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TABLE DES MATIÈRES

Avant propos………………………………………………3

Présentation………………………………………………..5

I.- Pour en finir avec l‟indignité des tentes………………11

II.-L‟indispensable réforme de l‟État…………………….18

III.-L‟éducation : levier principal du décollage………….33

IV.-Les interventions socio-sanitaires pour une qualité de


vie améliorée………………………………………..45

V.-Création de richesse et d‟emplois dans une perspective


de développement régional………………………………55

En guise de Conclusion : Éléments de stratégie de mise en


œuvre……………………………………………………..81

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AVANT-PROPOS
Dans mon message à la nation à l‟occasion de l‟ouverture officielle de la
campagne électorale, le 15 octobre 2010, j‟ai cru opportun de conférer un
relief particulier à la situation tragique vécue par notre pays en rapport avec
les dégâts incommensurables du séisme du douze janvier dernier. En la
circonstance, il m‟était également apparu important de souligner l‟état de
sous développement inadmissible dans lequel végète notre société depuis
plus de deux cents ans d‟existence. Après bien d‟autres, j‟ai fait le constat
douloureux que tout était à faire en Haïti. Néanmoins, il doit être clair pour
tout le monde qu‟il ne sera pas possible de résoudre l‟intégralité des
problèmes de ce pays au cours des cinq années du mandat que la population
va me confier le 28 novembre prochain pour assurer le pilotage des affaires
de la nation.
Dans un contexte où les ressources à notre portée s„avèrent plutôt précaires,
quoique non banales, et face à des problèmes à la fois cuisants, nombreux et
complexes, je suis donc poussé par la force des choses à identifier des
priorités parmi les priorités. Ce choix est d‟autant plus difficile que, depuis
déjà quelques mois, de nombreux professionnels, universitaires, hommes
d‟affaires et personnalités de la société civile m‟accompagnent dans des
cénacles de réflexion et dans la rédaction de dossiers thématiques. Leurs
travaux ont couvert presque tous les secteurs de la vie nationale. Les choix et
propositions formulés dans ce document des grandes orientations de mon
quinquennat sont des extraits ou des tirés-à-part de ces dossiers.
Tous les textes mis au point durant les derniers mois par les ateliers
thématiques sectoriels (Agriculture, Environnement, Culture, Tourisme,
Infrastructures, Jeunesse, Équité de genre, Politique sociale, entre autres)
sont disponibles dans leur intégralité. Ils seront, à coup sûr, mis à
contribution dans l‟élaboration des politiques publiques. Néanmoins, je
soumets aujourd‟hui à votre attention les résultats de travaux relatifs à cinq
priorités à partir desquelles seront mis en branle les grands chantiers de mon
quinquennat présidentiel.
Ainsi, de manière pressante, la conjoncture m‟impose de trouver sans délai
des solutions de relocalisation pour mes frères et sœurs qui croupissent
depuis plus de huit mois sous les tentes dans les sites temporaires des zones
dévastées par le séisme. De même, il m‟apparaît de la plus haute priorité de
mener à terme cette indispensable réforme de l‟État sans laquelle rien n‟est
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possible. D‟un autre côté, L‟éducation constitue à mes yeux un
incomparable levier pour opérer le décollage de la nation, pour l‟affirmation
de notre jeunesse en particulier. Elle figure de manière emphatique dans
mon agenda présidentiel. De même, les conditions socio-sanitaires
déplorables dans lesquelles vivent la majorité de mes compatriotes ne
sauraient ne pas retenir mon attention.
Toutefois, c‟est par la création de richesses et d‟emplois que je compte
rendre effective cette refondation nationale. Il s‟agit d‟une démarche,
indispensable à l‟élimination des formes les plus criantes d‟exclusion que la
majorité des Haïtiennes et Haïtiens, de l‟intérieur ou de la diaspora,
souhaitent voir disparaître.
La démarche de mise en œuvre de ces priorités privilégiera la recherche
d‟un large consensus de la part de mes concitoyennes et de mes concitoyens.
Je vous demande d‟en prendre connaissance et d‟en débattre avec vos
parents et amis en vue de les convaincre de la pertinence de mes axes
programmatiques prioritaires pour la résolution des problèmes de notre pays.

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PRÉSENTATION
1- Il faut partir du constat pénible que la mal gouvernance est à l‟origine
historique des principaux maux de notre pays. Il en découle qu‟Haïti, après
la conquête glorieuse de son indépendance, occupe aujourd‟hui le dernier
rang parmi les nations du continent et le dernier quart dans les classifications
entreprises par les Nations-Unies, en particulier le “Rapport mondial sur le
développement humain” publié chaque année.

2- De tout temps, à de rarissimes expressions près, Haïti s‟est trouvée aux


prises avec une gouvernance improductive et inefficace, produit et sous
produit d‟un Etat irresponsable, impotent, insensible à des iniquités, quand il
n‟en est pas le responsable direct. Dans un tel contexte, il n‟est guère
étonnant que plus de quatre millions de nos compatriotes vivent aujourd‟hui
en dessous de la ligne de pauvreté extrême, avec des revenus de 1 dollar par
jour ; que les quarante pour cent les plus défavorisés reçoivent seulement 6
pour cent de la richesse nationale ; qu‟à l‟opposé, les vingt pour cent les plus
favorisés en reçoivent plus de soixante dix pour cent ; que plus de cinq cent
mille enfants en âge de fréquenter l‟école soient tenus en dehors des salles
de classe, dans un environnement général dominé par la violence, la
corruption, le chômage, entre autres. Ce sombre tableau illustre, en partie,
l‟envergure des déficiences enregistrées dans la dispensation des services, de
même que le cuisant déficit affiché au chapitre de l‟exercice des fonctions
régaliennes de l‟État. Telles sont, à mes yeux, quelques unes des pénibles
tragédies qui se jouent sur la scène nationale dans un décor lourdement
marqué par la présence de troupes étrangères en terre haïtienne, ce pour une
troisième fois.
3- Bien sûr, il faudra dire et redire que l‟instabilité a régné de façon
dominante dans le pays, avec toutes les conséquences fâcheuses qui y sont
associées: peur des investisseurs, perte de confiance dans les dirigeants,
corruption de grande envergure, désenchantement par rapport à la politique,
dévoiement de la militance populaire, accentuation de la poussée migratoire
tant interne qu‟externe, perte de confiance dans le pays, effondrement du
dispositif étatique, bradage du patrimoine naturel et culturel à la vue d‟un
Etat défaillant et souvent complice, aggravation de la vulnérabilité
environnementale, invasion de l‟espace national par les produits étrangers
par voies régulières et irrégulières, montée de l‟incivisme, démographie
galopante et menaces associées à une jeunesse désœuvrée et au bord de la

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colère, dégradation accentuée de l‟image et de la respectabilité nationales,
entre autres.

4- Devant un tableau si déprimant, la nation se doit de comprendre que les


institutions nationales sont inadaptées aux besoins de notre affirmation
collective. La crise de la gouvernance de l‟État se trouve donc au cœur de la
situation d‟Haïti. Pour y remédier, il conviendra d‟opérer les rectifications
permettant une refonte de fond en comble des procédés traditionnellement
utilisés pour effectuer la politique dans notre pays.

5- Sous mon quinquennat à la présidence, les dispositions de mise seront


adoptées pour assurer la consolidation des institutions de l‟Etat et, ce faisant,
garantir l‟établissement d‟un climat de stabilité qui constitue une condition
indispensable à tout réel démarrage du pays vers le progrès et l‟amélioration
de la situation de ses citoyens/citoyennes. Pour y parvenir, il faudra des
dirigeants expérimentés et bien imbus des mécanismes et complexités
inhérents à la gouverne publique.

6- Le premier mandataire de la nation, selon moi, doit afficher un leadership


novateur en sortant des sentiers battus pour pouvoir réussir la mise à flot de
la barque nationale. Tel est le fondement de ma candidature à la présidence.
Dans cette démarche, j‟affirme, tout en rappelant mon humble origine
familiale, donc sans suffisance aucune, que je serai bien servi par une solide
préparation académique acquise au prix d‟efforts inlassables. Il en est de
même de ma riche expérience de la machine publique nationale, sans oublier
la tradition de rigueur qui a constitué une fidèle compagne de ma vie
professionnelle, personnelle et politique. De cette tradition, j‟ai gardé un
penchant très prononcé pour l‟excellence, de même que la discipline.
7- Homme d‟équipe, mais aussi homme de forte personnalité, je ne me suis
jamais complu dans les contorsions stylistiques, ni dans la langue de bois.
Mon penchant pour le franc parler est notoirement connu, et je suis
déterminé à assumer pleinement ce trait de caractère.

8- A cette croisée des chemins dans laquelle est engagée la nation haïtienne,
les hautes charges de l‟Etat exigent, pour être bien assumées, une claire
vision de la chose publique et une capacité de négocier d‟égal à égal avec les
partenaires de la communauté internationale. La passion que j‟ai affichée en
qualité d‟universitaire pour les institutions où j‟ai travaillé se retrouve
également chez l‟homme politique que j‟ai appris à devenir. Je demeure
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convaincu du fait que la consolidation de la démocratie s‟opère en tout
premier lieu par la construction et le renforcement des institutions. De ce
point de vue, je m‟évertuerai à œuvrer sans relâche contre la multiplication
pléthorique, voire caricaturale, de groupuscules qui utilisent pompeusement
le vocable de partis politiques pour se désigner. Je suis disposé à soumettre,
en temps et lieu, une proposition pour l‟accréditation de trois ou quatre partis
selon des critères à définir. Le financement de l‟Etat serait octroyé à de
telles structures et le statut de chef de l‟opposition serait reconnu. Une telle
mesure pourrait contribuer à susciter une certaine convivialité dans les
relations entre membres d‟organisations partisanes différentes.

9- J‟ai toujours été et demeure conscient au plus haut point de la nécessité de


jeter une passerelle de confiance entre l‟Etat et la Nation, tout en facilitant la
proximité et la convivialité citoyennes. De telles dispositions s‟avèrent
essentielles à la mise en branle et la réussite d‟une démarche de
reconstruction/refondation du pays commun. Cette opération devra être
conçue et pratiquée comme étant l‟affaire de tous les haïtiens et de toutes les
Haïtiennes. Je m‟ingénierai à expliquer que sans une démarche résolue
d‟inclusion des marginalisés dans la citoyenneté nationale, le développement
du pays sera toujours compromis. Dans cette ligne, la méfiance et les
cloisonnements séculaires entre les diverses composantes de la société
doivent être éliminés.

10- En raison des irrégularités et déficiences associées à sa gouvernance,


Haïti est devenue la risée à l‟échelle du monde et est traitée sur le mode
d‟un Etat mineur auquel la tutelle s‟applique comme un cordon sanitaire
destiné à contenir toute potentialité de « contamination » de la région. Avec
les hypothèques très lourdes qui pèsent sur son destin, le pays commun se
doit de trouver un sursaut collectif de lucidité pour mettre fin à cette spirale
du déshonneur qui se déroule inexorablement sur notre terre et sous nos
yeux. Durant ma présidence, Haïti prendra une voie d‟affirmation qui
l‟empêche de constituer un problème pour ses voisins et pour la région. Elle
cessera d‟être un cas. Dans cette démarche, elle compte sur la communauté
internationale pour l‟aider à établir le dispositif de recouvrement de sa pleine
souveraineté.
Cette opération devra se réaliser de manière ordonnée selon un
désengagement modulé de la MINUSTAH. Le calendrier de retrait tiendra
compte de la mise sur pied de la Gendarmerie que je recommande d‟installer
dans le pays, simultanément avec le renforcement de la Police Nationale
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d‟Haïti, ainsi que la création d‟une Agence Nationale de Service Civique.
Aucun pays ne peut laisser à des acteurs et entités externes le soin d‟assurer
les tâches relatives à son affirmation. Pour cela, il faudra cultiver une
robuste confiance dans la capacité du peuple haïtien à assurer sur un mode
autonome la prise en charge de son fonctionnement et de son
développement.
11- Dans cette ligne, il importe de toujours se rappeler le rôle éminemment
important de la culture comme élément de cimentation de la cohésion
nationale. Aujourd‟hui encore, elle représente un indispensable bouclier
contre le bovarysme multi forme qui tend à s‟installer dans nos mœurs, de la
gastronomie quotidienne jusqu‟aux choix de loisirs, sans oublier l‟aliénation
ambiante dont est imprégné le système éducatif qui, souvent, déforme
davantage qu‟il ne forme notre jeunesse. La culture doit continuer à revêtir
une centralité sans partage dans l‟aménagement de notre dispositif
d‟affirmation. Elle est capable de nous aider à bâtir une robuste confiance
en nous-mêmes quant à notre capacité de prendre en charge notre futur.
Une vision proprement haïtienne de notre développement doit émerger pour
guider nos actions fondamentales de positionnement entre nous et face aux
autres. Elle nous conduira à penser la refondation à partir de nous-mêmes et
pour le bénéfice de nos compatriotes sans distinction aucune. Notre
affirmation culturelle est une condition fondamentale de notre existence ; il
en est de même de la stabilité politique ainsi que de notre survie collective.
A cette fin, il nous incombe de consolider nos références normatives et
valeurs en nous écartant des canevas d‟affirmation dominants de la pensée
unique.
12- Entré avec hésitation dans le monde de la politique après des invitations
réitérées, je me suis évertué à donner le meilleur de moi-même pour justifier
la confiance placée en moi, tant par mon chef hiérarchique et mes
collaborateurs, que par une population lancée dans une quête éperdue de
justice. La satisfaction aux pressantes et puissantes poussées revendicatives
du peuple haïtien est devenue rapidement une hantise tenace chez moi. Cette
situation a alimenté considérablement ma sensibilité populaire. Plus tard, je
me rendrai compte sur un mode analytique, sans émotion aucune, que le
chemin du développement et de la modernisation d‟Haïti est étroitement
associé à l‟inclusion dans la citoyenneté véritable des traditionnels
marginalisés qui représentent l‟écrasante majorité de notre société.

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13- Compte tenu des principes et pratiques qui dominent l‟histoire et la
culture politique de notre pays, la position de Premier Ministre occupée en
deux occasions ne m‟a pas permis de disposer de tous les leviers nécessaires
à la mobilisation des ressources permettant d‟opérationnaliser certaines
orientations énoncées. Néanmoins, le désir de poursuivre l‟important travail
amorcé en vue de transformer la société haïtienne et ses institutions est
demeuré au centre de mes préoccupations politiques.
14- La finalité ultime de notre contribution à la refondation de l‟État
commencera par le rétablissement d‟un certain équilibre entre les diverses
composantes de notre société, entre les catégories défavorisées et les nanties,
d‟une part, entre les communautés du Pays en dehors et la région de la
capitale nationale d‟autre part. Nos efforts partiront par conséquent des
régions dont il faut assurer l‟émancipation, et à terme la complète
autonomie. Il est maintenant prouvé sans équivoque que la concentration
des activités de production et de services dans la région de Port-au-Prince
s‟avère non seulement injuste, mais aussi hautement improductive et
dommageable. Nous avons donc opté pour la déconcentration administrative
et la régionalisation comme approches permettant d‟amorcer le virage vers
la correction de telles déficiences. C‟est pourquoi le développement
régional intégré occupe un espace d‟envergure dans notre stratégie de
gouvernance de l‟économie.
15- Dans ce cadre, l‟absence d‟un traitement spécifique de certains axes
majeurs du développement, tels que la relance de l‟agriculture, la protection
de l‟environnement, le développement touristique et industriel, entre autres,
peut susciter un questionnement bien compréhensible. Il faut toutefois
souligner que les cinq priorités (identifiées dans l‟avant-propos) à partir
desquelles seront mis en branle les grands chantiers de mon quinquennat
présidentiel ont été retenues en raison de leur caractère transversal, leurs
nombreux effets d‟entraînement et leurs liens avec l‟ensemble des autres
secteurs.
Dans notre démarche de développement régional intégré, ces secteurs
deviendront, tour à tour ou en même temps, opportunités et conséquences de
la mise en valeur des potentialités régionales. C‟est donc par une telle
approche que nous parviendrons à effectuer la dotation des diverses
composantes du territoire national en équipement, en infrastructures, en
ressources managériales et techniques, en services de base, entre autres.

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Chacune des régions et toutes les régions devront trouver une voie
spécifique d‟affirmation à l‟intérieur de l‟ensemble national.

16-Il faudra rendre la machine d‟Etat plus performante, plus productive. A


cette fin, il s‟agira de divorcer radicalement d‟avec l‟improvisation et la
navigation à vue. Nous sommes en mesure de donner la garantie que la
gamme de propositions que nous soumettons à la nation ne constitue pas une
liste d‟épicerie ni des promesses de père Noel. Il faudra inlassablement dire
et répéter que le développement d‟un pays c‟est d‟abord l‟affaire de ses
citoyens à qui les dirigeants sont tenus d‟indiquer de manière transparente
les avenues et modalités d‟intervention envisagées et de leur rendre compte
sans détour.
Il faudra également clamer sans relâche que la démocratie ne se limite point
aux aspects sociopolitiques comme le droit de voter ou la liberté
d‟expression. L‟augmentation et la répartition équitable de la richesse
nationale doivent contribuer à l‟amélioration des conditions d‟existence de la
population, en particulier celles de ses couches les plus vulnérables. Cet
objectif représente une dimension de grande importance du Projet
Démocratique National que nous ambitionnons de mettre en route lors du
prochain mandat présidentiel. Dans cette voie, la relocalisation des
personnes sous les tentes de meure pour moi un impératif de premier ordre.

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CHAPITRE PREMIER

POUR EN FINIR AVEC L’INDIGNITÉ DES TENTES

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I.- Contexte
Selon l‟OIM et la DPC, en date du 9 septembre 2010, 1.3 million de
personnes affectées par le séisme vivraient dans les camps, soit 1 089 410
dans la zone métropolitaine de Port au Prince et 211 707 dans les autres
régions.

La population vivant dans les camps est composée de 53% de femmes et de


47% d‟hommes. La classification par tranche d‟âge est la suivante :

Tranche d‟âge Nombre de %


personnes
Enfants de 0 – 4 ans 117,101 9
Enfants de 5 – 17 ans 377,324 29
Total enfants 494,424 38
Adultes de 18 – 59 ans 754,648 58
Adultes de 60 ans et 39,034 3
plus
N /A 13,011 1
Grand total 1,301,117 100

Tableau de la répartition des personnes déplacées par tranche d‟âge

II.- État des lieux


Près de huit mois après le séisme, il faut constater l‟absence de l‟État au
niveau des camps où vit près de la moitié de la population de la capitale.
Aucune politique claire sur le devenir des camps et la relocalisation des
personnes, soit dans leur quartier d‟origine ou dans d‟autres lieux aménagés
à cet effet n‟a été élaborée. Par ailleurs, les instances publiques chargées de
la reconstruction et de la planification urbaine n‟ont pas été renforcées.

L‟État n‟a pas les moyens de financer la reconstruction, les fonds sont ou
seront alloués aux instances internationales et aux ONG. De nombreuses
ONG offrent des services divers à la population sinistrée sans coordination
entre elles, ni avec les organes gouvernementaux. Près de 600,000 personnes
ont quitté Port-au-Prince après le tremblement de terre et nombre d‟entre
elles sont revenues dans la capitale, faute de moyens de subsistance dans
leurs lieux d‟accueil.

