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R. Gicquel, M.

Gicquel, Introduction aux problèmes énergétiques globaux, Paris : Presses des MINES,
2e édition, collection Les cours, 2013.

1re édition : R. Gicquel, Introduction aux problèmes énergétiques globaux, Paris, Economica, 1992.

Édition anglaise : R. Gicquel, M. Gicquel, Introduction to Global Energy Issues, CRC Press/Balkema,
sous presse.

© Presses des MINES - TRANSVALOR, 2013


60, boulevard Saint-Michel - 75272 Paris Cedex 06 - France
email : presses@mines-paristech.fr
www.pressesdesmines.com

© Photo de couverture : Photocomposition effectuée par les auteurs sur la base de photographies
réalisées par Charles Cook (parc d’éoliennes), Chad Teer from Coquitlam Canada (plate-forme
offshore), M.O. Stevens (panneaux solaires) et par la Nasa (Terre vue de l’espace).

ISBN : 978-2-35671-044-4
Dépôt légal : 2013
Achevé d’imprimer en 2013 (Paris)
Tous droits de reproduction, de traduction, d’adaptation et d’exécution réservés pour tous les pays.
Introduction aux problèmes
énergétiques globaux
Collection Les Cours

Dans la même collection :

Francis Maisonneuve Dominique Marchio, Paul Reboux


Mathémathiques 3 Introduction aux transferts thermiques

Francis Maisonneuve François Engel, Frédéric Kletz


Mathémathiques 1 Cours de comptabilité analytique
François Engel, Frédéric Kletz
J. Adnot, D. Marchio, Ph. Rivière Cours de comptabilité générale
Cycles de vie des systèmes énergétiques
Jacques Bouchard, Jean-Paul Deffain,
Brigitte d’Andréa-Novel, Benoît Fabre, Pierre Alain Gouchet
Jouvelot Introduction au génie atomique
Acoustique-Informatique-MusiquE
Daniel Fargue
Jean-Claude Moisdon, Michel Nakhla Abrégé de thermodynamique  : principes
Recherche opérationnelle et applications

Anne-Françoise Gourgues-Lorenzen, Georges Pierron


Jean-Marc Haudin, Jacques Besson Introduction au traitement de l’énergie électrique
Matériaux pour l’ingénieur
Bernard Degrange
Renaud Gicquel Introduction à la physique quantique
Systèmes énergétiques Tome 3
Michel Cohen de Lara,
Renaud Gicquel Brigitte d’Andréa-Novel
Systèmes énergétiques Tome 2 Cours d’automatique

Renaud Gicquel Fixari Daniel


Systèmes énergétiques Tome 1 Les Imperfections des marchés

Thierry Weil Jacques Lévy


Stratégie d’entreprise Introduction à la métallurgie générale

François Cauneau Hugues Molet


Mécanique des fluides Comment maîtriser sa productivité industrielle ?

Pierre Chauvet Margaret Armstrong, Jacques Carignan


Aide-mémoire de géostatistique linéaire Géostatistique linéaire
Introduction aux problèmes
énergétiques globaux

Renaud Gicquel
May Gicquel

2e édition revue et augmentée


À Fawzia, sans qui ce livre n’existerait pas.
Préface
Jean-Arnold Vinois, directeur honoraire à la Commission européenne
Ancien directeur du marché interne de l’énergie au sein de la Direction générale de l’énergie

L’ouvrage que vous avez sous la main est une mise à jour d’une première édition
qui date de 1992, soit il y a un peu plus de vingt ans. Si les années quatre-vingt-
dix n’ont pas été exceptionnellement marquantes sur le plan énergétique, on
ne peut plus en dire autant du troisième millénaire qui a vu l’énergie passer à
l’avant plan de l’actualité et devenir une composante majeure des budgets des
ménages et de la compétitivité des entreprises. C’est dire qu’il était grand temps
de rafraîchir cet ouvrage de base destiné aux étudiants de l’École des Mines,
tout comme les méthodes pédagogiques interactives qui sont proposées par les
auteurs en introduction et à l’annexe 1. Et c’est bien de pédagogie qu’il s’agit ici.
Chaque chapitre de cet ouvrage pourrait à lui seul se transformer en ouvrage
de 300 pages et c’est une prouesse des auteurs que de parvenir à synthétiser
autant de notions, de principes et d’information dans un espace aussi restreint, en
restant simple et accessible à tout lecteur. Précisément, sous des dehors simples,
se cache une matière éminemment complexe qui évolue de plus en plus vite, sous
l’impulsion de nouvelles technologies et de nouvelles politiques commandées par
des impératifs environnementaux et des modifications géopolitiques profondes.
Fukushima, Macondo, Sandy sont des noms maudits, directement liés à la
problématique énergétique, qui ont alarmé la planète entière et rappelé à l’homme
que l’énergie peut être indomptable.
Fukushima, en mars 2011, a mis en évidence la vulnérabilité du secteur nucléaire
aux catastrophes naturelles et a montré que les dommages peuvent se monter à des
montants astronomiques qu’aucun pays ne peut supporter. Cet événement a remis
en cause de façon radicale le bouquet énergétique de pays comme l’Allemagne, la
Suisse, la Belgique et même la France. Celle-ci est d’ailleurs aujourd’hui engagée
dans un débat sur la transition énergétique, auquel cet ouvrage peut contribuer
en fournissant à ceux qui veulent le suivre et le comprendre tous les éléments
d’information et de contexte nécessaires.
Macondo a rappelé que l’exploration pétrolière en mer profonde présente des
risques majeurs qui doivent pouvoir être maîtrisés par tous les intervenants de la
filière. Les dommages environnementaux provoqués par cet accident intervenu
en avril 2010 dans le golfe du Mexique sont tellement importants que leur
réparation est susceptible de causer la disparition de l’entreprise BP. Jamais les
indemnisations pour un accident industriel de ce type n’ont atteint des sommets
pareils. La prépondérance du pétrole dans l’économie actuelle, son rôle pour les
10 Introduction aux problèmes énergétiques globaux

pays producteurs, son coût pour les consommateurs, les risques de pénurie et son
importance géopolitique sont largement décrits dans cet ouvrage, en rappelant
les données essentielles de ce qui est encore et pour un bon bout de temps la
première source d’énergie.
Sandy qui a ravagé la côte est des États-Unis en novembre 2012 et plus
particulièrement New York et son centre financier a rappelé que le changement
climatique est à l’œuvre. Pour la communauté scientifique, il est la conséquence
des activités humaines et en particulier des émissions de gaz à effet de serre
produites par ces activités, que ce soit le transport, la production d’électricité
ou d’autres activités industrielles ou encore simplement le mode de vie des êtres
humains. La combinaison énergie et climat est sans doute la principale responsable
de l’augmentation de la température sur terre qui provoque les dérèglements que
nous subissons de plus en plus fréquemment. C’est la raison pour laquelle l’Union
européenne a adopté dès 2007 une politique volontariste à l’horizon 2020 de
réduction des gaz à effet de serre (20 % par rapport à 1990), d’augmentation de
sources renouvelables d’énergie (20 % du bouquet énergétique) et d’amélioration
de l’efficacité énergétique (20 % par rapport au scénario du fil de l’eau en 2020).
Le lecteur de cet ouvrage y trouvera encore une fois toutes les informations
de base lui permettant de comprendre les forces en jeu, que ce soit l’évolution
démographique, la croissance économique, le recours à certaines formes d’énergie,
les impacts environnementaux, jusque et y compris la crise du bois de feu dans
les pays en développement (chapitre 6.4.5), tout en prenant connaissance des
politiques mises en œuvre ou en devenir.
Il faut rendre hommage aux auteurs pour avoir mis à la portée de tout un chacun
toutes les notions essentielles qui gouvernent le secteur de l’énergie et pour
avoir mis celui-ci dans la perspective plus globale car l’énergie est aujourd’hui au
cœur du développement économique et de la gouvernance politique. C’est sans
doute avec raison qu’ils considèrent que la planète dispose de suffisamment de
ressources pour faire face à une demande croissante mais ils introduisent à juste
titre tous les facteurs qui font que la politique énergétique sera toujours difficile à
décider. Le bouquet énergétique est sans doute l’élément le plus difficile à mettre
en parfaite adéquation avec la dimension environnementale, en particulier en
raison des longs délais nécessaires pour modifier la composition du bouquet.
L’Union européenne, aussi volontariste soit-elle, a réduit sa dépendance aux
combustibles fossiles de 81 à 75 % entre 1998 et 2011. À cette allure, combien de
décennies faudra-t-il encore pour éliminer les gaz à effet de serre ?
Il ne fait pas de doute que la dimension environnementale va jouer un rôle
croissant dans l’évolution de l’usage de l’énergie. Il suffit de demander aux
habitants de Pékin et de Shanghai ce qu’ils ont pensé du mois de janvier 2013,
dominé par le « smog », une combinaison de brouillard et de fumées polluantes.
La croissance économique ne pourra se faire qu’en prenant cette dimension
Préface 11

