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par Arnaud TIMBERT

LA CHARPENTE EN BETON
DE LA CATHEDRALE NOTRE-DAME DE NOYON

2 septembre 1918. La nuit a été calme. Je


vais à l’observatoire. […] Devant moi, à 3
km à vol d’oiseau : Noyon. Pauvre Noyon. Il
ne reste plus que des ruines. La cathédrale
blessée, tend vers le ciel comme des bras, ses
deux tours mutilées.
Robert Delouche.

La cathédrale Notre-Dame de Noyon a souffert des aléas de deux guerres


mondiales. Parmi toutes les destructions dont elle fut l’objet, la disparition de sa
charpente en bois n’a guère retenu l’attention des chercheurs ; pas une ligne ne
peut être mentionnée à son sujet341. La même remarque est valable pour la
charpente en béton qui la supplanta après la Grande Guerre. Remarquable
réalisation d’ingénierie, cette charpente, comme toutes celles qui furent bâties en
Picardie durant la même période, n’a jamais été étudiée ni citée dans les ouvrages
et articles traitant du sujet.
Il y a pourtant un réel intérêt à s’interroger sur ses origines. Sa réalisation
répond, en effet, à des préoccupations économiques, à des difficultés de mise en

341 Nous ne possédons que très peu d’éléments sur la charpente en bois de la cathédrale de Noyon, celle-
ci n’ayant jamais fait l’objet d’un relevé précis avant sa destruction en 1918. La mémoire de sa disposition
nous est néanmoins parvenue par le biais des planches de D. Ramée illustrant la monographie de L. Vitet.
L. Vitet, Notre-Dame de Noyon, coll. des Documents inédits sur l’histoire de France, troisième série,
archéologie, Paris, 1845. Ces planches offrent deux dessins de la toiture en coupe longitudinale et
transversale dévoilant une charpente à structure tramée alternant fermes principales à entraits et fermes
secondaires sans entrait. La coupe transversale, prise dans la dernière travée de la nef, présente une
charpente formant ferme à entraits disposés sur une sablière. Un poinçon relie l’entrait au sommet des
arbalétriers. Deux poteaux latéraux, légèrement obliques, renforcent la partie inférieure des fermes tandis
que deux faux-entraits jouent le même rôle en partie supérieure. La coupe longitudinale laisse observer
une disposition des fermes à entraits à l’aplomb des arcs doubleaux forts et faibles de la nef comme du
chœur. Elles sont par ailleurs reliées par deux liernes : les liernes inférieures sont associées aux poinçons
par des aisseliers tandis que les liernes supérieures, elles-même renforcées par des aisseliers, supportent des
croix de Saint-André jointes à la panne faîtière. Entre les fermes à entraits sont disposées sept fermes sans
entrait. La charpente couvrant la dernière travée de la nef est légèrement différente avec la présence de deux
liernes supplémentaires et une notable réduction de la dimension des croix de Saint-André.
160 Arnaud TIMBERT

œuvre résultant de contraintes matérielles et techniques inhérentes à un contexte


régional bouleversé. Pour cela, elle s’impose, par la simplicité des réponses qu’elle
apporte aux problèmes de son milieu, comme une formule plus souple que la
structure deneusienne, à la fois trop intellectuelle et coûteuse.

La guerre de mouvement, reprise durant les mois de mars et d’avril 1918,


fut fatale à la charpente de la cathédrale de Noyon tout autant qu’à celles de Saint-
Quentin et de Soissons342. Le 26 mars, la ville, occupée par les troupes allemandes,
est bombardée par l’artillerie française depuis TracyleMont. Les dommages sont
considérables : la charpente prend feu dans la nuit du 1er avril ( fig.1)343.
Dès l’année du sinistre, l’architecte en chef Bernard présente un projet de
couverture comprenant l’établissement d’une toiture en carton bitumé portée par
une charpente provisoire. Du carton bitumé devait recouvrir également les
terrasses des bas-côtés dont les plombs avaient été enlevés par les troupes
allemandes, laissant les voûtes sans protection344. Le 22 mai 1919, une couverture
provisoire en tôle ondulée, d’une structure identique à celle de Saint-Quentin, est
préférée et lancée sur le haut vaisseau, sur les bas-côtés et la salle du trésor345, ainsi
que sur la salle capitulaire346, par l’architecte A. Collin347, qui prend en charge la
restauration du monument à partir de cette date, jusqu’en 1938 ( fig.2)348.

