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Revue française de sociologie Histoire de psychologies sociales perdues. Le cas de Gabriel Tarde Ian

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Lubek Ian, Apfelbaum Erika. Histoire de psychologies sociales perdues. Le cas de Gabriel Tarde. In: Revue française de sociologie, 1981, 22-3. Sociologies françaises au tournant du siècle. Les concurrents du groupe durkheimien. Etudes réunies par Philippe Besnard. pp. 361-395;

doi : 10.2307/3321157

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Abstract Ian Lubek : History of lost social psychologies : the case of Gabriel Tarde.

In examining the "lost social psychologies" of Gabriel Tarde, a research format and set of guiding hypotheses are offered to historians, sociologists and social psychologists of science, interested in studying Tarde, other lost social psychologists, or more generally, any branch of a discipline which has "disappeared" from historical accounts. After a brief overview of Tarde's life-work and style of system- building, four specific attempts to create a Tardean social psychology are examined. The most mature formulation, the "interpsychology", had little impact in France and North America, and five hypotheses are offered to guide research about the historical and institutional factors at work : (1) the debate with Durkheim represented a clash of paradigm/exemplars ; (2) there was a lack of a Tardean paradigm/community to promote and institutionalize his ideas ; (3) Tarde's perspective may not have been compatible with the socio-political ethos ; (4) linguistic and cultural barriers may have prevented trans-atlantic migration of the ideas ; and (5) interactionist theories had an epistemologically vague status within positivistic social sciences.

Zusammenfassung Ian Lubek : Geschichte der verlorenen Sozialpsychologien : der Fall Gabriel Tarde.

Mit der Untersuchung der verlorenen Sozialpsychologien von Gabriel Tarde werden eine Betrachtungsweise und Hypothesen den Historikem, Soziologen, und Soziopsychologen der Wissenschaften vorgeschlagen, die Tarde oder andere Psychosoziologen studieren wollen, oder ganz allgemein jeden Zweig einer Disziplin der in ihrer Geschichte verschwunden ist. Nach einem kurzen Ueberblick tiber das Werk von Tarde, und die Entwicklungsweise seiner Thesen, werden vier spezifische Versuche zur Definition einer Sozialpsychologie Tardes untersucht. Die tiefgrundigste These, die Interpsychologie, fand ein nur schwaches Echo in Frankreich und in Nord-Amerika. Zu Erklärung dieses Misserfolges werden 5 Hypothesen aufgestellt, die historische und institutionelle Faktoren berücksichtigen : 1) der Streit Tarde/Durkheim als Konflikt der beispiel naften Paradigmen, 2) das Nichtvorhandensein von einem Paradigma/Gemeinschaft um Tarde, das die Promotion und die institutionelle Verwurzelung seiner Ideen gefördert hätte, 3) die Nichtvereinbarkeit zwischen dem soziopolitischen Klima und der Perspektive Tardes, 4) die sprachliche und kulturelle Sperre, die die Verbreitung in Amerika erschwerte, 5) der ungenaue Charakter des epistemologischen Status der interaktionistischen Theorien innerhalb der positivistischen Sozialwissenschaften.

Resumen Ian Lubek: Historia de psicologias sociales perdidas : el caso de Gabriel Tarde.

Al examinar las piscologías sociales perdidas de G. Tarde se sugieren un modo de aproximación e hipótesis a los historiadores, sociólogos o psicosociólogos de la ciencias que desean estudiar a Tarde u a otros psicosociólogos y, más generalmente cualquier parte de una disciplina desaparecida de su historia. Después de una breve ojeada en la obra de Tarde y en el modo de desarollo de sus tesis, están examinadas cuatro tentativas especificas para définir una psicologia social de Tarde. La más elaborada, la interpsicologia no tuvo sino una breve influencia en Francia como en America del Norte. Para explicar ese fracaso se dan cinco hipótesis considerando factures históricos e institucionales : 1) el debate Tarde/ Durkheim como conflicto de paradigmas/ejemplares ; 2) la ausencia de paradigma/comunidad en torno a Tarde que habia facilitado la promoción y el arraigamiento institucional de sus ideas ; 3) la incompatibilidad entre el clima sociopolitico y la perspective de Tarde ; 4) la barrera linguistica y cultural que impide la migración transatlántica ; 5) el carácter vago del estatuto epistemológico de las teorias interaccionistas en el seno de las ciencias sociales positivistas.

резюме Ian Lubek : История забытых социальных психологии : случай Габриеля Тарда. Экзаминуя забытые социальные психологии Габриеля Тарда, внушается форма подхода и

гипотезы к историкам, социологам или психосоциологам наук, желающим изучать Тарга или иных психосоциологов, или, более обобщительно, отрасль науки, исчезнувшей с лица истории. После краткого обозрения тардовского труда и формы развития его тезисов для определения социальной психологии Тарга рассматриваются четыре специфические попытки. Наиболее развитая — интерпсихология, являющаяся лишь слабым эхом как во Франции, так и в Северной Америке. Чтобы объяснить эту неудачу, выдвигаются пять гипотез, учитывающие исторические и институционные факторы : 1) дебат Тард-Дюркхейм, как конфликт парадигмы-примеры ; 2) отсутствие парадигмы- общности вокруг Тагда, которое облегчило бы продвижение и институционное укоренение его идей ; 3) несоответствие между социальнополитическим климатом и перспективой Тарда ; 4) лингвистический и культурный барьер, препятствующий трансатлантической миграции ; 5) туманный характер эпистомологического статуса взаимодейственных теорий во внутри позитивистских социальных наук.

Résumé Ian Lubek : Histoire de psychologies sociales perdues : le cas de Gabriel Tarde.

En examinant les psychologies sociales perdues de Gabriel Tarde, on suggère un mode d'approche et des hypothèses aux historiens, sociologues ou psychosociologues des sciences désireux d'étudier Tarde ou d'autres psychosociologues et, plus généralement, tout rameau d'une discipline disparu de son histoire. Après un bref survol de l'œuvre de Tarde et du mode de développement de ses thèses, quatre tentatives spécifiques pour définir une psychologie sociale tardienne sont examinées. La plus élaborée, l'interpsy- chologie, n'eut qu'un faible écho en France comme en Amérique du Nord. Pour expliquer cet échec, on avance cinq hypothèses prenant en compte des facteurs historiques et institutionnels: 1) le débat Tarde/ Durkheim comme conflit de paradigmes/ exemplaires ; 2) l'absence de paradigme/communauté autour de Tarde qu'auraient facilité la promotion et l'enracinement institutionnel de ses idées ; 3) l'incompatibilité entre le climat socio-politique et la perspective de Tarde ; 4) le barrage linguistique et culturel entravant la migration trans-atlantique ; et 5) le caractère vague du statut épistémologique des théories interactionnistes au sein des sciences sociales positivistes.

caractère vague du statut épistémologique des théories interactionnistes au sein des sciences sociales positivistes.

Ian LUBEK

R. franc, social. , XXII, 1981, 361-395.

Histoire de psychologies

sociales perdues :

le cas de Gabriel Tarde *

On peut espérer rectifier partiellement ce que Samelson (1974) (1) appelle les « mythes d'origine » de l'histoire d'une discipline en allant à la recherche de psychologies sociales « perdues ». En replaçant une entreprise de recherche dans le contexte socio-culturel et historique qui lui a donné naissance, en examinant de près les raisons de sa disparition, on saisit mieux certains des mécanismes à l'œuvre dans le développement d'une discipline scientifique jusqu'à sa forme présente. Nous nous limiterons, dans le cadre de cet article, à l'examen des tentatives pour développer une psychologie sociale en France, de Chasles (1875) jusqu'à 1914. Au cours de la Troisième République, certains courants d'idées,

l'interaction

1978) et débouchent sur des

d'institutions, de mouvements sociaux abordent de front la question de

entre les individus et la société (Apfelbaum,

formulations de psychologie sociale. Ainsi en est-il des contributions de Duprat, Hamon, Toulouse ou Chasles (cf. Lubek, 1980a). Une thématique

psychosociale est aussi

Bunge, Draghicesco, de Roberty, Mazel, Maxwell, Marion, Campeano, Le Tour- neau, Bourgeois, de la Grasserie, Le Bon, Bougie, Fouillée, Parodi, Lapie, De Greef, Solvay, etc. (ibid.-, Essertier, 1927; Gundlach, 1977).

Seuls les travaux de Gabriel Tarde (1843-1904) feront ici l'objet d'un examen systématique et ce choix se justifie par le fait que son œuvre constitue sans

de fonder une

psychologie sociale. Pourtant, cette tentative reste largement ignorée des deux côtés de l'Atlantique : en Amérique du Nord, Tarde reste aujourd'hui connu surtout pour ses travaux sur l'imitation (1890), encore fréquemment cités dans

doute la tentative la plus continue et la plus systématique

développée,

à

la fin

du XIXe siècle,

par des

auteurs comme

commentaires aux différentes étapes de cet arti- cle, qui reprend les idées d'une communication au 87th Annual Convention of the American Psychological Association, New York, 3 Sep-

digé pendant que j'étais chercheur invité au La- tember, 1979. Nous exprimons notre gratitude à boratoire de psychologie sociale, associé au M. Guillaume de Tarde et Mme Paul-Henri Ber-

C.N.R.S., Université de Paris VII. Je remercie

les nombreux collègues français pour leurs mul- archives de Gabriel Tarde,

tiples suggestions. E. Apfelbaum a contribué à la lecture des archives et je la remercie ici de ses

(*) Ce travail a été facilité par des bourses du Centre national de la recherche scientifique, du Canada Council, et du Social Sciences and Hu- manities Research Council, et partiellement ré-

geret qui ont bien voulu nous donner accès aux

(1) Voir les références bibliographiques en fin d'article.

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Revue française de sociologie

la littérature sur la psychologie de l'enfant, tandis qu'en France son nom est associé surtout à ses écrits sur la criminologie. Après un bref survol de son œuvre générale, on examinera plus longuement ses écrits psycho-sociologiques et l'on proposera, dans une seconde partie, quelques hypothèses pour rendre compte du manque de réceptivité et du faible

impact que

psychologie sociale. Les raisons en sont non seulement historiques, mais encore psycho-sociologiques, et peuvent être comparées à celles qui ont été avancées à propos d'autres phénomènes de dissidence par rapport au « paradigme /exemplaire » dominant et de rejet par le « paradigme/communauté » qui lui est associé (Lubek et Apfelbaum, 1979, 1980; Lubek, 1980b); on avait alors montré comment un « paradigme/exemplaire » innovateur, c'est-à-dire des idées ou

la

les idées de Tarde ont eus sur ie développement plus large de

theories minoritaires (ou dissidentes) peuvent être mises à l'écart dans un débat

qui les opposent au « paradigme /exemplaire » majoritaire paradigme/communauté » puissant.

soutenu par un «

Les modalités du développement des idées chez Tarde

Tarde est en quête d'une explication sociale des comportements

interindividuels, collectifs et économiques: «j'ai essayé de dégager social des faits humains » (Tarde, 1890, p. i).

