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La valorisation des boues issues de stations


d'épuration par des procédés
thermochimiques: les pr....

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Olivier Boutin Nicolas Roche


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LE THÈME DU MOIS
LES BOUES

La valorisation des boues issues


de stations d’épuration par des
procédés thermochimiques: les
procédés de gazéification, une
alternative dans le traitement
des boues
Réalité et perspectives
Dr Olivier Boutin, IUT
de Marseille, Dpt.
GCGP, EA 884 Univer- Des études sont actuellement effectuées pour diminuer la quantité de
sité d’Aix-Marseille boues produites par les stations d’épuration. Il est cependant indéniable
que cette quantité de boues restera importante et augmentera à cause de
la croissance de la population et du nombre ou des capacités des stations.
Par exemple, la France compte actuellement environ 12000 stations d’épu-
ration qui produisent par an environ 850000 tonnes de boues (exprimées
en matière sèche). On peut considérer qu’à l’horizon 2005, cette produc-
tion atteindra 1,3 Mt, en raison notamment de l’application de la Directive
européenne 91/271 de 1991 sur les eaux résiduaires (source: Ademe).

Prof. Nicolas Roche,


IUT de Marseille, Dpt.
GCGP, EA 884 Univer-
sité d’Aix-Marseille

ABSTRACT utilisation des boues issues de sta-

L’
tant and will increase because of the growth of
Sewage sludge reuse with the population and the number or the capacities tion d’épuration se fait actuelle-
thermochemical processes : of treatment plants. For example, France counts ment selon différentes filières
gasification processes, an at present about 12 000 wastewater treatment classiques : utilisation agricole, épandage,
alternative in sewage sludge plants which produce a year about 850000 tons mise en décharge, incinération. Les pre-
treatments - State of the art of sewage sludge (expressed in dry material). mières filières citées sont soumises à des
and future prospects One can consider that on the horizon 2005, this normes de plus en plus sévères. Récem-
Studies are at present made to decrease the production will affect 1,3 Mt, in reason notably ment, les dépôts en mer ont été interdits et
quantity of sewage sludge produced by water- of the application of the European Directive les lois européennes sur l’épandage sont
treatment plants. It is however unmistakable 91/271 of 1991 on urban wastewater (source : devenues beaucoup plus sévères. D’autre
that this quantity of muds will remain impor- Ademe). part, à partir de juillet 2002, seuls les déchets
1 - L’EAU, L’INDUSTRIE, LES NUISANCES - N° 247
sont promulguées pour les rejets de micro
polluants et de métaux lourds.
Une technique consiste à réaliser un com-
poste par mélange des boues (50 % en
masse) avec des co-produits (paille, sciure,
écorces, déchets verts). Le compostage
consiste en une dégradation par voie aéro-
bie des matières organiques fermentes-
Figure 1: Répartition des différentes destinations des boues en 1998 (entre parenthèses sont don- cibles. La température doit atteindre entre
nés les pourcentages correspondants en France) 55 et 65 °C pendant quatre heures. Elle
conduit à la production d’un compost riche
ultimes seront acceptés en décharge (il ¨ le dernier point concerne le transport en matières humiques et à un dégagement
devrait cependant y avoir, au moins au éventuel des boues avant ou après traite- de CO2, NH3, H2O, N2, de chaleur…
niveau des échéances, un assouplissement). ment, qui doit être réduit au minimum car il Même si cette option est importante du
La filière thermique est en pleine expansion entraîne rapidement une augmentation des point de vue de la quantité de boues traitées,
(incinération), en particulier en co-incinéra- coûts du traitement. elle ne concerne actuellement qu’environ
tion avec des déchets ménagers par Les différentes options d’utilisation des 1 % de la surface agricole française.
exemple. Dans ce cas, les déchets sont inci- boues qui vont être décrites par la suite sont
nérés à des températures voisines de 800- les suivantes: Mise en décharge sur sites appropriés
900 °C et une partie de la chaleur des ¾ valorisation agricole Le principal avantage de cette méthode est
fumées de sortie est récupérée. Le traite- ¾ séchage des boues sa simplicité. Les inconvénients sont d’une
ment thermique comprend également les ¾ incinération part les mauvaises odeurs si les boues sont
différents procédés de valorisation thermo- ¾ valorisation thermochimique mal stabilisées, et d’autre part la présence
chimique qui sont actuellement très peu La partie suivante est une présentation suc- de métaux lourds qui peuvent s’accumuler.
développés pour les boues. cincte des filières classiques. Elles seront Enfin, à terme, seuls les déchets ultimes
Les différentes options de réutilisation des distinguées des filières de valorisation ther- seront acceptés dans les décharges. Il est
boues utilisées actuellement en Europe sont mochimique présentées dans la partie sui- également à noter que la mise en décharge à
présentées sur la figure 1. vante. D’autre part, pour ces dernières, l’ac- la mer est interdite en Europe depuis 1998.
Des critères ont été définis pour qualifier la cent sera mis plus particulièremenr sur les Enfin, cette solution ne donne en aucun cas
qualité des différentes options possibles procédés de gazéification. une valeur ajoutée aux boues issues de sta-
pour l’utilisation des boues (Bridle et al., tions d’épuration.
2000a): Les filières classiques
¨ environnement, protection de la santé: les d’utilisation des boues Séchage thermique des boues
boues contiennent des organismes patho- de station d’épuration Il peut s’agir d’un traitement à part entière
gènes, des virus, des métaux lourds, des ou d’un précurseur à la conversion ther-
composés organochlorés et d’autres pro- Valorisation agricole mique (incinération ou valorisation thermo-
duits chimiques. Selon la filière choisie, cer- Les produits contenant N, P et K peuvent chimique par exemple) ou à l’épandage. Les
taines normes de rejet doivent être suivies. être valorisés en engrais ou par un simple boues subissent préalablement une opéra-
En principe, à partir de 2002, toutes les épandage sur les terres agricoles ou les tion de digestion anaérobie et une déshydra-
boues devront subir une étape de pasteuri- forêts. Cela permet un remplacement des tation mécanique avant le séchage pour
sation (65 °C pendant au moins 30 min, Fur- engrais artificiels, souvent chers, et un diminuer la masse à sécher et fournir une
ness et al., 2000) ce qui est déjà le cas pour retour des matières organiques dans un source d’énergie pour le séchage (biogas,
les procédés de séchage, d’incinération et cycle naturel. Furness et al., 2000). Le taux en eau est
thermochimiques. Il est important de noter que dans ce cas, réduit par vaporisation.
¨ valorisation des boues: les boues utilisées une attention particulière doit être apportée On trouve généralement deux types procé-
doivent apporter une valeur ajoutée, que ce à la qualité des boues (présence de virus, dés de séchage thermique:
soit d’un point de vue nutritionnel dans le produits chimiques, métaux lourds…) pour ¨ séchage direct (les boues sont mises en
cas de l’agriculture (N, P, K) ou par apport que ces polluants ne remontent pas la contact direct avec le gaz caloporteur)
d’énergie dans les options thermiques. chaîne alimentaire (Bridle et al., 2000a). Des ¨ séchage indirect (les apports calorifiques
¨ les valeurs ajoutées définies précédem- contrôles rigoureux doivent donc être effec- se font par l’intermédiaire d’une surface
ment doivent être supérieures à l’investisse- tués. D’autre part, la digestion anaérobie des d’échange).
ment nécessaire à leur création. boues ne permet pas d’éliminer tous les Ces deux techniques permettent d’obtenir
¨ les bénéfices retirés doivent être supé- organismes pathogènes et les virus. Cet des boues granulées jusqu’à 99 % de siccité.
rieurs à l’impact total, sur les plans environ- objectif est atteint soit par séchage ther- Elles peuvent ensuite servir à l’épandage ou
nemental, social et économique, en particu- mique des boues soit par stabilisation chi- à une valorisation thermochimique. Dans le
lier en ce qui concerne la production de CO2. mique. Des normes de plus en plus sévères premier cas, le taux en métaux lourds doit
N° 247 - L’EAU, L’INDUSTRIE, LES NUISANCES -2
Tableau 1 : Exemples d’incinération de boues en Europe

