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L’émigration clandestine  : Quelles politiques  ? Quel droit  ?

(Le cas du Maroc)

« Ou bien les richesses iront là où sont les hommes ou bien ce seront
les hommes qui iront là où sont les richesses ».

Alfred Sauvy

Préparée par  : Bouchra Jdaini

Professeur de droit privé à la


Faculté des Sciences
Juridiques, Economiques et
Sociales, Ibn Zohr à Agadir

1
« Rien peut-être ne rend plus sensible le formidable recul qu’a subi le
monde depuis la première guerre mondiale que les restrictions apportées à la
liberté de mouvement des hommes et, de façon générale à leur droits(…) Il n’y
avait pas de permis, pas de visas, pas de mesures tracassières ; ces mêmes
frontières, qui, avec leurs douaniers, leur police, leurs postes de gendarmerie,
sont transformées en un système d’obstacles, ne représentaient rien que des
lignes symboliques qu’on traversait avec autant d’insouciance que le méridien
de Greenwich ».
1

I/ Renforcement des mesures sécuritaires :

Cette vision d’un « âge d’or » où chacun circulait librement, décrit par
Stefan Zweig dans ces souvenirs, ne doit pas être idéalisée : les conditions
d’existence des immigrés étaient en effet marquées par une grande précarité,
du fait de l’absence de protection dans les rapports avec les employeurs, de
xénophobie et de discriminations de toutes sortes.

Reste que, au tournant du XXème siècle, les contrôles migratoires ne pesaient


pas comme aujourd’hui sur ceux qui cherchaient à fuir leur pays. Le « système
d’obstacles » qui, au cours des années 1930, piégea de nombreux exilés, a
aujourd’hui atteint un haut degré de raffinement technologique et de cruauté.
Les guérites, les hommes en armes, les barbelés, les visas et autres papiers
d’identités n’ont pas disparu et sont maintenant doublés de dispositifs
électroniques, de données biométriques, de techniques de fichage et de
contrôle à distance. Ces funestes évolutions ne font que le « droit de quitter
son propre pays » reconnu par la Déclaration Universelle des Droits de
L’homme de 1948 comme une leçon à tirer de l’ère des catastrophes » est
remis en cause sous la pression des pays du Nord. Les exilés sont refoulés,
certains sont internés dans des camps, d’autres disparaissent avant même
d’avoir pu atteindre les rivages des pays qui les rejettent entant
qu’ « indésirables ».2

1
Stefan Zweig, le monde d’hier. Souvenirs d’un européen, Belfond 1993 et publié pour la première fois, à titre
posthume, 1948.
2
Penser l’immigration autrement, GISTI 2009, p : 5. Liberté de circulation, un droit, quelles politiques ? En
collaboration avec Mélodie Beaujeu, Emmanuel Blanchard….

2
II/ Quels dispositifs pris par le Maroc en matières de l’émigration clandestine  ?

1/Constats et réalités

En raison de sa proximité géographique -14 kilomètres qui séparent les


deux rives du détroit de Gibraltar-, le Maroc est le point de départ de la plupart
des tentatives d’entrée clandestine en Espagne par le sud et sert de base
opérationnelle aux réseaux qui contrôlent le trafic de l’immigration clandestine.
A la proximité géographique se greffe un écart économique profond entre
l’Europe et l’Afrique, écart qui a transformé le Maroc en un pays de transit des
migrations subsahariennes vers l’Europe.3

Face à un constat certes, accablant et sous la pression de l’Union Européenne, -


relations économiques obligent- le Maroc s’est vu engagé dans une nouvelle
politique de lutte contre l’immigration clandestine.

2/ Politique menée par le Maroc en matière d’immigration clandestine  


Une stratégie multidimensionnelle :

Il est certain que le flux des clandestins étrangers constitue un problème


épineux et aux démentions multiples, le Maroc n’étant plus seulement une
plateforme de transit, mais aussi parfois un pays de destination.

L’analyse circonstanciée de ce phénomène couplé à un long travail


d’intervention et d’investigation sur le terrain a permis aux autorités
marocaines de mettre en place une stratégie de lutte globale et intégrée.

La stratégie menée par les pouvoirs publics marocains dans le domaine


de la lutte contre la migration clandestine s’inscrit dans une logique globale qui
concilie les aspects juridiques, institutionnels, sécuritaires, socioéconomiques
et de communication.4

Sur le plan législatif :

3
Miguel Hernando de Larramendi et Fernando Bravo, « La frontière Espano-marocaine à l’épreuve de
l’immigration subsaharienne, CNRS, édition 2004, p : 153-171
4
Le séminaire Méditerranéen de l’OSCE, Rabat le 08 et 09 Septembre 2005, « Le rôle de l’OSCE et des
partenaires méditerranéens dans les politiques d’intégration et d’immigration »

3
La loi 02 - 03 sur l'entrée et le séjour des étrangers au Maroc,
l'émigration et l'immigration irrégulière est entrée en vigueur en novembre
2003. L'objectif consistait à unifier les textes antérieurs, à harmoniser les
nouvelles dispositions avec le code pénal, à rationaliser les critères de séjour
des étrangers au Maroc et surtout à codifier les infractions liées à l'émigration
clandestine. Le trafic des migrants a été criminalisé et ses commanditaires sont
désormais passibles de peines de prison allant de 10 ans à la perpétuité. Cette
loi sauvegarde également les droits des étrangers, puisque les voies de recours
sont explicitement reconnues.

