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ETUDES SUR L'EUROPE OSTMITTELEUROPÁISCHE

CENTRE-ORIENTALE BIBLIOTHEK
DIRIGÉES PÁR HERAUSGEGEBEN VON

E. L U K 1 N I C H
= No 29 =

DOCUMENTA
HISTÓRIÁM VALACHORUM IN HUNGARIA
ILLUSTRANTIA
USQUE AD A N N U M 1400 P. C H R I S T U M

CURANTE

EMERICO LUKINICH
PROF. ORD. UNIVERSITATIS BUDAPESTIHENSIS

ET ADIUVANTE

LADISLAO GÁLDI

EDIDERUNT

ANTONIUS FEKETE NAGY ET LADISLAUS HAKKAI

BUDAPEST

1 9 4 1
RUMÁNISCHE SIEDLUNGEN LES COLONIES ROUMAINES
DES XIII. UND XIV. JAHRHUNDERTS DU XIII1 ET DU XIVE SIÉCLE EN TRANSYLVANIE "45°
IN SIEBENBÜRGEN UND IN DEN ÜBRIGEN TEILEN ET DANS LES AUTRES RÉGIONS DE LA HONGRIE
OSTUNGARNS ORIENTALE

ZUSAMMENGESTELLT UND GEZEICMNET UNTER DER LEITUNG VON CONQU ET DESSINÉ SOUS LA DIRECTION
DE
PROF. DR. EMERICH LUKINICH, EMÉRIC LUKINICH
von DR. ANTON FEKETE-NAGY, DR. LUDWIG GLASER und PAR
DR. LADiSLAUS MAKKAI ANTOINE FEKETE-NAGY, LOUIS GLASER et LADISLAS MAKKAI

1 1 1 r
23° 24° 25° 26°
ETUDES SUR L'EUROPE OSTMITTELEUROPÁISCHE
CENTRE-ORIENTALE BIBLIOTHEK
DIRIGÉES PÁR HERAUSGEGEBEN VON