Lieu Méthode Capacité boues Rapport Siccité


Tonnes/an Boues/OM (%) (%) boues sur ordures ménagères de 15 à 20 %.
Les avantages de cette filière sont donc la
réduction importante du volume des boues,
Bordeaux Co - incinération 18000 15 22-35
Monaco Co - incinération 7200 20 25
la destruction thermique d’éléments
Dordrecht Incinération 90000 - 19 toxiques, la concentration des métaux
Nice Co - incinération 27000 15 35-38 lourds dans les cendres et la possibilité de
récupérer de la chaleur. Il faut cependant
être contrôlé. De manière générale, une sic- déchet ultime. Il faut cependant veiller à ce noter que l’épuration nécessaire des gaz a un
cité de 80-95 % est suffisante pour un usage qu’ils ne soient pas facilement lixiviables coût important et que l’incinération à une
agricole, et supérieure à 95 % pour une avant de pouvoir stocker ces résidus en mauvaise image auprès du public. D’autre
conversion thermochimique. Dans le cas décharge en toute sécurité. part, cette filière ne permet pas de stocker
d’une incinération, une siccité de 35-45 % est l’énergie, nécessite une utilisation directe de
suffisante. Ce niveau de siccité est couram- La co-incinération la chaleur produite et dans de nombreux cas
ment obtenu dans les étapes de déshydrata- Dans ce cas, les boues sont incinérées dans un transport des boues.
tion mécanique. des installations existantes, avec des
ordures ménagères le plus souvent. C’est Conclusion
Incinération une solution simple et en général facilement La figure 2 présente l’évolution passée et
Deux types d’incinérations sont à distinguer: réalisable à partir d’installations existantes. future des différentes filières de traitement
d’une part l’incinération spécifique, qui uti- Les systèmes d’épuration des rejets gazeux à classique des boues de station d’épuration
lise uniquement les boues, d’autre part la co- l’atmosphère sont souvent suffisants. Les (Werther et al., 1999). Comme cela a été pré-
incinération qui associe les boues à d’autres problèmes posés sont ceux du stockage, du senté, le rejet à la mer a disparu et la mise
déchets. transport des boues et des capacités de trai- en décharge diminue de façon très impor-
tement. tante. Dans ce dernier cas, la tendance est à
L’incinération spécifique Dans les deux cas, pour le traitement des la mise en décharge de déchets ultimes, c’est
Cette technologie ne connaît pas de déve- fumées, l’usage est de s’aligner sur les à dire après diminution importante du
loppement spectaculaire à cause des coûts normes relatives à l’incinération des ordures volume initial des boues. Il y a aussi la valo-
d’investissement dus aux normes strictes ménagères traduites en droit français par risation agricole, qui se maintient mais qui
d’émission des rejets gazeux. D’autre part, l’arrêté du 25/01/91. D’autre part, les ne peut absorber le volume croissant de
seuls les procédés intégrant des schémas recherches actuelles tendent à essayer de boues produites, principalement à cause des
auto thermiques, c’est à dire où il ne faut pas récupérer le maximum d’énergie produite normes d’épandage de plus en plus sévères.
dépenser d’énergie supplémentaire, sont lors d’une incinération. Il reste enfin l’incinération, qui se développe
intéressants du point de vue énergétique. de façon très importante (en particulier la
Les premières installations d’incinération Synthèse de quelques cas existants co incinération dans des usines déjà exis-
remontent à 1966 (OTV Pyrofluid) et 1970 Le tableau 1 donne des exemples de stations tantes) et qui a donc un avenir certain.
(Degremont). Il s’agissait de fours tubulaires d’épuration utilisant l’incinération pour trai- Le tableau 2 présente les coûts économiques
rotatifs, aujourd’hui remplacés par des fours ter tout ou partie de leur boue. La plupart des ces différentes filières. Il apparaît que
à lit fluidisé. utilisent la co-incinération, avec un rapport l’incinération a un coût sensiblement plus
La conception d’une unité d’incinération
s’effectue sur la base de critères qui pren-
nent essentiellement en compte la valorisa-
tion thermique : la chaleur sensible des
fumées est ainsi récupérée (pour réchauffer
l’air comburant et de fluidisation dans les
cas des lits fluidisés, produire de la
vapeur…).
Les derniers incinérateurs utilisent la com-
bustion dans des lits fluidisés pour oxyder
les boues à une température comprise entre
800 et 900 °C. Pour obtenir une opération
auto thermique en lit fluidisé, il faut une sic-
cité de 33 % (Furness et al., 2000) avec pré-
chauffage par les gaz de combustion. Sans
préchauffage, une siccité de 45 % est néces-
saire.
Les métaux lourds sont récupérés dans les Figure 2: Evolution des différentes filières d’utilisation des boues au sein de la communauté euro-
cendres, qu’il est possible de qualifier de péenne (T25)

