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Il était une fois un monde où les mots avaient tous rouillé parce qu'on ne s'en servait plus.

Les gens
passaient leur vie devant les écrans, où des images défilaient à longueur de journée, défilaient à
toute vitesse, et on ne pouvait jamais revenir en arrière. Les mémoires s'encombraient de choses
qu'on n'avait pas le temps de choisir, et dont on n'avait pas toujours envie. Plus de temps pour lire,
pour écrire et pour rêver, on ne communiquait plus, on perdait l'habitude de parler, on perdait
l'usage des mots, ignorant le vocabulaire. Les livres restaient sur les rayons des bibliothèques, qu'on
désertait, et qui étaient devenues des musées. Plus personne n'ouvrait un dictionnaire, on ne savait
plus comment s'en servir. Le temps passait, il ne restait plus que du vide... du vent, et les mots
s'envolaient.

Heureusement il restait la nature. Un jour une dame partit à pied vers la campagne, elle avait besoin
de réfléchir. Elle marchait depuis déjà un bon moment quand soudain elle entendit un bruit de pas
derrière elle. Elle tourna la tête, un homme la suivait et lui cria : « Bonjour »

« Bonjour » répondit-elle, heureuse de répéter ce mot dont elle appréciait la sonorité, un mot dont
on avait perdu l'usage depuis belle lurette, heureuse de parler avec quelqu'un. D'autres personnes
vinrent les rejoindre, qui avaient envie aussi de parler, et il se forma un cortège, guidé par une
chanson qui provenait d'un monde lointain que tout le monde avait oublié. La musique était douce,
les paroles poétiques, un peu mélancoliques, il était question d'un « p'tit coin de paradis » où ils
arrivèrent bientôt. Ils avaient retrouvé l'usage de la parole, et tous les mots revenaient en leur
mémoire. Ils comprenaient ce que le langage de tous les jours peut avoir de merveilleux, que la
véritable aventure, c'est celle des mots, et que la force des mots c'est d'abord leur beauté sonore.

Ils comprenaient que les mots peuvent recréer la couleur et l'odeur des jours vécus, et qu'ils ont
aussi le pouvoir de faire résonner le monde dans chaque syllabe. Les mots leur procuraient un
plaisir doux, avec leurs sonorités rares, les plus désuets étaient les plus agréables à entendre, et ils
éprouvaient beaucoup de bonheur à les répéter, les scander, ils trouvaient les fleurs d'autant plus
belles qu'elles avaient de jolis noms, des vraies gourmandises phonétiques, un plaisir pour la bouche
qui les prononce.

Ils retrouvaient des mots venus de l'enfance dont ils restituaient la tendresse, des mots qui faisaient
surgir des personnages, ils redécouvraient leur sens, et chaque mot faisait naître en eux une foule de
sensations fortes, de sentiments du même ordre, des idées généreuses, tout un monde de fantaisie
dont ils ne soupçonnaient même plus l'existence. Il y avait des mots doux comme un parfum, des
mots sages, des mots fous, des mots poème, des mots chansons, des mots vénérés, des mots
mystérieux, et tous avaient un sens.

Tout le monde parlait, riait et chantait, jouant avec les mots, les associant et les dissociant, les
agençant de toutes les façons, les faisant s'accoupler, se rencontrer, et créer sans cesse des images
folles. Certains appréhendaient de ne pas pouvoir retenir tous ces mots, mais il ne faut pas retenir
les mots, il faut les laisser sortir, ne pas les emprisonner, sinon ils perdraient toute leur substance. «
On n'a pas idée de tout ce qu'on peut mettre dans un mot, disait le poète, ainsi par exemple le mot
Honoré : il peut être un gâteau, un boulevard, ou bien... mon oncle Honoré. »

Tout le monde avait oublié le vieux monde où le langage s'était égaré, où tous les mots avaient
disparu, privés de leur sens. Il ne fallait plus que cela recommence, les mots devaient retrouver leur
signification essentielle.
— Tiens : essentielle, voilà un joli mot, fit remarquer le poète, il contient le ciel, il est plein de
lettres doubles, il peut se mettre au masculin, et au féminin, il contient essence : Essentiel, j'aurais
envie de m'appeler comme ça.