342 P. Héliot, La basilique de Saint-Quentin et l’architecture du Moyen Age, Paris, Picard, 1967, p. 101-
103. D. Sandron, La cathédrale de Soissons. Architecture du pouvoir, Paris, Picard, 1998, p. 102-104.
343 F. Panni, K. Jagielski, « Les ruines en images : Noyon et Soissons », Reconstructions en Picardie après

1918, Paris, RMN, 2000, p. 206.


344 Paris, Méd. Arch. Pat. : 81/060, n° d’id. 456/2, carton 109 : Séance du 27 décembre 1918, Rapport

de la Commission par M. Gennuys, f°1 r.


345 Paris, Méd. Arch. Pat. : 81/060, n° d’id. 456/2, carton 109 : Architecte A. Collin, Inspecteur Gennuys,

Couverture provisoire des bas-côtés et de la salle du trésor, 22 mai 1919.


346 Dès la fin de la Première Guerre mondiale, un rapport d’A. Collin indique la nécessité de couvrir les

toitures dégarnies de la salle capitulaire par une toiture provisoire en tôle ondulée dans la difficulté de
trouver d’autres matériaux. Ces travaux ne seront exécutés qu’à la suite de l’arrêté ministériel du 5 mai
1919. Paris, Méd. Arch. Pat. : 81/060, n° d’id. 456/3, carton 110 : Rapport d’A. Collin, 15 février 1919.
La même remarque sera faite par le même au sujet de la bibliothèque : Rapport d’A. Collin, 15 février
1919 : Couverture provisoire de la bibliothèque du chapitre : f° 1 v. : « La couverture définitive ne semble
pas pouvoir être exécutée actuellement [dans] les conditions de rapidité et d’économie qui seraient
désirables, l’impossibilité de réunir les matériaux qui devaient être employés pour un travail définitif,
semble avoir écarté un tel projet. » La couverture de la bibliothèque ne sera réalisée qu’en 1928, tandis
que la « prison » et la sacristie seront également couvertes en tôle jusqu’en 1925. Paris, Méd. Arch. Pat.
: 81/060, n° d’id. 456/3, carton 110 : Rapport d’A. Collin, 2 décembre 1927 : Réfection des toitures.
347 A. Collin (1875-1966). Architecte stagiaire à l’issue du concours d’architecte en chef des Monuments

historiques de 1905, il est nommé à ce poste de 1906 à 1944. Il est chargé de la Haute-Saône, du Doubs,
des Landes, du Gers et des Basses-Pyrénées avant d’être en charge de l’Oise en 1918 et de la Seine-
Maritime en 1920. Il est nommé adjoint à l’Inspection Générale en 1929 puis Inspecteur Général en
1938. J. Trouvelot, « André Collin 1875-1966 », Monuments historiques de la France, vol. 13, 1967, p.
60. A.-Ch. Perrot, Les Architectes en Chef des Monuments historiques de 1893 à 1993, Centenaire du
concours des ACMH, 1994, p. 56.
La charpente en béton de la cathédrale Notre-Dame de Noyon 161

Fig.1 : Paris, Méd. Arch. Pat. : Cl. n° 7348, E. Lefèvre-Pontalis. La cathédrale de Noyon.
(© Méd. Arch. Pat.).