A travers son journal personnel (1862-1900) et les biographies qui évoquent sa personne (Mazel, 1904; Laccassagne, 1904; Bougie, 1905a; Discours, 1909; Tarde, 1909a; Matagrin, 1910; Guy-Grand, 1934; Clark. 1968a, 1969; Milet, 1970), on voit que nombre de ses idées ont vu le jour alors qu'il vivait à l'écart

des autres écrivains sociaux. Ses intérêts éclectiques l'amènent à des lectures très diverses, en particulier après son retour en 1866 à La Roque Gageac et à Sarlat,

mise en forme

définitive de ses idées est alors le fruit d'une lente maturation. Mises à l'essai

tout d'abord sous la forme de courts articles, elles sont ensuite repensées et développées dans des études plus systématiques qui ouvrent à leur tour de nouvelles voies. « De fait, mes idées principales se sont formées bien longtemps avant leur publication Un de mes anciens collègues de Ruffec se souvient très bien que

plus

sa

il poursuit une carrière de magistrat.

le côté purement

ville natale, où

La

je

lui

ai

souvent exposé,

dès

1874 ou

1875,

ce

qu'il

a

lu depuis

développé dans mes ouvrages

d'idées a pris corps

» (Tarde,

Entre vingt-cinq et trente ans, mon système 1904a, p. 333)

expliquait-il à G.L. Duprat alors jeune psychologue social.

Le remodelage eî la systématisation de ses idées lui ont parfois valu des critiques à cause des discordances qui se font jour entre les deux moments de sa pensée. I es décisions de ses éditeurs concernant les modalités de publication de ses ouvrages ont, elles aussi, infléchi le développement de son œuvre.

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Ian Lubek

Les exemples suivants font entrevoir comment ces différents facteurs ont affecté le développement du « paradigme/exemplaire » tardien, son système conceptuel et théorique. Tarde écrivit deux textes, La différence universelle

(1870) et Les possibles (1874a), mais il fallut plus de vingt ans (Milet, 1970) pour que les fragments du second voient enfin le jour (Tarde, 1895a, 1895b). Un livre sur La' répétition et l'évolution des phénomènes : Essai critique et théorique (1874b) ne reçut jamais l'imprimatur de l'éditeur (Germer-Ballière, prédécesseur de Félix Alcan). Dès 1880, certains thèmes relatifs à l'imitation apparaissent

dans des articles mais son ouvrage sur le sujet ne paraîtra qu'en 1890

partie retardé par les décisions de l'éditeur. Et Essertier (1930, p. 201) va jusqu'à suggérer qu'« un de ses manuscrits, qui date de 1874, fait déjà de l'imitation, c'est-à-dire de l'interaction des consciences, la loi du monde moral et social ».

On constate le même phénomène en comparant les versions successives du manuscrit « (Roman sociologique) Une page d'histoire future » qui est à l'origine, en 1884, une utopie troglodyte futuriste. Il sera revisé plusieurs fois au cours des douze années qui suivent, soumis à R. Worms, qui le publie après avoir changé le titre en Fragment d'histoire future (Tarde, 1896, puis réédité en 1904 et en 1905, traduit cette année-là en anglais avec une préface de H.G. Wells, partiellement réimprimé dans la Revue française de sociologie en 1970 et intégralement republié en 1980 chez Slatkine Reprints à Genève.

- en

plus

productif, publiant une quinzaine de livres et de nombreux articles dans des domaines aussi divers que la criminologie, la philosophie, la psychologie, l'anthropologie, la sociologie, la géographie, l'archéologie, l'histoire, l'économie, la futurologie, la pénologie, la psychologie sociale mais aussi, à ses moments perdus, la littérature et la poésie. Dans la plupart de ces travaux, les idées maîtresses qui fondent sa psychologie sociale sont développées et appliquées à divers domaines (politique, droit, pouvoir, économie). Certains de ses critiques en ont conclu qu'il était répétitif alors que ces applications ont servi de banc d'essai à ses idées.

Voici comment Bergson résume l'approche éclectique de la théorie sociale de Tarde, et son

Au cours

des vingt dernières années de sa

vie,

il

devient de plus en

« point de vue très original sur la causalité

humaines, où un individu invente et où d'autres individus Г imitent L'imitation

C'est une certaine action sui generis qui s'exerce d'esprit. C'est une certaine contagion psychologique se propageant dans une certaine direction déterminée. C'est, entre les consciences, un va-et-vient qui tend à produire un nivellement et qui les amènerait toutes sur le même plan si, à chaque instant, de nouvelles inventions ne créaient de nouvelles différences de niveau. Psychologique et social tout à la fois par ses origines, ce principe a conduit Tarde à constituer une science des sociétés qui repose sur l'étude de l'âme humaine et une science de l'âme humaine qui tient l'individu pour prédestiné à la vie sociale. Il a donné une sociologie nettement psychologique, et une psychologie toute prête à s'épanouir en sociologie. Entre la science de l'homme individuel et celle de l'homme social, Tarde opéra une synthèse sur

celle qui opère dans les sociétés

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laquelle il fit converger toutes les autres sciences particulières. La répétition avec Yopposition et Yadaptation qui en sont complémentaires, fut pour lui un principe d'explication véritablement universel. »

(Bergson, 1909, p. 6)

La psychologie sociale de Tarde :

quatre tentatives

A. Les deux volumes de « Psychologie Sociale» (1887) perdent leur titre

Un examen des documents personnels révèle que, dès 1884, Tarde travaille à

un ouvrage en deux parties intitulé Psychologie sociale et logique sociale. Ecrit entre le 15 mars et le 19 avril 1884, le chapitre « Logique individuelle et logique sociale » est révisé en février 1885 et destiné, selon une note de Tarde, à devenir

le chapitre final d'un livre qui serait intitulé « Psychologie sociale et logique

sociale» ou bien «Logique sociale et psychologie sociale». Entre 1886-87, différents titres de remplacement sont envisagés : « La psychologie sociale » ; « La psychologie sociale : théorie sociologique » ; « La psychologie sociale et la logique historique »; « La psychologie des sociétés et la logique de l'histoire »; et « L'imitation et la science sociale ».

1886, il prévoit deux parties distinctes : « L'Imitation et ses lois »

suivies de « L'Invention et ses lois (Logique sociale et téléologie sociale) ». En 1887, enfin, le dossier qui parvient à l'éditeur contient un ouvrage en deux parties intitulé « La psychologie sociale : essai sur la science des sociétés (autre projet du titre : Les lois de l'imitation : principes de la science sociale) ».

Dans la préface, Tarde (1887) indique qu'il a choisi le titre Psychologie sociale parce que

« par suite de la livrée naturaliste que la science sociale a reçue de ses

premiers maîtres Auguste Comte et Herbert Spencer, l'idée de sociologie a fini par s'associer indissolublement dans l'esprit du public à celle d'une interprétation physique ou biologique des faits sociaux. »

En juin

II se dissocie de la sociologie dont il juge la position trop organiciste :

« En d'autres termes, si la sociologie n'est pas à mes yeux une biologie

supérieure, plus embrouillée encore et plus obscure que l'autre, je la regarde comme une psychologie agrandie, éclaircie par ses agrandissements mêmes. S'il en est ainsi, il est impossible que la profonde révolution opérée en psychologie dans ces dernières années, non seulement depuis les beaux

plus

récemment, par suite des études sur l'hypnotisme, laisse indifférente la science sociale. La nouvelle psychologie, en effet, quoiqu'elle s'intitule physiologique, est éminemment sociologique par sa portée et ses conséquences. Cela est surtout manifeste si l'on étend avec nous à l'explication générale du fait social, l'idée d'une sorte de « suggestion universelle » émise en passant par M. Bernheim. »

travaux de Messieurs Taine,

Ribot,

Delbœuf, etc.,

mais encore,

et

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Ian Lubek

En décrivant son « esquisse de sociologie pure dégagée de tout élément anatomique et physiologique », Tarde suggère :

« II est temps que cette cadette des sciences s'affranchisse à son tour. Elle y gagnera en précision et en simplicité, laissant l'anthropologie qui étudie l'homme tout entier embrasser à la fois son aspect social et ses côtés physiques. Notre tâche, déjà bien lourde, est de la considérer exclusivement comme membre d'une société, comme dépositaire passager d'une forme

sociale d'un certain type de civilisation qui l'a précédé et lui survivra

Et il plaide finalement pour l'idée que « Le social est donc bien distinct du vital, quoique le premier se soit formé par une suite d'actions du second, par une accumulation d'apports

individuels au cours des siècles. Mais il s'agissait de préciser la nature de ces apports et de démêler les caractères distinctifs, permanents, nécessaires, du

La mise sociale des individus consiste

exclusivement en croyances et en désirs, susceptibles de se propager par

imitation, c'est-à-dire, en découvertes et en inventions, en initiatives d'idées et

».

phénomène social qui en résulte

de desseins, et

caractéristique des sociétés. »

Cette préface ne verra jamais le jour

la propagation des exemples ainsi donnés est le fait

pas plus que les deux volumes,

du

moins sous leur forme initiale, réunis sous le titre de psychologie sociale. L'échange de lettres qui a lieu entre Tarde, Alcan et son conseiller scientifique en psychologie, Th. Ribot, en août et septembre 1887 suggère que Alcan (lettre du 12 août 1887) hésitait à publier un ouvrage si important - 2 volumes de 350 à 400 pages chacun - qui se vendrait, de ce fait, au prix prohibitif de 15 F. Alcan ne pouvait en outre avancer l'argent nécessaire à l'impression mais offrait en revanche de distribuer l'ouvrage si Tarde payait lui-même l'imprimeur. Une semaine plus tard, Alcan (lettre du 19 août 1887) est d'accord pour publier les deux parties indépendamment : Les lois de l'imitation paraît donc en 1890 sans l'avant-propos initialement prévu, tandis qu'il faudra attendre 1895 pour La logique sociale. Plusieurs auteurs affirment cependant que ce dernier ouvrage est paru dès 1893 (Tarde, 1909a; Benrubi, 1933; Milet, 1970; etc.) ou dès 1894 (Clark, 1969; Guy-Grand, 1934; etc.). En tous cas, le terme de psychologie sociale avait disparu.

S'agissait-il véritablement à travers les deux ouvrages de jeter les bases d'une psychologie sociale ou la décision de l'éditeur était-elle sage et/ou théoriquement fondée ? Dans Les lois de l'imitation, Tarde décrit des mécanismes et des lois socio- psychologiques et, à l'aide de cas exemplaires, il définit ses idées sur des sujets aussi variés que la répétition universelle, les similitudes et l'imitation, la contagion et les liens de la société, la perspective statistique et l'histoire, les lois logiques de l'imitation, les duels et accouplements logiques, les influences extralogiques, la supériorité sociale, la coutume et la mode.

