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Le long combat des auteurs et compositeurs du Québec

pour la gestion collective de leurs droits d’auteur


Martin Gladu

Y a dix ans, Vigneault avait parlé d’une société


comme ça : cinq personnes présentes.
Mais vendredi, c’était impressionnant de voir
tout le monde à la conférence de presse.
Louise Forestier lors de la fondation de la SACQ en 1974

R éginald Martel écrivait en juin 1981 que « la question du droit

d'auteur a été et demeure au Québec un scandale objectif. » Le journaliste de


La Presse rapportait alors les difficultés qu’éprouvaient les dirigeants de la
Société de gestion du droit d’auteur (SGDA) face au Regroupement pour la
perception des droits d’auteur (RPDA), un groupe de dissidents soutenu, entre
autres, par l’Union des écrivains québécois (UNEQ), l’Association des
traducteurs littéraires et Intermède Musique.

Au même moment, Luc Plamondon, Diane Juster et Lise Aubut, « exaspérés


par les conditions de travail réservées aux créateurs, » fondaient la Société
professionnelle des auteurs et des compositeurs du Québec (SPACQ). Appuyés
par certains des créateurs les plus connus de la province, dont François
Cousineau, Pierre Huet, Georges Tremblay, Stéphane Venne et Gilles
Vigneault, ils tentaient de convaincre le gouvernement fédéral de réviser la
Loi sur le droit d’auteur et le CRTC d’augmenter les quotas de musique
canadienne à la radio. La CAPAC était également dans leur mire. Ils y ont fait
part de leurs doléances sur la gestion de leurs œuvres tout en préparant, de
concert avec la SACEM, la création de la Société du droit de reproduction des
auteurs, compositeurs et éditeurs au Québec (SODRAC), qui naquit de la fusion
de SDRM Ltée et de CANAMEC (une division de la CAPAC).

Or l’histoire de la gestion collective du droit des auteurs-compositeurs au


Québec comporte un autre rebondissement, qui mérite d’être rappelé.

Les producteurs de disques s’organisent

Pour bien saisir le contexte auquel réfère Martel, il faut revenir sept ans en
arrière, en 1974, soit l’année de la fondation de l’Association québécoise des
producteurs de disques (AQPD).
Billboard, 27 septembre 1975

L’organisme travaille alors sur trois priorités : 1) créer un palmarès


québécois, 2) ouvrir un bureau de promotion en France, et 3) récupérer la taxe
fédérale de 12% sur les produits manufacturiers dont sont exemptés les
producteurs de films. Pour accomplir ces projets, l’AQPD reçoit, l’année même
de sa fondation, une subvention du ministère des Affaires Culturelles et
retient les services de Michel Le Rouzès comme coordonnateur. L’ex député
de Terrebonne Denis Hardy, qui s’avéra un allié fidèle au sein du
gouvernement Bourassa, est alors aux commandes de ce ministère.

Or, si l’on en croit un article publié dans l’édition du 28 septembre 1974 du


magazine Billboard, l’AQPD aurait eu un quatrième projet sur sa planche à
dessin :

A large number of Quebec's top songwriters, apparently motivated by the


suggestion that an association of Quebec record producers was exploring the
possibility of establishing a society to administrate mechanical rights in
Quebec, have formed their own association to oppose such a society,
to lobby for higher mechanical rate payments and to generally promote
Quebec music internationally (…) It was suggested by Luc Martel BMI
Canada's station relation's manager for the province of Quebec, that some of
the current unrest from songwriters there was precipitated by discussion
within the industry of a hike in the price of singles from $1.29 to $1.49 in April
of 1975. Any attempt by people responsible for the payment of mechanical
rights such as record companies to set up a society to administer them has
been regarded rather universally as conflict of interest. Cam Ritchie, BMI
Canada's director, labelled the concept "ludicrous" and John Mills, CAPAC's
general manager states: "I don't think the record manufacturers should
administer mechanical rights because they are the ones responsible for the
payment" (…) The newly-formed Canadian Music Publishers Assn. has
discussed the possibilities of setting up an organization like the Harry Fox
Agency which would be Canadian-owned and operated. Mills continues:
"Eventually, some sort of mechanical rights society has to be set up in Canada.
There are a great many users of material in small production houses,
educational television and so on. Most of these people genuinely want to
observe the law and pay the necessary copyright fees but where the hell do
they go to pay them?" CAPAC has considered the possibility of setting up a
mechanical rights society in Canada but found after a lengthy study that the
overhead factor would be quite prohibitive. The conclusion was that any
society that would be set up in Canada in the future to administrate
mechanical royalties would best be handled by a Canadian publishers
association much like the situation in the U.S., where the American music
publishers own the Harry Fox Agency.

Ce collectif d’éditeurs canadiens qui viendra remplacer la Harry Fox Agency,


c’est la CMRRA. Et l’association de créateurs, c’est la Société des auteurs et
compositeurs du Québec (SACQ), qui verra officiellement le jour un mois après
la publication de cet article. Cela étant, ce dernier a ceci de curieux qu’il ne
fait aucune mention de SDRM Ltée, qui était présente au Québec depuis 1969.

Il appert donc que ce serait l’idée qu’a eue l’AQPD de créer une société de
gestion collective du droit de reproduction qui aurait poussé les créateurs
québécois (Marc Fortier, Jacques Michel, Christine Charbonneau, François
Cousineau, Luc Plamondon, Pierre Ladouceur, Raymond Paquin, etc.) à fonder
la SACQ.

Quant à la hausse du prix des « singles, » il convient de rappeler que le régime


de la licence obligatoire à 0,02$ était toujours en vigueur lors de la mise sur
pied de la SACQ. « Plusieurs auteurs et compositeurs ont tenté en vain à
diverses reprises de faire élargir ces droits mécaniques. En se regroupant en
société, ils espèrent être entendus et respectés, » écrivait La Presse dans son
édition du 14 novembre 1974. Il faudra attendre la révision de la loi sur le
droit d’auteur de 1988 pour voir l’abolition de cette mesure. « La première
affaire qu’on a à faire, c’est de se tenir ensemble pour faire des
recommandations valables au gouvernement afin qu’il change la loi des droits
d’auteur, qui date de 1924! Ce qu’on reçoit ici en droits d’auteur, ça ne se
compare aucunement avec ce que les Français reçoivent, » expliquait Yvon
Deschamps. « La SACQ est une société en bonne et due forme, et j’espère qu’à
la longue elle deviendra une société québécoise de perception de droits
d’auteur, » poursuivait-il. Cette société, la SODRAC, ne verra le jour qu’en mai
1985.