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III.- Urbanisation et politique de logement
La population urbaine représente environ 50% de la population totale du
pays. La croissance anarchique du tissu urbain était et demeure le principal
facteur de déséquilibre entre les grandes régions, de sorte que le département
de l‟Ouest est le seul à avoir un taux d‟urbanisation supérieur à 50%. Le
degré d‟urbanisation de la population du pays est passé de 25% en 1982 à
40% en 2003 avec une forte concentration sur l‟aire métropolitaine de Port-
au-Prince.
L‟exiguïté était telle, avant le 12 janvier 2010, que plus de 60% des
logements dans l‟aire métropolitaine de Port-au-Prince n‟avaient qu‟une
chambre à coucher pour 4-6 personnes. Les besoins avaient été évalués à
30,000 unités par an.
IV.- Les éléments de stratégie
Il s‟avère essentiel de procéder à une transformation de cette tragédie en
occasion d‟affirmation nationale. A cette fin, il importe de canaliser les
nombreux élans de solidarité vers un projet de société autour de la
reconstruction. Cette démarche implique l‟affirmation d‟un leadership
crédible capable d‟assurer la convergence et l‟unification des disponibilités
de bénévolat nationales et étrangères avec celles de la diaspora.

Environ 300,000 logements seraient nécessaires pour reloger la


population, 10 fois plus que les besoins annuels avant le séisme. Il
s‟avère évident que les ressources de l‟État ne permettront pas de
combler de tels besoins, particulièrement sur une courte période de
temps, et sur trois espaces : les camps, les zones urbaines et les
régions à urbaniser.
Le projet de relocalisation est avant tout un projet national, il doit être
supporté par l‟ensemble de la société. Les initiatives bénévoles des Haïtiens
tant de l‟intérieur que de l‟extérieur doivent être encouragées. L‟occasion
nous est offerte de corriger des décennies de non application des lois sur
l‟urbanisme et la construction.
Plus de huit mois après le séisme, il faut encourager le retour des personnes
déplacées dans leurs lieux de vie ou vers des quartiers aménagés. La
stratégie de retour s‟articule autour de cinq acteurs : les autorités
gouvernementales et locales, les leaders communautaires, les organisations

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internationales, le secteur des affaires et la société civile ; Elle s‟articule
en cinq étapes à mener conjointement:
Faciliter le retour vers les maisons ne présentant aucun danger par le
déblayage des voies d‟accès ;
Faciliter la réparation des maisons ;
Encourager la démolition des maisons à risque ;
Restructurer les services de l‟État et des municipalités pour un
accompagnement de la reconstruction selon les normes de
construction et d‟urbanisme ;
Favoriser l‟accès à la propriété des locataires, aussi bien dans les
zones urbaines que dans les zones périurbaines, afin de déconcentrer
la capitale.

V.- Les éléments de mise en œuvre


Deux activités, peu financées par la communauté internationale, sont
préalables à toute relocalisation : la démolition des maisons et l‟enlèvement
des débris (environ 15,000m3), ainsi que la réparation des maisons
endommagées (dommages légers : code couleur jaune, estimation 75,000
maisons – dommages importants : code couleur rouge, estimation 50,000
maisons). Dès le début de mon quinquennat, je mettrai l‟accent sur
l‟exécution de ces deux activités.

5.1 La relocalisation par étapes


Une telle opération s‟effectuera en deux temps :
A court terme, le déplacement se fera des camps à risque ou occupant des
sites de service (écoles, universités, hôpitaux et autres) vers des abris
collectifs géants dans les zones déclarées d‟utilité publique. Lesdits abris
seront aménagés en villages avec les services adéquats, les espaces de
commerce et de loisirs. Les standards en matière de construction d‟abris
seront élaborés par le ministère des Travaux publics et imposés par le
Gouvernement. Pour mémoire, près de 120,000 abris sont financés, soit
88%, et près de 17,000, soit 12%, sont en attente de financement pour un
total de 137,000 promis. Seulement 13,000 ont été construits.
Comme il s‟agit essentiellement d‟une population composée de locataires, il
n‟est pas excessif d‟envisager le financement de cette approche, au moins en
partie, à partir d‟une contribution exigée des personnes appelées à vivre dans
ces villages. Une formule du genre location/bail pourrait être envisagée.

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A moyen et long termes, il faudra installer la population des camps dans des
logements sociaux ou réhabilités. Parallèlement, de nouveaux quartiers
seront créés et ceux défavorisés seront assainis (percée de routes, création
d‟espace de loisirs, offre de services en eau potable et assainissement) pour
diminuer la vulnérabilité aux désastres et encourager le retour des personnes
déplacées tant à Port-au-Prince que dans les villes de province dans une
optique de déconcentration.

5.2 Le retour dans les régions


Nous encouragerons dans un premier temps le retour dans les régions par la
construction de villages pour accueillir les déplacés et l‟augmentation de
l‟offre de services à la population d‟accueil. A ce titre, celle-ci se verra
offrir une amélioration de l‟offre scolaire, de santé, d‟approvisionnement en
eau potable, du réseau de transport. Seront aussi disponibles un appui à
l‟élevage, au microcrédit, à l‟agriculture. Ces villages seront construits
autour d‟un projet économiquement viable afin d‟assurer leur autosuffisance.
L‟accompagnement des élus locaux dans ce processus est essentiel.
Dans un second temps, les activités déployées dans le cadre de la mise en
valeur des potentialités régionales permettront et assureront l‟essor
économique des villes secondaires. C‟est dire que la relocalisation des
personnes déplacées et sans abris s‟opérera en même temps que la mise en
route du développement national, selon une dynamique de
régionalisation/déconcentration, elle-même préalable a la nécessaire
décentralisation.

5.3 Le rôle des acteurs étatiques et de la communauté internationale


Les autorités gouvernementales accompagneront la population vivant dans
les camps avec l‟appui des leaders communautaires. La Direction de la
protection civile et le groupe thématique « abris » du système national de
gestion des risques coordonné par la Caisse d‟assistance sociale établiront
leurs bureaux dans chaque camp de plus de 5,000 personnes pour recueillir
les doléances de la population et rendre compte des services offerts par les
ONG.

Un Comité interministériel dédié à la relocalisation sera mis en place. Il


assurera la coordination entre toutes les institutions de l‟État chargées de la
planification urbaine, de la construction, fera des propositions en vue de leur
renforcement et servira d‟interface au secteur privé, à la société civile et aux
organisations internationales intervenant dans ce domaine. Ce comité
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encouragera l‟élaboration de plans locaux d‟urbanisme, la mise à jour des
cartes de risque par commune, la réalisation de zonage sismique.
L‟Entreprise publique de promotion des logements sociaux (EPPLS) sera
renforcée et réorganisée pour remplir sa fonction. Cela impliquera :
La restructuration de l‟entreprise accompagnée de mise à la retraite
d‟embauche de nouveau personnel ;
La formation des cadres de cette institution à la construction
parasismique et aux méthodes modernes de gestion ;
L‟encouragement du partenariat public-privé prévu par le décret
créant l‟institution afin de promouvoir des modes alternatifs de
construction ;
La participation aux projets et programmes de reconstruction en cours.

Les bonnes pratiques de construction seront vulgarisées et encouragées. Les


services de génie des mairies des communes situées dans les départements à
risque seront renforcés. Ils veilleront à l‟application des normes de
construction et accompagneront les administrés dans tout projet de
construction (mise à disposition de plans-types parasismiques et para
cycloniques, vulgarisation des matériaux locaux). Les activités des
organisations internationales sont réalisées sous le leadership du
gouvernement haïtien autour du projet de reconstruction national. La
coordination des ONG se fait à travers une Unité de coordination des
activités des ONG (UCAONG) restructurée et renforcée. Les procédures
d‟accréditation des ONG seront révisées.
L‟accès à la propriété sera encouragé ainsi que la copropriété en milieu
urbain (construction en hauteur). L‟État subventionnera tout projet de
lotissement ou y participera par l‟offre de services (routes, eau, électricité,
école et autres) ou l‟octroi de terres.

5.4 Le rôle de la société civile et du secteur des affaires


Tous les professionnels de la construction seront mis à contribution (offre
bénévole de services des professionnels, des universitaires et des étudiants)
autour d‟un projet national. La concentration de tant de concitoyens sur des
espaces accessibles au grand public encouragera la solidarité inter-haïtienne
qui devra être canalisée vers des offres de services : programme
d‟alphabétisation, de formation professionnelle et autres actions bénévoles
de la société civile.
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Le crédit à la construction sera encouragé par une baisse du taux d´intérêt
sur plusieurs années avec une garantie de la Banque centrale. Tous les
intrants nécessaires à la reconstruction feront l‟objet de procédures célères
de dédouanement. Les goulots d‟étranglements à la construction : garanties,
quitus et autres démarches administratives imposées aux entrepreneurs
seront levés ou leur obtention facilitée.
Le partenariat public-privé sera encouragé, les entreprises nationales
participeront à l‟effort de reconstruction; les groupements et consortiums
entre elles et les firmes étrangères seront encouragés par l‟octroi
d‟incitations.
La population vivant dans les camps en particulier et le grand public en
général seront informés sur une base régulière des actions en cours et à
venir. Ainsi ils seront sensibilisés et sauront comment se comporter face aux
risques encourus. Cela constituera une des premières expressions de la
nouvelle gouvernance que nous entendons pratiquer. Ce qui implique une
refonte de fond en comble des institutions étatiques traditionnellement
présentes dans notre société, en l‟occurrence une réforme de l‟Etat.

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CHAPITRE DEUXIÈME

L’INDISPENSABLE RÉFORME DE L’ÉTAT

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La refondation de notre société reposera essentiellement sur trois piliers :
une vision commune du Pays que nous voulons, la bonne gouvernance
participative et la présence de l‟État, principal acteur de cette forme de
gouvernance et principal promoteur du développement national. Nos
compatriotes ont réclamé à cors une telle quête aux lendemains du séisme
dévastateur.

I.-Les crises de l’État traditionnel haïtien avant le séisme


Un consensus tacite peut être dégagé autour de trois catégories de crises qui
secouent le système politique haïtien, particulièrement son appareil public de
gestion. D‟abord une crise de légitimité, résultat historique de l‟instauration
par les dirigeants de leur hégémonie au détriment de la grande majorité des
Haïtiennes et des Haïtiens. Ces derniers ont, avec raison, toujours manifesté
un sentiment de rejet face à cet État qui les parasite en utilisant un langage
qu‟ils ne comprennent pas ou en leur imposant un système de justice qui fait
d‟eux d‟éternelles victimes et qui est de plus insensible à leurs
revendications en vue de la satisfaction de leurs besoins fondamentaux.
En outre, l‟État haïtien est marqué par une crise d‟efficacité et de
productivité qui met en cause à la fois son fondement et son fonctionnement.
Quand le processus décisionnel souffre de duplication ou de trop forte
concentration au sommet, quand l‟activité gouvernementale s‟éparpille par
absence de mandats clairs et faute de mécanismes de coordination et de
suivi, quand le Parlement n‟a presque pas adopté de projets de loi au cours
d‟une Législature, quand des institutions prévues par la Constitution depuis
bientôt un quart de siècle attendent toujours d‟être mises en place, on fait
face à une crise majeure d‟efficacité et de productivité.

En troisième lieu, l‟État Haïtien se trouve aux prises avec une crise sévère de
disponibilité et de répartition des ressources. La situation chronique de
sous-administration du pays en découle. Le recensement des agents de la
Fonction Publique de 1996- qui doit être mis à jour dès le début du prochain
quinquennat - a déjà fait état de la proportion infime de fonctionnaires par
cent habitants (0.5%). En milieu urbain, elle est de 1.2% et de 0.1% dans les
sections communales rurales. Ces proportions probablement ne se sont pas,
depuis, améliorées, l‟augmentation des fonctionnaires, selon toute
vraisemblance, n‟ayant pas suivi la croissance de la population. Avec une
démographie comparable, Haïti dispose de moins de soixante mille
fonctionnaires, et la République Dominicaine d‟à peu près cinq cent mille.
19
Au total, le jeu combiné de ces crises structurelles a déjà entrainé un tel
affaiblissement de l‟État, bien avant le séisme, que ce dernier éprouve
énormément de difficultés à exercer convenablement même ses fonctions
régaliennes minimales (maintien de l‟ordre, protection des personnes et des
biens, fonctionnement régulier du corps social..). Le 12 janvier n‟a fait que
provoquer, aux yeux du monde entier, l‟effondrement d‟un édifice étatique
déjà vermoulu.

II.-Pertinence de la refondation de l’État après le séisme.


Huit mois après le douze janvier, l‟État traditionnel haïtien est encore
incapable de se ressaisir pour faire face à cette situation de crise
conjoncturelle désormais associée aux crises structurelles qui viennent d‟être
exposées et analysées. Cette crise conjoncturelle prend de plus en plus
l‟allure d‟une crise de confiance tant de la part de nos partenaires
internationaux qui doutent de nos capacités de conduire, de piloter et de
réaliser cette vaste entreprise de reconstruction/refondation, que de la part de
vastes secteurs de la population .
Le bilan terrible de la catastrophe du 2 janvier n‟est pas uniquement l‟effet
de la force de la secousse sismique. A ce chapitre, il faut également prendre
en compte l‟absence de normes de construction adéquate, l‟état
catastrophique de l‟environnement, le déséquilibre dans la localisation des
institutions de production et de services avec plus de 65% de l‟activité
économique et 85% des recettes fiscales à Port-au-Prince. Aussi reconstruire
Haïti ne doit-il pas signifier un retour à la situation qui prévalait le 11 janvier
à la veille du séisme. Au contraire une telle initiative implique de s‟attaquer
à tous ces facteurs de vulnérabilité.

Il convient dans cette nouvelle perspective de bâtir le nouvel État en partant


de ses usagers, en mettant en place des services de proximité qui seront
offerts par les instances déconcentrées et décentralisées directement ou par
contractualisation avec certains acteurs de la société civile. Les missions de
l‟État central doivent désormais être bien délimitées et seront consacrées à
l‟exercice des fonctions stratégiques de prévision/planification, coordination
et régulation, contrôle et évaluation et les instances déconcentrées et
décentralisées de l‟État seront les principales dispensatrices de services à la
population. Cette reconfiguration des services de l‟État aura pour
conséquence un délestage des services centraux au bénéfique des services

20
des administrations territoriales. Ainsi se posent les nouveaux paramètres
qui baliseront la route qui mènera à cette nécessaire refondation de l‟État.

III.-Les grands axes du programme de bonne gouvernance et de


modernisation en vue de la refondation de l’État.
Dans notre perspective, l‟État est le principal acteur de la gouvernance et le
principal promoteur du développement de tout pays qui s‟engage dans une
refondation nationale.
L‟objectif global du programme de bonne gouvernance et de modernisation
de l‟État durant le quinquennat de Jacques Édouard Alexis à la présidence
est d‟entreprendre la transformation de l‟État haïtien de façon à ce qu‟il soit
en mesure de jouer le rôle de principal acteur dans le processus de
refondation du pays. Compte tenu de l‟ampleur et de la généralisation des
problèmes à résoudre, ce programme doit embrasser l‟appareil d‟État dans
toutes ses composantes et dimensions. Ces dernières peuvent se regrouper en
quatre grands axes :

Modernisation du cadre constitutionnel;

Instauration de l‟État de droit;

Modernisation du système politico-administratif

Modernisation du système financier


La modernisation du système financier sera traitée dans le chapitre 5
consacré à la modernisation de l‟économie.
Pour chaque axe un échantillon de mesures ou d‟actions à entreprendre
seront identifiées. On comprendra aisément qu‟elles sont loin d‟épuiser le
sujet.

1.-Axe de modernisation du cadre constitutionnel


Dans la Loi-Mère il nous faudra nous résoudre, entre autres, à faire sauter la
plupart des verrous qui n‟ont plus de raison d‟être vingt-cinq ans après la
chute de la dictature, à alléger la lourdeur et la complexité de l‟architecture
institutionnelle dont une bonne partie est toujours inopérante et à clarifier les
champs de juridiction entre les trois pouvoirs.
21
La dernière législature a été saisie, avant sa disparition, d‟un projet de
révision constitutionnelle. La prochaine législature, dès son entrée en
fonction, devra entériner de tels amendements. Sur cette lancée, il convient,
d‟une part, de poursuivre ce processus pour nous donner une Charte
fondamentale adaptée aux préoccupations et aux moyens d‟une nation qui
doit se reconstruire de fond en comble et, d‟autre part, de prendre
l‟engagement de convoquer toutes les forces vives de la nation dans une
vaste opération de formulation de la vision du pays que nous voulons sur le
long terme

Action immédiate no 1
Au cours des trente (30) premiers jours du quinquennat, le Président de la
République convoquera les États Généraux de la nation en vue de définir,
dans un mouvement de réconciliation nationale, la vision stratégique du pays
pour les trente (30) prochaines années et de décider de poursuivre le
processus de révision constitutionnelle en cours.

Action immédiate no 2
Avant la fin des quatre-dix (90) premiers jours du quinquennat, l‟Exécutif
présentera à la nation son plan d‟action gouvernementale découlant de la
Vision stratégique de refondation nationale ainsi que les mesures à prendre,
s‟il y a lieu, dans la poursuite du processus de révision constitutionnelle.

2.- Axe d’instauration de l’État de droit.


L‟instauration et la consolidation de l‟État de droit dépendent de la mise en
place et du bon fonctionnement des institutions qui produisent la norme
juridique (Parlement), qui en assurent le respect (Justice, Police, Prisons) ou
en font la promotion (les institutions indépendantes).
Le quinquennat présidentiel s‟évertuera à mettre en branle les dispositions
pertinentes susceptibles de contribuer à la modernisation des systèmes
parlementaire et judiciaire. D‟où la nécessité d‟une réforme du secteur
Justice.
Le système judiciaire en effet est profondément malade. Les tribunaux ne
remplissent pas leurs responsabilités constitutionnelles, les lois ne sont pas
effectuées, les procédures ne sont pas suivies, les codes pénaux datent de
22
1835, les conditions de vie dans les prisons sont horribles, pas d‟assistance
légale, les professionnels du droit sont mal éduqués, la corruption est très
répandue, les relations entre la Police et la Magistrature sont très pauvres.
Plusieurs juges n‟ont pas de formation juridique et quelques-uns sont
illettrés. Les tribunaux fonctionnent en français alors que 80% de la
population ne parlent que le créole. Il n‟y a pas de laboratoire de médecine
légale. Les lois ne permettent le plaidoyer de culpabilité ou des sentences
alternatives pour les infractions mineures. Les procédures de nomination ne
sont pas suivies. La plupart des tribunaux sont en mauvais état, entre autres.
La manifestation la plus frappante de dysfonctionnement du système
judiciaire est la situation dans les prisons. Environ 75 à 80% des détenus
sont en détention préventive prolongée.
Mesures et actions no 3
Dès le premier trimestre du Quinquennat sera effectuée la nomination du
Président de la Cour de Cassation en vue de rendre effectif le
fonctionnement du CSPJ. Les dispositions seront également prises pour la
mise en place du conseil d‟administration de l‟Ecole de la Magistrature et
pour mettre sur pied les assemblées destinées à assurer l‟élection des juges.
Dans les six premiers mois du quinquennat il sera procédé à la création
d‟annexes aux tribunaux existants avec des juges itinérants. De même sera
effectuée l‟installation de bureaux de l‟assistance légale dans toutes les
juridictions. Les dispositions administratives seront mises en branle pour
garantir la possibilité d‟utiliser le créole, une des deux langues officielles et
unique langue nationale, dans les tribunaux. Une commission sera créée en
vue de prendre en charge la réforme de l‟Etat civil aux fins de s‟assurer que
l‟Etat effectue l‟enregistrement de l‟intégralité de ses citoyens/citoyennes.