3 - L’EAU, L’INDUSTRIE, LES NUISANCES - N° 247


Tableau 2: Étude économique sur les
différentes filières de traitement des boues

Agriculture 1000 F/t MS


élevé que les autres filières classiques (cette Elle est réalisée en atmosphère Décharge 500 F/t MS
remarque est cependant moins justifiée pour oxydante, avec des vitesses de (avec déshydratation, siccité de 30 %)
la co-incinération). A noter l’utilisation des chauffage lentes et des tempéra- Incinération 1500 – 3000 F/t MS
(avec déshydratation, siccité de 70 %)
boues dans les fours à cimenteries, dont le tures de l’ordre de 400 °C. Elle Co - incinération 700 – 800 F/t MS
coût est plus élevé que pour les autres produit du gaz combustible. (avec déshydratation, siccité de 70 %)
filières mais qui permet une élimination et La figure 3 présente de façon très Cimenterie 2000 – 3000 F/t MS
(avec déshydratation, siccité de 70 %)
une valorisation aisée des boues. générale comment ces différentes
Il est cependant nécessaire et intéressant de options pour la conversion ther-
diversifier les méthodes de traitement des mochimique des boues s’insèrent dans la sation thermochimique. Il montre que de
boues qui se sont amoindries au cours des chaîne de traitement. Elle fait apparaître que nombreux industriels s’intéressent à ces
dernières années alors que le volume global dans tous les cas, les produits obtenus sont procédés, mais peu d’applications concer-
des boues à traiter augmente. Dans ce cadre, de deux types: des produits valorisables et nent directement les boues de station d’épu-
les filières de traitement par valorisation des résidus solides qui peuvent être mis soit ration ou le cas échéant, les informations
manquent sur les performances et les condi-
tions opératoires optimales de ces procédés.
Il y a cependant un intérêt croissant pour les
procédés de valorisation thermochimique,
pour la biomasse en général et les boues de
station d’épuration en particulier. Dans cette
partie, les différents procédés de valorisa-
tion thermochimique vont être développés,
avec leur application possible pour les
boues de station d’épuration.

La pyrolyse
Il s’agit d’une dégradation thermique des
composés carbonés à une température com-
prise entre 400 et 800 °C en absence d’oxy-
Figure 3: Filières de traitement thermochimique gène. Elle produit un gaz de qualité
moyenne (11-22 MJ m-3), des liquides (huiles
thermochimiques sont intéressantes. Ce en épandage soit en décharge. de pyrolyse) et du charbon (“char”), leurs
sont des filières thermiques qui présentent Les produits obtenus (solide, liquide ou proportions dépendant des conditions opé-
l’avantage de produits des composés stoc- gazeux) peuvent servir à produire des gaz ratoires (vitesse de chauffage, température
kables et valorisables, au contraire de l’inci- combustibles pour fournir de la vapeur qui atteinte, temps de séjour).
nération. Ce sont à ces filières que nous permet la production d’électricité; être une La pyrolyse rapide, qui nécessite une vitesse
allons nous intéresser plus particulièrement. source de chaleur pour sécher les boues ; de chauffage élevée et des températures
produire directement de l’électricité dans importantes, permet de produire principale-
La valorisation thermochimique des moteurs après nettoyage. Les cendres ment des liquides. Ceux-ci ont une viscosité
résiduaires peuvent être utilisées comme importante et une valeur calorifique de
Généralités additif dans la fabrication du béton (Bridle l’ordre de 29-38 MJ kg-1. Après traitement, ils
Six types de valorisation thermochimique et al, 2000a). peuvent servir de combustible et/ou dans
peuvent être définis. Cette classification D’autre part, le tableau 3 donne des l’industrie chimique. La pyrolyse rapide des
repose sur les conditions opératoires de exemples de procédés industriels de valori- boues présente l’avantage de concentrer les
température, de vitesse de chauffage, de
pression et de type d’atmosphère. Dans tous
les cas, chaque procédé produit de l’eau, des Tableau 3 : Procédés de conversion thermique
huiles, du gaz et du charbon. En général, ces
procédés permettent une réduction du Compagnies (pays) Procédés Technologies
volume initial des boues de 10 à 20 % (Fur-
ness et al., 2000). On distingue donc: Siemens (Allemagne) TWR Pyrolyse + Combustion
Compact power (GB) Compact power Pyrolyse + Gazéifica-
¨ la pyrolyse tion
¨ la pyrolyse incinération Krupo Uhdo (Allemagne) HTW Gasifier Gazéification
¨ la gazéification Kurgi (Allemagne) Okogas Gazéification
Kurgi (Allemagne) LR Pyrolyse
¨ l’oxydation en voie humide Nexus (France) Softer Pyrolyse sous vide
¨ digestion aérobic thermophile. OSG/WGT (GB) WGT Pyrolyse
¨ la combustion. Atlas Stord/Schielde (Norvège/Hollande) Scheilde Gazéification

