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Qu’est-ce qu’une langue de spécialité ?

L’appellation « langue de spécialité » est un hypéronyme excessif dans la


mesure où il n’est pas question d’une langue à part, mais d’une terminologie et
d’une syntaxe spécifique, assortie d’une organisation discursive propre.
L’appellation étant désormais consacrée dans l’enseignement, il n’y a plus lieu
de discuter son bien-fondé. Mieux vaut tenter de cerner la nébuleuse qu’elle
désigne.

Les spécialités sont diverses, plus ou moins techniques, et en constante


évolution. Leurs unités terminologiques - pour simplifier nous parlerons de
termes - s’organisent autour de noyaux durs réellement spécialisés. Les termes
ont donc vocation à être d’abord très techniques, majoritairement monosémiques
et compréhensibles des seuls spécialistes. Les termes peuvent aussi être des
néologismes spécifiques à notre modernité, répondant à un besoin de
compréhension et donc de dénomination pour des situations ou des
comportements nouveaux repérés par les sciences du social. Ces termes peuvent
dériver dans une langue commune plus ou moins médiatisée, participant d’un
continuum entre langue commune et langue spécialisée. Et enfin, la langue
commune peut s’inspirer les terminologies de spécialité pour créer des termes
qui renvoient à autre chose qu’à des concepts scientifiques ou techniques.

Le travail des terminologues qui élaborent des collections terminologiques


dans des domaines porteurs est reconnu comme indispensable. Celui des
traducteurs professionnels ne l’est pas moins, mais il est infiniment plus délicat
et les expose davantage. Il ne s’agit pour eux, apparemment, que de faire
correspondre des collections terminologiques disponibles d’une langue à l’autre.
Mais différents niveaux linguistiques interviennent dans cette opération :
morphologie, syntaxe, sémantique, pragmatique pour identifier les ambiguïtés
liées au contexte de l’énonciation. Le vrai travail des traducteurs est d’adapter
une nomenclature logique de concepts d’une langue source à une langue cible.
Tant que l’on reste dans le noyau dur des spécialités, la correspondance se fait
facilement.

Dès que la spécialité commence à se répandre dans la langue courante, c’est


très souvent que les traducteurs sont confrontés à la distinction fondamentale en
linguistique entre les concepts et les signifiés. Bien qu’ils ne théorisent pas sur la
non coïncidence des concepts et des signifiés, leur responsabilité est néanmoins
d’acclimater des termes avec bon sens à leur langue et à leur public. Ceux qui
travaillent dans un cadre institutionnel ont l’habitude de se concerter pour
proposer des termes conformes aux procédés de formation lexicale de leur
langue. Tous se préoccupent de la norme linguistique, qu’ils contribuent à faire
évoluer.

(Mariette Meunier, octobre 2007)