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Olivier Liardet

Le ministère de la Guerre. Des bureaux de la guerre à l'îlot


Saint-Germain
In: Livraisons d'histoire de l'architecture. n°8, 2e semestre 2004. pp. 63-80.

Zusammenfassung
« Das Kriegsministerium : von den Kriegsbiiros nach Saint-Germain », von Olivier Liardet Schon seit der Revolution hat sich das
Kriegsministerium im Faubourg Saint-Germain angesiedelt. Die Büros befanden sich im ehemaligen Kloster der Filles de la
Providence und in anderen verschiedenen Gebäuden in diesem Viertel. Die zentrale Verwaltung strengte sich an, die Ansiedlung
funktionell zu gestalten. Wahrend 150 Jahren haben das militärische Ressort und die Architekten versucht, die ihnen zur
Verfügung stehenden Gebäuden zu rationalisieren. Fast aile Gebäude des Ancien Regime verschwanden durch Aus- und
Umbau. Nur die Hotels von Brienne und von Conti, der Sitz des Ministers, und ein auf der rue Saint-Dominique stehender kleiner
Teil des Klosters entgingen der Zerstorung. Das Quar- tier Saint-Germain bildet heute ein Gebaudekomplex aus dem 19. und
20. Jahrhundert, der vor allem dafür geschaffen wurde, die Einrichtungen einer zentralen Verwaltung aufnehmen zu konnen.

Résumé
"The ministry of War : from the offices of War to the Quartier Saint-Germain", by Olivier Liardet Ever since the French Revolution,
the Ministry of War is located in the faubourg Saint-Germain. Occupying different buildings situated around the Offices of War
(which were installed in the former Convent of the Filles de la Providence), the central Administration relentlessly tried to make its
site more functional. During a century and an half, the military Institution and its architects made a more rational use of the
buildings at ther disposal to settle the various Offices more conveniently. Almost all the buildings inherited from the Ancien
Régime disappeared. Only the hôtels de Brienne and de Conti, occupied by the Minister of War and his services, together with a
small section of the former Convent on the rue Saint-Dominique have escaped destruction. Such as it is today, the îlot Saint-
Germain forms a group of modern buildings of the 19th and 20th centuries, all built on the specific purpose of accomodating the
administrative services of a central Administration.

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Liardet Olivier. Le ministère de la Guerre. Des bureaux de la guerre à l'îlot Saint-Germain. In: Livraisons d'histoire de
l'architecture. n°8, 2e semestre 2004. pp. 63-80.

doi : 10.3406/lha.2004.981

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/lha_1627-4970_2004_num_8_1_981
Par Olivier LlARDET

LE MINISTÈRE DE LA GUERRE.
DES BUREAUX DE LA GUERRE À L'ÎLOT SAINT-GERMAIN

Pendant longtemps, l'architecture administrative n'a pas séduit l'historien de


l'architecture et ce n'est que depuis peu que les bureaux ministériels et les grandes
administrations centrales font l'objet d'études1. Ces bâtiments restent donc méconn
us à l'exception des appartements des ministres généralement installés dans d'an
ciens hôtels particuliers. Le bureau du fonctionnaire, les besoins mouvants des
services, les « tristes façades XIXe » n'ont pas fait rêver les chercheurs. Les bâtiments
du ministère de la Guerre appartiennent à ces édifices méconnus2. Au cours du
XIXe siècle, les services se sont progressivement regroupés dans le « quartier Saint-
Germain » dans un effort d'adaptation et de régularisation d'un ensemble disparate
formé de bâtiments préexistants et d'édifices nouveaux. Au milieu du XXe siècle,
le projet de cohésion mené par les architectes du ministère s'achève par la destruc
tion partielle des anciens édifices remplacés par des constructions en béton armé
illustrant la rupture moderniste.

Les premières installations

L'implantation de l'institution militaire dans le faubourg Saint-Germain


remonte à la Révolution et l'énumération qui suit des diverses localités utilisées a
pour but de mettre en lumière la complexité de cette histoire3. Les bureaux de la

1. Marie Hamon-Jugnet et Catherine Oudin-Doglioni, Le Quai d'Orsay. L'hôtel du ministre des


Affaires étrangères, Paris, éditions du Félin, 1991, 160 p. ; Jean-Michel Leniaud, « Les lieux et bât
iments », Le Conseil d'Etat de l'An VIII à nos jours. Livre jubilaire du deuxième centenaire, Paris,
Adam Biro, 1999, p. 41-63 ; Olivier Liardet, « La cour des Comptes », dans La Place Vendôme.
Art, pouvoir et fortune, Paris, A.A.V.P., 2002, p. 225-231.
2. Sur l'histoire du ministère, voir Claude Carré, Histoire du ministère de la Défense et de ses divisions
militaires, Paris, Lavauzelle, 2001.
3. Voir les ouvrages de la délégation à l'action artistique de la Ville de Paris : Le Faubourg Saint-
Germain. La rue de Varenne, 1981, p. 49-57, 61-64, La Rue de Lille. Hôtel de Salm, 1983, p. 59-
63, 116-117, Le Faubourg Saint-Germain. La rue Saint-Dominique. Hôtels et Amateurs, 1984, p. 68-
72, 187-202, Le Faubourg Saint-Germain : la rue de Grenelle, 1980, 2e éd. 1985, p. 37-38, Le Fau
bourg Saint-Germain. Rue de l'Université, 1987, p. 123-129, 220-223. Sur le quartier Saint-
Cîermain : Léon Roger, « L'hôtel du ministre de la Guerre dit hôtel de Loménie de Brienne 14, rue
Saint-Dominique (ancien 90) », Bull, de la Société d'histoire et d'archéologie du VIT arrondissement de
Paris, n° 2, déc. 1906, p. 13-16, Jules Mazé, L'Hôtel de Brienne et le couvent Saint-Joseph, Paris,
Champion, 1927, 109 p., Marc-André Fabre, « Dans un cadre d'art et d'histoire, le ministère
de la Guerre... », Revue d'information des Forces françaises en Allemagne, janv. 1951, p. 26-29, Paul
et Marie-Louise Biver, Abbayes, monastères, couvents de femmes à Paris des origines à la fin du
XVIII' siècle, Paris, P.U.F., 1975, p. 442-448, Thierry Sarmant dir., L'Hôtel de Brienne 14, rue
Saint- Dominique, Paris, ministère de la Défense, 2001, 61 p.

