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CHAPITRE 1 : La migration : cadre théorique et conceptuel

Introduction

Le phénomène de la migration est au centre des recherches en sciences sociales depuis

plus d’un siècle. Après 1945, les pays occidentaux ont attiré un nombre important de
travailleurs étrangers venant en particulier de pays en développement d’Afrique, d’Asie, du
Moyen-Orient, on parle alors de boom de migration. Ce phénomène a besoin d’être décortiqué.
Pour cela, nous procédons à une synthèse des principales réflexions théoriques liées à la
migration. Nous brossons un tableau d’ensemble des différentes approches et nous présentons
les principales critiques que nous pouvons adresser à ces approches. Ainsi, dans un premier
temps, nous définissons certaines notions de base liées à la migration, ceci fera l’objet de la
première section de ce chapitre. Dans un deuxième temps, nous analysons les différentes
théories et approches de la migration ainsi que ses effets. Ce développement fera l’objet de la
deuxième section de ce chapitre.

Section 1 Migration : les principales notions

Depuis les cinq dernières décennies, le thème de la migration a attiré l’attention des
économistes, des sociologues et des chercheurs en général. Pour cela, une pluralité des
approches ont été élaborées afin de définir certaines notions et concepts liés à la migration.
Dans un premier temps, nous proposons de définir la migration tout en s’intéressant à ses
typologies. Nous présentons dans un deuxième temps les modèles basiques de la migration.

1.1 La migration : définition et types

1.1.1 Définition

Pour définir la migration, certains auteurs (Simmons 1987) utilisent trois critères à savoir le
changement de résidence, d’emploi et des relations sociales. En général, on retient le premier
critère (le changement de résidence) comme définition de la migration. La migration est
définie alors comme étant « le déplacement d’une personne ou d’un groupe de personnes, soit
entre pays, soit dans un pays entre deux lieux situés sur son territoire. La notion de migration
englobe tous les types de mouvements de population impliquant un changement du lieu de
résidence habituelle, quelles que soient leur cause, leur composition, leur durée, incluant ainsi

1
notamment les mouvements des travailleurs, des réfugiés, des personnes déplacées ou
déracinées »1.

La migration est l’acte de migrer c'est-à-dire quitter son pays pour séjourner d’une manière
durable ou définitive dans un autre pays. La migration est définie comme étant un ensemble
de déplacements ayant pour effet de transférer la résidence des intéressés d'un certain lieu
d'origine ou lieu de départ à un certain lieu de destination ou lieu d'arrivée. L’objectif de la
migration est de trouver un emploi et de retrouver une meilleure qualité de vie.

Cette définition stipule que la migration présente deux dimensions : l’une temporelle et l’autre
spatiale. Cependant, il ya une relation entre ces dimensions puisqu’on ne peut pas dissocier
l’espace du temps. Les différents problèmes liés au concept de la migration ne se limitent pas
uniquement aux dimensions temporelles (la durée) et spatiales (la distance) mais plutôt à
l’intérêt de ce mouvement. Par exemple, comment savoir si on est dans un état de migration
ou bien dans un séjour touristique. Pour répondre à cette question, on fait appel
essentiellement à la dimension temporelle qui permet de calculer la durée de la migration qui
se mesure par le temps effectué depuis la sortie de lieu d’origine. Plusieurs enquêtes
démographiques ont conclu que l’individu ne se trouve dans un état de migration que s’il
dépasse six mois. Par ailleurs, les auteurs (Ba Cheikh 1995 ; Guilmoto 1997, OIM 2007) ont
diminué la durée de la migration jusqu’à trois mois en distinguant entre la migration de
longue durée (plus d’un an) et la migration de courte durée (plus de 3 mois et moins d’un an).

Par contre, la dimension spatiale renferme la notion de résidence et de mouvement spatial. Le


concept de l’espace revient au sens du changement de local (c’est la région : qui est définit
comme une petite entité géographique appartenant au pays). Donc, l’individu quitte son lieu
d’origine où il vit dès sa naissance et se dirige vers d’autres lieux.

1.1.2 Émigration – Immigration et migration: clarification

Selon le Larousse (dictionnaire français), l’émigration est l’action de quitter son pays ou sa
région pour aller vivre ou vivre ou travailler dans un/une autre. L’Organisation Internationale
pour les Migrations (OIM) considère que l’émigration est l’action de quitter son Etat de
résidence pour s’installer dans un autre Etat étranger.

Quant à l’immigration, Larousse la définit l’immigration comme: Installation dans un pays


d’un individu ou d’un groupe d’individus originaires d’un autre pays. L’OIM définit

1
Glossaire de la migration 2007

2
l’immigration comme l’action de se rendre dans un Etat dont on ne possède pas la nationalité
avec l’intention de s’y installer.

Ainsi, l’utilisation du terme émigration ou immigration dépend de notre situation par rapport
au pays d’origine ou de destination. Par exemple, si je suis une Tunisienne qui a quitté son
pays pour s’installer en France, je suis alors émigrée par rapport à la Tunisie et immigrée par
rapport à la France.

Quant à la migration, elle constitue une notion parente car elle englobe les deux termes à la
foi. L’OIM définit la migration comme étant le déplacement d’une personne ou d’un groupe
de personnes, soit entre pays, soit dans un pays entre deux lieux situés sur son territoire.
Ainsi, la notion de migration englobe tous les types de mouvements de population qui se
traduisent par un changement du lieu de résidence habituelle dans le temps.

Par ailleurs, la migration interne est définie comme étant le « mouvement de personnes d’une
région d’un pays à une autre afin d’y établir une nouvelle résidence. Cette migration peut être
provisoire ou permanente. Les migrants internes se déplacent mais restent dans leur pays
d’origine ».2

Partant de cette définition, la migration interne peut prendre plusieurs formes : rurale-rurale,
urbaine-urbaine, urbaine-rurale et rurale-urbaine. Elle peut être définitive, sur une longue ou
courte période ou saisonnière (Oucho & Gould 1993).

La migration interne définitive est différente de celle d’une longue période. Par contre, la
migration d’une courte période se fait périodiquement alors que celle saisonnière se fait
régulièrement au cours de l’année. Ainsi, le phénomène de l’urbanisation est le résultat d’une
forte intensité de migration interne définitive (exode rural) qui aggrave la situation
économique d’un pays.

Quant à la migration externe, elle correspond au fait que le lieu d'origine et le lieu de
destination se trouvent, l'un compris à l'intérieur, l'autre situé à l'extérieur du territoire
considéré.

