ».

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36
VII) Apparition du phénomène en France
Si l’arrivée à Paris de MNA marocains est relativement récente, leur présence dans
d’autres régions en France est établie depuis de nombreuses années. Les
départements du Sud-Ouest, frontaliers de l’Espagne, ainsi que des départements
du Sud-Est (Hérault, Bouches du Rhône) connaissent ces situations depuis près de
5 ans et à Marseille même depuis 1999.
En Bretagne, ce phénomène est surtout visible depuis 2016 mais semble être apparu
dès 2011. Il est difficile d’estimer le nombre de jeunes présents au vu de leur
extrême mobilité entre les différentes villes de l’ouest de la France (Rennes, Morlaix,
Nantes…), Paris et d’autres pays européens. A Rennes, selon le service du
renseignement départemental et le commissaire divisionnaire, directeur adjoint de la
direction départementale de la sécurité publique, environ 300 mineurs 41 sont passés
par les différents commissariats de la région et selon le procureur de Rennes, 127
MNA marocains ont été condamnés par le juge des enfants de Rennes, soit le quart
de l’ensemble des condamnations des mineurs étrangers. A Nantes, les chiffres
semblent équivalents 42.

Un élément semble établi 43 : des entretiens auprès de mineurs présents à Rennes


semblent confirmer l’hypothèse que Paris est un lieu de passage et/ou d’installation.
Sur ces territoires, les mineurs marocains semblent être en relation avec d’autres
jeunes 44 contrôlant la vente de stupéfiants. La majorité des jeunes interrogés et
l’ensemble des acteurs confirment que l’origine géographique de la majorité des
mineurs présents à Brest est Oujda, ville du nord-est du Maroc. Aujourd’hui, il est
difficile d’établir avec certitude pourquoi des jeunes de cette ville viendraient sur le
territoire de l’ouest de la France ; les hypothèses de la transmission d’informations
entre les jeunes (« bouche à oreille ») et/ou de formes d’encadrement sont
privilégiées (voir infra fonctionnement de la mobilité).
Comme à Paris, l’accompagnement de ces jeunes est très difficile. Selon l’ancien
responsable de la cellule MNA d’Ille et Vilaine, les premiers mineurs marocains,
arrivés en 2012, acceptaient le cadre proposé par l’ASE. Les jeunes étaient
hébergés à l’hôtel et ils suivaient un cursus de scolarisation. A partir de 2013, les
choses évoluent et l’accompagnement de ces jeunes devient compliqué avec des
cas de violence contre des éducateurs. Selon le responsable de la cellule à l’époque,
les jeunes majeurs marocains pris en charge durant leur minorité par l’ASE
41
Il est possible que ce chiffre comporte des doublons
42
Nous n’avons pas pu avoir de confirmation officielle mais plusieurs sources confirment ces chiffres
43
Les entretiens avec les mineurs mais également avec les majeurs présents à Rennes. Tous nous ont affirmés
être passés par Paris avant de venir à Rennes.
44
Albanais, notamment

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37
commencent à mettre en place un système d’instrumentalisation des dispositifs de
l’accompagnement. Les mineurs marocains, arrivés à cette époque, acceptent ou
refusent les prises en charge, manipulés par de jeunes plus âgés. L’ASE a ainsi
découvert que des chambres d’hôtel attribuées à des mineurs marocains aux fins de
mise à l’abri, étaient en fait occupées par des adultes marocains. De plus, l’extrême
mobilité de ces jeunes et les arrivées importantes mettent à mal l’intervention sociale
du Département. A titre d’illustration, en août 2016, la cellule MNA a été saisie 51
fois par le commissariat de Morlaix pour des mineurs marocains arrêtés pour vol de
portables.

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38
Parcours d’un jeune Y…
Entretien réalisé à Manresa, Catalogne
Y est algérien. Il a 20 ans. Il suit des cours de langue en catalan. Il souhaite rester en
Espagne. Son passé de voleur en France, il s’en amuse et se targue devant les
jeunes qu’il est facile de se faire de l’argent. Il dit qu’il s’en faisait en France et que
pour éviter les problèmes, il se faisait passer pour un marocain. Y est passé par
Nador puis a réussi à s’infiltrer dans l’enclave de Melilla. Il souhaitait se rendre à
Paris pour faire de l’argent. Après être passé par Barcelone, Y s’est fait enregistrer
dans un centre et attend qu’on lui délivre un titre de séjour. C’est après qu’il s’est
rendu à Barbès, « car tout le monde va à Barbès ».Il n’a pas été pris en charge par
l’ASE en France. Il vivait dans un squat rue de Crimée et vivait de vols de portable
qu’il revendait à Stalingrad « car à Barbès c’était trop chaud ». Lorsqu’il décide de
partir à Brest il ne donne pas les raisons précises qui l’ont amené en Bretagne, « à
part que c’est plus petit, plus facile et qu’il y’a moins de monde ». Il loue un studio. Il
traîne place de la liberté, dans le centre-ville de Brest. Il se lie avec des filles qui
trainent également. Il sort avec des filles qui peuvent l’héberger en échange de
stupéfiants. En accord avec les albanais, qui contrôlent le trafic de drogue à Brest, il
revend du haschich. Avec d’autres jeunes maghrébins et les filles, il organise le vol
de Cartes bleues. La technique est simple : les étudiants, éméchés, sont repérés.
Lorsqu’ils retirent de l’argent au distributeur à billets, il mémorise le code. Les cartes
bleues sont ensuite subtilisées. Il fait des allers-retours entre Brest et Paris. A
l’approche de la majorité, il préfère rentrer en Espagne.

