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J~ /M~

Année 1
) t BIBUQTHËQUE
DH PHtLOSOt'tHM CONTEMPORAtNE

L'ANNEE C

SQCtOLOGtQUE
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ÉMtLE DURKHEIM
~'[ofe<M)Nf de t~ei")''ttk A h t'<tcuh< 'te), tettrtt do )'UaiYet"iit<) <te Bontotmt

AVt!t;MOOLt.ttjO«*TtO'<DK!t)f.

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BtOHAHC. dMtM<'tt)<ttMt;E. t.EVV.'t"<'<M'<<hT«t)haM
aoUOLt. 'Mt'M <t' rmtttMMM t )'Ut.t'<M))< dt MmetjpttBtt
FAUCONWBT, HUeMT~AfX!, MAU66. A. M)t.WAUO, MUFFANQ. PAHOO<
S)M)AM&, )MftMmtt <~(f* <t"r~'t))<'<n)t<

ANNÉE
PRENtÈM (iMe-tMTy
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B. Btt~tetXt. – ta p~ftiMoK de MMCf~ et wt
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0. ShaMf). – CeMM<'x< <et /t)fMtM <M<<t~M M MMht-
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Des tmvaux du <" ju)))et tXM au M juin «9?. Sec~.
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Aott'MMt'~M~. – P<e)')t.
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PARIS
AMtBMKB UBBAtRtB GEttMBK BAtLLtt~B ET C"

FEUX ALCAN, ÉDtTEUR

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t898
L'ANNÉE

~'BIOLOGIQUE

Gi.
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LIBRAIRIE FÉLIX ALCAN

AUTRES TRAVAUX DE M. ÉMtLEDURKHEtM

De la division du travail social. <volumein-8", t893. 7 fr. 60


Les Règles de la méthode sooiologique. i volume in-tS,
MM. !!(-r.60
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méthodes actuelles. t vol. m-t2, t895. Sfr. 60
P. LAPiE. Les Cildilaations tunisiennes (MusumASs,tsKAË-
LITES, t vol. in.tS, t898
EUROPÉENS), 8 fr. 60
G. RtCHARD. Le Sooialisme et la science sociale, t vol.
in-t2,t89C. Zfr.60

~VtttUX,tttftttXtMtE PKCM*nt.<!8M~tOSStit
L'ANNÉE

SOCIOLOGIQUE C
.fUBU~ËSOUSLADtKECTtOX
A
EMtLEOURKHEtM
Pt~fesseur d~tpctoiugie & ta Faeutto de~ tettfcs de t'UniveMtK
deBordcauï.

.\Y)!CHCOLHBOMTtOSMi)M.

StMOE).,j'roffMtMft )TBittM)t<de Btriin;


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MCM<mD, M-tem
t . de muM !t )<F)(t)))ttde dm)) de ToMtouK:
ttttre'! E. ).EWY,<')xtte<t
BOUO).É,mtttre de fonMrcMMt t'L'toMrtiKde Moxtjtt.~tt.r!
FAUCCNMET,HU6EHT, LAPtE,HAUaa. A. Wtt.HAUO,MUfFAttO. PAMO),
8)M)AMO, ))mfMwnf<)tj~<tde )'t'<titcr<)M.

PREMIERE ANNÉE (M96.MC7)

). MÈMOREaORtO)MAU)t
K. B<trh)tet)tt. – t« ~M/ott/MK </e /'<Mt-M~ et
Of'tj/MC~.
t!. SbMM<'L – CoMtMt'<t//M /'onMf~ MCta/M «* ttXttH-
/tMK<'M~.
Il. ANALYSES
Uea tmvat<![ du )"jui)tct t8B6 mu 30 juin t!!9T..Softo-
<09t'e f/<')t~ff<< tf/'j/tCtMc. MMfatf, jMt-Mx~Ke,<-t'tM)i-
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Kf//f, <'CaMeK«~Mf. MtMMW.

PARtS
ANC!EXXË HBRAtUtE GKKMER BAtLHËKE ET C''

FÉLIX ËDtTEUR
ALCAN,
i08, BOUm'ABO SAtST'CBnMA)!<, <08

i898
Tottt dfoih rfMtt<<.
PREFACE


L'.htKt'c Mf/o~t~Mfn'a pas pour seul ni même pour
principal objet de présenter un tabtcau annuel do l'état où
setrouve lu titt6)'aturo~<'<Mf'M~-oct'a~u< Ainsi circons-
crite, la tache serait trop restreinte et do médiocre utilité
car les travaux de ce genre sont encore trop peu nombreux
pour qu'un organe bibliographique spécial soit nécessaire aux
travailleurs. Mais ce dont tes sociologuesont, croyons-nous,
un pressant besoin, c'est d'être régulièrement informés des
recherches qui se font dans les sciences spéciaies, histoire
du droit, des tnœurs, des retirions, statistique moraie. sciences
économiques etc.. car c'est ta que se trouvent les matériaux
avec lesquels la sociologie se doit construire. Répondre à ce
besoin, tel est, avant tout, le but de la présente publication.
11 nous a paru que, dans état actuel de la science, c'était
le meilleur moyen d'eu luter tes progrès. En e)ïet, les con-
naissances qu'un sociologue doit posséder, s'il neveut pas se
iivrerà un vain exercice de diatectiquo, sont tellement éten-
dues et variées, les faits sont si nombreux, épars de tant do
côtés qu'on a grand mai a les trouver et qu'on risque tou-
jours d'en omettre d'essentiels. JI est doue désirable qu'uu
travail préliminaire les mette davantage à ta disposition
des intéressés. Sans doute, à mesure que lu sociologie se spé-
cialisera, il sera plus facile fi chaque savant d'acquérir lit
compétence et l'érudition nécessaires pour t'ordre particulier
de prohtemes auquel il se sera consacré. Mais il s'en faut
que
ce moment soit atteint. !t y a encore trop de sociologues qui
dogmatisent journellement sur le droit, la morale, la religion
avec des renseignements de rencontre ou mémoavec les seules
lumières de la philosophie naturelle, sans parattre soupçonner
'hh.t.~
,1..t
K.))UMM)!)t).–Aun<'et!M'iot.iM7.n". «
M PKKFAC)!
_1_
qu'un nombre considérable de documeMtsont été, d'ores et
déjà. réunis sur ces questions par tes écoles ttistoriques et
ethnograpttiques de t'Alternante et de l'Angleterre. Ce n'est
donc pas faire une (cuvre Inutile que de procéder
périodique-
ment ù un inventaire de toutes ces ressources, eu
indiquant, au
moins sommairement, que) profit peut eu retirer in
sociologie.
En dehors m~ne des vues et des recherches qu'eiies peuvent
suggérer, ces analyses muthodiquesd'ouvragesspéciaux, mais
qui se complètent les uns les autres, ne sont-elles pas de
nature a (tut)tter. de ce qu'est lu rcitiitc collective, une im-
pression ptus vivante et mente une notion plus juste que les
generaiitesordinairesauxt)'aitesdep)ti)osop))iesociato?Aussi
espérons-nous t-fussir à intéresser, non seulement les socio-
loguesde profession, mais tous les lecteurs éclaires que pt'Éoc.
cupeut ces problèmes. ti importe, eu ellet, que le public se
rende mieux compte de ta préparation qui est nécessaire
pour
aborder ces études, u(in qu'il devienne moins
compiaisant aux
coustructious faciles, plus exigeant en fait de preuves et d'in-
formations.
Mais notre entreprise peut être encore utile d'une autre
manière elle peut servir a rapprocher de ta
sociologie cer-
taines sciences spéciales qui s'en tiennent trop éloignées
pour
ieur plus i<'randdommage et pour le Nôtre.
C'est surtout à l'histoire que nous pensons en
partant ainsi.
Ils sont rares, même aujourd'hui, les historiens qui s'iaté-
ressent aux recherches des sociologueset sentent qu'elles les
concernent. Le caractère trop général de nos théories, leur
insuffisante documentation fait qu'on les considère comme
négligeables on ne leur reconnaît guère qu'une importance
philosophique. Et cependant, l'histoire ne peut être une
science que dans la mesure où elle explique, et i'oh ne
peut
expliquer qu'en comparant.Sterne la simple description n'est
guère possible autrement; on ne décrit pas bien un fait
unique ou dont on ne possède que de rares exemplaires parce
~M'OM nr de voit ~<Mt«'H. C'est ainsi que Fustet de Coulanges,
maigre sa profonde intelligence des choses historiques, s'est
mépris sur la nature de la ~Hs où il n'a vu qu'une vaste
famille d'aguats, et cela parce qu'i! ignorait les analogues
ethnographiques de ce type familial. Le caractère véritable
du Mcn- romain est bien difficile à apercevoir et surtout a
comprendre si on ne le rapproche du ~<w polynésien. Les
exemples que nous pourrions donner sont innombrables.
t'M)~.U:H )))

C'est donc servir la cause e.In


de Irl,iel.,l. .1r"
l'histoire que d'amener tn.a_
i'histo-
rien & dépasser son point do vue ordinaire, à étendre ses
regards ou delà du pays et do la période qu'ii so propose plus
spécialement d'étudier, ù se préoccuper des questions gêné.
rates que son lèvent tes faits particuliers qu'il observe. Or, dès
([U'ettecompare, l'histoire devient indistincte de la sociologie.
1)'un autre côte, non seulement la sociologie no peut se pas-
ser de l'histoire, mais e)te a même besoin d'historiens qui
soient en même temps des sociologues. Tant qu'elle devra
s'introduire comme une étrangère dans te domaine historique
pour y dérober, en quelque sorte, les faits qui l'intéressent,
elle ne pourra y faire que d'assez maigres provisions. Dépay-
sée dans un milieu auquel elle n'est pas accoutumée, il est
presque inévitable qu'elle ne remarque pas, ou qu'eue n'aper-
çoive que d'une vue assex trouble, les choses qu'elle aurait le
pins d'intérêt a bien observer. Seul, l'historien est assez fami-
iier avec l'histoire pour pouvoir s'en servir avec assurance.
Ainsi, bien loin qu'elles soient en antagonisme, ces deux dis.
ciplines tendent naturellement l'une vers l'autre, et tout fait
prévoir qu'elles sont appelées à se confondre en une disci-
pline commune on les éléments do t'uno et de t'autro se
retrouveront comhinés et unincs. 11paraît également impos-
sible et que celui dont le rôle est de découvrir les faits ignore
daus quelles comparaisons ils doivent entrer, et que celui
qui les compare ignore comment'ils ont été découverts. Sus-
citer des historiens qui sachent voir les faits historiques en
sociologues, ou, ce qui revient au même, des sociologues qui
possèdent toute la technique de l'histoire, voilà le but qu'il
faut poursuivre de part et d'autre. A cette condition, les for-
mules explicatives de la science pourront s'étendre progres-
sivement à toute la complexité des faits sociaux au lieu de
n'en reproduire que les contours les plus généraux, et en
même temps l'érudition historique prendra un sens puis-
qu'elle sera employée à résoudre les plus graves problèmes
que se pose l'humanité. Fustet de Coutangesaimait à répéter
que la véritable sociologie, c'est l'histoire; rien n'est plus
incontestable pourvu que l'histoire soit faite sociologiquement.
Or le seul moyen qu'aient les sociologues do préparer ce
résultat, n'est-11pas d'aller spontanément à l'histoire, d'entrer
en contact avec elle, de lui montrer quel parti peut être tiré
des matériaux qu'elle accumule, de se pénétrer de son esprit
et de la pénétrer du leur ? C'est ce que nous avons essayé de
v PH~'ACK
faire dans
daas les analyses ou'au
qu'au trouvera plus loin. Quand 00
verra que la sociologie n'imptique aucunement le dédain des
faits, qu'etie ne recule )meme pas devant le dotait, mais que
tes faits n'ont de signification pour l'intelligence que quand
ils sont'~roupfs eu types et eu lois, on soutira mieux, sans
doute, ta possibilité et la nécessite d'une conception nouvelle
où le sens do ta réalité historique, dans ce qu'elle a de plus
concret, n'exclura pas cette recherche Méthodique dessimiii-
tudes qui est ht condition de toute science. Si t'.tHH~ffocM~o-
~'<yt<('pouvait coatrihuer, si peu que ce fût, ù orienter quelques
bons esprits daus cette direction, nous M'aurions pas à regret-
ter uotre peine'.
H. Notre but ainsi défini, les cadres do notre publication
se trout'aient, par cela ntetnc,détermines.
Si uotre principe objectif est de réunir tes matériaux
nécessaires il ta science, cependant, il nousa paru qu'il serait
bon de montre)' par queiques exemples comment ces maté-
riaux peuvent <)tremis en (Buvre. Kous avons donc réserve la
première partie do !t;<Mf'f aux ~Mo«'M <M'<M«.r.Nous ne
demandons pas aux travaux que nous publierons sous ce titre
de 'se conformer a telle formule déterminée H nous suffit
qu'ils aient un objet défini et qu'ils soient faits avec méthode.
Eu nous imposant cette"douhie condition, nous n'entendons
nuitemeut exclure la sociologie gcn6ra!e on pourra s'en
assurer plus loin. C'est une branche de lit sociologie, non
moins utile que les autres, et, si eiie prête plus facilementà
l'abus des généralités et à ta fantaisie, ce n'est pas par une
nécessité de sa nature. Cependant, nous avouons que nos
.enorts tendront surtout u provoquer des études qui traitent
de sujets phts restreints et qui ressortissent aux branches
speeiates de la sociologie. Car, comme lu sociologiegéneraie
ne peut être qu'une synthèse de ces sciences particulières,
comme elle ne peut consister que dans une comparaison de
leurs résultats les plus généraux, elle n'est possible que dans
la mesure où elles sont eties-mômes avancées. C'est donc à
les constituer qu'il faut, avant tout, s'appliquer.

0) Tout< <)ui))n''r)''dnpoon-Mit
s'tppthjttcr&tftstatistique.Mit~cntK).
mhjucsoit tuomk',t)ui, ei~ fta~N,n'estitMtmctive tju'AcunditiuM d'~tM
Cf)H))))th:Si n«ns)KH-)<))~ptus .<)~<-iMiu<Ut;))t K'fst
t)Hi'hi~toim. ')ttt'.<)tttM
i'etat a'-tuetf)Mt-tK~es.<'t)~eut ))[i:uU)t't' <)et'it)VCj)ix<ttion
p)i)K'i))tt)c
et que. <)'tn)h!UM,
t!0(-it)h<xi<)Ut' ellerésistepluspai'ttcafitMMent Ht'vo)p)ot
dela méthodecmopatttth'e.
PKAfACE v

Lasecondepartie de l'ouvrage,et la ptus considérabte,est


consacréeaux analyseset aux noticesMbiiographiquea. Mais
commele domainede la sociologie est ottcorebienmatdéfini,
nousdevions,tout d'abord,circonscrire)ecercledes travaux
dont t'/tttnt'f .<!OCM<o~M/)<f
entend s'occuper,afinde prévenir
les choix et les exclusionsarbitraires.En un sens, tout cp
t~ujest historiqueest sociotogique. D'unautrecôté,tes spècu.
tations de ta philosophiesur ta morate,le droit, ia retigiou,
peuvent n'être pas sans intérêt pour le sociologue.11était
donc nécessairede nous marquer unedoublelimite.
Du cûté de la philosophie,elle était facile&déterminer.
Toutestesttoctriues qui concernentles mmurs,le droit, les
croyances religieuses, nous concernentpourvu qu'elles
admettentle postulâtqui est la conditiondetoutesociologie,
à savoir l'existencede lois que la réflexion,méthodiquement
employée,permet de découvrir. Par là, nousne voulonspas
dire qu'il faille nier toutecontingencepourêtre sociologue
la sociologie,commelesautressciencespositives,n'a pas à se
poser ce problèmemétaphysique.Ellesupposeseulementque
les phénomènessociauxsontliés suivantdes relationsintel-
ligibleset accessiblesà l'investigationscientifique.
Par suite,
elle n'a pasà tenir comptedes systèmesqui partentde l'hypo.
thèsecontraire.Les tempssont passésou il pouvaitêtreutile
de les réfuter; si peu avancéeque soit notre science,ellea
dès A présent produit assezde résultatspour n'avoir pas à
justifierperpétuetiementsesdroits à l'existence.
Du côtéde l'histoire, ta lignede démarcationest plus ilôt.
tante. Etie ne peut mêmeêtre fixéeque provisoirementet
doit, selontoute vraisemblance,se déplacerà mesureque la
science ette-mêmeavancera.Cependant,une règle tout au
moinspeut être posée..Lesseuls faitsque nousayonsà rete-
nir ici sont ceux qui paraissentsusceptiblesd'être, dans un
avenir suffisammentprochain, incorporésdans la science,
c'est'à-dire qui peuvent entrer dans des comparaisons.Ce
principe suffità"6Hminertes travaux où te rote desindivi-
dualités historiques (législateurs,hommesd'État,généraux,
prophètes,novateursde tout ordre, etc.)est l'objetprincipal
ou exclusifdela recherche.Nousendironsautantdesouvrages"
qui s'occupent uniquementà retracer,dansleurordrechro-
nologique,la suite des événementsparticuliers,des manifes-
tatioussuperficiellesqui constituentl'histoireapparented'un
peuple déterminé(suitedes dynasties,guerres,négociations,
1

V rMXfACË

histoires parlementaires). En nu mot, tout ce qui est biogra-


phie -w<f(/M «t</<t-«<<M,soit ~<'o«c<('<f('f!est, actuetiementt
sans utilité pour le sociologue. C'est ainsi, d'aitteurs,
que le
biologiste u'accorde pasgrande attentionu t'ttistoire extérieure
des péripéties par lesquelles passe, au cours de sou existence.
chaque organisme individuot. Sans doute, nul ne peut dire
que ces diverses parMcutarités soient, à jamais, réfractairesâà
la science mais le temps ou il sera peut-ôtre
possible d'en
tenter une explication, même partielle, est tellement éloigné
que c'est perdre sa peine que de s'y attacher. En définitive,
ce qu'on appelle un fait scientifique, c'est tout simplement
ua fait mur pour la science. Or, les conditions de cette matu-
rité varient naturellement suivant que la science est plus ou
moins développée. C'est ce qui fait que, à un moment donné,
tous les taits u'ont pas ce caractère et c'est
pourquoi le
savant est obligé de choisir et d'abstraire ceux qu'il lui parait
utile d'observer.
Ln matière de nos analyses ainsi délimitée, nous devions
nous faire unejnéthode de cnttque qui fut eu rapport avec le
but que nous poursuIv6ns."Xous ne pouvions nous en tenir
à la conception courante qui fait du critique une sorte de
juge
qui rend des sentences et classe les talents. La postérité seule
est compétente pour procéder à ces classilleations
qui, d'ail-
leurs, sont sans utilité pour la science. Xotre rôle doit être
d'extraire )6 résidu objectif des œuvres que nous étudions.
c'est-à-dire les faits suggestifs, les vues fécondes, qu'ettos
soient intéressantes par leur vatour intrinsèque ou par les dis-
cussions qu'elles appellent. Le critique doit se faire le colla-
borateur de son auteur, et son collaborateur reconnaissant;i
car si peu de chose qui reste d'un livre, c'est autant d'acquis
pour la science. Cette part de collaboration est rendue ptus
importante encore et plus nécessaire, en ce qui nous concerne,
par le caractère des ouvrages dont nous avons à parler.
Comme beaucoup d'entre eux ne sont pas explicitement socio-
logiques, nous ne pouvions nous contenter d'en inventorier
le contenu, de livrer à l'état brut, pour ainsi dire, les maté-
riaux qu'ils contiennent mais it nous fallait les soumettre,
autant que possible, à une première élaboration, qui indiquât
au lecteur quels enseignements s'en dégagent pour le socio-
logue. AUnque ces indications fussent plus sensibles, toutes
les analyses d'ouvrages qui se rapportent à une même ques-
tion ont été groupées ensemble de manière à se compléter et
t'M)!pA(:K Ht
A s'eetairer mutuellement. Ces rapprocltements constituent
déjà, ptu' eux-mêmes, des comparaisons qui peuvent être
utiles.
Tei est notre programme.Pour t'exécuter, ua certain nombre
de travailleurs ont réuni
leurs efforts après s'être entendus
sur les principes qui viennent d'être exposes. Et peut-être
u'estce pus un fait sans importance que cette entente spon-
tanée en vue d'une entreprise commune. Jusqu'à présent, ta
sociologie est
generatonent restée œuvre untinemment per-
sonuelle les doctrines tenaient etroitementà t'individuatitc
des savants et u'on pouvait être detac~tce. Cependant la scieuce,
parce qu'elle est objective, est chose esscntieitement imper.
sonnette et ne peut progresser que grâce a un truvait collec-
tit. Pour cette seule raison, et indépendamment des résultats
utilesqu'elle peut avoir, notre tentative mérite, croyous-Mous,
d'être accuuittie avec intérêt par tous ceux qui ont ù c'rurde
voir ta sociologie sortir de la phase et prendre
philosophique
enfin son rang parmi les sciences

~)~U).')<jUM w~ <)'t":))t)t'uUon ~r lu ~tio~' u ht.ja~)~- m)<)Mr)cn)


tL's t)'a\'uux ttnitty~ Hn prith'ijtc. )ton.< n)tun.< du jtn'tuit'r jHifh't (t'unc
ant)c<' )m jXt'tuit'rjuiUt't <)<'t'tmK<<'<)))!.<ui).Xutt:<(n-o))-.choisi ''<')))'cu«).
biotti~-un purcf <)U< p"t)t' d' mi.otU!: d'ontn- intérieur, <-))('fiK-ii!)).- tt; tm-
nti) df tvdm'tiun ~t txms )'<'n)«'ttMt)).'pumttr''r~){unt'n')u<'t)tKU(-t)tnn)t'n.
ccnh'nt ')<' <')))[()'«' nttt)' X"U!: nous n~crvons, (t'aiih'UM. lu tn"t))t)! <)t'
rc'Vf'tUt'un p);u est tn't'h'tt'. s'i) y u )i<'u. pottr t~jnu~t' )<< 'ttnx~i'ot.i invo.
tontuht' qm' nuu< puuM'h)))At-uttOtK'U~. t) ))')U:. pm-nf). <« ctM, «uf.
(-ot)tttM'))"hf but n'est paii df ptfiicah'r ))~tnK)h)t~')t)''nt )t; tdhh':m tfanf
M'it'ttc~ t':ut' Xttus 'h' n'Mttir t<'< tootMt'ioux tx't't'~sitit'M pom' fHirt' ~U<'
iit:k'Mt' t<' n'spcrt t~UjM'r~titK'))): du ))))ttt!t'))))<'est ~n~ t'aix~t) d')~))' L'es.
.<f))ti)') L'.<tt)Vt< )t' plus <'<m)j)h'tjxt~ihtt' et <)'' t'ai)')' moo.ttttt'. Mt-c-c uo
iU)''n n'tard. tout <'<'qui Xt~t-it~'dVttt' fonnu. M~mt-il ;)')))<''<) tu'rh'<?Ct'ttt'
h)))), dut)!! tt'ut!- <tH t)U)ttm <'Uf;.)h' )'<'tt)ont<'t'jus~ju')) t8'C. Max ce ~unt d('!i
<')n:upti~n'<<tMipt.'Mt'fttt !i'c\p)i'))h'r um')<rc)))i')'u attn'c, tuais n'utu'uttt ptu".
nous )'f!!)«?n)U<.M.«' tt'ttouvftt'r datts t'ttvoir.
Xott!- ))ri«us d'utUcur~ ic h'ctf'ur d'' ))c ''t)tt.<i(Mret-t'e pD'fnit'r c'oi qut)
t-otttt))'' U)h' iodicutiun d<' ce <jMfnous voudriun!) fai)'c. S'i) iw r<'nd compte
<h'i<di))i<'u)t<t )ju'' p~sentait uo'' h'tte t'Mtrcpnsc, if Mfst; ~-fu~ra p~ &
'):user d'itx't'itubtcs tûtoxn'Jtttcnti.
L'ANNEESOCIOLOGIQUE
t897

PREMIERE PARTIE

MËMOtRES ORIGINAUX

LA t'ROHtHH'ION DE L'INCESTEET SES 01(IG!J\ES


)'arM.ËM)t.6j)CHK)tË)M

Pour biencompreudreune pratiqueou uneinstitution,une


règlejuridique ou morale,il est nécessairederemonteraussi
près que possiblede ses originespremières car i~ya, entre
cequ'ette~estac.tueUejMent et ce qu'eH~j)éte~uneëf~tejtolt'
darité. Saus doute, commeelle s'esttransforméechemintai'
sant,tes causesdont elle dépendaitdansle principeontelles-
mêmesvarie: maisces transformations,a leurtour,dépendent t
de ce qu'était le point de départ. H eu est des phénomènes
sociauxcommedes phénomènesorganiques;si le sensdans
lequelils doivent se développern'est pas fataiementprédé-
termine par les propriétésqui les caractérisentà ieur nais-
sance,celles-cine laissentpas d'avoir uneinfluenceprofonde
sur toute la suite de leur développement.
C'estcette méthodequenous allonsappliquerau problème
qui fait l'objetde cette étude.La questionde savoirpourquoi
la plupart des sociétésont prohibé l'inceste,et l'ont même
ctasséparmi les plus immoralesde toutesles pratiques,a été
souvent agitée, sans que jamais aucunesolutionait paru
s'imposer. La raison de cet insuccès est peut-êtredans lit
&
manièredont la recherchea été conduite.Onest parti de ce
K.OoMMtM. t8H7.
AntXfC
i'Mtu)., )
!AKNtË !iOC!OMatQU6.
iMf
.,wt. 1 ,¿.
principe que cette prohibition devait tenir tout entière &
quelque état. actuellement observable. de la nature humaine
ou de ta société. C'est dune parmi les circonstances
pré-
sentes de ia vie, soit iudividueito soit sociate,
qu'on est at)é
cherctter ta cause détenninante do cette
réprobation. ()<
A la question aiusi posée, on ne
pouvait guère donner de
réponse satisfaisante car les croyances et les habitudes qui
semblent te ptus propres a expliquer et &justiner notre hor-
reur de l'inceste. ne s'expliquent ni ne se
justifient ettes-
mêtues, })arc-eque les causes dont elles dépendent et les
besoins auxquels elles répondent sont daus io
passe. Au lieu
donc de procéder ainsi, nous niions nous transporter d'emblée
aux origines mêmes de cette évolution,
jusque ia forme la
plus primitive que ht répression de l'inceste ait présentée
dans l'histoire. C'est la lui d'exo~antie. Quand nous t'aurons
décrite et que nous en aurons reudu
compte, nous serons
mieux en état do comprendre nos idées et nos sentiments
actuels.

Ou appetio exogamie la régie en vertu de


laquelle il est
interdit aux membres d'un même clan do s'unir sexueitement
entre eux. Mais ce mot de clan a été souvent
employé d'une
manière trop indécise pour qu'il ne soit pas nécessaire da te
définir.
Nous appelons ainsi un groupe d'individus
qui M consi.
dèrent comme parents les uns des autres, mais
qui recon*
MtssenJLËXctusivementcette parenté à ce signe très parti-
culier qu'ils sont porteurs d'un même totem. Le totem
tui-mème est un être, animé ou inanimé, plus généralement
un végéta) ou un animât, dont le groupe est censé descendu
et qui lui sert à la
fbts d'emblèmeet do nom cotieciiR Si le
totem est un loup, M~es jnembres du clan croient
qu'ils
ont un loup pour ancêtre et par
conséquent qu'ils ont en
eux quelque chose du loup. C'est
pourquoi ils s'appliquent
àeux'mômescette dénomination; its sont des
toups.j~etan
ainsi défini est donc une société domestique,
puisqu'il est
de se
composé gens qui regardent comme issus d'une même
origine. ~ais il se distingue des autres sortes de famiites par
E. DUHKUEtt). LA t'HOMMtTMN UË t'tXCKST)!

ce faitmK)
que la
)<) nf<fH)))~
parente vy est fondée ttn!ft)tnmnt<t
nat tomh'Mt
uniquement t.n.t
sur )ttla <m..
commu-
nauté du totem, non sur des relations de consanguinité déH-
nies. Ceux qui eu fout partie sont parents, non parce qu'Ua
sont frères, cousins tes uns des autres, mais parc&
qu'its portent tous te nomde tel animal ou de telle plante.
Le ctau ne se distingue pas moins nettement de lu tribu, du
village, en un mot de tous les groupes qui ont une base, non
plus verbaie eu quelque sorte, mais territoriale. Ou bien ces
sociétés ue connaissent pas du tout l'emploi du totem, ou
bieu.s'ii arrive qu'oiies.en aient un (ce qui est peu fréquent)
il n'est plus qu'une survivance et joue uu rôle enace. C&
n'est plus lui qui confère ia uaturatisatiou. de'morne que,
aujourd'hui, le fait de porter tel ou tel nom ne nous fait pas,
à lui seul, membres de telle ou telle famille. C'est donc t&
totem qui constitue la propriétc carac~éftstiqueductan.
Ce~posé, ta pratique de t'exogamie est facttoà comprendre.
L'a homme qui appartient au cian du Loup, paf exemple, n&
peut s'unir a une femme du mêmeetan ni mémoà une femme
d'un clau dinërent, si ce ctan porte le même totem. Car si tea~
clans d'une même tribu ont toujours et nécessairement des
totems distincts puisque c'est par là et par là seulement
qu'ils peuvent se distinguer tes uns des autres – il n'en est
pas de même de ceux qui appartiennent a des tribus difïé.
rentes. Par exemple, citez les tribus indiennes de t'Am6riqu&
du Nord, il y a des totems comme le toup, la tortue, l'ours,
le lièvre, qui sont d'un emploi très générât. Or, quette que-
soit la tribu, entre deux individus du morne totem, toute
relation sexuelle est interdite'.
D'après la plupart des récits, cette interdiction s'applique &
tout commerce sexuel eu général. Quelques observateurs
rap.
portent cependant que, dans certaines sociétés, les mariages
réguliers sont seuls astreints à cette règle; les unions libres
n'auraient pas en tenir compte. Ce serait le cas dans la
tribu de Port-Lincotn, chez les Kunandaburi, chez les peu-
plades du Bas-Murray et du Dariing inférieur Mais, outre
que ces témoignages sont l'exception, la question, par elle-
meme, a peu d'intérêt. A supposer que. à un momentdonne~
la toi d'exogamie ait distingué entre l'état de mariage et ce.

tt) V.Curr.~tM/<w/«M< Nm'm, n*SS.– t!htHh).Teu)on. du M«


(Mo<OM
fta~eel de <efamille,)). t<M.
(S)FfMar.TofetMMfM. p. 5'.).
4 !AN!<ËE !!OCtOLOG)QUK. t"f7

.e. 11.1 1-
qu'ondevaitappelerplus tard le concubinage,ta distinction,
à l'origine,étaitImpossible,pour l'excellenteraison qu'il n'y
avaitaucuncritèreauquelou put recouuaîtreune unionrégu-
lière d'une union libre. L'Australienprend femmede toutes
lesmanièrespossibles,par achat, par échange,par rapt vio.
lent, par enlèvementconcerté,etc. Tousles moyenssontbous
et touslui sontpermis.QuelledifMrence,dès lors, peut-ily
avoirentreune concubineet une épouselégitime? Pour qu'il
y ait mariage,encorefaut-ilque le commercedes sexes soit
tenu de remplircertainesconditionsdéterminéeset dont le
concubinages'affranchit.Par conséquent,ou ne voit pas
commentfa règlede l'exogamiene se serait pas appliquéeà
toutesles relationssexuettes.Dureste,mêmechezdes peuples
avancés,en Judée, à Rome, ta prohibitiondo l'incesteest
absolueet sans réserve,JI est donc peu probablequ'elle ait
admis de ces distinctionset de ces tempéramentsdans les
sociétésinférieures car c'est à cette phase de l'évolution
socialeque l'incestea été le ptus violemmentréprouvé.Tout
au plus peut-onse demandersi parfoisil a pu jouir d'une
certainetolérancequand il était commisau cours de ren-
contresaccidentelleset sans lendemain
Tout manquementà cette défense est très sévèrement
réprimé.Le plusgénéralement,en Australiecommeen Ame.
rique,la peineest la mort'. Cependantil arrive qu'un traite-
mentdidérentest appliquéaux coupables.Chezles Ta-ta-hi
(Nouvelle-Galles du Sud) l'homme est tué, la femmeest
simplementbattue ou blesséed'un coup de lance. Chezles
tribusde Victoria,la moindregalanterieentre gensdu même
clan est l'objetde mesuresrépressives la temmeest battue
par ses proches,et l'homme,déféréau chef, est sévèrement
réprimandé.S'ils'obstineet s'enfuit aveccelle qu'il aime, il
est seatpé Ailleurs,il ne semblepas qu'une peineeu forme
soitinfligée;maisalors c'est une croyancegénéraleet iadis.
cutéequeles coupablessont punis naturellement,c'est-à-dire
par lesdieux.Chezles Navajos,par exemple,on dit que leurs
os se dessèchentet qu'ils sont vouésà une mort prochaine.

t)<tn.<
(t) AUi.i'i. < )juis)th)-)t. h's)«t)t~!)et)))tr!ag)!.
t't)ipt<ticn)ns-n')t)s
dereMuM<'<mjtt);td' prM'jucftmttnei-ynuMymc!!
d'Mmut) sf.m)Ho.
etttwitt.A'M')<!<
(~V.!)!.<))) a"</A'«m</mo<.n.tiS. Cm')'t<M<<-<t<«M<
MacM. Ut,
(3)frM'-r.Op.cil..)).:M'.<:f.
)htW!.on./hM<<-a<tan
JtoMaMM. McH)oumc,
)8<t.
?. OUMKHHtM. UK(.'MCKSTK S
– LAt'HOHtBtTtOS 5
Ur, pour le sauvage, une telle menacen'est pas un vain mot
elle équivaut a une condamnation dont les effets sont plus
tufi)i))ib)es que si elle nvoit été prononcée par des juges
humains. Car, d'après les idées primitives, les puissances
redoutables qui peuplent !e monde réagissent contre tout ce
qui les onenso avec une nécessite automatique, tout comme
font les forces physiques. Un acte qui les lèse ne peut donc
rester impuni. La conviction que le châtiment ne peut être
Évite est même tellement abso)ue,.quo très souvent l'idée
seule do ta faute commise sufut &déterminer chez le coupable
de véritables désordres organiques et même la mort. Ainsi,
les crimes dont lu société ne poursuit pas directonent la
répression ne sont pas toujours les p)us veuieis. !i en est, au
contraire, qu'elle abandonne à icurs conséquences naturellos
parce qu'ils sont d'une exceptionnelle gravité et que, pour
cette raison, l'expiation doit se produire d'eUe-nx'tne ot
comme mécaniquement'. Les vioiations de la ici d'exogamie
sont dans ce cas; il.est peu de crimes q~i passent alors pour
plus abominables.
Dans ce qui précède, n<'ns avons décrit l'exogamie sous
sa forme la plus simple: mais eito présente des modalités
plus complexes. La prohibition s'étend souvent, non pas seu-
lement a un clan, mais à plusieurs. Ainsi, dans l'Amérique
du Nord, la tribu des-Ttinkits comprend dix ctans qui se
répartissent eu deux groupes très nettement distincts, de la
manière suivante 1
pnK)))Ktt'!))"t.'M ttKL'Xt&MH'.Mn'K
Ctandt'rOtu' (:t<)))d'')it(.t-<'nom)tt'.
<)t')'Ait:h'. –dt'i'Uic.
– du))<m)'))in. dt)t.it)nn)M)'i)).
)tuH''t)ni)). <h)t)ibuu.
d<'rA)gm'. –dt)S!H)m"n.

Or, les membres du premier groupe ne peuvent prendre


femme que duns le second et réciproquement. Les unions sont
interdites, non seulement à l'intérieur de chaque clan, mais
même entre clans d'un même groupe. On retrouve la même
organisation chez les Choctas et elle était autreh'is en vigueur

<))Ontrouvt'nt dM ('.tit-immd)tt!U!:
tt~n:' SMot~'t! JS~ttO~Metc
{!<u<<tt)t
:MfËM/<'aJ?!)<H'<cMMMj/</f)' 3t9
S<M/ tt, p. A ft suiv.
(:!)Mot'fpm.~M<'<M)< .focx~. p. tOi.
'6 t'AKKÉË SOCtOMQtOUE. <?'?

<:hMles Iroquois EuAustralie. elle est presque absolument


généruie. Ctmquetribu est divisée en deux sections que dési.
lignent des noms spéciaux chez les Kumitaroi. l'une s'ap-
pelle Kupathin et l'autre Ditbi; chez les Kiahuru (Queens.
iand), tes nomssont presque identiquement tes mémos chez
les uuandih (Austraiif du Sud Krohis et Kumites; citez tes
Wotjobattuk !Victoria), Krokttch et (.amutcth etc.
Chacune de ces sections est a sou tour divisée en un
certain nomtx'e de ctxus, et le cotmuot'ce sexuel est ixterdit
~utM tous tes c)ans d'une mOue secttou. Du moius cette
interdicUon était ta règle dans le pnucipe; aujount'hui. elle
tend u se rehtcher sur certains points, mais elle est encore
très fréquente, et, même où elle
disparu. la tradition en
conserve le sot)\'en)r.
Cette extension de )a loi d'exogatnte est simplement due a
un développement du clan. En effet, quand uactuu ~'accrott
au delà d'une certaine mesure, sa population ne
peut pas tenir
dans le même espace: elle essaime donc uutour d'eite des
colonies qui, n'occupant pas le tneme habitat,
n'ayant pas
les mêmes intérêts que le groupeinitia) donteiios sont issues,
finissent par prendre un totem qui leur
appartienne en
propre, et elles constituent dès lors des clans nouveaux.
Néanmoins, tout souvenir de l'ancienne vie commune n'est
pas aboli du même coup. Tous ces clans particuliers ardent
pendant longtemps le sentiment de.leur solidarité première
ils ont conscience qu'ils ne sont que des
parties d'un même
clan, et par conséquent tout mariage entre eux leur apparalt
comme aussi abominable qu'avant leur
séparation. C'est seu-
lement quand ie passé commence Fis'oublier
que cotte répu-
gnance diminue et qu'on voit à nouveau i'exogamiesereo.
termer dans les limites de chaque clan. L'exemple des Séné.
cas Iroquois montre que ie sentiment de l'unité
originelle
devait conserver une assez grande vivacité pour produire ses
ettets. Les huit ciansdont était formée ia tribu étaient encore
répartis on deux groupes dinérents et l'on savait très bien
que le mariage avait etf autrefois interdit entre tons les
clans d'un même groupe. Maisce n'était plus qu'une réminis-
cence historique, sanséche dans les cœurs; c'est
pourquoi
les unions étaient permises de clan à clan.

(1)MwtMH. ~<. < )).!tt)~t


)<)9.
~) !nuK't'.ro~MtfW),
(). K~)
H. CUKKUËfM. LA )'BO)t)B)T)ONBR ~t!<CH8Tt! 7

Ainsi, cette exogamie plus largo ne dinere pas en nature de


celle que nous avons observée en premier lieu; elle repose
sur le même principe. Elle dépend des idées relatives au ctan.
11y a lieu seulement de distinguer, parmi les sociétés qui
méritent d'être npnetees ainsi, deux espèces diuereutea le
-dan primaire et les ctans secondaires. Ceux-cisont des frag-
ments du premier qui s'en sont détaches, mais de telle sorte
que tous tes liens ne sont pas détruits entre les segments
(unsi formes, Inversement, on appelle primaire le ctan primi-
~U!tel qu'it était avantd'être subdivisé, ou bien encore i'agré-
gut torm' par ces différentes subdivisions, une fois qu'eites
sont constituées. On lui a aussi donné )e nom do phratrie,
parce ')uc la phratrie des tirées soutenait le même rapport
avec tes 'i' ti n'y a aucun inconvénient à se servir de cette
expression pourvu qu'il suit bien entendu que le type social
!ainsi dénomme est identique en nature au ctan proprement
dit.
Plusieursfaits démontrent que les clans, ainsi réunis dans
un même groupe exogame, ont bien cette origine. 1)'abord,
c'est partout une tradition qu'il existe entre eux des liens par.
ticuliers de parenté ils se traitent mutuellement de frères,
tandis que ceux de l'autre phratrie sont seulementtours cou-
sins'. En second lieu, la phratrie a parfois un totom qui lui
est propre tout comme le clan c'est l'indice qu'eite est elle-
m~me, on tout au moins qu'elle a et6 un clan, EnHn, dans
certains eus, le totem des clans fragmentaires est évidem-
ment dérive de celui do la phratrie ce qui prouve que le
même rapport de dérivation existe entre les groupes cor-
respondants. Par exemple, les Tliukits comptent deux
phratries. La première a pour totem ie C<x'&<'ftM <t<w;or les
ctans particuliers dont elle est composéesont te Cot'tfaMt«M'<\
la Grenouille, t'Oie, etc. La seconde a pour totem collectif le
toM/); les ctaus qu'elle renferme sont le ~«~, t'Ours, l'Aigie,
etc. En d'autres termes, le premier clan de chaque phratrie
a pour totem le totem même de ta phratrie tout entière; c'est
donc qu'il est très vraisemblablement le clan initiai d'où
tous les autres sont issus, 11est en efïet naturel que son
nom soit aussi devenu celui du groupe plus complexe auquel
il a donn~ naissance. Cette filiation est encore plus apparente
chez les Mohegans. La tribu trois phratries l'une
compr~td
(1)Mut')!)tn.
Op.cM.,p. M.
L'ANNÉESQCNLOOOUE. )M7

d'elles a pour totem la tortue; tes c!ans secondaires aoat la


Petite Tortue, la Tortue des marais, la Grande Tortue. Tous
ces totems ne sont que des aspects particuliers do celui
qui
sert a toute la phratrie. On trouve des faits analogues chez les
Tuscaruras
Ce processus de seumentatiou une fois connu, les variantes,
en apparence bizarres, que présente parfois la loi
d'exoga.
mie deviennent aisemfnt explicables. Une des plus t'tran~es
est celle que l'ou a observée chez les peuplades de New-Xor.
ciadanst'Austraiieoccidetttaie. La tribu est fornx'e do deux
clans primaires, de ctmcuu dosquets trois ct)u)s secondaires
sont descendus:

t'Mt:)ttKM<;).tH)MAUU:Ut:t\)(:MHC.HXt'KtMA)HE
.MuOtt~n.)). X"!Htf)tuk.
C).m<t'(:umt:mvs,?'f')-t<)' 7~<.f/<'u<
'T«)«)w<'j'. ~d:))'

Nui ne peut se marier dans sou clan mais, de ptus, Tira-


rop ne peut s'uuir ni à Mondorop ni ù Tondorop, taudis que
Mondorop et Tondorop peuvent s'unir outre eux quoiqu'ils
appartiennent &uuem~me phratrie. ))e mente, toute relation
sexuelle est interdite entre Jiragiok d'une part, et ~oiognoket
Palarop de Fautre. mais uon entre ces deux derniers'. La cause
de cette r~tetneutation, qui paratt si orbitraire, est des
plus
A il
simples. l'origine, n' avait que deux ctaus. Mondorop
et Koioguok. HoAtoudoropse détacha d'abord
Tirarop; puis,
après un temps plus ou moins iong, Tirarop, à son tour.
essaima Tondorop. Tirarop se trouva ainsi en étroites rela-
tions de parenté avecles deux autres ctans, puisqu'il était né
do l'un et qu'il avait engendre l'autre; c'est pourquoi toute
union fut interdite entre eux et lui. Mais comme entre Mon-
dorop et Tondorop il n'y avait, au contraire, aucun rapport
de filiation, au moins direct, ils étaient étrangers l'un
pour
l'autre, et la m~meprohibition n'avait aucune raison d'être en
ce qui les concernait. La situation
respective des clans de
l'autre phratrie s'explique de la même manière

t) V. F)-M')'.f<~fN)Mnt.
j).<i).<:t.
(~ Curr./tM~-a<t«M /tafM,). 3~0.
(:</Cf.Kuhh'r.ZMft''<~<'«-/«c/</<-
</f<-
A'/tf.)).;iu.
– M FHOntM!T<0!<
E. CUHKttEtM. t)KL'ttCESTH N

Ainsi l'exogamie est solidaire du clan. Cette solidarité est


même tellement étroite qu'elle est réciproque xotMHf con-
t)«!MO«4' /~t<!</('('h« ~M<t'~MK~ <)~<~(0<<<OM <;<</t'M)M
<~qui
/«' .fott<M~Mf. C'est dire du même coup quelle est ou quelle
a dû être la generatitc de t'exogamie; car on'sait Hquel point
l'institution du ciau est uuiverseHe. Toutos.Ies.spci~iÈsjcm
sont~assfes eites-tnômes par ceUe organisatioM,ou sont nées
d'autt'fi! sociétés qui avaient primitivement passe par i&. U
est vroi que quelques auteurs ont cru pouvoir qualifier d'en-
dogames certaines tribus australiennes qui sont pourtant
composées de dans mais c'est faute d'avoir distingue outre
les associations proprement totémiques, qui seules sont des
clans, et tes associations territoriales qui se superposent par-
fois aux précédentes. H est fréquent en effet que lu société
ait une double organisation qu'outre lesgroupes parheisdont
le totem fait t'unite elle encotnprenne d'autres, qui reposent
exclusivement sur la communauté de l'habitat et qui ne se
confondent pas avec les premiers. Une circonscription terri-
toriale do ce genre peut très bien contenir ou des clans 'ju des
fragments de cians dinerents. Par suite, les habitants d'un tel
district a'out pas besoin d'eu sortir pour observer la loi d'exo-
gamie, car ils y trouvent des femmes auxquelles ils peuvent
s'unir, précisément parce qu'elles ne sont pas du même clan
qu'eux. Autrement dit, le district est endogame, mais il doit
cette particularité à ce qu'il est fait de clans exogames.
D'un autre côté, il n'est pas douteux que tecian, tout en
ditïcrant.de la famille telle que uous t'entendons aujouj'd'Jujd.
ne laisse pas de constttuer une société domestique. Nouseu-
lement les membres qui le composent se considèrent comme
descendus d'un même ancètre, mais les rapports qu'ils sou-
tiennent tes uns avec tes autres sont identiques à ceux qui de
tout temps ont été regardes comme caractéristiques de la
parenté, Pour ne citer qu'un exemple, pendant des siècles la
vendetta a été le devoir familial par excellence l'ordre dans
lequel tes parents étaient appetés à t'exercer était l'ordre

()) v. CMM'.
f. <)< t, ton.
L'ANNÉESOOOLOMtQUE.tttCt

même des parentés. Or, dans le principe, c'est au cian


qu'etto
incombe. On peut mémo dire que. daus les sociétés infé-
rleures, les liens qui dérivent du ctaa priment de
beaucoup
tous les autres. Si un homm' dit Cunow a doux lemmes,
l'une du chm Nt;otak et t autre du clan Xagarnuk
(totems
usités chez tes tribus australiennes du sud.ouest), et s'il a de
chacune un eufant, comme la fitiationestut'rit)e, le
premier
sera un jetait comme sa mère et le second un
Xagarnuh.
Or le petit ~otak se sentira
beaucoup plus proche parent
d'un X~otak quelconque. même appartenant ù un autre dis-
trict, que de sou demifrère Xagarnuk avec lequel it a été
éievé et pourtant, it peut très bien se (aire qu'it ait eu tout
au plus l'occasion de rencontrer le premier à
quelques rares
cérémonies re)i{{ieuses.Par coust-queut, puisque l'inceste
consiste dans une union sexuetie entre individus
parents à
un degr~ prohibe, nous sommes {oud6t voir dans
t'exogamie
une prohibition de t'ioceste.
C'est même sous cette forme que cette
prohibition est
apparue pour la première fois daus l'histoire. En enct, non
seulement elle est ~'n'-raie dans toutes les sociétés inférieures
et d'autant plus rigoureuse ((a'eites sont plus
rudimentaires,
mais ou ne voit pas quel autre principe aurait
pu primitive-
ment donner naissance à des interdictions similaires. Car
toute répression de t'iueeste suppose des relations familiales
reconnues et organisées par la société. Cette-ci ne
peut
empocher des parents de s'unir que si elle attribue à cette
parente un caractère social autrement, elle s'en désintéres-
serait. Ojt_te_eta~estja_pren)ierc
sorlede fami))eqm ait et6
socialement constituée. Sans doute, le clan australien com-
prend déjà dans son sein des familles plus restremtes,
formées d'un homme, de la femme ou des femmes avec Ja-
quelles il vit, et de leurs enfants mineurs; mais ce sont des
groupes privés, que les particuliers font ou défont ù leur gré,
qui ne sont astreints à se conformer à aucune norme déunie.
La société n'intervient pas dans leur organisation. !)s sont au
clan ce que les sociétés d'amis ou les familles naturelles
que
nous pouvons fonder aujourd'hui sont à la famille
légitime'.3.
Oa-S_~uj~r_djnJionr~de combtei.)Ja..BarMté_du_ctan est
alors supcjjeure &tous jtes rapports de
consanguinité..C'est

<t)~« f<t-M<<M-/ta/'h-0)'aonho<;o))Fn
(~- .)M<w<H'~f)'.
p.
(~ V.ptusbast'at)a)y~.)M)h-re
(t.-Gro~c.
H.ttU)tK)))MM.
LAt'MtUBtTtON
DEL'tttCHSTE H
elle qui fonde les seuls devoirs domestiques que ta société
sanctionne, les seuls qui aient une importance sociato.Si donc
e~~e~ta)L~u~iUvBjnButJa~arontepa~-e)~eHce~'M~H~
ausgjH-.sub'aj)). tputo.Ki'aisetubiuuce, .qd a dàdouuer-nais-
sance aux premières règles de t'htcesto; tout au
moins, si d'autres relations n'ont pas tard)' a avoir le même
ellet, ce ne peut être que pur analogie avec les précédentes.
Cependant, nous ne pouvons nous en tenir a ces considéra-
tious trop exclusivement dialectiques. En fait, même parmi
les sociétés les plus rudimentairesque ('on connaisse, it enest
bien peu ou, à côté des interdictions caractéristiques de !'exo.
gamie, i) nes'en rencontre d'outrés qui, au premier abord, pa*
raisscnt être d'une espèce difterente. Il importe donc de tesexa.
miner afin de voit' si reeUement elles ont une autre origine.
Les plus importantes sont <'eites qui tiennent a ce qu'on
appeiie en ethnographie le systt'me des classes.
))ans un très grand Homhrede tribus australiennes. !a divi-
sion en ctans primaires et secondaires n'est pas seule :)ne''ter
les rapports des sexes. Chaque cian est de phts divise en
deux ctai:ses que désigne un nom specia). Ces noms sont tes
mêmes pour tous les ctansd'uoe même phratrie: muisiisdit-
ferent d'une pi) rotrieul'autre, Pour une tribu qui, comme c'est
la régie en Austratie, comprend deux phratries, il y a donc
en tout quatre classes nominalement distinctes. Voici, par
exemple, quelle était cette organisation chez tes Kamitaroi
<:).X!).:Cf<))A)HHi t:U~KS
HonnuM.tt'ntntpt.
iM't)')'i–M!t)n.
t.()po.su.n..
-i_K..ht.
~"t'hnm-)' < 'iMnm-))!HH.
(Ui)bi) !K.j,
J.g..n,o. ()t'tt'ti--M)t)H.
"iKuhhi-K))).))~!).
':).A.))!CO.\f).UMK!! CUi-SKS
HottmM.t'rtttnx".
tKmnhu–Xuta.
Lh.nu. ~jj,
2''I')n'att'ie..1, )K'))))))')–)<ata.
(K..p<.t).i..) J~MaHd.~t..j,~j
(Kumbo–Hntt.
Le cSerpentnon..
j,
«)V. HiKMet ttttwttt. Op. <-< p. 43.
L'ASNËK tKM
SOCIOLOGIQUE,
D'après les règles ordinaires do l'exognmie, un homme
quelconque de la première phratrie pourrait épouser une
femme quelconque de lit seconde, (lu'elle soit de t'Emu. du
Bandicot ou du Serpent noir. Mais la division en classes
apporte des restrictions nouveties. Les membres d'une classe
de ta phratrie Ditbi ne peuvent pas se marier inditteremment
dans les deux classes de ta phratrie Kupathin, mais dans
l'une d'eties scuiement. Ainsi un Murri, qu'il soit un
Opos.
sum, un Kanguroo ou uu Lexard, ne peut épouser qu'une
Huta, et une Mata qu'un Kumbo; de même, un Kubbi, a quel.
que totem qu'it appartienne, ne peut s'unir qu'a une Ippata.
et une Kubbotaqu'a un Ippai. Mais l'union d'uu Murri à une
Ippata, ou d'un fppai a une Mata, ou d'un Kubbi à une Buta,
ou d'une Kubbota il un Kumbo, apparaît comme aussi abo-
minable que celle qui serait contractée entre deux individus
d'un mëtne ciau. Yoiia donc, à ce qu'il sembte,
uneexogamie
nouvette qui se surajoute a cc)ie du clan et qui limite encore
te champdes sélections matrimoniates.
Mais on ne peut comprendre le sens et ht portée de cette
réglementation si l'on no connait ta maniera dont ces classes
sont composées. Chacune dettes correspond à une génération
dinereute du ctun. On sait en cnet que chaque c)an. comme
chaque phratrie, se recrute exclusivement par voie ou de
filiation utérine ou de filiation aguatiquo. L'entant compte ou
dans le groupe de son pore, ou dans celui de sa mère, mais
jamais dans les deux a la fois. Si, comme c'est le cas de beau-
coup le plus général, la filiation est utérine, si l'enfant, par
suite, appartient au ctau maternel, des doux classes entre
lesquelles la population de ce clan est répartie celleà. laquelle
il Mf ran<!<)<'M<c<<' </o<~sa M~'p~c /«<(pas ~'<«'. Si celle-
Ct est une Buta, ses Htsseront des Ippai, ses filles des
Ippata.
Est-elle, au contraire, une Ippata? ses enfants seront, selon
leur sexe. ou des Kumbo ou des Buta.
C/t~xe ~M<~MK
«~Mt'tX'o! ~OHC Il MMP « Mft'cc~MP <~)«? ~Mt't'<OM p~t'.
<<PMf< et comme dans chaque clan ii n'y a que deux classes,
it en résulte qu'elles aiterncnt régulièrement. Supposons
par exemple, pour simpHner notre exposé, qu'à un moment
donné tout le ctan de t'Emu ne comprenne que des Kumbo-
Buta à ]a génération suivante, it n'y en aura plus. En effet,
les descendants des Kumbo comptent dans l'autre phratrie
parce que c'est celle de leur mère, et les enfants des Buta sont
des ïppai et des Ippata. Mais, à la troisième génération, ces
F. PUBKUEM. LA t')tOt))Xn')OK ME L'tffCHSTE t3

derniers disparaissent à leur tour; car )eur&descendants


appartiennent a l'autre classe, c'est-à-dire que les Kumbo-
Buta renaii'sent. pour s'etïacer de nouveaua la quatrième
génération,et ainsi de suite indénniment.Le tableausuivant
rend sensiblece que devient!e clan à cituquegen<t'ation.
UHJ"
t:t.XS)'Kt.\ )'))KATH)K '< "H 'M"'t: nn'ATHtS
<!<ttmHo)M.
MntmHotM.
f" Mnt'ri Mata. K)))')b"hn tt'tt:).

2''
p" KUIII)I
Kuh))i Kts1lot~t.
Knt'ota. J\ 11111
tt'pai 1 jetilitgt.
))')'!)t!t.
1
(Hnfmtttdc'i))itta.)'-ht"j,u.f tKt!htt~<)!d.-t;.)"t!)
Mut-ri MaUt. Kumbu fut!).
~)fM<t<)))1"h2'f-)L)
()':Mfmt«)MKu)mt<t<)<'ht~')~t).)
4" Kuhhi Kut"'tu.! !)')'ai )~)'.))u.
'H..fM)«)Mhu)tt-)<-)a)'e<'n.;
(Ët.f<t))t'"tM~t'dch3-~n.)

Cette organisation ne so rencontre pas seulement chez les


Kamilaroi sans être absolument universelle, elle est d'une
très grande généralité. Les noms seuls changent d'une tribu
à l'autre. Par exemple, chex les Kogaî. les quatre classes se
nomment Urgilln et Unburri pour la première phratrie, Obur
et Wungo pour la seconde
Un Urgilla ne peut épouser qu'une Obur les enfants sont
Wungo.
Un Unbun'i ne peut épouser qu'une Wungo; les enfants
sont Obur.
Un Obur ne peut épouser qu'une t'rgitta les enfants sont
Unburri.
Un Wungo ne peut épouser qu'une Unburri les enfants
sont Urgilla.
Il est inutile de multiplier les exemples; ils se répètent
tous identiquement, aux termes près
Un arrangement à la fois aussi complexe et aussi répandu
doit tenir évidemment à des causes générâtes et profondes.
Quelles sont-ettes ?
La question a fait le désespoir des ethnographes. Les
uns ont cru résoudre la difficulté en assimilant la classe au

(i) V.Cun«w.0~. <-<<p. t. t'"ur sitt))))it)M. 't'~ n.- <htt<mn~ ')U'-la


fum"!tttttscHtitM' dt-.<)'rt)t''<'tui ~ct~'ttt&d~ign'-r)'<.-h~<.
?) t)an< seulcas, nuu~tntuvun:: MtK' o)K!mi<u)")n un)t'-tt ditfcMttt'
CtK'!les Wau)'<mM)))(!o. <
au)i'-u')<-')t-ux.-hi~t's ))ms
t'ha'jMc )<)tnt)t!il y
<'na quatre,suithuit pour t"ut'!)'t tri' Mt's )'s'unit- pntM'ijt'fxndtuneu-
t<nt!tn'nt tes tt)~)))"<. t:ha')"K'-tt~ "c p-'ut qu'à un.-(-)ttsiK.
eth' enfantssont<t'un''Mire chMi'p
<tt't''t-t)tin''<' ')Ut')<')=
)<UM'M< ).a !'<)'-
t'ASffËE SOtiMMOtOUE. MM

cian Maisil est bien certain qu'elle n'a jamais eu de totem;


elle nerentre donc pas dans la définition du cian. D'autres out
essayé d'y voir nue sorte de caste, sans qu'aucun fait justifie
!'hypothese'. Cunow est peut-Être i'uuteur qui a fait l'effort le
plus soutenu pour jeter quelque lumière sur ces étranges
combiuuisous. Pour lui, chaque classe se)'ait un groupe d'ht"
dividus seusihieuteut du même âge. Il est certain que de
l'âge dopeudeut, en grande partie, ia place occupée par cha-
cun daus le etatt, iu uature et i'eteudue de ses droits comme
de ses devoirs. On ne s'turuit doue s'etouner qu'une uomen-
ctaturc spuciate ait ctt': imagincH pour exprimer ia manière
dont lu population se repartit selou i'~gc; qu'un terme désigne
ieseufuutsqui n'ont pas encorexubiiace remaniede t'iuitiatiou;
un autre, les adultes inities et déjà maries, ou tout au moins
nubiles: un autre ennu, ceux quinoa seulement sont tnariôs,
mais ont déjà des enfants maries. Tei serait le sens dos termes
employés pour distinguer, dans chaque clan, les différentes
classes. Quaut aux prohibitions matrimoniales attachées à
cette organisation, elles seraient simplement dues à une sorte
d'iostinctque l'auteur attribue aux primitifs, saus trop on
expliquer l'origine, etqui leur inspirerait unevive répugnance
pour les mariages contractes entre individus d'âge trop inégai
Mais si les classes correspondaient à l'âge, les individus

~'<~t~)ttt')~'<p''ti).<))f)m~.t't)X!))).«).u)tt Uttt'ctMt!(!
)))U'ti<'M))U'it'\ (ti~.
tio':t~.Yuif-i,pNt-
'tt!.M)uct)t,nxotttt'ut)<<f{'utiuns st'itUct-Mfnt
''M)ttf:MPHMTMtt: Mt)][<f;Mt!)')t)tAT));)!
UM)))<X'<. t'MtMftt-f. ttotttOtM.t'Ct))t)t)'<.
)"){'~t')'fttim). J~M~M .«~«MHt-«. Kat«J) AH<«Ht.
S* – t'tt~'mi X)t)tf<tj<')i. ()))<t)u Xarih.
~:Mha~dMXN)ittmMa.) (fMfmhdm (Mmji.)
A«)j)t~)ni'rtt)ttj)!tjt);)i.t)')ttj<trd' X)i)M'Kf!aH)i
Kt)rittt)t.)MXMmj..ti.) (KnfMttitdMXtnh.)
<* –
A)m!))))))!aX)t))~n')nf<u. TuMx)i K))nx'')i.
(f.ufot)!:des Tom)mjm)i) (H))f<))t<d<tN«()0t~erdi.)
S' – ~<<tma<'a .M~mM<-«. A'at~'t ~at(U<.
(KttfOt)h .)MX~MMOtt~.) (t<t Xn~i.)
(E))6M))t

Ht )tt~t-it't.Mttt«)-n'it nomt-at) )V. nttwiH,~<«-<AM-;Yo/M<)M</te/<M<.


/)~)'aM c/CNrMin ~NMt'ttf~0~ Mf J<)/A<tpo~<ca< //)~<~<<, itMS,
)). M.4!i.
L<'t-a.«'iitd'!H))<'M)'<'t'mt<'U![;f)'twittt'Kt'MpMrti<')r):cu))!ttt'utt.)')))f<ju'i)
))<}l'u ttirfcteMMnt obi-cn't;.
(!) V. Fiiion et X'wit). Op. 0' p. TO<'t sniv.
(J)n~'t)<t))t'()m'<tit)'t)))iMiM))'))t-i<))t')')tUt-(<N)t't)<<)<UMU)K'tru<
courte nutt- <tU'M))u))tic~ te Jw~tta~ e/
~)H//«~. /;)~ t~ft.
(3t V. C<ttnw. Op. << )). tM.)<a.
E. DUKKUKtM. LA t'MHtBtTtOK M t.'tKCKSTH t8

devraient changer de classe en avançant dans lavie. Ondevrait


tes voir passer de la troisième à la seconde et de la secondeù
la première à mesure qu'ils vieillissent, Or, tout au contraire,
la ciasse u laquelle on appartient est immuablement fixée,
une fois pour toutes, des le jour de la naissance. Cunow
répond que, si les noms des classes avaient change aux difK'-
rentes périodes de l'existence, le but poursuivi n'aurait pas
été atteint. En effet, soit un homme de vingt-cinq ans, corn'
pris par conséquent dans la classe intermédiaire entre les
plus jeunes et tes plus âges. Dansta suite de sa vie, il pourrait
épouser des femmes beaucoup ptus jeunes que lui, pourvu
qu'elles eussentattointt'uge de l'initiation,c'est-à-dire pourvu
qu'elles fussent devenues adultes nvant que lui-même fut
sorti de ta catégorie des adultes: car elles se trouveraient alors
dans ta classe qui correspond il la sienne et on, par suite, ît
peut légitimement contracter mariage. Pourtant, il y aurait
toujours entre elle et lui ta même ditïerenco d'âge que dans le
principe; une union entrejeunes et vieux serait donc permise,
contrairement à la règle que notre auteur suppose avoir été
suivie. Ce serait pour prévenir ce résultat que les Australiens,
d'après Cunow, auraient conventiounettement établi que la
ciasse dechacun serait nominativement déterminée pour toute
la vie et le suivrait, sans changements, à travers toutes les
phases de sa carrière. De cette taçon, eu eCet, les différents
groupes d'âge ne peuvent plus se rejoindre et 'se confondre
sous une même rubrique, puisqu'ils portent des étiquettes
distinctes. Seulement. Cunow ue s'aperçoit pas que, de cette
manière, il ruine la base même de sa théorie car alors tes
classes ne correspondent plus àia division par couchesd'âge,
puisqu'un tel arrangement maintient dans des catégories sépa-
rées des gens qui ont également dépasse l'enfance sans
atteindre encore la vieillesse. Inversement, le même mot
pourra s'appliquer 'gaiement, ici à un enfant, ta à un vieil-
lard, puisque ta classe de l'un et de l'autre est déterminée
dès leur naissance et indépendamment de leur âge respectif.
Si le vieillard est né d'une lppatu, il sera un Kumbo, tout
comme le baby qui aura une mère de la même classe

()) Y.Ct))«t\ 0~. <-f/ )).IH:.


)t'sin!ttitMti"t)'<tK'iK)M,~Mrtt)t)t)''s)))'!titutionit
PjAj"u~ttt-t'))t<)m'j<t«))ti!!
pritnUiv' n'ont'h's au~i
orix'ne)! dt')i))Crctt)<H)t m't)n't'stptoK
ttrtitifiL'MM;
~oMhtin* it ff ~uf nousxavons<)Wdt!)p.<cx)))i<)Ut'r <)<!s
)'ttf mrnmKOttent!'
c"n<'<'ntiun!)f).'<
''o 'e ~t'Mn',
it)!!titU)?<.
(k')Mt)')i e
pri!' uvue d'Mttbutpn!cm)';u.
tC L'AKSÈE <M7
SOCtOt.OGfQt))!.
Dirat onque, en euet, ces systcmeane correspondentpas
à la distributionde ta populationpar âge, mais qu'ils ont
uniquementpour objet de prévenir le mariageentre ascen-
dants et descendants?Mais s'ils s'opposentréetiementa ce
qu'un pèreépousesa fille (puisque,par principe, elle M'ap-
partient pas a lu classeoit i) peut prendre fonxne),ils ne
mettentaucun obstacleaux unions entre grands-parentset
petits-enfants.Car, commechaque classe renait au bout de
deux générations,unefemmeet sa petite-ftiieappartiennent
a !a mêmeclasse, &celle, par conséquent,où le grand-pore
peuttibrementchoisir.Soit, purexemple, un Kubbiqui épouse
une tppata,les (ittesde ceUe-ciserontdes Buta,mais testiites
de ces Buta serontde nouveaudes tppata que le premier
Kubbipourralibrementépouser,puisqu'ilpeutlégitimement
prétendreà touteslesfemmesde cetteclassesansdistinction.
C'est dire que cette organisationdoit avoir un autre but que
d'interdireles mariagesentre parentsen lignedirecte. /cr-
fKïKfcqxtla ca/'ac~'Mfxc~<'«(.<)h'~)(M'<tUMt.
Le problème,pourtant,ne nousparait pas insoluble.Cette
réglementation,en apparencebizarre,n'est qu'une extension
de la loi ordinaired'exogamie.Pours'en convaincre,il suffit
de se reporterà certainesparticularitésqueprésentela cons-
titution des ctansaustraliens.
Posonstout d'abordque la divisionen classesa du appa-
rattro au plus tard dès que ta tribu Il compris deux clans
primaires. En ellet, partout,sans aucuneexception,les noms
desctassessontrigoureusement les mêmesdans toustesclans
d'une mêmephratrie.C'estdonc qu'ils étaient déjà en usage
dans le groupe initiai dont ces groupespartiels sont sortis
successivement. Ilest passédes premiersaux seconds.Onpeut
dire d'aitteursqu'it n'y a pas de contestationsur ce point.
Pour comprendrecommentces classesont pris naissance,
représentons-nousdoncune tribu diviséeen deuxclans pri-
maires,nonencoresubdivises.Pourfaeiiiterl'exposition.nou-!
appelleronsl'un A et l'autre B, A~et A/' les hommeset les
femmesdu premier,Bitet B/~les hommeset les femmesdu
second.A la premièregénération,le schémades deux ctaos
sera donc
<.t.X A ':HX )t

Ah' Af Mh' Hf

En vertude ta toid'exogamie,AA's'unira à B/'et A~ à B/<


B. t)UHK))MM. – LA PBOtHBtTtOMDE L'tSCKSTM Hi

La filiation se faisant en ligne utérine (c'est un postulat que


nous prions le lecteur de nous accorder provisoirement), les
enfants du couple AA'1}~seront du dan H, puisque c'est celui
de la mère, et les enfants du couple A/~ BA'seront du ctau A
pour la même raison. Nous appellerons les premiers, suivant
leur sexe, U/~et )}/ tes seconds A/t', A/
Jusqu'ici, tout se passe conformément aux régies déjà con-
nues. Mais voici un fait qui vient eu cotnpHquer et en singu-
lariser l'application. Dans toutes ces tribus, ~Ko«/M<' ~<<M<
po<~ &'~fm M«~'Me< <'f (/t<o<M'<7 < com~f/~<~ le f~<~
.« w~< celle-ci, a partir du moment où elle est mariée, vit
chez son mari, par conséquent sur k' territoire occupe par le
clan de ce dct'niet'. C'est là qu'été' met au monde ses enhmts
c'est là qu'ils sonifieves, itt que ses tits t'ésidenttoute leur vie
et ses filles jusqu'à l'époque de leur mariage. Les enfants de
B/~(c'est-à-dire HA' et t! na!tt'ont donc en A et y passeront
leur existence, ou tout entière ou en partie, parce que A est
le cian de leur père inversement, les enfants de A/~(c'cst-a
dire A/~ et A/~ nattront en B et y resteront parce que leur
mère y a suivi son mari. ii se produira ainsi un véritable
chasse-croisé entre les deux c)ans; il la deuxième génération,
tous les individus qui portent le totem A et qui perpétuent le
ctauA sont dans le cian B, et réciproquement. Le schéma des
deux groupes devient
t)).'';<< A TKim)T")MK
Tt:Htt)T"tKK )'r '.L\i H
2" ~n<~atiou. t<)~ Mf Ah' At'*

A lu troisième génération, nouveau chasse'croise, mais qui


rctabtit les choses comme elles étaient en premier lieu. Eu
enet U~ épouse A~ et i'emmune dans le ctan A où il vit. Les
enfants, héritant du totem maternot, sont A/<*et A/ et, cette
fois. iis sotrouvent bien etîectivementdans leur ctan naturel A.
De même, parce que A~ a épouse M~et s'est établi avec elle
en t) où il habite, c'est en B aussi que naissent et sont élevés
leurs enfants B/~ et B/' ceux-ci sont donc également sur )c
territoire du groupe dout ils portent le totem. Par consé-
quent. la suite des générations peut être ligurée de la
manière suivante

H.t)t!M);M)!).–A))nA'K-i<t<!)T. J
M L'AXKÈH 1891
SOCtOLOOtOUE.

i'UCLUTtM )'WL'L.\TtUS
M-cutN)))h' tcttitoin- du (~ht) A. o<cu)m)t fo tcmtwt'tht Chn Il.
'tf~ratioM.
f .~))' Af M'
2- JM' /i'<'nr..)")!f'(-t.U)')1) A~ .~(<'t))'t.(.tM))'
Ah' AP~- AP–Xh'. J~' ~t– )~–A)t"
4' /?' HP–Ah") .\h' Af'i- Ar–H)/

Ainsi, chaque génération se trouve placée dans des condi-


tions tiifîérentes de celle qui la suit immédiatement. Si la
première est étevéesur le territoire du clan dont elle porte le
nom, lu suivante vit en dehors, e'est-a-dire dans l'autre clan;
mais lu troisiètne se retrouve ù nouveau chez elle. Puisque
donc les générations d'un même clan passent leur existence
dans des milieux sociaux aussi ditïérents, it est naturel qu'on
ait pris i habitude de distinguer entre elles et de les appeler
de noms également dinerents; c'est pourquoi un mot spécial
fut attribué à celles qui naissent etqui restentsur le sol fami-
lial, un autre à celles qui, tout en continuant à porter les
insignes distinctifs du clan et tout en restant les fidèles du
même culte totemique. ne résident pourtant pas au lieu où se
trouve le foyer même de ce culte. Et puisqu'elles sont tour à
tour <w/o~«'.<,si l'on peut ainsi parler, et tour à tour <r<
~Kcs, le même roulement doit se retrouver dans les denomi*
nations qui leur sont appliquées. Autrement dit, chaque gé-
nératiou formera une classe M~MWM qui se distinguera par
son nom de celle qui suit; mais cellequi viendra en troisième
lieu aura le même nom que la première, la quatrième le
même que la secondeet ainsi de suite. Voilà d'où vient cette
atterntfuce périodique entre les classes, qui parait au pre-
mier abord si surprenante
Les causes qui expliquent la division de chaque clan en
classes alternées vont rendre également compte des probibi.
tions matrimoniales qui sont attachées à cette organisation.
En vertu de la loi d'exogamie, il est interdit aux membres
d'un même clan de s'unir entre eux. Mais, des deux séries de
générations ou de classesdont la suite constitue le clan B par
exemple, il en est une qui vit dans le clan A, ainsi que nous
avons vu. Sans doute, elle n'en a pas le totem et, en un sens,
elle eu reste distincte. Néanmoins, par cela seul qu'elle y a

()) Kooi!avunsrendui!ensi)))et't'ttctUtcntMco
dans le !'eMtM<'i.dcii.
~Ms en tt'prmenttmt par de;!MfMMn'sdifKfents.
chttjUf<')<m Onvoit))u<
il t'haqut!{s'MnttiMt,
tes<ttra<:tt'*rM
<'ht)n;nt.
X. CUHKHEtM.– LA i'BOmBmo!) CE ï/tNCHSTK t9

vu le jour, qu'ette y a été élevée, elle est on rapports continus


avec les générations de A, qui ettes-mémes vivent en A; car
les unes et les autres occupent le même sot, exploitent les
mêmes forets et les mêmes rivières, ont reçu la même édu-
cation, etc. Par suite, entre ces doux fragments do etnns dif-
férents, mais qui sont rapprochés sur un même habitat, qui
sont plongés dans !a mémo atmosphère morale, Il se noue
nécessairement des relations très étroites qui, sans être iden-
tiques à celles qui existent entre les porteurs d'un mémo
totem, ne bussent pas d'y ressembler. Si donc ces derniers
liens passent pour être exclusifs de tout commerce sexuel
futre ceux qu'ils unissent, il est inévitable que, par voie
d'extension logique, les premiers, étant de même nature, aient
fiai par produire le même effet. Quand on a pris l'habitude
de regarder comme incestueux et abominables les rapports
conjugaux de sujets qui sont nominalement du mémo ctan,
les rapports similaires d'individus qui, tout en ressortissant
verbalement a des clans différents, sont pourtant en contact
aussi ou plus inlime que les précédents, ne peuvent manquer
de prendre le même caractère. On peut en elTet prévoir dès
maintenant que la commuuauté du totem n'a de vertu que
comme symbole de ta communauté d'existence si donc celle-
c! est aussi réelle, suns que le totem soit commun, le résultat
sera le même. Ainsi, par le seul enet de ta toi d'exogamie, la
t'tat-sede A qui est née en A ne peut pas se marier avec ta
classe de M qui est née également en A, quoique les totems
soient distincts. Mais comme lit même fraternité n'existe
pas
avec la classe de B qui est née en B et qui, par suite, n~ rien
de commun avec les gens dû A, la même prohibition n'a
pas
de raison d'être et le mariage est tieite; car non seulement ces
deux clusses ressortissent à deux groupes totémiquesdiné-
rents, mais leur vie est séparée puisqu'elle s'écoule dans deux
milieux indépendants i'un de l'autre. Inversement et pour les
mornes motifs, la ctaSse de A qui est née eu B ne peut s'unir
qu'à la classe de B qui est née en A. D'une manière générale,
uue classe d'un clan ne peut contracter mariage qu'avec une

t) t'Mtt nouf:<)''voutuM.'t jMtsttiro<)m'h' tutt'otnt'uit<jtt'an<))<!), un


")!<;)()vet-tw)il ft-th- syttttx)))'(te tuut un <'M!-<')uh)t'
do t<m))Uo)ts. de
'').)yancf!de pntti')))).'sf-tinit'miM et uutrus.A!tn.< tjtumd tf!! (ti)f)''funte)!
j'.trtitM <)'mt
)<)t')MM
chu)n't vivt'nt)))Mm)!!t'tM))tcd'nnt')nt)tMvh*.Intoten)
<)'!(ptus tML )t)j{nti)('!ttiott ctUtH-rte
(trt'toifn'.qu'Mtju'i) cocon!(n'!iton~.
son 'k'
t")upif pMittigepur t'<a"t )')Mbitude.
M ).'A!<SÉK "i9T
SOOOMGtQUK.

seutedesct~ses de t'nutre, c'est u savoir avec celle qui est


placée dans des conditions correspondantes cette do A qui
est nue en Aavec celle de Ii qui est née en H. celle do A qui
est Hfeen Havec celle de 13qui est née en A. Et comme, à cet
égard. deux générations successives ne peuvent jamais 6tre
dans la n~me situation, il en résulta qu'une tctnmo ne peut
jamais prendre mari ni un homme prendre femme dans la
g6n6ration ou ciasse()ui suit ta ieur.
L'exogatnie des classes n'ciit donc que t'cxognmie dn ctan
il
qui s'est propagée partiutletnent d'uu ctan primaire l'outre,
et réciproquement; et '-ette propagation a pour cause, en
définitive. t'inconsistancc particutiÈre lit constitution du
ctan. C'est en pfîet un groupe amorphe, une masse flottante.
sans individualité très définie, dont les contours surtout ne
sont pas materiettement marques sur le sot. On lie peut pas
dire a quel point pt'fcis de l'espace il commeoce, taquet autre
il finit. Tous ceux qui ont le même totem en font partie, on
qu'ils se trouvent. X'ayant pas de base territoriale, it lie saurait
résister aux causes qui tendent à le dissocier en groupes ter-
ritoriaiement distincts. Or. t'usage qui v~ut que la femme
aille vivre uvec son mari, joint au principe de la filiation uté-
rine, rend nécessaire cette dissociation. Chaque ctan, sous
l'action de ces deux causes reunies, laisse s'établir Hors de!ui
une partie des générations qui lui reviennent de droitet reçoit
dans sou sein des ~nerotions qui lui sont etmngères. Par
suite, ils se mutent les uns aux autres, se pénètrent, échan-
gent leur population, et des combinaisons nouvelles prennent
ainsi naissance auxquelles ta toi d'exogamio s'étend, mais
sous des formes également nouvelles. On comprend du reste
qu'il en résulte un afîaibtissement du groupe proprement
totentiqne. Car les portions dedans divers qui sont ainsi reu-
nies en un tneme lieu vivent d'une même vie' et forment par
conséquent une société d'un genre nouveau, indépendante du
totem. Amesure qu'elles se développent, cites rejettent donc
au second ptan la vieitte,organisation du clan, qui peu à peu
tend à disparaître.
Cette explication, it est vrai. s'applique uniquement au cas
élémentaire où la tribu ne comprend encore que deux clans
a
primaires. Mais, une tois que chacun d'eux s'est subdivisé
son tour en clans secondaires, ceux-ci héritent de la division
en classes qui s'était établie dans le groupe initial. Elles s'y
organisent sur les mêmes bases qu'elles avaient dans les deux
H. CUBKXRtM. – LA fKOUtBmON ))H L'tNCHSfH 2<

,nln,ntfe .oa,nl~ o.
dans primitifs, puisqu'elles ne sont sous cette forme que le
prolongement de ce qu'e))es étaient tout d'abord. C'est ainsi
que se produisent les systèmes un peu plus compliques que
nous avous décrits en premier Ueu(voir p.) ))
Outre que cette théorie permet d'expliquer, jusque dans ses
détails, t'organisation des dusses australiennes. elle se trouva
confirmée par plusieurs autres fait:!
K))aimptiquc que cette organisation est en partie déter-
minée parte principe do la ntiation ut6rine. Si donc nous ne
nous sommes pas trompé, on doit voir les classes s'etïacerià
ou lu filiation se fait, au contraire, en ligue masculine. Dans
ce eus en enet, d'upt'es notre hypothèse, elles n'out plus d&
raison d'être car, comme los onhtuts portent alors le totem,
de leur père, et Mon plus celui de leur mère, ils naissent et
sont eievesdans le ciun même dont ils portent )e nom. Chaqn&
génération se trouve donc placée dans les tnemes conditions
que son ainee et que la suivante eiies sont toutes endogènes.
Toute matière manque ainsi pour distinguer entre elles. La
dualité dugroupe totémique et du groupe territorial a disparu,
soit que les deux ne fassent plus qu'un, soit que le premier
ait cessé d'exister. Or c'était cette dualité qui produisait les
combinaisons alternées auxquelles correspond le système des
classes. Celui-ci, par conséquent, ne peut plus subsister que
comme une survivance sans utilité et destinée, par suite, à
décliner progressivement.
Les faits sont conformes à la déduction. Howitt lui-même a
remarque" que partout où le clan se recrute c~ <M<MM/«; ft
<Ma<!Ct(<(M, la classe n'existe pas c'est le cas citez les Nar-
riuyeri, les Kurnai, tes Chipara. Curr remarque également

KMt)' ))' ca-t ut))<)n'' dM \VuttM)tt')t)K" (~ <M. p. t3. n')t'' 2) où il


ya')H~n't')ui!t.<(,au)tt'u<h'<tt'ux.<fan!i<-h)U)H)'phntttn'.t!i.trtttt))fn).
la <)<fr)-i)'t)u))<)U\'u u ttuntM'-t;Uowitt)'.<t ('fm-te. )-<<)ui't 'h'utcux d'ttpfM
h'stcrMt''<tu~n<dt)nttt):U!tt.'t't,t'Ut'M'i[ri<'n')'in<'t)M('it)!t)))t'!t\t't'x)t)i-
<'<ttio))()Uf xous venoMs ftf <t«nM<'f.On ;))'))), jx))-t"ft')u))t< !.u)'()tMt'rave
Cunow (0/<. ei/ [). tSO) t)Ut' <;< huit ctn~'s t-ont ttucs & t'e ))Uc <)f))-t
tribt)!<.ttytUtt des c)<t!tM ditMn'tttt's. se sont tonfunttu~ t'M~'«tt))f ''hacttne
aurait ttt'jwt't~ ses <)'))<)tuifmtiut)<'j'n'KUttm'ttt <'t~«mitcrvcf's. Mai:. t'ottn'M*
''Ufs ttM ituuvtUt'n) Mtrc qu'à t-um)iti(ttt de <)<~i);)h'r<)M f{')'imti«t)!' <tif-
f'ircntci!. il t'M tit'mit t\?:ttt)tt! (;tt<' )<'s t<t<')M~ tome)! ne SL'mifnt rt'vcnM
')u'an bout <)'' quatK' t{<'M'?M<ions '(itttf! c)))t<)M''pht-atHf. Bien d'-x t'ircuoo.
ttMftM, d'aiUeUtt. peuvent avoir dëtfnunx! ce ()eu)))f )t cufujtti'jm')' cette
tt'rotitK~iH: ot-c'ei!) !K.'u)M))).'ntj)are<H<: cou~ttication UM)'fu pta~ gMnde
'ju'H <? dhtinftUt! dus autres.
(~ F«)'<Ae)'A'o~. p, M.
~3 L'ANNE)! SOCtOKMtOM!.ttt)?

que la classede l'entant est, en principe, déterminée par cotte


de lu mère'.l,
2" Si, comme nous l'avons admis, ta division des classes
s'est produite au moment où ta tribu ne comprenait encore
que deux ctans primaires, elle doit s'altérer a mesure que le
souvenir de cette organisation primitive tend à se perdre.
C'est en effet ce qu'on observe, Chezles Kamitaroi, les liens
qui unissaient autrefois les clans d'une mente phratrie ont
fini par se détendre, et par suite le mariage a été permis entre
certains d'entre eux. L'n Emu a pu épouser une Bandicot,
quoique tous deux fussent de ia phratrie Kupathin. Mais,
pour cela, il fatiut que te mariage devint licite entre les deux
classes de cette même phratrie. Ce fut effectivement ce qui
arriva. La rcgtementatiou que nous avons exposée plus haut,
d'après laquelle un fppai ou un Kuntbo ne pouvait s'unir ni a
une Buta ni à une fppata, s'est peu il peu relâchée, et, en der-
nier lieu, il n'était plus défendu à un tppai du clan de t'Ëmu
d'épouser une tppata du e).<n Bandicot. Vu KumiM peut
prendre pour femme une Buta dans les mêmes conditions.
On nous reprochera peut-être de faire reposer toute cette
explication sur une hypothèse, en admettant que la filiation
avait 616d'abord utérine et n'était devenue agnatique que plus
tard. Mais il importe de bien comprendre le sens de notre
proposition, avant de la contester. Nous ne songeons aucune-
ment a soutenir avec Bachofonet Morganque, dans le prin'
cipe, chaque petit groupe familialeu pour centre la femme,
non le mari; que c'est chez la mère et sous la direction des
parents maternels que t'entant était ëteve.Les faitsdemontrent
avec évidence qu'en Australie un tel arrangement est contraire
à l'usage générât; c'est ce que nous venons nous même de
rappeler. Nous n'entendons parier que du groupe dont te
totem est la base. Or, nous croyonsindiscutahtB..que le totem,
à l'origine, se transmettait exclusivement en ligne utérine;
que le ctan, par conséquent, n'était composé que de descen.
dants par les femmes Sans qu'il soit nécessaire de traiter à
fond la question, les raisons qui suivent suffisent à justifier
notre postulât
1Plus tes sociétéssont rudimentairement développées, plus

(<)~M~M<«M f<«C«,). M d 111.


(2) C'est)')' <)))';tt'mntxuMt'nttn~tt' )< <m(~uf!<
t'OMXxeHro)!:i<
(jui
pourtantMtmtutUent t' tM'se<<tcMorgM(t. ptuf tMtii du
rt<aa)y~t! ih<
de GfoMe).
E. !)UM))E)M. – LA PHOHtBmON DE t.'tNCESTC 2!!

le clan maternel y est fréquent. Il est très général en Austra-


lie, où ti se rencontre ~x~'c/OM <«f cinq it est déjàplus rare
en Amérique, où la proportion n'est plus que de trois ou
même de deux pour un Or tes Peaux-Rouges sont parvenus
a un état social sensiblement supérieur à cetui des Austra-
liens.
2"Jamais on n'a vu un clan paternel se changer en un clan
utérin on no cite pas un seul cas où cette nn'tamorphose ait
été directementobservée. Ou sait, au contraire, avec certitude
que la transformation inverse s'est bien souvent effectuée.
3° Un tel changement appara!t d'ailleurs comme inexpli-
cable. Qu'est-ce qui aurait pu déterminer le groupe du père a
se dessaisir partiellement de ses enfants et à leur Imposer un
totem étranger, avec toutes les obligations morales et reli-
gteusesqui en dérivent? C'est dans ie cian paternel qu'ils
sont venus au monde, c'est iâ qu'its passent)cur existence,les
uns en totalité, les autres en grande partie. D'où pourrait être
venue l'habitude de les faire inscrire à une autre société toté-
mique? Cunow lui-même reconoatt que la réponse est a peu
près impossible
L'évolution inverse est, au contraire, facilement intelligible.
Déjà, par le seul fait que t'enfaut grandit chez son père, au
milieu de ses parents paternels, il est Inévitable qu'i) tombe
de plus en plus dans leur sphère d'action, c'est-à-dire qu'il
finisse par être totalement incorporé dans leur clan. H y a
une anomalie à ce qu'it y réside et à ce qu'il n'en porte pas le
nom. Pour que cette révolution s'accomplisse sans grandes
résistances, il suffit que les traditions et tes usages qui sont a
la base du vieux totémisme aient perdu leur autorité pre-
mière. Ce sont en effet les seuls liens qui rattachent en par-
tie t'entant & une autre communauté morale et qui, ainsi,
s'opposent à une assimilation complète. Par conséquent, à
mesure qu'ils se relâchent, l'obstacle diminue. Or, en fait, il
n'est pas contestable que, là où la filiation agnatique est éta-
blie, le totémisme est afîaibli. Chez les Kurnai, il n'y en a
plus it n'existe plus de clan du tout, mais seulement des
groupes territoriaux, divisés immédiatement en familles par-
ticulières. Chez les Narriayeri, it survit encore, mais sous
une forme atténuée. Chaque groupe local a un totem, au moins

')) V.Fmxc)'.7'o/<'tMMM),
69.H.
(~ 0/ <-< )). ):tX.
JH L'AKNÉKSOCtOt.Ot.tQUH.MOT

en générât, mois intentent territorial est devenu prépondé-


rant chacune de ces divisionsest caractérisée avant tout par
la portion du sol qu'elle occupe. Aussi est-elle désignée, non
par le nom de son totem, mais par une expression purement
géographique. Certaines ont môme plusieurs totems, ce qui
est contradictoire aveu la notion même du ctun un cian véri-
table ne peut avoir deux totems, parce qu'il no peutavoir une
double origine. De plus, t'être totémique n'est plus, chez les
Karrinyeri, l'objet d'un culte; si c'est un animal, il peut être
chasse et mange. Les individus ne s'identifient plus avec lui.
Cen'est plus guère qu'une étiquette conventionnelle
Cunow, il est vrai. tenté de soutenir que. si le totémisme
ne s'observe pas dans ces sociétés, ce n'est pas qu'il y Hit
disparu, c'est qu'il n yavaitjamais existe. Suivant lui, les
Kurnai reprcsentoraieat ta (orme la plus intérieure de ta civili-
satiou austraHenne; tes N:)rrinyeri,tout en dépassant les précé-
dents,n'auraieut pas encore atteint les autres tribus du même
continent. C'est pourquoi l'organisation totémique semit même
inconnue des premiers et seulement à t'utat naissant ettex tes
seconds. Malheureusement pour cette hypothèse, on trouve
citez les Kurnai des vestiges très évidents d'un totémisme
ancien. Chaque sexe Il son totem et ce totem est l'objet d'une
véritable vénération pour les hommes, c'est une surte d'ému
(yeeruug) pour les (entmes. une espèce de fauvette (djeetgu))).
Tous les oiseaux appelés yeerung sont considérés comme les
frères des hommes, tous ceux appelés djeetgun comme les
SŒurs des femmes, et ces deux sortes d'animaux étaient
regardés comme les ancêtres des Kurnai*. Le caractère toté-
mique de ces croyances et de ces pratiques est d'autant plus
incontestable qu'on les retrouve dans plusieurs sociétés où le
culte du totem est resté ta base de t'organisation sociale'.
D'un autre côté, il est tout fait impossible d'y voir une forme
première et comme un premier essai du totémisme; car il est
certain que, à l'origine, le totem natt du ctan dont il fait
l'individualité. Ce n'est qu'ultérieurement et par voie dérivée

()) t:tm'<w.0~).cil.. M. Cf.Curr.(~. ct< )t. iitt '.un-.