Fig.2 : Paris, Méd. Arch. Pat. : Cl. n° 26101, A. Collin. La charpente provisoire du transept.
(© Méd. Arch. Pat.).
162 Arnaud TIMBERT

Dès la fin du conflit, la pénurie de bois, dans une France dont le quart est
à reconstruire, s’impose sur les chantiers, qu’il s’agisse de ceux de Noyon349, de
Soissons, de Saint-Quentin ou de Reims. Elle oblige à recourir au béton armé350.
Celui-ci est utilisé depuis plus d’une cinquantaine d’années déjà351 et est à l’origine
de constructions novatrices comme l’église Saint-Jean de Montmartre, d’Anatole de
Baudot352, mais prend véritablement son essor à « la faveur » de la Première
Guerre mondiale353. Durant les années 1920, le béton est employé tant dans
l’architecture civile, militaire que sacrée, avec les réalisations de A. et G. Perret, de
T. Garnier et d’E. Beaudouin354 avant d’atteindre un stade de préfabrication inusité
avec la construction de l’église de Javel par Ch.-H. Besnard, entre 1927 et 1929355.
Malgré ce succès, ce matériau n’est employé que de manière isolée et sporadique
dans les Monuments historiques. Il a néanmoins donné de bons résultats sur de
grands chantiers de restaurations, notamment à la cathédrale de Laon où la
construction de la charpente en fer de Boeswillwald est abandonnée au profit de
la charpente en béton, dès les années 1910. Plus tôt, en 1905, les bas-côtés sud de
la nef de la cathédrale de Noyon ont été couverts à l’aide de ce matériau356. Les
années de l’immédiate après-guerre profitent de cet acquis et resserrent les liens

348 La même démarche sera effectuée par E. Brunet, à la collégiale de Saint-Quentin. Afin de protéger les
ruines, des combles provisoires à faibles pentes furent disposés sur les arases de tous les murs. C’est ainsi
qu’à l’aide d’une charpente légère recouverte de plaques de fibro-ciment, rubéroïd et zinc, plus de 5000
m superficiels de toiture furent exécutés. E. Brunet, « Les nouveaux procédés de construction appliqués
à la restauration des anciens édifices. L’église collégiale de Saint-Quentin », La construction moderne, n°
81, 1er mai 1927, p. 358.
349 Paris, Méd. Arch. Pat. : 81/060, n° d’id. 456/2, carton 109 : Rapport d’A. Collin, 20 mars 1921 :

Restauration de la tour sud.


350 A Soissons, pour la partie restituée de la nef, il avait semblé que la charpente en raccord avec l’ancienne,

du XIXe siècle, devait être également établie en bois, mais la difficulté de trouver des entraits de 13 mètres
de longueur et 0,30 m sur 0,30 m d’équarissage et le prix élevé de ces pièces durent y faire renoncer. E.
Brunet, « La restauration de la cathédrale de Soissons », Bull. mon., 1928, p. 86-87. A Reims, les combles
supérieurs de l’ancienne charpente du XVe siècle de la cathédrale représentaient un cube total de 1520
stères de bois. Les combles inférieurs des bas-côtés de la nef, du déambulatoire et des chapelles
rayonnantes, cubaient ensemble environ cinq cents stères, ce qui porte le total général à plus de deux
mille stères. Dans ces conditions, on comprend que l’idée d’une reconstruction en bois ait été rapidement
abandonnée. H. Deneux, L’ancienne et la nouvelle charpente de la cathédrale de Reims, Reims, 1927, p. 14.
351 B. Toulier, « Histoire, techniques et architecture du béton armé en France », Monumental, n° 16, mars

1997, p. 7-9.
352 F. Boudon, « Recherche sur la pensée et l’œuvre d’Anatole de Baudot (1834-1915) », Architecture,

mouvement, continuité, n° 28, mars 1973, p. 43-48.


353 J.-B. Ache, Eléments d’une histoire de l’art de bâtir, Paris, éd. du Moniteur des Travaux publics, 1970,

p. 118.
354 Ibidem, 1970, p. 387 à 434.