totalement en compte et l’internalisation des coûts externes tels que les coûts
environnementaux va finir par s’imposer. Les comportements vont aussi changer
et la gestion de la demande va prochainement être révolutionnée par la mise
en œuvre des technologies de l’information dans l’ensemble de la chaîne de
production, transport et distribution d’électricité. Éviter de consommer l’énergie
est aujourd’hui la première priorité.
L’Union européenne fonde sa politique énergétique en très rapide devenir (voir
le chapitre 7.12) sur trois piliers : compétitivité et prix abordables, durabilité et
sécurité d’approvisionnement. L’équilibre entre ces trois piliers est à rechercher
en permanence dans un environnement où les variables sont nombreuses.
Comprendre ce qui se passe, pourquoi et comment est la première étape de
la définition de toute politique. C’est le mérite des auteurs de cet ouvrage d’y
contribuer avec modestie et compétence. Nul doute que les étudiants, mais
beaucoup d’autres également, pourront alimenter leur débat sur les questions
fondamentales de notre époque dans le domaine de l’énergie, en connaissance de
cause grâce à ce « petit » ouvrage, dont l’ambition première est certainement de
mettre en appétit. Et je crois pouvoir dire que c’est réussi.
Chapitre 1
Introduction

1.1 Présentation générale


Depuis la maîtrise du feu jusqu’à celle de l’atome, le développement des sociétés
humaines s’est largement fondé sur la conquête de l’énergie. Dans tous les
pays, l’énergie est ainsi progressivement devenue l’un des facteurs essentiels du
développement économique et social, au même titre que le capital, le travail ou
les ressources naturelles, et nul ne saurait désormais s’en passer.
Après des décennies pendant lesquelles l’énergie bon marché coulait à flots sans
problème particulier, nous sommes depuis une quarantaine d’années entrés
dans une période où les crises sont devenues la règle. Ce bouleversement du
paysage énergétique est particulièrement préoccupant du fait que l’impact des
crises énergétiques sur les sociétés humaines est devenu considérable : récession
économique, augmentation du chômage, conflits internationaux pour les chocs
pétroliers, pénurie de combustibles traditionnels pour la crise du bois de feu,
diminution de la couche d’ozone, renforcement de l’effet de serre et pluies acides
pour les rejets énergétiques.
Ce livre cherche à fournir une base de réflexion sur l’ensemble des problèmes
énergétiques globaux, en proposant une analyse des principaux aspects à prendre
en considération : l’offre d’énergie, dépendante des ressources et des filières
technologiques disponibles, les implications macroéconomiques de la demande
d’énergie, les questions géopolitiques, les particularités de la situation des pays en
développement. Il ne fait qu’aborder la problématique environnementale, dont
l’étude plus poussée déborde des limites que nous nous sommes fixées.
Ce livre constitue la deuxième édition d’un ouvrage publié en 1992, à une période
où obtenir des données énergétiques et économiques était beaucoup plus difficile
qu’aujourd’hui où de nombreuses bases de données sont librement accessibles
sur Internet. Dans ce nouveau contexte, nous espérons qu’il aidera le lecteur à se
situer dans la masse considérable des informations disponibles.
La carte mentale de la figure 1.1.1 présente de manière synthétique les sujets qui
sont abordés dans cette introduction aux problèmes énergétiques globaux, avec
indication des chapitres correspondants.
14 Introduction aux problèmes énergétiques globaux

Les principales données du problème peuvent être énoncées de la manière


suivante :
-- nous vivons dans un monde dont la population augmente très fortement,
bien que de manière différenciée dans les pays en développement et
industrialisés ;

Figure 1.1.1 : Problématique de l’énergie


Introduction 15

-- la croissance économique est considérée partout dans le monde comme une


nécessité impérative, et elle demande de l’énergie ;
-- l’énergie apparaît ainsi comme un facteur incontournable du développement ;
-- sa consommation devrait continuer à croître sensiblement ;
-- les réserves et ressources d’énergie fossiles sont limitées, et le relais par les
énergies renouvelables demandera plusieurs décennies au moins ;
-- la répartition inégale des réserves et des consommations d’énergie induit des
échanges internationaux qui peuvent être sources de tension ;
-- les fortes consommations d’énergie ont un impact environnemental
préoccupant.
Pour évaluer quantitativement les liens entre l’énergie et l’activité économique,
quelques indicateurs peuvent être utilisés. Leur étude est fondamentale pour
mener une réflexion sur la planification énergétique et mettre en place des
politiques énergétiques avisées en matière de maîtrise de la demande, de fixation
des prix et de choix institutionnels.
Ce livre présente ces sujets dans ses différents chapitres, et esquisse en guise de
conclusion quelques perspectives :
-- il faut s’attendre à une forte augmentation des consommations d’énergie
dans les prochaines décennies ;
-- le prélèvement sur la richesse mondiale ira croissant ;
-- l’impact de l’énergie sur l’environnement restera préoccupant ;
-- à court et moyen termes, il n’y a pas de risque de pénurie, les ressources
étant suffisantes à l’échelle de la planète ;
-- le pétrole continuera de jouer un rôle de premier plan ;
-- il faut s’attendre à une persistance des contraintes géopolitiques ;
-- seule la poursuite d’un effort de développement technologique soutenu
permettra de réduire les désordres associés à l’ensemble de ces contraintes.

1.2 Structure du livre


L’énergie est un vaste domaine qui peut être abordé sous des angles multiples.
L’approche proposée ici est de commencer par fournir au lecteur une base
technique sur l’énergie, et donc l’offre d’énergie, avant de s’intéresser à la demande,
c’est-à-dire aux dimensions macro et socio-économiques, puis d’aborder les
grandes questions mondiales relatives à l’énergie, et enfin de terminer par l’étude
des principales questions qui se posent aujourd’hui dans ce secteur.
16 Introduction aux problèmes énergétiques globaux

Ce livre synthétise les principales questions liées à l’énergie et ne nécessite aucune


connaissance particulière préalable, que ce soit en économie, en sciences de
l’ingénieur ou en relations internationales. Il comporte neuf chapitres.
Le chapitre 2 introduit les principales filières énergétiques (pétrole, gaz naturel,
charbon, hydrocarbures de synthèse, nucléaire, électricité, énergies renouvelables,
stockage thermique ou pneumatique), c’est-à-dire la manière dont les principales
sources d’énergie peuvent être exploitées. Par moments assez technique, il s’agit
du chapitre le plus long du livre ; il pourra être simplement survolé lors d’une
première lecture.
Le troisième chapitre présente les principaux indicateurs macroéconomiques et
énergétiques qui sont couramment utilisés pour évaluer la situation énergétique
des pays. Les concepts qui y sont introduits étant ensuite utilisés de manière
systématique dans les autres chapitres, il est essentiel de bien en comprendre les
définitions et les limites.
Le quatrième chapitre analyse les impacts de l’énergie au niveau macroéconomique,
et notamment les liens entre l’activité économique et la consommation d’énergie. Il
dresse une rétrospective historique qui permet de comprendre pourquoi l’énergie
est devenue une composante incontournable du développement économique et
social.
Le cinquième chapitre introduit les grands principes généralement retenus pour
l’élaboration des politiques énergétiques et leur planification, puis discute des
aspects institutionnels.
Le sixième chapitre est centré sur la géopolitique : consommations actuelles
d’énergie, réserves et ressources énergétiques mondiales, commerce international
de l’énergie, et problèmes spécifiques rencontrés par les pays en développement.
Le septième chapitre est consacré à l’étude de la situation énergétique de onze pays
différents, illustrant le contraste qui existe entre eux, en fonction de leur niveau de
développement économique, de leur démographie, de leurs dotations en ressources
naturelles, etc. La liste de ces pays comprend à la fois des pays développés à haut
revenu (France, États-Unis, Royaume-Uni), les pays émergents du groupe dit des
BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), un pays d’Afrique du Nord
exportateur de pétrole (l’Algérie), un pays d’Afrique de l’Ouest (la Côte d’Ivoire), et
un pays d’Asie exportateur de charbon et de gaz naturel (l’Indonésie). Une section
est ensuite dédiée à l’Europe de l’énergie.
Le huitième chapitre traite des nouveaux enjeux liés à l’énergie, en particulier de sa
relation à l’environnement et des succès des politiques de maîtrise de la demande.
Le neuvième et dernier chapitre commence par une étude prospective portant
sur divers scénarios à moyen et long termes. Il synthétise ensuite les analyses
présentées dans le livre en soulignant les principales questions actuelles.
Introduction 17

1.3 Utilisation pédagogique de ce livre


Examinons maintenant la manière dont le contenu de ce livre peut être utilisé sur
le plan pédagogique. Les questions abordées dans ce livre sont en effet enseignées
depuis le début des années 1990 à l’École des Mines de Paris (Mines ParisTech)
et dans d’autres écoles d’ingénieur, car il est apparu souhaitable de développer la
culture générale des élèves ingénieurs intéressés par l’énergie en leur présentant
les principales notions abordées ici.
Dans un premier temps, l’enseignement était dispensé de manière classique sous
forme de cours magistraux abordant ces sujets en suivant peu ou prou l’ordre des
différents chapitres, mais cette forme pédagogique n’était pas la plus appropriée.

