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Supplément au n° 27 de traits urbains, le mensuel opérationnel des acteurs du développement et du renouvellement urbains

(ne peut être vendu séparément)

des urbanistes
Créteil / 27, 28 et 29 août 2008
Compte-rendu des séances plénières
du Conseil français
13 université d’été
13e université d’été du Conseil français des urbanistes / Créteil / 27, 28 et 29 août 2008
© Danièle Richard / CFDU

Créteil, lieu d'accueil de l'université d'été.

Ouverture
«Territoires métropolitains,
entre fragmentation et cohésion sociale»

tique mondiale », qui doit aussi loger ses onze présidente du Conseil régional d’Ile-de-France
Un « thème d’actualité » dans « un lieu sym- millions d’habitants et accueillir les populations l’affirme : « nous ne pouvons pas continuer à
bolique » - l’université de Paris 12-Créteil, qui venues du Sud... De tels enjeux « nécessitent penser le lien social s’il n’y a pas de lien avec
abrite l’IFU, le premier institut d’urbanisme une régulation publique dans l’intérêt général », le territoire et avec la société civile ». Ce qui
fondé en France... Pour cette 13e université affirme l’urbaniste francilien, « gérant à la fois implique de pousser la réflexion sur la gouver-
d’été, le président du CFDU, Francis Cuillier, la confrontation et la négociation », et « sans nance et sur les périmètres institutionnels :
a placé résolument les débats sous l’angle des opposer la politique de la ville et les politiques « est-ce qu’on trouve un gouvernement pour
apports de la profession aux évolutions urbai- urbaines ». un territoire dans des limites tracées ? Ne faut-
nes en cours. Avec une déclinaison par ateliers il pas trouver d’autres logiques territoriales, par
(action publique, déplacements, attractivité, De nouvelles logiques exemple sur les transports ». Pour dépasser les
ville durable, ingénierie urbaine, traitement de territoriales conflits entre les échelles - le quartier, Paris, le
la complexité) destinée à aborder la métropo- Mais que pensent les acteurs de cette fameuse Bassin parisien... - il conviendrait d’ « intégrer
lisation sous tous ses angles, pour tenter de économie de la connaissance ? « La question des acteurs à des échelles différentes » suivant
répondre à la question posée par Francis Cuillier : des territoires est devenue complètement stra- les problématiques. Parallèlement, Mireille Ferri
« quel volontarisme dans une société de plus tégique pour les universitaires » : ce point de veut « faire valoir une pensée systémique de la
en plus libérale ? ». La ville a besoin des urba- vue un peu inattendu est exprimé par Simone ville », car « un modèle de ville ne peut pas être
nistes dans leurs différents modes d’exercice, Bonnafous, présidente de l’Université Paris 12, défini segment par segment ».
et le Conseil français des urbanistes déplore qui occupe quatre sites dans la ville, loin du
« la pauvreté des moyens accordés à la matière campus hors-sol. Son discours d’accueil, peu Venu représenter Hubert Falco, secrétaire d’Etat
grise ». Au passage, le président du CFDU affirme formel, rejoint les préoccupations de l’audi- chargé de l’aménagement du territoire, en plein
solennellement « notre désaccord sur la forme toire : « aujourd’hui, nous, pôles universitaires marathon de visite des sites de restructurations
du débat sur le Grand Paris, qui a privilégié l’ap- devons nous différencier les uns des autres, et militaires, son directeur de cabinet, Vincent
pel aux grands architectes alors que les pro- nous ne pouvons pas le faire sans rapport au Piveteau , voit dans la réforme des armées
blèmes qui s’y posent ne sont pas uniquement territoire ». Elle a enclenché depuis le début de une illustration au thème des universités d’été...
formels ». son mandat une réflexion sur l’identité et l’an- Car « la mutation géographique de l’organisa-
crage territorial de son établissement, « la plus tion territoriale des armées passe d’une logi-
Car quel meilleur exemple du hiatus entre grande université multidisciplinaire et profes- que de frontières à une logique de métro-
« fragmentation et cohésion sociale » que la sionnalisée d’Ile-de-France », désormais inté- poles », et ambitionne de « retisser des liens
métropole parisienne ? Jacques Grangé, pré- grée dans le PRES (pôle de recherche et entre les espaces métropolitains et des sites
sident d’UIF (Urbanistes en Ile-de-France), décrit d’enseignement supérieur) Paris-Est. qui vivaient en autonomie ».
ce « territoire européen majeur de l’économie Couverture (de gauche à droite) :
de la connaissance », « plate-forme d’échan- Cette question du lien avec le territoire est au l'architecte urbaniste Philippe Panerai, le président
du CFDU Francis Cuillier et le géographe Jacques Lévy
ges mondiaux », « première destination touris- cœur de l’intervention de Mireille Ferri. La vice- (photo© Danièle Richard / CFDU).

