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L’Energie solaire fil conducteur de l’Union

pour la Méditerranée ?

Bernard FONTAINE

Directeur de Recherche Emérite au CNRS

Membre Associé, Association IHEDN Var-Corse (AR20)

bernard.fontaine@lp3.univ-mrs.fr

Mars 2010

Introduction

L’objet de la présente contribution est de montrer, en tant que spécialiste de l’Energie


intéressé par les problèmes de géopolitique, que le développement durable et plus
particulièrement l’énergie solaire pourrait constituer un lien économique, social et
environnemental très solide pour rapprocher les deux rives de la méditerranée sur un thème
« gagnant-gagnant » particulièrement d’actualité.

Le processus de Barcelone, qui rassemble les pays de l’Union Européenne et les pays
riverains de la Méditerranée depuis 1995 (43 Etats Membres) a été relancé en juillet 2008 par
la création de l’Union Pour la Méditerranée (UPM). Si ce partenariat a bien permis de
finaliser des accords d’association avec la plupart des partenaires méditerranéens, il n’est pas
encore parvenu, malgré son ambition politique, à créer un espace de paix et de stabilité sur les
deux rives de la méditerranée. Plusieurs conférences se sont tenues et plusieurs rapports,
articles et ouvrages ont été publiés sur ce thème récemment. On citera, sans être exhaustif :

• La 6ème session internationale « Euro Méditerranée » de l’Institut des Hautes Etudes de


Défense Nationale février 2008 à Paris. Le titre de cette session était en effet « « Les
enjeux de sécurité dans la Méditerranée de demain : une union entre les deux rives ?

• Le Colloque international intitulé « Le développement durable dans l’espace


méditerranéen », organisé par le CERIC, où ont été abordés notamment les problèmes
de l’eau et de l’énergie, s’est tenu en juin 2009 à Aix en Provence (1).

• Un article de Eberhard Rein dans un « Débats Opinions » de la revue de l’Union


IHEDN « Défense » qui a montré l’intérêt d’un partenariat euro-méditerranéen de
l’énergie solaire (2).

• Un ouvrage de Jean Bombin intitulé « L’Arc latin en miroir de l’Union pour la


Méditerranée », qui met, lui, l’accent, sur les processus de coopération entre
collectivités locales et les relations nord-sud engagées au sein de l’Arc latin depuis
2002, date de création de cette structure de concertation. Il montre aussi les liens entre
l’Arc Latin et l’Union pour la Méditerranée et les perspectives offertes (3).
• Enfin un rapport de Michel Vauzelle, Président de la Région Provence-Alpes-Côte
d’Azur et de l’Eurorégion-Alpes-médierranée du 25 janvier 2008 intitulé « l’Espace
Méditerranéen, pour une nouvelle gouvernance » et dont le sous-titre est « Le
partenariat euro-méditerranéen pour la paix, l’emploi et le développement durable ».
Dans ce document sont présentées les propositions des Régions méditerranéennes pour
un nouvel élan du processus de Barcelone (4). Ces propositions étaient une
contribution aux rencontres des chefs d’Etat et de Gouvernement de l’Union Pour la
Méditerranée des 13 et 14 juillet 2008 à Paris.

Après une présentation de la situation actuelle de l’Union de la Méditerranée, une revue des
applications de l’énergie solaire est présentée, puis l’intérêt de l’énergie solaire pour le futur
de l’Union de la Méditerranée est exposé.

Où en est l’Union pour la Méditerranée ?

Le partenariat euro-méditerranéen a substitué aux accords commerciaux bilatéraux existant


auparavant une approche originale, globale et multilatérale, celle des accords d’association
comportant trois volets, calqués sur un système inspiré de la Conférence sur la Sécurité et la
Coopération en Europe (CSCE), crée en 1973, qui avait fait ses preuves (5):

- Le volet politique : Il s’agit d’un renforcement du dialogue politique visant à créer


une zone de paix et de stabilité.