1.2 Les modèles de migration : un survol théorique

Certains modèles tentent de décrire entre autres les relations entre la migration et certaines
variables telles que la distance, le nombre d'emplois disponibles, le montant du revenu
escompté, etc. Par contre, d’autres essayent de l'expliquer. Nous présentons dans ce qui suit la
description de quelques modèles simples de type plutôt descriptif.

2
l’OIM, 2007

3
1.2.1 Les modèles de gravitation

La variable retenue est la distance. Ce modèle considère la migration entre deux régions i et j.
Soit Pi et Pj la population de ces régions, dij la distance entre (i) et (j), n un paramètre à
déterminer et k une constante. La migration entre i et j est proportionnelle aux populations Pi
et Pj et inversement proportionnelle à la distance qui sépare ces deux zones élevée à une
puissance n qu'il faut déterminer.

Soit Mij le nombre de migrants qui se sont déplacés de la région i à la région j :

𝑝𝑖 𝑝𝑗
Formule de Pareto : Mij= 𝑘 𝑛
𝑑𝑖𝑗

Cette formule est la base du modèle de gravitation. La critique qu’on peut adresser à ce
modèle porte sur le fait que ce modèle considère Mij est proportionnel à Pi et Pj. Cette
hypothèse plus ou moins vérifiable dans les pays développés l’est moins dans les pays en voie
de développement. En effet, le processus de concentration de la population est différent et où
le nombre de postes offerts par la région d'accueil n'est pas proportionnel à la population.
L’hypothèse de remplacement n’est pas vérifiée comme le suppose le modèle de gravitation.
Au contraire, c’est le phénomène d'accumulation qui est vérifié. De plus, ce modèle suppose
une répartition équilibrée de la population, ce qui n’est pas le cas.

1.2.2 Le modèle de Stouffer

Stouffer (1940) considère que la distance n'est qu’une variable intermédiaire. Son hypothèse
de base est que le nombre de personnes se déplaçant à une distance donnée est directement
proportionnel au nombre d’opportunités offertes et inversement proportionnel au nombre de
"possibilités" offertes entre la région d'origine et la région d'accueil. La formulation du
modèle de Stouffer dépend de la façon dont les opportunités seront définies. Ainsi, pour une
période donnée, soit Md le nombre total d’immigrants quelle que soit leur origines situés dans
une bande circulaire à une distance (d) de la région (i), M.d(i) le nombre total d’immigrants
quel que soit le lieu d’origine situés à une distance d(i) de la région (i) inférieur à d

𝑀
Mi (d)=k 𝑀.𝑑𝑑
(𝑖)

Stouffer parle de zone contenue dans un cercle de rayon (d) ainsi, il ne tient pas compte de la
direction des flux migratoires. Dans un autre modèle, Stouffer étudie le nombre de migrants
allant de la région i à la région j.

4
1.2.3 Le modèle de Todaro de l'exode rural

Todaro (1971) pose comme hypothèse de travail le fait que la décision de migrer du milieu
rural dépend de la maximisation du revenu qu'il espère obtenir. L'interaction entre les deux
variables à savoir la disparité de revenu entre la ville et la campagne et la probabilité d'obtenir
un emploi urbain, qui détermine le rythme et l'ampleur de l'exode rural en Afrique. Todaro
(1971) montre que les conditions liées à l'écart de revenu "escompté" entre la ville et la
campagne accentuent le chômage urbain.

Ainsi, la migration est considérée comme étant un processus d'ajustement de la population à


l'espace économique. Or, ces modèles n'ont pas pu être testés faute de données. De plus, il
faut bien maitriser le phénomène de migration (ces causes et son évolution) afin d’utiliser
productivement ces modèles.

Section 2 Les approches de la migration : présentation et critique

Dans ce qui suit, nous présentons les différentes approches de la migration et leurs limites.
Nous étudions également les effets de la migration aussi bien sur les pays d’envoi que sur le
pays de destination.

2.1 Migration : principales approches économiques

Dans ce qui suit, nous nous intéressons à l’économie néoclassique et à la nouvelle économie
de la migration.

2.1.1 L’économie néoclassique

La théorie néoclassique postule que les différences géographiques liées à l’offre et à la


demande de travail peuvent engendrer les migrations internes (Lewis 1954). Par ailleurs, cette
théorie permet de montrer que les zones qui ont relativement une forte dotation en travail par
rapport au capital se caractérisent par un salaire faible. Alors que les zones qui ont
relativement une forte dotation en capital par rapport au travail se caractérisent par un salaire
élevé. Cette disparité peut engendrer un déplacement de la main d’œuvre du milieu où le
salaire est faible vers celui où le salaire est élevé. Ce phénomène contribue à l’instauration des
inégalités entre les régions. En outre, en reprenant la théorie de Lewis (1954), Ndione (2006)
montre qu’en Angleterre la migration joue un rôle d'équilibrage du marche de travail entre les
zones rurales et les zones urbains en tenant compte de l'hypothèse du plein emploi (Ndione,
2006). Cependant, Harris et Todaro (1970) et en se basant sur les travaux de Lewis(1954),

5
sont les premiers qui ont élaboré la théorie néoclassique de la migration. Ils montrent que la
population migre vers les régions caractérisées par des salaires plus élevés. Or, la prise de
décision de migrer vers les régions privilégiées nécessite l'existence de l'information liée à ces
zones. En particulier, on considère que la population rurale migre vers les villes urbaines où
elle anticipe l’obtention d'un salaire plus élevé que celui obtenu en agriculture (Todaro 1969
et Harris et Todaro 1970). Todaro (1969), Gupta (1988, 1993, 1997), Basu (2000), Chaudhuri
(2000) et Bhattacharya (2002) montrent que le migrant est prêt à supporter le chômage ou une
baisse du salaire reçu du secteur informel urbain dans l’espoir d’améliorer sa situation
financière dans le futur.

Or, après l’indépendance, la plupart des pays d’Afrique ont continué à suivre les stratégies et
les politiques de développement qui leur ont été imposées par les coloniaux. Ces politiques
ont renforcé les écarts entre les régions du littoral et celles de l’intérieur du pays. De plus, les
activités touristiques et industrielles se concentrent dans les zones côtières ce qui permet
d’attirer et d’absorber l’exode de la main d’œuvre. Les capitaux étrangers ont participé
également à renforcer ce déséquilibre et à maintenir ces écarts régionaux (Amin 1974;
Rochefort 1973). Dans le même sillage, en menant une étude de la migration au Bénin,
Guingnido (1992) montre que les facteurs économiques et les écarts géographiques expliquent
la migration des individus. Dans le cadre stratégique de lutte contre la pauvreté (CSLP),
Sékouba Diarra (2002) montre une interdépendance entre la migration et la pauvreté au Mali.
En effet, les régions (Sikasso, Kidal et Gao) où les conditions économiques, sociales et
culturelles sont favorables forment des pôles attractifs pour les individus issus des régions
pauvres.