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Table ronde
«Faire ville, faire société» :
de la ville à la métropole

© Danièle Richard / CFDU


Pour Mireille Rius, vice-présidente du CFDU,
« l’idée initiale qui a permis de lancer le projet
de cette université d’été en Ile-de-France, c’est
l’actualité du SDRIF et cette idée de mettre en
débat l’avenir d’une région en nous interrogeant
de façon plus large sur la fabrication des métro-
poles. C’est aussi, pour les urbanistes, l’oppor-
tunité de mettre en évidence le fait que les pro-
cessus en cours nécessitent une prise en charge
collective pour réussir la ville du XXIe siècle ».
Pour autant, le propos ne consistera pas à détail-
ler les éléments constitutifs de ce document
prospectif, mais plutôt à prendre la mesure du
nouveau processus de la fabrication de ces
espaces à partir d’un constat : la vie dans les
De g. à dr. : Louis Canizarès (de dos), Sybille Vincendon, Nicolas Buchaud, Francis Cuillier, Mireille Rius, Mireille Ferri, Marie-Christine Jaillet.
grandes villes aujourd’hui a tendance à se diluer
du fait des mobilités de plus en plus grandes, enclosure permet de se protéger socialement : alors que le Greater London est limité adminis-
les populations ont tendance à se replier sur comment ? trativement. L’architecte urbaniste, tenant de
leur lieu de vie plutôt qu’à s’ouvrir pour vivre la « polycentralité hiérarchisée », oriente sa
collectivement les moments de loisirs, de Philippe Panerai, qui vient de publier son livre réflexion sur ce qui irrigue la métropole : les
culture… et les élus, face aux demandes d’ha- « Paris métropole - formes et échelles du Grand transports en commun. La capitale apparaît
bitants et leurs désirs d’habiter, abandonnent Paris », entend d’abord pacifier le débat, avec clairement définie, plan des autobus de 1937
la fabrication des villes aux opérateurs privés. une pointe d’ironie : « je suis bien convaincu à l’appui, comme « le point de connexion des
Dans ce contexte, que pouvons-nous projeter que le monde ne va pas forcément vers un ave- réseaux ». Et de dénoncer vigoureusement
pour l’avenir des métropoles ? La ville du nir paisible et heureux, mais je ne pense pas « l’inégalité de couverture entre les Parisiens
XXIe siècle sera-t-elle écologique, collective, que les villes aillent beaucoup plus mal qu’il y et les autres ».
privée ? Quels sont les bons « fabricants de nos a quinze ou vingt ans ! ». Mais comment appré-
villes ? » hender l’identité métropolitaine, « entre une Des propos que peut difficilement démentir
La nouvelle dynamique spatiale nous amène vision de Paris exclusivement renfermée dans Mirelle Ferri. La vice-présidente du Conseil
à reconsidérer le schéma centre/périphérie, son périphérique et la grande échelle de la régional d’Ile-de-France rejoint « totalement »
et à envisager que le dessein métropolitain région ? Il n’y a pas un, mais plusieurs Grand l’urbaniste sur le constat : « la limite du gros-
passe peut-être par les espaces périphériques, Paris... », en cercles concentriques. A l’inverse, sissement (de la métropole) est variable selon
ou autrement dit la banlieue, comme nouveaux le centre de Londres n’existe pas comme entité les problématiques. Il n’y pas un grand Paris
pôles de centralité.
Pour lancer le débat, Mireille Rius cite Alison La performance théâtrale de Michèle Taïeb et Henri Gruvman est venue poser un regard différent
sur les débats autour de l'urbanité.
et Peter Smithson : « la mobilité est la clef, à
© Danièle Richard / CFDU

la fois sociale et organisationnelle, de l’urba-


nisme, car la mobilité n’est pas seulement une
affaire de routes, mais de concept global d’une
société mobile, fragmentée ». Ces propos remon-
tent aux années 60 ; la question de la fragmen-
tation des espaces n’est donc pas nouvelle.
Historiquement, la ville est le lieu de produc-
tion de la société ; elle a permis aux individus
de s’affranchir et faire l’expérience de l’alté-
rité. Quelles sont les tendances de la spécia-
lisation des espaces ? Résider n’est pas habi-
ter : pourquoi ? La logique de l’enclos ou