N° 247 - L’EAU, L’INDUSTRIE, LES NUISANCES -4


Tableau 4 : Qualité des huiles dans différents procédés

Procédés 1 2 3 Autre Diesel


Enersludge Enersludge Enersludge procédé ment à hautes températures (les réactions
de craquages secondaires sont alors favori-
Viscosité (cSt, 40 °C) 41,8 23,7 3,2 - - sées). Il faut cependant noter que du fait de
Fraction eau (%) - 15,5 0,72 - -
C (% massique) 66,1 68,4 80,8 86,6 86,1
leur origine, ces gaz contiennent une frac-
H (%) 9,7 10,5 11,1 13,5 12,8 tions importante de gouttelettes de gou-
N (%) 5,9 5,9 5,1 0,08 0,05 drons qui ne facilite pas leur utilisation ulté-
S (%) - 0,35 0,23 0,21 0,22
rieure.
O (%) 18,3 15,2 2,77 Négligeable 0,86
Énergie récupérée (%) 52 48 41 - - Afin de s’affranchir des problèmes dus à
Valeur calorifique (MJ kg-1) 31,15 33,73 40,21 46,18 45,89 l’humidité des boues, une co-pyrolyse avec
d’autres déchets est souvent choisie qui per-
met d’augmenter la part de solide sec dans
métaux lourds dans les résidus solides (sauf 95 % obtenue après déshydratation et les boues (Furness et al., 2000).
le mercure complètement évaporé à 350 °C séchage thermique) en une huile et un Dans le cas d’une pyrolyse plus lente, on
et le cadmium à 60 °C, Furness et al., 2000). “char” solide riche en carbone. Le procédé obtient une quantité plus importante de
La lixiviation naturelle de ces métaux est produit 200-300 litres d’huile par tonnes de charbon. Celui ci peut être brûlé mais des
moins importante dans le cas des cendres de boue séchée. Les auteurs annoncent que le études intéressantes ont été faites sur la pos-
pyrolyse que des cendres d’incinération, ce “char” et les gaz permanents peuvent être sibilité de l’utiliser comme adsorbant (Lu et
qui permet une mise en décharge plus sécu- utilisés pour sécher les boues. Le tableau 4 al., 1995) pour le traitement de l’air et des
risée de ces résidus (Conesa et al, 1997 ; présente la qualité des huiles récupérées odeurs dans les procédés de traitement des
Kaminsky et al, 1989; Furness et al, 2000). selon la configuration du réacteur (Skrypsi- boues. D’autres travaux ont montré (Lu et
L’explication la plus courante de cette diffé- Mantele et al., 2000). Il présente également al., 1995) que ce charbon contenait 23-30 %
rence est que les métaux lourds sont immo- les résultats d’un autre procédé et les carac- de carbone, le reste étant des cendres. Dans
bilisés dans les cendres par solidification/ téristiques du diesel couramment utilisé certaines conditions de chauffage, les
fixation après une étape de fusion des (Furness et al., 2000). auteurs ont montré que le charbon obtenu
cendres (Wong et al, 2000). Des études de Ce tableau montre que les deux inconvé- avait une surface spécifique jusqu’à 100 m2 g-1
pyrolyse en thermogravimétrie ont montré nients majeurs de ces huiles sont leur visco- à comparer avec les 1000 m2 g-1 obtenu pour
que ce résidu solide représentait entre 26,5 sité importante ainsi que leur teneur en eau certains charbons actifs.
et 31,5 % de la quantité initiale de boue qui font qu’il est difficile de les injecter sans La pyrolyse présente cependant l’inconvé-
(Conesa et al., 1997 ; Urban et al., 1982). traitement préalable dans un moteur. Les nient de produire des composés qui dépen-
Un exemple de procédé de pyrolyse rapide teneurs des différents composés se rappro- dant beaucoup du type de biomasse
existant actuellement est le procédé Eners- chent cependant de celles du diesel et les entrante. Ainsi, en pyrolyse rapide, la com-
ludge (Bridle et al., 2000b) : développé par valeurs calorifiques sont sensiblement les position des liquides obtenus varie selon le
“Wastewater Technology Centre of Canada” mêmes. type de biomasse et des traitements assez
et “Environmental Solutions International of Il est cependant intéressant de noter qu’il importants sont souvent nécessaire avant
Australia” (Skrypsi-Mantele et al., 2000 ; manque de nombreuses informations sur ce utilisation dans un moteur par exemple.
Bridle et al., 2000a). Le flux traité annoncé procédé, en particulier sur les efficacités de
est de 25 t MS/jour. Le réacteur de pyrolyse dégradation et les différents rendements La pyrolyse incinération
est à 450 °C. Le procédé converti les compo- énergétiques. Il est donc possible que bien La pyrolyse incinération est une combinai-
sés organiques des boues séchées (siccité de qu’il soit annoncé depuis plusieurs années il son de deux techniques. Dans ce cas, la
récupération d’énergie ne se fait pas par uti-
Tableau 5 : Caractéristiques des produits n’est pas encore atteint un bon lisation de la chaleur sensible des fumées
obtenus en lit fluidisé fonctionnement. d’incinération mais par combustion des gaz
Il existe des résultats plus pré- produits par la pyrolyse. Ce procédé est
Température (°C) 620 690 750 cis mais seulement pour des basé sur l’utilisation du four à étage (par
expériences de laboratoire. exemple développé la société NESA). Il est
Huile (% massique) 40,1 34,3 21,2 Ainsi, Kaminsky et al. (2000) particulièrement adapté à la combustion des
Produits dans l’eau 12,6 10,8 8,0
Résidu solide 20,0 19,2 22,3 ont utilisé un lit fluidisé avec boues car il permet:
des débits de l’ordre de 40 kg ¨ de développer une étape de gazéification
Gaz 22,7 30,7 40,8 h-1 et des températures de 620 pyrolytique des matières volatiles qui sont
H2 (% massique) 2,4 2,4 2,8
CH4 15,3 15,4 20,6
à 750 °C. Le tableau 5 indique ensuite oxydées dans une chambre séparée
C2H6 4,9 3,4 4,3 les proportions des différents avec un excès d’air mesuré
C2H4 2,9 5,4 6,7 produits ainsi que la composi- ¨ de séparer la zone de combustion du car-
C3H6 3,8 3,0 2,1
tion des gaz. Il montre que bone fixe, qui nécessite un excès d’air plus
CO 33,0 39,9 44,3
CO2 31,5 28,5 17,5 même en pyrolyse rapide on prononcé.
Valeur calorifique (MJ m-3) 22,8 21,7 22,8 obtient une part non négli- Dans ce procédé, les produits à incinérer et
geable de gaz, en particulière- les gaz circulent à contre courant. Les pro-
5 - L’EAU, L’INDUSTRIE, LES NUISANCES - N° 247
duits sont d’abord séchés puis chauffés dans luants acides. Ce procédé est en cours d’in- fois oxygène) et de la pression de travail qui
une atmosphère pauvre en oxygène. Dans dustrialisation et devrait être techniquement peut être atmosphérique ou plus élevée (jus-
ces conditions, les matières organiques sont et économiquement compétitif par rapport à qu’à 10 bar). Certains permettent d’obtenir
partiellement volatilisées pour produire un une incinération classique. Il nécessite les cendres sous forme vitrifiée, ce qui est
gaz combustible. La chaleur nécessaire au cependant des conditions expérimentales intéressant pour piéger les métaux lourds
procédé est produite par la combustion des particulières et sa mise en œuvre n’est pas dans une quantité de solide réduite. Le prin-
matières volatilisées, éventuellement com- toujours facile. cipal inconvénient de ce procédé est la
plétée par un appoint de combustible. nécessité d’avoir des boues avec une siccité
Après pyrolyse des matières volatiles, les Digestion aerobie thermophile de l’ordre de 95 % pour permettre les réac-
produits ne contiennent plus que des Cette opération se fait à une température tions de gazéification. Il semble cependant
matières minérales et du carbone fixe. La supérieure à 50 °C. La température est en qu’avec une utilisation d’une partie de la
combustion de ce carbone fixe se réalise général maintenue par la chaleur produite chaleur dégagée lors de la réaction, une sic-
dans les étages inférieurs du four et requiert durant la digestion (Furness et al., 2000). Ce cité de l’ordre de 50 % des boues à l’entrée
un grand excès d’air. procédé est cependant limité à de petites du procédé soit suffisante.
Une partie des gaz provenant de la combus- installations car les coûts d’aération sont Les utilisations des gaz obtenus dans un
tion remonte vers les zones supérieures du élevés. gazogène sont multiples: production de cha-
four, alors que l’autre partie est soutirée et leur, d’électricité, d’hydrogène, préparation
envoyée directement vers la chambre de Conclusion de gaz de synthèse, procédés de cogénéra-
post combustion avec les gaz récupérés au Dans cette partie nous avons présenté les tion. Un problème majeur est celui de la
sommet du four. différents aspects de la valorisation thermo- pureté des gaz obtenus (présence d’aérosols
