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La Tradition (Paris.

1887)

Source gallica.bnf.fr / MuCEM


La Tradition (Paris. 1887). 08/1890.

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e3

N° VIII. — 4e Année. (No 41) Le Numéro : Uu franc. Août 1890

REVUE GÉNÉRALE
des Contes, Légendes, Chants, Usages, Traditions et Arts populaires

Direction :
MM. EMILE BLËMONT ET HENRY CARNOY

PARIS
Aux bureaux de la TRADITION
128, BOULEVARD DU MONTPARNASSE

Librairie LECHEVALIER Librairie H. WELTER


Quai des Augustins, 39 Rue Bonaparte, 59
ALLEMAGNE,.AUTRICHE, RUSSIE :

Joseph. BAER et Co, Frankfurt. a. M.


No 41. LIVRAISON D'AOUT 1890. 4e Année. No VIII.

I. — LES NOCES DU SOLEIL, récit populaire bulgare. — Mme L,. Schischmanova..


— Remarques sur le coûte. — Michel Dragomanov, Professeur à
l'Université
de Sophia.
I. — ESTHÉTIQUE DE LA. TRADITION. — Henry Cornoy.
III. — LE FOLKLORE DE LA BELGIQUE. — VIII. — Alfred narou.
IV. — CHANSONS POPULAIRES DE LA CARNIOLE. — A. Grün. — Traduction de
E. de Néméthy et Georges Doncieux.
V. — MOYEN DE RETROUVER LE CORPS D'UN NOYÉ. — René Stiébel. -
VI. — MOISE, SAINT-JEAN-BAPTISTE ET HYZYR,Légende turque.— Jean Nicolaïdes.
VIL — DEVINETTES ET ENIGMES POPULAIRES. — Vicomte de Colleville.
VIII. — LES PETITES FLEURS ET LES SAPINS. Apologue chinois. — Paul Hu-
gonnet.
IX. — NAINS ET PYGMÉES. — I. — Emile Blémont.
X. — LE FOLKLORE AU CANADA. — I. -
R. P. Burtln.
XL — LA PLUIE D'OREILLETTES ET DE FÈVES ROTIES. — Dr Berenger Féraud.
XII. — CHANSONSPOPULAIRES DE LA BOURGOGNE. — J. Surya.
XIII. — TRADITIONS DE LA BEAUCE. — Mme do Nittis.
XIV. — LES RUSSES CHEZ EUX. — VIII. — Armand Sinval.
-
XV. — GLANES TRADITIONNISTES C. de Warloy.
XVI. — LE MOUVEMENT TRADITIONNISTE. — H. C.
XVII.— A NOS ABONNÉS.

COMITÉ DE RÉDACTION

MM. Paul ARÈNE, Emile BLÉMONT, Henry CARNOY, Raoul GINESTE,


Paul GINISTY, Ed. GUINAND, Gustave ISAMBERT, Charles LAN-
CELIN, Frédéric ORTOLI, Camille PELLETAN, Charles de SIVRY,
Gabriel VICAIRE.

LA TRADITION paraît le 15 de chaque mois par fascicules de 32 à 48 pages d'im-


pression, avec musique et dessins.
L'abonnement est de 15 francs pour la France et pour l'Étranger.
Il est rendu compte des ouvrages adressés à la Revue.
Adresser les adhésions, lettres, articles, ouvrages, etc. à M. Henry Carnoy, pro-
fesseur au Lycée Louis-le-Grand, 128, boulevard du Montparnasse, à Paris
Les lettres, etc., à l'adresse particulière de M. Emile Blémont doiventêtre adres-
sées, 16, rue d'Offémont. Paris.
RÉCIT POPULAIRE BULGARE

Le Soleil se fiança et envoya des invitations à sa noce à toutes


les bêles de la terre. Tous les quadrupèdes et volatiles arrivèrent;
seul le Hérisson manquait. Enfin, lui aussi arriva, monté sur son
Ane. Le soleil vint à sa rencontre, lui souhaita la bienvenue, et puis
s'en alla surveiller comment l'on mettait la table pour ses hôtes. Le
Hérisson attacha son âne, et, au lieu de foin, plaça devant lui une
pierre blanche à ronger; puis il rejoignit les hôtes.
Peu après, le Soleil sortit pour voir ce que faisaient les bêtes
sur lesquelles les gens de la noce étaient arrivés, et ordonner qu'on
leur donnât aussi à manger. Il vit que devant la monture du Héris-
son était posée une pierre. Il demanda : « Qui a fait cela ? et pour-
quoi l'a-t-il fait ? » Le Hérisson répondit : « C'est moi qui l'ai fait
et je l'ai fait pour que la mule s'habitue à manger des pierres.
— Pourquoi cela?demandèrent les hôtes. — Parce que, à présent,
pour nous et notre bétail, il n'y a pas d'autre salut. Jusqu'à pré-
sent, nous n'avions qu'un Soleil, et cependant quand il chauffait
trop, l'été, l'herbe et les forêts étaient brûlées... Et à présent, quand
le Soleil se sera marié, ne viendra-t-il pas au monde d'autres so-
leils encore ? Quand ces nouveaux soleils commenceront à chauffer
à tort et à travers, les uns après les autres, naturellement, tout
sera brûlé, et il ne restera pour nourrir nos bêtes que de la pierre ;
c'est pour cela qu'il vaut mieux dès à présent les y habituer, i
Aussitôt tous les hôtes s'écrièrent : « Le Hérisson a raison. Et
puisque la pierre ne se mange pas et puisqu'on ne peut vivre de
pierre, il vaut donc mieux que le Soleil ne se marie pas. »
Ayant dit cela, ils partirent, et le Soleil abandonna l'idée de se
marier.
Traduction
de MME L. SCHISCHMANOVA

REMARQUES SUR LE CONTE PRÉCÉDENT

Le fond du récit bulgare appartient au cycle des fables dites ésopi-


ques. Nous le trouvons dans Gabrias ( Fable xx) Phèdre (I, 6) Romu-
226 LÀ TRADITION
lus (Fable VII) et chez les fabulistes du moyen-âge et des temps moder-
nes (Marie de France, Fable vr, La Fontaine, VI, 12).
Phèdre met la fable dans la bouche d'Esope à propos des noces d'un
voleur, son voisin, et fait protester les grenouilles contre le mariage du
Soleil. Interrogées par Jupiter sur la cause de leurs clameurs, les gre-
nouilles répondent : « Un soleil suffit maintenant pour dessécher nos
marais. Que nous arrivera-t-il s'il a des enfants ? » Là-dessus la fable
finit.
Jacques de vitry s'éloigne du fonds ésopique. « Combien sont fous
les gens qui bondissent de joie quand il naît des fils à leurs maîtres.
Non, la pluralité des maîtres n'est pas chose dont il faille s'applaudir. On
dit que le dieu Soleil, celui qu'on appelle Phoebus, donne le jour, ayant
pris femme, à un autre soleil. Or, tandis que beaucoup se réjouissaient
d'avoir deux Soleils, la Terre pleurait, et, comme on lui demandait
pour quel motif elle ne prenait point part à l'allégresse commune,
elle répondit : Un seul Soleil me desséchait quelquefois à ce point que
je ne pouvais rien produire. Combien plus deux Soleils vont me dessé-
cher et me rendre stérile ! (Journal des Savants, 1890, février, p. 119.
— Les contes moralises de Nicole Bozo, d'après les manuscrits de
Londres et de Cheltenhem. par H. Falmir Smith et Picheyer, critique
ae M. Horéau.
On voit d'après ces comparaisons que le récit bulgare, où le soleil,
devant les plaintes, renonce au projet de se marier, a perdu par celte
différence le caractère d'une fable-apologue,comme cela arrive souvent
dans les variantes orales des fables.
Sophia (Bulgarie), juillet 1890.
Michel Dragomanov,
Professeur à l'Université de Sophia.

Sous ce titre, M. Blémont vient de publier dans la Collection internationale


de la Tradition (T. VII) une étude très curieuse sur laquelle nous appelons l'at-
tention des folkloristes. Nous reproduisons ci-dessous la préface que M. Hen-
ry Carnoy a écrite pour ce volume.

Le temps n'est pas éloigné où les traditionnistes se demandaient


encore avec anxiété si le Folklore serait jamais une science dans la
véritable acception du mot. Des documents étaient réunis de toutes
parts ; les enquêtes se multipliaient ; les matériaux étaient rassemblés ;
mais l'architecte manquait. Des essais de synthèse avaient été faits
cependant. Mais il ne s'était dégagé de tous ces efforts que des oeu-
vres éphémères renversées aussitôt qu'édifiées. L'école anglaise de tra-
ditionnisme, représentée par MM. Tylor, Maines et Lang, semble être
plus heureuse que ses devancières. Comme Darwin reprenant l'oeuvre
LA TRADITION 227
de Lamark et fondant la science de l'évolutionnisme en histoire na-
turelle, de môme Tylor et Lang, adoptant les idées françaises du pré-
sident de Brosses, de Laffittau et de Dulaure, ont posé nettement les
principes de la science du Folklore, basée sur l'analogie des produc-
tions de l'esprit humain dans des conditions parallèles de culture et
de civilisation. Le Traditionnisme est actuellement une science sortie
des tâtonnements des procédés empiriques. Le Folklore comptera au
nombre des grandes conquêtes du XIXe siècle.
Il s'en faut de beaucoup cependant que la Tradition populaire ait
été étudiée sous toutes ses faces. Un des côtés les plus intéressants du
Traditionnisme, le côté philosophique et esthétique, n'avait encore
jusqu'ici tenté aucun étudiant du Folklore. On saura gré à M. Emile
Blémont d'avoir essayé, dans le présent onvrage, de dégager le rôle
social, esthétique et philosophique de la tradition populaire.
M. Emile Blémont était tout indiqué pour ce travail. Comme poète,
auteur dramatique, journaliste, critique d'art, M. Blémont doit être
classé parmi nos meilleurs écrivains français contemporains. Servi
par d'immenses lectures, par des études de premier ordre, par des
connaissances approfondies dans toutes les branches de la littérature,
des sciences et de la philosophie, doué d'un grand talent d'artiste et
d'écrivain, ses oeuvres se distinguent toujours par le fonds et la criti-
que, par un style sobre, précis et clair qui n'exclut pas la richesse de
la forme.
Depuis longtemps, M. Blémont avait compris le haut intérêt que
présentent les recherches de traditionnisme. Pris de belle passion pour
le Folklore, il s'est mis à l'étude des questions si complexes que présen-
te cette jeune science.
Le premier résultat de ce travail fut le programme qu'il écrivit pour
le début de la Revue La Tradition (avril 1887). Ses Poèmes de
Chine, qui parurent quelque mois plus tard, sont, comme l'a dit le
maître écrivain Paul Arène, une oeuvre franchement traditionniste.
Au Congrès des Traditions populaires tenu à Paris en 1889 à l'occasion
de l'Exposition universelle, M. Blémont, secrétaire du Congrès, lut
l'étude qu'il avait intitulée : Fonction Sociale de la Tradition. Cette
lecture fut très remarquée et obtint le plus franc succès lors de sa pu-
blication dans notre Revue. Citons encore de M. Blémont, en dehors
de nombreuses études insérées dans le même recueil, un important arti-
cle sur l'Histoire de la Chanson populaire en France, et, tout particu-
lièrement, l'introduction écrite pour les Etudes traditionnistes de M.
Andrew Lang, avant-propos qui est un modèle de critique synthétique,
de goût et de style.
L'Esthétique de la Tradition sera accueillie avec faveur par les lec-
teurs de la Collection internationale, et contribuera certainement à
l'orientation nouvelle de notre littérature.
HENRY CARNOY.
228 LA TRADITION