- Le volet économique : Ce processus vise, à travers les accords d’association entre les
partenaires, l’instauration progressive d’une zone de libre échange d’ici 2010.

- Le volet social, culturel et humain : il s’agit de développer les ressources humaines et


de favoriser la compréhension entre les cultures et les échanges entre les sociétés
civiles.

En ce qui concerne les volets économie et social, auquel appartient le développement de


l’utilisation de l’énergie du soleil, six axes ont été retenus :

- la dépollution de la Méditerranée

- Les autoroutes de la mer et les autoroutes terrestres

- La protection Civile

- Un Plan solaire méditerranéen

- L’Enseignement supérieur et la Recherche, et la création d’une Université euro-


méditerranéenne

- L’initiative méditerranéenne de développement des entreprises.

Pourquoi l’énergie solaire ?

Les habitants de la planète Terre sont actuellement confrontés à deux problèmes maintenant
largement reconnus à travers le monde:
• la raréfaction des ressources primaires d’énergie d’origine fossile (pétrole, gaz, uranium),
• le réchauffement de la planète par effet de serre.
La réponse à ces deux problèmes est un véritable défi qui nécessite d’agir en parallèle sur le
développement des sources d’énergie renouvelables : photo-thermique, photovoltaïque,
photo-thermodynamique, éolien, hydraulique, géothermie, biomasse - énergie, etc., sur la
réduction de la production de CO2 et des autres gaz à effet de serre, et, enfin, sur le contrôle
de notre consommation énergétique (économies d’énergie, isolement thermique des
bâtiments,…).
Des efforts très importants sont entrepris dans le monde, principalement aux USA, au Japon,
en Australie, en Chine et en Europe pour relever ce défi (6), (7), (8), (9), En Provence de
nombreux laboratoires sont engagés dans des recherches sur les sources d’énergie
renouvelables et des centrales photovoltaïques commencent a être réalisées (10). Enfin, le
Conseil Régional de la Région Provence – Alpes - Côte d’Azur prépare actuellement un
schéma régional « Climat-Air-Energie » (11)(12),

Le soleil est une source quasiment inépuisable d’énergie qui envoie à la surface de la terre un
rayonnement qui représente chaque année environ 8400 fois la consommation énergétique de
l’humanité. Cela correspond à une puissance instantanée reçue de 1 kilowatt crête par mètre
carré (kWc/m2) répartie sur tout le spectre, de l’ultraviolet à l’infrarouge. Les déserts de notre
planète reçoivent en 6 heures plus d’énergie du soleil que n’en consomme l’humanité en une
année. La puissance moyenne annuelle reçue est de 200 à 300 w/m2 en France. La France
reçoit chaque année du soleil l’équivalent de 200 fois sa consommation annuelle en énergie.
2
La Région Provence-Alpes – Côte d’azur reçoit du soleil une énergie de 1850 kWh/m /année,
2
ce qui est à comparer avec 1100 kWh/m /année pour le nord de la France et avec 2400
kWh/m2/année pour le Sahara.

Le principe du générateur de chaleur photo-thermique consiste dans l’absorption, au


moyen d’un panneau de couleur noire (couleur absorbant le maximum d’énergie solaire), du
rayonnement émis par le soleil (directe et diffusée par les nuages). La chaleur produite va être
transférée à un fluide caloporteur qui, lui-même, va alimenter en chaleur soit un réservoir
d’eau sanitaire, soit le circuit de chauffage d’un bâtiment, soit un système de climatisation soit
les trois. C’est le moyen le plus simple, techniquement d’utilisation de l’énergie du soleil et
les chauffe-eau solaires sont de plus en plus répandus, notamment dans le sud de la France.
Cette application de l’énergie solaire est essentiellement à usage domestique.