(2)H<"n ''t )~witt.0~. < p. t!'t, ~Mt<-).<uh- i)9. Xt:i.– nowiU.
t'MWAe)' A'o/M.j).:<!et :mh'.
<3)V. t'<Mi!t')-.
ru~fMX'wt.['. 51.–Cr<m)o}.M'.ttMf Ta&oMin Jo)«-M< o/
Me.~M//t. //t~ t8'Ki.
)). 2:i. AM~iu'' cmujtrcnonti-MtU:' Cun«w
jttt!tM))))<t'xt
n pu ditv(p. !i!);~u'unne ~[ruuvcpM detotcuMsexut'tiH)tttcho~dus
Kurnai.
K. DUMKUHtM. LA t'HOtUBtT)OS OB L'tNCKSTK 38

qu'ii s'est étendu aux groupes formés pur chaque sexe à t'iu-
térieurdecbaqueetan'. r.
Cesfaits, d'ailleurs, concordent avec ceux que nous avons
établis tout d'abord. Ce qui tend il renverser te principe de la
niituion utérine, c'est lu toid'exogfftnio combinée avec l'usage
d'après lequel la femme doit vivre cbex son mari; car ce sont
ces deux règles qui tont que t'entant est ptacé immédiatement
sous ta dépendance de ses parents pnternets. tandis qu'ii est
tenu tuin du ctan de sa mère. Or les mêmes causes, nous
t'avons montré, ébranlent ia société totémique et y substi-
tuent un agrégat où lit communauté du sol joue un rôle plus
important que la communauté du nom. Par conséquent,
quand tes groupes élémentaires dont est faite une tribu se
recrutent par voie de descendance masculine, il est inévitable
ou qu'ils n'aient plus rien de (otémique ou que le totémisme
n'y survive qu'auaibii. Ou bien le totem, comme dénomina-
tion collective du groupe, disparalt complètement, ou bien,
ce qui est plus fréquent, il devient nue simple étiquette, un
arrangement conveutionnel qui rappelle extérieurement l'ins-
titution disparue, mais qui n'a plus le même sens ni ta même
portée. Ce n'est plus te symbole de tou~ un ensemble do tra-
ditions séculaires, de pratiques crgatth&es et maintenues pen-
dant de longues suites degéttërations car il a été réduit à
prendre cette forme~S~Rte d'une révolution qui a emporté
ces pratiques et ces~~MtiMts.
"'h
Les explications &npré~ft~nt s'appliquent presque iden-
tiquement aux qMMquesautres interdictions sexuelles que
l'on a signalées dans les tribus australiennes et que l'on a
parto~ comme étrangères & la loi d'oxogamie,
y, .présentées
))t'))Ut')')'.)MV')wh'<Ku)'t)u!f)(p)us))n)t-))''st))'!t<))')!<itn'<)M'')<M
MtrMMt)u~uu~tM<Mttt'C''tt''wi''nK)))<t't'Nit~u~)\'t)raMty't)<)'))''
la tiœut'dt! ttUM ))t'n'Mu<))tuu)){:. n")Mt'\n)<'t)tttt''M) jmn'tttdf cetuitju'i)
<t«t)n<'à M")t~ro (Mt)MffHt);. Si ()"<)(-. <)ittx'tn' uu[t-ur.lu M'ur du ))'r"
<t tp('<;)<;t'asMundttn) t'st ()<)'jusqu'à))' t'-)ttp.<
tU)t(''t'tt''). ttSfH' )wnt!
ft
lu )t)f-rt', tjUMt')))t<)m-
t')h-t'-t)titr<i)!))et)MM[ hutnttt' pur t'ttnsMqut.'nt.
t')H)U:MHtsu suiMt' e<' 'lui it)diqu).')':ut un
('t')-)a!tn'nt!;ttt <?(Kt«"'iat<n'<pfi-
mitif.))?! e't'st o)t))))t't- ) )t-
t)U''< '-<))r'si')n)! i:<')Yt'ht pM" tt dt~))!W'r
t)Mittjtjturt!'do<'un!'<m){'"nMt!. cuntttffttou~tf )t)oH<tt'n)n!! j'ttt!-h'iKu pt'u-
))tt<du th-t'ode Kuhb'ret ~tum.'Cunuw)'- rfcutxttttttui.ot~tttt' "n n't'n
))catdunerio«cuttetun'n')<tth'n«f<Ht Mttxliens<)utKt))K ))uiUMt~t'nt «u
<t))MS)tM)tt
)<!<ox'mbre:! <h)){'f<'p)!. KoMutit'?.Mun~n ')''«! lu n'~t''m-
tiattttMxcutitto du ){mutM' jMtcmc)'lui est &c'-th'
)tt)t)it'it'Mru d f t\'t)f<mt.
<'tMutUtnUMg K)MiM))M:
t(t t"n-ti<: d<:lu ~ncMUuo'lui <"itd<tn< lesM<'u)M
<;M)t)itiuu<.
26 t'AKNKtitiOCtOt.OCtOUE.
tW

'dont e)tes sont pourtant des conséquences et des apptica'


tions. Onpeut les rameneraux deux typessuivants <° Quand
le clan est agnatique, les rapports sexuels ne sont pas seule-
ment interdits avec les membres du clan auquel ou upnar-
tient, c'est-à-dire avec les parents paternels, mais encore~ec
ceux du ctan maternel. C'est le cas, notamment, chez tes
Narrinyeri Eu d'autres termes, l'exogamie est double.
2"Montequaud le ctan est utérin, oncite des cas où le mariage
est interdit non seulement entre les individus qui on font
partie, mais encore entre eux et certains de leurs parents
pttemeis. C'est ainsi que, chez les Dyorie, un nomme ne peut
épouser ni la (!)tede son frère, ni ta sœur de son père, ni ta
fille de ta stcur de son père, ni la fille du frère de sa more
Le premier fait se comprend sans peine une fois q«'on a
reconnu l'antériorité du clan utérin sur le clan agnatique.
Car, quand ce dernier se constitua, les idées et les habitudes
que l'ancienne organisation avait tixuesdans les conscience)!.
ne disparurent pas comme par enchantement. La parenté
utérine perdit sa primauté, mais elle ne fut pas abolie, et,
puisqu'elle avait exclu si longtemps le commerce sexuel, elle
continua à avoir les mêmes eHets. Tout ce qu'il y eut de
changé, c'est quela parenté agnatique eut désormais la même
innuence. L'ancienne exogamie se maintint à côte de !a nou-
velle. Lit prohibition devint bitatérate.
Quant aux interdictions partieites et plus ou moins excep-
tionneites qu'on a signalées chez les Dyerie et quelques outres
tribus, elles correspondent à une phase de transition. Elles
ont dû s'établir à un moment où ta parenté patorneito com-
mençait à faire sentir son action, sans qu'olle tnt encore
devenue prépondérante. Car une telle transformation n'a pu
s'accomplir qu'avec la plus extrême lenteur. C'est peu à peu
que les liens qui rattachaient t'entant au totem maternel se
sont relâchés peu à peu que les caractères de la parenté ma-
ternelle so sont propagés à l'autre. Déjàle système des classes
avait pour effet d'empêcher ie mariage avecla moitié du clan
paterne), puisque, sur deux générations, il y en avait une
avec laquelle les relations coujugales étaient interdites, tt a'
a donc rien d'extraordinaire à ce que cette interdiction se
soit peu à peu communiquéeà d'autres parties du même clan.

(t) Cunow.0~. fit.. p. 8t. Curf- n.B~et 968.


?) Cuttow,il. Ht.i.
K.MtUUHM.– M t'ROtttBtTMt)
0)!t't~CKSTE 27
Une fois sortie des llmites dénnios dans lesquelles elle était
primitivement renfermée, elle na pouvait manquer de gagner
de proche en proche par une sorte de contagion iogique. Je
ne nuis épouser ias't'ur de mon père parce qu'elle appartient
a ia%~nérationqui précède la mienne. partant à la classe qui
m'est interdite. Mitis alors, comment te mariage avec la fille
do cette femme apparaitrait-it comme beaucoup moius
odieux? L'itorreur que l'un inspire se transfère natureiie-
ment à l'autre, par cela même que les sentiments de parenté
dont l'une et l'autre personne sont l'objet sont sensiblement
de mémo nature. Do même, je ne puis épouser, si je suis
femme, le frère de ma mère parce qu'il porte le ménx' totem
que moi mais alors n'est-il pas inévitable que cette même
détente s'étende aux fils de cet homme, qui lui tiennent de si
près et qui vivent sous le même toit et de la même vie que
lui '? Ce qui a du faciliter cette extension, c'est que tous les
membres d'un même clan se regardaient comme issus d'un
même ancêtre et voyaient même dans cette commune descen-
dance la source principale de leurs obligations réciproques.
!) devait doncapparattre comme naturel et logique, au bout
d'un certain temps, que ia même défense de contracter
mariage s'appliquât à des relations de consanguinité diffé-
rentes de celles qui passaient pour caractériser le cian.
D'une manière généraie, à mesure que les cians se mélent
et se pénètrent de la fa~oo que nous avons décrite, les diué-
rentes sortes de parenté font de même; elles se nivelleut.
L'ancienne parenté utérine ne peut plus, par conséquent,
garder sa prépondérance. Mais alors, du même coup, le cercle
des interdictions s'étend, 11s'étend même tellement qu'il en
vient parfois a ne plus avoir de bornes précises. Nonseule-
ment il gagne le clan paternel après le clan maternel, mais il
va plus loin; il atteint d'autres groupes, qui n'ont contracté
avec les précédents que des alliances plus ou moins passa-
gères. Surtout quand le totem tuit défaut pour distinguer les

(i)!<ua<t prenons ('es t'~jxt'~ioMit tto fH<.fith' frt'rct:. <'tf.. iittns en p)v-
<'i~'r)<'M't)Sj()«s<jU<'n<'f<)ttN'v«ya!<<'Mt'Ur,(~<n)t<)"«tK')t'YW!tt)U'
)tHh'u~h'e))''x)''<)tnt)tit)f!tH))n'uttt)Uj<)HM!!)'ttt'M)<H)<)t')'!iit-t'c!!))r<'s-
Muw<)<Mcn('ttt~indh1')usd~tt'n))in'<.)i'<tttt.'Mnt)ttm't'tt'uj<'tt)))i)e!i
ttoxHnMNiost dc< n'txtxtt))' ')'* ''onsanKuinit'~ i))''))ti<)U)'st <'cMt'~<)u<!)K'U)!
ap)M')o)~ <)<<to~mc~ nutu~. ou )<ifn si t'ttci. repundoMt & 'tes ){''uuj)cs d'in-
dh'i<)usc<)tn)m'tmMtfhafUt)))res')Met<)utt'unM)<LM'L<tn't'it<
ftHitu[)sert'atuat't! tmu~ M'niicigncnt trop mtt:)nent sur c<; putut. qui aurait
une itoportanee essentielle.
2S t'ANJfÊHSOCtOMOOUH.
)M7

relations Incestueuses des autres, on ne sait plus où ottes


cessent. C'est ce qui parait s'être produit chez les Kurnai.
Xutie part la fusion des ctans n'a dû être plus complète,
puisque ie totémisme a disparu. La société est faite de groupes
dont tous les membres se regardent comme parents, mais qui
n'ont plus d'insigne cofnmuu. Or, nulle part aussi les cas de
prohibition ne sont aussi muitiptiés. Ainsi, un Kurnai ne peut
pas épouser une femme qui appartient it un groupe où cer-
tains de ses proches sont déjà allés prendre -femmes. 11eM
résulte qu'il lui faut très souvent chercher très loiu une
femme a taquette il puisse légitimement s'unir'.l,
L'exognmie est donc bien ta forme ta plus primitive qu'ait
revêtue te système des pruhiMtiousmatrimoniaies pour cause
d~uce&ie. Toutes les iuterdtetions qu'on observe dans les
sociétés inférieures en sont dérivées. Dans son état tout à fait
6)ementaire, elle ne dupasse pai; le eian utérin. De là elle
s'étend, partieitemeat d'abord et totalement ensuite, au ctan
paternel; quelquefois, elle va plus loin encore. Mais, sous
ses modalités diverses, elle est toujours la même règle appli-
quée à des circonstances différentes.
.– On conçoit dès lors quel intérêt H y aurait à savoir quelles
causes Font déterminée. Car il n'est pas possible qu'elle n'ait
pas anecte t'évotution ultérieure des mœurs conjugales.

Un grand nombre de théories ont été proposées pour


répondre à la question. Ettes se rangent assez naturellement
en deux classes. Les unes expliquent l'exogamie par certaines
particularités spéciales aux sociétés inférieures les autres,
par quelque caractère constitutif de ia nature humaine en
générât.
Lubbock, Spencer et MacLennan ont attaché leurs noms
aux premières. Quoique leurs explications diffèrent toutes
dans le détail, elles reposent sur le même principe. Pour les
uns et pour les autres, l'exogamie consiste essentiellement

))Cunuw.< tt~ )'. M. Vuin MtM' itatru prouv).'')m' t'm')«n)!tHiti<M)


t'aotitinh'
dMKurottix'n ricMde' jtt'itoitif.Bt~'ntoin)(u<'Dtot'ft'ufdu t'tn-
<:<tesuit <'))mfux tt!<(m
tMitmuuto. ellen'Mtttuttupart aus:)!dctotupp<o.
Onpeutun~tuudirt:~u'<;)h! y ttttMiotun tMvvtuppetUfnt Monnat.
):. DUXKHH)M.-– ).A )'HO)HMT)OKDH L'tXCHSTK S~

dans un acte do violence, dans un rapt qui, d'abord spora-


diquo, se serait peu a peu génératisé et serait, par ceta môme,
devenu obligatoire. Les hommes auraient été amenés par dif-
férentes raisons à aller prendre leurs femmes dans des tribus
étrangères ptutot que dans la leur, et, avec le temps, cette
habitude se serait consolidée en régie impérativo. t'arattëte.
ment, elle aurait aussi changé do nature. Tandis que primi-
tivement elle supposaitun coup de force, une véritable t'itMia,
elle serait devenue peu il peu pacifique et contractuelle; et
voUa pourquoi c'est sous cette forme qu'on l'observe le plus
génératement aujourd'hui.
Sur la nature des 'causes qui auraient donné naissance il
cet usage, ces auteurs se séparent. four MacLennan', c'est ta
pratique de l'infanticide qui t'aurait rendu nécessaire. Le
sauvage, dit-il, tue souvent ses enfants, et ce sont les filles qui
sont sacrifiées de préfÉrence. !) eu résulte que tes femmessont
en nombre insuffisant dans ta tribu il faut douc prendre au
dehors de quoicombler ces vides. Pour Lubbock, c'esl lebesoin
do substituer des mariages individuels aux mariages coiiectifs,
seuls tolérés à l'origine, qui aurait joué le rôle décisif. Par-
tisan des théories de Morgan et do Hachofen. il admet en
euet que, dans le principe, tous les hommes do ta tribu pos-
sédaient collectivement toutes les femmes, sans que nul put
en approprier une pour son usage exclusif car une telle
appropriation eût été un attentat contre les droits de la corn"
muuaute. Mais il eu était autrement des femmes qui faisaient
partie des sociétés étrangères sur elles, ta tribu u'avait
aucun droit. Ceiui donc qui avait réussi ù en capturer une
pouvait la monopoliser, s'ii te desirait. Or ce désir ne pouvait
manquer de s'éveittor dans te cœurde l'homme, parcequetes
avantages de ces sortes d'unions sont évidents. Ainsi se serait
formé un préjugé défavorable aux mariages endogames~.
Enfin, pour Spencer, c'est le goût des sociétés primitives
pour la guerre et le pillage qui aurait été la cause détermi-
nante du phénomène. L'enlèvement des femmes est une
manière de dépouiller le vaincu. La femme capturée fait
partie du butin elle est donc un trophée glorieux et, par
suite, recherché. C'est une preuve des succès que t'en a rem-
portés dans la bataille. La possession d'une femme conquise à

()) \S/K~t'M<~ .~<tc<fH/


//M<<M't/,<-)).
tOft/MMOMt.
< V. U/tHef d< t'«'t<tf!a<KM,
)<.Mt.
SO L'AMNÊK t8K
SOMOKMtQU)!.
ta guerredevintainsiunesortede distinctionsociale,un titre
de respect, i'ar contre-coup,le mariage que l'on contracte
pacifiquementau seinde lu tribu (ut considèrecommeune
tacheté et )!6tri.Dela uétrissuroà la prohibitionformellei)
u'y a qu'un pas
Nousne mentionnonsque pour mémoireces explications
trop sommairemcutconstruites.On ne voit pns pomquoi,
dans le seul but d'obvier& l'insuffisancedes femmesindi-
gènes, tes hommes se seraient interdit, et sous peine de
mort, d'utilisercellesqu'ils avaientsous la main. D'ailleurs,
il u'ost prouveni quei'iutauticidedes fillesait en cettegéuë-
ratit6, ni qu'il ait pu produireles effetsqu'on lui attribue,tt
est vrai qu'il est fréquenten Australie;ntaison cite biendes
puysoù il n'est pas pratique Kntout cas, il y a uu fait qui
devrait retahHr t'équitibreentre les sexes, alors mêmequ'il
serait ainsi rompu au tendonainde la naissance c'est que,
tnemedans les payscivilises,tu mortaliténaturelledes gar-
çons dépasse celledes (i)!es.A plus forte raison, en doit-il
être ainsi dans les sociétésprimitivesoù un état de guerre
chronique expose l'hommeà bien des causesde mort qui
menacent moins directementles femmes.Et en edet, d'une
enquête faite par lessoinsdu gouvernementanglaissur dit-
férentspoints des ttes Fidji,où l'infanticideétait en usage,
ii résulteque si, pendant t'enfance,le nombredes garçons
dépassecelui des filles,le rapportest Inversepource quicon-
cernetes adultes'.3.
Les théories de Lubbocket de Spencersont encoreplus
dénuées de tout fondement.La premièrereposesur un pos-
tulat qui u'est plus actuellementsoutenable.Ii n'est pas uu
seul fait qui démontreta réalitéd'un mariagecollectif.Quoi
de plus étrange, d'ailleurs,que cette tribu où tes hommes
délaisseraientobligatoirementtoutestes femmesparcequ'ils
eu ont la pleine propriété? Ajouteza ceta que les femmes
faites prisonnières à ta guerre devaient',commele butin
fait en commun,appartenircollectivement a la communauté
et non leur ravisseur.Quantà Spencer,a l'appui de son
hypothèse, il cite en tout quatre faits', desquelsil résulte
(t) )). j).iMtC
f<fwt'Mo~'f.
<'<'tM<'t/)M ''t ~uh'.
/<'</<)«'<' </« M';<o.~<'At/MMO),p. 9!)T-
t' fai~ th)n!. W<<)'')-'M!)ft'):.
(ï)
.:MM.
(3) V. fi<M)t' '-t ))"wiU. <f<«'t«t<oxf A'u'Mitan)!, p. i7t.:T)i.
(t; /~<t<-<~M de -s'of-t~ )f. ~!9.
H. MMUKtM. LA fHOtHMTMtt M t.'tNCMTK 3<

que, chex les sauvages, oa exige parfois des preuves do cou-


rage comme condition préliminaire au mariage. Maisest-ce
que le seul moyen de témoigner de sa bravoure est de prendre
des femmes? On trouve au moyen âge des usages analogues;
le chevalierdevait mériter sa nancéo par quoique bel exploit.
Pourtant, il ne s'est alors rien produit qui ressemblât a
t'exogamie. Que) écart, enfin, entre le uiobiie auquel ou attri-
bue cetto régietneutation et !a peine terrible qui frappait le
violateur de la ici
Maisle vice radical de tous ces systèmes, c'est qu'ils repo.
sent sur une notiun erronée de l'exogamie. Us entendent eu
effet, par ce mot, l'obligation de n'avoir de rapports sexuels
qu'«fff «~ /<'Mm<* MO~MMf~tff' <<!H~)'c; c'est le mariage
''Mffvttx'o~fvxf<<* qui serait prohibé. Or i'exo-
la )'«'««'~'<<"<
,tmie jt'a jamais eu ce caractère. Elle défend aux individus ~<~
.i
d'un mcme ciitt)de s'unir entre eux ttt.ns. trës~cncratement,
t;'e'.t dansun autre cian de la tncme tribu, ou tout au moins
de la même confédération, que les hommes vont prendre
tours femmes et que les femmes trouvent leurs maris. Les
clans qui s'aiiient ainsi se considèrent même comme parents,
loin d'être en état constant d'hostilité. Cette malheureuse
confusion entre le clan et la tribu, due à une insuffisante
dcnnitiun de l'un et de l'autre. n contribué pour une large
part a jeter tant d'obscurité sur la question de l'exogamie. On
ne saurait trop répéter que si )e mariage est exogame par
rapport atx groupes totémiqucs dans primaires ou secon-
dai.resj~t! est généralementendo~ame par rapport a la société
politique (tribu).
MacLennan. it est vrai, reconnait que l'exogamie, telle
qu'elle existe aujourd'hui, se pratique à l'intérieur de la
tribu. Mais suivant lui, cette exogamie intérieure serait une
forme ultérieure et dérivée, dont il explique la genèse assez
ingénieusement. Soient trois tribus voisines A, B, C qui pra-
tiquent l'exogamie de tribu à tribu. Les hommes de A, ne
s'unissant qu'aux femmes de B et de C, s'eu emparent de
force et les emmènent chez eux. Quoique captives, elles gar.
dent leur nationalité; elles restent des étrangères au milieu
de leurs nouveaux maîtres. En vertu de la règle qui veut que
l'enfant suive lu condition de la mère, elles communiquent
ce caractère aux enfants qui naissent d'elles. Ceux-ci sont
donc censés appartenir à la tribu maternelle, soit B, soit C,
quoiqu'ils continuent à vivre dans la tribu A où ils sont nés.
32 L'ASNÈË!=Ot:KH.OU)()UH.
tS67

Ainsi, au sein de cette dernière société, naguère ttomogéne.


se forment deux groupes distincts, l'un B' composé des
femmes de 13et de leurs enfants, l'autre C' qui comprend les
femmes de C et leurs descendants des deux sexes. Chucun de
ces groupes constitue un clan. Une(ois qu'ils sont tonnes pat'
ce procèdeviolent, ils se recrutent regutieremeut par la voie
de )a genuratiou. les enfants qui naissent ressortissant au
ctan materne). Ils surviveut donc aux causes urtificiettes qui
leur avaient donne naissance. s'organisent et fonctionnent
comme des t'tcments normaux de lu société. Quand ce résultat
est atteint, t'exogamio extérieure devient inutile. Les hommes
de M*n'ont plus besoin d'aller conquérir hors de lit tribu des
femmes d'une autre nationalité; ils en trouvent chez eux
dans le ctaa C
Muis nous sin'uxs aujourd'hui que tes ctans se sont formés
d'une tout autre manière. Dans ta piupart des tribus austra-
liennes et fnefnc indiennes, i) n'est pas douteux qu'ils sont
nés de deux souches primitives par voie de génération spon-
tauee. Il:; Mesont. donc pas dus à une importation vioieute
d'éléments t''tran~crs et déjà différencies. L'itypothese de
Mac Lonnan pourrait tout au plus s'appliquer aux deux
cians primaires ()ont les autres sont sortis par segmentation.
Mais il est bien unprobabte que ces doux sortes de clans
resuiteut de deux processus aussi différents, alors <tu'ii M'ya.
pas entre eux de différence fondamentaie. Pourquoi d'uil-
leurs J'introduction de femmes étrangères aurait-elle donné
naissance, dans tant de cas, i( deux groupes heterog-eneset à
deux seutement? Il faudrait donc admettre que chaque tribu
a regutierement emprunte a deux seulement de ses voisines
les femmes qui lui manquaient. Mais pourquoi se serait-elle
ainsi limitée? Pourquoi enfin cette importation aurait-oHe
subitement cesse des que les deux ctans primaires commen-
cèrent. a apparaitre sur le fond primitivement homogène de
la peuplade'On ne voit pas davantage comment l'exogamie,
ainsi transformée, aurait pu se maintenir si elto avait les
causes qu'on lui attribue. Car ce n'était pas uu moyen de
diminuer la disette de femmes dont on pouvait souffrir que
de faire passer celles qu'on avait d'un ctan daus l'autre. Ces
virements ne pouvaient avoir pour effet d'accroitre, si peu
que ce ftlt, le totat de la population féminine.
n''['' n')'ti«')))n't:)Mttsh\.
0) t/<'xt))icatit)tt tfemxM.
t. Xt),p. &?,et ))M
neitwu)').~MfMwA/'cAc f«M<(7f'e,p. )!f7t't
suit.
B. CURKXEtM.– LA PMHtBmott M t'MCMt-fE 88
.1·
Plus digne d'examen est la théorie de Morgan
L'exogamie
aurait pour cause le sentiment dos mauvais résultats
qu'on a
souvent imputes aux mariages entre consanguins. Si, comme
on t'a dit, la consanguinité est par etie-méme une
source de
dégénérescence, n'est.it pas nature) que tes peuples aient
interdit des unions qui menaçaient d'affaiblir ia
vitatitujreue.
raie ?
Maisquand on cherche dans l'histoire commenttes
hommes
se sont explique & eux-mêmes ces
prohibitions, a quels
mobites paraissent avoir obéi les législateurs, ou constate
que, avant ce siècle, les considérntions utilitaires et
physio.
logiques semblent avoir été presque complètement ignorées.
Chexles peuples primitifs, il est bien dit
çù et là que ces
unions ne sauraient prospérer. Quand un homme se sera
uni it sa tante, dit le Lévitiquo', ils
porteront la peine de
teur ptieheet n'auront pas d'enfants. Mais cette steritite
est
présenK'ecomme un châtiment intUgé par Dieu, non comme
la conséquence d'une toi naturelle. La
preuve, c'est qu'au
verset suivant les mêmes expressions sont
employées dans le
cas d'un mariage qui par iui-môme ne saurait avoir de
mau.
vais ettets organiques il s'agit d'un homme
qui s'unit à la
femme de son frère. Dans l'antiquité
classique, les raisons
les plus diverses sont alléguées~ Pour
Ptaton, te croisement
serait surtout un moyen de meier les fortunes et les curac.
tères et de réaliser une homogénéité désirable
pour le bien
de t'Ktat'. Pour ((autres, il s'agit
d'empêcher que i'atïection
ne se concentre dans uu petit cercle fermé*. Suivant
Lulher,
si la consanguinité n'était pas un obstacle, ou se
marierait
trop souvent sans amour, uniquement pour maintenir l'inté-
grité du patrimoine (amitiat C'est seulement vers le
xvtt"siècto qu'apparaît cette idée que ces unions afïaibtissent
la race et doivent être prohibées pour ce motif; encore reste-
t-ette assex indécise'. Montesquieu ne semble
pas la soup-

/t))fM<)<
(t)M")'(!'t". .S'M'tC~, p. M)..
S) L. XX.!?.
(3)O~KM~Mf. Y.9; /.t,M,V).)< 1'1\')H. <
W C't~t).' mi.(t'Ari~t')).(t..ifttittt.U~u~titt.Voit)'-<)..<)..).,-i(At<)M~
ttuth. !e .WnfW<t.?<-
c/xM)-Kinip.?.).
(S)V.Jiot)),j).9(i.
(0)Y.BMr).)n. ~')<t/.M.yo/'j)f<McA< f)~)-.)n).
)(iïi, tt). M. Ctt,
))))f)p))<t.~eMoM<!)fA)«~)<tMtco,<6K).)h-.XY.
– Annue sorio). <M7.
E. DNMfHMM.
3
34 L'AKKËE )'??
SOCKM.OUtOUE.
çonner'. Maisce qui est plus intéressant,c'est qu'elleparait
avoirété presqueétrangèreà la rédactionde notreCode.Por-
talis, dans sou exposedes motifs,n'y fait pas aitusion.Onla
trouve indiquéedans le rapport fait au Tribunal parGillet,
tnais elle y est reléguéeau secondphu. 0«~'<'~«et~MM !<<<'M
~'oh~/M ««' /« ~<<'f~Y«/f'f<' il y a, dit-il, un motif
p/t~t'/Mf,
moral pour que l'engagementréciproquedu mariage soit
impossibleà ceuxentre qui le sanget t'attiniteont déjà établi
des rapports directs ou très prochains. » Il est donc bien
invraisemblableque lesAustralienset lesPeaux-Houges aient
eu comme une anticipationde cettethéoriequi ne devait se
faire jour que beaucoupplus tard.
Cependant,cette premièreconsidérationn'est pas sufRsam-
ment démonstrative.On pourrait supposerque les hommes
ont eu confusémentconsciencedes mauvaisenets de la con-
sanguinité. sans pourtant s'en rendre clairementcompte,et
que ce sentimentobscur a été assezfortpour déterminerleur
conduite.Il s'enfaut en effet quenous connaissionstoujours
avecclartétes raisonsqui noustout agir. Mais,pourque cette
hypothèsefût recevable,encorefaudrait-ilque les mauxdont
on accuse les mariagesconsanguinsfussent réels, incontes-
tables et mêmed'une évidenceassezimmédiatepourque des
mtettigeocesgrossières pussenten avoir au moinste senti-
ment. tt~audrait mêmequ'ils fussentde nature à frapper
vivementl'imagination,de quelquemanièred'ailleurs qu'on
se les expliquât car, autrement, l'extrême sévérité des
peinesque l'on dit être destinéesa les prévenirserait inin-
teUigibte.
Or, si l'onexaminesansparti pris les faits alléguéscontre
la consanguinité,le seul pointqui paraisseétabli, c'est qu'ils
u'ont aucunementce caractèredécisifSans doute, on peut
citer des casoùelleparait avoirété néfaste maislesexemples
favorablesà la thèse opposéene sont pas moinsnombreux.
On connattde petits groupessociauxdonttes membres,pour
des raisons diverses,ont été obligésdo se marier entre eux,
et cela pendantde longuessuitesde générations,sans qu'il en

(); &p~<</<MtoM,XX\). tt.


(S) Nous ne pouvons riter tou~ h~ oovmtt' ))<nn<sur lu question. On
trouvem une t)ib)iuf!t'aphi<' cmttpM)'ttittsique tous les faits iHtportentii
Mttt'gMM~de part et d'autfe <t<tnii
te)hrc de Huth <Mj& tiM (Londres,i<a7).
Une petite t)ruchnrt'd<'8)t''r)M't.BAt
:frM<'AMtB<M~t~<'t<;eH~M, Bet'tin.iSW.
cunticot auMi un aMM bon t'x{)0it!de t'etOLt la question.
<)<}
H. CUMHKtM. – LA )'HOHtBmOX OE L')t<CEST8 35

fut résultéaucunanaibtissementde la race Hsemble, it est


vrai,ressortirde certainesobservationsque lu consanguinité
accrott la tendanceaux affectionsnerveuseset &la surdi-
mutité maisd'autres statistiquesétablissentqu'elle diminue
parfois ta mortalité.C'est ce que Neuviiiea établi pour les
Juifs
Cescon dictions apparentes prouvent que la consangui-
nité, par ette-méme,n'est pas nécessairementmalfaisante.La
où il existedes taresorganiques,mémosimptementvirtuettes,
elleles aggraveparce qu'elle les additionne. Mais, pour la
mêmeraison,elle renforceles qualités que présententégale-
mentles parents.Si elle est désastreusepour les organismes
mal venus,elle confirmeet fortifieceux qui sont biendoués.
!t est vrai qu'en donnant un relief exceptionnelà certaines
dispositions,même avantageuses, elle risque de troubler
l'équilibrevital; car c'est une conditionde la santé que toutes
les fonctionsse balancent harmoniquement et se main-
tiennentmutuellementdans un état de développementmo-
déré. Mais d'abord, si ces ruptures partielles d'équilibre
sont morbidesau regard do la physiologieindividuelle,si,
dans une certainemesure, .elles mettent le sujet qui en est
atteint dans des conditions moins favorables pour lutter
contrele milieu physique, elles sont souvent pour lui une
causede supérioritésociale. Il retrouve d'un coté ce qu'il
peut avoirperdude l'autre, et parfoisdavantage car l'homme
est doubleet ses chancesde survie no dépendentpas seule-
mentde la manièredont it est adapté aux forcescosmiques,
maisencorede sa situation et do son rôle dans la société.
Ainsi,l'incontestabletendancedes Juifs à toutesles variétés
de !a neurasthénieest peut-être due, en partie, à une trop
grandefréquencedes mariagesconsanguins or, commeelle
a pourconséquenceune mentalité plus développée,elle leur
a permis de résisteraux causes socialesde destructionqui
lesassaillentdepuisdes siècles. Surtout,on ne voit paspour-
quoi lessociétéscondamneraientd'une manièreabsoluecette
culture intensivede qualités déterminées;car ettes en ont
besoin.Lesaristocraties,les élites ne peuvent pas se former
autrement. En tout cas, tes phénomènesde dégénérescence

();Y.)MMtitdtUM.
Math.p. )M-t8<t.
Mf)M<fo«e)'MH~ T'<M~<«'M<<fM,)''M)x.'f<)ft.t85X, p. tS-jO et i)t-U3.
Lcif chiffre! sont reproduits dtne Huth, là. ifc.n?.
36 L'ANNEESOOOMGtQUR. 1891
..1 _1 1- t .&
qui peuvent se produire ainsi, &quelque degré qu'ils soient
nuisibles, ne sont sensibles que si ces sortes d'unions se sont
repétées pendant plusieurs générations. H faut du temps pour
que l'énergie vitale s'épuise à force d'être spécialisée. Les
conséquences de cette spéciotisation outrée ne peuvent donc
être atteintes que par une observation patiente et prolongée.
En résume, s'i) semble bien que tes mariages consanguins
créent toujours un risque pour les individus, s'il est sage de
ne les contracter qu'avec prudence, ils n'ont certainement pas
les effets foudroyants qu'on leur a parfois attribués. Leur
influence n'est pas toujours mauvaise, et, quand elle est mau-
vaise, elle ne devient apparente qu'à la longue. Mais alors,
on ne peut admettre que cette nocivité limitée, douteuse et
si malaisément observable, ait été'aperçue d'emblée parle
primitif, ni que, une fois aperçue, elle ait pu donner naissance
a une prohibition aussi absolue et aussi impitoyable. L'ère
des discussions soulevées par ce problème est loin d'être
close; les théories les plus opposées sont encore en présence ~t
la question môme n'est soupçonnée que depuis peu les faits
ne sont donc pas d'une évidenceet d'une netteté teties qu'ils
aient pu saisir l'esprit du Muvuge. Lui qui d'ordinaire sait
si mal distinguer les causes, relativement simples, qui déter-
minent journellement la mort, comment aurait il pu isolerl'
ce facteur si complexe, enchevêtré au milieu do tant d'autres,
et dont l'action, lentement progressive, échappe par cela
même &t'observation sensible? Surtout, il y a une frappante
disproportion entre les inconvénients réels de la consan-
guinité et les sanctions terribles qui punissent tout manque-
ment à la loi d'exogamie. Unetelle causeest sans rapport avec
l'olfet qu'on lui prête. Si encore on voyait les peuples se
comporter d'ordinaire avec cette rigueur dans des circons-
tances analogues Maisles mariages entre vieillards et jeunes
filles, ou entre phtisiques, ou entre neurasthéniques avérés,
entre rachitiques, etc., sont autrement dangereux, et'pourtant
ils sont universellement tolérés.
Mais MKet'a~OM~M.<<~C&<PP encore, c'est que ~'M'O~tNM tt<'
KoM<<f)t<
<;«'«?rapport m<Mt<!< arec la coHso~ttt-
et M('<))t<<<«'r<'
t)M< Sans doute, les membres d'un même clan se croient issus
d'un même ancêtre; mais ii yaune énorme part de fiction dans
cette croyance. En réatité, on appartient au clan dès qu'on en
porte le totem, et on peut être admis à le porter pour des rai-
sons qui ne tiennent pas à la naissance. Le groupe se recrute
– t'AfROUtOTtOK
E. MHtUtKm. DEL'tKCMTE 37
presqueautant~aradon.tiotLque~Mr. gén.ératJQU.Les prison-
niersfaits~&laguerre, s'ils ne sout pas tués, sont adoptes
trèssouventmême,un eian eu incorporetotalementou par-
tiellementun autre.Toutle monden'y est donc pasdu m6m&
sang.D'aitleurs.on y comptetrès souventun minierd'indi-
vidus, et, dans une phratrie,plus encore.Lesunionsainsi
prohibéesne se nouaientdonc pasentre prochesparents, et
parsuiten'étaientpas de cellesqui risquent de compromettre
gravementune race. Ajoutezà cela que les mariagesau
dehorsn'étaient pas interdits, que des femmesétaientcer-
tainementimportéesdes tribus étrangères alors mémoque
l'exogamien'était pas de régie; il se produisaitdonc,en fait,
des croisementsavec dos élémentsétrangers, qui venaient
atténuer les effetsque pouvaientavoir tes unionsconclues
entretropprochesparents.Ainsinoyésdans l'ensemble,il ne
devaitpas être facilede les déméier.
Inversement,l'MOjsjjtL~cM'~Jf~c~N~.foKM~Mt'Hs
<~j'a~'oc~. Les enfants du frère de ma mère apparte-
nant, sousle régimede la filiationutérine, a uneautre phra-
trie que mamèreet que moi,je puis les épouser.11y a plus:
à partir du momentoù le souvenir des liens qui unissaient
entre eux les clansd'unemêmephratrie eut disparuet où.le
mariageeut lieu d'un clan à l'autre, frères et sœursde père
purentlibrements'épouser. Par exemple,chez les Iroquois,
un membrede la division du Loup.peut très bien s'unirà
unefemmede la divisionde la Tortue,et avec uneautre de
la divisionde.l'Ours.Maisalors, commel'enfantsuit la con-
ditionde la mère,lesenfantsde cesdeuxfemmesressortissent
à deuxclansdinérents l'un est un Ours,l'autre une Tortue,
et par conséquent,quoiqu'ils soient consanguins,rien ne
s'opposeà ce qu'ils s'unissent.Aussi,mêmedes peuplesrela-
tivementavancésont-ils permis le mariage entre frèreset
swursde père. Sarah, la femmed'Abraham,était sa demi*
sœur', et il est dit au livre de Samuelque Tamar eût pu
épouserlégalementson demi-frèreAmmon'.Onretrouvetes
mêmesusagescheztes Arabes°, chezles Slavesdu Sud qui
pratiquentle mahométisme A Athènes,une filledeThémis-

x!t.)S
())Gcntsc.
Samuel, Xtt), t3.
<~Smith.KOt~/t'p
<!))<< Lif<fy.tt'a&to,
Ma<')'f< p. XKt.
(~KnmM. Sille<M<<
BfftMcA )). 1.
(/<Sa<M(tt'<'K,
? L'AKKÉKMCtOMGtQL'H.ttM
tociea épouséson frère consanguin Che!:tousces peuples,
pourtant, Hncesteétait abhorr6 c'est doue que la réproba-
tiondont il était l'objetne dépendaitpasde !a consanguinité.

!V

H resteraità dire que t'exogamieest due ù un éloignement


instinctifque ressententles hommespour les mariagescon-
sanguins.Lesang, a-t-onsouventrépété,a horreur du sang.
Maisune pareilleexplicationest uu refusd'explication.Invo*
quer l'instinct pour rendre compted'une croyanceou d'une
pratique, sans rendre comptede l'instinct qu'on Invoque,
c'est poser la question, non la résoudre.C'est dire que les
hommescondamnentl'incesteparcequ'illeur parait condam-
nable. Comment croire d'ailleurs que cette réprobation
paisse tenira quelqueétat constitutifdelanaturehumaineen
général,quand on voitsousquellesformesdiverseset même
contradictoireselle s'est expriméeau cours de l'histoire.La
mêmecauseno peut expliquerpourquoi,ici, ce sont surtout
les mariagesde parents utérins qui sont interdits, tandis
qu'ailleursce sont ceuxde parentsconsanguins; pourquoi,
dans unesociété,la prohibitions'étend&t'innui, tandis que,
dans l'autre, elle ne dépassepas les collatérauxles pluspro-
ches. Pourquoi,chez les Hébreuxprimitifs,citez les anciens
Arabes.cheztesPheniciens.chextesCrecs.chezcertainsStave:
cette aversion naturelle n'empeehait-etiepas un homme
d'épousersa sœurde père? Même, il estdes cas nombreuxou
ce prétendu instinct disparut complètement.Les mariages
entre pèreset filles,frèreset sœurs,étaientfréquentschezles
Mèdes,chez les Perses touslesauteursde l'antiquité.Héro-
dote, Strabon, Quinte'Curce,sont d'accord pour dire que,
chezces derniers surtout, l'usageétait générât En Egypte,
mêmelesgens du communépousaientsouventleurs sours';
c'étaitaussita règleenPerse.Onsignalela mêmepratiquedans
les classesélevéesdu Cambodge';les écrivainsgrecs l'attri-
(t)Comelius Xt'pM, 1.
Citout),
(~ Y.nutatomott M<m<VUt.t)M.
Lu.-nit), Yfn,')ett<).
Quinte-CaMt-,
t. Cf.Ma~pem.
(3)Diodurc, CMt/f~o~af)~ ~e<)<~ aoctCNMe. p.SS.
V.
(4) MondittM. <«<'/« Coc/<«t<«w
Me<M<'t~HCM)eK<! in BM~<H dela
SM.<f~H</tMp. de fttt'M,iKS.
– LAPKOtHOn'tOS
E. t)UttK)tNM. 08L'tNCESTH 89
huaient&à neuurësà
peuprès à tousles neuntesbarbaresd'une
peuplesbarbaresd'une manière
maotèro
générale Enfin,pournousen tenir à la seuleexogamie,com-
meutrattacherà unedispositioncongénitalede l'individuun
sentiment(luidépendd'un fait aussi éminemmentsocialque
le totémisme?L'instincta ses racinesdansl'organisme;com-
mentune particularitéorganique quelconquepourrait-elle
produireune aversion pour le commercesexuelentre deux
porteursd'unmêmetotem'?
Puisque te totem est un dieu et le totémismeun cuite,
n'est-cepas plutôt dansles croyancesreligieusesdes sociétés
inférieuresqu'il convientd'aller chercherta causede l'exo-
gamie? Kten effet, nous allons montrer qu'elle n'est qu'un
cas particulierd'une institution religieuse,beaucoupplus
générale,qu'on retrouveà ta base de toutesles religionspri-
mitives,et même,en un sens, de toutesles religions.C'estle
/«~o«.
On appelle de ce nom un ensemble d'mtordtcUpns
rituettesqut ont pourobjet de prévenir tes dangereuxeNets
d'une contagionmagiqueeaempechant.tou.tcontact entre
unechose ou une catégoriede choses, où est cens6résider
un principe surnaturel, et d'autres qui n'ont pas ce même
caractèreou (luine font pas au mémodegré. Lespremières
sont dites tabouées par rapport aux ~coudes. Ainsi, il
est sévèrement défendu à un homme du vulgaire de
touchersoit un prêtre, soit un chef, soit un instrument du
culte.C'estque, on ces sujets d'élite, habite un dieu. une
force tellement supérieure à celles de l'humanité, qu'un
hommeordinaire ue peut s'y heurter sans on recevoirun
chocredoutable une telle puissancedépasseà ce point les
siennesqu'ellene peut se communiquerà lui sans te briser.
D'autrepart, elle ne peut pas ne pas se communiquerà lui
dès qu'elle entre en contact avec tu! car, d'après les

tt)Kuripid<H(/<'Mt)<t~Ke,Y.t7S..
(!) PoWtro <'o)np)<'t. )Ment«)t)))ons
un'' hypothèsede W''s(t'nnan'k (On-.
</iMt~MM<!r)<!)/<p.307):)'))on'u)'<)t')'in<teM'r<tittn!!UM('tivcctc<'t
instinct serait ut<fft't'tde la cohtthittition.Cc))c-i fiu~'t'Uut'raiLte d)!))'
soïno). L'i'teo<tv<ntetc déjà <')«)«!par Morit: \Vtf{nct'(in A~<MHH<Mt, t8M,
)).SO). Mat<c)t<*n e Mmnut à
)!'ap)))i<)Ut't't'<'xonmui<pux'jttc les pnrtBUf!'
')'nn n)'~n)otnimnne cohtthitentpt)!i''niSt'tnhh'<'t vivt'ntnx~ttu'pertoit!dans
')<<distnets torritorianx ttiMtients.Nous vcn'<)t)sp))~ ))M <)ucfeUf e)t))U-
catiun ne vaut pas dtvanta);c pour tes formes plus ~centei: de rinceittc.
(3) Lo mot est entpnttttc t la langue potynthiicnne mais la chose est
anh'o'Mttc.
40 L'AKNÉB BOC)OMt:)QU)!.<M7

croyances primitives, les propriétésd'un être se propageât


contagieusemont,surtout quand elles sont d'une certaine
intensité.Si déconcertantequepuissenousparattre cottecon-
ceptiou, le sauvageadmetsanspeinequeia naturedes choses
est capablede se diffuseret dose répandreà l'infini par voie
de coutage.Nous mettonsquelquechosede nous-mêmespar-
tout où nous passons;l'endroit où nousavons posé le pied,
où nous avonsmisla main, gardecommeunepartie de notre
substance,qui se disperseainsisanspourtants'appauvrir.JI
en est du divin commedu reste.I1se répanddanstoutce qui
J'approche; il est mêmedouéd'une contagiositésupérieurea
celle des propriétés purementhumaines,parce qu'il a une
bien plus grande puissanced'action.Seulement,it faut des
vases d'élection pour contenir de telles énergies. Si elles
viennent à passer dans un objet que ia médiocritéde sa
nature no préparait pas à un tel rôle, elles y exerceront
de véritables ravages.Le contenant,trop (aible,sera détruit
p. son contenu. C'est pourquoiquiconquedu communa
).,n.t. !'o être taboue,c'est-à-direoù habitequoiquepareeiie
<t( dignité. se condamnede tui-mémeà la mort ou à des
maux divers que lui infligeratOtoutardle dieu sous l'empire
duquel il est tombé.De ia vient la défensed'y toucher, dé.
fensesanctionnéepar des peinesqui tantôtsont censéess'ap-
ptiquerd'ettes-memesaucoupablepar unesortede mécanisme
automatique, de réactionspontanéedu dieu. tantôt lui sont
appliquées par la société,si elle juge utile d'intervenir pour
devanceret régutariserle cours uatureldes choses.
On aperçoit le rapport qu'il y a entre ces interdictions
et l'exogamie.Celle-ciconsisteégalementdansla prohibition
d'UHcontact cequ'elle défend,c'estle rapprochementsexuel
entre hommes et femmesd'un mêmectan. Les deux sexes
doiventmettreà s'éviterle mêmesoinque leprofanea fuir.le
sacré, et le sacré le protane; et toute infractionà t{trëg)e
soulèveun sentimentd'horreur qui ne diffèrepas en nature
de celui qui s'attache à toute violationd'un tabou. Comme
quand il s'agit de tabousavérés,la sanctionde cettedéfense·
est une peine qui tantôt est duea uneinterventionformelle
de la société,mais tantôtaussitombed'ette-mémesur la tête
du coupable,par t'efïet naturel desforcesen jeu. Cedernier
fait surtoutsuffiraità démontrerla naturereligieusedessen-
timents qui sont à la basede l'exogamie.Elledoit donc très
vraisemblablementdépendrede quelquecaractère religieux

B. CUBKMMM. <A PBOMtBÏTMf)DE L'INCESTE 4i

dontestempreintt'un dessexes,et qui. terendantredoutable


à l'autre,(ait te videentre eux. Nouaattans voir que, eiïecti-
vement, les femmessont alors investiespar J'opiniond'un
pouvoirisolanten quoique sorte, qui tient à distanceta
populationmasculine,non seulementpour ce qui concerne
les relationssexuettes,mais dans tous les détailsde l'exis-
tence journalière.
C'estsurtoutquand apparaissentles premierssignesde ia
pubertéque se manifestecette étrangeinnuenco.C'estdans
ces sociétésune règle généraleque, &ce moment,la jeune
fittedoitêtre misedans l'impossibilitéde communiqueravec
lesautresmembresdu clanet même avecles chosesqui peu-
vent servir à cesderniers.On l'isole aussi hermétiquement
que possible.Kttene doit pas toucherle sot que foulentles
autreshommeset les rayonsdu soleil ne doiventpas parve-
nir jusqu'àelle, parceque, par leur intermédiaire,elle pour-
rait entreren contactavecle reste du monde.Cette pratique
barbarese retrouvedans les continents les plus divers, en
Asie,en Afrique,en Oeeanie,sous des formesà peine dine-
rentcs.Citezles nègresdu Loaugo,les jeunes filles,à la pré.
mièremanifestationde la puberté, étaient confinéesdans
des cabanesséparées,et il leur était défendude toucherle sol
avecuuepartiedécouvertede teur corps. ChexlesZoulouset
les tribus du sud de l'Afrique,si les signes apparaissent
pour la première fois au momentoù la jeune ntte est aux
champsou dans la forêt, elle court à la rivière, 'se cache
dans les roseaux de façonà n'être vue par aucun homme,
et se couvresoigneusementla tête avec un voile, afin que
le soleilne la touche pas. La nuit venue,elle retourne à
la maisonet oitoest enferméedans une cabanepour quelque
temps. A la Nouvette-Zétande, il y a un bâtiment spécial
réservépour cet oMce.A t'entrée, est suspendue une botte
d'herbessèches;c'est le signeque l'accèsd'un lieu est strie.
tementtabou.A troispiedsdu sol, se trouve uue ptate-forme
de bambous;c'est là-dessusque viventces jeunes fillesqui
se trouventainsi sans communicationdirecte avec la terre.
Ces prisons sont si étroitementcloses que la lumière n'y
pénètrepas.C'esta peines'it y arrive un peud'air respirante.
On retrouveéxactementla même organisationchez les Ot
Uanomsde Bornéo.Leurs parents ne peuvent mêmepas par-
ter à cesmalheureusesrecluses une vieilleesclaveest pré-
poséeà Jeur service. Ce confinementdure quelquefoissept,
43 L'ASIE SOCNMCtQUE.
«M
<ms aussi leur croissance est-elle arrêtée pnr ce manque pro-
longé d'exercice, et leur santé reste cbrantee. Mûme usage,
avec des variantes insignifiantes, a la Xouvette-Cuinee, à
Ceram, chez les Indieusde l'lie de Yaneouver, chex les Tjinttits.
tes Haïdas, les Chippcouais, etc., etc.
Chex les Macusis de la Guyane anglaise, la jeune fille est
hissée dans un ttamac au point le plus eteve de la maison.
Pendant les premiers jours, elle ne peut en descendre que la
nuit etelle observe un jeune rigoureux. Quand les symptômes
commencent à disparaître, elle se retire dans un comparti-
ment de ta maison, construit spécialement pour otto dans le
coin le plus obscur. Le matin, elle peut faire cuire sa nourri-
ture, mais sur un feu et avec des instruments qui ne servent
qu'à elle. C'est seulement au bout de dix jours qu'elle
recouvre sa liberté, et alors toute la vaisselle qu'elle a em-
ployée est brisée et les morceaux en sont soigneusement
enterres. L'emploi du hamnc. en pareil cas, est très fréquent
cette suspension entre ciel et terre est en ellet un moyeu
commode d'obtenir un isolement hermétique, it est également
:jsit< h. les Indiens du Rio de la Ptata. dans certaines trl-
f'tts'!wottvie, du Brésil. Otex les premiers, on va môme
jusqu'à ensevelir la jeune ntto comme si elle était morte on
ne lui laisse que la bouche de libre
Cette pratique a cte tellement répandue et cite est si persis
tante qu'on en trouve des traces très apparentes dans le t'oth.
lore d'uu très grand nombre de sociétés. Fraxer*a a recueilli
plusieurs légendes populaires de lu Sibérie, de la Grèce, du
Tyrol, qui toutes s'inspirent de la même idée. Oa y prête au
soleil un goût particulier pour de jeunes mortettes que leurs
parents tiennent reufermées pour les soustraire à ses atteintes.
L'antique histoire de Danac n'est peut-être que l'un do ces
ressouvenirs. On s'explique en eftet qu'au bout d'un certain
temps on ait donné ce sens aux précautions traditionnelles
qui étaient prises pour isoler les jeunes NUes des rayons
solaires.~
Mais ce n'est pas seulement au moment de la puberté que

«) Y. [Mtur).' th'hti)<h'sfoits.Fmxt'r.~MfMNo«~/t.tt. ).. MM38:


Kohtfr.M' ~ec/t/e < f~ot-Mw A'<Mf/
~tNprMfMht M~c/f.y. Mt-~Mc/f.
XH,<))!)?; Muss.Û«tU'f.ttMt~Vo<f«-«M</
HMA<ttet.M<.«i)t-/t«/'<, )-'e<<'
AMK~.t. ni3.t6<).
<2)Pmxcf.Op.c)< tt. !?.
13)?«/ tt. 236.
E. MHKn)!tM. LAt'MmemoN UEt'tKCKSTË 4N
les femmesexercentcette espèced'actionrépulsivequi rejette
loin d'elles l'autre sexe. Le même phénomènese reproduit,
quoiqueavecunemoindreintensité,u chaque retourmensuel
desmêmesmanifestations.Partout, te commercesexuelest
alors sévèrementinterdit. Citezles Maoris, si un homme
toucheune femmedans cette situation, it devienttabou,et le
tabou est encore renforcés'ii a eu des rapports avecelle ou
s'il a mangédes alimentscuits par elle. Un Australien,trou-
vant que sa femme,en périodede menstrues,a couchésursa
couverture,la tue et meurt tui.memode terreur La femme
est obligéedovivre à part. Elle ne peut partager le repasde
personneet personnene peut mangerdes aliments qu'elle a
touches'.Les hommesne doiventmême pus mettre le pied
sur tes tracesque les femmesont pu laisser sur le chemin,et,
inversement,ettesdoiventfuir lesendroits fréquentespar les
hommes.Pour prévenir un contact accidentel, ellesdoivent
porter ua signe visible qui avertisse de leur état". Pour
atteindreplus sûrement ce résultat, elles sont contraintesa
une réclusiondo plusieursjours. Parfois, elles sont tenues
d'habiter en dehors du village, dans des cabanesséparées,
au risque d'être surprisespar tes ennemisi. D'aprèsle Zend-
avesta,ellesdoiventse tenir dans un lieu séparé et foin de
tout ce qui est eau et feu. afinque la vertu redoutéequi est
en ellesne se communiqueà rien de ce qui sert à t'atitnenta-
tion.Cheztes THnkits,pour s'isolerdu soleil, ellessont obli-
géesde se noircirla figure".L'usage s'est maintenu dans la
législationmosaïque.Pendant sept jours, ]a Juive ne devait
avoirde contactavec personne, et aucun des objetsqu'elle
avaittouchésno pouvaitêtre touché par d'autres Quant aux
rapportssexuels, ils étaient sévèrementinterdits; la peine
était celle du retranchement*.De là tant de préjugésqui
règnent encore dans nos campagnes sur la dangereuse
influenceque la femmeexercealorsautour d'elle.

Crawtey.<)tM< in J-
f«&etM, )8' p.
~) Ct'ttwtcy.
p.tït.
t3) )')<jfi!. Op. <-< t. (<. t70.
(t) LM titits M'nt innumbmbte~. Y. )')<)!?. toc. <-<<.
(5)Pluss.Op.Cf~là.Ht.
(6)KohhT. MeftecA/fd.r<-M,cM'. )<.)?.
</<?\Mt~-Mw,
t?)Mvititju'xv,t9et suiv.
(<) Lévitique, <)t, 18.
44 1891
t/ANKJ~RSOCtOLOCtOUK.

Les pratiques sont les mêmes au moment de l'accouche-


ment. C))Mles Esquimaux, la femmeen couches doit rester
entorméedaus lu maison, quelquefois pendant deux mois. A
sa première sortie, elle doit mettre des vêtements qu'elle n*a
jamais portes. Ct<exles Uroëntandais, elle no doit pas manger
a l'air libre et nul ne doit se servir de ta vaisselle qu'etto a
employée. Chez tes Chippeouais. le foyer sur lequel elle fait
cuire ses aliments no doitêtre ulilisé par personne. Des jeunes
gens, ayant par mégardo mangé d'un piat qui avait été pré-
paré sur le feu d'une accouchée, erraient il travers champs
en se tameutant des douteurs qu'ils ressentaient déjà. Dans
un grand nombre de tribus, ta femme est exilée dans des
cabanes éloignées où une ou deux femmes vont ta servir
Chez les Damaras, t'homme ne peut même pas voir sa femme
en couches~. D'après le Lévitique,ta séquestration dela more
durait cluarauto ou quatre-vingts jours, selon te sexe do l'en-
tant. Pendant les premiers sept jours, la réclusion étuit aussi
complète qu'en temps de menstrues -l.
Un sentiment d'horreur religieuse qui peut atteindre un tel
degré d'intensité, que tant de circonstances réveillent, qui
reuait réguHet'ement chaque mois pendant une semaine au
moins, ne pouvait pas manquer d'étendre son influence au
delà des périodes où il avait primitivement pris naissance et
d'aflecter tout te coursde ta vie. Unêtre qu'on éloigne ou dont
on s'éloigne pondant des semaines, des mois ou des années,
selon les cas, garde quelque chose du caractère qui l'isole,
même en dehors de ces époques spéciales. Et en effet, dans
ces sociétés, la séparation des sexesn'est pas seulement inter-
mittente, elle est devenue chronique. Chaque partie de la
population vit à part de l'autre.
C'est tout d'abord un usage très répandu que les hommes
et les femmes ue doivent pas manger à la même table, ut
même en présence l'un de l'autre. Chaque sexe prend ses
repas dans un endroit spécial. Le fait, pour une femme, de
pénétrer dans ta partie de ta maison qui est réservéeau repas
des hommes, est parfois puni de mort La nourriture des
uns n'est même pas celle des autres. Chez les Kuraai, par

V.dusf<tit< tn'ii nutubfcuxdans )'toss,Op.c<< If,t56et suiv.


(: Crawtt'y,p. Mt.
XM,1 et suiv.
t~ L);vitit)tM',
(~ Cmwtey, M8.
H. DUH)())f!tM. LA t'ROHtNTtON )tE t'tNCESTE 46

exemple, les garçons doivent ne manger que des animaux


mûtes, les filles que des (émettes'. Les occupations sont
rigoureusement distinctes; tout ce qui est fonction de lu
femme est interdit à l'homme, et réciproquement. Ainsi, dans
certaines tribus du Nicaragua, tout ce qui concerne le marche
est affaire de femmes; uus~i un homme ne peut-il pénétrer
dans un mareh6 sans risquer d'être battu'. Inversement, la
femme ne peut toucher uux vaches, aux canots, etc. H y a
également deux vies religieuses, parattetesen quelque sorte.
Citez tes Ateoutiens, il y a une danse nocturne célébrée p!)r tes
femmes, d'où les hommes sont exclus, et réciproquement. Aux
lies ttervey, les sexes ne se meteut jamais dans tes danses'.
Ce qui démontre mieux encore cette dualité de ta vie reli-
gieuse, c'est cette duatite des totems dont ))ousavons eu déjà
l'occasion de mentionner l'existence. Car le totem, en même
temps qu'il est t'ancetre, est aussi le dieu protecteur du
groupe. C'est le centre du cutte primitif; dire que chaque
sexe a son totem spécial, c'est donc dire que chacun a son
culte. A d'autres égards encore, ce même fait démontre com-
bien est alors profonde la séparation des deux sexes. On sait
on ettot que le clan s'identifie avec son totem; chaque indi-
vidu se croit fait de la même substance que t'être totémique
qu'il vénère. Là donc où il existe des totems sexuels, les sexes
se considèrent comme faits de deux substances difîft'entes et
comme issus de deux origines distinctes. C'est même une tra-
dition assez géneraio que les deux totems en présence sont
rivaux et même ennemis. Cette hostilité ne symbotise-t-ctte
pas l'espèce d'antagonisme qui existe entre les deux parties
de ta population ?
Ce n'est pas seulement dans les occasions solennelles
qu'hommes et femmes sont tenus de s'éviter; il arrive que,

(i) CMwh-y.<~tt-t Mt.t32.


<) MM..2~7.
(3)7tM..S26.
que h vie tt'))K"s)' ttt'vint ch')M'c~~ftttic)-
(t) A\'fe h' ton))! il )n<;su)'<'
)em<'n)n)«M'M)in< cette <hm))Mabnutit & <'<n~ottat <;Mt'la fcHttttt!se
tt~uvtt<<) grande partie cxctup <)ela )t'ti)!)"t<.Mt' <'ctt)'cxctusion n'tt
pas dû t~tn'le faitt)t'i)))itif.putsqm' nous Vt'yun:!que pritottivetucot tu
h'ttttU)'mune vie n')tH"'usec))p. Si )'«n n'))mr<)M~' qu'' <'<<
<-u)h'.pour s<-
dMrobft'aux regardsdes hutnttK' s'fnt-ctupjmitt)atnt'<')h't)h'ut du tuyitKirp,
on en vient il < (k'mmndprsi co ne serait p<H!)'«)it(i'"i 't'*)! tuyères
Matinitts, fmottM'ott en ohiM'n't'dans un grand numtx'c de j'ay! Nous
nous contcntunsde pM"frlu question.
4t! L'ASSÉH <X97
SOCtOMCtQUE.
même dans les circonstancesles plus ordinairesde la vie
journalière, le moindrecontactest sévèrementprohibé.Chez
les Samoyèdes,tes Ostiaks,tes hommesdoivents'abstenirde
toucher ti un objet quelconquedont une femmes'est servie
quiconquea enfreint cettedéfensepar mégardedoit se puri.
fier par une fumigation.Aiiieurs, je seul fait d'entrer dans
une hutte de femme entraîne la dégradationA la tribu
Wiraijuri. il estdéfenduaux garçonsde joueravecles flUes
Citezles Indiensde la Californie,en Métanésie,à ia Nouvelle-
Calédonie. en Corée,etc., frères et sœurs, à partir de la
puberté, ne doiventplus causerensemble.A Tonga,un chef
témoigneà sa sœuratnéete ptus grand respectet nopénètre
jamais dans sa tente. A Ceylan,citezles Todas,un père ne
doit même ptus voir sa filledès qu'ciie est pubère. Chezles
Lethasde Burma,garçonset filles,quandils se rencontrent,
détournentleurs regards pour ne pas se voir.Dans tes ites
Tenimber, il est défendua un jeune hommede toucher la
main ou la tête d'une jeune fille, et à celle-cido toucherla
cheveluredu première
Cesdeux existencessont tellementdistinctesque chaque
sexe finit dans certains cas par se faireune languespéciale.
Chezles Cuaycurus,les femmesont desmotset des tours de
phrase qui leur appartiennenten propreet qui ne peuvent
pas être employéspar les hommes.Demêmeà Surinam. En
Micronésie,beaucoupde mots sont tabou pour les hommes
quand ils conversentavecdes femmes.Au Japon,il y a deux
sortes d'alphabet, un pour chaque sexeLes Caraïbesont
deux vocabulairesdistincts Ousignaledes faits semblables
à Madagascar.
Commeconséquenceet en quelque sorte commeconsé-
cration de toutesces pratiques,il arrive, dans un très grand
nombre de tribus, que chaque sexea son habitat spécial.
Aux tics Mortlock,par exemple,il y a danschaqueclan une
grande maisonoùle chef passela nuit avec tousles habitants
mates.Cettemaisonest entouréede petiteshuttes où.vivent

ïtu.
(t)Cntwtt'y,
(~ /tM.,t2t.
(3)/&M..~ti.
(t) /M< ~M.
(St Y. Lucien Athuo. /7« p~t'/c;- (~ A<w)MtM </M~a~' f/M ~MM~
<~a'M <<!/<tM~«e<'a't)!tf. t'ari)!, ))!'?.
M. MttKtttitH. LA )'M)M)Bt'nOt) t))i jL'tMCESTE 47

les femmeset les jeunes filles du clan. Les premièresy


habitentavectours maris;nt«Mc<'M~<'tM<f(<<')(M
e~Ht'<<'(tn~<
Lesdeuxsexesd'unmêmectan soutdoncstrictementséparas.
La même organisationse retrouve aux ttes Yiti. aux Mes
l'ataos', aux ticsde l'Amirauté,chez certains Indiensde la
Californie,aux lies Satomon,aux tics Marquises,etc. Dans
ces dernières,toutefemmequi pénètre dans le local réservé
ouxhommesest puniede mort*.

A la lumièredeces faits, h) questionde t'exogamiechange


d'aspect.Hestévidenten effetque tesjjniBfdiciions-SBXuatles
ne dinèreut pas ou natnre.des-interdictions rituelles que
nousvenons~ierapporter,et doivents'expliquerde la même
manière.Les premièresne sont qu'unevariétédes secondes.
La cause qui empêchehommeset femmesd'un mômeclan
decontracterdes relationsconjugalesest aussi celle qui tes
oblige à réduire au minimum possible leurs relationsde
toutessortes.Par conséquent,nous ne la trouveronspas dans
telle ou telle propriétédes rapports matrimoniaux; seule,
quelque vertu occulte, attribuée à l'organismefémininen
générât,peutavoirdéterminécette miseen quarantaineréci-
proque.
Unpremierfait est certain c'est que tout ce systèmede
prohibitionsdoit tenir etroitement'aTfxidéesque le primitif
se fait de la menstruationet du sang menstruel.Cartousces
tabouscommencentseulementà l'époque de la puberté; et
c'est lorsqueles premièresmanifestationssanglantesappa-
raissentqu'ilsatteignentù leur maximumde rigueur. Nous
savonsmémoque, danscertainestribus, ils sont levésaprès
la ménopause Lerenforcementqu'ils subissentlors de l'ac-
couchementn'a rien qui contredisecette proposition car la
délivrance,elleaussi, neva pas sans une émissionsanglante.
Les textes mêmes du LéWtiquequi se rapportent à cette
matièreindiquentque c'est dans la nature de ce liquideque

(t)HcUwtt).). )'. ~)8.2tt.


~MtM/<<tcAefatM)<«,
~)Y.CmwK'y.
M).
(:t)CMwtt'y.
48 L'AKKÉE MCKH~UtOUE. tM?

se trouve ta raison de l'isolement prescrit'. De mémo, nous


savons que, dons un certain nombre de cas. ce sang est l'objet
de tabous particutierement graves. Les hommes qui le voient
perdent tours forces ou deviennent incapables de combattre'.
Comment a-t-on pu lui attribuer un pareil pouvoir?`!
Nous ne nous arrêterons pas a discuter l'hypothèse d'après
laquelle il inspirerait un tel eioignemont à cause de son
impureté. Sans doute, au bout d'un certain temps, une (ois
que le sens origine) de ces pratiques fut perdu. c'est ainsi
qu'un se les expliqua mais ce n'est certainement pas sous
t'innuence de simples préoccupations hygiéniques qu'elles se
constituèrent. Outre que, par elles-mêmes, les propriétés
mnterioites de ce sang n'ont rien d'exceptionnellement dan-
gereux, les nègres de l'Australie ou de )'Amerique ne sont
pasteitementdeticats qu'un pareil contact puisse teurpara!tre
aussi into)<irab!e,.a)Antequand il est très indirect. Ce n'est
pas parce que ce sang leur répugne qu'ils refusent de poser le
pied ta où uue femme a mis le sien, de manger en sa présence
ou do vivre sous le même toit. Surtout, une telle cause ue sau-
rait rendre compte des peines sevcres qu'encourent souvent
les violateurs de ces interdictions. On ne condamne pas à
mort un individu parce qu'il s'est exposé il une maladie pat'
un contact malpropre.
Mais ce qui doit faire dennitivement écarter cotte explica-
tiou, c'est que toute espèce de sang est l'objet de sentiments
analogues. Tout sang est redouté et toutesorte da.tahou&soat
institues pouFen'prevcnir le contact. Certains Esthoniens se
refusent à toucher du sang et ils en donnent comme raison
qu'i) contient un principe surnaturel, t'amo du vivant, qui
pénétrerait en eux s'iis s'en approchaient et qui pourrait y
causer toute sorte de désordres. Pour le même motif, quand
une goutte de sang tombe sur la terre, cette force mystérieuse
qui est en lui se communique au sol contamine et en fait un
endroit tabou, c'est-à-dire inabordable. Aussi, toutes les fois
que l'Australien verse du sang humain, toute sorte de précau-
tions sont prises pour qu'il ne s'écoule pas par terre Alors
que cet usage a disparu pour ce qui concernele commun des
(t) Silu f'.ttttoe<'nfuot''
un ))tA)f,'')t<*
!nt !<"ui))M't'ottttnt'uu tOMpi
<)eMiimoi! et t't)'*tk't<n'ur''nt tn'ntc-tn)i<
))'*n<)ant juMM pMtt''~tt' pufiMe
<)eK«M Mnt!. tL'h' X)), t.) <'t
? Fmzff.~oMMBet~/f,tt, 338.Ctttwicy, t2t, 2t8.Cf.f. ~M<tV,StS.
(S)fJeMeM Be<~<,), f. tM.
E.Dt'HKNKtH.
LAPKOtnBtTtOS
UH!tNC68TK 49
hommes, it se maintient encore quand il s'agit d'un roi ou
d'un chef. C'est uu principe que le sang royat ne doit pas être
répandu sur le sot 1. Certains peuples usent des mêmes pré-
cautions quand ii s'agit de simples animaux. La bête est
otoufïéoou assomméeafin que le sang ne s'écoule pus.
Mais ce qui est surtout défendu, c'est d'employer te sang
comme atiment. Précisément parce (lue dans ce cas le contact
est plus intime, il est aussi plus sévèrement prohibe. Chez-
certains Peaux-Hougesde l'Amérique du Nord, c'est une abomi
nation que de manger le sang des animaux: on passe le gibier
a la itammo pour que le sang eu soit détruit. Aittours, on le
recueittodansta peau même de ta bête quet'en enseveliteusuite.
Chez les Juifs, )a même interdiction est sanctionnée par la
peine terrible du retranchement, et te texte en donne comme
raison que le sang contient le principe vital La même
croyance existait chex les Homains chez les Arabes etc.
Il est probable que ta défense de boire du vin, que l'on
observe dans un certain nombre do sociétés, a pour origine la
ressemblance extérieure du vin et du sang. Le vin est regardé
comme le sang du raisin. Très souvent, dans les sacrifices, le
vin parait être employé comme un substitut du sang. Aussi
était-il défenduau Ftamen Diatis de passer sous une vigne,
parce que ta proximité du principe qui était censé y résider
pouvait constituer un danger pour une aussi précieuse exis-
tence. Pour la môme raison, il lui était interdit de toucher et
même do nommer de h) viande crue'.1.
Enfin, toutes les fuis que le sang d'un membre du clan est
versé, il en résulte un véritable danger public car uue force
redoutable est ainsi libérée qui menace le voisinage. C'est
pourquoi divers procédés sout employés pour )a contenir ou
la désarmer. Ces expressionssi souvent employées < Lesang
appelle le sang. Le sang de ta victime crie vengeance. »
doivent être prises dans leur sens tittéra). Parce que le prin-
cipe qui est dans chaque goutte de sang répandu tend de lui-
même à produire dans l'entourage immédiat des effets des-

th Mf/M Bot~A. j). )?!''-) snh'.


f~)t~viti')a<xv)).te.)t. ))<'ut<'runu«)t't). :M,:Ki.
V.7f '-t «t. C7.
(:))Sftvin! ~t'M..
(t) V.WcMtxHUt't).Mrn~</m.t~t~cAfM HfMcn/KW'M. ~)7.
(5)rtuttn~a".CtMM<. ««M..))~; Auht.t!t-)).X. tH'-t t!).t/ttypotM~'
est de Friiter;y. CoMeo NeM~/t. ), p. t8t et suh'.
H. Domxtim. – AttoA' wciu). i!9T. t
60 L'AKNËE SOCIOLOGIQUE,
189i

tructifs, le seul moyen de tes éviter est d'aller chercher au


dehors une victime expiatoire qui les supporte. En d<'timtive,
veuger le sang, c'est anticiper les violences que le sang
engendrerait de iui-mème si un le laissait taire, et it est
nécessaire do tes anticiper pour pouvoir les diriger avec dis-
cernement et les canaliser.
On commence à entrevoir les origines de t'exogumie.J~-
saugest tabou d'une manière gencruh)et il taboue tout ce qui
entre en rapports avec lui. 11repousse le contact et lait te
vide, dans un rayon ptus ou moins étendu, autour des points
où il apparaît. Or ta femme est, d'une manière chronique, le
théâtre de manifestations sanglantes. Les sentiments que le
sang éveille se reportent donc sur elle; nous savons en ellet
avec quelle facilite extraordinaire la nature du tabou se
propage. La femme est donc, elle aussi, et d'une Manière
également chronique, tabou pour les autres membres du
clan. Une inquiétude plus ou moins consciente, une cer-
taine crainte religieuse ne peut pas n'être pas présente a
toutes les relations que ses compagnons peuvent avoir avec
elle, et c'est pourquoi elles sont réduites au minimum, Mais
celles qui ont un caractère sexuel sont encore plus fortement
exclues que les autres. D'abord, parce qu'elles sont plus
intimes, elles sont aussi plus incompatibles avec l'espèce de
répulsion que les deux sexes ont t'uu pour l'autre la barrière
qui les sépare ne leur permet pas de s'unir aussi étroitement.
Puis, l'organe qu'elles intéressent immédiatement se trouve
justement être le foyer de ces manifestations redoutées. tt est
donc naturel que les sentiments d utoignement que la femme
inspire atteignent sur ce point particulier leur pins grande
intensité. Voita pourquoi, de toutes les parties de l'organisme
féminin. eette-tà est le plus sévèrement soustraite à tout
commerce De là viennent l'exogamie e). les peines graves
qui la sanctionnent. Quiconque viole cette toi se trouve dans
le même état que le meurtrier. !t est entré en contact avec le
sang et les vertus redoutables du sang sont passées sur lui
il est devenu un danger et pour tui-meme et pour les antres.
Il a viole un tabou.

<t) K<* HicxMixinM


<)')tit-t'fp!is )«pudeurM')tt))vc
<t<* auxparUM MtmcUe~ Ï
On&<)ûft'!ivoitct'trfs Mt ))uurftnp~hfr k'st'tHay's<hm)!WM f~t s'en
d'att''indn'
<)<'gttj.tt')tt rcutom-a~f.Lf toitt-f.<t
: !f)u\t'nt
un «Myo))d'tntM'-
ceptMr une Mtiun tuHK")' L'u''foi'.)« pmti'jUH cOcxe ocmit
nMtstttucc.
maintenueon s'' tKtnstorntant. NouslieMM)t)<- <)'xiUfHM t'hy-
<ju't')nc(tM
qui
j,f)UK'H'. t~i.tc&v~ritit')'.
K. UUnKOKtM. LA )'MO)))BmON M t.'tKCMTK B~

ci Ina var.fnu
Maissi les vertus n,nrrS..wesn oil..tl.n.l.nn r.1:v
moques attribuées au sang expliquent
l'exogamie, d'où viennent-elles ettes mêmes?Qu'est-ce qui a
pu déterminer tes sociétt''sprimitives à prêter au liquide san-
guin de si étranges propriétés' – La réponse cette question
se trouve dans le principe même sur lequel repose tout le
système religieux dont l'exogamie dépend, a savoir le toté-
misme.
Le totem, avons-nous dit, est l'ancêtre du ctan et cet
ancêtre n'est pas une espèce animate ou végétale, mais tel
individu en particulier. tel loup, tel corbeau déterminé'. Pat-
conséquent, tous tes membres du chu), étant dérives de cet
être unique, sont faits de la même substance que lui. Cette
identité substantielle est même entendue dans un sons beau-
coup plus littéral que nous ne pourrions imaginer. En enet,
pour le sauvage, les fragments qui peuvent se détacher d'un
organisme ne laissent pas d'en faire partie, maigre cette sépa-
ration matérietto. Grâce etune action u distance dont la réalité
n'est pas mise en doute, un membre coupé continue, croit-on,
a vivre de la vie du corps auquel il appartenait. Tout ce qui
atteint l'un retentit dans l'autre. C'est que ln substance vi-
vante, tout en se divisatit, garde sonunUé. Elle est tout entière
en chacune do ses parties, puisqu'çn agissant sur la partie on
produit tes mêmesenets que si l'on avait agi sur le tout. Toutes
les forces vitales d'un homme se retrouvent dans chaque par-
celle de son corps, puisque t'enchi'ntcur qui en tient une (les
cheveux, par exemple, ou les ongles) et qui ta détruit peut,
pense-t-on, déterminer la mort c'est le principe de la magie
sympathique. H en est de même de chaque individu par rap-
port à t'être totémique. Celui-ci n'a pu donner naissance à sa
postérité qu'en se fragmentant, mais il est tout entier dans
chacun de ses fragmenta et il reste identique dans toutes ses
divisions et subdivisions à t'innni. C'est donc à ta lettre que
les membresdu clan se considèrent comme formant une seule
chair, une seu)e viande un seul sang', et cette chair est
celle de t'être mythique d'où ils sont tous descendus. Ces con-

ft) Il faut c'ncfft'tM't<!U'')''t'<)<onf"n'h'<' reipf'L'f tminmtt- nu \'cgu(<t)'


)t taquctteest ccuiiv<ip))'t)-tctUt' i'Mr<'t<tui')Mv.et cft <tr)')ai-)tt(-)n< C"
demK't',c'e~tt'Mct'tre. t 'tfrc tuythi'ju' t)'")'t
! !f)t)t
sorf~H);;foiset les
tnftxhres<)uelnn('t/tc~)U)it)'Mtmu)t'~phoUM'))' t'Mpf't'ctott')nii)t!<
C't.'titdoncun mais~uicottticntuHlui,en pui~sanc' fcHfciiptee.
in'tivittu.
etM)outt'etouttoélan.
(i) SidtM'y Hat-Uan't.Me tf~H~ of FeMOM. tt, ft). xx et xm.Cf.
Smith,~t'MAtpaK<M<!n'MjirC M Jt'W~atx!, p. tUt.
M t'AKSÈË iM~
SOaOMGtQUH.
ne sont pas
ceptions, si étranges qu'elles nous paraissent,
d'ailleurs sans fondement objectif; car elles ne font qu'ex-
est
primer, sous une tonne materieUo, t'unité collective qui
et compacte où il n'existe
propre au c!nn. Masse homo~ne
vit
pas, pour ainsi dire, de parties dittérenciees, où chacun
commf tous, ressemble à tous, un tel groupe se représente il
lui-même cette tuibte individuatiop. dont !t a contusément
conscience, en imaginant que ses membres sont des incarna-
tions à peine ditMrentes d'un seul et même principe, des
âme en plusieurs
aspects divers d'une même réalité, une même
corps.
Une pratique, eu particulier, démontre avec évidence 4'hn-
cette cansubstantiahté. et,
portnnce qui est alors attribuée a
en même temps, eHe.va nous {aire voir ce qu'est cette com-
mune substance. L'unie physiologique du clan est, nous
l'avons dit, loin d'être absolue c'est une société où t'pn peut
entrer autrement que par droit de naissance. Or, la formante
naturalisé dans te clan
par laquelle un étranger est adopté et
consiste à introduire dans ies veines du néophyte quelques
les
gouttes du sang (atni'.iai c'est ce qu'on appette, depuis l,
travaux de Smith, to~oo~ffWtHf, t'atHaneo san~ante'.
C'est donc que !'on ne peut appartenir auc)an si~'on n'est fait
d'une cet-taiue matière, la même pour tous d'un autre côté,
à fonder cette identité
puisque la communauté du sans sunit
de nature, c'est donc que le sang contient éminemmentte prin-
et de chacun de ses
cipe commun qui est fume du groupe
membres. Rien d'uitkars n'est plus logique que cette con-
le dans
ception. Car les {onctions capitales que sang remplit
vie
Forganisme le designaien.tpour un tel rôle. La finit quand
il s'écoule; c'est donc qu'il en est le véhicule. Comme dit la
Par
Bible, le sang, c'est la vie, c'est t'ame de la chair
suite, c'est aussi par son intermédiaire quêta vie de l'ancêtre
s'est propagée et dispersée it travers ses descondarntsy.
AinsiJ~M4eté<H~ue..(iSt.imnMuentjtttc;an; il est incarné
d.nR <.hnq.M~djivtdujBtc'est dans le sanx qu'it réside. H est
tJç.i-
lui-même le sang. Mais, en'même temps qu'un ancêtre ~est
un dieu protecteur né du groupe. il est l'objet d'un véritable
culte il est le centre de la religion propre au clan. C'est de
lui que dépendent les destinées tant des particuliers que de la

p. ~0 et suiv.
0) Y.rAfM'9'ox of</«S<'Mt«<-<.
tit L<?vi<ttju'
xvu.it.
E. OUHKXEtM. LA PKomBtTMK DE L'tNCKSTt! ?

f.l. 1 IS.A.
cottectivitc'. Par conséquent, 2!il y.Iim.
a un dieu win..n ..hnrrnn
dans chaque
organisme individuel (car H est tout entier dans chacun;, et
c'est dans le sang que ce dieu réside; d'où it suit que le sang
est chosedivine. Quand il s'écoute, c'est te dieu qui se répand.
D'un autre eôtS,noussavons que le tabou est la marquemise
suc tout ce qui est divin it est donc naturel que le sang et ce
qui !econcernesoient égalementtabous, c'est-à-dire retirés du
commercevulgaire et de ta circulation. C'est un principe dans
toutes les sociétés totémiques que nul ne doit manger d'un
animal ou d'une plante qui appartient à tu même espèce que
le totem on ne doit pas même y fouetter parfois il est
défendu d'en prononcer te nom'. Puisque te sang soutient
avec t<' totem des relations tout aussi étroites, it n'est pas
surprenant qu'il soit l'objet des mêmes prohibitions. Voilà
pourquoi il est défendu d'en manger, d'y toucher, pourquoi
le sol ensanglanté devient tabou. Le respect religieux qu'il
inspire proscrit toute idée de contact, et, puisque ta femme
passe pour ainsi dire une partie de sa vie dans le sang, ce
mémo sentiment remonte jusqu'à elle, la marque de son
empreinte et t'isole.
Une raison accessoirea. probablementcontribue à renforcer
encore ce caractère religieux de la femme et l'isolementqui en
résultait. Dansles clans primitifs, ta Mtiationétait exclusive-
ment utérine. C'est le totem de ta mère que recevaient les
enfants. C'est donc par les femmes et par elles seules que se
propageait ce sang dout ta commune possession faisait l'unité
du groupe. A cet égard, ta situation de l'homme était à pou
près cette quele droit romain fit plus tard à ia femme le clan
dont it faisait partie s'arrêtait à lui il était /!M<xM~OMM)!
/<!?<<<?<!«?. Donc,puisque ie sexe féminin servait seul à per-
pétuer le totem, le sang de ta femme devait sembler plus
étroitement en rapport avec la substance divine que celui de
l'homme par conséquent, il est vraisemblable qu'il acquit
aussi une valeur religieuse ptus haute, qui se communiqua
naturellement à la femme elle-même et la mit complètement
à part.
On peut maintenant s'expliquer d'où vient que les interdic-
tions sexuelless'appliquent exclusivement aux membres d'un

() Voit-surle <'o)tetntOttfquft'- fivrc<)<!Fraia't-.yo~m~m.tM)i<u'


hou));,ttMtf.
ro<<'MM<M,H et t7.
S4 L'ANNUËSOCKHOGt~UE.~SM

même clan. Le totem, en cttet, n'est sacré que pour ses fidèles;
ceux-ta seuls sout tenus de le respecter qui croient en des-
cendre et portent ses insignes. Mais un totem étranger n'a
rien do divin. Un homme qui appartient au clan du Lièvre
doit s'abstenir de manger de lu viande de lièvre et se tenir &
distance de tout ce qui rappelle même la forme extérieure de
cet animât mais il u'a aucune obligation vis-à-vis des ani-
maux qui sont adorés par tes ctans voisins. Il ne reconnaît
pas leur divinité, parceia seul qu'il n'y voit pasdesancétres.
U n'a rien à en craindre, de même qu'ii n'a rien à en attendre.
JI est hors (te leur sphère d'action. Si donc l'exogamie lient,
comme uous avons essayé de le prouver, aux croyances qui
sont la hase du totémisme, il est naturel qu'elle aussi se soit
renfermée dans l'intérieur du clan.
Sans doute, avec le temps, surtout quand les raisons pre-
mières de ces prohibitions cesseront d'être senties par les
consciences, le sentitn"nt qu inspiraient spécialement les
femmes du ctau se généralisa en partie et s'étendit, dans une
certaine mesure, jusqu'aux étrangères. Les manifestations
menstruelles des unes et des autres sont trop sensiblement
les mêmes pour que les unes apparaissent comme indifférentes
et inoneusives quand les autres sont à ce point redoutées.
C'est pourquoi plusieurs des interdictions qui concernent tes
premières se communiquèrent aux secondes, et la femme
en gênerai, quel que fut son ctan, devint.l'objet do certains
tabous. Cette extension se produisit d'autant plus facilement
que ces consciences rudimentaires sont un terrain de prédi-
lection pour tous les phénomènes de transfert psychique les
états émotionnels passent instantanément d'un objet à un
autre, pourvu qu'il y ait entre le premier et le second' le
moindre rapport de ressemblance ou même de voisinage.
Mais, précisément parce que cette assimilation était due à un
simple rayonnement secondaire des croyances qui étaient à
la racine de l'exogamie, elle ne fut que partielle. La sépara-
tion des sexes ne fut complètequ'entre hommes et femmes du
même ctau notamment, ce tut seulement dans ce cas qu'elle
atta jusqu'à l'interdiction de tout commercesexuel.
On objectera peut-être que généralement te sang menstruel
passe pour être plutôt en rapports avec des puissances mal-
faisantes qu'avec des divinités protectrices; que le primitif,
en s'écartant de la femme, se donne à tui-meme comme raison
qu'elle est un foyer d'impureté, loin qu'il en fasse un être
H. CUKKHHtM. t.A t'HOtttBmON DE t.'mCKSTH 85

1- -1-- A 1- t_&ilu- 1_- _ve__


sacre. Maisil faut se garder de prendre In lettre les explica-
tions populttires que les hommes imaginent pour se rendre
compte des usages qu'ils suivent, mais dont tes causes reoDes
leur échappent. Onsuit commentces titeoriessont construites
on leur demande, non d'être adéquates et objectives, muis de
justifier ia pratique. Or des raisons très contraires peuvent éga-
lemeut donner un sens ri un même système do mouvements.
Quand le primitit, pour pouvoir comprendre le culte qu'il
voue à son totem, en foit l'ancêtre do son clan, nul Hosonge
a admettre la réalité de cette généalogie. U n'est pas plus digne
de crédit quand il dote la femme de tello ou telle vertu pour
s'expliquer l'isolement où il ta tient. En l'espèce, il avait le
choix entre deux interprétations Il fallait voir dans la femme
ou une magiciennedangereuse ou une prêtresse née. La situa-
tion inférieure qu'elle occupait dans )a vie publique ne per-
mettait guère qu'on s'arrêtât u la seconde hypothèse; la pre-
mière s'imposa donc Encore y a il nombre de peuples qui,
quand on leur demande quelles sont les origines de ces pro-
hibitions, se contentent de répondre qu'ils n'en savent rien,
mais que c'est une tradition respectée de tout temps. Du reste,
tout ce qui se rattache it la religion totemique subit, par t'eCet
du temps, une déchéance analogue. Quand on no sut plus
pourquoi il était défendu de manger de la viande de tel ou
tel animal, on imagina qu'il devait être impur. C'est ainsi
que des êtres dont on fuyait le contact par respect religieux
finirent par apparaître comme immondes, et les rites existants
s'accommodèrenttout aussi bien de la seconde conception que
de la première.
Si donc nous voulons savoir quelle est la cause véritable
des interdictions dont le sang menstruel est l'objet, il nous
faut les observer en elles-mêmes, abstraction faite de toutes
les théories forgées après coup pour en rendre la survivance
intelligible. Or, ainsi considérées, bien loin qu'elles dénotent
je ne sais quel dégotit et quelle répulsion, elles apparaissent
comme absolument indiscernables d'autres pratiques qui
pourtant concernent des êtres manifestement privilégiés et

<t)Cmwtfy.i~ms.~tf' ff qui))f''c'dt'.i) estinoti)'*'h'di~'oter['<-)[.