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Guerre s'installèrent dans le couvent des Filles de la Providence (ou de Saint-


Joseph) devenu propriété nationale après l'évacuation des religieuses le 15 sep
tembre 17924. L'hôtel de la Trémoille (213-217, boulevard Saint-Germain) fut
occupé dès l'an III par des organismes militaires (commission des vivres et subsis
tances, puis compagnie Verdin de l'administration des hôpitaux militaires) et en
l'an VIII, par la direction du Génie et le dépôt des Fortifications. Des bureaux
s'installèrent également dans l'hôtel d'Aiguillon (d'Agenois ou de Chabrillan, 75-
77, rue de l'Université) dès fructidor an XII. Les jardins communiquaient avec
ceux du couvent et un corridor fermé relia les deux édifices. Le ministre, quant à
lui, prit possession à la Révolution de l'hôtel de Castries, 72, rue de Varenne, puis
en 1810 de l'hôtel du Maine, situé 84-86, rue de Lille. Les jardins avaient vue sur
la Seine alors que l'entrée principale se situait rue de Lille. Dès cette époque, le
dépôt général de la Guerre était logé dans l'hôtel d'Harcourt entre les rues de Lille
et de l'Université dont les jardins faisaient face à l'hôtel du Maine. En 1812, un
projet d'extension sans suite fut étudié, consistant à construire dans ces jardins une
aile destinée au dépôt des cartes et mémoires et aux ateliers de gravure des cartes5.
En 1793-94, l'hôtel de Tessé (ou de Villeroy, 78, rue de Varenne) abrita un atelier
d'armes puis fut affecté à l'inspection du service de santé des armées et aux archives
installées dans les communs et dans un bâtiment construit dans les jardins. Rendu
en 1802 au propriétaire, celui-ci le loua au ministère de la Guerre qui y laissa le
service de santé à partir de 1805 et y installa les bureaux de l'état civil militaire
qui partirent à la fin de 1816 pour l'hôtel de Rohan-Rochefort (ou d'Étampes, 63,
rue de Varenne) où ils rejoignaient le sous-secrétaire d'Etat à la Guerre et la 9e divi
sion. Cet hôtel de Rohan-Rochefort avait été occupé par le ministère de la Guerre
dès la Révolution et malgré la restitution aux propriétaires, ses bureaux continuèr
ent de l'occuper encore quelques années. À partir de 1822, l'école d'application
d'État-Major s'installa dans l'hôtel de Tessé jusqu'en 1826, puis à l'hôtel de Noir-
moutiers (ou de Sens, 136, rue de Grenelle) jusqu'en 1877.
La Restauration décida la restitution d'hôtels à leurs propriétaires et certains
bureaux du ministère durent se loger ailleurs. Dès 1814, le ministre de la Guerre
s'installa dans le palais de Madame Mère (hôtel de Brienne ou de la Vrillière)
qu'elle avait agrandi d'une partie du cloître et de la basse-cour du couvent Saint-
Joseph et sur laquelle elle avait fait construire une orangerie en 1809 par Louis-
Ambroise Dubut (1769-1846). Malgré sa restitution après les Cent-Jours, le
ministre continua à occuper l'hôtel jusqu'à son acquisition par l'État le 19 février
1817. Dès lors, un certain nombre de travaux furent entrepris. Les ailes basses sur
le jardin et la cour furent rehaussées d'un étage ; l'aile de gauche fut remontée
avant 1816, puis ce fut le tour de l'aile droite, partiellement augmentée d'un

4. Service historique de l'Armée de terre (abrégé en S.H.A.T.) Génie, art. 8, Paris, Projets, 2e carton.
« Mémoire raisonné sur les établissements militaires de la place de Paris, à l'appui des projets pour
1817», Paris, 26 mars 1817.
5. Voir Arch, nat., CP/NIII Seine 1111, pièces 1 à 3.

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LE MIMSTËRE DE LA GUERRE. DES BUREAUX DE LA GUERRE À L ÎLOT SAINT-GERMAIN 65

niveau, le reste de l'aile étant rehaussé plus tard6. Le petit hôtel de Conti (ou de
Broglie, 16, rue Saint-Dominique) fut acquis en 1834 et annexé à l'hôtel de
Brienne. En 1816, la direction des Fortifications déménagea au 94, rue de l'Uni
versité avant de rejoindre l'îlot Saint-Germain en 1829-30. Le 6 décembre 1816,
l'État acquit l'hôtel d'Estrées (ou de Noailles-Mouchy, 73, rue de l'Université)
dont les jardins communiquaient avec ceux du couvent et de l'hôtel d'Aiguillon.
En 1817, le dépôt général de la Guerre, quittant l'hôtel d'Harcourt restitué à son
propriétaire, s'installa dans l'hôtel d'Estrées7. Les bureaux du budget et de l'état
civil de la cavalerie et de l'artillerie et le bureau général de révision s'y logèrent tant
bien que mal, ainsi que le dépôt des Fortifications et le comité du Génie. L'hôtel
fut évacué en septembre 1819 après restitution au marquis de Chabrillan. Les ser
vices se répartirent alors entre les édifices du ministère situés dans le quartier et le
couloir reliant l'hôtel au ministère fut supprimé.
En mars 1826, on projeta la construction de nouveaux bâtiments dans les jar
dins de l'hôtel de Noailles8. Un à l'Est de 54 mètres de longueur destiné à la biblio
thèque et aux archives du ministère, l'autre de 39 mètres au Sud sur la rue Saint-
Dominique, face à l'aile principale de l'hôtel et destiné au dépôt des Fortifications
et au comité du Génie. Les travaux furent définitivement achevés pendant l'hiver
1830 et les services purent en prendre possession juste avant la Révolution9. Ces
bâtiments étaient composés d'un rez-de-chaussée, de deux étages carrés et d'un
niveau de combles avec lucarnes dans un style néoclassique très sobre. Par décision
du 23 octobre 1830, les six hôtels du ministre, des bureaux, des archives, du dépôt
de la Guerre, du dépôt des Fortifications et de l'école d'État-Major cessèrent de
relever de l'administration de la Guerre pour être versés dans les attributions du
service des bâtiments civils. Louis- Régnier de Guerchy (1780-1832) fut alors
nommé architecte des hôtels de la Guerre. Le 24 mai 1832, André-Marie Renié
(1789-1855) remplaça Guerchy décédé le 7 mai10.

Les travaux de Renié, 1832-1855

Dès sa nomination, le nouvel architecte du ministère s'efforça de rendre plus


cohérent l'ensemble hétérogène dont il assumait la charge. Les bâtiments du cou
vent étaient construits dans des matériaux de mauvaise qualité ; le liage des moel
lons se révélait peu fiable et la cohésion des murs se défaisait à chaque coup de

6. S.H.A.T. Génie, art. 8, section 1, Paris, Projets, T carton, rapport au ministre de la Guerre, Paris,
25 octobre 1816.
7. S.H.A.T. Génie, art. 8, section 1, Paris, Divers, 4e carton, minute de lettre du directeur du Génie
au directeur du dépôt général de la Guerre, 31 décembre 1816.
8. Ibid,, rapport au ministre de la Guerre, Paris, 18 mars 1826, J. Soleille, P. Bergère, M. Degrave,
Beauvert, Huvé.
9. S.H.A.T. (îénie, art. 8, section 1, Paris, Divers, 4e carton et Paris, Administration, Iм carton.
10. S.H.A.T. 5YG71, rapport au ministre de la Guerre, Paris, 22 mai 1832, G. Gueron, chef du bureau
du service intérieur.