355 Ibid., 1979, p. 450-451.


356 Ch. Seymour, La cathédrale Notre-Dame de Noyon au XIIe siècle, Paris-Genève, SFA-Droz., 1975, p. 61.
La charpente en béton de la cathédrale Notre-Dame de Noyon 163

entre béton et Monuments historiques357. Les charpentes de Reims358, de Saint-


Quentin et de Soissons sont reconstruites en béton tandis qu’à Arras Pierre Paquet
remonte toute la structure interne du beffroi avec ce matériau359.
Dans ce concert, la cathédrale de Noyon tient une place privilégiée. En
1922, A. Collin, face à la parfaite étanchéité de la couverture en béton du Mont-
Saint-Michel360 et arguant du caractère économique du ciment armé361, entreprend
la couverture des tribunes du chevet de la cathédrale362. Il met ainsi fin aux
problèmes d’infiltrations récurrents à cet endroit depuis le XIXe siècle. Toutefois,
en 1935, la toiture en tôle du grand comble construite en 1919 est toujours en
place363. Dès 1925, le futur architecte des Monuments historiques, L. Barbier, avait
proposé, dans son mémoire au concours d’architecte en chef, un projet détaillé de
charpente en béton armé pour Noyon364. Il faut attendre la réalisation des
charpentes d’H. Deneux à la cathédrale de Reims ainsi que celles de Brunet à la
cathédrale de Soissons et à la collégiale de Saint-Quentin pour que Collin, qui
souhaite vraisemblablement refaire le comble de la cathédrale en bois, propose
enfin, en 1936, un projet de charpente en béton :
« A la suite de la récente visite à Noyon de Monsieur le Directeur général,
il fut décidé que, dès 1936, les travaux devant assurer la protection de l’église Notre-
Dame seraient entrepris. Charpentes et couvertures devaient être reconstruites.
Afin de réaliser ce programme, l’architecte soussigné propose de
commencer ces reconstructions par les deux extrémités du monument, c’est-à-dire,
d’une part, sur l’abside et la croisée du transept et, d’autre part, sur la tour sud. Dans

357 F. Goven, « Béton et Monuments historiques, Une histoire parallèle », Monumental, n°16, mars

1997, p. 22-23.
358 Saint-Remi (1930), Saint-Jacques et la cathédrale Notre-Dame. Sur Saint-Remi : H. Deneux,

« Restauration de l’église Saint-Remi de Reims », Les Monuments historiques de la France, 4e année,


fascicule n° 1, 1939, p. 11.
359 E. Pallot, « L’utilisation du béton dans la restauration des Monuments historiques », Monumental,

n° 16, mars 1997, p. 51-53. Pour d’autres exemples de charpentes en béton dont l’usage s’est intensifié
après les déprédations de la Seconde Guerre mondiale : G. Duval, « Consolidation des voûtes et
interventions du béton dans la charpente et la couverture des édifices anciens », Techniques de conservation
des Monuments historiques à l’aide du béton, The European Cement Association, 2-3 octobre 1975,
Cologne, Paris, 1976, p. 39-42.
360 Entre 1899 et 1902 l’architecte en chef P. Gout et l’entrepreneur G. Degaine réalisèrent la couverture

du déambulatoire de l’abbatiale par une dalle continue en béton armé. G. Duval, « Le béton dans la
rénovation des bâtiments anciens », Construction moderne, n° 28-28, déc. 1981, p. 34.
361 Paris, Méd. Arch. Pat. : 81/060, n° d’id. 456/2, carton 109 : Rapport d’A. Collin, 24 août 1922 :

Réparation des couvertures de la galerie du chevet.


362 Paris, Méd. Arch. Pat. : 81/060, n° d’id. 456/2, carton 109 : Devis présenté par A. Collin le 10 février

1922 à la suite de son Rapport du 5 février 1921. Autorisation d’entreprendre les travaux le 4 août 1922.
363 Paris, Méd. Arch. Pat. : 81/060, n° d’id. 456/5, carton 112 : Lettre d’A. Collin à monsieur le Directeur

Général des Beaux-Arts, 22 novembre 1935.