~Hctti'tn))n))n))ieup)t)'Untw)''))Mi-tt'<')M< <)a)Ht'slui, <'Mpr<)hit)i(i"M
la f.t)h)('S!M'
tmntx'tttpour"))j)'t<)'f't)t[M~'))''r ttc eurotntouttiquct'
f't))it)in<*
Ii)'h')))t)<)t'.
& 1'11011111110, 414!
Laclilloititif
Lm (Mti)tt'!
<)<'la
htf''t)))M)\
f"/IIIII< t?llM.'
)'n III!tnt)MtMftt)mt,
ng~ n"MOftiit
IIltllrullllél,r-
d<!t<*r-
tttinp)'h tttortM ta u«tMi''cmnmeh) faittoutntunquKtnent &cesprohi'
bitioo):.Con'Mtpus0) tant (ju'ftt-M t)m' f<;u))' tabou,nxtis
d~bih' h t e<t
rn tant qu'ellet~ttt source(faneactionm<t({i<jm.
M ).'At<XÉE tMt
SOCMMGtQCE.

vraiment divins. Cette même règle qui défend à la jeune fille,


parvenue &la puberté, de toucher le sol ou de se laisser tou-
cher par les rayons solaires, s'applique identiquement à des
rois, à (tes prêtres vénérés. Le Mikado, au Japon, ue doit pas
fouler le sol avec ses pieds; autrement, il encourrait h) dégra.
dation, tt ne doit pas davantage laisser les rayons solaires
arriver jusqu'à lui, ni exposer sa tête à l'air fibre. L'itéritier
du troue de ttogota, en Cototnhie, doit, à partir de seize ans,
vivre dans une chambre obscure où le soleil ne pénètre pas.
Le prince qui était destiné à devenir un tnca, au Pérou, était
tenu de jeûner pendant un mois sans voir ta lumière. Comme
le Mikado, le souverain pontife des Xapotecs, à Mexico, ne
pouvait entrer en contact ni avec ln terre ni avec la tnmicre
solaire. l,a première défense s'applique élément au roi et à
la reine de Tahiti, et jadis elle s'appliquait au roi de Perse
De même dans toute ta t'utynesie, les chefs et les nobles
doivent, tout comme la femme a l'époque des menstrues,
prendre leurs repas à part, ne se nourrir que d'alimeuts cuits
sur un leu spédai. etc. Or, ces tabous n'ont évidemment pas
pour cause la répulsion que peut inspirer quelque odieuse
impureté on n'est donc pas fondé à attribuer & une telle
origine les tabous similaires dont la femmeest l'objet.
D'ailleurs, le sang menstruel était très souvent employé
comme une utile médication. On s'en servait contre toute
espèce de maladies,maladies de peau, furoncles, gâte.gourme,
fièvre de tait. inHammationdes ~tandes sativaires.etc. mais
c'est surtout contre la tépre qu'il passait pour être efficace.
Strack a bien montré que cette pratique avait été aussi géné-
rale que persistante. On ta retrouve en Arabie aussi bien
qu'en Germanie ou en Italie, et elle était encore très en vogue
pendant te moyeu age~. On employait également le sang qui
s'écoule au moment de la délivrance et l'on cherchait de pré-
férence celui d'une primipare. De même aussi le premier
sang qui apparaissait h la puberté passait pour avoir des ver-
tus curatives tout à fait exceptionnelles, en même temps qu'il
donnait lieu, comme nous t'avons vu, à des tabous parti-
culièrement sévères. C'est donc que, même sans s'en rendre

f))RaMt'MN"</S/<t).Rt-
(~t'ht~Mtt'Wt.).)~.
~:t)Strm-k. ~<-rWM/<!tf<Y//aM&«f/<MfKf!<'A/f<'f/.MMtti')),)8NS.p. )t-M.
Cr.t:rttw).'y.j).!U.
B. MHKMEtM. LA PHOHMITMS DE t-'tKCKSTE 87

compte, ces peuples y voyaient autre chose qu'une source


d'eiltuves Impurs et dévirHisauts.
Quant aux raisons qui tout que le divin a pu donner nais-
sauce à un système d'interdictions de ce genre (que nous
serions tenté d'attribuer à l'aversion plutôt qu'au respect),
elles sont de deux sortes, tt en est de communes à toute l'hu-
manité, d'autres qui sont spéciales aux peuples primitifs.
D'abord, tout ce qui inspire un respect exceptionnel tient le
vulgaire à distance, tout comme les êtres ou les objets dont
le contact est odieux. C'est que dans le respect il entre de
la crainte et t'être respecte lui-même, pour entretenir tes
sentiments qu'il inspire, est obligé de rester d'accord avec.
son caractère et de se tenir a part. En se metant aux autres
êtres, il leur connnuftiquerait sa nature et participerait à la
leur il tomberait donc au niveau commun. Ainsi, quelque
dincrcnce qu'il y ait au regard de la conscience entre ces
deux émotions, le dégoût et la vénération, elles se traduisent
par les mêmes signes extérieurs. Vues du dehors, ou peut
difftcitement tes distinguer. Mais la confusion était surtout
facile dans les sociétés intérieures, à cause de l'extrême am-
biguïté qu'y a la notion du divin. Comme t'a montré Smith,
les dieux sont des forces redoutables et aveugles; elles ne
sont liées par aucun engagement morat suivant tes circons-
tances ou leur simple caprice, elles peuvent être bienfaisantes
ou terribles. On conçoit dès lors qu'on ne les aborde qu'uvec
les plus grandes précautions c'est par des détours qu'on peut
sans danger entrer en relations avec cites. L'abstention est
ta règle, tout comme s'il s'agissait d'êtres abhorres. Or le
tabou n'est pas autre chose que cette abstention organisée et
élevée à la hauteur d'une institution.

Vi1

Telles sont tes origines de l'exogamie.


Ainsi déterminées, elles paraissent d'abord être sans rap-
port avec notre conception actuelle de l'inceste. Il nous
répugne d'admettre qu'un principe de notre morale contem-
poraine, un de ceux qui sont le plus fortement invétérés en
nous, puisse être placé sous la dépendance, même lointaine,
de préjugés absurdes dont l'humanité s'est depuis longtemps
? L'ANKÈE t'M7
SO<:Mt.OC)<)UH.
affranchie.Cependant,en fait, il n'est pas douteux que les
dispositionsdonoscodesrelativesauxmariagesentre parents
ne se rattachent aux pratiquesexogamiquespar une série
continued'intermédiaires,de mêmeque notre organisation
domestiqueactuelle se roUeà ceiledu cian. L'exogamie,en
effet,a évoluacommela famille.Tantquecolle-cise contond
avec le clan, et plus spécialementavecle ciau utérin, c'est
à la parenté utérine que s'appliquentou exclusivementou
priucipaiement les interdictionssexuelles.Quand le clan
paternelfait recounattresesdroits,l'exogamie s'étendjusqu'à
lui. Quandle totémismedisparalt,et aveclui iu parentespé-
ciale auclan, t'exogamiedevient solidairedes nouveauxtypes
do famille qui se constituentet qui reposentsur d'autres
JMses,et commeces famillessont plusrestreintesque n'était
le clan, elle se circonscrit,elle aussi,dans un cerclemoins
étendu le nombredes individusentre lesquelsle mariage
est prohibé diminue.C'estainsi que,par une évolutiongra.
duelle. elleen est arrivéeà t'étatactueloùles mariagesentre
ascendantsetdesccndants,entre frères et sœurs, sont à peu
près les seuls qui soientradicalementinterdits.Mais,s'il en
est ainsi, si notre réglementationde l'incesten'est qu'une
transformationde l'exogamieprimitive,il est impossibleque
les causes déterminantesde celle-ciaientété sans influence
sur ceiic-iM.Ces deux institutions, nées t'une do l'autre,
doiventnécessairementtenir l'une l'autre.
Les raisons mêmesqu'on a donnéespourjustifier notre
réprobationprésente de l'inceste,vontnous aiderà trouver
le lien qui tes unit.
Oa s'accorde généralementaujourd'huipour reconnaltre
que si le droit et les mmurss'opposentaux mariagesentre
parents, ce n'est pas à causedes inconvénients hygiéniques
que peuvent avoir ces unions maisc'est, dit-on, qu'elles
seraient subversivesde l'ordre domestique.Onentend d'or-
dinaire par là que, commela vie de (amitié,à causedes rap-
prochementsdont elle est l'occasion,risque d'éveiller les
désirs sexuelsen mêmetempsqu'elle en facilitela satisfac-
tion, le désordreet la débauchey seraientà t'état endémique
si lé mariageentre prochesétait licite.Onne voit pas qu'on
prête ainsi aux législateursle plus étrangeraisonnement;
car ce serait un singuliermoyen,pourprévenirles unions
irrégutieres entre parents,que de refuserà ces derniersle
droit de s'épouserrégulièrement.Onne combatpas le conçu'
– LAPHOMBmON
E. BUHKMEtM. DHL'MCfSME 69
m eu
binage ea défendant
défendant le marinee c'est ntutAt
mariage c'ext plutôt l'inverse
l'inverae (m'it
qu'il
eût faitu faire. Or,justement,dans presquetoutesles tégisla-
tions,c'estsurtoutle mariagequi estconsidérécommeineon-
ciliubleavecla parenté.Lesimplecommercesexuel,quoique
souventputti.estplusfréquemmentl'objetd'unecertainetoté-
rance notredroit pénail'iguoresi notremorale!e condamne.
D'ailteurs,l'éloignementque nous inspirel'inceste est trop
spontanéet tropirréfléchipourteniradescatcuisaussisavaats.
Lesrepercussionsprobtématiquesquepourrait avoir, sur le
bon ordrede la famille,la suppressionde toute règlerestric-
tive,sont chosescomplexeset lointainesquele vulgaireaper-
çoit maiet qui le touchent faibtemout.Desconsidérations
aussi généralesne sauraient doncavoirdéterminéun senti-
ment aussiuniverselet d'unetelle énergie.Knftn,cette théo-
rie prête a la loi un pouvoirqu'elle n'a pas. La toi ne peut
empêcherles chosesde produire tours conséquencesnatu-
relles; si vraimentlu vie do famille nous inclinait à l'in-
cesto, les défensesdu législateur resforaientimpuissantes.
L'actiondu milieudomestiqueest trop forteet trop continue
pourque le précepteabstraitde la loi puisse en neutraliser
les eiïets.
Cependant,la propositionqui sert de base à cette explica-
tion ne doit pas être rejetée. Elle exprime, quoique d'une
manièreInadéquate,ce sent.imentobscur de !a fouleque, si
l'incesteétait permis,la famillene serait plus la famille,do
mêmeque le mariagene serait plus le mariage.Seulement,
cetétat de l'opialouvientde ce que la viedomestiquenous
semblerepoussernaturellementl'inceste, loin qu'elle passe
pourle stimuler.Sansque nous réfléchissions,sonsque nous
calculionsles effets possiblesdes unions incestueusessur
l'avenirde la familleou de ta race, elles nous sont odieuses,
par cola seul que. nousy trouvons confonduce (lui nous
parait devoirêtre séparé.L'horreur qu'elles nous inspirent
est identiqueà cellequ'éprouvele sauvage&l'idée d'un mé-
langepossibleentre ce qui est tabouet ce qui est profane;et
cettehorreurest fondée.Entreles fonctionsconjugaleset les
fonctionsde parenté, <e«M~x'e~ MMfacfxcH<'n)~K< cotM«-
il
<M~, y a en effetune réelle incompatibilité,et par suite
on ne peut en autoriserla confusionsans ruiner les uneset
les autres.
Tout ce qui concernela vie de famille est dominé par
l'idée de devoir. Nosrapports avec nos frères, nos sœars,
60 t.'A)<NËKSOC)OM)C!0);H.<M7

nos parents, sont étroitemeutrégtéspar ta morale;c'est un


réseau d'obligationsdont nous pouvonsnousacquitteravec
joie si nous sommes sainementconstitués,mais qui ne
laissent pas do s'imposerà nous aveccette imporsonuntité
impérativequi est la caractéristiquede la toi morale.Assu-
rément, la sympathie,les inclinationsparticulièressontloin
d'en être bannies cependant les affectionsdomestiques
ont toujours cette propriété distinctiveque t'amour y est
fortementcoloré de respect. C'est que l'amour, Ici, n'est
pas simplementun mouvementspontané de la sensibilité
privée c'est, en partie, un devoir.t) est exigible,dans la
mesureoù un sentimentpeut t'être: c'est un principede la
moralecommunequ'on n'a pas le droit de ne pas aimer ses
parents. Une nuance de respect se retrouvejusquedans le
commercefraternel. Quoiquefrères et Sfcurssoient égaux
entre eux, ils sentent bien que ce qu'ils éprouventtes uns
pour lesautres ne dépendpas seulement,ni mêmeprincipa-
lement,do leurs quatités individuelles,maistientavanttout
à quelqueinfluencequi les dépasseet qui les domine.C'estla
famillequi exigequ'ils soient unis; c'est elle qu'ils aiment
en s'aimant, qu'ils respectenten se respectant.Présenteà
toutestours relations,elle teur imprimeune marquespéciale
et les élève au-dessusde ce que sont de simplesrapports
indivMuets.Yoi)àaussi pourquoite foyera toujours,aujour-
d'hui commeautrefois,un caractèrereligieux.S'il n'y a plus
d'autels domestiques,ni de divinitésfamiliales,la famille
n'en est pas moins restée tout imprégnéede religiosité!
ette est toujours t'arche sainte a laquelleil est interdit de
toucher, précisémentparce qu'elle est t'écoledu respect et
le respect est le sentiment religieuxpar excellence,
que
Ajoutonsque c'est aussi le nerf de toute disciplinecollec-
tive.
lien est toutautrementdesrotationssexuettes,<eM<M ~MtKMM
<Mconrecons.L'hommeet la femmequi s'unissentcherchent
dans cette union leur plaisir, et ta sociétéqu'ils iorment
dépendexclusivement,au moins en principe,doleurs an!-
nités électives.Ils s'associentparce qu'ils se plaisent,alors
que frèreset sœurs doiventse plaire parcequ'ils sont asso-
ciésau sein de la famille.L'amour,dans ce cas, ne peut être
lui-mêmequ'a conditiond'être spontané.!t excluttouteidée
d'obligationet de règle. C'est le domainede la liberté, où
l'imaginationse meutsansentraves,où l'intérêtdespartieset
E. PUHKUMM. LA PBOtHBnMS CE l'tKCHSf~ M

leur bon plaisir sont presque la loi dominante. Ô)~ là où


cessent l'obligation et ta règle, cesse aussi la morale. ~ussi,
comme toute sphère de l'activité humaine où l'idée de devoir
et de contrainte morale n'est pas sutUsammeut présente est
une voie ouverte au dérèglement. il n'est pas étonnant que
l'attrait mutuel des sexes et ce qui en résulte ait été souvent
présente comme un danger pour ta moralité. 11est vrai qu'il
n'en est pas tout à fait ainsi de cette union réglementée qui
constitue le mariage. Le mariage, en elTet,vient de ce que,
comme le commerce des sexes affecte la famille, oelle-ci,
à son tour, réagit sur lui et lui impose certaines règles,
destinées à le mettre en harmonie avec les intérêts domes-
tiques. Elle lui communique ainsi quelque chose de sa nature
morale. Seulement, cette réglementation atteint les consé-
quences du rapprochement sexuel, non ce rapprochement
iui-meme. Ëite oblige les individus qui se sont uuis il certains
devoirs, elle ne les oblige pas à s'unir. Surtout, tant qu'its ne
sont pas encore légalement et moralementtics, ils sout dans
ta même situation que des amants et ils se traitent comme
tels. Le mariage suppose donc une période préliminaire ait
les sentiments que ies futurs époux se témoignent sont iden-
tiques en nature &ceux qui se manifestent dans les unions
libres, Même l'influence morale de ta famille ne peut guère
se laire sentir que quand le couple conjugal est devenu une
famille proprement dite, c'est-à-dire quand les enfants sont
venus le compléter. Aussi, le mariage a beau être la lorme
lu plus morale de ta société soxuelle, it n'est pas d'une autre
nature que les sociétés de ce genre il met en jeu les mêmes
instincts. Mais alors, si ces deux états tl'esprit s'opposent
entre eux aussi radicalement que te bien et le plaisir, le
devoir et la passion, le sacre et le profane, it est impossible
qu'ils se confondent et s'abtment t'un dans l'autre sans pro-
duire un véritable chaos moral dont ta pensée seule nous est
intolérable. Parce qu'ils se repoussent violemment t'uo l'autre,
nous repoussons aussi avec horreur t'idée qu'ils puissent se
combiner en un innomabto méhmge, où ils perdraient tous
deux leurs qualités distinctives et d'où ils sortiraient égale-
ment méconnaissables. Or, c'est ce qui arriverait si une seule
et même personne pouvait les inspirer ù la fois. La dignité
du commerce qui nous unit a nos proches exclut doue tout
autre lien qui n'aurait pas la même valeur. On ne peut cour-
tiser une personne à qui on doit et qui vous doit une respec-
? t'ANN&B <M?
MCMMGtOUt}.
tueuse affection, sans que ce dernier sentiment se corrompe
ou s'évanouisse de part et d'autre. En un mot, étant </ottM~
MO):idées <«'«t<'<un homme ne peut faire sa femme de sa
\Bœur sans qu'eue cesse d'être sa smur. C'est ce qui nous fuit
reprouver i'inceste.y
Seulement, cette réponse n'est pas une solution, la question
n'est que reculée. ti reste a chercher quelle est l'origine de ces
idées. Comme nous ysomutesitabitués, eiies nous semblent
très naturettes; elles n'ont pourtant rien de logiquement
nécessaire. Assurément, étant donné que notre amour pour
nos femmes nous pf~'a~ <'oH(t'f<<<'t'<! ce point avec celui que
nos sœurs doivent nous inspirer, nous ne saurions admettre
que ces df'ux personnages se confondent en un seul. Mais
le contraste que nous voyons entre ces deux sortes d'auec-
tiomest si peu commandé par leur nature intrinsèque qu'il
y a eu bien des cas où il n'a pas été reconnu. Nous savons
en effet que, chez nombre de peuples, non pas primitifs,
mais parvenus à un lissez haut degré de civilisation, t'inceste
a été permis et môme prescrit c'est dire que ia fusion
des rapports de parente et (tes rapports conjugaux y était
une règle presque obligatoire. Ailleurs, si frères et smurs ne
peuvent pas s'épouser, le mariage entre cousins et cousines
est au contraire recommande les exemptes sont innom-
brables. Pourtant, s'i! y avait une antipathie conjugale, réelle-
ment irréductible, entre coiiateraux du premier de~ré.oUe ne
se transformerait pas en une sorte d'aHinito au degré immé-
diatement suivant. Ue mOne à Athènes, quand la fiite était
héritière, elle était tenue de prendre pour mari son plus
proche parent. Le ievirat, c'est-à-dire l'obligation pour un
beau-frère d'épouser sa beiie-sœur devenue veuvo,la potyau-
drie fraternelle sont des phénomènes du même genre. Car, si
la parenté par alliance n'implique pas la consanguinité, elle
a tous les caractères moraux de !a parenté naturelle; or l'in-
compatibilité dont il s'agit ici est toute morale. Elle devrait
donc se produire dans un cas comme dans t'autro*. Enun,
bien des faits tendent à prouver que, au début des sociétés
humaines, l'inceste n'a pas été défendu. Hien en effet n'auto-

)t) 'v. p)u!ihaut, )).?.


<) thuM)f' <'Mth- )K))\n)n))-ic fmU't'nt-Uc.')'' tfvifa).)<-<
M~s vivent.
t'ttM'ttthh'<)tt))~ tf
i)!it)t) plusjt'mx'<t<)'))«'\'Mt)an ''ontpagom
i'indh (t<!
)<t)))'))'<)'u)'.tt h<)uc))<'il s'unit)' tuuttf'n)Y<)u,("ut antaotc( de la
«t~tnumatttft'c<tu xw=i<t 'Ent'.
6. OOMHMM. LA PftOMtKTtMt BB t.'tXCBSTt! 08

rise à supposer qu'il ait été prohibe avant que chaque peu-
plade se fut divisée en deux ctans primaires au moins; car la
première forme de cette proinbition que nous connaissions, à
savoir l'exogamie,apparaît partout comme corrélative à cette
organisation. Or, cetie'ci n'est certainement pas primitive.
La société a du former une masse compacte et indivise avant
de se scinder en deux }<t'oupesdistincts et certains des
tableaux de nomeneiature dressés par Morgan confirment
cette hypothèse. Mais alors, si tes relations familiales et tes
relations sexuelles ont commence par <!treindistinctes, et si
elles sont retournées tant de fois à cet état d'indistinction, on
n'est pas fondé à croire que, d'elles-mêmes et pour des rai-
sous internes, elles Étaient nécessitées a se différencier. Si
l'opinion les oppose, il faut que quelque cause, étraugëre à
leurs attributs constitutifs, ait déterminé cette manière de
voir.
Et on effet, on no voit pas comment cette différenciation se
serait produite, si !e mariage et ta famille n'avaient été préa-
lablemeut contraints de se constituer dans deux milieux dif-
férents. Supposez que, en règle (;<*n6rafe,les hommes se
soient unis n leurs procites parentes, notre conception du
mariage serait tout autre; car la vie sexuelle ne serait pas
devenue ce qu'elle est. Elle aurait uu caractère moins pas-
sionnel, par cela seul que le goût des individus y jouerait un
moindre rôle. Elle laisserait moins de place aux libres jeux
de l'imagination, aux rêves, aux spontanéités du désir, puis-
que l'avenir matrimonial de chacun serait presque tixe dès sa
naissance. En un mot, par cela seul qu'il se serait élabore au
sein de la famille et que la raison do famille lui eût fait la
loi, le sentiment sexuel se serait tempère et amorti il eut
pris quelque chose de cette impersonnalité imperative qui
caractérise les sentiments domestiques, li en serait devenu un
aspect particulier. Mais, par cela même, il s'eu serait rap-
proche, et, étant a peu près de môme nature, il n'aurait ou
aucun mal à se concilier avec eux. Qu'est-cedonc qui a pu
mettre obstacle à cette assimilation ? Certes, la question ne
se pose pas une fois qu'on suppose l'inceste prohibe car
l'ordre conjugal, étant dès lors excentrique à l'ordre domes-
tique, devait nécessairement se développer dans un sens
divergent. Mais on ne peut évidemment expliquer cette prohi-
bition par des idées qui, manifestement, en dérivent.
Dira t onque, de lui-même,ce penchant se refuse à ces tem-
M ~'ANt<É8S(M:)M.(M)OU)!.t)tM
péraments? Mais ce qui prouve bien qu'il N'y est nullement
réh'actaire, c'est qu'il les a docilement subis toutes les fois
que cela s'est trouvé nécessaire, c'est-à-dire toutes les fois que
l'inceste a été permis et usité. Car certainement, dans tous
ces cas, ce ou sout pas les relations domestiques qui out cédé
et qui se sont mises au ton des relations sexuelles la famille,
ne pouvant s'accommoder d'une discipline aussi retâchée,
n'eût pu se maintenir dans cesconditions, ui, parconsequent,
la société. Ht d'aittcurs d'où viendraient ces résistances)' On a
dit parfois, il est vrai, que l'appétit sexuel fuit instinctive-
ment la famitte parce que )a cohabitation prolongée a
pour euet de t'endormir. Mais c'est oublier que l'accoutu-
mance n'est pas moindre entre époux qu'entre parents Elle
ne devrait donc pas produire ptus d'effet dans un cas que
dans l'autre Et puis qu'aurait pu cette vague veiteité du
désir contre les raisons impérieuses qui poussaient lu famille
à se recruter dans son propre sein'? Car on a trop perdu de
vue les complications et les difficultés iufinies au milieu des-
quelles l'humanité a du se débattre pour avoir prohibé
l'inceste. I! (attut d'abord que les familles s'arrangeassent
pour échanger mutuellement leurs membres. Or des siècles
se passèrent avant que cet échange tût devenu pacifique et
régulier. Que de vendettas, que de sang verse, que de négo-
ciations laborieuses furent pendant longtemps la consé-
quence de ce régime! Mais alors même qu'il fonctionna
sans violence, il eut pour effet de rompre, à chaque généra-
tion. l'unité matériettc et morate de la famille, puisque les
deux sexes, parvenus à ta puberté, étaient obligés de se séparer,
et que i'ua d'eux (ce fut généralement la femme) s'en allait
vivre chez des étrangers. Cettescission périodique mit notam'
ment les sociétés en présence do cette douloureuse alterna-
tive ou refuser à la femme toute partdu patrimoine commun,
et ta laisser par conséquent à la charge et sous la dépendance
de la famille où elle entrait ou, si on lui accordait des droits
plus ou moins étendus, la soumettre à un contrôle laborieux,
a une surveillance compliquée, pour empêcher que tes biens
dont elle avait la jouissance pussent passer dénutUvemeat

)'id<h;
)t; Xo))t.oupt'uoto))!' ù M. SimMtt.'),~fe H't'ftMMM~ox'/te(UMcttt:
du \'uss. 3 MtlUjum ttM)4).
ji!)Uui))'*ur!un )t pu, ttvt'ettutanttt'ojtpan'nrt',fuMtt'nh'
))tthusocon-
)min', n sa~voit-')Ut'h' contact')f tous~'siuitant~stimuletesd<)rs eo
leurutfnmtdesuccastune.
K. nUBKMMM. LA PKOfttBtTtONCE L'tNCESTH C8

aux parents de son mari. La tutelle des tignats, l'obligation


pour ta fille épicièred'épouserson plus proche parent, la
constitution du douaire, t'oxttérédationpure et simple et
sansgarantie)!d'aucunesorte, avecta situation incertainequi
eu résultait pour la femme,telles turent tes combinaisons
diversespar )esquet)eson essityade concilierces nécessités
opposées.Or toutes ces oppositionset tous ces coMHits,tes
hommesse les seraientépargnés,s'ils ne s'étaient pas tait
uueloide chercherleursfemmesen dehorsde leurs parontei).
Ainsi, d'unepart, pour que les rotationssexuettosaient pu
s'opposeraussi radicalementaux relationsdo parenté, it a
fallu qu'elles fussent préalablementrejetées hors de cette
atmosphèremoraleoa vit la {amitié;de l'autre, il n'y avait
rien en elles qui rendit nécessairecette séparation.I) semble
mêmequêta lignedola moindrerésistanceétait dirigée dans
un tuut autre sens. H faut donc bien que cette dissociation
leur ait été imposéepar uneforceextérieureet particulière-
ment puissante.Autrementdit, t'incompatibititémorale au
nom de laquelle nous prohibonsactuellementl'inceste est
eiie-tnemoune conséquencede cetteprohibition,qui par con-
séquentdoit avoir existéd'abordpour une tout autre cause.
Cettecause, c'est l'ensemblede croyanceset de rites d'où
l'exogamieest résultée.
En effet, une fois que les préjugésrelatifs au sang eurent
amenéles hommesa s'interdire touteunion entre parents, le
sentimentsexuel fut bien obligé de chercher en dehors du
ceretefamilial un milieuoù it pot se satisfaire ot c'est ce
qui le fit se différenciertrès tôt des sentimentsde parenté.
Deux sphères différentesfurentdès lors ouvertesà t'activité
et &ta sensibilitéhumaine. L'une, ie clan, c'est-à-dire la
famille,était et restale foyerde la moralité l'autre, lui étant
extérieure, ne prit de caractère moral qu'accessoirement,
dans la mesureoù elle affectaitles intérêts domestiques.Le
clan, c'étaitte centredela viereligieuse,et toutesles relations
du clanavaientquelquechosede religieux par celaseul que
les rapports des sexes durent se contracterau dehors, ils se
trouvèrenten dehorsdu domainereligieuxet furent classés
parmi les chosesprofanes.Par suite, toutel'activité passion-
nette, qui ne pouvaitse développerd'un côté à cause de la
sévoredisciplinequi y régnait,se portade l'autreet s'y donna
librecarrière.Car l'individunose soumetà la contraintecol-
lectiveque quandc'est nécessaire dès que ses appétits natu.
H.Dt)mf)WM.–Ant)t'eM('M.<)H)7. S
<M (.'ANNÉESOCtOhOGtQCK. <S9T
rels trouvent devant eux une pente .s, qu'ils peuventsuivre
librement, ils s'y précipitent. Ainsi, gr&co&l'exogamie,la
sensualité,c'est-a-dirct'ensembledes instinctset des désirs
individuelsqui se rapportent aux relationsdes sexes, fut
affranchiedu joug de la famillequi l'eut contenueet ptus ou
moinsétouffée,et ellese constituaù part.Mais,parcetamême,
elle se trouva en oppositionavecla moralitéfamiliale.Avec
le temps, elle s'enrichit d'idées et de sentimentsnouveaux
ellese compliquaet se spiritualisa.Toutce qui,dans l'ordre
intellectuel ou dans l'ordre émotif, est naturellementimpa-
tient de tout freinet de toute règle, tout ce qui a besoinde
liberté vint se greffersur cette base première;c'estaiusique
les idées relativesu la vie sexuellese sont étroitomentiiées
au développementde i'art, dela poésie,à toutcequi est rêves
et aspirationsvaguesde l'espritet du cffur,à touteslesmani-
festationsindividuellesou collectivesoù l'imaginationentre
pour la plus large part. C'est pour cettemêmeraisonque la
femmea été si souventconsidéréecommele centrede la vie
esthétique. Maisces additions et ces transformationssont
des phénomènessecondaires, maigre leur importance.Dès
qu'il fut interdit aux membres d'un mêmeclan do s'unir
entre eux, la séparationfut consommée.
Or, une foisentréedans tes mœurs,elleduraet survécutà
sa propre cause. Quand les croyancestotémiquesqui avaient
donnénaissanceà l'exogamiese furentéteintes,lesétatsmen-
taux qu'elles avaient suscités subsistèrent.Les habitudes,
priseset gardéespendantdes siècles,ne purentpasse perdre
ainsi, non seulementparceque la répétitiontes avaitfortifiées
et enracinées,mais parce que, chemin faisant,ettess'étaient
solidariséesavecd'autres habitudes et qu'oo ne pouvaittou-
cherauxunes sanstoucheraux autres,c'està direàtout.Toute
la vie morales'étant organiséeen conséquence, il eût fallula
bouleverserpour revenirsur ce qui avait été(ait.Ni l'homme
ne pouvait aisémentrenoncerà ceslibresjoiesdont il avait
conquis la jouissance,ni il ne pouvaitles confondreavecles
joies plus sévèresde la famille, sans que les unes ou tes
autrescessassentd'être eites-mémesi~D'un autrecoté,comme
l'organisationà basede clansa été un stadepar lequelparais-
sent avoir passé toutes les sociétéshumaines,et que l'exo-
gamieétait liéeétroitementà la constitutiondu clan, il n'est
pas étonnant que l'état moral qu'elle 1 issait derrièreelle
ait été lui-mêmegénérât dans l'humanité Dumoinsil fallut,
K. OURKUH)! LA)'HO)))B)T<0!<
t)K L*t!<CM'tK 67

pour Ailen tt'intnnitf'r


triompher, dM des n~feRsitf's
nécessités )!nfin)as
sociales nHrtif)t)i<<'ftY)ant
particulièrement
pressantes; c'est ce qui explique et comment l'inceste fut
légitimé chez certains peuples et comment ces peuples sont
restés l'exception.
!t ne semble pas que rien soit survenu dans l'histoire qui
puisse rendre cette totérance plus générale dans l'avenir que
dans le passé. Ce n'est certes pas sans cause qu'une religion
aussi répandue que !o catholicismea formellement mis l'acte
sexuel en dehors de la morale, s'i) n'a pas la famitto pour fin.
Ht encore, même sous cette forme, le déclare t-etto inconci-
liable avec tout ce qui est investi d'un caractère sacré'. Un
sentiment comme celui-là, dont dépendent tant d'usages et
d'institutions qui se retrouvent chez tous les peuples euro-
péens, est trop générât pour qu'on puisse y voir un phéno-
mène morbide, dû à je ne sais quelles aberrations mystiques.
t) est plus naturel de supposer que la nature amorale de ta
vie sexuette s'est réellement accentuée, que la divergence
entre ce qu'on pourrait appeler l'état d'esprit conjugal et
l'état d'esprit domestique est devenue plus marquée. La cause
en est peut-être que la sensualité sexuelle s'est développée
alors que la vie morale, au contraire, tend de plus en plus ù
exclure tout élément passionnel. Notre morale n'est-elle pas
celle do l'impératif catégorique?
Toujours est-it que, si les peuples ont maintenant une
raison nouvelle pour s'opposer aux mariages entre proches,
cette raison est en réalité une résultante de la réglementa-
tion qu'elle justifie. Elle en est un effet, avant d'en être une
cause. Elle peut donc bien expliquer comment la régie s'est
maintenue, non comment otte est née. Si l'on veut répondre
à cette dernière question, il faut remonter jusqu'à l'exogamie,
dont l'action par conséquent s'étend jusqu'à nous. Sans les
croyances dont elle dérive, rien ne permet d'assurer que
nous aurions du mariage t'idée que nous en avons et que
l'inceste serait prohibé par nos codes Sans doute, t'éter-
nelle antithèse entre la passion et le devoir eût toujours

(ti Nousne fai~oni.pas seulementallusionau <'<!fih«t


<)Mpn'tnM,mais
ft la t<'f<)'!
canoniquequi d~fcudl e mpprufhetncntdcs dans]<!sj')an<
sexes
'on~cn'tt.
?) En faisantcette));'potM':w,
not)~n'cntcndonj!pasdiref))tel'exogamie
ait )itt!un accidentcontingent.Elleest Irop~troitmotint
liée(tut~MtnitnM
~-tauchu, qui sontde!!pMnnn~nmunivet'M)! pourqu'onpui~Mt.'an'Me)'
Mune tcUe supposition.Qu'onne voienoncdansnott'efonnuiequ'on
)'roevd)! destinéIlisolerla part de chaquefacteur.
tt'titpoemon,
€8 L'ASKÉE SOaOLOGtQUH. )89!

trouvé moyen de se produire; mais elle eût pris une


autre forme. Ce n'est pas au sein do la vie sexuette que ta
passion aurait pour ainsi dire étabti sou centre d'action.
Passion et amour des sexes ne seraient pas devenus syno-
nymes.
Ainsi, cette superstition grossière qui faisait attribuer au
sang toute sorte de vertus surnuturelles, a eu sur le dévetop-
poment moral de l'humanité une influence considérante. On
a môme pu voir au cours de ce trayait que cette action ne
s'est pas seulement fait sentir dans lu question de l'inceste.
!t est un autre ordre de phénomènes qui est placé sous la
dépendance de la môme cause ce sont les moiurs relatives a
la séparation des sexes en général. Le lecteur n'a pus pu
n'être pas frappé do la ressemblance qu'il y a entre les faits
que nous avons rapportés plus haut et ce qui se passe encore
aujourd'hui sous nos yeux. Suivant toute vraisemblance si,
dans nos écoles, dans nos réunions mondaines, une sorte
de barrière existe entre tes deux sexes, si chacun d'eux a
une forme déterminée de vêtements qui lui est imposée par
l'usage ou même pur la loi, si l'homme a des fonctions qui
sont interdites à ta femme ators même qu'elle serait apte
à les remplir, et réciproquement; si, dans nos rapports
avec les femmes, nous avons adopté une langue spéciale,
des manières spéciales, etc., c'est en partie parce que, il y
a des milliers d'années, nos pères se sont fait du sang en
généra), et du sang menstruel en particulier, la représenta.
tion que nous avons dite. Non sans doute que, par une
inexplicable routine, nous obéissions encore, sans nous en
rendre compte, à ces antiques préjugés, depuis si longtemps
dépourvus de toute raison d'être. Seulement, avant de dispa-
raître, ils ont donné naissance à des manières de hure qui
leur ont survécu et auxquelles nous nous sommesattachés.
Ce mystère dont, à tort ou à raison, nous aimons à entourer
la femme, cet inconnu que chaque sexe est pour l'autre et
qui fait peut-être le charme principal de leurcommerce, cette
curiosité très spéciale qui est un des plus puissants stimu-
lants de la brigue amoureuse, toute sorte d'idées et d'usages
qui sont devenus un des délassements de l'existence pour-
raient difttcitement se maintenir, si hommes et femmes
mêlaient trop complètement leur vie; et c'est pourquoi l'opi-
nion résiste aux novateurs qui voudraient faire cesser ce dua-
lisme. Mais, d'un autre coté, nous n'aurions pas connu ces
E. ))URKf)K)M.– H t'HOtHemox DE L'tNCHSTH 0!)

i!n< ai
besoins' si <)na
des M)i)tnns
rtilsons ftMnotH
depuis tonetamna
longtemps ffubUées n'avaient ¿
oubliées n'avaient
déterminé les sexes à se séparer et &tonner en quelque sorte
deux sociétés dans la société; car rien, ni dans la constitu-
tiou de t'uu ni danscelle de l'antre, ne rendait nécessaire une
semblable séparation.
La présente étude, en dehors do ses résultats immédiats,
peut donc servir à montrer, par lui exemple topique, l'erreur
radicale de ta méthode qui considère les faits sociaux comme
le développement logique et tétéoiogique do coucopts déter-
mines. Ou aura beau snaiyser les rapports de parente, t'«a<M-
~'«t'<o,on n'y trouvera rien qui implique entre eux et les
rapports sexuels uue aussi profonde incompatibilité. Les
causes qui ont détermine cet antagonisme leur sont exté.
rieures. Assurément, on ne saurait trop le répéter, tout ce
qui est social consiste en représentations, par conséquent
est un produit de représentations. Seulement, ce devenir des
représentations collectives, qui est la matière même de la
sociologie, ne consiste pas dans une réalisation progressive
de certaines idées fondamentales qui. d'abord obscurcies et
voilées par des idées adventices, s'en afïranchiraient peu à
peu pour devenir de plus en plus complètement eties-mémes.
Si des états nouveaux se produisent, c'est, en grande partie
parce que des états anciens se sont groupés et combinés.
Mais nous venons de voir, et dans des cas essentiels, comment
ces groupements pouvaient avoir une tout autre cause que la
représentation anticipée de la résultante qui s'en dégage.
L'idée de cette résultante n'est donnée que quand la combi-
naison est faite; elle no peut donc eu rendre compte. C'est un
euet plus qu'une cause, quoiqu'elle puisse réagir sur les.
causes dont elle dérive elle a besoin d'être expliquée plus
dans les propriétés du sang
qu'elle n'explique". 11n'y a rien
(t) Hi~t n'' dit d'ai)t<m'! ')u'-'< ))'Muin< tM-~oifttt))U!)<tf<tiuMrt~tm
par ')Mbciiuins
n''utra)i'!<~ IlssutMt)t<'Mt
<'onh)iir'"). ))!« ~[t-<omms j)t'o-
fund!!qMccouxqui ttxnt
! t)'t)':< <)'"<
i'h''Mn'tiUivc~ &rhK'Mt'
)a)LestitatsnouveauxpNU'cn) <~n'(hxuussiaux <'))an){fm''nts f;nt sn
jtfoduiM'nt (t)in<)eeub~Mtsu<-iu)<?t'n'hx'ptus Krandfdu ~-n-ituin'.
ptui!numttn'Ui't',
)f<tpo))tti"n phts d'n!it',~'tt'.!<ou<huions de ''ôt'i('e<
de n"uvaut<i Mxqucfh' h' t'on~idt'tttUutM
)'uu!<ea cxpo~c~ ci-dessM
!app)i<)oent Mteofo plust'vidt'nxMfnt.
(3)Voilàco<)annou:!avot):;voutudire,<tnandnousavo«)!'t v"'nt a)))t'un)
</e/a .M«/f.mcM..p. 30)'t'h- notn:iduode ta.nx'm)'-
)«<'</<<? 'tes
n'xte<tnomtMqui fonctiontx'nt ~<msnos yeux.Cesn'-ft)' sontdunu<!B<
daix dM n'pn'Mttttttion! mai!)tmtn' concuption f~ncmto(tela <))om)')
MM pr~idcpas à )&co)M.h'u''ti))n e~mcntairt's,u))«
dt*ces r''prt's'n)atit)n<
70 t'AN~ÉH SOCtOMOQUE. ~9?

qui le prédestinenécessairementà acquériruncaractèrereli.


gieux.Maisla notionvulgairedu liquidesanguin,ou s'asso-
ciant avec les croyancestotémiques,a donnénaissanceaux
rites dont nousavons parlé. Ces rites, tt leur tour, associés
avec lu notioncourantedu commercesexuel, ont engendré
les idées relatives à t'exogamic.Sur la basede t'exogamie,
toute sorte d'habitudes se sont prises qui font maintenant
partie de notre tentperameutmoral.Aucuneanalysedialec-
tique ne sauraitretrouverlesloisde ces synthèsesà la forma-
tion desquellesaucunedialectiquehumainen'a préside.Sans
doute, à mesureque le jugement collectifse développeet
vientéclairer davantageta volontésociale, celle-cidevient
aussi plus apte à diriger le cours desévénementset à leur
imprimerune marcherationuetto.Maisles fonctionsintellec-
tuellessupérieuressont encorebeaucoupplus rudimentaires
dansla sociétéque dans l'individu,et les casoù leur iuftueuce
est prépondéranten'ont été jusqu'à présentqu'une infime
exception.
ËNtU! DUKKHNM.

n~utt'! df foMt'cutxbinai~jn, & ntcstnv ~tt'<'))(' x~ funt~'ut. !)u tuotns. si,


une f'ttsht'ttttk'. c))('exerce une )n't!un!!Uf)t'<tU'd'uùe)h')t'sutt)',
KCtten'Mtion est sm'ondaht). Ht fe tjuo nous <ti<!)t)~de la notiun j{t''n~<'ft)c
du la moralité [Mtt' tuppft-t il <'tt<t'tU<')TL'(t)e
)'<trti<'u)it'tf))cut M ttit't' de <'ht')))<*
rtgk' parU':u)i'')t;pt)'M)'puFt MUXtvpr~t'otaHott~h'tWtttitinM d'oftette n<'
sulle.
J1

COMMENT LES FOHMES SOCIALES


SKMAtNTtHNNKNT

t'xrM.i-fMMKf.

Lessciencesen voiedeformationont le privilège, médio-


crement enviable,de servircommed'un asile provisoire a
tous les problèmesqui flottentdans l'air, sans avoir encore
trouvé leur véritableplace. Par l'indéterminationet l'accès
facilede leurs frontières,ellesattirenttous les « sans patrie ·
de la science,jusqu'à ce qu'elles aient pris assez de force
pour rejeterhors d'ellestousces élémentsétrangers t'opéra-
tion est parfoiscruelle,maiselleépargne bien des déceptions
pour l'avenir.C'estainsi que la sociologie,cette science nou-
velle, commenceà se débarrasserde la masse confusede
problèmesqui s'attachaientà elle; elleprend le parti de ne
plus naturaliserle premiervenu,et. quoiqu'ondiscute encore
sur l'étendue de son domaine,d'évidents euorts sont faits
pour en marquerlescontours.Pendantlongtemps,il semblait
que le motde sociologieeut une vertu magique; c'était la
clefde toutesles énigmesde l'histoirecommede la pratique,
de la moralecommede l'esthétique,etc. C'est qu'on donnait
pourobjetà la sociologietoutce qui se passe dans la société
par suite, tous les faits qui ne sont pas de l'ordre physique
semblaientêtre de son ressort.Maiscela même démontre
l'erreur qu'on commettaiten procédantainsi. Car c'est évi-
demmentun non-sensque de réunir tous les sujets d'étude
dont traitentdéjà l'économie politiqueet l'histoirede la civi-
lisation, la philosophieet la politique, la statistique et la
démographie,dans unesorte de péio-méteauquel on accole
cette étiquette de sociologie.On y gagne un nom nouveau,
L'ASMKH «M
SOCK)LOO)QU)!.
n_
mais pas une connaissance nouvelle. Sans doute, H n'y a pas
de recherche sociologique qui n'intéresse quelqu'une des
sciences déjà existantes; car, dans ce qui fuit la matière df
ia vie humaine. il n'est rien qui uo soit déjà l'objet de quei-
qu'une de ces sciences. Alais c'est justement la prouve que,
pour avoir un sens défini, ia sociologie doit chercher ses
problèmes, non dans la matière de la vie sociale, mais dans sa
tonne et c'est cette forme qui donne leur caractère social :t
tous ces faits dont s'occupent les sciences particulières. C'est
sur cette considération abstraite des formes sociales que
repose tout te droit que ia sociologie a d'exister c'est ainsi
que la géométrie doit sonexistence a ta possibilité d'abstraire,.
des choses matcriettos, leurs tonnes spatiales. et la linguis-
tique ta sienne, à la possibilité d'isoler, des pensées qu'expri-
ment tes hommes, la forme même de l'expression.
Les formes qu'anecteut les groupes d'hommes unis pour
vivre les uns it côte des autres, ou les uns pour tes autres, ou
les uus avec les autres, voilà donc le domaine de ta sociologie.
Quant aux fins économiques, religieuses, politiques, etc., en
vue desquelles ces associations prennent naissance, c'est a
d'autres sciences qu'il appartient d'en parler. Maisators.
puisque toute association humaine se fait en vue do telles
fins, comment connaitrons-nous les formes et les lois propres
de l'association? Kn rapprochant tes associations destinées
aux buts les plus difïereuts et eu dégageant ce qu'elles ont de
commun. Do cette façon, toutes les différences que présentent
les (ius spéciales autour desquels los sociétés se constituent,
se neutraliseront mutuellement, et la forme sociale sera seule
à ressortir. C'est ainsi qu'un phénomène comme la formation
des partis se remarque aussi bien dans le monde artistique
que dans les milieux politiques, dans l'industrie que dans la
religion. Si donc on recherche ce qui se retrouve dans tous
ces cas en dépit de la diversité des fins et des intérêts, ou
obtiendra les espèces et tes lois de ce mode particulier de
groupement. Lu même méthode nous permettrait d'étudier
de la même manière la domination et la subordination, lu
formation des hiérarchies, la division du travail, ta concur-
rence, etc. Quand ces nombreuses formes de l'association
humaine auront été établies inductivement et qu'on aura
trouvé leur signification psychologique, alors seulement ou
pourra penser à résoudre la question Qu'est-ce qu'une
société ? Car il est bien sur que la société n'est pas un être
suffit.. – COMMENT LKS FOXMKS MOALKS SK M.UNTtKXNKNT 7X

ulmnln rlnni i~n nnfwnn mnioan hfnu nvnnianaia inni an·ihoa tlwna
simple, dont la nature puisse être exprima tout entière dans
une seule formule. t'uur en avoiria définition, il faut sommer
toutou ces formes spécialesdo l'association et toutes los forces
qui en tiennent unis les éléments. n ne peut pus y avoir de
société où ces combinaisons variées ne se rencontrent. S'~ns
doute, chacune d'elles, prise à part, peut disparattre sans que
le groupe total disparaisse mais c'est que, citez tous les
peuples connus, il un subsiste toujours un nombrf sufMsant.
Que si ou tes supprime toutes par la pensée, il u'y Il plus de
société du tout'.l,
Afin d'illustrer par un exempte la méthode ainsi définie,
jo voudrais, dans cet urlicle, rocttorciter les formes spécifiques
par iesfjueties les sociétés, en tant que telles, se conservent.
Par société, je n'entends pas seulement t'enscmbte comptexe
des individus et dos groupes unis dans une même commu-
nauté politique, Je vois une société partout on des hommes
se trouvent en réciprocité d'action et constituent une unité )Î
permanente ou passagère. Or, dans chacune de ces unions
se produit un phénomène qui caractérise égnlement h vie
individneUe; à chaque instant, des forces perturbatrices,
exterues ou non, s'attaquent au groupement, et, s'H était livré
à leur seule action, eties uo tarderaient pas a le dissoudre,
c'ost-a direaon transférer les éléments dans des groupements
('trangers. Mais a ces causes de destruction s'opposent des
forces conservatrices qui )))!)intiem)C))teusetnbte ces été-
monts, assurent leur cohésion, et par là garantissent l'unité
du tout jusqu'au moment o~'t,comme toutes les choses ter-
restres, ils s'abaudoum'Mttaux puissances dissolvantes qui les
assiègent.
A cette occasion, on peut voir combien il est juste de pré-
senter lu société comme une unité ~t« ~t'«t'<'< distincte de
ses éléments individuels. Car les énergies qu'elle m'<ton jeu
pour se conserver n'ont rien do commun avec l'instinct de
conservation des individus. EUe emploie pour cela des pro-
cédés tellement différents que très souvent ta vie des indi-
vidus reste intacte et prospère aiors que celle du groupe
s'afïaibHt, et inversemeut. Pins que tous les autres, ces faits

0) Cf.<t)t'cott"nom")' ')'' ))~.«'rt'' ))t«bt''ttt<'


stM'itt)ttK)'f<<))t)n<n'ti<'t')
~ttt-<<-~'o&MKtc <fe<««wM~ic in ~ft-MC </c<W<~A.. t. t), li. M7.t))t
tMMVcrit
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Lt'i)<<){. /tKK«<e< de <M«/M<de <toe«)<<~i<
vol.t, .~H«'f<c<!« o~ecta/o~y, U, n'"~ct3.
<'t 7e«''«< v ol.
7~ t-'ANNËHSOCIOLOGIQUE.
)?;

ont contribuéà faire tenir la société pour un être d'une réa-


litéautonome,qui muerait, suivantdes tois propres,unevie
indépendantede cellede ses membres.Et eu réattte,si t'on
considèreht nature intrinsèqueet l'évolutiondes langueset
des mœurs,de t'Ugiiseet du droit, de l'organisationpolitique
et sociate,cette conceptions'impose.Cartouscesphénomènes
apparaissentcommetes produits et les fonctionsd'un être
impersonnelauquel les individus participent sans doute,
commeà un bien public, mais sans qu'on puissedesigner
Nommémentun particulierqui en soit la cause productrice
ou ta raison déterminante pas un tnémedonton puissedire
quellepart préciseil a priseà leur production.Eitesse posent
en facedes particulierscommequelque chosequi lesdomine
et qui uo dépendpas desmêmesconditionsque la vieindivi-
duelle.
D'unautre cote, il est certain qu'il n'existequedes indivi-
dus, que les produitshumaiusn'ont do réalitéen dehorsdes
hommesque s'ils sont de nature materieito,et que lescréa-
tions dont nous parions, étant spirituelles, ne vivent que
dans des intelligencespersouncites.Commentdonc, si les
êtres individuelsexistentseuls,expliquer te caractèresupra-
individuetdes phénomènescollectifs, l'objectivitéet l'auto-
nomie des formes sociales? tt n'y a qu'une manièrede
résoudrecette antinomie.Pour une connaissanceparfaite,il
faut admettrequ'il n'existerienque des individus.Pour un
regard qui pém'trerait le fond des choses, tout phénomène
qui parait constituer au-dessusdes individusquelqueunité
nouvelleet indépendante,se résoudraitdans les actionsréci-
proqueséchangéespar tes individus. Malheureusement, cette
connaissanceparfaite nous est interdite. Les rapportsqui
s'établissententre les hommessont si complexesqu'il est
chimériquede les vouloirramenerà leurs élémentsultimes.
Nous devons plutôt les traiter comme des réalitésqui se
suffisentà cités-mêmes.C'estdonc seulementpar un procédé
de méthode que nous parlons de l'état, du droit, de la
mode, etc., comme si c'étaientdes êtres indivis.C'estainsi
encoreque nous parlonsdeia viecommed'unechoseunique,
tout en admettant qu'ellese réduità un complexusd'actions
et de réactionsphysico-chimiques échangéesentretesderniers
élémentsde l'organisme.Ainsi se résout le conflitsoulevé
entrela conceptionindividualisteet ce qu'on pourraitappeler
la conceptionmonistede la société cette-!àcorrespondà ia
MMMt: COMMENT
LESFORMES
SOOAtRS f!:là
SEMA)XTtESMt!!<T
réalité, celle-cià i'état bornéde nostacuitésd'analyse l'une
est l'idéal de la coanaissuace,l'autre exprimesa situation
actuelle.
Celaposé,de mêmeque le t)totogistea déjà pu substitue)'
à lit force vitale, qui paraissaitplaner au-dessusdes diffé-
rents organes, l'actionréciproquede ces derniers, le socio-
logue,à sontour, doitchercherde plusen plus &atteindreces
processusparticuliersqui produisentréetiementles choses
sociales,à quelquedistanced'ailleurs qu'il doive rester de
son idéat. Voicidonc,pour ce qui concernel'objet spécial
de cet article, commentle problèmedoitse formuler.Nous
croyonsvoir que les associationsles plusditïérentesmettent
en jeu,pourpersévérerdansleur être, des forcesspécifiques
en quels processusplus simplesce phénomènepeut-il se
résoudre?Bienque le groupe,une fois qu'il existe, paraisse
faire preuve,dansses effortspourse maintenir,d'une énergie
vitaleetd'uno foreederésistancequi semblentprovenird'une
sourceunique, elle n'est cependantque la conséquence,ou
mieuxla résuitantedo phénomènes,particulierset variés,de
nature sociale.Ce sont ces phénomènesqu'il faut recher-
cher.

Cequi posele plus ordinairementle problème de la per-


manencepropre aux groupessociaux,c'est ce fait qu'ils se
maintiennent identiquesà eux-mêmes,tandis que leurs
membreschangentou disparaissent.Nousdisonsque c'est le
même État, la mêmearmée,la mêmeassociationqui existe
aujourd'hui et qui existait déjà il y a des dizaineset peut-
être descentainesd'années cependant,parmi les membres
actuelsdu groupe,il n'enest pas un qui soit le mêmequ'au-
trefois.Nousavonsaffaireici à l'unde ces cas où ta disposi-
tion des chosesdans le tempsprésente une remarquable
analogieavecleur dispositiondans l'espace.Le fait que les
individussont&cotélesunsdesautres, par conséquentexté-
rieurs les unsaux autres, n'empêchepas l'unité socialede se
constituer l'unionspirituelledes hommestriomphede leur
séparationspatiale. De morne,la séparationtemporelledes
générations n'empêchepas que leur suite ne forme, pour
?0 t/ANti&E SOCtOt.OOQUË.1897

notre représentation, un tout


ininterrompu. Chez les ott-es
que l'espace sépare, l'unité résulte des actions et dos réactions
qu'ils écttangent entre eux car l'unité d'uu tout complexe
Mesignifie rien autre chose que la cohésion des
étéments, et
cette cohésion ne peut être obtenue que
par le concours
mutuel des forces en présence. Mais pour un tout
composé
d'éléments qui sont séparés par !Gtemps, l'unité ne
peut être
réalisée de cette manière, parce qu'i) n'y a pas entre eux de
réciprocité d'action; tes plus anciens peuvent bien agir sur
ceux qui viennent ensuite, mais non ceux-ci sur ceux-là.
C'est pourquoi lu survivance de l'unité sociale au milieu du
flux perpétuel des individus reste un problème &résoudre.
alors même que la genèse de cotte unité a
déjà été expliquée.
Le facteur dont l'idée se présente le plus immédiatement à
l'esprit pour rendre contpte de la continuité des êtres collec-
tifs, c'est la permanence du sol sm- !eqnet ils vivent. L'unité,
non pas seulement do t'j~at, mats de la ville et de bien d'autres
associations, tient d'abord au territoire qui sert de substrat
durable à tous les changements que subit t'eneetit de la
société. A vrai dire, la permanence du lieu ne
produit pas à
elle seule la permanence de l'unité sociale; car,
quand la
popntation est expulsée ou asservie par un peuple conqué-
rant, nous disons que l'État a change, bleu que le territoire
reste le même. En outre, l'unité dont il s'agit ici est toute
psychique, et c'est cette unité psychique qui fait vraiment
l'unité territoriale, loin d'eu dériver. Cependant, une fois
que
celle-ci s'est constituée, elle devient à son tour un soutien pour
la première et l'aide à se maintenir, Mais bien d'autres con-
ditions sont nécessaires. La preuve, c'est que nombre de
groupes n'ont aucun besoin de cette base matérielle. Ce sont
d'abord les petites sociétés comme la famille qui peuvent
rester sensiblement identiques à elles-mêmes, tout en chan-
geant de résidence; mais ce sont aussi les très grandes,
comme les associations internationales de lettrés, d'artistes
et de savants, ou comme ces sociétés commerciales qui s'éten-
dent à tout l'univers, et qui consistent essentiellement dans
une négation de tout ce qui attache la viosociale à des loca.
Mtésdéterminées.
En définitive, cette première condition n'assure guère que
d'une manière formelle la persistance du groupe à travers le
temps. Un facteur incomparablement plus efficace, c'est la
liaison physiologique des générations, c'est la chaîne formée
– COMMENT
StMMEL. LESFORMES
SOCtAt.HS
M MAtKTtEKSEftT
'?7
entre tes individus par les relations de parenté en général.
Sans doute, la communauté du sang ne suffit pas toujours à
garantir bien longtemps l'unité de la vie collective; il faut
très souvent qu'elle soit complétée par la communauté de
territoire. L'unité socialedes Juifs, malgré tour unité physio-
logique et confessionnelle, s'est singulièrement détendue
depuis leur dispersion; elle ne s'est plus jamais solidement
renouée que tu où un de leurs groupes est resté fixé pendant
assez longtemps sur un même territoire. Mais, d'un autre
côté, partout où les autres tiens fout défaut. Je lien physiolo-
gique est )'«~<wKmy'M~'«M de ):) continuité sociale. Ainsi,
quand ta corporation allemande '~«t<<)dégénéra et s'aftaihtit
intérieurement, elle se ferma d'autant plus ètroitetm'nt au
dettors que sa force de cohésion se remettait davantage de là
vint lit r<)e que les fits de mattre, les gendres de mattre,
tes maris de veuve de mattre pourraient seuls être admis à
la mattrise.
Ce qui fait l'efficacitéde ce facteur, c'est que les générations
ne se remplacent pas d'un seul coup. De cette façott, l'im-
mense majorité des individus qui vivent ensemble à un mo-
ment donné existent encore au moment qui suit, et le passage
de t'un à l'autre est continu. Les personnes qui changeât entre
deux instants voisins, soit qu'ettessortfnt de la société, soit
qu'elles y entrent, sont toujours en très petit nombre, com-
parées :t celles qui demeurent. Le fait que l'homme n'est pas,
conxne tes animaux, assujetti à une saison d'accouplement,
et que par suite ses enfants peuvent naître en tout temps,
est ici d'une particulière importance, it en résulte en effet
qu'on ne peut jamais fixer un moment déterminé ou une
génération nouvelle commence. La sortie des éléments
anciens et l'entrée des nouveaux s'opèrent si progressi-
vement que le groupe fait t'onet d'un être unique, tout
comme un organisme au mitieu dci'écouiemont incessant do
ses atomes. Si cette substitution s'effectuait d'un seul coup,
si à une sortie en masse succédait brusquement une entrée en
masse, alors on ne serait guère fondé à dire que le groupe,
malgré la mobilité de ses membres, subsiste dans son unité.
Mais que, à chaque moment, les nouveaux venus soient une
infime minorité par rapport à ceux qui composaient déjà la
société au moment antérieur, voilà ce qui lui permet de res-
ter identique à elle-même, quand m&me.àdeux époques plus.
éloignées, le personnet social serait entièrement reuouveté.
7~ t/ASSÈHSOCtOLOG!QUK. ~897
~!f~tta~f.Mft!~t.t<A~Mt~t~––t-tA
Si cette continuité est surtout frappante là ou elle a pour
base la génération. elle ue laisse pas d'exercer une action très
sensible dans certains cas ou pourtant cet iotermédiaire
physique mamjue totutement. C'est ce (lui arrive pour te
clergé eatttotique. Lu continuité y résulte de ce {ait qu'il
reste toujours assez de membres anciens en fonctions
pour
initier les nouveaux. L'importance de ce p))énoménesocioto-
giqueestcousidérabte, car c'est ce qui rend si stables, par
exemple, les corps de fonctionnaires; c'est ce qui tour permet
de maintenir invariable. a travers tous les changements indivi-
duels, l'esprit objectif qui fait leur essence. Dans tous ces cas,
le fondement ptiysiotogique de la continuité socialeest rem-
place par un fondement psychologique. Sans doute, à parler
à ta rigueur, cette continuité n'existe qu'autant
que les
individus ne changent point. Mais, en fait. tes membres
qui
le
composent groupe a un moment donné y restent toujoursun
temps suffisant pour pouvoir façonner leurssuccesseurs à leur
image, c'est-à-dire selon l'esprit et les tendancesdelu société.
C'est ce renouvellement lent et progressif du groupe qui en
fait t'immortatite. et cette immortalité est un phénomène
sociologique d'une très haute portée. La conservation de
t'unie collective pondant un temps théoriquement muni
donne ù t'être social une valeur qui, cefct'MpHt'~Ms.est inn-
niment supérieure à celle de chaque individu. La vie indivi-
duelle est tout entière organisée pour finir dans un
temps
donné, et, dans une certaine mesure, chaque individu com-
mence tui-meme, a nouveaux frais, sa propre existence. La
société, au contraire, M'est pas enfermée f<priori dans une
durée limitée elle semble instituée pour l'éternité, et c'est
pourquoi elle arrive à totaliser des conquêtes, des forces, des
expériences qui Fétèvent bien au-dessus des existences par-
ticulières et de leurs perpétuels recommencements. C'est là
ce qui fit ta force des corporations urbaines de l'Angleterre,
depuis le moyen âge. Dès cette époque, dit Stubbs, elles
avaient le droit < de perpétuer leur existence en combtant,
au fur et à mesure, les vacances qui se produisaient dans
leur sein Sans doute, tes anciens privilèges ne visaient
que tes bourgeois et leurs héritiers. Mais, en fait, ce principe
fut appliqué comme conférant le droit d'adopter des mem-
bres nouveaux. C'est pourquoi, quel que fut le sort de ses
membres et de leurs descendants proprement dits, la corpo-
ration, en tant que telle, se conservait toujours <H<H~ro.
– COMMtiXT
S)MMKL. !.KSFOMMKS
SOUAÏ.KS
SRMAtttT!Ë!!SHNT
7~
Toutefois ce résultat n'est obtenu que par t'enacenx'nt de
l'individu son rôle personnel est eu effet rejeté au second
ptau par les fonctions qu'il remplit comme représentant et
continuateur du groupe. Car h société court d'autant plus de
risques qu'ai )o dépend davantage de l'éphémère individualité
de ses membres. Inversement, ptus l'individu est un être
impersonnel et anonyme, plus aussi il est apte à prendre tout
uniment ta piacc d'un autre et à assurer ainsi la conservation
ininterrompue de la personnalité collective. C'est ce précieux
privilège qui, dans la guerre des deux Roses, permit aux
Communes d'abaisser la suprématie de !a Chambre haute.
En effet, une bataille qui supprimait ia moitié de ia noblesse
du pays enlevait aussi à la Chambredes iords ia moitié do sa
puissance, parce que celle-ci était tiée au sort d'un certain
nombre de personnalités particulières. Au contraire, les
Communes étaient soustraites à cette caused'aitaibtissement
comme elles jouissaient d'une sorte d'immortalité grâce au
nivellement de tours membres,elles devaient finir par s'em-
parer du pouvoir. Cette même circonstance donne aux
groupes un avantage dans les luttes qu'ils soutiennent avec
les particuliers. On a pu dire de la Compagnie des Indes que,
pour fonder sa domination sur les indigènes, elle n'avait pas
employé d'autres moyens que le Grand Mogot. Seulement
die eut cette supériorité sur les autres conquérants de l'Inde
qu'ette ne pouvait jamais être assassinée.

Il

Ce qui précède explique pourquoi, dans tes cas contraires,


c'e8t-a-dire'.quand la vie sociale se trouve être intimement
liée cette d'un individu, directeur et dominateur du groupe,
des institutions très spéciales sont indispensables pour qu'il
puisse se maintenir. Quels dangers cette forme sociotogiquo
peut faire courir a la conservation des sociétés, l'histoire de
tous les interrègnes est là pour nous l'apprendre. Mais ces
périls sont naturellement d'autant ptus grands que le souve-
rain concentre plus complètement entre ses mains les fonc-
tions par lesquelles se recrée à chaque instant l'unité collec-
tive. C'est pourquoi il peut être assez indiiîérent que l'exercice
du pouvoir soit un instant suspendu ta où la domination
<K) t-'AMNÉK '«?7
"OCMMCtOUE.
du prince n'est que nominale, où it régne, mais ne gouverne
pus; au contraire, un État d'abeilles tombe dans une anar-
chie complète dès qu'on t'a privé de sa reine. Sans doute, ou
ne doit pas se représenter cotte royauté sous la forme d'un
gouvernement humain, puisqu'il n'eu émane pas d'ordres. a
proprement parier. Cependant, c'est ia reine qui est le centre
de l'activité de h) ruche; car, se tenant par ses antennes en
communication perpétue)ie avec les travailleuses, elle est au
courant de tout ce qui se passe dans son royaume, et c'est ce
qui permet à la société de prendre conscience do son unitf.
Mais aussi ce sentiment s'évanouit des que cet organe cen-
tral, grâce auquel il s'élabore, a disparu.
L'inconvénient du cette concentration n'est pas seulement
de subordonner ia conservation du groupe à l'existence con-
tiugente d'un individu; !e caractère personne! que prend
alors le pouvoir peut, par lui-même, devenir un danger. Par
exemple, si ta société merovingienue maintint intactes, à
bien des fgards. tes vieilles institutions romaines, cependant,
sur un point essentiel, elle innova la puissance publique
devint chose personnelle, transmissible et partageable. Or ce
principe, sur lequel se fondait le pouvoir du roi, se tourna
contre lui car les grands, qui contribuaient à lu constitution
de l'empire, réclamèrent eux aussi une part porsonneUe de
domination.
Les sociétés politiques ont essayé de conjurer ces différents
dangers, surtout ceux qui résultent des interrègnes, en pro-
clamant te principe que le roi ne meurt pas. Tandis qu'aux
premiers temps du moyen âge la paix du roi mourait avec
!f roi. grâce a ce principe nouveau, lit tendancedu groupe .'<
persévérer dans son être prit corps. En effet, une idée, très
importante au point de vue sociologique,y est impliquée, c'est
que le roi n'est pas roi en tant qu'individu. Au contraire, sa
personnalité est par elle-même indiuerente. Elle n'a plus df
valeur que comme incarnation de la royauté abstraite,.imp('-
rissable comme le groupe même dont elle est ta tôte. Celui-ci
projette son immortalité sur le prince, qui en revanche ta
renforce par cela même qu'il la symbolise.
Le procédé le plus simple pour exprimer la permanence du
groupe parcelle du pouvoir, c'est la transmission héréditaire
de la dignité suprême. La continuité physiologique de ta
famille souveraine renèchit alors celle de la société. Celle-ci
trouve son expression, aussi adéquate que possible, dans cette
StMMEL. COMMENTLES fOHtttM SOCIALKSSE MAtNTtKKNMNT8t

toi au!
toi qui fait
fait succéder
succÈdet' au père le
au nère le Ois désignédanui)!
n)sd6st<rné depuistnnctxmnc
longtemps
pour le trône et à
toujoursprêt l'occuper. En tant qu'il se
transmet héréditairement,le gouvernement est indépendant
des qualitéspersonnoiiesdu prince or, c'est le signeque la
cohésionsocialeest devenueune réalité objective,pourvue
d'une consistanceet d'une durée propres,et qui n'est plus
subordonnéeà tous les hasardsdes existencesindividuelles.
Cequ'on a justementtrouvéd'absurdeet de nuisibledansle
principe de l'hérédité, à savoirce formalismequi permet
d'appelerau pouvoiraussibien le moinscapableque le plus
méritant, cela mêmea un sens profond car c'est la preuve
que la forme du groupement,que le rapport entre gouver-
nantset gouvernéss'est nxé et objective.Tant que la consti-
tution du groupe est incertaineet vacillante,les fonctions
directricesexigentdesqualitéspersonnellestrès déterminées.
Ainsi,le roi grec des tempshéroïquesnedevaitpas seulement
être brave, sage et éloquent; il fallait encore qu'il fut un
athlète distinguéet même,dansia mesuredu possible,excet-
lent laboureur, charpentier et constructeurde vaisseaux.
D'unemanièregénérale,là oùl'associationest encoreinstaMe,
elle veille,commec'estson intérêt, à ce que le pouvoirne
soit donné qu'après une lutte et une concurrenceentre les
individus.Maislà où ia formede l'organisationsocialeest
déjà solideet définitive,alorsles considérationspersonnelles
deviennentsecondaires.C'est le maintien de cette forme
abstraitequi importe, et le meiHeurgouvernementest celui
qui exprime le mieux la continuitéet l'éternitédu groupe
ainsi constitué.Or c'est le gouvernementhéréditaire,car il
n'enest pas qui réalisepluscomplètementle principed'après
lequel le roi ne meurtpas.

Ht

Unautre moyenpour l'unité socialede s'objectiverest de


s'incorporerdans des objetsimpersonnelsqui la symbolisent.
Le rôlede cessymbolesestsurtoutconsidérablequand,outre
leur sens figuré, ils possèdentencoreune valeurintrinsèque,
qui leur permetde servir,en quelquesorte,de centrede rallie-
mcnt aux intérêts matérieisdes individus.Dans ce cas, il
importetout particulièrementà laconservationdu groupe
a.j. de
E. t)Mti))M)). Annce swiu). 18!17, o
M t'ANKÉE SOCtOt.OG!Qf)S.<??

e.ew~o~a
soustrairece f,t~
bien commuaàa toute cause a,de destruction,à
peu prèscommeon soustraitle pouvoirpersonne!aux acci.
dentsdepersonnesen proclamantl'immortalitéduprince. Le
moyenle pius fréquemmentemployédans ce but c'est la
mainmorte,ce systèmed'après lequel les biens de l'associa-
tion, qui,en tant que tels, doiventêtre éternels,sontdéclarés
inaiiénabies.De mêmeque la natureéphémèrede l'individu
se reflètedansle caractèrepérissabledesa fortune,à la péren-
nitédu groupecorrespondl'inaliénabilitédu patrimoinecol-
lectif.En particulier, le domainedes corporationsecclésias-
tiquesressemblalongtempsà la cavernedu lionon tout peut
entrer, maisd'oùrienne sort.L'éternitédeleursbienssymbo-
lisaitl'éternitédu principequifaisaitleurunité.Ajoutezà cela
que les biens de mainmorteconsistaientessoutietiementen
biensfonciers.Or,contrairementaux meubleset, en particu-
lier, à l'argent,lesbiensen terre jouissentd'une stabilité,d'une
perpétuitéqui en faisaitla matièredésignéede la mainmorte.
En même temps, grâce à leur situation déterminéedans
l'espace,ils servaientcommede pointfixeautourduquelgra-
vitaienttous leurs copropriétaires,tant par dévouementà la
chosecommunequeparsoucideleursintérêtsbien entendus.
C'estainsi que la mainmorten'était pas seulementunesource
d'avantagesmatériels;c'étaitencoreun procédégénial pour
consoliderl'unité collectiveet en assurerla conservation.
Cette objectivité que la mainmorte et le ftdéicommis
donnentaux biens collectifsen les soustrayantà l'arbitraire
desindividus,lesassociationsmodernesessaientde la réaliser
par d'autres moyens,maisqui tendentau mêmebut. Ainsi,
nombred'entreelleslient leurs membresen établissantque,
s'ils se retirentde l'association,ils ne pourrontrecouvrerce
qu'ilsauraientverséà la caissecommune.C'estla prouveque
la sphèredes intérêtssociauxs'est constituéeen dehorsde
celleoùse meuventles individus,quele groupevit d'une vie
propre,qu'il s'appropriedéfinitivementles élémentsqu'il a
unefoisreçus et rompt tousles liens par lesquelsils se rat-
tachaientà des propriétairesindividuels.Désormais,11ne
peutpas plus les rendre à ces derniersqu'un organismene
peut restituerles aliments,qu'il s'est une foisassimilés,aux
êtres qui les lui ont fournis.Ce mo<<)M ~'of~fK<<tne favorise
pas seulementpar ses résultats directs l'auto-conservation
de la société,mais il y aide aussiet surtout en faisantvivre
dans l'esprit de chacun de ses membresl'idée d'une unité
– COHMEffT
StMXEL. LESfOHMES
XOOAUM
SBMAtKTtKttNEttT
83
sociale, supérieure aux particuliers et indépendantedes
capricesindividuels.
Cettemémotechniquesociologique seretrouve,maisencore
reuforcée,dans uneautre règleadoptéepar certainesassocia-
tions eu cas da dissolution,elless'interdisentde partagerla
fortunecommuneentre leurs membres,mais la lèguent à
quelque société qui poursuit un but analogue. De cette
manière, ce n'est plus seulementl'existence physique du
groupequi se maintient,c'estsonidée,qui se réincarnedans
le groupehéritier et dont la continuitéest garantie et, pour
ainsi dire, manifestéepar cette transmissiondes biens.C'est
particulièrementsensibledansunassezgrand nombred'asso-
ciationsde travaiHeursqui se formèrenteu Francolors de la
révolutionde 1848.Dansleurs statuts, le principe on vertu
duquel le partage est défendureçut uneextensionnouvelle.
Lesassociationsd'un mêmemétierformaiententreelles un
syndicat auquel chacuneléguait éventuellementce fonds
qu'elles ne pouvaientpas partager. Ainsise constituaitun
nouveaufondssocialof)lescontributionsdes sociétésparticu-
lièresvenaient se fondreen une unité objectived'un genre
nouveau,commelescontributionsdes individusétaientvenues
se perdre dans le fondsparticulierde chaqueassociation.Par
là, l'idée qui était i'âmede ces groupesélémentairesse trou-
vait commesublimée.Le syndicatdonnait un corps et une
substanceà ces intérêtssociauxqui, jusque'ta, n'avaienteu
de réalitéque dans cesassociationsplus restreintes; le prin-
cipe sur lequelelles reposaientétait éiovéàune hauteur où,
si des forces perturbatricesne s'étaient rencontrées,il se
serait maintenu invariable,au-dessusde toutes les fluctua-
tionsqui pouvaientsurvenirdansles personnescommedans
leschoses.

!V

Nousavonsconsidérélescasoù les formessociales,pourse


maintenir, se solidarisentsoit avecune personne, soit avec
une chose.Voyonsmaintenantcequi arrivequand elless'ap-
puientsur un organeformé par une pluralité de personnes.
Dansce cas, l'unité du groupes'objectiveelle-mêmedansun
groupe c'est ainsi que la communautéreligieuses'incarne
84 L'ASKËE
SOCMi.OOtQUË.
)ttt)?
dans le ctergé la société politique, dans l'administration ou
dans l'année selon qu'it s'agit de sa vie intérieure ou de ses
relations avec le dehors' )'armée, à son tour, dans le corps
des officiers, toute association durable dans son comité, toute
réunion passagère dans son bureau, tout parti politique dans
sa représentation parlementaire.
La constitution de ces organes est le résultat d'une division
du travail sociologique. Les rotations inter-individuettes. qui
sont la trame de la vie socialeet dont ta forme spéciale déter-
mine le caractère du groupe, s'exercent primitivement sans
intermédiaire, de particulier a particulier. L'unité d'action
se dégage alors de débats directs entre tes agents et d'une
mutuelle adaptation désintérêts; t'unité religieuse, du besoin
qui pousse chacun à communierduns une croyance; l'organi-
sation militaire, de l'intérêt qu'a tout homme valide soit à se
défendre, soit à attaquer; ta justice publique, des sentences
immédiates de la fouleassemblée; ln subordination politique.
de ta supériorité personnelle d'uu Individu sur ses associes:
l'harmonie économique, des échanges directs entre produc-
teurs'. Mais bientôt, ces fonctions, au lieu d'être exercées par
tes intéresséseux-memes, deviennent l'office propredégroupes
spéciaux et détermines. Chaque individu, au lieu d'agir direc-
tement sur tes autres, entre en relations immédiates avec ces
organes nouvellement formes. En d'autres termes, tandis que,
là ou ces organes ne se sont pas formés, tes éléments indivi-
duels ont seuls une existence substantielle et ne peuvent se
combiner que suivant des rapports purement fonctionnels,
leur combinaison, en s'organisant ainsi, acquiert une exis-
tence .<«)'~H~'M elle est désormais indépendante, non pas
seulement des membres du groupe auxquels cette organisa-
tion s'applique, mais encore des personnalités particulières
qui ont pour tache de la représenter et d'en assurer le fonc-
tionnement. Ainsi, la classe des commerçants, une fois consti-
tuée, est une réalité autonome qui, en dépit de la mobilité des
individus, remplit d'une manière uniforme son rôle d'inter-
médiaire entre tes producteurs. Le corps des fonctionnaires
apparaît plus clairement encore comme une sorte de moule

~)tJ'' tt~-eux)'«.<xtThmer <)uecet ~tat.)<:p)u~situ)))*'tt))ji')Me<ttfnt,<tit


t'tf rM)<t)Mnt tt-
pat-tout pointttf départhhtm'ittUM'<<!toattiMVet~exMot
ti'K-iutuHt'rieur.Mais, pour uetenninerm ')ui ''t-tdt jt la eoMtitntio))
tt'«rf{)mt-s mctau):<tifr<Sr<n''iM.
i) fautMj.pMO)' cett'tat anMriear. nefùt-it
tju'ttnt-f ft-tit-n.
Ht.dansbien tles cai!.c'e~tuno t~atitc.
– COXMKtn'
StMMËL. US FORMES
SOOALM
SEMAMTtBNKHK')'
8S
objectifoù losindividusne font quepasseret qui réduit assez
souventa rien leur personnalité.Demême,i'Ètat se chargede
faire collectivementles sacrificespécuniairesque les difïé-
rentes parties de lu sociétéexigent les unesdes autres et,
inversement,par l'intermédiaired'agentsspéciaux,il astreint
les uneset les autres auxmêmesobligationsfiscales.Demême
encore,l'église est un organismeimpersonneldont les fonc-
tionssont exercéespar les prêtres, sans être crééespar eux.
En un mot, l'idéequ'ona cruefaussedesotresvivants,à savoir
que iesinter-actionsdemoléculesmatérielles,dontl'ensemble
constituela vie, ont pour supportun principevital distinct,
cetteidéeest expressémentvraiedes êtres sociaux.Ce qui, ù
l'origine,consistaitsimplementenéchangesinter-individueis,
se façonneù la longuedes organesspéciauxqui, en un sens,
existentpar eux-mêmes.Usreprésententies idéeset les forces
qui maintiennentle groupedanstelleou telleformedétermi-
née et, par une sorte de condensation,ils font passer cette
formede l'état purementfonctionnelà celuide réalitésubs-
tantielle.
C'estun desfaitsles pluscaractéristiquesde l'humanité et
des plus profondémentinvétérésdansnotrenature que cette
faculté qu'ont les individuscomme les groupes de tirer
des forces nouvellesde closes qui tiennent d'eux-mêmes
toute leur énergie. Les forces vitales du sujet prennent
souventce détour pour mieuxservir à sa conservationet à
son développementellesse construisentun objet fictif d'où
elles reviennent, en quelque sorte, sur io sujet d'où elles
émanent.C'est ainsi que, danscertainesguerres,on voit un
des belligérantscontracterune alliance,maisen prêtant au
préalableà son allié les forcesavec lesquellesil en sera
secouru. Qu'on se rappelle ces dieuxque les hommes ont
créés en sublimantles qualités qu'ils trouvaienten eux-
mêmes,et dont ils attendentensuiteet unemoraleet la force
de la pratiquer Qu'onse rappellecespaysagesdans lesquels
nous projetons nos états d'âme de toute sorte, pour en
recevoir un peu après des consolationset des encoura-
gements Combiende fois encoredes amis, des femmesne
nous paraissent-ilspas singulièrementrichesde sentiments
et d'idées,jusqu'au momentoù nous nous apercevonsque
toutecetterichessemoralevientde nous et n'est qu'un reflet
dola nôtre 1Si nousnous duponsde la sorte, ce n'est sure*
mentpas sans raison.Beaucoupdes forcesde notre être ont
t-'ASNËE SOMtOMOQUB. )?'')
hoa"
besoin de se projeter, de J- se
métamorphoser, de s'objectiver
ainsi pour produire leur Mt~t'Mxw
d'ellet; il faut que nous
les placions à une certaine distance de nous
pour qu'elles
agissent sur nous avec leur plus grande force, et l'illusion o&
nous sommes sur leur origine a
justement pour utilité de no
pas troubler leur action. Or les organes différenciés
que crée
la société sont souvent des produits de ce
genre. Les énergies
collectives s'y trouvent concentrées sous une forme
spéciale
qui, en vertu de ses caractères propres, résiste au
groupe
dans son ensemble si l'intérêt social
l'exige, des forces wt
generis semblent s'en dégager, qui ne sont pourtant qu'une
transformation de ces forces élémentaires sur
lesquelles elles
réagissent.
Quelle est l'importance de ces organes pour la conservation
des groupes ? C'est ce qu'un
exemple va montrer. La déca-
dence des anciennes corporations de
l'Allemagne vint en par-
tie de ce qu'elles ne surent pas se constituer
d'organes. Eties
resteront identiques ù la somme de leurs
membres elles ne
à
parvinrent pas élever au-dessus des individus une organi-
sation objective en qui s'incarnât l'unie sociale. Elles avaient
bien des représentants, munis do
pouvoirs spéciaux, mois
qui avaient un caractère trop étroitement individuel c'étaient
simplement des personnes sures à qui l'on confiait )es fone.
tions les plus indispensables ù l'existence commune. Sans
doute, il arriva cà et lir que ces délégations se transformèrent
plus tard eu organes permanents de la vie publique mais,
a l'origine, cette transformation n'eut
pas lieu. L'unité du
groupe resta sous la dépendance immédiate des inter-actions
individueiies elle ne se condensa ni en un t:tat dont l'idée
aurait plané au-dessus des générations
appelées successive.
ment à le représenter, ni en organes
particuliers qui. chargés
de fonctions déterminées, en auraient, du
moins, débarrassé
l'ensemble des travailleurs. Or, les
dangers qui résultent de
cette situation peuvent être classés sous trois chefs
t" Là of)il y a des organes
différenciés, le corps social est
plus mobile. Tant que, pour chaque mesure
politique.
juridique, administrative, il doit tout entier se mettre
en branle, son actiou pèche par la
lourdeur, et cela dou-
blement. 1)'abord, en un sens tout matériel. En
enet. pour
que le groupe entier puisse agir collectivement, il faut, avant
tout, qu'il soit assemblé et la difnculté, parfois même l'im-
posstbiiité d'un rassembiement total empêche mille décisions
SMHEt.– COMMENT MCtAtES
tE! FORMES SEMAtt<TH!t<!<Et(T
8t

ou en diffère d'autres jusqu'au moment ou il est trop tard.