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truelle. Héritage du couvent, les distributions adoptaient le plus souvent une dispo
sition classique avec couloir latéral sur lequel donnaient les salles. À l'époque de
Renié, trois des ailes conservaient encore cette disposition, les bâtiments sud et
ouest de la cour de l'horloge et l'aile sud de l'ancien cloître. Dans les ailes est et
nord, la largeur plus importante des constructions avait permis de placer un corri
dorcentral distribuant deux séries de bureaux.
Bientôt Renié dut prévoir d'importants travaux. À la fin de 1849, il proposa
d'aménager le bâtiment sud de la cour de l'horloge, l'aile en retour au Nord don
nant sur cette cour et le jardin du couvent, dit bâtiment ouest11. Ils consistaient
dans la transformation de l'orangerie permettant le transfert des bureaux de l'aile
sud, puis la démolition-reconstruction de cette aile et celle de la partie sud de l'aile
ouest. Les trois devis furent soumis à l'examen du conseil des bâtiments civils le
26 mars 1840 qui adopta le projet sans changement notable. Le ministre des Tra
vaux publics le présenta au parlement afin d'obtenir l'ouverture d'un crédit spécial
de 285 000 francs qui fut entériné par la loi du 10 juin 1840. L'ancienne façade du
couvent sur la rue Saint-Dominique n'avait rien de monumental, ses murs étaient
construits en moellons recouverts de plâtre et seuls deux bandeaux l'ornaient, au-
dessus du rez-de-chaussée et au-dessus du deuxième étage. Les encadrements des
fenêtres du premier étage étaient décorés de moulurations et les allèges de celles du
second étaient supportées par des consoles. L'architecte envisageait une réorganisa
tion totale de ces dispositions afin de caractériser le changement de statut de l'édi
fice. Il prévoyait la création de trois avant-corps à chaînages d'angle, l'un, central,
de trois travées comprenant la porte cochère, les deux autres d'une seule travée
encadrant deux ailes de quatre travées. Le rez-de-chaussée formant soubassement
devait être strié de bossages. Les étages étaient modifiés pour paraître plus dignes :
les moulurations des encadrements de fenêtres étaient généralisées au deuxième
étage et les allèges de fenêtres à consoles étaient remontées au troisième. Le ban
deau de séparation était descendu entre les premier et deuxième étages afin d'enca
drerle premier devenu étage principal. La corniche sommitale devait être garnie
de modillons (ill. 1). Dans la version réalisée, des modifications furent apportées à
l'avant-corps central réduit à une travée, laissant les ailes se développer sur cinq
travées. La porte cochère prit plus d'ampleur et une composition sur deux niveaux
formant arc triomphal vint mettre en valeur la porte ornée d'attributs militaires.
Les travaux débutèrent durant l'été 1840 par la transformation de l'orangerie dont
le rez-de-chaussée modifié accueillit le dépôt des imprimés, un atelier d'emballage
et le magasin du mobilier du ministère. Un hangar destiné à la remise des voitures
se greffa sur son dos. Avant décembre, les bureaux occupèrent les lieux. La démoli
tion de l'aile sud commença en fin d'année et la reconstruction en pierre tendre
fut entamée. L'année suivante, 100 000 francs furent utilisés pour la reconstruction
du bâtiment sud si bien qu'au début de 1842 les travaux étaient achevés et les

11. Voir Arch, nat., F21 1550 (dessins), F21 1551, CC 394 dossier 1800 (dessin), CP/NIII Seine 1110,
nos 1 à 12, CP/VA CVII nos 1 et 2. Les devis furent rédigés entre le 15 novembre et le 14 décembre
1849.

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LE MIS'IS TERE DE LA GUERRE. DES Bl 'REAI'X DE LA Gl 'ERRE A L ILOT SAIXT-GERMAIN 67

services installés. Lors des travaux, le mur de refend du côté de la porte cochère et
la travée au-dessus se révélèrent trop faibles pour être conservés. Il fallut prévoir la
reconstruction totale de cette partie. Le 31 janvier 1842, Hubert Rohault de Fleury
(1777-1846), inspecteur général des bâtiments civils, fit approuver le projet par le
conseil des bâtiments civils pour 20 000 francs.

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: Projet
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Cl. Olivier
la rue Liardet.
Saint-Dominique,
des ailes sudAndré-Marie
et ouest de Renié,
la cour s.d.
de l'horloge,
[1839], Arch.
détail nat.,
de laCX394,
façade

En février 1842, la démolition du bâtiment ouest montra les limites de la soli


dité des anciennes constructions. Le mur de face sur cour qui devait être conservé
se révéla en mauvais état, ainsi que le pignon séparant la partie ancienne de la
partie détruite et sur lequel Renié comptait pour asseoir la nouvelle aile. Au même
moment, le ministre de la Guerre demanda des modifications de distribution : au
lieu d'un couloir latéral dans les étages supérieurs, il souhaitait un couloir central
pour doubler le nombre de bureaux. Le nouveau système induisait des points d'ap
pui plus solides et une structure plus forte des planchers. Rohault de Fleury pré
senta les nouvelles dispositions au Conseil le 24 février 1842, regrettant « que la
nécessité d'augmenter beaucoup les bureaux oblige à faire dans le milieu du bât
iment un corridor » l2. Mais il se plia aux exigences des services et conclut à l'adop
tiondes travaux pour 91 000 francs. Ces nouveaux fonds permirent de creuser les
fondations en réutilisant une partie des murs anciens côté ouest. En juillet, les murs
s'élevaient jusqu'au premier plancher et le premier étage commençait à être monté
quand les crédits vinrent à manquer. Une ordonnance royale du 28 septembre
1842 ouvrit un crédit de 135 000 francs qui permit de réaliser les murs jusqu'à
l'entablement. Le rez-de-chaussée était utilisable et l'administration occupa le bât
iment à partir de cette date étage par étage, en fonction de l'avancée des travaux.
Au milieu de 1843, tout était terminé. En plus d'un nouveau crédit, Renié fit

