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Qui était Georges Delavenne?

Martin Gladu

24 avril 1875, naissance à Paris, de Gustave & Marie Jeanne Orsini. Nom complet :
Georges Hilaire Delavenne

Après avoir fait ses études à l'ÉCCIP, il embrasse la profession de négociant et s'attache
aux questions économiques

1893 1) « (…) un des premiers fondateurs de syndicats indépendants. Dès 1893, il créait
un mouvement en vue de détacher les ouvriers des idées collectivistes tout en les associant
pour la défense de leurs intérêts et de leurs revendications. Il a aidé efficacement la plupart
des mouvements de protestation organisés par les syndicats de l’alimentation ou par les
marchands étalagistes, » écrit le journal L’Intransigeant 2) soutient la candidature de
Joseph Ménard de l’Action libérale aux élections municipales de Paris

juillet 1895, secrétaire du Congrès de Paris de l’Union démocratique de Paris

novembre 1895, secrétaire du Congrès de Courbevoie de l’Union démocratique de Paris

février 1896, secrétaire du Congrès de Paris-Plaisance de l’Union démocratique de Paris

hiver 1897 1) cofonde le Red Star Club avec son beau-frère Jules Rimet (le futur fondateur
de la FIFA et de la Coupe du monde de football) et le comte Jean de Piessac (beau-frère de
Rimet). Il en assumera la vice-présidence pendant plusieurs années. Fidèle aux
valeurs humanistes et chrétiennes de ses trois fondateurs, le Red Star Club, qui avait été
créé en réponse au Gros-Caillou Sportif des rad-socs, s’ouvre notamment aux jeunes issus
de familles pauvres. 2) Rimet, de Piessac et Delavenne créent des liens avec la revue Le
Sillon de Marc Sangnier dont la mission est de rapprocher le catholicisme de la République
en offrant aux ouvriers une alternative aux mouvements de la gauche anticléricale 3)
cofonde, toujours avec Rimet et de Piessac, La Revue dont le propos est grandement
influencé par l’Association catholique de la jeunesse française

10 mars 1898, épouse la sœur de Jules Rimet, Berthe. Ils auront six enfants : Thérèse, Jean,
André, Madeleine (qui, en 1925, épouse le journaliste d’extrême droite et ancien secrétaire
de Paul Deschanel, René Malliavin), Édouard et Gustave (qui travaille avec son père chez
EDIFO). Ce dernier est pris en flagrant délit à lacérer les affiches du candidat Gillouin, qui
affronte Louis Dausset, un ami de son père. Note1 : Avocat de formation, Malliavin publie
en 1932 un ouvrage de 257 pages intitulé Tableau de la protection internationale du droit
d’auteur. Note2 : Mme Georges Delavenne dirige – avec Mme De Puymaigre – l’Union
des familles du 7ième arrondissement, qui organise une fête des familles nombreuses.

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1898 1) soutient la candidature de Paul Lerolle (collaborateur au Sillon et membre de
l’Association catholique de la jeunesse française) aux élections municipales de Paris 2) co-
secrétaire général du Congrès national de la démocratie chrétienne de 1898 et membre du
conseil national de la démocratie chrétienne du Parti Démocratique Chrétien

10 janvier 1899, le Bulletin de la Crypte, organe mensuel de la Crypte, La Revue et Le


Sillon s'unissent pour ne plus faire qu'une seule publication : Le Sillon, dont Etienne
Isabelle prend la direction. Delavenne est nommé au Comité d’initiative du Sillon, qui tente
de réconcilier les ouvriers et le christianisme et l’Église et la République

1900, organisateur de la campagne électorale de son ami Maurice Spronck dont il sera le
secrétaire politique. Note : Spronck, qui à cette époque milite au sein de la Ligue de la
Patrie Française, est un journaliste de droite. Il est opportuniste, influencé par Nietzsche et
Carlyle, « un des pionniers de la dystopie, ou contre-utopie, dans la littérature française »,
nationaliste, républicain, anti-dreyfusard et anti-oligarque