L'imitation est « le procédé psychologique par lequel les idées se répètent et se propagent dans le monde social » (Tarde, 1 909a, p. 42), rendant compte des coutumes, idées et gestes d'une personne, d'un groupe ou même d'une société. Les inventions sont plus que « certaines grandes hypothèses » ou « certains

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Revue française de sociologie

perfectionnements mécaniques ou industriels » ; elles comprennent aussi « cette multitude d'idées, de désirs, de décisions, qui remplissent nos journées et qui ne

sont, au fond, que des combinaisons d'idées ou de désirs anciens

se heurte dans l'âme des

individus

hésitation de l'individu qui

forces. Elle se termine par le triomphe de l'une d'elles ou par leur accord heureux dans une petite invention nouvelle : duel logique ou accouplement logique ». La propagation des ondes d'imitation dans différents milieux sociaux

peut être modifiée par certaines « lois extra-logiques ». Tarde propose des lois

comme « l'imitation

l'inférieur », et suggère qu'il y a une « loi d'alternance de la coutume et de la

mode »

imitation plus immédiate et contagieuse (ibid., pp. 43-45).

Dans La Logique sociale, Tarde (1895a) examine les processus logico-cogni- tifs individuels d'une part, la logique des décisions interpersonnelles de l'autre, offrant une véritable mine d'idées aux psycho-sociologues contemporains qui s'intéressent aux théories cognitives, aux théories de l'équilibre, à la psychologie sociale dialectique. « II s'agit de savoir d'abord par quelle démarche logique l'individu, balancé

seuil de sa croyance ou de sa

le premier terme représentant l'imitation passée, le second une

» (Tarde,

1909a, p. 42). Quand « l'onde nouvelle d'imitation

l'individu, balancé entre deux désirs ou deux croyances, hésite :

n'est, au point de vue social, que la lutte de deux

va

de l'intérieur à

l'extérieur », « va

du supérieur à

-

entre des idées

ou des désirs qui luttent au

volonté, se décide entre eux après hésitation ou trouve le moyen terme qui les unit; et comment d'autre part ces conclusions intimes, tirées séparément dans chaque individu, après s'être heurtées entre elles dans des luttes non plus individuelles mais sociales, s'harmonisent enfin, par des triomphes ou

des accords que répand l'imitation et qui conservent à la société son équilibre

nécessaire. Logique individuelle et logique sociale

»

(Tarde, 1909a, p. 45) Dans la seconde moitié du livre, Tarde suggère comment ses concepts s'appliquent à des domaines comme la « langue », la « religion », le « cœur », l'« économie politique » et l'« art ». La décision de l'éditeur de publier séparément les deux parties de l'ouvrage initial leur a donné des dynamiques indépendantes. Ni à court terme, ni à long terme, ces ouvrages n'ont eu le même impact. Selon les estimations faites à partir des données comptables que Alcan mit à la disposition de Tarde (1897- 1901), environ 4 600 exemplaires du premier texte semblent avoir été vendus avant 1921, tandis que le second n'a été imprimé qu'à 2 500 exemplaires. Seul le premier fut traduit en anglais. D'ailleurs les thèmes relatifs à l'imitation ont été aussitôt diffusés auprès des lecteurs de langue anglaise, à travers les écrits du psychologue Baldwin et du sociologue Ross. Ils sont aujourd'hui encore cités dans les manuels de psychologie de l'enfant et l'on constate que 42,6% des références contemporaines à Tarde (entre 1966 et 1980) concernent Les lois de l'imitation tandis que 0,6% seulement des citations concernent La logique sociale. En comparant les ouvrages de Tarde à ceux d'autres « psychologues sociaux » de l'époque (Tableau /), on constate une relation étroite entre la diffusion initiale des ouvrages et la fréquence avec laquelle ils sont cités aujourd'hui encore.

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Revue française de sociologie

En tout état de cause, bien que Les lois de l'imitation reste beaucoup plus populaire que La logique sociale, aucun de ces ouvrages n'est véritablement considéré par les psycho-sociologues comme une œuvre pionnière et une contribution majeure à la discipline, ni en France, ni en Amérique du Nord.

Et l'on ne peut que spéculer sur les conséquences qu'aurait eu la parution d'une Psychologie sociale intégrant les deux volumes. Un tel ouvrage aurait-il eu pour effet de définir le champ de la discipline et ses orientations théoriques dès 1890 ? Aurait-il pu offrir une référence et une bannière de ralliement pour les multiples tentatives dispersées et faciliter ainsi l'émancipation de la psychologie sociale ?

B. Les « Etudes de psychologie sociale »

II se passe plus de dix ans entre le moment où la Psychologie sociale de Tarde

perd son titre et celui où paraît, dans la série de R. Worms (Bibliothèque Sociologique Internationale) les Etudes de psychologie sociale (Tarde, 1898a). Y sont réunis des articles publiés antérieurement et des conférences sur : la sociologie; les deux éléments de la sociologie; le transformisme social; l'idée de l'« organisme social »; criminalité et santé sociale; la criminalité professionnelle; la jeunesse criminelle; souvenirs de transports judiciaires; la graphologie; sympathie et synthèse; la sociologie de M. Giddings; crimes, délits, contraventions.

La plupart des textes sont d'ordre critique, mais on voit néanmoins s'amorcer une approche psycho-sociale interactionniste à laquelle Tarde travaille dans les années 90, passant de la discussion des contradictions dialectiques « intercérébrales » (1895a, chapitre 4) aux « effets intercérébraux », puis à la « psychologie intermentale » et aux « actions intermentales », pour aboutir à ce qui deviendra en 1900 l'« interpsychologie ». Dans le tout premier texte (La Sociologie), Tarde (1898a, p. 62) annonce «une psychologie interpsychique complétée par une logique sociale » ; de même dans le deuxième, qui date de 1894, il présente une position interactionniste l'opposant à la perspective sociologique et attaquant la logique de Durkheim à propos des « faits sociaux » :

« La vérité est qu'une chose sociale quelconque, un mot d'une langue, un rite

d'une religion, un secret de métier, un procédé d'art, un article de loi, une maxime de morale, se transmet et passe, non pas du groupe social pris collectivement à l'individu, mais bien d'un individu - parent, maître, ami, voisin, camarade - à un autre individu, et que, dans ce passage d'un esprit dans un autre esprit, elle se réfracte. »

(Ibid., p. 67)

Entre quatre conceptions possibles de la sociologie comme physique sociale, biologie sociale, idéologie sociale ou psychologie sociale, il opte pour la dernière (ibid., pp. 92-93).

Les Etudes de psychologie sociale ne furent jamais traduites en anglais, ni réimprimées malgré leur importance pour comprendre le passage de Tarde d'une position purement individualiste et psychologique à une perspective pro-

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prement interactionniste et sociale. Dans Social Sciences Citation Index (1966- 1980) on ne trouve aucune citation de cet ouvrage.

С. L' interpsychologie et « La psychologie économique»

Ayant obtenu la chaire de philosophie moderne au Collège de France en 1900, Tarde développe plus systématiquement, dans le cadre de cet enseignement, sa théorie de l'interpsychologie ; il traite de la « Psychologie intermentale » (mars à juin 1900), de la « Psychologie économique » (1900-1901), des « Transformations de la morale » (1901-02) qui incluent deux leçons sur une esquisse d'une morale interpsychologique (février 1 902) et enfin dans ses deux derniers cours, des « Eléments d'une psychologie intermentale» (1903-1904) (cf. Milet, 1970, pp. 42-47; Tarde, 1909a). En janvier 1901, Tarde avait déjà noté:

« Pourquoi ne pas faire un volume composé de mon cours de Psychologie intermentale - suivi de la Valeur sociale, esquisse d'une sociologie générale ? ».

Certains des thèmes développés dans ses leçons au Collège de France feront l'objet d'articles (Tarde, 1901, 1903a, 1904b) dont l'un (Tarde, 1903b) parut en anglais grâce à l'insistance de Giddings qui sollicitait Tarde d'écrire pour le International Quarterly Magazine ; un autre article, traitant de l'interpsychologie de l'enfant, paraîtra à titre posthume (Tarde, 1909b). Le thème de l'interpsychologie est également repris dans la Psychologie économique (Tarde, 1902): la société y est décrite comme un tissu d'actions intermentales, et l'importance de la psychologie, plus particulièrement de l'interpsychologie, pour l'économie politique y est mise en avant. L'économie est mise en liaison avec des concepts comme l'adaptation, la répétition, la valeur, les croyances ou les désirs.

Dans l'avant-propos, Tarde note (1902, p.i.) :

« La vie sociale m'a paru relever avant tout de l'interpsychologie, qui étudie ses rapports élémentaires. J'ai pensé cependant qu'il était inutile d'intituler cet ouvrage Cours ď inter-psychologie économique, titre qui eût été peut-être plus exact, mais moins clair et moins simple. »

Mais la plupart des critiques n'ont pas reconnu l'aspect original de l'interpsychologie. Ni E. d'Eichthal (1902) qui rend compte de l'ouvrage du point de vue de l'économiste, ni G.Richard (1902, p. 640) ne relèvent cet aspect. Ce dernier dit de la Psychologie économique qu'elle « intéresse à la fois l'économie

une idée directrice de

l'œuvre

politique et la psychologie sociale », mais il critique

« que toute association est sortie du cerveau d'un homme et que

chacune d'elles vaut ce que vaut l'idée de son fondateur» (Tarde, 1902, v. II, p. 408). « Qui ne verrait là la négation de la psychologie sociale et son absorption

Au fond de sa psychologie sociale, nous

retrouvons toujours l'idée contestable empruntée par lui à Taine : c'est qu'une société d'hommes ou d'animaux normaux n'est qu'un hôpital d'aliénés ou d'hystériques et que la relation de l'hypnotiseur et de l'hypnotisé est le type et l'origine de la relation intermentale. Cette conception hyperaristocra-

dans la psychologie individuelle ?

369

Revue française de sociologie

tique

plus peut-être que toutes ses autres branches ».

aura affecté l'œuvre entière de M. Tarde et la Psychologie économique

(Richard, 1902, pp. 646-7) Quant à YAnnée sociologique, sous la plume de Simiand (1903, p. 461), elle distribue tour à tour compliments (« un certain nombre de vues ingénieuses et de relations suggestives dont on pourra tirer profit ») et critiques (« l'information de fait ou de doctrine laisse, en plus d'un endroit, fort à désirer »). VAnnée psychologique, quant à elle répertorie l'ouvrage mais ne le commente pas. L'interpsychologie fut donc assez mal accueillie, notamment par Durkheim (1905) ; elle n'eut qu'un faible retentissement sur la psychologie sociale de l'époque et a fortiori sur la psychologie sociale contemporaine (on ne trouve dans le Social Sciences Citation Index entre 1966 et 1980 que 3 références à la Psychologie économique et que 3 pour les articles sur l'interpsychologie).