12. Arch. nat., F'1 1551.

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68 OLIVIER UARDET

accepter l'idée de réparer la portion de l'aile sud à droite de la porte cochère lézar
déeen plusieurs endroits à cause de sa mauvaise construction afin de l'harmoniser
avec l'autre côté pour une somme de 25 000 francs 13. L'architecte en avait déjà
proposé la réfection le 25 octobre 1841, mais la reconstruction de l'autre portion
avait paru plus urgente. Les façades furent ravalées en plâtre et des modificat
ions furent apportées dans les distributions du rez-de-chaussée avant la fin du
1er semestre de 1843.
Parallèlement, le 25 février 1843, le ministre de la Guerre, sur le rapport de
Renié, signalait les dangers du bâtiment des archives construit sous Charles X14. La
commission du conseil des bâtiments civils nommée le 1er mars pour examiner la
situation se composait de Rohault de Fleury, d'Edme Grillon (1786-1854) et d'Au
guste Pellechet (1789-1874). Elle rendit un avis le 31 mars qui fut discuté au
conseil des bâtiments civils le 8 mai. Elle reconnaissait les dangers que l'état du
bâtiment faisait courir aux employés et proposait un étaiement général en prévision
des travaux de démolition et de reconstruction des planchers. L'architecte rédigea
un projet dans lequel il inclut un hangar à construire dans la cour où l'on conserver
ait la moitié des archives pendant la durée des travaux. Le conseil abaissa la
dépense pour l'étaiement à 13 000 francs et 37 000 francs pour le hangar. Le pas
sage devant la commission du budget de la chambre des députés modifia les don
nées de l'affaire, puisque tout en reconnaissant la nécessité de l'étaiement, elle
prévoyait à une époque incertaine la construction d'un deuxième bâtiment, indi
spensable au vue des entrées de documents dans les archives de la Guerre. La
construction du hangar était abandonnée et un crédit de 14 000 francs voté pour
l'étaiement. L'accord de la chambre des pairs le 8 juillet 1843 permit de commenc
er les travaux d'étaiement.
Le 25 septembre 1843, le ministre de la Guerre invita Renié à fournir les devis
de deux projets qu'il présenta le 9 décembre. Le premier comprenait la construc
tion du nouveau bâtiment d'archives pour 786 500 francs (ill. 2) ; le second, la
démolition et la reconstruction des planchers de l'ancien bâtiment et la construc
tion d'un hangar pour 457 000 francs. La somme totale dépassant le million de
francs, le ministre décida de ne demander aux chambres que l'exécution du premier
projet, repoussant le second à des jours meilleurs. La nouvelle construction gardait
l'aspect extérieur de l'ancien édifice, améliorant la construction par l'utilisation de
planchers et de combles métalliques et prévoyant un système de chauffage général
isé. Les différentes phases de l'examen des projets par le conseil des bâtiments
civils, sous la plume de Rohault de Fleury parfois assisté de Pellechet, ne modifiè
rent pas sensiblement le projet sauf pour le système constructif des planchers15. Les
rapporteurs proposaient en effet de simplifier l'enchevêtrement des fermes métal-

13. Arch, nat., CP/NIII Seine 1110, rT 4 et 11.


14. Sur cette affaire voir Arch, nat., F21 1551, CC 398, dossier 1828 (avec atlas de plans), CP/NIII
Seine 1110, n">7 à 10 (hangar), CP/NIII Seine 1110, n" 1, 5 et 6, CP/F"1 3555, n" 2, pièces 1 à
10, CP/VA C:VII pièces 3 à 9, 11 à 16.
15. Séances des 8 janvier, 22 février et 2 mars 1844.

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LE ЛЯЛ'Л LERE DE LA GUERRE. DES BUREAUX DE LA (11 'ERRE A L'ILOT SALXTdERMAIX 69

liques et d'améliorer leur solidité en créant une série de quatre points d'appui mont
ant de fond jusqu'au dernier étage afin de supporter plus efficacement les casiers
d'archives. Après un premier projet modifié dans lequel il n'avait visiblement pas
compris l'exposé des rapporteurs, Renié en présenta un second qui servit de base à
la rédaction définitive du projet le 2 mars 1844. Il fallut attendre la loi du 19 juillet
1845 pour que le projet pût être exécuté. Elle prévoyait un crédit spécial de

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111. 2 : Emplacement et plan du rez-de-chaussée du bâtiment neuf des archives à construire, André-
Marie Renié. Paris, le 9 décembre 1843, copie présentée aux Chambres, Arch, nat., (X-416. Cl. Oli
vier Liardet.

LivraLwtM à'hittoire ôe l'architecture ri' H


70 OLIVIER L1ARDET

790 000 francs. Le 1 1 août suivant, architecte et entrepreneur tracèrent le pér


imètre du futur édifice. Les travaux de nivellement, d'abattage des arbres et des
arbustes et les fouilles commencèrent ; à la fin de l'année, les caves étaient achevées.
Afin de poursuivre les travaux, 370 000 francs furent accordés en 1 846 (sur
lesquels 179 028,07 francs furent utilisés) et 270 000 francs en 1847 (185 231,79
francs furent utilisés). A l'été 1847, le comble en fer était posé et au début de
1848, le nouveau bâtiment était à peu près achevé. En février 1848, on s'occupa
des travaux de terrasse de la cour des archives, on planta les arbres et arbustes et
en octobre, on y scella des bancs. Dès le 8 septembre 1847, Renié avait présenté
des propositions concernant le système de chauffage qui pouvait être soit à eau
chaude, soit à air chaud ventilé. En octobre, une commission fut créée, composée
de V. Regnault, ingénieur en chef des Mines, François Debret, inspecteur général
des bâtiments civils, Renié, Lemoine, lieutenant-colonel du Génie, et Rousseau,
chef du bureau des lois et archives du ministère de la Guerre. Elle rendit ses
conclusions le 15 mars 1848 préconisant d'adopter le système de René Duvoir et
C'e d'un chauffage à air chaud sans ventilation qui réduisait le coût d'installa
tion à 22 000 francs et de chauffage et entretien annuels à 3 580 francs. Les tr
avaux commencés fin mars s'achevèrent en décembre 1848. En juillet 1848, on
commença à poser les casiers à archives, mais l'occupation d'une partie du bâtiment
empêcha d'avancer régulièrement. A la fin de l'année, l'ensemble des travaux était
achevé, à l'exception du rez-de-chaussée encore occupé. En juillet-août 1849, Renié
poursuivit les travaux du rez-de-chaussée et le 28 août 1849, la remise du bâtiment
neuf des archives fut effectuée par Caristie, Renié, Edme-Jules Duchaussoy, chef
du bureau du service intérieur du ministère de la Guerre, et Claude Moraux, chef
du bureau des lois et archives du ministère. En 1848, 146 695,99 francs avaient
été consommés et le reliquat de 79 050,26 francs fut utilisé par Renié à la fourni
ture du gros mobilier des archives en 1849.
Le 20 janvier 1849, 150 000 francs furent proposés pour la réfection des plan
chers de l'ancien bâtiment des archives selon le devis dressé en décembre 1843 par
Renié. Le conseil des bâtiments civils adopta le projet après examen par Debret le
12 février 1849 pour 410 000 francs mais la commission du budget des chambres
le rejeta. L'architecte du ministère représenta un projet le 15 juin 1855 dans lequel
les étages supérieurs étaient transformés en bureaux16. Il ne vit pas l'exécution de
son projet puisqu'il décéda le 6 septembre 1855. D'autres petits travaux furent
entrepris pendant les années 1840. Le 5 juin 1849, le ministre de la Guerre
demanda la reconstruction du passage entre les cours de l'Est et de l'horloge dont
Renié avait déjà proposé l'exécution en février 1842 puis en 1843 17. Le passage,
en bois et peu pratique, était d'un aspect désagréable et faisait perdre de la place
aux bureaux. Rien ne fut entrepris et, en juillet 1849, le ministre de la Guerre
donna la préférence à la reconstruction de la partie ouest du bâtiment sud sur la