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— Essentiel, ce n'est pas un nom, répondit une vieille grammaire un peu aigrie, pas encore adaptée
au monde nouveau qui venait de surgir.
— Ça dépend, dit une grand-mère, qui, elle au contraire, avait l'esprit ouvert malgré son grand âge.
Finalement le poète qui n'était pas contrariant, mais tenait à ses idées finit par trancher : « Alors, ce
sera EssenCiel ! »
On décida de baptiser ce nom et ce fut une belle cérémonie, où arrivèrent les fées, les muses, les
poètes et poétesses du monde entier. Et tout le monde chantait :
« Je suis essentielle
essentiel
essenCiel

si elle
si elles ... »

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Dans le village de mon conte, il y avait un homme très très riche qui possédait tout, absolument
tout. Il avait un fils et tout les dimanche soir ils montaient tout les deux en haut de la colline qui
surplombait le village et ils regardait le coucher de soleil, la ville la foret, les champs de blé et
l'horizon la bas loin. Le riche disait alors à son fils :
-Regarde mon fils, regarde la ville, la foret, les champs de blés et l'horizon, là bas loin. Un jour, tout
ça, ce sera à toi.

Et dans ce village, il y a aussi un homme pauvre qui n'a absolument rien. Lui aussi, il a un fils et
tout les dimanche soir ils monte tout les deux en haut de la colline qui surplombz le village et ils
regarde le coucher de soleil, la ville la foret, les champs de blé et l'horizon la bas loin. Il dit alors
simplement :

- Regarde

Raconter, c’est laisser des traces de pas dans l’air…

Sur une plage…


Une tortue, à pas lent, se promène. Tout d’un coup, un jaguar surgit devant elle :
- Bonjour, cher déjeuner.
- Jaguar, jaguar s’il te plaît accorde-moi une faveur avant de me dévorer.
- Qu’est-ce que tu veux ?
- Laisse-moi un peu de temps pour me préparer à ma mort.
- D’accord, dit le jaguar, tu n’es pas bien rapide, tu ne pourras pas t’échapper. Prends le temps
qu’il te faut mais fais vite, j’ai faim.
-
A ces mots, la tortue se rue sur le sol, commence à frapper le sable de sa patte, se tourne dans un
sens puis dans l’autre, secoue la terre dans tous les sens. Puis elle se calme, vient se placer devant le
jaguar et lui dit :
- C’est bon, je suis prête
- Mais qu’est-ce qu’il t’a pris, je ne comprends pas

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- Aujourd’hui, tu me manges et contre ça, je ne peux rien. Mais demain, les hommes vont passer
par ici et ils verront les traces du combat acharné d’un jaguar et d’une toute petite tortue. Alors,
peut-être, ils auront le courage de venir t’affronter …
-
Raconter, c’est laisser des trace de pas dans l’air…
Rapporté par le conteur Dan Yashinsky, dans Soudain on entendit des pas

Et une petite autre

Un homme se réveille un matin avec l’espoir de changer le monde. Il va sur la place du marché,
grimpe sur une caisse en bois et commence à raconter des histoires. Des histoires qu’il espère si
belle, qu’elles toucheront les gens, qu’elles les feront changer d’attitude. Au début, certains
écoutent, attentivement. Puis rapidement, tout le monde s’en désintéresse. Il ne se décourage pas
pour autant. Tous les jours, il retourne sur la place du marché et continue à raconter ces histoires.
Le temps passe, les gens se sont habitué à ce vieux fou. Sa barbe a poussé, sa voix n’est plus qu’un
faible murmure. Il ne lui reste pour tout public qu’un chien et un enfant.
Un jour, l’enfant vient voir le conteur
- Et le vieux pourquoi tu contes ? Tu vois bien que personne ne t’écoute, alors pourquoi tu contes ?
Le vieux eu un sourire triste
- Avant, je racontais pour changer le monde.
- Ben tu vois bien que ça ne marche pas. Que personne ne t’écoute. Alors pourquoi tu continues ?
- Maintenant, si je raconte, c’est pour que le monde ne me change pas…