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Bulletin de la Société Botanique de France

ISSN: 0037-8941 (Print) (Online) Journal homepage: http://www.tandfonline.com/loi/tabg17

L'œuvre botanique et culturale de la Mission de


Kisantu (Congo belge)

M. Émile Perrot

To cite this article: M. Émile Perrot (1915) L'œuvre botanique et culturale de la Mission
de Kisantu (Congo belge), Bulletin de la Société Botanique de France, 62:2, 163-175, DOI:
10.1080/00378941.1915.10832641

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Published online: 08 Jul 2014.

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J(~IILE PEII.IIOt. - LA li !~SION DE KlSANTO. i63
~- lt: Secn'lai1·e général met h la disposition de la Société
des exPmplai1·es d'une circnlaii·e {~manant du bureau du
Cornil.() des Travaux historiques et scientifiques du Ministère
dP l'lnsl.rnelion publique, 1·elative il une enqullte sur les
événements eon•:emant la guerre dans les ditl"érentes régions
ch~ la Fr·anee.

YI. grnile Perrot prond la parole pour un compte rendu


de sa .Mission en Af1·ique.

L'œuvre botanique et culturale


de la Mission de Kisantu (Congo belge)j
l'AH M. ÉMILE PERHOT.

L~; JARDIN v'L'ITlWDL"CTIO:S DI<;s PLANTES UTILE8


~;T LE8 ÉTUl>E8 BllTA:\IQVI·;~ DE J,;\ MISSION DE KISANTU.

()uelques privilégiés seulement, ont pu jusqu'ici visiter le


magnifique Jardin d'inti'Oduetion que les Pères Jésuites de la
Mission du Kwango ont installé à Kisanlu, à peu de distance
de La voie ferrée qui relie le bassin inférieur du fleuve Congo
au Stanley-Pool, près de la station ù'Inkissi.
Le signataire de ces lignes ayant fait un séjour de près de
deux semaines à Kisautu, en août dernier, c'est un devoir
agréable pour lui d'aide1· à lllieux faire connaître aux bota-
nistes les I'Ïchesses végélales l'éuuies patiemment dans le vallon
judicieusement choisi, où il a passé utilement et agréablement
de si belles journées.
Le Jardin d'essai est en effet installé dans une dépression
fraiche parcoul'Ue par un ruisseau, affluent de l'Inkissi, alimenté
par des sources voisines et par les eaux captées pour les services
de la .Mission. Ces eaux serpentent dans des canaux dont les
méandres ont été savamment calculés pour irriguer les diverses
parties du jardin ou, tout au moins, pour mettre à portée de la
main l'eau inùistJcusaLle aux Ul'l'Osages.
'
i6~ SÉANCE DU 2~) JUI:"' i9it..