1.3.1 Pédagogie préconisée


La formule qui est mise en place depuis 2006 consiste à supprimer les séances
magistrales, en les remplaçant par des cours en ligne que les élèves étudient
seuls, avant de travailler par petits groupes (typiquement de quatre) pour
préparer l’analyse de la situation énergétique d’un pays, avec comme objectif une
présentation orale devant leurs camarades et la remise d’un petit rapport écrit,
d’une dizaine ou d’une vingtaine de pages. L’idéal est bien sûr que l’un des élèves
du groupe soit lui-même citoyen du pays étudié.
Des données leur sont fournies (bilans énergétiques 1 nationaux AIE de
consommation d’énergie finale et de production d’énergie, et BP Statistical Review
of World Energy) mais ils doivent compléter leurs informations à partir d’autres
sources, notamment nationales.
Il leur est demandé d’analyser un certain nombre d’indicateurs des pays étudiés
et de les regrouper sous forme de tableaux récapitulatifs des évolutions au
cours des dernières décennies : consommations d’énergie, émissions de CO2,
consommations par tête, intensités en énergie et en carbone, PIB par tête en
valeur courante et constante... Le volume horaire à consacrer à cette activité est
d’environ 12 à 18 h.
Dans cette forme d’enseignement, les élèves apprennent par eux-mêmes
l’ensemble des notions qu’ils doivent maîtriser pour pouvoir réaliser leur étude
de cas. Deux types de supports sont pour cela à leur disposition :
-- d’une part le livre qui constitue leur manuel au format papier ;

1  On appelle bilan énergétique un tableau ou un graphique donnant la répartition par source des
consommations d’énergie dans un pays ou une région, pour une ou plusieurs années. On parle aussi
couramment de bouquet énergétique ou de mix énergétique, cette dernière expression provenant
de l’anglais.
18 Introduction aux problèmes énergétiques globaux

-- d’autre part des séances sonorisées de formation à distance (appelées


Diapason pour Diaporama Pédagogiques Animés et Sonorisés), destinées à
introduire les principales notions.
Les séances Diapason sont un environnement générique utilisable dans de
nombreux contextes pédagogiques. Leur spécificité est d’associer une bande son
à un écran, permettant aux élèves d’obtenir des explications orales contextuelles.
L’annexe 1 fournit au lecteur des informations complémentaires pour mettre en
œuvre une telle pédagogie.

1.3.2 Séances Diapason disponibles


La liste des séances Diapason disponibles2 traite des sujets indiqués ci-dessous :
-- énergie au niveau macroéconomique ;
•• filières énergétiques ;
•• comptabilité économique et énergétique ;
•• liens entre activité économique et consommation d’énergie ;
•• politique énergétique ;
-- aspects géopolitiques ;
•• situation énergétique mondiale ;
•• problèmes énergétiques des pays en développement ;
•• réserves et ressources ;
•• marchés de l’énergie.

1.4 Statistiques énergétiques et économiques


Ce livre fait appel à de nombreuses données sur les consommations et production
d’énergie et sur les indicateurs macroéconomiques dans le monde. Vous trouverez
sur le portail Thermoptim-UNIT une page contenant des liens vers des organismes
qui recensent et publient des statistiques énergétiques et économiques.
Les données énergétiques et économiques que nous avons utilisées dans ce livre
proviennent de nombreuses sources. Les principales sont cependant :
-- la Banque mondiale, qui propose un accès gratuit en ligne à diverses bases de
données très complètes, et notamment les Indicateurs du Développement
dans le Monde (World Development Indicators, WDI en anglais : http://
databank.worldbank.org/data/home.aspx ;

2  http ://www.thermoptim.org/sections/logiciels/divers-portail/seances-disponibles
Introduction 19

-- la Division Population du Département des Affaires Économiques et


Sociales des Nations unies collecte des informations très détaillées sur les
populations mondiales, qu’elle fournit librement sous forme de tableurs
(http ://www.un.org/esa/population/) ;
-- les statistiques énergétiques publiées annuellement en juin par BP : BP
Statistical Review of World Energy, qui comprennent de nombreuses séries de
données sur le pétrole, le gaz naturel, le charbon, les énergies renouvelables,
rassemblées sous forme de tableur (http ://www.bp.com).
L’AIE publie aussi des bilans énergétiques très détaillés, mais ils ne sont pas
accessibles gratuitement.
D’une manière générale, nous utiliserons les unités du Système International ou
celles qui en dérivent directement. Chaque fois que possible, nous fournirons
aussi les valeurs correspondantes dans le système britannique, par exemple en
ajoutant une échelle supplémentaire aux figures présentées.
L’annexe 2 fournit différentes informations sur les équivalences énergétiques.
Chapitre 2
Filières énergétiques

2.1 Présentation
Ce chapitre fournit au lecteur une base technique sur l’énergie en présentant
succinctement ce que l’on appelle l’offre d’énergie ou encore les différentes
filières énergétiques. Après avoir indiqué quelles sont les formes d’énergie
existantes et expliqué les modes possibles de conversion entre elles, il introduit
les principales caractéristiques de ces filières, en commençant par celles qui
concernent les combustibles fossiles (pétrole, gaz naturel, charbon, hydrocarbures
de synthèse). Viennent ensuite le nucléaire, la production d’électricité, les énergies
renouvelables (géothermie, solaire, éolien, hydraulique, énergie de la mer) et enfin
le stockage thermique ou pneumatique.
Le lecteur intéressé par une analyse en profondeur de la conversion thermique
de l’énergie peut se référer à [Gicquel, 2009], qui fournit une présentation plus
exhaustive de la thermodynamique appliquée aux systèmes énergétiques.
Ce chapitre se termine par une section récapitulative qui souligne en particulier
les rigidités du secteur énergétique.

2.2 Diverses formes d’énergie


L’énergie peut être définie comme la faculté que possède un corps de fournir du
travail mécanique ou son équivalent.
Elle se présente sous différentes formes (figure 2.2.1) :
-- mécanique ;
-- chaleur ;
-- rayonnement électromagnétique ;
-- électricité ;
-- chimique ;
-- nucléaire.
22 Introduction aux problèmes énergétiques globaux

Figure 2.2.1 : Différentes formes d’énergie

L’énergie mécanique se présente sous deux formes principales :