Montpellier
C’est en 2015 que la PJJ voit apparaître quelques mineurs marocains avec un profil
très particulier (toxicomanie, ancrage dans la délinquance, etc.). Six de ces jeunes
sont alors incarcérés. En 2016, une cinquantaine est placée en détention. En 2017,
les chiffres sont en légère augmentation par rapport à 2016. Du côté de l’ASE, en
2016 près de 200 MNA marocains ont été admis dans le cadre d’une mise à l’abri.
En 2017, ce nombre aurait doublé. Ces mineurs sont le plus souvent hébergés dans
des hôtels autour de la gare. La durée de la prise en charge est variable, allant de
quelques jours à plusieurs mois.
Comme dans d’autres villes en France, ces mineurs sont en lien avec de petits
groupes criminels locaux (implantés dans les quartiers de Plan cabane et de
Figuerolle), qui leur sous-traitent une partie de la délinquance et du risque pénal. Les
types de délits sont les mêmes qu’à Paris et dans les autres régions observées: vol
de téléphones portables, vol à l’arraché, cambriolages à Montpellier et dans les villes
dans un périmètre allant de Nîmes à Perpignan. Les jeunes présents à Montpellier

Recherche-action sur la situation des mineurs non accompagnés marocains


39
ont, pour la plupart, séjourné à Paris. Beaucoup sont dans des allers-retours entre
Paris, Montpellier et Barcelone. Ils comparent les prix proposés par les receleurs
pour le rachat de matériel volé mais aussi les commodités qu’offre l’aide sociale à
l’enfance…
Dans le reste de la France
A Bordeaux et à Bayonne, nos différents contacts nous ont confirmé la présence de
ces jeunes dès 2014 45.
Malgré ce travail mené, la connaissance reste très parcellaire sur ce phénomène. La
carte produite qui suit a été élaborée suite à nos entretiens avec des acteurs publics
et associatifs des collectivités territoriales dont nous avons pu établir une présence
du profil de mineurs qui font l’objet de l’étude. A l’exception de Paris, Rennes et
Montpellier, ces jeunes sont surtout connus de la PJJ, et non de l’Aide sociale à
l’enfance, dont ils fuguent des foyers avant même d’être placés. Si la nationalité
marocaine est mise en avant, des mineurs algériens se faisant passer pour des
marocains sont également présents sur le territoire, compliquant encore davantage
le travail d’identification.
Il est possible que d’autres villes françaises soient également concernées, sans pour
autant avoir été identifiées à l’occasion de la présente étude. Un travail avec la PJJ
au niveau national et avec l’ensemble des ASE permettrait d’affiner la connaissance
au niveau national. Compte tenu de la prévalence à la commission d’actes de
délinquance, il pourrait également être intéressant d’obtenir des données provenant
de la direction des affaires criminelles et des grâces afin d’identifier les juridictions
concernées par des phénomènes de délinquance impliquant des mineurs marocains.
En bleu, sont révélées les villes où la présence de ces jeunes au niveau institutionnel
n’est plus visible et en rouge, celles où leur présence en terme de prise en charge
(PJJ ou ASE) est attestée.

45
Les parquets des mineurs de Bordeaux et de Bayonne ont alors mis en place une politique de déferrement très
ferme.

Recherche-action sur la situation des mineurs non accompagnés marocains


40
Recherche-action sur la situation des mineurs non accompagnés marocains
41
VIII) Situation à Paris
Premières arrivées visibles dans le quartier de la Goutte d’or
Fin novembre 2016, une vingtaine de mineurs originaires de Fès sont arrivés à Paris.
Par la suite des mineurs de Tanger les ont rejoints. De fortes rivalités existent entre
ces deux groupes. Les mineurs de Fès se retrouvent rue des Islettes à côté de la
Poste et de la Laverie. Les mineurs de Tanger vivent aux abords du square
Baschung et du local de l’ATMF (association des travailleurs maghrébins de France)
rue Affre.
En février 2017, près d’une soixantaine d’alias ont été recensés par les associations
qui correspondaient à environ 25 MNA originaires de Fès et une vingtaine de
Tanger 46. Malgré un nombre limité comparé aux autres MNA présents dans la
Capitale, ces mineurs sont devenus extrêmement visibles en raison de leur jeune
âge (certains semblaient avoir à peine une dizaine d’années), de leur consommation
de colle et de solvant 47 et des comportements liés à leur errance et à ces
consommations (blessures, air hagard, jeux dangereux).
Beaucoup pratiquent des activités délinquantes régulières : vols à la portière, vols de
téléphones portables, vols à l’arrachée, cambriolages, etc. Dès janvier 2017, les
équipes de Maraudes de l’UASA, les équipes de Hors la Rue et de TAGA ont mené
un travail d’approche auprès de ce public. Malgré un refus des orientations de « droit
commun » vers la plateforme d’évaluation du département, les jeunes se sont
néanmoins saisis des propositions d’accès aux douches et au service de laverie dont
dispose le centre de jour de Hors la Rue à Montreuil. Associée à une présence
régulière sur la Goutte d’Or, cette proposition a permis d’approfondir l’accroche avec
une partie des jeunes marocains repérés. Au quotidien sur le centre de jour de Hors
La Rue, le travail avec ces mineurs s’est avéré très difficile, la plupart des jeunes se
soumettant au fonctionnement du groupe, mais étant aussi dans l’incapacité
d’intégrer les horaires de fonctionnement des services, peu diserts sur leurs parcours
et souhaitant s’affranchir des règles collectives. Cette absence de respect du cadre a
pesé lourdement sur le fonctionnement du centre de jour accueillant également
d’autres jeunes. Des tensions sont par ailleurs survenues entre les jeunes du groupe
et les jeunes accueillis. Au mois de mars 2017, ces mineurs ont dit devoir partir sans
donner plus de précisions sur les raisons et leur nouvelle destination. Une partie est
réapparue en mai 2017, après que certains d’entre eux aient effectué un passage à

46
Ces mineurs utilisant de nombreux alias, leur nombre réel demeure difficile à déterminer car
lorsqu’un mineur est suivi par plusieurs associations il existe un doute si oui ou non il s’agit de deux
jeunes différents ou du même jeune.
47
Le mode de consommation le plus courant consiste à verser quelques gouttes du produit dans un
sac de plastique puis, placer le contour de l'embouchure du sac sur la bouche et sur le nez pour en
inhaler les émanations (vapeurs).

Recherche-action sur la situation des mineurs non accompagnés marocains


42
Montpellier notamment. D’autres ont pu évoquer un passage par l’Allemagne et les
pays scandinaves.

Face à la mise en échec des nombreuses tentatives de prise en charge proposées,


la Ville de Paris a cherché à coordonner et construire une réponse avec les différents
intervenants (mairie du 18ème, commissariat du 18ème, Préfecture de police, Parquet,
Direction de la Protection Judiciaire de la Jeunesse, ARS, coordination des
maraudes, associations). Ces acteurs ont considéré qu’il était nécessaire de mettre
en place un sas entre la présence à la rue et l’accès, à terme, aux dispositifs de droit
commun adaptés à la situation spécifique des jeunes, en parallèle d’une
intensification des mesures de police et de justice adaptées.