Ces conditions de réussite sont absolues Jans un pays où la


saison sèche dure parfois plus tle quatre mois.
Le choix excellent de l'endroit a permis de donner aux végé-
taux leur station préfér·ée; le sol est arg·ilo-silièeux., mais peut
être facilement amendô, car non loin de là, on trouve des gise-
ments de calcaires dulomitit1ues a~sez riches en chaux pour
qu'il ait été possible d'en extraire de la chaux à bàtit· 1 •
Les végétaux introduits au jar·din y sont plantés sans ordre et
placés là où la nature du sol et l'exposition semble leur con-
venir; il étail difficile •l'ailleurs d'agit· autrement, cat• avec les
faibles t·essources dont ils •lisposaient, il était impossible aux
Pères de la ~lission d'aménag·m· en bloc une collection métho-
dique et classée rigoureusement; mais aujourd'hui, devant la
richesse constatée •le ce Jardin, une nécessité s'impose dont j'ai
fait part au P. Supérieur: e'ost celle •fen dresset· au plus tôt un
plan, en le pal'tageanl eu petits secteurs facilitant la recherche
des espèc~s dont Je F. li illet connaît seul la place, et en prenant
toutes mesures pour l'étiquetage des adH·es et arbustes.
Une œuVI'e semblable duit survivt·c a son auteur.
Eu IU09, Je F. Gillet, llui, j~~ le r·épète, assume à lui seul la
dit•ecliou du Jardin d'essai, a publié dans l'Agronomie tropicale 1
une liste de plantes intmduites ou améliorées. qu'il a pu cultiver;
or, depuis eelte époque, leut· nomlu·e s'est sensiblement accru,
gràee au dt':vouomeul et it l'al'livitè inlassable de ce savant aussi
modeste qu'accueillant ct wrnplaissant.
Né à Paliseul (Luxembourg) le 28 juin 1866. et ayant terminé
ses études plrarmaeeuti•tues, .Justin Gillet entra dans la Com-
pagnie 1le Jésus en 1886 et partit pour l'Afrique équatoriale
avec les IH'emiers missionnaires désignés lors de la fondation
de la l\Jissiuu du Kwango, en avril1893.
Naturellement, le F. Gillet s'occupa d'abord des plantes de la
1. Ces pierre:; !-(l'ise~ liulomitiques se retrouvent, <.le-ci, de-là, dans le
Bas-Congo et au Gahou; mais elles sont presque toujours plus riches en
magnésie qu'en chaux:. Nous avons pu nous en assure1· par quelques ana-
lyses l'aitf~s noltUlllllCilt dans les t'oches de l'estuaire du Gabon. Le fait est
cependant iut:1 rPssant, puisqu'elles peuvent fournir après calcination, un
amendement cttlcaire important pour certaines cultures.
2. ~L Paqu1~. auden prési<.lent t!e la Société Hoyale t!e Botanique de Bel-
gique, a l\crit pour ce catalogue une intro<.luction donnant sur Kisantu
des détails auxquels il y a bien peu de chose à ajouter.
~MILE PF:RROT. - LA MISSION DF. KISANTU. i65
bt·ousse qui l'entourait, puis l'idée lui vint d'introduire quelques
vég·étaux utiles. L'inventaire botanique de la région se fit très
vite avec l'aide de quelques P1~res de la Mission, et de nombreux
herbiers furent envoyés à Bruxelles pour y être étudiés
Un premier Jardin d'essai, instn.l\{~ clans nn petit vallon voisin
des bâtiments de la Mission, mais IIOp réduit et non suffisam-
ment pourvu d'eau, fut abanrlonnt'~. Le F. Gillel organisa, pour
le remplacer, un vérilahle par·e d'une dizaiue d'hectares qui est
le superbe Jardin dînlrorlnclion actuel.
Ce .Jardin tropical r·epond ir de multiples buts dont le plus
utilitaire est de fournir à la Mission une abondante provision
de lég·nmes frais de toutes SOI'tes: lég·umes d'Europe et légumes
indig·ènes améliorés; il fon mit aussi en abondance des fruits
délicieux et var·iés, et 'enfin il pennt'l de fixPr les qualités •les
espècPs encore originrdt.ls. (H'm·enanl de la bt·oussc, que l'on
soupçonne capahles d'utilisation ullôr·ietHe ou présentant seule-
meut qnelqne inh\rèt scienliliquP.
A côté de cette œuvre, le~ Piwes de la }lissiou ont eulr·epris,
avec une méthode patient~~ el une volontè tenace, des essais
de gr·ande cnllure industr·iPlll~ (r·iz. maïs, tubercules alimen-
taires; etc.), qui natnr·ellern eni. on l entrai né l' or·ganisalion d'un
cheptel abondant.
Cette entreprise fort diffkile a fini par le suecès, et cela dans
uu pays où la sécheresse est eonsitlé.r·•'~e eomme rendant le pâtu-
rage impossible pendaut plusil•ur·s rnois, el où la trypanosomiase
sévit crut:>llement sur· les hèle~ et les ~onms.
Déjà E. Laurent, le savant. llotanistn explorateur du Congo,
disait en 1\}09, en parlant de Ki~a11111 : « C'e~t ilia fois un Vl'ai
jardin botauirpw tropit:al el un l't~ntre agr·ieole de premier
ordre. »
Quelquns détails sur l'œuvr1~ accomplie et snr l'état actuel
de cette station, qui n'a pas d'èg·ale Pli Afrique, ne pourront
qu'ètre utiles à nos colli~~·rws d.- la ~ociùté botanique de France
et peut-ètr·e leur donner le tlt~sir·, t·èalisable sans autres diffi-
cultés que celles qui proviennnnt de la distance, d'aller y
séjourner une ou rieux semaines.
i66 S~ANCE Dt: 25 JiliN 19Hi.