E. L U K I NI CH
= No 29 =

DOCUMENTA
HISTÓRIÁM VALACHORUM IN HUNGARIA
ILLUSTRANTIA
USQUE AD A N N U M 1400 P. CHRISTUM

CURANTE

EHERICO LUKINICH
PROF. ORD. UNIVERSITATIS BUDAPESTIHEHSIS

ET ADIUVAHTE

LÁDISLAO GÁLDI

EDIDERUNT

ANTONIUS FEKETE NAGY ET LADISLAUS MAKKAI

B U D A P E S T I N I

1 9 4 1
DOCUMENTA
HISTÓRIÁM VALÁCHORUM IN HUNGÁRIA

ILLUSTRANTIA
USQUE AD A N N U M 1400 P. CHRISTUM

CURANTE

EMERICO LUKIN ICH


PROF. ORD. UNIYERSITATIS BUDAPESTINENSIS

ET ADIUVANTE
LADISLAO GÁLDI

EDIDERUNT

ANTONIUS FEKETE NAGY ET LADISLAUS MAKKAI

B U D A P E S T I N I 1 9 4 1

SUMPTIBUS ÍHSTITUTI HISTORICI EUROPAE CENTRO-ORIENTAL1S IN UNtVERSITATE SCIENTIARUM


BUDAPESTINENSIS
Rev. 203

2 7 317 0

Editeur responsable: M. Eraéric Lukinich

16003 Imprimé par Sárkány-nyomda S. A. Budapest, VI., 9 rue Horn E d e .


Resp. pour I ' i m p r . i A . et J. W e s s e l y
PRÉFACE

Les habitants de la partié orientale de la Hongrie, connue,


au cours de l'histoire, sous le nom de Transylvanie (Erdély),
étaient, á partir du moyen áge, des Hongrois, des Sicules, des
Allemands (Saxons) et des Roumains. Les historiens hongrois,
de mérne que ceux de l'étranger se sont occupés depuis bien long-
temps de l'histoire de ces peuples, Les recherches dont ils sont
les sujets, se sont particuliérement approfondies depuis que les
publications des sources s'y rapportant ont augmenté en nombre.
Des l'année 1872 commeníait á paraitre le Recueil des Char-
tes Sicules (Székely Oklevéltár), en hűit volumes, et les données
y contenues ont servi de base á une histoire générale des S i c u -
l e s . A partir de 1857, ou plus strictement de 1892, paraissent
les chartes relatives á l'histoire des S a x o n s de Transylvanie.
C'est une collection de quatre volumes dont le but est surtout
de fairé la lumiére sur l'histoire des Saxons au moyen áge.
Aussi ces matériaux ont-ils été largement mis á profit dans
une synthése de l'histoire de cet élément ethnique. En ce qui
concerne les H o n g r o i s de Transylvanie, nous ne possédons
pas de grands recueils généraux de chartes, mais nous pouvons
nous fairé une image assez fidéle de la vie sociale et de l'histoire
des Hongrois transylvains au moyen áge par les collections des
documents concernant les diverses familles, ainsi que par les mono-
graphies consacrées aux comitats de cette province. Les R o u -
m a i n s vivant dans la Transylvanie hongroise sont seuls á ne
posséder aucun recueil systématique des chartes de leur passé.
Aussi leur histoire, surtout au moyen áge, n'était-elle connue jus-
qu'ici que d'une maniére trés imparfaite.
Cette lacune regrettable de notre documentation concernant
la population roumaine médiévale de la Transylvanie fut la cause
immédiate qui a poussé l'Institut Historique de l'Europe Orien-
tale á l'Université de Budapest á entreprendre, sous ma direc-
tion, dcs recherches systématiques de longue haleine dans les
différentes archives pour constítuer une collection des chartes
médiévales ayant trait á l'hístoíre des Roumains de Hongrie.
Le présent volume offre les résultats de ces recherches ap-
profondíes, II renferme non seulement tout ce quí a déjá vu la
lumiére dans les ouvrages hongrois et roumains consacrés á l'his-
toire médíévale des Roumains transylvains, mais encore tous ces
documents inédíts qui ont pu étre retrouvés dans nos archíves.
Cecí est la premiere publication systématique et critique des
chartes relatíves aux Roumains de Hongrie, qui permettra aux
spécialistes d'écrire — conformément aux exigences de l'histo-
ríographie moderne — l'hístoíre des Roumains de Hongrie jus-
qu'á l'année 1400,
Les conclusions que nous pouvons tirer de ces chartes,
sont exposés dans les études préliminaires et illustrées par les
cartes cí-jointes. Ce procédé permettra au lecteur de contróler
lui-méme nos constatations, fondées dans tous les cas sur les
documents du présent recueil, Attendu que cette publication fut
précédée de longues et pénibles recherches, nous nous permet-
tons d'établír que les conclusions quí se dégagent de notre docu-
mentation, peuvent étre considérées désormais comme défínítíves.
II est naturellement á présumer qu'á l'avenir on découvrira en-
core quelque nouvelle charte ínconnue -— car j'ai le ferme espoír
que ces recherches encourageront d'autres — mais je suís per-
suadé que ces contributíons ne modifieront nullement les ensei-
gnements de notre recueil.
En feuilletant ce volume, on remarquera sans doute que les
données ayant trait á la vie des Roumains au XIII e siécle sont
d'une rareté extréme. Quelques-uns en trouveraient peut-étre la
raíson dans le fait que l'usage de l'écríture s'étant répandue fort
lentement en Hongrie, íl y avaít. en général, peu de documents
écríts au temps de la dynastie arpadienne (1000—1301). C'est
vrai jusqu'á un certaín poínt: nous n'avons, en effet< jamais eu
autant de chartes que les Fran^ais, les Italiens ou les Allemands.
Néanmoins, quoique plus d'un document aít été víctíme des ba-
tailles livrées pendant des siécles sur le terrítoire hongrois pour
la défense de la cívílisatíon occídentale, nous pouvons nous van-
ter de plusieurs milliers de píéces authentiques antéríeures
á l'année 1301, Parmí celles-ci, 290 se rapportent á l'hístoíre des
Saxons de Transylvanie qui, pourtant, ne s'établirent dans cette
province que vers la seconde moitié du douziéme siécle. P a r
contre, selon le témoígnage de ce volume, seulement ont trait
aux Roumains de la Transylvanie qui prétendent en former la
population autochtone. Comme l'hypothése que précisément les
documents concernant les Roumains aient été détruits depuis,
n'est guére vraisemblable, il ne nous reste qu'une seule solution:
les chartes rédigées á cette époque sont en quantité minimé sim-
plement parce que le peuple roumain est arrivé dans les terri-
toires en question relativement tard et par des petits groupes
épars ce qui n'est guére en contradiction avec le nomadisme an-
cestral des Roumains, Ce n'est qu'au XIV e siécle qu'une migra-
tion plus sérieuse se dirigea vers la Hongrie du cőté des Bal-
kans, et il s'en suivit naturellement que les chartes se rappor-
tant aux Roumains augmentérent en proportion avec le nombre
des nouveaux-venus.
Pour terminer, nous tenons á donner quelques précisions sur
les collaborateurs gráce auxquelles ce livre a pu naitre. M. An-
toine Fekete-Nagy, privat-docent á l'Université de Budapest, a
écrít le deuxiéme chapitre de l'Introduction. De mérne s'est-il
chargé de la collection des chartes inédites qu'il a annotées et
mises en état de publication. Avec la collaboration de MM.
Ladislas Gáldi et Ladislas Makkai il a aussi entrepris la grandé
táche de dresser un index général de notre recueil. M. Ladislas
Makkai, professeur á l'Institut Scientifique de Transylvanie (Ko-
lozsvár) est l'auteur du premier chapitre de l'Introduction et il
s'est chargé de tout ce qui se rapporte á la publication des char-
tes déjá éditées. M, Ladislas Gáldi, professeur suppléant á l'Uni-
versité de Budapest, a composé le 3-éme et 4-éme chapitres de
l'Introduction, Avec l'assistance de MM. Paul Rónai et Etienne
Lelkes,- professeurs de lycée, il s'est occupé aussi des traductions
et a prété son concours aux travaux de la rédactíon propre-
ment dite.

Budapest, Janvier 1941.


Dr. Eméric Lukinich
professeur á l'Université de Budapest,
INTRODUCTION

I.
Les enseignements des „Documenta Valachica"

Le peuple et la langue roumains naquirent dans la Péninsule


des Balkans; le premier se constitua de pátres romanisés, la
seconde de la langue latiné vulgaire parlée par eux, langue im-
prégnée de balkanismes et qui dévait subir plus tard de fortes
influences albanaise, slave et turque. 1 C'est un fait reconnu par
tous les savants. Du point de vue scientifique, une seule ques-
tion importante reste ouverte, celle de la date á laquelle les
Roumains avaient pénétré dans le territoire de la Hongrie.
Ne disposant pas de la collection compléte des chartes re-
latives á ce probléme et ignorant les vrais rapports qui existent
entre elles, les historiens hongrois eux aussi vacillaient longtemps
dans leurs opinions, certains d entre eux allant jusqu'á admet-
tre que des Roumains eussent habité sporadiquement, déjá á
la fin du Xe siécle, dans les montagnes transylvaines. 2 Aujourd'hui,
en connaissance du développement de la colonisation en Tran-
sylvanie et en vertu des résultats acquís par les nouvelles re-
cherches toponymiques, 3 nous pouvons affirmer avec certitude
qu'il est erroné de parler de la présence d'une population rou-
maine en Hongrie avant la fin du XII e siécle.
Deux faits nous autorisent particuliérement á fairé cette
constatation. L'un, c'est que pendant que des centaines de char-
tes signalent la présence des Hongrois et celle des Saxons en