Concernant le droit d’asile, et après des négociations qui s’avéraient


difficiles, le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR) a
signé en juillet 2007 un accord de siège avec les autorités marocaines. Cette
reconnaissance devrait s’accompagner d’une réforme législative visant à terme
le transfert des compétences relatives à la détermination et à la protection des
réfugiés aux autorités nationales. L’activité du HCR, présent au Maroc depuis
plus de 30 ans à travers une simple représentation, a réellement démarré
début 2005, soulevant des interrogations quant aux objectifs de ce regain
d’activité surgissant en pleine négociation UE-Maroc sur la gestion des flux
migratoires.
Aujourd’hui, les réfugiés ne bénéficient toujours pas d’une protection contre le
refoulement et sont dans l’impossibilité de faire valoir leur droit au séjour,
constat qui suscite encore des interrogations quant aux objectifs et à l’aspect
prématuré des négociations sur un transfert des compétences relatives à l’asile
aux autorités nationales.5
Enfin, L’UE cherche depuis 2000 à convaincre le Maroc de signer un
accord de réadmission prévoyant, outre le renvoi des Marocains, celui de tout
migrant «irrégulier » sur le territoire européen ayant transité par le Maroc. Cet
accord, qui n’est toujours pas signé et remis régulièrement sur la table des
négociations.
Sur le plan institutionnel :

Deux mesures fortes viennent renforcer l’arsenal de lois de lutte contre


l’immigration clandestine. Il s’agit en premier lieu de la création au Ministère
de l’intérieur, de la Direction de la Migration et de la Surveillance des frontières
et de l’Observatoire de la Migration.

5
La CIMADE, Maroc, Algérie, Mali, Sénégal, Mauritanie- situation des migrants 2008/ Document d’analyse/
Novembre 2008.

4
La mise en place de cette Direction, structure spécialement dédiée à cette
mission, avec des prérogatives et un champ d’action clairement définis,
permettra de rationaliser les méthodes de travail, d’affiner les outils d’analyse
et d’optimiser le déploiement des unités opérationnelles de surveillance. Elle
permettra également de contrôler les points d’infiltration empruntés par les
clandestins migrants le long des frontières.

Les missions dévolues à cette Direction se déclinent à deux niveaux : l’analyse


des réseaux de trafic des migrants aux échelons national et international et
l’appui opérationnel pour la surveillance des frontières.

La deuxième mesure salutaire à ce niveau a été la création de


l’Observatoire des migrations. Le rôle de cet Observatoire consiste à fédérer
toutes les parties concernées dans la réflexion multidisciplinaire sur la question
migratoire et notamment la société civile et les chercheurs. Il fait également
office de banque de données statistiques à l'échelon national.

La dimension sécuritaire :

Une vigilance particulière caractérise l’action constante des autorités


locales et des services de sécurité ainsi que des Forces Armées Royales. A ce
titre, les patrouilles aériennes, les opérations de ratissage terrestres ainsi que
les actions de renseignement permettent d’avorter en amont les tentatives des
départs clandestins.6

En 2007, les autorités marocaines ont fait avorter environ 10.200 tentatives de
migration clandestine vers les côtes espagnoles. Ces opérations ont conduit au
démantèlement de quelque 260 réseaux de trafic des migrants.

Plus de 8.383 clandestins subsahariens ont été rapatriés entre 2004 et 2007,
selon des sources officielles.7

La coopération internationale :

La coopération internationale est, bien sûr, l’un des piliers de cette lutte
contre l’immigration clandestine. Le Maroc base sa démarche sur le principe de
la responsabilité partagée avec ses partenaires.

6
http://www.bladi.net/clandestins-subsahariens-nador.html
7
http://www.casafree.com/modules/news/article.php?storyid=12286