Mesures no 4
Une nouvelle vision de la sécurité sera pratiquée. Elle sera basée sur le
concept de défense totale recommandée par la Commission Présidentielle
sur la Sécurité. Dans ce cadre, dès la première année du quinquennat, je
recommanderai à l‟Exécutif de soumettre au Parlement un ensemble de lois
relatives, respectivement, à : la création de l‟Agence Nationale de Service
Civique, la création du Conseil National de Sécurité, la mise sur pied d‟une
gendarmerie pour suppléer à l‟insuffisance des forces policières en matière
de défense.
23
Par ailleurs nous croyons fortement que l‟instauration et la consolidation de
l‟État de droit sont aussi tributaires d‟institutions indépendantes qui exercent
des fonctions générales d‟organisation, de contrôle, d‟arbitrage et de recours
prévues par la Constitution. Ce sont : Le Conseil Électoral permanent (CEP),
l‟Office de Protection du Citoyen (OPC), la Cour Supérieure des Comptes et
du Contentieux Administratif (CSCCA), et la Commission de Conciliation.
La première et la dernière de ces institutions n‟ont pas encore vu le jour
tandis que la deuxième et la troisième végètent dans l‟indifférence générale.
La démarche de modernisation s‟étendra également à ces institutions.

Mesure no 5
Je m‟engage durant le quinquennat à voir au développement et au
renforcement de ces quatre institutions indépendantes. Dès la première
année, la CSCCA sera l‟objet de transformations majeures en vue de lui
permettre de jouer son rôle stratégique au sein du Gouvernement et auprès
du Parlement.

3.-Axe de modernisation du système politico-administratif.


3.1- De nouvelles modalités de fonctionnement
La refondation de l‟État sous les traits de l‟État stratège1 prendra assise sur
les instances déconcentrées et décentralisées renouvelées, entraînera la
réingénierie de l‟appareil d‟État traditionnel, engagera une réforme en
profondeur de la Fonction Publique, permettra d‟installer les services publics
dans des complexes administratifs modernes, bien équipés et accessibles au
public et aux usagers tant à la capitale qu‟en provinces (chefs-lieux des
départements et arrondissements) et rendra accessibles les moyens
technologiques qui amélioreront le fonctionnement et la qualité des services
publics. La façon désastreuse dont l‟État traditionnel a rempli, jusqu‟à
présent, ses missions doit être complètement redéfinie.

La conjoncture actuelle favorable à un nouveau départ plaide pour que


s‟effectuent des mutations et, dans certains cas, des ruptures dans la façon de
1
L‟État stratège privilégie les modes d‟action indirect sans récuser l‟action directe quand nécessaire, a le
souci du résultat et du travail bien fait, mais sait qu‟il n‟a pas les moyens de tout faire et de tout
contrôler, ni la possibilité de pousser le désengagement dans un contexte où il est perçu comme celui
qui doit résoudre tous les problèmes. C‟est un État qui est capable de faire des choix et qui n‟hésite pas
à responsabiliser ses partenaires (collectivités territoriales, secteur privé, société civile) dans la
prestation des services.

24
gouverner et de gérer le pays pour une plus grande efficacité et une
efficience améliorée, donc moins de gaspillage de ressources déjà maigres.
Sera aussi instauré un nouveau mode de fonctionnement du Conseil des
Ministres pour en faire le véritable centre décisionnel de la nation.

D‟un autre côté, les procédures pour la désignation et la ratification du


Premier Ministre devront être complètement revues. En même temps,
durant ma présidence, le Premier Ministre disposera de toute la marge de
manœuvre nécessaire pour assumer convenablement ses fonctions. Je ne
saurais en aucune manière prendre ombrage du succès d‟un Premier Ministre
dont la réussite est une condition et une modalité de mon propre succès.

Action no 6
Chaque Ministère disposera d‟un délai de trois mois pour préparer son projet
de loi-cadre qui sera soumis au Parlement.

3.2.- De la déconcentration administrative


Le moment est propice à l‟élaboration d‟une réelle politique de
déconcentration administrative axée sur la délégation des responsabilités
accompagnée de moyens conséquents pour remplir cette mission. Ainsi les
Délégations et Vice-Délégations ne seront plus des coquilles vides, mais de
véritables centres de pouvoir régionaux et locaux équipés en ressources
humaines et matérielles suffisantes pour être en mesure d‟agir comme
centres de coordination des Directions ministérielles territoriales
responsables de la prestation à la population de services de qualité et en
quantité suffisante.
Dans les premiers jours après le séisme, on n‟a pas arrêté de stigmatiser le
fait qu‟aucune administration des territoires non affectés n‟a été en mesure
de venir au secours des sinistrés dans les régions sinistrées ou quand ces
derniers ont cherché refuge en provinces. Le renforcement de
l‟administration territoriale doit aussi jouer le rôle de soupape en situations
de crise. D‟où l‟urgence d‟une répartition équilibrée des agents de l‟État sur
le territoire ayant à leur disposition de moyens d‟intervention.

25
Action no 7
Dès l‟installation du Premier Ministre, le Conseil Supérieur de
l‟Administration et de la Fonction Publique (CSAFP) formera un groupe de
travail qui verra à définir le cadre conceptuel et technique de la
déconcentration.
Action 8
Dans les trois premiers mois du quinquennat, le Président de la République
et le Premier Ministre procèderont au renouvellement du personnel politique
des Délégations et Vice-Délégations. Cette opération se fera à l‟aide de
critères de choix bien établis.

Action 9
Des allocations seront prévues dans le premier budget du gouvernement
pour équiper les Délégations et Vice-Délégations en un minimum de
ressources humaines et matérielles en vue de les aider à assurer leurs
fonctions de coordination et de fournir certains services à la population (ex.
mise en place d‟un guichet unique pour les demandes de passeport, de carte
d‟identité et d‟extraits d‟archives).

Action 10
Au terme du quinquennat, l‟objectif est de ramener à 20% la part des
fonctionnaires de l‟État en administrations centrales et de porter à 80% celle
des services déconcentrés.

3.3.- De la décentralisation de l’État


Tel que la Constitution le prévoit (art. 87.4), la déconcentration doit
accompagner la décentralisation. Ce qui signifie que tout projet de
décentralisation qui entend procéder à un réel partage des pouvoirs entre le
centre et la périphérie, entre le pouvoir central et les collectivités
territoriales, doit pouvoir s‟appuyer sur un bon niveau de déconcentration
des services. Le quinquennat tout en acquiesçant à cette démarche reconnaît
la nécessité de donner à ces collectivités, particulièrement à la Commune,
les moyens de remplir les fonctions proprement municipales qu‟elles
détiennent déjà (voirie, disposition des déchets et ordures ménagères,
salubrité, entretien des cimetières, loisirs…)
26
Action immédiate no 11
Le quinquennat, dès son démarrage, mettra en place un Conseil
interministériel de décentralisation (ou élargira le mandat de l‟actuel comité
interministériel sur l‟aménagement du territoire pour y inclure le volet de la
décentralisation) avec pour mission d‟élaborer une politique nationale de
décentralisation. Un groupe de travail créé à cet effet remettra son rapport
dans les six mois.
Action no 12

La mise en œuvre de cette politique amènera, au terme du quinquennat, à


une montée en charge progressive des compétences décentralisées, en
mettant l‟accent sur les services collectifs à la population, en renforçant le
rôle des communes dans la réduction des vulnérabilités et la protection des
populations, en augmentant progressivement les ressources locales par une
fiscalité locale adaptée.

Action no13
Le Ministère de l‟Intérieur et des Collectivités Territoriales, à partir du
Fonds de Développement des Collectivités Territoriales (FDCT), fournira les
moyens aux communes qui n‟ont pas de recettes fiscales pour remplir les
fonctions proprement municipales.

3.4.- De la valorisation de l’administration et de la Fonction Publique.


Un relevé sommaire a cependant permis de constater une très forte
décapitalisation en ressources humaines hautement qualifiées. Pour remédier
à cette situation, le gouvernement avait pris l‟engagement dans son Plan
d‟Action pour le relèvement et le Développement d‟Haïti d‟agir rapidement
pour reconstituer une masse critique de ressources humaines qualifiées.

Action immédiate no 14
Le quinquennat, dès son installation, prendra à son compte les trois mesures
d‟urgence proposées pour reconstituer une masse critique de ressources
humaines qualifiées dans la Fonction Publique :

27
Élaborer un plan de formation consolidé mettant à contribution
l‟École Nationale d‟Administration et de Politiques Publiques
(ÉNAPP).

Élaborer et mettre en place un programme d‟insertion de cadres et de


techniciens de la diaspora dans le processus de
construction/reconstruction du pays.

Procéder au recrutement de jeunes diplômés présentant des


qualifications académiques minimales et les mettre à niveau en trois
ans par la formation initiale et continue.
Action 15
Chaque année, durant le quinquennat, une dizaine de centres administratifs
multifonctionnels seront érigés dans les chefs-lieux des départements et
arrondissements.
Ces mesures conjoncturelles seront réalisées en même temps que se poursuit
la réforme de l‟administration et de la fonction publique en cours avant le
séisme. Pour ce faire, le programme-cadre de réforme de l’État adopté en
2007 sera revu et corrigé en tenant compte de la nouvelle conjoncture.

3.5.-Du système de gouvernance électronique.


Action 16
Dès le début du quinquennat, on procèdera à l‟ouverture du portail internet
gouvernemental et, avant sa fin, les populations pourront recevoir sur leurs
téléphones mobiles des informations importantes en situation de crises et le
système de communication gouvernemental par intranet sera opératoire.
3.6.-Du système de l’information pour le développement.
Action 17
Le quinquennat fournira les moyens nécessaires à l‟IHSI pour réaliser le
prochain recensement national de façon à ce que les données récentes
nécessaires à l‟élaboration des politiques publiques soient disponibles à mi-
mandat.

28
3.7.- De la coordination de l’aide externe.
Il est urgent de mettre en place des mécanismes institutionnels de
rétablissement de l‟autorité de l‟État. Il est aussi impérieux qu‟au-delà de ces
deux cas d‟espèce, l‟État haïtien prenne le leadership de son développement
en exerçant les différents rôles d‟initiateur, de concepteur, de planificateur,
de réalisateur et d‟évaluateur de ses programmes et projets avec le concours
de ses partenaires de la coopération internationale fournissant leur appui
technique et financière aux différents étapes qui viennent d‟être énumérées.
Action 18
Le quinquennat prend l‟engagement de mettre en place au plus haut niveau
un Conseil national des ONG composé de membres du gouvernement, de
représentants des ONG et de la société civile afin d‟assurer la coordination
de l‟action des ONG sur le territoire national.
Action 19
Le quinquennat prend l‟engagement d‟instituer au sein du Ministère de
l‟Intérieur et des Collectivités Territoriales un Secrétariat national de la
coopération décentralisée qui sera la porte d‟entrée de cette forme de
coopération au pays.
Action 20
Au terme de la durée de vie prévue de la Commission Intérimaire pour la
Reconstruction d‟Haïti (CIRH), mise en place dans le contexte exceptionnel
post séisme, le quinquennat entend réactiver les Principes de la Déclaration
de Paris qui lui serviront de boussole dans la gestion de ses relations avec la
communauté des Bailleurs de fonds.
IV-Cadre institutionnel de mise en œuvre du programme.
Action 21
Dès le début de son quinquennat, le Président de la République créera, au
sein des Services de la Présidence, un Observatoire de la Gouvernance et de
la Réforme de l‟État avec pour mission de l‟informer régulièrement de l‟état
d‟avancement des réformes dans toutes les institutions de l‟État et de
produire, à la fin de chaque année, un rapport sur l‟état de la gouvernance
dans ses dimensions politiques, économiques et administratives tant au
niveau central qu‟au niveau territorial.
29
Action 22
Dès le début de son quinquennat, le Président de la République demandera
au Président de l‟Assemblée Nationale de créer une Commission de réforme
du système parlementaire et des institutions indépendantes qui aura pour
mandat, d‟une part, de faire des propositions en vue d‟améliorer le
fonctionnement des deux Chambres, leurs relations entre elles et avec
l‟Exécutif et, d‟autre part, d‟appuyer la mise en place ou le renforcement des
institutions indépendantes participant à l‟instauration de l‟État de droit.
Action 23
Dès le début de son quinquennat, le Président de la République demandera
au Président du conseil du pouvoir judiciaire et au Ministre de la justice de
mettre en place une Commission de réforme de la justice avec pour mandat
de compléter l‟élaboration et de piloter la mise en application des
propositions de réforme des institutions et du processus judiciaires, de
travailler à la rénovation de nos codes et de nos lois de façon à fournir aux
praticiens du droit un cadre légal moderne mis au service d‟un État de droit.
Cette commission sera flanquée d‟un Conseil consultatif à large
représentation des organisations de la société civile militant pour le
renforcement de l‟État de droit
V.-Financement du programme
Malgré la situation financière critique dans laquelle le pays est plongé,
surtout depuis le 12 janvier 2010, il est impérieux qu‟un effort substantiel
soit consenti à partir des ressources propres de l‟État pour assurer une partie
du financement de la réforme. Ce sera un signal éloquent donné aux
partenaires internationaux que les dirigeants de ce quinquennat n‟ont pas
l‟intention d‟abdiquer leurs responsabilités en ce domaine et qu‟ils entendent
en être les maîtres d‟œuvre. Les appuis techniques et financiers de la
coopération internationale seront acceptés dans la mesure où les intervenants
internationaux acceptent d‟agir dans le cadre du programme et sous le
leadership de la structure d‟exécution.
VI.-Résultats attendus
Au terme du quinquennat, l‟État haïtien, en mutation pour prendre les
formes de l‟État stratège, aura franchi un point de non retour dans sa quête
de modernité, dans sa capacité de gérer convenablement les ressources mises
à sa disposition, de fournir les services de qualité et en quantité suffisante à
30
la population sans distinction et de contribuer à la concrétisation de la vision
stratégique collectivement définie et partagée.
Concrètement, cela signifie que la gouvernance politique se sera
sensiblement améliorée grâce, entres autres, au dialogue devenu permanent
entre les acteurs sociopolitiques depuis la tenue des États Généraux de la
Nation, à la clarification et à l‟allègement du cadre constitutionnel, au
nouveau système de fonctionnement du Conseil des Ministres, à
l‟instauration et la consolidation de l‟État de droit qui a pu faire reculer
l‟impunité et la corruption.
Quant à la gouvernance administrative et à la gouvernance économique,
elles seront en pleine transformation à la fin du quinquennat. Les ministères
seront mieux structurés et leurs missions mieux précisées. Les premières
manifestations positives de l‟application du principe du mérite dans la
Fonction Publique commenceront à se faire sentir. Les administrations
déconcentrées et les collectivités territoriales commenceront à jouer leur rôle
d‟administration de proximité dans la fourniture des services à la population.
Les effets de l‟élargissement de l‟assiette fiscale auront déjà amenés plus de
recettes dans les coffres de l‟État. Le partenariat entre l‟État et le secteur
privé en vue de créer des emplois nombreux et durables ainsi qu‟une
meilleure participation de la société civile à la gestion des affaires publiques
auront donné des résultats satisfaisants. Un partage plus équilibré entre les
taxes directes et indirectes aura allégé un tant soi peu le fardeau fiscal des
plus démunis. La Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux
Administratif (CSCCA) commencera à se manifester différemment dans sa
fonction de contrôle. Un budget programme décentralisé sera en application
et une approche novatrice de coopération avec les opérateurs de la
communauté internationale a été adoptée et est appliquée dans le respect des
orientations et des priorités nationales.
Bref, la gouvernance politique la gouvernance administrative et la
gouvernance économique seront de plus en plus imprégnées des notions de
transparence, de reddition des comptes, d‟honnêteté, de compétence,
d‟efficacité, d‟efficience et de responsabilité.
Durant ce quinquennat qui veut sortir le pays du cycle infernal d‟une
transition interminable, l‟État haïtien aura connu de grands changements et,
parfois, aura fait face à de profondes mutations.

31
Le moment est venu de construire, de bâtir, d‟inventer une nouvelle Haïti.
L‟occasion nous est donnée, par ce cataclysme, de prouver, à nous-mêmes
d‟abord et, ensuite, à tous ceux qui nous observent, que nous sommes assez
forts pour nous relever et prendre en main notre destin. Au début nous
aurons besoin de l‟appui et du support de nos voisins et de nos amis qui ont
toujours fait preuve de générosité envers nous dans nos moments
d‟adversité. Nous voulons refonder ce pays en mettant à contribution tous
ses enfants et en prenant appui sur son principal instrument d‟action, son
État; un État, nous le savons bien, qui n‟est actuellement pas en mesure
d‟assumer cette glorieuse mission; mais que nous allons transformer, en
priorité, pour lui permettre d‟être le fer de lance de la refondation
territoriale, de la refondation économique et de la refondation sociale de
notre pays. Tel est l‟esprit qui, en partie, anime nos propositions en matière
éducative.