16. Arch. nat., CP/F'1 3555, n"2, pièces 1 à 10.


17. Arch. nat., CP/VA XIII n° 108, CP/NIII Seine 1110, no% 2 et 3.

Lwraiàorw d'histoire de l'architecture n° 8


LE MINISTÈRE DE LA GUERRE. DES BUREAUX DE LA GUERRE A L'ILOT SAINT-GERMAIN 71

rue Saint-Dominique pour laquelle il réclama un crédit spécial de 100 000 francs
sur 1850 sans résultat. Le 22 septembre 1849, Renié proposait aussi de reconstruire
le bâtiment étayé en 1846 au Nord. Dans le même temps, il présentait un plan
général de régularisation de l'ensemble des bâtiments du ministère : « J'ai cru
devoir joindre à mon travail un plan général du ministère où j'ai indiqué par des
teintes grises les bâtiments exécutés et en bon état à l'exception de quelques parties
partielles qui demanderont dans un temps donné quelques modifications ; les
teintes roses et rouges indiquent les parties de bâtiments à reconstruire. Ce plan
contient les annotations d'ordre d'urgence, pour la reconstruction des différentes
parties de bâtiments nécessaires à compléter les besoins des bureaux afin d'éviter
des locations à l'extérieur du ministère comme cela existe jusqu'à ce jour » l8 (ill. 3).
Le projet n'aboutit jamais. Après le décès de Renié, il revint à son successeur de
terminer l'œuvre de régularisation des édifices anciens.

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111. 3 : « Plan général de restauration et d'achèvement des hôtels et bureaux du ministère de la Guerre »,
André-Marie Renié, 22 septembre 1849, Arch., nat. F21 3555 n° 1, 50,5 X 76,9 cm. Cl. Olivier Liardet.

Les nouvelles façades du ministère. 1867-1883

Louis-Jules Bouchot (1817-1907) fut nommé architecte du Gouvernement


pour l'École normale supérieure, l'Observatoire, l'Odéon, le ministère de l'Instruc
tion publique et le ministère de la Guerre le 9 mai 185719. Son prédécesseur avait

18. Arch, nat., F21 1551, lettre de Renié au ministre des Travaux publics, Paris, 22 septembre 1849.
19. Arch, nat., F~° 353.

Livraiàorut à'hutoire de l'architecture n° H


72 OLIVIER LIARDET

fait entreprendre à partir de 1856 les travaux de réfection de l'ancien bâtiment des
archives20. En 1856, on reconstruisit le plancher haut du deuxième étage et tran
sforma le comble. L'année suivante, la réfection du plancher bas du deuxième étage
fut réalisée et des bureaux installés. En 1858, on entreprit la réfection du plancher
haut et l'installation de bureaux au rez-de-chaussée. Reprenant les projets de Renié,
Bouchot présenta en 1861 un devis pour la reconstruction de l'aile sud sur la rue
Saint-Dominique en prolongement de l'aile reconstruite ou restaurée en 1 840-43 21.
Le bâtiment, face à la place de Bellechasse, était en mauvais état et d'un aspect
fâcheux. Le projet consistait à détruire l'édifice sur une longueur de 68 mètres en
conservant les caves sur seulement 54 mètres et les arcades du cloître donnant au
Nord. Cela revenait à réduire le bâtiment de trois travées à l'Ouest, mais cette
partie fut seulement réaménagée. Les arcades du cloître furent doublées pour sup
porter la nouvelle façade sur cour. La façade en pierre sur rue devait s'harmoniser
avec celle refaite vingt ans plus tôt et adopter le même schéma, mais à la différence
du reste de l'aile, le comble comportait deux niveaux de mansardes et châssis à
tabatière, afin d'aménager davantage de bureaux. Le ministère y gagna deux étages
de bureaux après l'achèvement en 1864.
Le percement du boulevard Saint-Germain décidé en 1855 entraîna la destruc
tion d'une partie des bâtiments occupés par le ministère22. L'ouverture de la partie
occidentale depuis le quai d'Orsay à la rue de Bellechasse équivalent à 450 mètres
de voie ne fut décidée par décret impérial que le 28 juillet 1866 et les travaux
menés en 1866-67. Le premier tronçon de 50 mètres jusqu'à la rue Saint-
Dominique fut réalisé en 1868 tandis que le dernier, entre les deux percées, ne le
fut qu'en 1874-76. Les militaires perdaient ainsi une surface de forme triangulaire
de 3 900 m2. En compensation, la Ville de Paris remit à l'administration de la
Guerre une série de bâtiments et de terrains couvrant une surface de 3 818 m2 et
une indemnité pour la portion non recouvrée. En plus d'une partie de l'hôtel de
Noailles située de l'autre côté du nouveau boulevard et un morceau triangulaire de
terrain compris entre la rue Solférino nouvellement créée, la rue Saint-Dominique
et l'enclos du ministère, la Ville remit aussi l'ancien hôtel d'Aiguillon et ses dépen
dances qui revenaient ainsi à l'administration de la Guerre.
Cependant, la construction d'un nouvel édifice devenait indispensable pour
loger les services expulsés. Les seuls éléments dont nous disposons pour reconstituer
les différentes phases du projet sont les rapports faits au conseil des bâtiments civils
par Charles-Auguste Questel ( 1 807-1 888) 23. Le premier projet fit l'objet, le 22 oc-

20. Arch. nat., F21 6083.


21. Voir Arch. nat., F21 6083, CP/F21 3555, n° 3, pièces 1 à 3.
22. Michael Darin, « Un plan global pour les Grands Travaux ? Le cas du boulevard Saint-Germain »,
dans Jean des Cars et Pierre Pinon dir., Paris-Haussmann. « Le pari d'Haussmann », Paris, éd. du
Pavillon de l'Arsenal-Picard, 1991, p. 274-283.
23. Les documents relatifs à ces travaux, y compris les dessins des trois projets, sont introuvables, alors
que ceux de la construction sont conservés (Arch. nat., F21 2345, 3261 à 3269, 6083). Un seul
permis de construire daté du 16 mai 1887 pour la reconstruction d'un mur de clôture du jardin
existe, ce qui confirme la tradition qui a encore cours aujourd'hui au ministère de la Défense selon