Le principe d’une cellule photovoltaïque est de transformer des photons absorbés par un
semi-conducteur en porteurs de charges électriques (électrons et trous). Cette création de
charges va entraîner la création d’une différence de potentiel aux bornes d’électrodes et d’un
courant électrique dans un circuit connecté aux électrodes

Le solaire photovoltaïque (PV) est une source intermittente d’électricité nécessitant un


moyen de stockage ou une liaison avec le réseau électrique. Cette source est limitée
actuellement par son coût (3-4 euros par watt crête (Wc), son relativement faible rendement
(de l’ordre de 15 % en production), la relativement faible puissance électrique fournie (Pc : ~
1,5 MWc par hectare, P moyen : 0,3-0,5 MW par hectare de panneaux solaires), et une énergie
électrique annuelle disponible par unité de surface limitée, dépendant, bien sur, de
l’ensoleillement. Cette dernière limitation entraîne un coût d’exploitation élevé. Il est
actuellement de 0,3 à 0,5 euros/kWh en se basant sur 25 ans de fonctionnement, ce qui est à
comparer au prix de marché de l’énergie qui est de l’ordre de 0,15 euros/kWh. Il faut
remarquer que l’emprise au sol des panneaux PV est, dans le sud est de la France, ou il existe
très peu de terrains disponibles, un vrai problème en ce qui concerne l’implantation de
«grandes » centrale PV.

Réduire les coûts et augmenter les performances, tel est donc le cahier des charges pour
rendre le solaire photovoltaïque compétitif. Des progrès très récents dans la réalisation de
cellules photovoltaïques en couches minces devraient réduire très sensiblement le coûts de
production, tandis que l’avènement de cellules dites de 3eme génération associant 3 semi-
conducteurs de type différent afin de convertir en électricité la plus grande partie du spectre
solaire (cellules tri-jonction et concentration avec système de poursuite pour les miroirs)
permet d’accroitre très fortement le rendement des cellules photovoltaïques. Un rendement en
laboratoire supérieur a 40 % a été atteint en Californie et en Allemagne avec cette technologie
en 2009 mais, contrairement aux cellules planes sans concentration, du type silicium, les
cellules tri-jonction à concentration ne fonctionnement de façon optimale qu’avec un
rayonnement direct important (par opposition au rayonnement diffusé par les nuages). On ne
trouve, bien sur, ces conditions que dans les zones de fort ensoleillement.

Actuellement la filière assure moins de 1% de la production d’électricité mondiale. Cependant


des progrès technologiques récents importants, les effets d’échelle, ainsi que l’augmentation
du coût du pétrole et du gaz rendent de plus en attractive la filière solaire photovoltaïque, avec
l’espoir de disposer, dans les prochaines années, d’une énergie électrique PV à un coût
équivalent à celui du réseau électrique, au moins dans les régions très ensoleillées. Des
centrales photovoltaïques de grande puissance (dizaines de MW) sont actuellement en
fonctionnement ou en construction dans de nombreux pays avec comme leaders la Californie,
l’Allemagne et l’Espagne. En Europe, les plus grandes centrales PV en fonctionnement sont
celles de Brandis en Allemagne (40 MWc), Moura au Portugal (46 MWc) et Olmedila de
Alarçon en Espagne (60 MWc). Des Centrales solaire PV de très grande puissance (100 à
1000 MWc) sont en projet en Californie, en Chine, en France. On peut citer la future centrale
de La Barben dans les Bouches du Rhône (104 MWc), Un total de 1500 MWc en Californie, et
de 3500 MWc en Chine, etc.

Les applications du photovoltaïque, du fait de sa grande souplesse de production vont de la


production locale d’électricité (quelques kilowatts à quelques dizaines de kilowatts) a une
production industrielle au moyen de grandes centrales photovoltaïques de dizaines de
mégawatts et plus.