Pour ce faire, fin décembre 2017, le CASP (Centre d’Action Sociale Protestant), a
proposé un projet d’accompagnement de ces jeunes, en lien avec d’autres
partenaires associatifs (acteurs du travail de rue connaissant ces jeunes,
notamment l’association Aux captifs la Libération et l’association Trajectoires). Il a
ainsi mis en place une maraude et mène un travail très conséquent pour l’accroche
de ces jeunes. Des mises à l’abri la nuit leurs sont proposées encadrées par une
équipe spécialisée. D’importants progrès lors du repas du soir et des nuits
concernant le respect du cadre ont été observés. Cependant, la très grande mobilité
de ces jeunes rend compliqué la mise en place d’un suivi à moyen terme et
l’adhésion à des propositions éducatives de droit commun.
Ce programme de prise en charge a été doublé d’un partenariat spécifique avec
AMESIP, association Marocaine d’aide aux Enfants en situation précaire, qui est
venue à plusieurs reprises à Paris afin d’aider les acteurs publics à poser un
diagnostic et établir un contact avec les enfants, sera mis en place afin de construire
des projets en commun et de bénéficier de sa connaissance de l’environnement
d’origine des jeunes et des problématiques liées à l’errance des rues.
Par ailleurs, un partenariat avec le Centre Babel, centre ressource européen et
clinique transculturelle et le Professeur Moro, ethnopsychiatre, a été mis en place
afin d’assurer une supervision de l’équipe et assurer le fonctionnement du dispositif.
Enfin, l’engagement de la Ville de Paris a depuis le départ été envisagé en
partenariat étroit avec la Préfecture de Police, ainsi que les services du ministère de
la Justice, des mesures plus contraignantes pouvant être prises pour une partie du
public visé.

Recherche-action sur la situation des mineurs non accompagnés marocains


43
Mineurs de passage, mineurs installés
D’après les différentes associations, en un an (de février 2017 à février 2018),
environ 300 MNA marocains seraient passés par la Goutte d’or. Selon les
observations partagées, et au-delà des différenciations s’expliquant par les origines
géographiques, on distingue parmi eux deux catégories de jeunes marocains
présents dans le quartier :
- des jeunes installés depuis plus d’un an pouvant avoir une certaine emprise sur
les nouveaux venus ;
- des mineurs de passage primo-arrivants ou pratiquant des allers-retours.

Le groupe présent depuis plus d’un an est surtout composé de majeurs de Fès dont
certains continuent à se déclarer mineurs, davantage ancrés dans la délinquance et
qui gèrent mieux leur consommation de produits stupéfiants. Ils vivent dans des
squats du 18ème et du 19ème arrondissement de Paris. D’après les entretiens, ils sont
surtout spécialisés dans les cambriolages et utiliseraient probablement des plus
jeunes pour entrer dans des pavillons de banlieue. Ces éléments déclaratifs, peuvent
être recoupés avec des interpellations policières, depuis près d’un an, pour des
cambriolages effectués par des jeunes marocains à Paris et en région parisienne
(77, 78, 91 et 94). Ces « équipes » sont souvent désignées par la presse locale
comme appartenant aux « gangs des bledards » 48. Le même modus operandi est
utilisé :
- utilisation de mineurs très jeunes (à partir de 9 ans déclaré) ;
- effraction simple en brisant une porte vitrée ou une fenêtre ;
- vol d’appareils multimédia, d’argent liquide et de bijoux ;
- consommation des denrées alimentaires et d’alcool trouvés sur place, voire
installation in situ pour quelques jours.
Bien que ces éléments soient très partiels, ce type de vols nécessite une
organisation allant du repérage des maisons jusqu’au recel des produits volés. Cela
démontre a minima que ces mineurs ne sont pas totalement indépendants et que
leurs activités ne se limitent pas à de la délinquance de subsistance.
Les profils des jeunes de passage à Paris pour quelques semaines ou qui pratiquent
des allers-retours avec d’autres villes françaises ou d’autres pays sont variés. Ils
proviennent de différentes villes du Maroc avec une proportion importante de
mineurs originaires de Tanger, de Fès et de Casablanca, issus des quartiers

48
https://actu.fr/ile-de-france/thorigny-sur-marne_77464/thorigny-sur-marne-quatre-membres-gang-
bledards-interpelles_13302996.html

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44
présentant des caractéristiques pouvant favoriser le départ des mineurs (cf supra
« Les raisons du départ »).

Localités d’origine (en rouge) des mineurs passés par Paris

Sur la base des observations réalisées 49, nous pouvons estimer la répartition des
mineurs passés par Paris selon leurs profils sociologiques de la manière suivante :
- 40% proviennent de familles rurales et néo-urbaines pauvres (avec ou non de la
famille en Europe) ;
- 40% sont issus de familles présentant des problématiques de rejet de leur enfant
lié à un remariage ou autres (violences intrafamiliales, etc.) ;
- 10% présentent un long parcours d’errance au Maroc avec des comportements
d’enfants des rues ;
- 10 % proviennent de familles appartenant aux classes moyennes.
Derrière l’étiquette « MNA marocains » se cache de fortes disparités entre les jeunes
sur le plan scolaire, sur les liens qu’ils entretiennent avec leur famille, sur la présence
ou non de proches en Europe. En fonction de l’âge de départ, des traumatismes
vécus sur la route (violence, abus sexuels), du niveau de consommation de produits
stupéfiants, leur capacité à évoquer leur situation actuelle et passée est très variable,
tout comme celle à se projeter dans l’avenir. Les mêmes éléments affectent leurs
ressources psycho-sociales, les exposant à des difficultés à respecter des règles et à
se socialiser. La grande majorité de ces jeunes n’ont pas de projet migratoire précis.
49
En lien avec les observations de Mercedes G. Jiménez-Álvarez.