Mais supposons levée cette difficultéextérieure de la concen-
tration physique, alors se dresse celle de la concentration
monde. Comment arriver, dans une masse si considérable, à
l'unanimité? Quand uuo foule se meut, ses mouvements sont
alourdis par toute sorte d'hésitations, de considérations qui
tiennent soit à la divergence dos intérêts particuliers, soit à
l'indifférence des individus. Au contraire, un organe social
peut s'affranchir de tous ces <mp<'<MM«'K<«. parce qu'il est fait
pour un but défini et qu'il est composé d'un nombre de per-
sonnes relativement restreint, et ainsi il contribue à la con-
servation du groupe en rendant l'action sociale plus précise
et plus rapide.
C'est à ces difticultés que doit être attribuée l'inaptitude de
la foule à agir dans les cas on, pourtant, l'action n'exige ni
connaissances ni qualités spéciales. Par exemple, un règle-
ment d'administration, rendu vers la fin du xv. siècle pour
le cercle de Durkheim, parle d'affaires a trop nombreuses et
trop compliquées pour pouvoir être traitées par la commune
tout entière; huit personnes capables avaient alors été choi-
sies dans le sein de la commune et chargées d'agir en ses lieu
et place Ainsi, dans un grand nombre de circonstances,
l'intérêt qu'il y a à faire représenter une multitude par une
minorité vient tout entier de ce qu'un groupe plus restreint,
simplement parce qu'il est plus restreint et indépendamment
de toute supériorité qualitative, a plus de liberté dans ses
mouvements, plus de facilité pour se réunir, plus de préci-
sion dans ses actes.
La même cause peut ralentir les relations économiques
quoique, dans ce cas, le groupe n'ait pas besoin de se réunir
en corps pour agir. Tant que l'achat et la vente ont lieu direc-
tement entre producteurs et consommateurs, les échanges
sont considérablement gênés par cette nécessité où sont les
individus de se rencontrer en un même lieu. Mais une fois
que le commerçant commence à jouer son rote d'intermé-
diaire. une fois surtout que la classe des commerçants, systé-
matisant l'échange, met les intérêts économiques en contact
d'une manière continue, la cohésionsociale devient beaucoup
plus forte. L'organe nouveau, qui s'intercale ainsi entre les
éléments primaires du groupe, est. comme ia mer eutre deux
pays, principe d'union, non de séparation: car, par ta manière
dont elle agit, la classe des commerçants met chacun plus
88 L'ANNÉB <C9?
SOCtOMOQUE.
étroitement en rapports avec tous. De plus, en durant, cette
activité donne naissance à un système de fonctions
régulières
qui se balancent burmonlquement, sorte de forme abstraite
qui enveloppe les faits particuliers de consommation et
de production, mais les dépasse, comme t'Ëtat
dépasse les
et
citoyens l'Église les croyants. L'a cadre est ainsi constitué
danstequet les relations économiques se développent et qui
est susceptible d'une extension
presque indéfinie et la
manière dout ces relations se multiplient,
jointe a la persis-
tance de cette organisation à mesure
que le mouvement
économique s'accélère, prouve assez combien ces organes
spéciaux importent a la durée de l'unité collective et combien
sont insuffisantes, dans ce but, des inter-actions
purement
individuelles.
En second Heu. dans tous les cas ou la totalité du
groupe
doit se mettre en mouvement pour
chaque (tu sociale parti.
cutière. sans qu'aucune de ses parties soit encore différenciée, i
des tiraillements intérieurs ne peuvent manquer de se
pro-
duire, car, comme tous les éléments ont a pnoW la même
valeur et la même influence, tout moyen de décider entre eux
fait défaut. Cet état se trouve réalisé d'une manière tout à fait
typique dans ces sociétés où la majorité elle-même n'a pas
le pouvoir d'imposer ses volontés, où chaque
opposant a le
droit ou d'empêcher par son n'fo toute résolution commune
d'une façon générate ou de ne pas s'y soumettre personnelle-
ment. A ce péril qui menace jusqu'à l'unité intérieure du
groupe, la création d'orgaues spéciaux remédie, pour le
moins, de deux manières. D'abord, un corps de fonction- )
naires, une commission aura plus de connaissances spéciales <
que ta foule et, par ce moyen déjà, les frottements et tes con-
flits qui résultent simplement de l'incompétence seront
atténués. L'action est toujours plus une quand une connais-
sanee objective de la situation ne laisse pas de place aux
hésitations de l'agent. Mais un autre avantage, lié pourtant
au premier, est moins aisé à découvrir. Si une insufflsante
objectivité empêchesouvent la multitude d'agir avec ensemble
(car les erreurs subjectives sont en nombre infini, tandis
que la vérité, étant une, ne peut être l'objet d'opinions diver-
gentes), lacause n'en estpas toujoursla pureet simpte incom-
pétence. Un autre facteur, fort important, peut intervenir. La
division des partis, qui se fait d'abord sur un petit nombre de
questionsessentielles, s'étend ensuite à d'autres qui sont sans
– COMMENT
StMMEL. SOCtAtKS
MS FORNKi! 89
SEMAtNTtKSKEST

liens avec les précédentes, et l'accord des esprits devient


impossible eu principe. Ainsi, les partis politiques forment à
propos des questions religieuses, esthétiques, etc., des camps
opposés, quaud même leur opposition sur ce terrain serai
sans rapport avec l'objet de leur opposition première. Les
luttes des partis ont donc pour conséquence un monstrueux
gaspillage de forces qui cesse dès que, au lieu d'abandonner
toutes les questions aux discussions confuses de la foule, on
les fait résoudre, toutes les fois qu'elles s'y prêtent, par des
organes particuliers.
3" Hnfin, un troisième avantage de cette organisation con-
siste dans la meilleure direction qu'elle donne aux forces
collectives.
En eiïet, les foules, dans leurs manières d'agir, ne peuvent
jamais s'élever au-dessus d'un niveau intellectuel assez bas,
car le point où se rencontrent un grand nombre d'esprits ne
saurait être situé très au-dessus de celui où s'arrêtent les
plus médiocres. Qui peut le plus peut te moins, dit-on mais
la réciproque n'est pas vraie, et c'est pourquoi ce sont tes
éléments tes plus intérieurs, et non les plus élevés, qui
donnent le ton à l'ensemble. Cette règle, il est vrai, ne s'ap-
plique pas à ce qui concerne l'intensité de la vie afïec-
tive car, dans une foute assemblée, il se produit comme
une nervosité collective, une surexcitation mutuelle des indi-
vidus qui peut momentanément élever la passion commune
au-dessus de l'intensité moyenne des passions individuelles.
Mais les sentiments ainsi renforcés sont-ils ou non adaptés à
telle fin, sont-ils sages ou fous? C'est une tout autre question.
Le caractère plus ou moins intelligent des décisions prises
ainsi ne peut pas dépasser une moyenne où les mieux doués
viennent rejoindre les moins capables. La réunion des indi-
vidus peut bien accroltre les puissances du sentiment et du
vouloir, non celles de l'entendement. Sans doute, quand la
société, pour se maintenir, n'a besoin que des actions et
réactions directement échangées entre individus, il sunit que
chaque intelligence particulière donne tout ce qu'elle peut
donner. Mais il en va tout autrement quand te groupe doit
agir comme unité. Là, c'était d'un mouvement moléculaire,
ici, c'est d'un mouvement en masse qu'il s'agit dans te
ni désirable que les indi-
premier cas, il n'était ni possible
vidus se fissent représenter dans le second, cette représen-
tation devient possible et nécessaire. Quandun groupe étendu
<? t'AMNÊE BOCtOMOtOft:. )S9?
_uL_I--+u 1
veut conduire iui-meme et directement ses affaires, il est
indispensable que chacun de ses membres comprenne et
approuve, dans une certaine mesure, tes règles d'action qu'U
suit elles sont donc condamnées à une sorte de trivialité.
C'est seulement lorsque tes questions sont laissées à une
organisation composée d'un nombre restreint do personnes,
que ie talent peut se donner carrière. A mettre les choses au
mieux, comme tes aptitudes spéciales et tes compétences ne
sont jamais communes qu'à uue minorité,
quand elles se
produisent au sein d'une assemblée un peu vaste, it leur faut
conquérir do haute lutte une influence qui leur est accordée
sans conteste dans un organe difîërencié
Ces inconvénients réunis n'ont pas seulement pour résultat
de livrer une société, dépourvue d'organes dinérenciés, aux
causes de dissolution que toute structure sociale porte en
ette-mcme; ils la mettent aussi en état d'infériorité toutes les
fois qu'elle entre en lutte contre de puissantes individualités.
C'est co qui perdit ces vieilles corporations allemandes dont
nous parlions tout a l'heure elles furent incapables de tenir
tête à ces pouvoirs personnels qui, pendant ou
après le
moyen a):e, se constituèrent soit au centre du pays soit sur
des points secondaires. Elles périrent parce qu'il
leurmanqua
ce que seules des forces individuelles, constituées à l'état
d'organes sociaux, peuvent assurer à une société, je veux dire
la rapidité des décisions, la concentration absolue de toutes
tes puissances de l'esprit, et cette intelligence
supérieure
dont tes individus sont seuls capables, que ce soit l'ambition
qui tes pousse ou le sentiment de leur responsabilité.
Toutefois,it importe également à la conservation du groupe
que ces organes ne se spécialisent pas au point de parvenir à
une absolue autonomie. Il faut qu'on sente toujours avec
force, au moins d'une manière sourde, ce qu'ils sont vérita-
blement; à savoir, qu'ils ne représentent en définitive que dos
abstractions réalisées, que tes inter-actions individuelles en

(tt Sansdnutc.)'-st'hu~ n'' pa'!<n( ))M<)o))j'))tt< <tin<i.nttns an


<'W))<! f)<-f"t)'-)h'nnait-<.
)a ja)"nsi.;<'<)).-«' .<.n\)'~)Httutt'Htt')M<)Ut'n<'<'
(luidft'ruitlui f~t-ttit-.tuM'ti~ fj)t'ut)Mfou)' r"W)n<:tmt t tout jt)f:ftu<'nt
pM')t)H').suh't-it)t)i«''))<t')tt
Mntot-nt'tt)'<)''f{.'ni<nf~t in<!vit)tbt<;qu'un''
s'-it'xH'at)!.tt'.)it'<-«)))<)))'
lit !.ut'i<t)t)~i.
x'; )tMi" )t<t!iépuiser lu eut))-
ptuxiM d)' f<tit.<
h~tontjtx'i!.Qm'Uu ))u<'-ixitlitf'~titM<)<'<
)ux (ju'xtjet'ttt-
)')it. f<<<!n!nt'n)''nt.<t-f)n<-n:ts <)<'<
tuojoxM !nex d'ttutn's
i)t))))i<)m'nt))t
(-M~<< <)<)))t
t'int)uc(t'-cpt'ut, dans t'ftret lutal, ')i~it)tu)ft'ractiond)' la
))r<')))i'r<
StMHEt.. – LES FOHMESMCtAt-HS8<! MAtKTtKNSKUT 9<
COMMCNT

sont tout le contenu concret, qu'Ils sont simplement lu (orme


sous laquelle se sont pratiquement organisées ces forces éte-
meutaires, au cours de leur dévetoppement.Tout ce qu'ils
expriment, c'est la manière dont les unités primaires du
groupe mettent en ouvre leurs énergies latentes, quand elles
atteignent leur plus grande puissance d'action. Si donc, en
se différenciant, ils se détachent de l'ensemble, leur action,
de conservatrice, devient destructive.
Deux raisons principales peuvent déterminer cette trans-
formation. D'abord, si l'organe développe avec excès sa vie
personnelle, s'il s'attache moins si l'intérêt social qu'au sieu
propre, ses ettorts pour se conserver entreront natureiiement
en conflit avec ceux de la société. La bureaucratie nous offre
do cet antagonisme un exemple, relativement inutfensif, mais
significatif. Les bureaux, ces organes nécessaires de toute
administration un peu étendue, forment par eux-mêmes un
système qui entre souvent en collision avec les besoins
variables de la vie sociale, et cela pour plusieurs raisons.
D'abord, la compétence des bureaux ne peut s'étendre à la
complexité de tous les cas individuets, même de ceux qui sont
de leur ressort. Ensuite, entre le temps employé il mettre en
branle la machine bureaucratique et le caractère urgent des
mesures a prendre, il y a souvent une criante disproportion.
Si donc un organe, qui fonctionne si lourdemeut, en vient,
de plus, à oublier son rote d'organe et se pose comme une fin
en soi, alors il n'y a plus seulement différence, mais opposi-
tion directe entre ses intérêts et ceux de ta société. La partie
ne peut plus se maintenir qu'aux dépens du tout, et récipro.
quement. Onpourrait comparer sur ce point la forme bureau-
cratique aux formes logiques de l'entendement. Ceites-ci sont
à la connaissance du réet ce que cette-ta est si l'administra-
tion de t'Htat; c'est un instrument destiné a organiser les
données de l'expérience, mais qui, précisément, n'en peut ctre
séparé sans perdre tout sens et toute raison d'être. Quand la
logique, perdant le contact avec la matière des faits dont
elle n'est que l'expression schématique, prétend tirer d'elle-
meme une science qui se suffise,le monde qu'elle construit et
le monde réct se contredisent nécessairement.Par elle-mème,
elle est seulement un moyen pour arriver à la connaissance
des choses; si donc, oubliant son rote de moyen, elle veut
s'ériger enun système completde la connaissance, ettc devient
UHobstacle aux progrès de la science, comme la bureau.
92 L'AKSÉË tftf
SOCtOMOtOUK.
cratie, quand elle perd de vue sa véritable fonction, devient
une gêne pour la société dontetie est l'organe.
Le droit lui-même n'échappe pas toujours à cette excessive
cristallisation. Primitivement, il n'est rien de plus que la
forme des inter.actions individuelles; il exprime ce qu'elles
sont tenues d'être pour que le lien social puisse se maintenir.
A lui seul, il ne suffit nullement à assurer ia vie et, encore
moins, le progrès de la société; mais il est le minimum indis-
pensable il la conservation du groupe. Il résulte d'une orga-
Nisationa deux degrés. D'abord, des actes que les individus
réctamcut les uns des autres et qu'ils accotnpiissent réelle-
ment, au moins ia plupart du temps, se dégage ie précepte
juridique, forme abstraite de la conduite, qui en devient, dans
t'aveotr, la norme régulatrice. Muis ce premier organe, tout
idéal en quelque sorte, a besoin, pour pouvoir résister aux
forces qui t'assaiiient, de se comploter par un autre,
plus con-
cret et plus matériel. Des raisons purement techniques
mettent Ou à cet état d'homogénéité primitive où c'était soit
le p«<«w<7«M soit ia
foula assemblée qui disaient le droit;
dès lors, il devient nécessaire qu'une classe se constitue
pour
imposer ces normes aux relations individuelles. Matssi utile,
si indispensable même que soit cette double organisation, elle
expose les sociétés à un grave danger la fixité d'un tel sys-
tème peut se trouver en opposition avec la complexité crois-
sante des rapports individuels et avec les besoins plus mo-
biles de la société. Tant par sa cohésion interne que par le
prestige de ceux qui l'appliquent, le Droit acquiert plus que la
juste indépendance qui est conforme à sa fin par un véritable
cercle vicieux, il s'arroge ù tui-méme je ne sais quel droit à
rester tel que), envers et contre tout. Or il peut se faire qu'au
même moment la société, pour se maintenir, ait besoin que le
droit varie; c'est alors que naissent ces situations fausses dont
les formules connues ~'<«f/««<«, pereat M«K(/<M, ou ~«MMMm
~tM, iWMMM sont l'expression. C'est pour assurer au
t'M/'tn-M
droit la plasticité indispensable a son rôle d'organe,
qu'on laisse
au juge une sorte de marge dans l'interprétation et l'applica-
tion des lois; et c'est à la limite de cette marge que se trouvent
les cas où il faut résolument choisir entre le salut du droit et
celui de i'Htat. Nous n'en rappelons ici l'existence que pour
montrer, par un nouvel exemple, comment un organe social,
en s'immobilisant dans son autonomie, en se considérant lui-
même comme un tout, peut devenir un danger pour le tout.
StMMH.. COMM)!t<T
LES FORMESMCtALE!!SE MAMTHiKHHKT93

Qu'il s'agisse de la bureaucratie ou duformalismejuridique,


cette transformation d'un moyen en fin est d'autant plus dan-
gereuse que le moyen est, d'après les appareuces, plus utile à
la société. La situation sociale des militaires nous eu offre un
exemple. Instituée pour des fonctiousspéciaies, t'armée, pour
des raisons techniques, doit former un organisme aussi indé-
pendant que possible. Pour obtenir de ses membres les qua-
lités qu'elle réclame et, principalement, une étroite solida-
rité, il faut qu'elle tes sépareradicaiemeut de toutes tes autres
classes c'est à quoi servent et l'uniforme et l'honueurspécial
au corps des officiers. Or, quoique cette indépendance soit
exigée par l'intérêt gênerai, elle peut devenir tellement abso-
lue et exclusive que l'armée finit par constituer un État dans
l'État, détaché du reste de la nation, sans contact, par consé-
quent, avec la source dernière de sa force. C'est ce péril que
l'on cherche à conjurer aujourd'hui par l'institution d'armées
nationales; le service temporaire de tous les citoyens est cer-
tainement un bon moyen pour obliger l'armée à se renfermer
dans son rôle d'organe.
Mais pour éviter les antagonismes possibles entre le groupe
et ses organes, il ne suffit pas do ne laisser à ces derniers
qu'une indépendance limitée; il faut encore qu'en cas de
nécessité ils puissent rétrocéder ù l'ensemble la fonction
qu'ils en ont, en quelque sorte, détachée.
L'évolution des sociétés a ceci de particulier que leur con-
servation exige parfois la régression momentanée d'organes
déjà différenciés. Cette régression, toutefois, diffère de celle
que subissent les organes des êtres vivants ù la suite de chan-
gements dans leurs conditions d'existence, comme l'atrophie
des yeux chez les animaux qui restent longtemps dans des
lieux obscurs. En effet, dans des cas de ce genre, c'est l'inu-
tilité de la fonction qui entraîne la disparition progressive de
l'organe; au contraire, dans le cas des sociétés, c'est parce
que la fonction est nécessaire et l'organe insuffisant qu'il faut
revenir aux actions et réactions immédiatement échangées
entre les individus. Parfois même, ta société est, dès l'origine,
constituée de manière à ce que la même fonction soit alterna-
tivement exercée par les éléments primaires et par l'organe
différencie. Telles sont les sociétés d'actionnaires dans les-
quelles la partie technique des affaires est remiseà des direc-
teurs, que l'assemblée générale a pourtant le droit de déposer
et auxquels elle peut prescrire certaines mesures dont ils
M L'AK?)~ )m?
SMMt.OM~UE.
n'auraientmêmepas eu l'idéeou qu'Ils n'étaientpasautori-
sés à prendre spontanément. D'autres associations, plus
petites, tout enconfiantù nu président ouà un comitéle soin
de leurs atlaires, prennent leurs dispositionspour que, au
besoin,dogré ou de force,ces fonctionnairesse démettentde
leurs fonctionsdés qu'ils ne sontplus en état des'enacquitter.
Toutesles révolutionspar lesquelles un groupepolitique,
renversantson gouvernement,replace la législationet l'ad-
ministrationsous la dépendance immédiatedes initiatives
individuelles,sont des phénomènessociologiquesdu même
genre.
H est évident, d'ailleurs, que de pareilles régressionsne
peuvent se produire indifféremmentdans toute espèce de
sociétés.Quandles sociétéssont très grandesou très com-
plexes,ce retourdu gouvernementà la masseest absolument
Impossible.L'existenced'organesditïérenciésest un fait sur
lequel il n'y a plus moyende revenir; tout ce qu'onpeut
souhaiter,c'est qu'ils restentassezplastiquespour permettre
la substitutiond'autres personnesà celtesqui sont eu fonc-
tion, si cesdernièresse montrent incapables.Toutefois,ii y a
dessociétésqui sont déjàparvenues à un assexhaut dévelop-
pementet où, néanmoins,on observede cesfaits d'évolution
régressive,maisseulementa titre transitoireet tandisqu'une
organisation nouvelle est en train de s'élaborer. Ainsi.
l'égliseépiscopaie,dans l'Amérique du Nord, souffritjus-
qu'à la fin du siècle dernier de l'absence d'évoqué.L'ÈgUse
mère d'Angleterrequi, seule, pouvait en consacrer,se refu-
sait à le faire pour des motifs politiques. Alors l'urgence
extrême,le dangerd'une dispersionirrémédiabiedécidèrent
les lidèlesà se tirer d'anaireeux-mêmes.En i78t, ils nom-
mèrentdes dé!égués,prêtreset laïques,dont la réunioncons-
titua uue Églisesuprême,organe central et directeur de
touteslesL-'glises particulières.Unhistoriende l'époquedécrit
la chose ainsi Ce fut un spectacle vraiment étrange,et
sans analoguedans l'histoiredu christianisme,que cetteas-
sembléed'individusconstituantd'eux-mêmesuneunitéspiri-
tuellesousla pressionde la nécessite.Danstouslesautrescas,
c'est l'unitéde l'épiscopatqui faisaitcelle des fidèles;chacun
ressortissaitmanifestementà la communautédont i'éveque
étaitla tête. Ainsil'union des croyants, qui jusque-làavait
trouvé dans l'organisationépiscopale une sorte de substrat
indépendant,retournaà son essenceprimitive. Leséléments
StMMEL. OMOMST
LE"FOHMHX SE MA)!<T)E!<)<RST
MCtAt-KS 93
ressaisirent cette force
ressaisirentcette qu'ik avaient
torce qu'ilsavaient tiréed'eux-mêmes
ttr6ed'eux-m6meB et
et qui
qui
paraissaitmaintenantleur revenirdu dehors.
Lecasest d'autant plusintéressantquela qualiténécessaire
pour maintenirl'unité dos fidèles, révoquela reçoit par la
consécration,c'est-à-dire d'uue source qui paraît située en
dehorset au-dessusde toutes les fonctionssociales.Maisle
fait qu'elle a pu être remplacéepar un procédépurement
sociologiquemontre bien d'où elle venaiten réalité.Cefut
simplementune preuve de la merveilleusesauté politique
et religieusede ces populationsque la facititéavec laquelle
elles remplacèrentuneorganisationaussiancienne,en se res-
saisissantdes forcessocialesqui avaientservia la faireet en
les mettanten n~n'resansintermédiaire.Beaucoupdesociétés
ont, au contraire, péri parce que les relations entre leurs
forc-osélémentaires etlesorganesqui enétaientsortisn'avaient
pas gardéassezde plasticitépourque lesfonctionsde cesder-
niers pussent,en cas de disparitionou de décadence,faire
retourà la masse.

Les organes dinérenciés sont comme des substrats qui


aidentà la consolidationdesgroupes;ta société,en les acqué-
n.nt, s'enrichitde membresnouveaux.Mais,si l'ou se place
au pointde vue de la fonctionet non plus au point de vue
de l'organe,commentl'instinctde conservationdes groupes
détermine-t-illeur activité? C'est une tout autre question.
Quecette activité s'exercepar la masseindistinctedes indi-
vidusou par des organesspéciaux,c'est,à cet égard, un point
secondaire.Ce qui importeici, c'est la tonne généraleet le
rythmeselon lesquelsont lieu les processusvitauxde la so'
cieté. Deuxcas principaux se présentent.Le groupe peut se
maintenirsoit en conservantle plusfermementpossiblesest
formes, une fois fixées,de tellesortequ'il opposeune résis-
tance quasi matérielleaux dangersqui lemenacentet garde,
au milieudescirconstancesles plus variées,la mêmeconsti-
tutioninterne.Maisil peutarriverau mêmerésuttatcnvariant)1
ses formes,de tellesortequ'ellesrépondentaux changements
descirconstancesexternespar leurschangementsintérieurset
puissent,grâce à cette mobilité,se plier il tous les besoins.
96 L'AKKËB SOCtOt.Of.tQUK. tM'7

de nnnn6rido
Cette dualité rln
(~AttA rlunlifd
procédés 'n..nnll aon., e~ln~
correspond sans doute à quelque
trait générai de la nature, car on en retrouve l'aualogue
jusque dans )e monde physique. Un corps résiste &ta disper-
sion dont le meaaceut tes chocs, soit par sa dureté et une
cohésion tettement massive de ses cléments que l'assaut des
forces extérieures ue change rien a leurs rapports, soit par sa
plasticité et son élasticité, qui cède, sans doute. &la moindre
pression, mais, en revanche, permet au corps de reprendre
aussitôt après sa forme première. Étudions donc t'un et
l'autre de ces procédés d'auto.euuservation sociale.
Le procédé purement conservateur parait surtout convenir
aux sociétés faites d'éléments disparates et travaiiiées par des
hostilités latentes ou déclarées. t)ans ce cas, toute secousse,
d'où qu'elle vienne, est un danger; même tes mesures tes plus
utiles, s'il en doit résulter un ébramement quelconque,
doivent être évitées. C'est ainsi qu'un t~tat très compliqué et
dont l'équilibre est perpétuetiemeut instable, comme l'Au-
triche, doit être, en principe, fortement conservateur, tout
changement pouvant y entratuer des troubles irréparables.
C'est même, d'une manière générale, l'effet que produit i'hé-
térogunéité desétonents dans tes grandes sociétés, tant que
cette hétérogénéité ne sert pas, au contraire, a renforcer.
grâce à une harmonieuse division du travail, l'unité inté-
rieure. Le danger vient de ce que, dans les couchesdii!éreotes,
et parfois même de tendances opposées, dont est fait un
pareil État, le moindre ébrantement doit nécessairement avoir
tes contre coupsles plus variés, t'ius la cohésion intérieure du
groupe est faible, plus aussi toute nouvelle excitation de la
consciencesociale, tout appel a uxréformes publiques, risquent
d'augmenter encore tes oppositions; car il ya a milleroutes
par où tes hommes peuvent diverger tes uns des autres et,
très souvent, une seule qui leur permette de se rencontrer.
C'est pourquoi, ators mêmequ'un changement, par tui-méme,
pourrait être utile, it aurait toujours i'mconvéaient de mettre
en relief l'hétérogénéité des éléments, comme la simple pro-
longation de lignes divergentes rend plus sensible leur diver-
gence'.1.
t)) Quet')''))ran)en)t't)t))rm)H)t pur h"!t!t)''tn'.<~'r\'esouvent&f'itMfcr
ta <-t)ht'.<ion~<M-im)<!
t't. par fonsutjm.'nt. ?)ttatnt''nir)tMfot'tne!'')'' )'Ht!tt.
)')'t-t'))ti')nn't'st <)u'Nj)pa<t'ntf tvatit' <'u))()rt)n'
<4,'-t) lu ti't;)t;.Carta
ftM)'))'fait jtt\i''t'<ftt'ntttj))«')
aux <i<K'r!;it'quisottt'-«tutnanc!! aux <!)'
)t«.'nts,tn~xte )<'s du
p)t<o)())'t.«~ t{')" )" M'tt't c)t'' nift si bienen
tamitw h'urcatm'tcn'vitulfjue'la stftjU! Sofia)); annutM<)'e))e-nx'tt)e.
!<)MMEL.– COMMENTMS FORMESSOCfAtS! 8K MA)f)TtHN!<KNT97

Le même
Le m6me conservatisme
conservatisme s'impose toutes
s'hnnose toutes tes
les fois
fois au'une
qu'une
forme sociale survit tout en ayant perdu sn raison d'être et
quoique tes éléments, qui en étaient la matière, soient tout
pr'~ts &entrer dans des combinaisons socialesd'autres sortes.
A partir de ln fin du moyen âge, les corporations, en Atte-
magne, turent peu à peu dépouillées do teur influence et do
teurs droits par tes progrès des puissances centrales. Elles
perdirent ta force de cohésion qu'elles avaient eue jusque-là
et qu'elles devaient & l'importance de leur rôle social mais
elles en gardaient encore t'upparence et le masque. Dans ces
conditions, elles ne pouvaient attendre leur salut que d'un
exclusivisme étroit qui en fermâtl'accès. Eneffet, tout accrois-
sement quantitatif d'une société entratuo des modifications
qualitatives, nécessite des adaptations nouvelles qu'un être
social vieilli ne peut supporter, Les formesdes groupes dépen-
dent étroitement du nombre des éléments; telle structure qui
convient à nue société d'un effectifdétermine, perd sa valeur
si cet effectif augmente. Maisces transformations internes et
tout le travail nécessaire pourassitniler les membresnouveaux
ne vont pas sans de grandes consommationsde forces. Or des
groupes qui ont perdu toute signification n'ont plus de force
disponible pour une pareille tache: ils ont besoin de tout
ce qui leur en reste pour protéger contre tes dangers du dehors
et ceux du dedans la forme sous laquelle ils existent. Voilà
pourquoi les corporations s'interdirentd'accepter des membres
nouveaux. Ce n'était pas seulement pour fixer directement
tes dimensions du groupe en le limitant aux membres alors
existants et à leur postérité mais encore pour éviter ces chan-
gements de structure qu'implique indirectement tout accrois.
sement de grandeur et qu'une sociétésans raison d'être est
hors d'état de supporter. Quand une association quelconque
est dans cette situation, l'instinct de conservation suffit à la
rendre étroitement conservatrice.
Cette tendance se rencontre surtout dans des groupes inca-
pables de soutenir la concurrence de leurs riv aux.Car, pendant

'))t))A
ci' <t.<.<-<')ui lu f'ttd dMM~'MU! & ~avwla dit'ct'K'm'cd':s été-
<n''nts.Mai:! htou ';))<: tts~ fort'*pourtri'xnphL'r
))'<<)))«'. desdissensioM
alorsht XMctw
in(<'nt''<, Merct;la tot'tnotietiun'ju'' tousles(mtfM~t)ran-
tement''iMK'iitu'c. Quo<h'fuis cUfa ftonn~h' demi'ffcoup&de;)Htati!
tth'iiit~ Qt«' d~'ft"P~s. tn~tt' en dehortdt!!)soeieMx
int)?rieurc)))<'))t
()o)iti<jM)' se snnt trouv' )nu'tuit);deteuMconnitstntCrteur:dans
'-cUettttct'nttiv'n)) d'onbtier.pum'eptohaHte, )eurs (;aeMt)es ou
intestines,
'tf <cttiMCt'tnuttt'ir sans r'ii~tM~~H~y/
h
nuttKMNM.Ann~c~.u~ i~7. 7
(~
.M L'AKSKE MOOMOQUK. tM
u
quêteur forme est en train de muer, qu'ils sont en vole de
devenir, ils prêtent le ttanc aux coups de l'adversaire. C'est
dans la période intermédiaire entre deux états d'équitibro que
les Mcietés, comme les individus, sont le moins en état de se
défendre. Quand on est en mouvement, ou ne peut pas se
protéger de tous eûtes comme quand on est au.repos. C'est
pourquoi un groupe, qui se sent menace par ses concurrents.
évitera, pour se conserver, toute espèce de transformation.
~«f'~tt«OHMorcrfsera sa devise.
Nousarrivons maintenant à l'examen des cas où c'est, tout
au contraire, l'extraordinaire plasticité des formes sociales
qui est nécessairea leur permanence. C'est ce qui arrive, par
exemple, Aces corcles (tout l'existence, au sein d'un groupe
plus étendu, n'est que toiéree ou même ne se maintient que
par des procédés illicites. C'est seulement grâce A une
extrême élasticité que de pareilles sociétés peuvent, tout en
gardant une consistance suffisante, vivre dans un état de per-
pétuelle défensive ou même, à l'occasion, passer rapidement
de ta défensive à l'offensive et réciproquement. Il faut, en
quelque sorte, qu'elles se glissent dans toutes les fissures,
s'étendent ou se contractent suivant les circonstances et,
comme un fluide, prennent toutes les formes possibles. Ainsi,
les sociétésde conspirateurs ou d'escrocs doivent acquérir la
facutté de se partager instantanément et d'agir par groupes
séparés, de se subordonner pleinement tantôt à un chef et
tantôt a un autre, de conserver le même esprit commun, que
tous leurs membres soient immédiatement en contact ou non,
de se reconstituer sous une forme quelconque après une dis-
persion, etc. Yoità comment elles arrivent à se maintenir avec
une persistance qui faisait dire aux Bohémiens < Inutile de
nous pendre, car nous lie mourrons jamais. Ou a tenu le
même langage à propos des Juifs. Si, dit-on, le sentiment de
solidarité qui les rattache si étroitement tes uns aux autres,
si cet esprit d'exclusivisme à t'égard des autres cultes, qui
leur est propre quoiqu'il se soit souvent retaché, si tous ces
liens sociaux ont perdu, depuis l'émancipation du Judaïsme,
leur couleur confessionneite, c'est pour eu prendre une autre
c'est maintenant lecapitalisme qui les unit. Leur organisation
est indestructible précisément parce qu'elle n'a pas de formes
définies et tangibles. On aura beau, répète-t'on, leur retirer
!a puissance de la presse, celle du capital, l'égalité des droits
avec les autres citoyens; la société juive ne sera pas abattue
8!MME! COMMENT MB MHMKS !!OC!At.)!S 8K M.U!tTtËNH)!!<T 9H

n_- -_u.£o. 't_- 11. n_ -&at_


pour cela. Ou pourra bien lour enlever ainsi leur organisation
politique et sociale mais on restaurera du même coup leur
union confessionnelle.Cejeu de baseute, qui leur a réussi sur
plus d'un point, est parfaitement susceptible de se généraliser.
On pourrait encore aller plus loin et montrer dans ia plasti-
cité personneiie du Juif, dans sa remarquante aptitude à se
faire aux tacites les plus diverses, a s'adapter aux conditions
d'existence les plus opposées,comme un rollet individuel des
caractères généraux du groupe. Maisquoi qu'il ou soitet que
ces affirmations s'appliquent réetiement ou non à l'histoire
du peuple juif, le fuit qu'on a pu les croire vraies est déjà
pour nous un enseignement. H nous rappelle que lu mobilité
des formes sociales peut être une condition do leur porma-
nence.
Si nous cherchons maintenant quels rapports ces deux
procèdes contraires soutiennent avec les (orn)es les plus
générales de t'organisation sociale, nous ations voir se
dérouler une série d'oppositions caractéristiques. On sait que
l'existence d'un groupe est souvent fiée il celle d'uue classe
déterminée, au point de ne pouvoirse maintenirsi cette classe
ne se maintient et avec tous ses caractères spécifiques c'est
tantôt la plus élevée, tantôt la plus nombreuse, tantôt enfin
la classe intermédiaire qui joue ce rôle. Or, dans les deux
premiers cas. c'est l'immobilité des formes sociales qui s'im-
pose dans le troisième, c'est, au contraire, leur élasticité.
Les aristocraties sont gcneraiemcnt conservatrices. Suppo-
sons, en cifet, qu'elles soient réellement ce que leur nom
signifie, c'est-à-dire la domination des meilleurs; elles
expriment alors sous la forme la plus adéquate possible l'iné-
galité de fait qui existe entre les hommes. Or, dans ce cas
– je ne recherche
pas s'il s'est jamais réalisé, sauf très par-
tiellement l'aiguillon qui pousse aux révolutions fait
défaut; c'est, à savoir, cette disproportion entre la valeur
intfinsèque des personnes et leur situation sociale, qui peut
susciter aussi bien les plus nobles que les plus folles entre-
prises. Par conséquent, même dans cette hypothèse, c'est-à-
dire quand l'aristocratie est placée dans les conditions .tes
plus favorables où elle puisse être. elle ne peut durer qu'en
fixant d'une manière rigide et l'étendue de ses cadres et leur
mode d'organisation. Le moindre essai de dérangement mena-
cerait, sinon en reaUte, du moins dans l'esprit des intéressés,
cette rare et exquise proportion qui existe par hypothèse entre
100 L'AKSÉH SOCtOM'CICUE. t)!')T

les qualités des individus et leur place dans la société par


suite, un premier germe de révolution serait constitue. Mais
ce qui sera toujours, dans toutes tes aristocraties, tu causeprin-
cipale de ces révolutions, c'est que cette absolue justice dans
la distribution des pouvoirs ne se rencontre pour ainsi dire
pas. Quand une minorité est souveraine, la suprématie qu'elle
exerce repose presque toujours sur do tout autres principes
que cette proportiouuaiitô idéale. Dansces conditions,la classe
dirigeante a tout intérêt à éviter les nouveautés, car elles
éveilleraient les prétentions, justes ou soi-disant telles, des
classes dirigées, et il y aurait à craindre alors non seulement
un changement de personnes, mais, et c'est ce qui importe a
l'objet de notre recherche, un changement de constitution.
Déjà le seul fait que l'ou a parfois change violemment le
personnel gouvernementul avec l'appui de la masse, suffit a
donner l'idée que le principe même de l'aristocratie pourrait
être renverse pur la même occasion.
Ainsi, la meilleure façon de se maintenir, pour une consti-
tution aristocratique, est de s'immobiliser le plus possible.
Cette proposition ne s'applique pas seulement aux groupes
politiques, mais aux associations religieuses, aux sociétés
familiaies ou mondaines qui peuvent prendre la forme aris-
tocratique. Partout où elle s'établit, ce n'est pas seulement
pour le maintien de certaines personnes au pouvoir, mais
pour le maintien de son principe môme qu'un conservatisme
rigide est nécessaire.C'est ce que montre clairementl'histoire
des mouvements réformistes dans les constitutions aristocra-
tiques. Quand ces sociétés s'eiïorcent de s'adapter à des forces
sociales nouvelleset à un idéal nouveau, quand, par exemple.
elles adoucissent l'exploitation à laquelle étaient soumises
les classes inférieures, on réglementant les privilèges par la
loi au lieu de les abandonner M l'arbitraire, toutes «es
réformes, dans la mesure ou elles sont volontairement cou-
cédées, ont pour but final, non les changements mêmes qui
en résultent, mais la stabilité qu'elles donnent aux institu-
tions qui sont conservées sans changement. La diminution
des prérogatives aristocratiques n'est qu'un moyen pour
sauver le régime dans son ensemble. Mais une fois que les
choses en sont arrivées là, ces concessions sont, d'ordinaire,
insuffisantes. Toute réforme met en lumière de nouveaux
points à réformer et le mouvement, auquel on avait accédé
pour maintenir l'ordre existant, mène, comme par une
-– COMMENT
StMMEL. LESt-'OHMES
SOCtAUSS
SRMAtttTtf!NNt!!)T
~Ot

pente douce, ù la ruiue de tout le système. Dans ce cas, la


seule chance de salut est que, les prétentions nouvelles ne se
laissant pas réduire au silence, une réaction radicale se pro-
duise et qu'on revienne même sur les changements antérieu-
rement concédés. Le bouleversement générât auquel s'expose
ainsi t'aristocratie, quand elle se laisse modifier, explique
qu'un immobilisme à outrance soit pour elle le meilleur
instrument de défense.
Lorsque la forme du groupe est caractérisée, non par la
suprématie d'une minorité, mais par t'autonoinio de la
majorité, c'est encore une stabilité radicale qui en assure le
mieux la survie. Cela tient d'abord Mce que les masses,
quand elles forment une unité sociale durable, ont un esprit
essentiellement conservateur. Par là, elles s'opposent aux
groupes temporaires que forment les foules assembiées.
Cettes-ci, au contraire, montrent, dans leurs dispositions
comme dans leurs décisions, lit plus grande mobilité; a ta
moindre impulsion, cties passent d'un extrême à l'autre.
Mais quand la masse M'estpassons le coup d'une excitation
immédiate, quand une stimulation mutuelle de ses membres
et une sorte de suggestion réciproque ne la met pas dans un
état d'instabilité nerveuse qui read impossible toute direc-
tion ferme et la laisse à la merci de la première impulsion,
quand, en un mot, ses. caractères profonds et durables peu-
vent produire leurs cnets, alors on la voit dominée par la
force d'inertie; etto ne change pas d'ette-meme son état
de repos ou de. mouvement, mais seulement quand des
forces nouvelles entrent en ligne et l'y contraignent. C'est
pourquoi, quand des mouvements sociaux sont t'ouvre des
masses et leur sont abandonnes sans direction, ils vont faci-
lement jusqu'aux extrêmes, tandis qu'inversement un équi-
libre social qui repose sur les masses se rompt difficilement.
t)e là cet instinct salutaire qni les pousse, pour garantir leur
unité sociale contre la mobilité des circonstances, à garder
leurs formes telles quelles, dans une immobilité opiniâtre, au
lieu de les plier incessamment à tous les changements du
milieu.
Dans les sociétés politiques, une circonstance particulière
contribue à produire.ce résultat c'est que celles qui ont pour
base la classe la.plus nombreuse et où t'égattté des individus
est la plus complète, sont surtout des sociétés agricoles. C'est
le cas de la société de paysans que formait la Rome primitive
102 L'ANNÉE SOCtOMCt~UK. ttMff

n!
et dna
des nnm",unnn
communes d~lmmmna
d'hommes lil.wna
libres ~nJnm nn.
qu'on rencontre duns
l'ancienne Germanie. Ici, la matière de la vie sociale déter-
mine la manière dont la forme se comporte. L'agriculteur est
un conservateur a pn'o~. Son travail, pour produire ses fruits,
a besoin de temps et, pa)' conséquent, d'institutions durables
et d'une stabilité parfaite. L'impossibilité de prévoir ces
caprices de la température (tout il est si étroitement dépen-
dant, l'incline-vers une sorte de fatalisme qui se traduit par
une résignation patiente vis-à-vis des forces extérieure!; plu-
tôt que par de la dextérité à éviter ieurs.coups. Sa technique,
d'une maniére.générale, no peut répondre aux variatious du
milieu par des variations correspondantes avec ia prompti-
tude dont sont tapantes l'industriel et le commerçant; et
ainsi, par suite des conditions mêmes de l'art agricole, une
organisation sociale qui s'appuie sur une vaste classe d'agri-
culteurs tend naturellement à i'immobiiité~-
Mais il en est tout autrement quand la classe directrice.est
la ctasse moyenne et.que d'elle dépend la forme du groupe.
La raison en est dans une particularité qui lui est spéciale
seule, elle a, à la fois, une limite supérieure et inférieure.
Par suite, elle reçoit sans cesse des éléments de la classe
inférieure comme de la classe supérieure et elle en donne à
son tour et à l'une et à l'autre.' II en résulte qu'elle a pour
caractéristique un état de flottement- qui fait que, pour se
maintenir, elle a surtout besoin d'une grande aptitude à
s'adapter, à varier, à se plier aux circonstances car c'est à
cette condition qu'elle peut diriger ou prévenir les inévitables
mouvements de l'ensemble, de manière à garder intact, maigre
les changements qu"elle traverse, tout l'essentiel de ses
formes et do ses forces.
t!ne société do ce genre a pour caractère distinctif la coHft-
?))<)< Elle n'implique, en enet, ni une égalité absolue entre
les individus, ni la division du groupe en deux parties radi-
calement hétérogènes, l'une supérieure et l'autre inférieure.
La classe moyenneapporte avec e,lle un élément sociologique
entièrement nouveau. Ce n'est pas seulement une troisième
classe ajoutée aux deux autres et qui n'en ditïere qu'en
degrés, commeelles diffèrent elles-mêmes l'une de l'autre. Ce
qu'elle a de vraiment original, c'est qu'elle fait de continuels
échanges avec les deux autres classes et que ces fluctuations
perpétuelles effacentles frontières et les remplacent par des
transitions parfaitement continues. Car ce qui fait la vraie
– COMMENT
MMMËL. LESt'OHMHS
SOCtALK!)
SEHAtNTttiSfEKT
't0~
continuité de h) vie collective, ce n'est pas que les degrés
de l'échelle sociale soient peu distants les uns des autres
ce qui serait encore de la discontinuité – c'est que les indi-
vidus puissent librement circuler du haut ou bas de cette
échelle. A cette seule condition, il n'y aura pas de vides entre
les classes. H faut que les carrières individuelles puissent
successivement passer par les plus ltitutes et par les plus
basses situations, pour que le sommetet in base do la hié-
rarchie soient vraiment reliés l'uu a l'autre. Hest aisé de voir
qu'it en est de même à l'intérieur de la classe moyenne elle-
mémo; qu'il s'agisse de considération, d'éducation, de for-
tune, do fonctions, les conditions n'y sont continues que dans
ia mesure où une même personne peuten changer.facitement.
Telles sont les raisons qui font qu'une société où lit classe
moyenne est prédominante se caractérise par une grande
élasticité c'est que, les éléments y étant très mobiles, il lui
est plus facile dese maintenir en variant si le milieu varie,
qu'en restant obstinément immuable. Inversement, on pour-.
rait montrer qu'un groupe où les conditions sont nombreuses
et rapprochées les unes des autres doit rester plastique et
variabie, s'il ne veut pas qu'il se produise d'importantes rup.
tures dans sa masse. Là. oùles situations possibles sont inn-
uiment diverses, les chances pour que chacun soit ù sa véri-
table piaco sont bien moindres que dans une société ou il
existe un système de classes nettement définies et où, par
suite, chaque individu est encadré dans un groupe étendu et
à l'intérieur duquel ii peut se mouvoir avec une certaine
liberté. Dans ce dernier cas, en enet, comme la société ne
contient qu'un petit nombre de conditions trancliées,
chacun, au moins en règle générale, est naturetiement
dressé eu vne du cercle particulier dans lequel it doit
entrer. Car comme ces cercles sont assez vastes et n'exigent
de teurs membres que des qualités assezgénérâtes. l'hérédité,
l'éducation, l'exemple snnisent a y adapter par avance les
individus, ttse produit ainsi une .harmonie préétablie entre
les qualités individuelles et tes conditions sociales. Maista
au contraire où, grâce à l'existence d'une classe moyenne, il
y a toute une gamme de situations variées et graduées, ces
mêmesforces ne peuvent plus prédéterminer tes particuliers
avec la même sûreté; l'harmonie qui, tout à l'heure, était
préétablie, doit, maintenant, être retrouvée a p<M<M'<on et,
par des moyens empiriques pour cela, il faut que chaque
104 L'ARMÉE ~)7
SOC!OLOC)QUR.
:~jt..t.).
individu t
puisse sortir de sa situation si elle ne lui convient
pas et que l'accès de celle à laquelle il est apte lui soit ouvert.
Par conséquent, dans ce cas, ce qui est nécessaire au main-
tien du groupe, c'est que les frontières des classes puissent
être aisément déptacées. constamment rectifiées, que les
situations n'aient rien de définitivement fixé. C'est seulement
de cette manière que chacun pourra arriver a rencontrer la
position spéciale qui convient à ses qualités spéciales. C'est
pourquoi une société où la classe moyenne domine doit
empioyer, pour se conserver, des procédés contraires à ceux
qui servent a une aristocratie.

V!I

Dans ce qui précède, ia variabilité des groupes a été étudiée


comme un moyenpour eux de s'adapter aux nécessités de ia
vie elle consisteà plier pour empêcher que tout ne se brise,
et cette souplesse s;impose toutes les fois que les .{ormes
sociales ne sont pas assez fortement consolidées pour défier
toutes les forces destructives. La société répond ainsi aux
variations qui se produisent dans les circonstances, tout en
maintenant sou existence propre. Mais on peut se demander
maintenant si cette aptitude à passer par des états variés, et
même opposés, ne sert a la conservation du groupe que
comme un moyen do réagir contre les changements du
milieu, ou si elle n'est pas également impliquée dans le prin-
cipe même de sa constitution interne..
En effet, abstraction faite de ce que peuvent être les cir-
constances extérieures, ta santé du corps social considérée
comme le simple développementde ses énergies internes, ne
réctame-t-eiie pas sans cesse des changements de conduite,
des déplacements d'intérêts, de continueiies variations de
formes? Déjà les individus ne peuvent se conserver qu'en
changeant; ils ne maintiennent pas l'unité de leur vie par un
équilibre immobile entre le dedans, et le dehors, mais, pour
des raisons d'ordre interne, ils sont déterminés à un mouve.
ment perpétuel qui les fait passer incessamment non pas seu-
lement de l'action à la passion et réciproquement, mais
encore d'une formè de l'action ou de la passion à une autre.
De même, il n'est pas impossible que les forces d'où résulte
– COMMEST
StMHKL. tE8 FORMES
HMtALES
SBMAttn'ttSNttHST
108
la cohésion de la société aient besoin de changement pour
garder toute leur action sur les consciences. C'est ce qu'on
peut notamment observer toutes les fols que l'unité collective;
est devenue trop étroitement solidaire d'un état social détet-
miné, ce qui arrive par cela seul que cet état dure depuis~
très longtemps et sans changement. Qu'un événement exté-'
rieur vienne alors à l'ébranler, et l'unité sociale risque d'être
emportée du mêmecoup. Parexemple, lorsque les sentiments
moraux ont été, pendant longtemps, intimement unis cer-
taines conceptions religieuses, le libre examen, en ruinant la
religion, menace la morale. I)e même, l'unité d'une famille
riche se brise parfois, si cette famille s'appauvrit, comme,
d'ailleurs, l'unité d'une famille pauvre qui vient il s'enrichir.
Me même encore, dans un, État jusqu'alors libre, les'pires
divisions éclatent si la liberté vient à se perdre (qu'on se
rappelle Athènes à l'époque macédonienne) mais le même
phénomène se produit dans les États despotiquesqui devien-
nent libres brusquement, comme i'histuire des révolutions
l'a souvent prouvé. Il semble dpncqu'uue certaine variabilité
empêche le groupe do se solidariser trop complètement avec
telle ou telle particularité. Les changements fréquents par
lesquels il passe, l'immunisent, pour ainsi parler; beaucoup
de ses parties peuvent tomber, sans que le nerf de la vie soit
atteint, sans que le maintien du groupe soit en péril.
Xous sommes, il est vrai. porté à croire que la paix, l'har-
monie des intérêts servent seuls dansce but; toute opposi-
tion nous paraît créer un danger et gaspiller stérilement des
forces qui pourraient être employéesà une ouvre positive ae
coordination et. d'organisation. Et cependant, l'opinion coq-
traire semble mieux fondée les sociétés ont intérêt à ce
que
la paix et .la guerre alternent d'après une sorte de
rythme.
Cela est vrai-dés guerres étrangères succédant &des périodes
de paix Internationale, comme des guerres intestines, des
conflits de partis, des oppositions de toute sorte qui se font
jour au sein même de l'entente et de l'harmonie toute la
différence entre -ces deux ordres de. faits, c'est que, dans le*e
premier cas, l'alternance est successive,dansle second, simul-
tanée. Mais le but poursuivi est le même; seuls, les moyens
par lesquels 11se réalise sont .diiïérents.La lutte contre une
puissance étrangère donne au groupe un vif sentiment de
son unité et de l'urgence qu'il y a à la défendre envers et
contre tout. La commune opposition contre un tiers agit
~S L'ANNÉESOCtOtOOQUË. XaT

comme principe d'union, et cela beaucoup plus sûrement


que
la commune alliance avec un tiers; c'est un fait
qui se véri-
ne presque sans exception. !t n'est, pour aiusi dire,
pas de
gMUpe, domestique, religieux, économique. politique, qui
fuisse se passer complètement do ce ciment. La conscience
Htus nette qu'une société prend do sou unité, par l'effet de lu
tutte, renforc~cette unité,.et réciproquement. Ou dirait que,
pour nous autres hommes, dont fi facutte essentielle est de
percevoir des difïérences'.le sentiment de ce qui est- un et
harmonique ne puisse prendre de .forces que par contraste
avec le sentiment contraire. Mais les antagonismes qui
sépa.
t'eut tesétémeuts mêmes du groupe peuvent avoir les mêmes
effets; ils donnent plus de fetief a son unité, parce que, eu
teudant, eu resserraut les liens sociaux, ils tes rendent plus
sensibles, Il est vrai que c'est aussi un moyen de les briser;
mais tant que cette limite extrôtne n'est pas atteinte, ces con-
ilits, q.ui, d'ailleurs, supposent un premier fonds do solidarité,
lit rendent plus agissante, que les sujets eu aient ou non cons-
cience. Aiusi, les attaques auxquelles les différentes
parties
d'une société se livrent les une'; contre les autres ont souvent
pour cqn~quence des mesures législatives qui sont destinées
a y mettre un terme et qui. tout en ayantpour origine
i'egofstHc
et la guerre, donnent ù ia communauté un sentiment plus
vit de son unité et de sa soiidaritt' Aiusi encore, ia coucur-
rence économique, par les actions-et les réactions
qu'elle
détermine, met plus étroitement eu rapports les clients et les
marchands même qui so font concurrence, et elle accroit leur
dépendance réciproque. Ëutin &tsurtout, le désir de prévenir
les oppositions-et d'en adoucir les conséquences conduit à
des ententes, a des conventions .commerciates ou autres qui,
quoique nées d'antagonismes actuets ou latents, contribuent.
d'une manière positive a la cohésion du tout.
Cette doublefonction de l'opposition, selon qu'elle est tour-
née vers le dehors ou vers le dedans, se retrouve dans les
relations les plus intimes des particuliers et elle y a tous les
caractères d'un phénomène sociologique; car les individus
eux aussi ont besoin do s'opposer pour rester unis. Cette
opposition peut so manifester également, ou bien par te con-
traste que présentent les phases successives de leur corn'
merce, ou bien par la manière dont le tout qu'ils forment
sedittérenciedu milieu moral qui les enveloppe. On a sou-
vent dit que l'amitié et l'amour ont besoin parfois de diC6.
SMM~. COMMENT M!St'OKHHS80CtAt.KS
!;CMMSTfËKNEKT ~O?
rends, parce que la réconciliationleur donnetout leur sens
et toute leur force.Maisces mêmesassociations, sans présen-
ter de ces dit!érencesexternes, peuventdeveuir plus cons-
cientesde leur bonheur,en s'opposantau restedu monde,
Atoutcequi s'y passeet à toutce qu'on ou sait.Cetteseconde
formed'oppositionest certainementta plus hauteet la plus
efficace.La première a d'autant moins de valeur que les
périodesattentéesd'accordet de conflitsont plus courteset
se suiventde plus pn''s. A son degré te plus bas, elle est
caractéristiqued'un état où la nature des relationsinternes
entre les individus n'a, pour ainsi dire, plusd'importance,
où leurs dispositionsrespectivessontà la mercides accidents
extérieurs,qui tantôt les rapprochentet tantôtles tournent
les uus contreles autres. Et cependant,mêmealors, ellea
quelquechosede profondémentutile à la conservationdu
lieu social..Carlà où les parties sont rarementincitéesa
prendre consciencede leur solidaritéet où, par suite,elles
n'enont qu'un faiblesentiment,rienne peutêtreplus propre
à l'éveiller que ces chocs et ces conflitsperpétuels,suivis
de perpétuellesrécoucitiatiMts. C'estde la lutte mêmeque
natt l'unité.
Nousrevenonsainsi au pointde départ de ces considéra-
tions.Le fait que l'oppositionpeut servirit la conservation
du groupeest t'exemptele plus topiquede futilité que pré-
sente, dans ce même but, la variabilitésocialeen générât.
Cars'il est vrai que l'antagonismene meurt jamais çompte-
tement,il est cependantdanssa naturedo n'êtrejamaisqu'un
intervalleentre deux périodesd'accord. Par définition,ce
n'est qu'unecrise,aprèslaquellel'unionsocialesereconstitue
par suite des nécessitesmêmedo la vie; et il eu est ainsi
sans doute, parce que, ici commepartout, ce qui dure n'a
de reliefet ne prendtoutesa forceau regardde la conscience
que par contrasteavec ce qui change. L'unitésociale est
l'étémentconstantqui persiste identiqueà soi-même,alors
quelesformesparticulièresqu'ellereçoitet lesrapportsqu'elle
soutientavecles intérêtssociauxsontinfinimentmobiles et
cette constanceest d'autant plus accuséeque cettemobilité
est plusgrande.Par exemple,la soliditéd'une union conju-
gale varie certainement,ce/MMy<«'<&)M, suivantla diversité
plus ou moinsgrandedes situationspar lesquellesont passe
les époux car ces changementsmettenten sailliel'inaltéra-
bilitéde leur union.11est dans lanature deschoseshumaines
'!08 L'AXSÈRSOCtOMUtOUE.
~M~
-&
que les contrairesse conditionnentmutuellement.Si la varia-
bilité importetellementà la conservationdu groupe, ce n'est
pas seulementparceque, il chaquephase déterminée, l'unité
s'oppose à ces variationspassagères,mais parce que, dans
toute la suite deces transformations,qui ne sont jamais les
mêmesd'une foisà l'autre, elle seule se répète sans change.
ment. Elleacquiert ainsi, vis-à-visde ces états discontinus,
ce caractèrede fixitéet cetteréalité que la vérité possèdepar
oppositiona l'erreur.La véritén'a pas, dans chaque cas par-
ticulier, une sorte de privilège,un avantage mystique sur
l'erreur; et oependantelle a ptus de chancesde triompher.
pour cette raison qu'elle est une.tandis que les erreurs pos-
sibles à propos d'un mêmeobjet sont en nombreinfini. Elle
revient doncplus souventdans le cours des pensées, Mon
ox*'
<'<'<T<'tu'
<< ~t<<r«<,MtaM ~p
~Mc fn-< (.M~-«ct<<<'<C'est
ainsi que l'unité socialea des chancesde se mainteniret de
se renforceril traverstouteslesvariations,parceque celles-ci
diffèrent toujours l'une de l'autre, tandis qu'eito réparait
toujours identique.Par suitede cette dispositiondes choses,
lesavantagesdela variabilité,qui ontété-énumérespiushaut,
peuventêtre conservés,sans que les variations qui se pro-
duisent entamentsérieusementle principe mêmede l'unité.
Nous terminonsici cetteétude qui, de par la nature même
du sujet, ne vise nullementà être complète, mais
plutôt
pour but de donner un do
exemple la méthode,qui seule,
d'après nous,peut fairede la sociologieunescienceindépen-
dante, et qui consisteà abstrairela tournede l'associationdes
états concrets, des intérêts, des sentiments qui eu sont le
contenu. Nila.faim.ni l'amour,ni le travail, ni la religiosité,
ni la technique,ni tes produitsintettectuetsne sont par eux-
mêmesde naturesociale;maisc'est le fait mêmedo l'associa-
tion qui donneà toutesces choses leur réalité. Quoiqueia
réciprocitéd'action,l'union, l'opposition des hommesn'ap-
paraissejamaisquecommela formede quelque contenucon-
cret, ce n'est-cependantqu'cn.isotantcette forme par,l'abs-
traction, qu'on pourra constituer une sciencede la société,
au sensétroit du mot. Que le contenu réagissetoujours sur
le contenant,cela ne changerien à la question. L'étudegéo-
métrique des formesdes cristaux est un problème dont ta
spécificitén'est nullementdiminuéepar ce fait que ta manière
dont cesformesse réalisentdans les corps particuliersvarie
suivant la constitutionchimiquede cesderniers. La quantité
!<)X)t6t.. COMMHSTLES t'OOMK!!SOCtAt-M SE MAtNTtEttNENT ~09

de problèmesque ce pointdo vue permet de dégager paratt


hors de doute. Seulement,étant donné que, jusqu'àposent,
on n'a pas encore su le faire servir à déterminerun champ
d'études qui soit sprint à la sociologie,il importe avant
tout d'habituer les esprits a discerner,dans les phénomènes
particuliers,ce qui est proprementsociologique et ce qui res-
sortità d'autresdiscipiines;c'est lu seuletnaniored'empêcher
notre sciencede glauer perpétuellenietit dans !e chantp des
voisins.C'està ce but propcdeutiqueque repondtu présente
recherche.
(!. StMME).
DEUXIÈME PARTIE
ANALYSES

PnEMtÈM)-:SECTION

SOCIOLOGIE GMNHMALH

PnrM.tmL'GLÉ

Que peut être une sociotogie proprement dite? C'est ce que


nous uous proposons de meUre en lumière, en résumant les
récentes publications de sociologiegénérale. Nous irons doue
des auteurs qui entendent ta sociologie~o .wt.f«. comme une
philosophie (tes sciences sociales particulières ou comme une
philosophie de l'histoire, à ceux qui l'entendent ~'«~o wn~x,
comme une science spéciale, devant se dégager des analogies
biologiques pour envisager directement les phénomènes qui
lui appartiennent en propre, – phénomènes qui sont encore
en leur fond, sans doute, des phénomènes psychologiques,
puisqu'ils résultent de )' c inter-uctioa des consciences indi-
viduelles, mais qui sont du moins des phénomènes psycholo-
giques d'une espèce spéciale, puisqu'il faut, pour en rendre
compte, considérer les consciences, non pas à part et en tant
qu'individueDes, mais dans leurs rapports mêmes.
Ainsi s'expliquent les trois ctasses d'tBuvressocioto~iques
que nous distinguons et l'ordre danslequel nous les rangeons
) ° sociologie philosophique 8"sociologie biologique 3" so-
ciologie psychologique et spécifique.

t. – 8Ut:tO).0<URt'tUt.OSOt'ntQL'K

C. TARDE.– L'opposition universelle. Essai d'une théorie


des contraires. 4!!)-vmp., Alcan, Paris. 1897.
C'est par accident, si t'ou peut dire, et sans la préméditation
de son auteur que le nouveau livre de M. Tarde revient à la
!!32 t'AtMÊE SOCIOLOGIQUE.tX97

sociologie. M. Tarde se proposait d'échapper aux < questions


sociales en suivant, où elle voudrait le conduire, 1 idée
généraie d'opposition elle n':) pas tardé A le ramener a ses
préoccupations habitue))es, accident heureux et d'uilleurs
facile a prévoir.
Xous laisserons les mathématiciens, les physiciens, les
naturalistes et les psychologues suivre pas a pas l'auteur dans
cette < promenaded'esprit' pendant iaquelie il regardepasser,
a tous les étages superposes de la réaiité physique, vivante,
mentate, !a procession de couples enchaînés de contraires qui
s'y déroute eterneiiement Ce qui importe à lu sociologie,
c'est la défiance que cette revue générale doit lui inspirer.
selon l'auteur, tant a l'égard de la nécessité qu'à l'égard de la
fécondité de l'opposition. Trop souvent, qu'il s'agisse des
quantités imaginaires,de la loi de la reaction égale l'action,
ou de l'anabolisme et du eatabolisme, on a forgé des opposi-
tions toutes subjectives, pour repondre au < vœu de symé-
trie. on a imaginé que toute évolution était suivie d'une
dissolution inverse, que tout progrès était du à l'entrecboc
soit physique, soit physiologique, soit mental: l'examen
rapide des faits sur lesquels on a bâti ces hypothèses conduit
M. Tarde à cette conclusion qu'on a fait, à tort, honneur à
l'opposition de ce qui est i'œuvre de l'adaptation et de la
variation.
La même conclusionse dégagera, plus évidente encore, des
faits sociaux directement interrogés. Examinons en enot les
difîérentes espècesd'oppositions sociales, les oppositions c de
séries celles de degré et enfin, les plus importantes à
vrai dire. racines des précédentes, les oppositions de sens
Parce que la croissanced'une langue, d'une religion, d'une
constitution s'est effectuéesuivant un certain ordre, doivent'
elles nécessairement décroître dans l'ordre inverse ? En un
mot, les évolutionssociales sont-elles assujetties, comme on le
croit souvent sur la foidcl'idéed'opposition.àla réversibilité?
– Au contraire, la réversion n'est dans tous les ordres de
phénomènes sociaux qu'un accident ou, pour mieux dire,
qu'une apparence; et plus leur tracé est logique et orienté
vers un but, moins il y a de chances pour qu'ils reviennent
sur leurs pas (p. 303).Imagiue-t-on que, dans une soctéte en
train de se dissoudre, la perte graduelle des connaissances et
des théories s'opérerait dans l'ordre précisément inverse de
celui de leur acquisition? Le travail de décomposition des
ANALYSES.–SOCtOLOGtKPMX.OSOPMtOUE ~3

formesgrammaticaleset syntaxiquesn'est,do même,nulle-


mentt'inversede celuiqui lesa etaboréeit.Lasuccessiondes
nuancesde beautéqu'ongoûte cheztes grandsécrivainsou
des aspectsde vérité qu'on découvrechezles grands phito.
sopttesNe parait pas susceptiblede se retourner.C'estenfin
s'en teniraux apparencesou mêmeaux coïncidences de mots
que de croire que les transformationséconomiquesnous
ramènentau collectivismeou au troc primitif. Eu réalité,
l'ordre des phénomèneséconomiques,commecelui de tous
les phénomènessociaux,est déterminépar l'ordrede l'appa-
rition des découverteset par celuide leur propagationimi-
tative(p. 324) or it n'y a aucune raison pour que les imi-
tations cessent,ou pour que les inventionsse perdentdans
l'ordreinversede celui de leur adoptionou de leur création.
Cesont les initiativesfécondeset leur rayonnementimitatif,
et non les oppositionsstériles, qui mènent révolution ou
plutôt les évolutionssociales(p. 33~).
La régressionest-elleplus nécessaireque la réversibilité?
Considéronsles quantités sociales,et demandons-nouss'il
est indispensable,commel'idée d'oppositiontendrait à te
faire admettre,qu'après avoircra ellesdécroissent? Sui-
vantli. Tarde,les deuxprincipalesquantitéssocialessonties
< lumières. ettes richesses ou encoreta < vérité dis-
tinctede la convictionpersonnelle,et ta < valeura, distincte
de l'utilité individuelle.Eties sont vraimentsocialesen ce
sens qu'onpourrait, mômes'it n'y avaitrien dans les indivi-
dus eux-mêmesqui tut mesurable,mesurerau nombredes
individus qui s'entre-renëteutles variationspropres de la
valeur ou de la vérité.Si la valeur est, en fait, plusaisée à
mesurer, c'est que la naturemêmedes richesses,qui ne peu-
vent s'échangerquemoyennantlesacrificedesunesauxautres,
a exigéta constitutiond'uumètresur lequelou s'accordepour
régler l'étenduede ce sacrifice,tandisque la naturedes véri.
tés, qui s'additionnent(ouse contredisent),maisne s'échan-
gentpas,n'a pas faitéprouverle besoind'unemesurequi leur
soit commune(p. 340). Il n'empêcheque la quantité des
vérités est au moins aussi importanteaux sociétésque la
quantité des richesses.L'unecommel'autretendent norma.
lementà s'accroître,en vertu de cette ambitionuniverselle
qui poussetoute inventionà se propageret, autant qu'il est
en ette, à conquérir le monde.Si elle est arrêtée dans sa
marcheconquérante,ce n'estnullementen vertud'une néces-
H.BcMtMM.–AnnM'Mtwt.tjM~. <
D)4 t/AMtÉE tM)7
<=O~OMG)<));K.
sité interne. qui la contraindrait & décliner par cela seul
qu'elle a progressé, c'est qu'elle est heurtée et refoulée par
quelque autre lu décadencede la première est la conséquence
et l'image t't'tn'ersec, non de sou propre progrès, mais du pru.
grès de lit secoude. C'est ainsi que le déclin de la consomma-
tion du seigle correspond au progrès de la consommation du
froment, et ledéctin de ta marine a voile, ait progrès de ta
marine à vapeur. En un mot, qu'il s'agisse du progrès des
lumières ou de celui des richesses, la progression a sa cause
interne; ta régression,quand ettea lieu, a une causeextérieure.
La progression est la régie, ta régression l'accident p. 348~.
Si l'on passe enfin de ta considération de ces oppositions de
degré à celle de ces oppositions de sens dont toutes les autres
dérivent, fuut-it croire que la lutte sous toutes ses formes est
absolument nécessaire et, en tout cas, éminemment utile à ta
vie des sociétés? Question vitale, puisqu'elle nous amène a
nous interroger sur la valeur de la concurrence et de lit guerre.
Et d'abord la concurrence ne crée rien par elle-même. C'est
par l'invention des procédés nouveaux, qui n'est pas toujours
déterminée par la concurrence, – l'invention de la charrue,
par exemple. n'a pas jaitti certainement de la concurrence des
agriculteurs primitifs, –que progresse l'industrie (p.~70). Et
c'est encore ta propagation imitative de ces procédés comme
des besoins qu'ils suscitent qui rend !a concurrence possible.
Sans l'imitation et d'abord sans l'invention imitée, dues, en
somme, non à la mêlée des égoïsmes, mais à l'instinctive
sympathie qui rend l'homme sociable, la concurrence est
impuissante ou malfaisante, tandis que, même sans concur-
rence, l'invention et l'imitation sont toutes puissantes et
finalement bienfaisantes (p. 37~. Loin, par suite, que le pro.
grès ne puisse s'accomplir que par l'exaspération de la con-
currence et l'entrechoe des intérêts, le progrès consiste à
substituer, à la rivalité confusedes intérêts qui s'opposent, la
délimitation précise des droits qui s'accordent.
Si !a lutte, sous cette forme atténuée qui est la concurrence,
nous paraitdéja inféconde en elle-même, que dirons-nousde
la guerre < confluent et consommation de toutes les opposi-
tions sociales poussées à bout et s'exprimant par toutes les
oppositions physiques '? – A un certain point de vue, la
guerre apparaît bien comme une osuvre directe de la sociali-
sation elle-même. Unepassion commune de nombre d'indivi-
dus pour un même objet, et la conscienc vive de cette com-
A~LYStM. – SOCMt-OGtKt')t)MMO('tUQU)! ~t8

munauté de passions, telles paraissait'ntbtcuétrc, encuft, tes


conditions de lu conversiondes conflits d'individus en conflits
de masses. Mais pourquoi ces conflits sociaux prenm'ut.its,
encore aujourd'hui, la forme de guerres proprement dites
fi n'y a là, suivantM.Tardp.aucnne nécessite, mais uneha))!-
tude. Ouse but parce qu'on s'est battu. La guerre est une sur-
vivance (p. 3!t0). Mais, du moins A l'origine, ce proccdé sau-
vage n'était-it pas nécessaire? Sans la guerre, mère de la dis.
ciptine, le progrès humain était-il possible? – Pourquoi
non ? La religion, aussi bien et mieux que la guerre, fait les
sociétés. Si t'humanité.autieude préférer décidément la pre-
mière a la seconde, a usé à ta fois de l'une et de l'autre par
un compromis fâcheux, c'est là, suivant fauteur, une sorte
d'accident qu'on peut supprimer par la pensée sans avoir à
supposer du même coup ta marche des sociétés arrêtée.
En fait. ta où la guerre n'entraîne pas, comme elle te fait le
plus souvent, cet élargissement du groupe social qui est le
vrai progrès de t'hunumite, elle ne fait que consacrer, et sou.
vent en les mutilant, les pacifiques conquêtes opérées par
l'expansion imitative de la religion combinée avec celle de la
langue, des usages, des mmurs (p. 40~.
En un mot, le progrès social n'est pas dû a t'hostitite,
quelque forme qu'ctie revête, mais à l'ambition et a t'amour
pères de l'invention et de l'imitation. La lutte en elle-même
n'est paf plus utile que n'étaient nécessaires la régression ou
la reversion. Ce n'est donc pas daus l'opposition, c'est dans
la variation – dont l'opposition est parfois une cause occa-
sionnelle, mais dont elle n'est nuttement ta raison suttisante,
– et dans la répetttion dont l'opposition est un cas parti-
culier, mais non la forme génerate – qu'il faut chercher les
principes bienfaisants des transformations de l'univers.
Et ainsi le nouveau livre de M. Tarde se trouve apporter une
preuve indirecte et inattendue, mais par ta, sembte-ti), d'au-
tant plus probante, de la vérité des idées défendues par ses
livres antérieurs.
Danscetui-ci, aussi bien que dans les précédents, les tec-
teurs savent d'avance qu'ils trouveront une profusion.d'indi-
cations fécondes, de remarques pénétrantes, de vues larges et
hardies. En même temps, dans cetui-ci peut-être plus encore
que dans les précédents, il leur sera parfois dtnicitede distin-
guer nettement les hypothèses des vérités, les rapprochements
des explications, l'utopie de l'histoire, et l'idéal de la réalité.
HU L'ANNÉESOt:tOLOG!QL'E.

Ceux qui souhaitent la constitution d'une sociologie propre-


ment scientifique, objective et spécifique, ne trouveront pas
toujours leur compte à ce séduisant entre-croisement d'idées
et de rêves qui caractérise l'O~Mt«OMMM<rc~p«<
Toutefois ceux-ci même sauront gré à M. Tarde d'avoir
montré nettement, sinon en quoi les faits sociaux se dis-
tinguent des faits individuels, du moins en quoi ies faits
sociaux se distinguent des faits biologiques. En dénonçant, à
maintes reprises, t'ailiance du naturalisme et du militarisme,
en rappelant &quelles erreurs à la fois théoriques et pratiques
entralne i'idée que les sociétés sont des organismes, nécessai-
rement soumis, comme les organismes individuels, à une
évolution prédéterminée qui, après un déclin inverse de
leur croissance, aboutirait a la mort, M. Tarde contribue,
pour sa large part, a dissiper les équivoques qui résultent,
le plus souvent, des transpositions sociologiques de concepts
tout biologiques.

P. BARTH. – Die Philosophie def Geschichte ftïs Sooio-


logie. (/.<tpAt'~o~tx' ~c <<o)r<' f/K po<Mtf/f n«' itoc<o<o.
~Mf.) Erster Teil. Einleitung und Kritische Ubersiclit.
396-n- p. Reisland, Leipzig, )897.

Pour M. Hnrth, la sociologieet ta philosophie de l'histoire


se confondent. Les véritables objets de l'histoire sont, non
les accidents individuels mais les transformations sociales.
Ainsi la philosophie de l'histoire, qui n'en est après tout que
la science élevée à une plus haute puissance, n'ayant pour
spécialité que l'universalité même des phénomènes histo-
riques, ne saurait expliquer l'évolution de l'humanité, sans
connaître les transformations des sociétés, Inversement, la
sociologie ne saurait expliquer les transformations des
sociétés sans connaltre l'évolution de l'humanité. C'est en
vain que Wundt prétend réduire la sociologie à une sorte de
statique des sociétés dont la philosophie de l'histoire consti-
tuerait la dy namique outre que c'est méconnaître le carac-
tère fuyant et tout relatif de la distinction établie entre le sta-
tique et le dynamique, c'est réduire arbitrairement la socio-
logie à un rôle descriptif, et lui refuser d'avance ce pouvoir
explicatif sans lequel il n'est pas de véritable science. Il
importe donc de réunir sociologieet philosophie de l'histoire
pour obtenir cette explication à la fois précise et complète de
– SOCtOMOtE
ANALYSES. PMtMSOPtttQUE ~7
toutes les transformations sociales que tu tes phiiosophieBde
l'histoire d'une part, ni les systèmes sociologiquesde l'autre,
n'ont pu jusqu'ici formuler.
M. Harth. pour le prouver, examine les unes et les autres.
tt commence l'exanten des systèmes sociologiques, par le
résumé de celui de Comte (dont il note les tendances plus
d'une fois téiéotogiques'. C'est en effet de la sociologie de
Comte, qui ne fait d'ailleurs que développer et systématiser
les idées de Saint Simon, que dérivent les principales ten.
dances des sociologies contemporaines. C'est sur le modèle
de sa classification des sciences que la sociologiectassinante
(Littré. Itoberty, de Greef, Lacombe, Wagner) cherche à éta-
blir la hiérarchie des forces sociales. La sociologiebiologique
'Spencer, Litienfetd, SchiUne, t-'outtiee. R. Worms) poursuit
lit comparaison qu'il a instituée eutre l'organisme et la société.
Rnnn, de la sociologie dualiste elle-même (Ward, Mackenzie,
ttauriou. Giddings),qui naît de la réaction contre la sociologie
naturaliste, on pourrait peut-être dire (bien que l'auteur
ne le dise nulle part expressément) qu'elle met encore en
valeur une idée comtiste, puisque, quelles que fussent les
opinions de Comte sur tes rapports de la psychologie avec
la biologie, sa toi des trois états mettait en relief l'impor-
tance sociale des transformations de l'esprit. Que ces
trois sortes de sociologies n'aient pas d'ailleurs donné une
explication satisfaisante des transformations sociales, l'auteur
le prouve, et par des critiques de détait et par des objec-
tions de principes. Les premiers systèmes n'ont offert que
des classifications descriptives, ou, si elles ont prétendu
être reconstructives, elles se sont montrées contraires à
l'histoire. Les seconds ont méconnu le rôle propre de
l'esprit, par suite l'importance des idées qui unissent les
hommes, et qui créent entre eux des distinctions toutes
spéciales. Les troisièmes, s'ils ont eu conscience plus
nette de cette importance, n'ont pas su montrer comment
l'esprit, dans la réalité historique, a constitué ta société ils
n'ont pas su user de cette méthode historique que l'auteur
appelle, avec Vanni, la route royale de la sociologie.– En
somme, aucune de ces sociologies n'est suuisamment explica-
tive, parce qu'aucune n'a su unir intimement la psychologie
et l'histoire.
Plus manifeste encore est t'insutïisancede ces conceptions
unilatérales do l'histoire que l'auteur étudie après les
~!8 L'AfKËBiiOCtOt.OGtQUtt.tMT

'systèmes sociotogiques Passant en revue les théories indi.


viduatistesfBourdeau, Tarde), anthropo-géographiquestnitter
Hutze), Mougeotie, ctttootogiques (Gobineau, Putt, Cum-
ptowicx). puis celles qui fout tout dépendre du progrès de ta
culture (Humbo)dt, Tytor), ou des transformations do t'~tat
''Lorenz, Schafer), ou du mouvement des idées (hanke, Laxa-
rus, Steinthat), il n'a pas de peine a montrer qu'elles
prennent la partie pour le tout, et que, faute de distinguer
nettement les ditlércutes forces concourantes de l'histoire,
chacune d'entre elles laisse inexptiqm'e une grande part des
transformations sociales.
Le chapitre le pins remitrquabie, et de cette partie et du
livre tout entier, est celui daus lequel M. Barth étudie la
conception économique de i'histoire 'p. ~«S-H64).Après avoir
brièventent réfuté, comme trop extérieures et manquant de
psychologie, les théories de M. Durkheim et celles de M. Put-
teu. il s'attaque enfin a cette philosophie de l'histoire dite
matérialiste, qui prétend conférer ausocialisme la vateur d'un
système scientifique fondé sur les faits eux-mêmes. M. Barth
ta soumet à nue critique, non plus toute dialectique, comme
l'avait fait Stanuntcr, mais historique et psychologique.
Les preuves, peu nombreuses, comme on sait, aphorismes,
métaphores ou exemples jetés en passant sur lesquels Marx
établit ta théorie, sont d'abord rassemblés, puis passés au
crible. En parcourant un à un les étages de eetto < super-
structure juridique, politique, religieuse dont, suivant
Marx et Kngets, les phénomènes économiques formeraient ta
base, ou s'aperçoit que, si les transformations des moyens do
production sont une des conditions de certaines transtornoa-
tions sociales, ettcs sont toia d'en être la cause unique. Déjà
elles ne sont pas seules à agir sur les formes du droit de pro-
priété. Ce n'est pas un progrès technique qui a changé la pro-
priété collective dt' lit yfMsen propriétés individuelles ou tes
latifundia en propriétés parcettaires. Les institutions de la
féodalité obéissent à l'influence des souvenirs romains aussi
bien qu'à ta pression des rapports économiques Et ce
sont des idées égatitaires bien plutôt que des procédés tech-
niques qui ont amené leur ruine. A fortiori, si l'on cherche
les raisons de t'évotutiou du droit criminel, et, par exemple,
de l'adoucissement progressif des peines, est on obligé de tes
demander à l'histoire des idées. Que si l'on essaie enHn de
déduire, de la considérationdes transformations économiques,
ASAMiM. – SOCtOUKUËt'tKMSOt'MQU)! tt9

l'histoire des retigiotM ou


des religions ou encore
encore celle
celle des
des matMmattques,
mathématiques,
t'étroitessede ta théorie éclate. Si l'Ëgiisc a possédéau moyen
âge uu tiers des biens fonciers, la moitié des revenus et deux
tiers des capitaux, c'est là une preuve, donnée par des faits
écouotniques, de la puissance des idées.
Mtqu'on ne dise pas (lue ses idées sont suggéréesù l'homme
par le seul milieu économique. C'est bien plutôt du milieu
naturel (lue dérivent ces idées des hommes pnmitifs
qui,
synthétisées dans les religions, doivent exercer tant d'action
sur ta marche des sociétés. D'aitteurs, des impressions qu'il
reçoit de l'extérieur, l'esprit tire des synthèsesoriginales qui
assurent justement à t'hotnme lu forcederésister l'intluonce
des milieux soit naturels, soit économiques. Htptus les socié.
tés sont développées, plus elles portent en elles-mêmesde ces
(Buvresde t'espht qui, transmises de génération en généra-
tion ou transportées de groupe en groupe, persévérant elles
aussi daus leur être et accroissant leur forceparleur mouve-
ment, assurent à l'homme cette indépendance à l'égard des
choses(lue lui refuse cette sorte d'a utomatisme
économique'.
Avrai dire, ce sont e!ies qui, parce qu'elles seules unissent
véritablement les individus, fuut la véritable force des socié-
tés des sociétés fondéessuriesseuts rapports économiques
sont forcément caduques, – tant il est vrai que cette philoso-
phie dite matérialiste, exprimant des préoccupations tout
actuelles et pratiques, cédant à l'influence de l'hegélianisme
en même temps qu'elle réagit contre lui, n'unifie l'histoire
qu'en la simplifiant abusivement. Tenant pour l'Océan tout
entier de l'histoire un seul de ses courants, c'est une abstrac-
tion qui s'ignore et qu'on peut qualifier de < simpliste ·
(p. 303).
Par ces critiques et celles qu'il adresse tant aux autres con-
ceptions uaiïateraies de l'histoire qu'aux systèmes de socio-
logie, l'auteur a démontré lu nécessité d'une nouvelle Œuvre
systématique, destinée à uuir la sociologieavec la philosophie
de l'histoire, Il lui reste à prouver qu'elle est possible. C'estce
qu'il fait brièvement en discutant les opinions de Ditthey, qui
lui aussi a fait une Introduction aux sciences sociales'. Que
les philosophies de l'histoire aient en effet le plus souvent
usé de concepts métaphysiques trop généraux, cela no prouve
pas qu'on ne puisse, ea tenant compte méthodiquement des

() t'<«/<'</«t)~
<))</<<' Lcip:!g,)8M.
tM~MK't'Me/tt'M/~t.
~0 t/AKM~ îîOCtOMGtQ~'K. !8!'7

transformations Enf*in~Mc
tf:tnafnt*Tnnttnna
sociales, ~tt~Mt*
dégager c~~ttt!nt<t<t~Mt
scientifiquement ce qu'elles
ont de commun. Que les systèmes sociologiques aient le plus
souvent, par leurs tendances naturalistes, méconnu ta valeur
et les caractères propres de l'esprit, cela ne prouve pas qu'on
ne puisse déterminer scientifiquement le rôle social de cet
esprit même. H importe seulement de distinguer ici les cou-
cepts et les métitodes des sciences naturelles. Lorsqu'il
reproche aux sociologuesde transposer sans critique, duos le
domaine de l'esprit, les concepts qui ne valent que pour celui
de la nature, M. Ditthey a raison mais non lorsqu'il leur
reproche de vouloir appliquer aux sciences de l'esprit les me.
thodes des sciences natm'eiies, cor les méthodes coM)pat'ative,
inductive et deductive peuvent et doivent s'apptiquer aux
choses de l'esprit, sans impliquer ia méconnaissance de leur
originalité. L'insuffisancedes phitosophiosde t'histoire comme
des systèmes sociologiquesqu'on a passes en revue, ne tient
donc pas à la nature des choses, et par exemple aux carac-
tères propres de leur objet M.Barth peut enfin entreprendre,
la conscience tranquille, son œuvre propre, après en avoir
démontré non seulement la nécessité, mais ia possibilité.
De cette (cuvre. le voiutne que nous analysons nous donne
seulement un avant.gout dans les quinze dernières pages ou
l'auteur esquisse sa théorie personneiie. La horde, à iaqueite
correspond h) croyance aux esprits, puis le ctan conçu sur le
type des familles décrites par Morgan (des (cuvn's duquel
rauteurpantit faire grand cas)auquei correspond i'animistne,
puis ia ~c~s. à laquelle correspond le potytiteisme, telles sont
les premières phases de t'organisation sociaie. L'intervention
des tegisiateurs substitue les divisions par classes aux divi-
sions par ~c~cs, en mémo temps qu'elle substitue les reli-
gions tégates aux religions naturelles. Cette société de classes,
l'absolutisme ta dissout, dissous ilsou tour par le libéralisme.
Et, dansées dissolutions successives, il faut reconnaitre que
le patrimoine deseroyaneescomntunes, sans lesquelles il n'est
pas de véritable société, s'est singulièrement amoindri. C'est
pourquoi la société moderne attend un nouvel idéalisme qui,
unissant les esprits et les volonté", lui rende sa force d'action
morate, en même temps que de création esthétique. Et, ù
vrai dire, il est difficile de voir jusqu'ici, dans cette rapide
esquisse, autre chosequ'uaede ces descriptions schématiques
de révolution sociale comme l'auteur en a tui-meme passé
beaucoupen revue; on n'y aperçoit pas qu'ette soit plus expti-
– SOCIOLOGIE
ANALYSES. PMMMPBtCtiE
cativcque beaucoup d'autres, et elle ne nécessite pas rigou-
reusemeut la suite des types sociaux qu'elle énumere. Mais
jusqu'à ce que l'auteur ait étaburé sou système, destiné à
prouver sans nul doute ce que son esquisse aMrme, et à expli-
quer ce qu'elle constate, il n'est que juste de retouir tout
jugementsursit sociologie.
A prendre ce premier volume pour ce qu'il veut être, c'est.
à-dire pour un exposé critique des conceptions
sociologiques
actuelles, on reconnattra sans peine que le résume de
M. Barth, ramenant les systèmes a leurs
principes, en m~me
temps qu'il donne une idée de leur détait, indiquant presque
à chaque phrase, tant pour l'analyse que pour
t'apprcciutioa
des auteurs, les pages auxquelles il fait allusion, est un des
mieux ordonnés en même temps qu'un des plus
précis que
noua possédions.
Toutefois, puisque l'auteur paratt se piquer d'être complet
et de faire juste place aux auteurs les plus récents,
propor-
tinnnettement à leur importance pour l'histoire générale des
conceptions sociologiques, on pourra naturettcment lui cher-
cher chicane. Si l'on ne saurait lui en vouloir de n'avoir
pas
cité après Cobinoau, dans le chapitre de t'ethnoto~e. des
auteurs commeVacher de Lapougeou Otto Ammon,qui pour-
tant, après tout, ont des élèves et manifestent une tendance
assez définie, ou lui reprochera pfut-étrc avec plus de raison
de n'avoir pas justement marqué le sens d'muvres comme
celles de Simmel ou de Tarde ou de Durkheim.
PourSimmet.on regrettera que M. Barth ne l'ait citéqu'en
note. et encore pour t'éearter sommairement en une seule
phrase (p. )2S). La .~cwW~njwwfy méritait mieux.II
n'eût pas été !uutHe de rappeler, entre tant de recherches
d'inégale valeur, celle qui, appeiant l'attention sur les pro-
grès de la dinérenciation qui correspondent eux-mêmes il la
multiplication et à t'entre croisement des sociétés auxquelles
appartient un même individu, axpiique. par un fait réellement
social, beaucoup de faits sociaux, et donne ainsi l'exemple
d'une théorie qui veut être proprement sociologique.
Pour Tarde, bien (lue M. Barth lui ait fait meilleure mesure,
on se plaindra qu'il n'ait pas douné une idée exacte de la
fécondité de sa théorie de l'imitation. C'est la rétrécir que de
la présenter en effet comme consistant essentiellementdans
l'adoration de l'homme de génie, de l'inventeur, et comme
représentant par suite, à peu près seule contre l'esprit cottec.
~33 t.'AKKË)! MC)OLO(i!QUË. <8'~

a:l..a.1.
tiviste des LJ.
idées _.t_iL_- cW oa 1'
régnantes en France p. 2)!i), l'esprit indivi-
dualiste. ft ue faut pas oublier que si Tarde fait une place
u part à l'invention, h mettant à l'origine des mouvements
sociaux, comme les naturalistes la variation A l'origine des
mouvements biologiques, c'est pour mieux délhniter ce qui,
dans les phénomèneshistoriques, reste objet de science sueiate;
et, sans parle)'desessais d'expiicatiou qu'il propose des inven-
tions métMes.entes représentantcommedes croisements d'imi-
tation qui se fécondent, les phénomènes qu'il juge sociologi-
quement explicables, et qu'ii explique en fait, restent assez
nombreux et varies pour qu'où puisse dire qu'il a apporté une
théorie achevée (v. p. ~t) de la société.
Pour M. Durkheim eniin, on jugera, avec quelque soin que
M. Barth l'ait critique, que c'est matcaractériser ses concep-
tions, que de les ranger d'emblée parmi les conceptions éco-
notuistes de l'histoire. H est à craindre ici que le titre mcme
de l'ouvrage do M. Uurhheitn, ia/rt«'<w </« 7'~<t-f«~ait fait
illusion. Parce que ce sont surtout les économistes qui ont
mis ce phénomène en lumière, il n'est pas dit que. de prouver
son importance sociale, ce soit forcément adopter leurs con-
ceptions. Cela est si vrai que M. Durkhoim déclare dès t'abord
étudier, non la fonction économique, mais plutôt la fonction
morale de la division du travail, et montrer que celle-ci con-
siste essentiellement, non dans la production de biens maté-
riels, mais dans la création d'une nouvelle forme de ta soli-
darité. Et, bit'u toiu de se représenter la société comme n'ayant
d'autre but que ta production des biens, il réfute au contraire
la théorie des économistes te désir de l'accroissement
des biens matériels qui serait, suivant eux, le but déter-
minant de tout le mouvement social, est bien plutôt pour
lui un résultat qu'une fin de la division du travail ce
qui ta provoque, c'est l'accroissement de Ja densité et du
volume des sociétés, forçaut les hommes à dinérencier, non
pas seulement, comme parait le penser M. Barth. leur activité
économique, mais leur activité scientifique, artistique, poli-
tique. Ainsi, ni les conséquences de la division du travail'ne
sont pour M. Durkheim purement économiques, ni ses causes.
On peut donc juger que sa théorie reste extérieure ou méca-
niste, non qu'elle est économiste elle veut être purement
sociologique.

\t~M;K!(0<)
<<«~(t)-M<<,
)'. ~M'U.
AX.tLÏSKS. – SOCIOLOGIEP)))MSO)'Mt<)UB 123

Si nous avons relevé ces quelques erreurs d'interprétation,


c'est qu'elles ont peut-être plus d'importance doctrinale qu'on
ne le croirait au premier abord. Et est enet, nos brèves
remarques ont suffi à le rappeler deux au moinsdes auteurs
en question, M. Simmel et M. Durkheim, semblent caracté-
risés par un vit souci de mettre en lumière ce qu'il y a de
proprement social dans le compiexus des phénomènes his-
toriques. et de spécifier le point de vue particulier a la socio.
logie. Pour eux, il semble que ia tacite propre du sociologue
ne soit pas de faire une sorte de synthèse des sciences parti-
cuiicres, mais de démêler, dans tous les ordres de phéno-
mènes historiques, économiques ou politique! l'influence
spécifique de la société, c'est-à-dire le résultat des rapports
qui unissent les individus, et l'action de tous sur chacun. –
Hnun mot, il semble que ces auteurs dont il plus ou moins
méconnu le roie sont justement ceux qui représentent cette
conception de ia sociologie que M. Barth devait par-dessus
tout définir, car elle est tout justement à l'antipode do ia
sienne c'est la conception suivant laquelle il faut autant que
possible spécifier, délimiter l'œuvre propre de la sociologie,
au lieu de l'identifier avec la philosophie de l'histoire elle-
même. C'est aveccette conception de la sociologieproprement
dite ou spécifique qu'il eut d& engager uu corps a corps.
Héussira-t-ità en triompher, en prouvant par le fait qu'une
sociologie synthétique, expliquant l'évolution de l'humanité
en même temps que les transformations des sociétés, est dès
a présent possible? Son prochain volume nous le dira.

