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Calenda - Le calendrier des lettres et sciences humaines et sociales

Des marqueurs mémoriels dans l’espace public entre discernement,


relativisme et manipulation (858898)
Revue « En Jeu. Histoire et mémoires vivantes »
*  *  *

Publié le jeudi 25 mars 2021 par João Fernandes

RÉSUMÉ

La période récente a été marquée par une série de faits et d’usages mémoriels
nécessitant parfois mises au point démocratiques et mise à jour des réflexions sur le
rapport au passé et les interactions entre histoire et mémoires. Des référents
mémoriels s'affirment aussi de plus en plus dans des sociétés contemporaines qui
traversent des crises. À partir de réflexions ou d'études de cas, ce dossier entend
développer une série d’exemples de controverses ou de mises en discussion de ces
enjeux relatifs à la mémoire, aussi bien à propos du passé esclavagiste et colonial
qu’à propos des marqueurs des engagements antifascistes. Il vise à promouvoir un
certain discernement dans notre rapport au passé mettant à distance les écueils du
relativisme et des manipulations.

ANNONCE

Argumentaire
La période récente a été marquée par une série de faits et d’usages mémoriels qui
nécessitent parfois des mises au point démocratiques et historiennes et aussi, bien
souvent, une mise à jour des réflexions sur le rapport au passé qui caractérise notre
présent et sur les interactions entre l’histoire des sociétés humaines et les mémoires
de celles et ceux qui les constituent. Marquée par de nouvelles violences envers la
communauté noire étasunienne, la fin tumultueuse du mandat présidentiel de Donald
Trump a donné lieu, suite à plusieurs cas gravissimes de violences policières, à de
fortes remises en cause de marqueurs mémoriels, comme des statues ou des
drapeaux, qui incarnent de fait des valeurs de ségrégation et de déshumanisation.
Dans le même temps, sous l’influence notamment d’une résolution pernicieuse
suggérant une gouvernance relativiste de la mémoire tragique du XXe siècle adoptée
en septembre 2019 par le Parlement européen, ce sont d’autres marqueurs mémoriels
qui ont parfois été saccagés ou remis en cause, précisément à cause de leur
caractère antifasciste. Les finalités de ces contestations mémorielles sont à
interroger, notamment pour ce qu’elles nous disent de la reconnaissance ou de
l’occultation des souffrances et des droits humains dans le passé et au présent. Elles
font par ailleurs contraste avec d’autres initiatives citoyennes qui visent pour leur part
l’installation de marqueurs dans l’espace public qui permettraient de sortir de l’oubli
tel ou tel événement, telle ou telle figure ayant lutté  pour les droits humains ou subi
leur négation radicale.
Enfin, selon d’autres modalités parfois plus subtiles et moins immédiatement
palpables,  il reste que de plus en plus de discours émanant du champ politico-
médiatique, mobilisent eux-mêmes de nombreux référents mémoriels dans le but
d’imposer un récit univoque et disciplinaire de ce qui advient à des sociétés de plus en
plus affaiblies et désorientées par les différentes crises, sanitaires,
environnementales, politiques et sociales qui les affectent. Dans cette perspective
portant également attention aux marqueurs mémoriels qui structurent les discours
des hommes et femmes politiques et leurs relais, l’allocution « de guerre » à forte
teneur performative prononcée par le Président de la République française en mars
2020 n’est qu’un exemple parmi de nombreux autres, de ces mobilisations-
manipulations mémorielles qu’il convient d’interroger.
Pour analyser et mettre en perspective ces actes de contestation ou de revendication
mémorielles, qui ont quant au fond des significations très diverses, une définition
rigoureuse paraît nécessaire de ce qui distingue et de ce qui fait interagir l’histoire et
les mémoires. Les traces du passé dans le présent, celles qui sont visibles et
entretenues, et qui constituent des marqueurs mémoriels, nous informent autant,
voire davantage, sur le présent ou le passé récent que sur le passé qui est évoqué par
ces marqueurs. Ainsi, l’idée selon laquelle la requalification d’un monument ou le
déplacement d’une statue serait une simple manipulation du passé néglige la
dimension éminemment contemporaine des commémorations et des manifestations
mémorielles de toute nature. C’est bien dans le présent que se jouent les enjeux de
reconnaissance des oppressions et des persécutions du passé, d’autant plus quand
elles sont prolongées autour de nous par d’autres formes de discriminations ou
d’atteintes aux droits humains. Mais ces traces peuvent aussi, dans certains cas,
revêtir une dimension patrimoniale qui vient influencer leur éventuelle requalification
et donner un autre, voire un nouveau sens à leur présence dans l’espace public.
Les études de cas dans ce domaine nécessitent par ailleurs de bien prendre en