chimique des boues. Certains de ces procé- en particulier) qui pose des problèmes pour
La gazéification dés sont déjà bien connus et nécessitent des le bon fonctionnement d’un moteur par
Dans le cas de la gazéification, le carbone conditions expérimentales particulières exemple.
est converti en gaz grâce à une combustion (digestion thermophile, oxydation par voie Nous avons également noté que la gazéifica-
partielle du carburant. La gazéification est humide). D’autres produisent des composés tion se faisait en défaut stœchiométrique.
une réaction endothermique et nécessite pour l’instant assez difficilement valorisable Un rapport équivalent (RE) est défini
donc un apport de chaleur. Celui-ci est en et dépendant des conditions d’alimentation comme étant:
général effectué par combustion partielle de (pyrolyse). Pour ces différentes raisons, l’ac- RE = (Rapport air/combustible
la biomasse avec l’air ou l’oxygène de l’ali- cent va être mis sur la gazéification qui per- effectif)/(Rapport air/combustible pour com-
mentation (Hamilton, 2000). Les gaz com- met de produire un gaz combustible en bustion stœchiométrique)
bustibles obtenus en sorti de réacteur sont grandes quantités et qui utilise des réacteurs En gazéification de biomasse, il est compris
ainsi dilué d’une part dans les produits de la classiques. Ces deux points seront dévelop- entre 0,2 et 0,4.
combustion (CO 2 ) et d’autre part dans pés dans la partie suivante. Ainsi, la gazéification permet, au niveau des
l’azote contenu dans l’alimentation, en oxy- pollutions, de réduire le volume des déchets,
dant. La gazéification est développée dans La gazéification de détruire les composés organiques
un chapitre spécifique. toxiques et de fixer les métaux lourds dans
Introduction le résidu solide final.
Oxydation par voie humide La gazéification produit des gaz non conden-
Un autre procédé est une oxydation par voie sables (H2, CO, CO2, CH4, C2H2…), en géné- Description et avantages des différents
humide (OVH), avec une phase en condi- ral par ajout d’une quantité d’oxygène, d’air types de réacteur de gazéification
tions subcritiques et une phase en condi- et/ou de vapeur d’eau (en défaut stœchiomé- Les informations données dans ce para-
tions supercritiques avec des températures trique). Les travaux publiés montrent qu’une graphe ne concernent pas uniquement la
comprises entre 150 et 330 °C. Le milieu est température comprise entre 1300 et 2000 °C gazéification des boues issues de station
également en excès d’oxygène. Au contraire à pression atmosphérique est nécessaire. d’épuration mais de n’importe quelle bio-
de l’incinération, l’OVH réalise la minéralisa- Une partie des produits obtenus dans la masse (bois…). Elles permettront cepen-
tion de la boue directement en phase phase de pyrolyse (gaz, goudrons, huiles et dant de guider le choix d’un réacteur pour
aqueuse pressurisée, évitant ainsi l’évapora- charbon) subit des réactions secondaires les boues de station d’épuration, celles-ci
tion de l’eau, l’émission de poussière et de produisant par combustion la chaleur néces- ayant des spécificités précises et différentes
gaz acides. Les différentes étapes de des- saire à l’ensemble des réactions, ce qui dimi- d’autres biomasses utilisées en gazéification.
truction sont une pyrolyse, une hydrolyse nue le rendement énergétique du procédé.
puis une oxydation des matières organiques La plupart des gazogènes sont des lits fixes Les lits fixes
(Furness et al., 2000). ou des lits fluidisés. Pour les lits fixes, les Þ à co courant
Elle donne naissance à un résidu solide, une circulations de gaz et de solides peuvent se La figure 4 présente un schéma de principe
solution aqueuse avec une DCO soluble bio- faire à co ou à contre-courant. Dans tous les de ce procédé (Midilli et al., 2001).
dégradable et des fumées contenant les gaz cas, les différences proviennent du gaz Dans la zone de séchage (1) la biomasse
de combustion sans poussières et sans pol- ajouté (principalement air et vapeur et par- entre dans le gazogène et l’humidité est enle-
N° 247 - L’EAU, L’INDUSTRIE, LES NUISANCES -6
zone de rétrécissement. La chaleur le paramètre de la taille des particules à l’en-
ainsi obtenue est utilisée pour le trée du réacteur n’est pas déterminant.
séchage, la pyrolyse et les réactions Enfin, la valeur calorifique des gaz produits
de gazéification. La gorge existant à est plus importante que dans le cas précé-
ce niveau du réacteur est apparue dent. Cependant, ce procédé entraîne la pro-
comme étant d’une grande impor- duction d’une quantité relativement impor-
tance pour obtenir une température tante de goudrons ce qui nécessite des
uniforme à ce niveau et permettre lavages importants en aval et peut être
un bon craquage des goudrons (Bee- gênant pour une utilisation future des gaz.
nackers, 1999). Certains auteurs (Beenackers, 1999) propo-
Il y a enfin une zone de réduction (4) sent, pour limiter ce phénomène, une
qui permet le craquage final. deuxième injection d’oxydant en début de
L’oxydation des produits volatils réacteur pour craquer les goudrons. Ce cra-
étant très rapide, l’oxygène est entiè- quage peut également se faire dans un
Figure 4: Schéma de principe d’un lit fixe co courant rement consommé avant d’arriver deuxième réacteur.
(1: séchage; 2: pyrolyse; 3: oxydation; 4: réduction) dans la zone de pyrolyse. Il est Les lits fluidisés
cependant possible d’obtenir une Il existe deux types de lits fluidisés pour la
vée par évaporation en utilisant la chaleur bonne oxydation des produits orga-
générée par les zones du dessous. La vitesse niques condensables pour réduire la
de chauffage dépend principalement de la quantité de goudron produite par le
surface spécifique de la biomasse, de la dif- gazogène. Celle-ci est en particulier
férence de température entre l’alimentation inférieure au cas suivant (lit fixe
et les gaz chauds. La température de cette contre courant).
zone peut atteindre 70 - 200 °C. Ce type de réacteur est donc stable,
Dans la zone de pyrolyse (2), la dégradation permet une bonne conversion et pro-
thermique de la biomasse provenant de la duit peu de goudrons. Il possède
zone de séchage a lieu en utilisant l’énergie cependant l’inconvénient, qui peut
provenant de l’oxydation partielle des pro- devenir important dans le cas des
duits de la pyrolyse. La pyrolyse est en effet boues, ne n’accepter qu’une biomasse
une réaction endothermique. La tempéra- d’un minimum de siccité de 80 %.
ture cette zone peut atteindre entre 350 –
500 °C. La quantité de solide sec peut alors Þ à contre courant
passer de 50 à 90 %. La figure 5 présente un gazogène à
Dans la zone d’oxydation (3), les produits contre courant.
volatils de la pyrolyse sont partiellement Les différentes zones de séchage, pyro-
oxydés par des réactions très exothermiques lyse et gazéification sont les mêmes Figure 5: Schéma de principe d’un lit fixe contre courant
provoquant une augmentation rapide de la que précédemment, la différence résul- (1: séchage; 2: pyrolyse; 3: gazéification; 4: réduc-
température jusqu’à 1000 - 1100 °C dans la tant de l’endroit où l’agent oxydant est tion)
introduit et
donc du parcours gazéification de la biomasse: les lits fluidisés
relatif des gaz et de bouillonnants et les lits fluidisés circulants
la biomasse. (figure 6).
Dans ce cas, les gaz Le lit est constitué d’un solide inerte, en
sont injectés en bas général l’alumine, dans lequel la biomasse
et quittent le réac- réagit avec de la vapeur et de l’oxygène ou
teur à une tempéra- de l’air. Les résidus solides, principalement
ture plus basse que les cendres, quittent le réacteur en tête avec
dans le cas précé- les produits gazeux. Un grand avantage de
dent, il y a donc une ce procédé est la bonne capacité de craquer
meilleure efficacité une grande partie des goudrons produits. Il
thermique. Ainsi il est possible d’atteindre des températures de
est possible d’ali- 800 à 1000 °C et des pressions de 25 à 35 bar
menter ce réacteur (Knight, 2000). Dans ce cas, une humidité de
avec une biomasse la biomasse entrante de 20 % au maximum
ayant jusqu’à 50 % est acceptable (Lau, 1998).
Figure 6: Lits fluidisés bouillonnant (a) et circulant (b) d’humidité. De plus, Les lits fluidisés circulants sont en général
7 - L’EAU, L’INDUSTRIE, LES NUISANCES - N° 247
Tableau 6 : Compositions caractéristiques de gaz selon le type de
procédé