Recherche-action sur la situation des mineurs non accompagnés marocains


45
Ils revendiquent une certaine liberté et chaque pays est analysé selon ses avantages
et ses inconvénients. Ainsi, la protection de l’enfance est souvent perçue comme un
service. Ces jeunes peuvent évoquer tour à tour l’Allemagne où la prise en charge
dans un centre s’accompagne d’un pécule et des soins, l’Espagne où il est possible
d’obtenir des papiers, la Suède pour bénéficier d’un appartement, etc. Chaque ville
européenne est également décrite par les « opportunités économiques » qu’elle
offre : Barbès grâce à ses receleurs, Göteborg et ses circuits pour la revente de
drogue, etc.
Addiction et sous-traitance d’actes délinquants
Derrière ce discours de « liberté », à Paris comme ailleurs, leur réalité quotidienne
est bien différente. A Barbès, ces mineurs s’installent dans un quartier où la vente de
drogues et de cigarettes de contrebande est très présente. Au-delà de ces activités
anciennes, d’autres activités semblent en augmentation depuis l’arrivée de ces
enfants : le recel de téléphones portables, d’appareils multimédia et de bijoux. Leur
participation à des circuits de vols et de recel dans un quartier connu pour ses
activités organisées accrédite l’hypothèse selon laquelle ces jeunes présentent un
intérêt pour des organisations délinquantes locales. Si des épisodes de violence
entre les groupes installés depuis plusieurs années et ces mineurs peuvent laisser
penser qu’ils nuisent à certains « business », l’intensité de l’activité délinquante des
plus jeunes révèle une forme d’acceptation par des groupes criminels locaux
trouvant un intérêt à leur présence sur le territoire de la Goutte d’Or.
Très peu de mineurs marocains semblent se livrer la vente à la sauvette de
cigarettes et de haschich, très visibles dans le quartier. Ces activités semblent
surtout pratiquées par des mineurs et majeurs algériens primo-arrivants originaires
d’Alger, d’Oran ou d’Annaba. L’état psychique et physique des mineurs marocains,
ainsi que leur niveau de consommation, les rendent peu aptes au travail de
revendeurs qui nécessite d’être présents au même endroit sur des amplitudes
horaires très importantes. Les mineurs marocains sont utilisés de manière nettement
plus opportuniste par les receleurs les incitant à opérer des vols à l’arraché
(téléphone portable, bijoux et autre). Les modes d’emprise reposent majoritairement
sur leur poly-dépendance (ecstasy, benzodiazépines, haschich et autres), qui est
encouragée et s’en trouve renforcée. Lors de notre recherche, nous avons effectué
des maraudes à la Goutte d’or avec des associations et des chercheurs d’autres
pays européens. Tous nous ont indiqué qu’ils n’ont jamais vu ces mineurs (dont
certains qu’ils connaissaient) consommer autant de produits aussi intensément.
D’après les éducateurs de rue, lorsque de nouveaux mineurs viennent sur le quartier,
de l’ecstasy, rebaptisée fusée en arabe et du Rivotril leur sont immédiatement
proposés. Ces mineurs « sous produits », étant totalement désinhibés, ils deviennent
très facilement utilisables pour des vols à la personne. Pour les personnes qui

Recherche-action sur la situation des mineurs non accompagnés marocains


46
récupèrent le produit de leur vol, les marges sont très conséquentes. Ces mineurs
sont parfois payés en « produits » ou en numéraire. Leurs téléphones volés sont
rachetés une vingtaine d’euros puis revendus 4 à 5 fois plus cher par les receleurs.
Le risque pénal est quasi-nul, compte tenu de leur jeunesse, réelle ou déclarée, qui
rend toute procédure pénale inopérante au-delà de l’interpellation et de la retenue.
Cet état de dépendance entretenue les incite à voler quotidiennement et sans limites
pour satisfaire leur consommation. Ces jeunes, en fonction de leur niveau de
consommation et de leur groupe d’appartenance se voient « sous-traiter » des
formes de délinquance, pratiquent des vols pour leur propre compte, ou commettent
des actes contraints comme nous le verrons dans la partie sur la traite des êtres
humains.
Les formes de délinquance qu’ils pratiquent consistent en du vol à l’arraché, du vol
dans le métro ou à la sortie des bars le vendredi soir et le samedi soir, des
cambriolages en indépendant (surtout dans le quartier) ou en équipe (en banlieue).
Des jeunes seraient aussi recrutés en tant que rabatteurs pour la revente de drogues
chimiques, mais également comme cobayes pour tester des ecstasys produits
localement, comme l’a relaté un jeune aux autorités suédoises.
La prostitution masculine et les abus sexuels sont aussi présents. Les
comportements sexualisés de certains jeunes notamment à l’égard des éducatrices,
même chez les très jeunes, leurs difficultés à parler de certains aspects de leurs
parcours, évoquant des « problèmes » rencontrés sans plus de détails, les
rétributions que nécessitent tout accès à un squat, accréditent cette hypothèse. Les
quelques filles 50 affiliées aux groupes, rencontrées par les éducateurs du CASP
semblent également subir des violences sexuelles, et cela même si les discours et
attitudes des jeunes évoquent des relations « choisies ».

IX) Déplacements en Europe : entre prises en charge et délinquance

Les travaux 51 de Maria won Bredow portant sur 4 monographies de jeunes sur une
période de 3 ans démontrent une mobilité extrême en Europe :

51
Maria won Bredow”De kan alltid hitta mig” Studie om människohandel och utsatta barngruppers
livsvillkor, Länsstyrelsen i Stockholm, 2018 accessible en suédois sur

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47
Parmi les 4 parcours étudiés, ces jeunes sont passés par plus de 15 villes en Europe
avec des pressions plus ou moins fortes selon les situations. Lors de nos différentes
missions, nous avons pu retracer le parcours de jeunes rencontrés à Barbès.
Certains font des allers-retours réguliers avec l’Allemagne, d’autres avec l’Espagne.
Plusieurs jeunes ont été pris en charge plus d’un an en Suède, etc. Les situations sur
lesquelles nous avons travaillé démontrent que dans la très grande majorité des cas,
ces jeunes ont fait l’objet d’une ou plusieurs prises en charge. En Espagne, ils
restent plusieurs mois dans des foyers afin de démarrer une procédure pour l’accès
à un titre de séjour. Par la suite d’autres prises en charge ont eu lieu pendant
quelques semaines ou quelques mois en Allemagne, en Norvège ou en France dans

http://www.lansstyrelsen.se/Stockholm/SiteCollectionDocuments/Sv/publikationer/2018/R2018-03-De-
kan-alltid-hitta-mig-WEBB.pdf