La production solaire thermodynamique d’électricité consiste dans la concentration du


soleil au moyen de miroirs paraboliques sur un réservoir contenant un liquide (en général du
sel fondu) qui va être porté à haute température (400 degrés) (CSP pour concentrated Solar
Power). Un échangeur permet de générer de la vapeur qui va alimenter un turboalternateur qui
lui même va produire de l’électricité. Cette technologie est relativement simple et bien
maitrisée mais elle nécessite des infrastructures lourdes et, comme le photovoltaïque à tri-
jonction, un rayonnement direct important. Le rendement est de 30-35 % (1er principe-
Carnot). Il est possible de stocker de l’énergie, le réservoir servant de puits thermique la nuit
(6 heurs d’autonomie sans soleil). Cette filière permet de délivrer de très grandes puissance (>
100MW par unité de production). Le coût de production de l’électricité thermodynamique est
compétitif : 0,1 - 0,3 euro/ kWh (un coût de 0,03 - 0, 07 euros/kWh est prévu pour 2020-
2030). La production d’électricité par la filière solaire thermodynamique est en forte
croissance dans le monde. Des centrales photo-thermodynamiques de plusieurs centaines de
mégawatts existent déjà tels un ensemble de centrales totalisant 350 MW en Californie dont
la centrale de 150 MW de Kramer Junction, la centrale de 50 MW Andasol et la plateforme
andalouse Solùcar, qui vise une puissance de 300 MW en 2013, en Espagne, et la centrale
d’Ashlim au sud de Beer-Sheva en Israël d’une puissance de 250 MW (500 MW à terme).
Des centrales solaires thermodynamiques de très grande puissance (centaines à milliers de
mégawatts) sont en projet en Californie, au Nevada, en Inde, en Espagne, etc... . On peut citer,
150 MW en 3 projets en Espagne, un total de 3500 MW en projet en Californie, 600 MW
dans le Nevada, 1 000 MW en Inde, etc…
L’énergie éolienne est indirectement produite par le soleil puisque celui-ci crée le vent par
différence de températures entre 2 zones. La production éolienne d’électricité, qui consiste
dans la transformation de l’énergie cinétique du vent en énergie mécanique puis électrique au
moyen d’un alternateur est une filière mature. La puissance électrique disponible par unité de
production va de quelques kilowatts (usage domestique) à 5 MW (production industrielle
d’électricité). Il existe des éoliennes terrestres, offshore, flottantes, sous-marines, aériennes, à
axe vertical (grande puissance) ou horizontal (faible et moyenne puissance). Cette filière
présente cependant des inconvénients notables : production aléatoire dépendant de l’intensité
du vent donc nécessité d’un stockage de l’électricité, relativement faible rendement réel,
nuisances sonores et visuelles, problème d’acceptabilité par les habitants voisins des
éoliennes.

Un problème important, compte tenu de l’intermittence rayonnement solaire reçu au sol, et de


l’aspect aléatoire de la force du vent est, pour l’éolien et le photovoltaïque, le stockage de
l’électricité. Les progrès des batteries au Lithium –ion et de la gestion de l’électricité au
moyen des réseaux locaux « intelligents » (smart grids) (10) sont encourageants pour
résoudre ce problème.

L’éolien est devenu en 2008 la première filière électrique installée en Europe et aux Etats-
Unis. Les 100 GW installés dans le monde ont été dépassés début 2008. En Europe le
Danemark, l’Allemagne et l’Espagne en sont les leaders, principalement dans l’éolien
offshore pour le Danemark et l’Allemagne. Il existe de grands projets au Danemark: champ de
200 éoliennes offshore de 3 MW soit, en tout, un demi-réacteur nucléaire.

En France, Le Grenelle de l’environnement prévoit qu’un quart de l’objectif de 23% d’énergie


renouvelable en 2020 provienne de la filière éolienne, soit 25 GW dont 6 GW en mer ce qui
nécessitera 6000 éoliennes supplémentaires.

