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Café philo

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L’athéisme est-il une religion comme les autres ?


Supports de réflexion

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Sociologie des croyants

D'après le sondage "Global index of religiosity and atheism" de l'institut Win-Gallup international
(2012), le nombre de personnes, au niveau mondial, se reconnaissant dans une religion est de 59
% contre 23 % de sans religion et 13 % d'athées. En France, ces chiffres sont respectivement de
37 % (croyant), 34 % (sans religion) ; 29 % (athée). La France est la quatrième nation comptant le
plus d'athées derrière la Chine, le Japon et la république Tchèque. 

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La religion : poésie du monde ?

Les religions fonctionnent avec des mythes qui parlent à merveille de la condition humaine,
chacune avec sa propre poésie. Elles fournissent ce qui est probablement une exigence de l’esprit
humain : une certaine représentation unifiée et cohérente du monde et des forces qui l’animent,
faute de quoi apparaissent anxiété et schizophrénie. Les explications religieuses s’appliquent à
tous les domaines, elles rendent compte de l’origine, du présent et même de l’avenir de l’univers ;
elles répondent à toutes les questions et résolvent toutes les difficultés par un simple et unique
argument a priori. L’une des principales fonctions des religions est de donner un sens et des
valeurs morales à la vie humaine, d’aider l’homme à supporter l’angoisse, les vicissitudes, la
misère, la souffrance et la mort. Il semble bien que l’exigence de mythes cosmologiques soit un
trait commun à toute culture, à toute société.

Pour moi, il n’existe pas d’entité métaphysique qui se cache derrière le mot vie. Le pouvoir de
s’assembler, de produire des structures d’une complexité croissante, de se reproduire même,
appartient aux éléments qui composent la matière. La vie est un produit de l’organisation des
molécules, tout comme l’esprit est un produit de l’organisation du cerveau. Pourtant, il n’est pas
certain que nous puissions jamais savoir comment, d’un univers inerte, ont émergé des êtres
vivants, ni comprendre l’évolution du cerveau et l’apparition de cet ensemble de propriétés
difficiles à définir que nous appelons la pensée. Mais ce qui donne son sens à la vie, c’est l’espoir
de pouvoir un jour transformer le monde présent en un monde meilleur, même si c’est un rêve.

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François Jacob, médecin, biologiste, généticien, membre de l’Académie des Sciences (depuis
1977), prix Nobel de Médecine (1965)
In Marian Schmidt, Hommes de science, 28 portraits Hermann Éditeur, 1990

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La religion consiste à croire par volonté, sans preuves, et même contre les preuves

La religion consiste à croire par volonté, sans preuves, et même contre les preuves, que l'esprit,
valeur suprême et juge des valeurs, existe sous les apparences, et se révèle même dans les
apparences, pour qui sait lire l'histoire. Il y a des degrés dans la religion. La religion de l'espérance
veut croire que la nature est bonne au fond (panthéisme). La religion de la charité veut croire que
la nature humaine est bonne au fond (culte des héros). La religion de la foi veut croire à l'esprit
libre, et s'ordonne d'espérer en tout homme (égalité) et aussi de ne point croire que la nature ait
des projets contre nous ni aucun projet. La religion n'est pas une philosophie, c'est une histoire.
Tous les événements manifestent l'esprit; mais il en est de plus évidemment miraculeux ; les uns
comme les autres n’ont lieu qu'une fois. Le culte consiste à commémorer les principaux de ces
événements, de façon à entretenir une société à la fois publique et intime entre l'homme et l'esprit
absolu, c'est-à-dire entre l'homme et son esprit.
Alain (1868-1951)
Définitions (1953)

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Le besoin irrésistible de consolation dans les maux de la vie

Le besoin irrésistible de consolation dans les maux de la vie [...] est le principe de tout système de
religion. Cela est vrai, éminemment vrai. D'après ce moment, il est interdit de chercher quelle est
la meilleure ou la pire. Aussi ne l'avez-vous pas fait. Vous avez raisonné en bon législateur. Il faut
de la révélation, de l'inspiration et des prêtres pour établir une croyance quelle qu'elle soit... Reste
à savoir quels biens politiques nous font ces œuvres de persuasion et s'il vaut mieux tromper les
hommes que leur dire la vérité. L'indifférence pour le choix de toute secte qui s'établit est la
majestueuse conduite que doit tenir celui qui fait des lois.
Beaumarchais (1732 - 1799)
Lettre à un ami, 1797