D. La psychologie sociale de Tarde après 1904

A l'encontre de Binet ou de Durkheim qui dirigeaient l'un comme l'autre une revue spécialisée, et regroupaient autour d'eux élèves, disciples ou collaborateurs, Tarde n'eut ni élèves, ni associés. Seul Mazel (1896) aurait pu devenir un disciple: chargé de la rubrique

« sciences sociales », c'est lui qui rendait le plus souvent compte des ouvrages de Tarde dans Le Mercure de France. L'isolement de Tarde ne fut pas propice à la diffusion de ses thèses. Tous ceux qui, comme Tarde, tentaient de définir en France une psychologie sociologique, une sociologie psychologique ou, simplement, de faire le lien entre la psychologie et la sociologie travaillaient

indépendamment les uns des autres.

1903; Worms, 1898; de la Grasserie, 1898; Hamon, 1894, 1895; Ribot, 1901, 1905; Palante, 1901; de Roberty, 1897; Draghicesco, 1907; et Tosti, 1897, 1898. (Ce dernier publia avant tout en anglais mais prépara une Psychologie sociale et sociologie qui devait être publiée par Alcan aux environs de 1 902 avec une préface de Tarde ; cet ouvrage ne semble pas avoir vu le jour).

En définitive, les sociologues, associés à VAnnée sociologique ont contribué à définir ce que la psychologie sociale « serait ou ne serait pas » (cf. à ce sujet, Durkheim, 1901 ; Fauconnet, 1902; Bougie et David, 1909 et la correspondance entre « le groupe des quatre » : Lapie (1898), Bougie (1905a), Richard (1902) ou Parodi - qui devait publier entre 1 909 et 1919 un ouvrage sur la psychologie sociale pour l'Encyclopédie scientifique du Dr. Toulouse (cf. Besnard, 1979; Vogt, 1979; Cherkaoui, 1979; Lubek, 1980a; Apfelbaum, 1981). Mais les thèses de Tarde ne sont reprises après sa mort ni par les uns, ni par les autres. Cela tient sans doute au fait que Tarde est un sociologue autodidacte, membre d'un groupe marginal composé de personnalités isolées, regroupées autour de R. Worms et de sa Revue internationale de sociologie créée en 1893; qu'il est membre de la Société de sociologie de Paris (dont il fut le premier président en 1895) ainsi que de l'Institut international de sociologie (cf. Clark,

On

peut citer parmi eux : Duprat,

1898,

1901,

370

Ian Lubek

1967,

1973). Il

n'y avait là personne pour s'associer à lui ou,

plus tard, pour

prendre la relève. Essertier reconnaît qu'il « a déclenché un mouvement

fait

école » (1930, p. 207). Geiger (1975) décrit lui aussi Tarde comme un isolé sur le plan scientifique sans soutien institutionnel de la part d'organisations sociologiques.

d'idées » et « créé une science, la psychologie sociale » mais

il

« n'a

pas

En résumé, on dira que l'interpsychologie a été l'amorce d'un « paradigme/ exemplaire » auquel il a manqué le soutien d'un « paradigme/communauté » pour se développer et survivre à la mort de Tarde.

Pendant un laps de temps très bref (1904-1909), ses fils ont pris la relève. A. de Tarde (1880-1925) publie une thèse de droit sur Vidée du Juste Prix (1907) reprenant des concepts psycho-sociaux de la Psychologie économique. Il fonde ensuite avec J. Teutsch en juin 1 907 la Revue de psychologie sociale, la première portant la mention de psychologie sociale. Paul de Tarde (1878-1948), alors en Indochine, y contribue (septembre 1908) ainsi que Guillaume de Tarde (1885-) qui écrit des articles, notamment sur la « nouvelle métaphysique » de Bergson (novembre 1 907), et rend compte des travaux de psychologie sociale de Draghi- cesco (juillet-août 1907).

Selon l'éditorial introductif au premier numéro, la Revue de psychologie sociale vise à regrouper les travaux qui s'appuient sur une « méthode d'observation psychologique » qui « oppose les réalités vivantes et complètes aux abstractions, l'homme en société à l'homme individuel, tel que l'avait imaginé le XVIIIe siècle. Elle vivifie et complète l'ancienne psychologie individuelle par l'étude de la psychologie sociale, c'est-à-dire de l'action combinée et réciproque des milieux et des forces individuelles. »

(Amar et al.,

1907, p. 2)

s'agit de découvrir « derrière l'acte, l'individu, et derrière l'individu, le » « Ainsi, qu'il s'agisse de l'activité humaine normale, ou pathologique, ou criminelle, le but à poursuivre est toujours l'étude double et complexe des milieux, pour laquelle ce ne sera pas trop des efforts associés des historiens, des moralistes, des psychiatres, des médecins, des économistes, et des juristes, etc. » {ibid.).

Mais la revue ne tient pas ses promesses. En mars 1908, elle est réorganisée

et devient La vie contemporaine : Revue de psychologie sociale, puis disparaît

II

milieu.

définitivement en octobre 1908 (cf. Annexe 1). A. et G. de Tarde publient un petit volume comprenant des lettres et les éloges funèbres à l'occasion de l'inauguration de la statue de Tarde à Sarlat (Discours, 1 909) et une sélection de ses oeuvres avec des éléments de biographie tentant ainsi une dernière fois de préserver les thèses psycho-sociales de leur père (Tarde, 1909a).

Hors du cercle familial cependant les idées de Tarde n'ont guère été reprises. M. Davis, à Columbia University, lui consacre une thèse en 1906 (Small, 1906) ainsi que A. Dupont qui la soutient à la Faculté de Droit à Paris en 1910 (Milet, 1970). Une Psychologie sociale de Gabriel Tarde par A. Matagrin (1910) paraît à la même époque et G. Dumas (1924), puis С Blondel (1928) font place aux

371

Revue française de sociologie

travaux de Tarde. En particulier, encouragé par Ribot (1914, p. XII), Dumas écrit lui-même le chapitre sur l'interpsychologie pour son Traité de Psychologie (1924) et l'on est alors en droit d'espérer que les thèses de Tarde sont enfin reconnues et diffusées. Pourtant, quand Dumas entreprend la révision de son traité qui devient le Nouveau Traité de Psychologie (1931-1948), le chapitre sur l'interpsychologie de Dumas et celui de Davy consacré à la sociologie et à la

psychologie sociale disparaissent, leur rédaction ayant été, semble-t-il, retardée

par la guerre,

Le Traité de Psychologie Expérimentale (1963-1966) de P. Fraisse et J. Piaget succède à celui de Dumas. Mais il n'y a, à ma connaissance, aucune référence à Tarde dans les neuf volumes qui le composent, pas même dans celui qui est consacré à l'histoire de la discipline ni dans celui qui porte sur la psychologie sociale.

et abandonnée à cause de la mort de Dumas en 1946.

Dans un traité à perspective plus sociologique, un chapitre de J. Stoetzel

(1963) fait état «des processus interpsychologiques généraux» (p. 343) sans

référence à Tarde

liste des

dont

le nom

n'apparaît pas non plus

dans la

« premiers psychologues sociaux » où sont par contre nommés McDougall ou Ross (p. 342) ou encore Baldwin, Cooley ou Mead dont il est rappelé qu'ils ont aidé la psychologie sociale à « se constituer en science » (p. 348). Tarde est exclusivement cité pour sa contribution à une « ethnologie de la conversation » (p. 346-7).

L'interpsychologie de Tarde a donc, semble-t-il, disparu progressivement des multiples manuels et peut être véritablement considérée comme une psychologie sociale « perdue ». De toute son œuvre psycho-sociologique ne lui survit que la psychologie de l'imitation, reprise non pas par la psychologie sociale mais par la psychologie génétique dans sa version behavioriste (cf. par exemple Miller et Dollard, 1941 ; ou Bandura et Walters, 1963).

Quelques raisons de la disparition de la psychologie sociale de Tarde

On présente ici cinq hypothèses complémentaires, chacune contribuant en partie à expliquer le faible retentissement des thèses de Tarde sur le développement ultérieur de la psychologie sociale. Trois d'entre elles reposent sur des concepts « néo-kuhniens » de paradigme /exemplaire et de paradigme /communauté définis ailleurs (Lubek et Apfelbaum, 1979, 1980; Lubek, 1980b; pour le débat T. Kuhn/K. Popper, cf. Lakatos et Musgrave, 1970). Le paradigme/ exemplaire concerne les aspects « « popperiens » relatifs à la logique interne des processus de découverte scientifique (notamment modèles, théories, données ) qui orientent l'évolution du travail scientifique tandis que le paradigme /communauté renvoie aux structures et aux processus externes, « kuhniens », institutionnels, psycho-sociologiques (revues, manuels, collèges invisibles, compétition) qui peuvent généralement se ramener à des relations de pouvoir asymétrique (gardiennages des revues ; formation universitaire et direction de thèses ; sources

372

Ian Lu bek

de financement, etc.). A partir de ces notions, le progrès scientifique peut être décrit comme une relation plus ou moins harmonieuse, plus ou moins conflictuelle entre les paradigmes/communautés et les paradigmes/exemplaires.

paradigmes/

exemplaires distincts (lre hypothèse) au moment où, parallèlement à la psychologie et à la sociologie, se développait la psychologie sociale : il a pris la forme du débat entre G. Tarde et E. Durkheim, entre le psychologisme individualiste du premier et le sociologisme collectiviste du second. Selon la deuxième hypothèse, c'est faute d'avoir été soutenues par un paradigme /communauté que les thèses de Tarde se sont évanouies, celles de Durkheim, au contraire, prospérant grâce à l'important soutien institutionnel qui lui assurèrent des élèves et la diffusion de ses idées. La troisième hypothèse prend en compte le climat général de l'époque insistant sur les répercussions des courants intellectuels et des mouvements socio-politiques sur l'évolution d'un paradigme/exemplaire. On examinera ensuite (4e hypothèse) l'accueil réservé aux thèses de Tarde en Amérique du Nord, mettant au jour l'existence de barrières et de mécanismes de chauvinismes culturel et linguistique qui ont entravé l'intégration de la psychologie sociale de Tarde dans ies sciences sociales naissantes. La cinquième hypothèse, enfin, suggère que l'échec de Tarde est lié aux fondements proprement philosophiques de ses thèses : une théorie interactionniste et dialectique ne pouvait alors que tomber dans un no man's land épistémologique entre la psychologie et la sociologie positivistes.