L’énergie solaire et l’Union Pour la Méditerranée

A longue échéance, les sources d’énergie fossiles seront devenues trop précieuses pour être
utilisées pour se déplacer, créer de la chaleur ou de l’électricité ou, même seront en voie
d’épuisement.

L’Europe a une de forte densité de population, un produit intérieur brut (PIB) élevé et une
grande maitrise des domaines technologiques liés à l’énergie, mais peu de ressources
énergétiques hormis l’énergie nucléaire qui pose de nombreux problèmes, un relativement
faible ensoleillement et peu de surfaces disponibles. La conséquence en est que l’Europe, qui
dépendra très probablement à l’avenir principalement d’un mix d’énergie nucléaire, d’énergie
solaire – et d’énergie éolienne onshore et surtout offshore, ne pourra très probablement pas
assurer son autosuffisance en matière d’énergie.

De leur coté les pays du sud de la méditerranée, qui ont généralement un faible PIB, sont
favorisées par leur ensoleillement élevé, leurs vastes étendues ventées et leurs grands espaces
peu peuplés. Pour certains d’entre eux –essentiellement le Maghreb et la Libye – ils sont,
actuellement, favorisés par leurs ressources en énergies fossiles. Ces pays de l’Union pour la
Méditerranée vont voir dans les décennies à venir ces ressources – gaz et pétrole - se réduire
et leurs problèmes d’accroissement de population et de manque d’eau devenir cruciaux.
Heureusement, le Sahara est une des régions du monde les plus appropriées pour la
production d’électricité à partir du soleil avec 0,3% de la surface saharienne suffisant à
alimenter en électricité l’Union européenne, l’Afrique du Nord et le Moyen Orient. De plus
les vents réguliers qui soufflent sur la côte atlantique du Maroc favorisent fortement la
production éolienne d’électricité.
Il est a noter qu’Israël, mettant à profit son ensoleillement, a développé plusieurs applications
en matière d’énergie solaire, a acquit un grand savoir faire dans ce domaine et que deux
centrales solaires thermodynamiques de 500 MW, du même type que celle d’Ashlim, sont en
projet dans le désert de Néguev.

La fig. 1 représente l’ensoleillement annuel moyen en Afrique. La fig. 2 montre les zones les
plus favorables dans le Monde pour l’utilisation du solaire thermodynamique et du solaire
photovoltaïque utilisant des cellules tri-jonction à concentration. La fig. 3 représente une
cartographie des vitesses des vents en Afrique tandis que la fig. 4 indique la circulation des
Alizés sur les côtes du Maroc.

Fig. 1 Ensoleillement en Afrique. Source : Marethix

Fig. 2 Zones les plus favorables dans le Monde pour l’utilisation


du solaire thermodynamique et du solaire photovoltaïque à
Cellules tri-jonction et concentration
Fig. 3 Cartographie des vitesses des vents en Afrique. Source : HELIMAX

Fig. 4 Circulation des vents en Afrique du Nord. Source : Saharawind


Le nord et le sud de la méditerranée sont donc très complémentaires en matière d’énergies du
futur – solaire et éolien : technologie et moyens financiers au nord et soleil, vent et espace au
sud. Il faut noter, pour le sud, que la mise à profit de l’énergie solaire permettrait, en plus de
l’alimentation en électricité de grandes cités, l’alimentation localisée, au moyen de petites
centrales photovoltaïques de zones non reliées au réseau ; cela permettrait ainsi le
dessalement de l’eau de mer et le pompage de l’eau des puits dans ces zones. Une coopération
très forte sur le thème de l’énergie provenant du soleil dans l’union de la Méditerranée serait
donc un grand projet « gagnant-gagnant ». C’est dans cette optique que l’UE et ses partenaires
méditerranéens doivent définir une stratégie commune permettant d’exploiter l’énergie solaire
au Sahara et les capacités éoliennes de l’Afrique du Nord pour alimenter en électricité tous les
partenaires de l’UPM dans les décennies à venir. Il faudra cependant, pour que ce système
fonctionne, que l’Europe et ses voisins méridionaux aménagent un vaste réseau intégré reliant
régions productrices et centres de consommation et que soient développées des grandes
capacités de stockage de l’électricité.