Donc, on peut conclure qu’il ya une corrélation positive entre la migration interne de travail et
le développement économique régional. Dans ce qui suit, nous proposons d’étudier la
migration dans le cadre des deux axes de la théorie néoclassique à savoir l’axe macro et
microéconomique.

a) La théorie macroéconomique

Cette théorie que est la plus connue et la plus ancienne explique la migration internationale
comme d’ailleurs l’interne comme étant le résultat d’une différence dans l’offre et la demande
de l’emploi. En effet, les pays avec une importante réserve de la main d’œuvre par rapport
aux dotations en capital ont un faible salaire d’équilibre. Par contre, les pays avec une faible
réserve de main d’œuvre par rapport aux dotations en capital ont un salaire d’équilibre élevé.

6
Cette différence de salaire pousse les travailleurs de migrer des pays à faible salaire vers les
pays à haut niveau de salaire. Ce mouvement réduit le déséquilibre des dotations en main
d’œuvre et ajuste les salaires dans les deux pays. Ce mouvement sera accompagné par un
mouvement des capitaux migrant des pays riches vers les pays pauvres en recherche de la
valorisation. Ce mouvement est suivi de même par un mouvement comparable des
compétences ou du capital humain des pays riches vers les pays pauvres en recherche toujours
de la valorisation (Douglas S. et al 1993).

Par conséquent, les néoclassiques considèrent que la migration est le produit d’une décision
individuelle dont l’objectif est de maximiser le revenu. Elle est due à une différence de
salaire, d’emploi, de condition d’emploi et des coûts de migration entre les pays (Douglas S.
et al 1993).

Les politiques publiques se sont largement inspirées des hypothèses avancées par les
néoclassiques afin d’avancer les propositions suivantes :

- la migration internationale des travailleurs est causée par une différence des salaires
entre les pays. Par conséquent, l’élimination de ce différentiel peut entraver le
mouvement des travailleurs ;
- le mouvement des individus hautement qualifiés répond à une différence de rendement
de capital entre les pays. Ce qui pousse les individus des pays riches à migrer vers les
pays pauvre. Ce mouvement traduit un autre modèle de migration opposé à celui lié à
la migration des travailleurs ;
- seul le marché de travail explique en grande partie la migration ;
- le contrôle de la migration s’exerce à travers le règlement du marché de travail dans
les deux types de pays (d’origine et d’accueil).
b) La théorie microéconomique

Dans le cadre du modèle microéconomique du choix individuel (Sjaastad 1962; Todaro


1969, 1976, 1989; Todaro and Maruszko 1987), l’individu décide de migrer parce qu’il
anticipe de sa décision un revenu net positif. La migration internationale est considérée
comme étant un investissement en capital humain. Les individus décident de migrer afin
de rentabiliser leur compétence. Ils doivent supporter certains coûts monétaires et
psychologiques tels que les coûts de voyage, de subvention de leur besoin de base, de
formation, et d’apprentissage de certaines compétences.

7
Douglas S. Mssey et al (1993) montrent que la décision de migrer peut être résumée dans
le développement analytique suivant :

Où ER(0) est le revenu anticipé de la migration calculé juste avant la migration au temps 0, t
est le temps, P1 (t) est la probabilité d’éviter la déportation du pays de destination, P2(t) est la
probabilité d’être employé dans le pays de destination, Yd(t) est le revenu si l’individu est
employé au pays de la destination, P3(t) est la probabilité d’être employé dans le pays
d’origine, Yo(t) est le revenu si l’individu est employé dans le pays d’origine, r est le taux
d’intérêt et C(O) est la somme des coûts totaux du mouvement (incluant les coûts
psychologique).

Si ER(0) est positive pour quelques destinations, l’individu rationnel migre, s’il est négatif, il
reste dans son pays d’origine et s’il est égal à 0, l’individu est indifférent entre rester ou partir.
En théorie, le migrant potentiel se déplace où le revenu anticipé de la migration est élevé.
Dans cette même ligne d’idée, Bodvarsson et Van den Berg (2013) supposent que l’individu
prend la décision de migrer afin de maximiser son utilité en choisissant la destination qui lui
donne le salaire net le plus élevé. La décision de migrer constitue donc en un arbitrage entre
les conditions de travail liées aux marchés locaux de l'emploi et les coûts engendrés par cette
migration (Domingues Dos Santos, 1999). Cet arbitrage apparait avec Sjaastad (1962) qui
considère que la migration est un investissement suite auquel le migrant espère retirer des
bénéfices suffisants afin de compenser les coûts liés à son déplacement. Ces coûts liés
peuvent prendre deux formes : monétaires et non monétaires. Les coûts monétaires sont liés
au déplacement et à la recherche de l’information. La deuxième forme comprend des coûts
psychologiques dus au changement de mode vie. Par ailleurs, la théorie du capital humain
permet d’analyser et de montrer que les individus réagissent d’une manière très différente
aux taux de chômage et aux écarts des salaires et donc cette théorie tient compte de
l’hétérogénéité existée entre les individus. De plus, les facteurs ayant un impact sélectif sur la
migration sont essentiellement les facteurs démographiques (l'âge et le sexe). Ainsi, la
catégorie des jeunes représente la catégorie la plus mobile qui peut bénéficier de la migration
sur une longue période de temps par rapport aux ainés. En effet, la différence entre le lieu de
départ et le lieu d’arrivée en termes de capital humain peut influencer la mobilité des
individus. Dans cette même ligne d’idée, Lee (1966) montrent que les personnes réagissent

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différemment aux ensembles de facteurs plus et moins d'origine et de destination selon leur
capacités à surmonter les obstacles. Par ailleurs, en se basant sur des travaux empiriques,
Junge, Diez et Schätzl (2015) et Neumann et Hermans, (2017) ont pu déterminer les facteurs
centripètes et centrifuges des zones d’accueils et de destinations.