VIII

GROTTES ET CHATEAUX RUINÉS

Le Luxembourg, les provinces de Liège et de Namur, offrent aux


amateurs de traditions populaires une mine particulièrement féconde ;
ils trouveront notamment dans les ruines des vieux castels qui y pul-
lulent une foule de légendes et de naïves croyances des plus intéressan-
tes. En voici quelques-unes citées au hasard de la plume.
A Rochefort (province de Namur), les habitants assurent que les
souterrains du vieuxchâteau ruiné qu'on y remarque ne peuvent être
comblés et que les esprits y ont élu domicile.
A Chasse pierre (Luxembourg), au bord de la Semoy, on montre de
vieilles masures, appelées Tour de Brunehault, où, à certaines époques
de l'année, on entend des gémissements (1).
Une montagne des environs (2) de Virton (Luxembourg), porte le
nom de Trou des Fées. Un coteau voisin s'appelle le Château Renaud;
plus loin on rencontre une montagne beaucoup plus élevée,qui se nomme
le Château de Montauban.
On vous dira tout haut, écrit M. Du Mont (3), que ces endroits ont été
jadis la demeure des Quatre Fils Aimon, que c'est là qu'ils se reti-
raient, que c'est de là qu'ils partaient pour leurs expéditions aventu-
reuses, que c'est là qu'ils rapportaient le butin qu'ils avaient fait sur
les mécréants, et qu'ils venaient se reposer de leurs travaux merveil-
leux. Puis on ajoutera tout bas que des spectres et des fantômes y
apparaissent de temps en temps. Et ces spectres se présentent presque
toujours, ou en forme de barres de fer rougies au feu, et venant tra-
verser la route devant le voyageur tremblant, ou sous l'aspect de feux
follets, sautillant, dansant une sarabande infernale. Le Trou des fées
est surtout l'objet de la terreur des campagnards. Il y a un peu plus
d'un siècle, un paysan, plus hardi que les autres, résolut d'explorer
l'intérieur de cette montagne par une entrée qui y donne accès au
Nord. Le malheureux ne revit jamais le jour.

(1) Cette légende nous en rappelle une autre d'un même genre. A la ba-
taille de Roosebeke (1382), Philippe van Artevelde, fils du célèbre tribun
gantois, fut tué, son corps fut emporté et pendu à un arbre voisin. Les habi-
tants montrent encore aujourd'hui un tilleul isolé, connu sous le nom de
Schreyboom (arbre des gémissements), où l'on prétend que cet acte de bar-
barie fut commis. On dit dans le pays, que l'on entend parfois près de cet
arbre, des cris de combattants et de blessés.
(2) A une lieue et demie de Virton.
(3) Académie d'Arch. de Belgique, T.I, p. 374.
LA TRADITION 229
On peut juger des histoires nombreuses qui circulèrent aussitôt dans
le pays. — Ces lieux étaient sacrés. — Les fées endormies se sont ven-
gées. — Ce souterrain récèle des secrets qui ne doivent pas être dévoilés
aux profanes, etc.
IX
LÉGENDES SUR QUELQUES ÉGLISES

a). L'église cathédrale de Notre-Dame, à Tongres (Limbourg). — Vers


l'an 1240, on reconstruisit l'église de Tongres. La tradition populaire
prétend que cent ouvriers étaient occupés à la bâtisse, et que chaque
samedi, quatre-vingt-dix-neuf d'entre eux venaient chercher leur salaire
mais que le centième manquait toujours à l'appel. On conclut de là
qu'un être céleste avait aidé à reconstruire la cathédrale!
b). Liège.— La cathédrale actuelle a été bâtie à l'emplacement indiqué
et tracé par une pluie de neige tombée au mois de juillet (Bulletin de
l'Acad. d'arch. de Belgique, t. If, page 154),

PROCESSIONS ET PELERINAGES

Quelques processions et pèlerinages du pays méritent de fixer l'at-


tention ; nous citerons notamment:
a). La procession de Fumes (Flandre occidentale), qui a lieu le der-
nier dimanche de juillet et dans laquelle le drame de la vie et de la
passion du Christ est figuré, mimé, parlé. Véritable mystère, nous dit
M. J. d'Ardenne, dans son excellent Guide illustré de la côte de
Flandre, qui se joue encore au pays de Flandre et dans quelques val-
lées perdues de la Suisse et du Tyrol. L'origine de cette procession re-
monte à l'an 1100 ; depuis lors, il s'est introduit dans le drame sacré
diverses fantaisies profanes. On y trouve notamment représenté à cer-
taines époques Reuze, c'est-à-dire Goliath, personnage comique, que
les polissons escortaient en chantant :
Moeder ontsteek het beste hier, De Reuze is hier.
bouts-rimés qui peuvent se traduire par : Mère, prépare la meilleure
bière, le géant est ici. En 1609, nouvelle intrusion profane ; les Sibylles
personnifiées par des jeunes filles. Voici la composition actuelle de
cette procession :
L'étendard de la Sodalité entouré de pénitents. — Les huit pro-
phètes. — Les trois châtiments de David (la guerre, la famine et la
peste). — L'étable de Bethléem avec Marie et Joseph (ce que l'on voit
encore dans cette étable, dit textuellement le scénario, c'est l'âne et la
vache, les bergers et les mages). — La circoncision. — La fuite en
Egypte. — La cour d'Hérode. — Jésus et les Docteurs. — L'entrée du
Christ à Jérusalem. — La Cène. — Le Jardin des Olives. — La trahi-
son de Judas. — Le Christ garrotté. — Le reniement de St-Pierre. —
Le repentir du même. Christ revêtu d'une robe blanche. — La
— Le
flagellation. — Le couronnement. L'Ecce Homo.
— Le portement de

230 LA TRADITION
la croix. — Ste-Véronique. — Le crucifiement. — La résurrection. —
Le St-Sépulcre (sur un corbillard traîné par des chevaux). — La croix
de la Sodalilé. — Le clergé de Ste-Walburge et de St-Nicolas avec le
dais fermant la marche.
b). La procession du St-Sang, à Bruges (Flandre occidentale). — La
chapelle de St-Basile ou du St-Sang renferme quelques gouttes du sang
du Christ, que Thierry d'Alsace, XVe comte de Flandre, rapporta de
Palestine, à son retour des Croisades, en 1148. On affirme que ce sang
se liquéfia tous les vendredis jusqu'en 1302, époque des Vêpres ou Ma-
tines brugeoises (massacre des Français) ; depuis lors il resta figé. De
nos jours, la procession du Saint-Sang parcourt les rues de Bruges
chaque année, et remplace le miracle hebdomadaire d'autrefois.
Le miracle du Saint-Sang de Bruges nous rappelle celui de St-Jan-
vier (1) à Naples, si connu dans le monde entier comme un exemple
remarquable de la crédulité populaire.
c). La procession de Céroux-Mousty (Brabant). — Il existait, il y a
quelques années, dans cette commune, un usage assez singulier. A la
fin de l'octave de la Fête-Dieu, on y faisait, vers 7 heures du soir, une
procession qui portait le nom poétique de Procession des Roses.
d). L'église de Ste-Catherine de Dieghem (Brabant), à 10 k. N. E. de
Bruxelles, est un lieu de pèlerinage très fréquenté en l'honneur de
St-Corneille (2). Le lundi de Pâques, jour de la kermesse, une foule
innombrable s'y rend de Bruxelles et des environs. Le matin de ce jour
on célèbre dans l'église de Dieghem une messe solennelle, que les pè-
lerins, porteurs d'offrandes les plus variées, telles que coqs, canards,
etc., entendent dévotement. Pendant l'office, le chant des coqs, les cris
des canards, se mêlent aux chants liturgiques, et donnent au temple
un vague aspect de marché couvert. Le lendemain ou les jours sui-
vants, le curé vend ces offrandes au profit de l'église (3).
e). Le pèlerinage de St-Hubert (Luxembourg) est l'un des plus consi-
dérables de la chrétienté; on vient y invoquer le saint contre la rage. Il
a été trop souvent décrit pour que nous nous y arrêtions plus long-
temps (4).
(1) On sait que le jour du miracle le sang du saint entre en ébullition.
(2) Ce saint est particulièrement invoqué contre les convulsions des
enfants.
(3) Ces offrandes en nature et ces ventes aux portes du temple,sont aussi
en usage à St-Antoine (Brecht), à Braeschact, etc., localités situées dans la
Campine anversoise. Dans plusieurs villages du Brabant qui honorent saint
Servais comme patron, les paysans brouettent, le jour de sa fête, des veaux
comme offrandes à l'église. Les veaux se vendent ensuite publiquement de-
vant le portail, et le produit de cette vente devient d'autant plus considéra-
ble, que le même veau est parfois, à plusieurs reprises, offert à l'église par
les acheteurs ( Calendrier belge, baron de Reinsberg, T. I, p. 329).
(4) On trouvera l'histoire complète du pèlerinage dans les Variétés histo-
riques, T. II, et surtout dans la belle étude du P. Le Brun, Histoire critique
des pratiques superst.
LA TRADITION 231
f). La procession et le pèlerinage d'Hoogstraeten (province d'Anvers).
— La procession du Saint-Sang ou du Saint-Linge donne lieu chaque
année à un célèbre pèlerinage qui dure huit jours. Chaque année, le
29e jour de mai, on expose dans l'église de Ste-Catherine, à Hoogstrae-
ten, un linge imbibé de sang. En 1080, sous le pontificatd'Urbain VI, il
arriva qu'un prêtre du nom d'Eligius van Aker, célébrant un jour la
messe dans l'église de Boxtel (Pays-Bas), renversa sur l'autel le calice
renfermant le vin. A peine le calice se fut-il renversé, que la nappe de
l'autel fut teinte d'un sang vermeil et chaud. Le prêtre, effrayé, se hâta
de dérober à tous les regards le linge maculé et le plongea dans les
eaux de la rivière pour faire disparaître les taches ; peines inutiles, la
tache revenait toujours. A son lit de mort, il conta le cas à son confes-
seur qui lui remit ses péchés et fit transporter le linge dans l'église de
Boxtel, où il fut, une fois par an, exposé à la vénération des fidèles. A
l'époque de la Réforme, on pouvait craindre un vol ; on le transporta
chez les béguines de Bois-le-Due. Peu après, l'abbaye de St-Michel
(Anvers) réclama et obtint le dépôt, qui fut enfin transporté à Hoogs-
traeten avec la permission du comte de Bassigny, baron de Boxtel.
Dès le samedi, veille du dimanche de la Trinité, on voit arriver à
Hoogstraeten de longues files de pèlerins, chantant des cantiques et
précédés de prêtres en surplis et de bannières déployées. Leur premier
soin en arrivant à destination, c'est de se rendre à l'église et de s'y
confesser. On songe ensuite à trouver un gîte pour la nuit, ce qui n'est
pas toujours très aisé dans de pareilles cohues ; on parvient néanmoins
presque toujours à s'installer tantbien que mal dans les granges, moyen-
nant une légère rétribution qui varie entre 0,10 et 0,50 centimes. Le
lendemain, nos pèlerins se rendent à nouveau à l'église pour y entendre
la messe et communier ; leurs devoirs accomplis, ils reprennent, en
chantant des cantiques, le chemin de la frontière, — car ce sont les
habitants des provinces méridionales de la Hollande qui fournissent le
plus nombreux contingent de pèlerins, — mais là, les bannières dispa-
raissent subitement, les cantiques cessent comme par enchantement (1).
Les servantes néerlandaises occupent la première place dans ce cor-
tège, leur nombre en est très considérable. Dans leurs contrats avec
leurs maîtres, elles font toujours stipuler qu'elles pourront se rendre
une fois l'an au pèlerinage d'Hoogstraeten.
La procession du Saint-Sang ou du Saint-Linge, parcourt les rues
d'Hoogstraeten le dimanche de la Trinité. A son passage le peuple se
met à genoux et tout, dans son attitude, révèle une foi profonde. Dans
certains cafés, on interdit le jeu de billard pendant toute la durée de la
sortie de la procession, et malheur au mécréant qui s'aviserait de mé-
connaître cette défense; il se verrait enlever billes et queue à son nez et
à sa barbe.
(1) On sait qu'en Hollande les processions, cortèges religieux, etc., hors
des églises sont formellement interdits.
232 LA TRADITION
9). Le pèlerinage de Hal (Brabant). — On remarque dans l'église de
Hal un autel privilégié, remarquable par sa célèbre statue de Notre-
Dame, qui y attire depuis des siècles, surtout aux fêtes de la Pentecôte,
un immense concours de pèlerins (1). Quand on entre dans cette église, le
premier objet qui frappe les regards est un certain nombre de boulets
disposés en pyramide et conservés soigneusement. Ces boulets rap-
pellent un des miracles de Notre-Dame de Hal (2), comme nous allons
le voir. À la fin du xve siècle, lors du soulèvement contre Maximilien,
un nommé Philippe Clivius trouvant que la ville de Hal était un obstacle
aux projets des révoltés, résolut de s'en emparer. A la tète de six mille
hommes déterminés, et muni de force machines de guerre, il assiégea
la ville. Ses boulets foudroyèrent bientôt Hal et l'assaut fut ordonné.
Les bourgeois effrayés du péril, allèrent se prosterner devant l'autel de
la Vierge, la suppliant d'écarter le danger qui les menaçait. Leur prière
fut interrompue par l'arrivée subite d'un inconnu, dont on ne sut expli-
quer la présence, et qui vint annoncer l'approche d'une armée de se-
cours. A cette nouvelle inattendue, le courage des habitants de Hal se
ranima et, après plusieurs sorties heureuses,ils forcèrent les assiégeants
à abandonner leurs tentes, leurs blessés, tout leur attirail de guerre et
à lever le siège. C'est en mémoire de cet événement que l'on conserve
dans l'église de Hal quelques-uns des boulets de Clivius.
Enfin, un dernier détail. La statuette de Notre-Dame de Hal est deve-
venue complètement noire par la fumée des lampes et des bougies
brûlées en son honneur. D'après la croyance populaire, cette couleur
particulière de la Vierge serait due à la poudre et rappellerait le fait de
guerre dont nous venons d'entretenir nos lecteurs.
h). Le pèlerinage de Montaigu (Brabant). — L'église de Montaigu
(Scherpenheuvel en flamand) est un lieu de pèlerinage renommé depuis
le commencementdu XVIIe siècle. Un jour, un berger mena paître son
troupeau sur la colline où s'élève aujourd'hui l'église. Il y avait sur
cette colline un vieux chêne isolé qui répandait beaucoup d'ombre. Le
berger s'en approcha, et, pour s'abriter de l'ardeur du soleil, il alla
s'asseoir sur ses racines. Il s'aperçut alors qu'une petite image de la
Vierge, suspendue habituellement au tronc de ce chêne, en avait été
détachée par un ouragan. Le berger, homme pieux, ne voulant pas la
laisser à terre, la ramassa et la mit dans son sein, dans l'intention de
l'emporter chez lui. Quand il vit que son troupeau avait achevé de
paître le peu d'herbe qui se trouvait en cet endroit, il se leva et voulut
continuer son chemin. Mais il semblait que ses pieds eussent pris ra-
cine ; il demeura immobile comme la femme de Loth changée en statue
de sel. Cependant, le soir arriva. Quand le soleil fut couché, le maître
ne voyant rentrer ni son berger ni son troupeau, en conçut de l'inquié-
(1)Juste Lipse a écrit l'histoire de cette Vierge miraculeuse.
(2) Pour plus dé détails, lire l'ouvrage de M. de Reume, intitulé : Les
Vierges miraculeuses de la Belgique.
LA TRADITION 233
tude et sortit pour aller à sa rencontre. Il le chercha, et le trouva enfin
sous le vieux chêne, dans l'attitude d'un homme pétrifié. Le maître
irrité commença par lui adresser des reproches sur sa lenteur. Mais,
quand le berger lui eut conté quel prodige s'était opéré en lui, le maître,
frappé d'admiration, reprit l'image et la replaça à l'endroit d'où elle
avait été détachée. Aussitôt le berger se trouva libre. Tous deux alors,
par un mouvement spontané, se jetèrent à genoux et adorèrent Dieu,
dont la puissance venait de se révéler d'une manière aussi inattendue.
Ils retournèrent chez eux et contèrent le miracle à leurs voisins. Bientôt
la renommée en répandit le bruit dans toute la contrée. Ce miracle
semblait n'avoir été que le prélude ou l'annonce de tous ceux qui de-
vaient s'y opérer dans la suite. A dater de ce jour, il ne se passa plus
de semaine qui ne fût signalée par quelque prodige nouveau opéré par
l'intermédiaire de cette image. Bientôt elle devint si célèbre, qu'il se
formait des caravanes entières de pèlerins qui accouraient pour la visi-
ter, principalement des villes de la Campine et du Brabant (1).
De nos jours, l'affluence des pèlerins n'est guère moins considérable;
leurs offrandes s'élèvent à des sommes élevées. Nous avons vu devant
l'autel de la Vierge des tas de pièces de monnaie qui auraient aisément
rempli plusieurs chariots. On vend dans la localité des petits drapeaux
triangulaires en papier représentant le miracle de Montaigu.
(A suivre). ALFRED HAROU.