On peut tout d'abord

dire qu'il

y

a

un conflit entre deux

A. Le débat Tarde- Durkheim : une confrontation de deux paradigmes /exemplaires

C'est peut-être un signe

du

destin que ce soit dans

les pages

de la Revue

d'économie politique que les idées des deux hommes se soient rencontrées pour

la première fois. Durkheim (1888) y clarifiait et résumait le programme socio-

économique de Schaeffle qui « veut combattre

engendrent la pratique de l'individualisme » (p. 5). Dans le même volume, Tarde

(1888a) écrivait que « malgré le déluge socialiste qui se prépare, le libéralisme

individualiste ne saurait périr et renaîtra finalement»

La position de Tarde avait évolué depuis ses tout premiers écrits où il mettait l'accent sur la primauté de l'individu, qu'il soit normal ou criminel. Il n'abandonna pas d'emblée cette thèse mais sa perspective s'orienta progressivement vers un point de vue plus psycho-social. Pourtant, dans le débat qui l'oppose à Durkheim entre 1893 et 1905, on le présente souvent comme un pur individualiste, sans reconnaître l'évolution de sa pensée. Ce qui se joue dans ce débat est bien plus complexe et porte simultanément sur des questions de philosophie de la science, de méthodologie et de politique. Selon Worms (1926), c'est un conflit entre les philosophies politiques individualistes et collectivistes (voir section C, plus bas). La position de Durkheim dans la tradition comtienne du positivisme empiri- ciste s'oppose à celle de Tarde issue de l'idéalisme épistémologique et critique de

les tendances dispersives qui

(p. 576).

373

Revue française de sociologie

Renouvier qui débouche sur la « critique de la science » dans la ligne de Claude Bernard à Cournot (Benrubi, 1933). Au cours de leur dernière confrontation publique (Worms, 1904), Tarde oppose son « nominalisme » au « réalisme scolastique » de Durkheim, dont il craint qu'il ne débouche sur la métaphysique. Ce dernier refuse de répondre à cette critique alors qu'il avait lui-même critiqué (Durkheim, 1900) l'anti-positivisme de Tarde comme réaction antiscientifique. Tarde accepte hasard et probabilités; Durkheim pense en termes de régularités sociales. Pour celui-là, les individus sont spontanés et inventifs ; pour celui-ci, la collectivité impose ordre cartésien et contraintes (Milet, 1970; Clark, 1969). En somme, il y a là deux paradigmes/exemplaires qui s'affrontent sur divers terrains.

Simultanément, se dessine en arrière-plan de ce débat une autre divergence qui concerne le rôle de l'histoire opposé à celui des sciences sociales comme voie d'analyse des questions sociales contemporaines (cf. Lacombe, 1894; Seignobos, 1901 ; Bougie, 1905b; Hauser, 1903). Tarde se range généralement du côté des historiens (Clark, 1968a, p. 51 3 ; Milet, 1970) tout en se défendant de ne pas être scientifique (Lukes, 1973, p. 310). Et, de fait, il a le goût des données empiriques. Vaschide (1904, p. 672) rappelle que Tarde «suivait avec une grande attention tous les courants et surtout les recherches expérimentales ». Tarde suggère lui-même, dans ses leçons au Collège de France de 1903, qu'une interpsychologie scientifique nécessite la création de laboratoires, l'étude des effets physiologiques d'auditoires, amis ou ennemis, ainsi que le recours à la statistique qui « est en quelque sorte la psychophysique sociale. Elle est à la psychologie sociale ce que les instruments enregistreurs des psycho-physiciens sont à la psychologie individuelle » (cité dans Milet, 1 970, p. 399).

Tarde insiste enfin sur la nécessité d'une observation directe des effets d'interaction au sein des groupes, sectes, publics, foules et entre les nationalités ou les sexes :

« encore plus instructifs peut-être : une cour de récréation dans une école primaire, dans un collège, est pour le psychologue social un champ d'observation fructueux. C'est dans les cours de collège qu'il conviendrait d'étudier l'embryologie économique, politique, juridique, artistique, de l'être humain. » (Ibid.).

Tarde projette même, en 1 904, de faire avec A. Binet une série d'« études et d'enquêtes inter-psychologiques notamment sur l'interpsychologie des enfants à l'école» (Tarde, 1909a, p. 26; Apfelbaum, 1981). Là encore, comme sur le problème de l'individualisme, sa position reste nuancée et bien moins tranchée que le débat avec Durkheim ne pourrait le laisser croire. Ce débat a eu pour fonction majeure de gommer l'évolution progressive de Tarde vers une position plus interactionniste tout en contribuant, simultanément, à polariser la position sociologisante de Durkheim d'où toute vue psychologique ou psycho-sociale est dès lors exclue (sur la version extrême du « réalisme social » de Durkheim, voir Ellwood, 1938, p. 433, et Lukes, 1973, p. 20). Maints exemples peuvent être donnés de la représentation « psychologi- sante » de l'œuvre de Tarde. Bougie (1905a) qui lui est généralement favorable,

374

Ian Lube к

discute longuement son interpsychologie, mais conclut que « aucune sociologie

ne se montre donc, en dernière analyse, plus individualiste que celle de Tarde

A ses

première et la dernière pierre de l'édifice. C'est l'alpha et l'oméga du système » (p. 313). Davy suggère que Tarde offre « un point de concentration et une idée directrice pour l'attaque que sans cesse l'individualisme, soit métaphysique soit psychologique, dirigera contre la sociologie » (1931, p. 3). Quant à G.L. Duprat (1925), il semble ignorer l 'interpsychologie de Tarde, il insiste au contraire sur son individualisme et sur la notion d'imitation et conclut que « Tarde a fait beaucoup moins qu'on ne le suppose généralement pour une véritable

psychosociologie » (p. 143). Il est intéressant de noter que c'est G. Richard qui plus tard (1940) décrira l'enjeu véritable du débat, à savoir que Tarde a tenté de « constituer entre la psychologie et la sociologie proprement dite une science intermédiaire, la psychologie intermentale, tentative combattue par l'étroitesse des successeurs d'Auguste Comte » (p. xxxviii). Quand Durkheim (1905) aborde finalement de front la question de Y interpsychologie, un an après la mort de Tarde, il la rejette, la jugeant confuse et arbitraire. Selon Huteau et Roubertoux, qui ne font aucune référence à Tarde, la position de Durkheim contre la psychologie et

le succès de sa sociologie en France ont sans nul doute retardé le développement

yeux,

tout part de l'individuel,

et tout

y retourne : l'individu

est

la

de la psychologie sociale (1976, p. 150).

En tout état de cause, le débat n'a jamais été présenté comme une confrontation entre une psychologie sociale naissante et une perspective sociologique dogmatique. A l'exception de Karpf (1932, pp. 93-94) et Clark (1969, pp. 16-18) qui mettent l'accent sur Finteractionisme de Tarde, la plupart des commentateurs du débat ont ignoré les positions interpsychologiques de Tarde et n'ont vu dans ses écrits que son « psychologisme » et/ou son « individualisme ». (Voir Hankins, 1925, pp. 319-320; Davy, 1931 ; Barnes, 1938, pp. 850-852; Eubank,

1940, p. 55; Barnes,

1948,

p. 472;

Lukes,

1973,

p. 303;

et Ellwood,

1938,

pp. 418-421, 425-426, balançant entre les deux positions). Plus généralement, on

peut se demander dans quelle mesure les appréciations ultérieures de l'évolution d'un paradigme/exemplaire, fixé pour un temps par un débat, peuvent en rendre compte adéquatement surtout s'il est considéré comme ayant perdu la bataille.

B. Soutiens institutionnels : chaires, revues et paradigmes /communautés scientifiques

Tout au long de sa carrière, Tarde resta en marge du système universitaire.

Les institutions où il enseigna ne favorisaient pas la formation de disciples. Sur

invitation de E. Boutmy,

il enseigna à l'Ecole libre des sciences

politiques (Benoist, 1909) et les conférences furent ultérieurement publiées (Tarde, 1899; 1902). On ne sait s'il accepta cette même année l'invitation de G. de Greef, le sociologue belge (lettre à Tarde, 19 juillet, 1896), qui le conviait à l'Université nouvelle de Bruxelles, fréquentée par divers penseurs sociaux, notamment anarchistes (Elie et Elisée Reclus, A. Hamon, E. de Roberty, E.

en

1896,

375

Revue française de sociologie

Ferri, etc.). Toujours en 1896, il enseigne au Collège libre des sciences sociales et quelques-uns de ses cours sont publiés (Tarde, 1898b; 1899). Dick May (alias Jeanne Weill) avait ouvert cet établissement pour prendre le relais de l'Université (May, 1897; Hauser, 1903; Clark, 1973; Weisz, 1979) et fonde ultérieurement l'Ecole des hautes études sociales où Tarde débat avec Durkheim en 1903, et enseigne en 1904. Il participe encore en 1902-3 et 1903-4 à l'enseignement de l'Ecole russe de hautes études fondée en 1901 par M. Kovalewsky, E. de Roberty, etc. avec le concours de D. May (Verrier, 1934).

Mais le public principal de Tarde, à partir de janvier 1900, fut celui du

Collège de France. Il avait été préféré à Bergson pour la chaire de philosophie

de Nourisson, obtenant 1 8 des 29 votes

exprimés (contre 7 à Bergson, 3 à Manouvrier, 0 à Thamin et un vote blanc). Une longue manœuvre manquée avait consisté à essayer de transformer l'intitulé de la chaire en chaire de psychologie sociologique sur l'initiative de Ribot

(lettre à Tarde, 1 9 juin, 1 899a), qui avait déjà créé (Ribot, lettre à Tarde, 13 juin, 1 898) une section de « psychologie sociologique » pour Tarde dans le cadre du 4e Congrès international de psychologie (1900). Liard, à qui Ribot suggère le changement lors des funérailles de Nourisson, semble acquis à la cause et Ribot

« que le titre de psychologie sociologique dont je lui ai parlé

parait lui plaire » (Ribot, lettre à Tarde, 19 juin, 1899b). Mais l'affaire n'aboutira pas (Tarde, 1909a, p. 24); Tarde est nommé à la chaire de philosophie moderne, et il y enseigne sa psychologie sociologique.