-- l’énergie potentielle, provenant essentiellement de l’attraction de la gravitation
terrestre, est celle que possède un corps au repos situé en altitude : énergie
contenue dans l’eau d’un barrage, contrepoids des anciennes horloges, etc.
-- l’énergie cinétique est celle que possède un corps en mouvement : énergie
du vent, des cours d’eau, arbre moteur, volant d’inertie, etc.
La chaleur ou énergie thermique est l’énergie contenue dans un corps dont la
température est supérieure à celle de son environnement.
On distingue la chaleur sensible mise en jeu lors d’une variation de température
sans changement d’état, et la chaleur latente dégagée (respectivement absorbée)
sans variation de température, lors de la solidification (resp. la fusion) et lors de
la condensation (resp. l’ébullition).
La chaleur peut être transmise selon trois modes de transfert principaux :
la conduction et la convection, qui agissent par contact, et le rayonnement
thermique, qui permet une transmission à distance.
Le rayonnement électromagnétique, dont fait partie le rayonnement thermique,
est une autre forme d’énergie, capable d’agir à distance, même sans milieu matériel
intermédiaire.
L’énergie chimique correspond à l’énergie de liaison entre les molécules d’une
substance. Les hydrocarbures (pétrole, gaz, charbon) sont des formes d’énergie
chimique qui jouent un rôle fondamental dans les bilans énergétiques mondiaux
actuels.
L’énergie électrique est un phénomène produit par le déplacement d’électrons
libres dans les conducteurs. C’est une forme d’énergie « noble » (voir plus bas)
qui, à partir de trois effets, calorifique, magnétique et chimique, correspond à
Filières énergétiques 23

une multitude d’usages, dont certains lui sont spécifiques : éclairage, moteurs
électriques, électrolyse, chauffage à induction, acquisition, traitement et
transmission de l’information, etc.
L’énergie nucléaire est l’énergie de liaison entre les particules qui constituent le
noyau d’un atome. La théorie de la Relativité a montré l’équivalence de la matière
elle-même et de l’énergie, selon la célèbre formule e = mc2. L’énergie nucléaire
peut être dégagée par la fission, qui consiste à fendre le noyau d’un atome lourd
(uranium, plutonium), ou par la fusion de noyaux légers (hydrogène, deutérium).
Aujourd’hui, seule la fission est maîtrisée dans des réactions contrôlées, la fusion
ne pouvant encore être réalisée que dans des bombes atomiques, même si
d’importants programmes de recherche comme ITER se donnent pour objectif
de la maîtriser. Un développement significatif de la fusion avant 2050 est peu
probable.

2.3 Conversions d’énergie


Entre ces différentes formes d’énergie, de multiples conversions sont possibles
(cf. figure 2.2.1), ces conversions étant soumises aux deux grands principes de la
thermodynamique.
Le premier principe, ou principe de conservation de l’énergie, énonce que, dans
un système fermé, la quantité d’énergie soumise à un processus de transformation
se retrouve intégralement sous d’autres formes lorsque ce processus a pris fin.
Si le premier principe pose que toutes les formes d’énergie sont équivalentes en
valeur, le second principe introduit une notion de qualité de l’énergie, celle-ci se
dégradant d’énergie noble (mécanique, électrique), en chaleur. Selon ce principe,
la quantité d’énergie utilisable (énergie noble) diminue obligatoirement dans un
système isolé, du fait de l’existence d’irréversibilités. De plus, la limite supérieure
du rendement de transformation de l’énergie thermique en travail mécanique
est égale au rendement de Carnot : h = 1 - Tf/Tc, Tc étant la température de
la source d’énergie thermique (source chaude), et Tf celle de l’environnement
ambiant (source froide), toutes deux étant exprimées en Kelvin.
Sur le plan pratique, les principales conversions mises en jeu sont les suivantes :
-- la photosynthèse assure la transformation du rayonnement solaire en
biomasse végétale et plancton, ce qui, au cours des millénaires, a donné le
jour à l’ensemble des réserves mondiales de combustibles fossiles ;
-- la combustion du charbon, des hydrocarbures et de la biomasse permet de
fournir de la chaleur, utilisée dans de nombreux procédés industriels, pour
le chauffage, etc. La quantité de chaleur qu’un combustible peut fournir est
appelée son pouvoir calorifique ;
24 Introduction aux problèmes énergétiques globaux

-- les machines thermiques permettent de transformer soit de la chaleur en


énergie mécanique (cycles directs), laquelle peut être utilisée directement ou
convertie en énergie électrique, soit de l’énergie mécanique en chaleur (cycles
inverses), pour produire du froid (machines frigorifiques) par exemple ;
-- les dynamos et alternateurs, mus par une source d’énergie mécanique
(moteur, turbine), produisent de l’électricité ;
-- les frottements et l’effet Joule convertissent en chaleur l’énergie mécanique
ou électrique ;
-- les réacteurs nucléaires transforment les réactions de fission en chaleur,
laquelle peut ensuite être utilisée pour générer de l’électricité.
Compte tenu des irréversibilités dont les conversions d’énergie sont le siège,
les rendements des transformations sont en pratique inférieurs aux rendements
maximaux théoriques.
Ainsi, lors de la combustion quand les produits de réaction se retrouvent à
l’état gazeux, il est possible, à basse température, que certains d’entre eux se
liquéfient ou même se solidifient, en dégageant une chaleur de condensation ou
de solidification.
C’est notamment le cas lors de la combustion des hydrocarbures, de l’eau
apparaissant parmi les produits. Le maximum de dégagement d’énergie est obtenu
lorsque l’eau contenue dans les fumées est liquéfiée. La valeur de la chaleur de
réaction complète prend alors le nom de pouvoir calorifique supérieur, ou PCS.
Dans le cas le plus général où toute l’eau produite reste à l’état de vapeur, on lui
donne le nom de pouvoir calorifique inférieur ou PCI.
Le tableau 2.3.1 indique quelles sont les limites actuelles et théoriques pour
quelques modes de conversion de l’énergie.

TABLEAU 2.3.1 PRINCIPALES CONVERSIONS D’ÉNERGIE

Meilleur rendement Meilleur rendement


Conversion de en
pratique (%) théorique (%)
Production d’électricité à
énergie chimique électricité 32-42 (> 50 CC) 85
partir de combustibles
Production d’électricité
énergie mécanique électricité 95 - 98 100
hydraulique
Pile à combustible énergie chimique électricité 50 80-100
rayonnement
Conversion photovoltaïque électricité 20 50
électromagnétique
rayonnement
Chauffage solaire chaleur 30 - 50 100
électromagnétique
Moteur à combustion énergie
énergie chimique 30 - 40 75 - 85
interne pour les transports mécanique
rayonnement énergie
Photosynthèse 1-3 6
électromagnétique chimique
Filières énergétiques 25

2.4 Principales sources d’énergie


La nature met à la disposition de l’homme deux grandes catégories de sources
d’énergie : les énergies non renouvelables et les énergies renouvelables.
Les énergies non renouvelables sont principalement les combustibles fossiles
(pétrole, gaz naturel, charbon), qui sont des formes d’énergie chimique
provenant de la biomasse, stockées au cours des millénaires passés, ainsi que la
fission nucléaire dérivée de l’uranium. Comme leur nom l’indique, les réserves
correspondant à ces sources d’énergie sont limitées et ne se renouvellent pas, du
moins pas dans des périodes de temps à l’échelle de l’homme.
Leur exploitation correspond à l’utilisation d’un capital déjà largement entamé, de
telle sorte qu’à moyen terme, le relais devra être pris par d’autres sources.
Les énergies renouvelables ont quant à elles été les premières employées par
l’homme et continuent de l’être largement dans les sociétés traditionnelles. Ce
vocable recouvre des formes d’énergie très diverses, comme la géothermie,
l’énergie solaire, l’énergie éolienne, l’énergie hydraulique, l’énergie marémotrice,
ou encore l’énergie des animaux de trait. Se présentant sous forme de flux et
non de stock, leur mise en valeur présente des avantages mais pose aussi des
problèmes spécifiques qui seront évoqués plus loin. En revanche elles sont
pratiquement inépuisables.

2.4.1 Pétrole
Depuis la première mise en production de pétrole en 1859 par Drake aux États-
Unis, la consommation des produits pétroliers a connu un développement
considérable (1Gt en 1960, 2,9Gt en 1987, et 4Gt en 2007) ce qui s’explique par
les avantages certains que présente cette énergie du fait de sa forme liquide, de sa
forte capacité énergétique volumique, et de sa nocivité relativement faible.
Liquide, le pétrole est transportable facilement et distribuable en quantités très
variables, les réseaux de transport et de distribution des produits pétroliers, après
départ de raffinerie, étant les moins coûteux et les plus souples. En particulier,
le pétrole est de nos jours la forme d’énergie la plus adaptée pour les transports
routiers, aériens et maritimes, qui constituent un marché quasiment captif pour
les carburants liquides.
Un autre avantage offert par le pétrole est que la multiplicité de ses usages s’est
progressivement développée au cours des cent dernières années, et couvre
aujourd’hui une gamme considérable de produits, comme le montre la figure
2.4.1. La polyvalence du pétrole en fait ainsi une source d’énergie particulièrement
attractive, et explique le fort développement de son marché au XXe siècle.
26 Introduction aux problèmes énergétiques globaux