Traduites de A. Grûn, par E. de Némèthy et G. Doncieux


IV
L'HIVER
Il est tombé chez nous beaucoup de neige,
Les hommes en ont par-dessus les genoux.

(1) Vers 1580, l'image de la Vierge disparut, et un pieux magistrat de


Sichem (village voisin), voyant que le nombre dès pèlerins, loin de diminuer,
augmentait de jour eu jour, malgré les courses dès iconoclastes, y substitua
une autre vierge, qu'il mit dans une petite niche en bois et qu'il attacha au
chêne à l'endroit où avait été la première. Elle y resta jusqu'en 1602. Alors
un curé de Sichem fit construire au pied de l'arbre une chapelle en bois et y
plaça l'image. Mais la chapelle devint bientôt trop étroite. Mathias van den
Hove, archevêque de Malines, fit alors abattre le vieux chêne qui menaçait
ruine et dont les fidèles se partagèrent les morceaux comme des reliques. Il
fit élever une chapelle en.pierre de taille, dans laquelle il plaça l'image et
qu'il consacra en l'honneur de la Ste-Viergé. Peu de temps après, les archi-
ducs Albert et Isabelle posèrent la première pierre (1609) de la magnifique
église qu'on y remarque aujourd'hui.
234 LA TRADITION
Elle est tombée sur neuf villages,
Et sept églises en même temps ;

On ne voit partout, dans la vaste campagne,


Que la pointe du clocher neuf.

Le Merle noir est perché au sommet du clocher.


Il y siffle et chante d'une belle manière :

« O quele printemps revienne vite,


Qu'il ôte vite la neige des montagnes, '

Qu'il hâte la croissance des fraises,


Des petites fraises et des aimables violettes,

Et que les jeunes filles fassent la cueillette alentour,


Qu'alors le Merle noir les revoie ! »

LIBERTÉ

L'oiselet chante,
Sur l'arbre vert.
Il a été vu
Par la dame du château blanc :
«Viens, mon petit oiseau,
Viens dans le petit château blanc !
Près de moi,
Tu goûteras de fines pâtisseries,
Tu goûteras finement,
Tu boiras aussi du Malvoisie;
Près du petit prince,
Du jeune petit prince, tu percheras,
Tu percheras près de lui,
Tu lui chanteras de belles chansons. »

— « Je ne veux pas, je ne veux pas


M'en aller vers Toi, jeune dame,
LA TRADITION 235
Tu m'enfermerais
Dans le petit château blanc ;
J'aime mieux voler
Dans la forêt verte ;
Je mange tant que je veux
Des grains de blé jaunes,
Je bois tant que je veux
De belle eau claire,
Je chante tant que je veux
Librement et de belle humeur. »

VI

TOURTERELLE

« Tes souliers sont pleins de rosée :


Où peux-tu être allé
Pendant la nuit ? »

— « J'etais dans le vert bocage,


Où sont les belles tourterelles
Pendant la nuit.

Elles ont des petites joues rouges,


De beaux petits becs rouges
Pendant la nuit.

J'aimais bien les tourterelles,


Mais il y en a une que j'ai prise
Pendant la nuit.

Elle a le plus beau petit bec,


Elle a les plus rouges petites joues
Pendant la nuit.

Cette tourterelle-là n'aime que moi seul,


Nous voulons vivre bellement à deux
Pendant la nuit.' »
236 LA TRADITION

VII

LAMENTATION UNIVERSELLE

«
Obrille, soleil, brille,
Toi, blond soleil ! »


Je ne puis plus briller pour loi
»
A cause de ma grande tristesse.

Quand, le matin,je me lève,


Déjà la foule des femmes geint ;

Quand le soir je me couche,


La foule des pâtres pleure encore.

Quandje luis sur la montagne,


Il n'y a que depaitvres diables I
Quandje luis dans la vallée,
Il n'y a que des mendiantes ! »
(A suivre)
G. D. et E. DE N,

La famille revêt des vêtements de deuil, entend la messe,


puis se réunit sur le rivage. On met à l'eau un pain noir clans le-
quel est fixé un cierge bénit et allumé. Le point où s'arrête cet
esquif d'un nouveau genre, est celui où est le corps recherché.
( Trêguier el environs). RENÉ STIÉBEL

LÉGENDE TURQUE.