i o Plantes principales de la région de Kis~ntu 1


En 1910, le nombre de matériaux récoltés par le F. Gillet et


expédiés à Bruxelles était fort élevé, aussi celui-ci fut-il invité
par les botanistes belges il puulier ses notes sur les plantes
indigènes du Bas-Congo. Il fut plus particulièrement aidé dans
cette besogne pat· le H. P. Pùque, fort au courant des travaux 1le
systématique tle Th. Durand. E. de Wilùeman, H. Vandet·yst,
sur les espèces africaines.
Déjà bien antérieurement, des tentatives d'études Lotaniques
avaient été faites, par le ministre protestant Benlley el le H. P.
Butaye, mais elles ne présentaieut pas le caractère sci-entifique
de celles du F. Gillet qui. vivant au milieu des noirs et parlant
leur langue, avait toutes facilités pour tlresseL· a,·cc eux l'inven-
taire de lems plantes utiles.
Les indigènes, en ell"et, connaissent un nombre considérable
de plantes auxquelles ils donnent un nom spécial, ou attribuent
une dénomination qui renferme un grand nombre d'espèces ou
de variétés ou même des plantes très éloignées les unes des
autres, mais présentant, Jans ce cas, un ou plusieurs carac-
tères apparents conHuunR.
C'est ainsi que Ba, qui veut dire « palmier », sert typique-
ment à désigner le Palmier à huile (Elœ'is lJUineensis); mais il
entre dans cerlaiues autres déuominations: Ba di dingi (Borassus
flabell-if"er L.), Ba di masa (Cyathea Dre,r;ei Kunze Ba di n'seke
1,

(i1loe conyolensis Je Wilu. et Th. Our.) et aussi (EuplwdJia


Sapini de Wi1d.); ces noms se rapportent tous à des plantes a
feuilles rappelant celles d'un Palmier.
Il en est de même avee le mot Bwalu, qui v.eut •lire
« poison », qui est assoeié à quantité J'autres mots spécifiant
l'arbre, ex.: Bwalu nseke (poison de la savane)=div. Teph1·osiu.
Le mot Buwa est une déF>inence générique des Champignons,
et la première syllabe Bu se retr·ouve Jans ]es noms (l'une cin-
quantaine d'espèces, que le H. P. Yvon Struyf a appi'Ïs à con-
naître des indigènes.

:1. J. GILLET etE. PAQUE. Ann. du musée du Congo belge, Bot. Série V,
Bas et Moyen-Congo. - Notes liotaniqtœs sur la région !lu Moyen et /JaR-
Congo, fasc. 1, Bruxelles, 1910, Spineux édit,
ÉMILE PERROT. - LA MISSION DE KISANTL. t67

Mais il en est chez eu x corn me chez nos paysans tous ne


connaissent pas également le nom des végétaux de la brousse
qui les entoure, et certains sont plus particulièrement instruits
dans ce sens, en particulier les sorciers.
Le F. üillet, grâce aux Pères missionnai1·es répandus dans
la région, a pu groupe1· des quantités de renseignements sur
l'utiJisation de ces végétaux par les naturels du pays, et le cata-
logue, auquel nous l'envoyons le lecteur intéressé, renferme
cinq cents noms de plantes mngés suivant l'ordre alphabétique
et accompagnés, pour la presque totalité, de leur détermination
scientifique.
Depuis l'apparition de ce travail, les recherches continuent, et
il n'est pas douteux que de eet inventaire il pourra sortir quelques
indicalions précieuses pour l'avenir économique de la région.
Parmi les ob'lel·vations o•·iginale" que nous avons faites avec
le F. Gillet, nous cile1·ons la production d'une essence à odeur
très prononcée de salicylate de méthyle (essence de Winter
green) dans l'écorce du N'Suncla, arhuste encore indéterminé
de la grande brousse; d'une essence sulfurée à odeur très nette
tle Haifort dans les •·acines du 1\.iassa (Cercopetal!trn dasianthurn),
de la famille des Cappari(lées 1 ; d'une essence à odeur d'amandes
amè1·es dans l'écorce du Plectronia Gilletü ou lV'Tutulu, etc.
Ce dernier arbre est envahi pa•· une Urédinée (écidie) qui pro-
duit une hypertrophie formidable du tissu foliacé; chaque
foliole qui mesure en moyenne 4 à 5 cent.imèh·es de longueur,
sur 2 à 3 de largeur et à peine 1 millimNre d'épaisseur, peut
en effet al'l'i"er·, apr·ès attaque du Champignon, à peser plus de
500 gramiiiCS et mesurer :.!Q à ;J() centimètres (]e longueur, SUr f5
à 20 centimètres de la1·ge cl 8 à 10 millimèh·es d'épaisseur.
Nous avons aussi rapporté de nombreux échantillons de
plantes, les unes susceptibles d'applications économiques (Man-
niot'hytum af'ricanum, Ce11halonema polyandrum, divers Colfea,
des graines grasses nouvelles ou peu connues, etc.), les autres
de fournir (les observations histologiques intéressantes : divers
Strychnos, Clm·odend1·on, etc.
1. Les cellule~ à myt·osine sont faciles à distinguer sut· les matériaux
frais, dans les divPt's pa•·enchyme,;, par !"action de l'acide chlorhydrique,
comme l'a indiqué Guignard; je reviendrai (l'ailleurs sur ces plantes au
sujet desquelles je possède d'amples matériaux d'études.
{68 SÉ.ANCE I>U 2~ JUIN i\H!i.