Tx. FUNCK-BREXTA.KO. – La Science sociale, morale,


politique, 47K.XHp. Ptou, Paris, 1897.
On trouvera mélangées dans le livre de M. Brentano des
vues sur la question sociale dans l'histoire et des réflexions
sur les principes de la science sociale.
Pour M. Brentano,la désorganisation des peuples s'explique
par le déclassement des classes moyennes si l'on veut
éviter à la fois l' < anarchie d'en haut et l' anarchie d'en
bas il faut relever ces classes et, on les instruisant, les
rendre vraiment directrices~
Elles devront, naturellement, perfectionner surtout leur
connaissance scientifique des phénomènes sociaux. Celle-ci
progressera, non par la prépondérance abusive, soit de l'in-
t2t t'ANtf&E HOCtOMCtQUK.t8f7

duction, soit de la déduction, mais par l'usage de « jugements


justes c'est-à-dire de jugements dans lesquels le sujet soit
pris dans toute son extension et l'attribut dans toute sa com-
préhension. Ainsi ta science des faits sociaux passera du rang
de science spéculative à celui de science exacte Ce ne
sera plus une sociologie(l'auteur parait mettre la sociologie
sur le même plan que l'astrotogie); mais une science
sociate
It est difficilede classer les tendances de ce livre, tant les
prescriptions, soit pratiques, soit méthodologiques, qu'il nous
ottre sont générâtes et indéterminées. Peut-être le caractërp
même du Collègelibre des sciencessociales où les concep-
tions les plus différentes devaient être exposées côte à côte,
et ou M. Brentano a donné, en conférences, les principaux
chapitres de son livre, l'obligeait-il à cette sorte d'éclectisme
sociologique.

M. VtUXES. La Solence sociale, d'après les prin-


cipes de Le Play et de ses continuateurs, 3 vol. 4tM).
4SS p. Bibliothèque sociologique internationale. Giard et
Brière, Paris, )8U7.
M. Vignes s'est propose de mettre en lumière, dans leur
principe et dansquetques-uaes au moins de tours principales
applications, un certain nombre d'idées dont l'importance
historique et sociale ne lui parait pas toujours suffisamment
comprise les idées de Le Play et do ses continuateurs.
Conformément à tet.rs principes, auxquels d'ailleurs it ne
s'astreint pas servilement (Voyezt. Il, p. te, ce qu'it dit de
i'égaiité; il montre comment l'évolution des modes de
production du pain quotidien traversant trois phases, qu'il
appeite < t'age des productions spontanées !'age des
machines < l'âge de la houiito a déterminé tes transfor-
mations de la famille et, par suite, – la famille étant, comme
on sait, pour l'école de Le Play la véritable unité sociale, –
les transformations de la société tout entière.
Et il n'était peut-être pas Inutileen euet de concentrer dans
un exposé d'ensemble, en les appuyant d'ailleurs d'exemples
empruntés aux plus récentes publications, des idées déj&
anciennes, et dont l'influence s'est fait sentir dans un si
grand nombre de monographies.
Cet exposé est précédé de quelques considérations théo-
ANAU'SHS. – SOtiîOMGtE PtHMSOt'HtQUE 13&
l~e..v.oe..t" a., axn."t.. ~a_
riques. L'auteur y essaie de définir le domaine propre do la
sociologie < philosophie générale des sciences socialesparti-
culières a (t, p. M), elle étudierait les sociétés non pas sous
un seul de leurs aspects, comme le font la
potitique, ta
morale, l'esthétique par exemple, .mais sous tous leurs
aspects &la fois. Définition qui reste ambiguë car comment
la sociologie serait-elle autre chose alors que la collection
des sciences sociales particulières? Ht comment concilier
eetto obligation d'étudier < tous les aspects de la société à la
fois (t,p. 32) avec ce culte de." l'observation
analytique
(t, p. 19) que nous recommande fauteur? Ses idées, sur la
méthode paraissent d'ailleurs sujettes à caution il assimile
au pur raisonnement a priori la méthode déductive préconisée
par St. Miti et lui reproche d' écarter systématiquement
l'observation (ï, p. <2).Mais on sait qu'en montrant que les
lois des phénomènes sociaux devaient être autant que
pos-
sible rattachées aux lois plus générâtes do la nature
humaine, St. Miti n'a nullement voulu dire qu'il fallait cons-
truire à priori les sciences sociales la déduction, suivant lui,
ne peut rien sans l'observation qui, ici, la vérifie, et, ta, la
suggère; sans compter que la science à taqueite elle doit
emprunter ses prémisses, la psychologie, est elle-même,
St. Mit)le dit expressément (p. 71 de la traduction Belot), une
science expérimentale.

STUART MtLL. – La Logique des soienoes morales.


Traduction nouvelle, par G. Belot, 2t8-xo p. Delagrave,
Paris, 897.
Il faut citer ici cette petite édition scolaire du Vf livre de
ia Logique de St. Mill. Car, d'abord, ces chapitres restent en
somme, suivant la remarque de Giddiugs, les fondements
solides de la méthodologie sociologique on éviterait, en
s'y
reportant, bien des discussions par lesquelles on oppose
vainement déduction et induction, abstraction et expérience.
De plus, l'introduction et les notes que M. Belot a ajoutées
à sa traduction nouvelle onrent plus d'une indication utile
aux sociologues. M. Belot y montre, par exemple, plus nette-
ment qu'on ne le fait d'ordinaire, sur quel principe devrait
reposer la distinction entre une sociologie générate
science d'ensemble, sorte de philosophie de l'histoire
opérant
autant que possibte la combinaison concrète des lois sociales
126 L'ANSE)-:SOOOtOetQUt:. t8''7

spéciales (p. mxv', et une sociologie < pure isolant le côte


proprement socialdes phénomèneshistoriques, etqui ne serait
ni la somme ni mêmela synthèse des sciences sociales particu-
lières p. t~); contre h sociologiequ'it appelle < mecaniste ·
it insiste sur le rôle de la psychologiedans la constitution des
sciences sociales (p. 8~), tout en imposant une limite ù l'ex-
ptication individualiste du tout social par les éléments p. t t.
tt9) puisque, jusqu'à un certain point, les éléments eux-
mêmes, dans toute organisation, s'expliquent par le tout

E. MtGOLACE.– La sociologie par Aug. Comte.


Résume, 472-x\' p. Atcan, Paris, )8U7.
Résume aussi < objectif <jnepossible, suivant, dévetoppe-
ment par devetoppement,l'ordre du Co)M-j< (/<-p/x/(Mop/t<eposi-
tire. Si t'en se souvient de la lourdeur avec laquelle le fonda-
teur du positivisme y présente trop souvent ses propres
idées, on conviendra que, mat~r6ta réédition réceutc de ce
CoMr.< édition, 't8!)3),te résume de M. Kigoiage, clair et
précis, n'est pas sans quelque utilité. On se rappettera, eu le
lisant, tout ce que la sociologiecontemporaine doit .& Aug.
Comte (voir plus haut, p. iiï). Et sans doute on ue. pourra
s'empêcher de remarquer en même temps le caractère souvent
hypothétique des f~enéraiisationsdu fondateur du poshivisme.
–Mais. ainsi que tui-memol'a plus d'une fois noté, il est peut-
être à la fois inévitable et indispensable que l'esprit; pour
prendre possession d'un domaine encore Inexploré, com-
mence par un système d'hypothèses générâtes. It importe
seulement qu'à cet âge de la sociologie philosophique et gêné-
rate. qui a vraisemblablement rendu la plupart des services
qu'on pouvait en attendre, succèdeenfin t'age de la sociologie
spécifique et positive.

H.–S<)t:«)).<H:tKMtO).<'<:t~CH t:

J. NOVtCOW.– Conscienceet volonté sociales, 380p.


Bibliothèquesociologiqueinternationale,Ciardet Brière
Paris, i8;)7.
Lelivredo M.Xovicow présente,juxtaposées,des réHexions
sur la théorieorganiquedessociétéset des considérationssur
la psychologiesociale.
AXAtYSHS. «OCMLOOË
BtOLOG~UR )27
On pouvait croire que la théorie organique avait, en ces
dernières années, dit son dernier mot, et qu'en se poussant
jusqu'à l'extrême. elle s'était elle-même réfutée par l'absurde.
M.Xovico\vte reeounatt. t)es analogies état-tic!)d'une façon
trop superficielle, trop factice, et parfois même un peu pué-
riie, l'out beaucoup déconsidérée. tt tient cependant que le
salut de ta sociologie est en elle. Par elle seule la sociologie,
rattacttée enfin a une science ptus générate, cessera de
ptauer dans le vide et de nager dans la fantaisie.
En vain on rappelle que les unités sof.iatessont discontinues
et conscientes, et les cettutes du corps contigues et incons'
cientes. Cesoppositions sont toutes relatives et se fondent en
différencesde degrés.
Mais, dira-t-on, tandis que. dans ta société, toutes les
unités, qu'ettes appartiennent à t'etite ou à la masse, sont de
même nature, tandis que dans le corps, tes cellules cérébrales
diffèrent totalement des autres? Kttes teur ressemblaient pri-
mitivement, elles ne s'en sont différenciées que petit à petit
p. ~4). Demême devra se différencier t'étite de la masse. Si
l'opération n'est pas encore faite, ceta prouve que les sociétés
sont des organismes moins parfaits quête corps humain par
exemple, et non qu'elles ne sont pas des organismes. Leur
effortdevra justement être de se perfectionner à l'image des
organismes les plus étevcs, en se constituant" un sensorium
social.
C'est l'importance de ce sensorium que M. Novicow se
proposede mettre en lumière. – Demandons,nous en effet ce
qu'est une volition vraiment sociale. C'est une votition portant
sur l'ensemble de ia soeiét.)', ayantpour objet, par exemple,
non telles réformes locales, mais tettes transformations
générâtes des lois, des mœurs, des idées. A quelle condition
est-on capable de pan'ittes volitions? A la condition de pos-
séder, au préalable, une représentation d'ensemble de la
société, et non pas seulement de sa place dans l'espace et
dans le temps, de sa géographieet de son histoire, mais, jus-
qu'à un certain point, de sa structure. Le rayon des volitions
socialesse mesure à celui de cette vision interne des sociétés.
Or, à de pareilles visions, toutes les unités sociales parti-
cipent-elles? On ne trouverait dans les consciencesde la plu-
part, que des vues bornées, toutes locales et matérielles.
Seule une minorité a assez de loisir, de liberté et de largeur
d'esprit pour embrasser du regard tout l'horizon social. C'est
~8 t'ANKÉE SOCtOMCtQU)!.tM7

l'élite, c'est l'aristocratie. Et sans doute ces deux tenues ne


sont pas synonymes. Oupeut être richf et notable suns
agir
sur les idées sociales, comme ou peut agir sur les idées
sociales sans être riche et notable. Cependant, l'élite et raris-
tocratie se côtoient constamment. Si l'aristocratie a besoin
d'une élite qui élabore la culture intellectuelle, l'élite ne
peut
presque pus vivre et produire sans le secours matériel d'une
aristocratie. Celle-cine doit assurément reposer ni sur i'ex-
clusivisme, ni sur le privttége. Une aristocratie fermée est
une contradiction «t ~'w«(M p. La véritabte aristocratie
devrait avoir horreur du privilège comme d'une souillure
p. 48). II n'en est pas moins vrai que, eu s'unissant aussi
étroitement que possible à l'élite. textes deux doivent former
une classe aussi < nettement dinérenciée que possible du
reste de la nation. Le sensorium social les comprend en
même temps et dans une mesure semblable. Mais le
gouver-
nement proprement dit est loin d'y tenir la même place.
Sans doute, leur métier même donne bien forcemeut aux
gouvernants certaines vues d'eusemble sur la structure
sociale. ii est rare cependant que les gouvernants soient on
même temps les élaborateurs de ces idées sur lesquelles les
sociétés vivent. Dans le cerveau, les cellules qui élaborent la
pensée et le sentiment ne se confondent pas avec celles qui
président aux mouvements des corps les cellules sensitives
sont distinctes des cellules motrices (p. 66, 100). Ainsi
devons-nous distinguer le gouvernement de l'étite.
Pour mesurer l'importance des fonctions de ce cerveau
social, analysonste mécanisme de l'action sociale. Sensation,
perception, idée, désir, volition, action consciente, puis
renexe, tel est le cycle du phénomène psychique Pour
que telle action s'impose à ta société, il faut donc que la
société ait préatabiement agréé telle idée. Or, qu'il s'agisse
d'un mot nouveau, d'une théorie philosophique ou d'une
mesure politique, une idée ne sera agréée de la masse que si
elle a été consacrée par une étite. Et sans doute une idée peut
na!tre partout, l'esprit souflle où it veut, mais en tout cas il
faudra qu'elle monte jusqu'à FéUte pour devenir action
sociale, consciente ou réflexe. Ce sont ainsi les o~<<M)e(M qui,
grâce à leur notoriété même, dictent à la masse le vrai et le
faux, le juste et l'injuste, le vulgaire et le distingué. L'idéal
social est leur œuvre.
Que leur action, en ce sens, soit singulièrement plus etu.
ANALYSES.– SOCMMGtK BMMfitQM!

caeoque J'action des gouvernements, que cette-ci môme sup-


pose toujours cette-ta, on ne s'en rend pas assez compte. On
parattcroireque, par ta force dont ils disposent, les gouverne-
ments sont capables de modifier tes sociétés & leur idée. Mais
d'abord cette idée même, i)s ta reçoivent ptus qu'ils ne la
créent: ta tradition ou la mode la tour impose. Et puis, cette
forceà son tour ne peut exercer une action sociale que si elle
est aidée par certaines idées reçues dans la société. Comment
les gouvernements pourrnient-ils réprimer les rébellions, si
l'idée n'était tacitement admise par l'ensemble, qu'il faut
obéir aux autorités. En ce sons il est vrai do dire que les.
muscles lie sont nullement les moteurs des actions sociales
~p.~0~); toute action sociale s'accomplit par t'intermédiaire
de la persuasion, directe ou indirecte (p. i42;. Usse trompent
donc ceux qui, pour agir sur la société, regardent ta coercition
comme le moyen le plus sur et le plus rapide. Hnréatité, par
la résistance qu'elle provoque, et le choc qu'elle donne & la
conscience sociale, elle retarde le succès de ce qu'elle veut
imposer. La force ne peut rien suus les idées, presque rien
sur les idées.
Si l'on est parfois porté à oublier leur primauté sociale, c'est
qu'en effet il vient un moment of) les idées se cachent en
quelque sorte: sans cesser d'agir, elles descendent dans t'in-
conscient. Lorsque t'éttte a fait accepter définitivement, tant
par la foi que par le raisonnement, une opinion au groupe
social tout entier, cette-ci. ne rencontrant plus de discussion,
continue de pot-terses enets, sans éveitter désormais la sensi-
bilité publique. Elle paraît juste, c'est-à-dire conforme à
l'ordre des choses, et l'on ne comprend plus qu'elle oit pu ne
pas régner. Les individus lui obéissent alors sans raisonner,
instinctivement, automatiquement. C'est un réflexe social.
Par l'adoption pleine et entière de la masse, l'idée retourne à
la nuit dont l'élite l'avait un instant tirée. Ainsi, de l'incons-
cience à l'inconscience, tel est le cycle complet des idées
sociales. Le sensorium de la société qui est t'eiite s'attache à
elles, puis il s'en détache, soit parce qu'elles ont été démon-
trées fausses, soit parce qu'elles ont été universellement
admises comme vraies.
Ainsi l'idée du fédéralisme européen, chère à t'autour, qui
ne préoccupe aujourd'hui qu'un trop petit nombre de gens,
seuls capables d'avec une représentation complète de l'Eu-
rope et une science exacte de ses véritables intérêts, s'impo-
Ë.t)UMfMnt.–Ann<'esoei')t.)8')7. 9
130 L'ANNÉE SOKtOt.O(:)QL'E.)t'J7

sera peu à peu à tous les esprits, et un jour viendra où elle


ne préoccupera plus personne. Elle ne fera plus question. Ce
sera. pour ainsi dire une affaire entendue. L'idée aura vécu.
Cette évolution peut d'aitteursétre plus ou moins rapide.
Cela dépend et des caractères intrinsèques des idées, de leur
simplicité ou de leur complexité relatives, et des moyens
extérieurs de propagation dont elles disposent. Toutes les
inventions industrielles, depuis ta locomotive jusqu'à la
presse, par lesquelles l'homme s'tulranehit progressivement
de t'espace et du temps, contribuent en même temps qu'à la
durée de la mémoire a la vitesse de la pensée sociale.
Mais, plus encore (lue la quantité et lu qualité de ces
moyens matériels, importent a ta vitesse des idées sociales ta
quantité et la qualité des cousciences capables de les former
ou de les comprendre, c'est à-dire, en même temps que ta
proportion numérique de l'élite au regard de l'ensemble,, la
façon dont cette élite entend ses devoirs à l'égard de cet
ensemble.
Il n'y n pas de volitions proprement sociales, et par consé-
quent, à vrai dire, il n'y a pas de vie collective là où les
sociétés n'ont pas la force de se constituer ou cette de se con-
server une aristocratie assez nombreuse qui leur serve de
cerveau. La même anémie cérébrale se produit quand l'or-
gane, bien qu'existant, no fonctionne pas, c'est-à-dire quand
l'aristocratie est écartée par les constitutions politiques de
son œuvre naturelle, ou quand, ce qui est pis encore, elle s'en
détourne d'ette-méme, perdant la notion de ses devoirs. C'est
ainsi que toutes les conquêtes de la civilisation moderne ont
été faites contre l'aristocratie. Le sensorium social a mal
compris son rôle; l'organe s'est atrophié.
Et c'est en vain (lue, pour remédier à cette atonie de la
conscience sociale abandonnée par l'aristocratie, tes gouver-
nements s'évertuent. Les cettutes de l'organe régulateur ne
sauraient se substituer aux cellules de t'organe sensoriel.
L'hypertrophie de celles-là, loin de remédier à. l'atrophie de
celles-ci, t'aggrave, et l'organisme général se trouve deux fois
malade. Un gouvernement qui entend bien ses fonctions doit
se borner à faire respecter la justice. Dans un monde de
libertés réglées par la seule justice, une élite saura bien se
former et prendre la direction de la masse.
Ce n'est pas seulement le nombre et la vitalité des unités
acttves de la conscience sociale (lui varie; c'est encore la
ANALYSHS.
SOCMt.OGtK
B)OLOf:t~UE
nature des objets auxquels elle s'applique, et ta connaissance
des variations de ces objets principaux, aussi bien que celle
des variations de ses éléments constituants, est nécessaire a
l'explication de l'histoifG. Comme ta conscience individuelle,
quoique a un moindre degré, la conscience sociale, est con-
damnée à ne concevoir clairement qu'une grande idée à ia
fois. C'est pourquoi elle < série tout spontanément les
diftéreates questions qui nttcndont leur tour, en quelque
sorte, pour passer a l'ordre du jour. Suivant M. Novicow,
Il serait possible do formuler d'une façon générale ia loi de
leur succession devant l'esprit de l'humanité. L'évolution
biologique élève peu à peu les êtres du physique au mental.
Ainsi révolution sociale substitue peu &peu, aux questions
d'ordre matériel qui occupent d'abord tout le premier plan
de la conscience publique, les questions d'ordre moral. Les
volitions économiques cèdent le pas aux volitions politiques,
celles-ci aux volitions intellectuelle! L'auteur, repreuaut ici
et illustrant a nouveau les idées avec lesquelles ses livres
sur les 7.M~M<'«~'<'socM<~ /tMM««'HM et sur les ~Mpt~M
f/M .for~~ HtOf~f'Mp.t nous ont fantiiiarises, en déduit le
sens des volitions de l'avenir. Les sociétés poursuivront
toujours leur intérêt, car c'est une loi de nature, mais elles
l'entendront enfin raisonnablement. Elles abandonneront
enfin la folie protectionniste ou la folie kilométrique,
elles se tasseront enfin d'élever des barricres inutiles et
coûteuses, comme de s'annexer des territoires coûteux et
inutiles. Elles comprendront que les vraies luttes fécondes
sont les luttes mentales, et qu'il faut abandonner, pour les
mener, les procédés grossiers tels que les guerres à coups de
tarifs ou à coups de canon, bons tout au plus pour les phases
inférieures de la lutte. Il appar:)!tra alors que les nationalités
ne sont que des ensembles d'institutions économiques, poli-
tiques et judiciaires au service d'une culture inteliectuelte
(p. 33)). Et l'on peut même prévoir le moment où la culture
intellectuelle générale, devenant enfin sa fin &ette-méme, se
débarrassera do la tutelle des nations et rejettera définitive-
ment leurs lisières dans le passé. Alors l'humanité tout
entière agira enfin scientifiquement, guidée par une élite de
gentilshommes sociologues (p. 61,3t!2).
Et qu'on ne voie pas là un idéal quasi surhumain ou du
moins surnaturel, qu'on ne pourrait atteindre qu'en combat-
tant, comme dit Huxley, le processus cosmique. Cetteréforme.
{32 L'ANiOSËSOC)OtO(!tQ(!e. <MT

de l'humanité rencontre bien des obstacles, mais dans les


idées humaines, et non dans les lois naturelles. C'est un con-
traire imiter servilement ht nature que de transformer l'hu-
manité dans le sens que nous avons marque; car c'est cette
transformation qui fera d'elle uu véritable organisme, dont
toutes les parties seront solidaires, en même temps que son
cerveau sera nettetneatdinérenciédurestedesoncorps. Veut-
on savoir eu un mot sur quel modèle régler les rapports inter-
nationaux comme ta structure interne des sociétés ? Il suMt
d'en revenir à la théorie organique (p. 358).
– Tel est, dans ses grandeslignes, l'ouvrage de M. Novicow.
Mais, s'il a pu en indiquer l'esprit, notre bref résumé n'a
donné aucune idée ni de l'ingéniosité des aperçus que l'au-
teur propose en passant, ui de l'aisance avec laquelle il se
meut travers l'histoire et la géographie, depuis les consi-
dérations sur l'antiquité jusqu'aux statistiques modernes, ni
de la verve enfin avec laquelle il met au service d'une idée
généreuse les matériaux les plus divers. 11faudrait analyser
chaque chapitre en détail pour rendre justice à cet ensemble
de qualités qui font de M. Novicow, après M. Tarde, un des
plus vivants, on pourrait dire en l'entendant, bien, un des
plus amusants parmi ies sociologuescontemporains.
Il nous reste seutemeutà nousdemander, puisque M. !<ovi-
cow nous a annoncé qu'il voulait, en les appuyant à la biolo-
gie, fonder scientifiquement,ses considérations sociologiques
et rattacher ainsi la sociologie a cette science plus générale
sans laquelle elle flotterait dans le vide, si vraiment la théo-
rie organique lui a rendu les services qu'il en attendait.
Et d'abord, on regrettera peut-être que, en le préoccupant
en effet de vérités plus générales elle ait détourné son
esprit de la recherche des vérités spécifiques, propres &la
sociologie. Si c'est en efïet une chimère que d'essayer do cons-
tituer de pied en cap une sociologie « indépendante puis-
que, quel que soit leur objet, les sciences no peuvent s'élever
qu'en s'appuyant, it un certain moment, les unes sur les
autres, ce n'en est peut-être pas une que d'essayer de délimi-
ter une sociologie distincte capable de définir, avant de
le réduire, son objet propre. Il n'eût pas été mauvais, par
exemple, que dans un livre traitant de la conscience et
volonté sociales, on trouvât un efîort pour formuler avec pré-
cision ce en quoi une volontésoriale se distingue des volontés
purement individuelles, si elle en est seulement une somme
ASA).YSKS.– SOCIOLOGIEMOMGtQUE 1:~

ou nue synthèse .<<)«'~KCt'M, pouf classer méthodiquement les


influences que les formes proprement Mc<«~, c'est-à-dire,
par exemple, le nombre ou la densité des individus mis en
relation, le degré ou la nature de leur organisation, peuvent
exercer sur )a genèse et l'orientation de ces mêmes volontés.
C'eût été sans doute une démarche scientifique que la recher-
che préalable de ces rotations spécifiques.
Et que ces relations spécifiques, qu'on pourrait peut-être
découvrir, par exemple, en comparant méthodiquement la
marche des volontés socialesdans les sociétésde formes ana.
togueset différentes puissentet doivent être ù leur tour expli-
quéespar des lois plusgénérâtes, nous on sommes pour notre
part persuades. Mais il reste à savoir si, ces lois plus gêne.
rates, explicatives des lois sociologiques, il faut les chercher
dans la biologie.
Demandons-nous donc en quoi les connaissances biolo-
giques dont il s'est servi ont précise les conceptions sociales
de l'auteur et explique les faits qu'il constatait. Est-ce
expliquer scientifiquement le fait qu'une représentation nette
de ta patrie provoque ordinairement le patriotisme que de
rappeler que la reaction du muscle est en raison directe de
l'énergie de l'excitation (p. 2ÛH)?Est-ce donner une raison
suffisante pour commander la distinction du gouvernement
et de fétitc que d'affirmer la distinction des cellules motrices
et des cettutes sensitives? Est-ce préciser les idées que d'as-
similer l'aristocratie an cerveau pour prouver que cette-tà,
comme celui-ci, doit être < nettement différenciée du reste
de l'organisme ? Par cette différenciation nette fauteur,
puisqu'il ne veut pas entendre parler de privilèges ot de
castes, comprend-il donc que les individus composant l'élite
sont, ou doivent être physiologiquement différents des autres
comme sont différentes des autres les cellules qui composent
te cerveau? Ses comparaisons biologiques ne nous renseignent
nullement ni sur ia façon dont on doit distinguer dans la
société l'élite de la masse, ni même sur la nécessitede la dis.
tinguer. Et lorsque l'auteur, môtant la constatation des faits
avecl'indication de t'idéai, nous dit que les États de l'Europe
doivent so fédérer parce que dans les organismes en générai
toutes les parties sont solidaires, ou que, dans les nations
modernes, les aristocraties doivent se différencier de plus en
plus, parce que, dans certains organismes, te cerveau est très
distinct du reste du corps, il e<t difficile de voir dans ces
i34 L'AXÉE SOCtOMOQUK. tXtT

comparaisonsqui relient des phénomènes sociaux quelconques


avec des phénomènes biologiques quelconques, autre chose
que ces choix arbitraires que fauteur se promettait justement
d'éviter par son recours u ta théorie organique.
C'est que les phénomènes biologiques sont trop etoigoés
des phénomènes sociaux pour sunire à tes déterminer. Entre
eeux-t&et ceux-ci se trouvent des intermédiaires dont la con-
naissance peut découvrir au sociologue des causes plus pro-
chaines des relations qu'il constate, et ce sont les phéno-
mènes psychologiques. Par cela même que les phénomènes
proprement sociaux résultent directement des relations qui
s'établissent entre les consciences individuelles, c'est la
science des faits de conscience qui importe le plus au socio-
logue. Et de fait, notre auteur en a le vif sentiment. Sans
compter les nombreuses explications toutes psychologiques
dont son livre est rempli, n'affirme-t-it pas tui-meme, en
principe, que les phénomènes sociaux sont conditionnés
directement par des phénomènes psychiques, non par des
agents chimiques ou physiques (p. 356;, que le moteur immé-
diat des actions sociales restera toujours un acte psychique ?
Ne va-t'it pas même beaucoup plus loin que n'iraient tels
sociologues, persuades pourtant de l'importance de ta psycho-
logie sociale, lorsqu'il anirme que tout acte social se résout
en un certain nombre d'actes psychiques (p. 3H4), ou encore
que les idées proprement dites mènent le monde comme ettes
voûtent 'p. MC)? Ne sommes-nousdonc pas obligés de cons-
tater la juxtaposition dans le livre de M. Novicow de deux
tendances contraires, l'une qui t'entraîne à rattacher la socio-
logie à la biologie, l'autre, à la rattacher à la psychologie?
Contradiction, dira-t-on, pour qui regarde la psychologie
comme distincte de la biologie,mais non pour qui les regarde,
ainsi que le fait sans doute M. Novicow, comme identiques.
Nous répondrons que cette identification des faits de cons-
cience avec leurs conditions organiques suppose une théorie
métaphysique à laquelle lit sociologie n'a nul besoin de s'in-
féoder, et dont elle a au contraire toutes sortes de bonnes
raisons de se défendre, comme étant maîtresse de vague et de
confusion. Le livre de M. Novicowtui-meme en donne plus
d'une fois la preuve. Pour n'avoir pas regardé les phénomènes
psychologiques en face, pour ainsi dire, et cherché leurs
caractères propres, a combiende notions vagues n'est on pas
exposé?
– SOCtOLOGtË
AKALYaEi!. ntOLOOQUH ~38
Est-cedéfinir la nature propre de l'erreur que do déclarer
qu'ettë est < un discordance entre le monde externe et le
moiinterne, doucunosoufh'unce '(p.)2~? Ou encore sommes-
nous bien avancés (M. Novicow parait prêt à se le demander
lui-même) quand on nous Mdit du sentiment qu'il est un
état particulier du cerveau (p. tt)K.? Ht réciproquement, à
cette identification dela psycitoiogieavecla biologie,celle-cine
perd-ellepas souventen précision? Quand M. Novicowaffirme
que chaque cellule do notre corps possède un certain degré
de cousctence'p, t6), n'est-ce pas confondre les vérités méta-
physiquement vraisembtaMesavectes vérités scientifiquement
démontrées? Et quand il affirmeencore, à plusieurs reprises
(p. 93, 97, <13.que le triomphe d'une idée dans le cerveau
dépend do l'adhésion d'une cellule qui fait pencher la balance,
comme ta victoire d'une proposition dépend de l'adhésion
d'un député qui lui assure la majorité, ou peut se demander
si labiologiesurtaquettoM.Novicow veut fonder scientifique-
ment sa sociologie n'est pas eiie-méme plus métaphorique
que scientifique.
En un mot, outre qu'elle fait oublier les caractères distinc-
tifs des phénomènes sociaux, cette bio-psycho-sociologiefait
oublier encore ici les caractères distinctifs des phénomènes
psychologiques,et ta les caractères distinctits des phénomènes
biologiques. Ktte aboutit à un mélange de notions dont ne
voudraient sans doute ni les spécialistes de la psychologie,
ni ceux de la biologie. Pourquoi dès lors les spécialistes de la
sociologie s'en contenteraient-ils?

DEMOOR,MASSARTET VANDERVELDE.– L'évolution


régressive en biologie et en sociologie. 3~4p. Atcan,
Paris, 1897.
Celivre a été présenté à l'Institut des sciences sociales de
Bruxelles, dont le fondateur, dt. Ernest Sotvay, attendait,
nous disent les auteurs, du retentissement des progrès des
sciencesnaturelles sur les sciencessociales, les plus fructueux
résultats. MM.Dcmoor, Massart et Vandervetde ne nient pas
ce qu'on a appelé la banqueroute de la sociologie biolo-
gique mais ils l'attribuent au fait que trop souvent les
recherches bio-sociologiquesont été poursuivies, soit par des
naturalistes peu au courant des questions sociales, soit par
des sociologues dont les connaissances biologique! étaient
!3S L'ASKËE SOCMLOfitOUH.)<)T
i.tav.:e wo.n,.i,.m. nm"~.v.
incomplètes et superficielles. C'est pour obvier ù ce danger
<)u'its se sont associes, coordonnant fes résultats de leurs
recherches spéciales.
Sans s'arrêter a cette question de n)ots <Lessociétés
<toivpnt-ettes être considérées comme des organismes, ou les
organismes comme des sociétés", ils se contentent de cons-
tater que les organismes et les sociétés présentent des carac-
tères communs en même temps que des caractères ditïéren-
tieis. Cttex les unes comme chei! les autres, il y a concours
entre les unités composantes. Mais, tandis que dans les
agrégats organiques il y a entre ces unités continuité physio-
logique, dans les agrégats proprement sociaux leur concours
est exclusivement dti Ades relations d'ordre psychique.
t)e ta découlent d'importantes diiïerences. Tandis qu'en
biologie la notion d'organisme correspond, au moins en
générât, à quelque chose de précis, en sociologie il n'y a
guère de démarcations précises entre les groupes sociaux
coexistants. Tandis qu'une cellule ne peut pas faire partie de
deux organismes, rien n'empêche les membres d'un groupe
social d'appartenir en même temps à d'autres groupes. Plus
vite enfin et plus aisément que les organismes se trans-
forment les sociétés, leur structure dépendant, non des liens
physiologiques, mais des liens contractuels qui existent
eutre leurs membres. Et c'est pourquoi les méthodes com-
paratives, en sociologie, doivent céder le pas il ia méthode
historique.
On voit que les auteurs abandonnent lestement la plupart
des thèses chères à la théorie organique, tts n'en jugent pas
moins qu'il peut être utile de comparer méthodiquement, sur
un point spécial, les organismes et les sociétés ù la lumière
de cette comparaison, ils éprouveront cette idée qui, partie
de la Motogie,a si rapidement envahi la sociologie, l'idée
de l'évolution régressive.
L'examen, soit des organes homodynames dans un même
individu, soit, chez des individus différents, des organes
homologues prouve que toute transformation proprement
dite de certains étéments entrulne nécessairement ta régres-
sion de certains autres. Hn s'adaptant, les uns à ta mastica-
tion, les autres à ta préhension, les appendices de l'écrevisse
voient se réduire, les uns leurexopodite. les autres leur basi-
podite. En s'adaptant, qui au vol, qui a la course, qui au
rouissage, différentes espèces animâtes voient se réduire qui
ANALYSM. – SOmOMMtK BH)LOfi)QUH )3t

leurs avant-bras, qui leurs ongles, qui leurs poils. Qu'on


examine maintenant tes transformations d'institutions simi-
laires dans une même société, ou les transformations d'une
même institution dans des sociétés ditferentes. on aboutit a
des constatations anatogues. Ledéveloppement progressif des
impôts et des taxes en Mexique Il été accompagttK d'une
régression corrélative du domaine communal. La régression
de ta propriété (amiiiate dans le Monténégro, de la propriété
vittageoiseen Hussie. communaie en Suisse, a partout accom-
pagne le progrès de t'individuutisme 'tivre t, t'* partie'.
Mais, dans l'ordre biologique, lorsqu'un organe tend ainsi
à disparaître, il arrive souvent que. sans disparaître complè-
tement, il laisse des traces, images réduites de tui-mOne.
Tous les organismes portent ainsi des organes réduits tels
sont, chez l'homme, ht glande pineate, le ntum terminale,
l'appendice vermiforme, le tubercute de Darwiu. L'examen
non pas seulement des plus ttautes. mais des plus basses
classes des animaux et des végétaux eux-mêmes prouve que
l'existence de ces organes réduits n'est pas l'exception, mais la
règle. Ainsi eu est-il, dans les soci''tes. pour les survivances.
Il est possible de prouver que, de même que les groupes
sociaux les plus primitifs, comme les hordes des Fuegiens
ou des Veddahs, portent déjà en eux des reliquats du passe.
les groupes les moins nusoncistes.connne les États-Unis, en
portent encore, tt suffit d'aiiteurs d'un coup d'mii sur tes us
et coutumesdu mariage, par exemple, dans i'Hurope moderne,
pour se rendre compte des traces qu'y laissent encore les
formes de mariage les plus primitives. Dans les sociétés
comme dans les organismes, les survivances sont de régie,
prouves vivantes de t'universatite de la régression (livre
'2' partie
Maisce phénomène universel obeit-ii a une loi nécessaire.
et, commeson nom parait l'indiquer, suit i), dans son evoiu-
tion, l'ordre exactement inverse de celui de l'évolution pro-
gressive? En un mot. cette idée que les psycho-physioiogistes
et après eux les sociologues ont récemment mise en honneur
on se réclamant do la biologie, et suivant laquelle les phéuo.
mènes tendraient a disparaître dans l'ordre inverse de leur
ordre d'apparition, les derniers s'eftaçant les premiers, est-
elle veriuee par les faits? Si, dans l'ordre biologique, elle
parait s'appliquer il quelques cas, comme la régression de
l'organe pinçai chez les Lacertiliens, elle est bien plus sou-
L'AKNÉR SOC!OLOmQUR. <~T

veut f~mpntitt
vant chez toc
démentie nhc~ les ffttuti~'t~tt fth~ooattv
crustacés abyssaux, t~n
par exemple, la
régression des organes visuels ne s'est nullement faite en
sens inverse de leur évolution phytogénétique. Les organes
les derniers acquis ne sont pas toujours, quoi qu'on en ait
dit, les moins stables, et s'ils se trouvent être les plus utiles,
la sélection naturette, bien loin de les éliminer, les conserve
soigneusement.
Dans l'ordre sociologique, l'idée que le < regrôs comme
dit M. de Greef, s'aecomptitdans l'ordre inverse du progrès
est encore plus difficile à établir. Pour quelques faits qui
semblent i'autot'iser. comme la disparition des cours do jus-
tice des dizaines, des centaines et des comtés en Angleterre,
qui s'est accomplie en ellet suivant l'ordre renversé de leur
apparition, ou la dégénérescence de certaines corporations
dans la West-Flandre, dont les dernières nées ont été en
ellet les prenuères mortes, combien lui sont défavorables!
Les lois les plus récentes sont loin de tomber toujours les
premières en désuétude. Les usages survivent aux idées qui
les out pourtant entantes. La noblesse meurt avant les titres
et les armoiries qui sont nés d'elle. Maint système religieux
ou politique, ou juridique, postérieur cependant à telle
organisation sociale, vit encore longtemps après qu'elle a
vécu. Eu un mot, il n'est pas vrai que les institutions sociales
les plus récentes soient toujours les plus fragiles incons-
ciemment ou consciemment, capables d'ajouter à la situation
naturelle la sélection artificielle, les sociétés se règlent, pour
conserver ou abandonner leurs institutions, sur le degré de
leur utilité, non sur l'ordre de leur ancienneté (livre JI,
P" partie).
Si donc les structures organiques ou sociaios les dernières
acquises ne sont nullement toujours les premières perdues,
rien n'autorise à penser que l'évolution des organismes et des
sociétés soit réversible et que les uns ou les autres doivent
nécessairement, en partant des formes les plus récentes,
revenir à leurs tonnes primitives. Et, en effet, dans le règne
auimal ou végétât, sauf quetques exceptions qui ne paraissent
aucunement montrer dans la réversibilité une nécessité natu-
relle, on ne voit pas un organe disparu réapparaître, ou un
organe réduit reprendre sa fonction primitive. La socio-
logie devra se montrer plus défiante encore à l'égard de ces
apparents <wo<'<tde l'histoire. Les phénomènes en réalité les
plus différents peuvent se cacher sous l'identité des noms.
ANAtA'HS. – sOCtOH)Ut6 BIOLOGIQUE ~H

Les sénats.l''a.modernes -III. .1


n'ont avec les sénats antiques que le
nom de commun. Au fond, rien n'est plus éteigne du com-
munisme archaïque que tecotkctivisme moderne, du troc
que
le cteariug-house. Si parfois quelques institutions
antiques
rfapparaissent réettement. comme le contubernium des
ttonains chez les esclaves des Antittef), ce sont là des cas de
convergence l'aualogie des conditions a produit dos institu-
tions analogues. Pour que de pareilles reviviscences fussent
une régie générale, il faudrait que les milieux sociaux rede-
vinssent exactement ce qu'ils étaient jadis, ce qui est
impossible (livre tt, partie;.
On s'expliquera aisément cette indétermination relative de
l'évolution régressive si t'en recherche les causes soit de
l'atrophie, soit de la survivance des organes ou des iustitu-
tions, et si l'on se rend compte qu'elle ne se déroule pas fata-
lement suivant une loi fixée d'avance, mais qu'elle ne fait, ou
se développant, qu'obéira t'actionde difïérents facteurs, don-
nés ou non suivant les circonstances. Ainsi
l'atrophie des
organes s'expliquera tantôt par le défaut de place, comme
dans le cas des dents, dont le nombreet le volumediminuent.
chez certains animaux, par l'amoindrissement des maxil-
laires,– tantôt par le défaut d'usage, comme dans le cas des
arcs branchiaux chez les mammifères ou des muscles fléchis-
seurs et extenseurs de la main chez les cétacés, – tantôt par
le défaut de nutrition, comme dans le cas du pistil et des éta-
mines chez certaines fleurs. Si. malgré qu'Usaient été exposés
à ces causes d'atrophie, certains organes réduits subsistent
cependantàt'état réduit et sans fonction, c'est, ou bien qu'au-
cune variation individuelle ne s'est produite pour assurer un
avantage à ceux qui se seraient débarrassés de ces organes, ou
bien qu'à raison de leur insignifiance la sélection a pour ainsi
dire oublié de les éliminer.
Des causes analogues d'atrophie et de survivance poussent
et retiennent dans leur régression les institutions sociales.
Dans la société aussi, le défaut d'usage atrophie voyez la
décadence de ta corporation des débardeurs dans le port de
Bruges, ou celle des cours forestières en Angleterre. Dans la
société aussi, atrophie le défaut de ressources voyezla déca-
dence desadministrations locales à la fin de t'Hmpire romain,
ou des zadrugas dans le Monténégro. En revanche, reconnais-
sent nos auteurs (p. 27S), il faudrait sacrilier au désir des
analogies quand même pour trouver dans les sociétés quoi que
!40 t'ANSÉE <f't7
SOCtOMOtOUE.

..w
ce m.7!
soit qui Aressemble ·a 1'1_ .1. v
l'atrophie par défaut déplace. Ils font
d'aitteurs remarquer, d'une façon plus générale, que litsociété
emploie souvent, pour atrophier les institutions, des moyens
propres dont lu nature ne dispose pus; ses inventions sont
plus riches que les variations accidentettes, ses imitations
plus souples que les transmissions ttéréditaires ses seiee-
tions artificielles eaHn plus complexes que les sétections
naturelles, De même donc qu'eHeest capable de condamneraà
mort, brutalement, telle institution, de même la société est
capable de prolonger artificiettement t'agoaie de telle autre.
Et s'il eu est qui se maintiennent parce qu'elles sont insigni-
fiantes, comme le régime des substitutions à la Martinique,
d'autres parce qu'elles ont une utilité indirecte, comme ces
sinécures qui ne sont qu'un mode détourné de rémunération
pour les artistes ou les savants, il en est aussi qui se main-
tiennent, comme la plupart des pratiques cérémonielles, pur
le seul amour (tes traditions, ou, comme les avoueries ta tin
du moyen âge, par la seule contrainte de t't~tat. En un mot Ja
société modine & sa manière, dans certains cas, Ja vie de ses
institutions. ti n'en est pas moins vrai que, à prendre les
choses en gros, les causes qui entratnent leur évolution
régressive sont les mêmes que celles qui entratnent l'évolu-
tion régressive des organes elles se réduisent en dernière
analyse à lit limitation des moyens do subsistance qui, provo-'
quant la lutte des éléments en présence, amène la régression
de certains d'entre eux.
tt est donc prouvé et expliqué, par t'énoncé de ces causes
mêmes, que la régression, pour universelle qu'elle est, ne
s'opère cependant pas dans un ordre déterminé, inverse de
celui de 1'évolution progressive, et en ce sens on peut dire
que le livre aboutit, en somme, à démontrer que son titre
l'Évolution régressive est un terme impropre (p. ~())et
propice aux équivoques.
– Si nous avons fidèlement indiqué dansée résumét'ordrect
la marche des idées de MM.Demonr, Massartet Yandervetde,
on a pu se rendre compte que l'association de ses différents
auteurs n'a nullement nui à la clarté du livre. Cette division
du travail a au contraire contribué, sans doute, à la netteté
des divisions de ffauvre, dans laquelle apparaissent tour à
tour, méthodiquement comparés à propos de t'universa!ité.
puis de l'ordre, puis des causes de l'évolution régressive, les
organes, puis les institutions. Si parfois tes observations qui
ASA~'SKS. SOCMMUtE BIOLOGIQUE ~4~
concernent celles-ci nous paraissent moins riches ou moins
précises que les autres, il est juste d'attribuer tant à l'état
actuei qu'à l'objet propre delà sociologie,cotte intériorité rein-
tive. Les faits constates de part et d'autre suffisent
d'uiiieurs
amplement à prouver la réalité desanalogiesque les auteurs
se proposent d'établir.
Il importe seulement de s'entendre sur ia
portée scientifique
de pareils rapprochements et de rappeler une fois do
si méthodiquement qu'elles soient piusque
conduites, les comparai-
sons ne sont pas des raisons. Ce n'est
pas parce qu'il y a
des organes atrophiés dans ia
nature qu'il y a des survivances
dansiu société. Et i'anatogie peut sans doute, ici comme
par-
tout, mettre sur le chemin de l'explication en sucrant des
hypothèses directrices de la recherche mais elle ne saurait
se substituer à l'explication même. Apres comme avant la
constatation de l'analogie, il reste a chercher les causes des
deux phfnomënea comparés et il n'est pas dit
que les causes
de l'uu et de l'autre soient forcément
identiques, ii faut Jouer
nos auteurs de l'avoir plus d'une fois
signalé eux-mêmes,en
reconnaissantque, dans lit société, certaines causes
d'atrophie
ou de survivance opèrent, qui n'opèrent
pas dans la nature,
et réciproquement. Toutefois un peut se demander si la
pré-
occupation des analogies ne ies a pas empêchés, parfois, de
saisir, sous tes causes générales, les causes plus
prochaines
des phénomènes sociaux. La survivance d'un
grand nombre
d'institutions ne s'explique+elle pis tout naturellement
cette loi du transfert psychologique, dont la par
biologie ne
nous donne aucune idée et suivant laquelle ce
qui n'était que
moyendevient peu à peu, aux yeux des hommes, fin en soi?
C'étaitdonc à la psychologie bien plutôt
qu'à la biologie
fallait s'adresser directement, pour trouver les causes qu'il
pro.
chaines des transformations propres aux sociétés humaines.
Quoiqu'il en soit, et tout en regrettant que la poursuite des
analogies biologiques leur ait fait plus d'une fois perdre de
vue les explications psychologiques, il faut savoir
gré aux
auteurs d'avoir tenté l'analyse des causes de l'évolution
qu'ils
étudiaient. En montrant que cette évolution ne
s'opère pas
suivant un ordre déterminé, fixé d'avance
parTévotution pro-
gressive, mais s'infléchit dans un sens ou dans l'autre, s arrête
ou s'accélèresuivant que certaines causes sont
présentes ou
absentes, ils contribuent à dissiper cette confusion des lois
d'évolution avec les lois de causation qui a si souvent
dévoyé
ï/Att~K MCtOMOtQUR. <7

la sociologie.Décrire les phases du développementdes sociétés


n'est pas expliquer leur successionet croire que leurs phases
se succèdent suivant un ordre nécessaire, en quelque sorte
prédétermine dans leur germe, c'est encore se laisser abuser
par une idée biologique malcomprise outre que c'est oublier
l'influence des milieux sur les organismes, c'est assimiler à
tort, à ces organismes que t'bérédite astreint en enot, dans
une certaine mesure, à uu cursus détermine, ces êtres singu-
lièrement plus variables et plus souples, qui ont leurs façons
propres de naître, de vivre et de mourir, et qui sont les socié-
tés.
En un mot, tant par sa partie négative que par sa partie
positive, le livre de MM.Demoor, Massart et l'andervelde
nous paraît fait pour rappeler le danger en même temps, ou
peut-être plus encore que la fécondité du rapprochement des
sciences naturelles avec les sciences sociales il prouve on
enet que si ce rapprochement, méthodiquement conduit, nous
révèle des analogies lointaines, nous risquons, en nous y
fiant, d'oublier tes explications prochaines. Et en ce sens, de
même qu'il démontre l'impropriété de son titre, < t'evotution
régressive il nous paraît, démontrer l'iitégitimite de cette
croyance sous l'invocation de laquelle ses auteurs le plaçaient
pourtant, la croyance à t'heureuse influence de la biologie
sur la sociologie.

V. SAXTAMARtAbi-: PARRDES.– E! Concepto de Or~a.-


nismo social «.<' <'onccp<
(ror~oxfiMtfMc<a<,t,~to p. Fer-
nando Fe. Madrid, )89C.

i~tudeà la fois historique et critique du concept de l'orga-


nisme social. Après avoir brièvement rappelé tes avatars de
ce concept et signale son apparition dans le code de Mauou,
dans les dialogues de Ptaton, dans les epttres de saint Paul,
l'auteur le montre renaissant dans toute sa torce au milieu de
notre siècle, comme au point de convergence de la plupart de
nos tendances théoriques et pratiques, tt est l'aboutissant
naturel de tant d'efforts dilIéreuts pour concilier l'individuel
et te social, le rationncl et l'historique, le physique et le
moral (p. 15). La réaction contre le libéralisme abstrait de ia
Révolution, les influences combinées de l'école historique et
de l'école philosophique allemandes, des sciences naturelles
et du positivisme devaient le mettre en honneur. !1n'est pas
ANALYSES.SOMtOMOK
BtOMG~UE iM
étonnant par suite que les penseurs les plus difïérents eu
aient égalementuse.
Quel usage en ont fuit les Btuutsehti, les Sctt'ifHe, les
Spencer, les Fouittée. et jusqu'aux plus récents sociologues,
comme doGreefet Kovicow, Benjamin Kidd et Hené
Worms,
l'auteur )e rappelle avec patience, en des résumés clairs et
corn modes.
JI se demande ensuite ce qu'il faut garder de ce
concept st
répandu. I) coustate d'abord que ta muttipticité des types
sociaux, commela multiplicité des types organiques que les
différents auteurs ont essayé d'assimiler, donne
déjà à penser
que !a société n'est pas réductible à tel ou tel terme de la
série des organismes biologiques, mais qu'elle a sa structure
propre (p.)'!<)).Maispeut on qualifier cette structure d'orga-
nique ? Oui, si t'on se souvient que l'idée d'organisme n'im-
plique nullement celle de l'existence séparée d'un être
unique, mais celle d'un concours entre diverses parties dont
chacune sert tetout qu'elle représente, eu un mot une viecom-
mune d'etémentsdifférents. Unce seus.quaiinertasoeiété d'or-
ganisme, ce n'est nullement iuféoder la sociologieà lit biolo.
gie, c'est user d'une sorte de catégorie très générale qui peut
s'appliquer aux objets les plus di)Mrents. Le concept d'orga-
nisme apparatt dés lors comme un concept xou
plus spéciale-
ment biologique, mais plutôt métaphysique (p. HH). Kt, si
l'on passe du point de vue théorique au point de vue
pratique,
on s'aperçoit que cette idée épurée de l'organisme social
n'exclut nullement l'idée de la liberté indtvidette
(p. ~<)f)).
telle qu'elle convient à la vraie nature de l'homme et a sa
place privitégiée dans l'univers.
Et il est bien évident que si l'on élargit ainsi le
concept
d'organisme, jusqu'au point où it n'est plus autre chose, à
vrai dire, que l'idée même d'un rapport
quelconque cotre des
éléments quels qu'ils soient, il n'y a plus aucun inconvénient
a traiter les sociétésd'organismes. Nous
rappelons seulement
qu'une science spéciale ne saurait se constituer par la seule
application d'idées si générales. Entre l'excès des généralités
qui la confondrait avec la philosophie et l'excès des particu-
larités qui la confondrait avec l'histoire, la
sociologie doit
trouver un moyenterme, en cherchant à dénnir ce
qui con.
vient en propre aux sociétés et ne convient qu'à elles.
t44 L'ANKÈE SOCMt.OCtQUiS.

))).–S()t:hj ).<<(:))-: t'SYt:Hut.<)<:)~tHHT iU'ËCtt'tQt-H

t''HANKL!XIl. CiDMNtiS. The Principles of Sooio.


logy, 4fH.v)tp. Macmiiian et C' Xow-Yorit-London,i89M.
Traduits par ie vicomte Combesde Lestrade /<t<e<pM</<'
St)~-xtp. Uiard et Briëre, Paris, !?)'!
M(.')'ojo~tc,
M. Giddiugs est un des sociologues les mieux pénétres de
la nfcessite de spt'ciner ia sociologie.Elle doit bien être, sui-
vantlui, ia science généraie de la société, mais cela ne veut
nullement dire qu'elle ne puisse être que lit collection des
sciences sociales particulières. Elle peut faire sa spécialité de
l'étude de ce qui est commun aux phénomènes qu'étudient
l'économie politique, la science politique, l'histoire des reli-
gions. Elle prendra comme problèmes ce que celies-ci pren-
nent comme données, i'associatiou en eite-meme avec ses
conséquences et ses causes propres; elle sera une science de
principes, isolant les phénomènes proprement sociaux pour
en faire la description, l'histoire et l'explication.
Ni l'alliance, ni le contrat, ni l'imitation, ni ia contrainte
ne sunisent il les deunir. Car il y a des sociétés sans alliance
et sans contrat, comme il y et, hors des sociétés, des imita-
tions et des contraintes. Le chat-huant imite le rouge-gorge.
Le serpent impose son vouloir à l'oiseau, sans qu'H y ait
entre eux de lien social. Le lien social élémentaire et original
est constitue par lit < conscienced'espèce (consciousness of
kind). Unêtre en reconnait un autre comme étant de ta même
espèce que lui cet état de conscience spécial peut bien être
un ettet de l'imitation ou de la contrainte, mais n'en est pas
le scuieitet. H peut bien être cause de contrats ou d'alliances,
mais d'autres chosesen même temps. En un mot, plus généra!
que le contrat et l'alliance, plus spécial que l'imitation et la
contrainte, le phénomène de lit conscience d'espèce parait
propre à déthur, par un caractère qui convienne tl toutes ses
formes et no convienne qu'à elles, ia société.
Mais n'est-ce pas lit un phénomène psychologique, et par
suite votre sociologie ne va-t-etie pas se confondre avec la
psychologie? La sociologie est bien en eiïet une partie de
la psychologie, mais une partie qui s'en dUTérenciecomme

(t) Susfitttmn!!renvoientau tMt<- on~ioa),littntttactiut)


taisant )M)tt-
heareaMt))t!nt
<tdusitof.(V.Rer.p/tt/MO~A.,
tifST, p. SM.)
ANALYMS. – SOCMLOGtKSt'ÊOHOUE ~48
.1'1- 11
cotte-ci se diiîérencie de la biologie, Elle étudie à part ces
phénomènes psychologiques plus complexes et créateurs d'un
milieu spécia!, qui résultent de i'intcr.action des consciences
Individuelles. Elle est la science de l'association des esprits,
tandis que la psychologie t'esto la science de l'association des
idées (p. du texte)..
Intermédiaire entre les sciences organiques et les sciences
historiques, et usant d'ailleurs, comme toutes les sciences
concrètes, d'une méthode à ia fois déductive et inductive,
elle est capable de décrire les éléments et la structure de la
société, de retracer les phases de son développement, d'en
indiquer enfin ia loi et tes causes. Ainsi se formera une socio-
logie gcnérate et pourtant spécifique – science descriptive,
historique et explicative.
La première condition de la formation des sociétés est
l'agglomération prenable des individus, tt faut, pour que
puissent s échanger entre eux ces miiie actions psychiques
qui constituent ia vie sociale, qu'ils soient matériellement
réunis dans un môme lieu et forment une population Les
conditious extérieures de toutes sortes, l'altitude, le climat,
l'orientation des lieux, et par-dessus tout la fertiiité du sol,
déterminent la place comme l'étendue des agglomérations
humaines. Les sables sahariens, les montagnes rocheuses, ne
peuvent porter que des populations ciairsemées. tandis que
les riches vaiiées du Xii, de t'Huphrato ou les ptaines du Pu
font vivre les populations les plus denses. Le mode de déve-
loppement des populations est d'ailleurs double ou bien elles
résultent de lit croissance biologique de groupes qu un même
sol nourrit, c'est-à-dire de la muttipUcation de ses individus
par la reproduction c'est i' « agrégation génétique ou bien
elles résuitent de ia rencontre d'individus non apparentés
qu'un même lien attire c'est ia congrégation Celle-ci
n'est d'ailleurs pas moins normale quecette'ià elle a pu dès
les origines contribuer au rassemblement des hommes, puis-
qu'elle contribue déjà parfois, ou fait, à celui des animaux.
Mais cette agglomération n'est encore que la condition phy-
sique de la société. L'association apparait avec t'inter-action
psychique des individus. Et c'est sans doute par un conflit
– car M Giddings pense, contrairement à M. Tarde,
que le
conflit est partout, et que l'homme de science n'a pas à perdre
son temps à discuter avec ceux qui cherchent à éliminer la
lutte des choses humaines (p. t(M), que commence l'action
K.))))mfMË)M.–AMtcc!m<;«)).tSQ7. lU
L'ANNE): SOCtOt.OOQUE.M'T

.1.,
de tn"w
t'homme sur t'bomme. Mais, dans ce conflit même, les
individus de morne espèce apprennent à se reconnaître et à
prendre conscience de teur similarité. Kt puis, du sein du
conflit natt l'imitation qui élargit cette conscience
d'espèce.
Et sans doute encore l'imitation ne saurait détruire les causes
persistantes d'antagonisme bien plus, par la diversité ou
l'opposition de ses courants, on peut dire qu'elle en crée de
nouvelles. Mais l'antagonisme se limite lui-même et se ter-
mine dans l'équilibre. Les forces opposées, ne
pouvant se
supprimer, apprennent à se tolérer. Par lit tolérance, fonde-
ment de t'organisation juridique, sont rendues possibles ia
coopération, fondement de l'organisation économique, et
l'alliance, fondement de l'organisation politique une veri-
table association est née. Toutefois elle n'est parfaite que
lorsqu'elle est sympathique. H faut que les individus trou-
vent ptaisir au développement de cette conscience
d'espèce
qui natt de leur rencontre. C'est :') quoi servent les jeux et
les fêtes, sous toutes leurs formes. Leur utititf sociale est la
culture de ces sentiments sociaux par la vertu
desquels le
groupement n'apparaît pas seulement aux individus comme
utile, mais comme agréable.
A mesure que l'association se constitue, elle transforme les
esprits individuels, par cela seul qu'elle les socialise. Mais lit
ne se borne pas son action. Elle donne, de plus, naissance a
un esprit d'une nouvelle sorte c'est l'esprit social.
qui ne
siège pas sans doute en dehors des consciences particulières,
qui cependant tes domine et les maltrise. It comprend les
idées et les impressions communes à toutes, et qui s'imposent
à chacune d'elles. Déjà le simple assemblage des individus
en foule provoque parfois spontanément cette intégration des
sentiments qui est lit condition de l'esprit social. Mais cette
intégration peut aussi se faire délibérément par une discus-
sion rationnelle, après laquelle chaque individu pensera et
agira avec la pleine conscience que ses associés penseront
et agiront comme lui. Tout contact intellectuel la favorise; et
c'est pourquoi la concentration des Individus dans un même
lieu, ou, par le progrès des moyens de communication, le rap-
prochement moral des individus matérieHement tes plus éloi-
goes. contribueront à la genèse d'une opinion publique. Par
elle, la communauté prend pour ainsi dire conscience d'elle-
même, et trouve dans cette auto-conscience un lien nouveau,
une nouvelle raison d'être.
ANALYSES. – SOCIOLOGIE SFËOFtQUE i47

A vrai 1- Il--
dire, le lien _1
serait fragile si "1.
cette auto-conscience
était toute momentanée. Mais l'esprit social a une mémoire.
Au-dessous des idées qui unissent les hommes au moment
présent, se retrouvent celles qui tes ont uni:*dans les siècles
passés, la tradition sous toutes ses fonnes. Traditions d'uti-
lisatiou ou traditions économiques, traditions de totérance
ou traditions juridiques, traditions d'attianco ou traditions
politiques, puis, sur ce trépied des traditions primaires, i'en-
seMbtecomptoxe dos traditions secondaires, celles qui disent
ce qu'il faut penser de l'individu, do la nature, de lit divinité,
tout un mondede croyances anciennesvient pénétrer le monde
des opinions courantes. JI se fait une perpétuelle intégration
des idées traditionuettes et des idées nouvelles qui cons-
tituent ia vie, incessamment mobile, do l'esprit sociat ;p. ~4~.J.
Étant donnés, d'une part ta population, d'autre part l'esprit
social, d'une part les conditions physiques, d'autre part les
conditions psychiques de la vie des sociétés, comment vont-
elles s'organiser? Il importe de distinguer nettement deux
types d'organisation, !a composition et la constitution
t'ne société sera dite < composée iorsqu'otte n'unira ua
nombre plus ou moins gt'and de groupes similaires, réunis-
sant eux-mêmes des individus différents réunion d'ailleurs
naturettement produite par tes activités physiotogiquos et
psychotoniques des individus, et sans intervention réHechie
de l'esprit social. Les hordes des Fuégiens et des Mincopis,
tes tribus des Potatucks ou des Onondagas,les confédérations
des Iroquois ou des Tougans, enfin les grandes sociétés
modernes, non plus ethniques, mais démotiques, et qui ne se
composent déjà plus sans l'intervention d'un esprit social,
allient ainsi, en quantités très diverses, des groupes sociaux
semblables a l'intérieur desquels des individus dissemblables
se totereut.
Tout autres sont les sociétés < constituées Dans celles-ci,
organisées eu vue d'un but, les individus, non plus introduits
par un hasard de naissance, mais admis après un droit cons-
ciemment donné et reçu. sont plus semblables entre eux que
ne le sont entre elles les sociétés dont ils font partie. Entre
elles il n'y a plus seulement réunion, mais distribution et
coordination des fonctions. Non seulement les États, mais les
associations particulières poursuivent, sous l'impulsion direc-
trice de la conscience d'espèce, des fins soit économiques,
soit politiques, soit juridiques, soit morales, donnant ainsi
~8 L'AVER SOC)OLOOtQUB.i8''7

l'exemple de tu coordination de groupements dissemblables


qui se tolèrent, lundis qu'à l'intérieur de ctmeun d'entre eux,
les individus semblables s'aHient. Ainsi, tandis
que les
sociétés composées sont connue les cettutes vivantes d'un
grand organisme, les sociétés constituées sont comme ses
tissus et ses organes spécialises. Et
psychotoRiquementelles
sont l'inverse les unes des autres, la composition réunissant
des individus dissemblables en des
groupes semblables, ta
constitution, des individus sembtabtes eu des groupes dis-
semblables (p. 70, tHOi.
En étudiant ainsi, tour à tour, les éléments,
physique ou
psychique, et la structure, composante ou constituante de ia
société, il se trouve que nous avons, en gros, indiqué du
même coup les phases de son développement à l'ordre de
uotre analyse, un ordre historique
correspond. Et en ellet
c'est bien peu à peu, du sein de t'aggtomération même,
grâce
aux contacts qu'eite provoque et par
lesquels c l'homme
aiguise l'homme comme le fer aiguise le fer que nous
voyonsse formert'espritsociat pariui, la société, si puissante
déjà comme instrument de conservation, de variation et de
sélection dans le monde animal, devient vraiment humaine
l'association devient, de < zoogénique », <
anthropogénique
De même, c'est eu faisant prédominer lit constitution sur lit
composition, qu'ette devient, d' < ethnogenique < démo-
génique ». La civilisation substitue aux confédérations plus
ou moins spontanées de tribus homogènes
l'organisation
plus ou moins délibérée de sociétés dinerenciées, intégrées
en de grands États. Elle fait prédominer l'ordonnance volon-
taire sur l'arrangement spontané. Elle efface les différences
ethniques pour tendre vers la démocratie.
S'interroge-t-on maintenant sur les causes de cotte évolu-
tion dont on a déterminé le sens? 11importe de n'oublier ni
l'aspect objectif ni l'aspect subjectif du processus social. La
véritable association commence à la naissance de la cons-
cience d'espèce. Et ce sont les impulsions de cette même
conscience qui, agissant soit sur les tendances
spontanées
soit sur les choix volontaires de ces personnahtés
qui se
constituent dans et par la société, déterminent les transfor-
mations de cette société même. En ce sens la société,
qui n'est
pas un organisme, mais une organisation résultant, en
parue d'une évolution inconsciente, en partie d'un plan
conscient, obéit à un processus psychique. Maisit ne faut pas
– SOCtOMGtt!
AftAUÏKS. SPË<:tt'tQ).'R i49'
oublier que sa vie n'est qu'une phase de l'évolution eos'
mique. et que, comme telle, elle est assujettie aux conditions.
naturelles. D'abord les lois générales de la persistance et d&
la distribution de la force déterminent les mouvements de la
population, sa cohérence ou sa dispersion et le rythme
même de son activité. Puis, alors même que les sociétés s'or-
ganisent sous lit direction do choix volontaires, guidés par les.
valeurs subjectives, c'est encore la nature qui, assurant ou
contrariant leur succès, décide de la valeur objective de telle.
ou telle organisation, et, par ses processus physiques, choisit
a son tour entre elles. Et enfin, ces choix volontaires eux-
mêmes ne sont pas hors la loi naturelle ils no sont causes
que parce qu'ils sont euets. Ce ne sont que des modes parti-
culiers de ta force totale. Et en ce sens on peut dire que toute
énergie sociale est une énergie physique transformée. En un
mot, la sociologiepeut et doit rattacher les causes propres de
la vie sociale aux causes les plus générales du mouvement
même de l'univers et apparaît alors comme une science non
plus seulement descriptive, mais réellement explicative.
On le voit, si M. Giddings se fait une idée précise de la
sociologie, it s'en fait en même temps une idée extrêmement
large; et son.livre, ordonnant par rapport aux phénomènes
proprement sociaux les matériaux les plus divers, prouve
que, pour s'en tenir à un point de vue particulier, la socio-
logie n'entend nullement se condamnera t'étroitessedevues.
Gonsidérora-tette toutefois comme des acquisitions défi-
nitives et sur lesquelles on puisse dorénavant bâtir, sans
avoir à chercher de fondements nouveaux, ces distinctions
essentielles que nous propose M. Giddings, celle de la
composition et de la constitution sociales, par exemple, ou ta:
conception même-de la conscience d'espèce*?-
Au premier abord, on peut croire que, en distinguant fOtM-
~<M(7<oK et eot)~x«o)t sociales, M. Giddings entend à peu-
près la même chose que M. T<innies lorsqu'il disting)t&
CemeoMc/M~ et GM<'<bcAa~. et Ai.Durkheim lorsqu'il distingue
ffoMtu'tMMtt'Mn~Me et M<«~'<ff'or~H~uf, et qu'on se trouve
enfin en présence d'une de ces distinctions vraiment univer-
selles, consacrées par l'accord imprévu de sociologues difïé-
rents. Comme M. Giddings, MM. Dnrkheim et T&nnies dis-
tinguent à peu près du type des sociétés non dinëreneiées~
dont les éléments ressemblent aux cellules homogènes des
organismes primitifs, celui des sociétés différenciées. dan&
~SO L'AtfSÉESOt:MMG)Q(.'t!.
<??

lequel les éléments spécialisés pour des fonctions différentes


ressembteut plutôt à des organes hétérogènes. Mais, par élé-
ments de la société, M. Giddings paraît entendre les groupes
composas ou reconstitues à l'intérieur d'un groupeutent plus
large. Quant au rapport des individus à t'intérieur des
groupes. il ue le cousit pas du tout de la même manière que
les précédents sociologues il s'eu fait môme. semble-t-il, une
conception précisément inverse de lu leur. t) tient les indi-
vidus pour ptus dissemblables à t'mtérieur des groupes
qui
font partie d'une société composée, pour plus semblables à
l'intérieur des groupes qui font partie d'une société cons-
tituée. En quoi. il faut reconnaître que sa distinction parait
moins conforme aux faits que .cette de M. TOnuies ou de
M. Dut'kheim. Car, s'il.est vraisemMaMequ'on a parfois exa-
géré, – en cédant à un penchant à la symétrie favorisé .par
l'insuffisance des documents – i'honto~encitt!primitive des
individus il l'intérieur des groupes, il n'en est pas moins
vrai que le progrès de ta civilisation, correspondant à la
substitution des sociétés constituées aux soci6tés composées,
a partout eu pour résultat de difïérenciertes individus eux-
mêmes. Et, dans ces sociétés organisées en vue d'un but
soit économique, soit morat que M. Giddings nous
présente
comme le type des sociétés constituées, il n'est pas rare que
la spécialisation des fonctions, avec lit différenciation inous
ne disons pas l'inégalité) des individus qui en résulte, soit
commandée par lit consciencede ce but Jui mêmeet croisse a
mesure que les sociétés deviennent pins auto-eonseientes.
Nous sommes donc en droit de suspecter lit vérité de l'auti-
these a taquet te aboutit M.
Giddings.lorsqu'il nousprésente
les individus des sociétés composées plus dissemblables, las
individus des sociétés constituées plus sembtabies
que ne le
sont entre eux les groupes dont la réunion forme ces sociétés.
Peut-être cette antithèse a-t-elle été, d'ailleurs, incons-
ciemment construite par M. Ciddings pour les besoins.de sa
conception centrale, la notion de la conscience d'espèce. En
effet, cherchant le fondement même de la société dans cette
conscience et, dans son développement, la mesure du
progrès
social, il devait être naturellement porté à admettre que la
substitution de la constitution sociale à la
composition, autre
aspect du progrès, augmente entre les individus cette ressem.
blance qui favorise la conscience
d'espèce.
De cette conscience même, dont il signale
justement t'im-
ANALYSES. SOCtOLOGtHSPËCO-'tQUË J81

portance, on eût voulu que l'auteur définit plus nettement


l'essence et distinguât les formes. Il paraît le plus souvent
l'entendre comme une ressemblance on quelque sorte exté-
rieure.autre, parexempie, que la ressemhtance des croyances
religieuses ou des opinions politiques, et commes'it fallait,
pour que réellement les individus fussent associés, qu'ils se
sentissent réellement de même espèce, au sens presque phy.
siquedu mot. Maisit importe de remarquer quasi, à l'origine,
les ressemblances extérieures et comme sensibles déter-
minent en effet l'attitude des hommes vis-à-vis les uns des
autres, si même elles conservent, jusque dans les sociétés les
plus civilisées, une influence prépondérante – comme le
prouve cette répugnance presque physique des Américains
pour les nègres, et dont il est permis de penser que le spec-
tacto a influe sur les conceptions de notre auteur, it n'en
est pas moins vrai que la vie sociale elle-même habitue les
hommes à juger importantes tes ressemblances intérieures
plus que les ressemblances extérieures, les morales plus que
tes sensibles; et c'est ainsi qu'il arrive que le sentiment de la
communauté des opinions fonde, malgré les différences d'es-
pèces biologiques, une conscience d'espèce nouvelle. En un
mot, la conscienced'espèce ne s'étargit pas seulement, elle se
transforme, et les caractères que les hommes prennent en
considération pour se déclarer semblables varient avec le
temps et les lieux. La conscience d'espèce n'est donc pas un
phénomène social immuable demeurant identique à lui.
mcme et ne variant que quantitativement au milieu de la
diversité des sociétés it varie, dans une certaine mesure,
qualitativement, comme varient leurs phaseset tours formes.
la, d'ailleurs, est-il davantage un phénomène social univer-
sel, c'est-à-dire tel que, sans lui, il n'y ait pas de société ?
Accompagne t-il toujours les relations qui s'établissent entre
les individus? N'arrive-t-il pas que des sujets considèrent
leur mattre comme c d'une autre espèce En s'ontils moins
liés à lui par des rapports sociaux constants et définis? Et,
sans s'arrêter &ces rapports de subordination, ne voit-on pas
maint rapport de coordination s'installer entre individus
sans s'appuyersur la conscience d'espèce? Elle intervient peu,
de l'aveu de M. Giddings, dans les associations économiques.
Que dire d'une dénnition de la société qui n'englobe pas tes
formes économiques de l'association, et qui, d'autre part,
nous oblige à regarder les indigents comme hors la société?
tM L'AKNËK HHH
SOCtO~Ut~UK.

t<).––Att-«.––AM -H t*~ 1.
Malgré t'ef!ort métttodiquo de M. (..iddings pour trouver le
fait social ft ta fois universel et spécifique, il semble donc
bien que, si la conscience d'espèce n'est pus, comme lu con-
trainte ou l'imitation, plus générale que la société, elle est &
son tour, comme t'attianee ou le contrat, plus spéciale.
Peut-être, si l'on veut échapper a cette étroitesso des
concepts pur lesquels ou essaie de définir, eu même temps
que ce qui convient aux seuls faits sociaux, ce qui convient
à tous les faits sociaux, faut-il remonter jusque l'idée m6me
de rapport, et teuir pour un fait social tout ce qui resntto des
rapports quels qu'ils soient qui s'établissent outre les indi-
vidus. Quelles que soient les idées que les individus se font
les uns des autres, les sentiments qu'ils éprouvent vis-à-vis
les uns des autres, qu'ils se regardent comme de la même
espèce ou comme d'espèces différentes, qu'ils s'imitent ou se
contredisent, qu'ils se contraignent ou coopèrent librement,
du mutneut que leurs états d'esprit sont modifiés par leur
coexistence même et leur « inter-aetion nous tenons un
phénomène dont les individus sont le théâtre sans en être,
en tant qu'individus, la raison suffisante. En partant des
formes tes plus générales de ces inter-actions, seuls phéno-
mènes véritublerneut communs à toutes les espèces de
sociétés, peut-être serait-it possible d'expliquer, de « dériver 1,
plus d'un fait social que l'on semble tenir pour premier, et
de prouver par exemple que lit conscience d'espèce est bien
plutôt une conséquence que la cause même de la vie sociale.

U. SiMMEL. Superiority and subordination %s


subject-matter of Soclology.s'M~'n'on7<' .<fM<wv/<M«~'oM
<<«~ocif )'<«';KM'<o/o~)«'),M p. Extrait de t'~m<'r<c«tt
~MMM«<o/s<M'«~t/. Cttica~o, )8{)C.
Plus encore que M. Ciddings, M. Simmel panttt avoir à
ccBur de prouver qu'une sociologie ~'<c«! MH<:tt a droit H
l'existence. Elle n'a pas besoin, pour se donner un champ
d'études, de se forger des réalités substantielles il lui suffit
d'étudier spécialement tes formes dans lesquelles s'exerce
l'action (tes individus les uns sur les autres. Et sans doute,
ces iuter-actions, naissant des impulsions et tendant vers les
fins les ptus diverses, ne s'exercent pas toutes dans un même
domaine ettes diffèrent par leurs contenus, par tes objets
auxquels elles s'appliquent. Les différents contenus de ces
AXALYSES.
– MCtOMMtESt'HOHQUS ~M

inter-actious, les sciences sociales spéciales les étudieront


individuellement. Mais on peut en concevoir une qui, de
même que lu géométrie fait abstraction de la matière des
cubes pour ne considérer que leur figure (p. 168), fasse abs.
traction de ces « matières de l'activité sociale pour s'atta-
cher à l'observation des formes suivant lesquelles elle se
réalise ce sera la sociologie proprement dite.
C'est ainsi qu'elle pourra étudier à part la supériorité et
ia subordination, formes sociales générâtes qui se rencontrent
aussi bien dans les sociétés économiques ou morales que
dans les sociétés religieuses ou politiques, et prouver que,
quelle que soit lit matière à iaquette ils s'appliquent, les
dinerents types de supériorité ou do subordination qu'elle
distinguera entraîneront différents effets qui leur sont
propres.
La supériorité peut être exercée soit par un individu, soit
par un groupe, soit par un principe collectif supérieur aux
individus.
La subordination d'un groupe a un seul individu, que
cet individu représente d'ailleurs les aspirations du groupe
ou les contrarie. – a pour conséquence ordinaire t'uninca-
tiou du groupe. Par là s'explique le principal avantage des
monarchies elles font l'unité des peuples. La décadence des
cités grecques fut peut-être duo à l'absence d'une autorité
supérieure qui eut uniné leurs partis en les dominant.
Cette unité peut d'ailleurs s'opérer de deux façons soit par
nivellement, soit par gradation. Tantôt l'individu domina-
teur s'efforce d'imposer a tous ses sujets un abaissement uni-
forme ainsi s'explique la relation bien connue du despotisme
avec t'égatitarismo. Tantôt les diverses couches de la popu-
lation, inégales en largeur, participent, à des degrés inégaux,
à ta puissance, soit que son détenteur leur en ait octroyé des
parcelles, soit qu'elles lui en aient arrache par leur propre
progrès. Dans les deux cas, sa supériorité s'explique par le
fait que, tandis que les individus subordonnés ne lui subor-
donnent qu'une partie de leur personnalité, l'individu domi-
nateur les domine avec sa personnalité tout entière. Supério-
rité et personnalité sont intimement liées.
Lorsque la domination est exercée non plus par une per-
sonne, mais par un groupe de personnes, le caractère des rela*
tions entre supérieurs et subordonnés en est notablement
modiMé.Ceux-cis'en trouvent parfois plus durement traités,
~S4 t/ANNEE SOOOLOCtQUE. 1M7

_r_f.. a""
parfois aussi plus justement. La domination d'un groupe est
impersonnette comme telle, moins arbitraire, elle tient aussi
moins de compte de la personnalité môme des subordonnes.
Lorsqu'elle s'exerce par l'intermédiaire d'un agent, – phéno-
mène sociologique très particulier et qui n'apparatt que dans
les sociétés déjà développées la subordination revêt un
caractère tout spécial la domination se fait, ici, plus raide
et ta, plus retaehée en s'exerçant administrativement. t
Lorsque la supériorité appartient non plus à un groupe
d'individus, mais a deux, alors les subordonnés diminuent
ptus aisément le poids de leur dépendance. Et sans doute, s'ils
sont absolument privés de toute initiative, il arrive
qu'ils
pâtissent davantage de la dualité de leurs supérieurs < Hne
fait pas bon servir deux maîtres. Mais pour peu
que
quoique liberté d'action leur soit laissée, il leur est toisibte
d'utiliser les divisions mêmes de leurs supérieurs < ««o&xs
/<~<~«f( ~«M ~<«f~ Le tiers Htat sous l'ancien régime,
entre ta royauté et la féodalité, a été ce tertius gaudens ».
ft est d'ailleurs rare que les groupes supérieurs à un autre
groupe soient absolument égaux entre eux; le plus souvent
ils sont subordonnés eux-mêmes les uns aux autres; alors se
produit ce phénomène sociotogiqueessentiel, ta hiérarchie
par le recours qu'elle donne au subordonné contre son supé-
rieur immédiat, tes subordinations s'adoucissent en même
temps qu'elles se régularisent.
La supériorité d'un principe, d'un idéal impersonnel, qui
s'étéve au-dessus de tous les individus, reud d'ailleurs lit
sujétion moins pesante aux assujettis. Elle a en euet pour
résultat de faire passer les supérieurs eux-mêmesau rang de
subordonnés ils deviennent eux-mêmes obligés envers
l'ordre qu'ils font respecter le prestige se détaciteen
quelque
sorte d'eux-mêmes pour s'attacher à l'idée qu'ils repré-
sentent, à la fonction qu'its remptissent. Sous l'empire, de
plus en plus développé, de t'idée que les supériorités ne sont
que des fonctions commandées par t'ouvre commune, l'infé-
rieur a le sentiment de collaborer avec son supérieur le rap-
port de subordination se change, subjectivement, en rapport
de coopération.
Lorsque, surtout, le développement des sociétés est têt
que, d'une part, les mêmes places supérieures pourraient être
remplies et le sont en fait par des individus différents, que
d'autre part, comme it arrive par la multiplication des
AXtt.Y<ES. – SOCIOLOGIE SP~Ctt'tQUE !SK

nm.. Inn nsAn,un in~iiwirlmu nnnl 6 mn nnnl<nin


cercles sociaux, les mêmes individus sont, à un certain nnGn!
point
de vue, supérieurs, et, a un certain autre, subordonnés, on
comprend que les individus en arrivent à se sentir é(;aux.
Ce n'est pas à dire que le rapport de subordination doive,
ou même puisse disparaître car il est essentiel a la consti-
tution des sociétés il perd seulementet on peut espérer qu'il
perdra de plus en plus ce qu'it peut avoir d'humiliant pour
les inférieurs, puisque la supériorité s'abstrait en quelque
sorte de la personnalité taquetteetteétaitoriginairementtiée.
Telles sont – autant du moins qu'on peut. les résumer
les ingénieuses considérations que M. Slrnmel tire de l'étude
directe des diftérents types de supériorité et de subordina-
tiou. Les lecteurs qui réclament des faits regretteront
peut-être qu'elles ne soient pas toujours illustrées d'exemples
historiques assez précis, datés, tocatisés et comme patentés.
Mais il faut se souvenir qu'il n'y a rien d'étonnant à ce que
la sociologie, telle que l'entend M. Simmel, ne puisse pas
toujours montrer, réalisés dans l'histoire à l'état de pureté,
les rapports dont elle fait ses objets propres i p. tT?'. Ette n'a
pas lit prétention en effet d'expliquer tout ce qui arrive dans
ta société mais seulement ce qui arrive par la société
c'est-à-dire ce qui est du à l'influence déterminée de telles ou
telles formes sociales. Elle a donc conscience de n'étudier
qu'un des facteurs de l'histoire, dont il n'est pas étonnant
que l'action soit souvent, en fait. obscurcie par celle des fac.
teurs collatéraux interférences dont Il faudrait tenir compte
si J'on voulait expliquer l'évolution totale de l'humanité, mais
dont it faut faire abstraction si t'en veut constituer une science
spéciale de la société fp. 413). En ce sens, on peut dire que.
pour M. Simmel, la sociologie doit être une science abstraite.
Cette expression, pourtant claire, a un inconvénient elle
éveille des associations d'idées toutes faites recherche des
< quintessences culte des idées a priori retour a la
< métaphysique mépris des < faits etc., telles sont les
accusations qu'on ne craint pas de rééditer contre ceux qui
insistent sur la nécessité de l'abstraction en sociologie, its ne
fout pourtant que recommander un procédé commun à tontes
les sciences en rappelant que lit sociologie, pour se cons-
truire, doit, non pas « spéculer » sur des idées en l'air, mais
< isoler du complexus de la réalité historique les faits qui
lui sont propres. En ce sens la sociologie doit être abstraite
pour être spécifique.
<S6 L'AGEE SOOOMUtQUE.
<??

fC. nftt'f'rt*'e,
BOUCLÉ. – <– –
Qu'est-ce que la Sooioloarie ? dans la
/<Muc</<' ~< du t~ août t8;)7, p. 3:M-SS(!.
AvecM. Simmot. l'auteur de cet article estime que la soeio.
logie, devant être, non pus toute une philosophie de l'histoire,
mais une science sociale spéciale, se constituera en dégageant
des diiJérentes matières dans lesquelles elles se réalisent, les
< formes sociales Capables de rester
identiques lors mémo
que changent les individus qu'elles unissent, ces différentes
formes août des réalités propres, que l'abstraction
peut isoler
de l'histoire. Mais une science ne saurait se contenter de clas-
ser des formes, elle veut découvrir, entre certains
phéno-
mènes donnés, certaines relations constantes, et prouver que
les uns varient en fonction des autres. C'est pourquoi le
sociologue devra étudier d'une part tes conséquences et
d'autre part tes causes des formes qu'il aura une fois déunies.
Ainsi il se trouvera amené à mesurer l'inl1uence que peuvent
exercer la densité des sociétés, leur homogénéité ou leur
hétérogénéité, te degré et la nature do teur organisation sur
l'économie, sur le droit, sur tes mmurs, sur tes religions, sur
tes arts, et inversement. – Se placer au point de vue
géographique c'est observer tes formes terrestres, leurs
conséquences et leurs causes observer les formes sociales.
leurs conséquences et leurs causes,ce sera se placer au point
de vue sociologique

StMos N. PATTEX. The relation of Sooioto~y to


Psychology. fltelutious < la Sociologieet <~ ~c/<«h.
~'f. ) Extrait des .tMMaho/'<A<'a<M~-t<'<~lca~emf/ o/' po/<7<.
cal <t<t<<
social .fc«'Kt-c,? p. Philadelphie, t896.
Pour M. Patten la méthode analogique dont la sociologie a
tant usé jusqu'ici, n'est féconde qu'en équivoques. Elle peut
avoir ses avantages dans l'enfance de la science lorsqu'il
s'agit d'habituer les esprits à t'idëe que les sociétés humaines
sont, elles aussi, soumises à des lois naturettes; mais, cette
idée une fois acquise, tes notions empruntées aux autres
sciences ne peuvent qu'entraver la marche de la sociologie.
II faut la délivrer, non seulement do la biologie, ce qu'on
paratt généralement admettre aujourd'hui (une des précé-
dentes brochures de l'auteur est intitutéo ~<<Mt-fo/Mo~~
Socto~), mais, ce qui paraîtra plus difficileà admettre après
les f<'<MC<~de Giddings, de la psychologie même.
AttAU'SKS. – 80CMKM!E SPÉCtFtQUE IS?

A vrai dire, nous ne trouvons pas, dansl'article do M. Pat.


ten, la distinction formelle et précise entre faits sociaux et
faits psychotoniques que suppose cet effort pour ériger la
sociologie, non seulement eu science spéciale, mais en science
indépendante.
M. Patten entend-il rappeler que lit sociologie n'est pas
réductible directement à la psychologie individuelle, et qu'il
ne nous suturait pas, par exompie, pour découvrir les formes
des Institutions, d'un simple examen de conscience? Nous
sommes alors d'accord avec lui puisque nous tenons que lit
mise en rapport des individus fait apparaître des phéno-
mènes originaux. Mais veut-il dire que ces phénoméues ne
supposent rien de psychique, et que faction des milieux r
s'exerce directement, sans l'intermédiaire des faits de cons-
cience? Alors faction de ces milieux nous parait aussi inex-
piicabie que ia réalité de ces phénomènes est indéfiuissabie.
Les mitieux, quels qu'ils soient, n'agissent pas sur tes rotations
dos individus autrement que par les impressions qu'ils font
sur teurs consciences. Ce qui unit les hommes, nous dit
M. Patten, ce n'est pas quelque idée subjective, mais une
condition objective ~p. 13i; ce n'est pas la communauté de
race ou d'idées, c'est la communauté du lieu dans lequel ils
se réfugient. Maiscette communauté d'habitat peut etie exer-
cer une action sociale autrement que par tes sentiments réci-
proques auxquels elle invite les individus qu'ette rapproche'?
Et lorsque, pour maintenir leur association, s'organise cette
contrainte sociale (social control) à taquette M. Patten attri-
bue une si grande importance, ne nous dit-il pas que sa puis-
sance repose sur les plaisirs qu'elle est capable d'assurer ou
de retirer aux individus? Si l'on se souvient d'ailleurs que
M. Patten explique l'évolution sociale par le passage do
l' économie de la peine à f l' économie de la jouissance
passage iui-méme expliqué, sembte-t-ii, par la prépondérance
que prennent les fonctions motrices sur les fonctions sensi-
tives, on s'étonnera qu'il veuille détacher radicalement la
sociologie de la psychologie, alors qn'it a construit, pour sa
o/'jMC<f<<
ï'Ae<M')/ ~rrc~, tout un système psychologique.
Pour notre part, il nous parait sans doute impossible que
le soriologue explique les relations qu'il constate, entre les
formes de l'économie par exempleet les formes de ia famille,
ou entre la densité de la population et la division du travail,
sans faire de la psychologie. Tout phénomène social, résul-
iM t.'ANK&EMOM.OOtoUH.tMT
tant dece que Ciddings ou Simme)appellent t' < intercourse
ou i* inter-action des individus, suppose une communica-
tion préatubte des oons'-iences.C'est pourquoi on a r:)ison de
dire que la simple juxtaposition des individus ne constitue
pas en ette.meme uue société pour qu'une société se consti-
tue il faut que les individus juxtaposés aient réagi tes uns
sur les autres – et que par cette réaction réciproque t'hacun
d'entre eux se soit trouvé modifié.
Mais est-ce & dire que t'analyse des faits de ]a conscience
individuelle rende inutile l'étude spéciale de ceux qui resut-
tent de l' u interaction des consciences? Que la psychologie
rende inutile tu sociologie? Depuis quand une science, parce
qu'elle se laisse rattacher à une science plus générale, perd-
elle toute raison d'être ? On reconnaît qu'on ne peut pas faire
la biologie sans physique et sans chimie est ce à dire pour
cela qu'on dénie il )a biologie son droit a l'existence ? Hxiger,
pour qu'une science se constitue a part, qu'elle prouve qu'elle
n'a pas besoin des autres, ce serait méconnaître tout l'en sei-
gnement de l'histoire des sciences elles s'élèvent en s'ap-
puyant les unes aux autres. Les plus complexes n'ont nul
besoin, pour se constituer, de « couper les ponts entre elles
et les plus simples il leur suffit do montrer que, de !a com-
binaison des phénomènes étudiés par celles-ci, résultent des
phénomènes nouveaux, dont il faut chercher directement les
ellets propres et les causes prochaines.
C). Hernard t'a dit avec la plus grande netteté Quand on
réunit des étéments physiologiques, on voit apparattre des
propriétés qui n'étaient pas appréciables dans ces éléments
isolés. Des phénomènes tout ù fait spéciaux peuvent être le
résultat de l'union ou de l'association de plus en plus com-
plexe des éléments organisés. Leur union exprime plus que
l'addition de leurs propriétés séparées. Ainsi, la connais.
sance de t'homme isolé ne nous apporterait pas la connais-
sance de toutes les institutions qui résultent de son associa-
tion et qui lie peuvent se manifester que par la vie sociale.
La « connaissance de l'homme isolé la psychologie indi-
viduelle ne saurait donc suffire à nous renseigner sur les
formes, les conséquences et les causes sociales do la subor-
dination par exemple, ou de la coopérationou de l'opposition.
Et sans doute on peut dire que ces phénomènes sont encore
en dernière analyse des phénomènes psychologiques mais
ce sont du moins des phénomènes psychologiques originaux,
ANALY8KS. SOCtOMOtK SP~O~tQUB !5H

que ta simple inspection des données de !a conscience indi-


viduelle ne pouvait faire prévoir, ti importe don'' de les Étu-
dier a part 'est pourquoi nous pensons que la sociologie
peut et doit être il lu fois psychotonique et spefifique.