considération les jeux de temporalités qui les caractérisent : le temps représenté qui
est celui des figures ou des événements ainsi rappelés, le temps représentant, trop
souvent négligé, qui correspond au contexte de l’installation de chaque marquage, et
enfin le temps immédiatement contemporain de leur examen, ou de leur contestation.
La mémoire est une irruption du passé dans le présent quand l’histoire reproduit
autant que faire se peut le présent du passé en cherchant à retrouver l’étrangeté de
l’univers mental et les incertitudes d’un temps qui n’est plus le nôtre. En réalité, il y a
de la mémoire dans l’histoire parce que le travail d’histoire s’effectue dans un contexte
social, politique et sociétal ; mais il y a aussi de l’histoire dans la mémoire, tant il est
vrai que la quête de reconnaissance de certains faits traumatiques est aussi à
examiner sous le prisme de la critique historienne. La pertinence de la belle formule
de Pierre Laborie selon qui l’histoire se doit d’être à la fois un « sauve-mémoire » et un
« trouble-mémoire » est tout à fait inspirante pour réfléchir à cette problématique.
Quant au brouillage relativiste qui entend forcer une réconciliation des mémoires,
assimiler des crimes de masse très différents dans une indistinction forcée et
développer une histoire soumise à des impératifs idéologiques, il nuit à l’intelligibilité
du passé comme du présent tout en constituant de fait un obstacle majeur à la
prévention de discriminations, de la xénophobie, du racisme et  des crimes contre
l’humanité.
La revue En Jeu. Histoire et mémoires vivantes, poursuivant sa double perspective
critique et mémorielle vis-à-vis en particulier de l’expérience concentrationnaire et de
la répression nazie, souhaite développer dans ce dossier une série d’exemples de
controverses ou de mises en discussion de ces enjeux relatifs à la mémoire, aussi
bien à propos du passé esclavagiste et colonial qu’à propos des marqueurs des
engagements antifascistes, c’est-à-dire autour d’une pluralité de négations des droits
humains et de pratiques de déshumanisation déplorées ou combattues.
Parmi les thèmes envisageables autour de la criminalité de masse du national-
socialisme et de l’antifacisme figurent par exemple la récente profanation du site
d’Oradour-sur-Glane, des enjeux de toponymie comme ceux qui concernent des rues
madrilènes débaptisées parce que portant les noms de personnalités antifranquistes
et républicaines ou la contestation d’une statue et d’un parc à Milan rendant
hommage à l’ancien journaliste Indro Montanelli malgré son passé colonial très
problématique en Érythrée dans les années trente.   
Ce dossier pourra comprendre à la fois des réflexions ou présentations de recherches
sur cette problématique de l’histoire et des mémoires dans son expression
contemporaine et des études de cas, plus brèves, présentant des situations concrètes
qui se sont posées ou se posent aujourd’hui dans différents pays, notamment
européens. Au-delà de l’évocation des faits, il s’agira d’interroger les valeurs qui sont
affirmées à travers ces politiques mémorielles ou ces décisions relatives à des
marqueurs de mémoire.
Modalités pratiques d'envoi de propositions
Envoi de la contribution sous format Word à : revue.en.jeu@gmail.com
Nombre de signes : 30 000 caractères, notes et espaces compris.
Les notes de référence doivent être placées en bas de page selon les règles
suivantes : prénom puis nom de l’auteur, titres des ouvrages et/ou des revues en
italiques (puis op. cit., en deuxième occurrence), articles entre guillemets, ville,
maison d’éditions, année, p. XX.).
La contribution devra être accompagnée d’un résumé de 5 à 10 lignes (en français
et en anglais), de 5 à 6 mots clés ainsi que d’une brève note biographique de
l’auteur (fonctions et titres, domaines de recherche et éventuellement quelques
publications).
Les propositions sont attendues pour le 31 mai 2021

Les textes de celles qui seront acceptées seront attendus pour le 15 octobre 2021.
Coordinateurs
Frédéric Rousseau, professeur d'histoire contemporaine, Univ. Paul Valéry-
Montpellier
Charles Heimberg, professeur de didactique de l'histoire et de la citoyenneté, Univ.
de Genève

CATÉGORIES
Histoire (search?primary=fsubject&fsubject=228) (Catégorie principale)

DATES
lundi 31 mai 2021

MOTS-CLÉS
histoire, mémoire, commémoration, marqueurs mémoriels, passé, présent, valeurs,
droits humains

CONTACTS
Caroline Langlois
courriel : revue [dot] en [dot] jeu [at] gmail [dot] com
URLS DE RÉFÉRENCE
Fondation pour la mémoire de la Déportation
(https://fondationmemoiredeportation.com/revue-en-jeu/)

SOURCE DE L'INFORMATION
Charles Heimberg
courriel : revue [dot] en [dot] jeu [at] gmail [dot] com

POUR CITER CETTE ANNONCE


« Des marqueurs mémoriels dans l’espace public entre discernement, relativisme et
manipulation », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 25 mars 2021,
https://calenda.org/858898 (https://calenda.org/858898)