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48
une autre ville par la PJJ ou l’ASE. Montpellier est souvent citée. Enfin, avec un
partenaire suédois venu à Barbès en février, parmi la quarantaine de jeunes
présents ce jour-là, nous avons pu identifier que 8 d’entre eux avaient été pris en
charge en Suède avant de venir. Un était même resté plus de 3 ans dans une famille
d’accueil et faisait l’objet d’une recherche par les services sociaux suédois (il est
depuis retourné en Suède).
En raison de l’utilisation d’alias, que ce soit dans d’autre pays d’Europe ou en France
les autorités françaises de protection de l’enfance (PJJ et ASE) sont souvent dans
l’incapacité de retracer les prises en charge antérieures.
H s’est fait interpeler suite à un vol avec violence. Déféré par le Parquet des mineurs
de Paris, il a été condamné par un juge des enfants et incarcéré au quartier des
mineurs de Fleury-Mérogis. Le manque de places a entraîné son départ vers un
centre fermé en Normandie. Au bout de quelques semaines, H a réussi à s’enfuir
puis est revenu dans le quartier de la Goutte d’or. Bien qu’il fasse l’objet d’une
recherche par les autorités judiciaires en raison de son évasion et malgré une
présence policière renforcée et la présence d’équipes de rue, H a pu rester plusieurs
semaines sur le quartier sans que la PJJ, l’ASE ou la justice réussissent à faire le
lien.

Fonctionnement de cette mobilité


Les informations sur le degré d’organisation de cette mobilité sont très
contradictoires selon les interlocuteurs. Certains y voient une débrouillardise qui
interroge lorsque certains mineurs ont 10-11 ans, d’autres y voient une mafia très
structurée qui semble là aussi peu plausible par rapport au fonctionnement de ces
jeunes. Quelques éléments factuels aident à y voir plus clair. En Espagne, le
responsable du foyer d’Algesiras nous a expliqué que sur les 1300 mineurs accueillis
en 2017, 600 avaient fugué. Une grande partie aurait été directement récupérée en
voiture pour être amenée en Catalogne ou dans le Pays basque espagnol. Des récits
de jeunes indiquent qu’ils ont été conduits de Toulouse à Paris par des compatriotes,
etc. Malgré une base logistique évidente, cette mobilité n’est pas forcément
organisée par des réseaux criminels. Il s’agit, d’après les entretiens que nous avons
pu mener, de relais communautaires présents dans les différentes villes qui feraient
payer leurs services de « transport » pour des mineurs comme pour des adultes. Le
choix des villes se fait la plupart du temps à travers les échanges sur les réseaux
sociaux : tel jeune explique qu’à Frankfort ou à Zurich on peut faire beaucoup
d’argent en postant une photo de lui avec des liasses de billets. Ses copains du
quartier ou de route décident alors de le rejoindre. Ces mineurs ne sont pas toujours
transportés par des chauffeurs, ils voyagent selon les endroits en train ou en bus le

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49
plus souvent en petits groupes de 3 à 10 jeunes. En fonction des rapports
hiérarchiques au sein du groupe, la décision repose la plupart du temps sur une
personne qui a l’ascendant sur les autres. Elle peut être majeure ou mineure. Arrivé
dans une ville, le groupe est pris en charge par des compatriotes installés depuis
plusieurs années. Ces compatriotes utilisent alors ces mineurs pour leurs trafics
locaux ou sont en lien avec des groupes criminels mieux implantés qui vont expliquer
aux mineurs ce qu’ils doivent faire pour gagner de l’argent et/ou payer leur
consommation. Chaque ville a donc sa spécificité. A Montpellier, ces jeunes sont
utilisés par des jeunes du quartier de Plan Cabane pour de la revente de drogues et
des cambriolages, à Barcelone ils « travaillent » pour des compatriotes sur des
cambriolages et du pickpocketing, à Hambourg et Göteborg ils convoient la drogue
d’un point à un autre de la ville, etc. Cette expérience de la mobilité leur permet de
faire des choix entre d’un côté les différents types de prise en charge proposés par
les institutions de protection de l’enfance des pays respectifs perçus comme des
services et de l’autre côté les opportunités pour faire de l’argent. Pour ce dernier
aspect, la présence de groupes criminels locaux plus ou moins bien implantés
localement, la violence exercée, la répartition des gains ainsi que la réponse des
autorités policières et judiciaires conditionnent la durée du séjour dans telle ou telle
ville.
Les mineurs qui sont à Barbés se plaignent des conditions difficiles et de la violence
mais expliquent qu’ils peuvent faire beaucoup d’argent et qu’il est très facile de
revendre les produits volés. Après des périodes d’activité intense à Barbès, certains
partent se reposer dans une autre ville en France, dans un centre en Allemagne ou
ailleurs, puis reviennent au bout de quelques semaines « faire de l’argent » à
Barbès.

X) Traite des êtres humains

Comme nous l’avons expliqué, ces mineurs oscillent entre actes contraints, sous-
traitance de délinquance et opportunisme. Si la question de la traite des êtres
humains doit se poser, en l’absence d’une organisation criminelle unique, elle
demeure difficile à prouver. Ces mineurs semblent connaître des exploitations
temporaires davantage que continues. Ces formes d’exploitation (contrainte au vol et
à la vente de drogue) ne sont pas toujours connues par les policiers (en charge de
l’identification des victimes en France) car les jeunes ne donnent aucune information
par peur de représailles ou parce qu’ils ne souhaitent pas bénéficier d’une protection
en France. De manière générale, dans l’Union européenne à l’exception du
Royaume Uni, les enfants victimes ne sont que très peu identifiés. En Espagne, lors
du 1er cycle d’évaluation du GRETA (groupe d’experts du conseil de l’Europe) en

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50
2012, seuls 6 mineurs ont été identifiés comme victimes de TEH. En France, le
deuxième rapport d’évaluation du GRETA, en 2017, indique qu’il n’y a pas de
sources statistiques fiables : « L’absence de statistiques nationales sur le nombre de
victimes de traite identifiées ne permet toujours pas d’avoir une idée précise de la
situation et de dégager des tendances. Les seules statistiques actuellement
disponibles sont celles de l’Office central de répression de la traite des êtres humains
(OCRTEH) qui portent sur les victimes de proxénétisme et d’exploitation sexuelle,
sans distinguer les victimes de traite. » 52. Cet état de fait explique selon nous le peu
de situations de TEH en Europe concernant les MNA marocains. Actuellement,
seules les autorités suédoises ont recensé des situations de TEH et ont placé des
enfants marocains pour risque de traite des êtres humains. Dans la majorité des cas,
l’emprise est due à de la servitude pour dette directe ou indirecte comme l’illustre le
cas suivant.