FtX.~LKS
XHMAXQUHS
A quelles lois obt'it le mouvement des sociétés et le con-
sensus de leurs parties? Sont-ettes soumises dans leur
cnscmbteauneevotution qui sera nécessairement régressive
après qu'elle aura été progressive? Ou la régression n'atteint-
elle que certains de leurs étéments? Ht)devenant plus denses,
plus complexes, mieux organisées deviennent-elles, ou non.
plus semblables les unes aux autres? La transformation de
leur structure a-t-elle pour résultat d'assimiler les indivi-
dus qu'elles rcunissent, ou de les différencier? Cette trans-
formation est eifo i'œuvro de la pression quasi mécanique
des faits économiques ou de l'influence des idées ? Leur orga.
nisation s'élabore-t-elle tout inconsciemment, ou se con-
forme't-eite à des volontés sociales conscientes? Tous les
individus participent-ils également à ces volontés, ou la
société ne prend-ette jamais conscience d'etto-meme que par
une élite? La subordination des masses aux otites est-elle un
fait passager ou un fait constant, essentiel à la constitution
des sociétés? Dans quelle mesure tes formes de cette subor-
dination réagissent-ettes sur les individus qu'elles mettent en
rapport ?
Mieux qu'aucune discussion de mots, t'6num6ration rapide
de ces différentes thèses, qui se dégagent des travaux que
nous avons résumes, nous paratt propre à prouver qu'il existe
bien toute une série de problèmes, intimement liés d'ailleurs
les uns aux autres, qu'aucune science spéciato ne s'est jus-
qu'ici attachée et que ta sociologie doit spécialement s'atta-
cher à résoudre. Ce sont ceux qui résultent des formes origi-
nales, des conséquencespropres et des causes prochaines des
rapports qui s'établissent entre les individus pour faire
nattre, de leur juxtaposition, une association.
DEUXiRMESHC'DOX

SOCIOLOGIE MËLI&tMUSH

h –TKArr~t:~t:K.\t.'X,)')ttt.t'St)t'n));, )))::)-))<)))).'
)'?)')). MACiiii.

F. BYRO?!,JEVONS. – An Introduction to the History


of Religions. (/M/o~Ke//o/i « ~7«s/on'<'des ;'e/~t'OMS.)Me-
thuenand Co, !8!<C,tV, 44!<p.
M. J. nous donne un véritabte manue) de la science des
religions telle que la conçoivent les savaots de la nouveitc
Ècote anthropologique H. Smith, MA!.Tyior, Lang, t-'raxer.
< Il veut résume)' IHSrésultats de
t'anthropofogie récente,
apprécier leur xnportaHce pour les pt'obtmnes retigieux.
Ainsi, le livre s'adresse d'abord aux étudiants en histoire des
retigions; mais H présente encore de riuteret pour les folk-
ioristes, et en gênerai pour le grand public. Exposer l'état
actuel des questions, et, à propos de chacune, montrer dans
quel sens la recherche devra s'orienter, voita les deux buts
de l'auteur.
M. J. résume et a joute sa méthode est exactement celle de
ses prédécesseurs ses principes sont ceux qu'ils ont adop.
tés. H iui arrive de se proclamer leur disciple (ex. p. 2oQ).Il
est donc resté Mets à ce qui est l'esprit même de ce que nous
pouvons appeler t'Hcote anglaise, ou plutôt encore (car elle a
déjà souvent dépassé tes Jhnites de la science anglaise) l'École
anthropologique de ta sciencecomparée des religions. Il serait
long d'exposer les résultats généraux de tous ces travaux.
Mais il est indispensable de montrer, à grands traits, pour le
public socioiogique et à propos de ce livre, ce qu'est essen-
tiellement cette école. Historiquement, elle dérive de
J'évolutionnisme Spencerien, et la continuité de l'évolution
ANAHSBS. – MCMMGtE RSUOtEU~ti 16i

religieuse est t)n


B att un f)a
de Kfa
ses th&mae
thèmes fn~npie
favoris. N«!~ttt!ft<tttnm«~t
Scientifiquement,
d'une part, elle s'oppose&l'Écoiophilologiqueallemandeet
fraaçuise (tout particulièrementavec M. Lang), et, d'autre
part ellese rattacheà la sciencerécentede l'anthropologie.
Elle tacitede retrouverles principes humains, et non plus
historiquesotphilologiques, desfaits religieux.L'explication,
commetoutesles explicationsde l'anthropologie,consisteà
découvririe fond psychiquede l'humanitétout entière sous
la variété des phénomènes.Eu .étroits rapports avec tes
recherchessur les origines de la famitto,de la société,du
droit, l'anthropologie religieusea doncconsistéà introduire
l'étude des religionsprimitivesdans le cadredes anciennes
études historiques, phitotogiqueset fotktoristes.Les faits
qu'étudiaientl'histoireclassiqueou bien la philologiecom-
parée, ou bien le folklore,reçoivent,eu effet, un jour tout
nouveaude leur constantrapprochementavec les faits des
religionsprimitives.Alorsl'identitéfondamentaledocestrois
ordres de faits apparatt religiousprimitives,religionsdes
anciens peuplescivilisés,survivancesdes croyanceset des
rites dans les usageslocauxet les traditionsde l'Europeet
de l'Asie.
Maisce sont là, en quelque sorte, les procédésextérieurs
de l'école.L'espriten apparaitavecdeux caractèresconstants
depuis M. Tylorjusqu'à MM.Harttandet Jevons.L'anthro-
pologieest une sciencevague,sous grandeprécision, où la
comparaisonn'est pasgouvernéepar des canons rigoureux,
où la recherchedu fait contraire n'est nullementcapitale.
L'étudedes concordancesest tout, celle des différencesest
secondaire,fi y a à cela une raison l'anthropologieest une
branche de la psychologieindividuelle; la méthodede la
religioncomparéeest donc du mêmegenre. 11s'agit toujours
de retrouverles processusmentaux individuelsqui sont &ta
base des faits croyancesou actes religieux.La découverte
des principespsychiquesépuisela rechercheet l'explication.
Quandon a rapprochéles régiesdu tabouet teslois de l'asso-
ciationdes idées,quandon a rapportél'originedes culteset
de la magieà unenotionprimitivede la causalité,le but est
atteint. Un certainintellectualismeest le principecachéde
cette méthode.Lesactionsde l'hommesont censéesdépendre
de ses vuessur le monde.Cen'estpaspar les besoinssociaux,
ni par les institutionsconcomitantesqu'on expliquela forme
des phénomènesreligieux,mais par des conceptionstout
Is. UKtmMEM.Ann<K:
fiucM.~97. )t
tG2 Î'ANK)}RSOCtOMCtQCE. itK)7

individuelles.Je sais bien que R. Smith a fait la part plus


grande aux rites qu'aux croyances,que M. Fraxera ambi-
tionnésurtout de constitueruue sciencedes rites. Mah)tou-
jours et partout, même cheznotre auteur, commeon .verra,
ce sontencoreles Idéesqui gouvernenttout.
Le caractère générât des résultats s'en ressent. L'emploi
principalde la psychologieindividuelleet de l'anthropologie
aboutit surtout &constituer des schèmestrès généraux,où
tous les faits fusionnentles uns avec les autres, mêmeavec
leursopposés,detelle sorte qu'on aboutita une sorted'image
générique,et non pasà un systèmerationneldes phénomènes
constates. Certes rien ne se répèteplus, et chez les divers
peuples et aux dittérentsmomentsde l'histoire,que les faits
religieux. La constitution de genres n'est nulle part plus
facile et sur bien des points,les travauxdes savantsanglais
ont abouti du moinsà cela, Mais l'intérêt consisteprécisé-
ment à voir l'évolution, la déformationde ces genres, leur
division historique en espèces distinctes.En résumé, tous
les caractèresde ces travaux proviennentd'un mêmefait la
méthoden'est pas sociologique.Entout cas, des considéra-
tionsde cet ordre ne sont qu'accidentelles ou accessoires.Or
c'est en rattachant, une foispour toutes,lesfaits religieuxà
leur substratum social, qu'on leur donneraleur véritable
physionomie.leur place,et qu'on les verrado la façonréelle-
ment objectivequi convient.
Lesouci de l'histoire, la directionde l'étude versles pro-
blèmesde l'évotutiou religieuse,lostendancesvers une vue
volontaristeet sociologique(p. S.40U.4t)) sont des.qualités
précieusesde la pensée de M. J. Il est un des savants de
l'Écoleanthropologiquequi ont le plus rénéchiaux principes
de leur science.Il a apportésoitdescritiquesà desthéories
admises,soitdes conclusionsnouvelles.Commeou n'analyse
pas uu manuel, nous allons nousbornerà l'étudedes ques-
tions les plus importantes où M. J. nous semble avoir
innové,savoir les rapports do la religionet de la magie,le
totémisme,la théoriedu tabou.

I. – M. Frazer avait aboutià cette conclusiongénérale,


d'uue identitéfoncièrede la religionprimitiveet de la magie
dite sympathique, qui subsiste dans le folklore identité
d'originepuisque toutes deuxdériventd'unemêmeconcep.
tion de la nature, oa n'existentni la notiondu naturel, ni
– SOQOMGtB
ANAUSES. !<M.tGt)!USt! 16&
celledu surnaturel,où toutse mêio, et où un départ n'est pas~
fait entre les pouvoirsmagiquesdes hommeset lespuissances
divfues identitéde nature, puisquela magieet le culte sont
des applicationsdu mAmeprincipe, suivant lequel le sem-
blante engendrele semblable.L'actedu sorcierou du prêtre
est censé,on etïet,produiresympathiquementuu phénomène
similaire, correspondant et attendu (Ct.p. 281).– Contreune..
telle théorieM.J. s'élèveavecla plus grandeénergie. Loin
d'être lu sourcede lit religion,ou de lui être identique,la
magie,pense-t-il,en estl'opposé.Elleest différented'origine.
Cetteconceptiondeia natureque AI.Frazerdécrit,où hommes
et dieux M confondaient, où le mélangedu surnaturel et du
naturel fournissaitde l'actiondivineet humainedes notions
fantasmagoriques, cetteconception,soutientM.J., n'a jamais
existé. Aulieud'avoirpourprincipeles capricespossiblesde la
nature.la magiedu primitifreposesur la croyanceà i'unifor*
mitéde seslois(p. L'animisme,suivant lequeltoutdans te
mondeestanimé,n'est nullementunevuereligieuse c'estune
théoriescientifiquedes choses.La magie sympathiquen'est
que la scienceappliquéedu sauvage(p. 33). Si le primitif
croit à son efficacité,c'est qu'il a la certitudeque des lois
naturelleset uniformesexistent (p. 291,4 H).La religion a
toujours eu une autre origine.Sans parler de sescausessen-
timentaleset de ce sensreligieuxqui est au fond même de
l'humanité,la religionreposesur la foi en desêtres surnatu-
rels. Leur existenceest déduitede la constatationde faits ou
de chosessurnaturels,e'est'a-diresitués en dehorsdu pou-
voir de l'homme.Lanécessitéd'entrer en relationsamicales
aveceux, par un culteouune religion,dérivedelà. Dèsl'ori-
gine les deux notionssemblentavoir existé. Les confusions
que, dans l'histoire,lespeuplesont souventfaitesentreelles,
en Chaldée,à Rome,ontconstituéde véritablesrégressions
dans l'évolutionreligieuse(40-42).– La différencede nature
n'est pas moinsradicale.Quandellea été religieuse,la magie
n'a été qu'uneparodiede la religion, une imitationfuneste.
La religiona pourbut lebien dela communauté;il s'agit de
conciliercesêtressupérieursqui peuventêtre terriblesfaute
d'accordaveceux.Lamagiea, au contraire, pour but, le mal
de tel ou tel individu,mêmedé parents. Souventelle est une
véritableinfidélitéà l'égarddes dieux du clan; ellese sert
d'autres esprits, emploieun autre culte (p. 179).Enfln la
magie a un caractèreéminemmentcoercitif tes esprits sont
i64 L'ANNÉESOaOMOQUË. <89?
forcésd'agir dans le sens qu'indiquete sorcierou le partici-
pant aux actesmagiques.Or l'attitudede l'hommeenversles
dieux M'apu être primitivementcoercitive(p. 43,343,t"r).
Dès l'origine, la religion tut une véritubteallianceavecdes
êtres suprahumains c'est ce que démontrent les rites
d'alliance, de communionqui sout le fondmêmedu toté.
misme.

tt. – Dans~a récrie du totémisme,M.J. complèteplu-


tôt qu'il ne critiqueles résultatsauxquelsl'Écoleétait parve-
nue. Il laisseintactesles principalesconclusions et suit a peu
près l'expositionde M. Frazer.H admet que cette formede
religion a du être universellementrépandue. Il nous en
montre et le coté socialet le côté religieux.Le totémisme
correspond aux plus anciennes organisationssocia!es~!)u
clan; il est le principe det'atiiauce.do lu communionpar le
sang, du systèmede parentédans le clan; il est le motifde la
vengeancedu sang p. tOO,99). Lerespectmoitiémoral, moi-
tié superstitieux,du aux êtres totémiques,s'étendaux mem-
bres du clan, puisqueles uns et les autressont supposésde
mêmeorigine(p. 107-9) de ta le respectd'autruià l'intérieur
du ctan. Letotémismeest le centredela viemorale.Au point
de vue religieux,c'est toujours une espèce,animaleou végé-
tale, considéréecommeun tout, et jamaistel ou tel individu
de cette espècequi est le totem cette espèceconstituedonc
un véritableclan d'êtres divins, dont on se vengeà l'occa-
sion (p. 100). maisavec lesquels, par dos rites communie!s.
on établit une union religieuse.La fusionidéaled'une com-
munautéanimalèet d'une communautéhumaine,voiiài'es.
sence du totémisme.De là, d'une part, la notiondu péché;
dont M. J. met en lumière l'origine les offensesau totem
sont devenuesnon seulementdes actes dangereux,maisde
véritables péchés(p. 112). Do là, d'autre part, le sacrifice
totémique(129)où le clan communieavecses dieux,et s'unit
à euxen mangeantla chair d'un être totémique(p.220,2).De
ce sacrificeviennentles caractèresdu sacrificeanimâttui-
même,tel que l'a conçul'antiquité,et qui n'est qu'une con-
centration du totémisme(ch. x et xt) la nature sacrée de
t'autet. les formesdu rite qui s'ypratiquent,le repasqui suit
d'ordinaire, tout cela dérive, par évolution,du totémisme
primitif.
A cette théorie,presque classiqued'ailleurs,M.J. ajoute
ANALYSE!).– SOCIOLOGIEHeUGtEUitE J68

une hypothèseneuveet presqueinattendue sur les origines


du totémismeetd'intérossants développementssur t'inftuence
qu'il a eue pour le progrèsmatérielet religieuxde l'huma-
nité. – Letotémismeest le plus ancien type de religionhis-
toriquomentou etimotogiquementconnu. Mais,si ia difïé.
rence entre le surnaturelet le naturel a été de tout temps
sentiepar l'homme(p. 18),et si le totémismeconsistedans !a
recherched'une attiaoceaveccesêtres divins,c'est qu'il doit
provenir(M.J. présentecette idée avec toutes les restric-
tionsnécessaires),d'une religionptusanciecnedontitneserait
qu'une régression(p. 393).Cettereligion seraitune sortede
monothéisme,antiqueet vague,ou une consciencereligieuse
rudimentaire(p. 414)sentaittout simplementla présencede
la divinité, sou caractèreterrible et bienfaisant, ne faisait
que tendreverselle(p.4)3) il tucherchait(p.i09.HO)pourse
concilierpar des cultes l'amour d'un être tout-puissantsur
la nature(p.4MLe totémismea étéune erreuret surlechoix
du symbolequi représentaitcet être suprême (on l'adora
dans une espèceanimale),et sur les moyensqui pouvaient
assurer l'hommecontre les capricesde cet être, puisqu'on
acquit l'alliancepar un repas sacrificiel.Le monothéisme
juif (ch. xxv),quelque discutéeque soit son origine,pour-
mit bien être la persistanceextraordinaire,dans une nation
et dansune religion,de cet état prétotémistiquede la pensée
(révélation)religieuse.
Quantà ses eitets,le totémismea eu une influenceconsidé-
rable sur révolutionéconomiquede l'humanité.Reprenant
une conclusionde M. Frazer,M.J. émet, avec des raisons
très ingénieuses,l'idée que c'est le totémisme,culte d'une
espèceanimaleou végétaie.qui est l'originede la domestica-
tion des planteset des animaux (p. ~5), qui est donc« le
premiermoteurdu progrèsmatériel (p. 1)3~.L'instinctdu
primitif,du nomadechasseurou pêcheur,n'est, en effet,rien
moins qu'un besoinde réserver pour l'avenir le sauvage
actueldilapidetoujours.D'autre part, la chassepousse,non
pas a conserver,maisà détruire,Il fallait doncde bien puis-
sants motifspouraboutiràgarderles semencesd'unerécotte,
à laisserse reproduireles animaux.Cesmotifs, seul le toté-
mismepouvaitles fournir(p. ~7, ~9).tt défend,en etïet,do
manger,saut dans certainscas exceptionnels,un alimentqui
proviennedu totem.Aussitrouvons-nousque la plupartdes
animauxdomestiques ont étésacrés,que,jusqu'à une époque
<t66 t-'AKttËK SOCtOMCH~UE.))t!'7

rapprochée, ce fut un sacrifice que de tuer uu animal quel-


conque. Et, setou M.J., si les cultes de la nature, les cultes
agraires surtout, sont d'origine totémique (p. 3~), c'est parce
que !a culture ctte mêmedes plantes n'a pu avoir d'autre ori-
.ginefp.MO,M7).
Enfin M. J. dérive, comme R. Smith, du repas totémique
sacrificiel le sacrifice expiatoire; mais sur ce point M. J.
propose uue idée qui, plus précise et plus développée, eut pu
être féconde (p. 1)5. tH, ~60).Le totémisme obtient ia protec.
tiou des êtres surnaturels par un culte essentiellement com.
muuie); mais cette protection n'était nécessaire qu'en cas de
détresse nationale ou individuelle. Or, les péc))ésindividuels
sont plus fréquents que les désastres publics, et même, on
imagina bientôt que les malheurs du clan provenaient de la
faute de tel ou tel de ses membres le sacrifice
totémique,
a
puis expiatoire, donc eu pour but non seulement de rame-
cet' les dieux vers la société, maisaussi de rapprocher un cou-
pabte des dieux et de ta société, à la fois. AI.J. soutient donc,
peu clairement il est vrai, l'origine expiatoire d'un certain
nombre des rites du repas sacrificiel. Il a le sentiment que les
savants de t't~coten'ont pas tout dit sur cette question. Mais
une telle indication est loin d'être suffisante, et je crois
que
M. J. eût bien fait de soutenir la coexistence primitive du
sacrifice communie! et du sacritke expiatoire, et de constituer
deux espèces distinctes du sacrifice.

!!t. La théorie du tabou que NI.J. propose est des plus


.originales. La moratité est, â son origine, étroitement liée à
Ha religion (p. )<?, t H),au totémisme. La source de la morale
) <st,pour ainsi dire, religieuse, ouplutôt, l'institution du tabou,
qui n'est spécifiquement ni moral, ni social, ni religieux
(p. KO),qui est tout eusembie, mais est plutôt d'aspect reli-
gieux, est la forme réellement primitive sous laquelle tes
préceptes moraux se sont présentés à l'humanité. Les règles
sociales, morales ou religieuses, ont été surtout prohibitives.
< Ne fais pas, disent les plus anciennes coutumes et les
plus
anciennes lois. Ce caractère négatif de la morale élémentaire
est précisément celui du tabou est tabou ce qu'on ne doit
pas toucher. Cette idée de devoir, elle-même centrale dans
toute morale qui a fonctionné, c'est le système du tabou qui
l'a fournie il est la forme primitive < de l'impératif catégo'
tique (p. 84). 11est a priori, n'étant nullement dicté par
– SOCtOMCtC
ANALYSES, MUOtKUSK 167

l'expérience, mais posé au nom de principes religieux, ou


observé inconsciemment. !) est purement formel et sans
contenu. I) est môme la source de t'obtigation morale pure;
et voici comment. Le caractère essentiel du tabou, c'est sa
contagiosité Les faits, sur ce point, sont bien connus. Cette
contagiositéest, d'ailleurs, réglée par les principes mûmes de
l'association des idées (p. 67). tJoe chose tabou en touche une
autre. le tabou passe de l'une a l'autre; un individu touche
un cadavre, il devient tabou comme le cadavre tui-méme.
Telle est l'origine, non seulement d'un grand nombre de faits,
mais encore do tout l'aspect de la morale primitive. La crainte
des morts, de prononcer leur nom (60-1le serment (C4-S),
les fêtes (8S'. etc., ont pour motif te taboudes morts, celui des
places et objets saints, celui des jours déterminés, la crainte
de leurs eiïets: et il y a aussi «des raisons de croire que, dans
les sociétés primitives, les seuls criminels sont les violateurs
d'un tabou, et que le crime amène le châtiment avec soi,
puisque, dans lecas derupture d'un tabou, te coupabledevient
tabou tui-métne La crainte de devenir tabou est le motif
pour lequel le primitif s'abstient de tel ou tel acte. L'évo-
tution du tabou, secondée par une véritable sélection parmi
les divers tabous, rejetant les uns. sublimant les autres, a été
la véritable cause des dinérentes règles morales aujourd'hui
en vigueur. Le système du tabou fonctionne encore aujour-
d'hui derrière les actes qui semblent les plus éteignes d'une
telle origine; la sainteté, la religiosité rationuellea (p. 368)
sont la simple exaltation de ce processus sentimental primi-
tif par lequel l'homme évitait telle ou telle chose tabou.
Cette théorie, M. J. ne la présente que comme une digres-
sion, elle est pourtant la partie maîtresse de son livre. Le
reste consiste en une série de développements, tous suggestifs;
sur le fétichisme (xm)qui s'est développé quand les dieux de
la tribu n'ont plus suffi à l'individu, et qu'il lui a fallu des
dieux et des rites pour lui; sur les dieux familiaux et indivi-
duels (x'v). sur le culte des aucetres (xv) que M. J. dérive
aussi des anciens cultes totémiques sur le sacerdoce (xx),
effet de la concentration de la religion et du culte sur tel indi-
vidu et dans ses mains; sur le syncrétisme et le polythéisme,
produits, d'une part par la fusion des cultes tribaux dans un
culte national, et de l'autre par la réaction de la civilisation
-matérielle sur la religion qui l'avait causée. L'existence de
l'agriculture, due au totémisme, et, par suite, celle des rites
~C8 L'ANKÊK SOCtOMCtOUE.M9T

etcultesagraires,donnentun sérieuxappointau polythéisme.


Eu outre, te développement Économique de t'humaniteaboutit
&faire de la religion une sorte de commerceet de contrat
avecles dieux,tandisque lit fablecréaitunemythologie(xtx),
explicationde l'univers et des rites, totalementopposéeà
une sainereligiosité(p. M'!).tt eut falludésespérerde l'avenir
de la religionsi, en même tempsqu'agissaientdes causes
historiques, n'était intervenue au sein du vieux monde
(vr' siècle av. J..C.), une véritablerenaissancereligieuse,
causée par un réveil des croyancesconcernantla vie et ta
mort(v),la viefuture (xx<),devenuesde plusen plus morales
et religieusesfxxn).A ce moment,dans l'antiquitégrecque,
une pousséede mysticismeso produisit i'idéesémitique du
sacrementet de la communionse rapprochadu sentiment
qu'il fallaits'assurerdéscettevie le bonheurj'outre-tombepar
des actes religieux et une vie morale de ta les mystères,
ceux d'Eleusis en particulier (xxm,xxtv),qui préparèrent
l'avènement du monothéisme(xxv). – M. J. adjoint à
son livre une dissertationphilosophiquesur Évolution de
la croyance.
On voit sur combiende problèmess'est exercéela péné-
trante réHexiondeM.J. Uncertain nombrede questionstrai-
tées'dansce livren'avaientpas mêmeété touchéespar l'~cote
anthropologique.Toutelit dernièrepartie, sur lit vie future,
les mystères, est originale. Peut-être mêmedomine-t-elle,
dans lu penséede l'auteur, le plan de l'ouvrage.Encela,M.J.
est bien dans la traditionanglaisepourlaquelleune étude,si
généralequ'ellesoit, a toujours pour but l'explicationd'un
ordre spécialde faits.C'estpourtant, à notreavis,la partie la
moinssuggestive la conclusionn'a pas unegénéralitépro-
portionnéeà celtedes propositionsqui serventà t'établir. Hy
a là un défaut qu'on retrouverait mêmedans l'admirable
« GotdenBough deM. Fruzer.Au fond,chezAi.J., l'intérêt
qui est porté à ces étudesde < religioncomparée est d'une
part (commechezMM.Fraxer et liartland),historiqueet phi-
lologique,et il s'agitd'expliquertel ou tel faitde l'histoire,de
la poésieou de l'art grecs ou romains;et, d'autrepart(comme
chez M. Lang),religieux,et il s'agit de distinguersoigneuse-
mentce qui est réellementreligieuxdece qui ne l'est pas, te
mythedela croyance,la magiedu culteintérieur.Desconsi-
dérations, en quelque sorte extérieures,guident le savant
dans le choixdu problème,des principes,des dénnitions.
– SOCtOMCtB
ANALYSES. ttEHGtt!0!E 169
Le défautdece modede penser est particulièrementappa-
rent dans la discussionque M,J. a Instituéesur les origines
du totémisme.La questiona été posée par des préoccupa-
tions oxtrasciontifiques,< dansla convictionque les intérêts
de la vérité et de la religion sont fondamentalementiden-
tiques (Préface).Nousne devons donc pas nous étonner
quandnous voyonsM.J. supposerune phaseprétotémistique,
monothéisteet purede la religion.Cette hypothèsegratuite,
invérifiable,nous semble,jusqu'à nouvel ordre, de nature
plutôtmétaphysique.Quel'amoursoità la basedu totémisme
commedu christianisme,personnene i'a jamaisnié.MaisIly
est a l'état d'élémentcomposant,non pas à l'état de principe
origineldont te totémismene serait qu'une déchéance.
La mômevue théoiogiquea conduit M.J. dans sa critique
des théories de i'Éeoiesur la magieet le surnaturel l'exis-
tence pour le primitifd'êtres bons, tout-puissantssur la
nature, en relationsfixesavec une communauté (p. ~04),
serai),seioniui.enetde lu conceptionoriginelledela divinité.
Maiss'ensuit-ilque cesêtres aieutété nécessairementconçus
comme surnaturels? Sans doute j'admettrai avec M.J. (et
j'imaginequeM.LangniM.Frazerncferaientici dedifncuités)
que les notionsde naturelet de surnaturel ne sont pas des
conceptsreligieux, mais des conceptsmétaphysiques.Elles
appartiennentplutôtà l'ordredo la connaissancesocialequ'à
l'ordre de la religion.Néanmoinsleur colorationest originai-
rement religieuse. L'animismeest un moyen d'explication
pour le primitif, maisles esprits sont non seulement des
causes,cesontaussidesformesreligieusesdeschoses,ce sont
des êtres auxquels ia société,l'individu croient, et doivent
s'adresserà l'aidede cultes. Quoiqu'en dise M.J. qui, sur ce
point,n'invoqueaucunfait nouveau,lesdieux ont, à l'origine,
fait partieintégrantede cesystème,ni naturel, ni surnaturel,
qui étaitle mondeétfoitet vaguedu sauvage.Leprogrèssocial
seul sépara les dieuxdece qui n'était pas eux, opérant entre
eux et la nature une divisiondu travail pareilleà cette qui
s'opéraitdans la sociétéoùla religionse difïérenciaitdesfaits
de la vie économiqueou juridique. Les dieux sont devenus
des êtressurnaturelsquand t'idéede nature a pu s'opposerà
eux. Maisceci n'est qu'un phénomèneinfinimenttardif le
caractèrenaturalistedela plupartdes religionsdites aryennes
ne pourraits'expliquersi, dés l'origine,iadivinitéet la nature
s'étaientexclues.
HO L'AKKËK 1897
SOCIOLOGIQUK.
M. J. distingue de la mcme façon lit magie et le culte, le
prêtre et le dieu, et soutient que leur fusion n'est qu'un phé-
nomène secondaire; la magie a pénètre la religion, le prêtre
.n'estdevenu qu'accidentellement uu Dieu. Si, sur ce dernier
point, nous croyons qu'en ellet lit théorie de M. Frazer
demande une revision et qu'il faut bien séparer le prêtre-dieu
.du prêtre possédé du dieu. il est impossible de trouver, en
tait.. aucun culte pur de tout rite magique, et dont les cultes
magiques ne seraient que des altérations. Est-ce des cultes
totémiques que veut parier M. J.? Mais leur forme commu-
nielle embrasse tout un fond de magie sympathique, puisque
lit communion est essentiellement l'acte mystique par lequel
une partie du Dieu est ussimitée au tout du clan. Est-ce des
cultes 1)rétoté-miques?Mais il est impossible d'en parler. Le
caractère magique des quelques cérémonies australiennes
connues, celui des cultes polynésiens et des fêtes agricoles des
Indiens do l'Amérique du Nord est tellement marque qu'il
semble impossible de prouver qu'il y ait eu des types é)émen.
taires de culte qui n'aient pas eu une forme de rite magilue
bien dessinée. Lesfaits sout bien loinde cndreravec le tableau
qu'en trace M. J.
Mais ce qui nous semble rester du livre de M. J.. c'est sa
bien intéressante idée que la domestication des plantes et des
animaux a une origine totémique; elle séduite première vue,
surtout quand, par l'habitude qu'on a d'observer les faits reii-
gieux, on sait toute teurinnuencesur la vie économiqued'une
société, et qu'ainsi, ponrbiendes paysansencore, tes semailles,
la récolte, sont des actes presque religieux. Certes les objec-
tions naissent en foule. Entre autres opinions, ou pourrait
soutenir que t'être totémique est souvent tel, précisément
parce qu'il est la principale source d'alimentation du c)an;
ainsi la vache aux Indes, ainsi te gâteau de raisins secs de
certains clans arabes. Mais l'idée est émise, on n'a plus qu'a
chercher si tes faits, dans leur ensemble, la confirmentou t'in-
firment décidément. En second lieu, M. J. nous semble
avoir bien mieux vu que M. Frazer la nature du tabou il a
senti que c'était l'origine de la moralité même, la forme pri-
mitive de l'obligation morale il a bien montré que la sanc-
tion du tabou était ta véritable sanction originaire des pres-
criptions morales. Quelque imparfaite que soit l'analyse des
faits, M.J. a apporté l'indication décisive.
Lessuggestions nouvelles foisonnentdans.le livre de M. J. à
– SOCmOGtKR~GtRUSK
ANAMSKS. .~i
~!to t~nt~).
tes ptus .t:
divers. tT.~!.<
propos des faits Unindex F~~t –<t-t
fort complet ~t
secourt
heureusement le lecteur. L'auteur écrit d'ailleurs de cette
agréabte façon anglaise, où presque toutes tes articulations du
raisonnement sont masquées par des faits. Ces faits, il est
vrai, sont loin d'être puisés a première source. M. J. n'eu a
nullement l'ambition (Préface) et les emprunte &sesdevan.
ciers. pour )a plupart. L'érudition de M. J. est extrêmement
agréable, qu'il nous soit permis de regretter qu'elle n'ait pas
été plus critique. M. A. Nutt (p. ~0) n'est pas une autorité en
ce qui concerne l'Inde et le livre de M. Le Page-Henouf sur la
religion égyptienne est bien dépassé ne pas ae fier ainsi aux
témoignages indirects eut épargné des erreurs de détait à
M. J. comme de confondre l'herbe kusa répandue sur le sol
du sacrificeavec lesol même ~p.74, n° 2), d'assimiler les !<~
aux aserot sémitiques ~p. )34\ de nier l'existence développée
du totémisme au l'erou fp. H!0). – Ce sont de petites choses,
d'ailleurs. Le nombre des hypothèses, des interprétations dis-
cutables, est nécessairement très grand dans un livre de cotte
étendue. Peut-être un tel ouvrage etait-U un peu prématuré;
un mauuet d'une science no vient que lorsque cette science
est classique, et la science comparée des religions est bien loin
de t'être. Mais la (ouied'idées que l'auteur répand est telle que
d'ici longtemps, tous, nous lui aurons de réelles obligations.

A. SARATtER. – Esquisse d'une philosophie de la. reM.


glon d'après la Psychologie et l'Histoire, in-8". Paris,
Fischbacher et C", 1897.

Le livre de M. 8. intéresse le sociologue à plus d'un titre.


D'abord son apparition est uu fait; la pensée religieuse pro-
testante y est analysée do telle façon que nous possédons dès
maintenant un document historique important sur la nature
du protestantisme libéral. Ensuite, bien que NI.S. critique en
passant la sociologie(p. ~), il nelaisse pas d'y avoir apporté
quelque contribution.
Certes le point de vue théotogique domine; ta considération
des réformes possibles dans t'Hgtise protestante est l'un des
buts de l'auteur (p. t8f), p. t43). C'est une critique de la con-
naissance religieuse, faite dans un esprit kantien et menant à
un nouveau symbolisme (p. 408). qui forme la partie dia-
lectique de l'ouvrage. De ptus, les préoccupations d'une âme
sincèrement éprise de sa religion compromettent l'emploi de
!73 L'ANNÉE SOCIOLOGIQUE.
<S9T

la méthode.La définitionmêmede la religions'enressent


< la religion,c'est un rapportconscientet vouludans
lequel
l'âme en détresse entre avec la puissancemystérieusedont
elle sent qu'elle dépendet que dépendsa destinée (p. 24,
p. vm).Selon M.S. rame humaine,des les tempspréhisto.
riquesa toujourssenti la contradictioninitiale,entre )apen-
séeet le monde,entre les menacesde la natureet lit soumis-
sion de lit science,et lit forcede l'esprit qui s'insurge. Ce
conflit,t'hommen'a pu le résoudrequ'en se rétugiantversun
être supérieurà lui et au monde,vers Dieu,que la piété lui
présentaitdans sa conscience.Le commerceavecDieu se
réalise par lit prière; <ta prière, voilàla religionon acte ·
(p. 24, p. 14). La prière est un mouvementde l'âme en-
trant en rotation personnelleet intérieureavecDieu. C'est
l'expressionimmédiatede la piété,radicalementindividuelle
et subjective.
MaisM. S. n'est pas seulementthéologien,il est encore
psychologueet historien.Sa psychologieest bien souvent,il
est vrai. uu peu personnette,et l'histoireest loin d'être un
appui constantpour ses démonstrations.Cependant,il ne
laisse pas d'avoir employé,dans plus d'une occasion,une
méthodeà ta foishistoriqueetcomparative. Il a bienvu l'élé-
ment socialdans la religion (p. 103-8)et t'a traitée comme
un phénomènesocialet historique.Selonlui. ellea été, dans
toute la suitede l'évolutionsociale.te < véritablecimentde
la vie collective(<0~. La communiondesâmes, uudes plus
étonnants phénomènesde la vie morale, n'est parfaitement
réaliséeque dansla religionet par ette. D'ailleurs,demême
que dans le moi sentiment, votonté,intelligence,manifesta-
tionsextérieuresdesétatsderame sontétroitementsolidaires,
de mêmeil est impossibleque la piété ne se traduisepas par
des rites, des doctrines,des institutions (p. 309),dans des
formesreligieuses,historiques,œuvresdeiasociété(~, que
nous pouvonsconnaîtreet décrire commedesfaits extérieurs
(p. 408).I) est doncbonde faire une esquissede l'évolution
religieusedans l'humanité. Et, pour cela, l'histoire des reli-
gions,encoreà sesdébuts,entreprenddeconstituerune flore
religieuse. (p. 1 H)où les faits seraientdécritset catalogués.
Maisl'Œuvreest peine commencée.Lephilosophene pourra
que retracer< enpèlerinpieux l'histoirereligieusede l'bu-
manité (p. )(?;.
La recherchede l'auteur est doncguidéepar sa piété.Celle-
AttAU'SM.MCtO).0(!tR
RELIGIEUSE 178
citui fournitdeuxprincipesdirecteurs.Lepremierdécoutede
la nature innéede la religion,c'est l'identité fondamentale du
principe religieuxdans toute l'humanité pas de diitérence
essentielleentre les premièresémotionsde la vie religieuse
élémentaireet celles qu'éprouventles consciencesles plus
hautes et les plus épurées(p. 105).Le second, c'est que le
développementde la civilisationayant eu pour parallèlele
dévetoppementde la contradictioninitialeentre la conscience
et le monde, a eu, pour conséquenceet pour principe&la
fois, un progrèsreligieuxd'une intensité proportionnelle,
aboutissantdirectementau christianisme. Oubien t'évolu-
tion religieusen'a ni sousni but, oubien il faut reconnaitre
qu'elle doit aboutirà t'Èvaugiiecomme&sontermesuprémo»
(p. ~32-i'?S).Maisla consciencescientifiquede M.S. est assez
belle pour que de telles prénotionsne t'aient pas empêché
d'arriver à des idéesintéressantessur l'évolutionreligieuse,
sur l'origine, l'essenceet l'histoiredu christianisme,sur la
nature et la viedes dogmes.
L'évolutionreligieuse,selon M. S., résulte d'un triple
mouvement:t"Unélargissement descadresreligieux.D'abord
locaux et familiaux,les cultes deviennentnationaux sous
l'actionde causeshistoriques puis, les religionsdeviennent
universellesde par les créationsgénialesde quelquesindivi-
dus le Bouddha,Mahomet.Seul,d'aitieurs,le christianisme
est véritablementuniversaliste,puisque seul il est une reli-
gion d'égalitéet d'amour(t. IV.§ 2). 2vUn progrèsdans
les représentationsdu divin.L'évolutiongénéraledes notions
et des imagesreligieusesa toujourssuiviles notionsde plus
en plus précisesque l'humanité s'est faitede l'esprit (t20).
Les premièresreligionsont toutes été nettementspiritistes
esprit et corps y étaient confondusen une idée vague.Puis
s'est fait jour une tendanceversle monothéismenaturaliste,
où l'esprit divin,quoiquedistingué,ne se séparaitpas de la
nature (Grèce).Par une purificationde ces notions,par une
idée de l'essencemoralede l'esprit, te monothéismehébreu
s'est établi. MaisDieuétait encoreextérieur a l'âme et au
coeur. C'est le christianismequi, depuis l'expérience reli-
gieusede Jésus,a fait de Dieucet être spirituelque la cons-
cienceretrouveen eite même, et sur lequelelle s'appuie pour
considérerle monde (t, IV. § 3). – 3° Un progrès dans la
prière. A l'originecelle-ciet, en général, les rites n'ont de
religieux que la croyanceen leur cnieacité l'esprit divin
~74 L'ANNA SOCtOLOUtCUË.MXt

est en quelque sorte eu servage. Puis dans le fétichisme et le


polythéisme une sorte de contrat s'établit entre l'homme et
ses dieux il prie et sacrifie pour recevoir. Dans la retigiou
juive ta piété et la morale fusionnent do ta une prière de
confiance, d'abandon et de joie. Mais un monothéisme
farouche laissait subsister ia crainte et la peur de Dieu. Ici
encore, l'avènement de l'Évangile a donné son achèvement à
t'évoiution religieuse, et depuis Jésus-Christ l'homme peut
s'adresser ù Dieu comme à son père (I, IV, § 4).
Le christianisme avait donc été prépare par toute l'huma-
nité. Mais s'il est né en Israël, il doit y avoir là des causes
particulières. Or, ni l'organisation sociale des Hébreux (IL
I, § ~), ni le caractère divin attribué par la Bible aux événe-
ments historiques ne fournissent de suffisantes explications,
puisque ce sont des faits communs à toute la race sémitique.
Au contraire, le prophetisme fut spécialement israélile. Ce
fut une série de créations morales par des individus de plus
en plus inspirés, qui se dégagèrent, par une véritable lutte, et
des procédés ordinaires et du milieu où ils vivaient, qui trou-
vèrent en eux-mêmes lu révélation divine. Au retour de l'exil,
les prophètes achevaient leur osuvre. t La piété jointe à un
sévère idéal do justice dans la notion de Dieu, la moralité
introduite dans la religion par la subordination du rite
à !a droiture du cœur. enfin l'espérance d'un avenir de
bonheur et de paix par la réalisation de la justice, voilà
les trois grandes idées léguées par le prophétisme à l'Évan-
gile "(p. ]u8). Mais le pacte entre Dieu ett'hommeetait encore
national l'Église juive, qui se constituait alors, n'aboutissait
qu'au pharisaîsme, au Talmud le prophetisme ne persistait
que daus les rêves apocatyptiques. Pour créer, dans de telles
conditions, la religion souveraine, il fallut l'action divine du
Christ.
L'essence du christianisme, M. S, la retrouve par une
méthode surtout d'analyse interne. Ce qui fait le chrétien
(p. t7S), c'est d'abord qu'il sait en conscience que sa religion
est une religion parfaite, puisque Dieu est présent en son
âme (176). que c'est une religion d'esprit libre et de pure
moralité c'est ensuite la conviction que sa piété, le senti-
ment de son rapport avec Dieu et avec l'univers, vient direc-
tement de Jésus-Christ. La conscience religieuse de Jésus-
Christ est la source première d'ou le fleuvechrétien est sorti.
C'estJésus-Christ qui rendit Dieu présent dans le for intérieur
ASALYSM. SOCMUMUBBBUMtBUSH 1*8

des hommes. Us sont chrétiens dans la mesure où la piété


liliale de Jésus-Christ se reproduit eu eux. c La prière de
Jésus-Christ doit être leur prière a (H)t), son attitude frater-
nelle à t'égnrd des hommes doit être leur attitude. – Cette
recherche psychologique aboutit à distinguer dans le chris-
tianisme sou essenceet ses réalisations historiques. Dans son
principe interne et idéai, le christianisme ne saurait être
perfectible. C'est un idéal qui n'est jamais atteint et une
force intime, toujours identique, qui nous pousse toujours à
nous dépasser car la religion chrétienne est merveilleuse-
ment vivante, et qui dit vie, dit altération, échange et répa-
ration. L'influence de la vie sociale a fait varier ses formes
historiques; la piété véritable eut donc à lutter contre des
éléments étrangers qui l'eussent perdue si, à chaque instant,
le principe chrétien n'avait repris le dessus. Sous sa forme
messianique ou juive, le christianisme dut combattre !a
tradition juive, conquérir son indépendance, sortir, avec
Paul, du cercle du formalisme national. Le messianisme
apocalyptique, d'autre part, régna longtemps même dans le
cœur de Jésus, puis daus les idées des apôtres, jusqu'à ce que
la vie chrétienne pure se fut substituée a uue attente du
retour du Christ. Le christianisme catholique fut l'effet
des attaques de l'élément païen se modelant sur l'empire
romain, t'élise eut son administration, ses lois, ses dogmes,.
et tenta de rattacher l'âme à Dieu par l'Église seule. Le catho.
licisme fut une matérialisation du principe chrétien les rites,
les pratiques, les œuvres extérieures devinrent le tout de la
religion. L'autonomie de la foi individuelle fut abolie le lien
entre t'élément religieux et l'élément moral, rompu. Heureu-
sement, le protestantisme vint. La Réforme, déjà souvent
tentée, réussit enlin. Elle consista surtout en une nouvelle
expérience religieuse des réformateurs, qui constatèrent, une
fois de plus, l'inanité du système des wuvres pies Le germe
du christianisme était retrouve, aussi vivant qu'a l'origine.
La nature interne de la foi fut de nouveau consciente; la
subjectivité radicale du protestantisme découle et de l'es-
sence du christianisme et de son histoire.
Mais si la foi est tout, si elle est, pour le protestant, la seule
chose essentielle, il s'ensuit que tout ce qui est extérieur,
tout ce qui est institution et dogme, ne peut être immuable et
doit changer suivant les exigences de la vie religieuse (p. 253,
p. 2SS). Le dogme, c'est-à-dire ta doctrine admise par une
~6 t'AftNÊE SOCtOMGtQUE.iM

Église,n'est qu'un phénomènede la viesociale.il n'y a pas


d'Églisesans dogmeai de dogmesans Égtise maisle dogme
n'est ni le principe ai le fond de la religion. L'âme de la
religion, c'est la pieté, tes dogmeset les rites n'en sont que
le corps. La prière s'opposeau dogme (p. 300) elle est
la foi eite-méme,il n'est que c la languequeparlela foi Les
diversessaisde fixationdes croyancesreligieusesne sontque
le troisièmetermed'une série car c'estla révélationinterne
de Dieuqui engendrela pietésubjective,laquelles'exprime
en rites, en formulesde foi, en livressacrés.Aussiexiste-t-il
à t'intérienrdes dogmesune véritablepuissanced'évolution
qui tait leur vie, leur mort et leur renaissance(p. 297-8).Ils
apparaissent,dans leur genèseet dans leur histoire,comme
essentiellementmobileset vivants.Leurvie est comparable
à celle des mots ils disparaissentpar désuétude,ainsi la
notion du démon ils se renouvellentpar intussusception,
par l'introductionde nouveauxsens dans les formulesan-
ciennes il s'en crée de nouveaux,ainsi l'idéede la justifi-
cation par ta foi.La variabilitéest, d'un certainpointde vue.
le caractèremémedu dogme.Sonautoritéesttoutecondition.
neiteet pédagogique.Ilest nécessaireà l'existencede l'Église,
parcequ'il est le moyendo propagationdela vie religieuseet
de son édification mais, pour le protestant,la valeurd'une
croyancequelconqueest toute momentanée.11n'y a que lu
prière et lu piétéqui relient vraimentt'hommeà Dieu. La
formedes dogmesdoit doncêtre toujoursprêteà se renouve-
ler, et l'Église évangétique,doit être en constantprogrès.
On voit comment,chez M. S., la piété, ia préoccupation
de l'avenir reprennenttoujoursle dessus,quelleque soit la
franchisedes aspirations scientifiques.D'ailleurs,en ce qui
concernela théoriehistoriquedes dogmes,cettefoi à t'aflùt
de toute nouveautéa réettementservi l'auteur,tt a, mieux
qu'on n'a jamaisfait,mis en retieftecaractèresocial,extérieur
du dogme,de la croyancereligieuseformulée.I! a montré,
en mêmetemps,que la constitutiond'une Égliseétait rendue
nécessairepar la propagationd'une croyanceinternationale
et individuelle.tt y a là une déductiondont l'importance
sociologiquen'échapperaà personne.Je suis mémopersuadé
qu'en étudiantcomparativementla formationde l'orthodoxie
musulmane,la compositiondescanonsbouddhiques,la cons-
titution des Égliseschrétiennes,on arriveraità des résultats
qui confirmeraientceuxde M.Sabatier.
-– SOOOMHtE
AM.tt.YSEif. HHUOtKUSH ~7
Nous no saurions critiquer l'esquisse large et facile que
l'auteur donne de t'évotution religieuse. Ce serait même
injuste. C'est une phitosophieet non une science que M. D. «
voulu taire. Mais le résume des formes historiques du chris-
tianisme n'est pas sans une réelle valeur scientifique. L'au-
teur nous montre bien les deux grandes oscillations du mou-
vement chrétien, qui trop individualiste à l'origine, devient
trop social dans le catholicisme et redevient individualiste
avec la reforme. Enfin, bien que ce soit par une observation
personnetio que M. S. y soit parvenu, it a suuisamment vu
l'importance d'une théorie de la prière pour uue science des
religions. Mais c'est une erreur fondamentale que de croire
que la prière est le toutde la religion elle a pris cette impor-
tance, elle no l'avait pas, et je crois pouvoir assurer qu'il y a
des religions (australiennes! où la prière n'existe à aucun
degré. C'est encore une erreur de fait de dire que la prière a
toujours été un élan individuel de t'amo il est des religions
où la prière individuelle est interdite à quiconque n'est pas
prêtre (brahmanique) et d'autres religions où seules existent
des prières formulées ou récitées en commun. Le caractère
tardif et social des premières formes de la prière semble bien
établi par les faits la prière Individuelle, la méditation
religieuse, la tendance pure de )'ame vers Dieu. sont des faits
récents, des créations du bouddhisme et du christianisme.

Dr E. KOCH. Die Psychologie in der Religions.


wissenschaft. Grundioguag. (~.« ~cAo~<e dans la
Mx'HCfdes )'<<oK.) Freiburg im Brisgau. J.-C.-B. Mohr.
1896, in-8", 140p.
L'auteur veut défendre contre certains phi!osophes et
théologiens allemands les droits de la psychologie à pénétrer
la science religieuse, c'est-à-dire la théologie. Pour cela il
faut rendre la psychologie indépendante soit d'une métaphy-
sique morale, soit d'une métaphysique qui en proclamait
l'absolue subjectivité on arrivera ainsi à une conception
phénoméniste (subjektlosen)du moi, qui seule permet la for-
mation d'une psychologie religieuse ~41).On peut dès lors
trouver parmi les phénomènes de ce moi expérimentalement
donné une certaine catégorie de faits, objectifs comme les
autres, qui sont les sentiments et croyances religieuses (3. g 4).
Est religieux ce qui, dans l'esprit, revêt l'aspect de t'eter-
E.Cuxt:HE))t.–ABBeC!'ufio).t)t97. <Z
H8 L'AtfKÈE SOCMMtC!Qt)8.M97
_.t.t. les
nité idées de Dieu, de !a révélation, du Christ, la
votantereligieusecontiennenttoutesce caractèrede l'absolu.
Maisquelle espècede fait de conscienceest ce phénomène
religieux? M. K. repond que c'est comme représentation,
commeobjet de perceptionpossible(98jque les chosesreli-
gieusessont en nous.
Lelivre de M.Kochest une réactioncontre les tendances
symboliqueset anti-rationalistes(p. 81)et est une honorable
tentativede deHnitionrationnelledes faits religieux.Maisil
l'essayedu point de vue d'une science religieuse,non pas
d'unesciencedesreligions.Il restetoujoursqueM.K.a bienvu
quelle métaphysiqueétait ta conditionpréaiabied'uneétude
rationnelledes faits religieux,et qu'il fallait pour arriver à
une notion objective,admettre qu'onpouvaitétudiercomme
faits,des chosesqui n'existentque dansla conscience.

XOTtCES

M.~xMUH.KR.– Contributions to the Soienoe ot Mythology.


Lond.Longmansand C",<8M7, a vo).in-8".
Xousrendrons comptede la traductionfrançaisequi paruttracette
année à ta librairie Atean d'aittcurs.autour de c<;livre,uue pote-
mique importantes'<"it<!tet')~<;nAn(j)et<'rt' nous re~'n'ons donc
une étudede ia questionpour !<'prochain votunted'' )'~««f'f.s'ot'f'o.
f'~t'~xe.
JotMBEATTIECROZtEK.– Hiotory of ImteUectual Develop-
ment. 1. Lond.j.ongmansand (.'u,i896.
Histoirerapide de la pensée hindoue, grecque,judaïque aboutis-
sant à une apologiedu plutonisme.

HtKRvOSBORX TAYLOK. A study of ïateUeotual and Spiri-


tual Growth trom Eariy Timeato the EstaNMtunentof Chris-
tianity. Xew-York.Putnam'sSons,1890,2 vot.in-8°(]:)46t p.
Vt)t-Mt)p.).
Etude(!<'neraicd'histoirereligieuseet phitosophiquesur le déve.
toppement des ditï&reutsidéaux des grands peuples,aboutissant
tous, seiun l'auteur, à l'idéal chrétien. Le livre se composed'une
série de développementssur la plupart des grandes religionsanti-
ques d'une étudetrès pousséesur la préparationdu monde ancien
au christianisme.Lelivrede Il. T., quoiqu'ilsoit plutôt un livre de
vulgarisationreposante,ne laisse pas de présenter certainesparties
utileset une éruditionde bon aloi.
AMH'S)!S. BELHitOM )'R)MmVËa EN (.MNÊRAL ~t9

t.ons Mt~AKD. – SymboUque des BeUgioM anpiennee et


modernes. Leura rapports avec la civilisation. (Revued'ltis-
toirc des HcUgions,t. XXtV,n° 2, septembt'f'.octobre f89B,p. <7tt-
SOt.Paris, Leroux.)
Articlede g<'u)'runtf~,sur la placede l'histoiredes religionsdans
t'histoireuniverselle(p. it2); M.M.emett'idée que le mêmesymbo.
)i:<meanime tf dogme cht'etienet )u mythotogieMt(t9~ indique
<)UMtque6 cctKot'dtmccsdes religionset dusfunnes potitiques.

Thé Study in Psyohology of BeMgiouafhemomena. (Ameri-


can Journal o/Ao/o~, Vil, n" 3.)
– Religion M'dV61ketkunde. (Glubus,V,'!<,n<"7 et 8.)
HEMHMG.

H. HE).!CtOi<S PatMtTtVRS RN Gt~ttAt.

)'<n-M.MAt'ss.
MARYH. KINGSLEY. Trave!a ta West AfMctt,Congo
Français, Corisoo and Camerone, (Voyagedans<4/r~Me
occ«/~<t<e.) Macmillanand C",~97, ia-8"(xn-743p.).
Cetteretat!onde voyageest captivantepar la simplicitédu
style et le naturelaveclequelsont expriméesles émotionsde
l'intrépidevoyageuse.Maisc'est,de plus, un livred'unevéri-
table valeurscteatiuque.Depuistes travauxdu colonelEllis,
il n'y a pas eu d'aussi importanteétudesur les religionset
les sociétésnègres.M"K. ne raconteque ce qu'elle a vu, ou
bien ne nous donne que des renseignementsqu'elle tient
d'anciens résidents, connaissantbien les indigènes, leurs
langues et leurs moeurs.Unegrande partie de ces informa-
tions proviennentdu D' Nassau (p. 395), ie plus ancien des
missionnairesde la côte, et sont certainementde premier
ordre. De plus,elle mettoutesa conscienceà localiserstric.
tementles usageset tes traditionsqu'elle nous décrit. Enfin
elle s'abstientd'interpréter,saufpourrapporterl'explication
que d'autres, indigènesou observateurs,lui donnent comme
naturelle.
Le livre de M° K. contient,épars à vrai dire, mais non
moins précieux, un certain nombrede renseignementsqui
intéressentd'autressociologuesque l'historiendes religions.
Uneétude approfondiedu commercechez les nègres forme
un long appendice,et pourraitservirgrandementà des éco-
180 L'AXKKESOCtOLMtQUE. t!<9T

nomistes. Une dissertation peu banaie (p. (MMsuiv.) sur ta


mentalité des nègres, leurs ditïérentes aptitudes, sur les tan-
gages, tes gestes, l'imagination (p. C04)forme un véritable
essai de psychologie sociale. Les juristes auraient ù se servir
de ce que M"K. nous dit du fonctionnement des lois du clan,
des ordalies, des punitions pour i'aduitero et le vol, de
l'organisation de ta propriété (4!Msuiv. Cf. p. ~(!S;.lis auraient
à remarquer la structure maternelle de la famiite le droit
desuccession de l'oncle (483-29~),te fait que chez lesM'pougwe,
on achète la fiancée à i'oncie et à la mère (p. :MS)en sout des
preuves suffisantes le caractère pour ainsi dire économique
du mariage, dans ia plupart dos peuplades, sauf chez les
Fans où il a uu aspect religieux (3~t;; la cou tumedu mariage
des enfants résultant plutôt de ia dégénératiou des tribus
(403-404);l'organisation de la polygamie dépendant de causes
économiques et sociales (21U-6M;;voilà une série de faits
que M' K. verse dans le courant sociologique.
Mais tout cela n'est que par surcroît l'étude générale du
iétichisme est la partie centrale du livre. Naturellement
M''K. refuse de reconnaître l'exactitude et la valeur du terme
de fétiche, qui désigne tout au plus certaines amulettes;
naturellement aussi, elle s'en sert constamment ainsi que du
mot joujou (françats, employé par les indigènes), parce que
c'est un mot commode. Comme, sur ce point, les recherches
de MeK. ne semblent pas avoir abouti à dissiper toute con-
fusion, je me permets de ne pas utiliser exclusivement sa
terminologie. C'est le tableau absolument généra) des reli-
gions nègres, sauf de certaines religions Bantu, que M°K.
nousoure, en se réservant de le compléter. Certaines institu-
tions sont étudiées plutôt citez telle tribu que chez telle autre,
suivant que M"K. a eu des rapports plus ou moins Étroits
avec elle, et que son séjour l'a mise en contact avec telle ou
telle coutume plutôt qu'avec une autre. Au point de vue
ethnographique pur, il n'y a certes rien à dire. Au point de
vue sociologique, le plan suivi doit être critiqué. Il n'est pas
possible de compléter par un fait emprunté aux Guinéens
une description dont la plupart des termes sont congolais et
réciproquement. M"K. aurait eu une façon bien simple de
garder les ditlérences réelles, tout en marquant les ressem-
blances, c'était de comparer. Le champ était assez vaste pour
que la chose fut possible. M' K. a d'ailleurs procédé d'après
cette dernière méthode pour les croyances concernant la vie
ANALYSES. RELIGIONSPMMtTtVNSEN GÉNÉRAL 18<

d'au delà. Pourquoin'a-t-ellepas faitdomêmepour le reste?'1


Cettecritique généralefaite, je n'envoispas d'autre néces-
saire.
M°K. ne constatepas, commele t)~Ellis, l'existencedtt
totémismechezles Nègres.Cecin'enlève,d'ailleurs, aucune-
ment leur valeuraux renseignements de ce dernier maisun
certain nombredes faitsqu'il invoquaitdevront dorénavant
se ranger soit parmi les pratiquesdes sociétés secrètes,soit
parmi les interdictionsreligieusesindividuelles.En effet,les.
cultes thériomorphiquessemblentassezspéciaux aux nom-
breusesassociationsreligieusestout à (ait comparablesaux
associationsmélanésiennes.Ëitesont,il est vrai, un but poli-
tique et commercialmais, comme ellesseconstituentautour
d'un esprit (crocodileou léopard,p. 836 et suiv., p. M6 et
suiv.),que l'on cherchedans la brousseou sur la meret que
l'on amèneau milieu de mystèresdontles femmessont soi-
gneusementécartées comme,dansces mystères,s'exécutent
desmeurtresaccompagnésou nondescènesde cannibatisme,
et, en tout cas, des initiations,le caractèrereligieux en est
excessivementmarqué. Seulement,par leur liaisonavecces
pratiques, les sociétéssecrètessemblentbien n'être qu'une
concentrationdu totémisme.D'autrepart, certainesinterdic-
tions,que l'ona cru d'originetotémique,sont rigoureusement
individuelles chaqueindividua son< 0<'MH</« particulier.
tt est défenduà un tel de mangerdu poisson(p. 4S6),&un
autre de cuire sur le bateau ou en voyage. Le faire serait
vouloirmourir.C'estle devin,ou bienl'individu iui'mômeàt
son initiation,qui ont fixécet Orunda.Ainsi, dans toutes les-
retigionsnègres,fonctionnecettepratique,thème générâtdes.
contesde fées,dela choseinterditespécialementpar tes esprits
à tel ou tel individu.
Pour le reste, lescaractèresnormauxsont des plus accen-
tués la vertu magiquedu sang(4M-S~8), de la salive (288),
l'actioncurativedu sacrificesanguinaire(4S'tsuiv.), le carac-
tère sacréde certainslieuxqui serventd'asiles (4S6),la divi-
nitédu chefet desafamille(497),ontdenombreuxéquivalents
dans les religionsles moinsavancées l'étude de M"K. con-
tribueragrandementà en compléterle tableauque la science
cherche à dresser. Tout à fait remarquablenous semblela
distinctionfaite, d'aprèsles faits, entre la prière et l'incanta-
tion (43~ dont l'uneaccompagneet définitle but du sacrifice
et dont l'autre a une vertu magiquepropre soit que le sor-
!M L'ANUS t8i)7
MOOMOtOUK.

~i.u --A- ar. _L_i. J. _1


cier, appeléprès d'un malade,chercheà enchanterun esprit
qui s'est introduit dans le corps et le ronge,pour l'expulser,
soitqu'il tentede ramenerl'Amequi s'échappe(46t).
Lapartie du livre oùsontétudiéesles croyancesconcernant
rame après la mort est la plusconsidérabiopour te nombreet
l'importancedes faits. Pourles idéesguinéennes,on peutdire
que M"K. a trouvé la formule l'esprit est caractérisépar
son intégrité,son éternité, t la vieet la mort ne sontque des
ombresà (p.820).L'âme existaitavant la mort,et continueà
mener la même existence après. Ou bien elle se réincarne
(Bantu,Deltadu Niger),ou bien, venantd'au delà dela mer
et de la rivière, elle retourne au lointain pays des morts
(p. 488.49S).De récompenseset de peines on en trouverait
peu le châtiment divin est plutôt immédiatque futur (404).
L'âmeeu effetest très mobile,elle habite mêmequelquefois
hors du ::orps (p. 439),une souillureentralne par elle seule
le départ de l'âme et la mort. Le défunt,en mômetempsqu'il
habite le monde futur, hante les siens, la veuve surtout
(483-8)lesesprits d'enfants s'emparenta l'occasiondes corps
des petits enfants vivants, et les font mourir pour prendre
leur place;aussi certains enfantsméchants,les jumeaux,les
infirmes,sont-ils exposés(p. 473.4T?).Pour prévenir cette
hantise on accomplit des rites funéraires complexes,qui
tantôtont pourobjet de fixer le corpset de congédierl'esprit,
tantôtde rattachert'âme au cadavreet de l'enterreraveclui,
tantôt de détruire, en le mangeant,l'esprit et le corps d'un
individu particulièrementméchant (Fans, p. 430).H faut
donner toute satisfactionau défunt immoler,en guise de
vengeance,ses femmessi ellessont présuméesl'avoirenvoûté
ou empoisonné(p. 468-88j tuer sur sa tombesesfemmeset
ses esclavespour qu'il ait une sociétédans le mondefutur
(Tshis,Bengas,côte de Calabar) lui oiïrirdu sangd'animaux
pour qu'il puisse renaître (Delta).Le cadavreest d'ailleurs
un objet magique de la plus grande puissance.Le mortest
souventun esprit tutélaire de la maisonet est enterré sous
la porte(p. 494,Cf.476).Delà descultesancestrauxnaissants.
et la nourriture offertependant.quelquetemps aux aieux
décèdes.
La vie qui anime le récit de M"K., fait que cetteénuméra-
tion parattra sèche auprès de la lecture des chapitrescourts
maisdensesque l'auteur y consacre.Maiselle parattraaussi
plus systématique.L'esprit de M"K., merveilleusement doué
ANAÏ.Y8M. – MMGMNS PR!HtTÏV8S KK GÊKÉKA~ <?

pour l'observation concrète,na nn


'nhoa)t*vnt!nn~nnnp&)ta un peu
natt brouittéles d! versordres
hnnttttt~taa~tMûfo~t~tt

de faits que l'analysenousa forcéde séparer.

J. WELLHAUSEN. – Reste des AMtMsohen Holdea.


tmms.f t~tt~ea<<tt .if'a&t'f.)3' Ausg.Uert.Georg.
pa~aKtitmefM
Reimer,~?7, in-8",3M p.
Le livredo M.W.est de ceuxdonton reparle à la seconde
édition. Non seulementrien n'y a vieilli, mais encoreon
en voit mieux la portée, la grande place qu'il tient dans
la science.Point de départ de ia < Y<e~<oM o/' s<'n!!<Mde
R. Smith, premieressaide cette fécondeétudedes religions
sémitiquescomparées,indicationd'undes plus beauxchamps
de travail pour l'historiendes religions,voiià ce qu'a été,
depuis dix ans, cette partie de l'muvrede M.W. Car, pour
la religioncommepour la langue, l'unité de la civilisation
sémitique est évidente.La méthodelogique,qui recherche
par comparaisonles causesest infinimentfacilitéepar l'iden-
tité fondamentaledesdialectes.L'étudedu pagauismearabe
est lumineusepour le monothéismearabe, en mêmetemps
qu'elle est décisivepour les antécédentsdu monothéisme
hébreu, puisque, au rapprochement,les mêmesconnexions
apparaissent. AvantM. W., Renan avait senti te problème,
mais la fantaisieet la généralisationrapide ne l'avaientcon-
duit qu'à de vaguesdéveloppements sur le monothéismeeth-
niquedu sémitenomade,et personnene s'y était rattaché.
La compositionserrée, le développementfait surtout de
textes rigoureusementtraduits, reliéspar un minimumd in-
terprétation, donnent à l'ouvragede M. W. une incompa-
rable densité. Cetteméthodestrictementhistoriqueest d'ail-
leurs ce qui fait la valeur du livre en face de celui de
R. Smith.Ondirait que M.W-,en rééditantainsicevolume
sans l'augmentersensiblementet sans presque rien changer
aux conclusions,en se contentantde t'amétiorer partielle-
ment, a voulu montreret sur quel fond soiide.s'appuieatles
théoriesde Smith et le point où commencentles inductions
et les hypothèses.En tout cas nous avonsici, pour le paga-
nisme sémitique en générai, arabeen particulier, un réper-
toire, mis à jour, des faits et une systématisationd'autant
plus durable qu'elle a été faite avec la meilleureconnais-
sance des textes et avec un vif sentiment de ce qu'est la
fonctionsocialede la religion(p. H4, p. 94,cf. p. 214).
)84 L'ANNEE <M7
SOOOMCtQUE.
L'existence antéislamique d'un polythéisme arabe no peut
être niée. Lu fréquence des noms tbéophores duns les poèmes
antérieurs à l'hégire, dans les inscriptions, dans les textes
grecs, les analogies nombreuses du sémitisnM. les renseigne-
ments que nous donnent les historiens de h) vie de Mahomet
et les géographes, les fragments du livre arabe sur te renver-
sement des idoles, fournissent des preuves plus que suffi-
santes (p. 1-64). Multiplicité des noms des dieux, des lieux
sacres, des cultes, rien n'y manque. Une remarque s'impose
si le caractère naturaliste des grands dieux, si l'adoration du
soleil et de la lune, de l'étoile du matin ne sont pas douteux
(p. )43). ceta n'empêchenuttentent qu'il y ait eu lit plusétroite
alliance entre le dieu et te c!an qui porte sou nom et qui est
possesseur de son culte (p. ~tS~. En somme, suivaut M. W.,
les dieux du polythéisme arabe et aussi sémitique ont été
tribaux mais leur caractère totémique est difficileà établir.
Kn tout cas, tes textes ne nous mettent certainement pas,
comme le croyait Smith, en présence d'un état où les dieux
n'auraient été que des esprits (~«x) supérieurs. lis sont de
na tu recéleste.sinon purement spirituels. C'est une régression,
que le monothéisme a fait subir aux dieux, qui les transforma
en diables (p. ')!!?) il ne peut être démontre que les dieux en
aient été dérivés. LosytKM~ sont des esprits terrestres ou sou*
terrains.des eaux, des serpents, de la matadie; ils sont encore
aujourd'hui l'objet, ou l'instrument des sorts, des charmes,
des exorcismes; ils ont toujours des noms. Mais, déjà au
moment où lesArabes arrivent à l'histoire, ils faisaient partie
du < paganisme inférieur
La mythologie ne nous fait donc assister qu'à un stade
avancé du potythéismo arabe puisque les très anciennes
croyances n'existent plus qu'à l'état de survivances. Le culte,
au contraire, est profondément primitif tes lieux sacrés, le
rituel sont le plus simples possible. Ce dernier ne consiste
guère qu'en circumambulatious, en jets de pierre quand on
passe près d'une place sainte le rôle de la prière est secon-
daire. La nature du sacrificemontre qu'il confineaux origines
vertu attribuée au repas eu commun, petit nombre de sacrifices
non sanglants, rôle du sang qui doit être répandu, non pas
parce qu'il est une offrande au dieu, ce qui ne serait qu'un
phénomène dérivé, mais ptrce qu'il lui est consacré et qu'il
opère la communion entre le sacrifiant et la divinité, tous ces
faits témoignent qu'on est en présence de rites sacrificiels
ANALYSES. RELIGIONSPRIMITIVESEN G6f))!t<At. ~8&

élémentaires.L'individucommençapar laisser coulerson


sang sur la pierre du dieu puis il y substituale sangde la
bête que l'on mangeaitensuite,devant et avecla divinité.
L'idéedu sacrificeoffrandeest bienpostérieure.
Lesacerdocea une organisationrudimentaire l'interven-
tion du prêtre n'estnullementobligatoire.Uncertainnombre
de cultes sont mêmede véritablespropriétésprivées,telle
famillea, à sonservice,un esprit puissant,et vendses bons
offices,tout commedans l'histoirede Mikahque conservela
Hibte.L'étroiterelationentre le prêtre, le devin, le sorcier
est évidentecommedanstoutl'anciensémitisme.
Enfin,un troisièmeordrede faits vient nous dévoilerles
assises mêmesdes religionssémitiques.Ce que lesArabes
appellent lit Fitra (religionnaturellejest passédirectement
danste Coran,toutcommele mémoensembleest fondamen-
tal dans la législationmosaïque ce sont ces prescriptions
qui concernentle <yo<thébreu,le t'A~Marabe, en un mot
toutesles interdictionsrituelles.Cesont les règlesde la con-
sécration du premier né, des premiersfruits, d'une partie
du troupeau, des biensdu dieu (M.\V.voit ici, p. 113,l'une
des originesde la propriétéindividuelledans le mondesémi-
tique), c'est la donationducheveuau Dieu,l'alliancequi doit
être scelléeaveclui par la circoncisionce sont les multiples
prohibitionsauxquellesdoit se soumettrequiconquea fait
vœude sacrifier.comme serasoumist'homme
celles auxquelles
pieux dans le monothéismepostérieur enfin, ce sont les
prescriptionsqui déterminentla puretéet l'impureté,et dont
la dernière paratt spécialementapplicableaux femmes,à
leurs époques,à leur puberté,à tours couches.Cesphéno-
mènes religieuxsont certainementles plus primitifs qu'on
puisse trouver.
C'est sur ce fondque se préparaet naquit, spontanément,
sous l'Influencede causessocialesdiverses,le monothéisme
mahométan.A la Mecque,devenueun centre commercialde
premierordre,un véritablePanthéonse constitua,oùles dieux
se transportèrent,voisinèrentet se confondirentun peu. Le
polythéismeperditde sesarêtesvives.Lescultesde la Mecque
sont bien, en fait, les ancienscultes païens. La A'a'~aétait
originairementla pierredontAtlahétait l'esprit le temple
se bâtit autourd'elleetse peuplad'autresdieux.Le /~<~était
un sacrificedu mêmegenreque les autres; le moissacré,de
~a~t (Ramadan),correspondaità la Pâqueshébraïque.Seu-
IS6 L'jmKÉE SOCIOLOGIQUE.<M?

lementtes pèterinagesettesarrivéesde caravanes coïncidaient,


les {êtesétaienten mêmetemps des marchés(commecelase
passeencoredans nos campagnes).Cescultesperdirentainsi
de leur caractère localà mesureque l'on venaitde plus loin
pour y participer. Le monothéisme,d'ailleurs, ne fut pas
obligé,pour se constituer,de lesexclureviolemment;ii n'eut
aucunepeineà pactiseraveceux, à les laissersubsister.Leur
peu de précision,de significationsociale(puisqu'ilsétaient
très primitifs), facilitaientsingulièrementleur appropriation
à d'autres besoins religieuxet moraux. D'un autre côte, au
mêmemoment,la religion,par oppositionau culte, prit une
importancesocialeconsidérableet immédiate.Onta voitalors
réglerlesrapportspolitiquesdostribus parles rites d'alliance,
fournirdes sanctionsaux contrats, sanctifierles mariageset
la mort,entourerla viede toutce qui la fait pureet bonne.De
ta vint avecsoncaractèremoral le monothéismemahométan
ou hébreu,car l'agent religieuxpar excellenceétait « la divi-
nité (AHah), commechez les Hébreux tesdieux (Etohim~.
Allahétait le témoininvisiblede toutes les conventions,de
toutesles actionsdes hommes, châtiait le traître à sonhôte
et l'impur.La vertu créatricedu mot agit ici, à son tour. Les
noms propresdes dieuxne pouvaient,pour la plupart, être
dits sans danger. On invoquaitdonc le dieu en générât
L'usageet le rituel figèrentl'expression,on l'expliquapar
une personnedivine,Atiah, l'uniqueet le vrai dieu. La révo'
tution mahométane,souventtentéeavantMahomettui-méme,
dépenditd'iuttuenceschrétienneset juives (p. 234)et ne fit
qu'accentuerla séparationentre le monothéismeet ses anté-
cédents.

NOTICES
Lesétudesles piusdiversesse trouventdans
ADou*
BASTtAX. – Zum Festgruss zn seinem 70 jehrigen
1896.
Qeburtstag.Bo-Hn.
A..H.KEAXE. –Ethnology. – Cambridge. Press(Geogr.
University
Series),2 vol.in-S",i890.
Utilesrenseignements nécessairement
sommaires.
ANALYSES.– MUOOX8 PMMtTtVEBEN O&NÊttAt. <8f

MONOCKAt'MtES
DETtUBL'S
/t.–MAL.\)!t)Kic

r')t~\i: KttOXHCKHH.– Von Javas Fouerbergen. tu-8", 30 )'.


OtdeMburg-Leip:!ig,Schut)!e,i89'?.
Kenscignemcntssur les Tenggereses.
M. C. SCHADHE.B~drage tôt de Kennis van de Ethnographie
der Westerafdeeling van Bormeo(in /<t<eM~<)'oMa< /t<'c/t<'<'
/<'
6~
Il, suiv.; t\ i). if8 et suit.
~Atto~tt'f. Leiden,Hfit!).thOO.

VETH(J.). Java. 2"Mit. Uaarten),Uohr(<89-)).


Tt'ùiicompletet trt's utile.

W. KUKE~THAt.. Foreohungsreise imden Molukken und In


Borneo. t't'ankf.a. M.,i896,i)t-4' 3St p. (Kayansde Hornt'o!.
l,

CHU~WEnEL.– Notiten aus den Reieemvon Hrolfs Vaughan


Stevema in Malaka (iu /~At)ob.Mfc/(My«~~A~«~. hcrgg. v. d.
t)ircMiun d. Kgl. Museumsfür Votkskundc.t, 3 (t898~.Haack,
Bet'Hn.
Faits remarquablesde culte totémiquedu tigt'c(p. 1-12).

L.-Ttt. MEYEH. Ein Blik in hot javaaMohe VoUeleTea.


(2~deet).Lciden,Brin.t89)!.
Cu'. COOL.(Tranal. by ï. Taytor). Bali, Lombok and the
Saaaaka. 1890,it)-8",Lcnd.

H. UKC ROTH.– The Natives of Sarawak and British North


Borneo, i896,Zv. it)-8",Trus)ove
and Manson.
Extrêmementimportant et dont nous regrettons de n'avoir pu
faireune étude suffisante.M.A. Langa écrit une préface &ce livre.

n. – TtUBUSKO!)OVtUStStSMe!tKt)<! KTCEt.'txoO-CM)X)t

< SCOTTROBERTSO?!. – The B.ànrsof the Bindu Kush. Lond.


!~wrenceand Bullen.tn-t", xx-658p. (ittuittrat.et cartes).
Dans ce livre sont semésdes renseiftnementssur les rites d'ai-
iianceet d'adoption(p. 3<,S03,St3,3)8),sur t'organimtiondu etan,
les vendettas,la tribu, la famille,la propriété,lesmœurset le droit
(derniers chapitres).M. Scottnous décrit, commey ayant assisté,
188 I.'AtiKÉ)!!iOCtOM)0!OU8.«"7

nu "IIII¡n
certain 'l..
nombre do ".II41etnnf
ceretnonies, consistant elit-t.~ii
surtout en danses
~i6, 220. 3'!5).Mn outre, deux c)Mp)tt'ft importants donnent lu
premier expose que t'en ait Ut-ta religion et du lu mythologie (XXtit,
XXtV).L'organisatioH du sacerdoce et des castes aristocratiques fait
l'objet d'un autre chapitre. Les informations sont de première
valeur, M. S. étant le premier Huropëen qui ait séjour))'! pu ces
relions, et les tenant du j~randprêtre tui-metne auquel ii s'était attie;
elles seront vite précieuses, parce que dans ces contrées t'tstam fait
les j'tus rapides progrès.

Maj. W. UHOADFOOT. – Kaartstams and thé Kaara (in M«'t<t'oo<<<


.t/«y«tt'Mf,tM~.nMt's).

t.HKTKLu~ M. CUUDHX. NàgA and other Frontier TribM of


North East India (/oxt'M<t<o/' <A<'~X/tropoh~t'faf ÏM««o(eo/'
XXVt,n" t<tt)-2Ut.
/.oM</o<t),
HMeiienteconpitatioH desdoeuments existant sur ces poputatioas.

Co). R.-C. WOUUTHOtU'r:. Some Aooount of the Shama and


HUl Tribes of the States on the Mékong (~«''M. o/' </)<'~M<A)'.
/n.!<.o/ow/fMt), XXV),n" ), p. M suiv.
tmportantsn'nseignetnextssurt'orgunisation sociale et les cutter;
particuiierement intéressantes sont les croyance!! concernant lu
nature de t'Ame.

t.. OPi'KHT. Ueber die Toda in den Nilagiri oder den


Blauen Bergen 'iM Zeitschr. f. Ethn., p. N13suiv., tMtt).
Quelques renscij~netnents sur cette population dont le totémisme
estbien connu.

C. Af)t)Ot;E

S.-H.-H.JOHKSTOX. Brist.sh Central Afrioa. Methuen a<td < ·,


t897,in.8".
Honnc d'uliles renseignonents (teneraux.

K. WËUi.E. – Zum Fetisohwesen der Ewe (~<. A'o«'Ma«,


t8M, t. p. 29-38.)
D'après les renseignements de M.Baumann.

H.-M.COXXOLLY. – Sooial life in Fanti Land (~KM. o/' the ~M<A)-.


/M~. o/ow/.j, XXVt. ? 2, p. i29.t83.

KUDOH-'PHtETZH. – Beitrege zur Erforsohnng von Spraohe


MndVo!ksgeist in der Togo-kolonie (<?<'t~ /)/)'<taHMcAtun~
OtMtNMcAe~M«'/M«). Mertin, 3" année, in-K",p. 6t.
ANALYSES.– MUOMM t'MMtTtVKS BX Of~RAL i8!)

~.–Uc~AXtK

STE!~)!Af:H. – Einige Schadet von der ïnsel Nauru (~f«~t<


/<t~t)</).(~<«c/t.A'</tM~<8M.Y).)).SM~uiv.)

J.-t)..t:. SCHMKLTX.– BeMrœge zut Ethnographie Yon Neu-


Guinea. (/"<--t''< ~</tM.,<Si)6,H), p. U3-t2:i.:

/t'. – Ast)! Stit'TKXTKtOXAt.K

A. SKRXY~t:m.–Jakutenbrattcho iAm.-t'rqm't), Xeue Fo~ tY.


t"'<'t2")h't'fHMus).

)t. !))! WtXnTS. – Reison an der Beringatratse. Tsohuktsohis


titt C<~<M,Ht'unsMck. Vx'wpj;. ).XX),t9-Ui mui f897, p. SM suiv.

?{..Y.STE~t~. -Die Fermier fi)' S et tBjuitt <89'!(p. 349et 3?t ).

SEttOCMEVSK!(V.T.). – (Kn rus-ie.) Yakoutee.SMiht-t'<'tc)"ib.,t8!'6,


n~O. tmpt'imerif'des Apanugt's, {if. in-S".

<:HUBE.– Daa SchamaBenthum bei den GoMen <Q~&<M,


LXXt

AXO))!XSt'KH'H! tXt'O-EfttOt'~KXS

E. S!ECKE.– Die UrreUgion der Oennanem.t896, io-S".Bo')itt.


Mayerund MuUcr.
FM.STA)X. – Die VoUteMtœmme der Germanen nach roe-
Stocr.
miacher Daratellung, 1896,SchwcinfttrU).

UFALVY.– Les Aryens au nord et au sud de nmdou-KoNoh.


!n-8°,Paris, Masson,<896.

DESHKUUtOXS
SU)t\')VA!<MS FK!))mYt!S UMCtYttJSb.
C))t!X

J. EUTtKH.– Tagbuoh einer Beise in Inner Arabien. Drill,


L<!iden,<890,in-tt'vnt-SMp.
Quelquesrenseignementssur luvie retigieusoactueHe, les supers-
titions courante:et païenneschezlesBédouinsen Arabie coutumes
de mariageou funéraires; ce sontde ccsinfbrntationsquctout voya-
geurrapporte d'un pays où il ne réside pas, mais qui ont lavaleur
que donne aux travaux de M. E. sa hauteautorité de sémitisant.
~0 L'ANfOSBBOCtOMOtOOE.)M7

MAHX.Ka~kasiache Beisenumd Stadien. (A'fMc


~<~<. j:),t.
~MM~tM~M ~K~MC/tfM~,«M</jt). Dunckeruud Humbtot.t.eiuzit!
<896.)))-)Y.29)ti).
Hy Mdans ee votunteune descriptionde curieusescoutumes de
ttuu-iagcd<'sT:tHtt'<df lu Kabftrda une importanteétude,ncuw o)
biendes puints, sur les urbn't) et buis sacréschez les
peuplesdu
Caucase. (H) sur les grands sacrificesagraires des Oss~cs de
Digor(Ht),d'utiles renseignetnentssur les peupladesdu t)aghe!!t<u)
et les sectesr<!eent<'s.

Bt!)txuutu 8TE«\. Zwieohen Kaspi und Pontue. KauJtMitche


SMzzen. Hre~au,SchotttSnder,t89t, x\'t.2Mp.
Uncertain nombrede renseignements,sur h
famille,le
tes ritesde ta naiiotance.Unesériede légendesde saints etmariage,
un nou-
veau contndu cycte d'Atexandreintéresseront vivementles foik-
loristes.

L. STjëDA. Referate aus der RutstsohemL1teratur. Abhand.


lungen denKaukasus betreffemd(inAn;/<~/'t:t-~tt~ro~o~m'e
1897,XXtV,Brunsw.Yiewcg).
excellentedes ouvragesrussessur le Caucas'
Bibliographie

!H. – t:t').TE hOMKSTtQUE

ParM.MANM.

ATTtUODEMAUCH!. -n culte Privato dl Roma Antioa.


I. La ReH~lonenella vita domestioa. Iscrizioni e
oCerte votive, (LeCM<te
pncd de la /!oMM
«M~oxe.)
Hoepli,
Milan,~896,in.4",xvt-30'?p.