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DR

les qu’il y a échange », avertit-elle, conservant


« des espaces puzzles fondés sur la logique de
l’entre-soi », cet entre-soi qui permet d’assu-
rer sa tranquillité sociale, de mettre à distance
cet « autre » qui inquiète.

Pour Sybille Vincendon , rédactrice en chef


adjointe de Libération, auteur de « Petit traité
des villes à l’usage de ceux qui les habitent »,
le désir de citadinité existe bel et bien, mais
« les gens ne le savent pas », et les « deman-
des d’urbain » sont permanentes, pour les
enfants, les loisirs... Philippe Panerai confirme
et remet les pendules à l’heure : « plutôt qu’une
perte du désir de citadinité, il faut mettre en
cause la valeur du foncier dans les centres-
villes ». La journaliste a pu observer, par ail-
Créteil, la ville d'un urbanisme volontariste, mais où le vivre-ensemble peut continuer de poser question.
leurs, un décalage entre le discours des pro-
fessionnels et les habitants en Ile-de-France :
aujourd’hui. Et il n’y a pas seulement le grand le bruit »... sans occulter la question de la mixité : « les gens ne s’identifient ni par leur commune,
tout et l’entre-soi » . « L’avenir est à un polycen- « faut-il la décliner absolument dans le loge- ni par leur appartenance à la métropole ; ils se
trisme hiérarchisé », affirme donc Mireille Ferri, ment, ou se joue-t-elle plutôt dans l’espace repèrent de lieu en lieu ».
avec « des centralités qu’il faut rendre visibles ». public ? ».
Mais le projet francilien doit aussi, aux yeux de Mais le débat continue d’être organisé, dans
l’élue, être un projet de société : « veut-on une Débats autour notre pays, suivant un rapport centre-péri-
ville ségrégée ou pas ? ». Une ségrégation qui du désir de citadinité phérie, observe le directeur de la rédaction
ne se joue pas uniquement dans les zones urbai- Fine analyste de l’entre-soi, la sociologue Marie- de la revue Esprit, Olivier Mongin. « On pense
nes, mais qui se traduit par « une forme perni- Christine Jaillet, chercheure au CIEU (Centre le territoire comme un petit Etat » alors nous
cieuse de rejet de la population, assortie d’une interdisciplinaire d’études urbaines) de Toulouse, vivons maintenant dans « un monde des flux,
perte d’autonomie pour les jeunes et les plus repose la question des limites générées par la un monde où on navigue et où il faut être dans
âgés ». L’Est de la Seine-et-Marne constitue planification urbaine. Celle-ci « crée un dedans les bons courants ». « Il y a des gens qui ne veu-
ainsi « une zone de relégation silencieuse », qui et un dehors », dans un espace construit à par- lent pas être dans le courant », commente Marie-
touche une population moins formée, ayant tir de la mobilité, et veut inscrire les individus Christine Jaillet, « et qui souhaitent un territoire
moins accès à l’emploi et moins de revenus dans des périmètres territoriaux alors que ceux- apaisé ». Les lieux urbains du vivre-ensemble
que dans le reste de l’agglomération. A l’in- ci vivent dans des « dispositifs de lieux » entre seront peut-être ceux qui permettront de « décé-
verse, constate Mireille Ferri, « Créteil a tout lesquels ils circulent. Il y a donc autant de dis- lérer les flux », prédit Olivier Mongin. Méfiant
pour fonctionner, mais la notion de l’intimité y positifs de lieux que d’individus. Dans ce sur l’éloge de l’extension, il rappelle qu’une ville
est-elle vraiment prise en compte ? » Pour elle, contexte, quid du « désir de citadinité » auquel globalisée « s’accroche aux réseaux plutôt qu’à
le concept du vivre-ensemble repose d’abord souhaitent répondre les urbanistes ? Ce désir son environnement ». Il estime aussi que l’on
sur « le respect de la personne » dans toutes est à nuancer, estime la sociologue, selon les « n’a pas à imposer aux gens d’êtres citoyens
ses déclinaisons urbaines : « avoir des éléments stratégies sociales et selon les âges. Or, « ce à tout moment ». L’expérience urbaine doit jus-
à son échelle dans la rue, une protection contre n’est pas parce que coexistent des strates socia- tement offrir des espaces de transition pour
une « mise en tension entre le public et le privé ».
Le groupe Jazz & C° sur le parvis de l'université.
Pour aller plus loin, Marie-Christine Jaillet sou-
© Danièle Richard / CFDU