2° Plantes utiles indigènes ou introduites, cultivées au Jardin.

En 1913, le F. Gillet ayant publié un catalogue 1lont il me


suffit de t'appeler l'existeuce ici t, je me contentet·ai d'esquisser
en quelques lignes la physionomie du jardin et de noter
quelques-unes des remar11ues qui se sont imposées à mon
esprit.
A côté de quelques belles Cycadées, on est tout surpris de
trouver une assez jolie collection de Conifères, car on sait CO(J)-
hien sont rares ces espèces dans les r·égions tropicales et équa-
toriales.
Les Araucaria, les /Jiota, les Juniperus el les Thuya poussent
très bien dans ce sol afl'icain peu fert.ile, Pt c:est là. un fait qu'il
est important de relater, afin qu ïl puisse avoir sa répercussion
dans l'établissement de jardins tians les pays chauds. Or on peut
constater que l'horticulture tropieale est beaucoup trop
négligée par l'Européen établi aux colonies; ne doit-il pas, en
efl'et, chercher à réunir autour de lui tout ce 4ui peut lui rap-
peler sa vie normale de Franee, s'il veut remplir loin rie son
pays, sans ennui, la mission qui lui est coutiée? L'aménage-
ment de la case, le jardin potager et ft'Uilicr, comme le jardiu
d'agrément, eoneourent au eonfortahle sans lequel la vie à la
colonie est un véritable fardeau, Pt cette vérité, sur laquelle il
semble puéril de s'appesantir, ne me parait pas avoir été com-
prise dans de nombreux endl'oits.
J'aurai d'ailletli'S l'occasion de revenir par ailleurs sur les
conditions variées de l'hygiène générale et individuelle, comme
aussi du confort indispensable à la santé physique et morale de
l'Européen et partant, à la bonne mar·dw de ses affaires, admi-
nistratives ou non.
Avec les Graminées se pose particulièrement la question des
plantes utiles à l'alimentation des bestiaux, dans un pays où les
herbes de la brousse ont un squelette siliceux qui les rend
pom· la plupart impropres à cel usage, sauf pendant leur très
jeune àge.

L F. GILLET S. J., Jardin d'essai de Kisantu (Congo belge). Plants


introduits et cultivés, Bruxellei'\, :1.9:1.3, rase. 1, in-8", 81 p.
!!:~IlLE PERROT. -- LA )JISSION DE KISA7iTU. f69