Livraiaona d'histoire de l'architecture n° 8


LE MINISTÈRE DE LA GUERRE. DES BUREAUX DE LA GUERRE À L'ÎLOT SAINT-GERMAIN 73

tobre 1867, d'un rapport qui fournit un certain nombre d'indications sur l'émer
gence du projet24. Il consistait dans la construction d'un bâtiment de 119 mètres
sur le boulevard dont l'extrémité est se reliait au bâtiment ancien des archives
conservé sur les deux tiers et s'arrêtant à l'angle de la rue de l'Université à l'Ouest.
La façade se composait de deux ailes de treize croisées très serrées, de trois étages
carrés et comble avec lucarnes : dénuée de caractère, elle ressemblait, selon Questel,
à une maison à loyer25. À l'inverse, le pavillon central était richement décoré. Il
donnait accès aux cours du ministère et les deux ailes étaient encadrées par des
pavillons. Au rez-de-chaussée prenaient place magasins, corps de garde, logement
du concierge et services de la galvanoplastie et de l'agent comptable. Dans la partie
orientale du premier étage, Bouchot avait prévu d'installer les archives des cartes
rattachées aux archives historiques qu'il avait placées au-dessus de la bibliothèque.
La partie opposée devait accueillir les cabinets et bureaux des généraux-directeurs,
la salle de réunion des maréchaux et divers bureaux. Une « collection de tableaux
historiques et autres objets d'art que possède le ministère, les salles d'assemblée de
différents comités et les bureaux qui en dépendent » devait se loger au deuxième
étage. Le dernier, sous un comble élevé, était destiné aux bureaux des officiers
employés à la carte de France et aux opérations géodésiques, aux ateliers des dessi
nateurs et des graveurs et à d'autres services. Quelques bâtiments devaient encore
être élevés : le prolongement du dépôt des Fortifications à ses deux extrémités
et une série de bâtiments sur la rue de l'Université à l'emplacement de l'hôtel
d'Aiguillon, dont la partie la plus occidentale devait être détruite afin de dégager
le jardin de l'hôtel du ministre. Le coût estimé de l'opération s'élevait à 2 200 000
francs. Pour la nouvelle façade, l'architecte adopta le style de la Renaissance fran
çaise alors que l'Italie avait plutôt la préférence jusqu'à cette époque. Cette nouvelle
référence devint récurrente dans les édifices publics de la seconde moitié du
XIXe siècle après les grands travaux du Louvre.
Le rapport de Questel était encourageant pour le projet dont il trouvait les dis
positions bonnes : « Les constructions nouvelles donnent non seulement le moyen
de placer tous les services qui vont être détruits, mais même de les installer plus
largement, car les constructions neuves occupent une plus grande surface que celles
qu'elles vont remplacer. » Bouchot avait placé une entrée et une galerie, éloignée
du pavillon central, reliant la nouvelle aile aux bâtiments anciens, compliquant
ainsi les circulations et empêchant le concierge de faire son travail. Questel propos
ait la suppression de l'entrée et le déplacement de la galerie vers l'entrée principale,
ce qui permettait une circulation à couvert et une surveillance efficace. Des cr
itiques importantes concernaient la façade. A l'angle de la rue Solférino, le bâtiment
ne lui semblait pas « suffisamment étudié ». La construction élevée d'un étage cou-

laquelle aucun permis ne fut jamais demandé (Arch. de Paris V.O" 3725 ; Arch. nat., F*1 2345
et 6083).
24. Arch. nat., F21 1869, rapport de Questel au conseil des bâtiments civils, séance du 22 octobre 1867.
Sauf mention contraire, les analyses qui suivent sont tirées de ce rapport.
25. Ibid., rapport de Questel au conseil des bâtiments civils, séance du 8 février 1 868.

Livrauoru à'hutoire de l'architecture n° S


74 OLIVIER LIARDET

vert d'une terrasse laissant voir le pignon de l'ancien bâtiment des archives placé
de manière oblique par rapport au boulevard « ne serait certainement pas d'un effet
heureux ». Le rapporteur proposait de remonter le bâtiment à hauteur des autres
et de l'harmoniser afin de masquer le pignon : « Cette disposition présenterait selon
moi le double avantage de donner un meilleur aspect à cet angle de bâtiment qui
sera si apparent et ensuite d'établir une symétrie presque complète avec ce qui exis
tera à l'angle opposé sur la rue de l'Université. » Après ces demandes de modificat
ion, Bouchot proposa un nouveau projet qui répondait « de manière à peu près
satisfaisante à la demande du Conseil » que Questel rapporta le 8 février 186826.
La première modification effectuée repoussait la galerie vitrée au droit du pavillon
central au pied de l'escalier d'honneur, mais créait un renfoncement dans l'angle
de la cour des bureaux afin d'éclairer l'escalier. Questel, estimant le résultat peu
concluant, présenta un croquis au Conseil indiquant une formule plus adaptée : il
s'agissait de créer un vestibule et de greffer la galerie sur ce vestibule afin de dégager
complètement l'éclairage de l'escalier. Dans la réalisation finale, un escalier circu
laire vint se placer derrière l'escalier d'honneur qui se contenta d'un éclairage à
l'étage. L'architecte réduisit aussi le contraste trop intense des diverses parties de la
façade. Le pavillon central était surélevé d'un étage et moins chargé de sculptures.
Quant aux ouvertures des deux ailes, leur nombre passait de treize à onze. De
même, l'angle sur la rue Solférino tenait compte de l'observation de Questel et
dans la réalisation finale, Bouchot créa une tour de plan pentagonal comprenant
une horloge sur deux de ses faces27 (ill. 4).
Bien que le second projet répondît aux observations du Conseil, Bouchot pré
senta une troisième étude de façade. Il conçut une élévation comprenant un rez-
de-chaussée et un entresol décorés de bossages vermiculés, un grand étage carré
principal et un grand comble éclairé par des lucarnes rectangulaires. L'absence
d'ordre colossal réduisait un peu l'effet monumental de la façade, mais l'ensemble
formé par le rez-de-chaussée et l'entresol dégageait une certaine force compensant
l'effet mitigé de la façade dans son ensemble. Ce nouveau projet bouleversait l'orga
nisation interne du bâtiment. Les services logés au deuxième étage descendaient à
l'entresol. Quant aux pièces importantes, telles que « salle de conseil des maré
chaux, cabinets des généraux-directeurs, galerie de tableaux historiques et d'objets
d'art », elles étaient placées à l'étage principal. L'implantation de la salle du comité
des maréchaux dans le pavillon central accessible par l'escalier d'honneur représent
ait une amélioration qui militait aussi en faveur du troisième projet. Questel
jugeait cette nouvelle étude bien plus satisfaisante que les deux précédentes et pro
posait d'en faire la base des études définitives du projet. Le principe retenu pour
la distribution intérieure ne subit pas de modification : un large couloir courrait
au centre de l'aile sur toute la longueur du bâtiment, permettant ainsi la desserte
de deux séries de bureaux. On appliquait de manière systématique les essais faits
dans les édifices anciens réaménagés ou reconstruits du ministère. Le grand couloir

26. Ibid.
27. L'Illustration. Journal universel, 32e année, samedi 31 janvier 1874, p. 75.

LivraLfonà d'hittoire de l'architecture n° 8


LE MIXISTÈRE DE LA GUERRE. DES BUREAUX DE LA GUERRE À L'ÎLOT SALXT-GERAÍAIN 75

111. 4 : Vue de la tour d'angle et des toitures de la façade sur le boulevard Saint-Germain, carte postale
ancienne. Collection particulière.