haite ouvrir une réflexion prospective : sur la


complexité du débat public auquel participent
non seulement les habitants, mais les utilisa-
teurs du territoire et de ses équipements ; et
sur le devenir de l’étalement urbain dans le
contexte du débat sur l’énergie.

Les artistes invités à cette 13e université d'été :


- création picturale : Ibara,
- intermède musical : Jazz & Co,
- performance théâtrale : Michèle Taïeb et Henri Gruvman.

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Séance plénière
Métropolisation
et pôle de recherche sur la ville,
recherche en urbanisme
et monde professionnel

© Danièle Richard / CFDU

© Danièle Richard / CFDU


Alors que plane le risque du démantèlement
de l’Institut Français d’Urbanisme, contre lequel
le CFDU a décidé de se mobiliser avec l’Aperau
(Association pour la promotion de l’enseigne-
ment et de la recherche en aménagement et en
urbanisme), l’OPQU et la Fnau, Francis Godard,
président du PRES (pôle de recherche et d’en-
seignement supérieur) de Paris Est-Marne-la-
Vallée, pointe de réelles difficultés : « on parle
beaucoup de cohérences métropolitaines, mais
Bénédicte Grosjean,
l’on constate, en matière de pôles d’enseigne- grand prix
ment supérieur, une concurrence totale entre de thèse sur la ville,
et Laurent Saby,
les territoires, et non une cohérence ! ». Où l’on prix spécial
voit émerger une Cité de la ville à Ivry, des de thèse sur la ville.

annexes d’universités parisiennes en banlieue...


L’Etat ne doit donc pas se dispenser de jouer un d’urbanisme de Lyon et président de l’Aperau. CFDU/PUCA) n’en est que plus appréciable. Un
rôle de régulation, pour aider à la cohérence des D’où une production « métissée ». « Nous avons portail accueillera la centaine de thèses déjà pré-
territoires. Par ailleurs, estime l’universitaire, « le été en quelque sorte précurseurs de ce que l’on sentées. Marc Bonneville, président du jury, se
monde de l’équipement et celui de l’enseigne- cherche à faire pour la recherche en général », félicite des « regards extrêmement diversifiés »
ment supérieur universitaire s’entendent très observe-t-il. qui font la richesse des dossiers présentés. Les
bien » dans le cadre du PRES, avec la collabo- organisateurs ambitionnent de promouvoir ces
ration entre l’ENPC, l’ESIE, l’Inrets, le CSTB, l’IUP. Prix de thèse sur la ville : recherches auprès des praticiens, par « des tra-
Ce pôle a bâti une association entre les scien- il faut renforcer la recherche vaux ayant une dimension spatiale, dotés d’une
ces de l’ingénierie et les sciences humaines et sur la ville approche à la fois théorique et opérationnelle,
sociales, complétée par une interaction forte Pourtant, les chercheurs en urbanisme ont l’im- sur l’action et vers l’action, personnelle et inno-
avec les entreprises, dans le cadre du pôle de pression de « se dissoudre, dans le contexte vante, avec un cadre de reférence international ».
compétitivité Advancity sur la ville et la mobi- actuel de transformation des pôles de recher- Depuis sa création en 2006, le Prix monte en
lité durables. che ». Signe inquiétant : sur les bourses de recher- régime, avec 45 dossiers cette année. Pour cette
« Nous souhaitons une recherche urbaine che en thèse cette année, « il n’y a pas le moin- troisième édition, le grand prix a été attribué à
ouverte », confirme Emmanuel Raoul, secrétaire dre sujet ayant à voir avec la ville ». Par ailleurs, Bénédicte Grosjean (universités Paris 8 et de
permanent du PUCA (Plan urbanisme construc- sur les quelque 200 appels d’offres lancés par Louvain-la-Neuve) pour sa thèse sur » la ville dif-
tion architecture). Il se félicite des évolutions l’ANR (Agence nationale de la recherche), un seul fuse à l’épreuve de l’histoire », analyse de l’urba-
des thèmes de recherche qui, outre les sujets porte sur la ville durable. Et dans le cadre du pôle nisation du Brabant belge ; et le prix spécial à
classiques (transports, gestion des villes...), abor- Advancity, les projets de recherche portent exclu- Laurent Saby (ENTPE) pour sa thèse intitulée
dent aussi l’accessibilité des populations fragi- sivement sur le génie civil et urbain, car « les par- « Vers une amélioration de l’accessibilité urbaine
lisées, les pratiques dites « marginales » (squats, tenaires de la recherche urbaine sont structurel- pour les sourds et malentendants ». Tous deux
homosexualité...), les dispositifs d’acteurs. Il est lement beaucoup plus éclatés qu’ils ne devraient ont choisi, chacun à sa manière, de « déplacer
vrai que depuis l’origine, le champ de la recher- l’être ». Se pose aussi la question du soutien des le cadrage du regard », la première en étudiant
che urbaine, à la différence d’autres disciplines, collectivités locales et de la transférabilité des des formes urbaines diffuses anciennes, le second
s’est constitué dans un rapport avec les acteurs, résultats de recherche. Le succès du Prix de en étudiant la perception de la ville par les per-
témoigne Franck Scherrer, directeur de l’Institut thèse sur la ville (une initiative Aperau/Certu/ sonnes handicapées.