Ce développement amène à quelques conclusions qui sont :

- le mouvement international s’explique par une différence dans le revenu et l’emploi


entre pays ;
- le capital humain (éducation, expérience, formation, et les compétences linguistiques)
augmente le taux de rémunération et la probabilité d’emploi dans le pays de
destination par rapport au pays d’origine ce qui augmente le mouvement
international ;
- les caractéristiques individuelles, les conditions sociales ou technologiques qui
réduisent les coûts de la migration, augmentent le revenu net de la migration et donc
augmentent la probabilité du mouvement international ;
- la taille du différentiel du revenu entre pays détermine la taille du flux des migrants
entre les pays ;
- les décisions de la migration naissent entre les marchés du travail, les autres marchés
n’influencent pas directement la décision de migrer ;
- si les conditions dans les pays d’accueil sont psychologiquement attractives pour les
migrants, les coûts de la migration peuvent être négatifs. Dans ce cas, un différentiel
de gain négatif est nécessaire pour stopper la migration entre les pays ;
- le gouvernement peut affecter la migration à travers des politiques telles
que l’affectation du revenu dans les pays d’origine ou de destination. Par exemple,
celles qui augmentent le risque du chômage dans les pays de destination ou celles qui
essayent d’augmenter le revenu dans les pays d’origine à travers un programme de
développement de long terme ou celles qui tentent d’augmenter les coûts économiques
et psychologiques de la migration.
2.1.2 La nouvelle économie de la migration

La nouvelle économie de la migration a vu le jour afin de défier la théorie néoclassique (Stark


and Bloom, 1985). Le message principal de cette approche est que la décision de migrer n’est
pas individuelle. Elle s’amène de toute la famille afin de maximiser le revenu anticipé mais
aussi de minimiser les contraintes liées à l’échec de certains marchés en particulier celles du

9
marché de l’emploi (Stark and Levhari, 1982; Stark, 1984; Katz and Stark, 1986; Lauby and
Stark, 1988; Taylor, 1986; Stark, 1991 ; Taylor (1991) et De Haas2010).

La décision de migrer ne se limite pas à l’individu mais elle émane du groupe en particulier la
famille. En effet, la migration est étudiée par les différents membres de la famille puis si le
gain net est positif, ils prennent ensemble la décision de migrer. Cette approche tient compte
non seulement du volet économique mais aussi du volet social et culturel de telle sorte que les
individus font leur choix sur la base des facteurs socioculturels (traditions) plutôt
qu’économiques. De plus, Hagen-Zanker (2008) montrent que lorsqu’un membre de la famille
trouve une opportunité et que les bénéfices sont supérieures aux dépenses du reste de la
famille donc elle décide de migrer. Ainsi, la décision de migrer ne se limite pas à la recherche
d’un salaire supérieur mais elle dépend de la situation financière de tout le ménage. Par
opposition à l’individu, le ménage est plus apte à contrôler le risque en diversifiant
l’allocation des ressources. En effet, des membres de la famille restent au pays pour travailler
alors que les autres membres aillent travailler à l’étranger où les salaires et les conditions de
travail sont faiblement ou et négativement corrélés avec ceux du pays natal. Le migrant, dans
ce cas servira de caution pour la famille en cas de risque ou de manque de ressources
financières. La migration permet à la famille du migrant de diversifier les risques. Les
migrants ne cherchent pas seulement à maximiser leur profit, mais également à
minimiser les risques en diversifiant les sources de revenus. Par exemple, un ménage
peut envoyer ses membres à différentes places où les marchés de l’emploi ne sont pas trop
reliés afin de se prémunir contre les risques en cas de crise économique dans le pays
d’origine. Par conséquent, les individus migrent même en absence de différence de salaires
entre les régions. Ainsi, Lall et al (2006) considèrent que la migration constitue un mécanisme
d'ajustement puisqu'elle permet de réduire les risques associés à l'absence d’assurance liée à la
variation des prix des récoltes et des salaires dans les zones rurales. Donc, autres que la
maximisation des salaires individuels (la micro-économie), cette nouvelle approche permet de
tenir compte des nouveaux facteurs permettant d’influencer la décision de migrer tels que la
réduction des écarts entre les familles habitants les zones pauvres. Dans ce cas, la migration
est un moyen d’ascension sociale (Stark 1991; Massey et al 1998).

Ainsi, les hypothèses et les propositions de la nouvelle économie de la migration sont


différentes de cette de la théorie néoclassique dont nous pouvons citer :

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- les recherches qui portent sur la migration adoptent la famille ou le ménage ou autre
unité culturelle de production et de consommation et non pas l’individu ;
- le différentiel de salaire ne constitue pas une condition nécessaire pour la migration
internationale. Le ménage désire diversifier son revenu à travers la migration même en
absence de différentiel de salaire ;
- le développement économique des régions d’origine ne réduit pas la pression sur la
migration internationale. En effet, les possibilités de rester dans la région natale
(travailler ou investir) ou de migrer ne sont pas des opportunités exclusives. En effet,
les ménages sont incités à s’engager dans des activités locales et migrer. En effet, une
augmentation de revenu issu des activités locales peut inciter à la migration afin de
réduire les risques ;
- la migration internationale ne s’estompe pas en absence de différence de salaire. La
migration se poursuit en présence des marchés déséquilibrés ou imparfaits ;
- les gouvernements peuvent influencer les taux de migration non seulement à travers
les politiques qui influencent les marchés de travail mais aussi à travers les marchés
d’assurances du capital. Par exemple, l’assurance du chômage peut significativement
affecter les incitations à migrer ;
- les politiques du gouvernement qui forment la distribution du revenu peut changer le
sentiment de privation chez les individus et donc réduit l’incitation à migrer ;
- les politiques du gouvernement et les changements économiques qui affectent la
distribution du revenu affecte la migration internationale. En effet, ces politiques qui
produisent un niveau élevé de revenu dans les pays d’origine peuvent augmenter la
migration si les ménages pauvres ne profitent pas de ce gain de revenu. De la même
manière, les politiques peuvent réduire la migration si les ménages riches ne profitent
pas de ce gain de revenu.

2.2 Migration : un mouvement perpétuel

D’après ce qui précède, les causes de la migration sont multiples telles que le gain, la
diversification du risque lié au revenu de ménage, la recherche de l’emploi, etc. Or, les raisons
qui favorisent le mouvement international peuvent être différentes de celles qui font perpétuer
le mouvement en lui-même dans le temps et dans l’espace. Nous pouvons citer la propagation
des réseaux des migrants, l’évolution des institutions supportant la migration internationale et
le changement dans la perception de la notion du travail dans les pays d’accueil.