Livrauorw d'b'wtoire àe l'architecture n° Я


76 OLIVIER LIARDET

régulier devint un poncif de l'architecture administrative comme au ministère de


l'Agriculture et du Commerce par Emmanuel Brune en 1879 ou à la cour des
Comptes par Constant Moyaux à la fin du siècle par exemple. De petits édifices
vinrent prolonger le dépôt des Fortifications à l'Ouest jusqu'à la cour des archives
et à l'Est jusqu'à la rue Solférino. Le résultat obtenu fut la régularisation de tous
les espaces intérieurs du quartier militaire. Entre les deux cours de la bibliothèque
et de l'horloge entourées de constructions homogènes, une longue et étroite cour
des archives reliait le vestibule central sur le boulevard et l'entrée de la rue Saint-
Dominique. Les travaux commencèrent rapidement après l'adjudication du 7 août
1868 et allèrent bon train. Si, pendant la guerre franco-prussienne, le chantier fut
arrêté, les travaux reprirent à un rythme équivalent aux premières années dès
1871 28. En 1877, le chantier était achevé après dix années d'efforts et 2 571 430,30
francs dépensés. Les travaux de sculpture ornementale furent exécutés par la société
Huber frères et C'e à partir de 1871. Elle fournit les modèles et commença l'exécu
tion de l'ensemble de la sculpture achevé en 1876. La décoration sculptée comport
ait un grand nombre d'éléments décoratifs au style sobre et dont certains éléments,
comme les trophées de cuirasses et armes, s'inspiraient des décors des ailes des
ministres à Versailles29.
Lors de la construction, les bâtiments peu fonctionnels de la rue de l'Université
avaient été conservés pour accueillir des services. La façade sur rue et le premier
étage du corps principal de l'hôtel d'Aiguillon était étayé et les toitures étaient à
refaire. Le 12 février 1881, le ministre de la Guerre adressait à son homologue des
travaux publics un programme pour la réalisation d'une aile destinée à remplacer
ces constructions et compléter la façade du boulevard30. Le dépôt de la Guerre, qui
aurait dû occuper le bâtiment du boulevard, s'était contenté du rez-de-chaussée,
laissant place à des services créés après la défaite de 1870 comme l'État-Major génér
al.Malgré son départ programmé pour l'hôtel de Sens, de nouveaux locaux étaient
nécessaires. Bouchot avait « commencé officieusement des études relatives à la cons
truction de ces bâtiments »31 qui lui permirent de répondre aux demandes dès avril.
Le projet d'extension permettait de gagner 2 500 m2. Le 31 mai, dans son rapport
au conseil des bâtiments civils, Auguste Ancelet (1829-1895) critiqua la façade et
la partie de raccord qu'il ne trouvait pas heureuses ainsi que le couloir et les escal
iers, jugés sombres et mal disposés32. En fait, le grand escalier correspondait à une

28. Dépenses en francs par année: 237 052,23 (1868); 402 661,61 (1869); 146 239,81 (1870);
299 411,65 (1871); 304 412,94 (1872); 309 886,99 (1873); 306 265,43 (1874); 399 677,82
(1875) ; 216 028,13 (1876) ; 352 455,30 (1877).
29. Sculptures publiées dans A. Raguenet, Matériaux et documents d'architecture classés par ordre alphabét
ique,Paris, s.d., vol. I, cartouche 37, clef 7, 8, vol. II, encorbellement 1, mascaron 1, vol. III, œil-
de-bœuf 2, 11, trophée 9, 12, 13, 16.
30. Voir Arch. nat., ¥n 2345 (dessins), 3270 (attachements figurés), 6083, CP/VA CXXXVII nos 1 à
6 et La Semaine des constructeurs, 1882.
31. Arch. nat., F21 2345, lettre de Bouchot au ministre des Travaux publics, 6 avril 1881.
32. Ibid., rapports d'Ancelet (séances des 31 mai et 14 juin 1881) et de J. Phily, contrôleur (séances
des 21 juin et 5 juillet 1881).

LLvraiéonà d'butoire de l'architecture n° 8


LE MISISTÈRE DE LA GUERRE. DES BUREAUX DE LA GUERRE À LÏLOT SAIST-GERMAIN 77

passerelle destinée à relier le bâtiment à celui du centre de la cour nord et à l'aile


nord de la cour de l'horloge. Bouchot adoptait un parti moins grandiose et une
division plus traditionnelle : un sous-sol surélevé, un rez-de-chaussée à bossages,
deux étages carrés reliés par des chaînages d'angle et séparés de l'attique par une
grande corniche, enfin un comble mansardé. Deux trophées militaires devaient
séparer la façade en trois parties composées, au centre, de huit fenêtres et aux extré
mités, de trois fenêtres (ill. 5). Côté cour, les murs étaient enduits et le sous-sol
dégagé par une cour basse. Le bâtiment fournissait six niveaux et généralisait le
principe divisionnaire établi ailleurs : murs de refends placés toutes les deux
fenêtres afin de permettre de créer des bureaux de 7,2 mètres ou de 3,55 mètres.
Dans les locaux antérieurs, les divisions étaient habituellement de deux ou trois
fenêtres mais les cloisons venaient faire leur office dans la distribution des bureaux
dont la base générale demeurait l'unité (une fenêtre par bureau). Bouchot créa des
puits de lumière aux extrémités de l'aile afin d'éclairer le corridor et modifia la
façade dont la corniche vint se caler sur celle du boulevard réduisant la hauteur
des étages et de l'attique. Ancelet combattit l'idée des bossages vermiculés sur tout
le rez-de-chaussée qui augmentaient la dépense et n'étaient pas nécessaires pour une
rue secondaire. Par loi du 29 juillet, les Chambres octroyèrent un premier crédit
de 300 000 francs sur l'évaluation de 1 210 000. L'adjudication eut lieu le 5 sep
tembre et les premières opérations consistèrent dans la clôture des différentes part
ies conservées. Dans les premiers mois de 1882, les fondations étaient posées. Un
second crédit de 910 000 francs fut ensuite alloué sur l'exercice 1882 et les travaux
se poursuivirent jusqu'au début de 1883, date à laquelle on s'occupait de placer les
sonneries à air et l'installation des urinoirs. Les services prirent possession des
locaux à l'été de 1883 et les travaux furent définitivement terminés fin novembre.