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Clôture
Gouvernement urbain - gouvernance :
perspectives

© Danièle Richard / CFDU


La gouvernance. « On pourrait disserter sans
réserve sur ce thème, mais les solutions sont
loin d’être faciles à trouver », résumait Francis
Cuillier en clôture de l’Université d’été, lors
d’une table ronde intitulée « Gouvernement
urbain - gouvernance : perspectives ». Le
président du CFDU décrit un « paradoxe », bien
français d’après lui. Alors que « tout le monde
s’accorde sur la nécessité de mettre en place
une gouvernance urbaine, sur le fait que les
espaces sont fragmentés, que nombre d’inter-
communalités sont mal structurées... bref, alors
que tout le monde se pose la question du péri-
mètre pertinent de traitement des problèmes,
demeure une confusion préjudiciable selon
laquelle la fusion des communes et inter-
communalités irait dans le sens d’une démo-
cratie moins vivace ». Pour lui, la France
demeure un pays « rétrograde » en matière de raine, la profession pourrait jouer un rôle « plus Choyer les lieux de centralité
gouvernance des territoires. En Belgique, au déterminé », même si elle apporte déjà beau- Quant à Philippe Panerai, il ne partage pas l’idée,
contraire, la décentralisation, menée il y a qua- coup dans la compréhension du monde urbain. évoquée la veille, selon laquelle le « désir de
rante ans, a conduit à la division par dix du Les professionnels de l’urbain ont pour rôle ville » se serait éteint. La spéculation sur le fon-
nombre de communes, « avec une démocra- d’« éclairer les enjeux des décisions, de savoir cier « montre bien que la ville a de l’intérêt ! »,
tie toujours aussi vivace », affirme-t-il. Prenant où se situe la liberté d’action. Ils ont la respon- s’exclame l’urbaniste. Cette petite paren-
l’exemple de l’élaboration du PLU communau- sabilité de prendre au sérieux la compétence thèse mise à part, il revient sur le « mythe du
taire de Bordeaux, Francis Cuillier rappelle que cognitive sur l’urbain », avance le géographe et village » : « les cartes postales anciennes
70 réunions ont été conduites pour aider les professeur à l’école polytechnique fédérale montrent que les villages, malgré leur disper-
communes à élaborer leur projet de territoire. de Lausanne, s’appuyant sur deux exemples. sion, avaient des qualités de villes, de centra-
« La démocratie existe », conclut-il. CQFD. A un certain moment, on pensait que Los lité : on y trouvait la Poste ! ». A l’échelle du
En abordant la question de la gouvernance, se Angeles préfigurait ce qu’allait devenir « la ville territoire national, ils représentaient la vie urbaine,
dessine bien évidemment en filigrane le cas monde », indique-t-il, se référant à l’ouvrage du par rapport au hameau ou à la ferme. Ce qui
du Grand Paris. « Christian Blanc, secrétaire chercheur Mike Davis, City of Quartz : Los n’est plus le cas de nos jours. « On a perdu les
d’Etat chargé du Développement de la Région Angeles, capitale du futur. Or ce n’est pas ce qualités urbaines de nombreux bourgs et villa-
capitale, ne veut pas communiquer les résul- qui s’est produit. Tandis que les Européens pen- ges », affirme-t-il. Puisque les lieux auxquels on
tats de son travail avant octobre-novembre. saient que la ville fragmentée, de type Los peut s’identifier, où existe une petite centra-
Or la région parisienne est un cas préoccu- Angeles, allait « donner le ton », est né un mou- lité, constituent des repères dans la vie quoti-
pant », s’inquiète-t-il. Au final, « ne faudrait-il vement de re-légitimité de l’urbain. Un « chan- dienne, il convient de les « choyer ». « On pour-
pas que quelqu’un ait le courage de dire : “on gement spectaculaire des mentalités - qu’on a rait décréter que, à proximité du lieu où il habite,
supprime tout et on rebâtit” ? Ce qui est une appelé aux Etats-Unis l’urban renaissance - a chacun doit avoir accès à un petit centre. On
utopie, mais peut-être aussi une piste de ramené la population dans l’inner city », décrit s’inscrirait alors dans un système d’échelles
réflexion »... Jacques Lévy. De même, les pays qui accèdent qui s’emboîtent, ces lieux donnant accès à de
actuellement au développement, en Asie, plus grands centres ». Pour Philippe Panerai,
Compétence cognitive connaissent les logiques de l’étalement urbain, toutes les questions autour de la gouver-
sur l’urbain mais la densité y résiste et « sauve une cer- nance doivent « partir de ces centres existants
De son côté, Jacques Lévy estime que les urba- taine idée de l’urbanité ». On peut s’attendre à et potentiels », et non pas d’une « vision bien-
nistes n’expérimentent pas assez leurs idées. une évolution forte de restriction de la circu- heureuse : on nous a déjà fait le coup des vil-
Au regard des enjeux de l’urbanité contempo- lation automobile, prévoit-il. les nouvelles, on ne va pas recommencer ! ».