Figure 2.4.1 : Différents usages du pétrole

Le pétrole et le gaz naturel, mélanges de carbone et d’hydrogène, ou hydrocarbures,


ont pour origine des micro-organismes végétaux et animaux accumulés au fond
des mers, qui, par suite de bouleversements géologiques, ont été transformés
en boues progressivement filtrées par des roches sédimentaires poreuses, et
déplacées jusqu’à ce que, bloquées par des couches de terrain imperméables, elles
forment des gisements.
Les gisements sont constitués d’étendues de dimensions très variables à des
profondeurs allant d’affleurements à la surface jusqu’à près de 5 000 m. Leur
composition géologique correspond à des roches poreuses dans lesquelles les
hydrocarbures sont emprisonnés, la porosité (et donc la concentration en pétrole)
étant au mieux égale à 25 %. Ces roches sont appelées roches-réservoirs ou
roches-magasins, par opposition aux roches-mères où les hydrocarbures se sont
formés à l’origine.
Les pétroles sont des huiles minérales de compositions et de qualités très variées. Ils
sont souvent caractérisés par leur densité, exprimée en degrés API selon l’American
Petroleum Institute. Ce degré varie entre 80° API pour les plus légers et moins de 10°
pour les plus visqueux. Au-delà de 20° API, on parle de pétrole classique, ou tout
simplement de pétrole, en-deçà, entre 10 et 20°, de pétrole lourd.
Le degré API ne doit pas être confondu avec la densité physique, qui varie de 0,7
(pétroles légers) à environ 1 (pétroles lourds). La relation liant le degré API à la
densité physique est :
dAPI = 141,5/d16°C - 131,5

2.4.1.1 La chaîne pétrolière


Comme indiqué dans la figure 2.4.2, la filière pétrolière comprend cinq maillons
principaux.
Pour extraire le pétrole des gisements, il faut forer des puits dont le coût unitaire
est très élevé, surtout lorsqu’il s’agit de gisements sous-marins (offshore).
Filières énergétiques 27

Pour limiter le nombre de forages, la prospection a développé des méthodes


d’exploration qui relèvent de la géologie et de la géophysique.

Figure 2.4.2 : Filière du pétrole

Les études géologiques, sur la base de l’observation de surface, éventuellement


assistée de photographies aériennes, permettent de repérer la structure du terrain
et de localiser les zones à potentiel pétrolier.
La prospection géophysique permet de caractériser les propriétés d’un terrain,
grâce à des mesures de gravimétrie (variations locales du champ de la pesanteur),
de magnétométrie (variations du champ magnétique), de résistance électrique, et
surtout grâce à des études de sismique, qui consistent à suivre le trajet souterrain
d’ondes de choc provoquées artificiellement (explosifs ou vibrosismique). Le
dépouillement informatique des relevés permet aujourd’hui des interprétations
très fines.
Lorsque les études de prospection laissent penser qu’un gisement existe, on
entreprend des forages d’exploration dont la profondeur varie généralement
entre 800 et 5 000 m et peut même dépasser 10 000 m.
La durée d’exécution d’un forage se situe entre 15 jours et plusieurs mois, à un
rythme de progression de quelques mètres à l’heure. En moyenne seule 1 sur 5
voire 1 sur 10 des zones explorées recèle réellement des ressources pétrolières.
Lorsque c’est le cas, la tour de forage est démontée et il ne reste au sol qu’un
ensemble de vannes caractéristique, appelé arbre de Noël. Sinon, le forage est
refermé.
Même en se fondant sur les techniques géologiques et géophysiques les plus
modernes, l’exploration pétrolière reste fortement aléatoire et demeure une
28 Introduction aux problèmes énergétiques globaux

activité à haut risque financier, réservée à des entreprises de grande taille. De


plus, l’exploration ne peut être menée qu’en période où ces entreprises dégagent
un excédent suffisant, c’est-à-dire lorsque les prix du pétrole sont élevés. Le
rythme des découvertes suit donc sensiblement celui des prix, ajoutant un facteur
fluctuant supplémentaire à l’équation d’équilibre offre/demande.
Au niveau mondial, on observe d’importantes disparités dans le rythme
d’exploration pétrolière : pour une moyenne de 95 puits forés par zone de
10 000 km2, la densité des forages d’exploration est de 500 en Amérique du Nord,
90 en Europe de l’Est (ex-URSS), 45 en Europe de l’Ouest, 12 en Amérique
Latine, 7 au Moyen-Orient, 5,5 en Asie /Océanie, et 4,5 en Afrique.
Ces écarts sont liés à de nombreux facteurs, notamment au taux de succès probable,
meilleur dans des zones relativement bien connues, au régime de propriété du
sous-sol (qui peut appartenir soit au propriétaire du terrain, soit à l’État3), et
surtout au risque politique en cas de découverte. De nombreuses compagnies
internationales, échaudées par les risques de nationalisations, hésitent en effet à se
lancer dans des programmes d’exploration dans certains pays en développement.
Enfin, si le taux de succès de l’exploration a tendance à croître du fait des progrès
réalisés dans les méthodes de prospection, la taille des gisements découverts a
quant à elle tendance à décroître. On définit pour mesurer le résultat de l’activité
exploratoire un indice de découverte, qui représente la quantité de pétrole
découvert divisée par l’effort d’exploration et qui s’exprime en baril par pied foré
(b/ft). Les courbes représentant les évolutions de l’indice de découverte sont très
nettement orientées à la baisse, avec une plage de répit correspondant à la période
1950 - 1970 au cours de laquelle la prospection offshore a connu un grand essor.
Les valeurs atteintes sont très variables selon les zones géographiques. Aux États-
Unis, elles sont aujourd’hui particulièrement faibles, de l’ordre de 20 b/ft, alors
que la moyenne mondiale se situe autour de 500 b/ft.
Cette forte réduction de la taille des découvertes laisse penser qu’il est peu
probable que l’on découvre dans l’avenir beaucoup de champs « super-géants »
comparables à ceux du Moyen-Orient.
Au total, dans le monde, entre 30 et 35 000 bassins pétroliers ont été découverts.
La plupart sont de petite taille, tandis que 1 % d’entre eux contient 90 % des
réserves mondiales. On recense aujourd’hui environ 600 bassins de grande
capacité ; 200 d’entre eux n’ont jamais été explorés, et 240 l’ont été plus ou moins,
mais ne sont pas productifs. Sur les 160 grands bassins productifs, 25 ont une
capacité supérieure à 10 milliards de barils (10 Gb), 6 supérieure à 50 Gb, et un
seul contient plus de 50 % du pétrole mondial. Parmi les 200 non explorés, on
estime que 12 à 15 auraient une capacité supérieure à 10 Gb, mais qu’aucun ne
serait capable de rivaliser avec le Moyen-Orient.

3  C’est le cas le plus général, la législation des États-Unis étant l’exception.


Filières énergétiques 29

2.4.1.2 La production
La mise en exploitation d’un gisement est réalisée en forant plusieurs puits. Selon
la pression naturelle au sein du gisement, la production peut se faire spontanément
ou doit être assurée par l’emploi de pompes (pompes de surface aspirantes/
refoulantes à balancier, ou, de plus en plus, pompes électriques au fond du puits).
Ces moyens correspondent à la récupération primaire, qui ne permet
généralement pas de recueillir plus de 20 % du potentiel du gisement.
Pour améliorer le rendement, il faut passer à la récupération secondaire, qui
consiste à injecter de manière systématique de l’eau ou du gaz sous pression en
un ou plusieurs endroits, facilitant ainsi la remontée du pétrole par le puits de
production. En moyenne, le taux de récupération peut alors être porté à 33 %.
Enfin, la phase de récupération tertiaire, beaucoup plus coûteuse et en cours de
développement technologique, devrait permettre de porter le taux d’extraction à
40 ou 50 % grâce à l’injection de vapeur, d’hydrocarbures miscibles ou de produits
chimiques dilués dans l’eau. Il est alors nécessaire de décanter le pétrole extrait
pour en séparer les gaz et les eaux salées. Ces techniques ont un coût élevé et ne
se justifient donc que si les prix dépassent certains seuils.
La mise en exploitation complète d’un champ pétrolier s’étend sur plusieurs
années et peut demander jusqu’à 15 ans pour un grand gisement offshore. Dans
ce dernier cas, on doit utiliser des plates-formes posées ou ancrées au fond de la
mer selon la profondeur.
Le développement de l’exploration et de la production en mer a été rendu
nécessaire par le rapide épuisement des réserves à terre. Les océans représentant
70 % de la surface de la Terre, les potentiels pétroliers qu’ils recèlent sont en effet
considérables, même si l’environnement y est beaucoup plus hostile.
Développées initialement à proximité des côtes où se situaient les grands
gisements, l’exploration et la production offshore se sont ensuite étendues à des
zones d’accès beaucoup plus difficile comme la Mer du Nord, le Labrador, etc.
Environ 30 % du pétrole produit dans le monde provient aujourd’hui du fond des
mers, et ce chiffre devrait rester stable dans l’avenir proche.