364 Voir P. J.
164 Arnaud TIMBERT

ces conditions, les entrepreneurs pourront constituer des équipes travaillant


simultanément.
Les travaux de maçonnerie prévus ont pour but d’établir une arase solide
au-dessous des sablières de charpente. Le haut des murs ayant été dégradé durant
l’incendie des charpentes, et ayant de plus subi les effets du bombardement, il est
indispensable de procéder à la reprise de la corniche, du bandeau et du socle. En ce
qui concerne les charpentes, nous avons adopté le programme établi par
l’Inspecteur général Rattier en constituant une ossature générale en ciment armé
comprenant des formes monolithes qui recevront un chevronnage en chêne
portant sur des fourrures encastrées dans des pannes. Les éléments de ciment armé
seront de faibles sections, au dosage de 400 Kg par mètre cube afin d’éviter la
surcharge des murs du monument et ne pas dépasser la charge qu’entraîne une
charpente de bois. A cet effet nous avons recherché quel était le mètre cube
superficiel horizontal. La charpente en bois de Noyon n’ayant pas été relevée, nous
avons calculé sur une charpente connue. Celle de Saint-Ouen de Rouen datant du
XIVe siècle et ayant la même portée en œuvre que celle de Noyon. Le calcul a donné
un cube de 0 m3 317 par mètre superficiel. La charpente en ciment armé proposée
pour Noyon est de 0,118 par mètre superficiel. Le poids du chêne étant de 900 Kg
au mètre cube ; la charpente de Saint-Ouen pesait 285 Kg au m2. Le ciment armé
pesant 2200 Kg le m3, la charpente proposée pour Noyon pèsera 0,118 x 2200 =
259 Kg au m2. Poids auquel il y a lieu d’ajouter celui du chevronnage, soit 0,082 X
900 Kg = 73,800. L’ensemble atteindra donc 259 + 73,800 = 332,800 ce qui ne
peut modifier sensiblement la stabilité de la construction. Au reste, au cours de
l’exécution des travaux, la réduction de section des pièces de ciment sera recherchée.
La charpente en bois sera constituée par un chevronnage de 0,08/0, 11 posé sur les
lambourdes en chêne incorporées aux pannes en ciment. Les chevrons seront fixés
par des tirefonds afin d’éviter l’ébranlement causé par la pose de broches dans le
chêne.
Enfin, la couverture comprendra des tuiles plates de 0,30/0,17 épaisses,
pesant au moins 1 Kg 250 pièce, percées de deux clous pour clouage sur le linteau
et comprenant en outre un talon très saillant. Les clous de cuivre seront en fil carré
de 0,002 de côté, à très large tête.
Nous proposons de substituer le cuivre au plomb pour l’exécution des
bandes, tuyaux de descente etc. En raison du prix actuel du cuivre il y a
économie365. »

365Paris, Méd. Arch. Pat. : 81/060, n° d’id. 456/5, carton 112 : Rapport d’A. Collin, 14 janvier 1936.
Reconstruction des charpentes et des couvertures de la tour sud détruites au cours de la guerre. Reprise
de maçonnerie et réalisation d’une charpente en béton.
La charpente en béton de la cathédrale Notre-Dame de Noyon 165

Dès 1936 les travaux sont vraisemblablement engagés sur le chevet ( fig.3).
Il faut néanmoins attendre l’année 1938 pour que la partie supérieure des murs
gouttereaux de la nef, les chéneaux et les parements soient repris dans la perspective
de recevoir les sablières366. A cette occasion, sans que les sources nous en donnent
le détail, les aisseliers sont implantés sur culots de pierre pour recevoir les jambettes
des entraits. Au mois de janvier 1938 la charpente de la nef, du chevet et du
transept est achevée367. La même année, celle de la tour sud est lancée et couverte368
tandis qu’un chéneau en béton est réalisé entre les tours avec coffrage et
ferraillage369. En 1939, sous la responsabilité de l’architecte en chef G. Brun, la
charpente de la tour nord est réalisée : « Comme pour la tour sud, on réparerait
d’abord les arases des murs en pierre dure ainsi que la corniche au-dessous ; de la
même façon et en suivant les mêmes principes, on fera une charpente en ciment
armé appelée à supporter le chevronnage de la couverture ; ce chevronnage en
chêne sera fixé à l’aide de ferrures fortement boulonnées à l’ossature en ciment
armé ; la couverture sera ensuite établie en tuiles épaisses de 1 cm ½ absolument
semblables à celles déjà employées le tout armé et raccordé avec du cuivre370. »
Enfin, les poutres destinées à recevoir les abat-sons sont également réalisées en
béton armé371. L’élargissement de l’emploi de ce matériau a également été envisagé,