Malgré l'enthousiasme de son assistance, Tarde n'y trouve pas de disciples ou d'élèves. Enseignant hors des cadres universitaires classiques, Tarde reste un one man show sans paradigme/communauté pour prolonger sa pensée. En

revanche, Durkheim,

moyens de diffuser leurs idées dans leur revue ou à travers un enseignement universitaire (Clark, 1973). On en veut pour preuve les résultats de l'enquête de Binet sur l'enseignement de la philosophie dans les lycées :

« La désaffection pour la métaphysique, l'intérêt pour la psychologie pathologique, et surtout pour la sociologie sont les traits marquants de la génération actuelle. En sociologie, on cite les noms de Spencer, Palante, Richard, quelquefois Tarde, et plus souvent Durkheim. Notre eminent collègue sera sans doute satisfait du progrès de ses idées dans l'enseignement secondaire. »

Bougie et les autres membres de VAnnée sociologique ont les

moderne rendue

vacante par la mort

réécrit à Tarde

(Binet,

1908, p. 210)

Grâce à P. Lapie, collaborateur de {"Année sociologique, ultérieurement directeur de l'enseignement primaire (1914-1925) puis recteur de l'Université de Paris (1925-1927), les thèmes sociologiques pénètrent le cursus des écoles normales primaires et, par ce biais, la philosophie de l'enseignement secondaire : des textes adaptés à de jeunes lecteurs (cf. par exemple, Déat, 1925) traitent notamment de la morale de Durkheim (voir Thibaudet, 1927, p. 222; 121-3; 139-40; Davy, 1931, p. 23; Bourgin, 1938, pp. 225; Clark, 1973, pp. 219-222; Geiger,

1979).

Tandis que la sociologie d'une part, la psychologie de l'autre livrent bataille pour acquérir la légitimité et la reconnaissance au sein du système français universitaire (Fraisse, 1963; Reuchlin, 1965; Clark, 1968b; Clark, 1973; Hu-

376

Ian Lubek

teau et Roubertoux, 1976; Karady, 1979; Weisz, 1979), la psychologie sociale reste cantonnée dans des institutions non universitaires, peu propices à une large diffusion. Duprat (1925, p. 610) juge que le caractère désarticulé et confus de la psychologie sociale provient de « l'absence d'une direction autorisée des

recherches scientifiques en France où l'Université est loin de jouer le rôle que la

psychos*ociologie pourra précisément contribuer à lui assigner pleinement droit de cité parmi les vieilles disciplines ».

Les thèses de Durkheim continueront à prospérer après sa mort en 1917 par l'intermédiaire de YAnnée sociologique mais aussi dans l'enseignement; celles de Tarde ne seront pas diffusées avec le même succès ni par la Revue de psychologie sociale, ni par les revues de ses amis Ribot, Lacassagne et Worms (Revue philosophique, Archives d'anthropologie criminelle, et Revue internationale de sociologie), auxquelles il avait eu accès de son vivant, ni dans les manuels (voir, par exemple, Déat, 1925).

créer un

paradigme/communauté peut donc expliquer en partie que ses thèses, loin d'être

quand elle aura

Le

fait que

Tarde n'ait pas

su (ou

n'ait pas eu)

les moyens

de

reprises et approfondies, ont été pratiquement oubliées après sa mort.

C. Les facteurs politiques et sociaux

Entre l'Affaire Dreyfus et le début de la première guerre mondiale, la France fut le théâtre de multiples mouvements politiques et sociaux qui prennent appui sur des idées collectivistes, communautaires, syndicalistes, coopératives ou soli- daristes se substituant à la perspective individualiste du laissez-faire économique. On peut faire l'hypothèse - mais une analyse plus systématique serait nécessaire pour la confirmer - que les thèses de Durkheim étaient plus compatibles avec le contexte politico-social (se traduisant notamment par le développement des syndicats et le rôle croissant des socialistes) que celles de Tarde. Celles-ci étaient davantage en résonance avec le point de vue de la haute bourgeoisie catholique de salon que Tarde fréquenta assidûment quand il s'installa à Paris en 1894.

Son désaccord fondamental avec les thèses socialistes était connu (cf. « lettre à Casimir de Kelles Krauz » Tarde, 1904c; Tarde, 1902; Milet, 1970, pp. 315- 319; mais aussi des notes privées). Lukes (1973, p. 304) décrit Tarde comme « hostile au socialisme et en faveur de l'aristocratie intellectuelle ». Thamin (1909, pp. 26-27) affirme que l'individualisme de Tarde est étroitement lié à une philosophie de la liberté, au libéralisme économique, et suggère que « contre certaines formes de déterminisme biologique et social venues d'outre-Rhin, d'outre-Manche, ou d'outre-Monts, c'était une réaction du vieil individualisme français qui s'affirmait» (p. 24). Citons encore Clark (1968a), qui note que Tarde était modérément religieux à une époque où l'on était franchement soit clérical soit anti-clérical, « qu'il n'était pas politiquement engagé à une époque d'engagement véritable et qu'il n'était ni pour ni contre le positivisme alors que la plupart des intellectuels avaient pris un parti tranché » (p. 509).

377

Revue française de sociologie

La sociologie de Durkheim, en revanche, constituait un volet complémentaire, positiviste et scientifique aux diverses formes du socialisme français (Mauss, 1928; Clark, 1968b, pp. 82-85). Malgré ses sympathies pour le socialisme, Durkheim n'y joue pas un rôle actif comme certain de ses collaborateurs (Bourgin, 1938, pp. 215-220). Se cantonnant à l'université, il traite néanmoins des questions sociales brûlantes de l'époque (Hughes, 1958; Coser, 1971 ; Clark, 1973): éducation, organisation du travail, religion, militarisme, etc.

On est donc tenté de souscrire à l'hypothèse proposée par Clark que la réputation de Tarde « a souffert parce que son œuvre allait à contre-courant du climat intellectuel dominant de l'époque» (1968a, p. 509). Mais ce n'est peut- être pas suffisant pour expliquer l'éclipsé de ses thèses. Et l'on se demandera si, tout comme la stigmatisation de Tarde comme auteur psychologisant a fait méconnaître son évolution ultérieure vers une perspective psycho-sociologique, son individualisme initial et son débat avec Durkheim ne l'ont pas mis artificiellement en marge des milieux intellectuels universitaires parisiens qui n'ont pas, de ce fait, pris la peine de pénétrer véritablement sa pensée.

D. L'accueil de l'Amérique

Quoique Tarde soit souvent cité comme pionnier de la psychologie sociale

1905, p. 626; Matagrin, 1910; Essertier, 1927,

(Baldwin,

1899, p. vii; Small,

p. 100; Murphy,

1930, p. 291; Essertier,

1930,

p. 207;

Karpf,

1932,

p. 90;

Murphy, 1949, p. 402; Bogardus,

1955, p. 395; Martindale,

1960,

p. 305;

Allport, 1968, p. 2; Clark, 1969; Rocheblave-Spenlé et Milet, 1973), ses thèses n'ont eu cependant qu'un faible retentissement en Amérique du Nord. Selon Hinkle (1960, p. 268), à l'exception de Giddings et de Ross, les sociologues américains ignorèrent le débat qui opposa Tarde à Durkheim, ce dernier étant d'ailleurs à l'époque (1890-1917) moins connu que Tarde (p. 273).

Citons quelques données indicatives de la réception que la sociologie et la

le

Social Sciences Citation Index que 9,5 références annuelles à Tarde (et 7,6 à Baldwin) contre 231,2 à Durkheim qui est l'un des cent auteurs les plus cités (Garfield, 1978). En sociologie, dans les années 1920, Tarde semble relativement visible (il obtient une note de visibilité égale à 16 sur un maximum de 30), se plaçant au même niveau que Darwin tandis que la note de Durkheim n'est alors que 4 (et celle de Baldwin 7); à l'époque 6 sociologues seulement sur les 102 considérés surpassent Tarde en visibilité (Hart, 1927). Dans l'étude de Coan et Zagona (1962), ni Tarde, ni Durkheim, ni Baldwin ne sont mentionnés parmi les 75 principaux auteurs en théorie psychologique; McDougall en revanche y figure à la 30e place. Dans une enquête française récente auprès de 841 étudiants de psychologie, Durkheim est parmi les 92 auteurs jugés les plus importants dans cette discipline tandis que Tarde n'est pas mentionné (Freixa i Baqué, 1980). Dans la liste des 538 psychologues les plus importants établie par Annin, Boring et Watson (1968), Tarde se classe au 78ecentile, dans une place proche de celle de Durkheim (74e centile), Baldwin (84e) et McDougall (au-dessus du 90e). Enfin, on a compté combien de fois ont

psychologie ont réservée à Tarde. Entre 1966 et

1975, on ne trouve dans

378

Ian Lubek

été cités 2 1 psychologues éminents dans 1 4 revues lues par des psychologues

(1 1 américaines, 2 britanniques,

10 ans entre 1895 et 1975. Ils ont obtenu 2,16 96 du total estimé des références (1 13.996); parmi les psychologues sociaux, McDougall obtient le 1 Ie rang (90 citations), K. Lewin le 15e (70 citations), Baldwin le 18e (28 citations) et Tarde n'en obtient 'que 10 (dont 2 seulement après 1925) se classant dernier de la liste. Quels facteurs peuvent aider à expliquer ce faible degré de pénétration des idées psycho-sociales de Tarde en Amérique ?

Il semble bien pourtant, en première analyse, que la perspective de Tarde coïncide avec l'éthique intellectuelle qui prévaut en Amérique du Nord au début du siècle ; objet de critique en France, la formulation « psychologisante » et « individualiste » paraît au contraire en harmonie avec les courants dominants de la pensée sociale américaine. De fait, la théorie de l'imitation va prendre place au sein de la psychologie sociale qui se développe alors aux Etats-Unis, en revanche la perspective interactionniste n'y figurera jamais.

1 française)

en considérant

des tranches de

Entre 1890 et la première guerre mondiale domine une philosophie libérale individualiste qui se lie de plus en plus étroitement à une psychologie pragmatique et fonctionnaliste. La psychologie sociale se réduit à une théorie des instincts à fondement biologique combinant les idées de H. Spencer, W. James et W. McDougall, bien faite pour plaire aux darwinistes sociaux, aux progressi- vistes et aux individualistes extrêmes {rugged individualists). Notons en passant qu'en France également, autant Tarde que Durkheim ont eu maille à partir avec les diverses théories biologisantes. La théorie des instincts sera abandonnée au profit du behaviorisme watsonien après 1918 (cf. Dewey, 1917 et 1922; Allport, 1924). Bien qu'issue d'un contexte philosophique très différent (Benrubi, 1933), la notion tardienne d'imitation s'intègre aisément à la perspective behavioriste mais la visée interactionniste n'y trouve pas sa place.