Cas 1 : Le jeune D., placé depuis 3 ans en Suède dans une famille d’accueil, est
parti du jour au lendemain. Il a expliqué avant son départ que sa famille était
menacée et qu’il devait leur envoyer 3000 euros sans donner plus d’informations.
D’après différents recoupements, cette dette serait liée à une demande de rançon.
Le petit frère de D. après avoir réussi à passer clandestinement en Espagne aurait
été kidnappé près de Grenade par des compatriotes. Une demande de rançon de
3000 euros a alors été faite à sa famille. Pour trouver cette somme, ce jeune est parti
à Paris en espérant pouvoir réunir l’argent très rapidement en commettant des vols.
Lors d’une visite de terrain des Suédois à Paris, le jeune D a pu être repéré et
finalement protégé en Suède.

En raison des différentes définitions concernant la traite des êtres humains et des
pratiques judicaires et policières, ce jeune n’aurait probablement pas été considéré
comme à risque de TEH en Espagne, en France ou en Allemagne.

Cas 2 : Le jeune M, arrivé à Stockholm, est amené par un copain qu’il connaît du
Maroc dans un appartement où des majeurs algériens lui confisquent ses papiers et
le menacent. Pour récupérer ses documents, ils lui demandent de revenir dans une
semaine avec 4500 euros. Incapable de réunir cette somme, M se retrouve ensuite

52
Rapport concernant la mise en œuvre de la Convention du Conseil de l’Europe sur la lutte contre la
traite des êtres humains par la France DEUXIÈME CYCLE D’ÉVALUATION Adopté le 31 mars 2017
Publié le 6 juillet 2017, Conseil de l’Europe, Strasbourg. Accessible sur https://rm.coe.int/rapport-
concernant-la-mise-en-oeuvre-de-la-convention-du-conseil-de-l-/168073c728

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51
contraint de voler sous la menace de violences physiques. Les majeurs l’obligent à
déposer une demande d’asile sous une fausse identité et avec un faux récit. M
n’osait pas aller voir les autorités car il redoutait d’être éloigné vers le Maroc.

Dans ce cas, les adultes, qui exploitaient ce mineur, maîtrisaient parfaitement le


système suédois. Ils résidaient en Suède légalement depuis de nombreuses années.
Au cours de nos entretiens avec des jeunes et des associations en France et en
Europe, plusieurs situations semblent pouvoir relever de la traite des êtres humains.
Certains mineurs font la mule (transport de drogue) en train entre Paris et Marseille
ou entre les Pays-Bas et l’Allemagne. D’autres sont utilisés pour alimenter des points
de deal (Allemagne et Suède). Souvent ils se sont retrouvés endettés car de la
« marchandise » qu’ils devaient transporter leur a été volée par des inconnus
(appartenant au réseau).
Enfin, s’agissant de la structuration ou non de réseaux européens, les travaux de
Maria won Bredow 53 indiquent que des jeunes sont venus à Stockholm pour
échapper à des réseaux qui les recherchaient et qui semblaient être présents dans
de nombreuses villes européennes. Lors d’un entretien, un jeune nous a confié qu’il
devait partir au plus vite de Barbès car il se sentait menacé. Pour brouiller les pistes,
il a indiqué aux autres jeunes de son groupe devoir aller à Barcelone. En réalité, il
s’était organisé pour rejoindre une autre ville en Europe où il avait des membres de
sa famille. Il avait peur d’être retrouvé. Il n’avait aucune confiance dans les
protections officielles, quel que soit l’État pouvant les prodiguer. Bien qu’il soit difficile
de tirer des conclusions sur la présence de réseaux dans de nombreuses villes
européennes, les échanges, qu’entretiennent les jeunes grâce aux réseaux sociaux,
créent un sentiment d’une présence et d’un contrôle sur tout le continent, notamment
chez ceux qui cherchent à fuir une menace.

53
Maria won Bredow ”De kan alltid hitta mig” Studie om människohandel och utsatta barngruppers
livsvillkor, Länsstyrelsen i Stockholm, 2018

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52
XI/ Recommandations
1. Renforcement des connaissances sur l’accroche et le travail de rue,
Les problématiques posées par ces mineurs sont très récentes pour les intervenants
publics et associatifs du champ de la protection de l’enfance en France. Par
beaucoup d’aspects, ces mineurs ont un comportement d’enfants des rues
(hiérarchie au sein des groupes, poly-toxicomanies, abus sexuels, etc.). Les
approches éducatives développées par différentes ONG avec des enfants des rues
au Mali, aux Philippines ou ailleurs peuvent favoriser l’élaboration d’outils éducatifs et
contribuer à adapter les dispositifs existants. Il nous semble intéressant que cette
réflexion s’organise de manière opérationnelle avec des formations, des échanges
d’éducateurs de rue, etc.
2. Renforcement de la prise en charge des problématiques sanitaires et
psychologiques
Travailler à améliorer l’état de santé de ces jeunes relève d’un impératif sanitaire
mais constitue également un levier pour renforcer l’accroche et la création de lien.
Leur demande de soins, suite à des blessures bénignes ou plus sérieuses, ont été
ainsi prises en compte par tous les acteurs intervenant dans la rue. Pour y répondre,
les équipes d’éducateurs de rue de Hors la Rue et du CASP ont été renforcées par
des infirmiers en mesure de dispenser des soins primaires dans la rue. En revanche,
l’accès à des soins plus importants, le traitement en addictologie, ou les besoins
thérapeutiques ont révélé l’inadaptation des dispositifs actuels pour ce public. Une
réflexion avec les professionnels de santé semble nécessaire pour la mise en place
de solutions adaptées.
3. Création d’un réseau d’acteurs en France avec les villes concernées (mise
en place d’échanges opérationnels ASE /PJJ – organisation d’une journée
d’échange avant l’été)
L’extrême mobilité de ces jeunes nous amène à avoir une réflexion innovante quant
à l’accompagnement qui pourrait être proposé aux mineurs marocains. Tous les
acteurs (police, justice, protection de l’enfance, collectivité…) se retrouvent
impuissants et isolés face à cette problématique. Le besoin de connaissance et
d’outils de travail sur le sujet afin de trouver les réponses les plus adaptées tant au
niveau de l’État que des collectivités territoriales est partagé par tous. Une rencontre
au niveau national avec l’ensemble des administrations et des collectivités locales
concernées pourrait être organisée afin d’élaborer des outils d’échanges
d’informations sur les jeunes, étape préalable pour un véritable suivi de leur parcours
au niveau national.