366 Paris, Méd. Arch. Pat. : 81/060, n° d’id. 456/5, carton 112 : Mémoire de maçonnerie des travaux exécutés
pour le compte du ministère de l’Education Nationale et des Beaux-Arts. A. Collin ACMH, Grenovillot
architecte ordinaire, R. Feïss et O. Dupuis entrepreneurs, 28 janvier 1938 : Reprise à la partie supérieure
des murs de la nef aux chéneaux et aux parements. Voir notamment les attachements figurés n° 19 et 20.
367 Paris, Méd. Arch. Pat. : 81/060, n° d’id. 456/5, carton 112 : Mémoire de ciment armé des travaux

exécutés pour le compte du ministère de l’Education Nationale et des Beaux-Arts. A. Collin ACMH,
Grenovillot architecte ordinaire, R. Feïss et O. Dupuis entrepreneurs, 21 janvier 1938 : Charpente en
béton armé du comble de la nef, attachement figuré n° 23 et 24.
368 Paris, Méd. Arch. Pat. : 81/060, n° d’id. 456/5, carton 112 : Mémoire de ciment armé des travaux

exécutés pour le compte du ministère de l’Education Nationale et des Beaux-Arts. A. Collin ACMH,
Grenovillot architecte ordinaire, R. Feïss et O. Dupuis entrepreneurs, 25 février 1938, Charpente en béton
armé du comble de la tour sud, attachement figuré n° 28 à 30. Paris, Méd. Arch. Pat. : 81/060, n° d’id.
456/6, carton 113 : Mémoire de charpente F. Bertet, G. Brun architecte en Chef, Grenovillot, architecte
adjoint, 2 février 1938 : Couverture de la tour sud.
369 Paris, Méd. Arch. Pat. : 81/060, n° d’id. 456/5, carton 112 : Mémoire de ciment armé des travaux

exécutés pour le compte du ministère de l’Education Nationale et des Beaux-Arts. A. Collin ACMH,
Grenovillot architecte ordinaire, R. Feïss et O. Dupuis entrepreneurs, 23 mai 1938, f° 29 Attachement
figuré n°36 : Chêneaux en béton armé entre les tours avec coffrage et ferraillage.
370 Paris, Méd. Arch. Pat. : 81/060, n° d’id. 456/6, carton 113 : Rapport de Gab. Brun, ACMH, 3 février

1938, Restauration des toitures de la tour nord. Voir également : Charpente et menuiserie. F. Bertet, Mémoire
de charpente. Eglise Notre-Dame de Noyon, 17 avril 1939. f°1 v. Charpente du grand comble de la tour
nord couvert.
371 Paris, Méd. Arch. Pat. : 81/060, n° d’id. 456/6, carton 113 : Mémoire de maçonnerie exécuté pour le

compte du ministère de l’Education nationale et des Beaux-Arts, G. Brun ACMH, Venet, Architecte adjoint,
R. Feïss et O. Dupuis entrepreneurs, 2 mai 1940 : Réalisation des poutres supportant les abat-sons en
béton armé. Attachement figuré n° 82.
166 Arnaud TIMBERT

Fig.3 : Paris, Méd. Arch. Pat. : Fonds ancien. S. n° Chevet de la cathédrale. (© Méd. Arch. Pat.).

Fig.4 : Paris, Méd. Arch. Pat. : 81/060, n° d’identification 456/6, carton 113 : A. Collin, Attachement
figuré n° 24. Elévation d’une ferme.
La charpente en béton de la cathédrale Notre-Dame de Noyon 167

quelques années auparavant, par A. Collin, pour la réalisation d’un beffroi,


construit dans la tour nord372 et destiné à recevoir quatre cloches, dont une
supérieure jointe à une structure triangulaire. Sous les poutres maîtresses, afin de
neutraliser les vibrations, entre le plancher bas en ciment armé, des patins de plomb
de 0,05 d’épaisseur doivent, eu égard à la résistance de ce métal à l’écrasement,
permettre d’assurer que les parties de ciment armé ne soient jamais en contact. Le
plancher bas, constitué de fortes poutres en ciment réunies par une dalle avait pour
but de former une sorte d’enrayure au-dessous du beffroi et d’assurer sa stabilité. Ce
projet fut retenu373 et l’autorisation d’entreprendre les travaux signée le 30 juin
1922374.