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2.2.1 La théorie du réseau

« […] each act of migration alters the social context within which subsequent migration
decisions are made, typically in ways that make additional movement more likely »

(Massey et al (1998) p 46)

Les réseaux migratoires peuvent être définis comme étant l’ensemble des liens interpersonnels
qui relient les migrants, les personnes ayant déjà migré et les non migrants des zones
d’origine, ceci à travers les liens de parenté, d’amitié et d’affinités d’origine (Massey 1988).
La famille en tant qu’institution est à l’origine de la décision de migration, d’autant plus, si la
migration a pour objectif le travail. De plus, les réseaux migratoires et la famille jouent un
rôle important dans le processus migratoire puisque la plupart des individus se dirige vers eux
afin de réduire les coûts monétaires et non monétaires liés à la migration. Ainsi, le réseau
constitue une forme de capital social pour le migrant lui permettant de satisfaire ses besoins
en particulier l’emploi. Les groupes de parenté qui sont déjà installés dans les régions
d’accueil aident et supportent leurs familles qui viennent de migrer pendant une période
donnée. Ainsi, les réseaux de la migration représentent des réseaux d’aide pour le migrant
puisqu’ils lui permettent de réduire les coûts liés à la migration et donnent la chance de migrer
pour ceux qui ont des faibles salaires (Zlotnik 2003). Les réseaux migratoires offrent plus ou
moins le confort pour le migrant que ce soit l’hébergement, l’emploi provisoire, la sécurité,
l’information et lui permettent aussi d’intégrer facilement dans le nouvel entourage (Salifu
2007). Ces relations augmentent la probabilité du mouvement international, car ils
augmentent les rendements attendus de la migration et réduisent les coûts et les risques du
mouvement. En effet, les relations dans le pays de destination constituent une forme de capital
social et fournissent une aide financière, un logement et un soutient moral facilitant et
entretenant la migration (Hammar et al 1997) .Ce réseau permet ainsi de faire perpétuer ce
mouvement (Hugo, 1981; Taylor, 1986; Massey and Garcia Espafia, 1987; Massey, 1990a,
1990b; Gurak and Caces, 1992). En outre, Caldwell (1968) constate qu’il ya une corrélation
positive entre la décision de migrer et le nombre de famille qui existe déjà dans la zone
d’accueil. Autrement dit, la probabilité de migrer de lieu d’origine vers le lieu de destination
augmente avec l’accroissement du nombre de familles qui ont déjà installées. Selon Caldwell
(1968), dès le déclenchement de processus de migration, les relations de parenté existent sous
le nom «migration en chaine ».

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Ainsi, la conceptualisation de la migration comme étant un processus auto-renforcé engendre
certaines implications qui sont :

- une fois débuté, la migration internationale se propage dans le temps jusqu’à ce que le
réseau s’élargie dans les régions de départ de telle façon que les individus qui désirent
migrer le font sans difficultés. Dans ce cas, la migration se ralentit ;
- la taille du flux migratoire entre les deux régions n’est pas forcement corrélée avec le
différentiel de salaire ou du taux d’emploi. En effet, la migration dépend des coûts et
des risques engendrés par les relations ou par le réseau en général ;
- au fur et à mesure que le réseau se propage et le risque et le coût de la migration
baisse, les flux migratoires deviennent moins sélectives (sur le plan socioéconomique)
et deviennent plus représentatifs du pays ou de la communauté de départ ;
- les gouvernements trouvent des difficultés à contrôler les flux migratoires parce que le
processus de la formation du réseau n’est pas sous leur contrôle ;
2.2.2 La théorie institutionnelle

En présence de la migration internationale, des institutions privées et des organisations


volontaires apparaissent afin de régler les problèmes liés aux flux migratoires qui réclament
un visa et défendre leur droit.

Les organisations à but lucratif et les entreprises fournissent aux immigrants des services
marchants clandestins tels que le transport clandestin, les contrats de travail entre les
employeurs et les immigrants, les visas, le mariage entre les immigrés, le logement, les crédits
et d’autres assistances. Par ailleurs, les associations humanitaires aident les immigrés en leur
fournissant des conseils, services sociales, des conseils juridiques portant sur leur situation.
Ces entités deviennent très connues pour les immigrés formant ainsi une autre forme de
capital social sur laquelle ils peuvent se baser pour accéder au marché de travail. La présence
de cette réalité institutionnelle amène aux implications suivantes :

- la reconnaissance de ces organisations en tant que support à la migration


internationale, cette dernière devient de plus en plus institutionnalisée et
indépendantes des facteurs qui l’ont crée à l’origine ;
- les gouvernements se trouvent dans la difficulté de contrôler le mouvement migratoire
car il est difficile de maitriser le processus d’institutionnalisation. De plus, une
politique restrictive qui vise la réduction des flux migratoires fait face à une résistance
acharnée de la part des associations humanitaires.

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2.2.3 La théorie de la causalité cumulative

La causalité cumulative est l’une des moyens, en plus du réseau et des institutions
internationales permettant de faire perpétuer la migration internationale (Myrdal 1957). La
migration internationale devint alors un processus social cumulatif. Dans le cadre de cette
approche, la migration peut affecter la répartition des revenus et des terres, l’organisation de
l'agriculture, la culture, la répartition régionale du capital humain et la signification sociale de
travail (Stark, Taylor, and Yitzhaki, 1986; Taylor, 1992). En effet, les individus peuvent être
motivés à migrer non seulement pour augmenter leur revenu ou diversifier leur risque mais
aussi pour améliorer leur revenu par rapport à d’autres ménages appartenant au même groupe.
L’amélioration de la situation financière des ménages dont l’un ou deux de ses membres ont
migré incite les autres familles du groupe à migrer ce qui avec le temps réduit l’inégalité au
sein du groupe ou de la communauté. Concernant la répartition des terres, l’achat des terrains
est le principal investissement de l’immigrant. Ce dernier procure les terres afin de répondre
aux besoins de distinction sociale (prestige) ou de sécurité durant la retraite. Ce comportement
conduit aux achats supplémentaires des terres qui exercent de la pression sur les individus de
la communauté et les incitent à immigrer (Rhoades 1978; Reichert 1981; Mines 1984; Wiest
1984). Concernant l’organisation de la production agricole, la migration favorise la
capitalisation de l'agriculture, l’exode rural conduisant ainsi à une migration encore plus
grande.