1
Voir Louis Tamás: Rómaiak, románok és oláhok Dacia Trajánában.
(Romains, Romans, Roumains dans l'histoire de la Dacia Trajane). Budapest,
1935. (paru aussi dans AECO. I—II.)
2
Cf. Tamás: o. c. p. 218.
3
Voir particuliérement Etienne Kniezsa: Ungarns Völkerschaften im
XI. Jahrhundert (mit Kartenbeilage). AECO. 1938. p. 241 et suiv.
Transylvanie, seules 17 chartes authentiques y mentionnent des
Roumains au XIII e siécle, Dans ce nombre ne sont pas comprises
les chartes qui ne font que répéter les mémes données, Jusqu'á
1283 il n'y est pas question de colonisation roumaine. Quant
aux premieres données provenant de 1223, 1224, 1250 et de
1252, elles constatent, sans exception, la présence des colons
roumains dans le mérne terrítoire déterminé, d'une étendue li-
mitée, á savoir dans le coín Nord-Ouest du comitat de Fogaras,
Ce n'est qu'en 1247 que des Roumains apparaissent aussi dans
une autre région de la Hongrie. 4 Le deuxiéme fait d'ímpor-
tance capitale, c'est que selon le témoignage des documents
authentiques de l'époque, une population roumaine fort nom-
breuse vivait, au XII e siécle, en Serbie et en Bulgarie. Aux
XII e , XIII e , et XIV e siécles les princes serbes édictérent nom-
breuses chartes relatives aux pátres roumains de Serbie, mais
dés le début du XV e siécle les documents ne font plus mention
d'eux. 3 En Bulgarie l'élément roumain jouait, au XII e siécle, un
róle tellement ímportant que l'on désignait l'État de Bulgarie
recréé du nom de ,,Bulgaria et Vlachia"; la premiére dynastie
était d'origine roumaine, et le plus grand roi, Ionitza que les
Grecs appelaíent Kalojoannes (de 1197 á 1207), se faisait donner
le titre de roi des Bulgares et des „Vlachs". Cependant, sous le
régne de ses descendants, on ne se servait plus du second terme:
le pays et la dynastie prirent tous deux un caractére exclusive-
ment bulgare. La population roumaine de la Bulgarie disparut
complétement. 6 Est-íl permis de voir dans ce fait le phénoméne
d'une simple absorption? Mais comment expliquer alors le main-
tien des Roumains jusqu'au XII e siécle parmí les Serbes et les
Bulgares avec lesquels ils avaient vécu en communauté dés le
VII e siécle et leur survivance jusqu'á nos jours en Transylvanie,
au milíeu des Hongrois? Comment expliquer ces deux faits si
l'on admet que deux ou troís siécles auraient suffi pour que les
Roumains de Serbie et ceux de Bulgarie fussent absorbés par
les peuples au sein desquels ils vivaient? II ne s'agit pas dans
ce cas d'absorption, mais de Tévacuation d'un terrítoire, de l'émi-
gration de toute une population. La langue, la culture et les

4
Voir notre Collectíon de Chartes aux années correspondantes,
5
Silviu Dragomír; Vlahii din Serbia. Anuarul Instit, de Istorie Na{. Cluj.
I. 1922. p. 279 et suiv.
6
Voir C. C. Giurescu: lstoria Románilor. Bucure?ti, 1935, I. p, 296 et suiv.
institutions des Roumains qui habitent au Nord du Danube, con-
courent á appuyer cette thése.
On ne peut indiquer avec une entiére certitude la cause de
cette émigration de grandé envergure dans la direction de la
Hongrie, mais on ne risque pas de se tromper en cherchant
ses motifs dans le grand soulévement des Bulgares et des Rou-
mains, en 1185, contre l'empereur byzantin. Les guerres qui
durérent dix ans, troublaient les Balkans. 7 Elles paralysaient
surtout la vie pastorale qui était la principale occupation des
Roumains. Tout autre était la situation en Hongrie. La paix
régnait dans les montagnes de la frontiére. Ces circonstances fa-
vorables expliquent le commencement de l'émigration. Les cau-
ses qui lui donnérent un caractére régulier et eurent pour résul-
tat le déplacement de la majorité des Roumains balkaniques,
nécessitent un examen plus approfondí. II est certain qu'on les
trouve dans les conditions de vie trés favorables de la Hongrie
et dans les priviléges que les rois de Hongrie ne tardérent pas
á accorder aux nouveaux venus.

La vie pastorale des Roumains.


Le développement de la colonisation roumaine en Hongrie
nous apparaitrait comme une série d'événements incompréhensí-
bles et troubles si nous ne connaissions pas la maniére de vivre
des Roumains. Dans la Péninsule des Balkans, déjá aux XI e et
XII e siécles, on appelait ,,vlach" tous ceux qui menaient la vie
des pátres nomades. 8 C'est ainsi que le nom d'un peuple finit
par désigner une profession. Cette habitude se retrouva aussi en
Hongrie oü on rencontre en 1483 un „Gyenge Johannes wolahus
seu pastor", 9 pátre ayant un nom purement hongrois et mentionné
dans le comitat de Pest oú il n'y a jamais eu de population rou-
maine. Un historien hongrois, M. Etienne Szabó a démontré d'une
fa<;on convaincante que la grandé majorité des „possessiones
valachales" mentionnées, au XIII e siécle, dans le comitat d'Ugo-
csa, se constituait d'éléments ethniques ruthénes qui n'étaient
dénommés ,.roumains" qu'á cause de leur profession. 10 Ces con-
sidérations non seulement nous préviennent d'admettre á la

