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Le rôle de la Fédération des auteurs au Canada

dans le remaniement de 1950 de la CAPAC


Martin Gladu

N ous sommes au printemps 1950. La SACEM se dit insatisfaite du travail de la

CAPAC. Elle fait part de ses doléances au dirigeant de l’organisation, William St. Clair Low,
en poste depuis trois ans. C’est lui qui, deux ans auparavant, a « rapatrié » la CAPAC.

Au même moment, le BIEM envisage une réorganisation de la représentation de ses


membres aux États-Unis. Son délégué dans ce pays, Gérard de la Chapelle, qui représente
aussi la SACEM, est à préparer un système qui consisterait, pour le BIEM, à percevoir lui-
même la part des droits mécaniques revenant aux éditeurs originaux (normalement de
50%) auprès des compagnies de disque étasuniennes.

La Fédération des auteurs au Canada est fondée à Montréal en octobre. « Un fonctionnaire


de la capitale a déclaré que cette nouvelle organisation aurait été lancée par des
associations qui ne sont pas satisfaites du montant qu’elles reçoivent annuellement de la
CAPAC », rapporte le journaliste de La Tribune. Selon Billboard, ses officiers sont le
directeur du Conservatoire national de Montréal, le Dr. Eugène Lapierre, et un ancien élève
de celui-ci, Émilien Allard. Tous les deux sont compositeurs et membres de la CAPAC. Pour
faire taire la rumeur, de la Chapelle rassure que non seulement la SACEM ne soutient pas
la Fédération, mais elle ne lui a pas confié la gestion de son catalogue. Plusieurs ne le
croient pas. Car il est de notoriété publique que non seulement les québécois
entretiennent des rapports plus que cordiaux avec les français, mais que la question des
redevances est une préoccupation figurant à l’ordre du jour, comme en témoigne cet
article publié dans l’édition du 17 mars 1950 du Devoir :

Les éditeurs français sont disposés à publier des chansons canadiennes

M. Roger Seiller, président de la Chambre syndicale des éditeurs de musique légère de


France, a assuré hier soir les chansonniers canadiens que les éditeurs français
considéreront comme un “devoir’’ de publier leurs œuvres et d'en
assurer la diffusion.

M. Seiller était le conférencier invité à une soirée de la chambre de commerce de


Montréal, au Cercle universitaire, et sa causerie a été suivie d'un programme récréatif.
Cette soirée avait été organisée à l'occasion de la Semaine d'activités des Chambres de
commerce de la province.

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Le conférencier a d'abord dit quelques mots de l’évolution de la chanson depuis 20 ans;
aujourd'hui, dit-il, il faut absolument dire quelque chose dans une chansonnette, sans
quoi elle ne connaitra pas le succès. Et après avoir énuméré quelques-unes des autres
qualités nécessaires à la chanson légère moderne, M Seiller a parlé du travail des
éditeurs (il est lui-même directeur d'une grande maison d'éditions musicales de Paris).

Les succès

Chaque année, dit M. Seiller, nous publions 150 à 200 chansons. 75 à 80 sont
enregistrées sur disques, 20 font de petits succès, 10 de moyens succès et une ou deux,
de gros succès. Ce n'est pas beaucoup, évidemment. Pourquoi? C'est qu'il faut les
éléments suivants pour assurer le succès de première classe; l'enthousiasme, la chance, la
vedette, l’enregistrement et le lancement publicitaire. Tous éléments qui ne se réunissent
pas aisément.

Chaque fois qu’une orchestration de chanson est terminée, la maison en envoie un


exemplaire à chaque orchestre de France, pour qu’elle soit jouée partout en même
temps. C'est l’une des premières conditions de sa popularité.

M. Seiller a souligné, en parlant des royautés touchées par les auteurs [français], que
ceux-ci ne retiraient rien sur ce qui se chante au Canada. On s'occupe, parait-il, de régler
cette délicate question. Le conférencier avait été présenté par Me Raymond Dupuis, O.
R., président de la Chambre de commerce.

En vue des audiences de 1951, la Fédération dépose un projet de tarif au Tribunal d’appel
du droit d’auteur (l’ancêtre de la Commission du droit d’auteur) en novembre, lequel tarif
représente 38% de celui de la CAPAC, soit la part de marché de la SACEM dans celle de la
CAPAC. Le milieu artistique s’affole : la présence d’un troisième collectif dérange. L’histoire
fait écho jusqu’à New York, comme en témoigne ces extraits d’articles parus
respectivement dans l’édition du 25 novembre 1950 du Billboard et dans celle du 27
novembre 1950 du magazine Broadcasting :

NEW YORK, Nov. 18. Reports that SACEM, the French performing rights society, is in
back of FAC, the newly formed Canadian society (see other story), have touched off
considerable speculation here on future relations between SACEM and ASCAP.