2.4.1.3 Le transport vers les raffineries


Du puits de production aux raffineries, le transport du pétrole brut est assuré soit
par navire pétrolier, soit par oléoduc.
L’intérêt de l’acheminement par voie maritime est qu’il permet de modifier à
tout moment la destination de la cargaison. En revanche, les pétroliers doivent
retourner à vide sur les lieux de chargement. Nous verrons plus loin que cette
souplesse a permis le développement d’un marché concurrentiel du pétrole, le
marché spot.
30 Introduction aux problèmes énergétiques globaux

Notons que le trafic pétrolier international représente encore une part très
importante du commerce maritime mondial (36,6 % en 2009 contre plus de 50 %
de 1950 à 1980 [CNUCED, 2012]).
La principale contrainte technique est que le pétrole brut ne peut guère être utilisé
tel quel, et qu’il est donc nécessaire de le raffiner, pour produire des « dérivés »
ou « produits », qui correspondent aux usages très variés, soit énergétiques, soit
chimiques.

2.4.1.4 Le raffinage
Le raffinage a pour but de séparer les différents hydrocarbures composant le
pétrole. On utilise pour cela des procédés physiques et physico-chimiques qui
permettent d’obtenir quatre grandes catégories de produits ou « coupes » : les gaz
de pétrole liquéfiés (GPL), les essences, les distillats moyens (fioul domestique,
gazole), et les fiouls lourds, comme indiqué sur la figure 2.4.3.

Figure 2.4.3 : Schéma du raffinage

L’unité de distillation atmosphérique ou primaire permet de séparer les produits,


à pression atmosphérique, en fonction de leur volatilité. Le pétrole y est introduit
à 380°C, et les vapeurs sont ensuite séparées par condensation à des températures
variant de 120°C à 255°C. Au fond, subsiste un résidu lourd, appelé résidu
atmosphérique.
Pour le récupérer, on le distille sous vide à 480 °C, ce qui fournit un distillat que
le craquage catalytique permet de séparer en produits plus légers. On obtient ainsi
plus d’essence carburant.
Filières énergétiques 31

Le réformage a quant à lui pour but de transformer de l’essence lourde en


carburant à indice d’octane élevé. Il est obtenu en faisant passer l’essence sur un
catalyseur en platine à 500 °C.
On notera que le raffinage constitue un problème fortement contraint, les
produits dépendant dans une large mesure de la composition du brut entrant.
Les raffineries ne sont pas capables d’ajuster facilement leur production à une
évolution forte de la demande, et une grande partie des difficultés de ce secteur
provient de cette rigidité.
En effet, le souci croissant de réserver l’utilisation du pétrole à ses usages spécifiques
(transports routiers et aériens), a eu pour effet de réduire considérablement la
demande mondiale en produits lourds depuis les premiers chocs pétroliers. Pour
faire face à cette évolution, et pour mieux valoriser le pétrole, des technologies
de conversion profonde sont en cours de développement dans les raffineries les
plus performantes.
Très coûteuses, elles permettent de « craquer » les molécules lourdes afin d’obtenir
plus de produits légers. Il est ainsi possible de réduire la production de produits
lourds d’un facteur trois par rapport à une raffinerie sans unité de conversion, et
d’un facteur deux par rapport à une raffinerie munie d’une unité de conversion
classique.
À titre d’exemple, le tableau 2.4.1 donne l’effet d’une unité de conversion classique
(craquage catalytique) sur la structure de production d’une raffinerie.

TABLEAU 2.4.1 STRUCTURE DE LA PRODUCTION DE DEUX RAFFINERIES

Raffinerie sans unité Raffinerie avec craquage


conversion catalytique
Gaz et GPL 3,5 5,3
Essence carburant 15,2 23,3
Gazole et fioul dom. 35,4 36,4
Fioul lourd 42,5 29,1
Consom. raffinerie 3,4 5,9

Au cours des dernières décennies, l’industrie du raffinage des pays importateurs


a été confrontée à une nécessaire restructuration du fait d’une part de la baisse de
la demande de pétrole qui s’est traduite par des pertes de marchés, d’autre part de
l’évolution de la demande de produits finis vers des coupes plus légères, et enfin
d’une délocalisation des capacités de raffinage dans les pays producteurs.
L’ensemble de ces problèmes s’est traduit, pour de nombreux pays, par la nécessité
d’importer davantage de « produits blancs » (essence, gazole). Au plan mondial, les
échanges de produits finis ne représentaient cependant en 2010 que 30 % du total
des échanges de pétrole (brut et produits) en volume, et 20 % de la consommation.
32 Introduction aux problèmes énergétiques globaux

2.4.1.5 La distribution
Alors que production et raffinage demeurent des activités centralisées, la
distribution des produits pétroliers peut être plus largement décentralisée.
Le mode de distribution dépend de l’importance du consommateur :
-- les gros consommateurs sont généralement livrés directement par les
raffineries ;
-- la livraison finale aux petits consommateurs se fait uniquement par route.
On dénombre en France 32 000 stations services alimentant les 21 millions
de voitures particulières et les transports routiers, et 6 000 négociants en
fioul, qui approvisionnent plus de 6 millions de chauffages centraux.
Les compagnies pétrolières disposent de surcroît de dépôts, utilisés comme
stockage stratégique (90 jours de consommation pour les États membres de
l’Union européenne et d’importations pour ceux de l’AIE), et économique pour
répondre aux fluctuations de la demande. Ils sont généralement situés à proximité
des zones de consommation. La France compte par exemple 500 dépôts dont la
capacité varie de 1 000 m3 à plus de 10 000 m3.

2.4.1.6 Structure des coûts techniques


Le coût du pétrole peut être décomposé en quatre facteurs : production,
transport, raffinage et distribution. À l’ensemble de ces coûts techniques, il faut
bien sûr ajouter la rente pétrolière chez le producteur et les taxes fiscales chez
l’importateur, qui peuvent représenter une part très importante du prix supporté
par le consommateur final.
Au Moyen-Orient, le coût de production est très faible, de l’ordre de 1 à 7 $/b.
En zone plus difficile (offshore), il est de 15 à 30 $/b[IEA World Energy Outlook
2008].
Le coût de transport du pétrole reste faible, que ce soit par oléoduc ou par voie
maritime. On estime qu’il représente de l’ordre de 1,5 à 2 $/b.
Nous avons vu qu’une raffinerie produit nécessairement toute une gamme de
produits finis. Bien que certaines techniques de détermination du coût marginal
de chacun des produits existent (théorie de la dualité en programmation linéaire),
les raffineurs se refusent généralement à définir une clé de répartition des coûts
de raffinage trop rigide.
Il est donc difficile de ventiler les coûts de raffinage. Globalement, cependant,
on peut estimer le coût de raffinage entre 2,5 et 4,5 $/b selon les qualités du brut
et le degré de craquage.
Le coût de distribution dépend fortement du réseau emprunté pour livrer le
produit fini.
Filières énergétiques 33

En cas de livraison directe à un gros consommateur industriel, le prix de


distribution est de l’ordre de 4 $/b (fuel lourd). Pour les livraisons en petites
quantités, il représente environ 5-10 $/b.

2.4.1.7 Investissements de l’industrie pétrolière


L’exploration-production est une activité à haut risque politique (nationalisation
possible des compagnies travaillant à l’étranger) et financier (voir plus haut), très
coûteuse, surtout pour l’offshore. Les budgets qu’y consacrent les compagnies
pétrolières fluctuent beaucoup en fonction du prix du pétrole, lequel détermine
leurs bénéfices. À titre indicatif, les dépenses mondiales d’exploration-production
étaient comprises entre 400 et 500 milliards de dollars entre 2008 et 2011 [Saniere
et al., 2010]. Les dépenses de l’industrie du raffinage sont beaucoup plus faibles
(légèrement supérieures à 25 milliards de dollars au cours de la même période).
Du fait du ralentissement global de la demande depuis une quinzaine d’années, la
part du secteur de la distribution a chuté de près de moitié dans les investissements
du secteur pétrolier.