La multiplication de honnes espèces est un problème ardu


mais fort important.; aussi l'on tr·ouve à Kisantu des graines
intéressantPs : .Aristida ampfl:ssima T1·in. et Hupr., Eleusine
Coracana Gaert., E11ehlœna (!h•nna) luxnrian.~ Dm·., Panicum
Bur!JU A. Chev., Paspafwn C()l~futJalnm ller·g., U1·yza satù·a
vat·. arù.;ta.ta •le Wild. (Hiz vivace indigène des r·ègions maréca-
geuse~ ou humides), Tticho/m11a rosea NoPs, <·Ir.
Citons encot·e dans les G1·nminées, urw assez jolie collection
de Bambous imp01·L•~s, puis de noml)l'eux Palmiet·s provenant
d'une ein•Tuanlaine d'esp•~ees envi1·on, pour la plupar·t utiles à
l'alimontation, it l'industt·ip 011 à l'omementation. Une de nos
photographies t'eJH't)sente le 8cferocarpa .'1/ahondo, non encore
spécifit~. Palmier t<111t. à fait. t'l'lll:u·quahle pa•· ses feuilles entières
et tri>s o•·nenHJntal.
De mHgnilique~ Panda1w.~ forment une voùte dc'~liciense au
visiteur de ce jardin, dans lr'•tnel sont t'•parses p•·•\s de 1~0 espèces
d'Aroïtlécs ornementales, toxi•I'H~s ou alimentaires. On peut
adminw ent.·e autre~ de bellt!S ''al·i,·~tés •le Xantlwsoma sa,q!/itœ-
folium amt:.Jio1·èes et fournissant d'exeellents légumes, dont la
diffusion serait du pins gTand inlérèt 1lans tout le Congo; des
Taros (Caladium div. ou Colomsùt) existent aussi en aLondance.
Il n'est pas rare en Afrique tle t·eni'OII LI·er· des ag·g·lomérations
importante~. où vivent depuis de longues années des Euro-
péens, sart-; qu'il y soit eultin! aucu11e variété de Uananier autre
que la gi'Osse banane intlig!lnn (dito banane-cochon), qui ne
peut ètre mangée que cuite ct sou lenwnt par les indigènes;
aussi faut-il reeomman.t .. ,· l'introduction de toutes autres
espèel's, en t.'llt'OUI'ag·Pant If',; •~olnmandants de cercle, lns chefs
de poslf' Pl les wlons a lt!S nJUll.ipliet·. Ki~antu peut fournir
une très belle collcr.tion dl' •·e~ plantps ornementales ou alimen-
taires.
Parmi ces dernières, il Hst il eiler: quelfJues variétés de Musa
orientum à petits fruits délieieux; des races nombreuses de
,t/. paradi.~iaca 1 , puis dP Jt/. sapienturn, M. Ilumphia-na, 1Jtl.

l. Ce sont en gént\ral des bananes ù euire sélectionnées çù et là par les


indig/~nes et r{!unies au jardin par
les soins dPs Pèt'PS. Il y au mit là matière
à int(~resser un spéciali~te, car il
existe une vingtaine t!e I'Ut:I'S indigènes
à côté d'une dizaine importées.
t70 SÉANCE lltJ 25 JUIN f9t5.

sinensis, etc., etc. ll ~t difficile de quitter cette famille sans


rappeler encore quelques espèces de grand effet ornemental,
comme les Ranet,ala rnadagascariensis Sonner., Strelitzia regin;;e
Banks, Musa "''mo/diana de \Vi id., etc.
Le dernier mot n'est certes pas encot·e dit non plus, tant au
point de vue botanique qu'au point de vue économique, sur les
Dioscoréacées tropicales, dont les tubercules constituent pour
les indigènes de certaines régions, une nou1·riture des plus
saines. Peu appréciés pal' les Eur·opéens, les Ignames peuvent
ètre améliorés et, à Kisantu, il en existe des races fort intéres-
santes qu'il serait important de répandre dans les stations
agricoles ou les pMts tie l'Afrique tropicale; il en serait de
même des Ananas.
Que d'espèces curieuses arrèlent le visiteur: des Amaryllis,
des Agave, tles Fourc1'oya, tles Bromelia, diverses Comméli-
nacées, des A spldistt·a, des JJracœna, des Sansevieria et aussi
çà et là des Orchidées du Congo, peu nombreuses d'ailleurs,
qni terminent dans cet exposô la sôrie des Monocotylédones.
li serait fastidieux de passer en l'evue toutes les autres
familles du règne végétal; le lecteur intéressé se reportera au
fascicule de M. Gillet. .le me conlenterai d'attirer l'attention sui'
la collection des Picus, sur les beaux exemplaires d'Artocarpus
incisa. I'Arhre à pain et A. inte,qrif'olia L. (Jacquier), de Tre-
culia, puis sur les Avocal.iers ( Persea gratissima Gaertn.), les
Papayers, les Opuntia variéb, les Passiflores, ete.
Une mention spéciale est méi"Ïtée par l'A1-racacha esculenta
DC. (Ombellifères) ou pomme de terre cèleri; ses racines tubé-
reuses peuvent remplaeer· la pomme de tetTe, car la saveur
s'en rapproche beaucoup, et les Européens leur feront certai-
nement un accueil enthousiaste, flans ces régions où notre
légume européen ne saurait ètre l'objet J'une culture vél'itahle
et fructueuse.
La superbe collection d'Eucalyptus, réunie au jardin comme
autour des bàtiments de la Mission, ne manque pas d'attirer la
vue, et le F. Gillet peut, au sujet de la propagation de ces
arbres, donner les renseignements les plus circonstanciés; il
importe en ellet Je bien choisir les espèces à planter, en s'inspi-
rant du Lut poursuivi, t.les •1ualités du terrain et de l'exposition.
~~IlLE PEI\1\0T. - LA MISSION m: KISAN1U. iii