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111. 5 : Façade du nouveau bâtiment sur la rue de l'Université (premier projet), Louis-Jules Bouchot,
Paris, le [...] mai 1881, Arch, nat., Va CXXXVII, pièce 5. Cl. Olivier Liardet.

LivraLioru* à'h'uttoire de l'architecture n° 8


78 OLIVIER LIARDET

L 'accomplissement

Une série de plans datés de 1903 nous montrent l'état des édifices de l'îlot
Saint-Germain avant les transformations contemporaines et permet d'en constater
le degré d'aboutissement des tentatives d'homogénéisation (ill. 6). Quelques tr
avaux vinrent bouleverser la quiétude du quartier militaire. Si le projet de suréléva
tion du bâtiment neuf des archives fut proposé dès le 18 avril 1892 par Stanislas-
Louis Bernier (1845-1919), les crédits ne suivirent pas et le projet fut sans cesse
repoussé jusqu'en 192333. Les travaux furent menés à une époque que nous n'avons
pas réussie à déterminer sous la forme de deux étages carrés remplaçant l'étage de
comble. La réalisation d'un chauffage central représenta la grande affaire des pre
mières années du siècle. Les premiers projets dataient de 1907-08, mais l'exécution
du projet choisi eut lieu sous la direction de Pierre André puis de Marc Bitterlin,
de 1928 à 1931 après une longue maturation34.

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III. 6 : Cl.
1903. PlanOlivier
generalLiardet.
des bâtiments du ministère de la Guerre, n.s., Arch, nat., Va CXCIX pièce 58,

Avec l'arrivée de Léon Azéma (1888-1976) commença la dernière phase de


transformation, la phase moderniste. En 1937, l'architecte proposa la régularisation
des édifices donnant sur le jardin de l'hôtel du ministre pour un montant de
5 182 860 francs35. L'architecte proposa de détruire toutes les constructions du

33. Voir Arch, nat., F21 6082, CP/VA CXXVIII nM 1 à 3.


34. Arch, nat., F21 6083.
35. Voir Arch, nat., F21 3815 à 3820, dossiers intitulés « reconstruction du 75, rue de l'Université)

LwraUoiu à'huitoire de l'architecture n° 8


LE MIXISTERE DE LA GUERRE DES BVREAVX DE LA Cil'ERRE A LILOT SAIXTGERMAIN 79

Nord au Sud ayant vue sur ce jardin. Il s'agissait du 77, rue de l'Université, der
nière portion de l'hôtel d'Aiguillon amputé par la construction de l'aile de 1881-
83, de l'aile en retour d'équerre de la même époque, de l'ancienne orangerie de
Madame Mère, de l'aile ouest de l'ancien couvent annexé à l'hôtel du ministre et
des constructions sur la rue Saint-Dominique en prolongement de l'aile reconst
ruiteen 1861-64. Les destructions furent exécutées en 1937. Azéma aligna le nou
veau bâtiment sur l'aile de la rue de l'Université, agrandissant ainsi l'espace dévolu
au jardin du ministre et le séparant plus nettement des bureaux. Il s'agissait d'une
construction homogène formée d'une grande barre en béton armé de vingt-trois
fenêtres et de sept niveaux, encadrée par deux cages d'escalier marquées à l'extérieur
par un éclairage continu en pavés de verre. Elle se greffait au Sud sur l'aile de
1861-64. Presque au centre, dans le dos de cette nouvelle aile, le début de l'aile
nord du couvent fut détruit et remplacé par une aile de même type moins élevée.
Au Sud, un bâtiment d'habitation de sept niveaux complétait l'aile Second Empire
sur rue. Sa façade offrait un traitement différent de celui des bureaux. Le revêt
ement extérieur suggérait des assises de pierre et des oculi venaient l'animer, tandis
que la façade sur cour faisait preuve d'un fonctionnalisme éloquent. L'espace des
circulations verticales formait saillie au centre de l'édifice. Il était pourvu de deux
panneaux continus de pavés de verre pour les escaliers et séparait des séries d'appar
tement. Les travaux bien avancés furent arrêtés en novembre 1939, puis partiell
ement poursuivis pendant la Guerre.
Après la Libération, l'administration militaire poursuivit les travaux des bât
iments d'Azéma, puis se préoccupa de mettre ses services dans des conditions opti
males de travail. Les travaux exécutés entre 1945 et le début des années 1950
concernèrent la destruction des trois ailes restantes du couvent sur lesquelles peu
de travaux avaient été réalisés36. La petite cour des archives fut agrandie par la des
truction de l'aile est de la cour de l'horloge et du petit bâtiment de raccord avec
la façade sur le boulevard donnant sur le vestibule de l'escalier d'honneur. Le bât
iment parallèle séparant la cour de l'horloge de celle du cloître fut également détruit
ainsi que les trois-quarts restants de l'aile nord. Furent alors construites deux ailes
en équerre de dix niveaux avec des hauteurs sous plafond plus faibles que dans
l'aile sur jardin et sans caractère particulier. Une des ailes prit la place de l'aile nord
de la cour de l'horloge dans le prolongement du morceau déjà reconstruit et la
seconde vint prendre appui sur le bâtiment de la rue Saint-Dominique au centre
de la cour de l'horloge. Quelques autres transformations vinrent perturber l'homog
énéité que le XIXe siècle avait réussi à créer dans un ensemble de bâtiments dispar
ates, notamment le rhabillage des façades sur la cour nord formé d'un plaquage
de béton qui a détruit l'harmonie très simple des enduits des édifices entourant
cette cour.

L'histoire des constructions ayant abrité le ministère de la Guerre n'est pas


simple. Les travaux ne se laissent pas toujours correctement évaluer. Cependant la

36. Marc-André Fabre, op. cit., p. 27.

Livraisons à'hiitoire àe l'architecture n° H


80 OLIVIER UARDET

confrontation de la documentation écrite et figurée, même lacunaire, avec les él


éments en place permet de suivre leur évolution sur près de cent-cinquante ans, des
premières implantations anarchiques aux phases régulatrices des architectes qui se
sont succédés sur ces chantiers. Cette histoire architecturale est marquée par le
développement des services du ministère de la Guerre à partir de la Révolution
avec une accélération considérable après la guerre de 1870 et la Grande Guerre.
Les besoins constants de nouveaux locaux pour loger ces services ont eu raison des
anciens bâtiments hérités par le XIXe siècle et dont il avait, à l'exception des des
tructions induites par le percement du boulevard Saint-Germain, réussi à préserver
l'esprit sinon l'essence. L'harmonie architecturale de l'ensemble, sans être parfaite,
avait bien fonctionné pendant le cycle de densification et d'homogénéisation. La
destruction des « bureaux de la Guerre » scelle dans le béton armé du mouvement
moderne la tradition architecturale de l'îlot Saint-Germain.

Olivier Liardet
chargé d'études documentaires (DRAC Nord-Pas-de-Calais)

Livrauoru) à'hi) toire de l'architecture n° 8