7
Voir la note précédente.
8
Cf. Tamás: o. c. p. 47.
9
Ibid.
10
Etienne Szabó: Ugocsa megye (Le comitat d'Ugocsa). Budapest,
1937. p. 193.
légére une interprétatíon ethnique du mot de ,,vlach ", mais elles
attirent aussi notre attention sur le fait que l'occupation ances-
trale des Roumains était la vie pastorale, á savoir la vie des
pátres nomades.
Les pátres roumains étaient des montagnards, D'aprés le
témoignage de nos chartes, les animaux élevés par eux indiquent
qu'il s'agit dans leur cas d'un élevage d'animaux en haut pátu-
rage ou dans les bois: ils élevaient, en premier lieu, des moutons,
des chévres, en second lieu des porcs et des chevaux. Le fait
qu'il faut entendre dans ce cas des chevaux de petite taille, es-
péce que l'on peut páturer en haute montagne, est suffisamment
prouvé par la situation actuelle et aussi par le texte d'une
charte de l an 1381, reproduite au no. 260. Les bétes á cornes
qui préférent les páturages de la plaine, sont beaucoup plus ra-
rement mentionnées chez les Roumains de Hongrie au cours du
XIII e et du XIV e siécles; cependant, elles sont signalées, dés
1381 et 1392, chez les Roumains habitant le territoire appelé
plus tard le Banat, oú la colonisation était dans un état trés
avancé. De ce poínt de vue il est caractéristique que nos char-
tes du XIII e et du XIVC siécles, parlant des impóts payés par
les Roumains, ne font mention, d'une fa^on constante, que de leur
élevage de moutons, de porcs et de chevaux, Signalons pourtant
quelques cas sporadiques d'oü il ressort que les Roumains s'ac-
quittaient de l'impőt aussi en argent comptant (Voir no. 303.)
ou par prestation de boeufs (voir le document no. 424,),
Le métier de pátre nomade est le type mérne de la vie
nomade. La migration des pátres roumains se faisait en deux
directions. La premíére les conduisait d'un páturage á l'autre,
situés sur une ligne paralléle aux grandes montagnes. La carte
ci-jointe montre d'une fa^on suggestive comment les Roumains,
partis de la Péninsule des Balkans, apparurent, toujours pous-
sant vers le Nord, dans la premiére moitié du XIII e siécle, dans
les Karpathes du Sud et, dans la seconde moitié du siécle, dans
le montagnes de Bihar, pour arriver enfin, au XIV e siécle,
dans les montagnes de Máramaros et celles de Bereg. La seconde
forme de la migration est la soi-disante transhumance qui con-
siste pour le pátre á páturer ses troupeaux en été dans les mon-
tagnes et á les mener, en hiver, dans les plaines situées aux
deux versants des montagnes. Au siécle passé on connaissait en-
core cette transhumance des pátres roumains qui, partis des mon-
tagnes de Transylvanie, parvenaient, dans la direction du Nord
et dans celle de l'Est jusqu'en Bessarabie, jusqu'á la Crimée
mérne, dans la dírection du Sud jusqu'au Bas-Danube, dans la
direction de l'Ouest jusque sur la rive de la Tisza. Notre collec-
tion de chartes offre également des données relatives á cette
transhumance. Elle indique par exemple que les Roumains, su-
jets au chátelaín de Sólyomkő, dans le comítat de Bihar, avaient
mené, en 1357, leurs porcs au panage dans les chenaies des raa-
rais de Nyírcsaholy, commune située dans le comitat de Szat-
már et fort éloignée de leur domicile oű ils étaient rentrés l'au-
tomne venu. (Voir le document no. 99) Deux autres cas de trans-
humance sont encore mentionnés dans nos chartes: l'un en 1357
á Kérsemlyén, dans le comitat de Szatmár (voir le document no.
98), l'autre en 1374 aux envírons de Mészpest, dans le comitat
de Zemplén (voir le document no. 209), deux endroits fort éloi-
gnés du territoire peuplé de Roumains. Cette migration á une
distance peu considérable s'entend d'elle-méme, puisque dans les
montagnes le bétail manquait de páture en hiver. 11
Outre ces preuves indirectes (manque de l'élevage de bétes á
cornes et de l'agriculture), nous disposons de données précises dé-
montrant nettement que la majorité des Roumains de Hongrie
menaít, au cours du XIII e et du XIV e siécles, la vie des pátres
nomades. En 1363, á l'occasion du bornage d'un domaine aux
environs de Krassószékás, on se trouva dans l'impossibilité
d'assigner les kénézes roumains „propter eorundem mansionis
seu resídentie íncertitudínem" (voir le document no. 126). En
1373, le Pape écrivit au sujet des Roumains habitant aux envi-
rons de Karánsebes: ,,Wlachi scismatici, quorum nonnulli in pas-
cuis et tentoriis habitant, anímalia, quibus habundant, pascendo."
(Voir le document no. 202) Encore au début du XIV e siécle un
chroniqueur, Antoine Verancsics décrit les Roumains comme suit:
,,rari in apertis locis incolae, montibus ac silvis plerumque cum
suo pecore pariter obditi." 12 II va sans dire que ce genre de vie
déterminait aussi le caractére des établissements roumains. Parmí
leurs habitations les plus primitives sont des cabanes de pátres
dispersées dans les montagnes et ne formánt aucune aggloméra-
tion, ni village. Elles comprenaient une seule piéce que le pátre
employait plus á y préparer et á y mettre en dépőt les produits
de laiterie qu'á y habiter. Nos chartes les mentionnent sous le