Celle-ci semblerait, en première approximation, plus congruente avec la version de la psychologie sociale formulée par des sociologues comme Small (1907, p. 643) et s'accorder, en particulier, avec le « nominalisme volontaire » (Hinkle & Hinkle, 1954). De plus, l'individualisme - le rugged individualism - était à l'ordre du jour aux Etats-Unis où l'on considérait la pensée collectiviste comme le fait d'une fraction très minoritaire. Cela aurait dû rendre plus facile la traversée de l'Atlantique aux thèses de Tarde qu'à celles de Durkheim (Hinkle, 1960). Or elles n'ont pas franchi le seuil de la sociologie américaine, du moins pas par la grande porte. Les paradigmes /communautés en place, tant en sociologie qu'en psychologie, étaient en mesure de faire fonctionner les mécanismes nécessaires pour barrer l'entrée aux thèses de Tarde. Faut-il parler ici de chauvinismes linguistique (Fernberger, 1938; Finison & Whittemore, 1975) et culturel ? Examinons tout d'abord l'accueil réservé aux thèses de Tarde par les revues de psychologie et de sociologie entre 1890 et 1910. La Psychological Review, fondée en 1894, et le Psychological Bulletin (1904) sont alors dominés par J.M. Baldwin et H.C. Warren de Princeton. Tufts (1903), dans la Psychological Review, juge que l'interpsychologie dans la Psychologie

379

Revue française de sociologie

économique ne tient pas les promesses de l'introduction de l'ouvrage (p. 180). Baldwin (1903), commentant la version anglaise des Lois de l'imitation, critique longuement la typographie du livre (dont il a pourtant choisi lui-même l'éditeur). Quant à YAmerican Journal of Psychology, créé en 1887 par G. S. Hall qui sera assisté après 1895 par E.B. Titchener et E.C. Stanford, Tarde y est rarement mentionné (2).

L'Université de Chicago, et notamment A.W. Small qui y dirige le département de sociologie, et YAmerican Journal of Sociology (fondé en 1894) jouent un rôle déterminant dans les orientations de la discipline. Or Small apprécie peu les thèses de Tarde. L'idée que tout se ramène à l'imitation, telle qu'elle est développée dans Les lois sociales (Tarde, 1898b) lui semble absurde (Small, 1898, p. 397). A la Psychologie économique (Tarde, 1902) il consacre huit lignes de compte rendu réservant le reste de l'article à une discussion d'une réédition de Durkheim (Small, 1902, p. 567). Dans son manuel, il reste circonspect à

propos des thèses de Tarde (Small,

réservé que Davis (1906) (dont la thèse sur Tarde fait autorité) fait à l'œuvre de

Tarde : « II est rassurant de voir que l'obsession tardienne menacée ne constitue désormais plus un danger pour le progrès immédiat de la sociologie » (Small, 1906, p. 105) (voir le résumé relativement négatif de la Psychologie économique fait par Davis, 1902, p. 542). En revanche, C.A. Ellwood, élève de Small, fait la

part belle aux idées de Tarde et de Baldwin sur l'imitation dans sa thèse, Some Prolegomena to Social Psychology (1899), même s'il ne dit rien sur l'interpsycho- logie. R.E. Park, lui aussi membre de l'école de Chicago, traite de l'œuvre de Tarde dans sa thèse (Hughes, 1961) et le cite fréquemment dans son manuel classique (Park et Burgess, 1921) sans en publier des extraits bien qu'une des sections soit consacrée à l'imitation. En somme, au moment même où plusieurs

penseurs comme W.I.

CE. Ellwood, J. Tufts, J. Dewey, R.E. Park, E.A. Ross, cherchent, à l'Université de Chicago, à définir une psychologie sociale et à en proposer un enseignement, l'œuvre de Tarde ne retient guère l'attention.

Ami de Tarde, F. H. Giddings de Columbia University, l'autre lieu central de la sociologie, s'exprime très favorablement sur Les Lois de l'imitation et sur La logique sociale qu'il juge pourtant moins original que l'ouvrage précédent (1896, pp. 348-49). Il écrit personnellement à Tarde qu'après avoir reçu « vos essais de psychologie sociale si intéressants et instructifs, je suis assuré que la sociologie vous doit plus qu'à aucun autre de vos concitoyens » (Giddings, lettre à Tarde, 23 mai, 1899). Mais il n'a guère de moyens pour diffuser les idées de Tarde, étant quelque peu marginal par rapport aux milieux d'édition des revues de sociologie.

Tarde a cependant un défenseur acharné en la personne de G. Tosti, qui est

alors vice-consul d'Italie à New

médecine. Malgré sa marginalité par rapport aux paradigmes/communautés

1905, p. 626).

Et il se réjouit de l'accueil

Thomas,

G. H. Mead,

G.E. Vincent,

A.W. Small,

York tout en poursuivant des études

de

(2) On y trouve le résumé de deux articles (1890, Vol. 3, p. 121 ; 1893, Vol. 6, pp. 283-4) et la recension de trois ouvrages: La criminalité

380

comparée. Les lois de l'imitation et L'opinion et

I. p. 54;

1890, Vol. 3, pp. 267-69; 1901, Vol. 12, p. 605).

la foule (respectivement : 1887. Vol.

Ian Lubek

tant de la psychologie que de la sociologie, il s'attache à promouvoir les théories de Tarde et à attaquer celles de Durkheim (Tosti, 1897, 1898). Mais ses efforts ne suffirent pas à lever l'indifférence à l'égard de Tarde. En somme, Tarde n'a jamais fait véritablement son entrée dans les revues américaines. Plus d'un sociologue (ou psychologue), dans les milieux proches de Small ou de Baldwin, lui emprunta ses idées - surtout sur l'imitation - , servant ainsi, en quelque sorte, de pont linguistique pour introduire ses thèses dans la littérature américaine (Karpf, 1932; Hinkle, 1960). Mais, au cours de cette migration, les idées se sont transformées et ces théories néo-tardiennes autochtones - Ellwood, Ross, Baldwin et indirectement C.H. Cooley - ne reprennent généralement pas les thèmes de Yinterpsychologie. E.A. Ross en est un bon exemple : son manuel de psychologie sociale constitue un tournant pour l'avènement de la discipline qu'il enseigne à Stanford et à Chicago. Ross reconnaît sa dette à l'égard de Tarde (Ross, 1908, p. viii; Weinberg, 1972) pour la conception de ses propres ouvrages touchant à la psychologie sociale (Ross,

1901; 1905;

1908) et des articles publiés par la revue de Small, YAmerican

Journal of Sociology.

semble d'ailleurs si étroit à House qu'il note : « Dans Social Control, Ross suit la pensée originelle de Tarde de si près qu'il semble s'agir, en partie, de traduction libre de passages des Lois de l'imitation de Tarde » (1936, p. 320). Considérons à présent ce qui lie les thèses de Tarde à celles de Baldwin et les relations qui unissent les deux hommes. Baldwin développe une théorie

Le lien entre le point de vue de Ross

et celui de Tarde

individualiste et interactionniste de la socialisation qui met l'accent sur l'imitation et « la dialectique du développement personnel et social ». Dans le premier article qu'il écrit sur l'imitation (Baldwin, 1891), il n'y a aucune référence à Tarde. Par la suite, il critique les thèses développées dans Les lois de l'imitation (Baldwin,

1 894) et revient à plusieurs reprises (1 895 ; 1 897) sur la question

de savoir à qui

revient la priorité de la découverte du principe d'imitation dont l'origine, selon lui, remonte à Bagehot. Publiquement, entre 1897 et 1901, Baldwin comme Tarde semblent reconnaître leurs découvertes respectives dans des préfaces, notes en bas de page, notes de traducteur, etc. Mais un examen plus approfondi de la correspondance de Balwin à Tarde fait entrevoir ce qui se joue lors de la migration culturelle et linguistique des idées et quelques-uns des mécanismes d'une psychosociologie du développement scientifique. En voici des exemples.

Baldwin (lettre à Tarde, 24 janvier, 1898) remercie Tarde « pour

l'appréciation que

vous

donnez de mon livre d'autant plus que vous vous exprimez

librement sur le lien qui unit nos travaux. Ce que vous dites rejoint mes propres vues - quant aux questions de « priorité », elles sont, au mieux, comme vous le dites, sans importance {trifling) - je partage entièrement vos observations ». Et pour régler le problème, Baldwin poursuit :

« étant donné que nous sommes arrivés par des voies indépendantes au principe de l'imitation comme phénomène social et que nous avons chacun apporté des faits à partir de perspectives distinctes, je propose que nous nous accordions à l'appeler le « principe sociologique Tarde-Baldwin » l'ordre indiquant la priorité.

Néanmoins, en tant qu'il renvoie à l'« imitation intra-cérébrale », traitée par un psychologue (comme vous dites) et considérée comme principe psy-

381

Revue française de sociologie

cho-physique, le principe a été développé par moi seul et devrait porter mon {Ibid)

nom. »

II n'est sans doute pas inutile de noter que cet échange épistolaire se poursuit alors que Baldwin détient les droits de traduction pour Les Lois de l'imitation et

que les deux questions sont discutées dans les mêmes lettres. G. Tosti prendra bientôt fait et cause dans la question de priorité des idées (cf. Tosti, 1 897 ; 1 898 ; 1900a; 1900b). Dans une lettre adressée à Science, à l'occasion d'une

controverse qui

1902b), Small et Giddings, Tosti (1902)

accuse presque Baldwin de plagier Tarde, et il prévient ce dernier que si Baldwin s'avise de protester :

« je vais répliquer en mettant les points sur les i, c'est-à-dire en indiquant les passages des « Lois » et de « la Logique sociale » que Baldwin a simplement traduit en mauvais anglais dans son chef d'ceuvre « Les interprétations

oppose Baldwin (1902a;

éthiques, etc. ».

(Tosti ,еШе à Tarde

2 mai

1902)

II serait sans doute instructif de confronter de façon systématique d'autres idées de Baldwin et de Tarde, par exemple « la dialectique du développement personnel et social» (Baldwin, 1897) avec «la dialectique sociale» de Tarde (1888b). Ce dernier article devient ultérieurement le chapitre 5 des Lois de l'imitation (1890) et sert de base à La Logique sociale (1895). Baldwin lit le premier livre avant 1894 (Baldwin, 1894) et le second en 1896 (Baldwin, lettre à Tarde, 6 octobre 1896). Rétrospectivement, on peut se demander dans quelle mesure Baldwin a véritablement favorisé la diffusion de l'œuvre de Tarde et s'il n'en a pas plutôt freiné la publication en anglais, en reprenant les idées de Tarde dans ses propres travaux et en prolongeant les délais de traduction des Lois de l'imitation. Engagée en 1896, cette traduction n'est achevée qu'en 1903. Baldwin avait en effet proposé à Tarde de faire traduire l'ouvrage par un de ses élèves de Princeton, J.W. Park, qui assurerait la publication pour l'Angleterre et l'Amérique. Simultanément, sollicité indépendamment par Gruenberg de New York, à propos d'une éventuelle traduction, Alcan, l'éditeur de Tarde, lui conseille de réclamer une somme de 500 F. Mais ce dernier s'est déjà démis de ses droits en faveur de Baldwin. En janvier 1898, Baldwin (lettre à Tarde, 24 janvier 1898) fait savoir à Tarde que Holt and Co. est disposé à publier son livre mais refuse de payer le traducteur Park, qui, de son côté, exige rémunération. Baldwin propose de transférer les droits à Giddings qui a trouvé un traducteur bénévole (dans une lettre ultérieure à Tarde, 7 juin 1898, il indique que l'opération serait prise en charge par les éditeurs sans frais ni rémunération pour Tarde). Mais ce n'est qu'en mai 1899 que Giddings (lettre à Tarde, 23 mai 1899) prend officiellement la supervision de la traduction et en écrit la préface. Malgré ces retards (et au milieu des discussions sur la priorité des idées) (3) Baldwin suggère à Tarde de faire traduire Les lois sociales par sa femme; le livre paraîtra, en effet, mais traduit par H. С Warren, collègue de Baldwin à Princeton, avec une introduction brève mais « correcte » de ce dernier (Baldwin,

1899).