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Religion, dogme et illusion

Ces idées [Les croyances religieuses], qui professent d'être des dogmes, ne sont pas le résidu de
l'expérience ou le résultat final de la réflexion : elles sont des illusions, la réalisation des désirs les
plus anciens, les plus forts, les plus pressants de l'humanité; le secret de leur force est la force de
ces désirs. Nous le savons déjà : l'impression terrifiante de la détresse infantile avait éveillé le
besoin d'être protégé - protégé en étant aimé - besoin auquel le père a satisfait ; la
reconnaissance du fait que cette détresse dure toute la vie a fait que l'homme s'est cramponné à
un père, à un père cette fois plus puissant. [...] Une illusion n'est pas la même chose qu'une erreur,
une illusion n’est pas non plus nécessairement une erreur. L'opinion d’Aristote, d'après laquelle la
vermine serait engendrée par l'ordure - opinion qui est encore celle du peuple ignorant -, était une
erreur; de même l'opinion qu'avait une génération antérieure de médecins, et d'après laquelle le
tabès [maladie d'origine syphilitique] aurait été la conséquence d'excès sexuels. Il serait impropre
d'appeler ces erreurs des illusions, alors que c'était une illusion de la part de Christophe Colomb,
quand il croyait avoir trouvé une nouvelle route maritime des Indes. La part de désir que
comportait cette erreur est manifeste. On peut qualifier d'illusion l'assertion de certains
nationalistes, assertion d'après laquelle les races indo-germaniques seraient les seules races
humaines susceptibles de culture, ou bien encore la croyance d'après laquelle l'enfant serait un
être dénué de sexualité, croyance détruite pour la première fois par la psychanalyse. Ce qui
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caractérise l'illusion, c'est d'être dérivée des désirs humains; elle se rapproche par là de l'idée
délirante en psychiatrie, mais se sépare aussi de celle-ci, même si l'on ne tient pas compte de la
structure compliquée de l'idée délirante.
L’idée délirante est essentiellement - nous soulignons ce caractère - en contradiction avec la
réalité; l'illusion n'est pas nécessairement fausse, c'est-à-dire irréalisable ou en contradiction avec
la réalité. Une jeune fille de condition modeste peut par exemple se créer l'illusion qu'un prince va
venir la chercher pour l'épouser. Or ceci est possible; quelques cas de ce genre se sont réellement
présentés. Que le Messie vienne et fonde un âge d'or, voilà qui est beaucoup moins vraisemblable
: suivant l'attitude personnelle de celui qui est appelé à juger de cette croyance, il la classera parmi
les illusions ou parmi les équivalents d'une idée délirante. Des exemples d'illusions authentiques
ne sont pas, d'ordinaire, faciles à découvrir; mais l'illusion des alchimistes de pouvoir transmuter
tous les métaux en or est peut-être l'une d'elles. Ainsi nous appelons illusion une croyance quand,
dans la motivation de celle-ci, la réalisation d'un désir est prévalente, et nous ne tenons pas
compte, ce faisant, des rapports de cette croyance à la réalité, tout comme l'illusion elle-même
renonce à être confirmée par le réel.
Sigmund Freud (1856 - 1939)
L'Avenir d'une illusion (1927)

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L’invention des religions est à rechercher

dans le fonctionnement naturel de l’Homo Sapiens-Sapiens


Tous cherchaient l'origine de la religion dans des circonstances étrangères à l'homme, les dévots
comme les philosophes. Les uns ne voulaient pas que l'homme pût être religieux sans une
révélation particulière et locale ; les autres sans l'action des objets extérieurs. De là une erreur
première, de là une série de longues erreurs. Oui, sans doute, il y a une révélation, mais cette
révélation est universelle, elle est permanente, elle a sa source dans le cœur humain. L'homme
n'a besoin que de s'écouter lui-même, il n'a besoin que d'écouter la nature qui lui parle par mille
voix, pour être invinciblement porté à la religion. Sans doute aussi, les objets extérieurs influent sur
les croyances ; mais ils en modifient les formes, ils ne créent pas le sentiment intérieur qui leur
sert de base.
Benjamin Constant (1767-1830)

De la religion

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Raison et croyance, deux chemins de pensée différents