5
Pour l’Union Européenne, c’est le programme de La Haye 8 qui définit les
actions à entreprendre dans plusieurs domaines stratégiques : la sécurité des
frontières l'emploi illégal, les retours et la coopération avec les pays d'origine et
de transit.
Face à la complexité du problème, l'Union a posé les bases d'une politique
commune en matière de lutte contre 'immigration clandestine et ce, en
prenant en compte, notamment, la traite et le trafic des êtres humains,
l'exploitation économique des migrants et les activités criminelles liées à
l'immigration illégale. Elle vise à concilier le besoin de solidarité entre les États
au sein de l'Union, les droits fondamentaux de la personne, les attentes des
pays tiers et l'opinion publique dans les États membres.
En 2005, l'approche globale de l'Union sur la question des migrations, relative
aux priorités d'action centrées sur l'Afrique et la Méditerranée, a été définie et
couvre plusieurs domaines d'action : les relations extérieures, le
développement, l'emploi, mais aussi celui de " la justice, la liberté et la
sécurité".
Pour mettre en œuvre la politique globale européenne en matière de
migrations, d'importantes ressources ont été apportées, en plus de
l'instrument européen de voisinage et de partenariat et de l'instrument de
financement de la coopération au développement.
Succédant à ARGO (programme européen de coopération administrative entre
les États membres dans le domaine des politiques d'asile, de l'immigration et
du franchissement des frontières extérieures, 20,75 M€, pour 2002-2006. Il est
relayé en 2007 par le programme-cadre Solidarité et Gestion des flux
migratoires pour la période 2007-2013.), le nouveau programme-cadre
européen de solidarité et de gestion des flux migratoires pour la période 2007-
2013 (doté de 5 866 M€) comporte quatre dimensions, chacune disposant d'un
fonds spécial : la gestion intégrée des frontières extérieures, la politique d'asile,
l'intégration sociale, civique et culturelle des ressortissants de pays tiers, la
lutte contre l'immigration illégale et le retour de ressortissants de pays tiers
résidants illégalement sur le territoire de l'Union. La plupart des crédits sont
accordés aux États membres en fonction de leur part de responsabilités et de
leur contribution à l'effort communautaire dans le domaine des migrations. Il
est aussi prévu d’adopter un règlement instituant un mécanisme de création
d'équipes d'intervention rapide aux frontières (RABIT) qui vise à renforcer la
solidarité entre les États membres pour assister les corps nationaux de gardes-
frontières.9
8
Le programme de La Haye, plan d’action en matière de Justice et Affaires intérieures pour les prochaines
années entré en vigueur en mars 2005.
9
HICHAM DRIOUACH, «La question de la migration clandestine en Méditerranée : Le cas du Maroc »
Université de Salé, 2004

6
Enfin, Avec l’Union Européenne, le Maroc a négocié un accord de
réadmission et les deux parties ont signées une convention de financement
d’un programme de gestion des contrôles frontaliers, inscrit dans le cadre
MEDA et doté d’un budget de 40 millions d’Euros. 10

La dimension socioéconomique :

La dimension socio-économique n’est pas négligée et le Maroc appelle


ses partenaires à ne pas se focaliser sur l'aspect sécuritaire et à privilégier le
traitement économique de la problématique migratoire à travers le Co-
développement, générateur de croissance et d'emplois pour fixer les candidats
potentiels.

L'Accord d'association Maroco-européen a mis en place un Groupe de Travail


sur les Affaires Sociales et la Migration, dont l'un des objectifs est de
concrétiser la mise en place de microprojets dans les zones à fort potentiel
migratoire.

Sensibilisation et dimension médiatique sont également prises en compte et la


stratégie initiée a pour objectif de sensibiliser les candidats potentiels, à travers
les supports médiatiques divers (reportages, spots télévisés, journaux, tables
rondes, films, documentaires, etc.), sur les dangers de la migration clandestine
et les risques inhérents à leur exploitation par les réseaux de trafic et les
informer sur les opportunités d'émigration légale comme alternative.11

10
Le programme MEDA vise à mettre en œuvre les mesures de coopération destinées à aider les pays tiers
méditerranéens à procéder à des réformes de leurs structures économiques et sociales et à atténuer les effets
du développement économique sur le plan social et environnemental.

11
Cf, Le séminaire Méditerranéen de l’OSCE, Rabat le 08 et 09 Septembre 2005, « Le rôle de l’OSCE et des
partenaires méditerranéens dans les politiques d’intégration et d’immigration »

7
Sources bibliographiques :

 Liberté de circulation : un droit, quelles politiques ? Gisti, 2009, journée


d’étude organisée en novembre 2009, avec la contribution des
universitaires, experts et militants.

 Droit des étrangers, Vincent Tchen, éditions : Ellipes, Paris, 2006


 L’impact du partenariat Euro-Marocain sur le processus de réformes au
Maroc. Sidi Mohamed RIGAR, Professeur à la Faculté des Sciences
Juridiques, Economiques et Sociales, Université Cadi Ayyad Marrakech,
Maroc, Communication au Colloque EMMA, Avril, 2004.
 La question de la migration clandestine en Méditerranée : le cas du
Maroc. Hicham DRIOUCH, Univérsité de Salé, 2004.
 Le partenariat Euro-méditerranéen à l’heure de l’élargissement.
Perception du Sud. «Fouad M. AMMOR » Publication :
GERM/2004/0763.RABAT.
 González Pérez, Vicente : « L’immigration irrégulière des Africains en
Espagne : Bilans et perspectives ». Colloque organisé par l’AMERM :
Migration clandestine : enjeux et perspectives. Al Karama. Rabat. 2000.
 Dahir du 12 août 1913 relatif à la condition civile des étrangers au Maroc.

Webiographie :

http://www.bladi.net/clandestins-subsahariens-nador.html

http://www.casafree.com/modules/news/article.php?storyid=12286

http://anneemaghreb.revues.org/291

http://www.marocainsdumonde.gov.ma Ministère des Marocains résidents à


L’Etranger (Maroc).