1904, succède Spronck à la Fédération nationaliste du Gros-Caillou

1909, 1) avec d’autres investisseurs, il prend le contrôle de la Société générale


internationale de l'Édition phonographique et cinématographique (EDIFO), une compagnie
privée internationale destinée à protéger les droits des compositeurs de musique et des
artistes auprès des fabricants de supports musico-mécaniques. Nommé administrateur
délégué de l’entreprise, il en fait un véritable empire tentaculaire, ouvrant plusieurs
bureaux à l’étranger. Il réussit à convaincre non seulement les principaux éditeurs de passer
leurs pouvoirs à cet intermédiaire mais la SACD. “(…) it was Delavenne who set about
building a really effective and far-reaching organization,” écrit le magazine étasunien
Billboard. « Après plusieurs reventes, fut créée la Société générale d'édition
phonographique et cinématographique, EDIFO, et ce n'est qu'à partir de 1909, sous la
conduite de Georges Delavenne, que la gestion collective "commença vraiment à
fonctionner, tant en France qu'à l'étranger" (Philippe Parès, page 57), » note le Dr. Ulrich
Uchtenhagen. L’AMMRE, par exemple, est fondée par EDIFO et la Deutschen
Musikalien-Verleger-Verein cette même année. Pierre-Marc Crétin, un licencié en droit
qui oeuvre au sein d’EDIFO, en prends la direction

Placé à la tête d’une affaire des plus importantes, il a su, en quelques années, lui donner
une très large extension et créer à l’étranger des filiales, capables de développer au loin
le rayonnement de l’influence française. Les occupations de M. Georges Delavenne sont,
en effet, d’un ordre particulièrement élevé : il a accepté la très lourde charge de défendre
les droits des auteurs, a propriété littéraire et artistique, c’est à dire une forme de
propriété d’autant plus digne d’intérêt qu’elle est le produit direct de l’effort individuel
et qu’elle se confond avec le patrimoine intellectuel du pays. L’intransigeant, 7 octobre
1911

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Rappel historique

1901, Lucien Vivès rallie une douzaine d’éditeurs, dont Célestin Joubert, et poursuit
Pathé. Il a gain de cause : le droit de reproduction musico-mécanique est reconnu dans
l’Arrêt du 1er février 1905 de la Cour d’Appel de Paris et confirmé par la Cour de
Cassation en 1908. Il créé l’Agence Générale et Internationale d’Éditions
Phonographiques, qui change de nom pour EDIFO vers 1907. Cette dernière est alors
sous le contrôle d’un certain Vaseille.

1910, L’architecte et critique d’art Frantz Jourdain fonde la Société du droit d’auteur aux
artistes. Delavenne accepte d’en être l’administrateur délégué

15 octobre 1911, entre pour la première fois au Conseil municipal de Paris à titre de
conseiller du quartier du Gros-Caillou dans le 7ième arrondissement (il y demeura jusqu’en
1935). Il sera, entre autres, vice-président du Conseil, président de la Commission des
transports en commun et président de la société de recours mutuels du Gros-Caillou

9 juin 1913, dépose un projet de résolution avec son collègue Dormoy : émettre un vœu en
faveur d'une proposition législative de Ferdinand Buisson, laquelle a pour objet, de
reconnaître aux femmes le droit de vote dans les élections municipales. M. Brunet, des
Épinettes, prononce une vigoureuse harangue en faveur du projet. Or Ernest Caron du
quartier Vivienne la met en miettes. Mais survient Delavenne, qui, en cinq minutes, gagne
l’auditoire. Les adversaires s'étant, par galanterie, finalement éclipsés, c'est à l'unanimité
des votants que le conseil municipal proclame les femmes admissibles au suffrage

février 1914, l'identification des œuvres d'art au moyen de l'empreinte digitale des auteurs
de ces oeuvres est soumise par la Société du droit d'auteur aux artistes à certains grands
maîtres. Delavenne convainc plusieurs de ceux-ci (Pissaro, Monet, Le Corbusier,
Bourdelle, Follot, etc.) de joindre les rangs de la Société

5 juillet 1914, inaugure le kiosque à musique du Parc du Champ-de-Mars

10 juillet 1914, nommé membre du Comité directeur de la Ligue des patriotes avec, entre
autres, Maurice Spronck

mi-juillet 1914, préside l’œuvre d’assistance aux réfugiés et aux victimes de la Première
guerre mondiale. On les nourrit; leurs prodiguent des soins médicaux; les divertit; les
habille; et leur donne du travail. « Nous relevons ainsi les réfugiés à leurs propres yeux,
nous les préservons d’une inaction toujours déprimante et fâcheuse, nous allégeons nos
dépenses, » explique t’il