Par ailleurs, la migration instaure une autre culture c'est-à-dire d’autres valeurs, normes et
traditions différentes de celles qui prévalent dans la communauté. Piore (1979) parle du
changement des goûts, des perceptions et des motivations chez l’immigrant. Reichert (1982)
parle de la tradition de migrer et ceux qui ne migrent pas pour améliorer leur situation
financière sont considérés comme des paresseux.

En outre, la migration affecte la distribution du capital humain entre les régions. La migration
en particulier sélective améliore la croissance économique dans les régions d’accueil au
détriment des régions d’envoi entrainant ainsi leur stagnation dans le temps (Myrdal, 1957;
Greenwood, 1981, 1985; Greenwood, Hunt, and McDowell, 1987).

Les propositions avancées par cette approche sont les suivantes :

- la migration internationale de part son caractère social cumulatif s’échappe au contrôle des
gouvernements ;

14
- le refus des indigènes d’occuper des emplois destinés aux immigrés augmente la probabilité
de recruter des immigrés.

4 La théorie des systèmes mondiaux

Un système de migration internationale comprend généralement une région réceptrice


centrale. Cette dernière peut être un pays ou un groupe de pays et un ensemble de pays
d’envoi spécifiques caractérisé par des flux d'immigrants exceptionnellement importants
(Fawcett, 1989; Zlotnik, 1992). Un système de migration implique certaines hypothèses et
propositions.

- Bien que la proximité facilite l’échange entre les pays du système, cependant, elle ne
le garantit pas. Ce qui compte le plus, ce sont les relations économiques et politiques
qu’entretiennent ces pays ;
- Ce système n’est pas fixe c'est-à-dire les relations entre les pays ne sont pas stable tout
dépend de l’évolution des structures économiques, sociales et politiques.

2.3 Évaluation des théories et des approches de la migration

Les théories qui sont proposées pour expliquer les origines et la persistance de la migration ne
sont pas nécessairement contradictoires. En effet, la décision de la migration peut s’amener de
l’individu qui se base sur une approche coût-bénéfice. Le ménage prend sa décision de migrer
suite à une volonté de diversifier l’allocation du travail. De plus, le contexte socio-
économique dans lequel ces décisions sont prises est déterminé par les forces structurelles
opérant au niveau national et international (Papademetriou et Martin, 1991). Ces approches
doivent être testées afin de se prononcer sur leur réalité.

2.3.1 Les modèles de l’économie néoclassique : manque de réalisme et difficulté d’empirisme

Le mérite de ces modèles est qu’ils disposent des propositions facilement vérifiables. En effet,
la principale proposition qui peut être toujours vérifiée est le fait que la migration
internationale entre les pays est directement reliée à la différence des taux de salaire entre ces
pays. Les théories de Lewis (1954) et Ranis et Fei (1961) peuvent être testées puisqu’on
dispose des écarts salariaux et de la distance géographique entre pays en tant
qu’approximation des coûts de déplacement. Cependant, le modèle néoclassique a été révisé
dans le sens que la décision en matière de migration se base sur l’écart de revenus prévus et
non sur le différentiel de salaire réel (Todaro, 1969, 1976; Todaro et Maruszko,1987). De

15
plus, certaines études empiriques (Todaro 1980 et Greenwood 1985) ont montré que des flux
internationaux se produisent en l'absence d'un écart salarial contredisant ainsi les hypothèses
des néoclassiques.

Par ailleurs, le modèle Todaro prédit que la décision de migration émane des individus et des
ménages. Elle est corrélée positivement avec le taux de rémunération et la probabilité
d’emploi dans les régions de destination. Ce modèle stipule que la probabilité de la migration
dépend des variables du capital humain telles que l’âge, l’expérience, la scolarisation, le statut
et les compétences. De même, la migration dépend de l’accès du ménage aux ressources
internes telles que la possession d’un terrain ou d’une entreprise car cela affectera le
rendement net de la migration. Or, les variables du capital humain affectent les taux d’emploi
et le salaire aussi bien dans les régions d’origine que de destination. Pour cela, l’un des
problèmes empiriques essentiels est de savoir si l’effet du capital humain est plus grand dans
les régions d’envoi ou d’accueil. De plus, le capital humain acquis localement est
imparfaitement transféré aux pays de destination (Chiswick 1979) ce qui fait que les immigrés
peuvent être négativement sélectionnés par rapport à leur compétences. Par exemple, les
retombées économiques de la scolarisation des Mexicains ont toujours été plus importantes
dans les zones urbaines du Mexique qu'aux États-Unis. Alors qu'un migrant ayant fait des
études secondaires a le même emploi et le même salaire à Los Angeles avec son homologue
sans aucune instruction. Ce fait, augmente ainsi la probabilité de migration rurale-urbaine et
réduit le mouvement international (Taylor 1987). Ainsi, il est presque impossible, a priori, de
prédire la direction de la relation entre une variable individuelle de fond et la probabilité de

migration. De même, il est difficile de tirer des conclusions d’une régression réduite selon
laquelle la probabilité de migration est modélisée directement en fonction des variables liées à
l’individu et au ménage. Certes, le capital humain devrait en quelque sorte être lié à la
probabilité du mouvement international, cependant, la force et la direction de la relation est
impossible à connaître en l'absence d'informations historiques sur les pays impliqués.

Une alternative plus formelle consiste à modéliser la probabilité de la migration en fonction


du différentiel de revenu attendu et simultanément modéliser le différentiel de revenu attendu
en fonction des variables liées à l’individu et au ménage (douglas S. Massey et al. 2013).

2.3.2 La nouvelle économie de la migration : l’approche par la demande

Contrairement à la théorie économique néoclassique, la nouvelle économie de la migration

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se focalise sur le ménage ou la famille plutôt que sur l’individu. Elle postule que la migration
est une réponse aux risques liés au revenu et aux défaillances sur divers marchés (assurances,
crédit, travail). Cette approche peut être testée par la relation qui peut exister entre les
imperfections du marché et le pourcentage des ménages qui participe à la migration. Piore
(1979) et d’autres affirment que la migration est motivée par les conditions de la demande de
travail plutôt que par l'offre. Étant basée sur la demande, les flux internationaux de main-
d'œuvre commencent par des mécanismes de recrutement formels plutôt que des efforts
individuels. Cette hypothèse est facile à vérifier en énumérant les principaux flux migratoires
internationaux qui ont immigré depuis 1950 suite à des rapports officiels.