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53
4. Création d’un réseau d’acteurs européens - identification des parcours et
méthodologies d’intervention
Lors de nos différentes missions nous avons pu constater que :
- La majorité des jeunes ont connu des prises en charge dans d’autres pays
d’Europe (Espagne, Suède, parfois Allemagne) ;
- Certains gardent des liens avec des éducateurs ou des associations en Europe,
Sur le plan éducatif, la création de liens de confiance et la compréhension des
parcours des jeunes sont des points essentiels pour travailler à des solutions de
protection à moyen terme. Bien que certains jeunes aient séjourné dans plus d’une
quinzaine de villes européennes, nous avons identifié un nombre restreint de
structures qui les ont pris en charge. Il est donc assez aisé d’identifier les foyers par
lesquels des mineurs sont passés quand ils évoquent un séjour à Madrid ou à
Stockholm par exemple. Ces jeunes ont parfois gardé des liens forts avec les
travailleurs sociaux de ces structures. Une rencontre entre ces acteurs de terrain est
un préalable pour la mise d’un suivi transnational.
La venue d’une délégation suédoise en mai doit permettre un premier temps de
réflexion sur ce sujet.
5. Identification des mineurs au niveau de la justice (Espagne / Suède)
En Espagne, un travail d’identification est systématiquement effectué lors de la prise
en charge d’un mineur. La procédure d’accès à la demande d’un titre de séjour en
tant que mineur ou majeur nécessite la présentation d’un passeport et de documents
complémentaires comme le livret de famille, l’attestation de domicile au Maroc, etc.
Ces éléments indiquent que l’Espagne connaît l’identité réelle de la plupart des
jeunes présents sur le sol parisien et français. Dans le cadre de suivi judiciaire, un
rapprochement avec les autorités espagnoles, permettrait de lutter contre le système
des alias, des fausses déclarations d’âge, etc. A Bayonne, un travail d’identification
sur plusieurs situations a pu déjà se faire sur la base d’accords transfrontaliers avec
l’Espagne. Sur le plan éducatif, cette mesure aurait aussi l’avantage de ne pas
donner un sentiment de toute puissance aux jeunes et de leur permettre de prendre
conscience des conséquences de leurs actes.
6. Réflexion sur des prises en charge contenantes
Les exemples suédois et espagnol sont des pistes intéressantes quant à la réflexion
à explorer quant aux prises en charge plus contenantes. L’installation dans la rue
d’enfants de 10 à 12 qui présentent des poly-toxicomanies a démontré une
incapacité de la protection de l’enfance en France à pouvoir les protéger et les
soigner de leurs addictions. Cette incapacité s’explique en premier lieu par l’absence
de structures adaptées assurant une prise en charge contenante tout en les

Recherche-action sur la situation des mineurs non accompagnés marocains


54
éloignant réellement et sur une période de temps suffisante des autres jeunes qui
souhaitent les maintenir sous leur coupe.
7. Recherche de liens familiaux (Maroc) et ou diaspora
Les parcours de vie antérieurs, les motivations de départ, les liens que ces jeunes
entretiennent ou non avec leurs familles, sont autant d’éléments essentiels à la
compréhension des parcours de ces mineurs et à l’établissement d’un projet de vie. Il
est donc indispensable de pouvoir mener des enquêtes sociales dans son
environnement familial, lorsqu’un jeune a pu être identifié.
Lors de nos missions en Espagne et au Maroc, nous avons pu identifier des
associations qui ont développé cette compétence. Au regard de la multiplicité des
lieux d’origine (Fès, Tanger, Casablanca, Rabat…), il sera nécessaire de travailler
avec plusieurs structures dont la zone d’intervention sera préalablement définie.
8. Prévention au Maroc
Les jeunes proviennent de quartiers défavorisés de Tanger, Fès Casablanca… Dans
ces nouveaux quartiers, les équipements en faveur de la jeunesse sont peu
développés par rapport aux besoins. Quelques efforts ont été entrepris par les
autorités avec la création de centres sociaux, cependant leur capacité d’accueil reste
très limitée. Les constats sont les mêmes concernant les équipements sportifs, les
transports publics, les espaces culturels, etc. Rapidement déscolarisés, souhaitant
rapidement gagner de l’argent pour payer leurs consommations, certains jeunes
commencent à voler des portables au Maroc. Nous avons pu identifier des structures
qui travaillent déjà sur la question de la prévention dans ces quartiers. Ainsi, à titre
d’exemple, l’AMESIP est en train de finaliser un projet à Fès qui sera opérationnel en
septembre 2018.
Ces initiatives pourront être soutenues même si les résultats ne seront pas
immédiats et ne pourront se mesurer qu’à moyen voire long terme.

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55
Bibliographie

María Antúnez Álvarez Nora Driss Cotilla Rosa García Rodríguez Sara Olcina
Vilaplana De niños en peligro a niños peligrosos: una visión sobre la situación actual
de los menores extranjeros no acompañados en Melilla, Melila, 2016.

Violeta Assiego, Analizar los sistemas de protección de los Menores Extranjeros no


Acompañados (MENA) mediante una aproximación a la situación de los menores en
tránsito en Melilla desde la perspectiva de las violencias que padecen. Master de fin
d’étude à l’Université pontificale de Madrid, 2017

Mohamed Beriane, Marocains de l’extérieur, Fondation Hassan II pour les


Marocains vivant à l’étranger, Rabat, 2013.

Maria won Bredow, De kan alltid hitta mig” Studie om människohandel och utsatta
barngruppers livsvillkor, Länsstyrelsen i Stockholm, Stockholm 2018

Laurence Boutreux « A Melilla la nuit, des enfants font le "riski" vers l'Europe » In
AFP, 08 juin 2017

Jose Carlos Cabrera Medina « Mentoring o acompañamiento para la inclusión de


jóvenes migrantes » In El pueblo de Ceuta, juin 2015

Norma Montesino Parra, Mercedes G. Jiménez-Álvarez “Child mobility


and transnational responses”, In Transnational Social Review 5:3, 332-337, 2015

Mercedes G. Jiménez-Álvarez « Externalización fronteriza en el Mediterráneo


Occidental: movilidades, violencias y políticas de compasión » In Revista de
Dialectología y Tradiciones Populares, vol. LXX, n. o 2, pp. 307-314, juillet-
décembre 2015
Daniel Senovilla Hernandez, Promouvoir les droits des mineurs non accompagnés
et sans protection en Europe, rapport PUCAFREU, Poitiers, 2013

UNICEF Maroc, Nouveau visage de la migration. Les mineurs non accompagnés.