Depuis!e livre de Fustet, en dehors des grands manuels


allemands,rien de systématiquen'avaitété fait sur la ques.
tion traitéedans cet ouvrage. La méthodeen est tout à fait
!ouaMe.Labibliographiede fauteur est peut-être
nousseronsles derniers à l'en Marner.Maissonincomplète
livrerepose
sur une profondeconnaissancedes textes littéraires
impor-
tants, et sur un dépouillementconsciencieuxdes documents
épigraphiques.M.de M. n'est donc pas embarrassepar une
traditionscientifiquetrop lourde,et, d'un autre côté.comme
sonlivreest surtoutuneclassificationdes
documents,c'est,en
– CUM'E
AKAMSES. COMBST~ttE ~9i
grande partie, l'esprit mêmedes faitsqui présideà leur dis-
position. M.de M.cite en entierles textes dontii sesert.C'est
une habitudeque t'ou voudraitvoirse répandreet qui seule
permet le contrôleincessantdu lecteur.
L'auteur déiimitesonsujet en suivantl'oppositionque font
les juristes (Cicéronet Digeste)entre lesM~'a ?«<'<«'« et les
M~'s pf<f~<.Appartientau culte public tout acte religieux
accomplipourio biende t't~tat,aux frais del'État fout partie
du culte privé tous les actes faits par les individusou par
ies associationspoureux-mêmes,quelqueétendusque soient
les intérêtsprivésen jeu.Il suitdo là quelesactesindividuels
enversles grands Dieux,objetsdecuitespublics,seraientdes
actesprivés,et queies actesdet'Ëtat surveiiiantl'exécutiondes
obligationsreligieusesdes particuliersressortiraientau culte
privé (p. p. M). Nousreviendronsplus loin sur cesdénni-
tions contestables. Dansce premiervolumeM.de M.n'étu-
die que les cultesdomestiqueset individuels.Le secondsera
consacréauxcultesdesjj~M, descollèges,des corporations,
et de touteassociationsanscaracterepolitique.Cettedivision
presqueextérieure en recouvreune, plus profonde.Dansle
culte publicl'individun'a quepeude part toutse passeentre
les prêtres,hors de lui (p.15).Leculteprivé,le culte domes..
tique en particulier,permet,au contraire,desaisirce que fut,
dans t'ameindividuelle,la piété,la religionromaine,la façon
dontelles'attachaità touslesmomentsdelavie.Cettedévotion
primitivene fut pas sans jouer un rôle historiquetrès impor-
tant elle a concouruà préparerles espritsà l'influencedes
religionsorientales.En etiet,elle répondaitdéjà, mieuxque lit
religionofficielle,à cesbesoinsmystiquesdonttoutepratique
doit s'alimenter et qui firent les succèsdes grands cultes
orientaux.
La religion dans la vie domestiquepeut s'étudiersuivant
l'expressionde M. de M-, à un triple point de vue 1° les
dieux domestiques,2" le matérietet les formesdu culte,
3" les actes religieux dans la constitutionet la vie de la
famille.
Lesdieux domestiquessontd'abordet surtout les lares. La
dissertationque M. de M. leur consacre,est des plus intéres-
santes et des meilleures.A l'origine(et la religion étrusque
fournirait des équivalents),le tôt- existaitprobablementseul
fp. 48) il était l'esprit possesseurdela maison,il l'habitait,il
était son âme.Puis en vertud'une confusionavecles pénates,
<? t.KÊt! BOCMMtitOL'E. Min

qui. eux, turent probablement toujours multiples, et aussi


parce que le culte du/:a'<-était étroitementtié au culte du
foyer et des mânes, tares, pénates et mânes se confondirent
les uns avec les autres en mémo temps que fusionnaient les
rites destines aux diHét'eutes divinités de la famille, Les
pénates furent en principe, les esprits du pfHtM,du fond de
)« maison où l'on conserve le grain auquel ils conservaient sa
force et sa bonté. Ils devinrent les protecteurs
domestiques
en général, et les grands dieux eux-mêmes purent être
appo.
lés Pénates; mais jusqu'au bout les p~M/M ~'« furent
proprement les gardiens du patrimoine et des membres de la
famille (p. ?'. frétait la flamme. la vie de lit maison.
le feu qui brute sur t'autet domestique; celui-ci était le
centre de lu famille. le symbole de sa perpétuité. Enfin,
légèrement à part, le génie domestique. Les ~t't étaient ces
esprits qui accompagnent chaque individu dès avant sa
naissance; chacun rendait hommage au sien, mais toute la
famille adorait le ~PKOM </OM))M(p. 74) confonduavec te ~tt'tH
~'«~tMx'/KM. image de la puissance génératrice de lit famille
ette-meme. Le génie est souvent représenté, à Pompéi en
particulier, sous la forme d'un serpent, esprit infernal de la
fécondation.
La place que les divinités occupaient dans la maison
correspondait aux croyances dont elles furent l'objet. Quand
celles-ci varièrent, te sanctuaire changea de forme et de lieu
les images furent d'abord auprès des portes, dans le vesti-
bule, puis au centre de t'a/nxMt (où était souvent planté un
arbre), ou bien au mitieu de t'tMx~t plébéienne, pauvre agglo-
mération qui ne possédait qu'un autel pour une masse de fa-
milles. Enfin les dieux domestiques furent relégués dans un
coin, une nicbefp. 89) ;soust'innuencedes cultes mithriaques
et de la superstition concernant les rites souterrains, les <am.
n'a furent transportés à la cave. D'ailleurs, fait
remarquer
M.de M., il y a une véritable dinicutté à distinguer,
pour les
époques sur lesquelles nous possédons des monuments figurés.
cequ'il ya, dansées représentations, d'artistique et de littéraire
d'une part, de religieux et de populaire de l'autre – Les
instruments du culte étaient le foyer, la table, la salière, la
patère à libations, les vases à parfums. C'était d'ordinaire
le père de famille qui o(t!ciait. et lui seul en avait le droit
lors des grandes fêtes domestiques mais il
déléguait ses
pouvoirs à sa femme pour les petites offrandes journalières
– CULTE
AHALYSHB. MNMTtQUE 193
aux mânes sur le foyer (p. 109). La famille tout entière,
esclaves compris, assistait aux cérémonies. L'accès de l'autel
Était libre à chucuu chacun cabrait pour soi son </«'<
M«<<t<M, et les esclaves eux-mêmes étaient admis & tous les
actes généraux d'adoration.
Tel était te matériel et les agents du culte, les formes en
étaient nécessairement correspondantes. En premier lieu la
présence constante des dieux domestiques nécessitait certains
rites fréquemment répétés ainsi on devait, au retour d'une
assez longue absence, avant tout. saluer les pénates (p. 32S).
En second lieu, un des instruments du cuite, essentiel, déter-
minait la forme d'un bon nombre de rites: c'était la table.
Le repas lui-même, pris devant les dieux domestiques, et où
les morts de !a famille avaient aussi leur part, était chose
éminemment sacrée (p. 1)5, Mt'ra MCMM'jpuis le repas servi
aux dieux lors d'un <ff<M<fn)()«M, te festin oilert au mor
lors des funérailles étaient des actes religieux de la plus
haute importance. Pour le reste, les offrandes étaient surtout
des couronnes de fleurs dont on décorait la statue du dieu,
du génie des grains et du vin étaient répandus sur le foyer,
pour Vesta et les mânes (p. 2~0;. Maisles sacrifices sanglants
étaient rares, ils consistaient surtout en porcs, dont quelques
morceaux seulement étaient consacrés aux dieux.
Dans lu troisième subdivision, M. de M. semble confondre
deux genres de faits dont lu séparation eut ajouté à son livre
quelque intérêt. Et) ellet, un certain nombre d'actes religieux
de la vie de famille correspondent à dos pratiques religieuses
pures, ont des buts, des fonctions, des époques déterminés
ce sont ce que nous pourrons appeler les fêtes les autres ne
sont que t'euregistremeut religieux de certains événements,
tts sont nécessités par eux mariage, naissance, mort, anni-
versaires et nous pourrions les appeler des sacrements.
M. de M. suit plutôt la vie du Romain qu'il ne répartit les
institutions. Qu'il nous soit donc permis de nous écarter, sur
ce point, du plan suivi par notre autour.
Les fêtes sont caractérisées par le repos religieux de toute
la famille, y compris les esclaves en vertu de la définition de
la /<HM<<«! romaine (p. 145, cf. p. HO). Ce sont des jours
consacrés à l'accomplissement d'actes religieux périodiques.
Elles sont ou familiales, ou agraires, ou ottes célèbrent sim-
plement le retour do certaines dates. – Les fêtes de la
famille sont au nombre de trois la caristia, offerte aux <<«
)'t)oMi)t)!)M.–At)t)t!).'Mtci.)).iM7. t3
~4 t-'AKNËË SOCMMGtOL'E. t8'H

j~tWM, est proprement une fête où se réunissent, en agapes


fraternelles, les agnats; les MM~-o<M<M sont des têtes des
matroneset de la maternité. cabrées en l'honneur de
Lucine i
enfin viennent les M<)u-tM~tdont aucune
explication suni-
sante n'a été donnée, et on, après te sacri(!ced'un
porc, uu
banquet oflert par le père de famille réunissait, comme des
égaux, les esclaves et les hommes libres. D'autres cérémo-
niesavaient, de leur côté, pour but d'associer)a vie do famille
ataviedes champs (p. 128suiv.). M.de M.en fait une étude très
soignée, et partant de l'idée généralement admise du caractère
agricole de la vie des anciens Romains, il nous montre, soit
dans les rites agraires eux-mêmes (vendange,consécration du
bétait), soit dans les rites qui en ont perdu l'aspect, des survi-
vances de rites agraires. – Le troisième genre de fêtes était
consacré à marquer certains moments de l'année, ides ou
calendes, le neuve! an, les anniversaires du père de famille,
même ceux d'un ami, ou ceux du prince.
Outre ces fêtes, des chômages nombreux, de
multiples
obligations au culte domestique, enserraient le Romain d'un
bout à l'autre de sa vie. Des !a naissance, des rites nom-
breux assuraient son entrée heureuse dans le
monde, au
milieu d'un cortège d'esprits adonnes spécialement à cette
fonction. L'enfant était pré~nté l'autel, ri Hercule
guéris-
seur, aux dieux domestiques on le mettait, par de curieux
rites, a l'abri du Sylvain et sous la protection des divini-
tés de la culture fp. 117). Cette fête de naissance était
renouvelée chaque année, et pendant toute la
jeunesse, on
suspendait dans les temples les vêtementsdes enfants. Puis
t'éphébe revêtait, au champ de Mars, la robe prétexte, et
déposait devant les dieux les insignes de sa jeunesse; la
pre-
mière barbe était aussi consacrée et souvent
soigneusement
conservée (p. 179). L'année du Romain s'encombrait alors
d'une série d'anniversaires, de commémorations
publiques et
privées naissance et mort des ancêtres les plus proches,
services pour les mânes des morts
qui n'ont pas d'héri-
tiers, etc. Le christianisme hérita d'ailleurs de ces
pratiques.-
Le mariage, à peu près obligatoire au début, eut, au moins
dans les familles patriciennes, un caractère strictement
religieux et sacramentel le mariage par co«/arrfa<M fut
probablement le type primitif. !t ne pouvait être célébré pen.
dant certains jours et certains mois. La célébrationen
exigeait
un sacrifice divinatoire que l'usage
remplaça par la consutta-
ANALYSES. CULTE OOHEST10UE ~98

tion des auspices, et qui semble avoir aussi servi de consécra-


tion religieuse au mariage par foewptm.Lc/hm<w <<<«<M assis-
tait a la cérémonie. et il n'y avait probablement pas d'autre
sacrince que le premier. Le rituel de ce mariage est bien
connu, et nous n'avons pas à l'exposer de nouveau: là
comme ailleurs la revue des textes que fait M. de M. est fort
complète. Il faut remarquer ce que l'auteur dit à propos de
la <<'a//o )o mariage par co~n'fa/<o était a peu près
indissoluble. Pour le rompre, il faHait des cérémonies
terribles d'une solennité extrême. Nous sommes malheu-
reusement peu renseignes sur lit nature de ces rites,
qui cou-
sistaient probablement, soit dans la rupture symbolique du
lien créé, soit dans des actes inverses de la coM/ar/-<'<t«o.
M. de M. se borne a interpréter les textes et
l'inscription qui
ont trait & cette institution. – Les rites funéraires sont,
comme ceux du mariage, de ces pratiques religieuses qui ont
une efncacité par elles-mêmes, sans qu'il soit besoin de t'inter-
vention d'un dieu, fût-it domestique. La coutume générale-
ment suivie était l'enterrement, avec ses phases bien connues.
Au retour, avaient lieu des lustrations pour
purifier la
famille; un repas funéraire Mt'fcf'KtMm),renouvelé le troi-
sième jour, puis le neuvième (fu-nanot-fm~o/M),faisait
dispa-
raître la souillure qui pesait sur la famille (/~(M
/Mm<<<fp
/MHM<f<!). Le lieu de sépulture était un < <oc<M sac~' c<rWt.
~MM< consacré d'ailleurs aux mânes par le sacrifice d'un
porc. Il fattait rendre à t'aneetro de légitimes honneurs.
D'abord ce culte améliorait la condition du mort (p. t8~
dans son tombeau comme dans les Enfers. Puis leur
négli-
gence eut entraîné pour ta famille et pour la cité les plus
graves dangers. Aussides sacrificesexpiatoires sévères étaient-
ils imposés à quiconque contrevenait à ces devoirs. Un court
développement que M. de M. consacre aux croyances concer-
nant l'autre monde, parattra à tous un peu sommaire et
superficiel une étude archéologique de la forme des tom-
beaux, des inscriptions et monuments figurés qui s'y trou-
vaient manque ù cette partie du livre, et l'on aurait souhaité
voir traitée ici la question des rapports, à Rome, de l'ense-
vetissement et de la crémation.
La seconde partie du présent volume consiste dans une
étude des inscriptions et offrandes votives, autrement dit, des
actes de piété individuels à l'égard des dieux,
quels qu'ils
soient, domestiques ou publics ces inscriptions relatent sur-
L'ANXÈH <8M
SOOOMCtQU!
tout des couseerations d'autels, des dons a un
temple. Par
un excellent depouitiement et une intelligente ciassification
des documents du Co~tM M. de M.
~w~oKtOM /«~'M«r«Mt,
recherche 1° ce qu'était le donateur celui-ci pouvait être un
homme, une femme, un esclave même queite était lit
divinité invoquée d'ordinaire il y eu avait plusieurs, lit for-
mule était assez vague et s'adressait à tous les dieux
qui
avaient même fonction, locale ou sociale ip. j60; 3"
quels sen-
timent expriment les dédicaces c'était généralement cette
idée qu'il y avait une sorte de contrat (p«cM<w,- dont t'aceutn-
plissement du vmu était l'exécution. M. de M. étudie encore.
a ce propos, la façon dont l'individu rernerciuit le dieu eu
échange du service rendu, ou exposait ses désirs dans la
prière votive fp. ?"). Toute cette partie de l'ouvrage est très
neuve et sera très utile.
M.de M. s'est posé au commencement de son livre
(p.
et la question de i'autériorité du cutte
domestique sur le
culte pubiic et, après Fustei, il t'a résolue dans le sens
de la priorité du premier. Comme le savant français.
XI.de AI.voit dans le culte fondamental de t'Ëtat romain, le
culte de Vesta, la transposition du culte
domestique ù ia
grande famille qui est la cité. C'est la seule question d'ordre
réellement général à iaqueiie ~f. de M. se suit attache. Nous
nousdemandous si elle n'est pas insoluble, et peut-etreoiseuse.
Certes le culte de la Vesta romaine et celui. de la resta des
foyers patriciens ont prubabiemeut été identiques. Mais, au
fond, quelle raison autorise à dire que l'uu vient de l'autre ?
Le culte de la Vesta domestique est celui de
l'esprit de la
maison, comme le culte de Vesta est celui de l'esprit de la
cite. L'neétude comparée des faits de ce genre ne permet
pas
de poser une antériorité quelconque et l'histoire ne
permet
pas de remonter si haut. Toute agglomération, toute habitation
semble avoir été sous la protection d'un esprit
qui la symbo.
lise et la protège les cultes de la famille et ceux de la cité
coexistcut et se ressemblelit comme ont coexisté les rites de
la fondation des villes et ceux de la construction des maisons.
D'autre part, une objection peut être faite à la définition
admise on ne peut appeler réellement cultes prives que ceux
de la famille, des individus, des associations, qui s'adressent
aux dieux de ces difïerents agents religieux. Les actes indivi-
duels à l'égard des dieux de t'État ressortissent au culte
public, puisqu'ils s'adressent aux grands dieux, protecteurs à
ANALYSES, CULTE OOMt:<Tt()UR )97

ln fois de la vit!e et do chaque citoyen. I)e ce que l'évolution


religieuse a permis ù l'individu d'avoir sa part au culte et
des mouvements personnels de pieté, il nes'ensuit nuttement
que le culte n'ait pas gardé son caractère pubiic. Ce fut pré-
cisément, M. de M. le montre bien à plusieurs reprises, ce
développement de l'individu dans les cultes puhtics et domes-
tiques qui favorisa ia prompte expansion du christianisme.
Les connaissances de grammaire et mythologie comparée
de M. de M. sont peu sures. Je ne crois pas qu'il existe de
mot sanscrit Alika == mère(p. HO,n.), et l'étymologie Yesta de
<M.briiter. est ordinairement rejetée; on la rattache plutôt A
la forme cas, rester, sanscrit <'«~«, demeure.

XUTICKS
M. HAXTHLS.– Mittheiluagen aus demFrauenlebom derOrang-
BAlondas', der Orang-Djakuna. der Orang-L&ut. – )<'uf't''s
))t-o)fVtUt(!h!u)Stcvens, in~<!c/< /:7/<M.,tSuc.IV, t62-202.
A n'marquct' les intcnHctions <'nn';f'n)ant icx r<'m)n)'s, k'tu's
f~-t'indt's, i'uccouctK'moX,et tout pMtticuiif'rententtes t-it'-s d'' put-i-
))cation(n"t':2~uh'.).

H.-H. MATftHWS. The Burbung of the Wiradthuri Tribes.


J. A. t. t897, X\'t, u'' 3. ()). 2':2 suiv. MUMt-tjUubtesK~n''tnoni''s
d'iHittatio)).

t)..V. ).) SCXA)'.– BeMrag zur Kenntniss der Tattowierung iM


Samoa (~c/<. y. /</<«., )8M), \)-SS)).
i.

A. SKHXYXCKt.– Das KInd in CHaubeund Brattoheder Vœlker.


<.tM r~«~. x. F. t\. \,u<" i t.[ a.;

J. K. !'tS)\«. Ctebrattche beiderGeburt und Behamdluagen


der Neugeborenen bei dea Albanesern. (,t/<f<A.< ~~0.
CM< U'w<,XXY!.t<),p. <4tsuiv.)iTa)!uu~ d<' t'afcoucMe.)

!)' n.-t'. KAMfK. – Haus und Hof bel den Huzulen, oin Bei-
trag zOr HausfoMchtmg im Oesterreich. f/AM.. V, p. t~,
<86.;
!9S PASSÉESOCIOLOGIQUE.
MM

h'. – CUt~'AXCHS
ET t'BA'nuL'HS
KUSCKKXAXT
).KSMuttTS
t'arM.MAtss.

R. STEIX~tKTZ. Continnitœt oder Lohn und Strate im


Jenseits der WUden ~'uHN'Ht«<~ ox pc<MM et <'t'<'OMtpf)tj!M
(/f«~ h r«'<<'OM~'<to~<'chez <? ~Kra~M). (~'<~tf. /<«'~H-
</<ro/)o~ 189?, p. S77.6Û8.)
Cet article est plus important que tel ou tel gros livre, et
par la preuve et par le résultat par la preuve, car l'auteur
y rassemble presque tous les renseignements que nous avons
sur les conceptions que les sauvages se font des peines et
recompenses dans l'autre moude par le résultat, car il s'agit
de la question de savoir si les sauvages ont ou non cru que la
moralité en ce monde pouvait anccter leur existence au delà
du tombeau, ou si cette croyance ne serait pas plutôt de créa-
tiou récente. La discussion est eu cilet ouverte, et c'est dans
une réfutation de la monographie de M. MariUier sur le même
sujet (A« ~of<N«'f </<'<'<!Mtc et ~'fWf</c;«~<c<'<«'; ~M~<'«p~
t!OHc<f<<«!<&() que consiste le préseut travail.
M. Marillier a divisé les faits eu ciuq groupes t" chez
certains peuples, il ne trouve aucune idée des peines et récom-
penses; chez d'autres, les dinereutes conditions de t'ame
après ta mort lie soutque ta continuation de la coudition ter-
rostre ou en dépendent ailleurs, elles varient avec le genre
de mort 4" dans d'autres cas, des embûches, des ordalies sont
censées attendre i'ame au sortir de la vie et son sort dépend
de la façon dont elle triomphe de ces épreuves (de là l'impor-
tance de certains rites funéraires où l'on munit le mortpour
le grand voyage;; S" enfin, il arrive que l'influence des idées
morales commenceà se faire sentir, ou que des emprunts au
christianisme introduisent l'idée de justice dans les notions
de l'autre vie. Tels sont les faits dont M. St. critique avec le
plus grand soin lu nature, la source et la classiticattou. M. St.
en effet avait soutenu ailleurs 'A'</)Ho<o~MF/«' .S'<)«/<e«,
)894)
une théorie qui lui semblait résulter des faits et qui allait ù
l'encontre des idées de M. Marillier, et, ajoutons-le, contre la
théorie presque classique de la continuation de la vie de
l'âme. C'est donc avec une certaine passion qu'il maintient
son opinion, eu attaquant, sur certains points avec sucées,
les conclusions de ses adversaires.
ANALYSES. CMYAtfOB! KT («TES FUNÊKAUtKS t09

Il sembleque M.St. ait raison(§~)de maintenir que les


faitsdu secondgroupeno sont pasdénuésde caractèremoral.
Si, dans l'autre vie, la condition,la fonctionsocialeou reli-
gieuseimportentetclassentles individusen heureuxet mal-
heureux, elles correspondentdès cette vieà une hiérarchie
tnoraie.Carpour le sauvage i'étatdefaitcorrespondexacte-
menta l'état moral,et le riche est pour lui nécessairement
meilleurque le pauvre(surtoutenMétauésie).Pour les faits
du troisièmegroupe, si les différentesconditionsde t'ame
correspondentau genrede mort, c'est qu'il y a une sorte de
mériteil mourir plutôtd'une façonque d'uneautre. En qua-
trièmelieu la victoiredes épreuvesdu passagequi attendent
les âmesau sortir de ce mondedépendnon seulement do la
force physique,maisde ta vertu, du courage,de la piété du
mort et des droits que sa conformationaux usagessociauxlui
a acquisenversles hommeset les dieux. Pour ce qui con-
cerne l'emprunt possible, M. St. critique l'opinion de
M. Mariitier, suivantlaquelleles Indiensde l'Amériquedu
Kordauraient, dansleur conceptiondeschampsde citassedes
bienheureux,reçu l'influencedes missionnaireschrétiens,t)
remarqueavec raisonque les jésuitesauraient introduiten
même tempsqua l'idéed'un Paradiscelled'un Enfer(p.896)
dont on ne trouve pas trace; il soutientle caractèreautoch-
tone des mythesaméricainsdu mondefutur. M. St. se rat-
tacite donc à l'explication de Waitz, à laquelle nous nous
rallions également.Quantà l'ordrede faits que M. Marinier
avait misen tête desa classification,M.St.t'affaibliten rédui-
sant le nombredesobservationssûreseten montrantqu'elles.
sont faitessur des peuplesde culturetrès inégale.
Cettediscussionminutieuseet cette monographiecritique-
dé M.Marittieret de M.St. montrentréeitementla voieoù
l'ethnologiedoit s'engager.Maissi décisifsque semblentà
certainségardsl'argumentationet les faitsde M. St., il reste
établi que, logiquement,et en quelquescas, l'idéede la sur-
vivancede l'âme est indépendantede la notion de justice.
C'est par fusionentreces deux idéesde la consciencesociale
que l'idée actuelledu monde futur s'est produite. Mainte-
nant, M. St. peut dire que dans la majoritédes cas nous
trouvonsla fusion opérée, et que la façon dont l'individu
est moralementjugé influe sur la façondont les survivants
s'imaginentsa vie d'au delà. EnfinM. St., dans un para-
grapheremarquable(§6),montreque cettecombinaisonétait
~00 t-'ANNÉB SOCtOLOC~Uf!. )t!M

possible et même nécessaire dans certaines circonstances


sociales, et comment la contiuuité physiftue. supposée entre
le monde des morts et celui des vivants, entraînait aussi ta
continuité morale. U semble avoir satisfait aux exigences les
plus rigoureuses de la preuve, et on ne peut lui. refuser
d'admettre qu'il y a eu, dès l'origine, étroite association des
idées morales et des croyances concernant les morts, mais il
faut maintenir que dans de nombreux cas l'association ne
s'est pas produite.
D'ailleurs quelques considérations sociologiques seraient à
introduire dans le débat. La première serait, pour parler
comme M. St., cette du rapport des peines surnaturelles
célestes aux peines terrestres du même genre o, et, pour
employer des termes plus exacts, celle du rapport de l'obser-
vation des interdictions rituelles et de la vie d'outre-tombe
le péché, le sacrilège sont les premiers crimes punis dans l'au-
delà, ce sont aussi eux qui affaibtissent t'âme assez pour que
l'individu meure ou qu'il disparaisse ou qu'il erre partout au
lieu d'arriver dans le monde des bienheureux. La seconde
serait celle du rapport des sacrifices et du sort de t'âme après
la mort. Car les actes religieux ne fortifient pas seulement la
santé et la situation sociale de l'individu, ils assurent encore
sa vie éternette, et la doctrine que le salut vient des œuvres
pies est un des étémeuts des idées qui président au sacrifice
même.

Dr W. CALAND. Die AItindisohea Toten-und Bes.


ta.ttQngsgebra.&che,mitBenutzungH&ndachriîtUcher
OueMeadargestent(/.M WfMnt~tMtt'Mp~/xK~'a~'M~Hx
f/Mc aKCtt'MMf). (t'~7<HK</f/<H~t'Mder AcMt~. Akad. <:«M
H~pMcAap. ~«~f~/aM. Afdeet. Letterk. Deet. l, n" 6.)
Amst., J. Mutter, t8M!, in-8", xtv-~t p.
Les rites ttindous sont peut-être encore plus intéressants,
pour le sociologue, par leur détail que par leur physionomie
générale. La façon admirablement vivante dont les textes nous
ont conservé le rituel suivi, en fait les plus précieux docu-
ments pour quiconque tente d'étudier d'une façon générale
ua ordre précis de faits religieux. Les rites funéraires de
l'Inde ancienne (antébouddhique; ont un intérêt de ce genre.
Le sens des actes accomplis était resté tellement clair, la cor-
respondance extraordinaire de la prière à l'acte auquel ette
ANALYSES. CMYASCKS ET BtTRSFUNÉHAtHUS g01

est attachée est telle, les formules (maK~'ajt)ont une expres-


sion tellement saisissante que le livre de M. C. sera un
indispensable étémeut d'une explication sociologique des
rites funéraires. Ce livre, M. C. l'intitule modestement
exposé, et en effet, presque toujours, les textes se suivent
et leur traduction coordonnée constitue le développement.
Mais nous savons quel travail nécessitent et une traduction
et une systématisation de textes encore peu connus, pour la
plupart inédits. Le livre de M. C. (ait d'ailleurs partie
d'une série. L'auteur s'est fait pour ainsi dire une spécialité
de l'étude du culte des morts dans t'tade antique. Son opus-
cule L'c~r die ï'o<CMW<«'tt~ /w wt~cH </f<-Moy<TmatM.
c/tfM t'C~ (<889)est comme l'introduction d'abord de son
second livre .t/<<n<<Mc/t<t/)M<'n<'M~(t8M), ensuite du présent
ouvrage.
Le plan et lit méthode de travaii de M. C. ont un douMe
mérite. La personnalité de fauteur s'enace devant les faits.
Or it se trouve que les rédacteurs des rituels brahmaniques
avaient déjà pris conscience d'une distinction qui nous appa-
raît fondamentale entre le culte des ancêtres et les cultes
funéraires. M. C. l'a suivie il a ajouté à la valeur philolo-
gique de son travail par i'intérét scientifique du principe. En
second lieu (p. H!4),M. C. est résolument sorti de la voie de
t'étude indéfinie du Higveda. Les Hoth, les Wcber s'étaient
exclusivement servis de ces indications vagues que donnent
les hymnes. Les progrés de l'Indianisme permettent main-
tenant do travaittcr dans une tout autre direction et de
s'attaquer a ce bloc de textes dont le Rigveda n'est qu'une
partie minime; méthode plus philologique, qui semble, jus-
qu'à nouvel ordre, correspondre mieux et il la tradition
hindoue et aux faits. Dans ie livre de M. C., comme dans
celui de M. Ilillebrandt dont nous parlerons plus loin, la
recherche est plus exhaustive qu'etto ne t'a jamais été.
M. C. a une exacte notion de l'importance de son travail
pour c l'ethnographie comme ii dit (n° ~). I! connaît
l'article de Frazer sur les coutumes funéraires {p. 6; et, au
fond, adopte son interprétation générale (App. H, p. t7t ). U
ne s'est pas fait faute de donner les équivalents ethnogra-
phiques dont il disposait, et surtout ii s'est réellement attaché
a faire connaître ce qui était encore aujourd'hui en usage aux
Indes. Ces rapprochements ajoutent encore à l'intérêt du
livre. Les anciens cultes funéraires paraissent avoir, en effet,
?:! L'A!<SË6 SOOOLOOtUUE.MUT

plus persista que lit plupart des autres pratiques des vieilles
religions hindoues.
Les textes distinguent, dans les rites funéraires, quatre
momentset M.C. adopte leur division (p. xu). Pour lu commo-
dité de l'exposition et pour ta logique des choses, distinguons.
eu un de ptus I, rites antérieurs à lu crémation 11,ritesde
ta crémation III, assemblage des ossements t\ te ;-aK~w«
(cérémonie d'apaisement) V, l'érection du monument {une.
raire. Unprincipe domine tous ces rites, c'est la ditïérence de
traitement entre l'individu qui, pendant sa vie, a posé les
feux des grands sacrifices (tt~a~ et celui qui ne les a pas
posés (atM/«M~f<).Aux Indes, plus que partout ailleurs, est
évidente cette relation entre la vie future et les sacrifices
accomplis ici-bas. Commele rituel qui concerne t'«~'<<h~< est
plus complexe et plus intéressant, n'indiquons que celui-là.
I. Si les moyens magiques de rappeler la vie ont échoué,
si même l'achèvement des sacrifices qui ont pu être négliges
n'a servi de rien, alors il faut avoir soin de répéter certains
hymnes (§ 4), de ne pas laisser le mourant expirer dans son
lit (§ N) et aussitôt après lit mort on doit réciter des textes
sacrés, faire des libations. Viennent ensuite le bain et la toi-
lette du mort auquel ou lie les deux pouces ensemble. Le
cortège se met en marche, les feux d'abord, portas dans les
vases du sacrifice, le mort, puis viennent la victime (vache),
les parents en deuil, couverts de poussière. A des intervalles
réguliers, ditterents suivant les écoles, détermines soit par la
distance soit par les lieux, sont pratiques des rites pour
écarter t'ame (§ 13 et n" tu6).
II. Onarrive au terrain fixé rituellement pour la créma-
tion, on purifie la place, on la consacre au mort. On et&vele
bûcher, on fait une dernière toilette du cadavre, soit qu'on
t'asperge d'eau, soit qu'on le baigne encore une fois on lui
coupe teseheveux et les ongles, à moins que l'on procèdeseu-
lement àcetteoperationaprest'accomptissementdesritessym-
boliques suivants. tts consistent eu une curieuse cérémonie
d'expiation la vache est amenée, tous les parents formant
une fite, oùles plus jeunes sont tenus par derrière par les plus
vieux, et le plus jeune embrasse les pieds de derrière de la
vache. Là-dessus,on fait faire à la vache le tour des feux, et,
ou bien on la laisse partir, ou bien on la sacrifie, et on en
dispose les morceaux cuits autour do l'autel. Puis vient ua
ANALYSES, CROYANCES
ET MTM FUMÊRAtXES 203

rite qui jette un jour tout nouveau sur le lévirat. La veuve se


couche à côté du cadavre, et le prêtre dit au mort < Dottue-
lui postérité et biens sur la terre. Lefrère du mari s'approche,
lit prend par lit main, lui commande de se lever, de revenir au
monde de lit vie Tu es devenue )a femme de l'époux, tui
dit-il (§ ~K. §9t;.H est impossible de mieux exprimer la
substitution d'un frère &l'autre. On dispose le cadavre sur le
bûcher, ou met de l'or sur ses yeux, on arrange les vases et
les instruments du sacrifice, et t'en habille le mort avec la
peau de la vache (p. S4). On fait, suivant des prescriptions
détaillées, des tibations, des circumambutations autour du
bûcher, et après diverses cérémonies expiatoires on exécute
la crémation cité-même. Les prières expliquent le but des
actes eux-mêmes, qui est, non pas de détruire le mort, mais,
bien plutôt de le confier a Agni (le feu) qui le mène dans le
monde des ancêtres. Mais si la mort est partie, la souillure
reste. Des tustrations doivent être faites sur-le-eliamp (g 36,
p. 73). Un grand nombre d'interdictions pèsent sur les gens
en deuil (§ 39). Daus le cas où le mort était un «Ka/«<<~<t<,
certaines pratiques fout défaut. Si le mort était hors de sa
maison, il faut y ramener le cadavre. Si cedernier était introu-
vable, on lui substitue, pour l'incinération, une ngure~faitede
tiges d'arbustes. Une exception des plus remarquables à ce
rituel concerne l'ascète si ou l'incincre, il faut au préalable
faire sortir de lui, par une cérémonie symbolique, les grands
feux qu'il est censé avoir absorbé pendant sa vie ascétique
(!;46). Ou bien on ne l'incinère pas puisque ses actes lui ont
acquis par eux-mêmes t'éternité.
itt. -– On rassembleainsi les os retrouvés parmi les cendres,
on les met dans une urne, pendant qu'on fait des libations et
des invocations à 1'tlme pour qu'elle s'éloigne.

IV. –Le~M~arma, ou apaisement(§6t, p. 4i~), consiste


en une série de pratiques ou l'on purifie le feu qui vient
de dévorer le mort et où on en allume un autre, où on relève
des tabous d'enterrement la veuve et les parents (§ 67, voir
les formules). Enfin par différents actes symboliques on raf-
feriiiit la famille éprouvée (§ 65).

V. Pour tout autre que t'a/tt/~Kt, l'urne qui contient les


os est simplement déposée au milieu d'un bois; seul celui qui,
par ses sacrifices constamment répétés ou par sa piété extra-
204 L'ANtÊE MCNMGMUE. «''7

ordinaire, s'est acquis des droits à la vie future est honoré


d'un monument funéraire t~ construction, le site eu sont
déterminés par des instructions aussi minutieuses que celles
que les textes donnent pour ta construction de t'autet (§ 87.
§ ?)) ou tobourete champ, on le sème de grains de sésame
on sort de )'urne les os du mort, on les arrange en le priant
de les colliger lui-même § t03), et on les recouvre alors de
mottes de terre en nombre fixé par lu toi. Les devoirs tune.
raires les plus absorbants ont été rendus,
M. C. a ajoute app. Ht, p. )Tt suiv.) diverses explications
pour quelques-uns de ces rites, tt remarque excellemment
leur caractère générât, dont les Hindous ont d'llilleurs eu
conscience ta mort est le contraire de la vie. les rites {une.
raires sont donc le contraire des rites de ta vie, c'est-à-dire du
sacrifice aux dieux. Le sens dans lequel ou (ait h' tour des
feux, la manière dont on porte le cordon du sacrifice, les
nombres impairs, la couleur noire de la victime, l'orienta-
tion, tout est exactement inverse. M. C. fait encore une
remarquedécisive, que les textes taisaient déjà (§ t4, cf. p. 174)
les rites funéraires ont essentiellement pour fonction reli.
gieuse d'assurer au morlla vie d'au-delà, de conduire l'esprit
dans le monde du cie). région des Ames des morts.
Tel est en effet le principe même de ces pratiques. M. C. a,
nous semble-t-il, rendu un inappréciable service à la socio-
logie religieuse en signalant ce fait. La théorie de M. Frazer
n'est que partiellement vraie; les rites funéraires n'ont pas
seulement, comme it croit, pour but d'écarter t'àtne du mort.
its tendent à lui assurer une existence réelle et heureuse.
C'est dans l'intérêt du vivant et dans celui du mort que les
rites sont accomptis. – De plus, le mort satisfait devient un
ancêtre, objet de culte, divinité tutétaire du foyer. Une étude
qui ne rentrait pas dans le cadre que s'était tracé M. C., sur
les notions de prc/n. et de c'est-à-dire sur les idées que
les Hindous se font de l'état de t'ame avant et après les rites
funéraires, montreraitcertainementqne tous ces rites ont pour
objet do transformer un esprit vague et méchant en un ancêtre
puissant et ami. Espérons que M. C., plus compétent que
personne, fermera sur ce point le cerclede ses monographies.

0) Cf.h- .-o)))j)tc
tt-n'tu<)t'n. )'i.<h''t ('J~/tM~Mc/M ~<«-<f .):~fK.
jui)t''mt'n,p. Nit).M.)'i,<c))t') jxmr'juoi.aux )))')'<,h'~t!rui)M
t'X)))h)U<' <)f
sA-attM'fontpartit,du ntttt~w)tuH<'tTtin: ils !.untnuir~,et h- ncit'fiitlu
''MttfUrdes ototH.
ANAt.YiiHS. CROYAMCES
ET HtTKS FUt~HAtMES 20S

PEMCY CAHDNER. Soulptured Tombe of Het!M


<« ~t't<<pf«t-t'
/«t<««'<' </c<!
~f'WMM).Londres, Macmittau,
i896,iu-4".xx-239p.
L'ouvrage do M. G. ne prétend Il rien de plus qu'à Être un
livre de vulgarisation et d'tnstoire de l'art. Splendidement
imprimé et illustré, il est fait pour mettre sous les yeux, et
d'une façon intelligente, les plus beaux monuments do la
sculpture funéraire hettène. Mêmeles ambitions explicatives
semblent réduites &teur minimum.Et pourtant, comme l'au-
teur est uu des archcotogues les plus distingués de i'Angte-
terre, comme le sujet est un de ceux qui n'ont guère été étu-
diés jusqu'à présent, il nous faut soigneusement signaler ce
livre tel qu'il est.
f/archeotogie et t'epigraphie nous apprennent chaque jour
plus sur ta vie réelle des cités et dos familles grecques. Les
monuments littéraires ne se rapportent qu'à une élite intet-
lectuelle; s'ils nous donnent des renseignements précieux, ce
n'est que par contre-coup, et souvent les faits qu'ils présen-
tent sont idéalises à l'excès. Même les documents les plus
précieux, Hesychius. Sorvius, nous font counattre la théorie
des choses, telle que les esprits reRechis l'avaient imaginée.
non pas les choses ettes-metnes.Au contraire, les monuments
figures nous permettent de saisir les institutions vivantes et
agissantes. Encore que les plus importants aient été pour ta
plupart t'œuvre de cités, de patriciens, ou traduisent des évé-
nements rares, ils portent, mieux que les vers dos poètes ou
les travaux dos philosophes, l'empreinte du milieu qui les
entourait, des idées et des sentiments moyens concernant les
morts. C'est pourquoi le livre de M. G. venait à son heure.
Evidemment il a tous les défauts des livres de vulgarisa-
tion la discussion, par exemple, sur l'identité de t'ttades et
desChamps.Etysees, est bien académique [p. ~8). Desépithetes
que les archéologues semblent affectionner sont constantes
et l'explicatiun des faits par le caractère <mesure des œuvres
du génie grec est fréquemment employée. Mais ce n'est
pas là que se trouve l'essentiel de l'ouvrage; ces chapitres
sur les croyances et les cuites ne sont qu'une introduction à
une étude des mômes faits vus à travers la forme du tom-
beau.
Un premier renseignement gênera) est ta rareté des inscrip-
306 L'A!i\Ët: SOOOMCtOUE. t897

tions faisant allusion aux peines et récompenses après la


mort (p. 40). A part certaines peintures de vases, empruntées
plutôt à une pure mythologie ou dérivées de tubteaux fameux,
on ne voit aucune de ces représentations de tourments et de
béatitudes auxquelles le christianisme ou le bouddhisme ont
habitué t'Ot'ient et l'Occident. En moyenne, si la rnoraie d'ici-
bas n'était pas absolument indinerente aux idées grecques sur
la vie future, celle-ci était loin d'être le centre des préoccu-
pations. Les inscriptions énoncent plutôt simplement le nom
du mort, de l'auteur du tombeau, de celui qui l'a fait cons.
truire etmémetesépigrammes les ptusiittérairesde l'époque
alexandrine ne (ont. que dire des adieux au mort ou que le
iouer de sa sociabilité.
Maisla description même des formes des monuments funé-
raires, l'étude de leur répartition géographique, de leur
transformation suivant l'évolution de l'art et des idées, sont
le centre même du livre de M. G. Les plus anciens monu-
ments de la civilisation mycénienne sont certainement les
tombeaux royaux. Le mort y dut être longtemps l'objet d'un
culte; c'est ce que prouve la vaste disposition de t'entrée du
tombeau. Le roi y était enseveli au milieu de ses trésors; là,
comme dans toute l'antiquité grecque, on entourait le mort
de ses objets familiers. Ainsi on retrouve souvent des enfants
enterres avecleurs jouets, des guerriers avec tours armes ou tes
images de leur cheval et de leur chien (de là la représentation
fréquente du cheval dans les bas-reliefs, p. 83, p. US).Les
quelques sculptures, lions, chasses aux lions qui ornent ces
tombes, en même temps qu'elles rappellent des épisodes des
moulages assyriens, montrent que, des ce moment, le carac-
tère des figurations tombales est de rappeler la vie du défunt,
de le fixer dans son attitude favorite, plutôt conventionnelle,
et non pas de préjuger la vio qu'il va mener au delà du tom-
beau. – A Sparte, le mort est nettement héroïsé et l'histoire
même nous relate, comme les tombes, des changements de
nom après la mort (p. SO).Maisce qui est bien symptomatique
c'est que, même dans le cas où il n'est pas douteux que telle
sculpture nous représente des morts, on les voit figurés dans
leur vie passée. Et c'est ainsi que la place qu'occupe la femme
à côte de son mari sur ces tableaux semble correspondre à la
place relevéequ'elle occupait dans sa vie d'ici.has (p. 81).
A Athènes, à l'origine, on voit exister deux sortes de tom-
beaux le tumulus, avec une ouverture où l'on répandait le
– CROYAKCK8
ANAU'SBS. t!TBtTMFOKÉHAmES307
sangdes victimes,et la stèlequi marquaitremplacementdu
cadavre les deux étaient souventréunis.Avantte:<guerres
médiqueset pendant!'époqueclassique,sur la stèle sedevc
loppéretitun certain nombred'ornements un étroit portrait
conventionnel du défunt,surtoutpourlesjeunesgens(p. 1M
Puis )a stèle s'agrandit; elle contientun grand bas-retief,
représentantsoit le défunt, soitsesattributs(vasede mariage
pour les jeunes filles). A un stade ultérieur, des sortes de
petits templess'érigent, ou apparait la statue équestreou
isoléedu mort. Cette nichemêmefinitpar dlsparaltreet la
statue resta seule, mais seulementdans certainscas assez
rares.Un autre développementde la stèle est constituépar
les imagesnon plus du mort isolé, maisdu mort dans sa
famille,commesi sa vie passéefournissaitle typedesespoirs
possiblespourun autre monde.Les représentationsdu mort
recevantdansson tombeaules hommages des siens,ou assis-
tant à leur repas funéraire,semblentrares. Une troisième
séried'ornementsest constituéepar la reproduction,au som-
met de la stèle, soit des feuillesd'acanthedont les Assyriens
fournissaientle modèle,soitde sphinxet de sirènes,esprits
chargés,suivantM.G., d'écarterlesmauvaisgéniesde l'âme
qui habitait le tombeau. On trouveaussi figurés des ani-
maux simplementsymboliquesdunomqueportait le défunt.
Quelqueinsuffisantesque soientles preuvesexposées,le
livre de M.G. ne laisse pas de s'appuyersur une érudition
extrêmementsolide. On pourra refuserbien des identifica-
tions, par exemplede voir dans les sirènesdes xno-;po!M(<,
alors qu'il s'agit évidemment,commele montrentles figures
mêmes reproduitespar M. G., d'espritschargésd'emporter
et de protégerl'Amedu mort.

XOTtCKS
/t. – PK<))).TO)U)~L't:

A..P. MAnSEX.–Ch'avhœje og GravfuNd A'a Sten&ïderen i Dam


mark. De oattige Danmark, 38 p.. 50 p). Kjœbt'nhavn. <:y)-
dendft!, <89C,in-fo)io. (Tombes du Dancmm-k)

W. COt'ELAXUBOHLASH. Thé Dolmens ofiretamd. 3 v.ni-8",


Chnpmanand HaH, )M6. (Mistribution<'t mpprocht-utFnts.)

WOLFCAXGHELBfG. Ein ~yptiMheo Orabgemœido und die


?8 L'ANKËE SOOOKMtOO)!. )897

Myoenische Frage..Siti'hct-. der ).))U.phitot. u. hist. K)ass< d.


k.t!.Ak.d.Wi<s.,)89U,)V.)

<j. t'A't'ttUXf.– La OiviUeation primitive dans la Sioito orien-


tale (Attthtupoj~it-.t'ans.M.~san~Vt)),S, p. t~, 29~
S. XHfXACt). (tt. p. ~-7-34t.) Le
préhistorique en Egypte
d'après de récentes publications. t<utn<' )a <tm'stiundiscuta'
ptn':

).-t.tXt)).:)!S )'t.r)'tUH. St't'XXHt.LKTm.'tXMK).).. X~attasatht XaX.tx.


Luod., «?6;

MAS)'H)<O.Bt-Y.critif}Ut',)89'),)).):'Nsui~.Cotn).t.'r..ndud(!(.-('
dct-nh'r )m'<

n
/<.–PK'')').H;<<(). t:tY)t.).-t'.<
S. K. Kt SXHXUW. Ueber den Glauben vom Jenseits und den
TodtenouttusdorTsoheremissen. Oxt.Arctt.f. Kthtt.JSM, f\,
t5<(.Uiv.)

C.–A~T)))tOt'Ot'M.)KMf!t.)<:)t:L't! F.

A tufjuv~tiutt dt's cuttt's fm)t''t-!)in-s-.<'t-attactx-.;<'))(.'


du repas où p~t
t))<n)~)L'dcfu)tt,(.'t''<'))('df ta M'rtuntit~i'jm'uojmscdtt))!'un F
)'ft)asdt'<tu-c.

H. MADCQKA.– Anthropophagie in der pr~historisohen


Ansiediun~ bei Knovize und in der prfahistorisohen Zett
uberhaupt. (Mitth. d. anthr. f~M)).W.. X\V), t\' p. <29.)
L'auteur :i''mttat't))'a)'i))t('t-p)'<)at)')nfmi)niste.

)). KKt~.– MenschenneiMh akArznei !i. Hthnopt-aphischeHci-


ji
t)-a)! )''t'~t){t-t)ss! ~-i.'t-d'-s ~0" t.churtst. A. Banian).–(Supp!.
ùh)t.Ar(-h.f.)-:[))))o.,p.M.)
(Coutumes chittuisc! hindoues, ccttf's.)

S. KXAt-'SXt.. K. S)')tt-:X):j-:H.– .·
Menschenneischessen, eine
X.
Umjtrage (A. [.'r<)u<-t) F. H. S;.

~.–AXT)UL')TtS CMCQLt!

H.v. FBtTXE. –ZudenGriochischem Totenmahiretiefa. (~'«AH?.


tM~M <~ ~at'Mr/K'Ae~/)fM/M/<M~<-c/«?'~o~Me/teM
/<M<f/M~~<A<
«McA<- t896, p. 34Ssuiv.
.4A<Ae)7«)t~),
AXALY9KS. CROYANCESET B!TM FUKÉXAMKS 309

Les feprfxentution!!si fréquentes de repus funérairesymbotiitp-


raient, non pf))tun souvenirttun'pas de fitmiDe,ou bienla façon
dont le mort se nourritdans le tombeaudes mets qu'onlui apporte,
maisla )a<;ondont il assisteau repas fu)t<irair<-
t-t s'y réjouit.

Die Atttftohen Grabeliefs. Merggb.im Auftraged. k. Ak.t. Wien,


i8M,)iv.Vt)t,tX.

C.-M.KA!FFMAKX. Die Je&eeitshofhtMajrender Orieohem


und Rcemer naoh den SepaUtratinschriften. i8C7,F. i. B.,
He'rdpr,in'8", \n-8!ip. Excellentetuono~raphie.

nEKt!)!)E)t.–L'idée de lamort en Grèce à l'époque classique.


Paris. Fontcmoinf:,1897,in-8".
Exposad<;r~votutiondes id<cscnnt:<'r)mnt ta mort et rautre vh',
au tv"si~'fjf.))est à rf'(;r<*ttcrque fauteur, capabledesmcittearcs
études archcotogiques,se soit born<a une étudephilosophiqueet
littéraire qui ajoutepeu au livrede itohde P~c/«.

~.–CM)XB

D'ENJOY.– Le culte des mcrta en Chine (Reu./K<.de Socio.


~t'f.rnarstSM).

–EOYt'Tt!

(:. MASPERO. La table d'offrande des tombeaux eerypttena


(~. <<?<. /M~ XXXV,3, p. 275,350).
Articlequi nesera Mhevëque dans le tome suivant,dépassed'au-
leurs testimitesmêmesdu culte desmorts; nous enferonsuneétude
dans ta prochaineannée.

C.–OtV)X)!!AT)0;< nés HOKTS KT DES t'KtSCEB

J. KAEMST.– Die Begrnadun~ des Alexander und Ptolemcer-


cultus ln ~rypten ~/«'<M«eAM~t<M«M,
V,S, f )ivr.).
G. MASt'HKO.– Oomment Alexandre devint dieu en Egypte
(Annuairede ~o/c des ~<!M<M
~<M<~M.
Paris, lmp. Xat., tM7).
FttAXZCUMOXT.– L'Éternité des Empereurs romains (~ec.
<fHMf.etde ~'M.religieuse8,<890,t, p. 43S.M2).
Étude sur le titre d'Éternité des empereurs. M.Cumontrappro-
che MtMnitede l'empereur et cettede la ville; il montre ensuite
E. Dt.'MMttt. Ann<'osociul. M97. tt
210 t'AXKÉB iMï
SOOOLOCtOUB.
comment,sousFinHucncedes idées religioso-politiques orieutale)!,
t'eternitMdes astres, du soleilea particuiier, fut mise en n'tatiun
avecla personnede i'e)n)'<)'eut'.Lerituel net'' persisted)msle cere.
moniatbymatiu.LetMVuii de M.C.tnuotfeMHeXonment lahxiondM
institutionsn'tigieu~Met d~sittstitutionspotitiqm'squi s'est fuiteau
profit de t'etnpet'eur.– )\'ut-t!t)'oM.C.aurait-U mieuxsaisice que
fut )n naturedivinedu princf): avaitchereh'!du cûta de la cotMf-
cf«<t'o,de t'apotheose,cet'Ononie(lui lui faisait acquérir, de son
vivant,l'eteruite desdieux.

–f<KA.'<0)!!f KeLtOO~

R. HOLDZIHEH. Aua dem Mohammedamiaohen HeUigen-


cultue in ~Egypten (G~AtM.).XX). n" <3<S).

S.-S.-J. DAHLMAXX. Nirvana. /f~~<«fM<- M<t- Vo~McAt'eA~~M


~M<MA)'MtM. (Her).. DamMS,t89<) l'eu de r~suttats. (Cf. C. M. p<n'
JalcobifMtt. Cet. At))! avril t89')
Nous ne mentionnerons que pour mémoire le grand débat ouvert
ces dernières anodes pour savoir si i'inscnption d'Abercius (Asie
Mineure) apparti''ntau':u)tc funcraire prec ou chrétien. La question
est loin d'être trancMe.

–St:tt\'tVAXMSn'*XC~SX)!S
CROYAXCt!!).
CHAMAM etc.
MAXTtis,

WtLKOWSKt. Sagen vom ScMoaaberge Mehlken (Xeitsch. f.


Et))n., i897, !), 63, cf. 68 suiv.)

V. – CULTES POt'tJLAHtKS KN GËN~BAL

PUS PAKTtKUt.)t:ttR!)tHST A<!RA!RES

ParAI.MAMs.

W. CROOKE. The popular ReMerionN and Folklore of


Northern Indta. (~~Wts popM&Met Folklorede l'Inde
i896, Westminster,Constable,3 vo!.in.8".
<ep«H<WoH<!<<').
ï.vt!t-294p.;H.!i.3S9p.
La secondeéditiondu livre de M.C.sera encoreplus pré-
cieuseaux travailleursque la première. Considérablement
enrichide documentsinédits, de rapprochementsnouveaux.
rendu extrêmementcommodepar un indexcompletet une
ANALYSES. CULTES POPULAIRES 3H

bibliographieremarquable,le livre de M.C.doit faire partie


de toute bibliothèquede sciencecomparéedes religions.
Certesles plus gravesobjectionspeuventêtrefaitesau plan
du livre, à la méthode,à la délimitationmêmedu sujet. Mais
il est rare de voirune étude plus indispensablequecelle-ci.
D'abordelle constitueun résuméde toute unemassedelivres
très vastes et d'un accès diniciie. Ensuite,nulle question
n'avait plus besoind'être traitée. Rien de plus faux que les
idéescourantessur t'étatactueides religionshindoues,même
les travaux les plus recommandables,le livrede 8. Monnier
Williams, Nfa/ttoaM~m«Kf<M<K~«MM), ne nous donnent
que l'étude d'un petit groupe de faits l'enquêtepremière
restait à faire. Il fallait appliquer aux religionsle procédé
dont s'est servi M. Risley dans l'étude des castes.Résidant
dans l'Inde, aimant et connaissantles indigènesde tous les
rangs de la société,sachant admirablementl'ethnographie
du pays, tout à fait au courant dos questionsque se posela
sciencecomparéedes religions, s l'anthropologie religieuse
enfin,doué d'un réeltalentde classificationet d'organisation,
M. C. était tout désignépour cette premièreassisede tout
travail futur sur ce mémo sujet. H n'est pas d'ailleurs de
problèmeplus attachant.Lesfaits sont, dans l'Inde actuelle,
à la foissi simpleset si complexes;ils sontle produitd'une
histoire tellementvaste et d'une telle stagnationen même
temps, ii y a la un pareil coudoiementdu primitifet du raf-
finé, d'institutions religieusesen régressionet d'autres en
formation,et dans tout celaune telle continuitéque nulle
part une étude de ce genre ne sera plus fructueuse.M.C. a
eu le bonheur et l'honneur d'avoir commencéle défriche-
mentd'un si vastechamp.
Les religionspopulairesde l'Inde septentrionalefont soi-
disant partie de l'hindouisme.On entend par hindouismela
dégénérescencede l'ancienne religion brahmanique clas-
sique,pendantiaqueiiedes pratiques multiplesse grenèrent
sur les anciens rituels où les dieux les plus grands,Indra,
Brahma, s'abaissèrent, tandis que Visnu, Çtva,Kàti, etc.,
devinrentle centre de la mythologie.L'ensembledes cultes
populairesrentrerait dans ce système &titre de dérivésdes
ancienscultes brahmaniques.M.C. s'élevaitdéjàcontrecette
vue, dans une communicationau Congrèsdes orientalistes
deLondres. L'hindouisme, selonlui, recouvraitun londsprimi-
tit et lescultes populairesétaienttout autrechoseque des ré-
SIS L'ANNA <B97
SOCtOMGtQUE.
gressions;ils étaientce fondsmême.C'està la démonstration
decettethèseque leprésentouvrageest en quelquesortedes-
tiné.Nonpasqu'il y ait ici unediscussionen forme cesont
des procédésInconnusaux méthodesanglaises.Maisdeux
ordresde faits militent par leur simplepréseuce.D'abord,
c'estl'extrêmediversité,lecaractérelocal desusagesreligieux
ils changentde villageà village,de districtà district, comme
si la vaguehindouisteavaitsimplementrecouvertlesreligions
tribales.Ensuite,c'est le caractèreprimititde tousces usages
etde toutesces croyances leséquivalentsqu'on en peutindi-
quer dansle folklore,dansles civilisationsélémentaires,dans
lessociétésles plus inférieures,sont innombrableset les reli-
gionspopulaireshindouesapparaissentsur lemêmeplan. –
D'ailleurs,la comparaisonincessantedes tribus dites ana-
ryennes, dravidieunesou autres, avec les villageset villes
dits aryens,éclaireet montre la parenté intimede ces cou-
tumes,soit qu'elleait pour causela similitudespontanéedes j
deuxcivilisations,soitque, commeon peut l'apercevoirchez
certainestribus qui se convertissentà l'hindouisme,il y ait
eu assimilationd'une race et d'une sociétépar une autre.
Dansles deux cas, le fondsresteaussiprimitif.
Ce qui caractérisenon seulementles grandesmythologies,
mais mêmeles religionspopulairesde la civilisationindo-
européenne,c'est laspect naturaliste. Tout le monde sera
frappédes analogiesprofondesqui existententre le folklore
européenet ce qu'onpourrait peut-êtreappeler le folklore
hindou il y a correspondancederites, correspondancede
croyances,commeil y a eu symétriede langues. Tout un t
vaste ensemblede superstitions européennesrépond aux
notionsdesitindousconcernantla natureetlesespritset forme
une sorte d'aire religieuse, géographiquementdéterminée.
Sans doute, certainesd'entre elles dériventdes caractères
généraux du type religieux auquel elles appartiennenti
à savoir,d'une théorie animistedu mondeet d'unesource
fétichistedes cultes.Maisl'identitépresquecomplètedes rites
agraires,la régressionréelledu totémisme,la naturedu poly-
théisme,singularisentles peuplesindo-européensparmi les )
autres si cette conclusionn'est pas dans le livre de M. C.,
elle endérive. D'ailleurs,si M.C.tientà prouverque le fonds
primitifest le mêmedans toute l'humanité,il ne laissepas
d'ajouterque certainesformesfurent particulièresà certains
groupesde peuples.
ANALYSES.
CULTES
POPULAIRBS 3i3
M.C.fait une excellentedistinctionentreles grandsdieux
personnelset omniprésentsde l'hindouisme,et tes <divinités
(~oM, f/eca<()), petits dieux de la nature et des champs,
locaux, spéciaux,occasionnels.Parmi ceux-ci,les uns sont
les esprits desêtrescélestes.du soleil (l'ancien~n/«, devenu
de la lune,desétoiles,des éclipses.Puis,particulière.
.<!«;'<),
ment répanduest le culte de la Terre mère.Celle.ci,dont le
caractèresacré est bien évident (depuisle Véda,ajouterons-
nous),estla sourcedela viedesplantes;onluttaitdesonrandes
des prémices,et aussides propitiations,au premiercoup de
charrue ou de pioche(p. M, p. X~,cf. Il, p. 387,i8a suiv.).
Malsla terre n'a pasété seule l'objet de cultesagraires. Le
développementde ceux-ciest, aux Indes,colossal.M.C.n'en
donnequ'un courtrésumé, et, par exemple,lestrèscurieuses
coutumesdu Bihar,pour la culture dela cannea sucre, n'y
sont pasmentionnées maiscerésuméest infinimentprécieux
par la variété et la netteté des faits qu'il nous fournit.Tous
les actes qui ont trait à la viedes plantessemblentavoirau
moinsun commencementreligieux.Lessemailleset les plan-
tations, lit cueillettedes fruits, la récolteet la manièredont
est réservéeou partagéela dernièregerbe(H,80i),le vannage
du grain, la façondont on le mesureont un caractèrereti-
gieuxau dernier chef;il s'agit de réserver,en quelquesorte,
ia forcespirituelleque l'on supposerésiderdansla terre, les
plantes,les grains.Cettenotionde l'espritde la végétationest
aussi l'originedescastrès nombreuxdu cultedesarbres, des
bosquetssacrés,et eu particulierde la coutumeremarquable
du mariageauxarbros.Celui-ciprécèdetemariagedes fiancés
entre eux, commesi on voulait,d'une part, associerla ferti-
lité des plantesà celledumariage,ce qui est, je crois, l'inter-
prétationvraie; et d'autre part, déchargersur ies arbresles
péchéspossibleset les maladiesdu coupte,ce qui est l'opi-
nion de AI.C., maisne paraît être qu'un faitsecondaire.A ces
rites purement agraires viennent naturellementse joindre
des .pratiquesdérivantde cultessolaires,et, en particulier,
cette fête généraleaux Indes, paralléleà la Saint-Jeanen
Europe(11,3<S),desfeuxde la Holl.Ony voitdesbataillesde
femmes, des rondesautour du feu, des sauts par-dessusce
dernier,desluttesetdescoursesentreleshommeson y prend
des cendres fertilisantes,toutessortes d'usages,qui ont évi'
demmentpour sens d'assurer du soleilen suffisanceau cou-
rant de l'année,et peut-être,en vertude la coincidenceavec
M4 L'AKttËE MCtOMGtOttE. MM

le&<?MMt (nouvelan),de bruteruneannéeet d'en allumerune


nouvelle.D'autresrites procurentde la pluie, d'autresla fer-
tiiité, cesont plusparticulièrementces usagessi intéressants
où des femmesnues accomplissentdes actes symboliques
précis(i, 69, Les montagnes.l'Ilimalayaoù habitentles
grandsdieux,sont le séjour de divinités. D'autressont mai-
tressesde l'air, du temps, commeBhima,Bhimsen(anciens
hérosdu Maitabharata), des sources,des étangs.Lesrivières,
le Gangeenparticulier,sontdivines;lesconfluents,lesmarais,
les puits,sonthabitéspar desesprits plus oumoinspuissants,
et sont adorésparceque ta semblese manifesterplusqu'ail-
leursla viede la nature. Lecaractèrenaturalistedes religions
populaireshindouesest ainsi extrêmementmarqué.
D'autresdieuxremplissentdiversesfonctionsspéciales les
uns sont les protecteursdu village, ainsi Hauumau,le dieu
singe; les autressont les espritsqui présidentau mariage,à
la bonnesauté.Maisle culte, tout local quand ii neconsiste
pasenritesagraires,est aussi élémentaireque celuidestribus
sauvagesenvironnantes.Commeelles, les villageoisvont
enduiredu sang desvictimeslit pierredu sacrifice(t, p. 98), '),
oului offrir,aprèsquelquesactes religieux,débrisde la piété
brahmanique,un petit nombrede grainsde riz. D'autresdivi-
nitéssont lesespritsde la maladie,de la petite vérole,etc. A
celles-làon doits'adressersoit par la magie,soitpardehâtives
propitiations.H va de soi que les cultesde ce genreportent
aveceux leur caractèred'universellesimplicité.Il s'agit en
effet d'apaiserou d'expulser le dieu dangereux, ce qui est
équivalent.L'acte,alors,consistenécessairement dans l'obser-
vationdecertainesinterdictions,du silence(II,3t2),dansdes
dansesd'exorcisme,deflagellationspour fairesortir du corps
le dieu méchant,à sonner des cloches(ti, 167) ou bien on
transportele charmeet la souillure sur un boucexpiatoire,
on fait mangerlespéchéspar un brahmane,on va pendredes
habits du maiadeà un arbre sacré. On emploieaussi des
moyensoraux d'exorcisme(t, 146). Les maladies-dieux,en
effet,ont des noms, et si le sorcier, Brahmaneou sauvage,
les connatt,il fauts'enrendre maître.Acet usageon emploie
souventdesma~nMvédiquesincompris.
Cescultesconfinentévidemmentà la magieet à la démo.
notatrie.En effet,te mondetout entierest peupléd'esprits,la
plupartmauvais,que l'Hindoule moinspieuxdoit écarter.Le
sang,la couleurrouge,les mettenten fuite(H,70) le premier
ANALYSES. CULTESPOPUtAtRËS Si S

a doncune vertu curative.Le {eu,le soleil,l'or, la coulour


jaunesontaussides préservatifscontreles espritset !e mau-
vaisœit (H,p. 16).Lesobjetssacres,bénits,les amulettes,les
reliquesde saints (survivancedu bouddhisme) sont employés
dansle mêmebut. Enfin,se rattacherà quelquesanctuaireen
y consacrantune partiedesoi,cheveux,ongles,etc., estencore
un moyende s'assurerla santé.LesHindous, commela popu-
lation dite dravidienne, croientaux bonset aux mauvais
présages,aux porte-bonheur(maind'un mort, p. 3, Cf.I,
!i!44).La sorcellerieest au fondla mêmechezles tribusabo.
rigènesque chezles Hindous mais,chezces derniers,on se
trouvesouventen présenced'anciennespratiquesbrahma-
niques, auxquelles les brahmanes n'ont pas d'ailleurs
renoncé.La magiese pratique< sansl'aidedes dieux, l'acte
agitpar lui-même.Même,chezcertainsbrahmanesde Bom.
bay, les fonctionsde prêtre, de devin, de magicien,ne sont
guèreplus incompatiblesentreellesque chezles Baigasdes
Gonds.Les procédésd'initiationdu sorcier(qui consistentà
le mettre en communicationavec des morts),les modes
d'enchantementpar les cheveux,les tracesde pas,l'envoû-
tement par des prièresprononcéesen sensinverse(tt, 270),
sont employéspartout de la mêmefaçonqu'aux Indes.
MaisM.C.croit possiblederetrouversouscesinstitutions
une sorte de culteencoreplusprimitif letotémisme.Ici, il
eût peutêtre été do rigueur d'observerla distinction, dans
l'exposémême, entre les faits empruntésaux nationsnon
hindouisées,et ceuxquiproviennentdespopulatioushindoui-
sées. M.C.ne t'a pas fait, et celaeu)6vobiende la valeurà sa
démonstration.Ji semblepourtanten résulterque, pour les
deux races,l'exogamieet le totémismesontétroitomentliésà
l'organisationdu clan; que lesclanstotémiquesnonhindous
sont nombreux(H,i46); qu'un)certainnombrede clanshin-
dousportent des nomsd'animaux,les respectent,n'en man-
gentpas,neles sacrifientquesolennellement, les imitent dans
uncertainnombredecérémonies. L'hindouisme, suivantM.C.,
n'aurait fait querecouvrircescultesélémentaires,faisantpar
exemplepasserle porc-totempourun avatardeVisnu. Mais
un très grand nombredecesfaitspourraientaussis'expliquer
par un culte d'animaux qui ne serait pas nécessairement
totémique.Têtte cultedu tigre, cet animalsi répandudans
toutel'Inde, donton nepeutprononcerle nomet danslequel
on voit souventun hommemétamorphosé, un sorcier (21t,
2t0 L'ANNE)! SOCMMGtQUB. 1897

MO,). Tel aussile cultedu cheval, représentantle principe


mate,ta pureté, la ïertitité (p. 301).Daustous ces cas, i! est
d'autantmoins nécessairede faire intervenirle totémisme
que l'ensembledes tmditions, hindouesou non,concernant
les bêtes, oiseaux,poissons,insectes,est presque indéfini.
D'autre part, le stade fétichisteest toujours celui où s'est
arrêtéela plus grandepartie de la populationqui révôrocer-
taines pierres,certains rochers,certaines places,des autels
où se font des cures merveilleuses,des marques de pieds
divins,et le fétichismepourrait expliquerbiendes faitsratta-
chés au totémisme.Au contraire, dans le casdu culte de la
vache,on se trouveen présence, non pas d'un culte récent,
commecroit M. C., mais d'un très ancien culte totémique,
qui a persistéétonnamment,t'ne étude suffisantedes textes
védiquesles plusanciensprouveraitque ta vachefutle totem
des premiersc!anshindouset je n'en voudrais pourpreuve
que le nom f.o~-a,vacherie. du clan brahmanique.
Dansle cultedes morts,M.C.distinguebienles deux caté-
gories cultes funéraires,cuites ancestraux. Les rites funé-
raires,dont l'extensionest généraledansle norddo i'lude,ont
pourbut l'expulsionoulu fixationde l'esprit du défunt,dont
il s'agit d'empêcher le retour (H. SS, 68Aussi, enterre-tonle
cadavreavecses objets familiers; on brise lu vaisselle,etc.
Maisles cultesancestrauxsont spécialementaryens.La plu-
part desespritspassentpour méchants tellessont les âmes
des petits enfants,de ceux qui ont été enterréssansles rites
(~«), de ceux qui sont mortsde mort violente,des pendus
sscr.BhCta).lis hantentles habitations,les cimetières,
(B/tt!f<t,
certainesplacesdangereuseset causent des maladies(cf. L
380j,s'incarnentdans les animaux de nuit, deviennentles
démonsles plus malins qu'ait imaginésl'Hindou.D'autres
deviennent,au contraire,des divinités tutélaires ainsi tous
les pèresdefamilleenterrésrituellement(lesPi/'x,sscr.J"<
r<M), qu'onnourrit régulièrementpar les offrandesde gâteaux
et de grains,et lors desrepas funérairesbimensuelsou anni-
versaires ceux-làsontdes protecteursde la famille.A leur
cultese rattacheprobablement, te culte des serpentsdomes-
tiques(M,p.133),devenu, par extension,un phénomènereli-
gieuxextrêmementimportant. D'autresâmessonthono-
réespartoutle villageet mêmepar denombreux pèterius. Les
tombesde saints(souvent.musulmans, car les Ilindousmaho-
métanscontinuentteursaneiennespratiques)sontl'objetd'une
– CUME8
ANALYSES. rOPCtAMES St7
grandevénération.Très souvent, le caractèrehistoriquedu
personnagedivinisé n'est pas douteux(t, p. <96).La déifica-
tion dépend donc, suit du genre de vie du saint (s'il fut un
grand ascète,un voleur renommé,un terrible magicien,qui
continueses exploits) soit de la façondont ii est mort(c'eft
le casdes satt, femmesqui se sontfaitbruier avecle corpsde
leurs maris) soit encore,ajouterai-je,du genre de conduite
qu'un défunt adopte vis-a-visdes vivants. Si, sur sa tombe,
des miraclesse produisent, s'il amigele villagede maladies
épidémiques,ilest bon, ou nécessaire,de lui rendreun culte
qui l'apaiseou l'utilise, et c'est ce culte qui en fait un dieu.
Car non seulement il doit être saint après et pendantsa vie,
mais ii a dut'être aussi de tout temps,dans toutle cercledo
ses naissancesantérieures.
On voit quelle est l'importancedes sujets traités. J'ai, à
dessein,omis les théoriesde M. C.qui sontd'ailleurscelles
des savantsde l'École anglaise; les similitudesqu'il signale,
les explicationsqu'il fournit sont extraites des ouvragesde
MM.Letand,Frazer, S. Hariiand.Il faut pourtantmentionner
la notionque M.C.s'est faitedu fétichismeen générât,hindou
en particulier. Il fait consistercette formede religiondans
l'inventiond'autant de dieux qu'il y a de classesde choses
intéressantl'action c'estce qui ressortavecévidencedescha-
pitres qui ont trait aux divinités », Ii est à regretter que
M.C. pensant de cette façonanglaisequi nese peut détacher
des faits bruts, n'ait pas mieuxréussià en dégagerle carac-
tère. Je crois que s'il eût fait porter ses observationssur les
dieuxdes castes inférieureset des corporations,il eut trouvé
dece côtédesfaits importants.Maisl'attentiondesfolkloristes
est plutôt dirigée vers les campagnesque vers les villes.
Mêmeence qui concerneles cuiteslocaux,un certainnombre
de lacunes se laisserait déceler.L'étudedes pèlerinages,en
particulier des <n'</«M, si nombreuxau Kashmir, semblait
assezindiquée.
Eu secondHeu,si M.C.a toute la compétencevouluepour
traiter des religionspopulaires,sa compétencespécialeen ce
qui concernel'Inde est d'autant moinsgrandequesesétudes
des anciennesreligionshindouesont été moinsdéveloppées.
Ainsi l'usage de faire des libations avec des jarres percées
par le bas, et tout en tournant autour du bâcher funéraire,
date certainementde la plus haute antiquité. De même, les
textes qui concernentles vertus magiquesdes plantes, la
2~ L'AHNÉE )<97
SOCtOtOGtQUË.
connexiondesanciensrites agraireset des cultessolairesou
lunaires, nesont pas moinsintéressantspour ta sciencecom-
parée que lessurvivancesactuellesde cesmêmespratiques.
Leur sens est beaucoupplus clair et ce sont eux qui consti-
tuent le fait origineldont les usagesobservésaujourd'huine
sont plus que la trace; la forcede la démonstrationde M.C.
edt été bien plusgrandesi certainsrites tout à (ait ancienset
encorevivacesavaientété claMéscommeprimitifs.
Enfinl'indicationtropconstantedes similitudesproduit,là
commeailleurs,cette impressionque les faits étudiesn'ont
rien de spécifique.Ontrouveraitdes rubriquessouslesquelles
M.C. ne rangepresqueaucunfait hindou(H,66) ainsiquand
it s'agit du sacrificede la chevelureau mort. C'est la même
méthodequi a amenéM.C. &fairecette grave confusionque
nous lui avonsdéjàreprochéeplusieurs fois,entre ce qui est
hindouet ce qui est sauvagedans i'tnde. Les différentsfaits
relatésnesontpas suuisammentà leur rang, lesuns de cou-
tumes survivantes,les autres de coutumesen voiede régres-
sion, les autresdo coutumesen voie de formation,les autres
de faits absolumentprimitifs.Maisn'oublionspas que nous
sommesen présenced'un beautravail inaugural.

M"J.-H. PHILPOT. TheSacred Tree ortheTree ta Re-


ligion and Myth (t'«r<)/'es<w< oit <'af&f<*
</<!<)<!
lec«~c<'t
<faMle Mt~/tc).
Lond.,Macmillan,1897,xvbd79p., in-8°.
L'auteur, sans ambitionscientifique,ne se vantant d'au-
cune idée originale,ne cherche qu'à collectionnerles faits,
sans même prétendreêtre complet. Ce livre, si modeste,a
pourtant de réelsmérites compilationclaire,utilisationjudi-
cieusedes documentsrassembléspar Mannhardt,Frazer,Fol-
kard, Gobletd'Alviella,ilest déjàutile par cela,et la prudence
des conclusionsfait qu'onpeut relativements'y fier.Malheu-
reusement le détail des preuves est moins solide que les
résultatset nousallonsêtre obligéd'en faire de suite la cri-
tique.
M" P., par une revisionaussi complètequ'elle a pu la
faire, a cherchéà prouverl'universalitédu culte des arbres.
Commeles recherchesultérieuresne pourront certainement
pas manquer de confirmercette hypothèse,il se trouve que
M' P. a eu unejuste vuedes choses.Maisune grave lacune
règnedans tout son livre: c'est l'absenced'étudessuffisantes
– CULTES
ANAMSRS. POt'ULAMES ~M
des religionsles moinsdéveloppées.Celtesci eussentpourtant
fourni à M""P. h plus ample moissonde faits.D'autre part,
l'incompétencephilologique de la plupart des folkloristes
leur fait admettre des hypothèsescommedes faits démon-
trés; ainsila nature de t'(Mc~'« bibliqueest controversée,et
il n'estnullementcertain qu'elle tût un casdecultesylvestre;
l'arbre de la <'o~! (p. 41)n'est honoréque parceque l'illu-
mination (&o~t) du Buddha se produisit à sonombre. Ces
faits d'ailleurs se laissent très bien remplacer; le culte des
arbres (M<n<Mp<tt<) est encore vivace aux !))des commeau
temps du Rigveda,et les bosquetsd'Astartéfurentfréquentés
par Israël tout entier. Le nombre d'exemplesqu'on peut y
ajouter est Indéfini.
La division que M""P. proposesemble juste et raison-
nable. Elle distingue le dieu de l'arbre, et les esprits des.
arbreset des bois (p. 3~). Peut-être edt-elle pu, on mettant
simplementmteux en lumière une des idéesde Mannbardt
qu'elle connaîtbien (p.00), découvrirune troisièmecatégorie
de faitsdu mêmeordre. L'esprit dela végétationet les cultes
agraires formenten effet une classe spéciale,les dieux sy!-
vains et les cultes sylvestresen forment une autre, et il y a
les démonsdes arbres auxquelssontoffertesdes propitiations
occasionnelleset qui constituentune espècedéterminée.C'est
de ce point de vue queje vais analyserle livredeM" P.
AvecMannhardt et M. Frazer, M""P. attribue en effet
aux croyancesqui concernentla viede la natureet de l'uni-
vers, son renouveau, l'entretien de la végétationqui som-
meille, les fêtes de Maiou do Saint-Jean,d'une part (vu)) de
l'autre, les fêtes de Maiou de Saint-Sylvestre()x).Au prin-
temps,pourque la moissonsoit bonne,qu'ily ait suffisamment
de soleil et de pluie, on cherchait au bois l'esprit de la
végétationsousformed'un arbre de Mai; on le menaitau vil-
lage, devantchaque maison.A l'hiver,c'était une plante tou-
jours verte, houx. gui, cyprès ou sapin (t'arbrede Noetest
une institution récente)qui étaitcenséecontenirles forcesde
la nature et que l'on introduisaitchezsoi.Lecaractèrespéci-
fique de cette croyanceà une vie universelle,de ces cultes
qui l'assurent et l'accompagnent,participantau rythme des
saisons,les empêched'êtreconfondusaveclescultessylvestres
proprementdits. C'estle dieu de la végétationqui est adoré,
et nonpas le dieu de tel ou tel arbre en particulier,ou de tel
coin du bois.On peut d'ailleurs le représentersoit par une
2~0 t/ANNÉE SOCMt.OGtQUS.t8M

gerbe,soit par un bâtonenrubanné,soitpar un jeune homme


déguiséde feuillage.!)e même,je rattacheras volontiersà ce
cultede la naturele mythedo l'arbre universel,supportant
le mondeet litsourcede'ta vie(v<),et c'est iciquepourraientse
placer,croyons-nous, les diiïéreuteslégendesdesPnradis(vn),
jardins d'arbres merveilleuxou de l'arbre merveilleux.
Toutautressontlesdieuxsylvestreset leurculte.Ledieu(n)
est ici, commeon le voitsur certainespeintureségyptiennes
ou grecques,indépendantesd'ailleurs,l'esprit de l'arbre. Il
y habitecommel'Amehabite le corps. Ouhabillel'arbre des
vêtementsdu dieu, ou y suspenddes M'.ro<o,parce que le
dieuest là. C'està cet arbrequ'on arrachela branche sacrée
que l'on promèneà la fête du dieu. L'arbre, étant le siège
d'un espritsouventpuissant,devientfacilementun oracle(v),
soit qu'il rendeses réponsespar tui-memeou par l'intermé-
diairedes prêtres,soit qu'il fournissela baguettedivinatrice
(p. iOH).
L'arbrepouvaitd'autant mieuxservirdo placeà un esprit
rendantdes oracles,qu'ilpouvaitêtreassociélui-même,d'une
part à la vie humaine,de l'autre à un esprit ou démon,de
rangintermédiaire,et plutôt malfaisant(tvetp. tût et suiv.).
Les arbres sont en effet,en vertudes idéessur < t'àmeex-
terne liés au sort de tel ou telindividu.L'âmede celui-ci,
mobile,dont une partierésidedans l'arbre,estl'esprit même
de ce dernier. Si elle peut s'y réfugier,en casde danger, la
vie est sauve: de ta tant de conteset de mythesoù le héros
se transformeen un chêneou uneplante,où la destinéed'une
familledépendde celledeson arbre. Maisd'autres esprits
que des esprits humains(génies,feux follets,etc.) peuvent
hanter les arbres, les animer, protégerleur existence,s'irri-
ter si ontescoupeetlesfait saigner(m); its exigentdes propi-
tiationspour qu'on puisse porter la hacheà un ehcaevéné-
rable ouàun coinsacrédu bois. Sur ce pointM""P. aurait
pu trouverde curieusesanalogiesentre lit superstitiondes
bûcheronsnègreset celledes paysansgermains.
Plus profondémentorganisés,les faits dont M' P. dis-
poselui eussent peut-êtrepermis de répondreà la question
qu'elle pose franchement,maisdontelle refusedo tenter la
solution(p. 23) quelleestla théoriela mieuxprouvée,celle
de M.Spencer,suivantlequeltous lescultes.dela végétation
proviennentet des vertus médico-religieuses des plantes et
des histoires de revenants,ou celle de R. Smith, suivant
ANALYSES, EUMES t'OPUtAtMES 2M

lequel ce seraientdes forces spirituellesde la nature, dont


l'imageet le rôleseseraient peu &peu dégagésde leur gangue
matérielle. qui auraient été plus ou moinspersonnifiées,do
façon&devenir,les unes les espritsfavorabtesdeschamps.les
autres los esprits maiveiitantsdosforêts?Lesfaitsparaissent
difticiiementconciliables avec l'un commeavecl'autre de
ces systèmesexclusifs,et nousdoutonsqu'une combinaison
éclectiquerésolvela difficulté.Lavérité,c'estque partout on
constatela coexistencede ces trois espècesde cultessylves-
tres de l'esprit de la végétation,des dieux sylvains, des
esprits folletsdes bois. Ils correspondentà trois formesd'une
mêmeidée l'idée de la vie spirituelledes planteset de ses
liensavecla viede la tribu et celledesindividus.

NOTICES

–MOXOUMAPMt)!0)VBKSt!S–

H!CHAMDAKDHEË. – BrauMchwet~r VolkBkande (Bruns.


wick, Vieweg, i896, in-8", vn-S85 p.).
Documents de première main, mis en œuvre par un mattre. Sans
compter tous les renseignements que M. A. donne sur la vie inté-
rieure, économique, mot'ate, du paysan du duc.he de Brunswictt,
mentionnons un catalogue des inscriptions trouvées sur les mai-
sons (p. <t8-9); des informations sur uoe ccrtaincfjuantiM d'usages
et traditions concernant la naissance, le baptême, le mariage et la
mort; une étude reettement importante sur les différentes fêtes popu-
laires, sur certaines coutumes agraires,ta /)/u<'&)-aM<
(p. M8),la chasse
aux drapeaux (853), celles qui concernent ta moisson, la dernière
gerbe (26<-8<),tes fêtes d'hiver. Les pratiques semblent avoir mieux
persisté que les croyances, dont peu sont réellement curieuses.

A. GOETZ. VoUMthamUchea von Siegeiau (Alemannia, i897.


XXV,t).
Excellente monographie.

WtUtem SCHWARTZ. – VoUMthumMchM aus Lauterberg am


Karts (~«-/<. y. /?</<KO.,t896,tY, tBO-tea).Contient des rapprcctte-
ments très justes, donne des détails intéressants sur les foux de
la Saint-Jean, de la Saint-Sylvestre.

V. SCHULEXBEM.- BeitmBge zur Volkekande (/& tY).


Etudes de folklore comparé.
222 L'ANNÉESOCMMCtQmS. t<M

F.t:cfyD. BERCEE.– Ourrent Superatitiona. CbMec~~'om <Ae


0)'«<Tradition~My<M/<<pMA<~/oM, withNotesand an Jutro-
duction by W. WeHs~!ewet,Host.a. X.-York.(Amer. Folklore
~cc~). Moughton, XuH-Hart'assowiti!,1890,gr. !u-8",i6i p.
M.~). a doam!une préfaceà ce livre, où il le r~ume et l'apprécie
au point d<!vuede l'écoleaut))t'opotogittue.La pubHcationest tr~
soignée lesnotusdes informantstnanqucnt. Lci!usagesqui pr<ii-
denta la nai!MMce,auxexurcismes,aux tlançailles,sont intéressants.
Maisle folklore aitiéricaiiiest de date récente, de provenances
dherses; sonétudedoitêtre entourée des plusgrandesprécautions.

E. tUHSS. On&noieataupeMtitions. Trf<M«e~MM o/Af ~men.


<-«;< Hoston,Grimmeand t. t899, XXYt.
~/()7o/o~t'M<tMocM/t'oM.
Etudf!)Ur[Mméthodede recherches.

P.-G.SCOTT.–Thodcvilamdhisïmps.anetymologioalinquiai-
tion <

K. tUHHSS.– Superstitions and popular beliefa in CtreekTra-


gedy(/A.).
BËHAXOEH FËRAL'D.–Superstittonaetam'vivanoea.Y'. Leraux,
1890,in-8'
Sanscritique,quetquMrenseignementsutiles.

\OSSH)LO. MeoMemburgiacheVolkaOberlieferung. Ratset.


Weimar,Hinsturff,in-8",i896.
Tris bon )C. H.du LiterariscttesCentratbtatt).

M. t'LALT. Dentaohesliand und Volkin Volksmunde.tn.8~,


Brestau,t897, Uirt.

Rrv. W. WESTO~– Oustomsand Superstitions imthé High-


tands of Central Japan~<. </<<- An</n'./M<.o/on~ XXVt,t).
A n'tnarquet'surtout lescérémoniesde magiesympathiquepour
produirelitpluie(p30).

W..A.-P.MARTtX. A oycle of Oathay. Otiphant,Anderson,


Ferrier, Lond.,t897,in-8".
Étudessurles populationsdu nordet du sud de)« Chine.

CMB.:LESt~EMACKAY. From far Formosa. tta ïatand, ita


People and Missions,etc. (7&.).
L'auteura fte tongtempsmissionnairedanste pays.
– CULTES
ASAMSES. MPULAMBS 83S
S.-C.WtLSOX.– Persian Lita and Oustoms (2°édit., <&.).

P. KHMAXX. VolksthamUche VorsteUungen tu Japan (in


M<«A<<«M~M <~<')'
/)e«twA''MCMc~tcAo/ï -Va/Mt'MM<<
/*<!<* t'<)<A<~
<-«M</e ~t yoAt'e,i8t)' V,Vt, Et!"tivr.).
~«t<'<'H<
Contientdes rcnsfitjut'<ue))tsutilessur tes croyance!!concernunt
les animaux.

– /))<«-./t<'<t.f. 7:'<Aw.
J.-U. E. SCHMHt.TX. !X,p. 213.Notesur

f! VA?!HE~EPP. – Bijdrage tôt de Kennie van Kangean


ArchipcL–/A'!A<'M<'«//M tui </eA'M)Kt<(M)t~fM
(i))/<)'y(/)'o~< Taal,
/«M<<Mtt'oMo)<!«'x/f
MMA'<'<~r<<(M</«'/t./n~<e).Y),Il, p. 89 suh'
«t96).

SCHLEGEL. – La fôte de fouler le feu (Inl. ~)'c/<.y. ~<An.,


t8M, V, p. tfS-S).
tVtedu fiotsticcd'<?t~,<'nChineet u Jova.

J. SCHKEUËL.
– Phallus OultasinJapan. Yokohama,1896.

C.HAHX.–Démêler undBaubo,i))-8",),ubeck,t896,cheï fauteur

A. KOHTE. – Zu Attischen Dionysos Feston (MM'MM~M


X.F., 52. 2).
J/MMMM),

t). v. !'HOTT. Buphonien (/&.).

M. BLOOMFtEL!). – On the Frog Hymn of the Rigveda (Joter-


nal «/'</«/tMtf)'t'M<M
ot')'MMa< C.M.des séance! t898,XVII,
S<'c«'<y).
p. n3. Décritun charme pour attirer la pluie.

M.VORDEMAXX. – Animistische Ansohauungen der Javaner


befh'effa einiger Pflanzen ~c&<M, n'" <et 2~.

HBattMAx~GOSZLEH. – Altheilige SteineinderProvinz Sachaen


(in A~ex/aAM&MMer, Hergg. v. d. itistor. Kommiss.d. Prov.
Sacttsen).Ma)te,Otto Hende),1896.
Étudefort compX'te.

H. LËKOHCY.–OoUieraceltiques. Origine,histoireet supersti-


in-8".
tions. Suint-Mcuc, <8<M,

t). LtËBLEtX.-Le culte des animaux en Egypteetle fétichisme.


~'o~M rtWW/)., <897.
224 L'ANNÉESOCIOLOGIQUE.
~M

C. TEMPLE.– A glossary ofïndian terms relating to reUgion,


oustoms, goverament, land. Lond.,i897, t.uMc.

H.-C.BOt.TOX.– The langage ueed in talking to domesttc


animais (~Mfft'MM
/h~/t~M<o~«<).
W<tsh.,tSM.

Il. CHAXT.– La superstition dans le HigMand écossais


Louvain,avril <8a?),
(~/tM<!«H,
Kous tte pouvonsque !!ign:))<if
les numht'euxtt'nsogncmcntsque
l'un trouvprasm')cspratiquesdont t'~tudcn'X'reduFoftdoredanstM
périodiquessuivants VoMma~ of ~f /o/A/wp ~oct'~ (Lond.).–
!<cvu''des traditionspopulaires(Paris).– M<!)usitte(Paris) où nous
remarquons
M. TL'COMAX~. – La Fascination. Continuationd'une enquête
déjà longue,maisd'une éruditionénorme (in ~/e<tMt'<te).

Vt.–).)!)UTCK).

~'arM.)hm!)
Moxs.FRANCESCO
MAGAN!.– I.'a,attc& Liturgla Romana
/.<<x~«'fomat'He).VoL I, Mitano. Kpo~ra/M
(/<!Mn'~f«'
poH~/MM,J. Giuseppe,t897,in-8', x-2H8p.