11
Pour les deux sortes de migration voir une étude allemande, Alfréd
Malaschofsky: EinflüBe des Hirtenlebens auf die Entwicklung von Volk und
Staat in Rumánien. Südostdeutsche Forschungen. Leipzíg, 1939. III. p. 810.
12
Monumenta Hungáriáé Historica, Scriptores II. Pest, 1867. p. 143.
nom de „descendus in alpibus" (voir le document no, 252, de
Fan 1830), ou sous le nom de ,,locus estivalis" (voir le docu-
ment no, 131, de l'année 1364). La charte du Pape dont nous
venons de citer un passage, les désigne du nom de tente (en la-
tin „tentorium"). L'archétype de village á cabanes de pátres iso-
lées, tel que l'on en trouve encore dans les régions montagneu-
ses de Hátszeg et de Bihar, puis le type de maison comprenant
une piéce et un réduit s'ouvrant sur l'extérieur et n'ayant pas
de communication intérieure avec la chambre (maison á cámará)
gardent encore le souvenir de cette forme d'établissement primi-
tive qui dévait étre généralement répandue parmi les Roumains,
Quand les pays de l'Europe orientale furent peuplés, la migra-
tion des pátres le long des montagnes cessa pendant que la
transhumance continuait d'étre pratiquée. Ainsi les établisse-
ments provisoires devinrent des colonies définitives tout en gar-
dant, dans leurs grandes lígnes, la forme primitive, Seule la ca-
bane de pátre se modífía et devint cette fois une véritable
maison. 13

L'apparition des Roumains en Hongrie.


e
A la fin du XII siécle les habitants de Transylvanie, les
Hongrois, les Allemands et les Slaves — ces derníers, dont les
ancétres y avaient vécu déjá avant la Conquéte du pays ou qui
s'y étaient pénétrés plus tard, en voie d'absorption par la ma-
jorité — y vivaient établis dans des víllages. Dans ces conditions
il va sans dire que les établissements formés par les cabanes
dispersées des pátres roumains ne passaient point pour des víl-
lages, qu'ils n'avaient pas de noms et que les autorités ne tenaient
pas compte d'eux et cela d'autant plus les pátres changeaient
constammant, au cours de leurs migrations, leurs líeux de domi-
ciles, Ce fait explique pourquoi nous ne connaissons, avant 1283,
aucun nom des premíers établissements provisoires des Roumains.
Pourtant, les nouveaux venus ne passaient pas inapertpus, ils
ne restaient sans surveillance non plus, Juste á l'époque de leur
premiere apparition dans le pays les rois de Hongrie s'occu-
paient á peupler la région frontiére de la Transylvanie du Sud
(voir les annotations des documents nos, 1, 3 et 4,), Ils desti-
naient un rőle dans leur plan de colonísation aux Roumains
aussi, L'élément ethnique que les Roumains, pátres montagnards

13
Cf. La Transylvanie, pp. 712 et 747.
pouvaient apporter, manquait en Transylvanie: les Hongrois,
pátres des plaines et laboureurs, avaient colonisé la partié du
pays quí va jusqu'á la hauteur des foréts de hétres. La région
des montagnes était ínhabitée et économiquement inexploitée. Les
Roumains paraissaíent étre aptes á se charger de la défense des
írontiéres et á exploiter le pays des montagnes. Ainsí les auto-
rités de la couronne cédérent aux premiers émigrés roumains des
páturages dans le comitat de Fogaras, dans le voisinage des
terres des Saxons, des Petchénégues et des Sicules (terra ou
silva Blacorum. Voir le document nos, 1 et 4.) Dans la Hongrie
du moyen ^age, les terrítoires ínhabités ou, pour mieux dire, les
territoíres que les Hongroís de la Conquéte n'avaíent pas occu-
pés étaient la propriété du roí et íls s'appelaíent „desertum"
ou autrement ,,la terre royale" (Könígsboden). Les personnes
qui s'y établíssaient relevaient directement du roi, Celui-ci pia-
cait au-dessus des colons un officier chargé du contrőle et se
réservait á soí-méme de les imposer. La plus grandé partié des
régions montagneuses était possession royale. La région des
hauts páturages habitée par une population slave peu nombreuse
ou, souvent, toute déserte, attírait les Roumains des Balkans.
L'émigration de ceux-ci fut facilitée par les rois de Hongrie eux-
mémes pour des motifs de défense nationale et pour des raisons
d'ordre économique, C'est aínsi qu'aprés avoír apparu dans le
comitat de Fogaras, les Roumains parurent, déjá au XIII e siécle,
dans les comítats de Brassó, de Szeben, de Hunyad, de Bihar et
d'Alsófehér, c'est-á-dire dans la région montagneuse du Sud et
dans celle de l'Ouest de la Transylvanie, partout oü ils trou-
vaíent des hauts páturages, Les montagnes de la frontiére oríen-
tale qui étaient, par manque d'alpages, inaptes á les recevoir, ne
sont habitées, mérne de nos jours, que par des Sícules.

L'établissement des Roumains.

La grandé invasion des Mongols en 1241—1242, marqua un


tournant décisif dans la vie des Roumains de Transylvanie. Jus-
que-lá les Hongrois et les Allemands suffisaient pour peupler
entiérement les terrítoires cultivables, de plus, ils disposaient
déjá d'un si grand excédent de population qu'ils fínirent par
peupler aussi les vallées des fleuves et les bassins haut situés
(les comítats de Szörény, de Háromszék, de Csík et de Mára-
maros) et par envoyer des essaims en Moldavie, en Petite Va-
lachíe et en Grandé Valachie (alors Coumanie et le Banat de
(