Composition des gaz Valeur Qualité des


les plus utilisés. Le fait d’avoir une vitesse de (% sec volumique) calorifique gaz produits
gaz importante permet d’obtenir de bons
transferts de masse et de chaleur et des H2 CO CO2 CH4 N2 MJ m-3 Goudrons Poussières
conditions uniformes. Un cyclone en tête de Lit fluidisé, air 9 14 20 7 50 5,4 moyen faible
réacteur permet de réinjecter les particules Contre courant, air 11 24 9 3 53 5,5 faible bonne
n’ayant pas réagi. Co courant, air 17 21 13 1 48 5,7 bonne moyen
Co courant, oxygène 32 48 15 2 3 10,4 bonne bonne
Une étude précise a été faite sur un pilote de
Pyrolyse 40 20 18 21 1 13,3 faible bonne
laboratoire lit fluidisé bouillonnant pour de
la gazéification de biomasse sous air (Nar-
vaez et al., 1996). Les influences de diffé- position de gaz pour différents réacteurs semblent plus intéressants que les lits fixes:
rents paramètres sont les suivantes: avec une alimentation en biomasse et non meilleur transfert de chaleur, facilités de
¨ une augmentation de RE augmente la en boues de station d’épuration (Furness et fonctionnement. Par contre, pour l’applica-
quantité de gaz produit mais diminue la pro- al, 2000). tion à la gazéification de boues de stations
portion de gaz combustibles (donc égale- On peut voir sur le tableau 6 que: d’épurations, deux points donnent un avan-
ment leur valeur calorifique), diminue la ¨ les valeurs calorifiques des gaz produits tage certain aux lits fixes: la possibilité d’in-
proportion de goudrons dans les gaz de sor- en gazéification sont peu dépendants du troduire une biomasse plus humide et la
tie. réacteur utilisé. Le paramètre influent est possibilité d’incorporer les métaux lourds
¨ une augmentation de la température du lit l’agent oxydant. Ce point sera développé dans un résidu solide non lixiviable. En
augmente les proportions de H2, CO et dimi- dans le paragraphe suivant. outre, le lit fixe co courant permet de limiter
nue celle de CO2 dans les gaz combustibles. ¨ il est difficile de dégager des différences la présence de goudrons dans les gaz, ce qui
Elle diminue la quantité de goudrons dans dans la composition des gaz pour les diffé- est important pour leur utilisation ultérieure.
les gaz de sortie et augmente légèrement la rents types de réacteur de gazéification. Il Outre le type de réacteur, l’agent oxydant
valeur calorifique des gaz de sortie. semble cependant que le lit fluidisé donne utilisé est un autre paramètre important sur
¨ quand le rapport H/C augmente (ce qui un gaz plus riche en CO2 et en CH4. les performances du procédé de gazéifica-
revient principalement, pour une même bio- ¨ la pyrolyse produit un gaz ayant une tion. Ce point est développé dans le para-
masse, à augmenter la quantité d’humidité valeur calorifique plus importante et une graphe suivant.
initiale), la proportion de H2 augmente ainsi quantité d’hydrogène plus importante que la
que la valeur calorifique des gaz de sortie. gazéification mais la fraction de gaz est évi- Les différents agents oxydants
Dans ces conditions, la quantité de goudron demment beaucoup plus faible. L’agent oxydant utilisé va influencer de
dans les gaz de sortie diminue. ¨ enfin, la qualité des gaz au niveau des pro- façon importante les gaz produits (Lau,
La plupart de ces résultats sont également portions de goudrons et de poussière est 1998):
valables pour les autres types de réacteur. très variable. Ce point est détaillé par la ¨ dans le cas d’un gazogène sous air, un gaz
Par exemple, l’influence de RE sur la valeur suite. de faible valeur calorifique est produit et
calorifique a été également déterminée pour Le tableau 7 résume les avantages et les après nettoyage il peut être utilisé comme
un lit fluidisé circulant (Joseph et al., 1996). inconvénients des différents types de réac- gaz combustible industriel, production
teur, principalement dans l’optique d’une uti- d’énergie par turbine à gaz, pile à combus-
Conclusion : avantages et inconvé- lisation pour les boues de station d’épura- tible. La température de réaction est alors de
nients des différents réacteurs tion. l’ordre de 900 – 1100 °C. Typiquement, les
Le tableau 6 présente des résultats de com- Pour de nombreux points, les lits fluidisés gaz produits par ce système ont une valeur
calorifique correspondant à 10-20 % de celle
Tableau 7 : Avantages (+) et inconvénients (-) du gaz naturel, soit 4-6 MJ Nm-3. Ils compren-
des différents types de réacteurs nent jusqu’à 60 % d’azote.
Globalement, un gazogène sous air a un
Lits fixes Lits fluidisés meilleur rendement énergétique qu’un gazo-
gène sous O2 (voir point suivant). Cepen-
Critères Contre courant Co courant A bulles Circulant dant, son application pratique est plus diffi-
Distribution températures - - + + cile car l’utilisation de l’air va diminuer la
Humidité biomasse entrante + + - - température dans le gazogène, diminuer la
Transfert chaleur - - + + vitesse de gazéification et augmenter la taille
Temps séjours solides - (h, j) - (h, j) + (s, min) + (s, min)
Temps séjours gaz - (s) - (s) - (s) - (s)
du gazogène pour une conversion totale
Capacité de traitement, extrapolation - - + + (Chen et al., 2000).
Mise en route, arrêt - - + + ¨ dans le cas d’un gazogène sous oxygène,
Variété taille particule alimentation (mm) - (8-100) - (8-100) + (0,02-50) + (0,02-50)
un gaz de valeur calorifique moyenne est
Fines dans alimentation - - + +
Présence goudrons dans gaz de sortie - + + + produit (10-18 MJ Nm-3). La température de
Présence cendres dans gaz de sortie + - - - réaction est alors de l’ordre de 1000 -
Possibilité cendres fondues + + - - 1400 °C. De la vapeur d’eau peut être ajou-
N° 247 - L’EAU, L’INDUSTRIE, LES NUISANCES -8