2.3.3 La théorie des systèmes mondiaux : manque de conceptualisation

Elle stipule que la migration internationale devrait aller de la périphérie au centre le long des
voies d’investissement. Certaines "villes mondiales" canalisent et contrôlent les
investissements. Cette approche ne fournit pas des critères spécifiques pour définir la "Ville
mondiale". Or, un ensemble de critères opérationnels pourrait être élaboré à partir
d'informations sur les immobilisations et le siège social. On pourrait alors examiner la
fréquence relative des mouvements vers les villes du monde, par opposition à d’autres
endroits.

2.3.4 La théorie des réseaux : nécessité d’une analyse multidimensionnelle

Cette théorie conduit à une série de propositions éminemment testables. Piore (1979) et
d’autres, considèrent que la migration dépend de l’expérience de l’immigré. Plus ce dernier
est habitué à l’immigration, plus la probabilité d'un voyage supplémentaire augmente (Massey
et al., 1987). Une autre proposition stipule que la probabilité de la migration augmente chez
les individus qui ont des relations avec des immigrés expérimentés dans les mouvements
internationaux. De plus, la migration augmente avec les relations familiales. En effet, plus les
obstacles à la migration internationale sont importantes, plus les connections aux réseaux
seront éminentes. Ainsi, les connections aux réseaux sont systématiquement très puissant dans
la prédiction de la migration internationale. De même, plus les immigrés d’une même
communauté sont nombreux, plus la probabilité d’immigrer pour les autres individus
appartenant à une communauté est élevée (Massey and Garcia Espafia 1987). Plus le capital
social est puissant entre les immigrés et leur proche moins la migration est sélective. Ainsi, la
migration individuelle ou collective doit être étudiée dans le cadre local nécessitant une

17
analyse multidimensionnelle incorporant des indices mesurant les relations au sein du réseau
communautaire.

2.3.5 La théorie institutionnelle : difficultés de mesure du rôle des institutions dans


l’évolution du mouvement international

La théorie institutionnelle soutient que les problèmes rencontrés par les immigrés ont été à
l’origine de la création des institutions et des organisations à but lucratif et non lucratif afin de
subvenir aux besoins des immigrés (demande de visa, recherche d’emploi, logement et
conjoint, etc). La présence de ces institutions a permis l’accélération des mouvements
internationaux. Or, il est difficile de lier empiriquement l’effet des institutions aux
mouvements des immigrés. Dans le cadre d’un questionnaire, on peut demander aux immigrés
et non immigrés leur avis sur l’aide que pourraient apporter ces institutions aux immigrés.
Toutefois, les immigrés et non immigrés doivent être documentés sur le rôle joué par ces
institutions afin de prévoir la probabilité de la migration.

2.3.6 La théorie de la causalité cumulative : nécessité d’une analyse multidimentionnelle

Cette théorie stipule que la migration crée en elle-même une autre migration. En effet, la
décision d’immigrer affecte la structure socioéconomique au sein de la communauté affectant
à leur tour la décision d’immigrer d’autres individus et ainsi de suite (Massey et al., 1987;
Massey, 1990b). Or, idéalement, cette théorie devrait être testée en utilisant des données
longitudinales multi-niveaux, qui contiennent des variables définies au niveau individuel, des
ménages, de la communauté et même au niveau national afin de voir l’effet da la décision sur
la structure socioéconomique. Or, la vérification de la théorie de la causalité cumulative fait
face à plusieurs difficultés dont nous pouvons citer :

- la nécessité de rassembler des informations détaillées sur les réseaux de migrants telles
que les liens de parenté et d'amitié entre migrants et non-migrants ;

- la mesure précise de revenu du ménage ;

- des données détaillées sur le régime foncier et la distribution des terres et de la


propriété d’une manière générale ;

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- des informations sur la production agraire, l’utilisation de l’irrigation, les machines, la
main-d’œuvre embauchée, les herbicides, les pesticides et les semences améliorées, à
la fois des familles de migrants et de non migrants ;

- des informations sur les croyances, les valeurs et les pratiques normatives.

D’après ce qui précède, nous pouvons dire que les théories et les approches qui ont été
développées afin de comprendre les processus de la migration montrent des mécanismes de
causalité largement divergents ce qui exige une analyse multidimensionnelle et amène à des
implications de politiques économiques différentes. Les enseignements de ces modules
s’accordent sur le fait que pour contrôler la migration internationale, il faut modifier les
salaires et les conditions de travail dans les pays de destination, établir des programmes
d’assurance sociale dans les pays d'envoi, réduire les inégalités de revenus et améliorer les
marchés à terme ou des capitaux dans ces pays. Or, toutes ces politiques sont infructueuses du
moment où le mouvement international de migration n’est pas contrôlé par le marché.

2.4 Les effets de la migration

Les effets économiques de la migration sont contradictoires et incertains (Héran, 2002). Les
études de ces effets dépendent de la théorie adoptée, de la méthodologie suivie, des
techniques d’analyse utilisées, de la période étudiée,etc. (Goldin et al., 2011). En outre, les
effets de la migration sont parfois indirects et étalés dans le temps. Ces effets dépendent aussi
de la nature de la migration (temporaire ou permanente). Pour cela, les résultats de ces études
sont d’une grande divergence. En effet, tantôt on trouve des effets positifs, tantôt négatifs, et
parfois on ne peut pas trancher. Ces difficultés n’ont pas empêché certaines études d’aboutir à
des effets positifs (Sutch 1999 et Goldin et al., 2011). En effet, selon ces études, la migration
peut avoir des impacts importants sur l’ensemble de la structure économique, incluant les taux
d’activité, le niveau des qualifications de la population, la quantité et la qualité du capital,
l’innovation et les apports fiscaux.

2.4.1 Cas des pays d’envoi

La question des effets de la migration sur les pays d’origine a été largement débattue. Ces
effets ont été entachés de pessimisme qui trouve son origine dans la théorie de la dépendance
de Bhagwati des années 1970. Cette théorie met le point sur l’histoire de l’enrichissement des

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pays développées qui s’est réalisé au détriment des pays pauvres. Ces derniers ont été
exploités et pillés ce qui a aggravé leur retard. Dans le même contexte, de nos jours, on parle
de la fuite des cerveaux « brain drain ». Dans cette même ligne d’idées, les tenants de la
théorie de la croissance endogène considèrent que la migration affecte négativement la
productivité et la richesse des pays d’envoi suite à leur perte en capital humain. À partir des
années 1980 et 1990, l’augmentation des envois de fonds des migrants a soulevé l’effet de la
migration sur les pays d’origine. Certaines études montrent que dans ce cadre la migration
affecte positivement le développement de ces pays (Meftah 2018). C’est le cas du Maroc où
dans certains villages, les paysans sollicitent les migrants installés en France à financer ou
monter des projets dans leur village d’origine. Ces transferts ne se limitent pas uniquement
aux transferts financiers mais touchent également les compétences, les connaissances et le
savoir être. Avec le développement des réseaux de migration qui ont facilité la migration
contribuant ainsi à réduire les inégalités entre les membres de la communauté.