Les responsables de l’Union pour la Méditerranée conscients de cette situation, souhaitent


investir dans le développement durable. Ils ont décidé le 25 juin 2009 de lancer pour un
montant d’un milliard d’euros de programmes sur ce thème, incluant solaire
thermodynamique, solaire photovoltaïque et éolien, dont la construction d’une centrale
photovoltaïque au Maroc (13), avec pour objectif une puissance installée électrique installée
issue des énergies renouvelables de 10 GW en 2010 et de 20 GW (dont 5 GW exportés vers
l’Europe) en 2020. L’objectif pour 2050 est de fournir 15 % de l’énergie consommée par les
européens. Un réseau de transport d’électricité à haute tension continue transméditerranéen
appelé Transgreen est également en cours d’étude, avec toutes les difficultés techniques et
environnementales inhérentes à un tel projet. Il est a noter qu’actuellement seule une double
ligne en courant alternatif d’une capacité de 1400 MW traverse la Méditerranée, sous le
détroit de Gibraltar. La fig. 5 montre la carte des projets de production d’énergie renouvelable
prévus pour 2010 dans le cadre de l’union pour la Méditerranée. Les pays producteurs seront
essentiellement le Maroc, de l’Algérie, la Tunisie, l’Egypte, Israël, la Syrie et la Turquie.

Fig. 5 Projets de production d’énergie renouvelable prévus pour 2010 dans le cadre de
l’union pour la Méditerranée (10 GW)(source: heloim)

De son coté, l’Allemagne envisage la construction de 20 centrales solaires thermodynamiques


de 5 GW chacune (centrales à tour et concentration) et aussi de centrales photovoltaïques dans
les déserts du Sahara qui, reliées en réseau, au moyen de câbles à haute tension continue,
alimenteraient l’Europe en électricité, grâce à 3000 km de lignes électriques
transméditerranéennes. Une production totale d’énergie solaire saharienne de 100 GW est
prévue à l’horizon 2050. Il s’agit du projet DESERTEC de 400 milliards d’euros qui relève du
paquet Climat-Energie de la Communauté Européenne et qui a reçu le soutien de l’Union
pour la Méditerranée (UPM) (14), (15). La fig. 6 montre un schéma du réseau envisagé pour
DESERTEC associant différentes sources d’énergie renouvelable.

Fig. 6 Projet « DESERTEC » de réseau d’alimentation électrique de l’Europe du nord par des
sources d’énergies renouvelables localisées principalement en Afrique du nord.
Source: Desertec

Il est à noter que, le 2 novembre 2009, les autorités marocaines ont annoncé le lancement, en
association avec les USA, d’un projet de construction de centrales solaires
thermodynamiques d’une puissance totale de 2 GW mobilisant 10 000 hectares répartis sur 5
sites dans le sud et le nord-est du Maroc. Enfin, le projet Saharawind d’une société de
développement éolien consiste à exploiter les potentialités éoliennes des 2000 km de côtes
africaines bordées par l’atlantique depuis le Maroc jusqu’au Sénégal. Une production annuelle
dépassant les 4500 heures pourrait être obtenue, ce qui représente un record en matière de
productivité éolienne.

Que peut faire l’Arc Latin ?