12 octobre 1914, administrateur de l’hôpital de « La Presse » et des municipalités


canadiennes à Paris (aussi connu sous les désignations d’Hôpital Canadien, hôpital
militaire canadien, Maison de santé du Docteur Bonnet et Hôpital auxiliaire No. 49). Le
premier ministre du Canada, Robert Laird Borden, et les hautes instances de la ville de
Paris le félicitent pour son labeur

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juillet 1918, sur son rapport, le Conseil municipal fait donation à l'Association de la Maison
des journalistes d'un terrain communal de 519 mètres, sis à l'angle des rues du Louvre et
d'Aboukir, pour l'édification d'une maison à l'usage exclusif des membres de la presse

20 mai 1920, instauration du droit de suite en France

mi-1920, la Société du droit d’auteur aux artistes, sous la présidence de André Hesse (qui
sera, quelques années plus tard, mis en cause dans l’affaire Stavisky), décide de constituer
une agence de perception dont la mission sera de recueillir les redevances prévues à la
faveur des artistes par la loi du 20 mai 1920. Delavenne est nommé agent général

juin 1921, engage Alphonse Tournier chez EDIFO. Tournier travaille aussi à la Société du
droit d’auteur aux artistes et au BIEM, qu’il participera à créer en 1929

mars 1922, nommé trésorier général de la Maison des journalistes (Alfred Capus,
président). Il sera élu vice-président en 1925

1922, membre de la commission interministérielle pour l’examen des conditions de


désaffectation des dépendances et annexes de l'École militaire de Paris

1924, rapporteur général du budget du département de la Seine

juillet 1925, dépose une proposition pour instituer un musée de la mode

novembre 1927, Alphonse Tournier et lui sont impliqués dans l’affaire Cros. Un huissier
procède à la saisie du stand de la Société du droit d’auteur aux artistes au Salon d’automne,
que préside Frantz Jourdain

juin 1928, inaugure le Champ-de-Mars, qui est aménagé définitivement en promenade


publique

1928, il produit une proposition tendant à « l'ouverture d'un concours en vue de


l'établissement des plans de plusieurs voies souterraines destinées aux voitures, aux piétons
et au transport de marchandises »

avril 1929, appelle l’ex-préfet de police Louis Hudelo au conseil d’administration de La


Foncière, une entreprise financée par le stratagème de Stavisky

juin 1929 (jusqu’en1930), élu président du Conseil général de la Seine

Il s'est signalé au conseil municipal aussi bien qu'au conseil général par son labeur et
son activité. Sa connaissance approfondie des problèmes édilitaires, sa compétence en
matière d'organisation, à laquelle l'ont préparé ses études à l'École commerciale et sa
collaboration aux cercles d'études sociales lui ont valu de siéger avec autorité dans
maintes commissions, notamment dans celle des transports, dont il est le président. A ce
titre, il a apporté la plus utile contribution dans la discussion des questions intéressant

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l'aménagement de la région parisienne. Il a rempli avec distinction les fonctions de
rapporteur général du budget du département et a été vice-président des deux
assemblées. Le Petit Parisien, 20 juin 1929

1929, 1) Les Cahiers de la République des Lettres, des Sciences et des Arts publient « Vers
un Paris nouveau », qui inclus un de ses articles 2) fondation du BIEM (Alphonse Tournier
nommé comme premier directeur général) qui succède EDIFO. Note : En 1933, Delavenne
est étroitement impliqué dans les trois sociétés qui concourent à la direction du BIEM :
EDIFO, SIDE et AMMRE

mai 1930, signature de l’entente entre la SACD et EDIFO, présidée par Delavenne

1932, avec ses collègues De Puymaigre, De Castellane et Ambroise Rendu, il propose


l'élargissement à vingt mètres de la rue du Bac entre le quai d'Orsay et la rue de l'Université