Quoiquefaite dans un esprit exclusivementcatholique,ta


contributionque Aï.M.apporteà l'étuded'une questionfort
controverséene laisse pas d'être importante.Contrela doc*
trine classiquede la scienceprotestanteet mêmedes histo-
riens catholiques,M. M. vient soutenir l'unité primitive,
fondamentalede toutes les liturgieschrétiennesanciennes
et, cela va sans dire, l'identité de toutes avec la liturgie
romaine,qui leur servit à toutes d'exempleet d'archétype.
La diversitédu ritueldesdifférentesfractionsde la chrétienté
pendant les premiers siècles serait, suivant M. M. plus
apparenteque profonde.Et si uneétude comparéedes détails
pousse à admettreles divergences,un rapprochementdes
momentsimportantsdes servicesliturgiquesdes différentes
Égtises,montreque la structuredel'officechrétienfut partout
la même,au début. Et sur ce point,sinonsur celuidu primat
romain, Il se pourraitque l'histoire désintéresséeet mieux
informéedonnât, un jour, raisonà M.M.
Cepremiervolumefaitpartied'unesérieoù serontétudiées,
– tB Bn'UEt.
ANAMStiS. 2M
outre l'histoire de f officechrétien eu générât, celle des difte-
rentes parties de l'office et celle des accessoires de l'office.
Mais on est, dès maintenant, suflisammentectaire sur les ten-
dances, les principes, ta méthode de l'auteur. Je préfère ne
pas exposer certains raisonnements par trop théologiques,
où l'origine romaine de ta liturgie est déduite < en droit
pour constater le caractère historique de l'étude de M.-M.
la façon très consciencieuse (tout sont étudiés et critiqués les
textes, l'élégante et vaste érudition de fauteur. Son livre sera
très précieux pour les débutants, au moins. Do plus, comme
it s'agit d'un des phénomènes do sociologie religieuse les
plus importants, de ta fixation du culte chrétien, il importe
que le sociologue soit tenu uu courant de l'état actuel de la
question.
L'ensemble des travaux qui ont été faits sur ce point se
réduit, en fait, ù une critique des textes et à des essais de
classifications de documents rituels ou historiques, de valeur,
do provenance, de dates différentes. Nulle part tes institutions
n'ont été étudiées pour elles-mêmes. On dirait que chez les
plus illustres des ritualistes contemporains, les de Mossi,les
Kraus, les Duchesne, l'histoire des sources prime celle des
faits, alors qu'elle ne devrait être qu'un moyen. Le livre de
M. M. n'échappe pas à la tradition classique. Des travaux
d'historien, de sociologue, sont d'une nécessité urgente dans
ces sortes de matière. Mais suivons, en mettant à leur rang
les questions philologiques, l'histoire que nous donne M. M.
de l'antique liturgie chrétienne.
Évequo et ne doutant pas de fauthenticite absolue des
Évangiles, M. M. n'a pas de peine à démontrer que, dès l'ori-
gine, il y eut un ordre liturgique, établi par le Christ, admis
et prescrit par les apôtres (p. H, p. K) que ce système fut
précisément transporte par Pierre a Antioche d'abord, puis
à Rome (p. 63) que Paul tui-meme eut à proclamerla néces-
sité d'observer les règles divines. La messe, des l'origine, eut
une sorte d'unité substantieUe (p. iS). Elle fut le noyau
même du culte chrétien. Sa structure (préparation à la messe
consécration, communion) dut, même avant la constitution
d'un rituel detaitté, former comme un bloc sur lequel les
actes liturgiques vinrent se grefïer mais ils ne firent que la
suivre et l'analyser sans l'altérer.
Le sacrifice de l'Eucharistie est donc le principe du rituel
des premiers âges. Quelle fut son origine? v Provenant du
K.))t:MM<!tM.–Ann'?c<ut-it)).iM7. H
M6 L'ANNÉE SOCMMOQUK. <t)M

milieu immédiat où vécut le Christ, le modèle du service


divin fut certainement juif. La prière, hébraïque pendant
quelque temps !p. 40), grecque ensuite, conserva toujours tu
marque de ses auteurs. Les actes symboliques, eux-mêmes,
furent emprunta a deux laits du rituel judaïque aux rites
du repas domestique, aux rites delit Paque. t)aus les premiers,
avant chaque repas, une sauctiucatiou du pain et du vin avait
lieu :qiddûs) ce fut l'origine de la consécration, au moment
de t'ctévation. Et, d'autre part, la cérémonie do tu t'aque. de
la communion par le repas en commun servit de modèle a
la communion apostotique. Ce fut par une fusion du sacrifice
de la Paque juive et de tu bénédiction synagoguate de la table
journalière, que se forma ce foyer du culte chrétien, lit Cent',
telle que la reproduisent les plus anciens documents, et telle
que le Christ l'institua probablement lui-même.
Les petits groupes des premiers chrétiens, s'ils adoptèrent
cet ordre, n'y restèrent pas toujours fidt'tes. Des distinctions
profondes se firent entre les différents moments du service.
qui persistent aujourd'hui. Des les premiers siècles, la prière
et l'action de grâce, t'une avant, l'autre après le saint sacrifice,
furent distinguées (p. CH).L'ossature était donc nettement
accentuée. Des variations se produisirent, se fixèrent. Les
différentes églises répartirent différemment les divers éléments
du rite. Maisles Hottementsqui subsistent encore n'empêchent
pas que le dessein central ne soit reste constant (t!, 3-f3).
La différence des formulaires, qui variaient a l'infini, n'est
qu'une difïérence de détail, suggérée par les inspirations
personnelles. L'unité do lu liturgie chrétienne, la relative
pureté de la liturgie romaine, sont partout évidentes et fon-
damentales. Même la diversité tant vantée du rituel gulliean
ou ambroisien et du rituel romain se réduit en somme u
des différences d'applications spéciales d'un même principe
(App. t).
Mais si le plan liturgique futle m&medans toute tachréticnté
~p. )77), comment se fait-it que des différences s'y soient
introduites ? Les premières qui se produisirent furent pour
ainsi dire quantitatives. Des le début, ta messe soicnnelte
(aujourd'hui la messe chantéc) s'opposa à la messe privée
(basse) Hmportance attribuée soit aux services journaliers,
soit aux services de telle ou tette fête, varia nécessairement
avec les Églises. Ensuite, on voit très bien l'origine historique
de chaque liturgie, et comment, sous l'action de causes
– m MTUEL
ASALYSH! 22T

diverses, le ptan dévie, sur des points secondaires. La cause


de ces divisions, qui ne dépassèrent jamais certaines timite~
(p. t8~), ce furent les libertés hissées, aux temps héroïques
do t'Égtise, a chaque évoque, sous sa responsabilité et sou&
la garantie de sa piété; f'e fut encore la constitution de natio-
nalités rivales à la place de l'Empire romain ce furent les
besoins nouveaux du christianisme, son caractère public et.
solennel de religion d'Htat. Les divergences turent ainsi'
nécessaires. Mais si, plus tard, i't~Iise romaine réussit &
imposer la règle catholique, ce ne fut pas, comme le préten-
dent les auteurs protestants, par une sorte d'envahissement
de dépossession des Ëgtises diverses; ce fut par une restau-
ration, claire et consciente, de la pure tradition chrétienne, à
laquelle les autres rituels n'avaient apporté que de légères
modifications.
Nous n'avons qu'une compétence infime pour discuter de
pareilles conclusions. It paraît cependant au sodotogue que
le culte chrétien Meu nécessairement une stillisante unité~
pendant les premiers siècles. Les formes rituelles sont en
efïet plus rigides que les parties intellectuelles et dogmatiques
d'une religion. C'est par le culte surtout qu'on est d'une
société religieuse. Ces actes matériels constituent le point
d'appui, le centre même du mouvement de propagation d'une
grande religion. Les mystères auxquels se complaisaient et
étaient forces les premiers chrétiens, et qui constituèrent très
tôt la messe des fidèles, par opposition à la messe des caté-
chumènes, durent former un tout organisé et suntsammont
identique dans toute la chrétienté. Mais si M. M. doit avoir
raison sur ce point, il n'eu subsiste pas moins contre lui
qu'il y eut, dès le m" siècle, une diversité extrême des tradi-
tions chrétiennes et une indépendance absolue des dinérente~
formes que revêtit un même rituel. En somme, la vérité his-
torique cadrera probablement avec les inductions socioto-
giques elle consistera peut-être à dire que le fond du culte
fut uniforme, mais que l'évolution du christianisme, son
extension, son organisation en églises locales, furent la cause
de divergences aussi profondes que celles qui existent entre
le rituel catholique et le rituel grec et orthodoxe.
228 L'AKSËE SOCtOMGtQUK.t897

A. HtLLEBRANDT. – Ritual Litteratur. Vedtsohe


Opter and Zttuber (&<c~/<CM c<ma~tf r<MM),gr. in-8",
Strasbourg, Trubner,18U6, in <;n<H~'<M~M<trM<t<'M
Philologie «M~.i~r</<MM«A'<u«/c/<p<'<n<<;t<'Kvon Georg
Buhter,Ht"B.,2"Heft,t86p.

Le livre do M. Il. fait partie de cette publication très


importante du Traité de philologie et d'archéologie indienne
que tout uu ensemble de savants ont entrepris sous lu direc-
tiou d'uu des mattres les plus connus, M. le professeur
Biihier. Quoique tous ces traités soient rédigés dans un
esprit
strictement historique et philologique, quoiqu'ils aient sur-
tout en vue de préparer uue intelligence plus comptete.des
textes, des langues et des monuments de l'Inde, ils n'en
contiennent pas moins une immense quantité de faits dont la
connaissance plus précise devra faire partie de tout matériel
sociologique, De même que le livre de M. Jotty, dont nous
rendons compte ici, doit être considéré comme celui auquel
il taut se référer, en ce qui concerne t'inde antique, dans
une étude comparée de la famille, de même c'est au livrer de
M. H. qu'i) faudra recourir, pour les cultes Védiques,
dans un travail sociologique sur le rituel. Les faits y $ont
recueillis dansles textes mêmes, tesdinerentes monographies
qu'il contient sont souvent de simples traductions coordon-
nées. Une connaissance profonde de la bibliographie des
questions, un souci constant d'être complet, sont des qualités
qui font de ces livres une source do renseignements de pre-
mier ordre.
L'importance générale de la littérature rituelle de l'Inde
n'a pas échappé à M. H. Hsait tout ce qu'une science compa-
rée des religions et de la civilisation pourra retirer de cette
étude (p. I, !h. Il sait aussi tout ce qu'une comparaison avec
les usages correspondants et des peuples aryens et des autres
pourra ajouter de lumière aux explications fournies par une
6tudecritiqucdestextes.Ungroupedetravaiiteurs,MM.Ca)and,
Otdenberg, Winternitz, partage les mêmes opinions, et l'on
doit, dès maintenant, espérer beaucoup de leurs recherches.
Les quelques exemples, que M. H. nous donne des travaux
possibles dans cet ordre d'idées, sont faits pour exciter l'inté-
rêt le plus vif. Les rites du mariage védique, par exemple,
sont réellement typiques, et admirablement décrits par les
ANALYSES.– LE RITUEL

textes pleurs de la mariée au départ, port d'un cordon


rouge, tours faits par les flaucés autour du feu domestique,
jet de semences sur le couple, tous ces usures ont leurs
équivalents indo-européens, qu'ils éclairent et dont ils
reçoivent de la lumière fp. 4'. Les rites de l'initiation, le
mode de coupe des cheveux, io culte.des mânes, les règles de
la construction que l'ou retrouve dans t'tnde, sont communs
à toute l'humanité (p. 6, 8). Or il se trouve que, daus t'tnde
seule, nous possédons des descriptions complètes, détaxées
de tous ces actes, que nous pouvons, dans les textes, assister
a un sacrifice védique, aussi bien, voire mieux, qu'à une
messe chrétienne du moyen âge. Combiende fois, en ellet, les
formules ne dounent-ettes pas immédiatement, le sens mys-
tique des actes auxquelles elles se rattachent! L'importance
d'une étude, même purement philologique des rituels in-
dous est doue capitale pour une sciencegénérate des retigions.
Je ne crois guère excéder ta vérité, ni les opinions de M. H.
en disant que t'tnde est appelée à uous donner, en ce qui
concerne les religions,, des faits cruciaux au point de vue
sociologique.
It est à peine besoin do dire que M. Il. a débuté par une
étude pbitotogique des textes dont il va nous résumer le con-
tenu. La première partie du livre consiste en une série de
dissertations sur l'époque duMigveda,et ladescription que ce
recueil nous donne du sacrince védique; sur le caractère,
l'origine (p. 20)des livres proprement rituels de t'tnde brah-
manique, tes~YM(tils conducteurs~ sur la compositiondes
dinéreuts ~X~M,leur répartition dans les dinérentes écoles
védiques, la façon dont ils sont rédigés, la valeur de leurs
informations; enfin.sur les commentaires dont l'érudition
brahmanique do l'époque classique les a accompagnés. On
donnerait dinicitemeut idéede la sûreté avec laquelle tous les
renseignements sont classés, les opinions des philologues
discutées et les conclusions présentées.
M. H. renonce, avec raison croyons-nous, a donner une
exacte description du rituel du Higveda.Malgré la variétédes
textes contenus dans cotte collection, malgré la pauvreté des
renseignements, il est permis de croire, d'une part, que dès
l'époque védique une partie du rituel futur existait déjà, et,
d'autre part, qu'il fallut une longue période pour que le même
rituel arrivàtata fixité et à lu complexité dont les Sùtras nous
rendent témoins. Particulièrement suggestif nous scmMele
?0 L'ASIE SOCtOLOGtQUK.
«f!

paragraphe 4, où M. Il. montre quelle valeur pourrait avoir


unecottection des allusions quela littérature bouddhique fait
au sacriftco brahmanique.
Les satras se divisent eu '/<'A</«xt)/<'<t<,
en;TaM~t~<«.i!;les
derniers sont les rituels des grandes cérémonies (''mxfrH,
révélées) les premiers sont les rituels des cérémonies jour-
nalières et domestiques '~('Ay, maison).
De ces deux ordres de textes, M. U. va nous esquisser suc-
cessivement le contenu, et ce plan est excellent. Les Indous, en
ettet, ont tellement réHéchia leurs actions religieuses que, sur
bien (tes points, les divisions qu'ils ont établies entre les faits
méritent d'entrer directement dans ta science.Eu réalité, rien
n'est plus distinct que les actes du culte domestique et ceux
des cultes des grands dieux. M.t!. suit mômete ptun générât
des sntras, sauf en ce quiconcerne les j~ft/tM~n~, ou it adopte
un plan voisin de l'exposition dès ''<~<t'«<~tuis de Manou
par exempte et reproduit t'histuire de la vie du brahmane,
depuis sa conception jusqu'à sa mort et sou autre vie !p. 4t).

I. – Particulièrement intéressants pour le sociologue et


relativement faciles &lire, nous semblent les exposésdes actes
suivants la cérémonie pour l'obtention d'un fils, où le brah-
mane, entre autres rites, donne à manger certains grains à la
femme qui répond qu'elle avale une création d'hommes
l'étabtissement du feu de t'accouchée, car pendant l'accou-
chement il faut un toyer spécial pour écarter les mauvais
génies et on doit étonner le feu domestique (p. 4!!) le ~a.
Aot'HMK, pratiqué immédiatement après la naissance du gar-
çon, où le père donne le sounte &son fils, assure son exis-
tence heureuse, demande aux dieux de lui donner la sagesse,
lui impose des noms, l'un vulgaire, l'autre secret (p. 47) pour
que (p. m) ce nom ne soit pas employé dans des formules
d'envoûtement et do magie (§ initiation
I'«/)f<K<!f/«M,
faite de huit à seize ans, on, pendant et après un sacrifice
libatoire, on revêt l'enfant de l'habit de sa caste, du cordon
brahmanique s'il est un brahmane. L'enfant entre alors chez
son maitre après une série d'actes qui ont pour but d'assurer
sa fidélité, sa sagesse, son âme ette-méme (p. M). A partir de
ce moment, le jeune ~AmftfaWM apprend et récite la grande
prière brahmanique, la .'Mr<~7,remplit les devoirs de l'élève,
étudie le Véda suivant les rites et les temps déterminés, jus-
qu'à sa sortie de t'écote; alors il prend un bain solennel,
ANAU'SES. LE RITUEL ?1

revêt les dernières insignes brahmaniques, et vit suivant les


règles morales de sn caste, jusqu'à son mariage (~ H~ dont
les sntras indiquent les conditions religieuses. Le fiancé et la
fiancée doivent n'être pas de même clan de père, ni être
parents (M~<(<a)do mère (au (!"dfgre), mais être de même
caste et de mémo village, avoir certains noms, certMinesqua-
iites. Parmi les nombreux rites. signalons le bain de la
fiancée, lit parure de la fiancée, la conduite, le sacrifice nup-
tial, ou, A un moment donne, auprès d'un autel domestique
spécial, le mari prononce une formule curieuse c Que la
jeune fille soit écartée de ses aïeux les rites du retour à la
maison, et des premiers jours de cohabitation (§ 36 et suiv.).
Le mari établit le feu domestique avec des rites déterminés,
doit t'entretenir régulièrement, le saluer & chacun de ses
retours. Seul l'homme peut faire les sacrifices domestiques
qui sont tous des p~«t/M/M~ (sacrifice à cuisson), dont les
plus eiementuiros sont de simples lihations de beurre fondu
et dont les plus rares sont des sacrifices d'animaux f§ 44,j. Les
sutras fixent soigneusement les moments, lieux, matériaux
de chaque sacrifice tous les jours (§ 46) des sacrifices sont
faits pour les dieux, pour les aliments. pour les êtres vivants,
pour les mânes, pour le Véda (consistant en la récitation
d'hymnes', pour les hommes. A chaque nouvelle et pleine
lune celui qui n'a pas posé les trois feux des grands sacri-
uces, oltre un sacrifice spécial. A certaines époques, le rite
varie, au printemps, au commencement de la saison des
pluies (ottrande aux serpents), au moisd'Açvina (cérémonies
pour le bien des chevaux et du betait).
En outre de ces sacrifices périodiques, des sacrifices
marquent chaque moment de la vie domestique la réception
d'un hcte (S S3), la construction d'une maison (§ 54), rites
particulièrement intéressants pour le folkloriste (p. 8t). Une
série d'actes symboliques assurent ta prospérité des trou-
peaux. La maladie, lit mort, la crémation, l'enterrement des
cendres, etc., sont également l'objet de cérémonies dont nous
avons rendu compte ici môme, à proposdu livre de M.Caland.
L'âme devient objet de culte, et chaque jour, et a la nouvelle
tune, et à certaines époques de l'année signalons que la
cireumambutation du foyer se fait de droite à gauche au lieu
de se faire de gauche à droite comme dans le sacrifice ordi-
naire (Cf. p. l':S) et que les onrapdes du f<-a<M<« funéraire
sont faites d'ordinaire de g&teaux (pt~a).
S32 MUT
L'AftSÉESOCIOLOUIQUH.

H. Les grands sacrifices que nous décrivent les <'raMh!


xf)<)'aftont une nature tout autre. L'intervention du prêtre
est caractéristique. Le brahmane est indispensable. Il y a
plus, le maitrode ia maison loin d'être l'officiant, est, en tunt
que sacrifiant. y«y'«~f!<w, un simpie comparse, Il assiste au
sacrifice, se soumet, donne, paie aux prêtres leur <a (sa.
laire!, qui diffère avec cttaquc sacrifice. Les prêtres, en nombre
variable, à fonction déterminée, accomplissent les actes mate-
riels, oratoires, mystiques, soustasurveittanco de l'un d'entre
eux, le ~<Y</tM<«M. Le sacrifice est un véritable drame (p. 107),
chaque instant ayant son prêtre spécial, chaque prêtre sa
mélodie et sa prosodie, qui n'a pu être ainsi fixée que par une
longue évolution religieuse. Tous ces sacrifices supposent
l'établissement des feux qui y sont nécessaires. H faut lire
les minutieuses prescriptions qui entourent la construction
de faute) < 83 la façon dont doivent être allumes les
trois feux. et les premières tibations faites, pour voir toute
la richesse du rituel védique. Aulel et feux servent dès lors
aux sacrifices lillatoires réguliers. Hy en a chaque jour (~ (!t),
d'autres se pratiquent a ta pleine et à ta nouvelle tune. M. M.
qui avait déjà étudie ces derniers dans une monographie
remarquable, les rapproche Cf. p. 111) des culles lunaires
universettenx'nt répandus, t) y a encore le sacrifice aux
maues, tes sacrifices des mois, des saisons, dont t'un pré-
sente des caractères singuliers, qni dénotent une origine
populaire on y tuait un bélier recouvert de mamelles et de
testicules, et t'en faisait se confesser ta femme du sacrifiant.
D'autres sont occasionnels A'"M~<M!, suivant les désirs du
sacrifiant, par exemple des sacrifices pour l'obtention, ta
multiplication du betait 67).
Mais ptus grands, ptus solennels, plus importants et par le
temps qui y est cousacn' et par le nombre de prêtres, et par
la difficulté des actes, sont encore les sacrifices où est offert
le M~tf!,lit liqueur sacrée que les brahmanes offrent en nour-
riture aux dieux. Avanttout sacrificef'ù sont faits des pressu-
rages de soma, interviennent des rites de jeûne, de consécra-
tion, qui constituent lu ~?Aw ''intronisation) du sacrifiant.
Tout le grand sacrifice indou est dominé par la nature de ce
rite. L'individu dévoué aux dieux, ou achète et on apporte le
.t<MM en grande pompe le prêtre le porte, suivi de la famille
entière (restes d'un iMcnoM ~<t~'<'<«M),dit M. li. (p. t36).
Viennent alors, dans le sacrifice type, t'~Ht-~ooM,les trois
ANAt.YSES.– LE KtTUEL 233

pressurages, du matin, de midi et du soir, qui, avec les


offrandes et sacrifices d'animaux qui s'y rattachent, tonnent
un comptoxus d'un profond intérêt. Le sacre du roi, le grand
sacrifice du chovat, le sacrifice humain bien souvent étudie,
sont aussi très riches est rites remarquables, Signalons sim-
plement une expression des ritologues indous ils disent
d'un certain sacrifice qu'il a pour effet de < taire monter de
rang te sacrifiant (~'o/<o r~<<'<~f<<'f/«/<Lelivre de CodriHg-
ton sur la Metanésie onrirait sur ce point do curieux paratié.
tismes. Enfin ie sacrifice universel (x<«'f<~M<'<)< § 78) est
accompli par le brahmane l'exemple de /«/tMMKSrf~OHtMtt
qui en se sacrifiant, en 8e retirant de tout, anima toutes
choses on reconnaît ta les idées qui formèrent ie fond de la
doctrine bouddhique du sacrifice de l'individu au monde.
A cette étude du rituel religieux proprement dit, M. H. a
adjoint un résumé fort court, quoiqueprécis qu'i) soit, de la
magie védique. Le sacrificeenenet passe insensiblement dans
le domaine de la superstition. La distinction du mimiqueet
du religieux n'a jamais été vraiment faite par les ludous.
Même le rituel des sacrifices les plus élevés mêle aux actes
religieux les plus purs les actes de ia magie ia plus élémen-
taire conjuration des sorts, malédictions des ennemis, rites
pour s'assurer la victoire, la pluie, etc. Les moyensmagiques
se divisent en moyens oratoires, et t'n actes symboliques
)~ les formules de bénédiction, les souhaits de santé fp. t(M,
'?()); la valeur particulière attribuée a certains mots; les for-
mules de tnatediction; les MxntO'fM védiques employés, dans
ce but, mais en guise de pures mutopces et sans avoir de sens
bien détermine; ta récitation àt'cnvers de certains offices:
2" (§ 89), l'emploi des rites symboliques pour avoir du soleil,
des amis, une amante, pour envoûter, etc., t'emptoidusang
(p. i7ë). Xaturettement. de même que les dieux sont meies
au sacrifice, de même les mimes (§ fU), tes démons (p. H~
sont les exécuteurs des ordres des enchanteurs. !i vit sans
dire que la magie et la médecine ne sont pas distinguées
(§ 92, n" H) et que les brahmanes ont toujours pratiqué la
science des présages et des oracles.
Peut-être M. H. eut-ii bien fait de rattacher plus étroite-
ment encore la magie au rituel. 11est eu enet bien exact que
les textes ne distinguent pas eux-mêmes, que les faits se pénè-
trent. A cette époque, comme a l'époque classique, comme
aujourd'hui encore, le pouvoir magique et le pouvoirreligieux
S34 L'AKNÉe SOCtOLOGtQUE.<"97

du brahmane semblent bien n'en faire


qu'un. Précisément,
ce qui rend si utile pour le sociologue l'étude des religions
indoues, c'est cette coexistence étonnante des types les plus
avances des institutions relieuses, avec leurs formes les
plus
primitives ou les plus absolument dégénérées. Lestextes eux-
mêmes donnent cette impression, que le livre de M. H. ne
rend pas absolument. Les diffif'uttésd'un travail do ce genre,
le peu de place laissé à ce livre dans tout un ensemble sont
d'ailleurs de bien suffisantes excuses pour l'auteur.
Enfin une remarque peut être faite d'un caractère aussi
philologique que sociologique. M. H. s'est servi, pour son
exposé, surtout des sûtras. Or, dans ces textes, l'essence, le
principe. t'ettet du sacrittee ne sont pas mis suffisamment en
relief. La lettre du rituel en a, sur bien des points, tue l'es-
prit. Dans les Brahmanas.au contraire, c'est-à-dire dans la
série de textes immédiatement antérieurs, les caractères géné-
raux du sacrifice apparaissent infiniment mieux. C'est dans
les Hrahmanas qu'i) faut apprendre pourquoi l'on spcrille, dans
quel but, dans quelles occasions, quel enet on en attend sur
la nature, sur les dieux, sur soi. Une étude suffisamment
générale du sacrifice indou ne peut être faite en dehors des
Bràhmanas. Heureusement, une étude faite dans ce but, et par
un mattre, va bientôt combler le vide que laissait encore le
livre de M. H.
Nous souhaitonsqu'un (~fjn')'MMi, en allemand, où seraient
traduits les termes sanscrits, vienne faciliter, à ceux qui ne
savent pas le sanscrit, le maniement de cette précieuse col-
lection qu'est le Ct'xs~'Ms(/c<-Mo-.4n'MA('KP/t<<o~<e.

W. SIMPSON.–TheBuddhist Praying-wheel. A<'o/<<-c/!OH


o/' .t/afp<-M<<w<WH~ x~tt llrex~w~o~m o/'</<e?/)?<. aM</c<t'-
''M~«-tHo<-€H«'t<<f!
ttt ('tMfot)t««<<t'cft'gtoxitWfMtff.(La roue à
prières bouddhique.)Londres,t8')6,Macmiiian~94p.tn-8").
A proprement parler, l'auteur ne tend qu'ai nous fournir un
ensemble de faits. On dirait un collectionneur qui met les
pièces qu'il a rassemblées à ta disposition du pubtic. La cons.
cience qui a d'ailleurs préside à la réunion de ces matériaux,
et l'ardeur qui y a été mise pendant une longue série d'années,
sont notables. M. S. est arrivé à condenser dans ce livre
presque tous les faits connus sur la roue symbolique et la
croix gammée, etàen rassembler une somme très
respectable
ANAtYSKS.–~B)~~T~)~ 23~

sur les mouvements circulaires dans la plupart des religions.


t) y a, pourtant, des omissions. M. 8. oublie qu'il y a eu une
croix gammée au Mexique. 1)'autre part, l'énumération des
eircumambutations dans les différents rituels est loi d'être
exhnustive processions catholiques, promenade de la loi
dans les synagogues, etc., sont négligées, sans compter les
choeurs antiques et les dauses que M. S. reconnatt tui-méme
n'avoir pu étudier.
Le titre c La roue à prières bouddhiques indique plus
l'occasion que le sujet de l'ouvrage. M. S. a été, dans le
temps, pendant un séjour à ta frontière thibétaiuo, fortement
intéresse par les moulins à prières si nombreux qu'il y t'en*
contrait il en a acheté deux; it a rénéchi. s'est informe des
autres cas bouddhiques du même usage 'Chine, Japon, Vit).
Puis Il a remarqué que le nom thibétain et sanscrit en signi-
fiait <'la roue de la loi Le soi-disant moulin n'était donc
qu'un cas de la roue symbolique. U remarqua encore le
sens toujours identique des mouvements de la roue, qui
tourne constamment de droite à gauche (p. 4~ dans le sens du
mouvement du soleil, dans celui de presque tous les mouve-
ments circulaires des tndousetdes Celtesautour d'unaute)
(p. H); de là cotte étude générale.
La roue à prières consiste essentiellement dans un cy.
lindre mis en marche, soit par une ficelle que tire le lama,
soit par tout moyen, l'eau, les passants. Ette porte une for-
mule uniforme, exprimant t'adoration au Buddha. Onta tourne
dans le môme sens que celui où les lamas dansent, ou font
leurs tours do la statue du divin ascète. Or cette roue, bien
qu'elle n'apparaisse dans le rituel qu'à une époque tardive,
existait déjà dans la mythologie bouddhique la plus ancienne.
Représentée sur les piliers des )!(OpMde Barbut et de Sanehi
(n"siecto av. J.-C.), elle est la roue do lit loi, celle quetourna
le Buddha lors de sou enseignement, celle qui est < te grand
cercle du pouvoir et de la règle Hien d'étonnant si dans la
dégénérescence du Bouddhisme, dans ce mouvement où il se
réduisit aux pratiques extérieures, l'imitation matérielle de
l'acte mythique du Buddha devint chose salutaire. Ce sym-
bole do la roue avait été centrât dans le bouddhisme, la
forme du temple s'en déduisait et les <:<wp<M les plus fameux
affectaient la forme de disques et de croix gammées (ch. n~.
L'analyse des origines de ce symbole va nous indiquer sa
signification. La roue de la loi faisait, avant le bouddhisme,
~3<! L'ANNÉESOCMLOCtQUE.t8t!

partie du système brahmanique lui-même; et c'est a celui-ci


que les Jainas aussi t'empruntèrent. D'autre part, le sous des
mouvements circumambutatoires, leur vertu, sont les mêmos
que dans le bouddhisme ou doit tourner autour de l'autel
suivant lu ~w/ftA-~M,c'est-à-dire eu ayant i épauledroite au
centre et d'est en ouest, dans le cas où une orientation serait
nécessaire. Or tel est évidemment le chemiu du soteit les
tours faits ainsi sont faits à sou imitation. ))e même, la roue
est aussi un symbole du soleil roue illuminée, roue de
bonheur, elle est le signe et la productrice de la victoire et de
la fécondité. Heprescntee d'abord comme un disque plein,
puis comme une roue avec ses rayons, en nombre pair,
variable, multiple de quatre. elle vit ses rayons se restreindre
à ce dernier nombre; puis, le tour de la roue se fractionna,
il y eut un vide avant chaque rayon, et ce fut la .tM.<'< la
fameuse croix gammée, le porte-bonheur comme dit sonnom,
reste du disque qui représente le soleil (ch. n).
En t'~ypte, en tsraP). dans le culte de la Mecque, citez les
Grecs, les Celtes, M. S. retrouve la même orientation des
marches rituelles. Kn Grèce, comme les découvertes chaque
jour plus nombreuses le démontrent, en Gaute commele beau
livre de AI.Gaidox(/ </«')< ~«<~ <<«.wM et le .~M)/w<wMe
de <'o«c)t'établit, dans lit mythologiegermanique, dans le
folklore européen, tu roue (souvent enflammée), le disque,
la croix gammée, la croix représentent le soleil victorieux.
!n fait pour ainsi dire décisif, presque générât, c'est que,
si les mouvements circulaires accomplis en t'honueur des
dieux se faisaient d'est en ouest, et de droite & gauche, les
démarches accomplies en l'honneur des morts, ou au courant
d'actes de magie, se pratiquaient d'ouest en est et de gauche
à droite. La gauche fut toujours de mauvais présage: les
messes noires furent gaucheres, commesi les circumambuta-
tions rituelles correspondaient au monde de la lumière et de
la vie et les circumambutatious contraires correspondaient au
monde des ténèbres et do lu mort.
Tels sont les faits que l'on peut extraire de l'exposé de
M. S. La dernière partie me semble plus durable que ta pre-
mière. L'auteur avait pour se guider le livre de M. Goblet
d'Alviella sur la .M<<!(«Ht des jtt/w/M~. Le problème en tout
cas est intéressant. L'imitation des mouvements, non seule-
ment solaires mais encore astraux, a du faire partie do tout
culte de la nature un peu développe.Ce qui donne une grande
ANALYSES. LE RITUEL 331

vraisemblance à cette hypothèse, c'est que la division du


monde en régions suivant les points cardinaux est probable-
ment une idée fondatnentate parmi les notions religieuses.
Sans compter que les sauvages ont ou ont dû avoir un sens
de t'orientation extrêmement précis, la conscience sociale
attribuait telle ou telle nature religieuse a telle ou telle par-
tie de l'univers. Une place du cie). de l'atmosphère, de !a
terre, des eaux, était le monde des dieux, une autre le monde
des démons, une autre le pays des morts. Cetterépartition du
mondeen régions plus ou moins favorablesù l'homme qui les
contemple est même un de ces cas où fonctionnent immédia-
tement les lois psychologiques des représentations sociales.
L'acte religieux qui eut partout pour but d'assurer lit vie
et te bien de la nature, des hommes et des dieux, devait
s'associer ù ces bonnes régions et aux mouvements des
astres; l'acte magique, terrible et funèbre, devait s'associer
au contraire aux mauvaises régions, aux esprits méchants,
aux morts.
Mais si les faits reunis par M. S. sur ce point ont cette
valeur, la connexion qu'il établit entre le moulin a prières
bouddhique, la roue de la loi, les mouvements circulaires
paraltra extérieure. Sans doute il y a une confusion dans
le rituel thibétain sans doute aussi le sens du mouvement
de la roue est bien le sens religieux des mouvements mais
la tradition ne se trompait pus, qui partait d'uu moulin
à prières et non pas d'une roue de la loi. D'abord,c'est tou-
jours un cylindre, et non pas une roue. Ensuite, sur ce cylindre
est reproduite la formule évocatrice du Buddha, le OH< indou
qui fait atteindre au Jaina le ciel, au brahmane le Hrahman,
au bouddhiste le Nirvana le mouvement constitue donc une
prière. D'autre part le bouddhisme thibétain ou chinois
fourmille de faits similaires l'arbre à prières dont les feuilles
s'agitentau vent pouradorer le Buddha, les drapeaux à prières
dont les villes s'entourent pour chasser les mauvais esprits,
les cloches qu'il est méritoire de sonner, tous ces instruments
sont là pour assurer la constance de la prière. Le bouddhisme
a voulu que toute la nature priât, puisqu'elle est tout entière
animée. Le moulin & prières n'est qu'un des moyens inventés
pour réaliser cette idée. Et d'un autre point de vue, en même
temps qu'un ramnement, le moulin a prières est une régres-
sion de celle-ci elle s'y est matérialisée, et le bonze et. le
lama qui, maintenant, tournent pendant leur vie un moulin à
&? L'ASKÈK M9?
SOCMMtGtQOE.

prière acquièrent les mét'ites qu'autrefois, dans le bouddhisme


classique, lit muditution religieuse seule procurait:

XOTtCHS
~t')t)!:)tHSt:TH)Tt'Kt.

< MAXM)').).Htt. On Anoient Prayers (in A'fwt'f/c~t«/t'M <«


MCMOt'y uy/<<-< ~t~ A'H/f«< m), hy U..A.Kohut.H'r)in, S. Cat-
vat-yand<<X9T,in-ii",p.i<;tsuiy.).
ttans o'ttc h''))'; et )itt~rair<' h'un d'uuvt'rturc d'un cours sur lu
prit'r<M.M.chut'<;h''at'))M<)ui.<<'t'ra)ad<')nM))tt'~vo)utio)),<'ti' i!
d~t!(t)!<;rles traits f~mtnuus d''s diu~n'ntM furo)' (;u*)t'' MrcYt'-
tues. A('[di<tU:mtsa divifion <k'.<t'<;)tjduusest t'thnn)tn" natiuntdt!
individm'ttcs. )'i)tust)' f'm'tat''Ut' d'' ht scioto' compitn'')' df.< t'cti-
gion:: d~tnutttr' ';)t ~tudiaot tfs t'c)i{!tonsdu pt'onh')' !)'?< t'Utti-
versuli~ de la pt'ict'e-dctntmde fp. 13), qu'etto s'adtesi)', cumm'*e))
t.W'ct' <'t cho! h'~ HoUt'ntots. aux fSjtrits mattres d' )it'ands ph~nc'
mènes nitturfis uu hi<'n,Mottut)~'en ~tau~ie, aux esprits tut(''tuix"'
des uttt;(''t)'t's(;)).
Mais )Mpt'ie)'~ <'st,&c'' stad' ittt~~t'ativf'sitnj'if !tcco)npa):))t'tn<'t)t
df i'iK'tc n')ij<i<'U![ fjui, lui, fu)'t:f)'' dieu A at!ic duos un s<:)tsd~tct-
minu. Datis les rcti~iutts uatx'Mitips,t'n <tt't'(;e,A Munn', aux tttdt's,
t'))t')')'f,)a)'t'it''t't't:u)Ht)«'))'aatuit'un''valeur :tt'th'<<'tau~i
une Yu~'ut' )nft'!))t'. t'n 't'm';nt hmniun t'st pn'st'ni. tians tuut
ttynu)'' titu)');i')U' )<'s)))'if'r<'< drs j'r~tt't's. ccth's des h''r«sd'n<)t)))''rM
Mprhm'nt, il est yrai, uu'' sortf d<' cuntrat. t))ai<;auMi lit cunviHtion
et la j'i~tc (p. 25 suiv.. Mai" lu v~)'itM)'h'tt"raison df in prifrc se
produit d:)))s )''s D'ti~iuns indhidu<;)h's. Uu«d))istn~ Chriii'taniiitm'
c<'sottt ')h's où )'tM<'d';mat)d<;d<< i'or';<'spour ia tutte, pt'h' pouf
)at)~ttte de la vif, et surtout devient humhh'et''onOaxte. En
somute, cuuctut M. M. Muttct', t'~ohttion tuut enticre consiste dans
c<'ttf oppositiot) ftttn; la pri'')' pritnith'c 'tt)i curr~pund a ccUn fur-
muh! < <)U' )na vutuntt' soit fait'' ''t ta sph'ndide~xprcsiiionjud~u-
t;hrt!tiet)n'' que lit vutunt<!soit faite
0. STt MEL. Samoanische Texte. Unter BehMfe vonEtNge-
borenen geaammeit und (tbersetzt. Hfr~. v. t- W. K. Miifh-).
(t'ern~. M. < ~<. j/<M. t't!M< n' M., a-t n. )!< in4". Bc<-)iu
Dich'it'h ht'imt'r, iMM.)i'u)))i''atiun tr~'s hnpo)tat)t<' tant au poia)
de vue mythui~iqu'? qu'au puiut de vue de lit religion, des
cultes, des prit-rc: cht' h: Satnoaos.
G. WOHHEHMtX.– ReUgionsgescMchtUche Studien zu Frage
derBeeinOuasaog desUrchristentuma duroh das ant&eMye-
terienwesen. Bt'tti)), mx'rittff, 1890, in-8". \)))-iSO p.
Fait en même temps que le tin'e d'Anrich sur le m~me sujet et
ANALYSES.– LE MTUEt. 239
Mmve aux mt'-)))<'s)-n)tuts.ùth'<'t-h'r ht ptt)'<'ttt)?qu:t-xi!it'Mun-
les ntyst.')-('A.('))n''t!<'n.<<-t)<.s))jystwst:r<cs;t-tc()u<ut a un<-
iun'u'ncf'histuritjm'.t'ufi'onnfdiss'rtutiottsurtt'motJtY!');.
Htif~ XASSH')'.– Les Apocryphes
éthiopiens, tmduits <-<)frm)-
':< (-tt-H.HttS('itttn'tjt).-ntd<'J.-C. A.('sdist;i))h'<'t))ri''rM
mat!i<)m's.pHt-is~)<i))t.du)!))(!(t)t('Sci!'))t'c),)8M,3<i().it)-)8.
)'<'s)'rh'-r)'<))t!)M")u<'<t))t(.M.))!t<s'-tn<tt)sd~))t)''h~<h(nsunftr{"i
t'eitett'itdttctio)), et suivant mtt;hn)xtn''s)h'ur''ux.'t'ntjt)usitnmM-
diat<-)t)<-)tt))tt't'<'s<)nt<'s(jUt-h's..j.:))st')t;n'-m('nt~t.L)'s))ti!t-ps,
surtout :tp!tt-tir du ht )V'n')-cntd.'s<;x(-)nt)tes.:M'k-)).'fd<)tnti.).
nis)nt'd<-i'it)voc!ttitj)t)'td''iut'itr<)nd()t)t)!t)<m's<'(-thttnystittu<'
n'ont foit,en .\byssini<(ju''r<'cuun'iruu)u)td('rin)iti)'.

<S. H.UOtËTT. Thé EarUest Christian Hymn. ).ond., iM7,


iu-8".

HEv. [.S. WAHXKX. The Dies ïrso. t. y/te /M. ).on()., <89U.
Sk''tttt)).:tonandS<')js.

F.-K. BHR.ttTM. – ))onnf mu- <ditiun )'etU!n~tmbt<-des textes


Ittm-)!i~m'!i.Ox)'.(:)!tt'<'n<to)tt'tt's.«'.

H. WE))'tt'r. Das Shinto Gobet der Grossen Roinigung.


(.)/t/i. < f/fM~t-Aft) CM~./'<Vff~Mr KM<<!Mw<«)tf/c ~t-M<
M 7'oAt'o,N8"th'r.)

t'B. t:M()XT. -Textes et monuments figurés relatifs aux mys-


tères de Mithra. t'«!ic. Ht et t\ <40),18MC.

ncuAt'LAtX):. -De iaitiishumUibusmirabilibusqtte per secula


incremontis oultus B. Mariœ Virginis, disquisitio historioo-
liturgiea (in Slud. «..<<. «M.!</<'«~<-«M/t't-/<MM-
«M</</<)Ct~fr-
o'<-<M«!<'t).uu. X\'ttt, th. t.

J. WATTEtUCH.– Der Consecrationsmoment im heUigenAbend-


mahl und seine Gesohiohte. th-idcthft-t!, (:. Wioto-, tSM, in-8".

Il. SCH.\t'Ët<. – Das HorrenmaM nach Ursprung und Bedea-


tung. BcrtctstniU))),<!itt<'Mtu)t''i)t),)8i)*?;t)~u)ojti(tu<'j.

~MA~K f.

LE t!LAXT. – ?80 Inscriptions do pierres gravées, )896, Leroux,


Paris.
Htabtit t'existetMMd'un fot-tnuhmc mo8"tuc.
~40 L'A~E SoaOMGtOUH. m't

K. Ku-:S)':WHTT)-:H. Der Oco~ttsmus des Alterthume, H.ctc.


t.pip!t8M.F)')'d'r)L-h.
t.. KHn.):XH):CK. Der OceultismuBder Nordamerikanischen
ïndianor, ib.

\t<.–MYTHKM
fw MM. MAms et th)'t:M.

H.UZEXER. – Gottern~men ~M Momsdes ~<'ffu-).Versuch


einer Théorie der Meiigiosen Begri<ïsbi!dung. Bonn,
Cohen, !??.
Nous sommes heureux qu'un concours fortuit de circons-
tances nous oblige à dépasser, eu faveur du livre de M. f. le
miHésime prescrit en principe aux collaborateurs do l'~t~c
j!0f!'0~«/«<
Ce livre est le chef-d'œuvre de IHscience comparéedes reli-
la sûreté y
gions pendant t'aanee passée. La profondeur,
a conscience
egatentta generaiite des vues. L'auteur tui-môme
de la méthode qu'il suit Plus profondément on fouille, dit-
·
il, plus les résultats auxquels on parvient sont généraux
de faits
(VU). L'exploration presque comptëto d'un ensemble
ramène à
qui apparaissent bien limites, mais que l'analyse
leurs principes, conduit aux théories les plus neuves et les
ses causes, son évo-
plus justes sur la nature du polythéisme,
lution et sa tendance vers le monothéisme. En fait, le sujet
méthode que par
précis qu'a choisi l'auteur est plutôt tel par
intention c'est la vie des notions religieuses qui est étudiée
à travers les noms des dieux c'est la manière dont elles se
U. sait la place
multiplient, s'agrègent, disparaissent. M.
faits
qu'occupe cette recherche daus une théorie générale des
des
religieux 'Vf) elle constitue un essai sur la formation
concepts religieux.
D'autre part, la méthode ette-même est suffisamment géné-
rale. Le champ des investigations, c'est tout le groupe des faits
Non
religieux que présente la civilisation indo-européenne.
comme la désire
pas que la science comparée des religions,
M. U-, soit la mythologiede M.Muller et de KHhn.Elle ne pré-
tend nullement à reconstituer la pensée religieuse des Indo-
Européensavantteur séparation. L'école phitotogiquoaéchoué
en tentant de retrouver des faits historiques là où il n'y avait
ANALYSES. – MYTMBS 2~

que des concordances(g f). Mais on peut en appeler d'une phi.


lologie ù une philologie mieux informée. La parenté des con.
cepts religieux ou autres, paraltète a la parente des langues,
favorise certainement les comparaisons dansie domaine indo.
européen. On est sur de rapprocher des phénomènes de même
Heure )a définition et l'analyse d'une part, te groupement
des faits et l'induction de l'autre, peuvent être garantis à
chaque instant, au moins par des équivalents philologiques
C'est douesur un terrain solide que M. U. s'appuie pour tenter
une histoire des représentations religieuses,
qui soit une des
chevilles ouvrières de ce grand édifice d'une histoire '< de
l'évolution de l'esprit humain On pourrait, en forçant
peut-être un peu les choses, aiter jusqu'à soutenir que H. U.a
suivi une méthode profondément
sociologique. Il a tendu en
effeta découvrir, non pas tes notions religieuses
individuelles,
mais tes notions sociales. A'o&M t-Mxoc~ M~M r<M rt'A<«'
telle est lit maxime que M. U.u mise en
exergue de son livre.
Le moyen qu'it a choisi do parvenir aux choses sociales était
admirablement adapté. < Le langage, a dit un autre
philo.
togue, M. Meitiet, est une réatité sociale.. Rien de plus tégi-
time que d'étudier un fait social dans ses connexionsavec un
autre.
L'étude du langage est d'ailleurs un des biais
par où l'on
peut le mieux considérer les représentations religieuses
comme des faits objectifs. Eminemment social, le mot
prête
aux notions sa massivité, sa fixité; on le voit s'attérer avec
elles, et ses flexions suivre leurs diverses applications on le
voit rester vide de sens, puis s'adapter à
l'expression de uou.
velles idées, s'associer & d'autres mots comme les idées
s'associent aux idées. L'étude des notions religieuses faite
à travers les noms des dieux devra donc,
par une sorte
d'analyse progressive des couches philologiques et intellec-
tuelles, essayer d'abord de retrouver sous ta
multiplicité
dos noms l'unité de l'idée, < rechercher ta carcasse du con.
cept sous ses superfétations; puis, les différentes idées
religieuses décomposées et les éléments retrouvés, arriver à
une classificationet à une déduction générale; enfin voir l'évo-
lution de ces idées, leurs fusions, leurs régressions, la
façon
dont eties préludent à de nouveaux progrès ou
persistent dans
d'autres systèmes.
Une sorte d'hypertrophie conceptuelle entoure la
plupart
des notions mythologiques que l'antiquité nous ~uw
_z_ présente. En
le 0.-
H.))t')t)!)tt:)u.–Antt~<'iu).)897.
242 iMt
L'ANKËESOCtOLOUtOL'K.

effet, les noms apparaissent d'ordinaire groupes soit que des


divinités féminines aient été symétriquement opposees &des
divinités masculines. probablement identiques M l'origine
soit que, autour d'un nom ~§3), une série de patronymi-
ques se soient disposes .ainsi dans le cas d'Hyperés. Hypé-
riou, Hypérionide) (§ ~), ou que la pensée populaire ait inter-
prété pur un nom aucestrat des noms supposés patronymiques
(ex. ,t</«(, mère des .t(M(/(M).D'autre part, les mots et les
idées viveut. Ils tombent en désuétude, ont besoin de renou-
vellements venus de l'extérieur. Souvent nue même idée réap.
paraît rajeunie, sous un nouveau mot. Et deux noms de
dieux qui semblent fort distants l'un de l'autre ne corres-
pondent qu'a une seule et mêmeidée religieuse, a un seul fait
social. Ainsi l'analyse superbement conduite par M. il. nous
fait voir comment la même idée du Pampuaës, celui qui illu-
mine tout, s'exprima par de très nombreux personnages
divins. Danstous les cas. c'est un même concept qui se ramifie
ea personnifications secondaires (~8).
Toutes ces appellations multiples, ces homonymes et ces
synonymes,'uesontdouc pas des faits de suraddition. Cequi les
rend possibles, c'est l'obscurcissement de la notion primitive.
Si celle-ci était restée claire, si le seus du mot était resté plein,
aucune prolifération, aucune adjonction étrangère ne se fussent
produites. Or les noms des dieux ont été absolument compré-
hensibles à l'origine. La signification du mot correspondait à
l'idée, et l'idée avait une fonction déterminée. En d'autres
termes, chaque dieu correspondait auue classe déterminée de
faits, répondait à un ordre spécial d'événements, naturels ou
humains, y présidait, était l'objet du culte qui donnait à
l'homme pouvoir sur eux. Les dieux furent primitivement,
autant que les déductions philologiques permettentdete dire.
des dieux spéciaux (A'oH<~ti~<T). Ceciest le plus évident pour
le plus grand nombre des dieux romains, surtout pour les
petits dieux des <H<~t<nmfK<« qui se répartissent entre eux
toutes leschoses de !a nature et des hommes dieu du premier
coup de charrue, dieu des mauvaises herbes ? 6). Do même,
les renseignements si imparfaits que nous possédons sur les
dieux Lithuaniens nous les montrent avec des noms parfaite-
ment ctairs, des attributions nettes qui embrassent pour ainsi
dire tous les faits qui peuvent intéresser l'homme et exciter
ses besoins religieux (§ 7). Le fait est moins patent en ce qui
concerne la Grèce et doit être décote par l'analyse. Mais dès
ASAH~RS. MYTjftiS g~

qu'une recherche untt peu


I.# 1. -1 1.a_
attentive s'exerce, les casde ce genre
s'aperçoivent en fouk. L'Attique comme Home eut ses petits
dieux spéciaux. Onai)nit
adorerdesdivinités chargées de faire
pousser les Heurs et mûrir les fruits. Ces divinités formaient
peut-être le fond de toute lu tégende d'Athènes, de Cf'crops
etde sesnttes, d'Hrechtheuset d'Erectttttion,
qui, eux.mûmes.
étaient de ia même nature, i) y eut le Médecin, le dieu
Médecin (§ 10; dont le nom d'Ashtépios.
tui-mémeanatysabte
(p. )G8!, n'est qu'une des multiples xppettations, dont les
autres formes sont Juson, Jasos, Paian 'te
purificateur), Chi.
ron. et toute cette série de divinités a nom en :i- Médos,
Modes, où se constatent toutes les variations
imaginables
dérivations adjeetives Médée),particuies ajoutées Potvmede
D'autres dieux furent desprotecteurs spéciaux du bien
pubtic
(Soter, Sosipotis, Soxon) et de ta cite (i; -)~. Leurs noms dési-
gnent leurs actions; les textes et les inscriptions les men-
tionnent comme indépendants des noms des dieux
auxquels
la mythologie savante les a accotes, comme des
qualificatifs.
Ainsi, un certain nombre de surnomsdes dieux sont des restes
de petits dieux spéciaux (§ 13). Même certains
qualificatifs
purement locaux qui semblent designer simplement le carac-
tère tocai du culte adresse à tel grand dieu, cachent au fond
un ancien dieu local auquel ce nom était propre.
Ainsi, avant
une 'n~ 't~ il dut y avoir à Argos une 'nv, (p. ~34).
D'autres, devenus de simples esprits comme Faunus (Phaon)
(p. 3~, ont été certainement de véritables dieux, ont
occupé les champs et les bois. D'autres qui ont été depuis
considérés comme des démons et des héros, ne furent
pas a
l'origine des âmes de morts ce furent des dieux dont le
cutte fut expliqué plus tard par t'héroïsation ou la divini-
sation d'un individu.
Non seulement les différents genres
d'événements, mais
encore les différents moments de ta vie furent dominés
pat-
des divinités différentes. II y eut des divinités occasionnelles
(.4M~<'N.(-~<), en plus des dieux spéciaux. A Rome, en
Lithuanie, dans les coutumes do la moisson de presque tous
les peuples européens, ils furent révérés à certains
moments.
lors de certains actes, pour certains besoins. En Grèce,
t'Eiresiônë fut t'équivalent de la dernière gerbe du folklore
germanique, commeMannhardt t'a montre. De même, tes Eros
furent les esprits protecteurs de chaque amour en
particulier
(§ tK).La dissertation que fait ici M. U.sur la notion du o~
244 L'AttNËKSOCMLOUtQfe.«07

de son intervention momentanée, de la façon dont i) peut


saisir et guider les hommes est un modèle du genre (p. 192).
Il est possiMe maintenant de chercher le fond commun sur
lequel se détache ia personnalité vague de ces dieux. Or, der-
rière toute cette foule de dieux, d'esprits, de démons, qui
peuplent t'espace et occupent le temps, c'est un même et
unique phénomène que le cuite cherche il atteindre la
lumière, qui, elle aussi, remplit et vivifie l'atmosphère et
mesure letemps )§ i2). L'adorationdes phénomènes lumineux
est un fait dominant c'est la marchedu soleil (lui détermine
les moments où doivent s'accomplir les actes; c'est l'orienta-
tion, la distinction du droit et du gauche, du levant et du
couchant, qui déterminent le lieudu cuite (p. t9t). II y a plus.
les cuites naturalistes eurent pendant longtemps la plus vive
innuence sur la moralité, et ils turent, jusqu'à des jours très
proches de nous, les agents tes plus actif." de la morale reli-
gieuse. Le soleil et le jour étaient pris à témoin lors des ser-
ments ils pénétraient la consciencemême du méchant, étaient
présents aux séances solennellesde justice (1!)4-18! Ht, pour
invoquer un ordre spécial de faits, tous ces caractères se
trouvent réunis dans le concept de Zeus (le ciet et aussi dans
le concept analogue deAux' dieu de ta lumière et de ta jus-
tice.
Ainsi, ni l'animisme et ta notion de la persistance des âmes
après la mort, comme le voulut li. Smith ni le monothéisme
primitif, comme t'ont prétendu \etckeret Schelling. ne sont
à ta base du polythéisme § )~ Le fond en est un polythéisme
primitif, à caractère naturaliste, fort peu religieux. Lesdieux
n'avaient que des formes vagues, avec leurs noms a la fois
trop taches et trop précis, à signification trop étroite et trop
peu vive. A vrai dire, il n'y avait tu qu'un minimum de
croyances. Celtes et Ibères pouvaient être dits < athées et
les Grecs pouvaient croire, commele raconte Hérodote, qu'ils
ont ct<' longtemps sans nommer les dieux et ont appris des
Phéniciens à le faire. Toutela race indo européenne dut pas-
ser par nn stade religieux on ni les noms, ni les notions des
grands dieux personnels et actifs n'existaient et où la vie des
choses et la morale des hommes n'étaient garanties et sur-
veillées que par cette foule indéfinie et peu forte des petits
dieux. Les religions celte, romaine, K''<*cque,ne sont qu'a
des dc~r'~splus ou moins éloignesde ce type religieux.
Mais, de mémeque le progrès linguistique consistait passer
– MÏTMËS
ANALYSES. ~4N
de termes trop spéciaux ou trop vagues à des termes plus
généraux et plus précis, à substituer par exemple &un tan-
gage trop concret et d'un emploi vague horade ses restreintes
acceptions comme le tangage des chasseurs), uue langue de
termes abstraits, suffisants pour une analyse précise (t8); de
mémo le progrès des notions religieuses consista dans ia for-
mation et le développement de représentations distinctes et
générâtes et qui fussent on même temps des représentations
de dieux personnels. Ici encore, le rôle principal fut joué par
l'idée deia lumière. Apollon, par exempte, fut celuiqui chasse,
talumiëre qui purifie (p. ~H') il devint alors le sauveur, l'écar-
teur, et le divin latros devint ou son fils, ou un simple héros,
ou un de ses attributs. Mais ceci n'était possible qu'à une
condition qui dépendait de l'état de la langue il fallait que le
sens primitif en vertu duquel la notion religieuse s'appliquait
à une classe d'objets, fut perdu. Le nom put alors devenir un
nom propre. Ht ta divinité, jusque-tà engagée dans les choses,
fut un esprit indépendant d'elles, personnel et dominateur.
Dès que ces notions furent formées, il leur suffit d'exister pour
se développer. Elles exercèrent une véritable attraction sur
les représentations des quelques dieux dont te nom n'avait
pas perdu sa valeur primitive et dont la fonction était encore
claire. Les notions d'esprits vagues, spéciaux ou occasionnels
ne pouvaient résister à des notions ainsi constituées. Elles
fusionnaient, donc. En vertu même des lois de la pensée, le
syncrétisme eut précisément pour but d'attribuer à chaque
grand dieu les fonctions des petits. Le polythéisme tendit
ators vers le monothéisme. Le syncrétisme est ainsi « l'un
des stades de transition les plus importants de l'histoire
religieuse, il est la préparation à la croyance en un Dieu ·
(p. 340). Ces notions elles-mêmes ries grands dieux, combi-
nées avec celles de tout ce gigantesque système de petits
dieux, fusionnèrent en effet dans des concepts nouveaux
celui du dieu qui est tous les dieux Panthée, Pan, et, d'un
autre côté, celui du dieu qui t'est, ptusque tous les autres,
le Of:; ~<!Tt. dont le culte favorisa tellement la propaga-
tion du monothéisme évangélique.
Mais, dans le christianisme, les anciennes notions persis-
tèrent, réapparurent. Les saints du catholicisme avec leurs
attributs et leurs pouvoirs spéciaux ne furent pas autre chose
que le retour ouensif des dieux spéciaux des anciens paga-
nismes (§S). Mentionnons, pour terminer, les deux disser-
!~C ).'ANKÉRSOCNMCtQU)!. tMt

tations de M. L'. sur les noms titeophores dans l'antiquité, ot


sur les concepts abstraits divinises.
Lu découverte par M.L'. do ces deux genres de dieux, dieux
spéciaux, dieux oceasiounets, est une de celles qui passeront
dans ht traditiot scientifique. C'est elle qui forme le centre
du livre et qui eu est le véritable gain. Les faits
que l'on
pourra considérer dans le même esprit ne puurrout pas man-
quer d'en être de nouvettes et Éclatantes confirmations. Les
auges du judaïsme sont, eux aussi, d'anciens petits dieux,
et l'étude de leurs noms, suivant ta méthode inaugurée
par
M. L' sera certainement féconde. De même un bon
catalogue
des démons auxquels crurent les Indous, uue liste (comme
cette de M. Crooke; des différentes < divinités qui
président
à tel ou tel fait dans l'Inde actuelle, fourniraient une am-
plification importante de la thèse de M. f. Celle-ci est d'au-
tant plus juKtequ'etteso trouve d'une application universelle.
Le polythéisme consiste précisément dans cette
muttipticatiou
des dieux pour tous les besoins de la vie humaine. Ainsi les
Nègres adorent lit petite veroie, comme font aussi les Hin-
dous, et ils ont des dieux guérisseurs comme les Romains eu
avaient. Lefaitest donciucoutestabte. Peut-être même devra-
t-on donner encore plus d'importance aux dieux occasion-
ueis. Il y a des dieux pour tout, disaient les Romains et
les Crées c'est précisément le caractère du polythéisme. Mais
ces moments de ta vie sont aussi nombreux que les différents
actes, il dut donc y avoir de plus nombreux dieux occasion-
nefs que M. r. n'en indique. fJc plus, deux classes de dieux
devrontprobabiement étreajoutees, irreductibiesaux autres
les dieux locaux, esprits de telle ou tette place, bois, vitte ou
maison, et les dieux individuels: car ieor: feCeuius et
la Juno ne sont pas du tout des dieux momentanés ils suivent
l'individu toute sa vie, ils sont son double et sou frère diviu.
Ils correspondent au totem individuel, au félicite protecteur
que chaque Xegre se choisit à son initiation. Ceci fait. ou aura
peut-être une classification des divinités du polythéisme.
Mais une iacune existe dans le livre de M. U. Les noms des
dieux ont, M. f. ne l'a pas remarque, une fonction religieuse
qui a dû les allecter. Un nom est, religieusement, une partie
de t'être qui le porte. Le conua!tre et le prononcer, c'est avoir
un pouvoir sur cet être, homme ou dieu. De là, le rôle du
uom dans l'invocation etta prière. D'autre part, prononcer le
nom d'un dieu puissant, dangereux, c'est vouloir sa présence,
ANALYSES. MmUift M

..8.1.1. t. .v .A 1-
et cette-et est redoutable. l<onom est sacré comme le diou;
aussi lie peut-il être dit hors des cérémonies nécessaires, H
(Mutmêmeêtre bien sur de la bienvoiltaneede la divinité pour
oser h) convoquer. Do ta l'interdiction de prononcer}enom du
dieu. L'étude de ta valeur ritueiic du nom eut pu mener M. U.
à des vues importantes sur la relation du rite et de la notion
religieuse. Tant que le rite agit par lui seul, sympathique-
ment, il n'existe pas d'agent diviu distinct des choses elles-
memes ainsi les sauvages qui assurent par des cérémonies
magiques la fertilité de leurs champs n'ont pas ou besoin
d'imaginer et de nommer un esprit qui y présidât. Puis, avec
te progrèssociat, intellectuel et religieux, la liaison du rite et
de l'effetattendu cessa d'être conçue comme immédiate. Le
Heusympathique lut figuré sous les espèces d'un esprit qui
imprimait aux choses la forme que le rite exigeait qu'il leur
donnât; il était la chose même et le rite à la fois, mais divini-
sés. Cetesprit eut donc un nom correspondant exactement au
rite et a son objet. Ainsi les cért'monies, destinées à assurer ta
vie des plantes, s'adressèrent à uueNutrix, àuueK~
C'est quand, par une nouvelle division du travail entre les
notions et les pratiques, le dieu, le rite, la chose se détachè-
rent totalement l'un de l'autre, c'est aiors que ta notion du
dieu devint indépendante de celle du rite et de celle de l'objet.
La divinité porte un nom propre devenue une personne libre,
elle n'agit plus que votontnirement. C'est alors qu'on la
prie et qu'on tache de lui donner tous tesattributs nécessaires
et favorables, et c'est ainsi que le rituel accéléra le syncré-
tisme même des idées.
Je me refuse à voirdans les déductions de M. U. sur le rote
de la lumière autre chose que l'un de ces systèmes de mytho-
logie qu'une philologie sévère, une sociologiescrupuleuse, qui
comprennent et n'interprètent pas, doivent laisser de coté.
XtAXCHt.MAUSS.

Eowts S!M<EY HARTLAXf). The legeud of Perseus.


A Study of Tradition in Story, Custom and Bellef
ft« ~tM~ /'<'M<t'),vot. Ht, Andromeda, Médusa.
D. Xutt, Lond., t896, in-t~, xxxvn.244p.
M. H. termine, avec ce troisième volume, son étude de la
légende do Persée. Un index à tout l'ouvrage, un supplément
bibliographique à la liste des livres contenus dans le premier
248 L'ANSÉBiiOCtOMM.tqUE.«M

volume, ajoutent encore à l'utilité générale du livre. Ici,


fauteur entre sur le terrain plus précis de ta mythologie. Un
enet, la naissance surnaturette du fils de Danaé )~' voL), la
façon miraculeuse dont sou existence était reliée à certains
objets (~' vol.) avaient couduit ~t. S. H. a rechercher !a
théorie générale de ta vie sociale et imtividuette qui est le
principe de toutes ces idées, et de toutes les coutumes qu'elles
synthétisent (1!I.p. 1S~. Les croyancesconcernant le système
de la parenté expliquent la naissance surnaturelle du héros;
celles concernant la magie, les ptuitt'es et la sorcellerie, les
rites du. mariageet les rites funéraires, te lien du sang, expli-
quent comment l'cime est indépendante de certains objets
extérieurs, peut vivre en eux, être aCectee par eux. Et tout
ceta, y compris l'épisode de ta légende où des animaux K'e-
riques et bons viennent aider le héros auquel ils ont <H.ele
plus souvent liés dès la naissance fp. 184, n2, table A), tout
cela a été rattache par l'auteur a cette conception de la nature
et de lit vie, universellement répandue, qui est à ta base du
totémisme, et qui est encore la couette profonde sur laquelle
repose le mythe chrétien p. i88-t9«!. La recherche, jus-
qu'ici, avait donc eu surtout une importance pour t' < his-
toire de ta constitution mentale de l'humanité et celle des
institutions. Avec le troisième volume le problème se cou-
centre. H ne s'agit plus que de mythologie comparée, et, qui
plus est, de mythologie et de folklore classiques. Les deux
épisodes qui restaient a étudier dans ta légende sont ceux
de la délivrance d'Andromède et celui du pouvoir de ta
Méduse.
La Méduse se présente avec trois traits principaux t" sa
tête éfhevdée le pouvoir qu'elle a de pétrifier 3" par un
seul de ses regards. Orle rapprochement des divers contes ou
légendes qui s'occupent un peu partout des sorcières et de
leurs enchantements de toute espèce, permet de rattacher
tous ces caractères a une origine rRtativement commune. Les
cheveux sont, en effet, dans une masse énorme de traditions,
les dépositaires de la puissance du magicien souvent c'est
avec un de ses cheveux, 'mi grossit au point de devenir une
chaîne, que la sorcière s'empare du héros. Rien d'étonnant
donc à ce que la Méduse soit figurée avec uno tête terrible.
En second lieu la pétrincation, la métamorphose d'un héros
en rocher, soit par une incantation, soit par un coup de
bâton magique, est un des thèmes favoris du folklore, et pro-
AHAMSBS. – MYTHES 249

bablement ajouterai-je, un thème général des mythes étiolo-


giques de telle ou telle particularité régionale. Eu troisième
lieu, que le regard ait précisément cette puissance, cela s'ex-
plique naturellement par les superstitions concernant le
mauvais mit (p. !43). La (uscination peut aussi bien pétrifier
que tuer sur-le-champ, ou rendre malade. Remarquons, d'ait-
leurs, que la croyance au mauvais œi) est toujours vivace
daus le bassin de la Méditerranée, où justement la légende
semble avoir le mieux persisté sous sa forme classique. Les
trois éléments du mythe de ta Méduse s'expliquent donc
tacitement, et fout partie d'un système tout ù fait primitif.
L'épisode de ta détivranee d'Andromédeest d'une tout autre
complexité, t'ne particularité le signale. L'aire géographique
où ou lui trouve des thèmes similaires est restreinte t'aneien
monde seul en présente, contes ou sagas, où une jeune fille
ollerte & une bête mythique est sauvée par un héros. Cette
légende existe aux Indes, au Cambodge, dans le Folklore
européen, méditerranéen, asiatique. Elle ne se rencontre donc
que dans les civilisations avancées (le conte iroquois n'est
qu'une importation Que le hures soit un jeune pâtre, ou un
fils de roi déguisé (Contes du berger, p. 9, suiv.), qui délivre
la fille du roi exposée; ou que le sauveur aitte, avec t'aide de
ses animaux bienfaisants, t'arracher aux enfers (Hercute,
Thésée, p. suiv.); qu'il ait ou non a combattre avec un
imposteur qui prétend avoir tué le dragon; ou enfin que la
légende se réduise à ta légende de Saiut'<!eorges, à la Saga
islandaise qui eu dérive, le fond du mythe est te mémo sous
des aspects différents, c'est un héros qui abolit un sacrifice
humain. Certaines pratiques américaines et africaines (p. '?<),
82, 83) nous apprennent en effet qu'on offre, dans les débuts
de l'évolution religieuse, une victime humaine aux animaux-
dieux, souvent une jeune fille de race royale, comme dans la
légende. Ces monstres sont pour la plupart marins ils
représentent l'esprit terrible de la mer, du lac, du fleuve ou
des marais qui répandent l'inondation, la fièvre, la mort. Une
reforme religieuse s'imposa dès le commencement de la civi-
lisation contre une coutume d'une telle barbarie. Le mythe,
le combat fabuleux où ces dieux sont détruits, retrace proba-
blement selon M. S. Il. un (ait historique qui s'est produit
dans différentes nations de l'ancien monde et où disparurent
ces cuites. Puis la légende, par son caractère poétique et
humain, eut tôt fait de se propager. La légende de Persée,
~U L'A~ËSOCtOt.OGtQUï.t'

comme un tout artistique et littérxire où l'épisode d'An'


droméde est capitai, est certainement asiatico-europeenne.
Des signes uou douteux de transmission existent (p. ~79).
Ainsi ta jeune fille éveille le plus souvent le sauveur qui
attend le dragon en laissaut tomber sur lui des larmes
(table 1). Un détail d'une telle constance prouve des emprunts
évidents. Un résufné, trois des éléments de la légende de
Persée appartiennent au fond anthropologique de ta pensée
ttumuine et des institutions sociales. Le quatrième a une
origine et une extension bieu marquées; il est le produit
d'une civilisation immédiatement antérieure aux nôtres, et
la légende entière ne s'est répandue que dans les sociétés
très civilisées du vieux (Monde.
Les trois volumes de M. H. sout d'une telle vaieur d'en-
semble qu'ils deviendrout rapidement indispensables uu
mythologue comme au sociologue. Les vues originales abon-
dent dans le second volume. Xecessairement 'tes erreurs de
détail se {{tissentdans des synthèses aussi vastes. M. Il. parle
fp. 75) du sacrifice humaiu comme prescrit par les lois in-
doues, ce qui est en partie inexact. Ht je crois qu'i! oublie
Pegaso quand il dit que i épisodedes animaux secourables est
absent de la te~eade classique. D'autre part, cette façon de
concentrer l'intérêt, non pas sur la recherche d'ensemble, mais
sur l'explication speciate d'un ordre très restreint de faits,
nuit a ia généralité, à la sûreté de ia méthode. En somme,
AI. H. bâtissant sur une dizaine d'épisodes mythiques, une
encyclopédie des usages et des croyances préhistoriques de
l'humanité, semble considérer les mythes comme des docu-
ments sociologiques et non comme des faits sociaux. it en
étudie le contenu et non la fonction. Or le mythe est une
croyance religieuse, et non pas une tradition historique le
mythe d'Andromède, par exemple, est autre chose qu'un
souvenir de la suppression du sacrifice humain. En tout cas,
l'épisode du meurtre du dragon, de la lutte des bons et des
mauvais esprits, fait partie de toute grande mythologie, cons-
titue par tui-meme un fait religieux. Mais M. Il. pouvait
dinieiiement faire la recherche que nous aurions souhaitée
en prenant la légende de Persée toute formée et déjà très
complète en Grèce. S'il en eut fait l'analyse histonquc, ets'it
l'etlt étudiée comme un tout mythique et non pas littéraire, il
eût pu trouver, croyonsnous, la raison de sa naissance et la
loi de sa fructification. Au lieu de cela M. 11.décrit fort bien
– MVTHM
ANALYSES. 8St
tes thèmes de lu tégeado. en multiplie les exemplaires Hse
soucie médiocrement d'eu déterminer lu place, it nousdonne
unejotie collectiou d'épisodes semblables. Ce qui uous instrui-
rait plus encore, ce sont los différences des épisodes équiva-
lents. C'est déjà quelque chose d'avoir trouvé des similitudes;
seulement on perd de vue la variété des faits et des conditions.
Tout finit en une analyse assex vague et des appréciations
quelquefois subjectives (Ex. p. U4 Je sujet révoltant du
sacrifice humain Mais it ne faut pas trop nuus plaindre
que M. H. ait été poète quelquefois. Le travail d'imagination
qui a abouti a la création do tout ce système sociologique,
greffésur la légende de Persée, a eu dos résultats scientifiques
assez considérables.
M.tHCHt.MAUM et ifKXM ffuBHRT.

ItEV,EuAS 0\EX. Weïah Folklore. A Collection of


the Fotk-ta-ïea and Legende of North Wales, ~96.
Owestry aud Wrexham. ~M'/orf ~<«o)' (Print. a. pubi.
by \oddai) Minshaii et C', in- vi.3~ p.)
La coitectiou de tegendes et contes populaires gallois du
Rev.E. 0. est un simple mémoire; mais le caractère de l'au-
teur, le choix de ses sources d information, le soin avec lequel
il nous renseigne sur lu localité, le moment on ses contes ont
été recueillis, la conscience avec laquelle il recherche les dif-
férentes versions d'une même histoire, doivent inspirer ia
plus haute confiance. Au point do vue documentaire, le livre
de M. 0. est certainement de réelle valeur. Commele folklore
de tous les pays celtiques, celui du Pays de Gallosest infini-
ment riche, inupuisabie presque 'V. Prêt.); la variété des
contes que M. 0. a enregistres sur une aire très petite de
pays, est vraiment étonnante. Un certain nombre se trouvent
déjà dans ie beau livre du prof. Rhys ))ck/t F<!tt'<r«<M.
L'ouvrage de M. 0. a pourtant sa place à côté de ce travail
magistrat, parce qu'il donne la physionomie complète de la
pensée populaire do tout un coin du Pays de Galles.
La série de légendes qui nous présentent des fées est d'un
réel intérêt. Les anecdotes que l'on répète encore sur la façon
dont ettes apparaissent, dont elles s'occupent des anaires des
gens, les noms qu'on teur donne, tout cela, M. 0. l'expose
très simplement et avec beaucoup do sûreté. Dans le pays
de Uaites ou dit que les fées forment un peuple, une tribu
3C3 L'ANNÉE )«9t
SOCMLOCtQUE.

(p. K).Ettesont unpaysoù certains hommes peuventpénétrer;


quelques-uns en reviennent. mais, à teur retour, meurent, des
qu'ils mangent. D'autres ont eu pour femmes des fées, et les
familles de rebouteux doivent, comme on dit, le plus souvent
à pareille origine leurs dons tiéréditaires. Maisces mariages
sout tout il fait instables, une infraction a une règle bizarre
quelconque et la fée disparaît (p. ~C, 29). 11 y a des fées
qui ont été prises d'autres sont des esprits frappeurs dans
la miue et le rocher (p. tt4-t!M;. Httes hantent surtout cer-
taines piaces dans les bois, où elles dansent pendant la nuit,
et elles y attirent des ttommes qui restent ta. enchantes,
sans savoir le temps qui passe. M.0. croit que ce sont d'an-
ciens lieux sacres. Ettes se mêlent d'ailleurs intimement A la
vie humaine, elles fréquentent les maisons propres, tra-
vaittent dans les fermes, font la charité; mais aussi elles
volent les enfants des hommes, les chungent contre les
leurs qui sont méchants, laids, malingres, et qu'it faut jeter
u l'eau ou exposer, à un signe quelconque de précocité
(p. !!4 et suiv.), si t'en veut retrouver le véritable enfant.
Tout ce tableau est fortanimé et fort complet. Et si on ajoute
à cela ce que M. 0. nous dit concernant les animaux fantas-
tiques 'p. t24 et suiv.), dont il faut rapprocher l'ensemble
des croyances sur les animaux et les bêtes, il ne restera rien
à désirer, je pense, pour avoir une idée assez nette du monde
où se meuvent les imaginations des paysans gallois.
Les histoires que t'on racontesur le diable ont moins d'in-
térêt, quelque importance qu'elles aient dans le fo~o;'<{<<-
loi, (p. t44;. Leur caractère local n'est pas prononcé. Les
légendes qui nous décrivent ses transformations, ses formes
habituelles, comment il acquiert les âmes, saisit les pécheurs,
sont trop traditionnelles et ont un caractère trop chrétien,
pour qu'on n'y voie pas un élément récent de la tradition cet-
tique. Peut-être les légendes relatives aux lieux hantés, au
déplacement fantastique des églises sont-elles des restes d'an-
ciens cultes (p. t74;. Des revenants, on ne dit rien de ptusque
dans toute l'Europe celtique; ils apparaissent chargés de
chaînes, ils font découvrir des trésors, on les exorcise, etc.
Les sorciers, d'après M. 0., sont l'objet de nombreuses
pratiques, de superstitions encore vivaces. Que ta sorcellerie
se perpétue dans certaines famittes, que le don de magie soit
souvent acheté par la vente de t'âme au diable (p. SH), que
les sorciers puissent se métamorphoser souvent en animaux
– MYTUHS
ANALYSES. 2<K<
(p. 2~4.S!T! il n'y a là rien que de très ordinaire.Maisla
façondont se jettentles sorts sur le bétail,etc., la façondont
onles conjure,ou dont onles rompt,ou dont on s'en préserve
(p.~48),sont souventcurieuses,quelquefoismêmeventabte-
ment Importantes.Les indications très brèves que M. 0.
fournit sur la notion de l'ttmeet de la métempsycose, et
commenton voiti'ame s'échapperde ia bouchedu mourant,
nousfontdésirer qu'il lesconptète bientôt.
Quantaux explicationshistoriquesque M.0. donne des
faits qu'il rapporte, elles ne nous paraissent pas avoir le
mêmeintérêt, et nous les avonsncgiigees.

XU'DCHS

.t. -– MtTHOt.OutK COMt'.Utt!)!


£

M.txML't.LHtt.– ct't~MM.

S. \()USK(' – ~jaeledyrkelso og Naturdyrkelse. Bidrag til


BeetemmoloDafden mytologisk Metode af. t. Xgvdf)o~ Hddu.
Xupt-uhit~ut;t,fh)omm ''t ng' t89U-

Ouvntftt'')'n )':tm!t cncut'e en HYt'ftisoos,et dont nous nous n'cr-


tuf)s tk' foit'c h' co)uj)tc rendu.

)'K)')').t:S SAt'YAt.KS

W.~M.MATTHHWS. Navaho Legends, oolleoted by. (~Mff/fM


~u)'<.Soc«' «"ton. )8M,iu.8".

d.-HAMtLTOXCL'SH)Xt:. OutUnes ofZuoi oreation myths (TVtc


<3"' .)M«)«f//<<<or< «y<At'BMf(''(t< o/'7:'</««'/w/ J.'W t'uwct), dit..
<89t-S. (Smiths'tniun txstitutc Wash., <896. <:ov.t'tint. utT.. )!<
in4°,)'. 39S-4t7.)
Tn's itttpottuntt' tnuno~t'apht' ).'aut<'u)'j't'st''dt' tt'~ ))i<t)t'ttistoi)'
''( tHt'nx*lit jx'~histoin' de tu jx'uphtdt' d"))t il tmitc. L'tt d<v<)o)))'c-
tnott, n)a))x''n'<'))!)n''nt court tuais tout afait ~'t))!n'')U!thh',sur)'or-
)<!t)tisMtiu)tn)yt)))'sf)eiutoj<i<)Uf'xuf!i, <st-a-di)'<' t~t~miqu< sur
icut a~mitM un fxposo d<tai))~, j'rot):d)I''n)''nt <)'' ~raudc
<:uit<'s
vateu)' ti)))!uisti)jm',des mythes <'t d''scuhcs foom'MS, voità ce que
t'utttieutccttt' )'at'ti<*tle cf bom voiump.

)).-< MM)M'OX. -The myths ofthe New World, A treatise on


thé aymboUsm and mythology of the Rod Race of America.
3'' cd.)890. Phitadcttdna.
~S4 JL'AKXÉESOCtOMOtQUE.f<~

C..M. PLEYTK. – An uapubtiahed Batak création Legead.


(~t«'M<!<o/'Mf.4M/Af./M~.), tttMT.XX\), 2, )'. tU3.tO'

TM. AC))M.tS. Der Gott Tané. Bim Kapitel aue der Polyne-
siMhen Mythologie, t8''7, ix-S

t). H)ti~(:K):X. – Die Sage der Ovambo vom Kaluaga. Bed.


St<;itc)))n)sc)).,)897.

M" t.LU)t PAHKKX. – AuatraMaa Tales ()t)'tudn.-tiu<t pat


)..tt)){;.Luxt)., )8M, Xutt, it)-8".
Uuth.'ctiot)i))t<?t'<ss)ntpd'' cont)' inAtit-

D' H. <t)<AX))S't'):TT):X.–
Malayo-PotyaesischeForsohungeN.
Die Or<tnduajjr von Wadjo. ).U!rt). His<n)ittt;, )8H6.ht-4", )8 ;).
Tr:n)ucticu d'Utt texte a-ssex))tt~n"<stmt.

i)' Heu. f.H~X. – Araukanische Meerohen und EriM9hlumgeN.


mi))<t)x'i)t ''<'))S<undnj!tt':t 'K~b'm), <t''s!))t)t)tt'))uott iit't't-Sf'ti!).
Y.t)))tn-!tiso.t)))pr'nt:tth'iuMh'<')'sit)ud,t;.))e))'ttiimnJ8U'i.in-8")t).
t)';stit"' aux t~udf' d<' tnythuh'i!)*'et futkton' c<jm)Mu's. t )) <;um(
t'~sttîu~ ')<' )a n'ti~i'Ut !U':m'ut' ht's ''as tt'r.s '-mh'ux d'' cu)n))at
ntythiqm' J'un )t''tus:ni'<' un t"-pt'it. t't df )t:t))ti' df ):t fiftttct'-cjt:u
~ot) !tt)XU)(mufL

A. St-:H)K)..– Geschichten und Lieder der Afrikaner, ttofit).


{696, SMtmUuod t.mm), 340 p. i))-'2.
G<j))cctiuut)'<'))spn)t'tf<)'' <tnt!'s )'t d<'<')<itu~t'ntt'ndus )«))' )'i[u-
h'ur, uu t'xtntit-')'< t'ruci)s ft-)'h)s)'A-t'<tt!i. )')t <'<')-(H))t ncmht't'ttt'
<tu))t)'s .ut' i'AMtjm- a)))-tt)!uh)';t't:u''nt itt'dit!i. ).<'
i'<'ns<'it:t)t'tu<'n(!<
aux ))~<'<sit<sd'm«' hutUtc criti'ju'
tm'). tiaus )'t'<'t';ntiu)), )'<~<'))tt

C.-– S)'KY)VA.L':f)H."YTO)!S

LY)')AS<:UfS<:m)AXUt-'t'– Légendes religieuses bulgares, tt;<-


duitt's)):n')'!t)i<,L'-t'ottx,<896.i))-tC,\)))-ÏOU)).
A iit~uttkrtt's contes su)' Cm-i~incou h's mœurs <).'sanimaux, ce)))'
<tfs t)))t!t''s, un cMt:)it) m'mt))'' d<' <utts d~peoda))) pt'ut-t'-tt-);J'iot-
cit'nncs(;ustt)0{!0t)i<i.

V.-A. t !)KCtHA.– Légende Romane. Viate in Treout. Reminis-


cente di. 3''<?d.Mucaf-Mt,Succeci). t89C,iu-)0, SOOp.
ANALYSES. MYTMRS ~SS

/–MYTtt <)).') <.)K!f)'))U)-)t(!Mt;<Tt))THS

H. STt CK):X.– Astraimythen der


Hebraer, Babylomer und
Bgyptor. t Th. Abraham. KeUerionsgeaohiohtUcho Unterau.
changea, t.)' t-:d. t'ft'tn'cr., tSuc.

H'dt'MyU).)~ic![!.tt'')))<'tt)i'(u''<())))))!))'.?<)))..)))(..
d'-st-M))))~).
faits
cht-mL-n).<,(<.sp)us))rt'-cit-ux('tttr<-h-s ))-sp)t)s.t.)i~).~()Ut-)'.tu-
t'-urcotumO )'))it()io)ti'(u<-m<t)t.
Lu th~i< ~u'-t'uh- tin thn' it tooit)-;
'h'v:dcut'()m'it'dt''tait.

):. HUtXEt.. Die Homonymie der Griochischen Gotter naoh


der Lehre antiker Theologen (~ft'«.)~' <'t~' ~tf <<«/ d.
A's'Mc/M. ~M. tt't'.«t.<t7. 7/t' A7f~f. t89' ))t. ).<)'

R(~)('<)'('spnhhnstt-~)t(-t<)))[<?(<')-'?dtf:St-('sj)Ut't)<'s'))'s~uyn)):f's
soit 'te CiL-~t'ot)et .)<'spttHosuph' su~ des (tt-umntait-k'ns.
([ni son)
!.i[)r)~'i''nst"!i)uxn)ytim)«);m"

Il. (!KLXHH.– Zur Armeniechea Goattertehre <'A.).)!. !)t) )49.


L'!)ut<ut'('h<'n'))<')<"itt)fr~)'"))t')'))as)".df- hm~
UM~mmUMn~q~yf~~t~p~
d<'tMt)h- imniL-nm-. syt-it-nm', ~rcctjtK-. t't df)n<)'' ft-
))u<-fut ht
)))ythu)u)!i<'uaUuuu)c.

A. i.EH~)<):. Mars, dieu du printemps, de l'orage et do la


fëeonditô (/<<-<)/Mj!.</('<(-f~<'(('~M//o-f~f,, ~7, j). nn8:i.
Htudc j'u tm'-H«)()iqtt)'([<-fo)k-)u~- et de )h)guisti.;)n-
cutMjon'-t'.
t'. t'E!U))t)Xt-)'. Mon fi). AM~<M <~ M~M~t~M~
/tc/w/w,
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t'oM'wt~ r<i<-
~wAfM'/c.

'rt'adu':tio)td''t<'xt''s)m)))it~)'!u')'MUtt'm't'Urt'si)))crfss!t))ts.

W.\).HSRt'tX;K. –Thé laughaMeStories. «:u<f. .Va<-Rr~f~


~u/«t /~«'/«'tr(t<f. T''xt'- :<y)'i:uj()''ave'' tr:tdu<'ti«)t. ).ut)<).,).u/a'
<8~.in-8".

L.-M.-J. t:AH~HT')'. .Greek folk poésie. ( y'<-a<M/.


)<-<7/<
7:'M~<A</
J.~<M«W-C~fH'<)t.')n<L.Xutt.i8M.

/–)~H~K~K

J. HH~ttAMPAttSOX~ – Thé non ohristian Cross. An Enquiry


into thé origin and history ofthe symbol eventually adopted
asthat ofour religion. )."))')., Sitoj'kttt Miuiihu)),<89)!,394p.
ASAÏ.Y8KS. – OMAStSATtON PU CULTE 367
1_- ni _u. -I!IL, _llu. &h.<i..
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)~<tU'XXH. –Studionzurvergletohemdem ReUgionswiaseNS-


ohaft, ))f. Das Zoiohon des Menohsenohaea und der Doppel-
sinn des Jonazeichens. <.)nss''ttnu') Mak'ri:)th')t xm' EHdNnm),
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tf (.. )))-X):CK);. –AltchristMoheMalerei undAltchristUcho


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Dr 0. ZOCKLER.– Askese und Mœnchtum. ~«vt~ <y«))j


lich Kftt&<w<'f~c/<'«))(/ .<<«/'& .tM~<</ff < Kri-
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tischen Geaohichte der Askese 'Ascetistne et Mona-
chîsme). r' v. Frankf. a. M. Heyder u. Zimmer, 18!)~,in-8".
vut-3Mp.
Le livre de M.Z. s'adresse expressément aux sociologues.
L'auteur espère que son livre excitera quelque bieuvciHaut
intérêt chez les represeutants de la science uujourd'itui par.
ticutierement en vogue, la science sociate Sans aucun
doute, ceux-ci lui doivent dès maintenant plus que de l'in-
K. DrmiMM.– Aonec ««.'iui. tS97. n
2S8 <?
!ANSËË~CtO).OG)0);E.
tA~At t)n)t.tn!f.t).)..n.n~t!
térét. Ils lui doivent t~
la plusvive attention. En premier Heu. la
méthode suivie est la méthodesociologique même. Les institu-
tions sont plus l'objet de la recherche que les individus qui
les ont vécues ou façonnées. Car M. Z. étudie ce que le besoin
ascétique de l'humanité estdevenu dans les différentes condi-
tions sociales, ce à quoi ses(ormes ont correspondu. Ensuite la
méthode est strictement et sûrement comparative. Les mani-
festations ascétiques de lavie religieuse des différents peuples
y sont soigneusement rapprochées, les ressemblances mar'
quées, les dinérences observées. Entin, cette comparaison
s'étend a toute l'humanité. L'étude des sauvages, des religions
du nouveau monde avant la conquête tient une place impor-
tante dans ce livre. Aussi l'auteur peut-il ahontir a un clas-
sement, à une sorte de hiérarchie des types d'ascétisme reli-
gieux réalisés par l'humanité. Tels sont les très grands
mérites de l'ouvrage de M. Z. à notre point de vue. D'un
autre cùté, ce livre sera pour tout le monde la source
d'excellents renseignements bibliographiques, et, dans toute
la seconde partie de ce premier volume, l'ouvrage est fait
d'âpres les textes eux-mêmes,établis et dépouillés avec une
critique judicieuse.
Le premier volume ne met le lecteur en présence que d'une
partie des faits. Tout ce qui concerne l'Europe occidentale et
catholique, d'avant et d'après la réforme, sera l'objet du
second volume. Mais)e premier forme déjà un tout complet,
et décrit l'origine et la naissance du monaehisme.
M. Z. débute, en bonne méthode, par une définition. Certes,
il procède plutôt par une recherche du sens du mot ascétisme
et des dinérentes acceptions qu'il a eues au cours de l'his-
toire il définit étymologiquement l'ascétisme comme étant
l'exercice corporel et spirituel au cours d'une vie religieuse
qu'il s'agit de perfectionner.
Dérivant immédiatement, selon lui, dece besoin d'expiation
et do cette sensation d'imperfection qui est à la base de la
pensée humaine sous toutes ses formes religieuses, l'ascé-
tisme est universel comme la religion elle-méme. Lo pro-
blème de son origine historique ne se pose pas. Dans toute
religion un élément de privation et d'amélioration a existé, tl
n'y a aucune raison de croire à une propagation d'un pareil
besoin (p. i, p. S Cf p. 13,p. 3) Telle est l'extension et telle
est la nature du fait. Les formes s'en peuvent facilement
classer. L'ascétisme est ou individuel ou social. L'ascétisme
ANALYSES.– OKGAtOSATtOft
DU CULTE 8C9

individuel est toujours négatif, il consiste dans des douleurs


que l'individu s'inflige diète, privation de rapports sexuels,
familiaux, recherche de la douleur. L'ascétisme, quand il
est ti la fois individuel et social, est toujours positif et vise
une amélioration à lit fois de !a religion et des individus
augmentation de la vie religieuse, de ta part faite à la prière.
augmentation de la pieté intérieure. Ennn, l'ascétisme soeia)
est positif eu tant qu'il prescrit le travail, la prédication, la
contemplation ou n~ittif en tant qu'il aboutit a