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Contre la pauvreté, l’Afrique a besoin d’assurance Disponible au téléchargement sur www.institut-thomas-more.org
Contre la pauvreté, l’Afrique a besoin d’assurance Disponible au téléchargement sur www.institut-thomas-more.org
Contre la pauvreté, l’Afrique a besoin
d’assurance
Disponible au téléchargement sur
www.institut-thomas-more.org
Michel Vaté
Professeur à l'Institut
d’Etudes Politiques de Lyon
Chercheur associé à l'Institut
Thomas More
L’Afrique ne demande pas l’aumône. Voilà l’idée que les dirigeants français
devraient se mettre en tête. L’Afrique veut pouvoir, comme cela se fait
ailleurs, capitaliser les fruits de ses propres efforts. Elle n’en a pas la
capacité parce que ses habitants sont totalement exposés à des risques
divers qu’ils ne peuvent ni prévenir, ni transférer, ni réparer. L’Afrique a
besoin d’assurance.
Il fut un temps où, à défaut d’avoir du pétrole, la France avait des idées.
Mais quand la France n’a plus d’idées, elle invente un nouvel impôt ! Le
projet de taxation sur les billets d’avion rapporterait, dit-on, 200 millions
d’euros. C’est assez pour déstabiliser l’industrie déjà fragile du transport
aérien. Mais, pour l’Afrique, c’est une aumône de 2 centimes par mois et par
habitant et c’est 0,02% de la dépense publique française. Autant dire qu’il ne
devrait pas être difficile de trouver une telle somme en puisant quelques
idées au hasard parmi les milliers de pages que publie un auteur aussi peu
facétieux que la Cour des Comptes !
Le temps est venu de rompre avec la logique de dépendance qui prévaut
encore, logique descendante – trop souvent condescendante – qui va de
l’impôt des riches vers le besoin des pauvres, en passant par une coûteuse
redistribution. Oui, le temps est venu d’expérimenter la logique ascendante
qui va de la vulnérabilité des personnes vers les ressources financières
existantes, en passant par l’exécution d’une chaîne d’obligations légales ou
contractuelles.
Paris
9, rue d’Enghien
F-75 010 Paris
La pauvreté est un symptôme. Les pauvres sont et demeurent pauvres parce
qu’ils sont vulnérables. L’Afrique a moins besoin de la distribution de
subsides que d’une « capabilité » accrue pour ses acteurs et le tissu de leurs
unités de production. Croit-on pouvoir atteindre les Objectifs du Millénaire
sans renforcer d’abord la capacité des personnes face aux risques qui les
menacent (maladie, destruction de l’outil de travail, perte de récoltes, aléas
climatiques, catastrophes naturelles…) ?
Tel
Fax
+ 33 (0)1 49 49 03 30
+ 33 (0)1 49 49 03 33
Bruxelles
Les risques… Le maître mot est lâché. Il est le grand absent des théories
macro-économiques du développement, mais ce qu’il désigne est le lot
quotidien des populations pauvres, entre deux catastrophes humanitaires
capables d’ébranler périodiquement la bonne conscience internationale.
Avenue Eugène Demolder,
112
B-1030 Bruxelles
Tel
+ 32 (0)2 647 29 74
Fax + 32 (0)2 242 73 44
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Lutter contre la pauvreté est d’abord affaire de sûreté. Regardons comment
un alpiniste prend soin d’assurer chaque étape de sa progression avant
d’engager la suivante. Sa sécurité en dépend, comme celle de ses
compagnons. C’est aussi une façon d’économiser ses forces. De même, le
choix d’un dispositif d’aide ou la création d’une nouvelle source de
financement devrait toujours respecter deux conditions simples : renforcer
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la capacité des individus-acteurs, et consolider les résultats acquis grâce aux efforts antérieurs. Si ce
la capacité des individus-acteurs, et consolider les résultats acquis grâce aux efforts antérieurs. Si ce
la capacité des individus-acteurs, et consolider les résultats acquis grâce aux
efforts antérieurs. Si ce n’est pas le cas, les résultats de l’aide seront
aléatoires, et une nouvelle aide sera nécessaire demain. Apporter une aide
monétaire et matérielle aux pauvres résout un problème ponctuel, et dans
les situations d’urgence humanitaire, c’est souvent la seule manière de
répondre aux besoins. Mais cela ne les renforce pas pour l’avenir, car ils
demeurent exposés au risque de perdre cet apport et, pire, de perdre le
produit qu’ils pourraient tirer de sa bonne utilisation.
Voilà pourquoi il est urgent de mettre en place un système permanent de
gestion des risques : pour autant que ce système soit suffisamment intégré
et connecté aux marchés financiers, il a naturellement vocation à prendre en
charge la gestion des crises graves, aussi bien que la protection courante des
acteurs du développement, réconciliant ainsi les exigences du très court
terme avec celles du développement à moyen terme. Au regard des objectifs
de lutte contre la pauvreté, les mécanismes d’assurance possèdent trois
vertus qui sont cruciales pour le développement : désignation rapide et
précise des bénéficiaires, restauration des capacités économiques,
renforcement de la responsabilité. Faute d’assurance, les populations des
pays pauvres n’ont pas d’autre alternative que : gâcher le produit de leur
travail dans de stériles encaisses de précaution, ou s’en remettre à l’aide
extérieure.
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Depuis plus de dix ans, le couple risques/développement a donné lieu à des
études nombreuses et remarquables au sein des organisations
internationales. On dispose ainsi d’une base considérable de données issues
du terrain et d’une « boîte à outils » richement remplie. A ceux qui disent
« maintenant, il faut faire mieux », disons : chiche ! Cessez de bricoler à la
marge les vieux schémas qui ont échoué, et ouvrez les tiroirs où de
nouveaux schémas attendent d’être expérimentés. Pour commencer, on a
l’embarras du choix : appui aux micro-assurances d’initiative locale,
capacités régionales de réassurance, assurances climatiques, couverture des
risques de marché, etc., sans oublier le niveau global où le fait de créer une
capacité mondiale de réassurance (décrite dans ma Note de l’Institut
Thomas More « Réassurer la planète » sous le nom de Planète Ré) mettrait la
capacité financière mondiale au service des systèmes locaux de gestion des
risques. Ainsi serait enfin ouverte aux pauvres la possibilité de recourir en
dernier ressort aux marchés financiers comme le font les pays riches pour
couvrir la charge des dommages extrêmes.
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Voilà bien un terrain sur lequel la France pourrait jouer un rôle pionnier, en
évitant les questions qui fâchent quand on les pose trop tôt (la querelle des
sources de financement) et en apportant une idée neuve au projet plus
urgent et plus consensuel de casser le cercle infernal pauvreté/vulnérabilité.
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Chercheur associé à l'Institut Thomas More
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Institut Thomas More ASBL © Décembre 2005

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