Dans un de ses entretiens avec le Seigneur sur le mont Sinaï,


Moïse demanda la connaissance et la pénétration des mystères.
LA TRADITION 237
« C'est une science trop difficile, lui répondit le Tout-Puis-
sant. »
Moïse insistant, Dieu lui dit :
« Fais-toi des chaussures de fer et prépare un poisson cuit. Tu
te mettras en route. Tu marcheras jusqu'au moment où les sou-
liers seront usés et le poisson ressuscité, alors tu trouveras un
homme qui t'enseignera la science des mystères. »
Moïse accomplit les prescriptions du Seigneur, et, accompagné
de Saint Jean-Baptiste, il se mit en roule. Le soir, Moïse et Jean
mangeaient une partie du poisson, et le lendemain ils retrouvaient
le poisson intact.
Après une longue marche, ils arrivèrent à un endroit où deux
mers s'unissaient. Moïse s'endormit, et Jean veilla sur lui. Tout à
coup une goutte d'eau de mer fut projetée sur le poisson qui res-
suscita et se jeta dans les flots.
Moïse, à son réveil, se remit en marche avec Jean-Basptiste
qui ne lui avait point parlé du poisson ressuscité. Vers le soir, ils
s'arrêtèrent pour manger ; mais le poisson avait disparu. Saint-
Jean raconta alors ce qu'il avait vu, et Moïse retourna à l'endroit
où le poisson était revenu à la vie et s'était jeté dans la mer. Il y
trouva un homme couché sur le sol. Moïse le salua avec respect.
L'homme couché lui rendit son salut et lui dit :
« Salut à toi, Moïse, mon père !
— Qui t'a appris que je suis Moïse ?
— C'est Dieu, celui qui t'a envoyé vers moi. »
Cet homme était Hyzir.
« Que veux-tu de moi ? reprit Hyzir.
— Que tu m'enseignes la science des mystères; je le suivrai par-
tout où tu iras.
— Tu ne saurais me suivre, dit Hyzir ; tu ne peux apprendre la
science des mystères.
— Je te suivrai et j'essaierai d'étudier avec toi.
— Tu m'accompagneras, soit! Mais j'y mets une condition.
— Laquelle ?
— Tu ne t'occuperas en rien de mes affaires ! »
Moïse y consentit. Puis, ayant congédié Saint Jean-Baptiste
qu'ils engagèrent à retourner dans son pays, Moïse et Hyzir de-
mandèrent le passage à bord d'un vaisseau qui se préparait à met-
tre à la voile. Les deux hommes étaient pauvres, et leurs vieilles
hardes étaient en lambeaux ; le capitaine refusa de les accepter à
son bord. Cependant, à force de prières, Moïse et Hyzir obtinrent
Je droit de prendre place sur le navire,
238 LA TRADITION
Après un long voyage, on arriva dans un port. Hyzir fit un
grand trou dans le vaisseau sur lequel il avait voyagé gratuite-
ment.
Et Moïse pensa :
« Quelle injustice ! quelle méchanceté ! »
Hyzir, qui lisait dans les coeurs, dit à Moïse :
« Ne t'ai-je pas appris qu'il est
difficile de comprendre les mys-
tères? et ne t'es-tu pas engagé à ne l'occuper en rien de mes affai-
res ? »
Moïse se lut.
En traversant la ville, dans un endroit isolé, Hyzir aperçut un
charmant enfant endormi ; il lui coupa la tête. Moïse se révolta
en son âme contre ce crime, mais il ne dit rien à son compagnon.
Ils sortirent tous deux de la ville et arrivèrent dans la campa-
gne. Un mur était là ruiné, près de s'effondrer. Hyzir s'appuya
contre le mur, et , avec l'aide de Moïse, il le répara solidement.
Moïse pensait :
« Quelle
folie ! Hyzir tue un innocent enfant, et ensuite il répa-
re un mur ruiné perdu dans les champs ! »
Hyzir connut les réflexions de Moïse.
« Tu trouves injustes, lui dit-il,les actions que j'ai accomplies en
ta compagnie. Tu me critiques.
« Je veux bien l'expliquer les mobiles qui m'ont dirigé. Ecoute :
« J'ai avarié le vaisseau qui nous a portés gratuitement. C'est
que ce navire appartient à cinq personnes dont trois orphelins en
bas-âge qui ne vivent que par le produit de ce vaisseau. Dans la
ville où nous avons débarqué, il a y un tyran qui s'approprie tout
bon vaisseau qui entre dans le port. Le vaisseau qui nous a portés
était troué, le roi l'a laissé repartir.
« J'ai coupé la tête du jeune enfant endormi, parce que, devenu
grand, ce garçon aurait causé les plus grands malheurs à son pays
et à sa religion.
« Nous avons réparé le mur ruiné et cela t'a paru une futilité. Ce
mur est à des orphelins en bas-âge. Il renferme un trésor caché.
S'il s'était écroulé, le premier passant aurait pris le trésor. Le
mur réparé ne tombera en ruines que lorsque les enfants seront
des hommes, et ils trouveront le trésor.
« Je t'avais dit que tu ne saurais me suivre et que tu ne pourrais
apprendre la science des mystères ? N'avais-je pas raison ? Va, et
suis ta voie ! »
Et Hyzyr disparut aussitôt.
LA TRADITION 239
(Conté par Hussein-Effendi, Turc, né à Chapan-Carahissar,âgé de
37 ans, ex-préposé de la Douane, à Constantinople.)
JEAN NICOLAÏDES.

1. — J'ai une petite affaire dans le coin de mon pré; quand elle chan-
te, on l'entend des quatre coins de la France.— Le Tonnerre.
2. — Qu'est-ce qui porte une charretée de foin et ne porte pas un
sou ? — La Mer.
3. — Une petite robe blanche,
Qui n'a ni couture ni manche. — Un OEuf.
4. — Noir comme fer, Jaune comme or,
Fer n'est pas, Or n'est pas. — Un Merle.
5. — Qu'est-ce qui fait le tour du bois et ne peut y entrer ? — L'É-
corce.
6. — Qui n'a qu'un pied et un oeil, et passe la rivière sans boire ? —
Une Pomme.
7. —Qui vit sans corps, qui entend sans oreilles, qui parle sans bouche,
et que l'air seul fait naître?— L'Echo.
8. — Qui se lève de grand matin, sonne l'angelus et n'est point sa-
cristain ? — Le Coq.
9. — Un grand prophète est arrivé,
Il marche nu-pieds hiver comme été
Il a des femmes et n'est pas marié. — Le Coq
10. —Je suis sans mère; — J'ai de nombreux enfants ; — Mes enfants
sont tous pendus ; — Mes bras servent de potence ; — Je renverse le gen-
re humain. — La Vigne.
11. Je suis mort dans un bois ; un fer m'a tué, et pourtant je chante

à belle voix. —Instrumentde musique en bois.
12. —Je l'enterre, je le déterre; — Je le noie, je le dénoie ; — Je lui broie
tous les os, — Les petits et les gros. — Le Chanvre.
13. — Qui va sur le dos en procession ? — Le Livre.
14.— Qui n'est pas un arbre et a plus de cent feuilles? —Le Livre.
l5. — Je ne suis pas arbre et je porte feuilles ; — Je suis chéri des dames
— Dans leurs coeurs elle
m'enflamment;— De leurs mains elles me ca-

16.—
-
ressent. — Devinez quelle est ma finesse ? Le Livre.
Plus petit qu'un mouton,
Qui remplit toute une maison. — Jeune Enfant.
17. — Trente-deux petites dames blanches, assises dans trente-deux
petits fauteuils rouges, et une grande dame qui les commande toutes. —
Les Dents et la Langue.
240 LA TRADITION
18. — Qu'est-ce qui va et vient et ne quitte pas sa place? — La
Porte.
19. — Sept doigts, quatre pattes, une queue. — Le Gril.
20. — Qui n'est pas gros comme la queue d'une souris, — Et qui rend
tout le monde joli?— L'Aiguille.
21. — Qui est rude au passage, — Utile au mariage? — L'Alliance.
22. — Blanc et noir, — Qui se fourre dans une petite armoire. — Prêtre
au Confessionnal.
23. — Haut monté, — Court habillé, — Qui fait les bonnes femmes trot-
ter. — La Cloche.
24. — Qui entre dans les bois sans feuillarder (remuer les feuilles) ? —
Le Soleil.
25. — Qui ne parait pas plus gros que le derrière de mon chapeau et
qui est plus gros que toute la terre ? — Le Soleil.
(Hautes-Alpes).
VICOMTE DE COLLEVILLE.

APOLOGUE CHINOIS.

Sur la cime de la montagne, les sapins demeurent sérieux et hérissés.


Au bas de la montagne, les fleurs éclatantes s'étalent sur l'herbe.
En comparantleurs jeunes et fraîches robes aux vêtements sombres
des sapins, la rutilance et l'éclat de leurs couleurs à la gamme terne des
noirs rameaux, les petites fleurs se prennent à rire et les papillons légers
partagent leur folle gaité.
Mais un matin d'hiver, j'ai regardé la montagne : les sapins, tous vêtus
de blanc, étaient là graves et rêveurs.
J'ai eu beau chercher, au bas de la montagne ; je n'ai pas su y décou-
vrir la moindre des petites fleurs moqueuses.
Publié dans la Revue Générale, par PAUL HUGOUNET.