L’espace européen est le niveau pertinent pour de grandes opérations structurantes nécessitant
des financements très importants (dizaines à centaines de milliards d’euros). Cependant, le
niveau régional (politique de proximité) que constitue l’Arc Latin est le périmètre pertinent
d’intervention pour accroitre la coopération euro-méditerranéenne sur différents thèmes de
moins grande incidence financière. Cela est vrai dans des domaines aussi différents que
l’économie, le social, l’énergie et l’éducation. En ce qui concerne l’énergie solaire, le
développement de petites installations photovoltaïques et leur couplage avec les besoins
d’habitats isolés ou la gestion de l’eau sont typiques d’un développement régional de
l’énergie. On peut citer, comme exemple de l’intérêt de l’Arc latin, trois projets en cours ou
achevés sous l’égide du programme MEDA (16), instrument financier de l’UE assurant la
mise en œuvre du partenariat euro-méditerranéen (PEM) :
• Le projet d’Intégration du Marché de l’Energie euro-méditerranéenne (MED-
EMIP) : coopération dans le domaine de l’énergie (Observatoire méditerranéen de
l’énergie)
• Le projet de régulateurs méditerranéens pour l’électricité et le gaz (MEDREG) :
développement d’un réseau de l’énergie stabilisé, harmonisé et régulé dans marché
euro- méditerranéen de l’énergie. MEDREG met a profit la plateforme euro-
méditerranéenne de l’énergie de Rome (REMEP)
• Le projet de développement d’un marché intégré de l’énergie : harmonisation du
cadre juridique et réglementaire de trois pays du Maghreb (Algérie, Maroc et
Tunisie) en lien avec les normes européennes.

Les pays concernés du sud de la méditerranée sont : Algérie, Chypre, Égypte, Israël,
Jordanie, Liban, Malte, Maroc, Syrie, Territoires palestiniens, Tunisie et Turquie.

Le programme MEDA a permis des progrès significatifs dans les relations techniques et
économiques entre les pays du nord et du sud de la méditerranée. Il est très souhaitable que
les relations euro-méditerranéennes encouragées par ces projets soient renforcées dans le
futur.

Conclusion

Le développement d’un système fonctionnel de fourniture d’énergie solaire et éolienne au


bénéfice des 43 pays membres de l’UPM constitue un immense défi pour les décennies à
venir. Il s’agit d’un défi technologique, économique, environnemental, financier et surtout
politique d’une dimension sans précédent. Le succès à long terme de l’UPM dépendra
largement de la façon dont les partenaires feront de l’énergie solaire un élément vital les
unissant. Mais il existe de très grands obstacles sur le chemin. L’obstacle technologique sera
certainement surmonté, l’énergie solaire étant maintenant, après de 40 ans de recherches, une
technologie reconnue. Les problèmes financiers et économiques seront résolus si la sécurité
des investissements est assurée. Résoudre le problème environnemental – réduire les
pollutions diverses - est une nécessité absolue qui passe par une évolution très forte des
mentalités. On y arrivera à terme. Reste l’obstacle politique qui n’est pas le plus petit. En effet
les européens pourraient s’inquiéter de lier leurs approvisionnements énergétiques à venir à
des pays dont le système politique est différent. Plusieurs pays de la rive sud de la
Méditerranée pourraient en revanche répugner à abandonner des pans de leur souveraineté
au profit de structures supranationales. Les membres de l’UPM devront surmonter ces
difficultés.

Afin de réaliser ses objectifs, le plan solaire méditerranéen doit être accompagné de certaines
mesures. Il s’agit, d’abord, de la mise en place de cadres législatifs, réglementaires et
institutionnels adaptés au développement de projets durables, en suite, de la promotion de la
coopération technologique, y compris par la création de pôles et de réseaux de compétitivité
régionaux alliant acteurs industriels et institutions de recherche et de développement , enfin,
de nouvelles dispositions permettant la mobilisation de contributions suffisantes des
partenaires pour le financement de ses projets (Le financement nécessaire est estimé à 200
milliards d’euros pour les 5 ans a venir).