Les Eucalyptus robu.~ta Smith et E. rostrata Schl. con-


viennent à tous ter-rains et résistent à l'humi1lité, lamlis que
E. paniculata craint les terr·ains humides.
Tous ces ar·bres, 1laus ces pays où le bois de construction
.manque, méritent d'èt.rc vulgarisés, c-t les résultats obtenus à
Kisantu sont probants.
Les Myrtacées fruitières sont abondantes, Psidium, Euuenia,
et, à côté d'elles, Je Chrysobalanus lcaco, et autres espèces de
ce genre, le Pêcher, le Néflier· du Japon; quelques Rosiers
fleurissent toute l'année. si la taille en est faite j111licieusement,
et c'est vraiment une joie de retrouver là-bas la reine de nos
fleurs d'Europe.
Les Lég·uminenses sont représentées au Jardin par plus de
80 espèces utiles. ornPmentalcs ou toxiques, et parmi les ller-
nières plantes introduites, il faut rappeler le Voandzeia Pois-
soniA. Chev. du Dahomey, dont les gous!'es rntîrissent dans le
sol et gui fut envoyé au Congo par Aug. Chevalier.
Les Cure11hitacém; sont. repr1\serJtées surtout par la Chou-
choute ou Chayotte, dont la chair du fruit est un bon légume, et
les EuphorhiacéPs, par une superbe collection de Codiamm
varie,qaturn BI. 1 , des Acalyp/w, Ettjlhorbia, Phyllanth.us et des
quantités de plantes utiles appar·t.enant aux genres Hevea,
Manilwt, Aleurites, Croton, ./atro;,ha, Hicinus, Ricinodendron,
Manniophyton, Stillin,qùt, etc., etc.
Dans les familles voisines, quelques plantes importées crois-
sent très bien : Casimiroa eduüs, Pilocarpus pennatifolius,
Anaecwd-ium ocàdenta'e, Man!Jif'era indica et variétés. Spondias
dufcis, Cytlwrœa, futea, lrwi11,f!Ùt Smithii, Quas.~ia amara, Ery-
th.roxylol« Coca, /lalanitr'..~ myyptiaca, des Mt'·liacées arbores-
centes, :\eajons, etc.
La colledion des Aurantia1·ées est fort intéressante égale-
ment, ear à côté 1le nom bren x !•rangers, Mandariniers et Citron-
niers, on trouve le Bel (Ai:,qle Mm·melos), le Bergamotier (Citrus
Berr1amia Hisso), la Pamplemousse (C. decumana Wild.), etc.
Parmi les Oxalidacées, je ne retiendrai que I'Averrhoa

1. De ees Crotons, dont la variabilité dans la forme des feuilles est véri-
tablement extraordinaire, on obtient sans cesse, par le semis, de nou-
velles formes des plus curieuses.
172 SÉANCE DU 25 JUIN f9i5.

Cammhola L., 1lon t le fruit succulent Pt acide est si rafraîchis-


sant; quelques ~~~pindact;es, le Catha edttlis Forsk.; la Vigne,
qui pousse tlifncilement et Sf'ulement en tonnelle; le Théier;
l'Aphloia the;r•formis Bennett, f'lante 1lc Madagascar préconisée
contre la hilieusn hématmiqne; di ffér·ent<'s Clusiacées; quelques
Colatiers; 11Ps FI ilriscus, l1~ ()ussypiwm harhadense; le Ben ailé
( Mon:n,qa ?Jlery,qosperma Gncrt.); le Muscadier; des Anones
(Chérimolier, Corossolier, cœur de bœuf, etc.), l'Ilicium verttm;
rles Strychnées il fruits eomest.i bles; rles Apocynacées utiles
(espèces à caoutchouc ct antrPs) on toxiques (Strophanthtts,
Thevet1:a, Nerium).
Parmi les Solanées, les unes sont alimentaires, comme les
Piments dont il existe plusit>1Jrs espèces et var'iétés, l'Arbre à
tomates ( Cypho111andra bntncea Sendt.. ), divers LycorJersicum,
Physal1:s et Soümum; les autr·es, dangereuses ou toxiques, sont
bien reprt'~sentf1es égal1~rnent. Je ne ponrl'ais- enfin quitter ce
groupe sans dire un mot de IJnelques belles espèees 1le Bigno-
niacées, d'Acanthiwées Pt signaler que, parmi celles-ci, il est une
plante enriPuse grimpante, a~·nnl no tubercule qui atteint
jusqu'à ;)O ki\ogr·ammes : 1·.'est \1~ Gillctir.lla cnn.rJnlana de Wild.
et Th. Dur.
l)nand j'aurai maintenant. ajouté à ce qui préeèrfe, l'importante
série de Ved,<Jnact'.u~. tle Sapotar~t\es, de Labiées et. de Compo-
sées. il ne me resl<'l'a plus gtu\r·fl à signaler que les Rubiacées
qui sonl abondamment représentées et il m'arrêter tout parti-
cvlièrement snr la bdle collodion de Cafôiers, réunie patiem-
ment par le F. Gillet.
Cela est d'autant plus intéressant que, comme je l'ai récem-
ment montré, la question des t:'a(éiers à cultiver en Afrique est
tout entière a rl'~so1Hire: les stations rl'essai et les colons trou-
vet'ont à Kisantu dPs graines d'origine certaine et, parmi les
espèces les plus dignPs de retenir l'attention, les Coffea Arnol-
diana de Wild., C. con.qensis var. Chalotii, C. robusta L.,
C. exeelsa Ch., C. canephora et variétés.