DANS LES TENEBRES DE L AFRIQUE

Sous ce titre, la librairie Hachette publie le récit fait par Stanley de


son dernier voyage d'exploration à travers la grande forêt africaine.
LA TRADITION 241
Nous détachons de ce livre si curieux les passages qui intéressent par-
ticulièrement les traditionnistes.
Voici d'abord ce que l'explorateur dit des tribus de la forêt :
Eparpillés çà et là parmi les Balessé — d'Ipoto au mont Pisgah, en-
tre les rivières Ngaiyou et l'Itouri, une région grande comme les deux
tiers de l'Ecosse, — vivent les Ouamboutti, nomades de très petite taille
et connus sous les diverses appellations de Batoua, Akka et Bazoun-
gou. Ces nains, d'une stature variant de 92 à 138 centimètres, et dont le
plus robuste ne pèse guère au delà de 40 kilogrammes, habitent la fo-
rêt vierge et se nourissent de gibier. Ils disséminent leurs campements
à 4 ou 5 kilomètres en forêt, sur le pourtour des essarts de quelque
tribu agricole, celle-ci presque toujours composée d'hommes forts et
bien découplés. Dix ou douze communautés de ces pygmées, nombrant
en tout 2,000 ou 2,500 âmes, peuvent ainsi servir d'avant-postes à
un défrichement de quelque importance. Avec leurs sagaies, leurs pe-
tits ares et leurs flèches enduites d'une épaisse couche de poison, ils
tuent l'éléphant, le buffle, l'antilope, ou bien, sans prendre tant de
peine, creusent des fosses profondes qu'ils recouvrent artificieuseme-
ment de roseaux, de feuillage et de terre ; ils construisent aussi des
hangars dont le toit, suspendu par une liane des plus fragiles, tombe
au moindre choc, emprisonnant les chimpanzés, babouins ou autres
simiens attirés par les noix ou les bananes mûres répandues sur le sol.
Sur la piste des civettes, moufettes, ichneumons et rats, ils disposent
d'ingénieuses trappes à lacets où, dans ses courses vagabondes, le pe-
tit animal se prend et s'étrangle. Outre la viande, les cuirs pour bou-
cliers, les fourrures et l'ivoire, ils se procurent du miel sauvage et des
plumes d'oiseaux. Ils excellent dans la confection des poisons, qu'ils
échangent contre bananes, patates douces, tabac, couteaux, lances
et flèches. Leurs alentours seraient bientôt dépourvus de gibier s'ils
n'exploitaient que les kilomètres carrés qui entourent la clairière ;
mais, dès que là proie se fait rare, ils partent à la recherche de nou-
veaux établissements.
Pour les agriculteurs aborigènes, leurs hauts et puissants protecteurs,
les pygmées sont des éclaireurs parfaits : connaissant les dédales de
leur coin de la grande sylve, ils donnent l'alarme quand approchent
les étrangers. Chacune de leurs demeures temporaires est un observa-
toire d'où ils surveillent les issues et abords de la clairière. Leurs villa-
ges commandent la croisée de toutes les routes ; il n'est pas de sente
qui ne les traverse. Des indigènes approchent-ils, paraissant mal dis-
posés, ils se liguent avec leurs voisins du moment et ne sont pas al-
liés à dédaigner. La flèche combat la sagette, le venin lutte contre le
poison, la ruse se mesure avec l'astuce ; le succès final est presque
toujours pour la tribu amie des Lilliputiens. Leurs proprortions minus-
cules, leur agilité, leur malice, surtout leur pratique des bois en font de
redoutables adversaires, et les peuplades agricoles savent fort bien
242 LA TRADITION
qu'en penser. Nul doute qu'elles ne soupirent souvent après le départ
de ces hôtes encombrants auxquels, en retour de maigres redevances
en fourrure ou en gibier, ils doivent laisser libre accès aux cultures,
bananeraies et jardins.
Chaque nation a ses parasites, et les tribus de la grande forêt cen-
trale ont beaucoup à souffrir de ces cruels petits hommes qui s'attachent
à elles comme la glu et les flattent pour en être bien nourris, tout en
les ruinant parleurs extorsions et pilleries.
Les huttes des pygmées témoignent d'un certain goût. Ce sont des
constructionsbasses dont la forme rappelle assez bien la moitié d'un
oeuf coupé en long. Les portes, hautes de 60 à 90 centimètres seulement
sont situées à chaque extrémité ; ils éparpillent, les cases sur une cir-
conférence plus ou moins irrégulière, au centre de laquelle ils réservent
une place pour celle du chef de la famille. A 100 mètres environ, et sur
chaque sente qui s'éloigne du village on voit une guérite exiguë, juste
assez vaste pour contenir deux de ces petits hommes et dont la porte
ouvre sur la route...
Les premiers nains rencontrés par les voyageurs européens, sont
représentés en ces termes :
A peine étions-nous instalés qu'on nous amenait deux pygmées, un
homme et une femme, au teint cuivré, jeunes tous les deux; le premier
devait avoir tout au plus vingt et un ans. Bonny le mesuraconsciencieu-
sement, et j'écrivis sous sa dictée :
Hauteur, 1 m. 220 ; — tour de tète, 0 m. 515 ; — du menton au som-
met du crâne, en arrière, 0 m. 616 ; — tour de poitrine, 0 m. 647 ; —
du ventre, 0 m. 705 ; — des hanches, 0 m. 571 ; — du poignet, 0 m.
108 ; — bras gauche, 0 m. 190 ; — cheville, 0 m. 178 ; — mollet, 0 m.
197 ;— longueur de l'index, 0 m. 051 ; — longueur de la main droite,
0 m. 102 ; du pied, 0 m. 159 ; — de la jambe, 0 m. 56 ; — du dos, 0 m.
470 ; — du bras, jusqu'au bout des doigts 0 m. 492.
C'était le premier nain adulte que j'eusse encore vu : en lui passant
la main sur le corps, revêtu de poils longs de 12 millimètres et plus, il
nous semblait toucher de la fourrure. Il était coiffé d'une sorte de bon-
net de prêtre, peut être volé, peut-être reçu en cadeau et décoré d'une
touffe en plumes de perroquet. Une large bande d'écorce couvrait sa
nudité. L'extrême malpropreté de ses mains, très délicates, attira notre
atlention. Il venait évidemment de décortiquer des bananes.
Plus loin, Stanley décrit ainsi les hommes minuscules :
Un village de nains, situé à la croisée des routes, termina notre pre-
mière étape, et le 4 nous atteignîmes Inde-mounani. Le lendemain,
autre campement de nabots. D'une bananeraie voisine, Saat-Tato et
quelques-uns de ses amis nous en ramenèrent cinq : quatre femmes et
un garçon, appartenant à deux types distincts. L'une des femmes sortait
évidemment de cette race dite des Akka, aux petits yeux de singe, ru-
sés, rapprochés et enfoncés. Les trois autres et l'enfant avaient de
LA TRADITION 243
grands yeux ronds et saillants, des fronts larges et bombés, des figures
en pleine lune, de petits pieds et de petites mains, un léger prognatis-
me ; l'ensemble bien formé, mais à une échelle très réduite. Café légè-
rement grillé — chocolat —cacao — café au lait — ces termes donnent
de leur couleur une idée moins exacte que celle d'une brique d'argile
rougeâtre à moitié cuite. Saat-Tato nous dit que ces nains étaient une
vingtaine à voler des bananes aux indigènes d'Inde-pouya, les-
quels n'osaient sans doute protéger leur propriété, effrayés qu'ils
étaient par la rumeur de notre présence dans les bois. La femme aux
yeux de guenon avait des prunelles remarquablement malicieuses, des
lèvres avancées pendant sur le menton, un abdomen proéminent, une
poitrine étroite et plate, des épaules tombantes, de longs bras, des pieds
tournés en dedans, et de très courtes jambes. C'est l'anneau depuis
longtemps cherché entre l'homme moderne et ses ancêtres darwiniens;
ce type, presque bestial, mérite certainement être rangé parmi les plus
dégradés de l'espèce humaine. Une autre des pygmées, une mère évi-
demment, bien qu'elle ne fût peut-être pas dans ses dix-sept ans, avait
les proportions parfaites ; son teint brillant marquait la santé ; ses yeux
grands et ronds étincelaient; sa lèvre supérieureprésentait la coupe par-
ticulière aux Ouamboutti, que nous avons déjà remarquée chez la fem-
me vue au campement d'Ougarrououé et l'épouse du chef d'Inde-ka-
rou, à savoir la commissurenettement recourbée par le haut et retom-
bant en perpendiculaire ; on eût dit une entaille bien nette avec un
froncé léger contractant légèrement la peau. Ce signe me semble mar-
quer le Ouambouti aussi sûrement que « la lippe autrichienne » carac-
térise la famille des Habsbourg. La couleur des lèvres est un peu ro-
sée. Les mains sont petites, les doigts longs et délicats, mais peaussés
et ridés; les pieds mesurent 18 centimètres et la taille 132 centimètres.
Les proportions de cette jeune mère étaient parfaites, une miniature
de jolie femme ; sa petite stature pouvait passer pour le résultat de re-
lations sexuelles prématurées ou de tout autre accident. Mais , quand
nous l'eûmes mise à côté de quelques garçons âgés de quinze à seize
ans, et pris parmi nos Zanzibari, et ensuite à côté d'une femme d'agri-
culteur indigène, il devint évident pour tous que ces myrmidons repré-
sentent une race distincte.
Les détails sur les armes empoisonnées des peuplades africaines
méritent d'être reproduits :
Un des poisons dont les tribus frontières barbouillentla pointe de leurs
armes, activant ainsi l'oeuvre de mort, est un enduit noirâtre, de l'as-
pect et de la consistance de la poix. Si l'on peut s'en rapporter au dire
des femmes indigènes, il proviendrait d'un arum, plante à larges feuil-
les, très commune et très abondante entre le fort Bodo et Indesouma.
L'odeur du poison encore frais rappelle celle des vésicatoires dont on
se servait en notre jeune temps. Nul doute que ce toxique ne soit mor-
tel. Il tue les éléphants aussi infailliblementqu'une balle explosible. Les
244 LA TRADITION
vastes approvisionnements d'ivoire d'Ougarrououé, de Kilonga Longa
et de Tippou-Tib témoignent que la chasse aux éléphants est la princi-
pale occupation de ces chasseurs.
Pour plus de prudence, la mixture mortelle ne se cuisine pas dans le
village même. C'est au milieu des halliers qu'on la prépare, qu'on l'é-
tend en couches épaisses sur la flèche de fer ou de bois dur, dont la
moindre aspérité est enduite soigneusement. A A vissibba, nous décou-
vrîmes, sous les pieux qui soutenaient le faîtage, quelques paniers pleins
de fourmis rouges desséchées, dont l'aspect me remit en mémoire celui
d'un autre poison mortel, couleur mastic, que j'avais vu sur d'autres
flèches. Il y a tout lieu de croire que les Avissibba l'obtiennent en pul-
vérisant ces insectes, qu'ils mêlent ensuite à l'huile de palme. Une seule
de ces fourmis vous gratifie d'une ampoule du même diamètre qu'un
liard. Que ne peut effectuer, introduite dans une blessure, l'essence
concentrée d'une multitude de ces venimeuses bestioles ! Si ce pâle
poison a l'origine susdite, certes les ingrédients ne manquent pas aux
nabots : les longues fourmis noires, par exemple, qui infestent l'arbre
à couleuvre, et dont la morsure équivaut à l'application d'un fer
rouge.
Terminons nos extraits par ces quelques lignes intéressantes :
De notre côté, quatre hommes furent blessés par des flèches frais-en-
duites d'une substance couleur de copal. On m'apporta le cadavre d'un
sauvage. Sa chevelure longue et touffue était retenue par un cercle de
fer ; il portait un collier de grenailles du même métal, entremêlées de
dents de singe. Ses dents étaient limées en pointe. Une double rangée
de cicatrices décoraient sa poitrine et son ventre. Il n'était pas circon-
cis. Un autre, déposé sur le débarcadère, avait un collier de dents hu-
maines ; autour de la tète, une brillante plaque de fer ; au front et aux
poignets, des ornements analogues ; au bras gauche, l'épais bourrelet
de coton de soie, récouvert de cuir de chèvre, qui protège la peau contre
le frottement de la corde de l'arc...
On voit par ces citations, combien sont précieux pour le tradition-
nisme les documents recueillis par Stanley en Afrique.
EMILE BLÉMONT

I
Caughnawaga (Canada), 16 juin 1890.
Monsieur l'Editeur de la Tradition,
Veuillez m'excuser si je suis un peu en retard pour répondre à votre
lettre du 25 mai dernier. Les Indjens chez les quels je suis missionnairede-
LA TRADITION 245
puis plusde trente ans, sont chrétiens depuis 1669, époque où plusieurs
individus des 5 nations Iroquoises, particulièrement les Mohawks et les
Oneïdas, sont venus s'installer à La prairie, à environ 5 lieues d'ici, en
face de Montréal, d'où le village a été transféré à différentes époques en
d'autres endroits en remontant le fleuve Saint-Laurent, et finalement en
1719 à l'emplacement actuel en face de Lachisse. Ce peuple n'ayant pas
conservé d'archives écrites et étant chrétien depuis plus de 200 ans,il y a
peu de choses à dire sur les légendes, les contes et les superstitions. Les
coutumes tendent à se modifier de plus en plus et à être identiques avec
celles des Canadiens. Vous pourrez trouver dans l'Histoire de la Nou-
velle-France par le P. Charle voix, quelques documents sur les coutumes
anciennes. L'ouvrage du P. Laffiteau, Moeurs des sauvages, est également
intéressant.
J'espère faire paraître prochainement — d'ici à un an — le Ier volume
de mon Histoire de la Mission du Saull-Saint-Louis,dont le Ms. est ter-
miné.
A la fin, j'ai noté le chant de guerre et le chant de l'Ahi, etc.... Il s'y
trouve des discours de chefs sauvages, avec des remises de colliers,
cordons et branches de porcelaine. Vous trouverez dans cet ouvrage
de nombreux matériaux pour La Tradition. Le Ms. a été remis à M. Beau-
chemin, libraire à Montréal qui a promis de le publier. Ce volume se
compose de 1200 pages de manuscrit. Je m'occuperai ensuite du 2° volume
pour lequel j'ai réuni tous les documents nécessaires.
Si vous désirez donner dans La Tradition quelques extraits de l'ou-
vrage, par exemple le Chant de Guerre, etc., je me ferai un grand plaisir
de vous envoyer des extraits (i).
Veuillez bien présenter mes respects affectueux à M. l'abbé Emile Pe-
titot que j'ai eul'occasion de voir ici autrefois, et agréez, etc...
R. P. BURTIN

CONTE PROVENÇAL

Il
y avait autrefois un ménage de paysans dans lequel le mari était un
travailleur rangé et sobre, tandis que sa femme était paresseuse, canca-
nière et buveuse. Cette femme s'appelait Danugue. Comme c'est l'ha-
bitude, le mari travaillait aux champs et la femme faisait le ménage.
Etant toujours à moitié ivre, elle devint presque idiote. N'oublions