La charpente dessinée par A. Collin renvoie aux structures anciennes à


chevrons formant fermes ( fig.4-5). Les fermes et leurs entraits prennent appui sur
des sablières constituant un chaînage, autour du monument, confortant ainsi la
structure à ce niveau, et se prolongent en jambettes retenues par des culots
maçonnés. A mi-hauteur, un faux-entrait sert de support à un poinçon cylindrique
tandis que des liernes relient les fermes entre elles à ce niveau. Les fermes sont
également associées par un triple rang de pannes et d’une panne faîtière.
Cette structure, héritière directe de celle élaborée à la période médiévale375,
est également proche des réalisations d’E. Brunet à Laon, Saint-Quentin et
Soissons, témoignant à la fois d’une certaine pérennité des schémas, malgré la
variation des matériaux, et d’une homogénéité des techniques déployées en Picardie
à cette période.
A ce titre, les combles de la tour porche de Saint-Quentin sont également
disposés sur une semelle continue recouvrant la plus grande partie de l’arase des
murs, laquelle semelle est ancrée en divers points et tient lieu, dans une large
mesure, de dalle de répartition des charges ; suivant la méthode adaptée au Moyen
Age, y reposent les fermes maîtresses. Ces fermes, aussi légères que possible, sont
reliées à l’aide de pannes, faîtage et sous-faîtage. Ces derniers sont réunis entre eux

372 Paris, Méd. Arch. Pat. : 81/060, n° d’id. 456/2, carton 109 : Rapport d’A. Collin, 4 janvier 1922 :
Etablissement d’un beffroi en ciment armé dans la tour nord.
373 A. Collin étudia deux projets, un beffroi en charpente et un beffroi en ciment armé. Le second projet

lui apparut immédiatement plus économique : le beffroi en charpente était en effet évalué à 49,500 frcs,
tandis que celui en ciment armé ne revenait qu’à 45,600 frcs. Paris, Méd. Arch. Pat. : 81/060, n° d’id.
456/2, carton 109 : Rapport d’A. Collin, 4 janvier 1922 : Etablissement d’un beffroi en ciment armé dans
la tour nord.
374 Un beffroi en bois, moins ambitieux, fut réalisé en 1950 dans la tour sud. Paris, Méd. Arch. Pat. :

81/060, n° d’id. 456/10, carton 117 : 1950 : Exécution d’un beffroi pour la mise en place des deux cloches
dans la tour sud.
375 P. Hoffsummer, « Les faits saillants d’une évolution », Les charpente du XIe au XIXe siècle. Typologie

et évolution en France du Nord et en Belgique, Cahiers du Patrimoine, Paris, Monum’, 2002, p. 259-278.
168 Arnaud TIMBERT

Fig.5 : Paris, Méd. Arch. Pat. : 81/060, n° d’identification 456/6, carton 113 : A. Collin, Attachement
figuré n° 24. Passerelle.
La charpente en béton de la cathédrale Notre-Dame de Noyon 169

par des contrefiches. La charpente de la nef est identique : ses fermes maîtresses
sont prévues au droit des arcs doubleaux des voûtes hautes, avec un dispositif
d’entrait, potelets et liens permettant de renforcer lesdits arcs, dont la plupart sont
très déformés et bandés par de forts chaînages en fer ajoutés après coup, lesquels
pourront être de ce fait supprimés376. Pour la charpente de Soissons, achevée durant
l’année 1927-1928, E. Brunet, afin de ne pas trop surcharger les murs gouttereaux
et, partant, les piles inférieures, s’efforce de rendre aussi légère que possible cette
ossature armée. C’est ainsi qu’après étude avec l’exécutant (entrepreneur Henri
Quénin), l’épaisseur des éléments est réduite à 0,12 m de largeur. La jonction des
pièces longitudinales en liaison avec les anciennes, en bois, se fait à l’aide de
lambourdes moisées boulonnées avec celles-ci377.