Analyse transnationale du phénomène migratoire des mineurs marocains vers
l’Espagne, Rabat 2005.

Empez Vidal, Núria ,"¡Solo valiente!" Los menores que migran solos de Marruecos
a Cataluña , Thèse de Doctorat, Université Autonome de Barcelone, 2015.

Annexe : Liste des personnes avec qui nous nous sommes entretenues

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56
Certaines personnes que nous avons interrogées n’ont pas souhaité que leurs noms
apparaissent

France

Rennes :
· 2 représentants du renseignement départemental et 1 de la direction
départementale de la sécurité publique (Ministère de l’Intérieur)
· Le responsable et des éducateurs(3) du Service au Pôle Précarité Insertion
(Ville de Rennes)
· La permanence de la cellule Mineurs Non Accompagnés (Conseil
Départemental d’Ille et Vilaine) 3 éducateurs et la responsable
· M. Morvan, ancien responsable de la cellule MNA
· Le procureur de la République de Rennes
· Équipe PJJ) (éducateurs, psychologue, responsable)
· 2 travailleurs sociaux d’Optima (acteur qui intervient dans le champ de la
médiation sociale) et échanges téléphoniques avec le responsable
· Des entretiens ont pu être menés auprès de 3 mineurs marocains et 1
mineur algérien dans la rue
· Des entretiens auprès de 2 mineurs pris en charge
· Des entretiens auprès de 10 jeunes majeurs (Puzzle, République)
· Grégoire Kotras, ancien responsable du Service Prévention de la
Délinquance – Médiation (Ville de Rennes) et de la Mission Prévention
Spécialisée (Rennes Métropole) et Sandrine Landais, Chargée de mission -
Prévention de la Délinquance et Médiation – Ville de Rennes
Référente "Occupation illicites de l'espace public" / Référente territorial des
quartiers Centre et Ouest.

Brest :

- M. Le Floch, commissaire de police de Brest


- Mme Le Cléziot, Conseil Départemental du Finistère
- M. Botua, Conseil Départemental du Finistère
- M.Mollière, tranquillité publique métropole de Brest
- M.Pichon, tranquillité publique métropole de Brest
- L’équipe du point kerros (dispositif d'accueil des personnes en errance)
- Des éducateurs de la cellule MNA, Conseil Départemental du Finistère
- 4 jeunes pris en charge par l’ASE
- Un jeune majeur au point kerros

Nantes :
- Maxime Boidin, Directeur Enfance Familles, Département de Loire-Atlantique
- Équipe de la cellule MNA Association Saint Benoit Labre

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57
Paris :
- Hors la Rue,
- CASP
- UASA
- PJJ (UEAT, SECJD)
- Ministère de la Justice
- ATMF
- 10 mineurs
- 2 majeurs

Espagne

Melilla
- Save the children.
- Irène, journaliste, El Faro
- José Palacon, journaliste et activiste
- 6 jeunes marocains dont deux filles

Ceuta
- Centre d’accueil de jour pour les mineurs
- Journalistes, éducateurs et activistes (souhaitant garder l’anonymat)
- Entretiens avec 7 jeunes

Madrid
- Violeta Assiego, Sociologue
- Laurence Boutreux, journaliste
- Maria Segurado, Caritas Madrid
- 4 mineurs et 2 majeurs
- Foyer de l’enfance, Hortaleza

Barcelone
- Nuria Empez, anthropologue
- Susana Feran, éducatrice
- Albert Parés i Casanova, avocat
- Olga Felis Prósper, juriste DGAIA
- Éducateurs de l’association Gedi
- 2 jeunes majeurs, de retour d’Europe
- 2 mineurs marocains
Maroc

Tanger

- 1 Educateur, congrégation des sœurs de Mère Théresa Tanger


- Mercedes G Jiménez Association Al Khaima,

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58
- EL OUALI-ALAMI Mohammed, Chargé du Projet TAM - Tanger Accueil
Migrants
- Commission national des droits de l’homme, Tanger,
- Ana Habiba Dahbi Jiménez, Responsable Pays Maroc, AIDA Ayuda,
Intercambio y Desarrollo
- Ahmed ABOUKRIM, Association D'Appui à L'Unité de Protection de L'Enfance
- Asociación Wasata Sin Fronteras
- Entretiens avec 7 jeunes partis ou souhaitant partir
Fès
- Omar taman, Association Amal,
- Mohamed lyadi, Maroc espoir
- Rouad al mostkebal, leader future.
- Omar sassi. Un conseiller du quartier Hay Amal babsifer
- Hicham ramoch, Ichrak pour le développement,
- Mountacib Ennacir, Les ailes de l’espoir
- Touria Jaidi Bouabid, Amesip
- 2 jeunes revenus d’Europe
Rabat
- Riad HAMROUCHI, Consul adjoint, chef du service des visas
Consulat général de France à Rabat
- Conseil national des droits de l’Homme, Direction Protection des Droits de
l'Homme

Remerciements

Fanny Curet, Caritas Maroc, Clément Barberousse, Caritas Maroc, Laurence


Boutreux, AFP, Hannes Stegemann, Caritas Maroc ,Javier Montes, Délégation Des
Migrations (DDM) de Nador Maroc, Rachi Aitali, éducateur et interprète en arabe,
Emmanuelle Pascal, interprète en espagnol et cartographe, Sandrine Le Renard,
interprète en espagnol Jose Carlos Cabrera Medina, Chercheur et Praticien,
Guillaume Lardanchet, Maria won Bredow, chercheuse Stockholm, Christian Frödén,
Police suédoise, Jenny Selenius, coordinatrice de lutte contre la TEH, Suède,
Sooi Schneider, Association Habibi, Suède, Nadja Dumann, chercheuse, University
of Kent Brussels School of International Studies, Driss Elkerchi, Président de l’ATMF,
Hors la Rue, Guillaume Lardanchet, Le CASP, L’UASA, TAGA, Cécile Reus,
Syndicat de la magistrature, Joana Fdz, activiste, Maroc/ Espagne.

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