(3) A ce sujet, voir Baldwin (1926, pp. 68-

1930) et, sur le rôle de Baldwin

dans le développement de la psychologie améri-

69; 243-44;

382

eaine,

voir l'article

récent

de

J.

(1981).

Broughton

Ian Lubek

E. Raisons épistémologiques de l'insuccès de l'interactionnisme

L'évolution de Tarde vers l'interpsychologie qui conçoit Xinteraction entre les individus comme la base du comportement social et collectif est contemporaine de la période où la psychologie d'une part, la sociologie de l'autre cherchent à marquer les limites de leurs territoires respectifs. Il ne semble pas qu'il y ait alors place pour un paradigme/ exemplaire qui combine le social et l'individuel. Karpf (1932) exagère donc sans doute quand elle écrit que la psychologie sociale interactionniste « prend une telle place dans la perspective psycho-sociale américaine qu'elle en constitue son cadre de référence spécifique » (p. 421). Le point de vue interactionniste ne sera d'ailleurs pas mieux accueilli par la suite, si l'on en juge par la théorie de l'interactionnisme symbolique de G. H. Mead à laquelle il fallut un demi-siècle pour être reconnue (Manis et Meltzer, 1967) ou par la psychologie sociale intercomportementale (interbehaviorism) de Kantor (1929), aujourd'hui encore méconnue (Smith, 1973). Citons encore une étude de Loy (1976, pp. 86-88), intéressante malgré certaines restrictions méthodologiques. En examinant un échantillon d'articles parus entre 1920 et 1974 dans trois revues différentes, on constate que le point de vue interactionniste n'a jamais été bien accepté dans le Journal ofAbnormal and Social Psychology, qu'il a pu s'exprimer dans XAmerican Journal of Sociology et dans Sociometry, suscitant un intérêt culminant dans les années 1950 pour le premier, dans les années 1940 pour le second. A partir d'un échantillon de trois revues de psychologie sociale, Fish et Daniel (1980) ont montré que le nombre d'articles traitant d'interactions sociales et de processus de groupe décroît fortement entre 1971 et 1979. Dans le cadre du débat récent sur la « crise de la psychologie sociale » (Strickland, Aboud, Gergen, 1976; Israel et Tajfel, 1972; Larsen, 1980), on a pu s'interroger (B. Smith, 1977) sur le lien qu'il pouvait y avoir entre cette crise et la reconnaissance d'un point de vue dialectique considéré comme « un interac- tionnisme radical » (p. 720). « Mettre l'accent sur la dialectique des processus interactifs auto-transformés (self-transforming) est considéré comme particulièrement approprié à la psychologie sociale » (p. 719). Si l'on accepte cette idée, on en vient à se demander si l'oubli dans lequel les thèses de Tarde sont tombées ne provient pas de ce qu'il proposait précisément une vision dialectique de la société au moment même où les courants intellectuels, particulièrement aux Etats-Unis, allaient dans le sens de la science, du positivisme, du behaviorisme, etc. On comprend mieux dès lors que sa théorie de l'imitation ait survécu parce qu'elle s'intégrait mieux au courant dominant de la psychologie de l'époque tandis que la psychologie sociale interactionniste est tombée dans un fossé épistémologique entre la psychologie et la sociologie sans avoir réussi à susciter le développement d'un paradigme/communauté qui favorise sa reconnaissance. Et l'on en vient à penser que ce qu'il est advenu de l'interpsychologie de Tarde est en fait étroitement lié à la question existentielle de la psychologie sociale, celle, non encore résolue, de son identité véritable : une sorte de sociologie, de psychologie ou une étude autonome de l'interaction qui tombe entre les deux ?

Traduit de l'anglais par E. Apfelbaum

Ian LUBEK University ofGuelph

383

Revue française de sociologie

Annexe 1 : La Revue de psychologie sociale

La revue était patronnée par des personnalités éminentes : le psychosociologue A. Espinas; l'économiste С Gide; E. Dupré, médecin; P. Lacombe dont on connaît les écrits d'histoire et de sciences sociales; le psychologue A. Binet; A. Darlu, inspecteur général de l'instruction publique qui contribua à fonder l'importante Revue de métaphysique et de morale, 1 893 ; Th. Steeg, député et ultérieurement membre du Ministère de l'Education et J. Maxwell, médecin et avocat général à la cour d'appel de Bordeaux, qui s'intéresse aux phénomènes psychiques et écrira peu de temps après La psychologie sociale contemporaine

(1911).

H. Châtelain, H. Guernut, E. Héligon, E. Hermance, A. de Tarde et J. Teutsch.

« Quarante-trois principaux collaborateurs »

rubriques. Citons, par exemple : sociologie générale (R. Worms, H. Berthod, D. Draghicesco, H. Mazel, E. Waxweiller, J. Palante - probablement Georges Palante, voir Lubek, 1980a); psychologie (Jean Paulhan - écrivain et fils du psychologue F. Paulhan -, G. de Tarde - fils de G. Tarde - , etc.); médecine légale et psychiatrie: Drs. С Blondel, G. Paul-Boncour, etc.; législation:

A. Nast, etc.; morale: D. Parodi et H. Guernut; science des religions:

additionnels se trouvent sous 1 3

Le premier editorial est signé par J. Amar, L. Bergerot, M. Bicking,

J.B. Séverac, etc.; et esthétique : A. de Tarde, etc. Autres catégories : économie politique et sociale, criminologie* hygiène et physiologie, sciences de l'éducation, assistance, et sciences littéraires et philologiques.

Après sa réorganisation en mars 1908, la revue changea de format quand elle fut reprise par l'éditeur Louis Michaud en mai 1908. La présentation antérieure d'articles et de comptes rendus de livres, accompagnés de notes d'actualités fut modifiée. La dernière section de la revue fut développée et s'intitula « Le Mois ». Treize collaborateurs additionnels aident à l'examen des rubriques suivantes : la vie esthétique (littérature, théâtre, arts, musique), la vie religieuse, la vie économique (mouvement syndical, mouvement coopératif, mouvement mutualiste, questions ouvrières), la vie juridique, la vie domestique, la vie politique et la vie sociale à l'étranger.

En consultant les sommaires on peut faire une analyse approximative des collaborations à la revue. Par exemple, sur les 9 signataires de l'éditorial initial de la revue, entre 4 et 6 contribuent aux numéros de 1 907 ; trois (Bicking, de Tarde et Guernut) seulement contribuent entre janvier et mars 1908. Et à partir d'avril jusqu'au dernier numéro d'octobre 1908, A. de Tarde et H. Guernut sont les seuls participants réguliers. Pendant la période juin 1907 à février 1908, 61 personnes sont associées à la Revue de psychologie sociale comme comité editorial, collaborateurs principaux ou patrons. Ils ont rédigé 92% des articles et 76 96 des notes plus brèves, analyses, bibliographies, critiques, faits de mois, etc. Néanmoins, 48% de ce groupe n'ont fait aucune collaboration pendant cette période. Après mars 1908, ces mêmes 61 personnes n'ont rédigé que 26% des articles et 38% (approximatif) des notes, etc. Mais les 13 collaborateurs additionnels au Mois ont ajouté un autre 8% des articles et 57% des notes. Deux

384

Ian Lubek

tiers des articles dans cette période sont le fait d'outsiders, et de cette liste augmentée des associés du journal (N = 74) 64% n'ont fait aucune contribution pendant cette période. De nouveaux auteurs apparaissent, mais la disparition des auteurs initiaux est parallèle à la modification des objectifs originaux. La revue devient de plus en plus littéraire. En 1908, on trouve de nombreux articles autour de thèmes religieux (la renaissance catholique et le débat sur le modernisme en France). A. de Tarde lui-même semble alors s'orienter de plus en plus vers une carrière littéraire. Après la disparition de la revue, A. de Tarde s'associe avec H. Massis (rédacteur en chef de La Revue universelle) et ils publient une série d'articles très critiques à l'égard de la Sorbonně et des durkheimiens, sous le pseudonyme « Agathon » (1911, 1913). L'étude de 1913 reprend certains des thèmes déjà amorcés dans la Revue de psychologie sociale en 1907 et 1908. La Revue de psychologie sociale est accessible dans plusieurs bibliothèques en France (Bibliothèque Nationale, Sainte-Geneviève, Université de Paris, Ecole de Médecine). En revanche, en Amérique du Nord, seules les Universités de Chicago (1907-08) et de Missouri (1908) en possédaient en 1965 des exemplaires.

Sommaires de la Revue de psychologie sociale (1907-1908), devenue La vie contemporaine : Revue de psychologie sociale (1908)

Juin, 1907. Vol.l, №1.

Avant-propos

J. Amar, L. Bergerot, M. Bicking, H. Châtelain, H. Guernut,

E. Héligion, E. Hermance, A. de Tarde, et J. Teutsch ; Les viticulteurs

théâtre

M. Bicking, Où en est la question des tribunaux spéciaux pour enfants ?

méridionaux

M. Augé-Laribé ;

Le procès

de

la

magistrature au

E.

Hermance; La critique du droit de propriété d'après Proudhon

E.

Héligon; Les rapports de l'histoire et de la sociologie

H. Châtelain;

Union Internationale de Droit Pénal (2e Congrès de la section française)

E. Hermance. Bibliographie critique de L 'idée du juste prix (par A. de

Tarde); Les transformations de la puissance publique: Les syndicats fonctionnaires (par M. Leroy), et La morale sexuelle; Revue des Revues-, et Notes et analyses sur la crise de l'étatisme, Etienne Cabet et le Communisme icarien de M. Prudhommeaux, et le mouvement sociologique international.

Juillet-Aoùt, 1907. Vol.l, №2. La suppression des économats

C.Gide; L'éthique religieuse dans l'œuvre de

Dmitry Mérejkowsky

del ; Critique du droit de propriété d'après Proudhon

au point de vue psycho-sociologique

mineurs délinquants

J.B. Séverac; Sur l'alcoolisme

Dr. Charles Blon- E. Héligon ; La guerre

H. Mazel; La liberté surveillée des

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