Cette structure, proche de celle adoptée par Collin à Noyon, présente en


effet plusieurs intérêts mis en valeur par Brunet dès 1927. La réunion d’éléments
coffrés et moulés sur place se prête aux irrégularités en plan et en élévation et
constitue un ensemble indéformable. Malgré le prix élevé des bois de coffrage dans
la confection des charpentes monolithes, il est avéré que la plupart des autres
systèmes ne sont guère plus économiques, par suite de la complication du montage,
de la pose et des sujétions d’assemblages. C’est sans doute la raison pour laquelle
presque tous les architectes et constructeurs adoptent le principe de charpente à
chevrons formant fermes coffrés sur place, dont l’exécution répond, avec souplesse,
à tous les problèmes tandis que la charpente d’H. Deneux378, inspirée de Philibert
Delorme379, lancée à Saint-Jacques, à Saint-Remi et Notre-Dame de Reims, n’a
qu’un écho modeste.

376 E. Brunet, op. cit., n° 81, 1927, p. 364.


377 E. Brunet, op. cit., 1928, p. 86-87.
378 « Le système […] consiste en l’emploi de planches de ciment armé moulées à l’avance et d’un poids tel

que la mise en place de chaque élément puisse se faire par un ou deux ouvriers, sans aucun engin de levage.
Ces planches de ciment armé sont exécutées à pied d’œuvre, dans de simples cadres en bois. Des entailles
et des mortaises sont ménagées à la demande de la combinaison des pièces pour leur assemblage. Le même
cadre permet d’exécuter sans discontinuité, autant de pièces semblables qu’il est nécessaire pour
l’ensemble du travail, le décoffrage s’effectuant aussitôt le pilonnage de la pièce terminée. Il en résulte de
l’emploi de ce procédé une très grande économie de coffrage. » H. Deneux, op. cit., 1927, p. 16.
379 M.-R. Campa, « Le Nouvelles inventions pour bien bastir et a petits fraiz di Philibert De l’Orme : un

nuovo modo di concepire le coperture in legno », Le Nouvelles inventions di Philibert de l’Orme, dir. M.-R.
Campa, Rome, 2009, p. 99-120.
170 Arnaud TIMBERT

Pièce justificative

Archives de la Médiathèque de l’architecture et du Patrimoine : 80/11/30

Concours d’Architecte en Chef des Monuments historiques.


Cathédrale Notre Dame de Noyon, devis descriptif et attachements figurés, 1925.

f° 3
Ceinture en ciment armé au transept sud.
Le béton employé à la confection sera dosé à 300 Kg de ciment de
Portland certifié pour 0 m3, 450 de sable et 0m3, 800 de gravillon. Il y aura lieu
d’établir la liaison de l’armature de la ceinture à celle des trous d’ancrage dans les
piles.
Comble en ciment armé.
Les fermes, pannes et sablières du comble seront exécutées en ciment
fretté. Les fermes principales se composeront de sept parties. 4 consoles-sabots, 1
entrait et 2 panneaux arbalétriers. Les fermes secondaires se composeront d’un
entrait retroussé et de 2 arbalétriers chacun de ces éléments devra présenter sur ses
faces d’assemblage des fers d’attente susceptibles d’assurer l’armature des jonctions
avec les pièces voisines. Ils seront moulés en bas du chantier. Ces pièces seront
montées et mises en place au moyen de bigues placées sur le mur gouttereaux. Le
remplissage des bardeaux armés sera exécuté comme il est indiqué au dessin [dessin
ne figurant pas au dossier]. Il comportera un enduit au plâtre sur chacune de ses
faces. Dans l’enduit supérieur on scellera au moyen de clous en cuivre les voliges de
la couverture en ardoises en montant l’enduit. Le remplissage en bardeaux sera
hourdé en partie de ciment de Portland aux proportions indiquées.