32
CHAPITRE TROISIÈME
L’ÉDUCATION : LEVIER PRINCIPAL DU DÉCOLLAGE

33
I Ŕ État Des Lieux
Les maux du système éducatif national sont nombreux et connus. En 2009,
un peu plus donc de dix ans après le lancement du Plan National d'Éducation
et de Formation (PNEF), et malgré un accroissement non négligeable du
nombre d'écoles et d'élèves qui ont pu y avoir accès, les faits marquants
caractérisant le système éducatif national sont, à quelques nuances près,
restés les mêmes. Entre autres, il ya en premier lieu l’offre scolaire globale
qui historiquement s’est toujours avérée insuffisante par rapport à la
demande sociale de l'éducation
Cela explique qu'aujourd'hui encore 57% environ de la population ne sait ni
lire ni écrire, taux d'analphabétisme le plus élevé de la Caraïbe, et que près
d'un demi million d'enfants de 6-12 ans ne trouvent pas de place dans le
réseau scolaire, nettement dominé par le secteur non-public. En outre, il y a
lieu de noter la qualité en moyenne plutôt médiocre de l’éducation.
Cela se traduit par des taux de réussite scolaire très faibles, des taux de
déperdition scolaire (redoublement et abandon) très élevés, en plus d‟une
année scolaire plutôt courte, autour de 145 jours. Il y a une inadéquation
visible de la formation dispensée par rapport aux besoins du secteur de la
production des biens et des services, avec des taux de chômage élevés,
frappant les jeunes de moins de 30 ans, près de 70%.
Cette offre scolaire est par ailleurs inégalement répartie entre les
départements scolaires et les milieux urbain et rural. Soulignons que c'est
une situation semblable qui prévaut dans les secteurs de la formation
professionnelle et technique et de l'enseignement supérieur et universitaire.
II- Eléments de vision
Nous sommes conscients au plus haut point de l‟importance d‟un bon
système d‟éducation pour le développement national. Nous nous
évertuerons donc à mettre en route les dispositions permettant d‟enrayer les
déficiences majeures de notre système éducatif.
De ce point de vue il faudra s‟acharner à rectifier le caractère inadapté de
l‟enseignement haïtien qui forme des citoyens déconnectés de leur culture
que les apprenants n‟apprennent pas à mettre en valeur. Notre société fait
face à des situations insolites quant à la dévalorisation de la culture et de la
langue nationales. Haïti représente peut être l‟un des rarissimes pays où
l‟apprentissage éducatif est effectué dans une langue que les enseignants
34
eux-mêmes, très souvent, ne maîtrisent pas. Au fait, l‟aliénation inhérente à
un tel système est d‟une importance indéniable et justifierait une véritable
révolution culturelle dans notre pays. L‟éducation et la culture doivent
constituer des leviers de première importance pour le développement
d‟Haïti.
Nous nous engageons a offrir une école nationale accessible à tous les
Haïtiens et Haïtiennes, quelque soit leur sexe et leur lieu de résidence, selon
le profil que nous voulons selon notre culture et nos valeurs; un système
d'éducation et de formation qui soit en adéquation avec les besoins de
l'économie du pays; une éducation de qualité appuyée sur un socle commun
de connaissances, de savoir-faire, de savoir être et de savoir vivre ensemble
et dispensée par des enseignants et enseignantes compétents; un système
d'éducation dont la gouvernance est renforcée et améliorée à tous les
niveaux, en tablant de manière progressive sur l'apport des Collectivités
territoriales pour l'éducation de base, incluant la petite enfance et le
préscolaire.
III: Les grands axes du plan de modernisation du SNEF
Les quatre (4) grands domaines prioritaires d'intervention autour desquels le
PNEF était articulé sont encore valables aujourd'hui pour la modernisation
du SNEF. Il s'agit, à tous les niveaux et pour tous les types de formation,
d'accroître l'offre éducative (accès), d'améliorer l'enseignement et les
apprentissages (qualité), d'améliorer l'adéquation de l'éducation et de la
formation aux besoins de l'économie du pays (efficacité externe) et de rendre
plus efficaces et plus efficientes la planification et la gestion du système
(gouvernance). Ces quatre grands domaines s‟articulent en neuf axes
d‟intervention qui orienteront l‟action de mon quinquennat en la matière.
Axe 1: Restructuration et renforcement de la gouvernance du Secteur
Au niveau local, le Ministère prendra les dispositions opportunes pour la
création et la mise en place, dans chaque commune, d‟une Commission
Municipale d‟Éducation (CME) qui aura, entre autres, pour rôle : (i) de
procéder régulièrement au recensement de tous les enfants qui sont en âge
d‟aller à l‟école, (ii) d‟établir et de maintenir à jour la carte scolaire de la
commune, (iii) de préparer et de réaliser systématiquement la rentrée
scolaire chaque année, et (iv) de veiller au bon fonctionnement des écoles
préscolaires et fondamentales tant publiques que privées s‟établissant dans la
commune.
35
Axe 2: Restructuration des programmes et curricula à la lumière de la
nouvelle vision éducative
Une attention particulière sera donnée à l‟éducation physique et sportive
(EPS) des élèves (niveau fondamental et secondaire) afin d‟améliorer leurs
possibilités d‟adaptation motrice, d‟action et de réaction à leur
environnement physique et humain. Les notions essentielles des programmes
de l‟enseignement de l‟EPS, décidés avec le Ministère de la jeunesse et
sports, seront un élément du socle commun de compétences pour les ordres
d‟enseignement concernés. Pour ce faire, il faudra renforcer au MENFP les
capacités de la Direction du Curriculum et de la Qualité (DCQ) dont la
mission première est de définir et développer le curriculum de l‟école et les
programmes d‟enseignement. En même temps les dispositions seront mises
en branle pour assurer la mise sur pied d‟un centre de recherches
pédagogiques selon le modèle qui a fonctionne durant les années soixante
dix- quatre vingt avec l‟Institut Pédagogique National (IPN). Une telle
entité sera chargée d‟assurer la mise au point et le contrôle de matériels
pédagogiques divers, y compris par l‟utilisation des nouvelles technologies
de l‟information et de la communication. Evidemment elle aura une
couverture nationale avec des antennes dans tous les chefs lieux
départementaux.
Axe 3: Formation et développement professionnels des personnels du
Ministère
Le CFCE sera réhabilité et renforcé tant en ressources humaines que
matérielles de manière à l‟habiliter à assurer effectivement la formation et le
développement professionnel des cadres du ministère. La formation du
personnel de soutien sera assurée tant par le CFCE (lorsqu‟il s‟agit du
développement de l‟éthique et de la culture institutionnelle) que par les
centres de formation professionnelle (lorsqu‟il s‟agit de la connaissance du
métier). Plus particulièrement nous tacherons d‟emprunter des raccourcis
pour combler notre cuisant déficit en matière de personnel enseignant en
utilisant systématiquement les approches novatrices et fécondes facilitées
par les nouvelles technologies de l‟information et de la communication. Un
centre multi media bien équipe sera installe dans les chefs lieux de
départements et certaines villes secondaires pour fonctionner en réseau avec
le CFCE.

36
Axe 4 : Prise en charge de la petite enfance, préscolaire, obligation et
gratuité scolaires aux deux premiers cycles du fondamental
Obligation et gratuité scolaires au fondamental

Malgré les efforts consentis par le gouvernement ces dernières années, les
problèmes chroniques auxquels le système éducatif est confronté (limitations
de ressources, mauvaise gouvernance, déficiences structurelles, etc.)
empêchent la mise en application effective de cette politique. Et par voie de
conséquence, l‟offre publique est très limitée ; des centaines de milliers
d‟enfants en âge scolaire (plus de 400 000), notamment ceux issus des
familles les plus pauvres, se retrouvent en attente de scolarisation et le
système regorge de suragés en raison, particulièrement, des inscriptions
tardives qui entravent son développement.
On estime que plus de 1500000 élèves, soit 72% des effectifs des deux
premiers cycles du fondamental sont des sur-âgés (enfants dépassant d‟au
moins 2 ans l‟âge légal du niveau d‟études). Ce phénomène limite les places
disponibles dans les écoles, affecte l‟efficacité interne du système et
décourage les élèves, favorisant ainsi la déperdition scolaire. Il est donc
essentiel de pouvoir améliorer leur flux dans les établissements. Pour cela,
un grand nombre d‟enfants sur-âgés se verront orienter vers des programmes
de formation accélérée.
Axe 5 : Enseignement secondaire: mise en place de l'école secondaire de
quatre (4) ans
A ce chapitre, il s‟agira d‟assurer la modernisation de l‟enseignement
secondaire et de rendre son accès plus équitable. Des dispositions seront
prises pour en améliorer la qualité tout en renforçant sa gouvernance.
Axe 6 : Formation professionnelle - Consolidation et extension du réseau
des centres et des établissements de formation professionnelle et technique
et réingénierie des programmes de formation, incluant l'enseignement non
formel, en vue de leur adaptation aux besoins de l'économie nationale et
du marché de travail
– L‟enseignement professionnel représente pour nous l‟épine dorsale et la
clef de voûte, non seulement du système éducatif comme tel, mais aussi et
surtout du développement économique du pays.
Une réforme du secteur de la formation professionnelle est envisagée depuis
1989, pour le rendre plus pertinent et plus efficace, sans suite concrète pour
37
diverses raisons. La formation professionnelle est dispensée selon deux
réseaux : le réseau formel à travers les centres ou établissements de
formation professionnelle et le réseau informel à travers le «système
d‟apprentis».
Au plan de l‟accès, il existe des disparités géographiques criantes entre le
département de l‟Ouest - où se situe la Capitale - et le reste du pays : les
centres de niveau technique, les EET et EEP sont concentrés à Port-au-
Prince. Sur les 138 centres sous contrôle de l‟INFP (MENFP), 70% sont
concentrés dans l‟Ouest. le MAST supervise au total 161 centres dont 80.3%
sont localisés dans l‟Ouest, mais 65.4% se trouvent dans la région
métropolitaine de Port-au-Prince.
De ce fait, nous aurons à régionaliser tout de suite la formation
professionnelle pour permettre ultérieurement dans le cadre de la
décentralisation de former des jeunes dans des métiers répondant aux
besoins réels et spécifiques du développement de leurs régions.
Nous tâcherons d‟implanter dix (10) centres départementaux de formation
technique et professionnelle modernes et de standard international formant
des jeunes dans différentes filières productives, répondant aux réels besoins
régionaux et nationaux. Cette démarche s‟initiera dans les deux premières
années de notre mandat présidentiel.
Au plan de l‟efficacité, la formation dispensée est inadéquate par rapport aux
besoins du marché du travail. Le système de formation professionnelle est
centré sur l‟offre et non sur la demande. La plupart des centres de formation
tant publics que privés ont mis en place des programmes de formation qui ne
fournissent pas aux jeunes les qualifications nécessaires pour entrer et
évoluer sur le marché du travail.
Pour procéder à cette refondation du système de la formation professionnelle
incontournable au développement du pays, nous entendons adopter des
mesures stratégiques visant une réorganisation considérable et soutenue de
ce sous-secteur. Ainsi, un nouveau mécanisme et une nouvelle structure de
pilotage seront mis en place pour maximiser la répartition de l‟offre de
formation professionnelle dans le pays et assurer une meilleure coordination
des interventions des divers acteurs du secteur. Les programmes de
formation subiront des modifications substantielles et seront orientés vers les
secteurs porteurs pour l‟économie nationale. Enfin, Un système de
financement adéquat avec la participation du secteur privé sera aussi institué
38
pour garantir l‟autofinancement efficace et durable du système de la
formation professionnelle.
Axe 7 : Consolidation et modernisation du secteur de l'enseignement
supérieur

De sérieuses déficiences caractérisent la gouvernance du secteur de


l‟enseignement supérieur et facilitent la prolifération des institutions face à
l‟explosion de la demande sociale. Or, le secteur n‟arrive pas à répondre aux
divers besoins, en termes de compétences techniques, de connaissances sur
les processus sociaux et les problèmes environnementaux de la société
haïtienne en profonde mutation depuis près de deux décennies.
Cependant, cette augmentation considérable de l‟offre de formation
supérieure s‟est essentiellement concentrée dans la région de Port-au-Prince,
dans le département de l‟Ouest. Ainsi, 80% des établissements
d‟enseignement supérieur se retrouvent dans ce même département qui
compte près de 40% de la population du pays et plus de 65 % des diplômés
de l‟enseignement secondaire.
L‟offre d‟enseignement supérieur se caractérise par une multiplicité de
programmes indifférenciés et redondants. Il ya plus de 170 établissements
d‟enseignement supérieur répertoriés ou en fonction. Ce sont généralement
des institutions de petite taille et surpeuplées qui, évoluant de manière isolée
les unes par rapport aux autres, offrent essentiellement des programmes de
premier cycle dans les mêmes domaines de formation.
L‟état général de l‟enseignement supérieur, la complexité de ses problèmes
et l‟ampleur des destructions provoquées par le séisme du 12 janvier sur
l‟ensemble des activités du pays rendent urgent le redressement en
profondeur du secteur. Une totale restructuration s‟impose, qui conduira à un
nouveau mode de fonctionnement de l‟enseignement supérieur qui devra,
d‟une part, contribuer aux besoins divers d‟épanouissement des citoyens à
travers le pays et, d‟autre part, fournir à la société haïtienne les capacités et
les compétences techniques et intellectuelles nécessaires à la prise en charge
de son développement économique et à son insertion pleine et entière dans
le monde contemporain tant au niveau régional que globale.
A cet effet, il s‟agit : 1) de mettre en place une structure de gouvernance
coiffée par un ministère dédié à l‟enseignement supérieur, la recherche et
l‟innovation; 2) de soutenir la réforme de l‟Université d‟État d‟Haïti; 3) de
39
développer et consolider le deuxième réseau public d‟universités autonomes
en région; 4) de créer un fonds national pour la reconstruction des
universités; 5) d‟établir un système d‟incitations pour la recherche et
l‟innovation.
Nous prenons l‟engagement de doubler, dans les trois (3) prochaines années,
la capacité d‟accueil de l‟Université d‟État d‟Haïti en construisant des
extensions et antennes universitaires de capacité régionale de trois mille
(3.000) étudiants dans le Centre, le Sud-est, la Grande Anse et le Nord-
ouest. Les composantes du Nord, de l‟Artibonite et du Sud seront
consolidées pour être en mesure d‟accueillir de plus larges effectifs.
– Nous travaillerons d‟arrache pied, et de concert avec le système bancaire
national, pour favoriser le développement du crédit éducatif, remboursable à
long terme et à un taux préférentiel, pour les étudiants désireux de
poursuivre leurs études universitaires dans le privé.
– A partir d‟un projet de loi qui sera soumis au parlement dès la première
année de notre quinquennat, nous définirons des critères de financement des
universités par l‟état haïtien tenant compte du nombre d‟étudiants, la
performance académique, l‟excellence, la recherche et les différents types de
services à la communauté.
Axe 8 : Réhabilitation et renforcement de l'éducation spéciale

Actuellement, moins de 2000 enfants en situation de handicap, soit moins


de 15% des 14 000 enfants en situation de handicap auxquels s‟ajoutent
environ 1500 nouveaux amputés de 6-15 ans causes par le séisme, sont
accueillis dans le système. Au cours des cinq prochaines années, deux
objectifs majeurs constituent la priorité des priorités du gouvernement. Il
s‟agira (i) d‟accroitre l‟accès des enfants et jeunes en situation de handicap
physique à l‟éducation et (ii) d‟améliorer la qualité de leur éducation et de
leur épanouissement. Pour atteindre ces objectifs, plusieurs actions
stratégiques seront développées. Elles porteront sur le renforcement et
l‟extension des institutions spécialisées existantes, la formation spécialisée et
spécifique des personnels concernés, l‟adaptation progressive aux besoins
des enfants des infrastructures scolaires publiques et subventionnées, des
curricula et programmes ainsi que des méthodes et matériels pédagogiques.

40
Pour que les actions envisagées puissent produire les effets escomptés et
durables dans le temps, elles seront soutenues par certaines mesures
objectives sur le plan de la gouvernance.
Axe 9: Alphabétisation (Tranche d'âge des 15 à 50 ans)
1 – Le taux d‟alphabétisation dans notre pays est le plus faible dans toute la
région caraïbe. A titre d‟exemple, nous citerons la Jamaïque qui accuse un
taux d‟alphabétisation de 80%. Notre voisin qui partage avec nous l‟île
Hispaniola à un taux d‟alphabétisation qui représente 89%. Sans oublier
Cuba qui a pratiquement éradiqué à tout jamais dans l‟espace d‟un demi
siècle l‟analphabétisme dans tous les coins et recoins de son territoire avec
un taux d‟analphabétisme ne dépassant pas 1%.
Avec seulement un taux d‟alphabétisation de 42%, il est impératif que nous
nous penchions avec sérénité et dans l‟immédiat sur ce phénomène, qui ne
peut que retarder le développement économique et social de notre chère
Haïti. En ce sens, nous aurons à augmenter notre taux d‟alphabétisation à
70% dans les prochains quatre (4) ans, en ciblant prioritairement les
personnes de 15 à 45 ans.
– Dès la première année de notre quinquennat, nous porterons le
gouvernement à établir dans 45% des écoles publiques des programmes
d‟éducation non-formelle, particulièrement orientés vers les enfants des rues
et des suragés du système éducatif.
Durant mon quinquennat présidentiel, il faudra éradiquer le phénomène de
l‟analphabétisme et ses principales causes en réalisant par la méthode
cubaine (Yo Si Puedo) déjà en expérimentation, une vaste campagne
d‟alphabétisation qui devrait toucher environ 2 500 000 personnes à
l‟horizon de 2015. En tenant compte du nombre d‟alphabétisés au cours des
trois dernières années et des actions déjà engagées, environ 3 000 000
personnes- à raison de 600 000 par an- seront concernées par cette initiative.
IV- Cadres financier et institutionnel de la mise en œuvre du plan
Divers ordres de mesures étalées sur tout le quinquennat devront être
adoptés :
1 – Nous construirons et équiperons trois cent cinquante (350) structures
transitoires dans les départements scolaires directement affectés par le
séisme.
41
2 – Six cent mille (600.000) enfants bénéficieront de kits scolaires et
uniformes.
3– Deux cent mille (200.000) enfants auront à bénéficier de subventions et
de bourses d‟études.
4 – Nous construirons dix centres spéciaux pour la scolarisation des
handicapés en général et ceux qui ont été victimes du séisme du 12 Janvier
2010 en particulier.
5 – Nous aurons à promouvoir l‟accès gratuit jusqu‟au 2 ème cycle de l‟école
fondamentale durant les cinq prochaines années à tous les enfants en âge de
fréquenter l‟école.
6– Il ne faut pas perdre de vue que le système éducatif haïtien est contrôlé à
80% par le secteur privé, ce qui en fait constitue une anomalie à redresser,
tant il est vrai que la gouvernance de ce secteur est fortement affaiblie par
cette situation pour le moins paradoxale, si l‟on tient compte des réalités de
la région et ailleurs. Dans cette perspective, nous réduirons de 30% dans les
quatre prochaines années le ratio école publique / école privée tout en
renforçant dans le secteur éducatif le partenariat public et privé.
7 – Il est anormal qu‟après 25 ans dans la profession enseignante
l‟enseignant gagne encore le même salaire que lors de sa nomination. L‟une
de nos premières actions à la présidence sera d‟établir une grille de salaire
basée sur la formation, la compétence, l‟expérience et le nombre d‟années de
service.
9 – Nous prévoyons aussi, après les 90 premiers jours de mandat présidentiel
d‟introduire une législation par devant le parlement traitant du « paquet
social » de l‟instituteur et du professeur, incluant logements sociaux,
couverture d‟assurance, accès au crédit et fonds de retraite. Cela aura pour
objectif d‟attirer dans la profession de plus en plus de jeunes compétents
désireux d‟embrasser cette noble carrière.
10 – Nous aurons aussi à équiper graduellement et ceci dans les trois
prochaines années toutes les écoles publiques en nouvelles technologies de
l‟information et de la communication.
12– L‟apprentissage des enfants est fortement lié à la nutrition. Prenant en
compte cette dimension, nous allons dès notre accession à la magistrature
suprême de l‟état, dans le cadre du programme national de cantines scolaires
42
offrir et servir un repas chaud équilibré, nutritif et diététique à 75% des
élèves du secteur public, en attendant une couverture à 100% qui se fera
graduellement dans les deux premières années de notre mandat présidentiel.
La concrétisation des grands axes d'intervention présentée nécessitera
évidemment beaucoup de ressources et en particulier des ressources
financières. Pour la période de cinq ans (2011-2016), son coût total pourrait
atteindre 4, 272 millions de $ US, dont environ 68 %, soit 2,920 millions
sont destinés au financement des dépenses courantes et 32%, soit 1, 352
millions, aux dépenses de capital.\
Il revient à l'État d'abord de prendre charge des dépenses de l'éducation et de
la formation de la population. Dans le cadre du développement du système
éducatif national, nous privilégions prioritairement des sources endogènes de
financement à savoir : L‟imposition de taxes spéciales sur les cigarettes; les
appels téléphoniques; les transferts de la diaspora; la création d‟une Loterie
nationale qui aura à financer en grande partie les infrastructures, les
équipements et mobiliers scolaires, le support à la scolarité et la prise en
charge des enfants qui sont jusqu‟ici en dehors du système.
J‟ai annoncé à plusieurs reprises que le budget de l‟Éducation sera doublé
durant mon quinquennat présidentiel. Toutefois, à côté de l'État qui devra
prendre ses responsabilités et des partenaires techniques et financiers (PTF)
dont il faudra s'assurer qu'ils tiennent leurs promesses, d'autres acteurs
internes devront être mobilisés comme le secteur privé de la production et
les multiples associations socioprofessionnelles. Un Fonds spécial pour
l'éducation pourrait être mis sur pied et alimenté à même les contributions de
ces acteurs avec une contribution de la diaspora.
Remarques finales
Dans le domaine de l‟éducation, le quinquennat du Président Jacques
Édouard Alexis sera marqué par des investissements majeurs au niveau de la
gouvernance du système, des infrastructures, des équipements et mobiliers
scolaires, des nouvelles technologies de l‟information et de la
communication, du support à la scolarité et de la prise en charge des acteurs
et bénéficiaires du système éducatif.
Le secteur éducatif sera un vaste chantier qui ouvrira des perspectives
nouvelles pour un meilleur développement économique et social du pays. Il
ne fait pas de doute que, ce programme ambitieux mettra notre pays sur les
43
rails d‟un renouveau éducatif et contribuera à faire d‟Haïti un pays émergent
à l‟horizon de 2030. Il en sera de même des dispositions envisagées pour le
secteur de la Santé ainsi que celui de l‟assainissement et de l‟eau potable.