tée comme source d’oxygène et pour aug- d’effectuer un craquage catalytique des gou- rale, ce choix sera conditionné par la qualité
menter la fraction d’hydrogène dans les gaz drons. Des filtres, par exemple à charbon des boues issues de la station et par l’envi-
(Furness et al., 2000). Le gaz obtenu peut actif, permettent ensuite d’enlever les der- ronnement de la station (proximité de terres
être utilisé comme précédemment mais nières poussières. D’autres traitements spé- agricoles, d’usine d’incinération…). Un trai-
aussi comme substitut du gaz naturel et la cifiques peuvent être nécessaires pour les tement global par une seule filière ne semble
production chimique (gaz de synthèse). Il produits initialement à l’état de trace dans pas actuellement envisageable et il est donc
est évident que dans ce cas la production les boues et ne se retrouvant pas dans les intéressant de développer de nouvelles
d’oxygène nécessaire rend l’ensemble du cendres vitrifiées: mercure et cadmium; sul- filières pour pouvoir s’adapter à chaque cas
procédé énergétiquement déficitaire. fures, chlorures, fluorure. de station d’épuration.
¨ une troisième possibilité est la gazéifica- Si on se place du point de vue plus particu-
tion thermique à haute température sans Données expérimentales pour les boues lier de la valorisation thermochimique, il
apport d’air ou d’oxygène. Les molécules de station d’épuration semble que ce soit la filière la moins déve-
hydrocarbonées sont alors craquées en Le tableau 8 présente quelques résultats de loppée actuellement. En effet, la valorisation
molécules gazeuses. On obtient un gaz ayant gazéification obtenus sur des boues de sta- agricole existe depuis longtemps et semble
une valeur calorifique de l’ordre de tion d’épuration. On retrouve les points évo- bien maîtrisée, le travail portant surtout au
23 MJ Nm-3 (Furness et al., 2000). Dans ce qués précédemment, à savoir que le procédé niveau de la qualité des boues pour les pol-
cas, la chaleur pour atteindre des tempéra- thermique permet d’obtenir un gaz avec la luants (métaux lourds…). La filière de (co-)
tures de l’ordre de 800-900 °C est apportée plus forte valeur calorifique. D’autre part, les incinération bénéficie des acquis obtenus
par un échangeur de chaleur ou par mélange lits fluidisés, comparés aux lit fixes, donnent sur le traitement des ordures ménagères.
direct de l’alimentation avec des solides également une valeur calorifique plus impor- Par rapport à cette dernière, l’avantage
chauds (Hamilton, 2000). L’intérêt majeur de tante ainsi qu’une proportion d’hydrogène d’une valorisation thermochimique est la
cette solution est de produire un gaz ayant plus élevée dans le cas des boues. production d’énergie stockable (gaz, huile)
une valeur calorifique plus élevée que dans Le procédé thermique semble donc le plus et/ou transportable. Actuellement, en ce qui
les deux cas précédents puisque la présence intéressant. Cependant, très peu de données concerne la pyrolyse/gazéification d’autres
d’azote est pratiquement exclue. Il permet existent car il est probablement très difficile matières premières comme le bois ou la bio-
également un bon craquage des goudrons. à mettre en œuvre. Pour les raisons déjà masse au sens plus large, les développe-
Un exemple de procédé est celui développé évoquées, il semblerait donc que le lit fixe à ments se font plutôt dans le sens de petites
par Lurgi-Ruhrgas (Hamilton, 2000; Lynch et contre courant soit le plus intéressant pour unités locales. Celles ci ont l’avantage d’utili-
al., 1999). Les boues sont portées très rapi- effectuer la gazéification de boues de sta- ser une matière première de proximité
dement à la température désirée (vitesse de tions d’épuration. (faibles coûts de transports) et d’alimenter
chauffage > 1 000 °C s-1). La gazéification en énergie un réseau local. On pourrait envi-
thermique produit immédiatement des gaz Conclusion sager le même cas de figure pour les boues
qui fluidisent le mélange ce qui améliore les Le choix entre filières de traitement des de station d’épuration, à savoir une unité de
transferts de masse et de chaleur. La frac- boues va dépendre en grande partie de la pyrolyse/gazéification sur place, qui pourrait
tion de solide recyclée est ajustée pour gar- quantité de polluants présente dans les eaux fournir de l’énergie à la station.
der une température de 850 °C. Dans ce cas, à l’entrée de la station. De façon plus géné- Une étude économique a été effectuée pour
les boues doivent être sé-
chées avant pour éviter un
apport d’énergie supplémen- Tableau 8 : Résultats obtenus sur des boues de station d’épuration
taire.
Référence T13 T38 T38 T38 T44
Les appareillages suivant Type Lit fixe Lit fluidisé Lit fluidisé Lit fluidisé
le gazogène contre-courant circulant circulant bouillonnant
Bois + 20 %
Les gaz s’échappent du gazo- masse boues
gène chargés avec des pous-
sières, des goudrons et de la Humidité initiale (% masse) 25 10 10 10 10,2
Température (°C) 1100 - - 850 827
vapeur d’eau. Selon l’usage Oxydant Air Air Air/45 % O2 Thermique Air
qu’il en est fait par la suite, il Pression Réduite Atm. Atm. Atm. Atm.
est nécessaire de les refroidir Valeur calorifique (MJ Nm-3) 2,55 – 3,2 5,2 9,3 22,7 5,15
H2 (% massique) 10,5 12,2 20,7 29,8 8,02
et de les nettoyer. Un lavage à
CO 8,7 20,9 37,9 24,9 10,53
l’eau à contre courant permet CH4 1,6 1,6 4,6 19,0 3,19
de nettoyer jusqu’à 90 % des C2H2 0,7 0,6 0,8 12,3 1,12
solides et d’arriver à une tem- C2H6 0,2 0,04
CO2 - 9,7 11,4 12 15,02
pérature de gaz de l’ordre de N2 (par différence) 88,8 54,8 24,4 1 60,46
30 °C. Il est également pos- Goudrons < 0,1 % - - - 537 mg Nm-3
sible et parfois indispensable Poussières - - - - 8500 mg Nm-3