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Et Francis Cuillier de renchérir, en soulignant soient représentées », pourquoi pas « un traits urbains n° 27
Editeur : L’Agence Innovapresse
encore un problème « très français » : » l’exem- système bi-caméral ? »... Sarl au capital de 38 000 €
ple de l’urbanisation de Marne-la-Vallée, avec En réponse, Philippe Panerai affirme se poser 1, place Boieldieu - 75002 Paris
Tél. 01 48 24 08 97 - fax 01 42 47 00 76
ses copies de Disney, montre une pensée des questions sur la gouvernance, mais sans www.innovapresse.com
très confuse sur le rapport de la ruralité à la avoir de solutions : « je ne sais pas si la solu- RCS Paris B 301 652 988
ISSN : 1776-9604
ville. L’un de nos rôles ne consiste-t-il d’ail- tion réside dans la zone dense ! ». L’urbaniste Commission paritaire : 0213 T 87608
leurs pas à clarifier ce qu’est la ville ?». semble plutôt partager l’avis de Jacques Lévy
Directeur de la publication
selon lequel « il faut faire avec la Région telle et de la rédaction Jean Audouin
Convoquer le péri-urbain qu’elle est. La sagesse conduit à dire que
Rédactrice en chef
Il n’existe aucun pays où le gouvernement l’on ne va pas redéfinir ses limites administra- Marie-Christine Vatov
urbain s’avère facile, enchaîne Jacques Lévy, tives. De plus, on a pu constater des débloca-
Direction artistique
surtout pour les grandes villes. Dans le cas de ges et une évolution dans les discours de Alain Martin
l’Ile-de-France, le géographe se pose la ques- l’exécutif régional ». Reste à apprendre à « coor-
tion de l’échelle. Cette Région a été délimi- donner des gestions urbaines au sein d’un espace Maquette-graphisme
Emmanuelle Boulmier
tée administrativement, sur un espace qui où il existe du rural »... et à co-ordonner les ville.studio@innovapresse.com
correspondait à peu près à celui des trans- questions urbaines entre elles. Comment ? La
Coordination
ports publics : une aire urbaine fonctionnelle question reste entière. Francis Cuillier et Mireille Rius, CFDU
5, rue Saint-Pantaléon - 31000 Toulouse
(même si l’on peut penser que ses limites www.cfdu.org
ont été définies de manière à ce « qu’elle
n’existe pas vraiment, ne soit pas trop grosse »). Ont participé à ce numéro :
Magali Tran, Marie-Christine Vatov,
Ainsi, « pourquoi l’échelle de l’Ile-de-France Jean Audouin
constituerait-elle un mauvais choix pour le
Secrétariat de rédaction
Grand Paris ? Pourquoi Philippe Panerai, comme Marie-Line Descroix
beaucoup d’autres, envisage-t-il une agglomé-
Responsable marketing Frédéric Vérot
ration seulement sur la partie géométrique- Abonnements, tarif 2009: 80 € TTC
ment compacte de l’Ile-de-France ? », s’inter- (8 n°, 12,50 € le numéro) (TVA : 2,1 %)
abonnement@innovapresse.com
roge le géographe. Sa certitude en tout cas :
« la population qui discute ce projet doit se Imprimeur Corlet(14),
En votre qualité d’adhérent du CFDU ou de l’OPQU, dépôt légal à parution
rapprocher de la population qui va subir : il faut vous pouvez contacter l’Agence Innovapresse L’Agence Innovapresse
convoquer le péri-urbain ! » Et trouver une (tél. : O1 48 24 08 97) pour bénéficier d’une offre promo- est une société du Groupe Innovapresse
tionnelle sur votre abonnement à traits urbains. & Communication S.A.S.
méthode pour que « toutes les identités
© Danièle Richard / CFDU