44
CHAPITRE QUATRIÈME
LES INTERVENTIONS SOCIO-SANITAIRES POUR UNE
QUALITÉ DE VIE AMÉLIORÉE

45
I- Problématique de la Santé
1.1.-État de la situation
La situation de la santé, comme celle de la plupart des autres secteurs de la
vie nationale, met en relief la dégradation très prononcée dans laquelle est
enfoncée la société haïtienne. Les données présentées dans le tableau ci-
après le montrent avec netteté en reflétant la profondeur des problèmes de
santé auxquels se trouve en butte notre pays.
Quelques indicateurs du niveau de santé de la population

Indicateurs Haïti Caraïbes et


Amérique
Latine
Taux de mortalité maternelle (pour 100,000 naissances 630 190
vivantes)
Taux de mortalité infantile (pour 1,000 naissances vivantes) 57 20
Taux de mortalité des enfants de moins de 5 ans (pour 1,000 86 25
naissances vivantes)
Pourcentage d‟enfants de moins de 5 ans présentant une 22% 7%
insuffisance pondérale
Couverture vaccinale des enfants de 12-23 mois (DHS, 2005- 39%
2006)
Nombre de lits d‟Hôpitaux pour 1000 Habitants (Banque 0.7 5.1 (Cuba)
Mondiale, 2000)
Nombre de médecins pour 10.000 habitants (Banque Mondiale, 2 53 (Cuba)
2000)
Taux de Mortalité 10.5
Taux de Natalité 28
Espérance de vie à la naissance 58.1
ans

Le tableau précédent met en relief l‟arriération qui caractérise le système de


santé national par rapport aux pays de la région. En fait, Haïti accuse des
retards dans tous les domaines d‟activité, y compris sur le plan sanitaire. Le
portrait en gros plan de la santé publique dans notre pays affiche une
prédominance des maladies liées à la pauvreté et à la mauvaise qualité de
l‟environnement. On peut y noter également l‟émergence de certaines
46
maladies associées aux modes de vie et à certains comportements
défavorables à la santé (alcool, tabac, sédentarisme, violence, etc.)
auxquelles il convient d‟ajouter les handicaps physiques et sensoriels dont le
nombre a considérablement augmenté après la catastrophe du 12 janvier
2010.Toutefois de manière générale, les déficiences en matière
d‟équipements, d‟infrastructures et de gouvernance sanitaires sont à l‟origine
de plusieurs pathologies, souvent de type infectieux.
Un peu partout au pays, mais surtout dans les régions urbaines, chaque
averse charrie des tonnes de déchets de toutes sortes créant un
environnement repoussant et porteur des plus graves dangers pour la santé
de la population. Ces déchets, en plus de polluer l'air que nous respirons,
constituent une menace énorme pour les nappes phréatiques dont nous tirons
presque toute l'eau indispensable à notre survie. Ce côté spectaculaire de
l'insalubrité ne laisse voir qu‟une parcelle du grave problème de la
consommation d‟une eau et de produits alimentaires avariés par la
population sous les yeux impuissants ou complaisants des autorités de l‟État.
Dans les quartiers populaires, de même que les communautés du Pays en
dehors, l‟accès à l‟eau potable et aux latrines est presque nul.
Les conséquences d‟un tel état de fait sur la santé publique s‟avèrent
désastreuses. Ainsi, d'après le MSPP et l'OMS, la typhoïde liée aux
pathologies hydro-fécales représente la première cause de mortalité chez les
5-14 ans, la diarrhée et la gastro-entérite d'origine infectieuse sont la
deuxième cause de mortalité tous âges confondus (1997-2000). Le
déclenchement de toute épidémie de maladies infectieuses constituerait une
catastrophe gigantesque dans notre pays où les infrastructures sanitaires sont
notoirement déficientes. En Haïti, la qualité de l‟eau distribuée par les
organismes publics ne fait l‟objet d‟aucun contrôle sérieux. Il n‟est donc
guère étonnant que des maladies comme la typhoïde, la malaria et les
diarrhées s‟y retrouvent à l‟état endémique.
Le système sanitaire destiné à collecter, entreposer, traiter et, si possible,
recycler, les eaux usées et les autres déchets domestiques liquides et semi
liquides est inexistant. Des habitations modestes de même que de luxueuses
villas se servent de procédés archaïques et ne sont raccordées à aucun
système communal ou urbain de collecte et de traitement. Ces systèmes
indépendants sont les causes premières de contamination des sources d‟eau,
des différentes nappes du sous sol; ils sont responsables de beaucoup de
maladies infantiles et infectieuses qui affectent la population à travers le
47
pays. Par ailleurs, les installations sanitaires, principalement concentrées à
Port au Prince, Pétion Ville et quelque villes comme Jacmel, Cap Haïtien,
Les Cayes, remontent à l‟époque de l‟occupation américaine. Elles
succombent sous le poids des populations, dans un contexte de
bidonvilisation généralisée du pays.
Il s‟agit de noter que la situation déplorable dans laquelle est maintenu le
système de santé national constitue à la fois une tragédie et un embarras.
Les institutions publiques sont dépourvues de tout matériel et affichent une
impuissance alarmante face à une demande massive. De manière générale,
les soins sont à la fois difficiles d‟accès et extrêmement coûteux. Dans un
tel contexte, tomber malade devient une véritable tragédie, alors que l‟accès
aux soins de santé constitue un droit énoncé dans la constitution.
Néanmoins, nous sommes dans la pénible obligation de reconnaître que dans
notre pays il s‟agit d‟une pure fiction.
Il nous sera ainsi obligatoire de procéder à la construction d‟un nouveau
système de santé pour être en mesure d‟atteindre les objectifs du Millénium
pour le Développement (OMD), soit la réduction de 3/4 de la Mortalité
maternelle, celle de 2/3 de la Mortalité Infantile, ainsi que le renforcement
de la Lutte contre le VIH/SIDA.
1.2. Actions et mesures de redressement
A très court terme, les actions et mesures à mettre en œuvre sont les
suivants :
La dotation d‟une unité de santé et du personnel approprié à chaque
commune ; cette unité sera pourvue d‟intrants nécessaires et de
médicaments génériques essentiels pour des soins de qualité. Un
paquet financier minimal sera défini pour faciliter l‟application du
Paquet Minimal de Services. Cette approche favorisera l‟utilisation
maximale d‟une main d‟œuvre qualifiée et jeune issue des universités
et écoles techniques publiques et privées ainsi que de la Coopération
Cubaine ;
L‟établissement de la liste des communes prioritaires pour la
rénovation et construction immédiate des infrastructures nécessaires
notamment dans les Nippes (Département nouvellement créé) ;

48
L‟identification et résolution des problèmes de fonctionnement de
base du réseau hospitalier public (eau, électricité, médicaments et
autres intrants) ;
L‟adoption pour le réseau d‟institutions publiques du MSPP d‟une
tarification standard applicable sur toute l‟étendue du territoire en
attendant la définition d‟une politique de financement ;
L‟appui à l‟industrie pharmaceutique locale pour la production de
médicaments essentiels dans le but de baisser les coûts des
médicaments et de créer des emplois ;
La publication d‟une disposition rendant obligatoire la vaccination des
enfants avant l‟entrée à l‟école fondamentale.
De même, nous nous évertuerons à réaliser :
La coordination de l‟action des différents intervenants en santé pour
un meilleur rendement des investissements ;
Le renforcement de la capacité de la population à prendre en charge sa
santé à travers des campagnes ciblées d‟Information, d‟Éducation et
de Communication (IEC) tout en mettant une emphase particulière
sur la prévention de la violence faite aux femmes dans les camps des
déplacés dans l‟attente de leur relogement dans des espaces plus
décents et plus sécuritaires ;
Le lancement de la construction du nouveau système plus solidaire et
des grands chantiers d‟infrastructure ;
1.3.- Une démarche proactive pour améliorer à moyen et long termes le
système de santé
Une avancée significative dans la construction du système à travers la
décentralisation avec extension de l‟implantation des systèmes locaux
de santé (Unités Communales de Santé), la prise en compte des
besoins des groupes de population ignorés tels que les enfants de 5
ans et plus (Santé et Nutrition dans les écoles), les personnes du
troisième âge et les groupes à besoins spéciaux ;
La réinstauration du système d‟inspection sanitaire avec réouverture
de l‟École d‟Officiers Sanitaires. La réactivation du corps des
49
officiers de service d'hygiène, constitué de cadres bien préparés,
assistés par des jeunes effectuant leur service civique sera une
disposition importante dans la voie conduisant à la médecine
préventive. Dans un premier temps, ce service d'hygiène pourra au
moins répertorier les nombreuses menaces à la salubrité, les signaler
aux autorités compétentes et proposer des mesures correctives dont il
veillerait à l'application dès qu'elles auront été adoptées. Ces
professionnels en hygiène publique seront également chargés d'une
campagne permanente d'éducation dans ce domaine crucial.
La rationalisation du financement de la santé par l‟État incluant : une
augmentation de la part du budget national allouée au secteur santé ;
la gratuité des soins à des groupes prioritaires de population (femmes
enceintes et enfants de moins de 5 ans soit environ 20% de la
population) ; l‟adoption d‟un modèle de financement qui viserait à
réduire les dépenses des familles en santé (gratuité, mutualisation,
contractualisation, protection sociale en santé, assurances santé,
sécurité sociale, etc.), l‟appui à la recherche en santé dans les
universités avec un accent particulier sur la médecine traditionnelle.
La réalisation de ce programme sera assurée grâce à, entre autres, une
politique de taxation appropriée sur les produits de luxe importés y compris
les boissons alcoolisées et la cigarette.
II-Assainissement et Eau Potable
La bonne qualité du système d‟assainissement d‟un pays est un indicateur
clé de sa capacité et de ses potentiels à se développer ; elle témoigne de la
qualité de vie de sa population. A l‟inverse, l‟inexistence d‟infrastructures
sanitaires ou leur inadéquation est un handicap majeur à toute initiative
publique et privée, à l‟attraction des investisseurs privés pour participer au
développement du pays et à la création d‟emplois.
Haïti est aujourd‟hui le pays le plus insalubre de l‟hémisphère américain.
Certains n‟hésitent pas à la qualifier de «poubelle de la Caraïbes».
La dernière politique publique cohérente du pays en matière
d‟assainissement et de santé publique remonte à l‟époque de l‟occupation
américaine. Tel est le cas des principales installations sanitaires,
concentrées surtout à Port au Prince, Pétion Ville et quelque villes comme
Jacmel, Cap Haïtien, Les Cayes. Elles succombent aujourd‟hui sous le poids

50
de la croissance démographique débridée et la bidonvilisation généralisée
des agglomérations urbaines et des chefs lieux de département du pays.
2.1.-Etat des lieux
L‟eau potable et l‟assainissement de base, deux éléments importants au
développement humain durable, sont quasi inexistants en Haïti. Les
informations disponibles sur ce sous-secteur au niveau national laissent
comprendre que :
moins de 50% des besoins en eau potable de la population sont
satisfaits ;
moins de 40% des excrétas sont éliminés hygiéniquement ;
moins de 40% des déchets solides sont collectés.
Absence de réseau de collecte des eaux usées domestiques et
industrielles ;
Pas de station d‟épuration des eaux usées ;
Pas de centre d‟enfouissement technique (CET) des déchets solides ;
Manque de ressources humaines qualifiées.
Les familles défavorisées vivant dans les grandes villes dépensent près de
30% de leur revenu pour s‟approvisionner en eau. En Haïti, le contrôle de la
qualité de l‟eau distribuée par les organismes publics n‟est pas assuré
(Ministère de la Santé Publique et OMS, 1998). Des maladies, comme la
typhoïde, la malaria et les diarrhées sont devenues endémiques.
Depuis 1996, l‟État haïtien travaille sur la réforme du secteur de l‟eau
potable et de l‟assainissement, laquelle a conduit à la création de la
Direction Nationale de l‟Eau Potable et de l‟Assainissement (DINEPA).
2.2-Actions et mesures de redressement
Pour mieux répondre aux problèmes de pénurie et de pollutions, et dans un
souci de renforcement des politiques de santé publique, plus
particulièrement celles visant le contrôle et la réduction du taux de
prévalence des maladies hydriques, sous la Présidence de Mr. Jacques
Edouard ALEXIS, l‟Etat haïtien va mettre en place un ensemble de
politiques et stratégies d‟ensemble. Ces actions consisteront à:
évaluer l‟état d‟avancement de la réforme du secteur de l‟eau potable
et de l‟assainissement ;
51
redéployer les ressources de l'administration centrale de la DINEPA
pour renforcer son rôle prioritaire de planification et de coordination
dans le secteur de l'eau potable et de l‟assainissement;
mobiliser toutes les intervenants du secteur de l'eau, en
responsabilisant les populations bénéficiaires dans la conception,
l'exécution et la gestion des réalisations du secteur;
encourager et favoriser la gestion décentralisée de
l‟approvisionnement en eau potable et de l‟assainissement (AEPA);
atteindre un taux de satisfaction de 100% des besoins en AEPA du
milieu rural ;
atteindre un taux de satisfaction de 100% des besoins en AEPA du
milieu urbain ;
Mettre en place un CET dans chaque commune du pays ;
développer des programmes de formation et de recherche dans les
métiers de l‟eau et de l‟assainissement ;
créer des laboratoires de contrôle de la qualité de l‟eau destinée à la
consommation humaine.
2.3.-La gestion de l’eau potable
Le système d‟eau potable est constitué principalement des réseaux de
la CAMEP pour la zone métropolitaine et de ceux du SNEP pour le
reste du pays). Ces réseaux sont vétustes et inadéquats pour répondre
à la demande, tant en quantité qu‟en qualité.
Il existe également d‟autres facteurs aggravants dans ce secteur. En
effet, les habitations construites anarchiquement dans les ravines, les
bassins versants, dans les périmètres des sources et des réservoirs
naturels et/ ou construits, en dehors des normes les plus élémentaires,
réduisent la quantité d‟eau disponible et en contaminent la qualité. Les
réseaux de collecte et de distribution d‟eau potable, eux-mêmes, sont
vétustes et très détériorés entrainant ainsi des risques de
contamination pour la population et des pertes importantes en termes
de débit.
Si la CAMEP continue de bénéficier de l‟assistance technique et
financière d‟AFD (Agence Française au Développement) et de la BID
52
(Banque Interaméricaine de Développement) et d‟autres institutions
internationales moins importantes, Le SNEP semble être abandonné à
lui-même avec un budget qui lui permet, à peine, de payer ses
quelques employés et de réaliser quelque petits projets pour plaire à
des politiciens en quête de votes pour leur réélection.
L‟approvisionnement en eau de la population des zones urbaines et
rurales semblent être, aujourd‟hui, l‟affaire des organisations non
gouvernementales (ONG) qui travaillent sans directives et sans
supervision de l‟État. Donc, les institutions concernées ne peuvent pas
témoigner de la qualité de l‟eau que les ONG(s) offrent à la
population. L‟État semble abandonner sa fonction première qui est de
veiller au bien-être de chaque citoyen et de garantir la bonne qualité
de vie de la population.
Par ailleurs le système sanitaire destiné à collecter, à entreposer, à
traiter, si possible à recycler, les eaux usées et les autres déchets
domestiques liquides et semi liquides est inexistant. Des habitations
les plus modestes aux villas les plus luxueuses, se servent de système
unique et archaïque qui n‟est raccordé à aucun système communal ou
urbain de collecte et de traitement. Ces systèmes indépendants sont les
sources premières de contamination des sources d‟eau, des différentes
nappes du sous sol, et, ils sont responsables de beaucoup de maladies
infantiles et infectieuses qui affectent la population à travers le pays.
2.4.- Quelques mesures urgentes (premiers 360 jours à la présidence)
Construire, dans chaque section rurale disposant d‟une bonne
pluviométrie, 2 grands impluviums devant alimentant des bornes
fontaines publiques ;
Construire, dans ces sections rurales, un total de 5000 réservoirs multi
familiaux d‟eau pluviale ;
Lancer, sous la responsabilité des CASECs, un vaste programme de
sensibilisation et d‟éducation sanitaire sur les maladies liés à l‟eau et à
l‟hygiène ;
Mettre à la disposition des CASECs un stock de produits pour la
désinfection de l‟eau destinée à la consommation humaine ;

53
Inciter la création d‟usine de fabrication de pompe à bras pour
l‟approvisionnement en eau (AEP) multi familial dans certaines
sections rurales ;
Etudier et construire 10 réseaux d‟AEP rural par pompage (forage) ;
Protéger la qualité des eaux souterraines et assurer l‟hygiène publique
par la mise en place d‟un programme de construction et de suivi de
1000 latrines-compost, sous la responsabilité des CASECs ;
Évaluer tous les réseaux d‟AEP se trouvant en milieu urbain ;
Construire 10000 unités de production de compost sanitaire et 5000
digesteurs à travers le pays.

Soulignons pour terminer que de telles actions ne s‟avèreront possibles que


dans la mesure où les responsables de l‟appareil public disposent d‟une
approche bien inspirée et sans complaisance pour mettre en place un
environnement compatible avec la création de la richesse et de l‟emploi.