Du 11 au 12 mai 2010 la ville de Valence, en Espagne, accueillera, dans le cadre de la


présidence tournante espagnole de l’Union européenne la Conférence de haut niveau sur le
Plan Solaire pour la Méditerranée (PSM) qui rassemblera les Ministres et les Représentants
des 43 pays de l’UPM afin de débattre de questions clef : accroitre la production, le transport
et l’utilisation des énergies renouvelables et renforcer l’efficacité énergétique dans les pays de
l’UPM. Le 25 mai 2010, lors de la prochaine réunion au Caire des Ministres de l’Energie des
43 pays adhérents à l’UPM, le projet Transgreen de futur acheminement vers l’Europe de
l’énergie solaire produite au sud devrait être lancé. Le volet PSM de l’UPM avance donc bien.
Il faut espérer que le fait de lier l’approvisionnement d’énergie à des sources et des réseaux
communs tissera entre les pays de l’UPM des relations plus fortes politiquement,
économiquement et culturellement qu’actuellement. Il faut, enfin, croire que le
développement commun de l’énergie solaire, l’un des vecteurs principaux d’association du
Nord et du Sud de la Méditerranée pousse les pays riverains en direction d’une union
beaucoup plus étroite.

Références

(1) Le développement durable en Méditerranée, enjeux et défis, Colloque international, 11


et12 juin 2009, Aix en Provence : http://www.ceric-aix.fr

(2) Eberhard Rhein, Vers un partenariat euro méditerranéen de l’énergie solaire, pp 48-
50, Revue Défense, N° 142, novembre-décembre 2009

(3) Jean Bombin, L’Arc latin en miroir de l’Union pour la Méditerranée, Les Presses du
Midi Ed., septembre 2008,

(4) Michel Vauzelle, L’Espace Méditerranéen pour une nouvelle gouvernance,


CRPM/CPMR et ARF, 25 janvier 2008, http://www.michel-
vauzelle.fr/IMG/pdf/Rapport-Vauzelle-version-web.pdf

(5) Union européenne et Méditerranée, La Documentation Française, novembre 2008,


http://ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/europe-méditerranée/index.shtml

(6) Alexandre Y. Fong, Solar Energy : A Global Perspective, Opics & Photonics News,
juin 2009, http://www.osa-opn.org

(7) La Consommation d’énergie dans le Monde, Planète Energie, 2009, http://planete-


energies.com/contenu/energie/consommation.html

(8) La production d'électricité renouvelable dans le monde, Energies renouvelables, 2008,


http://energies-renouvelables.org/observ-er/html/inventaire/pdf/Chapitre01FR.pdf

(9) Observatoire de l’énergie, Ministère MEEDDAT, 2008,


http://www.developpement–durable.gouv/energie/statisti/se_stats.htm

(10 Bernard Fontaine, La production photovoltaïque d’électricité : quelles perspectives


pour le pays Provence Verte, 38 page, Conseil de Développement du Pays Provence
Verte, juin 2009,
http://www.photovoltaique.info/IMG/pdf/Production_Photoviltaique_BF.pdf

(11) Agence de l’Environnement et de la Maitrise de l’Energie,


http://www.ademe.fr

(12) L’Echo du Solaire, http://lechodusolaire.fr

(13) Gaële Dupont, L’Union pour la Méditerranée tente de se relancer grâce au


développement durable, Le Monde, 27 juin 2009
(14) Gerhard Knies, la plus grande source d’énergie techniquement accessible sur la
planète est disponible dans les régions désertiques autour de l’équateur…, Desertec, 5
août 2008, http://www.desertec.org/downloads/summary_fr.pdf

(15) Le paquet « Energie-Climat », Euractiv.fr, 23 mars 2009, http://www.


euractiv.fr/energiedossier/paquet-energie-climat-00050

(16) Programme MEDA, Europa, Synthèse de la législation de l’UE, 12/04/2007,


http://europa.eu/legislation_summaries/external_relations/relations
_with_third_countries/mediterranean_partner_countries/r15006_fr.htm