Sur le plan macroéconomique, l’évaluation des effets de la migration sur le pays d’origine
n’est pas concluante. Certaines études montrent que la migration à travers l’envoi de fonds
des immigrés affecte positivement la croissance économique, la répartition du revenu et la
réduction du déficit de la balance commerciale (Fayissa and siah 1996). Oberai et Manmohan
(1980) et Portes (2009) considèrent que le transfert monétaire des immigrés vers leur pays
d’origine est l’effet le plus important de la migration pour les pays en développement. Selon
ces auteurs, ces transferts permettent de soulager la misère de ceux qui n’ont pas pu immigrer.
Ils permettent également de financer des activités agricoles ou non agricoles dans les zones
rurales, la construction des logements et d’autres projets sociaux. Portes (2009) considère que
la migration temporaire est celle qui produit le plus d’effets positifs sur le pays d’envoi. Ratha
et Silwal (2012) ont essayé d’estimer les transferts monétaires vers les pays en
développement, ils totalisent la somme de 372 milliards de dollars, soit une augmentation de
12,1 % par rapport à 2010. Ils croissent à raison de 7 % à 8 % par an et la somme des
transferts pourrait atteindre 467 milliards de dollars en 2014. Ainsi, les immigrés peuvent
devenir des vecteurs du développement (Faist 2008).

Sur le plan microéconomique, les effets de la migration se traduisent par l’expérience qu’a
acquit l’immigré lors de son aventure et par les changements survenus dans la population
native de la société d’accueil. Ces changements ne sont pas aussi importants étant donnée que
les immigrés occupent des emplois peu ou non syndicalisés, précaires et très peu qualifiés.

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Néanmoins, d’autres études montrent que les transferts des migrants peuvent avoir des effets

négatifs sur le pays ou la communauté d’origine. Les tenants de cette idée se basent sur la
baisse de la productivité de ceux qui profitent de ces envois (Chami 2012). D’autres montrent
que les transferts augmentent la croissance via une augmentation de la demande interne. Cette
dernière peut favoriser l’augmentation des importations au détriment de la production locale.
Ces transferts peuvent entrainer une appréciation du taux de change réduisant ainsi les
exportations (Acosta 2007).

2.4.2 Cas des pays de destination

Les conséquences de la migration sont nombreuses pour les pays de destination. Certains
économistes considèrent que cette migration apporte du secours à ces pays suite au
vieillissement de leur population active. En effet, dans son rapport de 2012, l’OCDE montre
qu’entre 2000 et 2010, la croissance de la population active dans certains pays (Suisse, Italie,

luxembourg et Royaume-Uni) est le résultat de l’arrivée de nouveaux immigrés.

Les effets des flux migratoires sur le pays ou la région d’accueil passent à travers plusieurs
canaux et affectent plusieurs domaines. Ces effets n’ont pas la même importance et certains
sont difficiles à mesurer. L’effet le plus répondu est celui lié à l’augmentation de l’offre de
travail. Cet effet est dû à la nature complémentaire ou substituable de la main d’œuvre
immigrante. Borjas (1990) considère que les études économétriques n’ont pas pu montrer que
les immigrés affectent négativement les revenus et l’emploi aux Etats-Unis. De plus, il montre
que les travailleurs natifs et les immigrants ne sont des substituts que pour les travailleurs
natifs les moins qualifiés. Friedberg et Hunt (1995) considèrent que dans une économie
fermée, les salaires baissent suite aux flux migratoires qui peuvent parfaitement substituer les
individus natifs. Ils considèrent en revanche que ces flux migratoires ont un effet ambigu en
présence d’une main d’œuvre imparfaitement substituable. Par contre, la main d’œuvre
immigrante fait augmenter les salaires des facteurs qui la complètent.

Par ailleurs, l’effet de l’offre de travail sur le secteur productif a été étudié par plusieurs
auteurs. Greenwood (1994) et Greenwood et Hunt (1995) considèrent que le flux migratoire
agit sur la demande de biens et services même en absence d’une augmentation du revenu. En
effet, la croissance de la population augmente la demande de biens et services augmentant
ainsi l’emploi. De même, l’augmentation des flux migratoires augmente la demande de biens
et de services publics. L’accroissement de la population induit par la migration permet de

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bénéficier des rendements croissants associés à l’usage de beaucoup d’équipements et de
services publics.

Par ailleurs, d’autres auteurs (Ortega et Verdugo 2012) montrent que la migration affecte
positivement l’économie des pays d’accueil. Ils estiment que sur la période 1962 à 1999, une
croissance de 10 % de la migration augmente le salaire des natifs de 3 % et une augmentation
des emplois de qualité. De plus, Chojnicki et Ragota (2012) montrent qu’une politique
migratoire expansionniste fait diminuer le poids de la fiscalité de plus de 20% suite au
vieillissement démographique en 2050. Alors qu’une politique sélective le diminuera de 30%.

Conclusion du chapitre

Notre tour d’horizon nous a permis de décrypter le phénomène de la migration et de l’étudier


de plus près en fournissant des définitions, ce qui nous a permis de clarifier certaines notions
liées à la migration et de mettre en lumière le caractère multidimensionnel du phénomène. En
effet, l’étude critique des différentes approches montre que la migration n’est pas l’affaire
uniquement d’un individu qui est motivé par un différentiel de salaire ou d’un manque
d’emploi (comme le suggère la théorie néo-classique). En revanche, il est admis que des
considérations familiales, géographiques, psychologiques, socioéconomiques,
environnementales, informationnelles, politiques, culturelles, etc. interagissent pour
déterminer l’acte de migrer. Par conséquent, la migration ne peut être étudiée que dans le
cadre du pluralisme théorique. Dans ce cadre, certaines conditions sont nécessaires et non
suffisantes ce qui fait que le phénomène de la migration est non linéaire. Partant de cette
richesse théorique, et dans la même ligne d’idée, nous nous intéressons aux effets de la
migration sur les régions d’envoi et de destination en terme de convergence des variables
socioéconomiques. Ce développement fera l’objet du chapitre deux de ce travail.

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