54
CHAPITRE CINQUIÈME
CRÉATION DE RICHESSE ET D’EMPLOIS DANS UNE
PERSPECTIVE DE DÉVELOPPEMENT RÉGIONAL

55
Introduction

Haïti est assise sur des potentialités multiples qui, depuis des décennies,
attendent un cadre étatique et gouvernemental propice pour se transformer
en réalisations génératrices de richesses stratégiques pour son
développement économique, centré sur une forte inclusion sociale et
territoriale.
Les choix économiques de ma présidence procèdent d‟une grande foi dans
l‟avenir du pays. Je nourris la conviction profonde qu‟Haïti et les Haïtiens
sont capables de s‟élever au-delà du misérabilisme actuel et réussir
collectivement, dans un temps relativement court. Pour cela, notre projet de
société doit constituer une initiative dotée d‟une rentabilité pour la
collectivité nationale toute entière. Notre démocratie doit être établie sur de
solides fondations économiques. Il ne s‟agira pas pour nous d‟une
convivialité dans la pénurie.
Ma présidence, fondée sur une vision stratégique d‟avenir, sera résolument
engagée dans la promotion d‟un tel cadre. Elle cherchera prioritairement à
ramener le pays et ses partenaires internes et externes en état de confiance, à
mobiliser les ressources humaines, naturelles et relationnelles existantes au
niveau interne, et à absorber les supports divers et variés externes aux fins de
permettre à l‟Etat Haïtien d‟avoir les marges de manœuvre et la crédibilité
nécessaires pour adopter et appliquer des politiques économiques et sociales
progressistes.
Nous avons choisi une approche économique à caractère à la fois intégrateur
et globalisant. Globalisant, parce que nos options prennent en considération
l‟intégralité des secteurs d‟intervention nécessaires à la mise en branle
d‟une démarche de développement axée sur l‟utilisation intégrale des
potentialités régionales. Intégrateur, dans la mesure où les diverses
composantes de la collectivité nationale sont sollicitées pour participer à et
bénéficier de la dynamique de développement enclenchée.
Le développement d‟une région particulière requiert la mise en branle d‟un
train de dispositions visant à assurer la dotation de ladite région en
équipements et infrastructures de toutes sortes, en ressources humaines
appropriées, en produits de tous ordres. Cela revient à favoriser la création et
l‟augmentation des opportunités économiques à la grandeur du territoire
national tout entier. Le désenclavement d‟une région suppose des ports
internationaux et de cabotage, des aéroports régionaux et internationaux, des
56
réseaux routiers, des réseaux de télécommunications, d‟une part ; mais aussi
son développement suppose des marchés bien équipés, des entrepôts
capables d‟assurer la conservation des produits destinés à l‟exportation, des
centrales électriques, des terminaux gaziers, des ouvrages d‟irrigation
d‟autre part, ainsi que des auberges et hôtels, des centres commerciaux, des
complexes administratifs, des complexes hospitaliers, des centres
académiques, techniques et scientifiques, entre autres. Sur cette base, nous
avons cru bon de procéder à un découpage du pays en quatre grands pôles
régionaux pour chacun desquels nous avons soumis des éléments
préliminaires d‟aménagement, de dotation et de développement, soit le
Grand Sud, le Nord historique, l‟Artibonite profond et le Centre. Cela
dispense, pensons-nous, de consacrer un traitement spécifique à des secteurs
particuliers comme les infrastructures, le tourisme, l‟assainissement…

I. Les grandes orientations de la politique économique

I.1. Le modèle économique de base


L‟État contemplé sera un État régulateur et promoteur de la réussite avec
des politiques qui garantissent : une augmentation de la production de
richesses à l‟échelle nationale ; une capacité d‟accumulation et
d‟enrichissement honnête, à large base sociale et régionale ; et une puissance
étatique de redistribution équitable, durable et respectée.
Un tel État doit s‟articuler avec un Gouvernement progressiste qui prend
volontairement partie pour :
- faciliter et encourager la production et les échanges de biens et de
services qui augmentent la richesse de toutes les familles haïtiennes et
qui récompensent les entrepreneurs dont il faut élargir la base
nationale;
- ouvrir Haïti sur le monde et sur sa diaspora, en vue d‟y attirer les
capitaux, les technologies, les compétences et les innovations, l‟aidant
à combler ses retards ;
- aider à la réussite de la plus grande majorité d‟où elle se localise sur le
territoire national ;
Les politiques adoptées auront pour cibles :
- la relance de la production nationale dans les domaines agricole,
industriel, technologique, commercial et des services, avec tous les
appuis et soutiens nécessaires ;
- la planification de l‟aménagement et de la transformation des régions
en territoires actifs ;
57
- la promotion de l‟émergence des pôles économiques régionaux forts
basée sur une valorisation des potentialités naturelles et stratégiques
de chacune des grandes régions d‟Haïti ;
- la définition et la mise en œuvre d‟une politique d‟ouverture
économique, dans le cadre d‟un Partenariat National pour le
Développement Régional (PNDR), fondée sur la mobilisation des
capacités privées, la promotion de la participation du financement
privé, à travers des partenariats publics – privés novateurs de long
terme, impliquant directement les acteurs privés locaux individuels ou
organisés, la diaspora et les étrangers , et devant permettre de :
i) financer tous les investissements dans les infrastructures visant le
développement des réseaux d‟équipement du pays, et l‟intégration de ses
grandes régions ;
ii) assurer, de façon durable, le management, le financement des coûts
récurrents, et l‟entretien des infrastructures économiques et sociales ;
iii) libérer les capacités créatrices des Haïtiennes et Haïtiens, le
développement de l‟engouement à la réussite entrepreneuriale, et
l‟élargissement de la base entrepreneuriale sur tout le territoire national ;
iv) élargir l‟accès socioéconomique à la propriété foncière, la sécurisation
légale renforcée du droit de propriété, et la valorisation effective du foncier
tant public que privé, etc.

I.2. La politique économique du quinquennat


Au cours de mon Quinquennat, la politique économique du pays devra
s‟appliquer à renverser les tendances lourdes qui traversent et plombent
l‟économie haïtienne depuis des décennies.
Dans cette perspective, trois (3) grandes familles d‟orientations guideront les
actions à entreprendre. Elles concernent :
1. Renforcer et moderniser le cadre économique ;
2. Favoriser la création et l‟augmentation des opportunités économiques
à l‟échelle du territoire national, par la promotion active du
développement de l‟économie des régions et l‟activation des
potentialités des divers territoires du pays ;
3. Développer prioritairement les secteurs porteurs, à fort potentiel de
création de valeur ajoutée ;
Au-delà des orientations générales, les situations qui demandent des mesures
adaptées sont indiquées. Ainsi, les grandes lignes de politiques privilégiées
sont appuyées par des politiques, axes d‟intervention et stratégies
spécifiques devant permettre d‟atteindre des résultats spécifiques.
58
I.2.1. Première orientation : Renforcer et moderniser le cadre
économique
Le renforcement et la modernisation du cadre économique sont fondés sur
les axes suivants :

Axe 1: Définir et appliquer une politique d’aménagement du territoire


et de valorisation sécurisée du foncier et des ressources
environnementales.

Les interventions et stratégies à mettre en œuvre, sous ce registre, sont :


1.1. Réaliser immédiatement le Master Plan d‟occupation et
d‟aménagement des 10 Départements géographiques du pays;
1.2. Réaliser le Plan Micro-Zoning et du Cadastre des 142 Communes ;
1.3. Inventorier systématiquement les ressources disponibles : ressources
naturelles terrestres, ressources sous-terraines, ressources maritimes, les
ressources halieutiques, ressources hydro-électriques, voies navigables ;
1.4. Renforcer l‟encadrement réglementaire étatique, la sécurité et le
pouvoir légal de proximité requis pour la réalisation des investissements,
l‟exploitation et la valorisation économique des ressources disponibles.

Axe 2: Améliorer le cadre des affaires et promouvoir les investissements


privés

A ce chapitre, les interventions et stratégies spécifiques à appliquer sont les


suivantes :
2.1. Créer un environnement et des conditions, aux niveaux macro et
méso, en vue d‟inciter les individus à entreprendre, de dynamiser
l‟investissement privé, d‟intensifier la production, et de développer une
assise productive locale. À cette fin, il convient de :
i. Améliorer le cadre national juridique, institutionnel, administratif et
économique des affaires en réduisant les freins, blocages, rigidités et
coûts de transaction dans l‟économie, et en mettant en place un régime
privilégié de promotion et de facilitation des investissements.
ii. Inaugurer une concertation active avec les milieux d‟affaires dans la
promotion de lois économiques incitatives nécessaires à la relance et à la
modernisation de l‟économie ;
iii. Encourager l‟intégration économique régionale en vue de tirer un
meilleur parti des ressources des diverses zones de l‟espace national, en

59
systématisant l‟environnement économique, institutionnel et
administratif dans lequel opèrent les entreprises.
2.2. Inaugurer une politique novatrice et dynamique de promotion des
investissements privés. Les mesures et stratégies suivantes y
contribueront :
i. Mettre en œuvre une politique de «pays ouvert aux investissements»
pour le développement des investissements haïtiens de la diaspora,
étrangers directs et haïtiens de l‟intérieur, l‟établissement d‟entreprises
conjointes internationales et nationales («Joint ventures»), et
l‟intensification de la production dans des secteurs à fort potentiel de
valeur ajoutée et d‟exportation ;
ii. Mettre en œuvre, en conséquence, une stratégie dynamique de
promotion et de facilitation des investissements visant à attirer des
investisseurs haïtiens de la diaspora et des investisseurs étrangers, dont
un programme de promotion spécifique « VIP » à l‟intention des
investisseurs de la diaspora ;
iii. Mettre en place des Agences de Développement Économique Régional
(ADER), véritables centres de promotion des investissements et de
développement des affaires, intégrant des commissariats au
développement industriel ou sectoriel spécifique, pour le marketing et la
promotion des potentialités des régions, l‟information, l‟accueil des
investisseurs, et la facilitation des investissements ;
iv. Élargir le mandat du Centre de Facilitation des investissements (CFI) qui
deviendra le Centre de Promotion & de Facilitation des Investissements
(CPFI), et constituera, au niveau national, la tête d‟un réseau pour le
développement des investissements, dans le cadre d‟un large partenariat
liant l‟État (Ministère du Commerce & de l‟Industrie, Ministère de
l‟Économie & des Finances, Ministère des Affaires Étrangères,
Ambassades & Consulats), les Chambres régionales de Commerce &
d‟Industrie, les Agences Régionales de Promotion des Investissements et
de Développement des Affaires ;
v. Renforcer les capacités de promotion économique par les représentations
diplomatiques haïtiennes basées dans les capitales ou centres
économiques d‟importance
vi. Renforcer les efforts visant à exploiter au maximum, pour Haïti, les
dispositions commerciales de HOPE II.
2.3. Consentir des efforts vigoureux et constants en vue de l‟amélioration
de l‟administration de la justice centrée autour de la lutte contre
l‟impunité, l‟application des contrats, le respect de la propriété privée ;
60
2.4. Renforcer la lutte contre la corruption et le népotisme, et appliquer
des sanctions dissuasives justes et transparentes contre les corrupteurs,
les corrompus et dilapidateurs des ressources publiques.

Axe 3 : Moderniser les Finances Publiques du pays.

A cet effet, les stratégies suivantes sont indiquées :


3.1. Augmenter la pression fiscale par la diversification des sources de
recettes et de ressources fiscales internes et l‟élargissement de l‟assiette
fiscale, en intensifiant l‟effort, soit pour dépister de nouveaux
contribuables pour les taxes existantes, soit pour explorer de nouveaux
champs de taxation ;
3.2. Appliquer une fiscalité incitative, inclusive, juste et transparente ;
3.3. Adopter des mécanismes d‟allocation des ressources budgétaires
novateurs, plus en adéquation avec une politique pro développement
régional et local. Il convient d‟avoir un budget véritablement national,
fondé sur l‟adoption « du cadre régional et local » comme espace
d‟organisation, de planification et de gestion des services sociaux de
base, qui permet la mise en œuvre d‟un paquet minimum de services
publics au bénéfice des populations (voir Annexe I) ;
3.4. A cet effet, instaurer un système de péréquation permettant une
répartition juste et équitable des ressources fiscales vers les régions et les
collectivités territoriales2, en vue de faire en sorte que le Gouvernement
de la République puisse appliquer une politique systématique de
paiements annuels de transfert du Gouvernement Central vers les
collectivités, et arrive à dépenser 60% du budget de la République dans
les dix régions géographiques du pays, à la fin du quinquennat. Ce
système de péréquation serait basé sur :
la déconcentration effective de certaines fonctions clés de l‟État
vers les chefs-lieux de départements en vue d‟améliorer l‟accès des
services publics aux usagers : actes et extraits pour l‟état civil,
carte d‟identification nationale, permis de conduire,
immatriculation et assurance des véhicules, passeport (guichet pour
la demande et la livraison seulement ; pour des raisons de sécurité

2
Les américains disent toujours « Montre-moi le budget et je vous dis quelle politique est appliquée ».
Nous ne pouvons parler de développement régional et de décentralisation s‟il n‟y a pas de budget
véritablement national, c‟est-à-dire touchant toutes les régions. Aucun plan de développement effectif
des régions et collectivités territoriales n‟est viable s‟il n‟est accompagné de ressources budgétaires
adéquates.
61
nationale, la production d‟un passeport doit être centralisée en un
seul endroit, pas nécessairement à Port-au-Prince), etc.
le transfert immédiat de certaines compétences vers les
collectivités territoriales : construction et entretien des routes
secondaires et tertiaires, entretien des routes nationales traversant
un territoire donné, sports – loisirs – service civique, protection
civile et gestion des risques et désastres, environnement,
assainissement, eau potable, logement social, cantine scolaire,
promotion et facilitation des investissements3 ;
3.5. Optimiser l‟efficacité d‟usage des ressources budgétaires,
particulièrement améliorer la performance et l‟efficacité des
administrations publiques dans l‟exécution de leurs budgets.

Axe 4 : Moderniser le secteur financier

4.1. Promouvoir le développement du marché monétaire, bancaire et du


secteur des assurances visant l‟expansion des innovations financières,
le financement moderne et diversifié de l‟économie nationale, la
création des services et des emplois à haute valeur ajoutée ;
4.2. Assurer le financement innovant des investissements dans les secteurs
productifs à base rurale et touchant les groupes sociaux actuellement
marginalisés dans les zones rurales, urbaines et périurbaines ;
4.3. Promouvoir la démocratisation de l‟accès aux crédits pour les jeunes
entrepreneurs et les femmes au niveau des divers métiers et activités
afin de financer leurs équipements productifs, leur approvisionnement
en intrants, leur promotion commerciale, leur croissance à l‟export et
leur compétitivité ;
4.4. Favoriser les Supports directs aux professionnels créateurs
d‟entreprises et aux entreprises d‟exportation pour accroître leur
réussite dans leurs efforts de développement de leurs marchés et la
commercialisation de leurs produits et services.

Axe 5 : Promouvoir le développement des compétences et qualifications


de la main-d’œuvre haïtienne.

3
A moyen et long terme, il faudra penser sérieusement à décentraliser l‟éducation et la santé, et laisser aux
Ministères concernés des rôles de planification du développement du secteur, de coordination, de
régulation, d‟élaboration et d‟applications de normes nationales.
62
5.1. Améliorer les perspectives d‟emplois productifs des travailleurs et
micro-entrepreneurs du secteur informel, exposés au sous-emploi et à
l‟exclusion sociale, en luttant vigoureusement contre leur manque
d‟organisation, leur analphabétisme, ainsi que leur manque de
qualifications de base ;
 Mettre en œuvre un programme prévoyant des objectifs chiffrés

échelonnés et des moyens en vue de l‟élimination de l‟analphabétisme


des jeunes de 15 – 35 ans, au cours du quinquennat de JEA ;
 Mettre en place une politique d‟apprentissage, pour la formation des

apprentis et le renforcement des capacités techniques des «boss» et


artisans ;
 Améliorer le cadre de fonctionnement de la micro et petite entreprise

en Haïti par la mise en œuvre d‟un Code de la petite entreprise, lequel


définit le statut de l‟artisan et du micro-entrepreneur ;
 Mettre en place des chambres ou corps de métiers, délégataires de

puissance publique pour le respect des normes, avec un réel pouvoir


disciplinaire et de contrôle des membres ;
 Mettre en place des centres de formation spécialisés en artisanat, en

partenariat avec des regroupements d‟artisans.

5.2. Améliorer les capacités d‟adaptation des travailleurs, en mettant


l‟accent sur la promotion de la formation continue, l‟apprentissage et
l‟acquisition de compétences professionnelles tout au long de la vie
active.

Axe 6 : Renforcer l’appui à l’entrepreneuriat

Cet axe concerne la mise en œuvre d‟une politique dédiée aux Micro Petites
et Moyennes Entreprises (MPME), qui s‟articule autour d‟une vision
stratégique de la MPME comme le principal vecteur de création de valeurs,
d‟opportunités économiques et d‟emplois productifs durables, et qui la place
au cœur de la transformation de l‟économie nationale en une économie
moderne et compétitive, à l‟échelle caribéenne et hémisphérique, avec une
productivité et des revenus croissants.
Il vise à promouvoir le développement de l‟esprit d‟entreprise, dans le cadre
d‟une nouvelle culture d‟entreprise, en vue de l‟établissement de nouvelles
entreprises modernes et de l‟élargissement de la base économique formelle
du pays.
Dans ce cadre, il y a lieu de considérer les stratégies suivantes :
63
6.1. Appuyer les organismes de formation professionnelle, technique et
universitaire, les instituts de recherche et de développement, en vue de
la mise en place de programmes de formation à
l‟entrepreneuriat novateurs, adaptés au nouveau contexte compétitif
mondial ;
6.2. Appuyer la création et le développement de Jeunes Chambres de
Commerce & d‟Industrie ;
6.3. Mettre en œuvre des programmes d‟appui aux projets de création
d‟entreprises par les jeunes, provenant des écoles professionnelles et
techniques, et des universités ;
6.4. Soutenir la mise en place d‟incubateurs privés, publics ou mixtes
offrant de l‟assistance technique lors de la création d‟entreprises ;
6.5. Favoriser le développement de l‟offre de services spécialisés aux
MPME :
i. Mettre en œuvre une stratégie et un programme visant à doter le pays
d‟une capacité nationale installée d‟appui technique aux entreprises, et
à promouvoir un réseau opérationnel d‟appui technique et en gestion
aux MPME ;
ii. Renforcer les institutions de formation, et d‟assistance technique
susceptibles d‟assurer le perfectionnement et l‟encadrement des
entrepreneurs en gestion et en technologie ;
6.6. Améliorer l‟accès des MPME à fort potentiel de valeur ajoutée, aux
ressources productives, c‟est-à-dire à l‟information commerciale, aux
ressources techniques (formation et encadrement), et aux ressources
financières, de manière à faciliter leur établissement et leur
développement ;
6.7. Promouvoir l‟entrepreneuriat et l‟innovation au niveau local, en
favorisant, dans les zones rurales et urbaines, le développement des
services aux entreprises ;
6.8. Améliorer les capacités des micro, petits et moyens entrepreneurs à
innover et à mieux produire, en promouvant leur appartenance à des
réseaux de relations commerciales, institutionnelles et / ou
informelles ;
6.9. Favoriser la diffusion et l‟application de la technologie appropriée,
visant à enrichir le patrimoine technologique des MPME ;
6.10. Mettre en place une politique d‟acheter « Haïtien », en donnant
l‟exemple par l‟application d‟une Politique des commandes publiques
en appui et au soutien à la production nationale et aux secteurs
nécessitant des traitements d‟exception. Dans cette perspective,
64
utiliser le Programme National de Cantines scolaires, comme
locomotive pour impulser cette politique de favoriser la production
nationale ;
6.11. Favoriser, par des mesures de quota et de discrimination positive et
active, l‟attribution de contrats aux petites entreprises haïtiennes,
pendant la période de reconstruction du pays ;
6.12. Favoriser le développement de l‟offre de produits de micro-finance,
par la mise en place de programmes de renforcement et de dispositifs
d‟assistance technique en faveur des coopératives et des institutions
de micro-finance finançant des MPE, et par la mise en place de
systèmes de garantie adaptés destinés à mobiliser les ressources du
système financier national pour des prêts aux MPE ;
6.13. Restructurer et renforcer le Bureau du Crédit Agricole (BCA), comme
institution spécialisée dans le financement de MPE agricoles viables ;
6.14. Mettre en place la Société Générale de Financement d‟Investissements
d‟Entreprises (SOGEFINE), véritable banque de développement
dédiée au financement des projets d‟investissement majeurs, devant
permettre à l‟État Haïtien de provoquer des investissements privés
dans des secteurs jugés stratégiques par la mobilisation et l‟apport
d‟un « seed capital » en vue d‟une participation publique pouvant
aller jusqu‟à hauteur de 40% ;
6.15. Favoriser, par des mesures fiscales audacieuses, la mise en place de
sociétés spécialisées dans le développement des dispositifs financiers
novateurs et complémentaires, tels le capital-risque (prise de
participation), les fonds de garantie, le crédit-bail, pour soutenir la
création et le développement de Petites et Moyennes Entreprises
nationales ou conjointes internationales («joint ventures»), dans des
secteurs spécifiques identifiés et des zones ciblées ;
6.16. Mettre en place des mécanismes prévoyant l‟octroi de contributions
financières, de prêts à conditions avantageuses, ou d‟autres aides
directes ou indirectes en soutien à des PME exportatrices et / ou pour
l‟établissement d‟entreprises nationales ou des «joint ventures», dans
des secteurs spécifiques identifiés et des zones ciblées ;
6.17. Mettre en place des mécanismes en vue de faciliter le financement des
entreprises d‟exportation, dont le crédit à l‟exportation (des fonds de
garanties pour des prêts à des conditions avantageuses garantis par des
contrats d‟exportation) ;