2.4.1.8 Conclusion
La polyvalence du pétrole en fait une source d’énergie particulièrement attractive,
et explique le fort développement de son marché au XXe siècle. Facilement
stockable et fractionnable à loisir, il constitue un carburant privilégié pour les
transports routiers et aériens.
Compte tenu de ses caractéristiques technico-économiques, l’exploration-
production du pétrole est réservée à des entreprises fortement intégrées, jouissant
d’une puissance financière suffisante pour faire face aux risques encourus. En
revanche, la distribution des produits pétroliers peut sans difficulté être assurée de
manière décentralisée et ne nécessite pas de réseau particulier, ce qui en fait une
source d’énergie privilégiée pour les pays à infrastructure réduite, et notamment
pour les pays en développement.

2.4.2 Gaz naturel


Le gaz naturel, nous l’avons vu, a la même origine que le pétrole. Il se présente
comme un mélange d’hydrocarbures dont le constituant principal (entre 70 et
95 %) est le méthane (CH4), de densité 0,55 par rapport à l’air.
L’une des principales qualités du gaz naturel est sa relative propreté. En brûlant, il
ne dégage en effet que de l’eau et du gaz carbonique, et ce dans des proportions 2
à 3 fois moindres que le charbon et 1,5 à 2 fois moindres que le pétrole. L’impact
sur l’environnement du gaz naturel est donc beaucoup plus faible que celui du
charbon ou du pétrole, avec une contribution presque nulle à l’émission des
oxydes de soufre et d’azote.
34 Introduction aux problèmes énergétiques globaux

2.4.2.1 La chaîne gazière


Comme indiqué figure 2.4.4, la chaîne gazière comprend cinq maillons principaux.

Figure 2.4.4 : Filière du gaz naturel

Les deux premiers maillons sont analogues à ceux du pétrole, le gaz naturel
s’étant formé selon les mêmes processus, et se trouvant quelquefois sur les lieux
mêmes d’un gisement pétrolier. On parle alors de gaz associé, qui peut être selon
les cas du gaz dissous dans le pétrole, ou du gaz individualisé, séparé. Jusqu’au
premier choc pétrolier, ce gaz associé était brûlé sur les lieux de production,
dans les torchères situées à proximité des puits de pétrole, ou bien réinjecté dans
le cadre des opérations de récupération secondaire. On cherche désormais de
plus en plus à l’exploiter comme du gaz non associé, ou gaz sec, lorsque c’est
économiquement rentable.
L’exploitation du gaz naturel présente des contraintes plus fortes que celle du
pétrole. Autant ce dernier peut être transporté et stocké de manière relativement
simple du fait qu’il se présente sous forme liquide, donc avec un volume spécifique
faible, autant le gaz naturel, qui se présente sous forme gazeuse aux conditions
normales, demande à être conditionné de manière particulière, pour pouvoir être
transporté dans des conditions de sécurité acceptables. De plus, d’un gisement à
l’autre, la composition du gaz naturel varie sensiblement et il faut souvent l’épurer.
Par exemple, le gaz du gisement de Lacq en France doit être débarrassé de son
soufre avant expédition.
Pour transporter sur des milliers de km le gaz naturel du lieu de production au
lieu de consommation, le recours à des technologies complexes et coûteuses est
nécessaire.
Filières énergétiques 35

Aujourd’hui, deux voies principales sont utilisées :


-- le transport par gazoduc ;
-- le transport par méthanier (chaîne du gaz naturel liquéfié GNL).
Dans le transport par gazoduc, le gaz est transporté sous pression dans des
canalisations tubulaires d’acier d’un diamètre de 0,20 à 1,4 m, qui doivent être
soudées bout à bout, avec des stations de recompression tous les 80 km environ.
Des gazoducs sous-marins ont fait récemment leur apparition, en complément
des gazoducs terrestres. S’est ainsi développé, au cours des dernières décennies,
un réseau interconnecté de plus en plus dense, qui atteint 550 000 km aux États-
Unis, 160 000 km en Russie, et 36 000 km en France. Cette infrastructure lourde,
très coûteuse, présente l’avantage que de gros débits peuvent être acheminés sous
forme gazeuse. En revanche, elle est particulièrement rigide et a pour effet de lier
producteurs et consommateurs pour le long terme.
La figure 2.4.5 montre le réseau de transport du gaz naturel aux États-Unis en
2009, qui comprend 210 sous-réseaux interconnectés.

Figure 2.4.5 : Réseau de transport du gaz naturel aux États-Unis en 2009.


Source : U.S. Energy Information Administration (sept 2012).

Le transport par méthanier, sous forme liquide, représente lui aussi une prouesse
technique. Pour liquéfier le gaz à la pression atmosphérique, on doit le refroidir à
‑160°C ce qui a pour effet de diminuer d’un facteur 600 son volume spécifique.
Des méthaniers de capacité 75 000 à 160 000 m 3 aujourd’hui permettent
d’acheminer le GNL aux ports de débarquement.
36 Introduction aux problèmes énergétiques globaux

La chaîne complète du GNL comporte ainsi :


-- un gazoduc, qui relie le lieu de production à la zone portuaire ;
-- un terminal de liquéfaction et une unité de stockage de gaz liquéfié ;
-- un parc de méthaniers ;
-- un terminal de regazéification ;
-- un réseau de gazoducs pour assurer la distribution du gaz.
Fin 2011, 89 terminaux méthaniers étaient en activité dans le monde, contre 40
en 2001, le nombre de pays importateurs étant passé pendant cette période de 10
à 25. À eux seuls, le Japon et la Corée disposent de 43 % de la capacité mondiale
de regazéification.
La France dispose quant à elle de trois terminaux méthaniers, situés au Havre, à
Fos-sur-Mer et à Montoir-de-Bretagne. Seuls les deux derniers sont aujourd’hui
en activité.
Notons que la liquéfaction du gaz naturel consomme une quantité significative
d’énergie, et que des pertes existent aux différentes étapes de la chaîne GNL. On
estime à environ 13 % l’autoconsommation qui en résulte [Babusiaux et al., 2002].
Outre ces installations de transport, des stockages en nappe aquifère ou en cavité
saline sont nécessaires pour adapter l’offre à la demande, qui varie fortement,
notamment entre l’hiver et l’été.
La consommation de gaz est en effet susceptible de connaître des fluctuations
importantes et brutales qu’un réseau de gazoducs n’est pas en mesure d’amortir de
façon satisfaisante, pas plus d’ailleurs qu’une chaîne GNL (variation de la charge
d’un facteur 1 à 4 entre l’été et l’hiver). La principale cause de ces fluctuations est
la variation de la demande pour les besoins de chauffage.
Le stockage de gaz naturel ne pouvant être assuré chez l’utilisateur, c’est au
distributeur de le faire. Deux techniques sont principalement utilisées pour les
stockages de grandes quantités, notamment inter-saisonniers :
-- le stockage en nappe aquifère profonde, entre 400 m et 1 200 m, dans
lequel on utilise une configuration géologique favorable constituée par un
anticlinal ou une cuvette dont la partie supérieure est formée d’un terrain
imperméable (argile). La technique est simple, le gaz sous pression chassant
l’eau, mais elle conduit à la formation d’une bulle de gaz irrécupérable ;
-- le stockage en cavité saline entre 900 et 1 400 m de profondeur, pour des
stockages de grosse capacité, est obtenu en créant artificiellement une
cavité dans un massif salin, capable de supporter la charge mécanique, en
dissolvant le sel grâce à une circulation d’eau douce. Le gaz est ensuite
injecté ou pompé en fonction des besoins ;
Filières énergétiques 37

-- une troisième possibilité est de stocker le GNL dans des cuves enterrées, à
proximité des terminaux de regazéification. Cette technique, qui suppose un
refroidissement continu des cuves pour compenser les pertes thermiques,
est limitée à des quantités plus réduites.
Les capacités françaises de stockage sont aujourd’hui voisines de 300 milliards de
kWh PCS (26 Gm3 de gaz), soit 26 % de la consommation annuelle, avec un débit
de pointe égal à 200 millions de m3/jour [MEDDE, 2006].
Le réseau de distribution est composé de canalisations de diamètres très variés
(de 8 cm à 1 m), fonctionnant à moyenne pression (50 millibars - 4 bars) ou à
basse pression (20 millibars).