1. Nous acceptons avec la plus grande reconnaissance l'offre gracieuse de


M. l'abbé Burtin.— (H. C.)
246 LA TRADITION
pas de dire que dans cette bastide, il y avait un petit chien de garde
qui avait maintes fois servi à éloigner les voleurs. Ce chien s'appelait
Lévame (Levain).
Un jour le mari dit à sa femme :
« Danugue, ce matin, il faudra mettre le levain dans la pâte, et puis
tu soutireras bien doucement le vin pour qu'il soit clarifié.
— Très bien répondit Danugue. » Aussitôt le mari parti, elle prit le
chien, le mit dans la mastre (le pétrin) pleine de pâte, en ayant soin de
bien le couvrir avec cette pâte, si bien que le chien en fut asphyxié.
Puis elle alla au cellier et ouvrit le robinet de la barrique; mais elle ou-
blia de mettre un cuvier au-dessous, de sorte que le vin s'écoula.
A midi, quand le mari rentra des champs, il demanda à Danugue,
ivre à ne pas tenir debout, si elle avait rempli sa tâche. Elle répondit
que oui. Mais quand il voulut vérifier si ses ordres avaient été exécutés
il trouva le chien mort et la pâte gâtée.
« Comment, coquine,dit-il, est-ce là ce que je t'avais commandé?
— Mais certainement. Ne m'as-tu pas dit de mettre Lévame dans la
pâte?»
Le mari, allant au cellier, trouva tout le vin répandu. Furieux, il dit à
Danugue :
« Est-ce là ce que j'avais commandé?
— Mais certainement. N'as-tu pas
dit qu'il était temps de sortir le vin
de la barrique ? Il était resté longtemps enfermé, j'ai voulu lui faire
prendre l'air.»
Le mari comprit qu'il ne fallait plus laisser sa femme à la maison.Il se
décida à faire les travaux de l'intérieur tandis qu'il enverrait sa femme
aux champs. Danugue partait tous les matins; la pioche sur l'épaule,
elle allait bêcherla terre. A midi, quand le dîner était cuit, le mari al-
lait le lui porter.
Un jour, elle avait été envoyéedans un endroit éloigné, sur la lisière
d'un bois. Elle rencontra une amie qui portait du vin; elle but hors de
raison et s'enivra si bien qu'elle put à peine arriver près d'un arbre
voisin et y tomber ivre-morte.
Vers midi, le mari arriva. Ne la voyant pas, il l'appela :
« Danugue, Danugue ? »
Ne recevant pas de réponse, il la chercha et la trouva dormant comme
une bienheureuse et ivre comme une grive.
Pour la punir, il lui roula la robe de façon que la partie postérieure
du corps fût à nu. Puis il lui colla les paupières avec de la poix, et il
la laissa endormie au pied de l'arbre. Ceci fait, il regagna la maison.
Pendant que Danugue dormait, deux voleurs vinrent en cet endroit
pour se partager une grosse somme d'argent. Ils se placèrent au pied
de l'arbre, sans remarquer la femme.
Au moment où ils comptaient l'argent, Danugue fut réveillée par la
grande fraîcheur qu'elle ressentait à un certain endroit. Instinctivement,
elle essaya de rabaisser sa robe, mais elle ne put y parvenir.
LA TRADITION 247
Elle essaya alors d'ouvrir les yeux, mais les paupières étaient collées !
La voilà travaillant avec ardeur à enlever la poix qui la privait de la lu-
mière. Enfin elle réussit à ouvrir le premier oeil et s'écria:
« En
voilà un ! »
Les voleurs furent terrifiés par ces paroles et se regardèrent indécis
sur le parti à prendre. Danugue qui, juste à ce moment, était parvenue
à dégager l'autre oeil, s'écria :
« Et voilà l'autre ! »
Plus de doute, ils croient être découverts, et, de peur d'être arrêtés,
ils partent en courant, laissant leur bourse au pied de l'arbre.
Au bruit qu'ils font en fuyant, Danugue regarde de ce côté; elle
aperçoit la bourse, s'en saisit et la rapporte à la maison.
Le mari, voyant la petite fortune que sa femme avait dans lès
mains, résolut de s'en emparer. Il prit la bourse et la serra dans une
cachette. Connaissant Danugue et sachant bien qu'elle était incapable
de garder un secret, il était certain que dès le lendemain toutes les
voisines sauraient l'affaire. Il imagina alors le bon tour que voici.
Abusant de ce que Danugue était encore abrutie par l'ivresse, il lui dit :
« Tu as froid, car
il fait du vent ; tu es mouillée, car il pleut. »
Et cependant il faisait une chaleur étouffante.
« Donc,
ajouta-t-il, assieds-toi près du feu et chauffe-toi pendant que
je te préparerai un verre de vin chaud. »
Danugue s'assit devant le feu, tandis que le mari se hâtait de faire
des oreillettes ( espèce de beignets ou de crêpes ), et faisait rôtir des
fèves de marais. Son travail achevé, il monta sur le toit et fit tomber
dans la cheminée quelques oreillettes et des fèves rôties.
L'ivrognesse qui sommeillait encore, ouvrit les yeux. Voyant une
oreillette dans l'âtre, elle la mangea et croqua également les fèves rôties
à mesure qu'elles tombaient.
Quand le mari rentra, elle lui dit :
« Qu'est-ce que
cela signifie? Je viens de voir tomber des oreillettes
et des fèves rôties dans la cheminée. »
— Parbleu, lui
répondit-il, il en pleut aujourd'hui. »
Alors la prenant par la main, il la mena devant la porte où il avait
répandu à dessein des oreillettes et des fèves rôties.
Quand Danugue en eut mangé tout son saoul, il lui donna un grand
verre de vin chaud et la fit coucher ; puis, se frottant les mains, il s'écria ;
« Maintenant je suis tranquille sur
les suites de cette affaire ! »
Danugue dormit deux jours de suite. Dès qu'elle se réveilla, elle re-
cuillit ses souvenirs et s'en alla raconter aux commères du voisinage
l'étrange aventure qui lui était arrivée.
La chose fit un tel bruit que la justice s'en mêla, et que le juge, suivi
des gendarmes, arriva à la bastide pour faire une enquête.
Danugue raconta l'aventure des voleurs et l'affaire de la bourse avec
des détails très explicites. Le juge pensa qu'il avait retrouvé le trésor
volé. Mais le mari nia comme un beau diable la version de sa femme.
248 LA TRADITION
Le juge embarrassé voulut se renseigner d'une manière plus précise
et demanda à Danugue :
« Quel jour cela s'est-il passé ?
— Monsieur, répondit-elle, je ne m'en souviens pas au juste. Comme
j'ai beaucoup dormi depuis, je ne sais si c'était la semaine dernière ou
l'autre ; mais vous le déterminerez facilement, car c'est précisement ce
jour où, malgré un calme plat, il faisait du vent, et où aussi, malgré
la chaleur, j'avais froid. C'est le jour où ma robe était si courte que je
montrais mon derrière à tout le monde. Enfin c'est le jour où malgré
le beau soleil, il pleuvait à verse. Chose plus extraordinaire encore, il
pleuvait des oreillettes et des fèves rôties. »
Le juge partit d'un grand éclat de rire.
« Plus de doute, dit-il, cette femme est folle ! »
Et il s'en alla sans poursuivre son enquête.
Grâce à ce bon tour, le mari eut la possession d'un beau trésor.
L'intempérance de Danugue lui avait été profitable. En reconnaissance,
il la laissa depuis boire à sa fantaisie et se griser comme dix mille hom-
mes !
(Recueilli a Astouret, près Toulon).
BÉRENGER FÉRAUD.

I
LA CHANSON DE MADELEINE

Dans la marjolaine en fleur Sainte Madeleine,


Sainte Madeleine pleure. Te prendront dedans leurs bras,
Dans la marjolaine Et te porteront aux deux.
Sainte Madeleine,
Sainte Madeleine pleure, Ne pleure plus, Madeleine,
Pleure ses péchés d'amour. De douleur ton âme est pleine ;
Dans la marjolaine
— Pleure tes péchés d'amour,
Sainte Madeleine
Pleure tout le long du jour. Sainte Madeleine pleure
Dans la marjolaine, Pleure ses péchés d'amour
Sainte Madeleine,
Pleure tout le long du jour, Tes péchés te sont rendus,
Pleure les péchés d'amour. 0 sainte ne pleure plus...
Dans la marjolaine,
Les anges quand tu prieras, Sainte Madeleine,
Te prendront dedans leurs bras, Sainte Madeleine pleure,
Dans la marjolaine Pleure nos péchés d'amour.
(Etantes, Saône-et-Loire).
LA TRADITION 249
II
LES FILLES ET LES GARÇONS
— « soir à la promenade
Ce
Mademoiselle, y viendrez-vous ?
— « Oh ! non non ! (ter) que Dieu m'en garde
— « D' y aller seule d'avec vous. »
— Mad'moisell' fait's pas la fiére,
«
« L'autre jour on vous a vue
« On vous a (ter) vue sur l'herbette
« Un aimant z'aupres de vous. »

— t Si on ma vue dessur l'herbette


« Un aimant z'aupres de moi,
«C'est un soir (ter) au clair de lune,
« Mon ombrage auprès de moi. »

— « Les fill's y sont comm' les roses


«
Ell' sont sujett' à changer
«Tous les soirs (ter) font des promesses
« Le lend'main ce n'est plus rien. »

— « Les garçons sont comm' les pierres


« Ils sont sujets à rouler;
« Tous les soirs (ter) sont aux fenêtres,
« Pour y voir, pour écouter
« C' qui s' pass' près d' leur bien aimée.
»
(Le Roussel, Saune-et-Loire).

III
LA BÉCASSE
Du bon matin je m'y prends, je me lève, 0 babillard,
A la chasse je m'en y vas, Vous et' un amuseur de filles
Oh ! à la chasse Et un trompeur »
De la bécasse
« Pour un trompeur mon aimable ber-
Tout le long du bois. —
[gère
J'ai t'aperçu-t' une bergère Pour un trompeur je n'en suis pas.
Oh ! qui dormait. J'ai fait l'amour toute ma vie
Mais je lui dis : — « Mon aimable bergère Et tous les jours,
« N'auriez-vous pas besoin d'un berger.» Et je n'ai pas trompé de filles
— « Oh non ! oh non ! répondit-elle, Dedans l'amour.
Je n'en veux pas, « Pour fair' l'amour, je ne la veux plus faire
Je n'ai pas d'autre berger
J'en ai tout usé mes bas,
Oh ! que mon chien ! »
Oh ! j'en ai tout usé mes bottes,
—« Pour votre chien, mon aimable bergère Aussi mes bas,
Pour votre chien, ce n'est pas un amant. » Pour fair' l'amour a t' une fille
— « Sortez, sortez de mes prairies, Qui n'aimait pas ! »
(Saône-et-Loire).
J, SURYA
250 LA TRADITION

LA PIE ET L'ENVEU

CONTE DE LA BEAUGE

Madame la Pie fut toujours fort bavarde. C'est son défaut ; nous
avons chacun les nôtres. Elle parlait de tout le monde et de toutes cho-
ses à tort et à travers; et, ceci n'est point sans quelque danger.
Madame la Pie s'en aperçut, hélas ! en temps et lieu ; car elle avait
tenu de mauvais propos sur sa voisine, madame la Corneille. Quel-
qu'un vint les rapporter à la bonne dame, qui n'est pas commode et
ne passe point pour pratiquer l'oubli des injures. Elle se rendit chez
madame la Pie à qui elle donna tant de coups avec son bec et ses er-
gots que la maudite bavarde en perdit l'oeil, Et c'est depuis ce temps
qu'on répète partout : « Bavarde comme la pie borgne » quoiqu'elle
ait retrouvé, par son adresse, un autre oeil pour remplacer celui qu'elle
avait perdu.
Mais la vérité met beaucoup de temps à se répandre dans le monde ;
et nous l'entendrons encore appeler « pie borgne » très souvent, quoi-
qu'elle ait maintenant ses deux yeux comme vous et moi.
Voici comment la chose advint ; les Beauceronnes du vieux temps
sont là pour dire, si je mens d'une parole.
LA PIE ET L'ENVEU
Une fois Madame la Pie fut priée pour une noce. Un sien cousin
se mariait. Et comment aller à la noce, et se faire belle, je vous
prie, quand on le malheur d'avoir un oeil de moins ?
C'est une chose fort importante dans la toilette d'une pie, veuve,
et désireuse de trouver un mari. Mais Madame la Pie n'est jamais
embarassée. Son ami l'Enveu (I) n'avait qu'un oeil au milieu de la
tête ; il pourrait bien s'en passer pendant une demi-semaine.
Elle vint le trouver ; et lui demanda de lui prêter cet oeil unique
avec promesse formelle de le rapporter dans trois jours. L'Enveu,
bonne et confiante personne sans malice, y consentit. Et la belle
clame, toute glorieuse, vint au mariage, et fut, il faut le dire, fort
courtisée.
Malheureusement, elle n'eut point le courage de tenir sa parole
et de rendre à l'Enveu l'oeil prêté.
Depuis ce jour, le pauvre Enveu ne respire que la vengeance. Il
passe sa vie au pied des arbres et des murailles, pour tacher
1. L'aspic brun.
LA TRADITION 251
d'entendre le ramage des oiseaux dans le temps des nids. Et com-
me il ne peut plus mettre la vue au service de l'ouïe, l'Enveu grimpe
à l'aveuglette après les arbres ; et mange sans distinction les oeufs
de tous les oiseaux, dans l'espoir de détruire la race de son
ennemie.
MADAME DE NITTIS
(OLIVIER CHANTAL).