Szörény). 14 Sí cette évolution avait suivi son cours, les Rou-


mains de Transylvanie auraient dü rester dans les limites de
leur vie de pátres montagnards ou, descendus dans les plaines,
ils auraient été absorbés par les majorités hongroise et allemande.
Mais l'invasion des Mongols eut un résultat des plus funestes:
des centaines de villages furent complétement dévastés, leurs ha-
bitants massacrés ou faits prisonniers par 1'enriemi; ceux qui
restérent en vie, se réfugiaient dans les foréts et dans les mon-
tagnes. On a eu beaucoup de peine de les attirer hors de leurs
cachettes aprés le désastre. Les chefs tatares, Kadan et Bogoutay
traversérent les vallées de la riviére de Szamos, de la Maros,
des Kőrös et de l'Olt, c'est-á-dire une région á population trés
dense et en route ils exterminérent, en premier lieu, la popu-
lation d'origine hongroise. Les Roumains non liés á un lieu dé-
terminé et habitant les montagnes peu praticables, furent épar-
gnés de ce coup fatal. Ainsi, il est tout naturel que les grands
propriétaires terriens pensérent á eux quand ils devaient sup-
pléer au manque de main d'oeuvre rurale.
Ainsi l'invasion des Mongols eut deux conséquences pour le
pays: d'une part elle déclencha l'émigration des Roumains de
la région des montagnes vers les plaines, d'autre part elle causa
que l'agriculture en Transylvanie tómba en décadence vu que les
Roumains, éleveurs d'animaux, avaient besoin de plusieurs síé-
cles pour s'adonner, au moins á tour de rőle, á l'agriculture
aussi, Dans ces circonstances, l'agriculture resta longtemps á
l'état embryonnaire. Une civilisation primitive se propageait ra-
pidement en Transylvanie et y laissa une empreínte que l'on
retrouve encore de nos jours, dans certaines régions.
Les propriétaires terriens avaient de grandes difficultés á
vaincre en rapport avec l'établissement des Roumains, puisque
ceux-ci vivaient jusque-lá exclusivement sur les propriétés du roi
á qui ils payaient directement leurs impőts. La quinquagesima que
l'on percevait sur leurs revenus, assurait, d'aprés le témoignage
de nos documents nos. 12 et 14, un bénéfice considérable au roi
qui en aurait été dépourvu s'il avait permis que les Roumains
14
Radu Rosetti: Despre Unguri episcopiile catolice in Moldova
(Analele Acad. Rom. S. Ist, ser. 2. XXVII.) Bucure?ti, 1905. p. 249 et suiv.
Gábor Lükő: Havaselve és Moldva népei a X—XII. században. (Les élé-
in ents ethniques de la Valachie et de la Moldavie aux X—XII e siécles.)
Ethnographia-Népélet, 1936. Ladislas Makkai: A milkói (kun) püspökség és
népei. (L'évéché (couman) de Milkó et la population de son territoire).
Debrecen, 1936. pp. 26—34.
s'établíssent dans des domaines prívés. Pour cette raison, les
chartes interdisant aux Roumains de quitter ,,les terres royales"
se succédérent au cours du XIII e siécle. Cependant, il arriva,
que, sous le régne du roi Ladislas IV (1272—1290), en consé-
quence des guerres civiles, le pouvoir central s'affaiblit et le
contrőle exercé par lui se relácha. En vue de s'attacher des par-
tisans, le roi lui-méme permit le premier aux Roumains de s'éta-
blir sur des propriétés privées (voir nos documents nos. 21, 22
et 24). Le roi André III (1290—1301) essaya d'enrayer ce mou-
vement dangereux et ordonna de ramener dans sa propriété
royale de Székes tous les Roumains établis dans des propriétés
privées, ce qui prouve que jusque-lá peu de Roumains y avaient
pénétré. Bien vite, le roi lui-méme se vit obligé de fairé des ex-
ceptions (voir les documents nos. 20 et 21) et aprés sa mort, en
conséquence des troubles intérieurs, les bénéficiers et les sei-
gneurs pouvaient se donner plein pouvoir á coloniser de Rou-
mains leurs propriétés.

Les différentes colonies roumaines.

Parmi les neuf colonies roumaines que nos documents nous


font connaitre au XIII e , siécle, il y en a sept dont la date de
naissance est connue (Illye, Fenes, Szád en 1292, Fülesd, Enyed,
Dálya, Ompoica aprés 1272). Quatre colonies se formérent donc
sous le régne de Ladislas IV, tandis que trois colonies ne sont pas
antérieures á 1292. Les deux colonies d'Oláhtelek (1283 et
1295.) furent fondées, comme leur nom l'indíque, dans une ré-
gion habitée par des Hongrois et elles devaient étre de grandeur
peu considérable, autrement on ne les aurait point appelées ,,telek"
(lopin de terre) et on ne se serait pas servi de l'adjectif ,,oláh"
(roumain). Nous ne devons pas ignorer que le mot ,,telek" dési-
gnait au moyen áge une petite propriété dont les produits suffi-
saient á nourrir une famille de serfs. L'adjectif ,,oláh" servait á
distinguer la colonie perdue dans une région non roumaine. II
n'est pas superflu de remarquer que sept colonies sur neuf ont des
noms d'origine purement hongroise, tandisque deux noms sont
d'origine slave (Dálya et Ompoica). Ces propriétés que l'on con-
state pour la premiére fois au XIII e siécle, finissent par avoir au
siécle suivant le caractére d'une loi. La majorité de plusieurs
centaines de villages roumains de Hongrie ont en effet des noms
d'origine hongroise; nombreux villages portent des noms d'ori-
gine slave, moins souvent des noms d'origine allemande et il
y a trés peu de villages au nom d'origine roumaine, Le premier
de ceux-ci est mentionné en 1337, sous le nom de Kaprevár
(voir le document no. 49) On ne peut ne pas tenír compte d'un
fait trés significatif: tous les grands fleuves de la Transylvanie,
sans exception, ont un nom d'origine inconnue ou bíen d'origine
hongroise, slave ou allemande, et s'íl existe des formes rou-
maines de ces noms de fleuves, elles ont été empruntées á ces
troís langues. 15 C'est aussi le cas de tous les noms de lieux con-
nus avant le XIV e siécle.16 Les chartes édíctées au XIV e siécle
ne mentionnent que six villages á noms d'origine roumaine
[Kaprevár en 1337, Nuksora en 1359, Margina en 1365, Radest
en 1369, Charamida en 1373, Szekuláj en 1379). En dehors d'eux
il n'y a que les monts et quelques petites riviéres quí aient une
dénomination d'origine roumaine (monts: peut-étre Neutidul, en
1307; Pelys en 1341; Gegeuch en 1358; Nedele en 1373; fleuves:
Riusor en 1377; Chernyswara en 1380; Malanista en 1389;
Síromba en 1390.) II ressort de tout cela qu'á l'exception de la
région des hautes montagnes, et parfois mérne la aussi, les Rou-
mains étaient partout devancés par des colons d'une autre race,
surtout par des Hongrois et des Slaves. Le terme de „oláh" (rou-
main) se rencontre trés souvent comme la premiére partié de
noms composés désignant des villages roumains, Ce fait sígnifie
que d'habítude les Roumains s'établíssaient dans le voísínage
d'un village hongrois ou dans celuí d'un village slave; leurs maí-
sons prímitíves y avaient au commencement le mérne rőle de
simples annexes comme de nos jours les cantonnements des Bo-
hémíens aux extrémités des villages, Dans la suite oü la colonie
roumaine s'allia au village (c'est le cas le plus fréquent) con-
servant, ou pour mieux díre, empruntant le nom ancien d'origine
hongroise, slave ou allemande de celuí-ci, oü elle se développa
séparément et prit le nom du village ,,frére" précédé du qualífi-
catíf de ,,oláh". Nous avons nombreux exemples pour tous les
deux cas, et nous connaissons méme des formes míxtes et des
formes de transition. 17