2.4.2.2 Structure des coûts techniques


Le coût du gaz comprend essentiellement trois postes : production, transport
et distribution, les deux derniers étant relativement importants. La distinction
entre les prix FOB (franco on board ou franco à bord FAB en français) et CIF (cost
insurance freight ou coût assurance fret CAF en français) est donc primordiale dans
le cas du gaz naturel.
Les coûts de production sont sensiblement les mêmes que ceux du pétrole, dont
nous avons discuté section 2.4.1.6.
Tant par chaîne GNL que par gazoduc, le volume des investissements nécessaires
pour transporter le gaz se traduit par des coûts de transport élevés : en 1990,
ils étaient estimés à 40 % du prix d’approvisionnement du GNL algérien en
France, et 50 % au Japon). Dans le cas du transport par gazoduc Sibérie-France,
ce pourcentage était égal à 35 %. Depuis, des baisses de coût d’environ 25 % ont
été obtenues pour la chaîne GNL.
Le coût de distribution est lui aussi très élevé, compte tenu du poids du réseau
de distribution, notamment pour les usages domestiques :
-- 10-20 % du prix rendu chez les industriels en France et aux États-Unis,
-- 40-45 % du prix rendu aux ménages en France et aux États-Unis,
-- plus de 50 % du prix, même pour usage industriel, au Japon.

2.4.2.3 Investissements
L’ensemble de cette chaîne représente des investissements considérables, tant
pour le producteur que pour le consommateur, ce qui a pour effet de les lier sur
le long terme. En effet, les méthaniers ne peuvent décharger leur cargaison que
dans des terminaux de regazéification, à la différence des pétroliers, susceptibles
de décharger dans tous les ports ou presque.
À titre d’exemple, les coûts d’investissement d’une chaîne GNL sont les suivants :
38 Introduction aux problèmes énergétiques globaux

-- usine de liquéfaction de 5 Mt/an : 1,08 milliards de $ 1999 ;


-- méthaniers de 135 000 m3 : 0,2-0,25 milliard de $/unité ;
-- terminal méthanier : 0,5 milliard de $.
Pour un tel projet, le coût de production CIF du GNL est de 3 $/MBTU, soit
environ 16 $/bep pour une distance de 6 000 milles marins [Babusiaux et al., 2002].

2.4.2.4 Conclusion
Le gaz naturel se présente comme une des sources d’énergie les plus propres,
à haut contenu énergétique, pouvant concurrencer le pétrole dans un nombre
significatif d’usages, aussi bien énergétiques que comme matière première.
Cependant, compte tenu de son caractère extrêmement volatil, chacun des
maillons de la chaîne gazière est marqué par des coûts d’investissement très
élevés, ce qui confère à l’industrie gazière un caractère particulièrement centralisé
et une forte rigidité.

2.4.3 Charbon
Depuis la révolution industrielle, le charbon a vu sa consommation augmenter
dans des proportions considérables. En 1950, la part du charbon représentait
encore 57 % de la consommation mondiale d’énergie primaire commerciale, puis
elle a décliné pour atteindre un plancher de 27 % en 2002. Depuis cette date, elle
oscille entre 25 % et 31 %.
L’importance de ses réserves et leur répartition géographique complémentaire de
celle des hydrocarbures en font un concurrent potentiel sérieux pour ces derniers,
le principal obstacle à son utilisation étant son impact beaucoup plus fort sur
l’environnement.
Les charbons ont été formés à partir des immenses masses végétales de l’époque
carbonifère (il y a environ 300 millions d’années), mélangées à des éléments
minéraux. Ils sont composés de carbone, de matières volatiles (hydrogène),
d’hydrocarbures et de cendres.
On distingue trois grandes catégories de charbons (ou combustibles solides) : la
tourbe, le lignite et la houille, dont l’anthracite est une variété de qualité supérieure.
-- la tourbe s’est formée à l’ère quaternaire. Fibreuse, légère, fortement
imprégnée d’eau, elle constitue un combustible de qualité médiocre, qui ne
fait pas l’objet d’échanges internationaux ou presque ;
-- le lignite remonte à l’ère tertiaire. Fibreux, sa structure laisse apparaître
des vestiges de rameaux et grosses branches. Meilleur combustible que la
tourbe, il reste d’un rendement faible, mais est assez largement utilisé. Lui
aussi fait l’objet de peu de transactions internationales ;
Filières énergétiques 39

-- la houille s’est formée à l’ère primaire. Son pouvoir calorifique est beaucoup
plus élevé que celui du lignite ou des tourbes. La houille comprend
diverses catégories de charbons, qui diffèrent par leur teneur en carbone.
Les anthracites et les houilles maigres sont utilisées comme combustible,
tandis que, par distillation, on retire des houilles grasses du gaz pauvre, des
goudrons et du coke.
Le tableau 2.4.2 permet de comparer entre eux divers combustibles.

TABLEAU 2.4.2 POUVOIRS CALORIFIQUES DE DIFFÉRENTS COMBUSTIBLES

Produit Pouvoir calorifique supérieur Teneur en carbone


(MJ/kg) ( %)
Bois sec 18 - 21 < 30
Tourbes 12 - 16 < 50
Charbon de bois 33
Lignites 28 - 34 50 - 60
Charbon ss.-bitum. 27 - 30 60 - 75
Houille
Anthracite 33,5 - 35 93 - 97
Charbon maigre 35 - 36 90 - 93
Charbon gras 32 - 37 75 - 90
Pétrole 41 - 48 80 - 85
GPL 45 - 50 83
Gaz naturel 55,5 75
Hydrogène 143 0

2.4.3.1 L’industrie charbonnière


On ne parle pas de chaîne charbonnière au même titre que pétrolière ou gazière,
mais plutôt d’industrie charbonnière.
Deux grandes catégories de produits sortent de la mine : les charbons de qualité
supérieure sont soit directement mis sur le marché comme charbons et agglomérés
après criblage et épuration, soit vendus à la cokerie, tandis que les bas produits
sont utilisés comme combustible pour la production d’électricité en centrale.
Dans la cokerie, outre le coke, sont fabriqués un certain nombre de produits
de synthèse (ammoniac, méthanol, etc.) du gaz de cokerie et des produits de
récupération (goudrons, benzols, sulfate d’ammoniac, etc.).
L’exploitation du charbon se fait dans des mines, à ciel ouvert ou souterraines :
-- les mines à ciel ouvert sont exploitées de manière analogue à des carrières.
Les taux de récupération que l’on peut y atteindre sont très élevés (90 %
40 Introduction aux problèmes énergétiques globaux

contre 40 % en souterrain), et les coûts de production généralement plus


bas qu’en souterrain. En revanche, les mines à ciel ouvert peuvent avoir
des effets désastreux sur l’environnement. Cette forme de production
représente 80 % de la production au Canada, 60 % aux États-Unis, 50 % en
Australie, 33 % en Russie ;
-- les mines souterraines comportent au moins deux puits, pour permettre
la ventilation, nécessaire pour évacuer les gaz et climatiser la mine. Les
installations de surface sont groupées autour du puits. Diverses méthodes
d’exploitation existent, le lecteur se reportera pour plus de détails aux livres
spécialisés. Les mines souterraines posent de grands problèmes de sécurité,
du fait des risques d’éboulement, de coup de grisou (gaz inflammable
composé principalement de méthane) et d’inondation. À ces accidents, il
faut ajouter les maladies pulmonaires : silicose et pneumoconiose du mineur.

2.4.3.2 La transformation du charbon


Afin de répondre à la demande des utilisateurs, le charbon extrait subit une
transformation en plusieurs étapes.
Il est tout d’abord nettoyé, trié et calibré, pour être séparé en fonction des tailles
et des qualités.
Pour la production d’énergie, on utilise, sous le terme de charbon-vapeur, des
variétés abondantes et peu coûteuses. La taille des unités d’utilisation est en effet
telle qu’elles peuvent s’adapter à diverses sortes de charbon.
Des transformations supplémentaires peuvent être opérées pour répondre à des
demandes spécifiques ou à des normes antipollution de plus en plus contraignantes
(voir chapitre 8). C’est ainsi notamment que l’on cherche aujourd’hui à broyer
le charbon de plus en plus finement pour augmenter les surfaces de contact
avec l’air de combustion et obtenir des températures de combustion plus élevées.
Ce faisant, les rendements augmentent tandis que diminuent les émissions de
polluants (oxydes d’azote, imbrûlés).
L’une des techniques les plus prometteuses de ce point de vue est la combustion
en lit fluidisé, où le charbon, finement broyé, est brûlé en suspension dans un
courant d’air ascendant.
La cokéfaction ou carbonisation engendre le coke, carbone assez pur,
indispensable à la métallurgie de la fonte.
Depuis 1973, un certain nombre de procédés de valorisation sont à l’étude :
-- la production de charbon propre, décendré et désulfurisé, en cours de
développement aux États-Unis ;
-- l’élaboration d’un mélange charbon/eau destiné à être brûlé dans des
chaudières à fuel ;