VII

LÉGENDES DIVERSES. — LE ROSSIGNOL ET LA ROSE — LA CHAUVE-


SOURIS. — VALOGDA-SOMMEIL. — LE TREMBLE. — SAINT ANDRÉ. —
TAMARA.

En voyage nous sommes très curieux de légendes; c'est la poésie de


l'histoire et qui nous repose un peu des récits secs et trop exacts des
chroniqueurs consciencieux, peu amateurs de merveilleux, enregistrant
les faits, les exploits des guerriers de l'ancien temps, plus soucieux
d'éplucher un texte douteux que d'éveiller l'imagination du lecteur,
plus curieux de lui faire froncer doctement les sourcils que de le faire
largement sourire. Je ne suis pas de ceux-là, et je ne lâchai plus mon
Français qui ne connaissait peut-être aucun des faits et gestes de Cathe-
rine Il ou de Nicolas, mais me paraissait avoir dans son sac un cer-
tain nombre de petites légendes locales dont je me réjouissais d'avance.
« Les légendes, me dit-il un jour, sont nombreuses dans ce pays,
mais on ne saurait leur assigner une patrie, un berceau déterminé; tel
conte petit-russien a son pendant dans la Grande-Russie et vice versa.
Il y en a de gracieuses, il y en a de terribles. En voici quelques-unes
dont vous pouvez faire votre profit, si vous voulez.
Il y a bien longtemps, sur les bords de la Vistule, vivait un nommé
Daïnas. Il était fort amoureux d'une belle jeunefille nommée Skaistaia,
laquelle ne le payait pas de retour. Malgré tous ses efforts, il ne parve-
nait pas à lui plaire; matin et soir, il chantait sous ses fenêtres ; il se
mettait sur son passage quand elle revenait des champs, heureux seule-
ment de l'avoir entrevue ou de lui avoir dit un mot. La jeune fille res-
tait insensible à ses chansons et à ses compliments. Enfin, voyant qu'il
ne pouvait d'aucune façon toucher son coeur, il se jeta dans la rivière.
Les dieux compatissants le changèrent en rossignol, afin que sa voix
qui n'avait pas ému son amante, pût au moins consoler les amants mal-
heureux. Or voici que Skaïstaia trop tard ressentit de l'amour pour
252 LA TRADITION
celui qui s'était suicidé pour elle et mourut elle-même de chagrin. Les
Dieux la changèrent en rose à cent feuilles, laquelle fleurit seulement le
matin quand le rossignol a cessé de chanter.
— Le
Tsar Salomon rassembla unjour tous les oiseaux et leur dit : « A
vieux os il faut, moelleux lit. Donnez-moi donc chacun une de vos plu-
mes. » Tous les oiseaux apportèrent la plume demandée. La Chauve-
souris seule trouva que ce n'était pas assez pour le fils de David ; elle se
dépouilla de toutes les siennes et les apporta au Tsar. « Tu seras le plus
favorisé des oiseaux, dit Salomon. Mais commeon pourrait rire de tariu-
dilé et que tu serais en butte aux sarcasmes des autres oiseaux, lune vole-
ras que la nuit. C'est depuis ce temps que la chauve-souris est un oiseau
nocturne.
« Cela est du genre gracieux. En voici dans le genre comique:
— La plupart des villes ont, outre
leur nom géographique, une sorte
de sobriquet dont il faut rechercher l'origine dans la tradition. C'est
ainsi que dans le peuple, Valogda s'appelle Valogda-sommeil. Voici la
légende foute nue.
« Un jour, vint à Valogda, Yuan le Terrible ; il parcourut la ville ;
c'était le royaume du silence; tous dormaient; le gouverneur dormait et
son fils aussi; les popes et les magistrats dormaient. Les citoyens dor-
maient. La ville entière était plongée dans le sommeil.... Le gros chat
du Voiévode étendu sur le balcon, au soleil, dormait et ronronnait le
mieux du monde. Surla placedu marché, deux cochons vaulrés ronflaient
Quand je dis deux cochons, je ne veux pas dire qu'ils n'étaient que deux
à Valogda; de tous temps, il y en a eu, commeil y en a encore, des quanti-
tés à Valogda, mais je ne parle que de ces deux là, parce que ce furent
justement les seuls qui tombèrent sous les yeux d'Yvan.
« Le Tsar étonné, dit:
« — Qu'est-ce que cela signifie ?
« — Grand Tsar,
répondit le Diacre, nous sommes sans doute venus
trop tôt; les Valogdiens ne sont pas réveillés....
« Et ils s'en retournèrent.
« A une heure de l'après midi, le Tsar revint.
« Même silence.
«
Comment ! Personne n'est encore levé, dit le Tsar !
« Un petit garçon qui sortait onne sait d'où,passe dans la rue.
«
— Eh ! petit ! Est-ce qu'on
n'est pas encore levé à Valogda ?
«—
Si ! mais on a diné et on se repose !
«— Ne les dérangeons pas, dit le Tsar ; et ils s'en retournèrentencore.
« A sept heures, le Tsar revint pour la troisième fois.
« Rien n'était changé dans la ville.

« — Comment ! ils dormentdepuis le diner ! dit le Tsar tout interloqué.


« — Non, Sire, dit une sentinelle, ils se sont recouchés après souper.
« Le Tsar leva les bras au ciel et s'en alla.
« C'est depuis ce temps que Valogda s'appelle Valogda-Sommeil, sans
LA TRADITION 253
compter le surnon de ROYAUME DES VEAUXqu'on lui donna par la suite,
parce que les habitants,voulant, pour s'excuser,faire un présent au Tsar,
ne trouvèrent rien de mieux, après avoir longuementdélibéré, que de lui
envoyer un veau ferré comme un cheval!
« Quoi de plus mélancolique que la légende du Tremble? Quand Judas
Iscariote, après avoir trahi son maître se repentit et voulut se tuer, il
se mit en quête d'un arbre pour exécuter son projet, et ce fut justement
le pauvre tremble sur lequel il jeta son dévolu. Il se pendit. Le malheu-
reux arbre tremblait de frayeur et de honte surtout à la vue d'un si
grand pécheur, mais ne pouvant bougerde place, était obligé de suppor-
ter quand même ce suprème affront. C'est depuis ce temps qu'il trem-
ble et tremblera ainsi jusqu'à la fin des siècles.
« Quand je vous ai raconté l'autre jour les fêtes de Noël et du jour
de l'an, je vous ai parlé de la préocupation constante des filles, pendant
ces jours-là, au sujet de leurs futurs maris. J'ai oublié de mentionner un
saint bien vénère par la jeunesse et qui joue un grand rôle en petite
Russie dans la destinée des demoiselles de nos campagnes; c'est
Saint André Piervozvannéi (le premier nommé); on ne sait guère d'où
lui vient ce surnon ; est-ce parce que les filles ont l'habitude de de-
mander son nom au premier homme qu'elles rencontrent la veille de
Noël, persuadées que ce nom serait celui de leur futur époux ?
« Le plus curieux, c'est que cette croyance en Saint-André viendrait
de Constantinople, dit la Chronique. Il y avait en effet, parait-il, dans
celte ville, au quartier de la Corne d'Or une église dédiée à cet a-
pôtre. Ce temple était fréquenté surtout parles marchands qui s'aven-
turaient sur la mer Noire. Ils priaient le Saint de bénir leur voyage,
et jetaient une pièce de monnaie dans un tronc; or, les sommes ainsi
recueillies étaient destinées à celui qui, s'étant marié, ne s'en repentirait
pas au bout de l'année. On prétend que jamais on ne trouva l'occasion
de placer ces aumônes!
«
Il est évident que ce sont les marchands qui, voyageant sans cesse
de Constantinople à Kiev, ont apporté ici cette croyance et nous ont
gratifiés de ce Saint patron desfilles et protecteur de la marine marchai
de.
« Cette croyance donne lieu à des scènes bizarres ; le soir, à la messe de
minuit, de mauvais plaisants cousent les jupes des filles au vêtement des
garçons; on attache aussi de petits écrits au dos des jeunes gens; ce
sont la plupart du temps des déclarations naïves ou des quolibets assez
grossiers en. mauvais vers de mirliton.
« Vous pouvez joindre encore à votre collection la légende de la reine
Tamara; elle est assez intéressante comme vous allez le voir.
« A l'époque où là belle Tamara, la Sémiramis du Nord, régnait sur
la Grouzie, et faisait l'impossiblepour continuer les nobles traditions du
Tsar David, le libérateur, un puissant prince des croyants songea à
faire de lajolie Tsarine l'ornement de son harem.
254 LA TRADITION
« En ce temps là comme aujourd'hui, les montagnes de la Grouzie
étaient célèbres par la beauté des femmes, et toutes les blanches filles qui
aidaient les Seldjoucides à passer gaiement les instants dérobés aux
affaires, étaient ordinairement achetées dans ce pays par les conquérants
d'alors, quand on ne se contentait pas de les enlever tout simplemement.
« Il est évident que ces messieurs, fort amoureux sans doute, mais tout-
à-fait ignorants de la plus vulgaire galanterie, commençaient toujours
par essayer de ce dernier moyen et ils réussissaient souvent, quelque ré-
sistance que fissent ces braves filles du Caucase. Les chants petits-rus-
siens sont pleins de récits à ce sujet et il est probable qu'à cet égard
lés vieilles ballades des Géorgiennes ne le cèdent en rien aux légendes
oukrainiennes.
«Vous allez voir d'ailleurs que l'entreprise offrait quelquefois de sé-
rieux dangers.
« L'autocrate mahométan envoya donc un de ses vizirs à la Tsarine.
« — Belle Tsarine, lui dit-il, mon maître m'envoie vers la perle de l'O-
rient pour la prier de vouloir bien lui accorder sa main. Vous savez que
l'empire de la Grouzie est peu de chose à côté de l'immense empire des
Croyants et votre front plus blanc que les neiges éternelles de l'Oural ne
saurait se contenter plus longtemps d'une couronne aussi mesquine-
Donnez-moi une réponse favorable et j'irai combler de joie le coeur de
mon maître qui meurt d'amour pour vous depuis qu'il à entendu vanter
vos charmes sans pareils ! »
« La Tsarine répondit par un refus dédaigneux.
« Une seconde fois le vizir vint supplier Tamara d'accéder au désir du
Calife et cette fois il osa faire entrevoir à là princesse les dangers de se
montrer rebelle à une prière qui pouvait devenir un ordre.
« La troisième fois ce furent des menaces qu'apporta le vizir.
« Comme Tamara était inébranlable, le Calife résolut d'obtenir par
la force ce que les prières, ni les menaces n'avaient pu lui donner. Il
réunit une armée innombrable et s'avança vers Tiflis.
«Tamara, ne voulant pas être la cause de la ruine de Grouzie, eut re-
cours à la ruse.
« Il y avait sur la frontière de son empire, sur le territoire d'A hallsilsé,
un plateau qu'elle jugea propre au dessein quelle méditait. Elle y fit
creuser trois ou quatre rangs de fossés très profonds et ordonna de les
recouvrir de branches et de terre.
« Cela fait, Tamara
se rendit en ce lieu avec toutes les femmes et
les filles de sa cour, et attendit L4ennemi de pied ferme.
a Dès qu'il parut, elle envoya unparlementairequidéclaraquela Tsa-
rine consentait à tout pour éviter l'effusion du sang, mais à cette con-
dition expresse qu'elle donnerait sa main et le trône de Grouzie au pre-
mier qui atteindrait l'endroit où elle se tenait, sans distinction de rang,
une de ses filles au second, une au troisième, et ainsi de suite,
i A peine les troupes indisciplinées du Calife eurent-elles entendu ces
LA TRADITION 255
alléchantes conditions, qu'elles se précipitèrent dans un désordre indes-
criptible à la conquête des belles filles blanches...mais bientôt les mal-
heureux culbutèrent les uns sur les autres dans les fossés où ils périrent
par milliers, achevés facilement par les troupes de Tamara.
« Des
crânes de ces victimes de l'amour, la Tsarine fit élever une pe-
tite colline qui existe encore sur le territoired'A haltsilsé, dans le voisi-
nage de Satképel, soies le nom de Colline des Crânes des Amants. »
(A suivre).
ARMAND SINVAL

I.