Insiders know that SACEM has been dissatisfied with the treatment they have been
getting from CAPAC, the Canadian equivalent of ASCAP, and from ASCAP itself. If it is
true that FAC is really a SACEM-inspired organization, conceived to get SACEM a better
pay-off in Canada, the question naturally presents itself: Why shouldn't SACEM do the
same thing in the United States; that is, pull out of ASCAP and make new arrangements
far an increased collection here? SOURCE: Billboard

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U.S. BROADCASTERS and their copyright attorneys are paying more than usual attention
to Canada these days, following the appearance of a new music licensing organization,
Federation of Authors in Canada. The group has the dominion's copyright board that
after Jan. 1, 1951, the federation will handle the performing rights to the music of the
French society, SACEM, now represented in Canada by the Composers, Authors &
Publishers Assn of Canada (Canadian ASCAP) (…)

If SACEM should pull out of ASCAP and set up its own licensing organization in the
United States and make the same percentage demand as in Canada, U. S. broadcasters
might find themselves faced with the prospect of paying somewhat more than $3 million
a year (40% of the approximate $8 million they now pay ASCAP) in addition to the
present ASCAP fees. Or they might be able to get a per piece arrangement from the new
licensing company similar to a per piece license fee offered Canadian broadcasters by
the federation (…)

His [de la Chapelle] responses add weight to conjectures made by certain Canadian
broadcasters that what SACEM really wants is not to break with CAPAC but a larger
percentage of the organization's revenue and that SACEM's dealings with the federation
are only part of a campaign to get CAPAC to boost its payments to SACEM. The situation
is similar, they noted, to that of a decade ago in the United States, when Warner Bros.
withdrew the catalogs of its music publishing companies from ASCAP after failing to
secure a higher percentage of the society's income for its music. Warner Bros. issued its
own licenses to broadcasters and filed several million dollars worth of infringement suits
against non -licensed stations and networks during the first half of 1940, but in July of
that year it made its peace with ASCAP and resumed its membership and its licensing
through the society in August, after seven months of independent operation. SOURCE:
Broadcasting Magazine

Au début du mois de décembre, des négociations entre la CAPAC et la SACEM aboutissent


enfin à une entente, laquelle tient, somme toutes, en quatre points :

1- quatre sièges au conseil d’administration de la CAPAC seront occupés par des


francophones, soit Dr. Eugène Lapierre, Rosaire Archambault Sr., Louvigny de Montigny
(vice-président) et Gérard de la Chapelle;

2- à l’avenir, les assemblées se tiendront à Montréal et à Toronto. En février 1951, Lapierre


écrit dans Le Devoir : « (…) à la suite d’une intervention des intérêts québécois et parisiens,
la CAPAC tiendra à l’avenir ses assemblées mensuelles alternativement à Montréal et à
Toronto »;

3- un bureau sera ouvert à Montréal. Situé dans l’édifice Keefer, à l’angle des rues Sainte-
Catherine Ouest et Mackay, ce dernier sera d’abord supervisé par un certain G. Guénette,

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puis par R. M. Miller. Nota : La Guilde des musiciens y avait également ses bureaux
quelques étages plus haut;

4- la Fédération sera dissoute et le projet de tarif retiré.

Aux dires de certains, ledit retrait aurait fait suite à la menace des radiodiffuseurs de cesser
d’utiliser le catalogue de la SACEM si un tarif supplémentaire était homologué. Or ce n’est
pas le cas. La Fédération s’est vue contrainte de retirer son projet de tarif tout simplement
parce qu’elle n’était pas constituée en corporation ou en compagnie.

Au même moment de l’annonce du renouvellement du pacte entre la SACEM et la CAPAC,


Jerry Wexler, alors journaliste au Billboard, révèle que des pourparlers sont en cours entre
BMI et la SACEM – qui se fait alors représenter par l’ASCAP aux États-Unis – concernant la
possibilité, pour les éditeurs français, d’assigner les droits étasuniens de certaines de leurs
œuvres à leurs confrères affiliés à BMI. Il convient de rappeler qu’à l’époque les chansons
La vie en rose et All My Love (Bolero) font un tabac aux États-Unis.

Dr. Eugène Lapierre

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Photo prise lors du passage de Roger Seiller (à gauche) à Montréal en mars 1950

Mots-clés : Fédération des auteurs au Canada, SACEM, CAPAC, Gérard de la Chapelle,


Eugène Lapierre, ASCAP, BMI