3° L'œuvre horticole et agricole .


•J'ai effleuré dans le dHtpilr·e préeéticnt la part qui revient àl'hor-
ticultme dans les e11ods du F. Gillet et j'ajouterai peu de chose.
~;~liU~ PEIIIIOT. - LA MlSSION IlE KISANTU, 173

La question des légumes frais est de première importance


dans l'alimentation de l'Européen, aussi s'est-il appliqué à
déterminer les conditions extérieur·es et les moyens efficaces de
protection contre les causes uéfasles a leut· production.
Les faits sur lesquels il faut. insisll'r conccmant les efforts
hor·ticoles de Kisantu, c'est l'amélioration des Taros, des Xan-
thosoma, des Ignames, la culture du Chou-fleur, si difficile en
pays tropical et t·éussissant bien dansee jardin, l'introduction de
l'Arracacha eseulenta: ees cultures maraîch()rcs fourftÎssent à peu
près toute l'année Jes pt·otluits IJIIÎ sont la hase de la nourriture
des Pères, et il vient s'y ajouter les petits Pois de France, les
Haricots du Cap et autres espèces de Légumineuses tropi-
cales, etc.
~ombreux et variés sont aussi les ft·uits qui apparaissent à
leur table: Avocats, Mangues, Papayes, Cal'amboles, Physalis,
Mombins, Anones, Citrons, Oranges, que sais-je encore!
EnHn, ayant aujourtl'lwi résolu le problème de l'élevage
des Bovidés, ils ont avec le fumim·, la pussibil ilé ,l'améliorer les
cultures non seulement au janlin, mais dans les terres avoisi-
nantes du vallon, où le lliz, le ~Iii, le ~urgho, le Maïs, peuvent
croitre et tlouneJ· des résultats industriels. Les bœul's dressés à la
charrue devieunent d'excellenls et indispensables auxiliaires,
comme ils sont Jeveuu~ aus~i des animaux de tJ·ait allant au
loin r·avilailler dans la IH·ousse les postes eréés jusqu 'a 80 à
100 kilomètres de la ~lission.
L'exposé des métho•les ayant amené ces l'ésultats merveilleux
pour la région, serait déplacé ici, il me suffit de les signaler, me
réservant d'y t·evenü· Lientùt avec plus amples détails.

Le rapide exposé qui précède suffit pour montrer quels


services rend déjà et pomTa rendre encore le jardin de Kisantu,
en alimentant les Lab01·atoÎl·es et les Herbiers de la métropole
de matériaux de recherche impol'tants et en fournissant aux
colons et aux administrations, des gmines ou des plantes de végé-
taux utiles dans le domaine Je l'agriculture, comme dans ceux
de l'alimentation et de l'industrie.
!74 SÊA:'\CE I>U 25 JUil\" 191!).