mars 1932, son fils Gustave est invité par l’Association syndicale des auteurs lyriques à
expliciter les conditions dans lesquelles EDIFO perçoit les droits des auteurs dont les
œuvres sont exécutées par des moyens mécaniques. Il y explique que pour triompher de
nombreuses difficultés, EDIFO a dû maintenir ses taux de commission (25% pour les
enregistrements français et 40% pour les enregistrements étrangers). Le secrétaire de
l’Association lui réplique que si EDIFO avait demandé d’emblée le concours des auteurs,
au lieu de les ignorer, ces difficultés auraient vraisemblablement été moindres. Il s’étonne
également qu’une société créée pour percevoir les droits des auteurs ait pu être organisée
sans que les principaux intéressés ait été invités à donner leur avis. « M. Delavenne ne pu
que reconnaître le bien-fondé de cette réclamation, » pouvait-on lire dans l’édition du 1er
mars 1932 du Comoedia

1933, 1) alors qu’il est au Conseil municipal, il travaille avec la Société de propagande par
le cinématographe 2) propose et fait adopter une résolution pour l’acquisition de
phonographes par les écoles publiques (sur le rapport de Léon Riotor)

mai 1934, l’avocat des sociétés de Stavisky, Me Pierre Guiboud-Ribaud, prétends que
Delavenne aurait monté La Foncière avec son client et qu’il aurait entrepris avec ce dernier
une affaire de lotissements entre la Porte Dauphine et la Porte de la Muette, ce que
Delavenne dément

7 juillet 1934, lettre du président de l’Association syndicale des auteurs lyriques, Georges
Millandy, dans laquelle ce dernier explique que son organisation n’a pas été convoquée par
la « nouvelle société d’auteurs, compositeurs et éditeurs » pour le contrôle des droits
mécaniques, et ce, malgré de « pressantes démarches auprès de la société EDIFO ». Il
s’étonne que « le nouveau groupement n’ait pas cru devoir lui faire connaître son intention
de mener la campagne qu’elle a entreprise » (Comoedia, 7 juillet 1934)

10 janvier 1935, proposition relative au projet de péréquation des circonscriptions


municipales parisiennes

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avril 1935, défait aux élections municipales de Paris

août 1935, mise en liquidation d’EDIFO. Le BIEM, alors présidé par l’éditeur René
Dommange, administre provisoirement les droits de ses adhérents, soit jusqu’à ce que la
nouvelle SDRM soit en mesure de prendre le relais

6 décembre 1944, nommé président du Centre d’études économiques et sociales (C.E.E.S.)


fondé en ce même jour

4 août 1945, décès à Paris

Honneurs : Commandeur du Nichan Iftikar, de l'Ordre de Charles III de Roumanie (1913),


de l’Ordre du Trésor Sacré du Japon, chevalier de l'Ordre de Léopold de Belgique,
chevalier de la Légion d’honneur

Autres informations : fervent cycliste ; aimait recevoir ses amis au château de Conros,
propriété de la famille d’Humières ; une rue du 7ième arrondissement de Paris a jadis été
nommée en son honneur (maintenant la rue Joseph-Granier) ; « représentant énergique de
la cause libérale et patriotique » ; « l’âme des principales organisations politiques et
sociales du 7ième arrondissement » ; « il n’est pas une question importante où il
n’intervienne par avec autorité »

En 1911

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En 1913

En 1929
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Annuaire musical, 1921

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Discours de M. Delavenne pour la commémoration des soldats morts en décembre 1870
par la Ligue des patriotes. Son ami Maurice Spronck est à sa gauche. 1912

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Mots-clés : Joseph Ménard (Action libérale), Red Star Club, Paul Lerolle, Union démocratique de Paris,
Jules Rimet, Jean de Piessac, Le Sillon, EDIFO, Parti Démocratique Chrétien, Maurice Spronck, Gros-
Caillou, Société du droit d’auteur aux artistes, Frantz Jourdain, droit de vote des femmes aux élections
municipales, dactylotechnie, Hôpital de « La Presse », Docteur Bonnet, affaire Stavisky, BIEM, Alphonse
Tournier, Maison des journalistes, Conseil général de la Seine, droits mécaniques, droits musico-
mécaniques, droits de reproduction, Association catholique de la jeunesse française, Gustave Delavenne

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