9 - L’EAU, L’INDUSTRIE, LES NUISANCES - N° 247


Tableau 9 : Comparaison entre la mise en décharge
et la valorisation thermochimique

Capital Coût annuel Energie utilisée Emission CO2


comparer la mise en décharge après séchage (million $) ($ / t MS) (kWh/t MS) (kg/t MS)
et les procédés de valorisation thermochi-
mique (Bridle et al., 2000b). Mise en décharge après séchage 12,8 370 180 360
Procédés de valorisation thermochimique 17,0 345 -768 -780
Les résultats sont donnés dans le tableau 9.
Ils montrent que d’un point de vue écono-
mique, les investissements et les coûts de cole de Kyoto). Il faut cependant noter que, strictes.
fonctionnement sont comparables entre les au moins pour la partie économique, ces ¨ destruction thermique des virus et orga-
deux filières. D’un point de vue énergétique, chiffres reposent sur des filières en état de nismes pathogènes…
l’avantage est bien sur donné aux procédés fonctionner. ¨ métaux lourds piégés dans les cendres
de valorisation thermochimique qui produi- La valorisation thermochimique des boues vitrifiées. Les métaux sont alors plus diffici-
sent de l’énergie. de station d’épuration nécessite encore des lement lixiviables que pour l’incinération par
Enfin, en ce qui concerne les émissions de recherches pour être totalement viable. exemple et posent donc moins de pro-
CO2, les procédés de valorisation thermochi- Enfin, dans les procédés de valorisation blèmes pour l’épandage ;
mique sont les seuls qui permettent une thermochimique, un procédé semble se ¨ obtention de produits stockables et valori-
émission globale négative, la quantité de détacher actuellement : la gazéification. sables ;
CO2 produite provenant uniquement de la Ses principaux avantages sont les suivants: ¨ obtention d’un seul produit principal, du
faible partie des boues qui subit une com- ¨ réduction importante du volume des gaz, qui est plus facilement utilisable que les
bustion. boues ; huiles par exemple dans l’état actuel ;
Ce point est important dans le contexte ¨ le fait d’utiliser de hautes températures ¨ coût économique acceptable par rapport
actuel où chaque pays aura une limitation au et/ou un environnement réducteur limite les aux autres filières classiques, coûts énergé-
niveau de ses rejets polluants gazeux (proto- émissions de gaz soumis à des normes tiques et en rejet de CO2 négatifs. ■

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