15
Etienne Kniezsa: Die geographischen Namen Siebenbürgens, Étude
dans l'album „Siebenbürgen". Budapest, 1940. p. 77.
16
Ibid.
17
On mentionne en 1364 un village roumain á propos du bornage de
la commune de Szekérberéte. Plus tard il s'allia á la commune et aujourd'hui
les deux ne font qu'un seul village á population mixte, Sans aucun doute,
cela arriva aussi á plusieurs autres villages an nom d'origine hongroise ou
autre mais ayant une population roumaine, Dans quelques-uns de ces vil-
Une forme d'établissement spéciiiquement roumaine est le
village kénézial, répandu dans les montagnes de l'Ouest, dans
les comitats de Hunyad, de Krassó, de Temes, de Bihar, de
Szilágy, de Máramaros et de Bereg. C'étaient de petites agglo-
mérations humaines 18 habitées á peine par quelques hommes que
le kénéze avait conduíts d'un grand village voisin sur le terrain
oü allait s'élever le nouveau village perdu dans une région cou-
verte de bois et jusqu'alors inhabitée. Ordinairement le village
prit le nom du kénéze. Ces colonies sont postérieures aux deux
autres genres d'établissements que nous venons de mentionner.
Leur postériorité est prouvé d'une part par leurs noms compo-
sés (le nom du kénéze fondateur est suivi de falva „village",
de háza „demeure" et de telke ,,tenure" qui ne se repandirent
pas en Hongrie avant le XIV e siécle), d'autre part par le
fait qu'au XIV e siécle nous trouvons souvent le kénéze
vivant encore dans le village auquel il avait donné son nom.19

lages la population primitive fut complétement absorbée par les nouveaux


venus. Noms doubles de villages: Szászerkes-Oláherkes (1310), Magyar-
báród—Oláhbáród (1390), Magyarkapus—Oláhkapus (1391), Magyarfráta—
Oláhfráta (1391). Pour la plupart, on peut démontrer la priorité du vil-
lage hongrois ou celle du village saxon. La fondation d'Oláhfráta est ra-
contée dans une charte de 1391. D'aprés le récit, dans le village de Fráta
„magnam villám Olachorum descendi fecissent." Plus tard les deux colo-
nies s'étaient séparées et elles restérent séparées jusqu'á présent. L'histoire
de Magyar-Bocsárd et d'Oláh-Bocsárd est curieuse. En 1346 Pierre, vice-
vo'ívode de Transylvanie établit par force des Roumains dans le domaine
appelé Bocsárd du chapitre de Transylvanie. C'est de cette colonie que se
développa le village d'Oláhbocsárd.
Cas mixtes: Bányabükkfalu. Au commencement il n'y avait qu'un
seul village hongrois. En 1358 on mentionne les villages roumains qui
lui appartiennent. En 1416 le village se dédoubla. Ainsi naquirent Magyar
Banabiky et Oláh Banabiky qui se réunirent á la suite et forment aujourd'hui
un seul village á population mixte dénommé en hongrois Bányabükk et
Banabic en roumain. Le nom primitif de tels villages géminés trahit
toujours la nationalité de la population de l'établissement primitif. Dans
les cas que nous venons d'énumerer, la population était toujours d'origine
hongroise. Nous n'avons aucune donnée du contraire.
18
Voir nos documents nos. 242 et 324. — Parmi les trois villages des
kénézes Guden, Pál et István, situés dans le comitat de Krassó, il n'y
avait que deux dont chacun était habité par 5 serfs, tandis que le troisiéme
village ne comptait que 4 habitants. Parmi 22 villages kénéziaux il ne
se rencontrait que 4 oü il y avait plus de 20 serfs; dans 8 villages le nom-
bre respectif des serfs n'atteignait pas le chiffre 10.
19
Par exemple: Gergelyfalva (1343, 1389), Fintafalva (1343, 1369), Pri-
bifiamiklós falva (1369, 1380, 1389), Supafalva (1369, 1389), Nekcsefalva
(1376), Jánoskenézfalva (1389), Kecsafalva (1389), Fileskenézfalva (1378,
Or, si le fondateur est en vie, cela prouve que la fondation du
village remonte tout au plus á un demi-siécle, II est caractérís-
tique que ce genre de village se rencontre plus souvent sur des
propriétés privées que sur les domaines royaux. Ce fait nous
permet de conclure á nouveau que ces villages avaient été fon-
dés á une époque relativement moins reculée, puisque les Rou-
mains n'apparurent sur les propriétés privées que bien aprés
leur établíssement dans les domaines du roi. Ces villages avaient
peu d'importance et un caractére provisoire comme leur dispa-
rition et le fait qu'ils ont depuis changé de nom, le prouve suffis-
samment.