65
I.2.2. Deuxième orientation : Favoriser la création et l’augmentation des
opportunités économiques à l’échelle du territoire national

Cette deuxième orientation est basée sur la promotion active du


développement de l‟économie des régions et l‟activation des potentialités
des divers territoires du pays. Elle cherchera fondamentalement à :
 Promouvoir la création de territoires plus compétitifs en vue de tirer
un meilleur parti des ressources des diverses zones de l‟espace
national ;
 Améliorer la productivité des facteurs de production, les niveaux de
production, ainsi que la compétitivité des entreprises en mettant
l‟emphase sur le développement des infrastructures économiques de
base.
Les stratégies spécifiques se déclinent comme suit :

Axe 1 : Initier et promouvoir le partenariat au développement régional

A côté des stratégies prévues à la Première Orientation de l‟Axe 2, le


Partenariat au Développement Régional est fondé sur la mobilisation des
capacités privées pour la valorisation des potentialités naturelles et
stratégiques des grandes régions d‟Haïti, et s‟articule autour des principes
suivants :
o Le développement de pôles économiques régionaux de croissance et de
corridors de développement ;
o Le choix, le financement et la gestion participative privée des
infrastructures et des équipements de développement économique et
social compatibles aux spécificités de chaque région ;
o Les infrastructures institutionnelles et physiques d‟intégration et de
diversification économique interrégionale ;
o L‟encadrement incitatif à l‟intégration directe des pôles économiques
régionaux à l‟économie internationale ;
o La participation incitative et la promotion stimulante (directe et/ou
indirecte) des montages des grands projets innovants, à effets
d‟entraînement et à externalités positives potentiellement élevés.

66
Axe 2 : Mettre en œuvre une politique de zones économiques spéciales
pour le développement des infrastructures économiques de base.

Les mesures spécifiques suivantes complètent cette stratégie :


2.1. Favoriser la mise en œuvre de Pôles économiques régionaux de
croissance et de corridors de développement par l‟application
agressive d‟une politique d‟investissements dans les infrastructures
d‟appui au développement de réseaux d‟équipements nécessaires,
dans le cadre d‟une démarche de planification territoriale et
d‟aménagement du territoire :
2.2. Des ports internationaux et de cabotage ainsi que les équipements
associés
o Des aéroports internationaux et régionaux
o Des réseaux électriques régionaux et des systèmes de génération
associés
o Des réseaux téléphoniques
o Des réseaux urbains de gaz et d‟énergie aux ménages et aux entreprises
o Des axes autoroutiers régionaux
o Des réseaux de systèmes d‟irrigation
o Des réseaux nationaux d‟entrepôts de produits stratégiques
o Des ensembles de parcs industriels et de zones franches industrielles et
commerciales
o Des réseaux d‟entrepôts garantissant les services d‟exportation et la
continuité de la chaîne du froid
o Des bâtiments publics d‟administration et d‟information :
2.3. Attribuer des concessions de zones touristiques pour investissements
(voir politique sectorielle en tourisme) ;
2.4. Favoriser la revitalisation des zones agro-industrielles. A cet effet, il
convient de favoriser l‟émergence de services d‟appui financier, de
banques d‟intrants, de paquets techniques, de structures de formation
et de recherche, de facilités de stockage, dans quelque cinq (5)
grandes zones agro-industrielles ;
2.5. Favoriser la dynamisation de la zone frontalière, en renforçant les
capacités de commercialisation, notamment par la construction de
cinq (5) grands marchés régionaux modernes de plusieurs milliers de
mètres carrés, avec de grands espaces d‟entreposage, à Ouanaminthe,
Belladère, Lascahobas, Malpasse et Anse-à-Pitres ;
De façon spécifique :

67
2.6. Élaborer et mettre en œuvre un projet intégré fédérateur dans la région
du Sud, intitulé « La Porte du Grand Sud », susceptible de drainer des
investissements majeurs dans les infrastructures, le tourisme,
l‟agriculture, l‟agro-industrie, avec :
i. la construction de l‟Aéroport International des Cayes, comme
locomotive ;
ii. associé à l‟autoroute Cayes –Jérémie en construction ;
iii. le programme d‟assainissement des villes Les Cayes, Jérémie et
Miragoâne ;
iv. le développement de la route Cayes – Port Salut – Côteaux – Port à
Piment – les Anglais, et son prolongement pour contourner Tiburon,
traverser Dame Marie et rejoindre Jérémie par l‟ouest ;
v. le développement d‟autres routes secondaires qui traversera la presqu‟île
pour relier le Département du Sud au Département des Nippes à partir
d‟Aquin ;
vi. le prolongement de la route des Nippes à partir de Miragoâne jusqu‟à la
presqu‟île des Baradères ;
vii. la revitalisation du Projet « Port du Sud » à Saint-Louis du Sud ;
viii.l‟attribution de concessions de zones touristiques ;
ix. la dissémination de marinas dans toute la presqu‟île du sud, de Corail, en
passant par Pestel, les îles Cayemites, Port-Salut, île à Vache,
St_Louis du Sud, etc., qui sera associée au développement immobilier
de luxe (condos, habitations de luxe) par des étrangers et des haïtiens
de la diaspora (notamment les professionnels retraités) ;
x. le développement de la navigation maritime de plaisance ;
xi. le développement de la pêche par le renforcement des organisations de
pêcheurs, leur capitalisation (équipements, bateaux, chambres
froides), le renforcement des circuits de commercialisation ;
Un tel Projet impulsera le développement du Grand Sud, par la mise en
valeur des potentialités touristiques (les sites naturels parmi les plus
beaux d‟Haïti, grottes et nombreuses plages du Sud et de la Grande
Anse et des Nippes), éco-touristiques, agricoles et agro-industrielles.
2.7. Élaborer et mettre en œuvre un projet intégré fédérateur dans le
Département du Nord, intitulé « Pôle du Grand Nord Historique »,
susceptible de drainer des investissements majeurs dans les
infrastructures, le tourisme, l‟agriculture, l‟agro-industrie, avec les
actions suivantes :
i. construire l‟Aéroport International du Grand Nord Historique, pour jouer
le rôle de locomotive ;
68
ii. capitaliser sur la route Cap-Haïtien – Ouanaminthe, pour avoir, à
proximité du Cap-Haïtien, une deuxième zone franche industrielle
dans le Nord du pays ;
iii. construire un grand marché public régional de plusieurs milliers de
mètres carrés, avec de grands espaces d‟entreposage, à Ouanaminthe,
en vue de favoriser le développement des activités commerciales et de
confirmer la vocation commerciale de cette ville frontalière ;
iv. promouvoir l‟établissement d‟une zone franche commerciale sur l‟axe
Fort-Liberté – Ouanaminthe, en vue d‟inverser la dynamique
commerciale actuellement en faveur de la République Dominicaine.
Cette zone franche commerciale permettrait des activités de
réexportation vers la République voisine ;
v. promouvoir la construction d‟un parc technologique, à proximité de
l‟Université (don de la République Dominicaine) à Trou du Nord ;
vi. prolonger la route nationale RN3 de Hinche jusqu‟au Cap-Haïtien ;
vii. reconstruire le tronçon de la route nationale RN1 de Gonaïves au Cap-
Haïtien ;
viii.promouvoir les investissements autour de la mise en œuvre du Plan
Directeur du Tourisme pour le Nord ;
ix. mettre en œuvre un important projet d‟urbanisation et d‟assainissement
de la ville du Cap-Haïtien ;
x. rationaliser l‟exploitation et la gestion du Parc National Historique du
Nord, comprenant le Palais Sans-Souci, la Citadelle Henry Christophe et
le site fortifié des Ramiers à Milot, et s'étendant sur une superficie totale
de 27 km2 ; dans cette perspective, étudier la faisabilité de l‟installation
d‟un réseau de téléphérique pour en faciliter l‟accès ;
xi. capitaliser sur le succès du concept Labadie pour développer d‟autres
zones touristiques, notamment Chouchou Bay ;
xii. promouvoir la réalisation d‟un important développement touristique à
Fort-Liberté qui, selon le Plan Directeur du Tourisme, représente un site
qualifiable avec de grandes potentialités ;
xiii.promouvoir agressivement les investissements pour la mise en valeur et
le développement du secteur minier dans le Nord-est ;
2.8. Mettre en œuvre un programme de désenclavement des zones de
production rurale enclavées et faiblement intégrées à l‟économie, dont la
principale composante est la construction/réhabilitation des pistes, des
routes secondaires ainsi que des routes tertiaires, en favorisant l‟accès
aux marchés ainsi que les liaisons inter-marchés, particulièrement entre
les marchés régionaux et les marchés locaux. A cet effet :
69
Appliquer un programme de développement du Corridor comprenant
Les communes côtières, comme Baie de Henne, Môle Saint-Nicolas,
Port-de-Paix, St-Louis-du-Nord et Anse à Foleur ;
Désenclaver le Nord-Ouest et améliorer la communication intra-
départementale, en construisant ou en réhabilitant :
i) deux aéroports régionaux : un au Môle Saint-Nicolas, et un autre à Port-
de-Paix ;
ii) la route Gonaïves – Port-de-Paix par Gros-Morne ;
iii) la route Gonaïves – Môle Saint-Nicolas
iv) le pont sur les Trois-Rivières, permettant de relier Port-de-Paix au Môle
Saint-Nicolas ;
v) les ponts sur le tronçon Gros-Morne – Port-de-Paix ;
Capitaliser sur la route Cayes – Jérémie pour désenclaver la Grande
Anse et améliorer la communication intra-départementale, en
appliquant un programme de développement de la route
départementale reliant Anse d‟Hainault à Pestel.
Améliorer la communication intra-départementale dans les Nippes, en
appliquant un programme de développement des routes secondaires et
de la route reliant Miragoâne à Petit-Trou de Nippes ;
2.9. Améliorer la communication intra-départementale dans le Sud-Est, en
appliquant un programme de développement de la route
départementale dans le corridor Anse-à-Pitres à Côte de Fer, en
passant par Jacmel et Bainet ;
2.10. Mettre en œuvre un programme de développement du Département de
l‟Artibonite, « Pôle de l‟Artibonite profond ».
a.- Renforcer le développement de la Vallée de l‟Artibonite par :
l‟établissement d‟un Fond de Développement de la Vallée de
l‟Artibonite ;
l‟établissement d‟une Faculté d‟Agronomie et d‟un Centre de
recherche au Cœur de la Vallée ;
le renforcement de l‟école moyenne d‟agriculture de la vallée de
l‟Artibonite (EMAVA)
b.-Renforcer la capacité d‟irrigation de la plaine de l‟Artibonite
partiellement exploitée (53% des terres irrigables seulement), en vue de
porter la surface irrigable à 90%.
c.-Mettre en œuvre un programme de réhabilitation et de
modernisation des marchés régionaux d‟importance à St-Michel de

70
l‟Attalaye, l‟Estère, Pont-Sondé – Verrettes, avec des espaces d‟entreposage
stratégiques de plusieurs milliers de mètres carrés ;
d.-Confirmer le rôle de position centrale de carrefour stratégique de
Gonaïves, ville transit entre l‟Ouest, le Nord, le Nord-Ouest et le Nord-Est,
et port ouvert au commerce extérieur, en réhabilitant le Wharf des Gonaïves
et le Wharf Sedren, en dotant la ville d‟espaces d‟entreposage stratégiques
de plusieurs dizaines de milliers de mètres carrés ;
e.-Renforcer l‟assainissement de la ville des Gonaïves ;
f.-Mettre en œuvre un programme d‟assainissement de la ville
de Saint-Marc ;
g.-Renforcer les programmes de réhabilitation de l‟environnement en
amont de la ville des Gonaïves ;
h.-Promouvoir des investissements en vue de l‟établissement d‟un
parc industriel au Wharf Sedren, avec une minoterie, une usine de
production d‟huile de soja (approvisionnée par des dons de la coopération
brésilienne ou argentine, deux des plus grands producteurs mondiaux de
soja), une usine de production d‟aliments pour bétail (alimentée par les
tourteaux de soja provenant de l‟usine, du son de riz de l‟Artibonite), une
usine de traitement de la mangue francique pour l‟exportation, une usine de
désalinisation de l‟eau de mer pour produire l‟eau potable ;
i.-Construire un nouvel hôpital départemental de 1,000 lits à
Gonaïves et de 1,000 lits à Saint-Marc ;
j.-Construire un centre de soins materno-infantiles de 500 lits à
Gonaïves et de 500 lits à Saint-Marc ;
k.-Renforcer les capacités du port de Saint-Marc, avec la
construction de deux wharfs, un dédié au commerce extérieur, avec des
espaces d‟entreposage de plusieurs dizaines de mètres carrés. Le deuxième
wharf deviendrait une tête de pont régionale du cabotage, et un centre
majeur de collecte de produits agricoles de la région de l‟Artibonite ;
l.-Construire deux (2) nouveaux marchés publics de 3,000 places
chacun aux Gonaïves ;
m.-Construire deux (2) nouveaux marchés publics de 3,000 places
chacun à St-Marc ;
n.-Mettre en œuvre un Programme de routes secondaires renforçant
les communications entre : 1) Gros-Morne, Anse-Rouge et Terre-neuve ; 2)
Ennery, Marmelade, St-Michel de l‟Attalaye et Dessalines ;
o.-Construction de marchés publics à Gros-Morne, Anse-Rouge et
Terre-neuve, et au Carrefour de Marmelade ;

71
p.-Mettre en œuvre un Programme de conservation du patrimoine et
de développement du tourisme : 1) Tourisme religieux à Souvenance,
Soukri et Badjo, car tout au long de l‟année, plusieurs événements culturels
et des fêtes champêtres peuvent être associés ; 2) Mettre en valeur le
patrimoine historique du pays : les maisons impériales et forts à Dessalines,
le Fort la Crête-à-Pierrot à Petite Rivière de l‟Artibonite, le Palais aux 365
portes du Roi Christophe, le Mémorial de l‟Indépendance aux Gonaïves et la
Place d‟Armes, l‟habitation de Toussaint Louverture à Ennery, la Ravine-à-
Couleuvres à l‟Estère ;
q.-Construire deux gares routières de grande capacité au nord et au
sud des Gonaïves ;
r.-Construire deux gares routières de grande capacité au nord et au
sud de Saint-Marc ;
s.-Construire 3,000 logements à loyer modique aux Gonaïves et
2,000 à Saint-Marc ;
t.-Construire un centre de formation professionnelle publique à
Saint-Marc et à Gros-Morne ;
u.Renforcer l‟accès à l‟eau potable dans les chefs lieux de chaque
arrondissement ;
2.11. Mettre en œuvre un programme de désenclavement des zones de
production rurales enclavées et faiblement intégrées à l‟économie du
Département du Centre. A cet effet :
1. Capitaliser sur la construction de la Route Nationale No. 3 et du Barrage
Hydro-électrique sur le fleuve Artibonite pour établir un pôle agro-
industriel entre Hinche et Mirebalais
2. Construire l‟aéroport régional de Hinche ;
3. Promouvoir l‟organisation, la rationalisation et l‟intensification de la
filière élevage ;
4. Promouvoir l‟organisation, la rationalisation et l‟intensification de la
filière transformation agro-industrielle ;
5. Mettre en place des banques d‟intrants, des espaces d‟entreposage, et un
fond de crédit agricole du Plateau central ;
6. Mettre en place un programme visant la promotion, la systématisation de
l‟effort de développement des exportations des denrées agricoles du
Centre vers la République Dominicaine ;
7. Promotion des investissements en vue de l‟exploitation rationnelle du
potentiel argileux du Département pour répondre aux besoins de
l‟industrie de la construction ;

72
8. Améliorer les communications intra-départementales, en tissant un
réseau de routes secondaires dans le Département ;
9. Favoriser la dynamisation de la zone frontalière du Centre, en renforçant
les capacités de commercialisation, notamment par la construction de
deux grands marchés régionaux modernes de plusieurs milliers de
mètres carrés, avec de grands espaces d‟entreposage, à Belladère, et à
Lascahobas, et d‟un réseau de marchés sous-régionaux à Cerca la Source
et Thomassique, puisque le Centre offre quatre (4) accès sur la
République Dominicaine : Cerca la Source, Thomassique, Belladère et
Savanette ;
2.12- Construire un hôpital départemental de 750 lits à Hinche et un centre
de soins materno-infantiles de 250 lits à Mirebalais ;
2.13- Mettre en œuvre, sur une base décentralisée et en partenariat avec les
partenaires sociaux (secteur privé des affaires, syndicats, acteurs de
l‟économie sociale et solidaire), un programme de développement de
centres de formation professionnelle, avec au moins un centre de
formation professionnelle dans chacun des arrondissements du pays ;
2.14- Financer un programme « Chantiers d‟Haïti ». Ce volet concerne
l‟urgence d‟une part d‟améliorer les conditions des vies des
communautés vulnérables, et vise la réhabilitation et l'équipement, au
niveau d‟une vingtaine de municipalités, chefs-lieux d‟arrondissements,
des infrastructures scolaires, de bibliothèques municipales et
d‟installations sportives, d‟infrastructures sanitaires, des voiries, de
salubrité et d‟assainissement, ainsi que de la desserte en eau potable ;

1.2.3.-Troisième orientation : Développer prioritairement les secteurs


porteurs, à fort potentiel de création de valeur ajoutée

Par cette politique, le quinquennat vise globalement à promouvoir le


développement de la production et la création de richesses l‟emploi
productif dans l‟agriculture, dans les secteurs à potentiel de valeur
ajoutée et /ou d‟exportation prioritaires, ainsi que dans certains secteurs
spécifiques ciblés privilégiés.
De façon spécifique, ce volet de la politique économique vise à :
 Améliorer la capitalisation et la production dans l‟agriculture ;

 Augmenter les investissements, la production et les emplois productifs

dans des créneaux traditionnels de substitution aux importations et dans


des secteurs d‟exportation ;

73
 Favoriser le renforcement et le développement du secteur de la
construction immobilière ;
 Augmenter la contribution du secteur de l‟économie sociale et

solidaire (coopératives, mutuelles, fondations, associations), à la création


d‟emplois productifs, en l‟associant aux efforts de reconstruction,
d‟intégration économique et sociale de la population haïtienne.