}lais pour consen·er :'t cette œuvre sa pérennité, H faut répéter


ce que j'ai déjà dit plus haut, c'est-à-dire, qu'il impot·te de
dresser au plus tôt un plan exaet et détaillé du Jardin sur lequel
chaque plante sera soigneusement repét·ée et indiquée, par
exemple, par un chifl're conespondant à un numéro du catalogue.
Les amis du jardin, ceux qui ont fait appel à la sagacité et à
la complaisance du F. Gillet devront lui prèler leur concours en
augmentant les ressources modestes dont il dispose Il y va de
l'intérêt de la science et, d'ailleurs, c'est aussi celui de la Mission
de Kisantu, qui assurera ainsi l'avenir d'une création aussi
remarquable qu'utile, dont elle tirera pour le moins un bénéfice
moral tout à fp.it aJtpréeia\Jle par la répercussion que ses efforts
ne manqueront pas d'avoit· sur les régions déshéritées de cette
partie de la zone équatoriale africaine.

Explication des Planches.

PLANCHE VI.

Allée de Borassus du couvent des sœurs près Kisantu.


1. -
2.- Mission des Jésuites de Kisanlu, à gauche des Eucalyptus robusta.
3. - Brousse brûlt1e dans un parc d'élevage. Moutons dans la brousse
près de la vallée de l'Inkissi.
4. - Huttes des bergers noirs, gardiens de troupeaux.
5. - Bœufs trotteurs ile la mission.
li. - Brousse de la région ,.Je l'Inkissi, avant l'incendie périodique.

PLANCHE VII.

7. -Jardin d'introduction. Le Frère Gillet.


8. - Caféiers.
9. - Arbres à pain et autres essences utiles introduites.
fO. - Sclerocarpa Mabondo, Palmier à feuilles entières.
iL - l<'ourcroya gigantea.
i2. - Sansevières.

PLANCHE VIII.

i3. -Plantation de choux-Heurs avec allée bordée de Pandanus.


14. - Papayers et Bananiers.
i5. - Plantation de Bananiers.
16. - Plantation de Manioc, avec Palmiers à huile.
1ï. - B1·ousse; l'arbre est un Pentacle th l'a macrophylla ayant t•ésisté aux
feux de brousse et couvert de fruits.
18. - Ecidie monstrueuse du Plectronia Giltetii.
M. DE VII.MORIN. - ATTIIIBUTION OU PRIX DE COINCY. f ili

La parole est donnée it M. le Secrétaire général pour la


lecture, au nom de la Commission du p!'ix de Coincy, du
Happort sur l'attribution du prix pourl'année 1913.

Rapport sur l'attribution du Prix de Coincy


en 1915;
PAR M. MAURICE DE VILMOHIN.

Sur une région particulièrement intért·s~ante de la Provence, les


Boucher;;-clu-Rhone, M. le Dr Élie Decrot:k nous apporte un travail
méthodique et trAs approfondi, !'OUS le titre de : Esquisse phyto,qéogra-
phique d'un coin de Provence.
Bien que la région envisagée ne eomprenne que quelques cantons mon-
tagneux, elle prend un grand intérêt du rapprochement de ceux-ci avec
la partie des coteaux et plaines à végétation méditerranéenne, avec leurs
eaux douces, saumâtres, terrains de nature dive1·se, alluvions salées, etc.
La floi·e maritime elle-même s'y trouve duns des conditions très diverses
résultant des grands écarts de profondeur et substrata entre les bas-fonds
du delta du Rhône et les fonds aeeores an voisinage des falaises verticales
des cotes et des Iles de l'Est du département.
Enfin un motif d'intérêt particulier dérive encore de la persistance
locale de végétaux dont le.s semences ont été apportées de la montagne
ou d'une région tempérée par les eaux du Rhône, de la Durance ou de la
Saône, ou par les cargaisons du Levant ou de l'Espagne. Ainsi il est
curieux de noter que ]'(]lex parviflora et le Matthiola tristis, venus
de Ligurie par le littoral, s'arTêtent absolument au Rhône, dans leur
marche vers l'Ouest. Venu de régions froides, le Hêtre persiste, en
compagnie de certains arbres et arbustes, sur les pentes froides de la
Sainte-Beaume, à l'exposition du Nord.
M. Decrock, dans son travail d'inventaire des végétaux des Bouches-du-
Rhône, s'est largement inspiré de~ principes de l'écolo~~:ie formulés par
Flahaut. Dans ehaque zone qu'il distingue, les espèees sont soigneuse-
ment notées en associations habituelles, avec l'indication des espèces
dominantes, abondantes ou dairsemées. Une critique dP.s eonditions
écologiques favorisant ou entravant la multiplication des espèees est fort
souvent exposée et présente un très grand intérêt.
Ainsi il est curieux de noter que le Châtaignier, par exemple, vit par-
faitement et fructifie normalement au plan d'Aups à i>-600 mètres d'alti-