LES PROPHÉTIES DE THOMAS JOSEPH MOULT


Un de nos lecteurs nous communique quelques extraits traduits d'un
ouvrage de 1268, composé en latin par Thomas-Joseph Moult.
L'auteur, comme il le dit lui-même, s'appuie sur les règles les plus immua-
bles do l'astronomie à laquelle il a consacré plus de quarante-cinq ans d'étu-
des. Les observations l'ont amené à découvrir que la môme température reve-
nait tous les vingt-huit ans. Il anonçait pour 1888 :
— Le printempschoses.
cette année sera froid et peu profitable. L'été sera moite et
Les blés seront de mauvaise venue. L'automne sera
contraire à toutes
froid et moite et fera mauvaise allure. L'hiver, il fera de belles froidures.
Il fera bon acheter du vin en été. car il augmentera de prix parla mauvaise
venue qu'il aura en vendange, et il sera bien cher et bien requis : la misère du
temps et de la saison sera cause que l'on en fera peu, quoique les vignes aient
eu belle apparence au commencement.
L'année 1889 n'était guère mieux partagée.
Le printemps cette année (1889) sera pluvieux et venteux. Je ne parlerai point
de l'été (?). L'automne sera sèche et bonne jusqu'à la fin. L'hiver sera doux
et moite. Il sera bien du froment, peu de seigles ; les blés seront chers jusqu'à
la récolte et sera grand pitié. Les vins et les autres denrées diminueront do
prix aux vendanges, ce qui signifiera bon temps. Il fora mauvais acheter du
vin pour le garder, car on ne le vendra pas, à cause que les gens du métier se-
ront pauvres et l'argent rare en bien des Etats. Eu 1890, il sera beaucoup de
blé en tout pays et les vendanges seront plantureuses.

II.

LA FÊTE DU LAC SAINT-ANDÉOL


Les journaux de la Lozère du 26 septembre apportent un curieux usage :
« Autour du lac Saint-Andéol vient d'avoir
lieu la fète peut-être la plus an-
cienne de toutes celles du monde qui sont célébrées.
« Les populations
des environs se sont réunies, selon l'usage, auprès de
l'admirable pièce d'eau, considérée comme un lieu de vénération, comme une
sorte de vieux saint.
« On a joué, chanté et
dansé sur ses rives. On s'est baigné dans ses eaux et
on y a ensuite jeté à l'envi des pièces de monnaie.
« Des documents authentiques, et notamment l'histoire de Grègoire de Tours,
représentent le lac Saint-Andéol comme le tombeau d'une sorte de cité lacustre
256 LA TRADITION
dont l'origine se perd dans la nuit des temps, mais dont une partie de l'histoire
est connue et réellement merveilleuse.
« Les antiquaires qui le visitent ont tellement
parlé de la riche collection
numismatique dont il est pavé, qu'il est question de le mettre à sec pour re-
cueillir cette collection, et qu'il n'y en a probablement pas pour longtemps
avant que ce projet, quelque hardi qu'il paraisse, soit entièrement mis à exé-
cution. »
G. DE W.

LE MOUVEMENT TRADITIONNISTE

Nous apprenons avec plaisir la fondation d'une Société allemande de


traditionnisme. Cette Société aura pour organe la Zeilschrift fur Volk-
skunde, l'excellente revue que dirige depuis deux années M. le Dr Ed-
mond Veckenstedt. La revue paraîtra chez Frankenstein et Wagner, à
Leipzig. La fondation de cette société répond aux inconvenances dont
nous avons dernièremententretenu nos lecteurs. Le bureau de la Société
est composé de MM. Ed. Veckenstedt, président, P. Amrnann, Archut,
Branky, Knoop, Schmidt, Frankenstein, avec le concours assuré des
principaux traditionnistes allemands.
Les derniers mois ont été funestes au traditionnisme. Nous avons à enre-
gistrer la mort de M. Ernest Faligan, auteur d'une érudite étude sur la
Légendede Faust, — de M. B. Alexandri, recollecteur des poésies popu-
laires roumaines ; — enfin de M. Félix Liebrecht, dont la perte sera vive-
ment ressentie dans le monde des chercheurs traditionnistes . — Notre col-
laborateur, M. Quarré-Reybourbon, a été douleureusement frappé dans
ses affections les plus chères. Madame Quarré-Reybourbon s'est éteinte à
Lille dans le courant du mois d'août.

Nous rendrons compte dans nos prochains numéros des nombreux ou-
vrages de Folklore que nous avons reçus pendant les vacances.

Les manuscritset épreuves destinés aux numéros d'août, septembre et


octobre de la Tradition ayant été égarés dans un colis confié au chemin
de fer, il nous a été impossible de publier plus tôt la Revue. Fort heureuse-
ment, nous sommes rentrés en possession des travaux égarés.
Nous donnerons dans une dizaine de jours un numéro double contenant
les livraisons de septembre et, octobre.
Nous prions nos lecteurs d'excuser ce retard involontaire.
Prière d'adresser les articles, épreuves,lettres, etc.. à M. Henry Carnoy, profes-
seur au Lycée Louis le-Grand, 128, Boulevard du Montparnasse, Paris.
M. Henry Carnoy, se tiendra comme à l'ordinaireà la disposition des collabora-
teurs de la Tradition, le jeudi de 2 heures à 4 heures.

Le Gérant : HENRY CARNOY.


Laval, Imp. et stér. E.. JAMIN, 41, rue de la Paix.
Thomas Wright. — Histoire de la MATTEI, Proverbes de la Corse ;
carienture et du grotesque dans la lit- Paris, 1867, in-8 2 f. 50
térature et dans l'art: trad de 0. SA- A. DE BARRAL, Légendes Curlovin-
CHOT. 1 vol. in-8 de 460 p., avec 238 des- giennes ; 1872, in-8 ill. 2 f. 50
sins ; Paris, 1867 (Ouvrage des plus cu- A. REIXET, Trois Légendes du Rhin ;
rieuse, très intéressant pour l'éluda 1881, in-8 ill 2 f. 50
des Traditions populaires ; rare) ; HIPPOLYTE BABOU, Les Païens in-
broché n 8 fr.
J.-J. Marcel. — Fables de Lokman : nocents ; in-18 (curieux) 3 f. 50
1 vol. pet. in-8, de 154 p. : Paris, impri- DE ROCHEFORT, LE Vaste-Temps
merie de la République (Nationale), an agréable (Recueil de facéties), Rot-
XI (1803), très rare 5 fr. terdam, 1711 (Rare) G fr.
George Cox. — Les Dieux et les Hé- Abbé Dubois.— Aventures du Gourou
ros, Contes mythologiques, trad. Bau- Paramarta.— 1 vol. in-8 illustré de nom-
dry ; 1 vol. in-8, avec gravures; Paris, breux dessins et eaux-fortes. Paris, 1877,
1867, br 6 fr. br. Epuisé, (12 fr.) 8 fr.
Valery. — Voyages en Corse à l'île Abbé Dubois. — Le Panchu-tantra
d'Elbe en Sardaigne : 2 vol. in-8, rognés, ou les cinq Ruses, suivi des Aventures
brochés : 1838 (notés curieuses sur du Gourou Parumurta.Paris 1826,1 gros
les chansons populaires, les moeurs, vol. in-8. (Le titre en rouge et 13 eaux-
etc) 2 f. 50 fortes de Léonce Petit ont été ajoutés à
Les Nouvelles de Grazzini, dit le cette édition de 1826 qui est l'édition
Lasca ; 2 vol. petit in-8, reliés. Berlin, originale).— Ouvrage des plus rares
1771, Traduction française; excellente dont nous possédons les derniers vo-
édition des plus rares 7 f. 50 lumes existant encore dans le com-
Variétés historiques OU Recherches merce. 8 fr.
d'un Scavant 3 vol. in-8, (4 tomes) ; Pa- Edouard Hornstein. — Les Sépul-
ris, 1752) (Extrêmement curieux tures devant l'Histoire. l'Archéologie,
sur nombre de sujets de Folklore; La Liturgie, etc. Paris, 1868, 1 gros vol.
rare) ' 10 fr. in-8 de 420 p. (Epuisé). 5 fr.
Le P. LE BRUN, Histoire critique
des Pratiques Superstitieuses ; Pa- Le P Le Brun. Histoire critique des
ris, 1732, 3 vol. in-8, reliure veau (Ou- Pratiques Superstitieuses, etc.— Paris,
1702, Première édition en un seul vol.
vrage indispensable pour l'étude des de 650 pages. (C'est la première fois
pratiques superstitieuses : Baguette di-
vinatoire, Sorcellerie, Ordalies, Juge- que nous trouvons cette édition). 5 fr.
ments du Feu, Saint-Hubert, etc.). Charles Nisard —Des Chansons po-
Rare 12 fr. pulaires chez les anciens et chez les
A. BOULLIER, Chants populaires Français. Paris, 1867, Tome I, le plus
de la Sardaigne; Paris, 1865. 1 vol. curieux. 1 vol in-8 de 460 p. 5 fr.
in-8. Rare 5 fr. Alfred des Lssurds. Les Fêtes do
LE GRAND D'AUSSY, Fabliaux du nos Pères. (La Gargouille de Rouen,
XII et du XIHe siècle. Tome III, lre La Caritach. L'Ostension de St-Martial,
éd 5 fr. le Roi de la Fève, Lou Ramelet, Los
G. VARIOT, Les Tatouages, broch. Tréias, La Fête-Dieu d'Aix, les Fêtes de
in-8 de 20 p. avec dessins ; Paris, Lille, etc.) Paris, 1865; 1 vol. in-8 de
1889 1 f. 50 370 p. 3 fr.
E. ROLLAND, Chansons populaires Couto de Mugalhâes. Contes indiens
de la Franco, Tome I (manquent deux du Brésii, trad. française, petit vol. in 8
chansons) au lieu de 15 fr 5 fr. de Vl-70 p. Rio de Janeiro, 1883. 2 fr.

— Tome III, complet. 3 fr.
Les contes des Génies, ouvrage tra-
— — Tome IV. rogné... 2 fr.
duit du Persan en Anglais par sir Char-
LA TRADITION, Tome I, 1887 (man- les Morel, et de l'anglais en français,
que le titre) au lieu de 20 fr. 10 fr.
Amsterdam, 1782; 3 vol. d'environ 1200
SINISTRARI, De la Démonialité et il fr.
des Animaux incubes et succubes, Pa- pages, br.
ris,1882, édition Liseux. Rare... 2 f. 50 De Santa Anna Néry. Folklore bré-
COMTE DE PUYMAIGRE,Les Vieux silien, Paris, 1889; un vol. in-8 de XII-
Auteurs Castillans ; 1 vol. 1888. 3f. 50 272 pages, br. n. 3,50

S'adresser aux Bureaux de la Revue, 33, rue Vavin, Paris.


Laval. — Imprimerie et Stéréotypie E. JAMIN, 41, rue de la Paix.