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13e université d’été du Conseil français des urbanistes / Créteil / 27, 28 et 29 août 2008

Intervention de Christine Boutin,


ministre du Logement et de la Ville
Pas de nouveaux quartiers densification (aussi bien pour l’habitat collectif
« Monsieur le président, Mesdames et Messieurs, de bobos qu’individuel), avec l’idée sous-jacente de déve-
je souhaitais tout d’abord vous remercier pour Par ailleurs, la politique de la ville reste centrée lopper l’inter-générationnel. Sur ce sujet, « j’at-
la petite cure de jouvence que vous m’offrez, sur les quartiers périphériques, expose Christine tends de vous d’inventer, avec les architectes,
puisque cela faisait un petit moment que je Boutin. Or la dégradation urbaine ne concerne par les formes urbaines du futur. Nous arriverons à
n’avais pas tenu de propos dans un amphithéâ- uniquement ces quartiers. C’est pourquoi elle a densifier, même là où cela semble impossible,
tre », débutait Christine Boutin en clôture de la inscrit dans son projet de loi un programme de grâce à votre créativité ! », affirme-t-elle. Par ail-
journée. Deux raisons ont poussé la ministre du requalification de quartiers anciens dégradés, qui leurs, la ministre souligne que la vente de biens
Logement et de la Ville à venir s’exprimer lors concernera de 100 à 150 quartiers, de 2009 à immobiliers de l’Etat constitue l’occasion pour
de cette université d’été. D’une part, « j’attache 2016. L’Anru, en lien étroit avec l’Anah, en sera les collectivités locales de « repenser l’avenir de
une grande importance à ce que l’opérateur. « J’attends de votre pro- leur territoire ».
© Danièle Richard / CFDU