La société roumaine primitive.


L'organisation de la société roumaine de Hongrie telle
qu'elle nous est présentée par les premiers documents y relatifs,
manque de tous traits de caractére qui prouveraient ses origines
locales ou déceleraient une longue vie en commun sur les mémes
lieux, Parmi les Roumains il n'y a pas de trace de traditions
nationales fondées sur les liens du sang, moins encore d'une
ferme organisation de tríbu. Leurs organisations politiques sont
absolument artificielles: elles nous font penser á une population
de colons dont les petites troupes occasionnellement réuníes ne
cessaient pas de s'infiltrer dans notre pays. La colonie adminis-
trée par le kénéze est la moindre et en mérne temps la plus
grandé unité sociale chez eux; les organisations administratives
de plus grandé envergure quí les reliaient entre elles, doivent
sans doute leur naissance á l'initiative des pouvoirs publics
hongrois.
Aujourd'hui le röle du kénéze n'a plus de mystére pour
nous. Le nom lui-méme est, comme on le sfiit, d'origine germani-
que (11 provient de 'kuníng' qui signifie roi), mais les Hongrois
et les Roumains le doivent également á l'intermédíaire des Sla-
ves (knjezó). Pendant que les peuples slaves s'en servaient gé-
néralement dans son acception de „chef" ou de „prince", chez
les Roumains primitifs le kénéze n'était point le souverain de
son peuple, mais un chef populaire, une sorté de guide élu,
„primus inter pares", qui dévait partager le pouvoir avec les

1389) situés dans le comitat de Krassó; Stroyafalva (1366) situé dans le


comitat de Hunyad; Makszemháza (1341), situé dans le comitat de Bereg;
Gyulafalva (1349), Gorzóháza (1349), Dormánháza (1376), dans le comitat
de Máramaros, etc.
anciens du peuple (seniores). 20 Le titre de kénéze et l'organisa-
tion politique y correspondante, le kénéziat, les Roumains les
avaíent apportés des Balkans; nous en retrouvons les traces chez
les Roumains de Serbie depuís disparus, dans les deux voívo-
dats roumains, en Valachie et en Moldavie aussi, 21 Le mot de
„kénéze" était connu mérne en Hongrie, et cela avant l'appari-
tion des Roumains dans le pays, dans les comitats de Sopron,
de Nyitra, de Zemplén et en Bosnie, territoires sur lesquels ni
avant ni aprés on ne peut retrouver aucune trace de la présence
des Roumains. 22 Ces faits nous permettent de conclure que le
kénéziat n'était nullement une organisation politique originale
des Roumains, mais qu'elle a été empruntée aux peuples voisins.
Pour désígner le kénéze, les Roumains de Hongrie ne se ser-
vaient point du slave knjezó, mais du chinez, provenant du hon-
grois kenéz, et le mot subsiste encore sous cette forme dans le
langage populaire roumaín de nos jours, 23
Eu égard á la situation spéciale de Hongrie, nous devons
considérer le kénéze comme le chef populaire d'une troupe de
Roumains occasionnellement réunís dans le but de chercher une
nouvelle patrie pour s'y établir. Sa missíon se bornait á repré-
senter les futurs colons devant le propriétaire du lieu de coloni-
20
Nous manquons de preuves posítives concernant l'élection des
kénézes, mais nous savons que les Roumains de Bereg procédaient par élec-
tion au choix mérne de leur voi'vode (voir le document no. 139, de l'année
1364) Du fait que primitivement le kénézat n'était point une dignité trans-
missible du pére au íils par succession, il ressort clairement que l'on dé-
vait Télire (voir le document no. 232, de l'année 1377), Quant á l'état juri-
dique des kénézes, égal á celui des Roumains communs, nous avons de for-
tes preuves dans une charte de 1360 (voir le document no, 112), selon le
texte de laquelle les kénézes prennent part, en compagnie des Roumains
communs, aux assises du tribunal de district.
21
Cf. Dragomir: o. c. p. 281 et Giurescu: o. c. t. II, p, 467.
22
Voir le document no, 428 et la note 2.
23
Cf. Bogdán, Despre cnejii románi. Anal. Acad. Rom. Mem, Sect, Ist,
Sér. 2. t. XXVI (1903—4) p, 13. — Pour plus de renseignements, cf. Ladislas
Hilibi Gál: Vizsgálódás az erdélyi kenézségekről. (Considérations sur les
kénézats transylvains). Nagyenyed, 1846. — Joseph Kemény: Über die
ehemaligen Knesen und Keneziate der Walachen in Siebenbürgen. Kurz's
Magasin II. 1848. — Francois Sólyom Fekete: Vázlatok az oláh kenézi in-
tézmény történetéhez (Contributions á l'histoire du kénézat chez les Rou-
mains). A Hunyadmegyei Tört. és Rég, Társ. 1884. évi évkönyve (Annuaire
de la Société Historique et Archéologique du Comitat de Hunyad, en 1884).
Tivadar Lehoczky: Adalékok az oláh vajdák, oláh és orosz kenézek vagy
soltészok intézményéhez. (Contributions á l'histoire des voi'vodes roumains
et des kénézes ou scultétes roumains et russes). Tört. Tár, 1890,