Axe 1 : Mesures de nature générale


1.1. Appuyer l‟organisation de réseaux d‟information sur les filières et
créneaux de production, de commercialisation et d‟exportation.
1.2. Favoriser l‟animation de cercles d‟interaction, d‟échanges
d‟information et de partage d‟expériences, sous forme d‟ateliers de
travail, en vue d‟améliorer la connaissance des potentialités et des
contraintes des secteurs et filières de production porteurs et de favoriser
le développement de synergies bénéfiques entre les entrepreneurs.
1.3.-Mettre en place, pour les filières et secteurs identifiés porteurs, des
commissariats industriels au développement de marchés, véritables
agences responsables de fonctions de promotion, d‟animation et
d‟organisation des filières.
1.4.-Mettre en place un Centre National de Promotion des Exportations,
véritable réseau pour le développement des exportations, dans le cadre
d‟un partenariat liant l‟État (Ministère du Commerce & de l‟Industrie,
Ministère de l‟Économie & des Finances, Ministère des Affaires
Étrangères, Ambassades & Consulats), les Chambres de Commerce &
d‟Industrie, les organismes et agences de promotion et d‟organisation des
filières, les agences de développement régional, ainsi que les universités
et centres de recherche du pays

1.5.-Mise en place, dans le cadre de ce Centre des Exportations, un


Observatoire du Commerce Extérieur, qui serait un véritable système
d‟information Commerciale et d‟intelligence des marchés mondial et
régional.

Axe 2 : Augmenter les investissements, la production et les emplois


productifs dans des créneaux traditionnels de substitution aux
importations, dans des secteurs d’exportation et de réexportation.

74
2.1-Mettre en place un programme visant le développement de parcs
industriels dans des pôles urbains en dehors de l‟aire métropolitaine
(tels Cap-Haïtien, Gonaïves, St-Marc, Jacmel, Cayes, Miragoâne) pour
des entreprises desservant le marché local ou l‟exportation. Ce
programme concerne :
Le textile et la confection vestimentaire dans le cadre des Lois HOPE
II et HELP ;
Les articles et matériels électriques, électrotechniques, électronique et
mécaniques ;
Les articles et composants de la technologie énergétique
solaire (panneaux, ampoules, luminaires et filières associés, et autres
applications);
Les dérivés, composants et produits reconstitués de la bioénergie ;
Le recyclage et la réhabilitation d‟équipements et de composants
électroniques et électrotechniques ;
Les articles manufacturiers légers (équipements de cuisine, meubles et
accessoires en bois, plastic et métaux…) ;
Les articles et produits de l‟artisanat, standardisés suivant les marchés
de destination.

2.2 Valoriser l‟artisanat et les petits métiers urbains par le développement


de l‟accès aux ressources productives (formation et encadrement
technique, crédit, services aux entreprises).

2.3-Mettre en place, dans le cadre de la politique de «pays ouvert aux


investissements» (voir Première Orientation Axe 2, stratégie 2.2.), un
Programme énergique de promotion des investissements et des
concessions touristiques dans des sites identifiés.

2.4-Favoriser le développement des auberges villageoises, des filières


éco-touristiques, et des filières touristiques culturelles, visant
l‟exploitation du potentiel culturel et historique du pays, dans le cadre de
la démarche de développement local.

2.5-Mettre en œuvre un programme de développement du potentiel du


secteur minier, aux fins de faciliter les activités d‟extraction et de
transformation de ressources minières, dans le cadre de la politique de

75
«pays ouvert aux investissements» (voir Première Orientation Axe 2,
stratégie 2.2.).

2.6-Mettre en œuvre une politique d‟appui à l‟innovation technologique


et au développement des initiatives dans le secteur des technologies de
l‟information et de la communication, de la technologie énergétique
solaire, de la bioénergie.

2.7-Favoriser l‟amélioration de la compétitivité des entreprises nationales


en mettant en place des mesures visant :
o l‟encadrement qualitatif et normatif des unités productives ;
o la baisse de leurs coûts productifs via l‟augmentation règlementée de
la disponibilité et de l‟accessibilité aux intrants productifs et aux
crédits sectoriels bonifiés ;
o la promotion commerciale des biens et services fabriqués en Haïti

Axe 3 : Favoriser le renforcement et le développement du secteur de la


construction.

3.1- Mettre en place une structure de financement spécialisée, une


Société Haïtienne d‟Hypothèque et de Logement (SHHL), qui gère un
fonds d‟hypothèque et de financement de logements, dans le cadre de
la mise en œuvre de la reconstruction du pays (voir politique sociale
du Président JEA) ;
i) subventionner les logements sociaux
ii) faciliter l‟accès des coopératives de logement au financement
hypothécaire ;
iii) faciliter l‟accès à la propriété d‟un logement, moyennant la
garantie de prêts hypothécaires.

3.2- Financer les grands travaux pour la reconstruction :


iv) des administrations et édifices publics ;
v) des écoles publiques ;
vi) des hôpitaux publics.

3.3- Mettre en place un mécanisme financier pour la reconstruction des


écoles privées, des infrastructures du secteur privé (industriel,
commercial et de services).

76
3.4- Favoriser le renforcement et le développement des capacités des
PME nationales à migrer dans l‟industrie de la production des
composants, des matériaux et des intrants parasismiques, et dans
l‟utilisation des technologies et normes de construction parasismique.
Favoriser des consortiums Entreprises Étrangères et Entreprises
Nationales lors de l‟attribution des contrats de reconstruction et/ou
utiliser des mesures de discrimination positive pour l‟attribution des
contrats à des PME haïtiennes.

3.5- Favoriser le développement de l‟immobilier industriel pour les


entreprises et les services dans les nouveaux Pôles Economiques
Régionaux ;

3.6- Adopter des mesures d‟incitations fiscales et douanières spécifiques


pour les PME du secteur des transports et de la construction de
bâtiments servant les secteurs ciblés.

Axe 4 : Augmenter la contribution du secteur de l’économie sociale et


solidaire (coopératives, mutuelles, fondations, associations), à la
création de valeur ajoutée et de richesses

Appuyer la mise en œuvre de programmes, dans le cadre d‟une démarche de


développement local, visant le développement des activités de l‟économie
sociale et solidaire dans les secteurs où les besoins restent jusqu‟ici
largement insatisfaits en Haïti, notamment dans les secteurs de la micro-
finance, des services sociaux de base (soins de santé, services éducatifs), de
la nutrition, de la protection et de l‟assistance sociale, de l‟assainissement,
de la protection de l‟environnement, de la protection de l‟enfance (centres
d‟accueil et de rééducation), etc.

77
II. Résultats d’ensemble attendus

1. Création de 800 000 à 1 200 000 emplois nouveaux dans les divers
secteurs d‟activités, dont plus de 50% dans les services et activités à
valeur ajoutée ;
2. Emergences de groupes nouveaux et modernes d‟entrepreneurs dans
les divers secteurs d‟activités ;
3. Structuration et renforcement des secteurs et activités porteurs
bénéficiaires des incitations ;
4. Elargissement significatif des groupes sociaux à revenus moyens et
intermédiaires ;
5. Elargissement de la base entrepreneuriale du nombre de PME/ PMI
productives et commerciales de biens et de services ;
6. Augmentation significative et modernisation du bâti (logements
économiques, résidentiels et industriels/entreprise) ;
7. Emergence des groupes d‟investisseurs et d‟entreprises régionales
puissants et à succès ;
8. Augmentation du nombre de contribuables fiscaux et des recettes
publiques
9. Augmentation des investissements privés dans les divers secteurs
10.Augmentation des investissements publics dans les divers secteurs et
dans les diverses régions ;
11.Amélioration de l‟attractivité d‟Haïti vis-à-vis des investisseurs privés
et institutionnels étrangers ;
12.Augmentation significative des exportations haïtiennes et de la valeur
ajoutée des produits exportés ;
13.Maintien du taux de croissance économique entre 7 et 12% l‟an ;
14.Augmentation du nombre de ports ouverts au commerce extérieur ;
15.Augmentation du nombre d‟aéroports desservant les grandes régions
16.Amélioration de l‟approvisionnement national à prix stables pour des
périodes allant de 12 à 20 semaines, et l‟augmentation de la
disponibilité alimentaire accessible à toutes les bourses ;
17.Diversification accrue de l‟économie nationale et intensification de
son intégration à l‟économie mondiale ;

III. Certains résultats pour les 12 premiers mois du quinquennat


- Création immédiate d‟au moins de 350 000 postes de travail dans la
construction, les transports, la réhabilitation des infrastructures

78
routières et agricoles, la sous-traitance, l‟environnement, l‟agro-
industrie et les services ;
- La réduction visible de la cherté de la vie pour les plus démunis via
(fourniture des appuis à la scolarisation des enfants, aux soins de
santé, à la baisse des coûts de transport, aux subventions des
loyers…) ;
- L‟appui au relogement d‟au moins 20 000 familles dans des
logements permanents ;
- La réalisation des Master Plans d‟aménagement et d‟occupation dans
les Départements accueillant les Nouveaux Pôles Economiques
Régionaux (NPER) et le Cadastre associé ;
- Publications et applications des lois économiques incitatives adoptées.

IV. Stratégie de mise en œuvre de la politique économique

La politique économique sera mise en œuvre en jouant sur :


i) les leviers de type légal ou réglementaire : lois économiques à
voter, pouvoir à déconcentrer, champs de compétences à
transférer ;
ii) les leviers de type institutionnel : agences de développement
régional, agences de promotion et de facilitation des
investissements, commissariat industriel, concertation des acteurs,
Société Générale de Financement, Bureau du Crédit Agricole,
Société d‟Hypothèque et de Logement ;
iii) les réformes à initier pour une bonne gouvernance et l‟instauration
de l‟État de droit, l‟administration de la justice, la lutte contre la
corruption, la gestion de la sécurité publique ;
iv) Les leviers de type financier : fonds de la reconstruction,
coopération internationale, ressources fiscales internes,
participation privée dans le financement des infrastructures
économiques de base ;
v) La mobilisation des investissements privés (étrangers directs,
diaspora, haïtiens de l‟intérieur).
Au niveau du pilotage, il est considéré la mise en place, au sein du
Conseil des Ministres, d‟un Comité des Priorités Économiques chargé de
l‟application cohérente, de la coordination et du suivi de toutes les
politiques du Gouvernement en matière économique4.
4
Considérant que le Gouvernement devra élaborer et appliquer plusieurs politiques et programmes en
matière économique et sociale, et afin d‟éviter la multiplication des comités, il est pertinent de créer ce
79
Pour terminer

Haïti, en ce début de 21ème siècle, a l’une des populations les plus jeunes au
monde, avec 40% de la population âgée de moins de quinze (15) ans. Les
jeunes âgés de moins de 20 ans représentent plus de la moitié de la
population, soit 52% environ, et ceux de moins de 25 ans près de 62%.

Ces chiffres mettent en évidence la richesse potentielle dont font état les
études sur le développement du pays à savoir : la jeunesse de sa population.
Ils mettent également en évidence les menaces pour le développement
économique et social dans le cas du maintien du statu quo (régression
économique, absence d‟opportunités, chômage et sous-emploi chronique des
jeunes) au moment où six haïtiens sur dix ou sont au chômage, ou sont
affectés par le sous-emploi. Ces chiffres indiquent surtout les défis à relever,
en ce début du troisième centenaire de l‟Indépendance Nationale, en matière
d‟éducation, de formation professionnelle, d‟investissements en vue
d‟arriver à la création de valeur ajoutée, de croissance et de richesses.
Relever ces défis signifie de grandes opportunités d‟emplois productifs,
d‟accroissement des revenus des familles, de l‟épargne et de
l‟investissement et d‟effets multiplicateurs importants pour le
développement humain.

Est-il possible d‟ouvrir cette «fenêtre d’opportunité» ? C‟est possible, s‟il y


a une claire conscience dans la société haïtienne de l‟existence de cette
«fenêtre», de ses implications économiques et sociales, et de la nécessité
absolue de sortir des sentiers battus et d‟appliquer des politiques inédites en
matière économique.

Comité des Priorités Économiques qui viendrait coiffer toutes les initiatives en matière économique.
80
EN GUISE DE CONCLUSION

ÉLÉMENTS DE STRATÉGIE DE MISE EN ŒUVRE

81
La mise en œuvre de ces grandes orientations du quinquennat s‟articule
autour de cinq (5) catégories d‟approches stratégiques. Elles sont appelées,
le cas échéant, à être complétées. Considérons d‟abord les opportunités et
contraintes du contexte et de l’environnement, les atouts sur lesquels il sera
possible de capitaliser et les points faibles qu‟il faudra s‟efforcer de rectifier.
La jeunesse de notre population est un atout majeur sur lequel s‟appuiera
l‟action de mon quinquennat, une jeunesse à laquelle il faut donner les
motifs d‟espérer dans un avenir meilleur, et dont il faudra investir l‟intrépide
inventivité dans la lutte pour le changement. En fonction de leur capacité, je
prends l‟engagement de lancer des cohortes de jeunes dans le travail de
réhabilitation de l‟espace haïtien avec de grands chantiers écologiques, de
grands travaux de voirie et d‟assainissement, ainsi que le réaménagement de
bassins versants, sans oublier la campagne d‟alphabétisation et la défense
civile lors de catastrophes. Mais en même temps, la croissance
démographique galopante que connaît notre pays est une contrainte lourde
qui doit être et sera freinée par le renforcement des programmes appropriés
de contrôle des naissances, de manière à permettre aux fruits générés par nos
politiques, programmes et projets intégrés de développement de la
production nationale de mieux répondre aux besoins de la population.
Notre culture offre de belles opportunités que nous exploiterons et
développerons par des stratégies incitant et aidant les créateurs artisans et
artistes, les musiciens, les peintres et les écrivains à se regrouper pour faire
connaître et mettre en marché leurs créations à travers des véhicules
comme les forum, foires, expositions permanentes ou ambulantes, aussi bien
à l‟intérieur qu‟à l‟extérieur. Cette approche contribuera à améliorer l‟image
du pays et à attirer des visiteurs et investisseurs étrangers. En même temps,
il convient d‟accorder la plus haute importance à la protection et la
réhabilitation des ressources patrimoniales du pays abandonnées à un
processus de dégradation inqualifiable. Là encore l‟ardeur des jeunes, sur la
base d‟un encadrement assuré par des ressources expertes, peut être mise à
profit de manière judicieuse et féconde.
La beauté, la diversité et la magnificence de notre environnement physique,
ainsi que les attraits infinis de notre culture fournissent d‟importantes
opportunités dont une exploitation efficace constituera une base importante
pour le développement touristique, la création de richesses et d‟emplois.

82
La deuxième catégorie d‟éléments de stratégie consistera dans la mise en
place et l‟application rigoureuse d‟un train de mesures qui devront
contribuer à une diminution significative voire l‟élimination de l‟instabilité
institutionnelle et de l‟insécurité dans notre pays. Parmi ces mesures,
signalons le recours au principe du mérite comme mode de recrutement et
d‟octroi de promotion au sein de la fonction publique, la création d‟un
Office de l‟Inspection générale de la Fonction Publique, la mise sur pied
d‟un observatoire de la Réforme, tel qu‟indiqué dans le chapitre relatif à la
réforme de l‟Etat, la mise en place de canaux de communication
fonctionnels permettant aux citoyens d‟être informés de toutes les étapes et
dimensions entourant le fonctionnement de la machine publique, entre
autres.
La troisième catégorie d‟éléments de stratégie de la mise en œuvre de notre
programme a trait au processus de dialogue que je compte développer de
manière systématique en vue de mobiliser, à l‟intérieur du pays, l’ensemble
des composantes de la société civile : le secteur public et le secteur privé, les
associations de jeunes, étudiants et travailleurs, les associations
socioprofessionnelles, les associations paysannes, les organisations
populaires, les syndicats, le patronat, les chambres de commerce, etc. Ainsi
seront rétablies et consolidées les relations de confiance entre gouvernants et
gouvernés et entre les gouvernés eux-mêmes. Cette stratégie s‟inscrira dans
le temps (court, moyen et long termes) apportant synergie et conjugaison des
ressources de toutes natures, même modestes, des uns et des autres, à
l‟œuvre de la reconstruction et du développement durable de notre pays.
Dans ce vaste konbit national, l‟État verra à assurer la gestion efficace et
efficiente de ses propres institutions et organisations, l‟amélioration du
fonctionnement des cadres normatifs et réglementaires existants et la
création au besoin de nouveaux plus appropriés et mieux adaptés à
l‟évolution de la situation et à assurer le suivi et le contrôle de leur
application. Au-delà de ce rôle fondamental qui est le sien auquel s‟ajoute
sa mission de dispensatrice de biens et services publics, l‟État laissera au
secteur des affaires le soin de bien jouer sa partition, liée à l‟entreprenariat
de production et de commercialisation de biens et services privés portés sur
un libre marché, répondant aux besoins et à la demande de la population,
cela dans le respect des politiques, des normes et règlements établis.
La quatrième catégorie d‟éléments stratégiques de mise en œuvre de notre
programme, consistera dans l‟établissement à l‟interne d‟un partenariat
83
vigoureux entre le secteur public et le secteur privé. À l’externe, nous savons
que la contribution, traduite par les transferts monétaires au pays de la
grande famille haïtienne, à travers ses diverses communautés implantées à
travers le monde, est déjà énorme. Je m‟engage à prendre dès mon
accession à la présidence les dispositions et mesures nécessaires pour que
nos frères et sœurs du dehors, qui ont une autre citoyenneté et qui le
désirent, recouvrent leur nationalité haïtienne avec tous les droits et
privilèges qu‟elle confère. Cela, pour qu‟ils puissent participer pleinement
aux différentes sphères d‟activités de la vie nationale, sociopolitique,
socioéconomique et socioculturelle, constituant ainsi un éminent atout
stratégique pour la reconstruction et le développement de notre pays.
À un autre niveau, il y a nos amis de la Communauté internationale avec
lesquels nous maintiendrons et consoliderons nos relations de solidarité et de
partenariat, tout en recherchant à diminuer progressivement la dépendance
du pays de l‟Extérieur.
La cinquième et dernière catégorie d‟éléments stratégiques de mise en
œuvre de notre programme concerne le style de leadership et la gouvernance
que je m‟engage à mettre en application. Un leadership de type participatif,
articulé autour du double principe de la responsabilisation des acteurs
individuels et institutionnels et de la reddition de compte. Une gouvernance
renouvelée, qui sera basée sur un consensus national que je m‟évertuerai à
construire sur les orientations et priorités à partager, relatives aux principaux
enjeux du plan de reconstruction et de développement de notre pays. Elle
sera articulée autour de pouvoirs partagés entre les instances et institutions
du niveau central et celles des collectivités territoriales et guidée par le
principe effectif du respect réciproque des responsabilités des uns et des
autres. Une gouvernance respectueuse des principes de la démocratie et de
l'éthique et qui aura comme boussole la recherche du bien-être collectif et
l‟amélioration du sort des plus démunis de notre société.
Je ne me fais pas d‟illusion : la tâche est colossale et la route sera longue.
Voilà pourquoi je veux m‟y colleter sans tarder avec tous ceux et celles,
Haïtiens et Haïtiennes du dedans et du dehors et amis de la communauté
internationale que je sollicite à s‟y engager résolument avec moi, pour jeter
ensemble au cours de mon quinquennat les fondations de cette nouvelle
Haïti.

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