Un credo religieux diffère d'une théorie scientifique en ce qu'il prétend exprimer la vérité éternelle
et absolument certaine, tandis que la science garde un caractère provisoire : elle s'attend à ce que
des modifications de ses théories actuelles deviennent tôt ou tard nécessaires, et se rend compte
que sa méthode est logiquement incapable d'arriver à une démonstration complète et définitive.
Mais, dans une science évoluée, les changements nécessaires ne servent généralement qu'à
obtenir une exactitude légèrement plus grande ; les vieilles théories restent utilisables quand il
s'agit d'approximations grossières, mais ne suffisent plus quand une observation plus minutieuse
devient possible. En outre, les inventions techniques issues des vieilles théories continuent à
témoigner que celles-ci possédaient un certain degré de vérité pratique, si l'on peut dire. La
science nous incite à abandonner la recherche de la vérité absolue, et à y substituer ce qu'on peut
appeler la vérité la technique, qui est le propre de toute théorie permettant de faire des inventions
ou de prévoir l'avenir. La vérité « technique » est une affaire de degré : une théorie est d'autant
plus vraie qu‘elle donne naissance à un plus grand nombre d'inventions utiles et de prévisions
exactes. La « connaissance » cesse d'être un miroir mental de l'univers, pour devenir un simple
instrument à manipuler la matière. Mais ces implications de la méthode scientifique
n'apparaissaient pas aux pionniers de la science : ceux-ci, tout en utilisant une méthode nouvelle
pour rechercher la vérité, continuaient à se faire de la vérité elle-même une idée aussi absolue que
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leurs adversaires théologiens. Une différence importante entre le point de vue médiéval et celui de
la science moderne concerne la question de l'autorité. Pour les scolastiques, la Bible, les dogmes
de la foi chrétienne, et (presque au même degré) les doctrines d'Aristote, étaient indiscutables : la
pensée originale, et même l'étude des faits, ne devaient pas franchir les limites fixées par ces
frontières immuables de l'audace intellectuelle. Les antipodes sont-ils habités ? La planète Jupiter
a-t-elle des satellites ? Les corps tombent-ils à une vitesse proportionnelle à leur masse ? Ces
problèmes devaient être résolus, non par l'observation, mais par déduction à partir d'Aristote ou
des Écritures. Le conflit entre la théologie et la science a été en même temps un conflit entre
l'autorité et l'observation. Les hommes de science ne voulaient pas qu'on crût à une proposition
parce que telle autorité importante avait affirmé qu'elle était vraie : au contraire, ils faisaient appel
au témoignage des sens, et soutenaient uniquement les doctrines qui leur paraissaient reposer sur
des faits évidents pour tous ceux qui voudraient bien faire les observations nécessaires. La
nouvelle méthode obtint de tels succès, tant pratiques que théologiques que la théologie fut peu à
peu forcée de s'adapter à la science. Les textes bibliques gênants furent interprétés d'une manière
allégorique ou figurative ; les protestants transférèrent le siège de l'autorité en matière de religion,
d'abord de l'Église et de la Bible à la Bible seule, puis à l'âme individuelle. On en vint peu à peu à
reconnaître que la vie religieuse ne dépend pas de prises de position sur des questions de fait,
comme par exemple l'existence historique d'Adam et d'Ève. Ainsi, la religion, en abandonnant les
bastions, a cherché à garder la citadelle intacte : il reste à voir si elle y a réussi.
Bertrand Russell
Science et religion


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Qu'est-ce que l'incroyance?

Incroyant, agnostique, athée... De l'indifférence au rejet, il est de multiples façons de ne pas croire
en Dieu.
L'incroyance se caractérise par l’absence d’adhésion à l’idée de l’existence de Dieu. Mais entre
celui qui n’éprouve pas le besoin de se poser la question de Dieu et celui qui s’inscrit dans un
système philosophique élaboré, il existe toute une gamme de positions entre lesquelles les
frontières ont tendance à se brouiller. D’une manière schématique, on peut dire que l’indifférence
religieuse, qui gagne du terrain, correspond à la situation de celui qui ne se pose pas la question
de Dieu et n’éprouve pas le besoin de le faire. L’incroyance – autrefois assimilée à l’athéisme –
caractérise celui qui ne croit pas mais qui n’éprouve pas forcément le besoin de préciser pourquoi
ni comment.
Dans la Bible, le prophète Jérémie (5, 12) évoque ceux qui ont "renié Yahvé" en disant : "Il n’est
pas. Aucun malheur ne nous atteindra, nous ne verrons ni l’épée, ni famine." Et au Psaume 14, il
est écrit : "L’insensé a dit en son cœur : “Non plus de Dieu !” Corrompues, abominables leurs
actions ; personne n’agit bien." L’insensé en question rejette-t-il Dieu ou la promesse faite à
Israël ? Les exégètes n’ont pas tranché. Au Ve siècle avant notre ère, et dans ceux qui ont suivi,
Grecs et Égyptiens ne concevaient pas qu’il pût exister un Dieu qui ne se voyait pas, qui n’était
pas représenté. Or, c’était le cas du Dieu des juifs, puis du Dieu des chrétiens. Parce qu’ils
refusaient de sacrifier aux divinités impériales, juifs et chrétiens furent alors qualifiés d’athées, et
persécutés. Ce n’est que beaucoup plus tard, au XVIIIe siècle, que l’existence de Dieu va être
explicitement mise en doute par les penseurs des Lumières, et l’idée d’un monde sans Dieu
émerger.
Martine de Sauto. Article publié dans la Croix supplément Religion et Spiritualité.

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Quelques livres et revues pour approfondir ce sujet :

- Homme Dieu ou le sens de la vie, Luc Ferry, Grasset, 1996 

- Le grand décervelage: enquête pour combattre les sectes, Bernard Fillaire, Plon, 1993

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