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Enfants handicapés et abus sexuels

Evelyne Josse, 2011

Quel que soit son sexe, son âge et son origine, aucun enfant n’est
jamais totalement à l’abri des violences sexuelles. Néanmoins, certains
y sont plus exposés que d’autres du fait de leur état de santé physique
ou mental, de leur situation familiale, de leur cadre de vie, etc. Les
enfants souffrant d’un handicap (déficiences ou incapacités physiques,
mentales, cognitives, sensorielles, communicationnelles, etc.) ou d’un
trouble psychiatrique comptent parmi ceux-ci. Ils sont plus exposés
que leurs pairs aux maltraitances en tous genres et ce, dans tous les
contextes (le foyer familial, les établissements scolaires, les institutions
judiciaires, etc.). Les plus vulnérables sont les handicapés mentaux et
les enfants présentant une pathologie psychiatrique. En effet, leur
incapacité à se défendre (par exemple, lorsqu’ils présentent de
l’inhibition, de la passivité, une absence de réaction agressive, une
confiance démesurée envers autrui, etc.1), leur difficulté, voire leur
totale incompréhension des situations (du fait de la carence de leurs
capacités cognitives, de la pauvreté de leur imagination, de délires,
etc.) ou à communiquer (à cause d’une mutité, d’une indigence de
langage ou de troubles de la personnalité) concourent à accroître le
risque de victimisation. Même lorsqu’ils signalent la violence dont ils
sont victimes, la pauvreté de leurs moyens de communication ne leur
permet pas toujours de se faire comprendre. Leur vulnérabilité est
également majorée parce qu’ils vivent parfois, en dépit des
apparences, dans un véritable désert affectif, tant en famille qu’en
institution et quel que soit leur âge. L’isolement et la pauvreté des
contacts sociaux rendent malaisés la dénonciation des abus et l’appel
à l’aide.

Le risque d’abus sexuels est d’autant plus élevé que le handicap


requiert généralement une grande proximité physique avec un ou
plusieurs adultes. En effet, les soins imposent un contact corporel
entre l’enfant et le dispensateur de soins (parent ou personnel de
l’institution spécialisée). Petit à petit, ces contacts intimes peuvent
dévier vers des rapprochements malsains. De plus, la dépendance
motrice des adolescents atteints d’infirmité ou de paralysie sévères

1
Ce n’est pas le cas de tous. Il suffit pour s’en convaincre de penser à l’attitude défensive (cris,
agitation motrice, etc.) et à la méfiance manifestées par certains autistes en cas d’intrusion dans leur
espace intime ou à l’approche d’une personne qui leur est inconnue.
pose la question de l’aide d’un tiers pour satisfaire les pulsions
sexuelles « solitaires ». Si ces services particuliers ne peuvent être
assimilés à des abus d’ordre sexuel, ils peuvent toutefois avoir pour
effet d’intensifier la suggestibilité sexuelle des sujets et préparer la
voie d’une interaction abusive. Le fait que les enfants n’ont peu ou pas
d’information relative à la vie sexuelle jouerait un rôle aggravant.

Le handicap ou les troubles graves de la personnalité facilitent tant la


maltraitance intrafamiliale qu’institutionnelle.

Divers facteurs augmentent le risque qu’un enfant soit victimisé au


sein de sa famille. Les soins de santé permanents, la rareté des
services de garde de qualité, le fardeau financier et l’isolement social
constituent une source sérieuse de stress pour les parents. La difficulté
à gérer les tensions et la fatigue les fragilisent et sont susceptibles de
détériorer leurs compétences parentales. Cette situation entraîne un
risque accru de passage à l’acte violent, y compris sexuel. La violence
intrafamiliale s’explique également par le fait que le handicap ou la
particularité de l’enfant contrarie la formation du lien d’attachement
(enfant décevant les attentes parentales, difficulté de communication
réciproque, etc.).

Les établissements pour enfants handicapés ou présentant des


troubles psychiatriques défrayent régulièrement la chronique. Une
étude américaine révèle que les soignants sont 1,7 fois plus
susceptibles d’abuser d’enfants handicapés que d’enfants qui ne le
sont pas2. Dans ces institutions, lorsque la relation entre un enfant et
un professionnel devient conflictuelle, cette relation d’assistance et de
supervision risque d’évoluer en relation de pouvoir et de domination.
L’attention bienveillante de l’éducateur ou du soignant se mue alors en
mépris et en critiques, voire en agressions. La position de toute-
puissance de l’intervenant dans son rôle d’encadrement et les
préjugés vis-à-vis des enfants (par exemple, enfants insensibles à la
douleur, incapables de ressentir des émotions, inaptes à comprendre,
oubliant rapidement les événements vécus, etc.) et l’impunité dont les
agresseurs se croient assurés facilitent le passage à l’acte maltraitant.
La loi du plus fort s’exerce d’autant plus aisément que l’enfant est
démuni (par exemple, incapable de se défendre ou de parler) et isolé
(par exemple, privé au quotidien du soutien de sa famille). Les abus
sexuels au sein de ces institutions pour enfants s’expliquent
également par l’attrait qu’elles présentent pour les « professionnels »
pédophiles en quête d’un terrain de chasse fructueux. Dans ces
établissements spécialisés, les enfants peuvent aussi être abusés par
d’autres résidents. Comme nous l’avons signalé, les enfants souffrant
de handicap mental ou de pathologies psychiatriques peuvent
2
Etude de l’U.S. National Center on Child Abuse and Neglect effectuée en 1993, citée dans D. Sobsey
et G. Wolbring, Child Abuse and Disability, Rehabilitation Digest, Volume 26, Issue 3, mars 1996, pp.
11-14, Toronto.

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présenter de l’inhibition et de la passivité mais également de la
désinhibition, de l’excitation et de l’agressivité qui, couplées aux
pulsions sexuelles et à la promiscuité, peuvent favoriser des passages
à l’acte violents envers d’autres résidents, notamment à la puberté et
à l’adolescence.

Pour conclure, nous tenons à rendre hommage aux familles et au


personnel des institutions qui dans leur toute grande majorité font
preuve de dévouement, de sérieux et d’honnêteté. Si les violences
sexuelles à l’égard des enfants handicapés et gravement perturbés
sont heureusement fort rares, il convient toutefois d’être conscient de
cette tragique réalité et de rester vigilant.

Evelyne Josse
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Psychologue clinicienne, psychothérapeute en consultation privée (hypnose


éricksonnienne, EMDR, thérapie brève Palo Alto, EFT), formatrice en
psychotraumatologie.
Auteur des livres Le traumatisme psychique chez le nourrisson, l’enfant et
l’adolescent, de Boeck, coll. « Le point sur » paru en 2011, Le pouvoir des histoires
thérapeutiques. L’hypnose éricksonienne dans la guérison des traumatismes
psychiques, La Méridienne/Desclée De Brouwer publié en 2007, Interventions en
santé mentale dans les violences de masse, écrit en collaboration avec Vincent
Dubois, publié en 2009, de boeck

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