des liens étroits soient maintenus fession une véritable mobilisation Au-delà de cet énoncé de mesures figurant
entre mon ministère et votre pro- autour de ce programme, enjeu capi- dans le projet de loi, Christine Boutin se montre
fession, bien que je ne sois pas la tal pour la cohésion de la ville », lance- confiante : « je sais pouvoir compter sur votre
ministre de l’urbanisme ». Sollicitée t-elle. « Le PNRQA vient en réponse professionnalisme et votre implication dans la
plus tard sur ce point, Christine au travail de l’Anru qui, malgré son mise en œuvre de cette politique que je porte
Boutin avoue même le déplorer, efficacité, a cependant créé des iné- depuis près de dix-huit mois. Je sais que mon
et avoir plaidé, dans le cadre de galités, en laissant pour compte les projet de loi fera bouger les choses. Il n’est pas
la RGPP (Révision générale des quartiers anciens. Mais attention, il le projet de loi d’un long fleuve tranquille, il y aura
politiques publiques), pour que l’ur- ne s’agit pas de créer de nouveaux des discussions, signe de la vitalité démocrati-
banisme soit intégré à son minis- quartiers de bobos, pas du tout. Les que. Et du débat jailliront des idées. Ce n’est pas
tère... sans que cette piste ne soit retenue. Mais populations en place devront y être maintenues. un texte de replâtrage, mais bien le début d’une
« si je suis là, c’est que j’ai bien compris que le Vous, urbanistes, aurez à réfléchir sous ce regard nouvelle politique de logement ». Enfin, elle attend
logement ne vaut rien s’il n’est pas inclus dans particulier ». aussi des urbanistes des propositions qui per-
son environnement ». D’autre part, la ministre se En ce qui concerne l’élaboration des documents mettront « d’accompagner la nécessité de repen-
dit interpellée par le thème de l’édition 2008 : de planification, Christine Boutin plaide pour que ser la gestion et le développement urbain dans
« Territoires métropolitains, entre fragmentation les PLU permettent « d’ouvrir rapidement plus de un souci de développement durable. Aussi, je
et cohésion ». La ville, lieu de concentration des terrains » à la réalisation de logements, sur la base reste à l’écoute de votre Conseil, qui rassemble
richesses, s’est peu à peu étendue, et même des PLH (Programmes locaux de l’habitat). « Je suis des urbanistes de tous les horizons ».
éclatée. Phénomène d’éclatement qui tient, entre surprise de constater qu’il existe beaucoup plus Se prêtant ensuite au jeu des questions-
autres, à l’application des principes de concep- de foncier qu’on ne pense, même dans les zones réponses, la ministre a indiqué, en termes de libé-
tion de la ville moderne, avec « le zonage qui tend tendues. Le problème est de le chercher et de le ration de foncier, vouloir mobiliser les casernes qui
à spécialiser l’espace urbain ». La fragmentation, financer. J’ai renforcé, dans le projet de loi, le carac- seront fermées dans le cadre de la nouvelle carte
« vous tentez d’en circonvenir les effets pour tère de compatibilité entre PLH et PLU ». Compte militaire : « quand j’ai su la décision - difficile - de
redonner à notre société une cohésion forte. tenu que les PLU sont élaborés par les commu- fermer des casernes, j’ai regardé comment elles
Pour cela je vous remercie ». nes et les PLH par les EPCI, l’Ile-de-France se pourraient être refléchées pour du logement. Il y
Et la ministre de poursuivre : « la crise du loge- trouve dans une situation particulière. Renforcer en a assez peu dans les régions tendues, mais
ment que connaît notre pays est très inégale- les PLH dans leur contenu serait le seul moyen pour celles qui existent, je ne les laisserai pas pas-
ment répartie sur le territoire national. Si la pour que le logement devienne effectivement une ser ». De plus, la Didol (Délégation interministé-
Région Ile-de-France et les grandes agglomé- priorité dans la planification urbaine, selon la minis- rielle pour le développement de l’offre de loge-
rations sont particulièrement touchées par une tre pour qui, « n’en doutons pas, la prochaine étape ments) « a déjà donné de bons résultats ». Plusieurs
forte pénurie de logements, il n’en est pas de consistera en l’harmonisation des responsabilités dizaines de milliers de logements sont prévus.
même sur des territoires plus ruraux. La mise en matière d’élaboration des PLH et des PLU au A la question d’actualité de Mireille Rius sur la
en place du Droit au logement opposable (Dalo) niveau des intercommunalités ». construction des tours à Paris, la ministre du
épouse quasiment cette répartition géographi- Logement répond que « la question a du sens
que. Le fait de devoir différencier les territoi- Favoriser l’inter-générationnel en tant que telle et mérite que l’on réalise des
res constitue une évolution importante, dont j’ai Christine Boutin a également souhaité inscrire études en amont. Je ne vois, à titre personnel,
inscrit des premières mesures dans le projet de dans son texte une mesure sur la densification. aucun obstacle à la construction de tentes [rires
loi de mobilisation pour le logement et la lutte L’an dernier, lors du déplacement de son minis- et applaudissements pour ce lapsus]... de
contre l’exclusion, que je défendrai à l’automne tère à Lyon, elle avait lancé la piste de « l’étage tours en région parisienne ! ».
devant le Parlement ». supplémentaire », une image pour insister sur la

8 supplément à traits urbains n° 27_novembre-décembre 08